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Urban Logistic Solutions

THOMAS CASTAN

L’ALGORITHME ROI

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À partir de sa plateforme basée au Port de Strasbourg, l’entreprise Urban Logistic Solutions achemine par bateau des marchandises à destination du centreville avec en dernier relais un essaim de vélos cargos. Un concept innovant qui fait de ULS un acteur majeur de la transition écologique et du bien-vivre en ville. En selle avec Thomas Castan, président, pour qui c’est le dernier kilomètre qui compte.

Quel est le cœur de métier de l’entreprise Urban Logistic Solutions ?

Le métier d’Urban Logistic Solutions, c’est la livraison du dernier kilomètre en centre-ville. Nous sommes le dernier maillon de la supply chain. Aujourd’hui, ce que l’on nomme chaîne d’approvisionnement, c’est une organisation très bien rodée et qui permet par exemple à des grandes compagnies mondiales d’affréter des bateaux de conteneurs de l’autre bout du monde jusqu’au port de Rotterdam, d’affréter des trains de Rotterdam jusqu’aux terminaux ferroviaires de Bâle, ou encore d’affréter des avions jusqu’à un aéroport comme Charles-de-Gaulle et après de faire un maillage routier entre toutes leurs plate« La mathématique formes logistiques, des grands hubs aux universelle est moyens hubs jusqu’aux petits hubs en périphérie des villes. Tout ceci fonctionne une logique magnifiquement, sauf que cette précision d’organisation s’arrête quand on sort du de l’imagination. » dernier petit hub pour aller chez le client, destinataire final, commerçant, vous et Gottfried moi. Là, la machine se grippe, ça fonctionne moins bien, c’est le fameux last mile.

Wilhelm Leibniz Ce dernier kilomètre est un véritable cassetête parce qu’il coûte très cher aux grands groupes qui font de la distribution. Cette dernière prestation de la chaîne est le plus souvent out-sourcée, c’est-à-dire qu’elle est sous-traitée : ce n’est que très rarement les grands groupes qui la gèrent en direct. Le sous-traitant, lui, gagne très peu, ce qui génère une forme de détresse sociale. Ça génère également de la pollution, de la congestion routière, et une occupation de l’espace public dans tous les centres-villes, et tout cela pour une qualité de service dégradée… Nous avons résolu ce cassetête logistique avec la création de la société ULS en 2019. Nous avons commencé à travailler les séquences de livraison et l’algorithme de livraison en 2017. Entre 2017 et 2019, secrètement, nous avons élaboré notre solution. Il nous a fallu 3 ans pour organiser les séquences, les algorithmes, trouver les équipements les plus adaptés, et une fois que nous avions la solution en place, nous avons candidaté à l’appel à projets du quai des Pêcheurs au centreville de Strasbourg que nous avons remporté en octobre 2019.

L’algorithme ?

Oui, l’algorithme, c’est-à-dire l’organisation de la séquence et le cadencement de la séquence, c’est vraiment le cœur du réacteur de la solution ULS.

Il faut d’abord partir d’un simple constat. La livraison du centre-ville est le prolongement de la chaîne de transport en amont qui est organisée en silo avec des véhicules qui peuvent rentrer dans la ville à moitié-pleins ou à moitié-vides. Un fournisseur de boissons va entrer en ville avec un camion de 12 ou 15 tonnes et il ne va transporter que de la boisson. Un camion de farine va entrer au centre-ville et ne va transporter que de la farine. Les camionnettes des transporteurs de colis, vont toutes entrer au centre-ville et ne vont transporter que leur propre fret. Cela signifie que si vous êtes un commerçant, vous allez potentiellement être touché par 6 à 9 véhicules de livraison différents par jour. C’est un non-sens ! Ça génère pollution, congestion routière et occupation de l’espace public. Du coup, quand vous organisez une nouvelle séquence de livraison et donc un nouvel algorithme de livraison, la première data à intégrer, c’est une data de massification et de mutualisation. On va raisonner en termes de contenant arrivant au point de livraison et se demander quelles sont les marchandises de différentes provenances que l’on va pouvoir mettre dans ce contenant. Schématiquement, avec une camionnette classique, le livreur va charger la marchandise chez son unique client en organisant sa tournée de façon à parcourir par exemple place Kléber, place Broglie, place de la République puis finir Grand’Rue et sortir de la zone de livraison.

« IL FAUT ARRÊTER D’IMAGINER QUE L’ÉCOLOGIE COÛTE PLUS CHER, QUE ÇA DOIT MARCHER UNIQUEMENT AVEC DES SUBVENTIONS… »

La caisse qui est derrière le vélo ULS ne va pas du tout fonctionner comme cela. On va séquencer un contenant et l’on va charger plusieurs centaines de contenants sur un bateau, et le bateau va arriver au centreville. Là, quai des Pêcheurs, les contenants sont déposés sur les vélos. À ce moment-là, nos livreuses et livreurs deviennent comme des abeilles qui partent de la ruche pour des séquences très courtes de livraison. Ensuite elles reviennent en intégrant une séquence de collecte pour aller chercher du déchet, de la consigne, du colis… C’est plus de la moitié des voyages qui fonctionnent avec une reverse-logistic.

Quelle est l’efficacité en chiffres d’ULS ?

Nous pouvons acheminer du Port de Strasbourg au centre-ville 122 tonnes par trajet et ce en 27 minutes grâce à une barge de 31 mètres de long. Ces 122 tonnes sont réparties sur 680 palettes de 180 kilos, toutes vélo-compatibles.

Cette solution s’adresse aussi bien aux particuliers qu’aux commerçants ?

Oui, nous livrons les particuliers et les professionnels. C’est pour nous crucial parce que si vous voulez apporter une réponse concrète aux enjeux du dernier kilomètre, il faut que vous puissiez ramener de très grandes quantités de marchandises en ville et les livrer aux destinataires, quels qu’ils soient. C’est pourquoi nous insistons sur la dimension globale de notre solution. Ce qui implique une solution de livraison qui peut transporter 35 tonnes de boissons, 20 000 colis, 11 tonnes de farine ou encore 25 000 m3 de déchets, c’est cela une solution globale, une approche multi-silos.

Quels sont les enjeux de ce nouveau type de livraison ? Quelles problématiques vient solutionner ULS ?

Nos trois enjeux sont ceux des collectivités en termes de logistique urbaine : il s’agit de la pollution, de la

En haut à gauche : Déchargement par ULS au quai des Pêcheurs. Ci-dessus : Préparation des livraisons à vélos.

« QUAND VOUS ENTREZ EN VOITURE SUR L’A35 AVEC UNE RIBAMBELLE DE CAMIONS À L’ENTRÉE DE LA PLACE DES HALLES, ÉLECTRIQUES OU PAS, VOUS ÊTES COINCÉ DERRIÈRE ! »

congestion routière, et de l’encombrement de l’espace public par les véhicules de livraison. C’est intéressant de préciser ces enjeux, car il y a beaucoup de grands groupes maintenant qui font énormément de communication pour dire qu’ils changent leurs véhicules pour passer sur du véhicule électrique… Mais attention, quand vous passez sur du véhicule électrique, vous ne répondez qu’à la première problématique : la problématique de pollution. La problématique de congestion vous n’y répondez pas du tout. Et même pire, souvent le véhicule électrique a moins de capacité d’emport donc vous êtes obligé de multiplier les unités entrantes, et vous ne réglez pas du tout la problématique d’occupation de l’espace public parce que quand vous êtes rue des Juifs coincés par une camionnette avec ses deux portes grandes ouvertes, vous n’en avez que faire qu’elle soit électrique…. Et quand vous entrez en voiture sur l’A35 avec une ribambelle de camions à l’entrée de la place des Halles, électriques ou pas, vous êtes coincés derrière !

Avec le bateau et les vélos, ULS répond simultanément à ces trois enjeux des collectivités. La solution de logistique urbaine d’ULS vise à la décarbonation du last-mile, mais aussi à supprimer une bonne part des véhicules de livraison. Au-delà de ces trois enjeux, il y a quatre piliers sur lesquels nous avons construit le modèle ULS. Le premier, c’est évidemment l’écologie car vous ne pouvez pas lancer une activité sans avoir une réflexion profonde sur cette thématique. Il faut que ce soit une solution écologique, qui s’inscrit dans un schéma de développement durable réel. Notre solution permet de réduire plus de 90% des émissions carbone dans toutes les livraisons que l’on fait dans les centresvilles. Elle permet de sortir 150 camionnettes du centre-ville à chaque fois que l’on remplit un bateau de 122 tonnes ! Le deuxième pilier, c’est l’économie. Il faut arrêter d’imaginer que l’écologie coûte plus cher, que ça doit marcher uniquement avec des subventions. Nous, nous avons un business qui est rentable économiquement parlant. Faire appel à nous, c’est le même prix pour le client. Cela veut dire que quand cela coûte X pour une livraison classique en camionnette, il faut qu’avec nos équipes nous puissions réaliser la même prestation pour ce même X. Mais dans mon bateau je mets une addition de X. Si j’y mets 20 clients, je vais avoir 20 X dans mon bateau, et c’est cette addition des X qui permet à ma solution d’être très rentable. Là on arrive à aligner écologie et économie ! Le troisième pilier c’est le social ; l’objectif est d’offrir une alternative à la précarité de certains livreurs. Les livreurs ULS que vous croisez, vous pouvez les arrêter et leur demander : ils sont tous salariés, en CDI. Ils ont des salaires de 1400€ net/ mois avec des formules aménagées, soit du plein-temps, soit du temps partiel. Par exemple, quand un étudiant vient avec son emploi du temps, on donne la priorité à ses études et on regarde où il a des disponibilités. On lui propose de venir faire du vélo par exemple 17h/semaine et à la fin il a 700€ net par mois. Je peux vous dire que cela change vraiment la vie de l’étudiant ! Nous lui fournissons un équipement de qualité avec ce qui se fait de mieux en vélo à assistance électrique ! Le quatrième et dernier pilier, c’est le sociétal, cela veut dire que l’on doit toujours réfléchir aux solutions et aux équipements pour qu’ils répondent aux besoins de l’entreprise, mais aussi à vos attentes en tant qu’habitants et citoyens. Je vais vous donner un exemple : le jour où quelqu’un vient vous dire qu’il va remplacer 150 camionnettes par 150 vélos, c’est peut-être très écologique, mais ce n’est pas du tout sociétal. Remplacer 150 camionnettes par 15 vélos, c’est ça la solution globale ULS. Le sociétal est une dimension prise en compte dans toutes nos démarches, il faut qu’il y ait systématiquement un partage apaisé de l’espace public.

Quels sont les axes de développement de ULS ?

Le 29 juin dernier, nous avons inauguré ULS Lyon avec Grégory Doucet, le maire de Lyon et Bruno Bernard, le président de la Métropole de Lyon. Nos axes de développement, c’est de s’implanter dans d’autres villes. Il y a 19 villes identifiées et nous avons des contacts très avancés avec ces municipalités.

Est-ce que l’on a un crédo chez ULS ?

Figurez-vous que oui ! Pour nous, une solution globale, cela se résume ainsi : T + M3 = ULS ! T désigne la tonne de marchandises pondéreuses – la boisson, la farine, etc. – M3 c’est le mètre cube – du colis ou du déchet. Pour que la solution soit globale, il faut vraiment que l’on puisse transporter sur notre bateau tout ce qui est de la tonne, tout ce qui est du mètre cube. T + M3 = ULS ! a