EMBARQUEMENT IMMEDIAT
9/ Les architectes de l’hybride La Renaissance avait fait de l’architecte un homme universel. Il était architecte, mais pas seulement. Il pouvait être en même temps architecte, philosophe, peintre, mathématicien, sculpteur, inventeur ou négociateur et ne se contentait pas d’exercer seulement dans l’art de construire. La période moderne, jouant sur l’efficacité absolue de l’individu, l’obligea à se spécialiser dans un art ou dans une discipline précise, lui ôtant toute initiative interdisciplinaire et réduisant son champ d’action à une seule matière. C’est ainsi que les architectes perdirent non seulement toutes attributions parallèles ou complémentaires, mais encore se retrouvèrent, à l’intérieur de leur propre discipline (et pendant tout leur exercice), enfermés dans un registre unique et précis. L’internet reconsidère le rôle de l’architecte et le projette dans un univers hybridé mais pas de la même manière qu’à la Renaissance. L’homme perd ses facultés à n’exercer que spécialisé, percuté par l’accès aux connaissances diverses portées par l’internet. Ses connaissances sont celles qu’il moissonne sur un écran, quand bon lui semble et sans jamais s’encombrer d’informations qu’il sait trouver instantanément. Le net lui explique que l’addition des informations peut créer une information en elle-même, entière et synthétique, et que l’interdisciplinarité prônée dans le courant du vingtième siècle (pour pallier à l’impasse de l’hyperspécialisation à l’américaine) se résout aujourd’hui plus par les réseaux sociaux et les banques de données numériques que par l’addition d‘individus spécialisés.
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