Habiter 2022|Hors-série Or Norme

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L E M AG A Z I N E D ’ U N AU T R E R EG A R D S U R ST R AS BO U RG

Habiter

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L E H O RS -S É R I E D E L’ H A B I TAT À ST R AS BO U RG


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a OR NOR M E – HABIT ER

HABITER Par Aurélien Montinari, rédacteur en chef de Habiter

« L’habiter n’est pas le cœur palpitant du bâtir. Les hommes donnent à leurs constructions d’autres finalités que celle d’en faire des maisons. » BRUCE BÉGOUT

oujours en mouvement, la ville est un lieu pluriel où cohabitent des histoires, des comportements et usages divers, un espace que chacun s’approprie selon ses besoins et ses envies… La ville est aussi un lieu où se croisent des flux humains, logistiques, sur la terre et parfois sur l’eau. Le cœur palpitant de la ville est dans le déplacement. Ce 4e numéro du magazine Or Norme hors-série Habiter, se penche sur la question de la trame bleue à Strasbourg, ou comment l’Ill concentre des enjeux à la fois sociaux, économiques et écologiques. De Urban Logistic Solutions à Marin d’Eau Douce, de nouveaux modèles d’exploitation du fleuve proposent des services efficaces, mais aussi des expériences ludiques, sous le regard avisé de Voies Navigables de France. L’Eurométropole de Strasbourg veille, elle aussi, à préserver la qualité des cours d’eau, et l’École

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Nationale du Génie de l’Eau et de l’Environnement de Strasbourg forme les ingénieurs de demain à la protection de la nature et ses ressources. Sur la terre ferme se déploie le dispositif La Ville à Vivre et son projet le Ring, contournement de l’hypercentre pour les cyclistes. Dans le quartier de la Neustadt, on s’apprête à dévoiler de nouveaux lieux d’attractivité : Planétarium, Musée zoologique et Brasserie de l’Hôtel des Postes, des chantiers d’envergure attendus avec impatience. Dans le secteur de l’immobilier, enfin, on cherche à faire face à l’inflation et au coût de l’énergie, là encore, à travers des solutions innovantes. Strasbourg, ville nouvelle, est en phase avec son époque, entre développement, valorisation du patrimoine et prise de conscience des défis à venir : une ville qui bouge ! HORS-SÉRIE — 2022 — Habiter


Photos : ©S. Spach

KS groupe BÂTISSEUR DE SOLUTIONS DURABLES CONTRACTANT GÉNÉRAL MULTIDISCIPLINAIRE, nous fournissons des solutions adaptées pour les projets liés à la construction et au bâtiment, de la conception à l’exploitation. Créée en 1958, KS groupe est une entreprise familiale indépendante dont le siège est basé à Strasbourg. Grâce à l’expertise de nos 420 collaborateurs, nous offrons un savoir-faire intégré et global. Cette richesse des métiers garantit une maitrise complète du processus d’exécution pour tout projet, même le plus atypique. Nous offrons à chacun de nos client un accompagnement sur mesure, dans un écosystème efficace et solidaire. ksgroupe.fr


SOMMAIRE H ABI TE R 202 2

8-33 a Immobilier

10 Table ronde L’innovation, pour répondre aux enjeux d’aujourd’hui… 18 Immoval Les feux restent au vert 20 Armindo L’urgence de la réhabilitation 22 Creatio Strasbourg va encore profiter de belles opérations 24 Wienerberger Le savoir-faire au service de l’environnement 26 Nexity L’approche servicielle 28 Nouvel R Une presta clé en main 30 SELTZ Un chantier hors du commun 32 AMC Habitat L’économie à l’œuvre

34-57 a Urbanisme

Eurométropole de Strasbourg 36 Une panoplie d’actions pour redonner vie aux cours d’eau Le Ring 40 Le vélo en son royaume… Voies navigables de France 44 De politique et d’eau fraîche Écluse Le Corbusier 48 La forme de l’eau ENGEES Un futur bleu 50 Urban Logistic Solutions 52 L’algorithme roi Marin d’Eau Douce 56 Marins pour rire, marins quand même !

58-101 a Architecture

102-115 a Design

104 Henry-Soredi / Klafs Le sauna rayonne 106 Déléone Design global 108 Archipiquant Duo archi-solaire ! 110 Agence Kub Du bâtiment à l’objet 112 Insidy L’intérieur à distance 114 Maison les Muses La décoration qui raconte une histoire

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60 ENSAS Pouvoir du lieu 64 MEA Le Rhin bâtisseur 68 Archi-Wiki Construire ensemble 74 Trophée Béton Solide réputation 78 Architecture brutaliste Plastique brutale 84 Rey-De Crécy Agence pluridisciplinaire et pragmatique 86 Oslo L’architecture est un jeu ! 90 AMO Construire collectif 94 Ducks Scéno Espèces d’espaces 98 Diabolo Poivre La Brasserie de l’Hôtel des Postes se dévoile

a Portfolio

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a OR NORM E – HAB I TER

IMMOBILIER

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a IMMOBI L I E R – IN NOVATION Jean-Luc Fournier

Nicolas Rosès

TABLE RONDE L’INNOVATION, POUR RÉPONDRE AUX ENJEUX D’AUJOURD’HUI… De l’avis général, le secteur de l’habitat encaisse les coups, vacille, mais ne s’écroule pas. Au final, il aura plutôt bien traversé la crise de 2020/2021 générée par la pandémie, mais il est néanmoins percuté de plein fouet par les conséquences de l’inflation renaissante (et notamment la hausse du coût du crédit) et le coût de l’énergie qui explose. Dans ces conditions, les acteurs de l’habitat multiplient les initiatives et cherchent à innover à tour de bras, bien conscients qu’ils doivent avant tout s’en remettre à eux-mêmes pour passer le cap difficile qui est devant eux…

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HORS-SÉRIE — 2022 — Habiter


Il y a un an tout juste, quand nous avions réuni pour le numéro de l’automne 2021 de notre hors-série Or Norme Habiter une table ronde presque entièrement consacrée à la politique de la nouvelle municipalité strasbourgeoise en matière de logement et d’habitat, l’adjointe à la maire de Strasbourg en charge de ces questions avait annoncé attendre le début de cette année 2022 pour s’engager sur un chiffre annuel du nombre de logements à construire durant le mandat. En savons-nous plus aujourd’hui ? Arnaud Ferrière : Pas vraiment. On reste aujourd’hui dans un contexte où ce n’est pas simple de proposer des projets de construction de logements. Il y a un manque cruel de logements à Strasbourg, tout le monde le reconnait et les élus en premier lieu. L’attente de logements à prix abordables ou de logements sociaux reste très forte, mais on a très peu de propositions à faire et l’offre va être très réduite au niveau de l’Eurométropole, que ce soit au niveau des bailleurs sociaux ou via le privé par le biais des VEFA (ventes en état futur d’achèvement - ndlr). On n’avance pas HORS-SÉRIE — 2022 — Habiter

Les participants de la table ronde « L’ATTENTE DE réunie le 12 octobre dernier à l’Hôtel BOMA à Strasbourg LOGEMENTS À de gauche à droite : Cédric Simonin, présidentPRIX ABORDABLES directeur général de Groupe Trianon, Arnaud Ferrière, directeur OU DE LOGEMENTS général de Nexity, Frédéric Didier, directeur SOCIAUX RESTE général de Wienerberger. Table-ronde animée par TRÈS FORTE, MAIS Jean-Luc Fournier, directeur de la rédaction de Or Norme. ON A TRÈS PEU DE PROPOSITIONS beaucoup avec un délai d’obtention des permis dont je persiste à trouver la logique À FAIRE. »

Arnaud Ferrière

difficile à appréhender. Pour résumer, sur le premier semestre de cette année, on était à 40 % de baisse de la mise en vente par rapport au chiffre de l’an passé, qui lui-même était en baisse de moitié par rapport au dernier chiffre semestriel de l’avant-Covid. Concrètement, en ce qui concerne Nexity, on était autour de 2 400 réalisations vendues semestriellement avant le Covid. Ce chiffre est tombé à 1 200 l’an passé et cette année, nous en serons à moins de 700… Le secteur du a I MMOBI L I E R

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« ON SE DOUTAIT BIEN QU’EN MATIÈRE DE TAUX D’INTÉRÊT, ON N’ALLAIT PAS RESTER AD VITAM AETERNAM DANS LA SITUATION DE TAUX D’INTÉRÊT NÉGATIFS. » Cédric Simonin (ci-dessus)

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logement est traditionnellement influencé par la confiance : or, aujourd’hui, les titres des journaux et magazines n’incitent pas à cette confiance, c’est le moins que l’on puisse dire… Dans cet éventail peu réjouissant, la hausse de nos prix de revient est significative, au moins 15 à 20 % et ce sera peutêtre plus quand on fera le bilan global d’ici la fin de l’année… L’activité est clairement impactée, il y a un manque de visibilité évident, et les taux d’intérêt à la hausse : ça finit par faire beaucoup…

l’importance du sujet des taux sur les décisions d’achat de nos clients. Cependant, dans la situation qui a été parfaitement décrite précédemment, je trouve que le monde du logement social et celui des élus se sont rendus compte que s’il n’y avait pas le privé, il y aurait beaucoup moins de social. Depuis longtemps, quand on construit du logement privé, on a l’obligation de réaliser concomitamment entre 30 et 50 % de logement social. La situation a donc au moins une vertu : privé ou public, nous sommes dans le même bateau ! Elle a donc fini par nous Cédric Simonin : Je partage glo- rapprocher, les bailleurs sociaux et nous, balement ce que dit Arnaud sur le fait et on travaille plus et mieux en partenaque personne n’avait senti venir l’essen- riat. Au final, les élus se remettent à distiel des difficultés qui nous assaillent, cuter avec nous autour d’une même table. même si on se doutait bien qu’en matière On sent un assouplissement, au niveau de taux d’intérêt, on n’allait pas rester des discours, c’est très net par rapport ad vitam aeternam dans la situation de aux propos tenus lors de la dernière table taux d’intérêt négatifs qu’on avait fini ronde organisée par Or Norme il y a un an. par atteindre. En revanche, la brutalité de leur remontée surprend, c’est cerFrédéric Didier, vous qui dirigez tain. J’ai fait réaliser au début de cette Wienerberger France, un fabricant de année une simulation en interne dans matériaux qui depuis deux siècles, je notre groupe. Son résultat est très clair, crois, s’est spécialisé dans ce que l’on 1 % de plus sur les taux nous fait perdre appelle la terre cuite, quelle vision avez50 % de nos acheteurs, 2 % de plus et vous de l’activité globale du secteur de nous en perdons 70 %… C’est vous dire l’habitat ? Je suppose que vos dizaines HORS-SÉRIE — 2022 — Habiter


de milliers de clients, les artisans du bâtiment, sont aux avant-postes en ce domaine et qu’ils vous font remonter de précieuses données tendancielles… Frédéric Didier : Au niveau national, au jour où on se parle, on est encore aujourd’hui dans un marché dont l’activité reste très soutenue. C’est très concret en ce qui nous concerne : depuis mai 2020, on n’arrive pas à répondre à la demande. Ce qui fait qu’on doit limiter les livraisons par rapport à la demande de nos clients. Et ce n’est pas spécifique à Wienerberger, c’est toute la profession qui est dans ce cas. Le marché qui reste porteur c’est celui de la maison individuelle, qui reste le rêve majoritaire de tous les accédants à la propriété et qui, c’est évident, s’oppose aux réalités contemporaines : on ne peut plus artificialiser les sols, le foncier devient terriblement difficile à trouver, la stratégie gouvernementale est axée sur la densification des villes… On observe donc depuis le début de cette année une chute très forte des permis de construire de maisons individuelles, due pour l’essentiel aux raisons que nous venons d’évoquer, mais également, aux effets de la réglementation environnementale, la RE 2020 dans notre jargon qui génère un surcoût HORS-SÉRIE — 2022 — Habiter

de prix de production de l’ordre de 5 à 10 %. Au moins… Mais viennent se cumuler à cela les hausses actuelles des coûts de matériaux, ce qui nous amène à une inflation globale de l’ordre de 20 %, ce phénomène d’inflation ayant débuté bien avant la guerre en l’Ukraine. Il était déjà perceptible pour nous il y a un an, à la rentrée 2021. Pour parler des seules fournitures énergétiques, nous consommons en effet beaucoup de gaz et d’électricité, le renchérissement du coût de nos produits finis sera d’environ 20 %… Vous nous fournissez là la transition idéale pour aborder la problématique de l’innovation que nous avons choisie pour cette table ronde Habiter 2022. Je crois que Wienerberger est assez à la pointe de la réflexion sur la transformation de ses approvisionnements énergétiques… Frédéric Didier : En tant qu’industriels, nous nous devons en effet de transformer notre industrie avec un apport de plus en plus d’énergies renouvelables en substitution des énergies d’origine fossiles que nous utilisons encore aujourd’hui. Nous l’avons déjà fait sur la partie électrique : 100 % de l’électricité que nous utilisons est sous garan-

« NOUS ÉVOLUONS TOUS AUJOURD’HUI AU SEIN D’UN SEUL ET MÊME ÉCOSYSTÈME ET NOUS NOUS DEVONS AINSI TOUS D’INTERAGIR DANS CE SENS-LÀ. » Arnaud Ferrière (ci-dessus)

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« À PLUS LONG TERME, ON COMPTE SUR DES SOLUTIONS VENUES DE LA GÉOTHERMIE, AU NORD DE L’ALSACE, MAIS AUSSI DE L’HYDROGÈNE. » Frédéric Didier

tie d’origine verte, nous avons en effet contracté avec des parcs éoliens du sud de la France et de Picardie, également, avec un petit complément d’électricité d’origine hydraulique via un contrat venu de Suisse. Pour le gaz, on travaille sur le bio-gaz, obtenu grâce à la méthanisation d’origine agricole, la biomasse et, à plus long terme, on compte sur des solutions venues de la géothermie, au nord de l’Alsace, mais aussi de l’hydrogène, du moins sa part qui sera d’origine verte. Pour clore sur le sujet de nos économies d’énergie, on récupère tous nos gaz chauds pour les réinjecter dans le séchage de nos produits finis… J’ajoute qu’on tend vers la neutralité carbone d’ici 2050. Dans les quatre ans qui viennent, on va injecter l’équivalent de 65 millions d’euros sur ces thématiques-là et au niveau du groupe, ce seront des centaines de millions d’euros d’investissement dans les années à venir… Du côté des promoteurs, la thématique de l’innovation ne s’exprime bien sûr pas dans les mêmes termes. Cédric Simonin, le Groupe Trianon que vous présidez a toujours affiché ce que l’on pourrait appeler un certain tropisme concernant l’innovation, je pense notamment à certaines réalisations quasi emblématiques que vous avez initiées… Cédric Simonin : Je me suis en effet toujours soucié de cette thématique, mais en l’orientant délibérément au service de l’usager de nos constructions. On a commencé il y a vingt voire même trente ans avec la domotique, un terme devenu quasi désuet depuis, mais qui représente une technologie à implémenter désormais obligatoirement dans nos logements. Notre grand souci des dernières années

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a été la problématique de la santé dans le logement. Je me suis rapproché du CHU de Strasbourg, du professeur de Blay, qui est un allergologue de grande notoriété et qui a accepté de passer au crible tous les matériaux que nous sommes susceptibles d’utiliser dans son propre laboratoire. C’est ainsi, grâce à ses diagnostics sur les matériaux, qu’est née la philosophie de notre action dans le domaine de l’innovation. Avec ces résultats, nous sommes allés voir les industriels pour savoir s’ils avaient ces matériaux plus vertueux que nous avions repérés. Et il s’est avéré qu’ils les avaient, en effet, mais ils ne les vendaient pas parce que la majorité de la profession les trouvait trop chers. On a réussi à trouver des accords pour pouvoir implémenter ces matériaux innovants dans notre offre et c’est ainsi que nous avons été des précurseurs, je crois, dans la thématique de la qualité de l’air d’intérieur. Nous en avons naturellement fait un porte-drapeau et tous les logements que nous avons construits ensuite l’ont été sous ce petit label « Logement sain » que nous avons initié. Cette philosophie-là peut elle s’avérer pérenne, surtout si l’on songe aux difficultés rencontrées par le secteur que nous avons évoquées ? Cédric Simonin : Pour moi, c’est strictement inconcevable de raisonner différemment. Cette philosophie est devenue un des piliers de l’entreprise. D’autant que les surcoûts ne sont au final pas si conséquents qu’on pourrait le penser. Mais au-delà de ces problématiques basiques, le fait d’être innovant dans ces domaines profite à l’ensemble de la profession qui cesse d’être entièrement résumée à l’image du promoteur qui « vomit du

béton ». Et les élus nous perçoivent aussi comme des gens capables de réaliser des projets un peu différents de ce qui se fait traditionnellement dans un milieu du bâtiment encore perçu comme très conservateur. L’enjeu actuel et surtout à venir, c’est la construction de bâtiments zéro carbone. L’horizon est pour 2050, avec un palier intermédiaire en 2035. Il sera atteint par la mise en place d’une chaîne très vertueuse, avec les fabricants. Arnaud Ferrière : Je vais rebondir sur tout ce qui a été dit. Nous évoluons tous aujourd’hui au sein d’un seul et même écosystème et nous nous devons ainsi tous d’interagir dans ce sens-là. La santé, le confort des usagers, la qualité de l’air peut-être avec un petit peu de retard par rapport aux équipes de Cédric, tous ces foyers d’innovation sont aussi travaillés chez Nexity. A l’échelle de notre groupe, nous observons ces phénomènes au niveau de la production bien sûr, mais aussi au niveau de l’exploitation puisque Nexity gère logements et bureaux au quotidien pour répondre aux nécessités globales instaurées par le RE 2020 dont nous parlions. Notre approche générale a donc changé : nous n’avons bien sûr pas la prétention de former, mais nous avons celle d’accompagner les usagers sur plusieurs plans, notamment celui de leur consommation énergétique qui est une problématique dont je n’ai bien sûr nul besoin de souligner l’énorme actualité. L’innovation se matérialise aussi plus globalement dans le mode constructif : aujourd’hui, dans la région Grand Est, un tiers de notre production est représenté par la construction bois. En matière de bilan carbone, on s’est donné une ambition de réduire de 42 % nos émissions de

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Frédéric Didier

« ON POURRA CONSTRUIRE DEMAIN DES BÂTIMENTS CAPABLES DE RÉPONDRE AUX ENJEUX ÉNERGÉTIQUES ET CLIMATIQUES. » Frédéric Didier (ci-dessus)

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CO2 d’ici 2030… Tout cela se fait à force de volonté d’expérimentation, comme tout le monde, nous avons essuyé quelques revers depuis 2014, date à laquelle nous nous sommes lancés dans ces innovations, mais les résultats sont là aujourd’hui et ils vont dans le bon sens. Notre approche est beaucoup mieux maîtrisée et tout aussi ambitieuse… Cédric Simonin : Ce qui est important, je le répète, c’est l’usager final qui, il faut bien le dire, n’est pas forcément au fait de l’innovation. Ce qui est aussi le cas des élus, entre parenthèses. C’est à nous de parler, sans cesse et sans cesse de cette innovation qui est partout : dans la brique, le bois et même dans le béton, comme l’industriel Vicat, par exemple qui, en 2025, proposera du ciment décarboné ! Une innovation qui n’était même pas envisageable il y a à peine quelques années… On voit bien que toute la filière de la construction va dans le bon sens, alors qu’on nous laisse nous organiser au cas par cas pour aller dans le meilleur sens vertueux possible ! Frédéric Didier : L’innovation, c’est au final un démonstrateur qui nous fait comprendre aujourd’hui qu’on pourra, demain,

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ensemble et en synergie, construire des bâtiments qui, en terme énergétique, ne nécessiteront quasiment pas d’apport extérieur. Nous travaillons actuellement à Lyon sur un projet très innovant qu’on appelle 22/26… Arnaud Ferrière : Je vous coupe pour préciser qu’il s’agit d’une réalisation Nexity… Frédéric Didier : Ah bon ? Je ne savais pas, le hasard fait donc bien les choses. Il est à base d’une brique auto-isolante, notamment produite chez nous en Alsace. 22/26, c’est entre 22 degrés à 26 degrés, sans apport extérieur de chauffage ou de climatisation et quelle que soit la saison… Le projet comporte huit étages. Certes, il est très cher, car l’innovation est par nature très chère. Mais le projet 22/26 prouvera qu’on pourra construire demain des bâtiments capables de répondre aux enjeux énergétiques et climatiques… Cédric Simonin : L’idée serait de dire aux élus : OK, écrivez-les règles et nous les respecterons. Ce qui fait que l’on pourrait éviter ainsi le cas très fréquent où, au moment de la dépose du permis, vous nous supprimez un étage dans la plupart des HORS-SÉRIE — 2022 — Habiter


productions que nous présentons à votre validation. C’est devenu très fréquent, trop fréquent… Quand vous imaginez une nouvelle règle, commentez-la nous en amont : on a l’expertise technique pour vous dire immédiatement si c’est jouable ou non et dans quelles conditions… Je ne souhaiterais pas qu’on se quitte sans que nous ayons ensemble parlé de la rénovation thermique. C’est un énorme enjeu, car il est incontournable. Pour résumer, le bâtiment c’est plus de 40 % de la consommation énergétique globale et, en France, il y a environ 25 millions de logements anciens qui doivent impérativement être l’objet de travaux de rénovation thermique. Parmi eux, il y a plus de cinq millions de ce que l’on appelle les « passoires thermiques », c’est à dire les logements dont le bilan énergétique est catastrophique. Si les propriétaires n’assurent pas les indispensables travaux de rénovation thermique, ils ne pourront plus les louer, la mesure s’appliquant progressivement dès le 1er janvier prochain. D’ores et déjà, depuis août dernier, leur loyer est bloqué… Pour répondre à cet enjeu énorme, on sait que sans aides publiques conséquentes et pérennisées dans le temps, les propriétaires ne se lanceront jamais dans ces travaux. Pardon d’avoir été si long dans l’énoncé de cette question, mais comment les constructeurs et industriels comptent-ils procéder pour faire en sorte que les aides publiques soient à la hauteur des enjeux ? Frédéric Didier : Ces aides existent bien sûr, mais il y a eu manifestement trop de stop and go en la matière, et ce, depuis longtemps. Depuis vingt ans, on a incité les particuliers à changer les fenêtres, puis tout à coup on a annoncé qu’il fallait se préoccuper de l’isolation globale. Plus récemment, on a bifurqué vers la pompe à chaleur, ce qui fait qu’aujourd’hui, on est en train d’installer des pompes à chaleur à profusion dans… les trop fameuses passoires thermiques que vous évoquiez. On va tout droit, on y est même, vers un scandale qui ne va pas tarder à faire la une de la presse… Oui, il faut tout axer sur la rénovation thermique. Un simple chiffre : rénover dans les normes un million de ces cinq millions de passoires thermiques, c’est réaliser une économie annuelle de sept térawattheures soit la production d’un réacteur nucléaire. Cinq millions de rénovations, c’est l’économie de la production de cinq réacteurs, production qui pourrait donc être utilisée ailHORS-SÉRIE — 2022 — Habiter

leurs, dans maints secteurs pour réduire d’autant la production de gaz carbonés. Elle est là l’exacte mesure des enjeux liés à la rénovation thermique et énergétique… Cédric Simonin : Ce n’est évidemment pas le matériel qui est en cause, les constructeurs savent fournir des pompes à chaleur de très bonne qualité aujourd’hui. Mais je trouve que Frédéric est un peu dur dans son jugement. Certes, ce qu’il décrit a existé, mais les aides commencent à s’organiser : c’est le cas pour France Renov, mais aussi pour Maprimrenov qui est de mieux en mieux fléchée, la plateforme Oktave mise en place par la Région Grand Est est très bien organisée elle aussi, du diagnostic au suivi éventuel de chantier, et nombre de municipalités ont des aides d’accompagnement… Arnaud Ferrière : C’est absolument certain que l’approche uniquement mercantile et commerciale de la rénovation énergétique a conduit à des abus inadmissibles. On est en train d’en sortir, à mon sens : le sujet est aujourd’hui pris à bras-le-corps, des sommes considérables sont fléchées par l’État et les régions. Les différents acteurs sont en train de se chercher et ils ont sur le point de trouver les bonnes approches. Reste que jusqu’à présent, les réflexions des propriétaires se résumaient en une seule question, bien souvent. Au bout de combien de temps pourrai-je observer un début de rentabilité sur les investissements que je dois réaliser ? Il y a encore quelques mois, c’était flou, en tout cas au-delà de dix ans. Ca l’est évidemment beaucoup moins aujourd’hui avec l’augmentation considérable du coût de l’énergie que nous constatons bien malheureusement. 2022 sera une année de rupture sur ces sujets, j’en suis convaincu. Pour autant, il ne faudra pas oublier que parallèlement, les coûts de cette rénovation énergétique vont eux aussi augmenter. La question de savoir comment tout ça va être financé reste ouverte, à l’évidence. En tout cas, il va falloir une lisibilité et une clarté absolue sur l’ensemble des aides publiques et je pense pour ma part qu’il faut très vite simplifier tous les dispositifs existants : le plus c’est simple, le mieux ça marche. Ce vieil adage reste plus que jamais pertinent. Halte aux usines à gaz, sans jeu de mots. En tous cas, je pense que la hausse vertigineuse du coût de l’énergie va être un vrai accélérateur pour ces questions de rénovation thermique et énergétique… » a a I MMOBI L I E R

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a IMMOBI L I E R – IMMOVA L Barbara Romero

Nicolas Rosès

NOLWENN PREUSS LES FEUX RESTENT AU VERT Transaction, gestion, location, syndics, commerces, et désormais logements neufs ou en viager… Immoval, qui vient de fêter ses 50 ans, se place sur tous les fronts de l’immobilier et poursuit son développement, comme nous le détaille sa directrice des ventes, Nolwenn Preuss. istoriquement installée rue de l’Église et spécialiste de l’hypercentre depuis un demi-siècle, Immoval, dirigée par Lionel Burstin, s’étend depuis plusieurs années aux quartiers strasbourgeois, à la première couronne, et dans la région de Molsheim avec le rachat de l’agence Scheuer. « Nous allons continuer le rachat de filiales et le développement de nos points de vente, précise Nolwenn Preuss, directrice des ventes Immoval et de ses filiales. Pour nous, les feux restent au vert, malgré un marché qui se tend. Nous ne sommes pas inquiets, après avoir surmonté 2008 et 2012 sans gros craquage. »

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UNE BRANCHE SPÉCIALISÉE DANS LE NEUF Après 2021, année d’euphorie enregistrant énormément de transactions, « on a connu un coup de frein entre la guerre en Ukraine et la remontée des taux, précise la directrice. On ne connaît pas une baisse de l’immobilier, mais une diminu-

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tion du nombre d’acquéreurs, donc une augmentation des biens à la vente et plus de concurrence… » À cela s’ajoutent des investisseurs plus frileux : « Les biens avec travaux sont les plus impactés, car s’il faut gagner des lettres DPE, le coût des matériaux a augmenté… » Un marché immobilier qui se tend, mais pas de quoi inquiéter l’experte : « Il y aura toujours des projets immobiliers liés à des naissances, des déménagements, des divorces, des décès… », rappelle-t-elle. Loin de rester attentiste, Immoval continue son développement, notamment avec la récente création d’une branche spécialisée dans le neuf, « avec un négociateur qui travaille en partenariat avec des promoteurs partenaires. Nous avons un vivier important, avec plus de 10 000 clients dans nos fichiers. » Autre levier de développement : la formation d’une partie de ses équipes au viager. Si Nolwenn Preuss ne voit pas le marché se « détendre » dans les mois à venir, le pessimisme n’est pas de mise dans cette agence indépendante, comptant quelque 120 salariés. a HORS-SÉRIE — 2022 — Habiter


« NOUS NE SOMMES PAS INQUIETS, APRÈS AVOIR SURMONTÉ 2008 ET 2012 SANS GROS CRAQUAGE. »

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Nolwenn Preuss, directrice des ventes Immoval et de ses filiales.

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a IMMOBI L I E R – ARMIN D O Barbara Romero

Marc Swierskowski

JOAQUIM ET LUDOVIC ARMINDO L’URGENCE DE LA RÉHABILITATION L’entreprise générale du bâtiment Joaquim Armindo SAS jouit d’une solide expérience de bientôt 35 ans dans son domaine. Si son cœur de métier reste le gros œuvre, une large part de son activité est consacrée à la rénovation énergétique des immeubles d’Habitation à loyer modéré (HLM) des années 1960-70. Un sujet plus que jamais d’actualité.

i les entreprises nationales sont leaders en termes de réhabilitation des logements à loyer maîtrisé, l’entreprise régionale et familiale Joaquim Armindo SAS se démarque dans le paysage alsacien : « Nous sommes en quelque sorte le local de l’étape depuis une dizaine d’années », sourit son président, avant de préciser : « L’objectif est de participer à la lutte contre le changement climatique en diminuant significativement les consommations d’énergie. Après travaux, les bâtiments sont moins énergivores et participent ainsi à la réduction des émissions de gaz à effet de serre et à la réduction de la consommation des énergies fossiles. Les locataires voient aussi leur consommation et leurs factures d’énergie être réduites au moins de moitié, ce qui est essentiel dans le contexte actuel. »

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Joaquim Armindo, président et Ludovic Armindo, directeur général.

La fibre environnementale n’est pas nouvelle pour Joaquim Armindo et son frère Ludovic, directeur général, qui emploient 75 personnes. « L’une de nos autres activités est la promotion immobilière avec un credo qui nous anime depuis toujours : construire naturellement et durablement, souligne Joaquim Armindo. Nous construisons des bâtiments qui s’insèrent dans leur environnement, sans densifier à outrance. Des bâtiments hautement économes en énergie. »

des problèmes d’offres, avec en prime la hausse des taux d’intérêt bancaires », estime le président. Pour autant, les affaires marchent « excellemment bien ». « Les projets se vendent rapidement, malgré la hausse des prix liés aux incidences conjoncturelles, les acquéreurs potentiels craignent de ne pas être servis. Prenons l’exemple de ces terrains dans le quartier Sud à Colmar vendus à 60 000 € l’are, du jamais vu. Tout est parti en quasiment de moins de temps qu’il n’en faut CONSTRUIRE pour le dire. » Autre sujet d’incertitude : l’inflation. « Le marché est tout de même NATURELLEMENT chaotique entre la spéculation et l’inflaET DURABLEMENT tion. Pour notre part, nous restons posiLa question actuelle : comment répondre tifs et tirons notre épingle du jeu face à aux demandes d’accès à la propriété qui cette situation parce que nous sommes s’intensifie ? « Avec la loi Climat et rési- une entreprise solide qui a déjà traversé lience promulguée en 2021, le foncier des moments difficiles. » Le poids de l’exest de plus en plus rare, ce qui va poser périence en résumé. a

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« NOUS RESTONS POSITIFS ET TIRONS NOTRE ÉPINGLE DU JEU. » a I MMOBI L I E R

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a IMMOBI L I E R – CREATIO Barbara Romero

Nicolas Rosès

SÉBASTIEN SICOT STRASBOURG VA ENCORE PROFITER DE BELLES OPÉRATIONS Filiale de KS Groupe, Creatio gère depuis 2010 ses chantiers, « du parpaing au bouton de porte ». Ultra connue à Strasbourg pour ses réalisations pointues dans l’hôtellerierestauration, la société œuvre aussi pour le pôle médical ou les bureaux. Son dirigeant, Sébastien Sicot, démarre en parallèle une nouvelle aventure avec KS Solutions, une entreprise adaptée, spécialisée dans les métiers d’entretien et de petit aménagement.

la sortie du premier confinement, Sébastien Sicot faisait partie des dirigeants sereins pour les mois à venir. « Avec du recul, cela s’est confirmé, nous avons réalisé de beaux projets à Strasbourg », confie-t-il. Le Drunky Stork Social Club, bien sûr, mais aussi Le Mozzo, nouvelle trattoria sur les docks, L’Alsace à boire, le PNY, la reconversion de Calmos en East Canteen Grand’Rue ou encore le S’Wacke Hiesel au Wacken. « Nous bénéficions d’un bon réseau, du bouche-à-oreille, et notre présence à Strasbourg-centre nous confère une belle communication », constate-t-il. A la fois concepteur, rénovateur et décorateur, Creatio sait anticiper les éventuels retards de livraison de matériaux auxquels font face toutes les entreprises du bâtiment depuis deux ans. « En cas de mauvaises surprises, nous proposons des alternatives », précise le dirigeant.

À

L’IDÉE EST DE DEVENIR UN ACTEUR DANS LE RECYCLAGE DES MATÉRIAUX Comment voit-il les années à venir ? « Depuis deux ans, on constate une saisonnalité importante, avec des périodes très creuses, forcément anxiogènes, qui alternent avec des pics d’activité. Pourquoi ? Je me pose la question ! Peutêtre est-ce lié aux phénomènes météo, politiques ou économiques ? Avec l’augmentation des taux d’emprunt, la guerre en Ukraine, le problème de main-d’œuvre,

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les investisseurs peuvent différer leurs projets. Nous prenons l’activité comme elle vient, avec cette chance de ne pas faire que du CHR, mais aussi du particulier, du médical ou des bureaux. Cela nous permet de déplacer le centre de gravité. » Dans l’hôtellerie-restauration, Sébastien Sicot confie que de beaux projets sont en cours d’étude, sans pouvoir plus en dévoiler. « Strasbourg va encore profiter de belles opérations », lâchet-il avec malice. Mais un autre projet en parallèle concentre aussi son attention : la création de KS Solutions, une société adaptée qui emploiera cinq perHORS-SÉRIE — 2022 — Habiter

« NOUS BÉNÉFICIONS D’UN BON RÉSEAU, DU BOUCHEÀ-OREILLE. »

sonnes, dont deux en situation de handicap, « dans l’entretien de bâtiment et le petit aménagement, précise-t-il. L’idée est de travailler sur la déconstruction des bâtiments et de devenir un acteur dans le retraitement des matériaux et dans le recyclage des équipements luminaires ou sanitaires pour leur donner une nouvelle vie, grâce à un partenariat avec Emmaüs, notamment. » Filiale du Groupe KS, Creatio a pour objectif de devenir une entreprise à mission, ce qui sous-entend une responsabilité environnementale et sociétale du groupe et de l’entreprise, « à Sébastien Sicot, laquelle j’adhère à 100 % », conclut-il. a gérant de Creatio.

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a IMMOBI L I E R – WIEN ERBERGER Barbara Romero

DR

FRÉDÉRIC DIDIER LE SAVOIR-FAIRE AU SERVICE DE L’ENVIRONNEMENT Leader mondial des solutions terre cuite pour les murs, façades et toitures, le groupe autrichien Wienerberger a installé son siège français en Alsace dès 1995. Fondé en 1819, le Groupe s’attache depuis plus de 200 ans à développer des solutions innovantes pour un habitat toujours plus sain dans le respect de l’environnement. lus que jamais avec l’urgence climatique que l’on connaît, Wienerberger veut apporter sa pierre à l’édifice. Son mantra : « La terre demande toute notre attention ». Le groupe, qui a enregistré un chiffre d’affaires de quatre milliards d’euros en 2021, présent dans 28 pays dans le monde et fort de 215 sites de production et quelque 17 624 collaborateurs, veut mettre à profit son savoir-faire au service de l’environnement. « Notre engagement pour la terre fait partie intégrante de notre feuille de route, à travers trois enjeux : la décarbonation, l’économie circulaire et la biodiversité », précise Frédéric Didier, directeur général de Wienerberger France. Le point clé de cette stratégie : l’ancrage local en ne proposant que des produits français – briques, tuiles et briques apparentes en terre cuite – vendus à des clients locaux. En ce qui concerne l’enjeu de décarbonation, le Groupe vise la neutralité carbone à horizon 2050 : « Ces 30 dernières années, nous avons déjà diminué nos émissions de CO2 de 30 %, aujourd’hui notre tra-

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Frédéric Didier, directeur général de Wienerberger France.

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jectoire s’accélère en voulant diminuer de 15 % nos émissions depuis 2020 jusqu’à 2023 », poursuit Frédéric Didier.

L’ADN DE NOTRE ENTREPRISE, C’EST L’INNOVATION L’upcycling fait aussi partie de ses priorités : « Actuellement, le taux de recyclage est de 94 %, souligne le directeur général. L’ADN de notre entreprise, c’est l’innovation, 100 % de nos nouveaux produits seront recyclables ou réutilisables d’ici à 2030. » Une stratégie conforme à la nouvelle réglementation RE 2020, mise en place en début d’année : « Nous voulons offrir les produits les plus abordables, responsables, offrant un très bon confort pour l’habitat, en phase avec la réglementation environnementale pour progressivement réduire le nombre de CO2/m2 de bâti d’ici à 2031 », rappelle Frédéric Didier. Son engagement passe aussi par un travail sur la matière première, un process de production plus vertueux, l’utilisation d’une énergie HORS-SÉRIE — 2022 — Habiter

« LA TERRE DEMANDE TOUTE NOTRE ATTENTION. »

verte. Le tout dans un marché en pleine expansion : « Nous faisons face à une forte demande, nos huit sites de production en France produisent en continu avec une augmentation de la capacité de production entre 5 et 15 % », souligne le directeur général qui doit aussi faire avec l’envol des prix de l’énergie et des matières premières, accentué depuis la guerre en Ukraine. « Nous devons répercuter ce coût sur le prix de vente, ce qui va forcément toucher les primo-accédants qui se tournent désormais davantage vers les logements collectifs ou la location. » Le marché de la rénovation restera néanmoins stable en 2023. En exemple, Frédéric Didier évoque le projet majeur du moment, à savoir la rénovation de 50 façades pour le Grand Paris. Tout récemment nommé Président de la Fédération française des tuiles et briques, Frédéric Didier prend enfin un autre engagement : « Défendre la terre cuite, notre territoire, l’Alsace, et nos industries. » Sans oublier de s’engager pour la préservation de la biodiversité sur sites. a a I MMOBI L I E R

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a IMMOBI L I E R – N EX ITY Barbara Romero

Nicolas Rosès

ARNAUD FERRIÈRE L’APPROCHE SERVICIELLE Groupe immobilier présent dans le logement neuf, mais également dans l’ancien et dans l’immobilier tertiaire, Nexity se développe en tant que plateforme de services pour mieux comprendre un environnement très mouvant en cette rentrée. Pénurie du foncier, défis environnementaux, réflexion pour des logements plus inclusifs… Arnaud Ferrière, directeur général de Nexity Promotion Est, décrypte les nouveaux enjeux de la promotion immobilière.

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i les voyants ne sont pas au vert pour la promotion immobilière en cette rentrée, Nexity garde le cap. « Entre la pénurie du foncier, l’interrogation sur la zéro artificialisation, la compétition pas très saine et exacerbée dans l’Eurométropole de Strasbourg où la production a baissé, nous gardons l’ambition d’avoir une implantation forte dans chaque territoire et d’être un partenaire pour les collectivités », confie Arnaud Ferrière, directeur général de Nexity Promotion Est. En ce sens, Nexity a développé une raison d’être : « La Vie ensemble » à destination de ses clients, ses collaborateurs et les collectivités, « qui permet de mieux comprendre un environnement très mouvant et de faire en sorte que la question de la mixité soit davantage mise en avant. » Première réponse concrète au mal-logement : la signature de 90 baux solidaires sur les six derniers mois, « grâce à notre travail

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commun avec des associations caritatives locales », se réjouit-il. Sur la partie environnementale, le groupe veut aussi se démarquer et s’engage à réduire de 42 % ses émissions de gaz à effet de serre entre 2019 et 2030, « ce qui se traduit notamment par une économie de 10 % de plus que ce qu’impose la Réglementation Environnementale 2020. »

IL Y A UN TEMPS POLITIQUE ET UN TEMPS ÉCONOMIQUE Le métier même de la promotion est aussi réinterrogé. « Nous devons regarder les usages des clients de la façon la plus fine possible. La conception aujourd’hui est différente, on essaie d’innover en mode constructif, même si nous nous heurtons à l’inflation des matières biosourcées, rappelle Arnaud Ferrière. Nous travaillons avec nos parHORS-SÉRIE — 2022 — Habiter

tenaires, fournisseurs et constructeurs, pour avoir une vision mutuelle de l’augmentation du coût des matériaux, de l’énergie, qui touche autant les promoteurs que ceux qui vont occuper les logements. » Les nouvelles constructions se doivent d’avoir une isolation thermique performante, une notion de confort et des matériaux pérennes. « Nous regardons davantage les usages, avec un endroit dédié au partage dans la copropriété, une végétalisation importante. » Une vision à 360 degrés en résumé. En tant que spécialiste du logement, Arnaud Ferrière souhaite sortir « de l’image du promoteur, pour devenir un vrai partenaire. Il est important de recréer du dialogue. Le Pacte d’urbanisme en transition de l’Eurométropole offre des réflexions de bon niveau. Cela étant, il y a un temps politique et un temps économique, et les temps de décisions sont parfois trop longs. » a

« NOUS DEVONS REGARDER LES USAGES DES CLIENTS DE LA FAÇON LA PLUS FINE POSSIBLE. » Arnaud Ferrière, directeur général de Nexity Promotion Est.

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a IMMOBI L I E R – NOUV EL R Barbara Romero

Nicolas Rosès

HERVÉ STARK UNE PRESTA CLÉ EN MAIN Si les confinements successifs ont convaincu les Français d’effectuer des travaux de rénovation de leur intérieur, les difficultés d’accès aux crédits et les délais allongés des travaux ont mis un frein à cet engouement. Pour autant, le carnet de commandes de l’entreprise tout corps d’état Nouvel R reste plein, comme le confie son dirigeant Hervé Stark, aussi optimiste que réaliste. ntre réhabilitation de cabinets d’avocats ou d’orthodontistes, de logements de particuliers ou d’un nouvel espace de réalité virtuelle en centre-ville, Hervé Stark et son équipe n’ont pas le temps de chômer. « Les carnets de commandes sont pleins jusqu’en février, nous sommes contents de l’activité, même si quelques signaux nous interrogent », confie Hervé Stark, dirigeant de Nouvel R. « Pour les crédits immobiliers, la période n’est pas très bonne, et les particuliers se lancent moins dans des projets globaux. On s’inquiète aussi pour cet hiver, avec la hausse de l’énergie et la menace de pénurie. »

Hervé Stark, dirigeant de Nouvel R.

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«

ON DÉCOUVRE QUE L’UKRAINE EST LE GRENIER DE L’EUROPE Hervé Stark, qui emploie six salariés, relève aussi la pénurie des matériaux, comme ses confrères. « On manque de bois depuis longtemps, mais ce qui est assez impressionnant, c’est que l’on découvre que l’Ukraine est le grenier de l’Europe. Pour ma part, je l’ignorais ! ». Particulièrement réputé pour la rénovation des salles de bain, Nouvel R fait ainsi également face à la pénurie de carrelage. « Les délais d’approvisionnement sont beaucoup plus longs, et cela n’a rien à voir avec l’Ukraine ! De fait, le choix pour le client est restreint, mais nous arrivons

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« ON S’INQUIÈTE AUSSI POUR CET HIVER, AVEC LA HAUSSE DE L’ÉNERGIE ET LA MENACE DE PÉNURIE. »

à toujours les satisfaire, grâce à nos relations avec mes fournisseurs depuis quinze ans. » Son show-room ouvert il y a un an à Reichstett, conçu comme un vrai loft, a aussi trouvé sa clientèle. « On fait du tout corps d’état. Il fallait trouver un produit d’appel, à savoir le parquet stratifié, mais aussi habiller le loft avec une cuisine, une salle de bain, une verrière, de la déco… Tout y est à vendre. » De quoi satisfaire ses clients en quête d’un lieu de vie ou de travail où ils se sentent bien, qui n’hésitent pas à scroller des heures sur Pinterest à la recherche de l’idée de leurs rêves. a HORS-SÉRIE — 2022 — Habiter



a IMMOBI L I E R – S ELTZ C ON STRUCT IONS Barbara Romero

Nicolas Rosès

JEAN-DANIEL SELTZ UN CHANTIER HORS DU COMMUN Entreprise familiale fondée en 1965, le Groupe SELTZ Constructions a racheté en début d’année l’entreprise Dicker devenant ainsi un acteur majeur du BTP dans le Grand Est. Un Groupe comptant aujourd’hui 150 salariés et pesant 35 millions d’euros de chiffre d’affaires.

la tête du Groupe SELTZ Constructions fondé par son père en 1965, Jean-Daniel Seltz a depuis 1996 consolidé et fait grandir l’entreprise générale du bâtiment d’Andlau au point d’en faire un acteur majeur de la grande région. Après avoir racheté l’entreprise strasbourgeoise Kieffel il y a trois ans, Jean-Daniel Seltz a repris l’ancien fleuron du BTP alsacien Dicker, fondé en 1924, en début d’année. « Ces deux entreprises ont une histoire, de grosses références, rappelle le président. Par ce rachat, je souhaitais créer une synergie entre nos sociétés, développer des parts de marché grâce à la réunion d’acteurs majeurs du Grand Est. » Avec Dicker, le Groupe SELTZ compte 150 salariés, avec un chiffre d’affaires cumulé de 35 millions d’euros. Ses défis aujourd’hui ? « Consolider et optimiser les performances du Groupe, avec une croissance modérée. Je ne souhaite pas tripler les volumes, je veux continuer à faire de la qualité. »

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LE CHANTIER DU MK2 SUR LES RAILS Après avoir réalisé dernièrement de beaux chantiers, dont le siège des Compagnons du Devoir qui lui tenait particulièrement à cœur, lui-même ayant fait son Tour de France, Jean-Daniel Seltz annonce de belles perspectives pour les mois à venir. Parmi les gros chantiers en cours, l’extension de l’entrée du Parlement européen gérée par Dicker, le centre administratif de Strasbourg pour SELTZ Constructions, mais aussi le chantier du MK2 à Schiltigheim, la livraison de la nouvelle boutique Hermès à Strasbourg, ou encore la construction d’un collège à la Meinau. « Le marché reste favorable, observe le président. Malgré la hausse des prix ou la pénurie des matières premières, nous restons positifs. Cela fait 25 ans que je dirige cette entreprise, nous connaissons les rouages, nous nous organisons différemment, nous anticipons. » Avec un autre vaste chantier en cours dans le viseur : toujours être plus vertueux pour l’environnement. a

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« JE SOUHAITAIS CRÉER UNE SYNERGIE ENTRE NOS SOCIÉTÉS. »

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Jean-Daniel Seltz, président du Groupe SELTZ Constructions.

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a IMMOBI L I E R – AMC HA BITAT Barbara Romero

Nicolas Rosès

AURÉLIEN MOUSSAN L’ÉCONOMIE À L’ŒUVRE Économiste et maître d’œuvre, AMC Habitat chiffre et réalise des projets immobiliers d’une grande diversité depuis 2012. Habitat individuel et collectif, industrie, tertiaire, santé, retail, bancaire : rien ne fait peur à l’équipe jeune et dynamique de son gérant Aurélien Moussan.

«

MC, c’est le couteau-suisse dans l’économie d’un projet et sa réalisation aux petits oignons », confie son gérant, Aurélien Moussan. Économiste et maître d’œuvre d’exécution, l’entreprise chiffre et réalise pour le compte du maître d’ouvrage des projets variés grâce à une capacité d’adaptation et une expertise qui ont fait leurs preuves depuis 2012. « Nous touchons toute typologie de projets, de la maison individuelle aux logements collectifs, de la rénovation d’un corps de ferme à l’extension d’une brasserie. Le mode opératoire est le même. Notre valeur ajoutée, c’est l’adaptation de mes collaborateurs qui arrivent à se mettre au niveau de leurs interlocuteurs », souligne le gérant qui sait depuis dix ans surfer sur un marché en constante mutation. « Il ne faut pas se cantonner à une activité, estime-t-il. Quand j’ai créé ma première société en 2004, on construisait une vingtaine de maisons individuelles par an. Depuis deux ans, ça se réduit considérablement, et nous nous sommes adaptés. L’écart se creuse entre les populations, les prix évoluent fortement, les gens sortent des zones urbaines car le foncier y est hors de prix. On est davantage à l’ère de la rénovation que de la construction à tout-va. Le marché est en perpétuelle évolution, il faut s’adapter à la demande. »

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LA RÉNOVATION, UNE NOUVELLE MUTATION DU MARCHÉ Une demande toujours forte. En cours, entre études et réalisations, AMC gère actuellement la construction de 700 appartements sur la région Alsace. Mais aussi la rénovation et la construction des agences Crédit Mutuel, des commerces, des bureaux, l’extension et la rénovation de la Brasserie La Licorne

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Aurélien Moussan, gérant de AMC Habitat.

à Saverne, la construction de supermarchés, entre autres projets. « Mon équipe est constituée de 25 personnes jeunes et dynamiques pour qui le client n’est pas un numéro, mais à qui ils souhaitent tailler un costume sur mesure », insiste Aurélien Moussan, qui voit déjà les demandes de rénovation pour se conformer à la loi EnergieClimat exploser : « La rénovation est une nouvelle dimension du marché, il faut être attentif à la qualité du produit que l’on va louer, avec des bâtiments moins énergivores, plus pérennes, plus accessibles. C’est très bienvenu. Très contraignant aussi pour les travaux, avec un maximum d’interactions pour mettre le parc immobilier français à niveau. » Une mutation vertueuse, que l’économiste et maître d’œuvre est déjà engagé à accompagner. a HORS-SÉRIE — 2022 — Habiter

« ON EST DAVANTAGE À L’ÈRE DE LA RÉNOVATION QUE DE LA CONSTRUCTION À TOUT-VA. »

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a OR NORM E – HAB I TER

URBANISME

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a U R B A N I SM E – COURS D’ EAU EMS Jean-Luc Fournier

Nicolas Rosès – Jérôme Dorkel

EUROMÉTROPOLE DE STRASBOURG UNE PANOPLIE D’ACTIONS POUR REDONNER VIE AUX COURS D’EAU Thierry Schaal, outre ses fonctions de maire de Fegersheim depuis 2014, est vice-président de l’Eurométropole de Strasbourg en charge de l’eau, de l’assainissement et de la Gestion des Milieux Aquatiques et Prévention des Inondations (GEMAPI). Sa mission principale est la renaturation des cours d’eau et il ne faut pas le pousser beaucoup pour qu’il devienne très disert sur un sujet qui, manifestement, le passionne…

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a fonction qu’occupe Thierry Schaal transcende à l’évidence les courants politiques et il est patent que cette gestion des cours d’eau de l’Eurométropole a toujours été une source d’attention pour les élus, au fil du passé. « Il y a bien sûr une nécessité constante » souligne Thierry Schaal. « Elle se matérialise dans le cadre d’un aspect réglementaire qui prévoit que le cours d’eau, à un certain moment, doit être retravaillé pour des raisons techniques et administratives, le reméandrage ou le travail sur les berges, mais aussi, et c’est important, pour être remis à la disposition des publics, à certains endroits pour pratiquer des sports, je pense au canoë ou, à d’autres endroits, pour plus simplement pouvoir y nager ou y pêcher. Concernant l’état général de nos cours d’eau sur le territoire eurométropolitain, je dirais que nous sommes en devenir sur le retour au bon état écologique global. Notre priorité est de mettre en œuvre un maximum de bassins de rétention capables de recueillir un maximum de pluies d’orage, ces premières pluies qui lessivent les voiries, je dirais… Par ce biais, les eaux vont se purifier en s’infiltrant peu à peu, et nous

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pourrons les laisser ensuite retourner aux cours d’eau. Tout cela s’est construit dans un schéma directeur d’assainissement doté d’une centaine de millions d’euros qui a été décidé lors du mandat précédent et qui se terminera aux alentours de 2027/2028 où nous pourrons alors évaluer, dans le cadre de la directive-cadre de loi sur l’eau, les paramètres de retour au bon état écologique global dont je parlais à l’instant, c’est-à-dire la réduction de l’impact humain sur le milieu naturel… »

REMÉANDRAGE ET INNOVATION En matière de projet devant permettre d’optimiser considérablement les paramètres eurométropolitains, il y a la mise en œuvre d’une nouvelle station d’épuration. « Les travaux débuteront en 2025 » précise l’élu, « la station se situera au sud du ban communal d’Illkirch-Graffenstaden, elle devrait être opérationnelle en 2027 ou 2028. Elle permettra d’améliorer notre réseau d’assainissement et de diminuer les rejets naturels que nous constatons au niveau de nos cours d’eau HORS-SÉRIE — 2022 — Habiter

« CONCERNANT L’ÉTAT GÉNÉRAL DE NOS COURS D’EAU SUR LE TERRITOIRE EUROMÉTROPOLITAIN, JE DIRAIS QUE NOUS SOMMES EN DEVENIR SUR LE RETOUR AU BON ÉTAT ÉCOLOGIQUE GLOBAL. » a URBANI S ME

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Thierry Schaal

quand les réseaux sont saturés et que l’eau s’échappe par les bassins d’orages. Il nous faut strictement réduire ces rejets, c’est une obligation réglementaire qui nous échoit pour l’horizon 2027… » Par ailleurs, l’Eurométropole s’est engagée dans un immense travail concernant la renaturation de ses cours d’eau. « C’est en effet tout le retravail que nous faisons sur leur linéaire, on agit énormément sur ce que nous appelons le reméandrage, c’est-à-dire la mise en œuvre de “virages” qui permettent de réduire la vitesse d’écoulement pour éviter que le lit du cours d’eau ou les berges soient

ravinés. On fait en sorte que la nature reprenne un peu le dessus sur toutes les actions que l’homme a pu exercer depuis, disons, les années quatre-vingt… » Tout cela nécessite bien sûr de faire appel à la mémoire grâce à des cartes qui existent dans chaque commune voire dans des ouvrages que les différentes collectivités ont conservés. « On voit ainsi très bientôt ce qu’il faut retravailler, notamment dans le cadre de la prévention des inondations… » Tout cela mobilise bien sûr d’importantes sommes d’argent, à grands coups

« IL FAUT VRAIMENT ALLER AVEC PRÉCISION SUR LE TERRAIN À LA RENCONTRE DES HABITANTS QUI VIVENT DANS CES ENDROITS-LÀ… » 38

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d’études à réaliser et de la création de zones d’expansion de crues capables d’anticiper les effets des phénomènes naturels qui entrainent notamment l’acquisition de parcelles privées. « On est dans de la véritable dentelle » souligne Thierry Schaal, c’est un domaine où on ne peut pas avoir une vue macro. Il faut vraiment aller avec précision sur le terrain à la rencontre des habitants qui vivent dans ces endroits-là… » Dans ce domaine, les règles « s’empilent de plus en plus, les dossiers sont de plus en plus difficiles à préparer », tout cela pour que les projets entrent bien dans les grandes lignes directrices du Plan EauClimat, permettant aux collectivités de déclencher les financements. Sans oublier l’innovation, comme cette « voirie infiltrante », un macadam poreux permettant à l’eau de pluie de s’infiltrer naturellement. « Ce n’est pas beaucoup plus cher qu’un enrobé classique » précise Thierry Schaal en remettant sa casquette de maire de Fegersheim, sa commune ayant été une des premières à tester cette nouvelle solution.. a HORS-SÉRIE — 2022 — Habiter



LE RING LE VÉLO EN SON ROYAUME… Dès qu’on parle vélo, elle est dans son élément, elle qu’on a, à vrai dire, toujours connue se déplaçant à grands coups de pédales, et ce bien avant son élection au sein de l’équipe municipale qui préside actuellement au devenir de Strasbourg. Rencontre avec Sophie Dupressoir, Conseillère municipale de la Ville de Strasbourg déléguée à la ville marchable et cyclable, qui évoque avec enthousiasme ce grand projet du Ring qui devrait redonner un nouvel élan décisif à la petite reine dans la capitale européenne… 40

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Dans quelle philosophie générale s’inscrit le projet « La Ville à Vivre » que vous évoquez dans toutes les réunions publiques auxquelles vous participez ? Il est assurément à considérer dans la problématique générale des mobilités. L’équipe municipale s’est engagée à répondre aux enjeux de l’urgence climatique et sociale dans laquelle nous sommes, c’est à dire, notamment, de rendre accessible la ville pour tous. Nous sommes aujourd’hui à un tournant, il nous faut affronter les problèmes liés à la pollution, aux difficultés de se déplacer et au partage de l’espace public. Strasbourg a été une ville façonnée pendant plus de trente ans par la voiture, comme toutes les grandes villes de France, puis le tram est arrivé au début des années 90 et a permis une reconquête d’une grande partie de l’espace public au bénéfice des piétons et des cyclistes, mais il est évident que la part modale du vélo stagne depuis des années surtout en première et deuxième couronne où il y a encore énormément de déplacements en voiture. Cette voiture occupe encore sur l’espace public une part supérieure à l’usage qu’en font les gens : on a encore des grands boulevards, on a toujours la voiture qui pénètre HORS-SÉRIE — 2022 — Habiter


a U RBA N I SM E – VÉL O Jean-Luc Fournier

Nicolas Roses – Jean-François Badias – Ville de Strasbourg

« ON S’APPRÊTE DONC À FRANCHIR UN NOUVEAU CAP EN MATIÈRE DE PARTAGE DE L’ESPACE PUBLIC. » dans une partie de la Grande Ile. On s’apprête donc à franchir un nouveau cap en matière de partage de l’espace public : on va élargir les trottoirs et les végétaliser, tracer des pistes cyclables nouvelles… Vous évoquez principalement là le projet du Ring cycliste… Oui, bien sûr. Le Ring s’est bâti sur le constat que le plateau piétonnier de la Grande Ile, qui est un des plus grands de France, a certes fait de la place aux cyclistes, mais au détriment des piétons. C’est assez flagrant : on a quelquefois mis les pistes cyclables sur les trottoirs, on a créé à la fin du dernier mandat les zones de rencontre avec l’objectif de donner une place confortable à chacun, mais on se rend bien compte que ça ne marche pas. La réalité concrète est simple et évidente : les conflits entre piétons et cyclistes se multiplient. On a donc commencé par ce que l’on appelle des aménagements tactiques temporaires, par exemple sur le quai de Paris où un trottoir a été réservé aux cyclistes, ou encore quelques vélosrues qui ont été tracées. Dès l’été prochain, la première phase des travaux du Ring va débuter avec le déplacement des parcours de bus de la HORS-SÉRIE — 2022 — Habiter

Sophie Dupressoir, conseillère municipale.

a URBANI S ME

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À gauche : Quai Turckheim, existant À droite : Quai Turckheim, projet

À gauche : Rue des Glacières, existant À droite : Rue des Glacières, projet

CTS vers les quais extérieurs. L’espace libéré sur les quais intérieurs va ainsi accueillir cette piste cyclable bidirectionnelle de 4 m de largeur qui constituera le Ring cyclable. Les flux piétons et cyclistes y seront donc totalement séparés. Partout là où on le pourra, il y aura de la végétalisation. Ce serait trop long à détailler ici, mais à certains endroits, je pense par exemple au quai Turckheim, on va améliorer considérablement l’univers des cyclistes et des piétons, on va même embellir la ville, je crois… À terme, hormis les riverains bien sûr ainsi que les indispensables livreurs, la place de la voiture aura considérablement diminué dans l’ellipse insulaire. Concernant plus particulièrement les cyclistes, la philosophie du Ring est très simple : il s’agit d’éviter au maximum la traversée en tout ou partie du plateau piétonnier. Une fois le Ring construit, le cycliste l’empruntera pour ne le quitter ensuite qu’au plus près de l’endroit dans lequel il compte se rendre dans l’hypercentre. Évidemment, nous jalonnerons le Ring par la création des arceaux à vélos nécessaires. Enfin, je voudrais aussi souligner les aménagements considérables au bénéfice des piétons qui bénéficieront de ce que l’on appelle la Magistrale piétonne qui serpentera le long du Ring, sur les espaces qui seront libérés par rapport à l’existant. On ne le souligne pas assez, mais je le répète ici : la priorité de mon mandat c’est la marche, la grande oubliée des mandats précédents. » a

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« À TERME, HORMIS LES RIVERAINS BIEN SÛR AINSI QUE LES INDISPENSABLES LIVREURS, LA PLACE DE LA VOITURE AURA CONSIDÉRABLEMENT DIMINUÉ DANS L’ELLIPSE INSULAIRE. »

CYCLISTES / PIÉTONS : ENFIN UNE COHABITATION PACIFIÉE ? À terme, ce projet de Ring décrit ici par Sophie Dupressoir porte l’espoir de voir enfin pacifiées les relations plus que conflictuelles (ça ne date pas d’hier…) entre les piétons et les cyclistes dans l’hypercentre de Strasbourg. On ne compte plus les incidents et les accidents dans ce domaine. À vrai dire, on ne comprend même pas pourquoi la Grand-Rue, hyperfréquentée par les piétons en permanence, mais encore plus les jours d’affluence, ne bénéficie pas encore de la réglementation obligeant les cyclistes à marcher vélo à la main comme on le voit rue d’Austerlitz, par exemple. Cela suppose bien sûr des contrôles réguliers par la Police municipale et bien sûr, des amendes à la clé. Pour l’heure, Sophie Dupressoir insiste sur la partie information et communication, mais elle n’élude pas le versant sanction : « On

a déjà intensifié les contrôles et la verbalisation » dit-elle, « grâce à de grands contrôles ponctuels très médiatisés pour faire connaître la volonté de sanction, mais on est freiné par le montant des amendes qui, officiellement, ne fait pas la distinction entre un piéton et un conducteur de poids lourd, par exemple. On a connu entre 2012 et 2016 un système d’amende minorée pour les cyclistes, autour de 40 €. Malheureusement, à la demande du Procureur, cette expérimentation a cessé. Nous demandons à ce qu’elle soit remise en place, ça permettrait de verbaliser beaucoup plus et ce serait pour le coup très pédagogique que de pénaliser de 135 € aujourd’hui un étudiant en vélo. On doit en être au troisième ou quatrième courrier envoyé dans ce sens par la maire de Strasbourg et on n’a pas eu la moindre réponse à ce jour… » conclut la conseillère municipale. HORS-SÉRIE — 2022 — Habiter


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a U R B A N I SM E – VOIES NAV IGA BL ES DE FRANCE Aurélien Montinari

© VNF

YANN QUIQUANDON E T E U Q I T I E L H C Î DE P O A FR D’EAU « Tel est le monde ici-bas. Forêt inerte, surface immobile de l’eau, et la main de l’orchidée qui se tend à travers le carreau. » Tomas Tranströmer

Établissement public administratif, Voies navigables de France gère le parc fluvial de l’Hexagone. Répondant à des missions à la fois patrimoniales, économiques et écologiques, les actions de VNF couvrent toutes les dimensions de la ressource eau, un trésor à préserver et à valoriser pour un avenir tout en bleu. Yann Quiquandon, directeur territorial de VNF Strasbourg, nous explique comment s’articulent ces différents chantiers, les pieds sur terre et la tête dans l’eau.

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Qu’est-ce que Voies navigables de France ? C’est un Établissement Public Administratif rattaché à la DGITM (Direction Générale des Infrastructures, des Transports et des Mobilités, ndlr) qui supervise et gère l’ensemble des voies navigables en France. Cela représente 6700 km de réseau, qui se séparent en deux grandes parties : le grand gabarit, comme la Seine, le Rhône, le Rhin, qui permettent à des gros convois (280 mètres, 5000 tonnes) de naviguer, et les petits gabarits qui sont plus à vocation touristique et également de fret, et qui correspondent à ce que l’on appelle le réseau Freycinet, un réseau pensé à l’époque napoléonienne et qui permettait de relier Est/Ouest – Nord/Sud. Les Voies navigables de France regroupent 4000 collaboratrices et collaborateurs répartis à travers 7 directions territoriales qui sont héritées des anciens services de la navigation et qui permettent de balayer l’ensemble des bassins navigables de France. Les 7 directions HORS-SÉRIE — 2022 — Habiter

« NOUS DEVENONS UN ACTEUR TRÈS IMPORTANT DE LA RÉSILIENCE CLIMATIQUE ET C’EST UN RÔLE QUI VA ENCORE SE RENFORCER DANS LES ANNÉES À VENIR. »

Plan Incliné Saint-Louis-Arzviller.

territoriales se partagent ainsi : Lille pour le Nord–Pas-de-Calais, qui pilote la construction du nouveau canal SeineNord-Europe qui va relier le Nord de l’Europe à Paris. Paris pour toute la partie Seine et Loire. Nancy pour tout ce qui est bassin Est. Lyon pour l’axe RhôneSaône. Toulouse pour le Sud-Ouest. Dijon pour la partie Centre-Bourgogne. Strasbourg, enfin, gère ce qui reste du 67-68, mais pilote également l’activité de transport et de navigation sur la bande française rhénane. La particularité de la Direction territoriale de Strasbourg, c’est qu’elle assure le trafic international avec un siège à la CCNR (Commission Centrale de la Navigation Rhénane – ndlr) qui est au Palais du Rhin et qui est un organisme multi-étatique, avec cinq pays représentés dont la France. La navigation rhénane étant la plus importante d’Europe – c’est l’équivalent de a URBANI S ME

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a U R B A N I SM E – VOIES NAV IGA BL ES DE FRANCE l’autoroute fluviale européenne – la Direction territoriale de Strasbourg est là pour définir et traduire un certain nombre de réglementations en navigation rhénane. Nous travaillons actuellement au projet du canal Seine-Nord-Europe, un canal grand gabarit permettant de relier la partie Nord de l’Europe qui est très bien maillée, avec le Grand Paris pour optimiser l’approvisionnement en marchandises, comme un trait d’union ! Comment s’organise le réseau de VNF ? Le réseau couvre 6700 km de voies et 40 000 hectares de domaine public comprenant 4000 ouvrages. Ces ouvrages sont essentiellement des écluses qui permettent, via un sas, de changer le niveau d’eau et donc de récupérer la topographie du territoire par des systèmes non énergivores de vases communicants. Il faut savoir que VNF est également un important propriétaire terrien, c’est-à-dire que dans le découpage géographique de propriétés, nous avons des propriétés qui nous sont confiées par l’État et dont nous assurons la gestion. Nous avons évidemment la voie d’eau, mais aussi ses abords, ce qui correspond généralement aux chemins de halage, la piste qui permettait aux chevaux, à l’époque, de tirer les bateaux puisque ces derniers n’étaient pas motorisés. Nous gérons également les maisons éclusières. Avant, chaque écluse était manuelle – ce n’est plus le cas maintenant – il y avait donc un éclusier qui habitait sur place et qui venait à chaque fois pour tourner la manivelle, afin d’ouvrir la porte d’écluse, faire les manœuvres de vannes et permettre ainsi aux bateaux de passer. Ce patrimoine, nous essayons de le valoriser avec des projets touristiques ou sous forme d’habitations. Nous gérons également d’autres ouvrages, plus impressionnants, comme le plan incliné de Saint-Louis-Arzviller, un ascenseur à bateaux construit à l’époque Pompidou ou le barrage de Champagney, avec un réservoir qui permet de stocker de la capacité hydraulique. Quelles sont les missions de VNF ? Il y en a trois. La première c’est de développer le fret fluvial, de booster le report modal, tout cela dans des objectifs d’écoresponsabilité et de transition écologique, pour arriver à limiter les diffusions d’effet de serre. L’impact environ-

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nemental du transport, c’est une mission fondamentale. C’est très complexe, car le transport fluvial ce sont des équilibres ténus. Nous sommes toujours comparés à des modes de transport moins chers et plus faciles, comme le transport routier, mais qui sont, eux, plus générateurs de pollution… Chez VNF, nous réunissons les conditions favorables pour permettre à des opérateurs fluviaux de s’implanter et de développer du transport de marchandises. Notre rôle est de réunir les acteurs politiques et les acteurs privés, de jouer les facilitateurs. Notre seconde mission, c’est d’arriver, aux côtés des EPCI (Établissements Publics de Coopération Intercommunale – ndlr), des Départements et des Régions, à favoriser l’ancrage territorial du fluvial en vue de développer notamment la sphère touristique. On parle là de slow tourism,

Yann Quiquandon, directeur territorial VNF Strasbourg.

« CE LIEN ENTRE L’HABITANT ET L’EAU, C’EST FONDAMENTAL. »

de tourisme fluvestre (c’est-à-dire englobant toutes activités touristiques et de loisirs se pratiquant sur et le long des fleuves et canaux – ndlr) : le véloroute, des nouveaux sports comme le paddle, le kayak, etc. La troisième et dernière mission est fondamentale et extrêmement structurante. Avant de transporter des bateaux, on transporte de l’eau, c’est une ressource de plus en plus rare, en tension, et notre rôle est de gérer au mieux cette ressource. Je pense notamment au stress hydrique qui a des répercussions sur l’agriculture, sur l’alimentation en eau des populations, mais il y a également la problématique des crues. Et puis il y a le volet biodiversité, je pense là aux continuités piscicoles, la construction ou la reconstruction de passes à poissons ou la renaturation de berges. Nous devenons un acteur très important de la résilience climatique et c’est un rôle qui va encore se renforcer dans les années à venir. À Strasbourg, quelles sont les actions de VNF ? Nous sortons d’une première période où VNF a formé un contrat de partenariat avec la Ville de Strasbourg. L’enjeu était d’arriver à recréer un lien entre les habitants et l’eau et à valoriser la prise de conscience du fait que c’est un territoire mouillé et donc de redonner sa place au fluvial à l’intérieur des grands projets d’aménagements. C’est une démarche assez riche puisque cela a donné un certain nombre de fruits qui sont visibles : différents appontements, notamment Finkwiller pour l’accueil des plaisanciers, la plateforme de déambulation au niveau du Palais des Rohan, la mise en place des fameux pontons flottants quai des Bateliers… C’est également l’utilisation de la plateforme Fischerstaden par la société Urban Logistic Solution (lire l’article page 52), la reconstruction de la passe à poissons qui est au niveau de la Petite France, ou les terrasses flottantes l’été… Ce lien entre l’habitant et l’eau, c’est fondamental. Plus les habitants vont prendre conscience de l’importance de l’eau, plus ils vont avoir de l’appétence pour cet environnement et y développer une dynamique de projets avec de jeunes acteurs proposant de nouveaux services comme Marin d’Eau Douce, par exemple (lire l’article page 56). Toutes ces actions entrent dans une culture innovante de l’activité fluviale. a HORS-SÉRIE — 2022 — Habiter


197.Design, votre intérieur pensé sans limites...


a U R B A N I SM E – ÉCLUS E DE K EMB S -NI FFE R Aurélien Montinari

VNF – DR

ÉCLUSE LE CORBUSIER LA FORME DE L’EAU Artiste complet, Charles-Édouard Jeanneret-Gris, dit Le Corbusier, est connu pour ses multiples talents d’urbaniste, de designer, de peintre, mais aussi et surtout d’architecte. Le créateur né en Suisse puis naturalisé français a ainsi construit, tout au long de sa carrière, dans pas moins de 12 pays. Si on le connaît en France pour La villa Savoye (Poissy), La Cité radieuse (Marseille), ou encore La chapelle Notre-Dame du Haut (Ronchamp), on oublie que Le Corbusier a également dessiné un ouvrage, ici, en Alsace, sur la commune de Kembs (Haut-Rhin).

Buste de Le Corbusier

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« Je veux peindre l’air dans lequel se trouve le pont, la maison, le bateau. La beauté de l’air où ils sont, et ce n’est rien d’autre que l’impossible. » Claude Monet

’est entre Bâle et Mulhouse, à la jonction du canal du Rhône au Rhin et du Grand Canal d’Alsace que l’on trouve l’honorable écluse de Le Corbusier, un ensemble comprenant une tour de commande et un bâtiment administratif. C’est au printemps 1960 que René Bouchet, Ingénieur des Ponts et Chaussées et René Descombes, Ingénieur des Travaux Publics de l’État entrent en contact avec l’architecte pour lui soumettre le projet. Le Corbusier, d’abord surpris par la demande (les commandes officielles qu’on lui adressait étaient quasiment nulles sur le sol français) accepte de dessiner les plans, porté par l’enthousiasme des deux ingénieurs. S’ensuivent trois années de travaux venant alors s’inscrire dans le cadre du 3e plan de modernisation et d’équipement des voies navigables. La construction des deux édifices est conduite par les collaborateurs de Le Corbusier, l’architecte Alain Tavès et l’ingénieur Yannis Xenackis. On retrouve dans l’ensemble

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Écluse de Kembs-Niffer par Le Corbusier.

les éléments caractéristiques de l’œuvre architecturale de Le Corbusier : béton brut, verre ondulatoire et toiture paraboloïde hyperbolique.

ABSCISSE ET ORDONNÉE Premier élément de cet ensemble (le plus visible), la tour de commande. Positionnée à la première porte de l’écluse, la tour abritait le poste de l’éclusier. Son escalier extérieur dessert quatre niveaux. On y trouve une des centrales hydrauliques de l’écluse, des locaux techniques et des vestiaires ainsi qu’une grande baie vitrée, au dernier étage, avec une vue à 180° sur l’écluse pour une parfaite surveillance. À la verticalité de la tour de commande s’oppose l’horizontalité du second bâtiment, dédié à l’administratif. Conçu à partir d’un système d’ossature en béton, cet élément comprend deux espaces au rezHORS-SÉRIE — 2022 — Habiter

de-chaussée, d’un côté l’ancien bureau du Service de la Navigation, de l’autre celui des douanes. Un escalier permet d’accéder à un sous-sol renfermant atelier, cuisine, vestiaire, sanitaire et local technique. Toujours en service, l’écluse et ses bâtiments voient encore circuler près de 650 bateaux de plaisance chaque année, l’écluse à grand gabarit de Niffer (800 mètres en amont) accueillant les navires plus longs.

« ON RETROUVE DANS L’ENSEMBLE LES ÉLÉMENTS CARACTÉRISTIQUES DE L’ŒUVRE ARCHITECTURALE DE LE CORBUSIER. »

Joyau méconnu de l’architecture des années 60, l’écluse de Kembs par Le Corbusier cristallise le savoir-faire et les techniques de l’architecte le plus influent du XXe siècle. L’ensemble fait désormais l’objet d’un programme de restauration initié par les Voies navigables de France en partenariat avec sa Mission Mécénat et la Fondation du Patrimoine pour que perdure cet héritage architectural fluvial d’exception et que ce dernier soit accessible au public. Quand le patrimoine survit aux usages. a a URBANI S ME

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a U R B A N I SM E – ÉCOLE NATIONALE DU GÉNIE DE L’EAU ET DE L’ENVIRONNEMENT Aurélien Montinari

Alban Hefti

JEAN-MARC WILLER UN FUTUR BLEU « L’appel de l’eau réclame en quelque sorte un don total, un don intime. » Gaston Bachelard L’École Nationale du Génie de l’Eau et de l’Environnement de Strasbourg (ENGEES) est l’une des 204 écoles d’ingénieurs de France. Pour son directeur, Jean-Marc Willer, son objectif est de former des étudiants à « trouver des solutions fondées sur la nature. » Aménagement durable du territoire, distribution, gestion et traitement de l’eau, gestion des déchets, préservation de la biodiversité et de l’environnement sont autant de défis à relever en pleine prise de conscience du stress hydrique à venir.

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ondée en 1952, l’ENGEES fête cette année ses 70 ans, plus d’un demi-siècle de formation d’ingénieurs et de cadres dans les domaines de la gestion de l’eau, dans toutes ses dimensions, de l’acheminement à la protection en passant par le traitement. « L’École forme de 110 à 120 ingénieurs par an, nous envisageons d’ailleurs d’augmenter les effectifs de nos promotions et passer à 150-160 élèves ingénieurs. Elle propose des formations spécialisées, licences et masters, ainsi que des formations continues tout au long de la vie professionnelle, pour les femmes et les hommes ayant déjà une activité et souhaitant se spécialiser dans le domaine de l’eau, des déchets ou de l’environnement », précise Jean-Marc Willer. À la formation s’ajoute un volet de recherche pure, en lien notamment avec l’Université de Strasbourg et le CNRS. « Nous avons 4 laboratoires de recherche, ce sont des enseignants-chercheurs de l’établissement qui y travaillent ; ils y abordent des questions d’environnement, d’organisation et de protection des milieux aquatiques, mais aussi de technique hydraulique ainsi que des questions en matière de gouvernance et d’évolutions sociétales… C’est une part importante de notre travail, une école d’ingénieurs, pour être efficace, doit pouvoir s’appuyer sur une activité de recherche », souligne son directeur. Ancrée dans le tissu universitaire strasbourgeois, l’ENGEES s’organise autour de plusieurs partenariats, académiques, institutionnels, ou encore socio-économiques, organisés à échelle nationale et même internationale. « Nous sommes sous la tutelle du ministère de l’Agriculture et en lien avec le ministère de la Transition écologique, car nous formons environ 15 fonctionnaires tous les ans

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pour ces ministères. Nous fonctionnons en réseau, au niveau national et international, avec des entreprises, de grands groupes ou des PME en lien avec l’eau, l’environnement ou les déchets. Même chose avec les collectivités locales et les établissements de recherche. Au niveau international, nous avons beaucoup de partenariats avec d’autres écoles, au Canada, au Brésil, en Afrique centrale, en Afrique du Nord, au Vietnam… »

L’AVENIR DE L’EAU La récente actualité a montré, s’il le fallait encore, l’urgence à interroger notre rapport à la nature et notamment à l’exploitation de l’eau. Le stress hydrique, autrefois circonscrit aux pays en voie de développement, fait désormais son apparition en Europe. Se pose alors la question de comment former de futurs ingénieurs et chercheurs de l’eau qui auront affaire à des défis inédits. L’ENGEES, forte de ce constat, développe une approche où se mêlent innovation et résilience, à la portée locale et mondiale. « Nous avons aussi beaucoup d’intervenants issus du monde universitaire, de l’entreprise, des collectivités, qui viennent faire des formations ici, c’est une façon pour nous d’ouvrir l’École vers l’extérieur. Faire venir des spécialistes internationaux du monde de l’environnement, des déchets et de l’eau, permet d’être dans la réalité des progrès et problématiques qui se posent. Les questions liées à l’action contre le changement climatique, mais aussi à l’adaptation aux phénomènes du changement climatique sont pressantes aujourd’hui. Ces sujets-là nécessitent de réactualiser, de faire évoluer nos formations en continu, les étudiantes et les étudiants sont eux-mêmes très investis dans cette dynamique. » Le Jean-Marc Willer, directeur de l’ENGEES. futur sera bleu ou ne sera pas. a

« LES QUESTIONS LIÉES À L’ACTION CONTRE LE CHANGEMENT CLIMATIQUE, MAIS AUSSI À L’ADAPTATION AUX PHÉNOMÈNES DU CHANGEMENT CLIMATIQUE SONT PRESSANTES AUJOURD’HUI. »

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a U R B A N I SM E – URBAN L O GISTIC S OLU T IONS Aurélien Montinari

DR

THOMAS CASTAN L’ALGORITHME ROI « La mathématique universelle est une logique de l’imagination. » Gottfried Wilhelm Leibniz À partir de sa plateforme basée au Port de Strasbourg, l’entreprise Urban Logistic Solutions achemine par bateau des marchandises à destination du centreville avec en dernier relais un essaim de vélos cargos. Un concept innovant qui fait de ULS un acteur majeur de la transition écologique et du bien-vivre en ville. En selle avec Thomas Castan, président, pour qui c’est le dernier kilomètre qui compte.

Quel est le cœur de métier de l’entreprise Urban Logistic Solutions ? Le métier d’Urban Logistic Solutions, c’est la livraison du dernier kilomètre en centre-ville. Nous sommes le dernier maillon de la supply chain. Aujourd’hui, ce que l’on nomme chaîne d’approvisionnement, c’est une organisation très bien rodée et qui permet par exemple à des grandes compagnies mondiales d’affréter des bateaux de conteneurs de l’autre bout du monde jusqu’au port de Rotterdam, d’affréter des trains de Rotterdam jusqu’aux terminaux ferroviaires de Bâle, ou encore d’affréter des avions jusqu’à un aéroport comme Charles-de-Gaulle et après de faire un maillage routier entre toutes leurs plateformes logistiques, des grands hubs aux moyens hubs jusqu’aux petits hubs en périphérie des villes. Tout ceci fonctionne magnifiquement, sauf que cette précision d’organisation s’arrête quand on sort du dernier petit hub pour aller chez le client, destinataire final, commerçant, vous et moi. Là, la machine se grippe, ça fonctionne moins bien, c’est le fameux last mile. Ce dernier kilomètre est un véritable cassetête parce qu’il coûte très cher aux grands groupes qui font de la distribution. Cette dernière prestation de la chaîne est le plus souvent out-sourcée, c’est-à-dire qu’elle est sous-traitée : ce n’est que très rarement les grands groupes qui la gèrent en direct. Le sous-traitant, lui, gagne très peu, ce qui génère une forme de détresse sociale. Ça génère également de la pollution, de la congestion routière, et une occupation de l’espace public dans tous les centres-villes, et tout cela pour une qualité de service dégradée… Nous avons résolu ce cassetête logistique avec la création de la société ULS en 2019. Nous avons commencé à travailler les séquences de livraison et l’algorithme de livraison en 2017. Entre 2017 et 2019, secrètement, nous avons élaboré notre solution. Il nous a fallu 3 ans pour organiser les séquences, les algorithmes, trouver les équipements les plus adaptés, et une fois que nous avions la solution en place, nous avons candidaté à l’appel à projets du quai des Pêcheurs au centreville de Strasbourg que nous avons remporté en octobre 2019. L’algorithme ? Oui, l’algorithme, c’est-à-dire l’organisation de la séquence et le cadencement de la séquence, c’est vraiment le cœur du réacteur de la solution ULS.

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Quelle est l’efficacité en chiffres d’ULS ? Nous pouvons acheminer du Port de Strasbourg au centre-ville 122 tonnes par trajet et ce en 27 minutes grâce à une barge de 31 mètres de long. Ces 122 tonnes sont réparties sur 680 palettes de 180 kilos, toutes vélo-compatibles.

Il faut d’abord partir d’un simple constat. La livraison du centre-ville est le prolongement de la chaîne de transport en amont qui est organisée en silo avec des véhicules qui peuvent rentrer dans la ville à moitié-pleins ou à moitié-vides. Un fournisseur de boissons va entrer en ville avec un camion de 12 ou 15 tonnes et il ne va transporter que de la boisson. Un camion de farine va entrer au centre-ville et ne va transporter que de la farine. Les camionnettes des transporteurs de colis, vont toutes entrer au centre-ville et ne vont transporter que leur propre fret. Cela signifie que si vous êtes un commerçant, vous allez potentiellement être touché par 6 à 9 véhicules de livraison différents par jour. C’est un non-sens ! Ça génère pollution, congestion routière et occupation de l’espace public. Du coup, quand vous organisez une nouvelle séquence de livraison et donc un nouvel algorithme de livraison, la première data à intégrer, c’est une data de massification et de mutualisation. On va raisonner en termes de contenant arrivant au point de livraison et se demander quelles sont les marchandises de différentes provenances que l’on va pouvoir mettre dans ce contenant. Schématiquement, avec une camionnette classique, le livreur va charger la marchandise chez son unique client en organisant sa tournée de façon à parcourir par exemple place Kléber, place Broglie, place de la République puis finir Grand’Rue et sortir de la zone de livraison. HORS-SÉRIE — 2022 — Habiter

« IL FAUT ARRÊTER D’IMAGINER QUE L’ÉCOLOGIE COÛTE PLUS CHER, QUE ÇA DOIT MARCHER UNIQUEMENT AVEC DES SUBVENTIONS… »

La caisse qui est derrière le vélo ULS ne va pas du tout fonctionner comme cela. On va séquencer un contenant et l’on va charger plusieurs centaines de contenants sur un bateau, et le bateau va arriver au centreville. Là, quai des Pêcheurs, les contenants sont déposés sur les vélos. À ce moment-là, nos livreuses et livreurs deviennent comme des abeilles qui partent de la ruche pour des séquences très courtes de livraison. Ensuite elles reviennent en intégrant une séquence de collecte pour aller chercher du déchet, de la consigne, du colis… C’est plus de la moitié des voyages qui fonctionnent avec une reverse-logistic.

Cette solution s’adresse aussi bien aux particuliers qu’aux commerçants ? Oui, nous livrons les particuliers et les professionnels. C’est pour nous crucial parce que si vous voulez apporter une réponse concrète aux enjeux du dernier kilomètre, il faut que vous puissiez ramener de très grandes quantités de marchandises en ville et les livrer aux destinataires, quels qu’ils soient. C’est pourquoi nous insistons sur la dimension globale de notre solution. Ce qui implique une solution de livraison qui peut transporter 35 tonnes de boissons, 20 000 colis, 11 tonnes de farine ou encore 25 000 m3 de déchets, c’est cela une solution globale, une approche multi-silos. Quels sont les enjeux de ce nouveau type de livraison ? Quelles problématiques vient solutionner ULS ? Nos trois enjeux sont ceux des collectivités en termes de logistique urbaine : il s’agit de la pollution, de la

En haut à gauche : Déchargement par ULS au quai des Pêcheurs. Ci-dessus : Préparation des livraisons à vélos. a URBANI S ME

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« QUAND VOUS ENTREZ EN VOITURE SUR L’A35 AVEC UNE RIBAMBELLE DE CAMIONS À L’ENTRÉE DE LA PLACE DES HALLES, ÉLECTRIQUES OU PAS, VOUS ÊTES COINCÉ DERRIÈRE ! » congestion routière, et de l’encombrement de l’espace public par les véhicules de livraison. C’est intéressant de préciser ces enjeux, car il y a beaucoup de grands groupes maintenant qui font énormément de communication pour dire qu’ils changent leurs véhicules pour passer sur du véhicule électrique… Mais attention, quand vous passez sur du véhicule électrique, vous ne répondez qu’à la première problématique : la problématique de pollution. La problématique de congestion vous n’y répondez pas du tout. Et même pire, souvent le véhicule électrique a moins de capacité d’emport donc vous êtes obligé de multiplier les unités entrantes, et vous ne réglez pas du tout la problématique d’occupation de l’espace public parce que quand vous êtes rue des Juifs coincés par une camionnette avec ses deux portes grandes ouvertes, vous n’en avez que faire qu’elle soit électrique…. Et quand vous entrez en voiture sur l’A35 avec une ribambelle de camions à l’entrée de la place des Halles, électriques ou pas, vous êtes coincés derrière ! Avec le bateau et les vélos, ULS répond simultanément à ces trois enjeux des collectivités. La solution de logistique urbaine d’ULS vise à la décarbonation du last-mile, mais aussi à supprimer une bonne part des véhicules de livraison. Au-delà de ces trois enjeux, il y a quatre piliers sur lesquels nous avons construit le modèle ULS. Le premier, c’est évidemment l’écologie car vous ne pouvez pas lancer une activité sans avoir une réflexion profonde sur cette thématique. Il faut que ce soit une solution écologique, qui s’inscrit dans un schéma

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de développement durable réel. Notre solution permet de réduire plus de 90% des émissions carbone dans toutes les livraisons que l’on fait dans les centresvilles. Elle permet de sortir 150 camionnettes du centre-ville à chaque fois que l’on remplit un bateau de 122 tonnes ! Le deuxième pilier, c’est l’économie. Il faut arrêter d’imaginer que l’écologie coûte plus cher, que ça doit marcher uniquement avec des subventions. Nous, nous avons un business qui est rentable économiquement parlant. Faire appel à nous, c’est le même prix pour le client. Cela veut dire que quand cela coûte X pour une livraison classique en camionnette, il faut qu’avec nos équipes nous puissions réaliser la même prestation pour ce même X. Mais dans mon bateau je mets une addition de X. Si j’y mets 20 clients, je vais avoir 20 X dans mon bateau, et c’est cette addition des X qui permet à ma solution d’être très rentable. Là on arrive à aligner écologie et économie ! Le troisième pilier c’est le social ; l’objectif est d’offrir une alternative à la précarité de certains livreurs. Les livreurs ULS que vous croisez, vous pouvez les arrêter et leur demander : ils sont tous salariés, en CDI. Ils ont des salaires de 1400€ net/ mois avec des formules aménagées, soit du plein-temps, soit du temps partiel. Par exemple, quand un étudiant vient avec son emploi du temps, on donne la priorité à ses études et on regarde où il a des disponibilités. On lui propose de venir faire du vélo par exemple 17h/semaine et à la fin il a 700€ net par mois. Je peux vous dire que cela change vraiment la vie de l’étudiant ! Nous lui fournissons un équipement de qualité avec ce qui se fait de

mieux en vélo à assistance électrique ! Le quatrième et dernier pilier, c’est le sociétal, cela veut dire que l’on doit toujours réfléchir aux solutions et aux équipements pour qu’ils répondent aux besoins de l’entreprise, mais aussi à vos attentes en tant qu’habitants et citoyens. Je vais vous donner un exemple : le jour où quelqu’un vient vous dire qu’il va remplacer 150 camionnettes par 150 vélos, c’est peut-être très écologique, mais ce n’est pas du tout sociétal. Remplacer 150 camionnettes par 15 vélos, c’est ça la solution globale ULS. Le sociétal est une dimension prise en compte dans toutes nos démarches, il faut qu’il y ait systématiquement un partage apaisé de l’espace public. Quels sont les axes de développement de ULS ? Le 29 juin dernier, nous avons inauguré ULS Lyon avec Grégory Doucet, le maire de Lyon et Bruno Bernard, le président de la Métropole de Lyon. Nos axes de développement, c’est de s’implanter dans d’autres villes. Il y a 19 villes identifiées et nous avons des contacts très avancés avec ces municipalités. Est-ce que l’on a un crédo chez ULS ? Figurez-vous que oui ! Pour nous, une solution globale, cela se résume ainsi : T + M3 = ULS ! T désigne la tonne de marchandises pondéreuses – la boisson, la farine, etc. – M3 c’est le mètre cube – du colis ou du déchet. Pour que la solution soit globale, il faut vraiment que l’on puisse transporter sur notre bateau tout ce qui est de la tonne, tout ce qui est du mètre cube. T + M3 = ULS ! a HORS-SÉRIE — 2022 — Habiter


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réée en 2014 par Nicolas Couderc et Olivier Doin, l’entreprise Marin d’Eau Douce propose des croisières pour le grand public, particuliers ou professionnels, à bord de petits bateaux à propulsion électrique sans permis, une façon de découvrir ou redécouvrir certaines villes à travers une expérience unique et inoubliable, 100 % écologique.

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EXPLOITER LE POTENTIEL FLUVIAL Ce concept fédérateur de croisière urbaine est le résultat d’un constat simple, mais pertinent. Les fondateurs, à la base évoluant dans des domaines éloignés de la voile, mais passionnés de bateaux et navigation, vivent à Paris et regrettent de ne pouvoir profiter de l’eau. « Paris bénéficie d’un potentiel de navigation extraordinaire, mais les Parisiens et les touristes n’en profitent presque pas », souligne Nicolas Couderc. « Leur choix est limité au tourisme de masse sur des bateaux transportant des centaines de passagers. » Les deux marins d’eau douce partent naviguer dans d’autres villes à l’urbanisme simi-

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a U R B A N I SM E

HORS-SÉRIE — 2022 — Habiter


« CONVIVIAL, AUTHENTIQUE, ÉCOLOGIQUE ET ACCESSIBLE. »

La base de Marin d’Eau Douce, 5 Quai du Woerthel.

laire et reviennent avec l’idée d’un service de location de bâteaux accessible au plus grand nombre. Tout le monde à bord ! « Convivial, authentique, écologique et accessible », ce nouveau loisir urbain a déjà conquis plusieurs villes de France, dont Paris (bien sûr), Meaux, Lilles et aussi Strasbourg, depuis 2017.

EN PARTANCE DE LA GRANDE ÎLE À Strasbourg donc, c’est au 5 Quai du Woerthel, en plein cœur de la Petite France, sur la Grande île, que l’on lève l’ancre. De là, ce ne sont pas moins de 30 kilomètres de voies navigables qui s’offrent à vous. Des Ponts Couverts, au centre-ville, et jusqu’au Parlement HORS-SÉRIE — 2022 — Habiter

européen, tout Strasbourg se dévoile sous un autre jour, avec ses canaux, ses berges, sa faune et sa flore. Et pour les plus aventureux, il est possible de prendre vers le sud, en direction d’Ostwald. Balade en amoureux ou en famille, entre amis ou collègues, pour un événement ou pour flâner, Marin d’Eau Douce propose une quinzaine de bateaux et des itinéraires allant d’une durée de 1 à 6 heures, de quoi répondre à toutes les envies. Même chose du côté des prestations, car naviguer creuse l’estomac, l’on vous propose boissons fraîches et encas. Alors que l’on interroge l’impact du tourisme de masse à l’autre bout du monde, l’initiative Marin d’Eau Douce, raisonnée, locale et écologique, inspire et libère l’imaginaire. À l’abordage ! a a URBANI S ME

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a OR NORM E – HAB I TER

ARCHITECTURE

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a ARCH I T E CT U R E – EN SA S Aurélien Montinari

Alban Hefti

PHILIPPE CIEREN POUVOIR DU LIEU « La réalité physique de ce qui nous entoure, l’architecture, est la mémoire construite de l’action humaine. » Aldo Rossi

Directeur de l’ENSAS depuis février 2021, vous avez été auparavant inspecteur général de l’architecture et des espaces protégés, mais aussi architecte des Bâtiments de France de Paris. Comment se fondre désormais dans un projet d’ordre pédagogique ? Avant tout, je suis architecte, le fil conducteur est là. C’est retour à la case départ quelque part : j’ai commencé ma carrière dans une école, je finirai ma carrière dans une école (rires). Finalement je trouvais ça assez joli, même si ce n’était pas prévu. Une carrière est faite de choix et de hasards, il y a des occasions qui se présentent, peut-être qu’il y a un fil rouge derrière plus ou moins inconscient qui fait que l’on va là, je pense qu’il y a les deux. Je suis assez joueur et plusieurs fois j’ai aimé les choix qui m’ont fait aller là où je n’avais pas prévu d’aller. On verra bien ! Cela fait maintenant un an et demi ; je suis arrivé en pleine fin de Covid, dans une ville, une région que je ne connaissais pas, où je n’avais aucune attache, c’était vraiment le plongeon complet dans une partie de la France que je n’avais jamais fréquentée. Je viens de Paris, l’Alsace m’a bien accueilli, la qualité de la vie ici est sans comparaison… Comme je le disais,

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a A RCH I T E CT U R E

Architecte de formation, Philippe Cieren dirige désormais l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Strasbourg (ENSAS). De la préservation du patrimoine aux enjeux du bâti de demain en passant par le génie du lieu, il nous livre sa définition du métier d’architecte, entre pédagogie et poésie. le fil conducteur c’est d’être architecte. Si, après 15 ans de pratique, j’ai opté pour le ministère de la Culture, c’est aussi en rapport avec la notion de conduite de politique publique liée à l’architecture. À quoi former les architectes ? C’est un énorme enjeu que j’ai vu abordé pendant mes 20 ans de fonctionnaire sur les politiques publiques. Il y a un besoin, une nécessité absolue d’architecture dans tous les territoires, dans les villes et pour la société. Cette connaissance que j’ai pu avoir, à travers des dialogues avec des élus, des particuliers, des propriétaires, m’a amené à ce constat : l’architecte est plus que jamais indispensable à la marche du monde. Comment former les architectes de demain aux défis sociétaux, économiques et écologiques auxquels ils devront faire face ? Nous avons récemment fait un séminaire sur l’approche par les compétences et la façon d’organiser l’enseignement, ça a été l’occasion d’évoquer la question : « quels architectes pour demain ? ». C’est un sujet que l’on aborde aussi entre directeurs, nous sommes d’ailleurs en train de rédiger un manifeste à ce propos,

pour les ministres. Une fois que l’on aura établi comment et pourquoi former des architectes, pour autant que l’on puisse le faire, il faudra décliner des moyens. Quand on voit les défis de demain sur la transition, aussi bien les défis techniques que sociétaux, on se dit qu’il est évident de former dès maintenant les jeunes étudiants en architecture, au management, à l’ingénierie, à la transition, au développement durable, aux évolutions de la société… Quand on parle avec les étudiants, on voit bien que sur ces problématiques, ils sont très curieux, très cultivés, mais aussi très inquiets… Il faut se dire aussi que ces problématiques-là peuvent changer, évoluer avec le temps. Donc, les former et leur donner des bases oui, des connaissances oui, mais j’ai envie de dire que former les architectes c’est surtout former les jeunes à mobiliser des connaissances pour en faire un outil de création de projets. C’est le sens des études en architecture : la formation au projet. Pour être capable de concevoir un projet, il faut au moins avoir deux blocs de bagages que sont la connaissance et la méthode. Les futurs architectes doivent être capables de comprendre et d’absorber toutes les contraintes d’un HORS-SÉRIE — 2022 — Habiter


Philippe Cieren, directeur de l’ENSAS.

projet et développer leur sens critique, leur capacité de discours, leur capacité à problématiser, et surtout à bâtir un discours critique au sens philosophique. C’est de cela qu’ils ont besoin, je crois, pour pouvoir argumenter leur projet, le défendre et même le développer. Vous parlez de philosophie, la formation de l’architecte de demain passera peut-être par la transversalité ? Oui, c’est d’ailleurs toujours le cas ! Être architecte m’a servi à faire de l’architecture au sens premier de mon métier, HORS-SÉRIE — 2022 — Habiter

« L’ARCHITECTE EST PLUS QUE JAMAIS INDISPENSABLE À LA MARCHE DU MONDE. »

mais cela m’a servi aussi à comprendre et à conduire des politiques publiques, y compris de modernisation. C’est une façon de raisonner en synthèse, en allant puiser de façon très transversale, dans tout, et j’en arrive à la conclusion que par rapport à un ingénieur qui, bien entendu, a un esprit de synthèse, l’architecte doit, lui, probablement faire face à un niveau de complexité supplémentaire car il doit synthétiser à partir de choses qui ne sont pas a priori synthétisables. Il doit fabriquer un projet qui, finalement, est la somme de toutes les contraintes. Les a ARCHI TECTU R E

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« LA NOTION DE GRAND EST, C’EST POUR MOI LA PUISSANCE DU BASSIN RHÉNAN COMME TERRAIN DE JEU. »

contraintes sont qu’il y a un programme, un coût, une structure, un contexte géographique, des règles, des normes, il y a un usager, donc un contexte social… Il faut arriver à trouver quelque part le point moyen de synthétiser tout cela, d’imaginer l’objet qui va fonctionner pour tous ces problèmes-là et y rajouter un peu de génie, un peu de poésie. C’est ça le métier d’architecte. Je crois que ce qui est important aussi dans l’architecture, c’est le croisement entre des données palpables et des données beaucoup plus immatérielles, je pense ici à l’usage, à l’esprit du lieu, la capacité à faire une politesse d’un environnement urbain. Toute cette magie-là est très complexe. Dans Apprendre à voir l’architecture de Bruno Zevi, l’auteur différencie l’architecture de la sculpture, et dit qu’il y a une quatrième dimension à prendre en compte en architecture : le mouvement. En réalité, il s’agit du déplacement d’usagers autour et dedans. Je trouve cela intéressant d’introduire cette notion de déplacement en premier lieu. L’architecture n’est pas comme un tableau. Après il y a la question de l’usage ; qu’est-ce qui fait que dans tel hôpital les choses vont bien

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fonctionner, les chemins vont être faciles à trouver, on va se sentir bien, alors que dans l’autre on va se perdre, se sentir moins bien… Pourquoi ? Certains architectes ou maîtres d’ouvrage vont penser que les gens se sentent bien parce que c’est fonctionnel, mais cela ne suffit pas. Inversement, un architecte qui va se dire « si je crée des espaces très poétiques, les gens s’y sentiront bien » ne va pas réussir à produire un lieu fonctionnel. La poésie a ses limites quand on doit trouver son chemin dans un hôpital ! Il faut trouver le bon équilibre.

s’agissait de remettre le pied chez soi… Il y avait ce fameux article du décret de création qui fixe l’un des objectifs de l’école comme « rétablir le goût français », c’est assez osé. C’était faire aussi la pige à l’INSA (Institut National des Sciences Appliquées de Strasbourg – ndlr), qui était alors une école allemande, à l’époque de Guillaume II. Je trouve que l’ENSAS a bien prospéré. Ce qui prouve sa vigueur et son intérêt c’est qu’elle a quand même coexisté avec l’ancienne ENSAIS (INSA), dans des conditions très difficiles, avec l’ancien Palais du Rhin à moitié ruiné… Comme je le disais lors Votre prise de poste a coïncidé avec de l’inauguration : « rendez-vous dans le centenaire de l’ENSAS. Quels sen- 100 ans pour constater que l’École a timents cela vous inspire de vous ins- toujours la même vigueur dans le terricrire dans un tel héritage ? Comment toire ». C’est ce que développe le catamaintenir le dynamisme d’une telle logue : montrer l’École par ce qu’elle a institution ? produit sur le territoire. La relation entre Un peu d’humilité d’abord car je l’École et l’Alsace est extrêmement puissuis arrivé après la bataille (rires). La sante. Il faut garder à l’esprit que l’on tramajeure partie de la communication vaille sur le bassin rhénan, en Alsace, était faite à travers l’exposition et le très en Allemagne, en Suisse… La notion beau livre-catalogue qui décrit la façon de Grand Est, c’est pour moi la puisdont cette sixième école régionale s’est sance du bassin rhénan comme terrain implantée en 1921. Ce n’était pas pour de jeu. Je souhaite faire aussi bien que rien à cette époque-là, quelque part il mes prédécesseurs ; contribuer à ce que HORS-SÉRIE — 2022 — Habiter


Le poète mexicain Octavio Paz voyait en l’architecture, « le témoin incorruptible de l’histoire ». Êtes-vous d’accord avec cette définition ? Je trouve cette phrase passionnante. Au départ je suis architecte, mais aussi architecte du patrimoine, c’est plutôt cela la liaison. On voit bien ici la force du poète, être capable d’assembler trois mots en dégageant quelque chose d’une puissance phénoménale, dans laquelle

on peut lire une quantité de choses. Ce qui est facile, c’est d’enlever « incorruptible » car alors il reste « témoin de l’histoire » ; on l’a compris, c’est l’aspect préservation, monuments historiques… toutes les notions de patrimoine, que l’on développe et que parfois même on galvaude. Mais ajouter « incorruptible », c’est génial ! Suis-je d’accord ou non avec cette définition ? Si on commence en étant un peu pessimiste, on peut réfléchir au mot « incorruptible ». L’auteur est Mexicain et dans des pays qui n’ont pas toujours connu des processus démocratiques aboutis, on pourrait se dire « non, je ne suis pas d’accord avec cette définition ». En effet, on voit bien qu’un certain nombre de conquérants ont voulu éradiquer des problématiques de mémoire en supprimant l’architecture, c’est notamment le cas pour une partie des civilisations précolombiennes au Mexique. Donc concernant la partie « incorruptible », je vais finalement dire non, parce que même si on arrive à détruire, à raser, à gommer des civilisations et son architecture, l’archéologie et l’iconographie permettent

toujours de retrouver des traces. C’est une forme de pirouette, mais cela permet de conclure qu’il faut aller jusqu’à gommer l’architecture pour arriver à gommer une civilisation, ce qui prouve bien que l’architecture est un témoin… Donc oui, « incorruptible » c’est dire qu’il y a quelque part une authenticité telle que l’on ne peut pas mentir. Mais, quand on fait de l’archéologie, on peut interpréter, on peut alors réinventer une histoire nationale à partir de l’urbain et de l’architecture. On revient toujours au fait que l’architecture est quelque chose de difficile à contourner, il faut la détruire pour créer un autre discours ou créer un autre discours à partir d’elle… Si on valide la définition, on part du principe que par « incorruptible » on entend qu’il y a un esprit du lieu intrinsèque, quelque chose qui ne ment pas. C’est cette âme, ce génie du lieu, qui dicte la transformation du bâtiment, indépendamment de tout ce que l’on veut y faire. Pour moi, la notion d’incorruptibilité se situe là, dans une forme éthérée de permanence. a

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l’École rayonne tout autant dans le terrain local. Je n’ai pas d’autre prétention, c’est déjà pas mal (rires). Le directeur d’une école aujourd’hui est loin d’être un démiurge, depuis 2018, il y a eu des réformes importantes, aujourd’hui mon patron c’est le Conseil d’Administration, je suis là pour proposer une stratégie, que le C.A. l’approuve ou l’amende, et la mettre en œuvre. Il faut construire ensemble et, surtout, avec les étudiants ! Je dis souvent que les étudiants sont notre clientèle, s’il n’y a pas d’étudiants, nous n’avons pas de raison d’être. Ce sont eux qui sont importants.


Amélie Fleury, responsable et coordinatrice des Journées de l'architecture.

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a A RCH I T E CT UR E – MA IS ON EUROPÉ ENNE DE L’ARCHI T E CT U RE Aurélien Montinari

Alban Hefti

AMÉLIE FLEURY LE RHIN BÂTISSEUR Le festival des Journées de l’architecture impulsé par la Maison européenne de l’architecture s’est tenu dans notre région et pour la sixième année consécutive. Amélie Fleury, responsable et coordinatrice du festival, nous explique les raisons du succès de cette rencontre entre spécialistes et usagers, et comment la programmation aborde les enjeux sociétaux et écologiques contemporains. Cette année, le festival des Journées de l’architecture fête ses 22 ans, quel bilan ? C’est une impressionnante histoire puisqu’elle part d’architectes qui se sont mis ensemble à la base pour faire de la médiation et rendre visible leurs projets et leurs travaux d’architecture. Il n’y avait que quelques personnes au début pour la première manifestation qui était alors une simple visite. Ensuite cela a pris de l’ampleur, on a commencé à faire des parcours à vélo, des conférences, puis d’autres types d’événements. Il faut préciser que c’est vraiment un travail de bénévoles, tout émerge de la force de ces personnes, architectes et artistes, des deux côtés du Rhin puisque c’est une initiative franco-allemande. Aujourd’hui nous sommes sur un festival avec 200 manifestations chaque année, ce n’est pas rien ! En 2010, l’association éponyme devient la Maison européenne de l’architecture et fédère l’ensemble du territoire : l’Alsace (France), le Bade-Wurtemberg (Allemagne) et les deux cantons de Bâle (Suisse). Pourquoi ce rayonnement trinational ? Comment organiser la synergie de ces trois régions ? Vous imaginez que c’est difficile, parce que l’on est centralisé à Strasbourg et que l’on doit animer un territoire très grand. C’est organisé à travers des réuHORS-SÉRIE — 2022 — Habiter

« Épigones, touristes et visiteurs, nous nous promenons à présent dans ces symétries ordonnées, entre ces limites et ces mesures que nous aimons, semblables aux figurants d’une mise en scène. » Claudio Magris

nions de programmation. Les bénévoles se retrouvent dans chaque ville à partir de janvier. Dès que le thème est connu, nous planifions des réunions avec les bénévoles et les personnes de notre réseau dans chaque ville. De là émergent des projets, des idées, même des amitiés, des rencontres et c’est comme ça que l’on crée le programme depuis 20 ans. Cela fonctionne très bien, c’est très dynamique. Institutions, associations, architectes, c’est un panel très varié

d’acteurs qui se retrouvent lors de ces réunions. Chaque région a son vice-président, c’est la figure motrice du groupe sur place. Pour ma part, je suis présente aux réunions avec le vice-président ou la vice-présidente de la région et l’on guide les personnes, on leur donne des conseils, on les aide de manière logistique, financière, à monter le projet qu’ils ont prévu pour le festival. Nous, ensuite, nous gérons la communication, la mise en place, tout le reste ! a ARCHI TECTU R E

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La MEA aspire à l’émergence d’un espace rhénan commun de l’architecture. À quel niveau se situe cette homogénéité ? Est-ce que l’on peut parler de pensée architecturale rhénane ? Ce qui est bien dans notre festival, c’est que l’on organise des manifestations où l’on peut échanger justement sur cette thématique. Les rencontres, visites conférences ou expositions permettent aux architectes et au grand public de discuter des différences d’architecture ou de comment construire, des démarches administratives ou même de questions portant sur les assurances… Le panel de sujet est très large ! Nous avons notamment organisé une année une exposition sur l’architecture du Rhin supérieur, c’est la MEA qui sélectionnait les projets, cela nous a permis de montrer des projets vraiment uniques.

« LE MEILLEUR MOYEN DE NE PAS POLLUER C’EST ENCORE DE NE PAS CONSTRUIRE ! »

L’objectif de la MEA est de promouvoir la culture architecturale auprès du grand public. Au vu du succès grandissant de l’événement des Journées de l’architecture, il est évident qu’elle y parvient. Comment expliquer un tel engouement du public non spécialisé pour un domaine pourtant trop souvent vu comme réservé aux seuls initiés ? Je pense que les personnes sont concernées directement dans leur quotidien. L’architecture c’est vraiment quelque chose qui vous entoure tous les jours. Je pense également que nous avons trouvé une approche ludique pour parler de ce sujet avec des formats qui permettent de toucher tout le monde. Parfois cela va être un parcours à vélo, une installation dans l’espace public, ou une performance artistique couplée à une visite d’un bâtiment… Nous faisons toujours visiter des projets récents qui concernent directement les habitants du quartier, c’est ça qui fait la force du dispositif. Les bénévoles font aussi le relais du festival auprès de leurs communautés et des personnes qu’ils connaissent ce qui capte du monde. Ce sont les temps forts du festival, où il y a le plus de monde. On invite des architectes internationalement connus, des grands noms tels que Wang Shu, Eduardo Souto de Moura, qui sont des prix Pritzker, et là il y a jusqu’à 2000 personnes qui viennent. Il s’agit des conférences les plus importantes sur l’architecture en Europe ! L’année dernière nous avions invité Anne Lacaton qui est la première femme française à obtenir le Pritzker Architecture Prize. Cette année

Pouvez-vous nous parler des temps forts de l’édition 2022 qui s’est tenue en octobre dernier ? Nous avons eu de nombreuses manifestations sur le thème des ressources avec des parcours à vélo pour aller visiter des projets construits en bois. Nous avons organisé des ateliers autour du matériau terre. En partenariat avec l’Université de Strasbourg, il y a eu un mini week-end avec de nombreuses personnalités invitées sur le rapport ville-nature, avec notamment des philosophes. Cette année le programme était ouvert sur l’interdisciplinarité. Le grand temps fort fût la clôture avec Diébédo Francis Kéré au Zénith de Strasbourg.

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nous avons eu la chance d’avoir Diébédo Francis Kéré, premier Africain à obtenir ce prix. C’est magnifique et cela s’inscrit totalement dans notre thématique des ressources, ou comment construire avec la communauté, dans une approche de bottom-up qui inclut les habitants à la base.

Pourquoi cette thématique « Architecture et ressources » cette année ? Cela fait longtemps que nous avons ce thème en tête, c’était une évidence pour nous de parler de transition écologique. L’année dernière notre thème était « Alternative ? Architecture ! » Cette année nous voulions plus approfondir le sujet, ouvrir la réflexion surtout au vu de ce qu’il se passe dans le monde avec la guerre en Europe… Les architectes ont des problèmes pour construire actuellement, ce ne sont pas les mêmes essences, le bois qu’ils utilisaient avant venait de Russie, de Sibérie ou d’Ukraine. Les prix flambent, construire en ce moment c’est compliqué, donc il faut trouver des solutions. J’ajouterai que 40% des déchets sont liés à la construction, ce n’est pas négligeable ! Les architectes ont un rôle à jouer dans cette transition, ils en ont conscience et s’engagent dans ce sens.

Les actions de la MEA mettent particulièrement en avant la promotion de l’architecture contemporaine. Pourquoi ce choix ? On a déjà beaucoup abordé bien sûr les monuments historiques dans les éditions précédentes et à présent on se dirige vers l’architecture contemporaine. C’est quand même le point fort, car les gens veulent voir ce qui se fait aujourd’hui et comment on avance sur les nouvelles façons de bâtir. Bien sûr le patrimoine reste toujours important et on aime aussi aborder les sujets de comment réhabiliter l’existant, parce que le meilleur moyen de ne pas polluer c’est encore de ne pas construire ! Justement, dans la région, est-ce que nous sommes riches en projets de ce type ? Oui, il y en a beaucoup. L’actuelle municipalité à Strasbourg aimerait vraiment ne plus construire et essayer de nouvelles choses comme l’habitat intercalaire, utiliser un bâtiment vacant pour loger des personnes en précarité pendant un certain moment. Il y a une grande réflexion sur comment le paysage se forme pour et par un usage temporaire. Il y a plein de nouveaux modes d’habitats et d’usages qui sont en train de se développer et que l’on aborde dans notre programmation. Selon l’anthropologue italien Franco La Cecla, « pour les architectes, être réellement contemporain, c’est prendre en compte l’imminence du désastre. » Comment l’architecture peut-elle être un élément de réponse aux problématiques sociétales et environnementales présentes et à venir ? À quoi ressemblera la ville de demain ? Comme on le disait tout à l’heure, le désastre est là puisque 40% des émissions de déchets sont liées à la construction. L’architecte a son rôle à jouer et il souhaite être acteur de cette transition. Il y a un mouvement mondial en ce moment qui s’appelle « Frugalité heureuse et créative » et que nous mettons en avant, car ce sont des architectes allemand et français qui en sont à l’origine, Dominique Gauzin-Müller et Philippe Madec. Il s’agit de construire avec les ressources locales de manière à revenir à des techniques ancestrales, mais revisitées et en respectant le moderne. C’est construire par exemple en terre coulée, ou avec de la paille, de la pierre… Cette année nous avons organisé à Mulhouse un cycle de conférences entièrement consacré à ces matériaux-là, ainsi qu’une exposition sur ce thème à Freiburg. C’est un potentiel qui est encore largement mésestimé. a HORS-SÉRIE — 2022 — Habiter



a ARCH I T E CT U R E – ARCHI-WIK I Aurélien Montinari

Alban Hefti et Roland Burckel

FABIEN ROMARY CONSTRUIRE ENSEMBLE « L’étranger se trahit tout de suite par l’intérêt qu’il porte aux ruines. » Stig Dagerman

Site collaboratif dédié à l’architecture, Archi-Wiki s’inscrit dans une démarche héritée du Siècle des Lumières : l’universalisme des connaissances. Discussion avec son fondateur, Fabien Romary, pour qui passion rime avec partage. Portée par l’association ArchiStrasbourg, comment est venue l’idée du site Archi-Wiki ? Depuis quand existe-t-il ? Quelle est sa fonction ? Au départ, le nom était ArchiStrasbourg puisque le site s’est développé en 2004 à Strasbourg. À l’époque cela avait plus la forme d’un blog. Très rapidement, en 2008, le site est devenu collaboratif. Il est pensé sur le modèle d’un Wiki, qui renvoie à l’idée de modification rapide, le nom exact c’est « Wikiwiki », qui veut dire « rapide » en hawaïen. La source d’inspiration du nom, bien sûr, c’est Wikipédia. Nous avons opté pour le nom Archi-Wiki en 2016. Actuellement, Archi-Strasbourg est une toute petite association donc nous n’avons pas énormément de moyens pour nous développer, mais nous sommes quand même

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présents sur deux villes : Strasbourg et Colmar. Nous avons 15 000 bâtiments recensés sur notre site dont 10 % sont à Colmar. Les autres ne sont d’ailleurs pas tous à Strasbourg. Certains architectes ont bâti dans le monde entier, par exemple Christian Biecher, l’architecte du Printemps qui a également construit au Japon. Le constat initial c’est que les bâtiments de monsieur et madame tout le monde ne sont pas étudiés, ou très peu. On ne connaît pas finalement l’année de construction individuelle et le nom de l’architecte d’un bâtiment lambda. Il y a à peu près 20 000 bâtiments à Strasbourg, sur Archi-Wiki nous en avons recensé un peu plus de la moitié. Notre première source, ce sont les Archives de Strasbourg. Une fiche type consiste en l’année de construction, le nom de

Fabien Romary, fondateur d’ArchiWiki, devant l’ancien Institut d’Hygiène et de Bactériologie, situé rue Koeberlé et construit entre 1913 et 1919. Architectes : Jacques Stambach, Jules Gilgenmann, Georges Frankhauser.

HORS-SÉRIE — 2022 — Habiter


l’architecte, le style du bâtiment, l’historique et un descriptif architectural, ce sont les informations de base et cela pour tous les bâtiments. Nous partons du principe que la notion de beau ou d’intéressant est quelque chose de subjectif, nous ne sommes pas là pour juger de la qualité esthétique d’un bâtiment. À qui s’adresse ce site, quels sont les types de visiteurs ? Au départ, pas mal d’étudiants en architecture ou histoire de l’art, mais aussi des journalistes – nous sommes d’ailleurs régulièrement cités dans les DNA – des agents immobiliers, des notaires et des architectes bien sûr ! Notre but c’est de rendre à César ce qui lui appartient. Vous avez des bâtiments des années 2000, dont on ne sait pas qui HORS-SÉRIE — 2022 — Habiter

« CE N’EST PAS JUSTE DE L’ARCHITECTURE, C’EST AUSSI DE L’HISTOIRE DE L’ART, DE L’ARCHÉOLOGIE, DE LA SOCIOLOGIE… »

est l’architecte, car ce n’est pas souvent écrit à l’extérieur. Idéalement, il faut aller aux Archives pour consulter les dossiers de la Police du Bâtiment, mais les dossiers ne sont consultables qu’au bout de 4 à 5 ans. Parfois des architectes nous contactent pour dire « c’est de moi ! » Les autres visiteurs peuvent être des touristes ou de simples curieux. Qui sont les contributeurs ? Pour les contributeurs, il y a deux aspects différents. Il y a des contributeurs réguliers, une petite dizaine de personnes qui sont très fidèles et qui participent pour certains depuis une dizaine d’années. Ensuite, il y a les contributeurs irréguliers, qui sont très importants pour nous aussi. Les contributeurs réguliers apportent environ 80 % du contenu, soit a ARCHI TECTU R E

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La rue de la Première Armée prise en photo à la hauteur de la rue Spielmann, en 2013.

« J’ESSAIE DE FAIRE LES CHOSES DE FAÇON COMPRÉHENSIBLE, RÉUTILISABLE PAR TOUS. »

un bâtiment toutes les semaines voire plus, mais les contributeurs irréguliers sont très intéressants, car ils corrigent ou complètent, avec une photo ou un bâtiment isolé. Comme il faut citer ses sources, c’est un système où le contenu s’améliore en continu ! Le profil des personnes qui contribuent est très varié, il y a quelques retraités, mais aussi des architectes, d’anciens professeurs des écoles, des passionnés… Moi-même je suis informaticien de formation, mais j’ai toujours eu un grand intérêt pour l’architecture. Et une des motivations pour les plus importants contributeurs – je le dis, car c’est un peu un appel à contribution justement – c’est qu’en fait on s’enrichit énormément soi-même ! Ce n’est pas juste de l’architecture, c’est aussi de l’histoire de l’art, de l’archéologie, de la sociologie… Edgar Morin, dans son ouvrage La voie pour l’avenir de l’humanité, disait en substance « il faut relier les connaissances », c’est un peu notre ambition ! Quels sont les processus de vérification et de validation des articles ? Wikimedia, le moteur que l’on utilise, est très bien fait. Quand il y a une modification sur un bâtiment, tous les contributeurs qui ont contribué sur une fiche reçoivent une alerte. C’est de l’auto-modération, ce qui fait qu’il y a très peu d’erreurs. Il n’y a pas de rédacteur en chef, il

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n’y a personne tout au-dessus qui va avoir le dernier mot. Plus de 2000 personnes sont abonnées à notre alerte-mail, donc elle est très consultée, et certains contributeurs consultent toutes les adresses qui ont été modifiées. C’est aussi une manière de vérifier. Quel est le modèle économique d’Archi-Wiki ? C’est un modèle non-lucratif. C’est une association d’intérêt général. On se finance par deux biais principaux. La première source ce sont nos membres, nous avons 70 membres associatifs. La deuxième source, qui est la source principale au niveau financier, ce sont les institutions publiques. Il y a une reconnaissance des institutions publiques, en premier lieu la Ville de Strasbourg, mais nous avons déjà eu des subventions de la DRAC et du Conseil Général également. Nous avons aussi bénéficié de quelques dons, du mécénat, d’entreprises privées. Évidemment, avec plus de budget nous pourrions nous développer et embaucher quelqu’un, ce que j’aimerais dans l’absolu. Quelle est votre activité au jour le jour ? Je suis bénévole, comme les autres. Je participe quand j’ai le temps. Je modère, mais surtout mon grand plaisir HORS-SÉRIE — 2022 — Habiter


c’est d’ajouter de nouveaux bâtiments, c’est-à-dire faire des recherches aux Archives, j’y vais en moyenne tous les 15 jours. J’ajoute de nouveaux bâtiments et surtout je les documente. J’essaie de faire les choses de façon compréhensible, réutilisable par tous. Récemment je me suis intéressé aux 2e et 3e tranches de la Grande-Percée, moins étudiée, cette dernière correspond à la rue de la Première Armée. J’ai complété une dizaine de bâtiments construits principalement à partir de la fin des années 1950. De fil en aiguille, vous commencez au départ par des recherches aux archives, vous décrivez les bâtiments qui existent et vous vous retrouvez finalement au Musée de l’Œuvre Notre-Dame pour admirer des boiseries conservées suite à des démolitions. C’est extraordinaire ! Comment voyez-vous l’évolution d’Archi-Wiki ? Mon souhait c’est que le contenu d’Archi-Wiki soit réutilisé. Que ce soit dans des travaux d’étudiants, des HORS-SÉRIE — 2022 — Habiter

articles, ouvrages ou même d’autres sites web. Je lance un appel aux contributeurs bénévoles : si des personnes ont des intérêts ou des connaissances de telle ou telle ville, parce qu’elles sont originaires par exemple de Mulhouse, elles peuvent bien sûr ajouter des bâtiments sur cette ville. Il n’y a pas de limite !

13, 15, 17 rue de la Brigade d’Alsace Lorraine, 1957. Architectes : Georges Maechel, Pierre Félix, Jean-Paul Berst.

Y a-t-il un bâtiment à Strasbourg, ou une période, un quartier, qui vous est particulièrement cher, et si oui, pourquoi ? Il y a le mouvement moderne, en l’occurrence le quartier Bourse. Pourquoi ? Parce que dans ce quartier vous avez beaucoup de bâtiments des années 1930 et certains édifices sont tellement modernes que l’on a l’impression qu’ils datent des années 1960 ! Au fur et à mesure, en lisant des sources, en allant aux archives, je me suis rendu compte que dès l’origine c’était des bâtiments très avant-gardistes, certains construits par l’architecte Eugène Brast, peu connu. C’est une période que j’aime beaucoup et qui a été peu étudiée. a a ARCHI TECTU R E

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a ARCH I T E CT U R E – TROP HÉE BÉTON Aurélien Montinari

Majoie Tsadok – DR

« L’architecture n’est pas de nature biologique, elle est création. » Claude Parent

Musée de Porto-Novo, vue de l’ensemble du projet.

CLAIRE BARBOU SOLIDE RÉPUTATION

Architecte de formation, Claire Barbou, organisatrice du Trophée Béton, nous explique la nécessité de réhabiliter l’utilisation de ce matériau aux multiples avantages, aussi bien écologiques que créatifs.


Pourquoi un trophée spécifique au béton ? Quelles sont les propriétés de ce matériau ? Les trois associations qui organisent ce concours sont des associations qui valorisent l’architecture en béton. Bétocib, présidée par Étienne Tricaud, est une association qui promeut l’architecture en béton depuis 50 ans et qui est présidée par des architectes. La deuxième association est CIMbéton, une association qui a pour vocation de publier et de donner des informations techniques sur l’application du béton, avec un pôle architecture. La troisième c’est la Fondation École Française du Béton, une fondation dont la vocation est de donner des supports d’enseignement dans les écoles d’ingénieurs. Ces trois associations déjà liées au béton ont créé le Trophée Béton, sous le patronage du ministère de la Culture, afin d’accompagner les jeunes diplômés des écoles d’architecture françaises, à l’orée de leur entrée dans la vie professionnelle. Il y a toujours eu un concours béton proposé dans les 20 écoles d’architecture françaises, mais sous d’autres formes. Les étudiants qui en sortent, qui sont jeunes diplômés, vont dans leur vie participer à des concours, des appels d’offres publics, etc. Notre idée était de leur permettre de travailler sur leur projet de fin d’études

(PFE), et de pouvoir approfondir le côté technique de leur PFE s’ils l’ont fait en béton, et de le soumettre à notre concours. Pourquoi le béton ? Car c’est un matériau qui est très ancien, et qui a toujours été un matériau d’innovation. L’idée est de continuer d’utiliser ce matériau, de continuer d’en parler puisque c’est un matériau qui a des valeurs intrinsèques et dont on ne peut pas se passer pour construire. De plus, il est encore en plein changement, en pleine innovation, en se réinventant aujourd’hui avec des nouveaux bétons, répondant aux évolutions liées aux nouvelles réglementations… L’idée est de rester présents auprès des jeunes pour leur montrer les innovations, les travaux de recherches, les nouveaux composants.

« MONTRER LES ATOUTS DU BÉTON EN PARLANT AUTANT DES INNOVATIONS QUE DE LA TRANSFORMATION ET DE LA PROTECTION. »

Trophée Écoles et Trophée Pro, qui sont les typologies de candidats ? Le Trophée Écoles existe depuis plus de 10 ans et est annuel. Il s’adresse à tous les jeunes diplômés des écoles d’architecture. Le Trophée Pro est biennal lui. Ce n’est pas un concours, c’est une distinction. L’idée est de sélectionner 25 projets construits sur le sol français les 5 dernières années et dont l’usage du béton, la mise en œuvre, l’impact environnemental, l’innovation, permettent de montrer la juste place du béton. On distingue 25 pro-

jets et on distingue une équipe, pas seulement un architecte : le maître d’ouvrage, les entreprises, les Compagnons, les fournisseurs de matériaux. L’idée est de montrer que ce travail d’équipe peut donner lieu à des architectures emblématiques et respectueuses de l’environnement, de montrer la réflexion continue autour de ce matériau et le renouvellement, année après année de l’usage du béton. Les deux concours sont sous le patronage du ministère de la Culture, qui est le ministère de tutelle des architectes.


L’idée, et de notre concours, et de notre distinction, c’est de montrer les atouts du béton en parlant autant des innovations que de la transformation et de la protection. Un des avantages de ce matériau, c’est qu’il peut servir aussi de support pour de nouveaux projets, il peut être très bien rénové, il peut être transformé, et c’est vrai qu’aujourd’hui, dans cet esprit d’empreinte environnementale, le béton a son rôle à jouer puisque c’est un matériau qui peut durer très longtemps. Donc tous ces bâtiments-là sont à regarder de près car ils peuvent être très bien rénovés et continuer à servir, quitte à avoir de nouvelles fonctionnalités. Enjeux économiques, sociétaux et écologiques, l’architecture doit désormais prendre en compte de nouvelles problématiques. En quoi l’utilisation du matériau béton peut-elle apporter des solutions ? Aujourd’hui le béton est recyclé, il est décarboné, il existe en version bas carbone, il est isolant… Ce matériau a énormément de qualités qui entrent en jeu dans le calcul des nouvelles réglementations qui sont en vigueur depuis le 1er janvier 2022. Le béton a sa juste place dans le calcul global de l’analyse du cycle de vie d’un bâtiment. Aujourd’hui nous sommes dans un nouveau tournant, l’industrie cimentière est en plein boom car elle doit répondre aux enjeux de 2050 avec l’objectif zéro carbone. Le problème c’est que c’est long à mettre en place, cela va donc se faire par étapes. a Claire Barbou, organisatrice du Trophée Béton.

Il me semble que cette année, le gagnant du Trophée Écoles est un élève de l’ENSAS… Oui, pour la 10e édition, le gagnant du 1er Prix Trophée Béton de projet de fin d’études est Majoie Tsadok Kpoviessi, sous la direction de Georges Heintz. Il s’agit d’un projet de musée pour Porto-Novo, la capitale administrative du Bénin, un bâtiment qui reflète l’identité et les traditions constructives locales (voir encadré ci-contre). Depuis 10 ans, nous avons systématiquement des projets de l’école de l’ENSA Strasbourg qui sont dans les 10 premiers. C’est une école très dynamique sur ce sujet-là avec des professeurs qui sont très engagés. Un diplôme se fait toujours avec un professeur référent. À Strasbourg, il y a beaucoup de professeurs qui sont très favorables à l’utilisation du béton et qui enseignent dans ce sens. Cette année le premier prix est en effet un étudiant de Strasbourg.

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L’utilisation massive du béton est la marque de fabrique du courant brutaliste. Quelles sont les caractéristiques d’un bâtiment dit brutaliste ? Ce style architectural est issu du mouvement moderne, il a connu son apogée entre 1950 et 1980. Il se caractérisait par l’utilisation de matériaux dits « bruts » notamment le béton. Ce courant a longtemps été décrié, car trop souvent synonyme de construction peu qualitative, mais aujourd’hui cela change, le béton se réinvente et offre de nombreuses possibilités, aussi bien esthétiques, que plastiques et techniques. Les bâtiments brutalistes connaissent ces dernières années un regain d’intérêt et font l’objet de campagnes de sauvegarde partout dans le monde. Comment expliquer la soudaine prise de conscience de la valeur de ce patrimoine architectural ?

1er Prix Trophée Béton de projet de fin d’étude par Majoie Tsadok Kpoviessi Porto-Novo, capitale administrative du Bénin souffre d’une mise en concurrence avec sa cousine Cotonou, capitale économique. C’est pour pallier cela que le gouvernement a mis au point le programme « Le Bénin révélé », action touristique et culturelle qui doit prendre forme notamment à travers la construction d’un musée ethnographique d’art et d’histoire. La proposition du jeune architecte Majoie Tsadok Kpoviessi répond non seulement à l’impératif de valorisation identitaire des ethnies présentes à Porto-Novo, mais doit servir également à favoriser l’économie locale par le tourisme, ainsi qu’à sensibiliser le public aux modes de construction locaux. Ainsi, dans une démarche de réinterprétation des techniques traditionnelles, le projet intègre un béton à base de latérite, roche rouge locale peu coûteuse, et en termes de réalisation, et en termes d’entretien ; une construction low-tech, identitaire et innovante ! HORS-SÉRIE — 2022 — Habiter


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a ARCH I T E CT U R E – BRUTAL IS ME Aurélien Montinari

ARCHITECTURE BRUTALISTE PLASTIQUE BRUTALE « L’architecture est inassimilable à l’objet, elle est non-objet. » Claude Parent

Hotel Marcel, face extérieure nord, New Haven, USA, par Marcel Breuer, 1967 © Seamus Payne

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Huée par certains, adorée par d’autres, l’architecture brutaliste provoque des réactions à l’image de son esthétique : entière. Style architectural né après la Seconde Guerre mondiale et qui connaîtra son apogée entre 1950 et 1980, le style brutaliste (en référence à une utilisation brute des matériaux) est à la fois froid et minimaliste, mais aussi audacieux et avant-gardiste. Une architecture plus plastique qu’on ne le croit…

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u sortir de la Seconde Guerre mondiale il fallait reconstruire l’Europe et vite. Exit l’ornement, les bâtiments doivent être peu coûteux, facilement réalisables, résistants et fonctionnels. Le béton de par ses caractéristiques techniques répond donc parfaitement au cahier des charges. Le style brutaliste était né. C’est ainsi que l’on vit se dresser, un peu partout en Europe, des structures massives aux lignes franches et aux formes géométriques répétées. En France on retiendra comme exemple la fameuse Cité radieuse à Marseille par Le Corbusier, construite entre 1947 et 1952 et qui met en œuvre ces nouveaux préceptes pratiques et finalement esthétiques. À l’étranger, on citera comme emblèmes du brutalisme des bâtiments comme le Royal National Theater à Londres (Sir Denys Lasdun), le musée Guggenheim à New York (Frank Lloyd Wright), la Holy Cross Church à

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Page de gauche, de haut en bas : Royal National Theatre de Londres, par Sir Denys Lasdun, 1976 © Simone Hutsch, Aéroport de Paris-Charles-de-Gaulle, par Paul Andreu, 1974 © David Mark

« LES BÂTIMENTS DOIVENT ÊTRE PEU COÛTEUX, FACILEMENT RÉALISABLES, RÉSISTANTS ET FONCTIONNELS. » Page de droite, de haut en bas : Nakagin Capsule Tower à Tokyo, par Kisho Kurokawa, 1972. © Susann Schuster Guggenheim Museum de New-York, par Frank Lloyd Wright, 1969. © Magnus Andersson Holy Cross Church à Chur, Suisse par Walter M Förderer, 1969 © Ricardo Gomez Angel HORS-SÉRIE — 2022 — Habiter

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Cité radieuse à Marseille, par Le Corbusier, 1952. © Yana Marudova

« DES CHOSES QUI RESTENT GRAVÉES DANS L’ÂME DES HOMMES POUR L’ÉTERNITÉ. »

Chur, en Suisse (Walter Förderer) ou encore la Nakagin Capsule Tower à Tokyo (Kisho Kurokawa). Si ce mouvement disparaît au tournant des années 80 au profit de l’architecture high-tech et notamment du courant déconstructiviste (porté par Zaha Hadid), certains architectes contemporains continuent de travailler le béton dans toute sa brutalité comme c’est le cas de Tadao Ando qui dit concevoir « des choses qui restent gravées dans l’âme des hommes pour l’éternité ».

RETOUR EN GRÂCE Longtemps critiqué pour son austérité (voire sa laideur) le courant brutaliste connaît un regain d’intérêt depuis quelques années notamment dans le cadre d’enjeux économiques, écologiques (et même patrimoniaux par-

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fois), le béton étant un matériau qui a pour avantage de pouvoir être rénové, donnant ainsi une seconde vie à d’anciens bâtiments, comme ce fut le cas pour l’aéroport Paris-Charles-de-Gaulle (Paul Andreu), qui a connu depuis son ouverture en 1974, de nombreux aménagements et extensions. Autre exemple, dans la banlieue de New York cette fois ; l’Hotel Marcel New Haven (dessiné par Marcel Breuer, un des pères du mouvement Bauhaus) conçu en 1967 et qui vient de rouvrir ses portes après 3 années de restauration, « un modèle d’hospitalité durable », selon le cabinet d’architectes Becker + Becker. Extrême dans son esthétique, mais en faveur du social, de l’humain et de la fonctionnalité, le brutalisme recentre le principe architectural sur son but premier : habiter. a HORS-SÉRIE — 2022 — Habiter



a ARCH I T E CT U R E – REY- DE CRÉCY Barbara Romero

Nicolas Rosès

THIERRY REY ET OLIVIER DE CRÉCY AGENCE PLURIDISCIPLINAIRE ET PRAGMATIQUE L’atelier d’architecture Rey-De Crécy, n’est autre que le partenaire local du cabinet londonien Populous en charge de la réhabilitation du stade de la Meinau. Fondée en 1999, l’agence se distingue par sa pluridisciplinarité avec une culture de l’équipement public, mais aussi un savoir-faire développé dans les logements, et une vraie considération des enjeux climatiques. n lui doit le Palais de la musique et des congrès nouvelle génération. L’hôpital du CMCO aussi. Ou encore le Pôle d’excellence hôtelier d’Illkirch. Avec la réhabilitation du stade de la Meinau, associé au géant londonien Populous spécialisé dans les équipements sportifs à travers le monde, l’atelier d’architecture Rey-De Crécy s’attaque à son plus important projet. « Nous travaillons avec eux en association, main dans la main, confient Thierry Rey et Olivier de Crécy, architectes associés. L’opération est dirigée par François Clément qui a notamment travaillé sur le Viva Stadium. Il a su développer un partenariat d’équipe, grâce à des échanges simples, amicaux. » Un stade de la Meinau repensé, sur site, dont ils détaillent la philosophie : « Nous avons souhaité garder l’histoire et l’identité du lieu, les gens seront toujours à la Meinau, mais avec une qualité d’accueil renouvelée. Ce n’est pas un simple coup de peinture, mais une réinvention dans la continuité, à taille adaptée. »

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Thierry Rey et Olivier de Crécy, architectes associés.

Le futur stade la Meinau, vue sudouest. © Populous et Rey-De Crecy. HORS-SÉRIE — 2022 — Habiter


Thierry Rey et Olivier De Crécy

Un projet qui correspond à l’ADN de leur cabinet : « Sur beaucoup de nos projets, nous travaillons en tirant le meilleur parti du bâtiment existant et en détruisant le moins possible, dans une démarche de développement durable », soulignent-ils. De même qu’ils réemploient les matériaux autant que possible, comme en réutilisant des fuselages d’avion sur la façade sud du stade pour en faire des brise-soleils.

NOUS TRAVAILLONS EN TIRANT LE MEILLEUR PARTI DU BÂTIMENT « La démarche environnementale, c’est l’une de nos marques de fabrique, une attitude, confirme Olivier de Crécy. Nous sommes très attentifs au “green washing”. La bonne conception d’un bâtiment, c’est l’essentiel. » Pourquoi installer des équipements chers en installation et en entretien quand la ventilation naturelle, équipée d’un affichage de la pollution de l’air suffit ? « Nous HORS-SÉRIE — 2022 — Habiter

« NOUS SOMMES DANS UNE DÉMARCHE LOW-TECH. »

sommes dans une démarche low-tech, très pragmatique, cela fonctionne très bien », confirme Olivier de Crécy. S’ils étaient lauréats sous l’ancienne mandature, avec un projet « à grande ambition environnementale en termes de performance énergétique et de décarbonation, nous l’avons affiné avec la nouvelle municipalité et l’Eurométropole qui nous ont demandé d’être vigilants sur les trames vertes et bleues aux abords du stade », précise Thierry Rey. La problématique du chantier : assurer les travaux sur site occupé. « Nous avons cette expertise pour l’avoir déjà fait dans des établissements scolaires ou au PMC par exemple, c’est un savoir-faire que nous avons pu développer », confient-ils. Assurer des travaux tout en maintenant l’activité sur site, avoir un vrai souci des impacts environnementaux, travailler autant sur des établissements publics que des logements sociaux ou privés : l’atelier d’architecture, qui compte 22 collaborateurs, mise depuis vingt ans sur la transversalité. Et ça lui réussit plutôt bien. a a ARCHI TECTU R E

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a ARCH I T E CT U R E – OS L O Barbara Romero

Nicolas Rosès et Yam Studio

NICOLAS PARENT L’ARCHITECTURE EST UN JEU ! Créé en 2011, le cabinet d’architecture Oslo mise depuis ses débuts sur la diversité de ses activités pour sans cesse se renouveler. Parmi ses chantiers emblématiques, on trouve Osmose, le fameux bâtiment en proue du Parlement européen et du quartier d’affaires Archipel, dessiné à quatre mains avec l’agence belge Art & Build.

Nicolas Parent et Carine Bastian, cabinet d’architecture Oslo.

l n’y a pas de « style Oslo », mais des projets uniques, « qui racontent une histoire et suscitent l’émotion ». « Nous nous attachons à faire des choses très différentes, sinon on s’ennuie, on se répète », confirme Nicolas Parent, architecte associé de l’agence avec Laurent Fleury et Josselin Lutz. Parmi les projets en cours, la réalisation d’un hôtel quatre étoiles avec Spa, restaurant et académie du golf au Kempferhof à Plobsheim, « probablement l’événement hôtelier de la fin 2024 », estime Nicolas Parent. Oslo réalise en parallèle un autre hôtel au Québec, toujours pour Pierre-Etienne Bindschedler, dirigeant de la Soprema. Dans un autre registre, l’agence réalise le collège François Viron à Mulhouse, travaille sur un programme mixte plaine des Bouchers. L’agence réalise aussi son premier écoquartier en Ile – de-France, les Prairies de la Juinière, à Saint Chéron, « qui nous amène à ouvrir un bureau à Paris pour y être plus réactif », précise Carine Bastian, responsable communication de l’agence de 46 salariés, « à parité », souligne-t-elle. Avec le cabinet KCAP de Rotterdam, Oslo a aussi déposé le permis de construire d’Émergence, une tour de 80 logements dans le quartier de la Citadelle, « qui permettra à Strasbourg de renouer avec son identité rhénane. » Une expertise pluridisciplinaire, un savoir-faire reconnu, qui ne suscitent toutefois aucune arrogance. Au moment de se lancer avec Art & Build dans la création d’Osmose, tour emblématique du quartier européen, « on a eu quelques sueurs froides en traçant le premier trait, car si ce n’était pas une réussite, on le voyait tout le temps ! sourit Nicolas Parent. Il y avait un vrai enjeu de concevoir un bâtiment assez sobre, intemporel, un bâtiment élégant qui s’intègre avec les “petits frères” du Parlement. »

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OSMOSE, LE COUP DE POKER Un concours atypique qu’ils ont remporté avec le promoteur ICAD. « Le lot E d’Archipel était réservé pour l’extension du Parlement européen, rappelle Nicolas Parent. Un coup de poker de l’ancienne municipalité plutôt intelligent. À Bruxelles, les promoteurs ont des jauges tous les deux ans et lancent la réalisation

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Rendu 3D vue aérienne Osmose.

« IL Y AVAIT UN VRAI ENJEU DE CONCEVOIR UN BÂTIMENT ASSEZ SOBRE, INTEMPOREL, UN BÂTIMENT ÉLÉGANT QUI S’INTÈGRE AVEC LES “PETITS FRÈRES” DU PARLEMENT. »

de bureaux en blanc, car ils savent qu’ils seront remplis par le Parlement européen. Cela n’existe nulle part ailleurs ! Et Strasbourg a fait le même pari de créer un bâtiment qui donne envie à l’institution européenne de s’étendre. » Dans le concours de ce lot, l’une des conditions était de pouvoir porter ce bâtiment vide six mois après la livraison, dans l’attente de la décision de l’Union européenne de s’y installer ou non. Un an plus tard, les locaux sont toujours vides. « Les négociations sont très complexes », constate Nicolas Parent. Concernant l’architecture du bâtiment, les contraintes étaient tout aussi complexes. « Il fallait dessiner un couteau suisse, capable de convenir à une institution avec des contraintes de sécurité importantes comme des façades anti-explosion, un poste de sécurité, un parking très sécurisé, des grilles de ventilation en biais pour empêcher tout jet a ARCHI TECTU R E

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Rendu 3D vue bassin Osmose.

d’objet à l’intérieur… Nous avions un bureau d’études dédié à la sécurité du bâtiment. » Si Osmose ne trouvait pas grâce aux yeux du Parlement, les architectes devaient imaginer un bâtiment modulable, « avec deux-trois scénarii de découpage et une flexibilité des espaces. C’était très instructif de travailler avec les Belges qui ont déjà réalisé la Pharmacopée par exemple, et connaissent toutes les contraintes d’un bâtiment institutionnel. » Les deux cabinets se sont aussi attachés à travailler un dialogue avec le bâtiment LouiseWeiss : « Il fallait trouver une harmonie entre les deux, avec un bâtiment sobre, aux lignes fluides, en écho au cylindre, précise Nicolas Parent. Osmose ne devait pas faire de l’ombre, mais allégeance à Louise-Weiss. » Niveau environnemental, le bâtiment est le plus exemplaire de Strasbourg avec les labels Breeam et HQE niveau « excellent ». Une tour de 28 mètres de hauteur, bas carbone, rattachée au chauffage urbain et équipée de matériaux recyclés, qui n’attend que les institutions européennes pour trouver vie. La phase 2 d’Osmose devait démarrer à la rentrée, « avec un deuxième bâtiment qui viendra fermer cet îlot dont le cœur est végétalisé », conclut Nicolas Parent. To be continued… a

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« OSMOSE NE DEVAIT PAS FAIRE DE L’OMBRE, MAIS ALLÉGEANCE À LOUISE-WEISS. »

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Illustration : ©Studio Lumen

KS promotion UN SAVOIR-FAIRE UNIQUE, DU FONCIER À L’AMÉNAGEMENT Depuis plus de 15 ans, KS promotion intervient dans le montage d’opérations immobilières, leur promotion et leur aménagement. Ces projets se développent notamment dans la région du Grand-Est et plus particulièrement dans le département du Bas-Rhin. De la recherche foncière à la commercialisation des projets, nous avons développé un savoir-faire unique dans quatre secteurs clés pour les investisseurs privés comme institutionnels : les parcs d’activités tertiaires, les bâtiments de bureaux, les ensembles de logements et les immeubles de services (l’hôtellerie, l’immobilier de santé et les résidences senior). kspromotion.fr


a ARCH I T E CT U R E – ARCHITECTURE E T M AÎ T RE D’OU VRAGE Aurélien Montinari

Portrait par Alban Hefti

MAXIME KHALILI CONSTRUIRE COLLECTIF « Cette période commence en tant qu’ère de l’information et se transforme en ère de l’écologie. » James Wines Maxime Khalili, président de l’AMO et Laurène Lecoq, chargée de mission.


L’association Architecture et Maître d’Ouvrage (AMO) fêtera l’année prochaine ses 30 ans. Cette structure, qui promeut à échelle nationale la qualité architecturale et un dialogue constructif entre ces deux corps de métier, est présidée actuellement par Maxime Khalili, par ailleurs associé et gérant principal de l’agence d’architecture globale K&+. Échange avec lui et Laurène Lecoq, chargée de mission, sur l’actualité de l’association et de l’agence, et sur les défis de l’architecture contemporaine entre impératifs sociétaux, économiques et écologiques. Une des particularités de l’AMO consiste en l’organisation de voyages d’étude. Quelles sont les prochaines destinations ? Fin octobre, nous étions à Glasgow puis à Édimbourg. Généralement nous évitons les lieux touristiques historiques et nous nous concentrons sur les bâtiments récents, innovants. L’objectif est de voir comment travaillent nos confrères à l’étranger. Il y a une vraie problématique de logement social là-bas, la reconversion, la transformation des villes avec le logement social des années d’après-guerre… Et il y a tout de même Charles Rennie Mackintosh qui est une des figures de l’architecture moderne, on ne pouvait pas ne pas aller voir ça ! C’est un architecte assez particulier parmi les profils d’architectes du début du XXe siècle qui ont vraiment révolutionné l’architecture, par leur création, leur pensée, leur technique, mais aussi leur approche globale. C’est quelqu’un qui dessinait aussi bien le bâtiment, que la chaise, la table, ou encore la fourchette que l’on allait trouver à l’intérieur : c’est une architecture totale ! Ces types d’architectes avaient cette capacité de tout faire tout seuls. Aujourd’hui on fonctionne par spécialisations. Pour remplacer un architecte de l’époque, il faut 5-6 personnes. Ils avaient aussi à l’époque cette proximité avec les artisans, par exemple, pour une fenêtre, le dessin était réalisé avec le menuisier. Aujourd’hui c’est impossible, tout est industrialisé, la fenêtre vous HORS-SÉRIE — 2022 — Habiter

ne la dessinez pas, c’est l’usine qui va vous dire comment elle est, sans même parler des normes… Tout est plus complexe et interconnecté. À propos de dessin, vous êtes justement en train de construire vos nouveaux locaux. Qu’est-ce que cela fait de concevoir son propre lieu de travail ? À quoi va ressembler cette nouvelle agence ? C’est très compliqué (rire). Le but était de traduire nos réels besoins. Le gros travail de départ c’était avant tout se demander qui on est, comment on travaille, et ensuite où l’on voudrait travailler. Nous voulions faire l’inverse de ce que l’on a vécu avec les papas architectes… Cela fait deux ans que nous travaillons sur ce projet. La première chose que l’on a cherchée, c’est un bâtiment à réhabiliter, cela s’inscrit dans notre pensée : réutiliser l’existant, régénérer la ville. Nous avons trouvé un bâtiment en zone industrielle à Strasbourg, sur la plaine des Bouchers. C’est un bâtiment qui n’était plus utilisé depuis quelques années déjà, les anciennes usines Spirtz qui fabriquaient des imprimeries. La pensée qui nous a guidés était : qu’est-ce que l’on fait dedans ? Comment on y travaille ? Il fallait que l’on se sente comme chez soi, à la maison. Nous voulions concevoir à la fois un open space pour travailler ensemble, mais aussi des endroits pour s’isoler, étudier, se cultiver, se reposer. Nous avons également intégré des lieux de

« REFAIRE EN SORTE QUE LE LOGEMENT EN VILLE SOIT ATTRAYANT, CELA PASSE PAR LE COLLECTIF. »

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rencontre et de contact, car c’est le lien qui crée l’intelligence. Viendront également un coworking et une salle de sport avec un bistrot gastronomique et aussi un jardin potager à l’extérieur. Après cet été et les nombreux épisodes caniculaires, on peut se demander quel avenir pour la qualité de vie en ville ? Il faut avoir un regard global sur l’urbain et ne pas regarder ça d’un œil trop restreint ou trop dogmatique. L’étalement urbain notamment, est une problématique mal identifiée par les écologistes qui ont tendance à vouloir planter des arbres plutôt que de construire. Sauf que ce que l’on ne construit pas en ville, on va le construire à la campagne ! Et c’est cela qui fait l’étalement urbain. Le foncier sur Strasbourg est rare, sur toute l’Eurométropole, il est freiné par beaucoup d’élus, ce qui fait que les promoteurs se rabattent sur les campagnes où ils sont accueillis à bras ouverts. Personnellement, faire du logement à la campagne cela m’embête, car on construit des fois sur des terrains agricoles et cela, c’est un vrai souci… En même temps le besoin est là ! Les gens ont envie d’avoir leur maison, un bout de terrain, respirer, vivre au vert. Redonner cela à la ville c’est toute une idée que nous aimerions promouvoir avec l’AMO. Nous souhaiterions organiser une journée où l’on mettrait promoteurs, architectes, maîtres d’ouvrages et politiques autour d’une table et où l’on se poserait la question : c’est quoi le logement du futur ? Il faut bien se dire que 90 % des Français quand on leur demande quel est leur rêve, ils répondent : une maison ! Comment faire de la maison individuelle ou plutôt, comment créer la qualité de vie que l’on retrouve dans la maison individuelle, au centre-ville ? Refaire en sorte que le logement en ville soit attrayant cela passe par le collectif. Je pense qu’il faut accepter de l’idée de plutôt vivre en commun, mais dans ce commun, il faut trouver les qualités de ce que l’on trouve dans une maison, c’est-à-dire avoir un bout de jardin, pouvoir être plus autonome, avoir des espaces plus généreux, ce qui n’est pas le cas de ces dernières années où les promoteurs ont commencé à faire des modèles qui deviennent de plus en plus petits, parce qu’adaptés à l’économie du marché… On ne retrouve pas l’idée du bonheur de vivre dans ce type d’appartement.

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Revenons aux projets de l’agence K &+. Starlette, Candide, l’Ilôt de fraîcheur – Archipel 2… Ces programmes font la part belle à la végétalisation. L’idée de Archipel 2 c’était de faire de la densité heureuse, c’est-à-dire monter. La tour est un outil incroyable, car il permet de libérer le sol et donc de faire un parc… Les tours sont fines, jamais mono orientées, toujours avec deux angles ouverts et ne projetant pas d’ombre les unes par rapport aux autres. Quand on parle de comment faire un appartement qui soit attrayant pour une famille ou un couple, c’est de pouvoir avoir une grande terrasse, avec des vues, d’avoir un rez-de-chaussée avec un équipement, des services, des commerces et une accessibilité au centreville, mais aussi à l’autoroute. S’est posé aussi la question de comment rafraîchir l’ensemble. Nous avons travaillé les façades sud avec des grandes terrasses et ces appartements-là ont une végétation qui va grimper sur les façades. Cela va permettre de descendre de 3-4 degrés. Sur le programme Candide, avec Trianon, nous avons travaillé avec une brique qui dépollue. C’est vers ces types de solutions que l’on doit tendre.

Perspective intérieure des futurs bureaux de l’agence K&+. © K&+ architecture globale.

Justement, l’architecte de 2022, que doit-il prendre en compte pour créer un bâtiment qui va tenir dans le temps ? D’une part, il faut commencer à réfléchir à plus long terme qu’à 5 ans, 10 ou même 15 ans, cela ne suffit pas ! Par exemple, le béton, on le décrie énormément aujourd’hui. C’est sûr que faire du béton c’est utiliser du sable, on vole le patrimoine des côtes, on fait du mal à la planète… Mais en même temps si on le prend dans la durée, si on fait du béton et que l’on construit pour 100 ans, c’est là où le rapport s’inverse. C’est un matériau qui devient alors intéressant, Projet Candide par K&+ d’autant plus que l’on peut le réhabili- Architecture globale. © Pierre Pommereau ter facilement. C’est dans la durée qu’il faut penser un bâtiment. Lorsque l’on construit, il faut mettre des matériaux qui peuvent durer un siècle et tendre vers une basse consommation d’énergie. Nous, nous faisons beaucoup de maisons passives. Pour nous, la meilleure énergie, c’est celle que l’on n’utilise pas. Il faut désormais le faire sur des immeubles. Nous l’avons d’ailleurs expérimenté ces dernières années, avec SAS 3 B. Actuellement nous travaillons à la construction d’un immeuble passif avec Néolia à Besançon. Nous sommes en train de pousser le dispositif pour

« POUR NOUS, LA MEILLEURE ÉNERGIE, C’EST CELLE QUE L’ON N’UTILISE PAS. » HORS-SÉRIE — 2022 — Habiter


voir si l’on peut le rendre positif, en produisant de l’énergie avec des panneaux solaires. L’utilisation du bois ou de la bio-brique sont aussi des solutions. Le bâtiment de demain il est là ! Il faut être intelligent dans notre capacité à offrir des logements de qualité, dans la conception, dans la mise en œuvre des matériaux, mais aussi dans l’idée de ce que c’est qu’un jeune couple de demain. Sociologiquement, on ne se pose pas assez ces questions. Nous avons fait intervenir Catherine Furet et Valérie Leblois pour une conférence sur les espaces partagés. C’était passionnant. Comment les vivre, comment les faire fonctionner ? Comment, dans une copropriété, créer un bien-vivre, un bien-vivre commun ? Il faut se poser ces questions. a

Îlot Archipel. Îlot Sud. © Nouvelle Mesure et K&+ architecture globale.

Vue 3D du projet Starlette. © K&+ architecture globale.

Laurène Lecoq & Maxime Khalili

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a ARCH I T E CT U R E – DUCK S S CÉNO Aurélien Montinari

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PIERRE JAUBERT DE BEAUJEU ESPÈCES D’ESPACES « Naissance d’ombres autour desquelles s’agrège le vrai spectacle de la vie. » Antonin Artaud Architectes, ingénieurs, techniciens, l’entreprise Ducks Scéno rassemble les savoir-faire, cultivant une approche résolument pluridisciplinaire au service de la muséographie et de la scénographie, pratiques qui déterminent, au-delà de l’espace scénique, l’expérience même que vivent les usagers dans un lieu. Rencontre avec Pierre Jaubert de Beaujeu, architecte, pour qui il s’agit avant tout de travailler à la déconstruction des formes classiques.

Architecture, design, ingénierie, éclairage, l’approche de Ducks Scéno est fondamentalement interdisciplinaire. Quelle est votre définition du métier de scénographe ? En France, le mot scénographe regroupe trois métiers qui sont en réalité différents. Par exemple, le terme de décorateur de théâtre est devenu scénographe. Il y a ensuite le concepteur de salle de spectacle, la partie scénique des salles, ce qui concerne les assises, la visibilité, la machinerie, etc., on appelle cela la scénographie d’équipement. Enfin, il y a le scénographe d’exposition, c’est-à-dire la personne qui conçoit des espaces d’exposition. Tous ces métiers répondent désormais au terme de scénographe. Les besoins en scénographie sont très vastes, il peut s’agir d’équiper un musée pour le rendre capable d’accueillir une exposition ou de réfléchir à la mise en forme des espaces d’une bibliothèque… La scénographie est par-

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tout, elle est à la conjonction de tous les métiers : architecture, design, ingénierie, éclairage, audiovisuel, graphisme… Le métier de scénographe c’est être à l’écoute et à l’exact croisement de tous ces domaines.

Ci-dessus : Vue 3D du Cyclorama au Musée zoologique de Strasbourg, © FREAKS et Ducks Scéno

Émirats arabes unis, Chine, Taïwan, Corée du Sud, USA, Europe, vous intervenez dans le monde entier. Y a-t-il une dimension culturelle, voire anthropologique à prendre en compte lors des projets ? La dimension culturelle est obligatoire et totale je dirais, car nous travaillons pour des objets qui sont le lieu de la rencontre culturelle, artistique, entre des gens et des œuvres. Il faut se demander comment les gens vont appréhender la culture ; c’est la base de notre travail. Pour ce faire, il faut réfléchir à comment amener les gens à la salle, penser à la direction du public, comment il arrive, déambule, s’installe ou suit le parcours HORS-SÉRIE — 2022 — Habiter


pour voir des œuvres. De l’autre côté, il y a le parcours de l’œuvre ou ce que l’on nomme le parcours technique ; comment l’œuvre est mise à disposition, le cheminement pour qu’elle soit installée sur la scène, éclairée, projetée, expliquée… Ce sont ces deux formes de questionnements qui font la scénographie et elles comportent une dimension culturelle puissante. À cela s’ajoute une dimension anthropologique, liée, elle, aux pays ou aux habitudes culturelles ou régionales ; ce n’est pas la même chose de faire un projet à Paris ou en province, c’est dommage, mais c’est comme ça... En France, le théâtre ou le musée peuvent aussi avoir des côtés assez conservateurs, dans leurs formes et leurs pratiques. Ducks essaie de travailler à la déconstruction de ces formes classiques. Parfois c’est l’inverse, notamment à l’étranger, en Chine, où l’on nous demande de répliquer les codes occidentaux… HORS-SÉRIE — 2022 — Habiter

Comment abordez-vous un nouveau chantier ? Quelle est votre méthode et pour quels résultats ? On est un peu des enquiquineurs pour l’architecte (rires) parce qu’il faut que l’on travaille très tôt sur le projet, dès le premier coup de crayon ! Nous considérons que la scénographie se loge un peu partout, nous sommes concernés par toute l’ingénierie du bâtiment : le soufflage d’air, l’acoustique, la structure… On va être demandeurs par exemple d’espaces où il n’y a pas de poteaux, avec de très grandes portées, où l’on va pouvoir accrocher des objets lourds. Nous sommes très attentifs aussi à la fluidité des circulations, que ce soit du public ou des éléments techniques, logistiques. On ne sait pas ce que va produire un créateur, ce que va exposer un musée, ce qui va se produire dans un lieu… L’architecte imagine le bâtiment, et nous, nous imaginons comment rendre tout possible dans ces espaces, j’entends par-là capable de

« LA SCÉNO– GRAPHIE EST PARTOUT, ELLE EST À LA CONJONCTION DE TOUS LES MÉTIERS. »

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Extension restructuration du stade de la Meinau, vue aérienne.

Vue du ciel du CIAV de Meisenthal par SO-IL FREAKS. © Iwan Baan

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fonctionner, mais aussi capable d’évoluer en fonction des besoins. Vous travaillez actuellement à Strasbourg sur la rénovation du Musée zoologique ainsi que sur la création du nouveau Planétarium et avez contribué, à Meisenthal, à la refonte du Centre International des Arts Verriers. Quelles sont les particularités de ces projets ? Le Planétarium c’est très spécial, c’est l’une des plus petites missions que l’on a faite, nous étions là pour aider les architectes Frenak + Jullien, qui sont des amies. Nous avons juste travaillé sur l’implantation des fauteuils. La mission de fauteuils est très technique, il faut trouver le moyen de mettre dans la salle le bon nombre de places souhaité par le client, dans les meilleures conditions. Ce qui est un peu spécial dans un planétarium, c’est qu’il s’agit d’une demisphère dans laquelle on regarde en l’air ! Le projet du Musée zoologique est un projet de rénovation avec les architectes FREAKS. Le musée n’avait pas bougé depuis le XIXe siècle ! C’est une rénovation « modeste », dans le sens le plus noble du mot. Le travail consiste aussi à rendre le musée conforme aux nouvelles réglementations. C’est un travail

très fin à l’intérieur des bâtiments, on opère dans les espaces existants, il faut même conserver si possible des choses de l’ancien musée. Mais il faut en même temps tout changer, l’organisation du fonctionnement, l’exposition, le travail a été muséographique et scientifique, avec les gens du musée et de l’université, et toute l’intervention au niveau architectural s’est faite avec patience. Il n’y aura pas de choses tape-à-l’œil dans l’architecture ni dans l’exposition. Il y a eu l’idée partagée entre les architectes, les scénographes, et les scientifiques, de présenter la biodiversité et de profiter de toutes les collections de taxidermie du musée, pour présenter les animaux et les espèces dans un étonnant espace d’entrée. Pour le CIAV de Meisenthal – toujours avec les architectes FREAKS – le projet était évident, il fallait relier les quatre bâtiments, car ce sont eux qui constituent le lieu. Au niveau de la scénographie, nous sommes intervenus un petit peu partout. Sur un lieu comme celui-ci, il faut pouvoir dire « je monte une scène au milieu du site » donc cela veut dire qu’il faut du courant qui passe, du réseau, que tout soit connecté, de l’espace d’accueil de la billetterie jusqu’au dernier étage du musée, que l’on puisse être en relation HORS-SÉRIE — 2022 — Habiter


et envoyer une image depuis les différents points du lieu. C’est un travail d’infrastructure, de logistique, on essaie de travailler à ce que rien ne bloque. Pour le musée, nous avons fait en sorte de rendre l’espace capable d’accueillir une exposition, de prévoir que l’on puisse faire entrer et accrocher des choses. En scénographie nous avons travaillé sur la petite salle et la rénovation de la grande halle. Nous avons pris le risque de mettre la salle moitié dehors, moitié dedans, du côté où personne ne l’attendait : le parking ! C’était la bonne idée ; cela permettait de mutualiser toute la logistique, celle de la halle et celle de la petite salle, les bureaux, les loges, les passages techniques, l’espace de stockage… De l’autre côté, du côté du public, il y a un bar, et là encore, tout est partagé. Après 14 ans d’études et de chantier, le Taipei Performing Arts a enfin ouvert ses portes au public le 7 août dernier. Ce bâtiment a été conçu comme « un lieu de nouvelles possibilités dans les arts de la scène. » Qu’entend-on par là ? Quel rôle a joué ici la scénographie ? OMA (l’agence du célèbre architecte Rem Koolhaas basée à Rotterdam – ndlr) et Ducks, c’est une longue histoire, je HORS-SÉRIE — 2022 — Habiter

pense que l’on peut même parler d’amitié, en tout cas de respect et vraiment de travail collaboratif avec les architectes. On est complètement impliqués dans les projets avec OMA, du moins ceux concernant les théâtres... C’est un travail d’architecture, mais c’est aussi et surtout une réflexion de fond. Rem Koolhaas est très fort pour cela, c’est aussi un théoricien ; pour lui, faire un théâtre, ce n’est pas seulement faire un lieu, c’est se poser la question même du théâtre. Comment cela fonctionne, qu’est-ce que cela fait, comment cela se produit, pourquoi, pour qui ? Tous les projets que nous faisons avec OMA sont spéciaux, il y a toujours un élément nouveau, une recherche inédite, une idée innovante. Sur Taipei, au niveau du programme c’était un projet très traditionnel, avec trois théâtres : un grand, un petit, un moyen. Sur cette idée de trois salles, il n’y a pas eu d’hésitation, il fallait regrouper toutes les scènes, chacune devait pouvoir conserver son indépendance, mais elle serait liée aux autres, facilitant ainsi la fluidité de toutes les circulations aussi bien techniques, artistiques que humaines. C’est, entre autres, ce qui en fait un « lieu de nouvelles possibilités dans les arts de la scène ». a

Vue de l’intérieur du Taipei Performing Arts Center. © Shephotoerd Co.

« IL FAUT SE DEMANDER COMMENT LES GENS VONT APPRÉHENDER LA CULTURE ; C’EST LA BASE DE NOTRE TRAVAIL. »

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a ARCH I T E CT U R E – DIAB OL O P OIVRE Barbara Romero

Nicolas Rosès

JÉRÔME FRICKER LA BRASSERIE DE L’HÔTEL DES POSTES SE DÉVOILE Avec une ouverture programmée au premier semestre 2023, la Brasserie de l’Hôtel des Postes, nouveau projet d’envergure du groupe strasbourgeois Diabolo Poivre, est un chantier colossal chiffré à 4 millions d’euros, géré par Creatio et imaginé par le designer Pascal Claude Drach. Visite guidée. ls pensaient avoir réalisé leur projet le plus fou en transformant la Strassburger Bank de la rue du Vieux-Marché-aux-Vins en un Drunky Stork Social Club à l’esprit londonien. Avec le bâtiment historique de l’Hôtel des Postes, le groupe Diabolo Poivre s’attaque une nouvelle fois à du lourd. Côté avenue de la Marseillaise, une brasserie « élégante » se révèlera au premier semestre 2023 dans un volume impressionnant, après neuf à dix mois de travaux. « Dans le cadre de la rénovation de l’Hôtel des Postes démarré en 2019, la L’Hôtel des Postes direction de Bouygues cherchait un propriétaire exploitant pour 900 m2, capable de mener de grands travaux et de proposer des prestations de qualité, précise Jérôme Fricker, co-gérant du groupe Diabolo Poivre avec Gilles Egloff et Christophe Lemennais. Nous avons acheté les murs. Le chantier se révèle complexe notamment pour la ventilation, l’extraction, la climatisation, le chauffage, l’assainissement… Nous sommes soumis à plusieurs autorisations puisque notre chantier est en interaction avec des lots

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L’équipe de Diabolo Poivre.

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de bureaux, d’habitation, une maison de retraite. » Pour enterrer les différents réseaux, sanitaires, d’électricité, d’assainissement, l’agence Creatio a dû créer un bâtiment neuf, sous le bâtiment existant, avec les contraintes d’exploitation et sanitaires d’un restaurant. « Ils sont rodés, car ils travaillent avec nous depuis notre premier resto, rappelle Jérôme Fricker. Mais pour le Stork, par exemple, il y avait un sous-sol existant, nous n’avions pas de terrassement à créer. Ici, c’est une aventure technique, car le tuyau doit sortir pile au bon endroit ! » Un chanHORS-SÉRIE — 2022 — Habiter

« ICI, ON EST DANS UNE CATHÉDRALE, ON NE VA PAS INSTALLER DU CARRELAGE PREMIER PRIX. »

tier colossal, donc, chiffré à 4 millions d’euros contre les trois prévus initialement.

NOUS NOUS SOMMES ATTACHÉS À CONSERVER CE QUE L’ON AVAIT. La brasserie devrait une nouvelle fois faire son petit effet waouh ! à l’instar du Stork, ne serait-ce que par ses volumes impressionnants. Et ce dès l’entrée, avec sa double arche en grès avec une belle hauteur sous plafond a ARCHI TECTU R E

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L’Hôtel des Postes en chantier.

« NOUS N’AVONS RÉCUPÉRÉ QUE PEU DE CHOSES DU PASSÉ HISTORIQUE, MAIS NOUS NOUS SOMMES ATTACHÉS À CONSERVER CE QUE L’ON AVAIT. » 100

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« et une installation lumineuse avec l’idée d’un porche ouvert sur la rue », précise Pascal Claude Drach, une nouvelle fois designer du projet. Deuxième effet waouh ! avec la salle de restauration principale de 300 m2 et cinq mètres de hauteur sous plafond, surplombée d’une triple verrière d’origine restaurée à 6,50 mètres de hauteur. 210 couverts y seront servis, répartis entre cette salle principale et un espace plus intimiste en bord de cour intérieure. L’espace central sera articulé autour d’un imposant bar de 13 mètres de long et 5 mètres de large, « dans le même souci qu’au Stork de meubler l’espace, de le cloisonner visuellement et d’apporter une dynamique acoustique à l’ensemble », précise Pascal Claude Drach. On y trouvera tout au long de la journée un bar à desserts et un bar aux produits de la mer, qui devraient allécher les amateurs. En parallèle, la cuisine ouverte fera face aux banquettes installées de manière concentrique, « pour une cuisine très active, très vibrante, à l’aplomb de la 3e verrière et protégée par une mezzanine où seront logés les locaux techniques et sociaux », ajoute le designer. Un espace séminaire de 30 à 65 places sera également privatisable à l’avant de la brasserie. Résolument attaché à conserver un maximum d’éléments historiques, Diabolo Poivre et son designer ont dû se résigner à faire avec finalement assez peu de matière, comme nous l’explique Pascal Claude Drach : « Ce bâtiment néo-gothique date de 1899 et a été démoli pendant la Deuxième Guerre mondiale. Le système central, bombardé, a été refait en grès rose à l’inverse du reste du bâtiment gris, pour marquer la défaite allemande. Là où nous serons, se trouvait le centre de tri postal, qui a été refait finalement avec peu de souci du design. Nous n’avons récupéré que peu de choses du passé historique, mais nous nous sommes attachés à conserver ce que l’on avait. » Comme les arches en grès, voûtes et colonnes en fonte d’origine dans la salle arrière. Côté déco, l’ambiance sera plus sobre que dans les autres établissements à la décoration très affirmée, avec des touches poétiques, quelques clins d’œil à l’univers postal, et un soin particulier accordé aux matériaux. « Ici, on est dans une cathédrale, on ne va pas installer du carrelage premier prix », sourit Jérôme Fricker. Une brasserie élégante en résumé, à découvrir au premier semestre 2023, selon l’avancée des travaux. a HORS-SÉRIE — 2022 — Habiter




a OR NORM E – HAB I TER

DESIGN

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a DE S IG N – H E N RY- S OREDI – K L A F S Aurélien Montinari

LOISIUM et DR

VANESSA LEFAKIS LE SAUNA RAYONNE Spécialiste du sauna sur mesure, la société Henry-Soredi distribue la marque allemande Klafs, référence en la matière. Vanessa Lefakis, gérante de la société, nous dévoile les projets en cours et à venir ; le bien-être a le vent en poupe !

i en 2021 le Covid avait poussé les gens à se recentrer sur le confort de leur logement, la tendance se maintient, comme le confirme Vanessa Lefakis : « nous avons terminé de nombreux chantiers chez des particuliers, de beaux projets qui comprennent sauna, hammam et parfois même une salle de massage, de vraies extensions consacrées au bien-être. » Le secteur professionnel est lui aussi en demande, avec la récente livraison d’un ensemble hammam, Sanarium et sauna dans un style épuré, pour le tout nouvel Hôtel Loisium à Mutigny, près de Reims, « un très bel hôtel pensé par Jouin-Manku, cabinet de designers parisiens mondialement connu et qui prend place au cœur des vignes de la région Champagne. ». Toujours dans l’hôtellerie, Henry-Soredi vient également de terminer un projet pour l’hôtel Le Régal à Saint-Dié dans le massif des Vosges, et travaille sur plusieurs chantiers en Alsace et aussi à Courchevel. Au tourisme et à la détente se joint depuis peu l’univers du sport avec l’installation de saunas Klafs dans les clubs de sport John Reed, en France, « c’est un nouveau type de demande, les clubs de sports deviennent plus luxueux pour une clientèle plus exigeante », explique Vanessa Lefakis.

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UN SHOWROOM D’EXCELLENCE Dernière grande nouveauté, Vanessa Lefakis nous dévoile l’ouverture prochaine (fin 2022 ou début 2023), d’un showroom de 200 m2 en plein cœur de Mulhouse, rue de la Somme. « C’est un concept novateur et très intéressant, un regroupement de huit entrepreneurs renommés qui sont tous nourris par un travail d’excellence et plutôt spécialisés dans l’aménagement haut de gamme, de la cuisine aux moulures de plafond en passant par le carrelage et l’éclairage. Une ambassadrice présentera les produits et orientera ensuite les clients vers chaque entreprise. Nous avons installé un très beau sauna habillé par l’entreprise Werey dans le showroom. Ce sera pour nous l’occasion de capter une clientèle relativement nouvelle, à Mulhouse même, mais aussi à la frontière suisse, qu’il s’agisse de particuliers ou d’architectes. » Chez les particuliers comme dans le secteur professionnel, en Alsace et dans toute la France, l’excellence des saunas Klafs Vanessa Lefakis rayonne, pour notre plus grand bien-être. a

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« NOUS AVONS TERMINÉ DE NOMBREUX CHANTIERS CHEZ DES PARTICULIERS, DE BEAUX PROJETS QUI COMPRENNENT SAUNA, HAMMAM ET PARFOIS MÊME UNE SALLE DE MASSAGE. » Au-dessus : Le sauna de l’Hôtel Loisium. Ci-contre : Sauna sur mesure chez un particulier. HORS-SÉRIE — 2022 — Habiter

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a DE S IG N – A RCHITECTURE IN TÉRIEU RE Aurélien Montinari

Alban Hefti

SOPHIA HIMMLER DESIGN GLOBAL Ayant évolué pendant plusieurs années dans le milieu de l’immobilier et des chantiers de restauration de biens, Sophia Himmler s’est forgée une solide connaissance de la maîtrise d’ouvrage, alliée à une vraie sensibilité pour l’aménagement et la décoration. Il y a 4 ans, elle décide de tout plaquer pour créer sa propre société de design d’intérieur : Déléone Intérieur. Sophia Himmler, fondatrice de Déléone Intérieur.

our Sophia Himmler, le design d’intérieur incorpore un spectre très large de compétences et d’activités : « pour moi il s’agit d’une conception pensée de A à Z. Il y a d’abord le projet en lui-même, la phase créative, puis la mise en plan des modifications d’aménagement et toute la partie technique, la sélection des entreprises et le suivi des travaux sans oublier évidemment la gestion du budget ! » Une approche holistique que l’entrepreneuse aime à qualifier de « design global » et qui se traduit dans le moindre détail : « si l’on prend l’exemple de la refonte d’un magasin, je vais égale-

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ment travailler la partie graphique afin que le logo soit en accord avec le design qui est prévu à l’intérieur. Il faut qu’il y ait une parfaite harmonie, une parfaite cohérence. L’aménagement ou la décoration c’est une véritable signature. »

À CHAQUE PROJET SA MÉTHODE Chez Déléone Intérieur c’est le projet ou le lieu au sens large qui dicte les pistes créatives, avec toujours dans l’idée que la forme doit suivre la fonction. « Chaque projet dépend de la personnalité du client

« L’AMÉNAGEMENT OU LA DÉCORATION C’EST UNE VÉRITABLE SIGNATURE. »

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et chaque lieu a son histoire et son but propre. Je peux avoir une approche qui va être liée soit au lieu en lui-même, comme l’architecture du bâtiment, ou prendre comme base d’inspiration le concept ou le produit qui va alors guider ma créativité. Par exemple, sur de la lunette, le point de départ va être le présentoir du produit, c’est cet élément qui va donner un petit peu le “la” de la suite de la composition. » Cette faculté d’adaptation pousse Sophia à travailler sur des typologies de chantiers très variées allant aussi bien de l’opticien, au restaurant, en passant par la pharmacie, le cabinet HORS-SÉRIE — 2022 — Habiter

médical, l’étude de notaire ou encore les intérieurs de particuliers.

TRAVAILLER EN ENTONNOIR Très éclectique, Sophia puise l’inspiration de ses futurs projets dans des sources diverses, toujours à la recherche de l’inédit au cœur d’un océan de tendances. « Réseaux sociaux, magazines spécialisés, vidéos, je suis constamment en veille pour trouver des choses que l’on ne voit nulle part. Selon une idée, une envie, je vais à la pêche… Mes recherches peuvent

durer des dizaines d’heures. Cette phase de réflexion, c’est quelque chose que j’assimile à un moment de retrait, j’ai l’impression de passer dans ma grotte, là où je suis toute seule face à mes informations. Je fais le tri, je dégrossis, pour arriver à trouver de la cohérence entre mon envie, le lieu et le projet final. Il n’y a pas de règles mais des phases. D’abord une phase artistique un peu folle et après une phase où je rationalise, où je fais l’entonnoir ! » Personnelle mais entièrement vouée au projet, la technique créative de Déléone Intérieur fait la part belle à la sérendipité pour un design global différenciant. a a DESIGN

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a DE S IG N – A RCHIP IQUAN T Barbara Romero

Nicolas Rosès – Thomas Kuchel

AGATHE ERB ET JULIE CHABASSIER DUO ARCHI-SOLAIRE ! Créatrices de l’agence d’architecture d’intérieur Archipiquant, Agathe Erb et Julie Chabassier forment un joli duo soucieux d’embellir le quotidien de ses clients professionnels ou particuliers, toujours dans la bonne humeur. Agathe Erb et Julie Chabassier, agence Archipiquant.


Le salon de coiffure Naturel Concept.

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otre credo : avec le sourire, tout passe ! », lâche Agathe dans un éclat de rire. Dans leur coquette agence nichée au fond d’une cour en plein centre-ville, le joyeux duo d’Archipiquant séduit tant par son souci du travail soigné que par sa bonne humeur. « Ce qui me plaît le plus dans notre métier, c’est de passer du papier à la réalité, de rendre les gens heureux dans leur lieu de travail ou de vie, confie Agathe. J’adore aussi le chantier, c’est toujours compliqué, un vrai défi humain qui nécessite beaucoup de diplomatie. » Julie, elle, aime particulièrement la phase de conception : « On doit sortir ses tripes pour un nouveau projet, se triturer l’esprit. Ce sont des heures de réflexion. »

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LEUR DÉFI AUJOURD’HUI : TRAVAILLER SUR DES PROJETS PLUS MUSCLÉS En 2020, elles s’illustrent en décrochant le trophée Commerce du design de la CCI pour la réalisation du restaurant Mavrommatis à Strasbourg. « Cela nous a offert une petite notoriété et surtout une forme de reconnaissance pour ceux qui ne nous connaissent pas », remarquentHORS-SÉRIE — 2022 — Habiter

elles. Depuis, elles ont réalisé les locaux de Pokaa, « un espace vivant, en perpétuel mouvement », ou encore le doux écrin de Flore & Zéphyr, joaillerie éco-responsable, entre autres projets privés ou professionnels. « Ce qui est chouette dans notre métier, c’est de rencontrer des gens différents, de s’approprier ce qu’ils font, de rentrer dans leur tête et comprendre leurs besoins », souligne Agathe. En octobre, on découvrira aussi leur œuvre pour le resto de foccacia « Abbiocco », et aussi le salon de coiffure Naturel concept relooké. Leur rêve aujourd’hui ? « Travailler davantage dans l’hôtellerie, sur des projets plus musclés, lancent-elles déterminées. Nous avons connaissance de la législation, c’est un défi que l’on aimerait relever. » Avec ces atouts non-négligeables : Agathe a fait cinq ans d’études hôtelières avant de se lancer dans l’architecture d’intérieur et connaît parfaitement les codes de l’hôtellerie-restauration. Julie quant à elle est incollable sur la législation, en tant que représentante du Grand Est pour le Conseil français de l’architecture d’intérieur (CFAI). Un joli duo définitivement « archi » prometteur en résumé. a

« PASSER DU PAPIER À LA RÉALITÉ. »

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a DE S IG N – AG ENCE K UB Barbara Romero

Nicolas Rosès

DANIEL GASSER ET MAGID MESSOUS DU BÂTIMENT À L’OBJET Filiale de l’agence K&+ architecture globale depuis 2019, Kub propose une offre sur mesure, notamment aux particuliers. Qu’il s’agisse de lieux de vie, d’espaces de travail ou de loisirs, l’agence bénéficie, en plus de son savoir-faire, de l’expertise des forces vives de K&+ pour proposer des projets globaux, du bâtiment à la petite ampoule. ur le site de K&+ architecture globale, défilent des projets d’envergure. On y trouve autant un nouvel immeuble de 90 logements, assortis de commerces et d’un parking de 500 places dans le quartier Starlette, qu’un foyer d’accueil médicalisé à Coulommiers. « Nous n’avions pas envie de proposer un service aux particuliers perdu au milieu de grosses opérations, précise Daniel Gasser, architecte co-gérant des deux entités. C’est pourquoi nous avons créé Kub en 2019. » Avec Magid Messous, co-gérant, Emma Brissy, designeuse et depuis septembre Jonas Geisler, architecte spécialiste des maisons individuelles haut-de-gamme, Kub propose un service sur mesure, « du bâtiment à la poignée de porte, souligne Magid Messous. K&+ est aussi économiste de construction, et compte 13 conducteurs de travaux : nous pouvons mutualiDaniel Gasser et Magid Messous, agence Kub. ser les compétences. » Comme pour ce futur pôle médical à Mutzig dont K&+ est mandataire, et Kub en charge de toute la

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déco, du design des meubles à la lampe de bureau.

LEURS BUREAUX, LE NOUVEAU HOT SPOT DE LA MEINAU ! Parmi leurs récents projets, l’aménagement du bar à vin L’Alsace à boire avec ADN décorateur et Creatio, celui de Ramen Shop à Vendenheim, toujours avec Creatio et V8 designer, ou encore la transformation et l’aménagement du Groove Box Karaoké avec Creatio et le designer Quentin Leroij. Kub a aussi offert une seconde vie à des maisons individuelles ou des appartements de la région, et s’apprête à livrer à la rentrée une polyclinique vétérinaire proche du Marché gare avec K&+ architecture globale. Mais l’une des réalisations qui deviendra sans doute la plus emblématique de leurs compétences communes : leurs nouveaux locaux installés au cœur de la Plaine des Bouchers. HORS-SÉRIE — 2022 — Habiter

Ci-dessus, une réalisation de Kub Architecture & design. Construction d’une cafétéria dans l’extension du Centre de Jeunesse de Baerenthal.

« NOUS N’AVIONS PAS ENVIE DE PROPOSER UN SERVICE AUX PARTICULIERS PERDU AU MILIEU DE GROSSES OPÉRATIONS. »

C’est dans un bâtiment d’une centaine d’années laissés à l’abandon depuis dix ans, qu’ils ont élu domicile en cette rentrée dans un esprit assez waouh ! Tout revêtu de briques de Wienerberger, l’immeuble qui abritait le siège de l’usine Spiertz, allie à la perfection modernité et traces de son histoire pour offrir un cachet indéniable aux 2 200 m2 de locaux qui abritent K&+, Kub, deux bureaux d’études, et d’ici à la fin de l’année un nouveau restaurant Iberica. Terrasses, jardin, rooftop avec vue imprenable sur la cathédrale et la Forêt noire, larges baies vitrées, espaces de réunion ou de visio, le 79a de la rue de la Plaine des Bouchers a retrouvé une nouvelle vie entre émulation créative et instants de détente bienvenue. « C’est un lieu que l’on souhaite ouvert… Nous sommes connus pour nos grosses fêtes aussi ! », sourit Daniel Gasser. Un lieu modulable où l’on sent l’esprit du bâtiment ancien, pile dans l’air du temps, qui pourrait bien devenir la nouvelle cathédrale de la Meinau ! a a DESIGN

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La boutique Fleuron Paris par Insidy.

SALOMÉ PALY-LIGNIER ET RAPHAËL SALIMI L’INTÉRIEUR À DISTANCE Créée par deux amis d’enfance étudiants à l’EM Strasbourg, Insidy met en relation une centaine de décorateurs et architectes d’intérieur sans passer par la case visite. Un modèle qui permet aux entrepreneurs de proposer un prix d’appel défiant toute concurrence, et aux professionnels de l’aménagement et de la décoration de gagner en visibilité. 112

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a DE S IG N – IN S IDY Barbara Romero

DR

« NOUS AVONS VOULU DIGITALISER L’EXPÉRIENCE. »

Salomé Paly-Lignier et Raphaël Salimi, Insidy.

idée d’Insidy (ex Les décorateurs) est née durant le premier confinement qui a fait prendre conscience aux Français à quel point la qualité de leur intérieur joue sur le moral. Confinée à Nancy, Salomé Paly-Lignier, 25 ans, en fait partie. Avec son ami de toujours Raphaël Salimi, étudiant comme elle à l’École de management de Strasbourg, ils décident de monter leur startup pour mettre en relation les particuliers avec des décorateurs et architectes d’intérieur. « Nous avons développé une solution simple, en ligne, sans avoir à débourser une grosse somme d’argent, précise Salomé. La décoration d’intérieur est vue comme quelque chose d’élitiste, on ne sait comment trouver la bonne personne. Nous avons voulu digitaliser l’expérience, à partir de 129€ par pièce, avec un projet co-construit, des échanges humains, et un projet final en 15 jours. » Une offre alléchante, qu’ils peuvent se permettre, « car finalement, c’est le déplacement physique qui revient cher », rapporte-t-elle.

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UNE MARKETPLACE À LA RENTRÉE Insidy propose trois offres : une à 129€ donc, avec à la clé une liste shopping et un mood board. Pour 289€, le professionnel fournit un plan 3D pour permettre au client de s’immerger dans la pièce. Avec Insidy at home (à partir de 990€), le décorateur ou architecte d’intérieur se déplace, suit l’intégralité du projet jusqu’à la livraison des travaux. Un concept qui séduit, à en croire les quelque 130 000 followers d’Insidy sur Instagram. « La force des réseaux est incroyable et nous permet d’atteindre des clients partout dans le monde », se réjouit Salomé. Ils ont déjà pu réaliser des projets en Europe, et même au Canada. A la rentrée, Insidy se développera encore avec une marketplace pour offrir à leurs clients une plateforme sur laquelle ils peuvent réaliser leur projet de A à Z. a HORS-SÉRIE — 2022 — Habiter

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a DE S IG N – MA I S ON L ES MUS ES Barbara Romero

Nicolas Rosès – DR

PASCALE LAROCHE ET NILDA HERNANDEZ LA DÉCORATION QUI RACONTE UNE HISTOIRE Duo de choc créatif, Pascale Laroche et Nilda Hernandez ont imaginé Maison les Muses, un atelier spécialisé dans la décoration murale, la vitrophanie et la signalétique sur mesure. Un métier de niche qui donne une identité propre à chaque espace qu’elles subliment.

Pascale Laroche et Nilda Hernandez, créatrices de la Maison les Muses.

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’activité de Maison Les Muses est pour le moins singulière. Ses créatrices, Pascale Laroche et Nilda Hernandez, imaginent des fresques murales, tissus adhésifs sur vitre ou signalétiques, offrant un supplément d’âme à des bureaux ou lieux publics souvent monochromes et ennuyants. Leur particularité aussi : s’attacher à raconter une histoire. « Nous aimons que nos clients se reconnaissent dans les créations, confient-elles. Une grande partie de notre travail est d’écouter des gens qui ne parlent pas forcément déco, mais en les interrogeant sur leurs valeurs, leur histoire parfois hors du commun. La première phase du métier est de retranscrire graphiquement ces échanges. »

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ON FAVORISE LA CRÉATION D’UNE IDENTITÉ UNIQUE À l’encre, à l’aquarelle ou la linogravure, Pascale et Nilda dessinent tous leurs projets à la main avant de les soumettre aux clients. « Ensuite nous numérisons ces différentes techniques pour réaliser de grands formats tip top, sans pixels, et sans limites de taille. » Fresques murales, signalétiques originales, vitrophanies qui offrent des bulles lumineuses à des open space souvent anxiogènes… Les Muses travaillent à la demande ou personnalisent une collection permanente selon les envies du client. « On favorise la création d’une identité unique pour les professionnels ou les collectivités. Nos compétences ne sont pas clairement identifiées alors que les clients déplorent les murs tout blancs, de se perdre dans les couloirs, d’avoir des bureaux qui ressemblent à la boîte d’à côté. Et au fur et à mesure, les gens demandent des espaces pas seulement fonctionnels, mais qui soient une expérience. Ils ont besoin de se sentir bien. » À leur actif, les nouveaux locaux des cafés Sati, la médiathèque d’Agde, parmi d’autres beaux projets à travers la France et bientôt les bureaux de Semia à la Manufacture des tabacs. « Sati voulait évoquer l’univers de la torréfaction, la médiathèque parler de son terroir… On a toujours de belles histoires à raconter. » Si elles travaillent essentiellement pour les professionnels ou collectivités, elles peuvent également gérer des commandes de particuliers à travers des décorateurs ou architectes d’intérieur. a HORS-SÉRIE — 2022 — Habiter

La médiathèque d’Agde. Les nouveaux locaux des cafés Sati.

« ON FAVORISE LA CRÉATION D’UNE IDENTITÉ UNIQUE. » a DESIGN

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a P ORT FOLIO – M ICHAEL B OU TON

LE REGARD DES SENS Michael Bouton Photographe

« L’architecture est un mode d’expression invisible pour la masse, qui transmet pourtant des émotions et laisse rarement indifférent, quand on s’attarde à la regarder. C’est pour cela que je me suis spécialisé dans la photographie d’architecture : pour mettre en exergue le travail des architectes, des artisans et entreprises du bâtiment, pour révéler les constructions et les détails qui nous entourent. » Instagram : @edificephoto Linkedin : @mbouton Site web : edifice-photo.com J Institut de Science et d’Ingénierie Supramoléculaires




Place des Halles



Cité de la Musique et de la Danse


Médiathèque André Malraux




Le Printemps



Clinique Rhéna


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Habiter HORS-SÉRIE 2022 Directeur de la publication Patrick Adler 1 patrick@adler.fr Directeur de la rédaction Jean-Luc Fournier 2 jlf@ornorme.fr Rédacteur en chef Aurélien Montinari 11 Rédaction Alain Ancian 3 Eleina Angelowski 4 Isabelle Baladine Howald Erika Chelly 6 Marine Dumeny 7 Jaja 8 Thierry Jobard 9 Véronique Leblanc 10 Jessica Ouellet 12 Barbara Romero 13 Benjamin Thomas 14 redaction@ornorme.fr

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Photographie Franck Disegni 15 Sophie Dupressoir 16 Alban Hefti 17 Yann Levy Abdesslam Mirdass 18 Vincent Muller 19 Caroline Paulus 20 Nicolas Rosès 21 Marc Swierkowski 22 Direction artistique et mise en page Cercle Studio

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Typographie GT America par Grilli Type Freight Pro par Joshua Darden Impression Imprimé en CE

Couverture Illustration par Cercle Studio Portraits de l'équipe Illustrations par Paul Lannes www.paul-lannes.com Publicité Régis Piétronave 23 publicité@ornorme.fr Directrice Projet Lisa Haller 24

Or Norme Strasbourg est une publication éditée par Ornormedias 2 rue du maire Kuss 67000 Strasbourg Contact : contact@ornorme.fr Ce numéro de Or Norme a été tiré à 15 000 exemplaires Dépôt légal : à parution N°ISSN : 2272-9461 Site web : www.ornorme.fr Suivez-nous sur les réseaux sociaux ! Facebook, Instagram, Twitter & Linkedin

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*Source : Google Maps. (1) Frais de notaire offerts pour une réservation sur le programme New Link situé à Strasbourg, hors frais éventuels liés à l’emprunt et hors frais d’hypothèque, de caution de privilège de prêteur de derniers ou de tout autre frais éventuel de garantie liés au financement de l’acquisition. Offre limitée aux 5 premiers réservataires du 30 septembre au 30 novembre 2022, dans la limite des stocks disponibles, non cumulable avec toutes autres offres Cogedim en cours ou à venir. Plus d’informations sur cogedim.com. (2) TVA réduite à 5,5 % au lieu de 20 %, applicable sous conditions de ressources pour une acquisition en résidence principale sur une durée de 10 ans minimum. Plus d’informations sur cogedim.com. (3) Économisez jusqu’à 8 000 € par pièce sur l’acquisition de votre appartement, soit 2 000 € pour un studio, 4 000 € pour un 2 pièces, 6 000 € pour un 3 pièces et 8 000 € pour un 4 pièces. Offre réservée aux 5 premiers acquéreurs, dans la limite des stocks disponibles. Offre non cumulable avec toutes autres offres Cogedim en cours ou à venir. Cogedim SAS, 87 rue de Richelieu 75002 Paris, RCS PARIS n°054500814 - SIRET 054 500 814 00063. Illustrations non contractuelles destinées à exprimer une intention architecturale d’ensemble et susceptibles d’adaptations : Custhome et LDD. Les appartements et surfaces extérieures sont vendus et livrés non aménagés - Octobre 2022 et non meublés. Document non contractuel. Réalisation :


Les grandes découvertes et les améliorations impliquent constamment la coopération de nombreux esprits. Alexander Graham Bell

CLIENTS, COLLABORATEURS, PARTENAIRES, INSTITUTIONNELS, ARTISANS, INDUSTRIELS, SCIENTIFIQUES, ARTISTES…

ECHANGEONS, PA R TA G E O N S . trianon-residences.fr Artiste : Guy Denning Résidences Eurêka ! à Saint-Louis (68) « Les grands inventeurs » Les œuvres des artistes Guy Denning et FrakOne qui seront tatouées sur les façades des résidences Eurêka ! seront dévoilées au public au printemps 2023.