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Les qui font le

Japon de demain 日本 50

明日の を創る 人

50 people building tomorrow’s



Edito - Editorial - 序文

LA RÉALISATION DE CE PROJET N’AURAIT PAS ÉTÉ POSSIBLE SANS : La coopération du quotidien Ishinomaki Hibi Shimbun. Victime du séisme de mars 2011, ce journal n’a jamais renoncé à informer ses lecteurs, publiant des journaux muraux écrits à la main dans les jours qui ont suivi le 11 mars. Malgré les difficultés économiques et la perte de quelque 2 000 abonnés, le quotidien n’a pas baissé les bras et a accepté avec enthousiasme de collaborer à ce supplément.

THIS PROJECT COULD NOT HAVE BEEN POSSIBLE WITHOUT: The co-operation of Ishinomaki Hibi Shimbun. This newspaper was a victim of the earthquake in the spring of 2011, but it never gave up on its readers and published handwritten posters to disseminate news throughout the days that followed 11 March. Despite the economic difficulties and the loss of approximately 2,000 subscribers, the newspaper never surrendered and enthusiastically agreed to collaborate with us on this issue. この特別号の発行にあたってご尽力くださった石巻日日新聞社長近江 弘一氏、報道部長 平井美智子氏及びスタッフの皆さま、並びに特別のご 援助を寄せてくださったソニア・ジュグラリス夫人、そして下記(アル ファベットで記載)の方々のご協力により御礼申し上げます。




> L’enthousiasme des équipes > The enthusiasm of ESPACE JAPON, OVNI, ZOOM JAPON, ZOOM JAPAN

> Le coup de pinceau de TANAKA MIE’s brushstrokes > Le chercheur de trésors > The treasure hunter TAKACHI YOSHIYUKI > La complicité de > The participation of CORINNE QUENTIN > Le talent de MARIE VARÉON’s talent

Qu’ils en soient tous remerciés. > Many thanks to them all. Supplément au numéro 28 de Zoom Japon. Zoom Japon est publié par les éditions Ilyfunet 12, rue de Nancy - 75010 Paris - France. Tél. : 01 4700 1133 - Fax : 01 4700 4428 - Dépôt légal à parution. ISSN : 2108-4483 Imprimé en France Responsable de la publication : Dan Béraud © Zoom Japon – Editions Ilyfunet 2013

2 > Supplément Zoom Japon n° 28 > mars 2013

Mission II le début des années 2000, > ilDepuis est rare que l’on évoque le Japon sans que le terme déclin apparaisse à un moment ou à un autre. Les expressions “génération perdue” ou encore “deux décennies perdues” ont peu à peu envahi les discours et les articles pour décrire la troisième puissance économique de la planète. Les événements tragiques du 11 mars 2011 ont renforcé cette idée d’un pays en mal d’espoir. Pourtant, peut-être davantage qu’ailleurs, la société bouge et ils sont nombreux à ne plus vouloir broyer du noir. Les conséquences du séisme de 2011 ne sont pas étrangères à ce sursaut et on voit aujourd’hui émerger une réelle envie de changement. Zoom Japon se devait de rendre compte de cette évolution, en allant à la rencontre de 50 Japonais dont l’activité actuelle contribue à transformer l’archipel. Pour réaliser ce supplément exceptionnel, Zoom Japon a associé l’Ishinomaki Hibi Shimbun, le quotidien de la ville d’Ishinomaki durement touché par la catastrophe du printemps 2011. Cette aventure éditoriale entre un mensuel gratuit européen et un journal local japonais traduit également une volonté de sortir des partenariats traditionnels afin de montrer que la presse est toujours capable de créer des contenus originaux et innovants. Malgré nos moyens limités, ce supplément illustre les bouleversements qui s’opèrent au Japon. Il témoigne de la vitalité d’un pays que l’on a tendance, y compris sur place, à enterrer trop vite. / O. N.

使 命 II

> Mission II Since the beginning of the 21st century, > Japan has rarely been mentioned unconnected to the word “decline”. “Lost generation” and “lost decades” are expressions that have increasingly appeared in speeches and articles to describe the world’s third economic power. The tragic events of 11 March 2011 have reinforced the idea that the country is lacking hope. Yet, maybe more than elsewhere, people are getting their act together, and many refuse to remain in the doldrums any longer. The repercussions of the 2011 earthquake have a lot to do with this turnaround, and it is becoming quite obvious that there is a real desire for change. Zoom Japan had to take this development into consideration so we met up with 50 Japanese people whose current activities are contributing to the transformation of the archipelago. For this special issue, Zoom Japan worked in collaboration with Ishinomaki Hibi Shimbun, Ishinomaki’s daily newspaper that was severely damaged in the earthquake in the spring of 2011. This editorial adventure between a free monthly European magazine and a local Japanese newspaper was also driven by the desire for something different from traditional partnerships, in order to demonstrate that the press is still capable of creating original and innovative work. Despite our limited means, this special issue shows the extensive changes that Japan is currently experiencing. It testifies to the country’s vitality, which is too often underestimated. / O. N.

2000 年以来、日本を語る際に「衰退」とい う言葉が使われないことは稀だ。世界第 3 位 を誇る経済大国の日本の現状を伝えるのに、「ロス トジェネレーション」や「失われた 20 年」という ような表現が、メディアや政治解説にも頻出する ようになっている。しかも、東日本大震災の悲劇 以来、これらの表現が、日本は希望のもてない国 だというイメージをますます強めている。しかし ながら、おそらく他の国以上に日本社会は変化し、 悲観論に陥るまいとしている人も多い。3・11 大 震災がもたらした結果が、逆に人々に奮起させる きっかけを与えたのであり、社会が変わることへ の真の欲求が噴出しているのを感じないわけには いかない。 ZOOM Japon は、現在それぞれの活動分野で日 本の変革に寄与している 50 人の日本人の話に耳を 傾け、この社会の動きを伝える義務があると感じ ていた。 この特別号をつくるにあたり、3・11 の大被害 を受けた石巻日日新聞の協力を仰いだ。ヨーロッ パで発行している月刊無料情報誌 ZOOM Japon と、 日本の地方新聞が手を組んで遂行した冒険ともい えるこのプロジェクトは、報道者として慣習的な やり方にこだわらず、常に他に類のない刷新的な コンテンツを読者に提供し続けたい、というわた したちの願いが実を結んだものです。 わたしたちの力は限られているとはいえ、この 特別号の内容は、今、日本が根底からくつがえさ れつつある実態を国際的に広く伝えると同時に、 日本国内においても過去のものとされがちな、一 国のバイタリティーとは何であるかを証言してい る。/

O. N.

mars 2013 > Supplément Zoom Japon n° 28 > 3

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Sommaire - Table of content - 目次

Les révolutionnaires The Revolutionnaries 革新する力

> 22

> 40

The commited 行動する力

The creators 創造する力

Les créateurs

Les engagés

Asano Inio


Sugawara Daisuke







Son Masayoshi

Ogawa Kôichi

Inoko Toshiyuki






PDG DE TEAM LAB > CEO OF TEAM LAB > チームラボ 代表取締役社長

Sakaguchi Kyôhei

Shoji Hiroka

Hosoda Mamoru





MILITANTE > CAMPAIGNER > アムネスティ・インターナショナル日本


Tomita Katsuya

Hiwatashi Keisuke

Ueno Mizuka







Nishitsuji Kazuma

Gotô Masafumi

Tanada Yuki







Hoshino Yoshiharu

Yamamoto Tarô

Suzuki Tomoya







Mikitani Hiroshi

Kudô Kei







Hashimoto Tôru

Iseya Yûsuke

Watai Takeharu







Hino Akihiro

Matsumoto Hajime





レベルファイブ 代表取締役社長

4 > Supplément Zoom Japon n° 28 > mars 2013



> 55

> 70

> 86

Tohoku Special 東北・被災地の力

The thinkers 考える力

The magicians 実現する力

Spécial Tôhoku

Les penseurs

Les magiciens

Chiba Hiroto

Furukawa Hideo

Aida Makoto







Nakajima Reiji

Wagô Ryôichi

Suzuki Naomichi







Yamato Keiichirô

Narisawa Yoshihiro

Hagino Kôsuke





CHEF > CHEF > オーナーシェフ


Chiba Seiran

Wataya Risa

Fujimoto Sou







Niinuma Takayuki

Hosoo Masataka

Rekimoto Jun







Ômori Seitarô

Oguma Eiji

Yamazaki Mari



ヤマザキ マリ




Nozawa Tatsuya

Yamaguchi Eriko

Kawauchi Rinko







Kitahara Kanako

Oda Akashi

Sakai Gôtoku








Les articles en japonais des pages 6-8, 9, 11, 13, 17, 18, 19, 21, 22-24, 27, 31, 33, 35, 39, 41, 45, 47, 49, 53, 54, 70-72, 73, 77, 79, 81, 83, 85, 86-88, 89, 91, 93, 95-96, 99sont des traductions des articles français ou anglais. 上記ページの日本語記事は、仏語または英語の原稿から日本語に翻訳したものです。 Les villes mentionnées à côté du nom sont les lieux de naissance de la personne interviewée. 各ポートレートの氏名の横に記載されている地名は、各氏の出身地名です。

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Les révolutionnaires



MANGAKA > MANGAKA (JAPANESE FOR “COMIC ARTIST”) > 漫画家 Ibaraki > Ibaraki > 茨城

浅野いにお > >

Avec ses cheveux jaunes et son air chagrin, AsAno Inio est à l’image de ses mangas : pop et sombre. “on me dit souvent que mes mangas ne font pas assez “manga” ou que l’histoire manque de relief !” Cela n’a pas empêché le jeune prodige de publier à 17 ans sa première série chez shôgakukan, une des plus grandes maisons d’édition. né en 1980 dans la préfecture d’Ibaraki, AsAno s’installe à Tôkyô et entreprend des études de design. “Ça m’a donné le temps de mettre mon travail en orbite et de préparer un plan B au cas où je ne trouverai pas de travail comme mangaka !” Il décrit l’université comme un univers qui ne lui a pas appris grand chose en terme de dessin, mais où il a pu rencontrer toutes sortes de gens qui ont inspiré ses personnages. “Je parle des gens qui me ressemblent, pas des héros.” Asano aime avant tout mettre en scène ses amis comme dans Solanin, adapté au cinéma, qui parle d’un jeune couple en prise avec les dures réalités du monde du travail et de la société japonaise sur fond de groupe de rock. “Le personnage de Mieko ressemble à ma petite amie  ! Et Maeda, c’est un peu

Mes mangas ne se vendraient pas si je n’y mettais pas une touche pop

moi”, sourit cet artiste qu’on présente volontiers comme le porteparole de la génération des freeters, les employés à temps partiel. Depuis 2007, il publie Bonne nuit Punpun, une série de mangas qui raconte la vie d’un jeune garçon ordinaire dessiné sous la forme d’un poussin évoluant dans un monde d’humains. Certains épisodes montrent des personnages en conflit d’opinions ; une situation qui reflète le Japon de l’après-11 mars. “Ce qui m’a le plus frappé après le séisme, ce sont tous ces gens qui faisaient des dons et des collectes. J’ai eu l’impression qu’ils s’enivraient de leurs bonnes actions, c’était une forme d’égocentrisme. Il n’y a pas beaucoup d’occasions extraordinaires comme celle-ci pour observer de tels comportements humains et je pense que, malgré le drame, cette expérience a été très précieuse”. AsAno est allé pour la première fois à Fukushima au printemps dernier, près de la zone interdite des 20 km qui avait été rouverte. “Je n’ai rien ressenti”, dit-il en décrivant les paysages balayés par le tsunami et la radioactivité. “Je pense que si on n’a pas vécu soi-même la catastrophe, il est très difficile de faire une œuvre artistique là-dessus. Moi, tout ce que je peux faire c’est exprimer mon point de vue de Tokyoïte.” Malgré ses airs de manga enfantin, Bonne nuit Punpun transporte le lecteur dans l’univers >

With his yellow hair and melancholic demeanor, Asano Inio’s appearance exemplifies the style of his manga comics: dark pop art. “I’m often told that my comics aren’t ‘manga’ enough or that the story lacks depth!” says Asano, but that did not stop Shogakukan, one of Japan's largest publishing houses, from publishing this young prodigy’s first comic series when he was only 17 years old. Born in Ibaraki prefecture in 1980, Asano eventually moved to Tokyo and started to study design. “It gave me the time to launch my work and prepare a Plan B in case I didn’t find work as a mangaka!”. He describes university as a world that didn’t teach him very much about drawing, but where he was able to meet all sorts of people who inspired his characters. “I talk about people like me, not heroes” he describes. Above all, Asano likes to draw scenarios including his own friends, as he did in Solanin. Solanin has since been adapted for film and tells a story about a young couple coping with the harsh realities of work life and Japanese society – against the backdrop of rock music. >


茶髪に哀しそうな表情をもつ浅 野いにおは、彼自身のマンガに

出てくるポップで暗いイメージにぴっ たり。「ぼくのマンガはマンガらしく なく、ストーリーに起伏が少ない、と よく言われます」。しかし、この天才 的な青年は、17 歳で大手出版社、小 学館のマンガ雑誌に作品を掲載。1980 年に茨城県に生まれた浅野は、東京の

マンガ らしくない マンガ

デザイン学校で学んだ。「その期間に 自分の狙いを定め、また漫画家として の道が見つからない場合に備えて、予 備の仕事の準備もしていた」 。大学は、 あまりデッサン力を伸ばす足しにはな らなかったが、マンガの人物を作り出 すうえで参考になった、さまざまな人 に出会えたという。 「英雄ではなく、ぼ くに似た人ということ」浅野は、映画 化された『ソラニン』でのように、友 人たちを前面に出している。ロックグ ループを背景に、厳しい仕事の現実と 日本社会にからめとられた若いカップ ルの日常を描く。そこに出てくる「芽 衣子はぼくの恋人に似せている!

6 > Supplément Zoom Japon n° 28 > mars 2013


Jérémie Souteyrat


The Revolutionnaries >


ター世代の代表とされる浅野は、笑い ながら語る。 2007 年から現在も連載中の『おやす

> d’un enfant confronté à la violence. “Ensuite, toute l’histoire porte sur les raisons qui ont conduit au drame. Je crois qu’il y a souvent des circonstances extrêmes, et qu’un crime n’est pas forcément le fait d’une personne mauvaise. Les jeunes Japonais sont toujours très polis, très gentils et ils ne font aucun mal, jusqu’au jour où tout s’effondre.” Les problèmes de l’éducation, la peine

de mort et la délinquance juvénile sont autant de sous-thèmes abordés dans les mangas “pas très mangas” d’AsAno Inio. “Je suis une personnalité sombre, mais mes mangas ne se vendraient pas si je n’y mettais pas une touche pop. J’ai toujours aimé le monde de l’underground et je pense que ma mission est de le faire découvrir au grand public.” Mission accomplie. / A.D-T

被災地を訪れた時、 ぼくは何も 感じなかった。 自分で経験しないと、 作品を生み出せない。 ぼくにできることは、 東京人としての 考えを 表現することだ。

みプンプン』を描いている。ヒヨコの 姿で描かれる普通の少年が社会の中で 成長していく物語だ。いくつかのエピ ソードでは、意見を戦わせる人物を表 しており、3・11 以降の日本を映し出 している。「被災以後いちばん驚かさ れたのは、寄付や募金活動をしていた 人たちだった。彼らが、陶然として慈 善活動をしているように感じられ、一 種のエゴサントリック(自己中心的) な行動に見えた。このような人たちの、 非日常的な状況に遭遇したときの対応 が見られることはあまりないと思う。 大 災害とはいえ、この体験は非常に貴重 だったと思う」。浅野は、2012 年春、 福島原発周辺の立入禁止地区で解除さ れた 20 キロ付近を初めて訪れた。津 波と放射能で一掃された風景を描写し ながら「ぼくは何も感じなかった」と いう。「自分自身で被害を体験してい なければ、それについてアーティステ ィックな作品を生み出すのは難しい。 ぼ

> “The character Mieko is based on my girlfriend! And Maeda is based on me a little bit,” the artist says, smiling. Inio Asano has become the spokesperson of the ‘freeter’ generation, the generation of young people who only work part-time. He has been publishing Good Night Punpun since 2007, a manga series that tells the story of a young, ordinary boy depicted as a baby chick who must evolve to live in the human world. Certain episodes show characters dealing with conflicts of opinion, a situation that mirrors the situation in Japan since the tragic disasters of the 11th of March 2011. “What struck me most after the earthquake was all the people who made donations and organized fundraising. I got the impression that they were inebriated with their own good deeds and that it was actually a form of self-obsession. There aren’t many exceptional circumstances like that for observing such human behaviour and I think that, despite the disaster, it was a really valuable experience”. Asano went to Fukushima for the first time last spring, near to the 20 km exclusion zone that had since been re-opened. “I didn’t feel anything,” he said, describing the landscape afflicted by the tsunami and radioactivity. “I think that if you didn’t experience anything yourself during the disaster, it’s very difficult to create something artistic about it. All I can do is express my perspective as someone from Tokyo”. Despite its appearing to be a manga for children, Good Night Punpun transports the reader into the universe of a boy faced with violence. “Then, the whole story focuses on the reasons that have led up to this drama. I think that extreme circumstances often occur, and that crimes are not necessarily committed by bad people. Young Japanese people are always very polite and kind, until the day where everything falls to pieces”. In Asano Inio’s “not very manga like” comics, problems concerning education, capital punishment and juvenile delinquency are some of the sub-themes that are often taken on. “I have a dark personality, but my comics wouldn’t sell if I didn’t put in a touch of pop. I always liked the world of underground art and I think that it’s my job to bring it to the general public”. Mission accomplished. / A.D-T 8 > Supplément Zoom Japon n° 28 > mars 2013

くにできることとしたら、東京人とし ての考えを表現するほかない」 『おやすみプンプン』は、子供向きの マンガに見えるが、暴力と向かい合っ た子供の意識に読者を引き込んでいく。 「そしてストーリーは、悲劇を起こさ せた、その原因をたどっていく。極端 な状況であれば、犯罪は悪人によると は限らないことがある。日本の若者は いつも丁寧で、優しく、悪事をはたら かないもの。悪事をはたらくときは、 すべてが崩壊するとき」。教育問題や 死刑、青少年犯罪などが、「マンガら しくない」浅野いにおの作品ではサブ テーマとなって扱われている。「ぼく 自身、かなり暗い性格ですが、売れる ようにするためにポップタッチにして います。ぼくは昔からアンダーグラウ ンドの世界が好きだった。一般の人に それを見出させるのが、ぼくの役割だ と思っています」 。使命達成!/


My job is to bring a touch of pop to the general public


3 月 11 日の震災は、孫正義にとって新たな挑戦の機会となった。 彼は個人名義で 100 億円を含む多額の寄付をした後に、核エネル

ギーのない日本を作るために尽力する、と発表した。 「それまで私は自分のビジネスだけに関心を持っていました。他の多 くの日本人と同じく、日本の原子力発電は安全だと思っていました。社 会や人々に危険を及ばさずに電力を供給するために、専門家が核エネル ギーを使うのだと信じていました。政府は、少なくとも 50 年先までのエ ネルギー政策を見直さなければなりません。化石燃料の値段はこれから 上がっていきますが、新技術による太陽エネルギーの値段は徐々に下が ります。この先 40 年かけて、再生可能エネルギーはより安くなるという ことです。日本はエネルギー資源の 90%を外国に頼っていますが、エネ ルギー自給率を高めることができるのは確かです。それには一つの解決 策しかありません。日本は重大な決断を迫られており、再生可能エネル ギー分野でのリーダーとして、その技術を広めることができるかどうか は、その決断にかかっています」/

O. N.

日本は、 再生エネルギーの リーダーになれる。

> PDG DE SOFTBANK CORP. > CEO OF SOFTBANK CORP. > ソフトバンク株式会社代表取締役 Saga > Saga > 佐賀

孫正義 >



La catastrophe du 11 mars a incité son Masayoshi à se lancer dans une nouvelle quête. Après avoir offert de fortes sommes d’argent, dont 10 milliards de yens à titre personnel, il a annoncé son engagement en faveur d’un Japon sans énergie nucléaire. “Avant, je ne m’intéressais à rien d’autre que mes affaires. Comme de nombreux Japonais, je pensais que les centrales nucléaires japonaises étaient sûres. J’étais convaincu que les experts utilisaient l’énergie nucléaire pour produire de l’électricité sans auncun risque pour la société et la population. Le gouvernement devrait donc considérer sa politique énergétique sur un terme de cinquante années au moins. Le prix

des combustibles fossiles va continuer à augmenter dans les prochaines années alors que le coût du solaire qui s’appuie sur une technologie avancée devrait progressivement baisser. Cela signifie que les énergies renouvelables seront moins chères au cours des quarante prochaines années. Il ne fait aucun doute que le Japon, qui dépend à 90 % de l’étranger pour ses ressources énergétiques, doit accroître son autosuffisance énergétique. Il n’y a qu’une seule réponse à ce problème. Le Japon est confronté à un choix crucial qui permettra de savoir s’il est en mesure d’exporter ses technologies en la matière en tant que leader dans ce secteur.” / O. N.

Asahi Shimbun

Avant je ne m’intéressais à rien d’autre que mes affaires

The March 11th calamity inspired Son Masayoshi to set out on a new quest. After announcing generous corporate and private donations, including 10 billion yen out of his own pocket, he declared his commitment to pushing Japan toward a nuclear-free future. “Before, I had little interest in anything other than my own business. Like many Japanese, I believed nuclear power plants were safe. I was convinced that experts were using atomic energy to generate power safely for the society and the public. The government should consider the national energy policy in a time frame of 50 years or so. The price of fossil fuels will keep rising in coming years. Meanwhile, the cost of solar power generation, which is based on advanced technology, will decline over time. In 10 years or so, the cost of power generation using fossil fuels will surpass that of clean power. That means renewable energy will be cheaper in 40 years. There is no doubt that Japan, which depends on overseas resources for 90 percent of its power supply, needs to increase energy self-sufficiency. There is only one answer to this problem. Japan is now facing a crucial choice that will determine whether it will be able to export its renewable energy technology in the future as a leading country in the field.” / O. N.

mars 2013 > Supplément Zoom Japon n° 28 > 9



ARCHITECTE > ARCHITECT > 建築家 Kumamoto > Kumamoto > 熊本



Kyôhei >

Vous considérez-vous plus comme un artiste ou un architecte ? Je me situe au-dessus de ces définitions. Ce que je veux montrer, c’est ce qui se passe dans le cerveau humain. J’adore quand des personnes bien disposées ensemble travaillent sur un projet commun. Quand je développe mes idées, je peux travailler seul dans ma chambre, mais pour moi, le plus important c’est de sortir et de partager des idées avec les autres. Depuis longtemps, j’ai compris que l’art ne peut pas à lui seul changer la société. Il faut faire plus. J’ai aussi compris que j’aimais aider les autres. Ces constats sont à la base de ce que j’ai entrepris par la suite. Mes expositions montrent certaines de ces choses au travers de ce que j’ai fait pour mettre en pratique mes idées. Il se trouve qu’il s’agit souvent de maisons. Il se trouve que l’architecture est une matière que j’ai choisie d’étudier, mais cela aurait pu être autre chose. Les gens mènent des vies de dingue. Ils étudient comme des fous à l’école, entrent dans des entreprises de dingues et font des métiers complètement fous. Ils sont tellement pris par leur vie qu’ils ne réalisent pas que leur vie c’est du vent. Pour moi, le plus important, c’est l’entraide. Mais c’est très difficile à expliquer et il y a le risque d’être trop abstrait quand on se lance dans des explications. C’est la raison pour laquelle j’utilise l’espace tout en mettant l’accent sur des choses concrètes et tangibles. Cela dit, ce qui m’intéresse le

plus, ce sont les histoires qui se cachent derrière les objets et je souhaite aider les gens à raconter leurs propres histoires. Après le 11 mars, vous avez été tellement déçu par les réponses du gouvernement que vous avez décidé d’établir, le 10 mai 2011, votre propre gouvernement indépendant dans le quartier de Ginza, à Tôkyô. En effet, à Ginza 4-chome. A l’époque, j’étais à la recherche d’un endroit parce qu’un magazine m’avait demandé d’écrire un texte portant sur la construction d’une de mes petites maisons dans ce quartier. Après avoir longtemps déambulé, j’ai fini au pont Mihara. Aujourd’hui ce pont est un peu bizarre car il n’y a aucune rivière qui coule dessous. Il y a une rue avec un cinéma et un marchand d’alcools très sympa. Celui-ci m’a dit qu’il y avait sous le pont un lopin de terre qui n’appartenait à personne. J’ai eu alors l’idée de fonder un gouvernement à cet endroit. Quelles sont vos motivations derrière votre gouvernement ? Les politiciens parlent beaucoup et ne font rien. Ils ne s’intéressent pas beaucoup au sort des citoyens. C’est pourquoi un nombre croissant de personnes sortent dans la rue pour manifester. Mais pour moi, ces manifestations n’ont aucun sens. on en revient seulement à crever. Ce qu’il faut maintenant ce sont des actes. Les gens ont besoin qu’on

10 > Supplément Zoom Japon n° 28 > mars 2013

Il faut juste du talent. Ce terme vient du grec ancien talanton qui signifie argent les serre dans les bras et qu’on lance des projets concrets. Il n’y a qu’à le faire. nous devons tenir compte les uns des autres. Voilà pourquoi j’invite les enfants de Fukushima à se se rendre à mon centre Zéro situé à Kumamoto. C’est aussi la résidence du Premier ministre de mon gouvernement, c’est-à-dire moi. Il n’y a pas besoin de beaucoup d’argent, car l’argent n’est qu’illusion. Il faut juste du talent. Ce terme vient du grec talanton qui signifie argent. Donc le talent, c’est de l’argent. Je ne garde pas mon argent en banque, mais sur mon compte Twitter. J’y ai 36 000 amis qui contribuent par leurs histoires et leur talent. Voilà où se trouve ma vraie banque. / G. S.

Un touche-à-tout ambitieux > An ambitious dabbler >



Art alone can not change society


ご自分をアーティスト、建築家だと 思いますか?


的な意味をつかめなくなっています。 わたしにとって、最も大切なことは、 互いに助け合うことです。どういうこ

政治家たちは口先だけで、何もしま せん。市民の将来には関心をもってい
































3 • 11 の後の政府からの回答に落胆され、



2011 年 5 月 10 日に、自ら「新政府」を





ました。この考えがそれ以後、わたしが やってきたことの基盤になっています。

とにしました。ゼロ・センターとは、 「新政府」の首相官邸、つまりわたしの




した資金は要りません。資金なんて幻想 にすぎません。必要なのは才覚です。才
















蓄しています。わたしには、3 万 6 千人

野でもよかったわけです。 Irwin Wong









で、 「新政府」をつくる構想が生まれま




G. S.

Do you consider yourself more an artist or an architect? I am beyond these definitions and I’m not interested in displaying artifacts. What I want to show is what is going on inside people's minds. I like it when several like-minded people work on a common project. When I develop my ideas I could be working alone in my room but to me it is even more important to go out and share my ideas with other people. Since a young age I realized that art alone cannot change society. You need to do more. I also realized that I liked to help people. These thoughts have become the basis of everything I’ve done later. My exhibitions show some of the ways in which I’ve been trying to put my ideas into practice. They happen to be mostly houses because architecture is what I chose to study but it could have been something else. People lead crazy lives. They study like mad at school, join a crazy company, wake up in the morning and do crazy jobs but they are so caught up in their lives they don’t realize how fake they are. To me, the most important thing is helping each other but it’s very difficult to explain these feelings and you always risk being too abstract, talking about peace and love. So I use the sense of space; I use concrete, tangible things.

After the earthquake and tsunami of 2011 you were so disappointed by the government response to the disaster that on the 10th of May 2011 you established your own independent government in Tokyo’s Ginza district. Yes, it was exactly in Ginza's 4th district. At the time I was researching the place because a magazine had asked me to write a piece about building one of my small houses there. After endless walks I ended up at Mihara Bridge. Now, this bridge is rather strange because under it there isn’t a river but another street, with a cinema and a cool liqueur shop. The shop owner said that the area under the bridge was nobody’s land. So I came up with the idea to create a new government right there. What is the idea behind your government? Politicians only talk and do nothing. They don’t really care about the citizens. That’s why more and more people go out into the streets to protest. But for me demonstrations are meaningless. People need kisses and hugs. And concrete projects. Just do it. We have to care for each other. That’s why I invite kids from Fukushima to my Zero Center in Kumamoto that is also the residence of my government’s Prime Minister (i.e. me). You don’t need a lot of money either because money is an illusion after all. You only need your talent. The word ‘talent’ comes from the Greek talanton which means money. So talent is money. I don’t keep my money in a bank but in my Twitter account. I have 36,000 friends there, who contribute their stories and talent. That’s my real bank. / G. S.

お金は幻覚、 必要なのは才覚。 mars 2013 > Supplément Zoom Japon n° 28 > 11


Les révolutionnaires

Tomita 富田克也


RÉALISATEUR > FILM DIRECTOR > 映画監督 Yamanashi > Yamanashi > 山梨


Pouvez-vous nous parler de l’histoire des Nikkei, les Nippo-Brésiliens ? L’émigration des Japonais au Brésil a commencé il y a environ 100 ans, sous la restauration de Meiji. A l’époque, le Japon était pauvre et c’est avec la bénédiction du gouvernement qu’environ 800 Japonais sont partis. En fait, ils se sont dévoués pour la patrie et se sont exilés dans l’espoir de revenir un jour au Japon. A l’époque, le Brésil était très prospère. Ils se sont implantés dans la région de são Paulo et ont travaillé dans les plantations de café. Petit à petit, ils se sont mis à leur compte, ont acheté des terres et fondé des familles. Ensuite, la donne a changé et le Brésil est entré en récession. Dans les années 1990, le Japon de la bulle économique avait besoin de maind’œuvre jeune. Les nikkei de la troisième génération ont pu reve-

12 > Supplément Zoom Japon n° 28 > mars 2013

Jérémie Souteyrat

Saudade* se déroule dans votre ville natale de Yamanashi, est-ce qu’elle est particulière au Japon ? non, l’histoire aurait pu se passer dans n’importe quelle autre petite ville. Le décor y est le même, l’histoire aussi. La vie sociale des campagnes s’est organisée autour de la voiture il y a longtemps, mais, depuis le milieu des années 90, avec la pression des Etats-Unis et la globalisaton, certaines lois qui jadis empêchaient la construction tous azimuts ont été abrogées. Cela a entraîné un changement radical dans le paysage rural. Les grands centres commerciaux le long des routes se sont developpés et les quartiers autour des gares, jadis pleins de vie, se sont transformés en espaces fantômes.


nir au Japon grâce à un visa spécial, mais ils ont été ostracisés par une société qui avait oublié l’Histoire et les a traités comme des opportunistes. Le film se termine dans la violence, est-ce le reflet de la société japonaise ? Qu’aurait-il fallu pour amener une fin différente? La fin est inspirée d’un fait divers qui s’est déroulé dans la préfecture de Kanagawa [au sud de Tôkyô]. C’est un cas isolé de violence ethnique, mais qui peut tout à fait se reproduire au Japon. Dans ce sens, Saudade est une fiction basée sur la réalité. Le film a aussi pour ambition d’apporter une vision future du Japon. Dans le film, le personnage d’Amano tombe peu a peu dans un délire de persécution à cause de sa situation de renégat et l’absence de communication avec ceux qu’il croient être ses ennemis. si, par exemple, le groupe de rap d’Amano et celui de Dennis le nippo-Brésilien s’étaient produits sur la même scène, je pense que le dénouement aurait été bien différent. Au Japon, la situation du cinéma indépendant est-elle vraiment critique ? oui, c’est de pire en pire. Contrairement à la France, il n’existe pas de subventions pour les auteurs indépendants et les artistes en général. Mais grâce à la présentation du film à l’étranger, nous avons été vraiment récompensés de nos efforts. Je pense que les artistes doivent utiliser tous les moyens qu’ils ont pour se faire connaître, sans rien attendre de personne. / A D.-T. * Le film sort en DVD en France le 14 mars 2013.

Saudade takes place in your birth city of Yamanashi, is it characteristic of Japan? No, the story could have taken place in any other little town. The setting is the same, the story as well. Social life in the countryside has been organized around use of the car for a long time but since the 90s, what with pressure from the United States and globalization, laws that previously banned unplanned construction have been revoked. That has led to a radical change in the rural landscape. Large out of town shopping centres have been built and neighbourhoods around railway stations that used to be full of life, have now become like ghost towns.

day. Brazil was very prosperous back then. They established themselves in the São Paulo area and worked on coffee plantations. Progressively, they became self-employed, bought land and started their own families. But then things changed and Brazil entered recession. In the 90s, Japan’s eco-

Kanagawa [south of Tôkyô]. It’s an isolated case of ethnic violence but one that could happen again anytime in Japan. In that sense, Saudade is a fiction based on reality. The aim of the film is also to present a futuristic vision of Japan. In the film, Amano progressively falls into a frenzy of persecution because he is a renegade and does not communicate with those he believes to be his enemies. If Amano and Dennis, the Japanese Brazillian character, had performed together on stage with both of their respective rap groups, the ending could have been different.

Artists must use all the means they can to be recognised

Can you tell us about the history of the Japanese Brazilians? Japanese emigration to Brazil started approximately 100 years ago, during the Meiji Restoration. At that time, Japan was poor and with the blessing of the government 800 Japanese left. They remained devoted to their country and hoped to return to Japan one

nomic bubble needed a young work force. Third generation Japanese Brazilians returned to Japan thanks to special visas but they were ostracized by a society that had forgotten their story and treated them as opportunists. The film ends in violence, is it a reflection of Japanese society? What could have changed that ending? The end was inspired by a news story that took place in the prefecture of

In Japan, is the situation critical for independent cinema? Yes, and it’s getting worse. Unlike France, there are no grants for independent film directors and artists in general. Thanks to its being shown abroad, we have been well rewarded for all of our efforts. I believe artists must use all the means they can to be recognised, without expecting any help from anyone. / A D.-T.

アーティストは、だれの助けも期待せず、 自分でできることはすべてやるべき。


『サウダーヂ』は生まれ故郷の山梨の話で すが、日本では特殊なところですか?


映画は暴力シーンで終わりますが、それは日本社 会を反映しているのですか? 違う終わり方にする には何が必要だったのでしょうか?





いますが、1990 年代半ば頃、アメリカの圧力とグ











置かれ、敵だと思っていた者たちと話し合うこと もできず、次第に被害妄想に陥ります。例えば、

日系ブラジル人の歴史を話してください。 日本人のブラジル移住は今から 100 年ほど前、明 治時代に始まりました。当時の日本は貧しく、約

天野のラップグループと、日系ブラジル人デニス のグループが同じステージに立っていたら、別の 終わり方があったと思います。

800 人の日本人が政府から後押しされて旅立ちまし

Les artistes ne doivent rien attendre de personne




















います。 /

A D.-T.

mars 2013 > Supplément Zoom Japon n° 28 > 13


The Revolutionnaries


nIsHITsUJI Kazuma est né dans une famille de salariés de la préfecture de Fukui et a toujours aimé jardiner dans le potager familial. Voyant près de chez lui de nombreuses terres agricoles inutilisées et entendant dire que l’agriculture était un travail pénible et peu rentable, il a commencé à s’interroger et s’est alors dit qu’il serait important de communiquer aux autres le plaisir que procure l’agriculture. C’est pour permettre de se familiariser avec la terre qu’il crée en 2007 MyFarm, un jardin agricole expérimental utilisant les terrains agricoles en friche. Juste après la faillite de Lehman Brothers, en 2008, il disposait d’un seul terrain laissé en friche et 22 clients. Aujourd’hui, il compte 86 terrains et 2500 clients. Le nombre de ses employés est passé de 2 à 100 personnes et il réalise un chiffre d’affaires de 200 millions de yens. Cette initiative a permis à un grand nombre de personnes de s’initier à l’agriculture. Depuis 2010, l’Académie MyFarm forme un centaine de futurs agriculteurs par an. Cela ne représente que 3 % des 30 000 personnes de moins de 45 ans qui souhaitent exercer ce métier, cela reste néanmoins un chiffre significatif. Lors de la catastrophe du 11 mars, nIsHITsUJI Kazuma s’est impliqué dans un nouveau grand projet. “En réhabilitant des terres agricoles en friche, notre entreprise est devenue la plus grande du Japon. J’ai ressenti alors que nous remplissions pleinement notre mission”, explique-t-il. Dans les

régions sinistrées, il a permis de réhabiliter les terres brûlées par le sel du tsunami et améliorer la gestion agricole. Le 13 avril 2013, il inaugurera l’Université Agro-Innovation dont il sera le recteur et où sera également enseignée la gestion agricole. “Le mode de fonctionnement de l’agriculture japonaise en vigueur n’a pas été repensée”, rappelle-t-il. “C’est un mensonge de dire que l’agriculture ne paie pas. En se creusant un peu la tête, on peut obtenir de bons résultats. Il est

Dans le futur, il se dit même prêt à devenir ministre de l’Agriculture vrai qu’il est difficile de changer l’esprit des agriculteurs dont l’âge moyen est de 65 ans. C’est pourquoi pour ceux qui sont intéressés, il est important de les former en partant de zéro.” A 31 ans, nIsHITsUJI Kazuma reste préoccupé par ces terres inutilisées. Il veut résoudre le problème de la malnutrition qui touche 800 millions de personnes dans le monde. Après le lancement de la reconstruction dans le nord-est du pays, d’autres demandes lui sont parvenues de l’étranger comme de l’archipel des Tuvalu où il


To transform Japanese agriculture, the laws need to be changed

Nishitsuji was born into a family of salaried employees in the prefecture of Fukui and he has always enjoyed gardening in the family vegetable plot. When he realised the amount of uncultivated farmland there was in his area, and after hearing how tiring and how little money is earned in agriculture, he thought it important to tell people how much pleasure can be gained from working the land. To introduce people to farming he created an experimental agricultural smallholding on fallow land in 2007, called MyFarm. Just after Lehman Brothers went bankrupt in 2008, he only had one uncultivated field and 22 customers. Now, he has 86 smallholdings and 2,500 customers. The number of employees has risen from 2 to 100 and his turnover is 200 million yen. This initiative allowed a great number of people to become acquainted with farming. Since 2010 the MyFarm Academy has had about a hundred students per year. This

14 > Supplément Zoom Japon n° 28 > mars 2013

only represents 3 % of the 30,000 people younger than 45 years old who wish to make a career out of agriculture, but it is still a significant number. After the disaster in 2011, Nishitsuji Kazuma became involved in a far-reaching new project. “By bringing fallow land back into use, our company became the fastest growing in Japan. That is when I felt that we were fulfilling our mission,” he explains. In the devastated regions it allowed land that had been ruined by salination caused by the tsunami to recover and improved agricultural management. On the 13 of April 2013 he will become the inaugural chancellor of Agro-Innovation University, which will also teach agricultural management. “Japanese farming methods have never been questioned,” he says. “It’s a lie to say that there are no good features and with just a little thought you can get good results. Of course, it’s hard to change the methods farmers use, especially when they are 65 years old on ave-

n’y a plus du tout de terres arables, de Chine où des terres ont été brûlées par les pluies acides et également de Turquie où des lacs sont asséchés. Mais ce ne sont pas seulement les techniques de bonification qu’il souhaite transmettre, mais ce qui sous-tend la culture de l’agriculture japonaise. En ces temps de globalisation, “ce n’est pas la quantité qui compte pour l’agriculture japonaise. Ce n’est pas la production en elle-même mais la forme qui met l’accent sur un savoir-faire culturel particulier. Il ne faut pas seulement produire, mais aussi transformer et vendre. C’est le sixième secteur de l’économie. Dans un pays comme la France, l’agriculture bio à peut-être du mal à percer, mais au Japon, les exploitations des éleveurs sont petites tout en obtenant des rendements élevés, et le Japon dispose d’un savoir faire technique sophistiqué et précis”, affirmet-il. MyFarm répond à cette demande de formation qui relie l’homme à la technique. Dans le futur, il se dit même prêt à devenir ministre de l’Agriculture. “ si on veut transformer l’agriculture japonaise, il va falloir changer les lois. Il faut les modifier sans tenir compte des gens dont elles dépendent. Alors seulement, le changement deviendra possible”, assure nIsHITsUJI Kazuma. En débutant par des jardins agricoles expérimentaux, MyFarm a réussi à élargir son champ d’action. on peut y déceler les bases de l’agriculture japonaise de demain. / K. G.

rage. That is why it’s important that the training starts from level zero, when someone is first interested in it”. At 31 years old, Nishitsuji Kazuma is still preoccupied with bringing uncultivated land into use but he would like to solve the problem of malnutrition that affects 800 million people in the world. After reconstruction started in the northeast of the country, he got other requests from abroad, such as from the Tuvalu archipelago where there is no remaining arable land, from China where land has been burnt by acid rain and from Turkey where lakes are drying up. However, he does not just wish to spread technical improvements, but also to share the basis of Japanese farming culture. In these times of globalisation Nishitsuji thinks that this is something important. “quantity isn’t about what counts in Japanese agriculture. It isn’t what is produced as such, but is a style of farming that emphasizes

the cultural aspects. It’s not all about producing goods, how they are processed and sold are also important. It’s the sixth sector of the economy. In a country like France, organic farming might not be an obvious choic, but in Japan the farms are small with high productivity. Japanese farms also have much specialised and sophisticated farming technology” he says. MyFarm is a response to the need to balance the relationship between man and technology. Nishitsuji even feels ready to be minister of Agriculture sometime in the future. “To transform Japanese agriculture, the laws need to be changed. They must be radically reformed by people who are not tied to heavily into the existing status quo. Only then will change be possible,” he maintains. By starting with experimental agricultural allotments, MyFarm has succeeded in widening its field of action and it has revealed the basis of agriculture for the Japan of tomorrow. / K. G.

FONDATEUR DE MYFARM > FOUNDER OF MYFARM > マイファーム創業者 Fukui > Fukui > 福井





福井県のサラリーマ ン家庭に生まれた西







「農家の平均 ている。だが、


年齢が 65 歳を越えていると






い」 。だからちょっとでも興






31 歳の西辻さん個人とし




に関わり、8 億人分といわれ

を 2007 年に立ち上げた。




時は、お客さんは 22 人で、


耕作放棄地は 1 カ所だけ。そ


れが 5 年経って、いまは年間


2500 人のお客さんが 86 カ所




も 2 人から 100 人になり、年


商も 2 億円を超えるまでにな






は、2010 年から始めた 5 校

ローバル化の時代に、 「日本



あり、毎年 100 名の卒業生が




ている。全国で 45 歳以下の


年間新規就農者 3 万人の 3%



販売したり」という「第 6



日本の農業を 変えたい。 2011 年 3 月 11 日の震災が

Jérémie Souteyrat

「日本の農業は儲 辻さんは、

「フランスでは酪農をしな がらオーガニック農業をやる ことは難しいかもしれません が、日本の小さい農家では 家畜を何頭か飼いながらも、 小さい面積で効率よく作る、



ジェクトに関わる。 「僕たち









やってもいいという。 「日本





東北では、 「土壌改良屋さ












イノベーション大学を 2013


年 4 月に開設する予定で、農






「日本の農業のスタイルは、 考えない農業だ」と言う西

の伸びしろを見てもよいは ずだ。 / K. G.

mars 2013 > Supplément Zoom Japon n° 28 > 15



L’homme tranquille > A quiet and calm man > 落ち着いた男

PDG DE HOSHINO RESORT > CEO OF HOSHINO RESORTS > 星野リゾート社長 Nagano > Nagano > 長野

Hoshino 星野佳路 Yoshiharu 16 > Supplément Zoom Japon n° 28 > mars 2013

“Le Japon est aujourd’hui un pays très endetté. Il sera bientôt impossible de relancer l’économie par de grands travaux publics comme on le faisait autrefois, ou d’aider les agriculteurs à travers des subventions d’Etat”, souligne d’emblée HosHIno Yoshiharu. Et de poursuivre : “Le problème est de savoir comment, dans ces conditions, revitaliser les régions pour que celles-ci puissent avoir une certaine autonomie économique, indispensable pour exister, alors que Tôkyô, hyperpuissante, a tendance à attirer toutes les forces créatrices du pays.” HosHIno Yoshiharu est persuadé que le tourisme est une des clés pour l’avenir du Japon. “Ce secteur ne peut pas, bien entendu, résoudre tous les problèmes du pays, mais il pourra constituer un des piliers économiques du pays.” Pour cet homme de 42 ans, le tourisme, si on parvient à élever son niveau, pourra notamment soutenir l’économie des régions, y créer des emplois et améliorer la vie de leurs habitants. “L’industrie automobile, par exemple, est source de dynamisme dans une seule région, comme c’est le cas à nagoya avec Toyota. Mais le tourisme peut se développer partout dans l’archipel, du nord au sud, aussi bien à Hokkaidô qu’à okinawa.” “Jusqu’à présent, les différentes régions du pays voulaient devenir comme Tôkyô. De ce fait, elles ont fini par détruire ce qui constituait leur culture locale, leur dialecte par exemple. Cela a fonctionné tant qu’elles cherchaient le développement économique à tout prix, la rentabilité. or, développer le tourisme renverse cette tendance, car celui-ci pousse ces régions à retrouver leurs couleurs locales. C’est ce renversement que mon groupe réalise par exemple sur l’île de Taketomi à okinawa ou à la station thermale de Komaki dans la préfecture d’Aomori, dans le nord du pays”, explique-t-il. Le tourisme contribue ainsi à préserver et développer toute une tradition locale comme la cuisine régionale. Toutefois, un des problèmes auxquels le pays fait face est la décroissance démographique et le vieillissement de sa population. notre PDG n’en est-il pas inquiet ? “Il est

Jérémie Souteyrat



“Japan is currently heavily in debt. It will soon be impossible to stimulate the economy with large-scale public work projects as was done previously, nor will it be possible to help farmers through state grants”, Hoshino Yoshiharu immediately cuts to the chase on the state of the rural economy. He continues, “The problem is knowing how to revitalise the regions under these conditions, so that they will be able to have a certain economic independence that is now indispensable for existence, even though Tokyo, with its incredible power, tends to attract all of the country’s creative forces”. He is convinced that tourism is one of the keys to the future of Japan. “This sector certainly can’t solve all of the country’s problems but it could represent one of the economic pillars of the country”. In the opinion of this man of 42 years of age, tourism could support the economy of rural areas, particularly if it managed to meet certain standards and it would then create jobs and enhance the residents’ lives overall. “The car industry, for example, is a source of growth in only one region, as in Nagoya with Toyota. But tourism can be developed throughout the entire archipelago, from the north to the south, in Hokkaido as well as Okinawa”. “Until now, the country’s different regions wanted to become like Tokyo. As a result, they’ve ended up destroying their local culture, even their dialects. This approach drove them to seek economic development at any price, any profit. And yet, developing tourism reverses this trend, because it encourages these regions to rediscover their local colour. This is the type of change that my group is carrying out on Taketomi Island in Okinawa and in the spa resort at Komaki in Aomori prefecture in northern Japan,” he explains. Tourism therefore contributes to the preservation and development of local traditions, such as regional cuisine. However, the country’s problems include a declining population that is continuously aging. Does this CEO not worry about that? “It’s true the population of Japan will continue decreasing but a country like

Les régions sauveront le Japon vrai que la population du Japon va continuer à diminuer, mais un pays comme la nouvelle Zélande n’a qu’un million d’habitants. Ce pays n’en constitue pas moins une grande destination touristique. La diminution démographique peut peser lourd sur une industrie manufacturière, mais pas sur le tourisme. L’archipel est encore loin d’avoir exploité tout le potentiel de sa richesse touristique.” Pour le moment, le groupe ne compte pas beaucoup de clients étrangers, mais un client sur cinq qui fréquente son luxueux complexe traditionnel Hoshinoya-Kyôto l’est. “Kyôto attire surtout les occidentaux, en particulier les Français et les Britanniques, rappelle HosHIno Yoshiharu. Les Asiatiques préfèrent quant à eux Hokkaidô.” Le tourisme est une chose “glocale”, estime M. HosHIno. “C’est une chose fondamentalement locale dans un monde global. En France, la province n’a rien à voir avec Paris. Vous y avez de délicieux restaurants, d’excellents vignobles. Et les gens consomment ce qui est produit dans leur région. Cela constitue le charme inégalable des provinces françaises, lesquelles attirent les visiteurs du monde entier. Le Japon aussi a des régions, tout aussi charmantes que la province française, avec des paysages et une culture culinaire riches. Mais le tourisme n’est pas encore assez développé. si celui-ci contribue à mettre en valeur les cultures locales et à les développer, il rendra les régions plus attirantes, ce qui contribuera à favoriser leur croissance. Cela donnera naissance à un cercle vertueux. Je compte bien y contribuer.” Le siège social de Hoshino Resort n’est pas situé à Tôkyô, mais à Karuizawa, dans une région montagneuse de nagano. Voilà qui témoigne de la philosophie “glocaliste” de son PDG. Dans le Japon de demain, tout ne se passera plus par la capitale. L’exploitation des richesses régionales apparaît comme une des clés de la réussite. / S. H.

New Zealand only has one million inhabitants. That doesn’t make it any less of a tourist destination. Declining population rates can have a negative effect on the manufacturing industry but not on tourism. The archipelago is far from realising its rich tourism potential”. Hoshino Resorts aims to develop tourism throughout Asian countries, starting in China. According to its owner “Sino-Japanese relations have been tense since the summer of 2012 (due to a territorial dispute) but based on medium- and long-term considerations, the influence of China will not change much. The same applies to other Asian countries like India or Indonesia”. At the moment, the group doesn’t plan on many foreign clients, although one client out of five who frequents its luxurious, traditional Hoshinoya-Kyoto centre is, in fact, foreign. “Kyoto attracts Westerners in particular, especially the French and English,” says Hoshino. He believes that tourism can be “glocal”, something he defines as “something fundamentally local in a globalised world. In France, the provinces are completely different from Paris. You have delicious restaurants there, excellent wine-growing regions and the people consume what is produced in their region. That’s what makes the unsurpassed charm of the French provinces that attract visitors from all around the world. Japan also has regions, just as charming as the French provinces, with landscapes and rich culinary traditions, but tourism hasn’t developed enough yet. If it can help enhance and develop local cultures, it will make regions more attractive, which will contribute to their growth. This will create a virtuous circle. This would certainly be something I wanted to contribute to”. Hoshino Resorts’ head office is not located in Tokyo but rather in Karuizama, in a mountainous region of Nagano. This provides an excellent example of the CEO’s “glocal” philosophy. In the Japan of tomorrow, not everything will operate on capital funding. Instead, one of the keys to success is to take advantage of regional riches. / S. H.

The archipelago is far from realising its rich tourism potential













でに約 30 万人のアジア人が訪れている。星野



氏にとって、ツーリズムは、 ”グローカル”なもの

摘する。 「問題は、東京という強い場所があっ


だという。 「観光とは、このグローバル化の時











野社長の考えは? 「確かに日本の人口はこの先

星野氏が確信しているのは、日本の将来のカ ギの一つを握るのは、観光にあるということ。 「もちろん観光がすべてを解決できるわけではあ りませんが、日本の将来を支えていく選択肢の 一つとなり得ると思っています」と彼は信じて

日本の未来は 地方にある。

らしいワイナリーがある。地産地消が成立し、 それは真似のできない地方の魅力です。だから フランスの地方には、世界中の観光客が来るわ けです。日本の田舎もそうで、フランスに劣り ません。豊かな自然があり、食文化があります。 でも観光がまだそこまでいっていない。昔の地 方文化を復活させよう、発展させよう、そうい

いる。42 歳の星野氏によると、観光は、あるレ ベルを跳躍できれば、地方の経済をもり立て、




ニュージーランドを考えると、人口は 100 万人

がより発展する。いい循環ができるわけです。 僕はそういう観光の役割に期待しているのです」

う。 「自動車産業が活性化しているのはひとつ






長野県の山岳地帯、軽井沢にある。 ”グローカリ












ート 「星のや京都」 を訪れる客の5人のうち 1 人



は外国人。 「京都にはフランスや英国といった

S. H.

mars 2013 > Supplément Zoom Japon n° 28 > 17


Les révolutionnaires

PDG DE RAKUTEN > CEO OF RAKUTEN > 楽天社長 Kobe > Kobe > 神戸



Hiroshi >

Convaincu que les entreprises japonaises ont encore beaucoup à apporter dans le monde, MIKITAnI Hiroshi a décidé de faire de son groupe une société au standard international. selon lui, si les entreprises japonaises ont du mal à s’implanter à l’étranger, c'est parce qu’elles se comportent trop comme si elles étaient au Japon. Voilà pourquoi, il a fait de l’anglais la langue officielle de son entreprise. Des indications dans l'ascenceur au menu de la cafétaria, tout est écrit dans la langue de shakespeare. “L’anglais est un moyen pour nous globaliser et nous faire changer.” / O. N.



Convinced that Japanese businesses still have a lot to give the world, Mikitani Hiroshi decided that his group should adopt the standards of an international company. According to him, if Japanese companies have difficulty developing abroad it’s because they behave too much as if they were still in Japan. That is why his company’s official language is English. Whether it is for the instructions in the lift, or the menu at the cafeteria, everything is written in the language of Shakespeare. “English is a way to help us globalize and make us adapt”. / O. N.

三木谷浩史氏は、日系企業はまだまだ国際社会に貢献できると考え、楽天を国 際レベルのグループにすることを決断した。彼の目から見ると、日系企業が海

外に定着することが困難なのは、その指導者らがまるで日本国内にいるのと同じ態度 で振るまっているから。その点を是正するために、彼の企業内では英語を公用語にし、 エレベーターやカフェテリアでの表示もすべて英語で記している。 「英語こそ、わたし

O. N.

Une pensée sans frontière > Thought beyond borders > 国境を越えた思考

Asahi Shimbun


18 > Supplément Zoom Japon n° 28 > mars 2013

Tout faire bouger > Shaking it all up > とにかく改革


Tôru MAIRE D'ÔSAKA > MAYOR OF OSAKA > 大阪市長 Tôkyô > Tokyo > 東京


> Asahi Shimbun


“Je demanderai aux Japonais : ‘Etes-vous prêts à accepter que le niveau de vie du Japon se détériore ? seriezvous heureux avec le même niveau que celui en vigueur en Asie du sud-est ?’ si les gens veulent conserver leur niveau actuel, ils devront se retrousser les manches.” / O. N.


“I would ask the Japanese people : ‘Are you willing to allow the lifestyle standards in Japan to fall? Would you be happy with a level similar to Southeast Asia?’ If people want to maintain their current standards of living in Japan then people will have to make the effort.” / O. N.

「わたしが日本人に質問したいことは、 『現在の生活水 準が低下することを受け入れますか? 東南アジアの

人々の生活水準と同じレベルに下がってもいいですか?』の 2 点です。日本人が現在の生活水準を保っていくには、相当 の努力が必要です」 /

O. N.

mars 2013 > Supplément Zoom Japon n° 28 > 19


The Revolutionnaries


Quand êtes-vous tombé amoureux des jeux vidéo ? Je devais avoir 8 ou 9 ans quand space Invaders est devenu incroyablement populaire au Japon suivi, en 1980, des consoles Game & Watch de nintendo. A l’époque, bon nombre de personnes avaient une opinion négative à l’égard des jeux vidéo et les enfants n'avaient pas le droit de se rendre dans les salles de jeux vidéo (bien plus petites que les énormes salles actuelles). Mais ça ne m’empêchait pas d’y aller en catimini. Puis il y a eu l’apparition de la première console familiale - Mycon - pour laquelle je me suis passionné. J’avais une douzaine d’années quand j’ai commencé à créer mon premier programme informatique. Vous avez commencé comme programmeur avant de vous occuper de la planification, de la conception et de la production de jeux vidéo. Quel aspect du métier appréciez-vous le plus ? sans doute la phase de planification. C’est le moment où je pénètre dans mon monde pour imaginer une nouvelle histoire. Je laisse mon imagination totalement libre et je crée un nouvel univers dans ses moindres détails. Malgré tout, ces projets sont fondés sur un travail collaboratif. J’adore les réunions où nous échangeons des idées. Le producteur, le designer et le programmeur laissent alors la place à un groupe d’amis qui, chacun à leur tour, racontent une histoire. nos réunions, en particulier, sont très vivantes. Chacun contribue à la création d’un nouveau jeu ce qui permet de donner naissance à une histoire. Quand vous avez une idée, vous concentrez-vous sur certains thèmes en particulier ou seulement sur l’action ? Plus qu’un artiste, je me considère davantage comme un homme de spectacle. Un artiste, c’est quelqu’un qui a une idée à exprimer. s’il a de la chance, on finira par s’y intéresser. En ce qui me concerne, le plus important, c’est que les gens prennent du plaisir à jouer avec nos réalisations. Vous pouvez comparer Level-5 à un cirque en ce sens que nous voulons attirer un maximum de public à notre spectacle. En fonction de notre cible (enfants ou adultes), nous essayons de trouver des scénarios et des graphismes qui la séduiront. Par ailleurs, nous adaptons nos histoires à un climat social particulier. Ainsi en ces temps de récession, nous tâchons de trouver des histoires plus optimistes. Personnellement, je suis un grand fan de fantasy. Plutôt que d’imaginer des histoires ancrées dans le réel, je préfère imaginer des choses qui n’appartiennent pas à ce monde. A l’origine, Level-5 a été conçue pour créer ce genre d’histoires, car les jeux vidéo concernent des mondes virtuels dans lesquels les joueurs peuvent se laisser aller. néanmoins, ces derniers temps, nous avons décidé de mélanger fantasy et réalité de façon originale. 20 > Supplément Zoom Japon n° 28 > mars 2013

PDG DE LEVEL-5 INC. > CEO OF LEVEL-5 INC. > 株式会社レベルファイブ代表取締役社長 Fukuoka > Fukuoka > 福岡



Akihiro Quelle a été l’évolution du jeu vidéo depuis que vous avez commencé à travailler dans ce secteur ? Quand j’ai débuté, il y a une vingtaine d’années, les gens pensaient que les jeux vidéo étaient réservés aux enfants, voire aux otaku. Quand la Playstation a été lancée en 1994, on a vu que les hommes et les femmes étaient des joueurs réguliers. Dès lors, les jeux vidéo sont devenus aussi un hobby pour adulte. Aujourd’hui, nous avons atteint un stade où la culture numérique est partout et où les jeux sont accessibles sur un smartphone. Le secteur des jeux est devenu un élément constitutif de l’industrie du divertissement. Ça me réjouit d’autant plus que le secteur continue de progresser.

Vous pouvez comparer Level-5 à un cirque qui attire un vaste public

En 2009, I NAfuNE Keiji a affirmé que “l’industrie du jeu au Japon est morte”. Plus de trois ans après cette déclaration, à quoi ressemble l'industrie du jeu au Japon ? I nAFUnE Keiji est à la fois un vétéran du secteur et un bon ami. Cette déclaration lui correspond bien. Il ne pensait pas vraiment ce qu’il disait. Cela dit, il y a certaines questions qui doivent être abordées comme les jeux sociaux et la montée en puissance du marché des smartphones. InAFUnE Keiji voulait dire que nous devions nous adapter à cette situation mouvante. Pour ma part, je pense que cette situation constitue une chance de créer de nouveaux marchés. / G. S.


When did you fall in love with videogames? I think I was about 8 or 9 years old when Space Invaders became incredibly popular in Japan. Then in 1980 Nintendo released the Game & Watch games. At the time, a lot of people had negative opinions about video games and they didn’t think it was right for children to spend time at the arcades, which were much smaller back then (I used to go without telling my parents). Then a cutting-edge console called the Mycon was released and I was hooked. I was 12 years old or so when I created my first program. You started as a programmer, and have gradually expanded your responsibilities to game planning, design and production. Which aspect of your job do you enjoy the most? I enjoy the planning phase the most when I’m lost in my own world, imagining the details of new stories and universes, letting my imagination run free. At the same time though, these projects are based on collaborations and team work and I love the planning meetings where we exchange ideas. Everyone from






ダー」がとても人気になった頃だったと思います。 1980 年には任天堂から「ゲームウォッチ」が発売












ンソールが出てきて、これには夢中 になりましたね。最初にプログラム を組み始めたのは 12 歳の頃でした。 プログラマーとして始めて、後にプ ランニングやコンセプト、製作に関 わるようになりました。一番好きな

想像の 赴く まま。


とで、人々に楽しんでもらうことが 「レベルファ 大事だと考えています。 イブ」は、サーカスのように人を楽 しませる集団で、自分たちのショー (作品)に多くの人々を惹きつけたい と思っています。ですので、ター ゲットが子どもか大人かによって、そ のターゲットを惹きつけるシナリオや

プランニングです。新しいストーリーを想像し、 自分の世界に入る瞬間ですね。自分の想像の赴く

グラフィックを考え、時代にあったストーリーを作 っていきます。例えば、今のような不況の時には、
















ユーザーが自分自身を忘れ空想の世界に身を任せら れる力を持っていますからね。ただ、最近では、フ ァンタジーの世界と現実をうまく混ぜた作品も考え ているんですよ。例えば、 「レイトン教授」シリー ズの舞台はロンドンですが、パラレルワールドのよ うに、ちょっと異なる世界を生み出しています。

Kondo Keiichi

the producers and the designers to the programmers take turns presenting their stories like we’re just a group of creative friends. Our meetings are very lively affairs where everybody contributes to the creation of a new game and that’s how new stories come to life. When you come up with new game ideas, do you focus on certain themes in particular or do you just focus on the action? More than an artist I consider myself an entertainer. An artist has an idea he wants to express and if he’s lucky, someone may take an interest in his work. What’s most important to me though is" that people play our games and have fun with them. You could say Level-5 is like a circus and we would like to attract as many people as possible to our show. So depending on who our target audience is, whether they are children or adults, we try to come up with scenarios and graphics that appeal to that particular target. And we try to make the stories relevant to the times. For example, in a recession like we have now, we think uplifting stories might be more appropriate.

Personally, I’m a big fan of fantasy, so instead of imagining stories that are more realistic, I like to imagine things that don’t belong to this world. I established Level-5 because I wanted to create such stories. Players can lose themselves in the virtual worlds that unravel in games. More recently though, we’ve tried to mix fantasy and reality in interesting ways. For example, the Professor Layton series takes place in London but it’s a parallel world that is familiar yet slightly different at the same time. Instilling a bit of realism into a fantasy setting enables players to feel immersed in the world and that makes it easier for players to enjoy the game. How do you think the Japanese game industry has changed since you first began to work in the field? When I started about 20 years ago people thought that video games were only for children and then they became something for otaku culture. By the time the PlayStation was launched in 1994, games were becoming something that had a more broad appeal, more women began to play and the hobby evolved into

something for adults. Today, the concept of game devices has changed entirely. The digital culture is everywhere and games are readily available on smartphones. The games industry is also on par with manga, anime and movies now in terms of having an important role in the entertainment industry as a whole. My life has been immersed in games, so it makes me happy to see the industry making progress and expanding.

ファンタジーの世界の中にリアリズムを持たせるこ とで、本当にその世界にいる気持ちになり、より ユーザーが楽しみやすいのです。 この分野で働き始めてからビデオゲームはどのよ うに進化してきましたか? 今から 20 年頃前に働き始めたのですが、その 時、ゲームは子どもたちがメインで遊ぶものでし た。次に、オタクのものだと思われるようになりま した。さらに、1994 年にプレイステーションが登 場した後は、大人でも女性でもゲームを遊ぶように なりました。以降、ゲームは大人のホビーになりま した。しかし、今日ではゲーム機の概念が変わって きています。デジタル文化がどこにでもあり、ス

In 2009 Inafune Keiji said: “Japanese games are dead” Three years after that, how does the Japanese game industry look to you? Mr. Inafune is a respected industry veteran, as well as a good friend of mine. That comment is very like him. I don’t think he meant that literally, rather that, he set out to present issues that the games industry faces. In a time where social games and smartphones are growing so rapidly, Mr. Inafune was probably trying to say that we need to adapt to the changing landscape. I consider the current environment to be an opportunity, an opportunity to garner new business if we are able to keep up with the times. / G. S.

マートフォンでもゲームができるようになりまし た。またゲーム市場は、マンガやアニメ、映画な どと並ぶ娯楽産業の重要な一部になりました。ゲー ムは、僕の人生になくてはならない存在だったの で、ゲーム業界が発展すると嬉しいと思っています。 2009 年、稲船敬二は、 「日本のゲームは死んだ」 と言ったそうですが、あれから3年、現在の日 本のゲーム産業はどうなっていますか? 稲船さんは良い先輩であり、仲の良い友人です。 この発言は彼らしい発言だと思っています。本当に そう思っているのではなく、ゲーム業界に向けて問 題提起をしているのでしょう。ソーシャルゲームや スマートフォン市場が急成長していく中、稲船さん は、そういった変動する状況に適応しなければなら ないと言いたかったのだと思います。僕は今の状況 をチャンスだと思っています。この状況にうまくつ いていけば、新しいビジネスチャンスを得ることが できると思います。/ G.


mars 2013 > Supplément Zoom Japon n° 28 > 21


Les engagés

Chim↑Pom ARTISTES > ARTISTS > アーティスト集団 Tôkyô > Tokyo > 東京

チン↑ポム >

“Le contraire de l’amour, ce n’est pas la haine. C’est l’indifférence.” Dans un bar délabré au 3ème étage du quartier chaud de Shinjuku, rien d’étonnant à ce que UShiro ryûta cite Mère Teresa en introduction des Chim↑Pom, le collectif d’artistes le plus décalé du Japon actuel. “Nous aimons nous amuser sans penser à l’art. Mais ce qui nous semble amusant, c’est de traiter de choses sérieuses dont personne ne veut parler”, affirme le porte-parole du groupe. Au lendemain de la triple catastrophe du 11 mars, ce collectif de six artistes déjà actif depuis 2005, a décidé de se rendre à Fukushima “pour voir” la zone d’exclusion. “L’accident a été classé au niveau 77”, rappelle-t-il. “il n’y avait plus personne qui vivait là-bas, pourtant des humains comme nous, étaient restés dans la centrale pour travailler.” Pendant une journée mémorable qui donnera naissance à plusieurs œuvres de l’exposition real Times montée en mai 2011, les membres de Chim↑Pom parviennent à pénétrer dans l’enceinte de la centrale de Fukushima Daiichi en tenue de décontamination et plan-

tent en haut de l’observatoire le drapeau japonais entouré des losanges du nucléaire. “C’était comme le drapeau américain planté sur la lune. Fukushima était devenu comme ça, à la fois très proche de nous, mais aussi inaccessible que la lune”, ajoute UShiro ryûta. Quelques semaines plus tard, ils retournent dans la zone interdite avec des habitants de Minami Sôma et tournent la vidéo Kiai 100 renpatsu [Unissons notre courage 100 fois de suite]. il s’agit d’un hymne à la fois satirique et naïf dans lequel les slogans “Courage Fukushima” et “Vive le Japon” des médias furent répétés en boucle dans un port ravagé par le tsunami et la radioactivité. “il y avait des gens qui pleuraient dans le musée. Kiai est à la fois un cri de haine et d’amour”, explique iNAoKA Motomu, un des membres du collectif. Pour lui, cette vidéo exprime la complexité des sentiments de chacun à un moment où des milliers de gens étaient morts et où le gouvernement montrait ses limites à gérer la crise. L’exposition real Times qui n’a duré qu’une semaine a aussi été l’occasion pour >

S’amuser sans penser à l’art



“The opposite of love isn’t hate; it’s indifference”. In a run down bar on the third floor in the red-light district of Shinjuku, there’s no surprise that Ushiro Ryûta quotes Mother Teresa to introduce Chim↑Pom, currently Japan’s most eccentric collective of artists. “We like to have fun without thinking about art. But what we find fun is covering serious subjects that nobody wants to talk about,” says the group’s spokesperson. Right after the March 11th disaster the collective’s six artists, together since 2005, decided to travel to Fukushima “to see” the exclusion zone. “The accident was ranked level 7,” he recalls. “Nobody was living there anymore, yet people such as us stayed to work at the power plant”. On a memorable day that gave birth to several works of art shown at the Real Times exhibition in May 2011, the members of Chim↑Pom succeeded in penetrating the Fuskushima Dai-ichi power plant, wearing decontamination clothing, and planting the Japanese flag spray-painted with nuclear symbols at the top of the observatory. “It was like the American flag on the moon. Fukushima was comparable, both very close and yet just as inaccessible as the moon,” adds Ushiro Ryûta. A few weeks later they returned to the exclusion zone with Minami Sôma residents to shoot a video called Kiai 100 renpatsu [Let our bravery unite us a hundred times in a row]. It is both a satirical and a naïve hymn in which the media’s slogans ‘Be brave, Fukushima’ and ‘Long live Japan’ were repeated over and over again in the harbour devastated by the tsunami and radioactive fall out . “Some people cried in the museum. Kiai is both a cry of hate and love,” explains Inaoka Motomu, a member of the collective. This video expresses the complexity of everybody’s feelings at a time when thousands had died and the government was showing weaknesses in its handling of the crisis. The Real Times exhibition, that lasted for only a week, was also an opportunity for Chim↑Pom to show one of their most controversial pieces, which consisted of adding images of the Fukushima power plant reactors to the national heritage fresco, Asu no shinwa [Myths of tomorrow] by Okamoto Tarô, at Shibuya station. “After Fukushima, it seemed only right to adapt the fresco. And Okamoto’s >



による危険度がレベル 7 と認定



なく、無関心」 。新宿の歓





楽街に佇むビルの 3 階にある一













した。『気合い 100 連発』は憎



のちの 2011 年 5 月に開催され












3・11 の地震、津波、原発事








日、2005 年から活動しているこ


100 連発』の撮影を行った。そ


のグループの 6 人のメンバーは、








るために”現地に赴いた。 「事故



アートなんか 考えず、 遊ぶのが好き。

22 > Supplément Zoom Japon n° 28 > mars 2013




Pas question de rester tranquille > No chance of being left alone > おとなしく

Jérémie Souteyrat

するなんて問 題外

mars 2013 > Supplément Zoom Japon n° 28 > 23


The commited

> Chim↑Pom de présenter une de ses actions les plus controversées qui a consisté à ajouter les réacteurs en fusion de la centrale de Fukushima sur la fresque Asu no shinwa [Mythes de demain] d’oKAMoTo Tarô à la gare de Shibuya, laquelle appartient au patrimoine national. “Après Fukushima, il nous a semblé juste de faire cet ajout. L’œuvre d’oKAMoTo n’a bien sûr pas été endommagée”, rappelle UShiro ryûta. Asu no shinwa est une fresque de 30 mètres qui raconte les horreurs de la bombe atomique. “Mais tout le monde en a oublié le sens”, souligne-t-il. Sur la vidéo retraçant le délit, on voit la joyeuse troupe débarquer en pleine heure de pointe pour coller leur version posthume du tableau, puis la police qui intervient deux jours plus tard pour retirer ce que les médias appelleront un “graffiti”. “Nous avons été beaucoup critiqué pour cette opération. Mais, tout de même, 4 000 personnes sont venues voir notre exposition. C’est la preuve que les Japonais ont envie de savoir”, estime UShiro ryûta. De “Super rat”, qui transforme des rats capturés à Shibuya en Pikachu, à “Black of death”, où Elie, l’égérie du groupe à la blondeur tout droit sortie d’un manga, est filmée en train d’attirer des centaines de corbeaux au dessus du bâtiment de la Diète, l’imagination débordante des Chim↑Pom est à la mesure des tabous sociaux qu’ils veulent remettre en question. En 2008, le groupe brise pour la première fois le tabou du nucléaire avec le projet Pika !. “on nous avait proposé d’aller exposer à hiroshima. Quelques jours avant, quelqu’un nous a dit ‘surtout n’abordez pas le sujet de la bombe là-bas’”, rappelle UShiro ryûta. Les enfants terribles ont alors commencé à réfléchir à leur rapport au nucléaire.

A la différence d’autres artistes, le collectif estime qu’il ne reste que l’art pour agir depuis les événements du 11 mars “Nous avons conclu qu’il n’en existait pas”, raconte-t-il. “Les jeunes comme nous avaient oublié hiroshima et la signification même d’un Japon en paix. C’était du moins le cas en 2008 avant Fukushima. Nous avons pensé qu’il fallait renouer le lien avec cette tragédie.” Au-dessus du mémorial de la Paix à hiroshima, Chim↑Pom a inscrit dans le ciel le mot “pika” en utilisant le panache d’un avion. rappelons que “pika” est une onomatopée qui fait penser au bruit d’une explosion. “Les gens n’ont pas compris. ils étaient furieux.” Mais ensuite, nous sommes allés voir un groupe de militants locaux et ils nous ont très bien accueillis”, raconte-t-il. Pourtant, le collectif a dû annuler son exposition et présenter des excuses publiques. “La plupart des survivants de la bombe veulent oublier cette terrible expérience et les artistes, par égard pour les victimes, sont gênés d’aborder le sujet de front”, rappelle-t-il. Une situation qu’on retrouve dans le Japon post-Fukushima. “Après le 11 mars, les artistes disaient que leur art ne pouvait pas servir et préféraient faire du volontariat. Nous pensons le contraire. il n’y a que l’art pour agir”. Le collectif poursuit donc son combat. / A. D.-T.

> work wasn’t damaged,” insists Ushiro Ryûta. Asu no shinwa is a 30-metre long fresco that depicts the horrors of the atomic bomb. “But everybody has forgotten its true meaning,” he adds. On the video that retraces their act of “vandalism”, the collective turn up at rush hour to stick their posthumous contribution to the wall, then the police turn up two days later to get rid of what the media called “ a graffiti”. “This operation received a lot of criticism. But we still welcomed 4,000 visitors to our exhibition. It’s proof that the Japanese want to know,” believes Ushiro Ryûta. From “Super rat”, in which Shibuya rats are turned into Pikachus to “Black of death” in which Elie, the group’s blonde muse who could have stepped straight out of a manga, is filmed attracting hundreds of crows to the top of the Diet building, Chim↑Pom’s imagination is as wild as the social taboos they wish to break are significant. In 2008 the collective broke the nuclear taboo for the first time with the Pika! Project. “We had been offered the opportunity to organise an exhibition in Hiroshima. A few days prior to this, someone told us “make sure you don’t talk about the bomb over there!” recalls Ushiro. This caused the gang to start thinking about their relationship to the nuclear question. “We concluded that we did not have one,” he says. “Young people like us had forgotten about Hiroshima and the meaning of Japan being at peace. Or at least that was the case in 2008, before Fukushima. So we decided we needed to re-establish the link with that tragedy”. Above the Peace memorial in Hiroshima, Chim↑Pom wrote “pika” in the sky with a trail of smoke from a plane. Pika is an onomatopoeic word that describes the sound of an explosion. “People didn’t understand. They were furious. But then we met some local activists and they were very welcoming,” he says. However, the collective had to cancel their exhibition and apologize publicly. “Most survivors of the bomb want to forget that terrible experience and in consideration for the victims, artists try not to tackle the subject up front,” he adds. It’s the same in post-Fukushima Japan. “After March the 11th, artists said their art would be of no use and preferred to take up volunteer work. We think the opposite. Art is action”. With this they continue their battle. / A. D.-T.

Re-establish the link with that tragedy



る 『 Black of Death』 ま で 、




り付けた 2 日後に警察が介入し
















2008 年、彼らは『広島の空を




批判されたけれど、4 千人の人









えた行為だ。 「福島の事故があっ





違った行為ではないと思いまし た」と卯城竜太は強調する。

渋谷のセンター街で捕獲 したドブネズミを巨大なピ

〈明日の神話〉は、横幅 30 メー


行動する。 その手段は アートだけ。









「3・11 の後、アーティストた















かれている。 「しかし国民のほと










が、100 羽ものカラスの群れを



/ A.D.-T

行動を撮影した映像は、 帰宅ラ







ま し た 」。 そ れ で も 、 事 態 は

24 > Supplément Zoom Japon n° 28 > mars 2013

ています」 。Chim↑Pomは彼ら

L’avenir ne lui fait pas peur > he’s not afraid of future >





Ôsaka > Osaka > 大阪


次世代の育成を考えるよ うになったきっかけは?


原宿に着目した理由は? 戦後、異国文化の影響を受け






















「イノベーション」をおこして 夢活応援プロジェクト『JOL』に


D’où vous est venue cette idée de former les générations à venir ? Le jour où j’ai coupé le cordon ombilical de mes enfants que ma femme venait de mettre au monde à la maison, j’ai ressenti le besoin de leur céder un Japon en bonne santé. Je me suis alors dit qu’il fallait aider à faire évoluer la prochaine génération.

Parlez-nous de votre projet JOL. C’est en m’interrogeant sur les raisons qui motivent les collégiens et les lycéens à étudier et à travailler que le projet JoL ( Joie de vivre) est né. il s’agissait de souligner l’importance à continuer d’avoir un rêve ou un but dans la vie. Parallèlement à la publication du magazine gratuit, nous avons conçu la structure Dream Station JoL harajuku associée à un lieu d’échanges d’expériences professionnelles.

breuses et très diverses influences extérieures, devenant peu à peu un centre d’avant-garde. Je pense qu’en y créant un lieu d’activités qui regroupe de jeunes créateurs, la culture de harajuku va stimuler l’innovation. Cela aura des répercussions sur la croissance du pays et favorisera l’activité des régions. De quoi a besoin le Japon pour reprendre la main ? Je pense que l’élément clé, c’est “l’énergie des femmes”. Au Japon, 60  % des femmes quittent leur travail à la naissance de leur premier enfant. il est important de leur fournir un cadre où elles puissent continuer de travailler après l’accouchement et de se former.

Jérémie Souteyrat

L’élément clé, c’est l’énergie des femmes

Pourquoi avoir choisi Harajuku ? Depuis 1945, harajuku est un quartier qui s’est enrichi de nom-

Avez-vous un message pour la prochaine génération ? Avoir un rêve ou un but dans la vie, car c’est ce qui motive les hommes à se bouger pour les atteindre. En concevant une vie pleine de créativité, nous devons accroître le nombre d’individus qui s’y attelleront. J’entends bien me poser comme un exemple. / K. R.

くためには、今、何が必要でし ょうか。

ついて教えて下さい。 JOL (Joy of Life)は、中高生たち

活性化につなげられるのではな いかと考えています。

に何のために勉強や仕事をするの かを問いながら、夢や目標を持 ち続けることの大切さを伝えるプ ロジェクトです。フリーマガジ ンの発行と同時に、職業体験の 場も兼ね備えた『ドリーム*ス テーション JOL 原宿』を構想しま した。


いけば、日本の経済成長や地域 次世代へのメッセージは? 夢や目標を持っていれば、人 間の体はそれを現実化するため 日本が国際社会をリードしてい


「女子力」 が日本の 未来の鍵。



Where did the idea come from to shape coming generations? The day I cut my children’s umbilical cord when my wife had just given birth at home, I felt the need to give them a healthy and vibrant country to live in. So I thought that we need to make changes for the future. Tell us about your JOL Project. The JOL Project (Joy of Life) came about when I was wondering about what motivates middle and high school pupils to study and work. This project highlights the importance of continuing to have a dream or a purpose in life. In addition to publishing a free magazine, we have developed the Dream Station JOL Harajuku store that serves as a place to exchange professional work experiences. Why did you choose Harajuku? Since 1945 Harajuku has been a neighbourhood that has grown through many diverse outside influences, becoming increasingly avant-garde.

に創造性をもって人生を設計し、 実現に向けて積極的に行動して いける人を増やすべく、私もそ の見本でありたいと思っていま す。 / K. R.

I think that if we create a place there for activities that bring together young creators, Harajuku’s culture is going to change and stimulate innovation. This will have repercussions for the growth and promote the regions’ activity. What does Japan need to become a leading light on a worldwide scale? I think that the key element is “women’s energy”. In Japan, 60% of women leave work for the birth of their first child. It is important to provide them with a situation that makes it possible to continue working after they have had children and to be able to remain in charge. Do you have a message for the next generation? To have a dream or a purpose in life, because that’s what leads people to work in order to accomplish something. We should be increasing the number of people who follow their dreams by creating a life full of creativity and I intend to set my life forward as an example. / K. R.

mars 2013 > Supplément Zoom Japon n° 28 > 25







Convaincue > A believer > 信念の人

l’étranger. J’y ai rencontré plein de jeunes très enthousiastes. D’après moi, le recul actuel s’explique surtout par des raisons économiques. il y a actuellement tellement de concurrence sur le marché du travail au Japon que beaucoup de gens pensent qu’une absence d’un ou deux ans réduira à néant leurs chances de trouver un emploi au Japon à leur retour. reste que de nombreux étudiants manifestent leur intérêt pour des organisations internationales comme Amnesty. ils sont très motivés et bien formés. Je ne suis donc pas inquiète pour l’avenir.” Néanmoins ShoJi hiroka note qu’il n’est pas aisé de gérer une organisation nongouvernementale au Japon par rapport aux autres pays. “L’histoire des oNG au Japon est courte. La plupart d’entre elles ont été fondées à partir des années 1980 et bon nombre de Japonais ne savent pas ce que sont les oNG ni ce qu’elles font. Avec seulement 7 000 membres, Amnesty inter-

Gérer une ONG au Japon relève d’une gageure

26 > Supplément Zoom Japon n° 28 > mars 2013

national Japon est très modeste en comparaison avec ses homologues dans d’autres pays (100 000 en Australie, 140 000 en Grande-Bretagne). “La raison en est que la connaissance de base des droits de l’homme est plus faible au Japon qu’ailleurs. Voilà pourquoi, faire évoluer l’attitude du gouvernement japonais en matière de politique des droits de l’homme est une gageure. Par exemple, la peine de mort est toujours en vigueur au Japon et il n’existe aucune institution publique de défense des droits de l’homme”, rappelle la jeune femme. Elle reconnaît que la majorité des Japonais (85,6 % selon la dernière enquête d’opinion menée par le gouvernement) reste favorable à la peine capitale. “Apparemment, il n’y a aucune raison de débattre d’une question qui fait consensus, mais il faut se souvenir que la France et d’autres pays étaient dans la même situation avant de décider de l’abandonner. Le gouvernement doit diffuser plus d’informations sur le sujet, ce qui permettra d’entamer un débat national sur la question”, affirme-t-elle. / G. S.

Jérémie Souteyrat

Le regard de ShoJi hiroka est trompeur. Vous pourriez vous laisser tromper par son calme apparent et son sourire, mais, en réalité, pour être militante chez Amnesty international, il faut faire preuve de volonté et de motivation. Après avoir rejoint l’organisation, elle a d’abord travaillé au suivi de centaines de demandeurs d’asile qui cherchent à obtenir, chaque année, le statut de réfugié au Japon. “Un des points sur lequel nous travaillons est de parvenir à augmenter le taux de reconnaissance qui est extrêmement bas par rapport à d’autres pays. Au cours des deux dernières années, quelque 4 000 personnes ont fait une demande, mais elles ne sont que 30 à 40 par an à obtenir le statut. Au total, moins de 3 000 réfugiés vivent actuellement au Japon. Cela contraste beaucoup avec les autres pays développés, grands ou petits, qui accueillent des dizaines voire des centaines de milliers de personnes”, explique-t-elle. Elle s’est intéressée à ce qui se passait à l’extérieur de l’archipel parce qu’elle a vécu deux expériences aux EtatsUnis, la première fois entre 5 et 6 ans. “Mon père est un universitaire qui a passé neuf mois à enseigner à l’Université de Californie Los Angeles. Je suis partie avec lui là-bas. Cette expérience et le fait de vivre dans un environnement stimulant ont grandement contribué à choisir de faire des études dans le domaine des sciences de la culture”, raconte ShoJi hiroka. “Pour mes études, j’ai passé beaucoup de temps dans les bibliothèques. Voilà pourquoi, une fois mon diplôme en poche, j’ai voulu m’attaquer à des sujets bien réels pour avoir une chance de changer la vie des gens.” Au cours des dernières années, les jeunes Japonais ont manifesté de moins en moins d’intérêt pour aller travailler ou étudier à l’étranger. C’est du moins ce que les médias voudraient nous faire croire. La jeune femme a une opinion bien différente sur la question. “Avant de rejoindre Amnesty international, je travaillais au Bureau des affaires internationales de ma ville en charge d’envoyer des étudiants à


Hiroka Shoji’s looks are deceptive. You might be fooled by her quiet appearance and sweet smile but make no mistakes: You need to be strong-willed and motivated when you are an a campaigner for Amnesty International Japan. After joining AIJ, Shoji first worked as a refugee officer and followed the plight of the hundreds of asylum-seekers who every year apply for refugee status in the country. “One thing we are working on” Shoji says, “is trying to raise the level of recognition that right now is extremely low, especially when compared to other countries. In the last two years about 4000 people have applied for refugee status but each year only 30 to 40 are recognized. All in all less than 3,000 refugees currently live in Japan. This is in stark contrast with other developed countries, both big and small, which host tens if not hundreds of thousands of people each year". One of the reasons for this is that the recognition process typically takes between one and a half and two years, leaving all these people in a legal limbo. “Half of them don’t have a valid visa, which means they are forced to work illegally, often in low-paid dangerous jobs and in constant fear of being arrested. AI's position on this matter is that if the authorities don’t reach


a decision after six months, the asylum seekers should be given a regular working permit”. Shoji has been interested in the world outside Japan since she spent two periods living in the United States, the first time between the ages of five and six. “My dad was a scholar and spent nine months teaching at UCLA, so we all moved to California with him,” she says. “That experience and the diverse and stimulating environment contributed in no small part to my decision – as an undergrad – to major in Cultural Studies. For my academic research I spent most of the time in archives. So after graduating I decided I wanted to deal with real issues and have a chance to change people’s lives”. In the last few years fewer and fewer young Japanese have showed an interest in studying or working abroad, or so the media would like us to believe. Shoji, though, seems to have a different opinion on the subject. “Before joining AIJ I worked at my City Hall’s International Relations Section on a program for sending students abroad and I had a chance to meet many enthusiastic people. In my opinion, the

main reason for not going abroad is economical. Right now there is so much competition in the local labour market that many people think that going abroad for one or two years is going to hurt their chances to find a job later. Yet I often hear from students who want to know how they can join AI or work in an international organization. They are very strongly motivated and well prepared so I’m not really pessimistic about the current situation.” According to Shoji running an NGO in Japan is a difficult task compared to in other countries. “NGOs in Japan don’t have a long history. Most of them have been founded in the 1980s or later and many people still don’t know what NGOs really are or what they do. With only 7,000 members, AIJ is very small when compared with its counterparts in other countries (e.g. 100,000 in Australia and more than 140,000 in The U.K., even though their total populations are much smaller than Japan’s). “The fact is, basic popular understanding of human rights is far behind that of other countries. For this reason chang-

Running an NGO is a difficult task compared to other countries


ing the human rights policy of the Japanese government is a real challenge. For instance, Japan still maintains the death penalty and we don’t have any national human rights institutions”. Shoji concedes that most people (85.6 percent, according to the latest Cabinet Office survey) are still in favor of the death penalty. “Apparently there is no reason for debating an issue on which almost everybody seems to agree, although we can’t forget that France and several other countries used to have the same support rate before they scrapped the system. The government needs to disclose more information to the general public. Only in this way can we really start a national debate on this issue”. Another important issue that AIJ is closely monitoring the development of is the introduction of full video recording of the police interrogation process. “There have been many examples of miscarriages of justice when the police have abused their power in order to extort confessions from the suspects. We are working closely on this matter with the Center for Prisoners Rights and the Japan Federation of Bar Associations,” she says. Today Shoji still does work with refugees as before but she is increasingly busy organizing AIJ’s campaigns. / G. S.

NGO運営は 日本では そう簡単ではない。

際に、アムネスティ・インターナショナル日本の活動 家であるからには、強いボランティア精神とモチベー ションを必要とするからだ。 この団体に参加するようになって以来、彼女は主に、 日本に亡命申請する毎年数百人の外国人の世話に携わ っている。 「わたしたちの目標は、他国に比べて亡命 認可率が非常に低い日本において、認可率を上げるこ とです。過去 2 年間で亡命申請数は 4 千余ありました が、亡命者として認可された申請者は、一年に 30〜 40 人しかいません。現在、日本には 3 千人弱の亡命 者が暮らしています。先進諸国では、毎年数万人の亡 命者を受け入れているのに比べ、日本の数字はかけ離 れています」と庄司氏は語る。 庄司氏が、日本国外で起きていることに関心をもっ たのは、2 回にわたるアメリカでの外国生活の体験が あるからだ。1 回目は 5〜6 歳のとき、 「父が、ロサン ゼルスのカリフォルニア大学で 9 カ月過ごしたので、 いっしょに渡米しました。この体験と、刺激のある環 境で暮らせたことが、のちにわたしが大学で文化科学 を選んだことに、かなり影響があったと思います」と

NGO を運営するのは、そう簡単ではない、と庄司氏は 指摘する。 「日本での NGO の歴史はたいへん浅いので

からは想像できない、強い信念の持ち主だ。実 庄司氏はつづける。 「勉学中、図書館でかなりの時間を 過ごしました。卒業後、わたしがしたかったことは、 現実的な問題に向かっていき、人々の生活を変えてい ける可能性のある道を進んでいくことでした」 。 「最近 の日本の若者は、外国で働くことや留学することに関 心が薄れていると、日本のメディアも伝えています。 しかし、若い日本女性は、一概にそうとはかぎりませ ん。アムネスティ・インターナショナルに参加する前 に、わたしは、故郷の市の海外留学課で働いていまし た。そこで出会った若い人たちは、たいへん熱意を もって関心を寄せていました。最近その伸びが停滞し ているのは、経済的問題に原因があると思います。現 在、日本の労働市場の競争率がたいへん高いため、留 学して1〜2年日本を不在にすることは、戻ってきた ときの再就職がますます難しくなるのではないか、と 思っているようです。でもアムネスティのような国際 機関に関心をもっている学生は沢山います。彼らの動 機もはっきりしていて、知識も豊富です」 しかしながら、他の国と比べて、日本で非政府団体

す。ほとんどの NGO は、1980 年代に生まれており、 いまだにそれが何であるのか、何をする組織なのかも 知らない人がかなりいます。アムネスティ・インター ナショナル日本の協力者は全国に約 7 千人程しかいま せん。協力者が 10 万人いるオーストラリアや、14 万 人も参加している英国などから比べると比較になりま せん。その理由は、人権問題の基礎に関する認識が、 まだ日本では低いからです。したがって人権問題に関 して、政府の姿勢を変えていくことは、無謀ともいえ ます。例えば、日本には死刑が存在しつづけ、人権保 護に関する公的機関は存在しません」と庄司氏。政府 が実施した世論調査によれば、日本人のほとんど(85 %)は、死刑に賛成している。 「国民の死刑に対するコ ンセンサスが通用するかぎり、この問題を討議するこ とは無意味と思われますが、フランスや他の国も、死 刑廃止を決定する以前は、現在の日本と同じ状況では なかったでしょうか。政府が、この問題についてもっ とインフォメーションを提供すれば、国民の間にも、 この問題に対する認識が深まるのではないでしょうか」 と庄司氏は提議する。 / G. S.

mars 2013 > Supplément Zoom Japon n° 28 > 27


Les engagés MAIRE DE TAKEO > MAYOR OF TAKEO > 武雄市市長 Saga > Saga > 佐賀

Hiwatashi 樋渡啓祐

Keisuke >

C’est en 2006 que h iwATAShi Keisuke a été élu maire de Takeo devenant à 37 ans le plus jeune maire de la ville. il n’a cessé depuis de mettre en route de nouveaux projets. La même année, il a su attirer plusieurs chaînes de télévision pour qu’elles viennent y tourner des fictions. En 2011, il réussit à mettre en place un service de vente de produits locaux sur internet et la même année, il a transféré la page d’accueil de la mairie sur Facebook. il y a quelques mois, il a décidé de confier la gestion de la bibliothèque municipale à CCC (Cultural Convenience Club) géré par l’entreprise culturelle Tsutaya. Le site doit être inauguré en avril 2013. S’il est devenu maire d’une ville de 50 000 habitants, “c’est parce que j’ai l’impression que rien ne bouge. on se croirait à la fin de l’ère Edo. Les décisions tardent à être prises. il est évident qu’il nous faut créer un nouveau modèle.” Pour lui, sa fonction est “agréablement palpitante comme s’il était quotidiennement au milieu de l’arène, en contact direct avec les réactions de ses électeurs ”. Pour partager les problèmes de Takeo avec ses concitoyens, il utilise Twitter et Facebook. “Le pire des maux pour une collectivité, c’est l’indifférence. Plus les citoyens sont indifférents, plus le pouvoir central et les politiciens font ce qu’ils veulent”, assure-t-il. Pour le maire, “le plus important, c’est d’être réactif et rapide. La rapidité à réagir, c’est la plus importante valeur ajoutée.” Pour ce qui est de la bibliothèque, la décision a été prise en 6 mois. “Je souhaitais qu’elle soit ouverte toute l’année de 9 h à 21 h. Les fonctionnaires estimaient que ce n’était pas possible”, rappelle-t-il. hiwATAShi Keisuke qui attache une grande importance à la col-

lectivité et au dialogue avec ses administrés compte aussi sur la solidarité. “Seul, on n’arrive à rien. C’est en se répartissant les tâches et en les partageant que tout prend forme. C’est ainsi que la solidarité devient plaisante et que l’espace communal le devient aussi.” il ne se considère pas comme une personnalité politique à l’instar de hAShiMoTo Tôru, le maire de Ôsaka ou comme un révolutionnaire. il se présente comme un homme de terrain pragmatique. il n’a pas de vision politique à l’échelle nationale, mais en tant que maire d’une ville de 50 000 habitants, un de ses buts est d’être “un animateur. Je veux satisfaire tous les gens qui sont devant moi, augmenter la valeur citoyenne et résoudre ce que tout le monde veut résoudre.” il envisage aussi d’“apporter davantage de valeur ajoutée comme l’a fait Steve Jobs quand il a lancé le iPhone ou l’iPad. Concevoir un modèle qui puisse être mis en pratique.” L’iPhone de M. hiwatashi, ce sont la vente de produits en ligne ou encore la bibliothèque. “Que ce soit la bibliothèque ou la vente de produits, ma préoccupation première, c’est l’économie locale, la progression de ses revenus”, affirme-t-il. A la question de savoir comment il imagine l’avenir du Japon, le maire lâche de façon instinctive et immédiate l’adjectif “sombre”. “Aujourd’hui les gens ne voient pas ce qu’ils ont à leurs pieds. ils regardent vers le ciel et ne cessent de se lamenter. regardons plutôt ce qui s’offre à nous. on y découvrira des rayons de lumière et le monde s’éclaircira. L’influence des réseaux sociaux comme celle des médias va s’accroître. Autant de points qui finissent par constituer une surface. C’est ce que nous sommes en train d’élaborer ici”, conclut-il. / K. G.

28 > Supplément Zoom Japon n° 28 > mars 2013

Jérémie Souteyrat

Rendre le pouvoir aux citoyens


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Hiwatashi Keisuke was elected mayor of Takeo in 2006 and at 37 years old is the city's youngest mayor. Since his election he has constantly been launching new projects. In 2006 he managed to persuade several television channels to film their shows in Takeo. In 2011 he set up a website for selling local products online ( and that very same year transferred the city hall homepage to Facebook. Several months ago he decided to hand over the management of the public library to the CCC (the Cultural Convenience Club), which is managed by the cultural company Tsutaya. The website will go live in April 2013. In his own words Hiwatashi has become the mayor of a city of 50,000 residents “because I'm under the impression that nothing is happening. You'd think we were at the end of the Edo era. Decisions are not made quickly. We clearly need to create a new model”. For Mayor Keisuke, his position is “pleasantly exciting” as though he's in the middle of an arena on a daily basis, in direct contact with his electors' reactions. He uses Twitter and Facebook to spread word of Takeo's problems among his fellow citizens. He explains that “indifference is the greatest evil for a community. The more that citizens become indifferent, the more the central power and politicians are free to do whatever they want”. According to Mayor Keisuke, “It is most important to be responsive and fast. The most important added value is being able to react quickly”. It took six months to reach a decision for the public library. “I wanted it to be open from 9 a.m. to 9 p.m. all year long. The staff didn't think that was possible,” he explains. Hiwatashi Keisuke attributes great importance to the community and to dialogue with his administrators, strongly upholding the idea of solidarity. “Alone, we accomplish nothing. Ideas take shape when we distribute and share tasks. That's how solidarity becomes enjoyable, as do communal places”. He doesn't see himself as a revolutionary, nor as a political figure like Hashimoto Toru, the mayor of Osaka. He can be described as a pragmatic man. He doesn't have a political vision on a national scale but as the mayor of a city with 50,000 residents, one of his goals is to be “a group leader”. “I want to satisfy everyone here, increase community value and address the problems that people want to be resolved”. He also aims to “bring about more added value like Steve Jobs did by launching the iPhone or “iPad and come up with a model that can be put into practice”. Setting up the autonomously run product ordering service and switching the library to public management could be said to be Mayor Hiwatashi's iPhone. As he puts it, “Whether it's the library or product sales, my highest priority is the local economy, the advancement of its income”. When asked how he pictures the future of Japan, he instinctively and immediately responds in his own distinctive manner with the single word: “dark”. “Today, people do not see what's in front of them. They look at the sky and just moan. Let us rather see what is offered to us. We'll discover rays of light and the world will brighten. The influence of social networking, like that of the media, is going to continue growing. These connections and opportunities eventually all come together. That's what we're developing here” he concludes. / K. G.

1969 年生まれの樋渡 氏は、2006 年に当時

は史上最年少の 37 歳で武雄 市の市長に当選した。就任 以来、地方自治体としては これまでにない新しい試み をいくつも実現させている。 2006 年、全国テレビのドラ マのロケを誘致。2011 年、 FB 良品(とい う通販サイトを開設。同年、 市役所のHPを Facebook に 移転し、市役所内に Facebook 係も新設。2012 年、市 の図書館を、書籍、音楽ソ フト、映像ソフトのレンタ ル 、 販 売 チ ェ ー ン 「 TSUTAYA」 を 運 営 す る CCC (カルチュア・コンビニエンス・ クラブ)に運営委託すること

を決定、2013 年 4 月のオー プンを予定している。

The influence of social networking is going to grow

人口 5 万人の自治体の市 長になったのは、 「日本が変 わらないから。江戸時代の 末期みたいで、意思決定が むちゃくちゃ遅いから。地 方でロールモデルをつくっ て、垂直的に変えるより、 水平的に変えるほうが早く 目に見える」という。武雄 市の現在の課題を市民と共 有するために、Twitter や Facebook を 使 っ て い る 。 「地方にとって、無関心は最 大の悪です。無関心であれ ばあるほど、行政も政治も やりたいほうだい」。また、 「人生も仕事も反射神経」と いう市長は、 「一番大事にし ているのはスピード。スピ ードは最大の付加価値」だ という。図書館も思いつい てから、決定するまでに 6 カ月だ。 「365 日、朝 9 時か ら夜 9 時までやっている図 書館が欲しかった。それは 公務員では無理だった」 市民との対話や共有を大 切にする市長は、連帯・団

「自分 結も大切にしている。 たちだけでやらないで、最 初からシェアして、いろい 。そういっ ろと巻き起こる」 た意味でシェアすることが 大事だという。そうした連 帯は快適だし、そのような 空間も快適だという。 自分は大阪の橋下市長の ような政治家・革命家では なく、実務家だという樋渡 氏は、政治的なビジョンは ないし、国政にも興味がな い、将来の武雄市について も見えないと即答する。し かし、5 万人の市民を抱える 市長として、目的が二つあ る。一つは受動的な目的で、 「ある意味エンターテイナー。 目の前の不特定多数の人た ちを喜ばせる。市民価値を 上げる。みなさんが解決し て欲しいことを解決する」こ と。そしてもう一つは能動 的な目的。「スティーブ・ ジョブズが iPhone や iPad を 出したように付加価値を与 える。応用可能なロールモ デルをつくる」ことだ。自 治体系通販の FB良品や図書 館の民間委託もいわば、樋 渡啓祐の iPhone だ。 「図書館でも、FB良品でも、 地域の所得を増やすこと、地 域経済が僕の最大の関心事」 という。 日本の将来がどう見 えるかの問いにも、市長独 特の反射神経で、 「暗い」と ひと言で即答する。 「みんな 足元を照らさずして、頭の 上ばかり見て「暗い、暗い」 とばかりいっている。まず、 足元を照らしましょう。その 足元を照らす光が増えれば世 の中明るくなります。SNS (ソーシャル•ネットワーキング• サービス)の力も、メディア


地方で ロールモデルを作って 垂直的に変えるより、 水平的に変える方が 早く目に見える。

ど、拡がっていきます。点 が面になります。そのロー ルモデルを僕らが創ってい るのです」/ K. G.

mars 2013 > Supplément Zoom Japon n° 28 > 29


The commited

MUSICIEN > MUSICIAN > ロック歌手 Fukuoka > Fukuoka > 福岡


Gotô GoTÔ Masafumi, une des icônes du rock japonais, ne prend pas son rôle à la légère. Ce guitariste de 36 ans, qui a créé le groupe Asian Kung-fu Generation (AKG) en 1996, s’est improvisé rédacteur en chef d’un journal dont le nom porte les espoirs de la génération du Japon post-Fukushima. The Future Times a été fondé 4 mois après la triple catastrophe du 11 mars 2011. Pour GoTÔ Masafumi, cette initiative est la suite logique de son investissement dans la musique pop. Un art qui, selon lui, puise ses sources dans la culture populaire et a pour fonction initiale de véhiculer des messages. A l’exemple des troubadours du Moyen-Age qui, par des poèmes et des représentations musicales, diffusaient les nouvelles au quatre coins du pays, le chanteur a donc endossé son nouveau rôle de messager. rassemblant les témoignages des sinistrés et aussi des acteurs de la reconstruction, The Future Times, distribué gratuitement tous les trimestres, étonne par sa qualité graphique autant que journalistique. restant fidèle à l’image à la fois pop art et manga des pochettes des albums de Asian Kung-fu Generation, The Future Times propose de revisiter le Japon à partir du point zéro, comme l’indique l’édito du premier numéro. A la fois rédacteur en chef et reporter, GoTÔ Masafumi cherche à comprendre comment le Japon en est arrivé à cette crise identitaire, environnementale et énergétique, tout en projetant définitivement le lecteur dans un futur meilleur. Appelé affectueusement “Gotchi”, ce musicien, aux influences à la fois pop, rock et punk, compose presques toutes ses chansons et ne cache pas son goût pour la poésie et le monde imaginaire futuriste des mangas. Certains morceaux d’AKG ont d’ailleurs accompagné des animés comme Naruto, Fullmetal Alchemist ou Bleach. Pas très doué pour les études, il a d’abord échoué au concours d’entrée pour faire des études en agriculture avant de se retrouver en fac d’économie où il a appris à jouer de la guitare. C’est à cette époque qu’il a rencontré les membres de son groupe Asian Kung-fu Generation qui deviendra pour les fans Ajikan. Une référence dans l’univers rock qui n’a pas pris une ride depuis quinze ans. Parmi ses nombreux tubes, on trouve notamment un titre inspiré de Solanin, le manga signé Asano inio qui parle du mal-être de la jeunesse tiraillée entre emploi à vie et marginalisation. Dans son répertoire, Ajikan privilégie les thèmes chers à la jeunesse. Depuis le 11 mars 2011, le groupe a incorporé la donne nucléaire dans ses chansons. Le morceau N2, qui figurera dans l’album, sorti en septembre 2012 invite à “ne pas croire, à chercher et à douter” des paroles rassurantes du gouvernement. Dans un contexte où le militantisme antinucléaire pur et dur critique sévèrement le show-business nippon, GoTÔ Masafumi explique pourquoi sa ligne éditoriale de The Future Times privilégie avant tout la réflexion et comment il envisage le futur japonais. / A. D.-T.

L’important pour lui est d’inviter à ne pas croire, à chercher et à douter 30 > Supplément Zoom Japon n° 28 > mars 2013

Masafumi >

Gotô Masafumi, one of Japan’s rock icons, takes his role very seriously. This 36 year old guitarist founded the band Asian Kung-fu Generation (AKG) in 1996. Almost by accident he came to be the editor-inchief of a paper whose name carries with it the hopes of Japan’s post-Fukushima generation. The Future Times was created 4 months after the triple disaster that took place on the 11th of March 2011. For Gotô Masafumi this initiative is the natural follow-up to his involvement in pop music. According to him, art draws inspiration from popular culture and its main role is to convey messages. Like troubadours in the Middle Ages who spread the news across the country through their poems and musical performances, the singer has taken upon himself the role of a news messenger. By gathering the stories of victims and people active in reconstruction, The Future Times, which is distributed free every three months, is astonishing both in the quality of its graphic design and its journalism. Faithfull to both the style of pop art and manga inspired sensibilities of Asian Kung-fu’s album sleeves, The Future Times aims to reconsider Japan from ground zero, as stated in the first issue’s editorial. As both editor-in-chief and reporter, Gotô Masafumi tries to understand how Japan arrived at such a crisis of identity as well as an environmental and energy crisis. All the while he tries to offer the reader an image of a better possible future. Affectionately nick named “Gotchi”, this pop, rock and sometimes punk influenced musi-

cian, writes practically all of his own songs and also demonstrates an affection for the poetic and futuristic atmosphere found in manga. Several of AKG’s songs were even used as soundtracks for anime such as Naruto, Fullmetal Alchemist and Bleach. Never a very good student, at first he failed the entry exam to study agriculture before going on to college to study economics, where he learnt to play the guitar. That is when he met the other members of Asian Kung-fu Generation, nicknamed Akijan by their fans. They have become a point of reference in the world of rock and appear not to have aged at all in the past 15 years. Among their many hits is a song inspired by Solanin, Asano Inio’s manga about the discomfort

His newspaper editorial line favours reflection of youth, stretched between lifelong employment and marginalisation. In its repertoire, Ajikan favours topics that are important to youth. Since the 11th of March 2011 the band has included the nuclear legacy in its songs. N2, a song to be released on their forthcoming album, encourages “not always to believe, but to seek and question” the government’s reassuring words. In a context in which diehard antinuclear activism severely criticises Japanese show business, Gotô Masafumi’s approach explains why The Future Times editorial line favours reflection and how he envisages the future of Japan. / A. D.-T.

Jérémie Souteyrat


アートとは 大衆文化から 生まれる。 その役目はメッセージ を伝えること。


後藤正文は、すでに日本ロック界のアイコン的存在だ が、ものごとをいい加減に処するタイプではない。

1996 年、36 歳でギタリストとして「アジアン・カンフー・ ジェネレーション(通称アジカン)を創立し、奇遇にも「ポ スト福島時代の希望」をタイトルに掲げる新聞の編集長にな る。新聞〈The Future Times〉は、3・11 の地震、津波、原発 の三重災害が起きた 4 カ月後に創刊された。後藤正文にとっ て、この新聞を発行することの意味は、ポップミュージック の延長線上にあった。彼によれば、アートとは、元々は大衆 文化の中から生まれ、メッセージを伝播することだ。例えば、 中世時代のトルバドゥールが、詩の詠唱や楽器演奏しながら ニュースを国内に広めたように、今日の歌手も伝達者として 新しい役割を担っている。被害者や、復興の中心的人物の証 言を掲載する〈The Future Times〉は、季刊のフリーペーパー だが、そのグラフィックデザインともに、高度なジャーナリ ズムは驚異的だ。 〈The Future Times〉は、ポップアートとアジカンのアル バムのイメージに忠実に、創刊号の社説が指摘したように、 日本をゼロポイントから新たに訪ね歩くことを提案する。後 藤正文は、編集長かつリポーターとして、どのようにして日 本がアイデンティティ、環境、そしてエネルギー危機にまで 至ったかを把握しようとする。そして読者に少しでも肯定的 な未来のイメージを投げかける。 ポップ、ロック、そしてパンクに精通し、ファンからは親し みを込めて「ゴッチ」と呼ばれている後藤正文は、ギタリス トでもあり、彼のほとんどのナンバーの作曲も手がけるばか りでなく、ポエジーやファンタジーそして未来派的マンガへ の関心も隠さない。すでにアジカンは、『ナルト』や『フル メタル・パニック』『ブリーチ』などのアニメのテーマ曲 を手がけた。 本人曰く、学業にはあまり向いてなく、まず大学の農学 部の入試に落ち、次に経済学部に進み、在学中にギターを 覚えた。この時期に、アジカンのメンバーと出会う。同グ ループは、15 年来、ロック界のリーダーとしての位置を保 持している。ヒット曲の中には、映画化された浅野いにお 作『ソラニン』のテーマ曲も。 『ソラニン』は、職場と社会 的疎外感との間で悩む若者の悲哀を描いている。特にアジ カンは、今日の若者たちが抱える深刻なテーマを扱ってお り、2011 年 3 月 11日以降の作品には原発問題が含まれる。 2012 年 9 月にリリースしたアルバムに収録された〈N2〉で は、国民を安心させるような「政府の言葉は信じず、よく 考え、疑うこと」と喚起している。熱心な脱原発運動の活 動家らが、アジカンのショービジネス的側面を批判してい る中で、彼は、なぜ〈The Future Times〉の社説が「考える こと」 、そして彼の思い描く将来の日本人像に重きをおいて いるのかを弁明している。/ A. D.-T.

mars 2013 > Supplément Zoom Japon n° 28 > 31







ACTEUR > ACTOR > 俳優 Osaka > Osaka > 大阪 breux citoyens. Sa dernière croisade pour contrer la dangereuse ascension de la droite nationaliste et pronucléaire l’a amené à se porter candidat sans étiquette aux élections législatives de décembre. “Je me présente, car la seule manière de me faire entendre, c’est de passer lors des débats retransmis

Un nouveau souffle

32 > Supplément Zoom Japon n° 28 > mars 2013

en direct à la télévision !” ironiset-il à l’attention des médias absents. A Kôenji, ses discours enflammés ponctués de concerts de rap ou de rock ont donné un nouveau souffle à une scène politique désespérément morne. Malgré sa défaite face à iShihArA Nobuteru, figure importante du Parti libéral-démocrate et fils de l’ancien gouverneur populiste de Tôkyô, 70 000 per-

sonnes ont voté pour lui. Un résultat qui l’a motivé pour se représenter lors du prochain scrutin. Celui qu’on appelle désormais “Tarô” a réussi le miracle de rassembler des jeunes qui jusqu’alors n’avaient jamais voté. il a surtout installé au niveau politique un mouvement anti-nucléaire qui s’est construit sur l’espoir d’un Japon sans atome. / A.D-T

Jérémie Souteyrat

Devant la gare de Kôenji, un quartier de Tôkyô, YAMAMoTo Tarô encense la foule. Après avoir mené des campagnes antinucléaires pendant près de deux ans, l’acteur a décidé de raviver de sa silhouette rose et juvénile le paysage gris et vieillissant des candidats lors des élections législatives de décembre 2012. “Je me bats pour préserver un droit essentiel, la vie, à commencer par la mienne”, répète-t-il inlassablement. Elevé à Ôsaka par une mère autoritaire, militante de Greenpeace, il faisait partie du monde doré des “talento”, ces stars du show-business, incarnant “Melolin Q”, un Adonis musclé au corps enduit d’huile. De ce personnage, Tarô a gardé l’énergie débordante et l’humour, mais il a préféré troquer son éternel bonnet de bain contre un béret de résistant. Bouleversé par la catastrophe de Fukushima, il est apparu pour la première fois comme simple citoyen lors de la manifestation antinucléaire du collectif Shirôto no ran [la révolte des amateurs] à Kôenji en avril 2011. Cela a scellé son destin. Délaissé par les médias et critiqué par ses fans pour ses prises de position trop tranchées, il a quitté son agence et sa fiancée pour se lancer à corps perdu dans une lutte contre le nucléaire qui promet d’être longue. Alors que Fukushima vit ses heures les plus sombres, il s’est allié aux associations des mères pour protéger les enfants de la radioactivité et a monté un projet pour aider les candidats au départ à Fukushima. De sa visite à Tchernorbyl en novembre 2011 puis en Allemagne pour participer au rassemblement annuel contre le passage du train de déchets nucléaires, YAMAMoTo tire les leçons et distille l’information à ses 206 000 suiveurs sur Twitter. “Le démantèlement d’une centrale met plus de 30 ans, c’est un emploi à vie !” lance-t-il en riant pour casser le discours des compagnies d’électricité. De conférences en manifestations, de récoltes de dons en tournée de sensibilisation, celui qui jouait le jeune délinquant qui sauve des vies aux côtés de K iTANo Takeshi dans Battle royale, peut se vanter d’être devenu dans la vie un héros pour de nom-


participate in an annual gathering against the transportation of nuclear waste by rail, Taro learned valuable lessons and shares this information with his 206,000 followers on Twitter. “The decommissioning of a nuclear plant takes more than 30 years, it’s a job for life!” he says laughing, refuting the words of the electricity companies. From conferences to protests and from gathering donations to leading awareness campaigns, the actor who played the young delinquent saving lives next to Kitano Takeshi in Battle Royale can now be proud of becoming a hero for many citizens. His last crusade against the dangerous uprising of the pronuclear, right wing nationalists led him to stand as an independent candidate in the December legislative elections. “I’m running because the only way to be heard is to participate in debates transmitted live on television!” he says ironically, addressing the absence of media attention. At Koenji his fiery speeches were interspersed with rap or rock concerts, giving a breath of fresh air to a desperately gloomy political scene. Despite losing to Ishihara Nobuteru, an important figure from the Liberal-Democratic party and son of Tokyo’s former Populist governor, 70,000 people voted for Taro. This outcome inspired him to run for the next election. The man we refer to as “Taro” miraculously succeeded in gathering together young people who had never previously voted. Most importantly, he has established an anti-nuclear political movement, a movement built on the hope of a nuclearfree Japan. / A.D-T

In front of the railway station in Koenji, a neighbourhood of Tokyo, Yamamoto Taro proclaims loudly to the crowds. After leading anti-nuclear campaigns for nearly two years, the actor decided to brighten up the December 2012 legislative elections by adding his fresh and youthful face to the grey and ageing presence of the other candidates. “I’m fighting for an essential human right: life and I’m starting with my own,” he repeats insistently. Raised in Osaka by an authoritarian Greenpeace activist, Taro was part of the golden world of the “talento”, the show-business stars exemplified by Melolin Q, a muscular Adonis with a body covered with oil. Taro adopted this character’s boundless energy and humour but he preferred to trade in his swimming cap for a protester’s beret. Deeply affected by the Fukushima catastrophe, he made his first appearance, as a simple citizen, during the anti-nuclear protest with the Shiroto no ran collective (the Amateurs’ Revolt) at Koenji in April 2011. This sealed his destiny. Abandoned by the media and criticised by his fans for taking positions that were too extreme, he left his agency and his fiancé in order to throw himself fully into the fight against the nuclear industry, a fight that will surely last a long time. While Fukushima experienced its darkest hours, Taro became involved with organisations set up by mothers to save children from radioactivity and he also started a project to help those who needed to leave Fukushima. From his visits to Chernobyl in November 2011 and then to Germany to

A breath of fresh air to a gloomy political scene

Sur tous les fronts > On all fronts > あらゆる前線で


めの闘いを挑み、昨年 12 月の衆議院



とに訴えかけていた。2 年近く反





原発運動をした後、俳優・山本太郎は、 この 2012 年 12 月の衆議院選挙の色あせ





加することだからです」と、彼は不在 のメディアに向かって皮肉を言う。ラ




計画を立ち上げた。2011 年 11 月には














リン Q”でテレビデビュー。以来、人気タ

20 万 6 千人に情報を流した。 「原発の廃



炉は 30 年以上かかります。生涯の仕事








俳優業を捨て、 反原発運動に。 停滞した政界に 新風を吹き込む。

た。福島の災害に衝撃を受け、2011 年 4

















/ A.D.-T. mars 2013 > Supplément Zoom Japon n° 28 > 33


Les engagés




D’où vous est venue l’inspiration pour créer ? De mes parents. ils avaient l’habitude de venir en aide aux enfants qui connaissaient des problèmes familiaux, en leur fournissant un soutien moral et un lieu pour vivre. J’ai donc été élevé entouré de 30 frères et sœurs de substitution. J’ai toujours admiré mes parents pour ce qu’ils faisaient, même si nos voisins les considéraient avec méfiance. Peut-on dire que les problèmes sociaux au Japon trouvent leur racine au niveau de l’éducation ? Je pense que oui à bien des égards. Quand j’étais en seconde année à l’université au Japon, j’ai choisi de partir aux Etats-Unis. Je m’y suis fait de nombreux amis venant d’autres pays et dont les expériences de vie étaient bien différentes de la mienne. J’ai été frappé par la diversité de la salle de classe. on y trouvait des gens de diverses origines qui cohabitaient sans préjugés. En venant d’un pays comme le Japon où les différences de culture et de langue comptent énormément, le fait que quelqu’un puisse être bien considéré sur la simple base du mérite a été une expérience enrichissante pour moi. Comment est née ? Quand je suis rentré au Japon en 2000, le pays connaissait déjà une terrible crise économique. Un nombre croissant de jeunes se sentaient perdus face à leur avenir. Environ 10 % des jeunes diplômés n’étaient pas en mesure de trouver un emploi stable et 50 % de ceux qui avaient réussi à décrocher un poste quittaient leur emploi dans les trois années suivantes. Me fondant sur ce que mes parents avaient fait, j’avais envie de créer une entreprise qui pourrait venir en aide à ces personnes au niveau professionnel. J’ai étudié la situation en Allemagne et en Grande-Bretagne, ce qui m’a permis d’appréhender “l’investissement social”. Cette activité n’était peut-être pas lucrative, mais elle avait un impact positif sur l’ensemble de la société. J’ai aussi compris, qu’à la différence du Japon, ce genre de projet en Europe était bien accepté car il avait une utilité sur le plan social. Que faites-vous exactement pour aider ces personnes ? Nous sommes présents dans trois domaines distincts : l’aide aux étudiants, le soutien aux familles et surtout l’aide à l’emploi. Dans ce dernier domaine, nous parvenons à fournir quelque 3 000 emplois par an. En général, nous portons assistance aux personnes qui, pour différentes raisons, ont perdu pied (comme par exemple, les hikikomori, ces individus qui vivent reclus) et qui ont des difficultés à renouer avec la société et le marché de l’emploi. Le plus compliqué consiste à identifier les gens qui ont besoin d’aide, en raison de la nature de leurs problèmes. Aussi, la plupart du temps, ce sont les mères qui prennent contact avec nous. Ces individus ont des problèmes de communication. ils ont donc beaucoup de mal à établir de bonnes relations avec leurs collègues et à se fondre dans l’univers du travail. L’une de nos principales tâches est d’améliorer leur confiance, leur estime de soi et leur capacité de communication tout en leur offrant l’accès à différents emplois.

34 > Supplément Zoom Japon n° 28 > mars 2013



Cela prend de six mois à deux ans pour y parvenir, mais environ 90 % de ceux que nous aidons finissent par trouver un emploi stable. Quelle est votre vision de la société japonaise ? Les difficultés qu’ont les jeunes à trouver un emploi ne cessent de s’aggraver, notamment parce qu’il n’y a pas de renouvellement des générations sur le marché de travail. Dans le même temps, on peut dire que les problèmes de la jeunesse finiront par disparaître pour la simple et bonne raison qu’il n’y aura plus de jeunes d’ici une cinquantaine d’années. Cela dit, il existe des malentendus concernant certaines catégories de jeunes. Les hikikomori, par exemple. Le gouvernement prétend que leur nombre diminue, puisqu’il y a moins de jeunes. Mais en réalité, vivre coupé du reste du monde n’a rien à voir avec l’âge. on en trouve qui sont trentenaires ou quadragénaires. / G. S.


Where did you find the inspiration to start From my parents. They used to provide support and guidance for children with family problems and a communal place to live. So I was raised surrounded by about 30 surrogate brothers and sisters. I admired my mother and father for what they were doing, even though at the time they were seen as weird by our neighbors.

L’important est de relancer l’investissement social qui reste faible dans l’archipel

Can we say that social problems in Japan start at the educational level? In many respects I think that is true. When I was a sophomore in Japan, I quit college and enrolled in an American university. There I became friends with people from other countries whose life experiences were very different from mine. I was struck by the diversity in the classroom, with people of different races and backgrounds freely mixing with each other without prejudices. Coming from a country like Japan where culture and language differences matter so much, the fact that someone could be well-regarded only based on merit was an enlightening experience. How was born? In 2000, when I returned to Japan, we were already experiencing a severe recession and an increasing number of young people were confused about their life choices. About 10% of high school and university graduates could not find steady employment and 50% of those who did quit their job within 3 years. Looking at what my parents had accomplished, I wanted to go a step further and start a company which would provide that kind of assistance on a professional level. I started studying the situation in Germany and The U.K., and learned about “social investment”. This activity may or may not be financially lucrative but it certainly has a positive impact on society as a whole. I also learned that in Europe such projects were actually well-regarded as socially useful, unlike in Japan.

若者に 自信をもたせ、 コミュニケー ション能力を 高めてもらう。 Il ouvre de nouvelles portes > New opportunities arise > 新たな可能性を









いました。大卒の 10%が就






50%が 3 年以内に辞めてしま

同僚と良い関係を作ったり、 労





What do you do exactly to help these people? We are active in three distinct fields: student support, parent support and, most importantly, job support. In this particular area we manage to place about 3,000 people every year. In general we assist people who for a number of reasons have lost direction in their lives (e.g. those who shut themselves away from society, known as hikikomori) and have problems coming to terms with society and the job market. The most difficult thing is to delineate the people who really need help, because the nature of everyone's problems are all very different. Indeed, in most cases it’s their mothers who contact us. They seem to have communication problems. As a consequence they are not able to establish a good relationship with their coworkers and fit in to the working environment. That’s one of our main areas of activity: improving their confidence, selfesteem and communication skills, together with providing access to a range of jobs. It usually takes between six months and two years but about 90% of the people we help eventually find a stable job.

Jérémie Souteyrat

Improving their confidence and self-esteem is crucial

Where do you think Japanese society is going? The job-hunting crisis for the young seems to gradually get worse, particularly because there is no generational turnover in the job market. At the same time, we could say that youth problems will disappear in time for the very simple reason that if we don’t do something to turn things around, then in 50 years there will be almost no young people left. This said, there is a common misunderstanding about some of the categories I’ve mentioned earlier. Take the hikikomori for example. The government says that their number is dwindling down but this is just because there are less young people around. Actually the decision to live ones life in isolation from the outside world has nothing to do with age and even people in their late 30s and 40s can fall into this category. / G. S.







うして私は 30 人の義理の兄







し、 「社会投資」というもの




す。それには 6 カ月から 2 年





た 90%の人たちが定職につ














う と 決 め ま し た 。そ こ で 、

若者の就職難はひどくなる ばかりです。特に、労働市場












うね。というのも、50 年も








労支援については、年間 3 千






















2000 年に日本に戻ったと


代、40 代のひきこもりもい



ます。/ G. S.

mars 2013 > Supplément Zoom Japon n° 28 > 35


The commited


En tant qu’acteur, vous avez participé en 2008 à la création de Rebirth Project qui vise à changer le cadre de vie et l’environnement. De quoi s’agit-il ? il s’agit d’un projet pour que l’humanité survive sur cette terre. Rebirth Project recycle les vieux déchets et les invendus. Vous collaborez, par exemple, avec la société Lee Japan. Pourriez-vous nous en dire plus ? Le problème fondamental que les fabricants de produits de consommation courante ont à résoudre c’est que les surplus et les stocks sont soumis à l’impôt et qu’il faut ensuite les incinérer. La plupart des entreprises ne veulent pas en parler ouvertement, car cela nuirait à leur image de marque. Cela me fait mal au cœur de voir tous les efforts des fabricants et les précieuses ressources naturelles finir en dioxyde de carbone. En les incitant à transformer les objets qui n’ont plus de valeur en un produit valorisé, nous nous efforçons de leur proposer un nouveau rôle dans la société.

Rebirth Project ne se limite pas aux entreprises privées et collabore aussi avec des collectivités locales. Parleznous de ce Hagi-Ishin-juku, cette structure lancée par des jeunes. on y expérimente tout le long de l’année. Parmi nos réalisations, Kasayama Jam, un festival en été avec des orchestres et des danseurs composés de lycéens de la région de Kasayama [dans la préfecture de Yamaguchi, à l’ouest de l’archipel], des spectacles qui se déplacent dans des lieux touristiques, sources financières de la région. on met aussi en valeur les produits du terroir et on redonne vie aux quartiers autrefois très dynamiques, mais aujourd’hui en déclin, en y organisant des fêtes. A présent, nous ne cessons pas de lancer de nouvelles actions en tissant des liens horizontaux avec les jeunes du coin. Nous réfléchissons au moyen d’utiliser le bambou (take) dont la présence est devenue un problème dans les forêts de la région. Avec une entreprise locale, nous avons constitué “Take Create”. Cette structure fabrique des produits en bambou qui sont ensuite vendus dans le grand magasin Mitsukoshi de Ginza, à Tôkyô.

Devenir une force de proposition à l’avenir

36 > Supplément Zoom Japon n° 28 > mars 2013

Quel message souhaiteriez-vous transmettre au Japon de 2113 ? D’abord m’excuser pour la vie que nous menons actuellement. Ensuite, mon vœu serait que notre projet d’entreprise parvienne vraiment à fonder une nouvelle société humaine et que cela ne reste pas un vœu pieux. Pas question donc de baisser les bras. / K. R.

Il ne baisse pas les bras > He never gives up > あきらめない

Jérémie Souteyrat

Actuellement, l’intérêt porté à l’énergie nucléaire et aux problèmes de l’environnement ne cesse de croître. Qu’estce qui serait nécessaire à l’avenir pour que la société se rapproche de celle que vous souhaitez ? il est nécessaire d’établir un équilibre entre l’homme et l’Univers. Dans notre société consumériste, il est important de choisir une consommation qui tienne compte de la durabilité des produits. Comme nous le soutenons dans notre projet centré sur les vêtements, la nourriture et le logement, les consommateurs ont la responsabilité de faire des choix. il faut donc favoriser une situation où tous les hommes sur notre planète puissent jouir en même temps

“de liberté et de responsabilité”. Le plus problématique c’est notre système politique. Nous devons abandonner notre démocratie laxiste pour construire une démocratie participative. Pour cela, nous travaillons sur un projet baptisé “Crowd Government Lab” qui sera source de propositions pour l’avenir.




ACTEUR > ACTOR > 俳優 Tôkyô > Tokyo > 東京


As an actor, you participated in the creation of the Rebirth Project in 2008 that aims to change the living environment. What is it about? It’s a project to make it possible for humanity to survive on this planet.

For him, a balance needs to be established between Man and the Universe

The Rebirth Project recycles old rubbish and unsold stock. For example, one of the companies you collaborate with is Lee Japan. Can you tell us more about it? The fundamental problem for manufacturers of everyday products is related to excess stock that is subject to tax but then needs to be burned. Most companies refuse to talk about it openly because it could hurt their brand’s reputation. It breaks my heart to see all the manufacturers’ efforts and precious natural resources go up in smoke. By encouraging them to turn objects with no value into attractive products, we endeavour to give them a new role in society. Rebirth Project isn’t just limited to private companies; it also collaborates with local communities. Tell us more about Hagi-Ishin-juku, the organisation that was created by young people. We experiment throughout the year. Amongst our achievements is Kasayama Jam, a summer festival with orchestras and dancers from high schools in the Kasayama region [in Yamaguchi prefecture, on the west side of the archipelago]. The performances take place in various tourist venues that are sources of the region’s income. We also display regional products and our festivities liven








ト」を創設されました。会社のコンセ プトを分かりやすく教えてください。 人類が地球に生き残るためのプロ ジェクトです。

up areas that are in decline nowadays but used to be very dynamic. We continually launch new activities that weave connections between the young people in the area. We think up of ways of using bamboo (take) that has become a problem in the region’s forests. With a local company we started “Take Create”, a group that makes products out of bamboo which are then sold in the Mitsukoshi department store in Tokyo's Ginza. Currently, interest in nuclear energy and environmental problems continues to grow. What is needed in the future for society to become more like you hope it to be? A balance needs to be established between Man and the Universe. In our consumerist society it’s important to choose a way of consuming that takes into account the durability of products. Just like we do in our project focusing on clothing, food and housing, consumers are responsible for making choices. We must promote a situation in which all human beings on this planet can benefit from “freedom and responsibility”. What is most problematic is our political system. We need to abandon our permissive democracy to build a democracy everyone can take part in. To achieve this we have a project called “Crowd Government Lab” that will generate suggestions in the future. What is your message to 2013 Japan? Firstly, to say sorry for our current way of life. Then, my wish is that our enterprise really can succeed in founding a new human society and that it doesn’t just remain a vain hope. So there’s no question of giving up! / K. R.











「Crowd Government Lab」 を立ち上げま













す。例えば、Lee Japan とのコラボ






















ている生活につい て謝らなくてはい


フェス「笠山 JAM」や、地元の財産










地球と 人類の未来 のために。 挫折禁止!


ジナル B 級グルメの開発、昔は栄え


















上げるものです。挫折禁止です。 /




K. R.

mars 2013 > Supplément Zoom Japon n° 28 > 37




MILITANT > ACTIVIST > 活動家 Tôkyô > Tokyo > 東京


Hajime MATSUMoTo hajime a un rôle essentiel dans la société japonaise, celui de mettre du désordre. Cet anarchiste de 39 ans, qui tient des boutiques de produits recyclés à Kôenji, a organisé dans ce quartier populaire de Tôkyô des manifestations qui défient l’imagination, telles que “rendez-nous nos bicyclettes” (l’enlèvement des vélos coûte 30 euros) ou “Manif à 3” pour lutter contre la vie chère. En avril 2011, avec son collectif Shirôto no ran [la révolte des amateurs], il a rassemblé spontanément plus de 15 000 personnes via Twitter pour la première grande manifestation antinucléaire après l’accident de Fukushima, un déferlement anarchique dont les services de police se souviennent encore. Depuis, des manifs rangées sont organisées par d’autres associations tous les vendredis devant la résidence du Premier ministre, mais elles découragent certains par leur côté discipliné. “La société japonaise est trop rangée, on s’emmerde”, résume MATSUMoTo qui a aussi organisé une fondue japonaise (nabe) devant le complexe de roppongi hills, symbole du luxe à Tôkyô. Son livre Binbônin no gyakushû : tada de ikiru hôhô [Les pauvres contre-attaquent : comment vivre sans le sou], traduit en coréen et en chinois, lui a donné l’occasion de visiter ces pays et d’y trouver d’autres foyers de marginaux en tout genre. Toujours à l’écoute des tendances de la société nippone, il s’est récemment rebellé contre le nationalisme ambiant alimenté par les sempiternels conflits territoriaux autour des îles Senkaku ou Takeshima avec la Chine, Taiwan et les deux Corées. La manifestation “No Nukes No Border” organisée en novembre 2012 a inauguré le style de “manifestation guérilla”, qui consiste à changer d’endroit dès que la police est trop présente, sur le thème de l’anti-frontière, il invite des chanteurs de hardcore venus de Taipei et Séoul à

venir se rouler par terre dans les rues de Tôkyô. Une démonstration d’internalionalisme à la Matsumoto que même certains passants ont trouvé réjouissante. “Le Japon est devenu sombre et étroit d’esprit. Tout est trop bien géré. Les autres pays asiatiques aussi suivent cette direction, il faut casser ça très vite”, affirme cet anticonformiste. Quand il n’est pas dans la rue, on le trouve sagement attablé dans sa boutique de recyclage “numéro 5”, où se côtoient guitares électriques et lampes de chevet. “Les Japonais jettent tellement de choses en bon état ! Je reçois aussi des choses bizarres, des gens qui viennent marchander, je connais aussi chaque maison du quartier, c’est un métier très amusant.” Ses projets futurs : construire plus de points de rencontre y compris à Fukushima et dans d’autres villes pour organiser débats et manifestations. “Le mal de la société japonaise est très profond. Même si on arrête tous les réacteurs, cela ne résoudra rien. Ce sont les fondements qu’il faut changer.” / A.D-T.

The problems within Japanese society go very deep 38 > Supplément Zoom Japon n° 28 > mars 2013

Changer les fondements


Matsumoto Hajime plays a much-needed role in Japanese society: that of the troublemaker. This 39 year-old anarchist manages second-hand and recycled product shops in Koenji and organises truly creative and powerful protests in this working class district of Tokyo. Some of the protests he’s organized include “Give us back our bikes” (against the city’s bike fines) and the “3 person rally” (a very small gathering against the high cost of living). In April 2011, with the Shiroto no ran collective (the Amateur’s Revolt), he brought together more than 15,000 people through a last minute Twitter message for the first major antinuclear protest after the Fukushima accident, an anarchist demonstration that the police force still remember. Ever since then, other groups have organized more orderly protests, meeting every Friday in front of the Prime Minister’s residence. However this orderly style of protesting isn’t for everyone. “Japanese society is too stuck up, it’s completely bored us to death,” explains Matsumoto, who also recently organized a Japanese fondue (nabe) dinner in front

of the Roppongi Hills complex, one of Tokyo’s main symbols of luxury. His book Binbonin no gyakushu: tada de ikiru hoho (The poor fight back: Leading the penniless life) has been translated into both Korean and Chinese and has given him the opportunity to travel to these countries and discover all sorts of people leading other alternative lifestyles. Always aware of major issues in Japanese society, Matsumoto recently felt called to rebel against the nationalism fuelled by the age-old territorial conflicts centred around the Senkaku Islands and Takeshima, involving China, Taiwan, and both North and South Korea. The “No Nukes No Border” protest in November 2012 paved the way for a “ guerrilla protest” style of demonstrating, where the protesters move to a different place as soon as too many police officers have shown up. They invited hardcore music artists from Taipei and Seoul to come and protested by rolling around on the ground on the streets of Tokyo. This international protest was carried out in Matsumoto’s unique style and it was even appreciated by a num-

Jérémie Souteyrat


Dans sa boutique de recyclage > In his recycling shop > 自分の







要な役割がある。この 39 歳の















> ber of passers-by. “Japan has become bleak and narrow-minded. Everything is far too orderly. Other Asian countries are also heading in this direction, we’ve got to stop that from happening,” this anti-conformist states. When he isn’t in the streets, Hajime Matsumoto can be found calmly hanging out in his recycled goods shop “Number 5” where you can find everything from electric guitars to bedside lamps. “The Japanese throw out so many things that are still in good condition! I also get some strange items and there are some people who just want to come to haggle with me. I’ve come to know every house in the neighbourhood through this shop, it’s a really fun job”. His next project is to extend the network of protest meeting points, including in Fukushima and other cities, in order to organize debates and protests. “The problems within Japanese society go very deep. We wouldn’t solve anything even if we stopped all of the nuclear reactors. What needs to change are the very foundations of society.” / A.D-T.


「おれの自転車を返せデモ」 (放






かかる) 、 「3 人デモ(JR はトイ



レットペーパーを 100 円で売る


囲まれて静かに座っている。 「日

なデモ)」などがある。2011 年



4 月、彼は自ら作った「素人の






ter 経由で瞬時に 1 万 5 千人を

ズムに憤慨している。2012 年 11



月に開催した「No Nukes No Bor-

す。この仕事はとても楽しい」 。









の都市にも作ることだ。 「日本社 会の悪の根源は深い。全ての原











ない」/ A.D-T.

mars 2013 > Supplément Zoom Japon n° 28 > 39


Les créateurs


Daisuke 菅原大輔

ARCHITECTE > ARCHITECT > 建築家 Tôkyô > Tokyo > 東京

> Sugawara Daisuke intervient quand il le faut et juste comme il faut. Cet architecte social de 35 ans, qui a fait ses armes auprès des grands comme Ban Shigeru, prend le meilleur de la culture japonaise pour construire des espaces en harmonie avec la nature et les hommes. Puisant son inspiration dans les traditions shintoïstes, il veut repenser l’espace mais aussi l’humain. Quel est votre concept ? Je pense que l’architecture ou le design ne se traduisent pas simplement par des formes. Ils expriment une relation de complémentarité avec les hommes. C’est cette relation très belle que je cherche à mettre en valeur dans la société. Quand je suis allé en France, j’ai observé les jardins de Versailles conçus artificiellement selon un tracé net et sans bavures. J’ai réalisé qu’au Japon les jardins étaient toujours conçus en accord avec la nature, la forme d’une colline, un bois, un étang auxquels on ajoute d’autres éléments pour l’embellir. Ce constat m’a amené à pencher vers le côté écologique de l’architecture traditionnelle japonaise qui s’appuie sur la coexistence.

voir un plan de logements provisoires en bois. Sur place, ils avaient tout le matériel et la main d’œuvre traditionnelle, mais n’avaient pas d’expérience en terme d’urbanisme. H araDa Masayuki et moi-même avons apporté ce savoir-faire. nous n’avons pas juste donné une forme, nous avons conçu un ensemble tenant compte de l’environnement existant. Les gens y vivent toujours. Ils ne seront pas relogés avant environ 2016, car la législation impose qu’on trace d’abord les routes avant de construire. Cela amène les gens à quitter rikuzentakata. C’est pour cela que j’ai créé pour noël un projet de lampe-fleur pour éclairer et colorer la ville. Plus de 2 000 donateurs les ont signées avant qu’elles soient disposées le long des chemins. Chaque lampe était équipée d’un panneau solaire.

Avec des lampesfleurs, il éclaire et colore la ville

Quelle est l’œuvre dont vous êtes le plus fier ? Ce sont les logements provisoires construits sur une aire de camping-car à rikuzentakata, une ville du nord-est du Japon frappée par le tsunami du 11 mars 2011. Ce projet architectural a été conçu en accord avec l’environnement et les hommes. De plus, il s’agissait de créer non pas une ville artificielle, mais une infrastructure communautaire où il fallait préserver l’intimité des gens et penser au relationnel. Quel a été le point de départ de ce projet et où en est-il à présent ? a l’occasion d’un premier voyage en mai 2011 comme simple volontaire, j’ai rencontré un entrepreneur local qui m’a demandé de conce-

Pensez-vous que la reconstruction de la région du Tôhoku reflètera le Japon postFukushima ? C’est difficile à dire. Le séisme a ébranlé les bases même de la société qu’on croyait permanentes. nous vivions dans une espèce de léthargie. a présent, nous avons compris qu’il nous faut vivre plus sérieusement en tant qu’être humain. Je pense que nous sommes devenus des bêtes à penser, mais nous avons oublié de sentir. La surinformation et l’excès de propreté ont fait disparaître la part d’animalité qui était en nous. Je pense que la reconstruction doit se faire sur des bases qui en tiennent compte. nous serons alors un modèle pour le futur. Même si pour l’instant, on a l’impression que le Japon s’oriente dans la mauvaise direction ! Si vous deviez enlever quelque chose du paysage urbain, qu’est-ce-que ce serait ? Les panneaux publicitaires, car ils imposent un mode de pensée. / A.D-T.

40 > Supplément Zoom Japon n° 28 > mars 2013

What is your concept? I think that there’s a lot more to architecture and design than simply shapes and forms. They express a complementary relationship with man. This is the beautiful relationship that I aim to bring out in society. When I went to France, I observed the Gardens of Versailles and saw how they were artificially created following an exact pattern with no deviation allowed. I realised that gardens in Japan were always planned in accordance with nature, be it the shape of a hill, a piece of wood or a pond. We then add other elements to enhance these natural features. This observation led me to lean towards the ecological side of traditional Japanese architecture that depends on coexistence with nature. Which of your works are you most proud of ? I’m most proud of the temporary housing that is built on a camping site in Rikuzentakata, a city in the north east of Japan that was struck by the tsunami on the 11th of March 2011. This architectural project was conceived with the environment and people in mind. It was a project that aimed not to create an artificial city but rather a community infrastructure where we had to consider people’s privacy and the relationship to their environment. What was the starting point for this project and how far has it come along? I went on a trip in May 2011 as a simple volunteer, where I met a local entrepreneur who asked me to develop a plan for temporary wooden housing. They already had all the

Information overload and too many possessions have made our animal side disappear

Jérémie Souteyrat


Sugawara Daisuke intervenes when he needs to and exactly how he needs to. This 35 year-old social architect started his career alongside architectural greats like Ban Shigeru and takes the best elements of Japanese culture to create spaces in harmony with both nature and people. Drawing inspiration from Shinto traditions, he wants to rethink space but with humans in mind.

自然と­­人間に 調和した空間を創る。


菅原大輔は、必要なときに的確に物事に対処す る。この 35 歳の社会派建築家は、坂茂などの偉

大な建築家のもとで学び、日本文化のよいところをと って、自然と人に調和する空間を創り出す。神道にイ ンスピレーションを受け、空間だけでなく、人間につ いても見直そうとしている。 コンセプトは? 建築やデザインは、形で表わされるものだけではな いと思います。人間との補完的な関係を表現していま す。私は、この美しい関係の価値に重きを置こうとし ています。フランスに行ったとき、完璧な図面で人工 的に作られたヴェルサイユ宮殿の庭園を見ました。日 本では、庭園はいつも自然との調和で作られています。 丘の形だとか、森、池などに他の要素を加えて美しく するのです。そうして、共存に重きをおく伝統的な日 本建築のエコロジー的な側面に興味をもつようになり ました。 一番誇りに思っている作品は? 2011 年 3 月 11 日に津波の被害にあった東北の陸前高 田のキャンプ場に建てた仮設住宅です。この建築は、 環境と住人に合うように設計しました。それは人工的 な町を作るのではなく、各人のプライベートを守り、 人間関係を重視した共同体基盤を作ることでした。 プロジェクトのきっかけと現在の状況は? 2011 年の 5 月に最初にボランティアとして行ったと き、地元のある企業の方に会い、材木で仮設住宅を建 設する計画を立てるように頼まれました。地元には資 材もあったし、労働力もありましたが、都市計画の経 験はありませんでした。そこで原田勝之さんといっし ょにノウハウを提供しました。そこでは、単なるフォ ルムを提供したのではなく、環境を考慮した全体を考 えました。そこには現在も人が住んでいます。法律で は建物を建設する前に道路を作らなければならないの で、彼らは 2016 年頃までは移動させられることはあり ませんが、いずれ陸前高田を離れることになります。 だからクリスマスに、町に明かりをともし、色彩を添

Sugawara Daisuke croit encore en l’avenir > Sugawara Daisuke still believes in the future > 菅原­大輔はまだ未来を信じている

えるために、 「燈(とも)すプロジェクト」を計画しま した。2000 人の支援者の賛同を得て、ソーラーパネル 付のランプで仮設住宅敷地内の道を照らすことができ

necessary materials and traditional workforce to hand but they didn't have any experience in town planning. Harada Masayuki and I myself took care of this part of the project, but we didn’t simply give shape to the project; we developed a plan that took the existing environment into account. The people are still living there. They won’t have new housing until 2016 because the law requires roads to be in place before the building can be done. This has led people to leave Rikuzentakata. That’s why I started the garden-lamp project for Christmas in order to light up and give colour to the town. More than 2,000 donors signed the lamps before they were placed along the pathways. Each one was also equipped with a solar panel. Do you think that the rebuilding of the Tohoku region will reflect post-Fukushima Japan?

It’s hard to say. The earthquake shook even the foundations of society that we believed to be permanent. We were living in a sort of stupor. Now we’ve understood that we need to take living as humans more seriously. I think that we’ve become animals who think, but we’ve forgotten how to feel. Information overload and too many possessions have made even our animal side disappear. I think that the rebuilding should be done based on elements that can address these changes. We could become a model for the future – even if we are under the impression that Japan is heading in the wrong direction, as many are at the moment!

ました。 東北地方の復興にはフクシマ以降の日本が反映される と思いますか? 何とも言えません。震災によって、変わらないと思 っていた社会の基礎が揺さぶられ、私たちは無気力状 態に陥りました。人間としてもっと真摯に生きなけれ ばならない。人間は考える動物になりましたが、感じる ことを忘れています。情報過多と過度の清潔さが、人間 の動物性を消し去りました。このことを考慮した基礎 の上に、復興はなされるべきです。そうしたら私たちは 未来の見本になることができるでしょう。たとえ、今、

If you had to remove something from the urban landscape, what would it be? Signs, because they impose a certain way of thinking. / A.D-T.

日本が悪い方向に行っていると思われていても! 都市の風景から何かをとるとしたら、何でしょう? 看板です。考え方を強要していますから。/ A.D-T.

mars 2013 > Supplément Zoom Japon n° 28 > 41




”Quand j’avais 14 ans, une ”onde” m’a demandé de ressusciter le Japon”, raconte Inoko Toshiyuki en riant. ayant découvert Internet lorsqu’il était en terminale, il s’est dit : ”Jusqu’au XXème siècle, le monde s’organisait dans un espace physique, mais Internet va le remplacer. et dans la société de l’information, la technologie et la culture vont constituer le cœur de la compétitivité du Japon.” Inoko a donc étudié à l’université de Tôkyô la technologie numérique pour fonder avec cinq proches amis, dès la fin de ses études, un groupe de technologues de haut vol qui est Team Lab. Pour ses créations en Cg très appréciées à l’étranger, Team Labrecourt souvent à des motifs traditionnels japonais comme ceux du makie (la peinture d’or sur laque) ou de la calligraphie. Selon Inoko, “afin de créer les différences, c’est le créateur, non pas l’usager, qui doit comprendre la force de ce qui est transmis d’une génération à l’autre, audelà du langage et de la logique, dans l’univers de haute dépendance culturelle”. Prenons la culture européenne. elle privilégie l’équilibre comme beauté, pense Inoko. Quant aux Japonais, depuis toujours, ils trouvaient la beauté dans le déséquilibre. Il s’agit là d’une singularité de la culture nippone qu’on apprend à cultiver, précisément quand on vit dans sa sphère culturelle. “a travers la reconstitution en Cg d’œuvres classiques, je peux aussi connaître les pensées de nos anciens, leurs conceptions du monde, ce qui est derrière une culture, ce qui différencie une culture d’une autre.” Team Lab crée également des cyberespaces emblématiques de la culture d’akihabara la plus avancée comme le maid café ou les jeux vidéo. “La pratique du “mie”, c’est-à-dire la pose appuyée dans le théâtre kabuki et développée au cours de l’époque d’edo, trouve son origine dans le théâtre nô. a notre époque, cette pratique se retrouve incarnée dans les poses du héros des séries télévisées kamen raider lors de sa métamorphose, avant d’évoluer actuellement dans le monde du maid café. une culture forme des couches, et son essence évolue sans discontinuer à travers ces couches. nous aussi, nous aimerions poursuivre nos œuvres sans discontinuer en nous appuyant sur la force d’une culture propre à l’ère numérique.” Inoko pense que cette singularité de la culture japonaise va de pair avec la conception de communautés au sein de la société nippone.

Visionnaire > Visionary > 未

来を予見する 人

“L’occident considère les stars comme une réalité à part entière. C’est une culture réaliste. Tandis qu’au Japon, nous avons une culture d’ambiguïté, irréaliste, où on ne distingue pas le créateur de l’usager, comme c’est le cas du marché de revues de manga d’amateurs (comic market) ou de la chanteuse virtuelle HaTSune Miku. Cette culture qui permet facilement les produits dérivés ou sousdérivés convient bien à Internet.” néanmoins, il existe des obstacles pour faire de cette culture une industrie de conte-

42 > Supplément Zoom Japon n° 28 > mars 2013

nus et une arme stratégique de la politique d’exportation. “Le Japon, qui a imité la culture occidentale jusqu’au XXème siècle, est particulièrement sévère en matière du droit d’auteur. renforcer cette règle moraliste du XXème siècle nuit au développement de l’industrie des contenus. notre pays doit instaurer un système juridique et une mentalité qui conviennent mieux à la société de l’information pour retrouver sa propre culture d’autrefois.” Pour Inoko, le développement technologique rendra floue

la frontière entre les professionnels et les amateurs. Les technologues hyper compétents, conduits par Inoko qui est né à l’époque de haute croissance, sont en train de faire évoluer une industrie, autrefois pilier de l’économie japonaise, dans un monde numérique. Ils analysent la culture et reconstituent la continuité entre passé et présent en effaçant la rupture culturelle qui s’est imposée de façon imperceptible. Ils finissent ainsi par découvrir les idées d’innovation avec la volonté de redynamiser le Japon. / K. R.

Jérémie Souteyrat

S’adapter à la société de l’information


日本の競争力の中心は テクノロジーと文化





」という猪子さん れたんです(笑)




知り、 「20 世紀までは物理空間がメイ


















する。 「だから、非経済体には出来な

ーと文化だと思って」 、東京大学で確


性が養われると考える。 「古典作品を





CG で再構築するなかで、実は昔の人

「スターの存在がはっきりして いう。

。自らが テーマになってくるんです」


。 そ 依存度の高い領域と呼んでいます」


いる欧米が実在文化であるのに対して、 仕掛けるテクノロジーの進化が、自

団、 「チームラボ」を創業した。






























ネットと相性がいいんです」 。しかし、



CG 作品は海外でも注目を浴びている。 ムなどアキバ的ポップカルチャーの先









がデジタル領域」 。情報が物質から解


げる。 「江戸時代に歌舞伎の中で発展

がある。 「日本は 20 世紀までの欧米の










については厳しいんです。20 世紀的






性を再構築し、 ”日本の再生”というキー






「情報社会 差異が生まれにくくなる。


カフェで日々進化し続けているんです。 本は、情報社会に見合った、日本独自


“When I was 14, a “wave” asked me to revive Japan,” laughs Inoko Toshiyuki. He discovered the Internet in his final year of further education and said to himself: “Until the 20th century, the world was organised in a physical environment, now the Internet is going to take over. And in this information age technology and culture are going to constitute the heart of Japan’s competitiveness”. This led Inoko to studying digital technology at the University of Tokyo and founding Team Lab, a high-level technology group, with five of his closest friends after they all graduated. Team Lab often finds inspiration for its CG creations, which are very popular abroad, in traditional Japanese motifs, such as makie (gold painting on lacquer) or calligraphy. According to Inoko “A creator can only create something that stands out once he has understood the power in the essence of those things that are handed down the generations on a level above words and theory, which are both very much dependant on cultural bias. This responsibility to understand falls very much on the creator and not on the consumer of what he

Rebuilding the link between the past and the present


PDG DE TEAM LAB > CEO OF TEAM LAB > チームラボ 代表取締役社長 Tokushima > Tokushima > 徳島

Toshiyuki >

け出す。 / K.


creates”. In Inoko's opinion, European culture finds beauty in balance but Japanese culture sees imbalance as beautiful. This is a Japanese characteristic that one learns to adopt just by living in that cultural sphere. “Through reanimating classical works in CG, I discovered the way our forebears thought, their concept of the world, what lay behind their culture and what differentiates one culture from another.” Team Lab also created cyberspaces that are emblematic of the latest sub-cultural trends seen in AkihaThe idea of stylised presentation and "posing" where every character looks dramatic and appealing in their own way finds its origins in the noh theatre and was further developed through kabuki during the Edo era. Today this tradition is continued by the transforming heroes of the Kamen Rider TV series and is being further evolved in the maid cafes of Akihabara.. A culture is always layered and its essence continually evolves through these layers. We too want to continue our creative work in the digital era by utilising the strengths found in our own culture”. Inoko believes that the distinctive features of Japanese culture go hand in hand with the idea of community at the heart of Japanese society. “In the Western world, celebrities are considered to exist in a self-contained reality. It’s a culture

of realism. In Japan, we have a culture of ambiguity, of the unrealistic and we do not distinguish between the creative artist and the user, as found in the comic market or the virtual singer Hatsune Miku. This culture that welcomes characters that are derived from reality, yet apart from it, suits the Internet perfectly.” Nevertheless, there are some obstacles in turning this culture into a sustainable industry and a successful weapon in export strategy. “Japan, which imitated Western culture until the 20th century, is quite strict in terms of copyright. Reinforcing that moralistic rule harms the content industry. Our country needs to establish both a legal system and a mentality better suited to the information age, and that will allow it to rediscover its own past culture”. In Inoko’s mind, technological development will progressively erase the border between professionals and amateurs. The hypercompetent technologists lead by Inoko, who was born in the boom era, are contributing, in a digital world, to the evolution of an industry that once used to be a pillar of the Japanese economy. They are analyzing the culture and rebuilding the link between the past and the present by erasing the cultural split. In this way, they are discovering innovative ideas capable of reviving Japan. / K. R.

mars 2013 > Supplément Zoom Japon n° 28 > 43



Toujours un sourire aux lèvres > Always smiling > いつで


RÉALISATEUR > FILM DIRECTOR > 映画監督 Toyama > Toyama > 富山


Mamoru 細田守 Qu’est-ce qui vous a amené à travailler dans l’univers du cinéma ? Quand j’avais 12 ans, j’ai acheté un numéro du mensuel animage dans lequel il y avait un dossier consacré au film Le Château de Cagliostro. C’était le deuxième film de la série. on pouvait lire les noms de MIyazakI Hayao ou encore de oTSuka yasuo que je ne connaissais pas à l’époque. Je suis alors allé voir le film et ce fut un énorme choc. Je finissais ma dernière année d’école primaire et je me souviens d’avoir écrit dans ma rédaction de fin d’année : “Je veux devenir réalisateur de dessin animé comme MIyazakI Hayao.” Qu’est-ce qui vous a permis de créer votre propre œuvre ? Ça faisait longtemps que je voulais réaliser un long métrage. Quand je travaillais à la Tôei, j’ai reçu une offre du Studio ghibli qui me proposait de diriger la réalisation du film Le Château ambulant. 44 > Supplément Zoom Japon n° 28 > mars 2013

Comme je n’avais réalisé que des courts et moyens métrages, j’étais tellement content que je me suis précipité au studio ghibli. Mais en définitive, le projet s’est fait sans moi. en tout cas, cela m’a donné de plus en plus envie de faire un long métrage. Je me suis dit que si je restais à la Tôei, je n’atteindrais jamais cet objectif. Du coup, j’ai quitté Tôei animation pour entrer chez Madhouse. C’est comme ça que j’ai pu réaliser La Traversée du Temps.

Cela n’a-t-il pas été trop dur de quitter un endroit où vous êtes resté longtemps pour vous lancer dans une nouvelle aventure ? Je pense qu’il y a beaucoup de gens qui souhaitent réaliser leur propre film. Mais c’est quelque chose de très difficile. De plus, si l’on échoue la première fois, il n’y a pas de seconde chance. Tout le monde ne peut pas avoir cette opportunité. Si celle-ci se présente, il faut tout donner pour le film au risque de

mettre en péril sa vie, son avenir, sa famille et son amour-propre. Il était donc hors de question pour moi de rester à la Tôei. Je voulais absolument réaliser un film. J’étais prêt à sacrifier beaucoup de choses pour y parvenir. C’était un drôle de sentiment. Mais j’avais vraiment l’impression d’être arrivé à un point de départ. D’après vous, les événements tragiques du 11 mars 2011 ont-ils eu

Bruno Quinquet


Pour un film, il faut tout donner au risque de mettre en péril sa vie, son avenir, sa famille et son amour-propre




12 歳の時、 『カリオストロの城』の特集をしてい


牲にする覚悟がありました。変な感覚でしたが、出発 点に立ったと実感していました。

『ルパン三世』の第二作でした。当時は知りませんでし たが、宮崎駿や大塚康生の名前がありました。その映画




で、卒業文集には「宮崎駿さんのようなアニメの映画監 督になりたい」と書いたのを覚えています。

震災以降、日本人にとっての家族というものの考え 方はすごく変わってきたと思います。何が一番大切なの かわかったのだと思います。以前は「これも大事、あれ

自分の作品を作れるようになったのはどういうきっか けですか?

も大事」といっていました。すべてが同じでした。3・ 11 の後、私たちがまず心配すべきことは子どもだと思



映で働いていたとき、スタジオジブリから『ハ ウルの動く城』の監督をするように依頼が来ま した。短編や中編映画しか撮ったことがありま せんでしたから、喜んでスタジオジブリに飛ん でいきました。しかし、結局、私はその映画の 製作には参加せず、よけいに長編映画を撮りた い気持ちが強くなるばかりでした。東映にいた

une influence sur la notion de famille au Japon ? Je pense que la façon de penser des Japonais concernant la famille a beaucoup évolué depuis le séisme. Je crois qu’ils ont pris conscience de ce qui était le plus important. avant, on disait : “Ça c’est important, ça aussi, c’est important.” on finissait par tout mettre au même niveau. après le 11 mars, je crois que nous avons remis l’enfant au cœur de nos priorités. on a finalement compris que l’essentiel, c’est d’élever nos enfants même si le monde était totalement détruit. De nouvelles questions ont vu le jour : “en cas de crise majeure, comment peut-on les élever ? De quoi avons-nous besoin pour cela ?” Depuis le séisme, nous avons compris qu’il n’y avait qu’une chose essentielle : “Protéger et élever nos enfants”. De ce fait, je pense qu’il y a un lien logique et étroit entre Les Enfants loups, Ame et Yuki et le Japon de l’après 11 mars. Ces derniers temps, des magazines ont pu écrire que vous étiez le futur Miyazaki. Je ne suis pas M IyazakI Hayao. C’est lui qui m’a attiré dans ce monde, mais quand je crée un film, je ne le fais pas pour lui ressembler. J’ai juste envie de réaliser un film qui suscite l’intérêt du public. Ce qui est intéressant dans le cinéma, c’est la capacité du réalisateur à créer une perception multiple chez le spectateur. Je ne peux pas dire que je n’ai pas été influencé par MIyazakI Hayao, mais j’aimerais réaliser des films intéressants qui me sont propres. / Y. K. & O. N.


子どもを 育てるこ とが大事。


災害の時、どうやって子どもを育て るのか? そのためには何が必要か ?」震災以降、大事なことは一つし かないと気付きました「子どもを守 り、育てること」です。そういった 意味では、『おおかみこどもの雨と


雪』と 3・11 以降の日本との間には、論理的で密な繋

り、 『時をかける少女』を撮ることができました。



















画を作っていきたいです。/ Y. K. & O. N.


What made you want to work in cinema? When I was 12 year old, I bought an issue of Animage in which there was an article on The Castle of Cagliostro. It was the second film in the series and Miyazaki Hayao and Otsuka Yasuo were the names quoted but I had never heard of them before. So I went to see the movie and it was a shock! It was my last year in primary school and I remember writing in my graduation essay that “I want to become an anime director, like Miyazaki Hayao”.

In what circumstances did you make your own film? I had been longing to direct a full-length film for a long time. When I worked at Tôei, I was made an offer by Studio Ghibli giving me the opportunity to direct Howl’s Moving Castle. I had only ever directed shorts and medium length films and I was so happy that I rushed over to Studio Ghbili. However, the project went ahead without me. But it made me even more eager to direct a feature length film. I realised that if I stayed at Tôei it would never happen. So I left Tôei Animation for Madhouse and that’s when I directed The Girl Who Leapt Through Time. Wasn’t it difficult to leave a place you had been for such a long time in order to start on a new adventure? I believe many people hope to direct their own film one day. But it’s very difficult. And if you fail the first time around, there’s no second chance. And not everybody is lucky enough to get a shot at it. But if you’re given the opportunity, you need to put all you have into it, even if it means gambling your life, your future, your

I am not Miyazaki Hayao

「大 す。新しい問題も出てきました。

family and your pride. So I couldn’t have stayed at Tôei. I had to make my own film. And I was ready to put a lot at stake in order to succeed. It was a weird feeling but I felt I’d arrived at a point of departure into something new. In your opinion, did the tragic events of the 11th of March 2011 have an influence on what it means to be a family in Japan? The way the Japanese think of family has evolved a lot since the earthquake. I think they have become aware of what is most important. Before we used to say “this is important and that is important too”. Everything had the same value. Since the 11th of March I think children are at the heart of our preoccupations again. We have finally understood that it is essential to raise our children even if the world around us has been completely destroyed. New questions have arisen “In the case of a major crisis, how should we raise them? What do we need to do it?”. Since the earthquake, we have understood that only one thing counts, “ To protect and raise our children”. So now there is a direct link between The Wolf Children, Ame and Yuki and life in Japan after the disasters of 2011. Lately, some magazines have been saying that you are the new Miyazaki. I am not Miyazaki Hayao. It was he who led me into film but when I write a story I don’t do it to resemble him. What is interesting in cinema is the director’s capacity to create multiple perceptions for the viewer. I can’t say Miyazaki Hayao didn’t influence me but I would like to write interesting films of my own. / Y. K. and O. N. mars 2013 > Supplément Zoom Japon n° 28 > 45


Les créateurs




Les danseurs japonais sont célèbres pour leurs prouesses techniques et l’extraordinaire danseuse étoile ueno Mizuka est sans doute l’une des plus connues dans le monde entier. elle a attiré l’attention pour la première fois en 1993 en remportant le prestigieux Prix Lausanne en Suisse. elle est devenue depuis, une véritable star internationale. La principale danseuse du Tôkyô Ballet ne cesse non seulement de tourner dans l’archipel, mais elle est très demandée par des compagnies étrangères. “C’est l’un des aspects les plus gratifiants de mon travail”, explique-t-elle. “J’ai la chance de pouvoir rencontrer tous ces danseurs incroyablement doués. Chaque représentation est une chance d’apprendre et d’approfondir ma connaissance de cet art”. Bien que le ballet classique n’appartienne pas à la tradition artistique japonaise, cela fait des décennies que le public nippon s’y intéresse avec un enthousiasme croissant. “Il n’est peut-être pas aussi populaire qu’en europe où son histoire est bien plus ancienne, mais les amateurs ici sont incroyablement passionnés. C’est d’ailleurs quand je danse dans mon pays que je ressens les plus fortes émotions. Voilà pourquoi j’ai choisi de travailler ici avec une compagnie japonaise au lieu de poursuivre ma carrière à l’étranger”, assure-t-elle. en 2011, elle a participé à la tournée Hope Japan avec son homologue française Sylvie guillem. “C’est elle qui en a eu l’idée”, rappelle ueno Mizuka. “nous voulions redonner de l’espoir au pays après le séisme du 11 mars et l’accident nucléaire. nous avons dansé notamment dans les préfecture d’Iwate et de Fukushima”. La danseuse se souvient qu’il y a eu un moment dans sa vie où elle a hésité à poursuivre sa carrière. “Je crois que j’ai eu de la chance, car j’étais entouré de gens qui croyaient en moi, en premier lieu ma mère. Pendant des années, j’ai cru que je n’étais pas aussi bonne que les autres filles”, raconte-t-elle. Tout a basculé le jour où elle a remporté le Prix Lausanne. elle avait alors 15 ans. “Jusque-là, je ne dansais que pour le plaisir. Mais à Lausanne, chaque lauréat gagne une année dans une école de danse de renommée internationale. J’ai choisi de m’inscrire à l’académie de Danse Classique Princesse grace à Monaco même si j’étais incapable d’aligner deux mots de français”, ajoute-t-elle. a son retour au Japon, ueno rejoint l’asami Maki Ballet Tôkyô où elle a connu la célébrité avant de rejoindre le Tôkyô Ballet en 2004. “Ce fut une décision difficile à prendre. J’avais passé de très belles années dans cette compagnie et j’y avais de nombreux amis. Mais j’avais le sentiment que je devais avancer et trouver un nouvel environnement pour me lancer dans des projets différents. Je voulais alors me

Mizuka >

Japanese dancers are famous for their technical prowess and ballerina extraordinaire Ueno Mizuka is one of the best known worldwide. She first gained the ballet world’s attention in 1993 when she won the prestigious Prix de Lausanne award in Switzerland, and has since become a true international star. The Tokyo Ballet’s principal dancer not only tours Japan extensively but is in hot demand for guest appearances with companies around the world. “This is one of the more rewarding aspects of my job” she says. “I get to meet all these incredibly gifted dancers. Each performance is a chance to learn and deepen my knowledge of the art”. Though classic ballet does not belong to Japan’s artistic tradition, for many years local audiences have been following it with increasing enthusiasm.

Perfection is something every dancer strive for

produire davantage à l’étranger. Le Tôkyô Ballet m’en offrait l’opportunité”. après toutes ces années, ueno Mizuka a encore le trac chaque fois qu’elle entre en scène. “on ne sait jamais ce qui peut se passer. Les gens n’en ont peut-être pas conscience, mais il se passe tellement de choses sur scène. Tout peut aller de travers même si vous avez beaucoup répété. C’est un spectacle en public et vous vous présentez devant le public sans filet de sécurité. Mais la scène reste néanmoins un monde complètement à part où la magie opère à chaque fois». Quant à l’avenir, elle n’est sûre que d’une seule chose : “Je veux simplement continuer à progresser. Même si vous atteignez le sommet, vous ne pouvez pas vous arrêter. Chaque danseur vise la perfection, mais c’est quelque chose de bien compliqué à atteindre”. / G.S.

Sur scène, la magie opère à chaque spectacle

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DANSEUSE ÉTOILE > DANCER > バレエダンサー Kanagawa > Kanagawa > 神奈川

“It may be not as popular as in Europe, where ballet has a much longer history” Ueno says, “but fans here are incredibly passionate about it. I actually get the strongest emotions from dancing in my own country. That is one of the reasons why I decided to work here, with a Japanese company, instead of pursuing a career abroad”. In 2011 Ueno took part in the “Hope Japan Tour” which featured top French dancer Sylvie Guillem. “The tour itself was Guillem’s idea” Ueno points out. “We wanted to cheer up the country after the Great Tohoku Earthquake and nuclear accident, so we performed in Iwate and Fukushima prefectures, among other places”. There was a time when Ueno wasn’t even sure if she wanted to pursue this career. “I mostly feel I was lucky” she says, “because in the first stages I was surrounded by people who believed in me, principally my mother. For many years I actually thought I wasn’t as good as the other girls”. The turning point was winning in Lausanne when she was only 15. “Until then I had just danced for fun” she admits. “But at Lausanne, each winner is awarded a one-year scholarship to an internationally renowned dance school. So I decided to take one big step and attend the Princess Grace Classic Dance Academy in Monaco – even though I couldn’t speak any French” she laughs. When she returned to Japan, Ueno joined Asami Maki Ballet in Tokyo, where she shot to stardom before joining The Tokyo Ballet in 2004. “That was a difficult decision for me. I had spent a wonderful time with the old company and had many friends there but I felt it was time to move on and find a new environment where I could pursue new and diffe-


日本人バレエダンサーは、技術面での評価が 高いが、上野水香は卓越したバレエダンサー

で、世界で最も名が知られている。彼女は 1993 年、 スイスのローザンヌ国際バレエコンクールで受賞し、 注目され始めた。以来、国際的なスターになった。 彼女は東京バレエ団のプリンシパルで、日本国内の 公演だけでなく、海外のバレエ団からもよく招待さ れている。それは「この仕事をしていて最も光栄な 「すごい才能を持ったダンサ ことの一つ」だという。 ーたちと出会うことができます。それぞれの公演か ら学ぶことは多く、ダンスという芸術に対する私の 知識が深まります」 こ クラシックバレエは日本の伝統芸術ではないが、 こ十数年、日本でも関心が高まっている。 「歴史が古 いヨーロッパほど人気があるわけではありませんが、 バレエファンの人たちはすごく熱烈に応援してくれ ます。日本で踊る時の方が感動が大きいんです。そ れで外国でキャリアを積むよりも、日本のバレエ団 に所属しようと思いました」2011 年、フランス人ダ ンサー、シルヴィ・ギレムと「Hope Japan Tour」に 参加した。「それは彼女のアイデアでした。3 月 11 日の震災と原発事故の後、日本に希望を与えたかっ たのです。それで岩手県と福島県で演じました」

­ 台は 舞 魔法が かかる 別世界。

ダンスを続けることを迷った 時もあった。「幸運に恵まれて いたと思います。母をはじめ、 私を信じてくれる人たちに囲ま れていました。長い間、私は他 の女の子たちほど上手じゃない と思っていました」ローザンヌ で賞をとった日から人生が変わ った。当時は 15 歳だった。 「そ れまでは、趣味で踊っていまし

た。けれども、ローザンヌでは、受賞者は世界的に 有名なバレエ学校に一年通うことができます。私は、 ひと言もフランス語が話せませんでしたが、モナコの プリンセス・グレース・クラシック・ダンス・アカデ ミーに入学しました」 日本に戻ると、牧阿佐美バレヱ団に入って人気を 博し、2004 年に東京バレエ団に入団。 「決断するのは 難しかったです。牧阿佐美バレヱ団では長年、よい 時間を過ごし、多くの友人もいました。けれども、 前進しなければ、という気持ちがあり、それまでと は違ったプロジェクトに取り組める環境を見つけな ければと思っていました。海外の舞台に立ちたかっ たのです。そのチャンスを東京バレエ団が与えてく れました」 こうした長年のキャリアにもかかわらず、上野水

Jérémie Souteyrat

香は舞台に上がる度に緊張するという。 「何が起きる

rent projects. In particular, I had reached a stage where I wanted to perform abroad more and The Tokyo Ballet gave me this chance”. After all these years, Ueno still feels nervous every time she dances. “You never know what’s going to happen on stage. People may not be aware of it but there are so many things going on and so many things can go wrong, no matter how much you rehearse. It’s a live performance after all, and

you are out there without a safety net, so to speak. At the same time though, the stage is a completely different world where magic happens every time”. As for the future, she is only sure about one thing: “I simply want to keep growing as a dancer. Even when you reach the top, you can never stop. Perfection is something every dancer strives for but it’s a difficult thing to attain”. / G.S.

L’espoir passe par la danse > Hope through dancing >


かわかりません。見ている人にはわからないかもし れませんが、舞台ではいろんなことが起こります。 ちゃんと練習していても、うまくいかないこともあ ります。観客を前にした生の舞台には命綱はないの です。それでも、舞台というのは、素敵な魔法のよ うなことが起きる素晴らしい世界です」 将来についてわかっていることは一つしかない。

頂点にたどり着いても 立ち止まれない。 完璧を目指したいから。

「成長を続けたいだけです。 頂上にたどり着いたとし ても、立ち止まることは できません。ダンサーは それぞれ完璧を目指しま すが、達成するのは難し いものです」/ G.S.

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タナダユキ CINÉASTE > FILM DIRECTOR > 映画監督 Fukuoka > Fukuoka > 福岡


Yuki TanaDa yuki appartient à cette nouvelle vague de réalisatrices qui a apporté une bouffée d’oxygène au cinéma japonais. avec n ISHIkawa Miwa, anDô Momoko, IguCHI nami et ogIgaMI naoko, elle a reçu de nombreux éloges et de prix au Japon et à l’étranger pour son travail autour de la sexualité et des rapports homme-femme. elle ne cherche pas à mettre en avant sa qualité de femme. “Je veux simplement être considérée comme un metteur en scène. Je ne pense pas qu’il y ait de différence d’approche ou de sujet entre les hommes et les femmes”, assure-t-elle. attirée par les arts de la scène depuis son adolescence, elle est montée à Tôkyô après le lycée pour étudier à Image Forum, la meilleure école de cinéma expérimental du pays. “J’ai choisi cet établissement surtout parce que les frais d’inscription n’étaient que de 250 000 yens par an alors que les autres écoles de cinéma étaient plus chères et coûtaient environ deux millions de yens. Si aujourd’hui Image Forum se concentre sur la vidéo, à l’époque, ils enseignaient encore les rudiments pour faire un film standard comme par exemple tourner et monter un film en 8 mm.” L’équipement numérique actuel moins cher donne aux réalisateurs bien plus de liberté et leur offre la possibilité de tourner autant qu’ils le souhaitent sans avoir à développer de film. Mais cela ne l’empêche pas de regretter le passé. “Les techniques traditionnelles possédaient un côté tactile et chaleureux qui a malheu-

reusement disparu. Bien sûr, le numérique s’améliore et le public ne fait guère la différence. reste que l’image que vous obteniez sur le film avait une profondeur que la vidéo n’a pas réussi à restituer”, affirme la jeune femme. un autre point qu’elle appréciait lors d’un tournage avec du film, c’était l’atmosphère différente qui régnait sur le plateau. “La vidéo permet l’indulgence, car on peut refaire une scène autant de fois que l’on veut. auparavant, il fallait être beaucoup plus concentré et j’aimais la tension que cela créait entre les acteurs et l’équipe de tournage.” TanaDa se souvient de l’atmosphère particulière à Image Forum. “Il vous encourage à quitter le métier aussi vite que possible (rires), parce que c’est très difficile d’y faire son trou. Cela dit, j’ai beaucoup appris auprès de cette école d’un point de vue technique.” Depuis qu’elle a débuté, il y a une dizaine d’années, TanaDa a connu de nombreux changements dans le monde du cinéma au Japon. “Il est surtout devenu de plus en plus difficile de faire des films”, expliquet-elle. “Jadis, les films étaient divisés en fonction de leur budget. Il y avait les films réalisés avec des bouts de ficelle, les films avec des budgets moyens qui étaient distribués dans les circuits parallèles et les films à gros budget. Malheureusement, les films à budget moyen qui me correspondent le plus ont tendance à disparaître. Dans le même temps, la pression pour que je fasse plus d’audience a très fortement augmenté.”

Elle accompagne les gens dans leur combat quotidien

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Pas si fragile que ça > Not so fragile as it seems > か弱そ

うに見えるけれ ど…

elle se montre hésitante à se lancer dans de plus gros projets. “D’un côté, j’aime les défis, mais je sais aussi qu’un plus gros budget me donne plus d’obligations à l’égard des producteurs et de ceux qui financent le film. Je ne veux pas non plus faire des histoires plus simples pour attirer plus de spectateurs”, ajoute la réalisatrice. Mais quand elle se penche sur ses dix années de carrière, elle reconnaît avoir évolué sur le plan professionnel. “au fond, je suis toujours la même, mais ma position et mon rôle sur le plateau a totalement changé. avant j’étais nerveuse et hésitante, même si j’avais la responsabilité. J’étais plus jeune que la plupart des personnes présentes et j’avais du mal à exprimer ce que je voulais. Moins que mon statut de femme, c’était mon âge et mon inexpérience qui contribuaient à ce que certains me prenaient de haut. en général, les gens avancent dans le métier après avoir passé des années comme assis-

tant. Ça a été différent pour moi, car j’ai obtenu de diriger un film presque du jour au lendemain après avoir reçu un prix au Festival du film PIa”, raconte-t-elle. Cette impression d’être plongée dans le monde des adultes tout aussi jeune a aussi influencé les choix de sujets pour ses films. “Pendant de nombreuses années, après être devenue réalisatrice, j’ai eu le sentiment que je n’avais pas grandi en tant qu’individu. C’est peut-être la raison pour laquelle je m’intéresse tant aux lycéens. Dans mon dernier film, Le Lâche qui regardait le ciel, il est vrai que je m’attache à décrire la vie étudiante, mais pour moi, il était plus important de montrer la vie de personnes qui, malgré de nombreux problèmes, continuent de vivre avec dignité tout en contribuant modestement à la société japonaise. L’histoire originale signée kuBô Misumi montraient beaucoup d’empathie pour ces gens et je souhaitais qu’on la retrouve à l’écran.” / G. S.

Jérémie Souteyrat



Tanada Yuki is part of a recent new wave of female directors who have brought new life to Japanese cinema. Together with Nishikawa Miwa, Ando Momoko and Iguchi Nami, Tanada has garnered praise and prizes both in Japan and abroad for her exploration of sexuality and gender roles. Yet she does not want to be labeled a “woman director”. “I want to be simply known as a filmmaker. I don’t think there’s any difference in approach or subject matter between men or women”. Attracted to the performance arts since she was a teenager, Tanada moved to Tokyo after graduating from high school in order to study at Image Forum, the top school for experimental film in Japan. “I mostly chose it because tuition fees were about 250,000 yen a year, while film schools are much more expensive and cost around 2,000,000 yen. Now they focus on video making but at the time they still taught the basics of standard film making, i.e. how to shoot and edit on 8mm film”. Now cheaper digital equipment gives filmmakers a lot more flexibility, letting them shoot as much as they want without the need to develop the film, but Tanada has a fondness for the old times. “Traditional technique has a tactile quality and warmth that unfortunately has been lost. Of course digital technology is getting better and better and for the audience it’s


very difficult to notice the difference but the kind of image you get on film has a depth that’s still unmatched by video”. Another thing that Tanada likes when shooting on film is the different atmosphere on the set. “Video is very forgiving because you can re-do a scene any time you want but with film you need to be more focussed, and I love the tension it creates between the actors and the crew”. Tanada remembers the peculiar atmosphere at Image Forum. “They actually recommend you quit this busi-

gories of budget. There were the very cheap movies one made on a shoestring, mid-range works for the so-called “mini-theater” circuit and the major movies that cost between 500 million and one billion yen. Unfortunately the middle category, i.e. movies with a budget of about 100 million yen, which is the one which most of my works fall in, is getting smaller and smaller. At the same time, the pressure to get a wider audience for my movies has increased exponentially”. Tanada says she has somewhat mixed

Traditional technique has a tactile quality that has been lost. Of course digital technology is getting better and better and for the audience it’s very difficult to notice the difference ness as soon as possible (laughs) because it’s so difficult to make it in the world of movies and television. This said, I learned a lot from them techniquewise”. In the ten years since her debut, Tanada as seen many changes in the Japanese movie world. “Most importantly, making movies has gotten more and more difficult” she says. “In the past films were divided in three cate-

feelings about embarking on a bigger project. “On one side I like the challenge” she says. “At the same time, though I know that with a much bigger budget come obligations towards the producers and sponsors but I don’t want to dumb down my stories in order to attract more people”. Looking back at her career so far, Tanada admits she has changed professionally. “Basically I’m still the same”

she says, “but my position and role as a director on the set has definitely changed. In the past I was rather nervous and hesitant, because even though I was supposed to be in charge, I was younger than most of the staff so I couldn’t quite get across what I wanted to express. More than for being a woman, some people looked down on me because of my age and inexperience. Traditionally most people work their way up after spending years as an assistant director but for me it was different and I got to direct my own movie almost overnight, after winning a prize at the PIA Film Festival for young independent artists”. This feeling of being thrust into the adult world while still so young has also informed Tanada’s choice of subject matter for her movies. “For many years after becoming a director I felt I hadn’t really grown up as a person. Maybe that’s one of the reasons why I devoted some of my stories to high school students. As for my latest film “The Cowards Who Looked to the Sky”, it’s true that it partly focuses on student life but for me it was even more important to show the life of people who have to deal with many problems but still manage to live with great dignity and make their small contribution to Japanese society. Misumi Kubo’s original story shows a lot of empathy for these people and I wanted to show this attitude on screen”. / G. S.



ている。 「映画界でやっていくのは







す が 、私 の 場 合 は 、ぴ あ の 映 画




辞めるように勧めるんです(笑) 」 。



でも、技術面では多くのことを学 びました。




以前のやり方を惜しむ。 「いまは残

この世界に入って 10 年近くにな



るが、その間、日本の映画界では 様々な変化があった。 「特に、映画



ない。 「ただ一人の映画監督として








10 代の頃から演劇に興味があり、 には、ビデオでは表現できない深 高校を卒業後は上京し、日本で実

プロとして 成長中。


もっと大きな企画に取り組むこ とは迷っている。 「挑戦することは 好きなのですが、予算が大きくな ると、プロデューサーや映画のス ポンサーに対する責任も大きくな

フェスティバルで賞を取った直後 に映画を監督することになったの ですから」 若いうちに大人の世界に入り込 んだという印象は、その後の映画 のテーマの選択にも影響している。









て成長してきたと思う。 「根本では











きた」という。 「昔は、予算によっ



に入学した。 「この学校を選んだの

だという。 「ビデオだと何度でも同




は、年間の学費が 25 万円だけだっ










と高くて、年間 200 万円でした。現










デオが中心ですが、当時は 8 ミリ









たのです」/ G. S.

mars 2013 > Supplément Zoom Japon n° 28 > 49


創造する力 L’esprit ouvert > Open minded > 柔軟な頭脳

En quête de nouvelles histoires japonaises Qu’avez-vous ressenti après être parti du Japon ? J’ai réalisé à quel point les normes pouvaient être différentes à l’étranger. Je me suis plusieurs fois heurté à des problèmes qui me semblaient insolubles, mais j’ai appris à y réfléchir calmement et à trouver des solutions face à n’importe quelle situation. un exemple : alors que la crise de la vache folle faisait beaucoup de bruit au Japon, presque personne ne s’en souciait aux etats-unis. Il ne s’agit pas là de savoir laquelle des deux perceptions était la bonne. Simplement, j’ai découvert à travers ce genre d’exemple que l’information, qu’elle soit véhiculée par des médias ou par des individus, dépend en partie de celui qui la transmet. C’est pourquoi il est nécessaire en tant que public de prendre en compte la position de celui qui émet les informations, et savoir juger la qualité de ces dernières.

Réfléchir calmement pour pouvoir trouver des solutions

Après avoir travaillé chez Hakuhodo, une grande agence de communication japonaise, vous êtes parti faire vos études aux Etats-Unis. Racontez-nous votre parcours. Je suis né et j’ai grandi au Japon. ayant passé mon enfance à lire des livres et mes années étudiantes à lire des mangas, à jouer aux jeux vidéo et à regarder des films et la TV, j’ai toujours pensé que le Japon regorgeait de pépites fabuleuses en matière de divertissement. au début de ma carrière, j’avais déjà très envie de produire tous ces contenus de façon à ce qu’ils soient accessibles au reste du monde. Par la suite, j’ai pensé qu’il m’était indispensable d’aller aux etats-unis pour percer le secret du succès des productions hollywoodiennes. Pourquoi les produits américains tels que les films, les séries et les 50 > Supplément Zoom Japon n° 28 > mars 2013

émissions TV parviennent à être si compétitifs sur le marché mondial ? Je suis parti à l’école de cinéma de l’uSC (université de la Californie du Sud), en me spécialisant dans la production. L’uSC accordait beaucoup d’importance au “storytelling” (littéralement “raconter une histoire”, méthode narrative qui vise à renforcer l’adhésion du public à un discours donné). nous avons certes une conception différente du storytelling au Japon et en occident, mais il y a bien des aspects et des thématiques qui sont universellement valables. C’est la conviction que j’ai eu à l’issue de mon voyage aux etats-unis, et qui aujourd’hui m’est très utile dans le cadre de mes projets : présenter les productions japonaises de sorte qu’elles soient accessibles dans le reste du monde.

En tant que producteur, de quelle manière comptezvous mettre à profit les richesses du Japon ? Ce que je peux affirmer, c’est que le Japon est un pays formidable. C’est précisément grâce à mon expérience à l’étranger que je peux remarquer plus facilement ses bons côtés. Il y a une grande soif d’apprendre chez les Japonais, qui contribue à entretenir le dynamisme culturel du pays. Je pense que les Japonais se doivent d’être fiers de leurs pays, car c’est un véritable laboratoire d’idées. Pour ma part, je souhaite continuer à présenter des nouvelles “histoires japonaises” au reste du monde, et, à l’avenir, j’aimerais contribuer à stimuler et à enrichir le secteur japonais de la création. / K. R.

Jérémie Souteyrat


Parlez-nous de Stories que vous avez créée après vos études à l’étranger. Stories développe et produit des remakes en anglais de films ou de séries qui s’inspirent de mangas, de romans, de longs métrages et de téléfilms. nous sommes soutenus par Sega et Hakuhodo Dy Holdings qui nous permettent d’avoir accès à un impressionnant catalogue de titres et de personnages dont disposent leurs différentes filiales et qui sont très populaires dans le monde. nous produisons des contenus en langue anglaise qui vont intéresser une audience la plus large possible tout en préservant l’essence même des histoires originales. en dehors du contenu lié à Sega et Hakuhodo, nous travaillons sur un projet inspiré d’un roman de science-fiction signé TSuTSuI yasutaka et sur un reality show japonais produit par une chaîne de télévision importante de l’archipel.



Tomoya 鈴木智也


日本の大手広 告会社、博報

日本の優れた ストーリーを 世界に発信。


After working for Hakuhodo, a major Japanese Advertising company, you decided to go to film school in the United States. Tell us about how this happened I was born and raised in Japan, where I spent most of my childhood reading books, and my teenage years enamoured with manga and video games as well as films and television. I've always thought that Japan is a country bursting with gems of entertainment. Even at the beginning of my career, I always wanted to turn them into works that would be recognized all over the world. To make this happen, I thought that I needed to go to U.S. to learn first-hand the Hollywood producing system and the secrets of how Hollywood film and television companies create content that achieves commercial success with audiences around the globe. So I entered a graduate program, called The Peter Stark Producing Program, at the USC film school. The program really emphasised the importance of

できるようになったと 思います。

堂に勤務後、アメリ カに留学された経緯を教えて下さい。



Japanese should very proud

私にとって日本の魅力は多種多様な 要素を取り入れ、融合し発展させてき た文化だと思います。食も、アートも

話は日本で非常に騒いでいた時期でも、 音楽も、人々の価値観も素晴らしい魅 米国ではほとんど無関心。どちらが正
















また、STORIES にパートナー、プロ






の仲間のインスピレーションが複合的に ぶつかりあうことで、オーディエンス

めには、やはり何故ハリウッド映画、 テレビ番組が世界で戦えているのかと

帰国後に創設されたSTORIES LLC に






私たち STORIES は出資パートナー であるセガよりお預かりしているビデ


中でも私が出た USC(南カリフォルニ

オゲームのライツや、博報堂 DY が


ア大学)では、映画においては Tell the















ホスピタリティにつながっている他者 や自然を思いやる気持ち、豊饒な文化













や、SF 作家の筒井康隆先生の作品の







storytelling. We have a different concept of storytelling in different cultures but there are certain themes and elements that are truly universal. As a producer who tries develop English content based on Japanese stories, which can then inspire the world, this notion of universal themes and elements is the key factor I cherish the most in developing stories.

この先も、日本の物語を世界に紹介 しつつ、エンターテイメントとして価





ですか。またSTORIES が産み出す日







いと考えています。/ K. R.

What was it like to leave Japan? I realised how different ways of living in other countries could be. I was faced with several problems that seemed insurmountable to me at the time but I learned how to react calmly and figure out solutions no matter what the situation. One example: while Mad Cow Disease was all over the news in Japan, practically no one was worried about it in the United States. It wasn't a matter of knowing what information was accurate but rather understanding that information depends largely on the person passing it on, whether it's the media or individuals themselves. That's why it's necessary for the public to understand the position of whoever is presenting such information and to know whether they are a credible source. Please tell us about your company: Stories, you launched after studying abroad. Stories develops and produces high-quality English films and TV remakes based on Japanese IP, ranging from manga comics, novels and films to TV programs. Our investment partners for us include game giant Sega and Hakuhodo DY Holdings, which enables us access to their parent companies massive range of IP titles and characters that have a strong worldwide fan base. We produce English language content that will intrigue the global audience by protecting the core essence of the original stories. Besides Sega and Hakuhodo DY’s content, we are developing a project based on a novel by famous Sci-Fi author Yasutaka Tsutsui as well as a reality show produced by a major Japanese network. What do you think makes Japan so attractive? How do you see your involvement with Japan moving forward? I can say for a fact that Japan is a wonderful country. Thanks to my time abroad, I came to realize many of its great qualities. I feel that Japanese should be very proud of our country, that can create great ideas and stories based on this diverse culture. Through my role as a producer, I hope to continue developing and producing great entertainment based on Japanese stories. It would be wonderful if I could gradually build up and contribute to Japan’s creative content industry. / K. R.

mars 2013 > Supplément Zoom Japon n° 28 > 51


Les créateurs


elle a fait entrer la calligraphie dans le troisième millénaire. elle a fait se rencontrer cet art traditionnel japonais et l’univers multimédia, à travers d’étonnantes installations interactives. elle a offert au shodô une troisième dimension avec ses sculptures inscrivant les kanji dans l’espace. elle a inventé les amours impossibles de cette pratique ascétique avec le monde des médias, de la publicité, du cinéma et de la télévision... Shishû est une jeune artiste de son temps. Sur sa carte de visite, on peut lire “Sozobito”, un néologisme qui évoque “une personne qui crée une époque, qui fait face aux difficultés de l’avenir et qui n’abandonne jamais la création”. un terme qui lui va bien, qui dit sa détermination et sa volonté de transmettre au monde, grâce aux possibilités infinies et renouvelées de la calligraphie, l’image du Japon d’aujourd’hui et de toujours. Son talent, sa force de caractère et sa sensibilité ont été forgés par une pratique rigoureuse des arts traditionnels japonais. C’est dans une petite ville de bord de mer, dans la préfecture d’ehime, qu’elle a grandi, initiée dès l’âge de 3 ans à la danse traditionnelle japonaise et au piano, puis au violon et au kendô. a 6 ans, sur les conseils de sa grand-mère, elle commence l’apprentissage de la calligraphie ; deux fois par semaine, durant 5 à 8 heures d’affilée, la petite fille s’exerce à tracer les kanji, école d’humilité et de persévérance. après avoir vécu à ôsaka, kôbe et nara, elle est aujourd’hui installée à Tôkyô, dans le quartier de roppongi. Si elle a, récemment, parcouru le monde pour exposer et réaliser de nombreux projets qui l’ont fait connaître du public, Shishû a, cette année, l’intention de se concentrer sur la création. Son objectif : réaliser plus d’une centaine d’œuvres. Mais


Shishu is the woman responsible for bringing calligraphy into the new millennium. Through creating astonishing interactive installation pieces, she’s managed to bring together traditional Japanese art and the world of multimedia. She has given shodô a third dimension with her sculptures that trace kanji characters in space. She’s brought together improbable combinations by uniting her artwork with the worlds of mass communication, advertising, cinema and television. Shishu is a young artist of her time. On her business card she’s written “Sozobito”, a neologism that evokes the meaning of “a person who creates an era, who faces future difficulties head-on and who never stops creating”. This word suits her very well, considering the determination and willpower that she brings to the world. She chooses to express these strengths through the infinite possibilities and changing

aussi continuer à s’imprégner du wa, l’esthétique traditionnelle japonaise, auprès des plus grands maîtres et Trésors nationaux vivants de divers domaines tels que la poterie, la sculpture de bouddha, la peinture nihon-ga ou la cuisine de kyôto. et ce, afin d’exercer son œil, de cultiver l’équilibre inhérent à ces pratiques traditionnelles, et de forger son identité. C’est paradoxalement à travers ces disciplines exigeantes que l’artiste trouve sa liberté : celle de s’adresser au monde, en laissant sa calligraphie s’exprimer librement au-delà des frontières. Pour elle, l’avenir du Japon rimera avec émotion. Mais aussi avec reconstruction : elle croit en la force du Japon et en sa capacité à se relever. aujourd’hui, elle continue à mener une action de soutien aux zones sinistrées du Tôhoku, à travers son opération Nihon isshin project. a noël, elle a envoyé 800 gâteaux aux enfants d’Ishinomaki ; une façon de dire aux jeunes générations du Japon tout entier : “ne cédez pas !”. Si elle devait exprimer le futur de son pays en calligraphie, elle écrirait hito hito hito, trois kanji de l’homme alignés. Pour elle, “l’homme n’est jamais seul, il vit d’échanges, il est influencé et influence à son tour ; il tend la main quand quelqu’un a besoin d’aide, il est soutenu et soutient à son tour”. un avenir construit en commun, c’est ainsi que Shishû entrevoit le Japon de demain. / H. K.

CALLIGRAPHE > CALLIGRAPHER > 書道家 Ehime > Ehime > 愛媛


L’homme n’est jamais seul, il vit d’échanges, il est influencé et influence à son tour

styles of calligraphy, the art form that remains, and will always remain, the image of Japan. Her talent, her strength of character and her sensitive nature have all been developed through her rigorous practice of traditional Japanese arts. She grew up in a small coastal town in Ehime prefecture and began studying traditional Japanese dance when 3 years old. She then took up the violin and kendo. Her grandmother suggested that she take up calligraphy, which she started learning when she was 6 years old and so the little girl started tracing kanji characters for 5-8 hours at a time twice a week. Ultimately, this discipline came to be her education in humility and perseverance. Today she has made a home for herself in the Roppongi neighbourhood of Tokyo after having lived in Osaka, Kobe

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and Nara. She recently travelled the world in order to exhibit and promote a number of her projects. This year Shishu intends to focus on creative work. Her goal is to accomplish more than one hundred pieces of art. She’s also hoping to immerse herself in wa, the Japanese aesthetic tradition, in order to devote her time to learning from the great masters of pottery, Buddha sculptors, Nihon-ga painting and Kyoto cuisine. In pursuing these activities she hopes to improve her artistic judgement and observation, by cultivating the inherent balance in these traditional practices and to continue to shape her identity. Paradoxically, it is through these demanding disciplines that she finds freedom, the liberty to address the world, letting her calligraphy express itself freely without any boundaries.

The future of Japan is all about emotion

Shishu believes that the future of Japan is all about emotion but also about rebuilding. She is confident Japan has the strength and ability to recover. She currently heads the Nihon isshin support project in the stricken areas of Tohoku. For Christmas, she wanted to send a message of encouragement to all of Japan’s younger generation by sending 800 cakes to the children in Ishinomaki. When asked how she would express her country’s future in calligraphy she responded that she would write the character "hito", representing a person standing tall, three times, with each person linked to the next.” As she explains, “Man has many encounters in life and is never alone. He is influenced and he influences others in his turn. He lends a helping hand when someone is in need. He is then supported, just as he has supported others”. A future built by all who live there is what Shishu foresees for the Japan of tomorrow. / H. K.


書道は彼女によって、新たな千年 紀に入った。彼女は、インタラク

ティブなインスタレーションなどを使っ て、書道という日本の伝統芸能とマルチ メディアの世界との出会いを実現した。彼 女は、漢字を描いた彫像を空間に配置す るなどして、書道に三次元の拡がりを与 えた。彼女はまた、この禁欲的な芸術と、 メディアや広告、映画、テレビなどの世 界との間の禁断の恋をつくりあげた。紫 舟は時代の申し子だ。彼女の名刺には 「創造人(そうぞうびと)」と書かれている が、この造語は「未来の困難に立ち向か う人、創造することを諦めない人、時代 を創り出す人」という意味だ。この言葉 はとても彼女らしい。書道の無限かつ刷 新的な可能性をもって、現在の日本と不 変の日本を世界に向けて発信する決意と 意欲を表している。彼女の才能や性格、 感受性の基盤には、日本の伝統芸術を厳 格に実践してきたことがある。 愛媛県の海辺の町で育った彼女は、3 歳の時から日本舞踊やピアノ、バイオリ ンそして剣道も学んだ。書道は、6 歳の時、 祖母の勧めで始めた。週に二回、一回 5 時間から 8 時間、書道の稽古をし、謙遜 と忍耐を学んだ。大阪や神戸、奈良で過 ごしたあと、現在は東京の六本木に住ん でいる。 近年は世界中で多くの企画に携わって、 名が知られるようになったが、今年は制 作に力を入れようと思っている。目標は、 100 点以上の作品を作ること。そして日 本の伝統美である「和」の勉強のために、 陶芸や仏像、日本画、京料理などのさま ざまなジャンルの名人や人間国宝に教え を乞う。そうすることで、本物を見る目 や、伝統美の持つバランス感覚を養い、 自分のアイデンティティが作られるとい う。矛盾するようだが、こうした厳格な ジャンルの中に、紫舟は自由を見つける という。それは、垣根をこえて自分の書 を自由に表現させることで、世界に向け て発信する自由だ。彼女にとって、日本 の未来に大事なのは、感情・感動、そし て再構築だという。彼女は日本の底力と 立ち上がる強さを信じている。 現在、 「日本一心プロジェクト」を主宰 し、東北の被災地支援をしている。クリス

Jérémie Souteyrat

D’encre et d’amour > Living on ink and love > 墨と愛

マスには石巻の中学高校に 800 個のケーキ

人は決して一人ではない。 関わり合いながら、 影響を受けたり与えたり して生きている。

を送った。 「負けるな!」と日本の若者た ちに言いたかった。日本の未来を書で表す としたら、 「人人人」と「人」の漢字が三 つ繋がっているものを書くという。彼女に とって、 「人は決して一人ではなく、たく さん関わり合いながら、影響を受けたり 与えたりしながら生きている。誰かが 困っていたら手を差しのべ、誰かに支え られ、誰かの支えになっている」 。紫舟が 明日の日本に見るのは、皆で作りあげる 未来だ。/ H. K.

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“Jusqu’à il y a encore 10 ou 20 ans, il était quasiment impossible de diffuser des images ou des informations de façon indépendante. aujourd’hui, beaucoup de gens disposent de connaissances technologiques pour se passer des principales chaînes de télévision. D’après moi, il y aura un nombre croissant de personnes qui feront la même chose que nous avons faite au cours des mois écoulés. Cependant, le journalisme citoyen n’est pas encore totalement implanté au Japon. De façon évidente, il y a eu un regain d’activité dans ce domaine après Fukushima et des sites Internet comme ourPlanet-TV ont certainement contribué à cet essor. Mais, en comparaison avec ce qui se passe dans d’autres pays, ce mouvement est encore balbutiant.” / G. S.




JOURNALISTE > JOURNALIST > ジャーナリスト Ôsaka> Osaka > 大阪


「今から 10 年、20 年前までは、フリーのジャーナリストが映像や情報を独自に流 すことはほとんど不可能でした。現在では、多くの人びとが技術的な知識を持って

おり、既存のテレビ局を必要としません。ここ数カ月、私たちがやっていることは、 将来にはさらに多くの人たちができるようになるでしょう。とはいえ日本では、市民


“Until 10 or 20 years ago, it was practically impossible to publish news or pictures independently. Now, people have sufficient technological competency that they needn’t care about the main TV channels anymore. I believe that increasingly more people will be doing what we’ve done over the past few months. Nevertheless, citizen journalism isn’t yet established in Japan. There was a peak of it after the Fukushima disaster and sites such as OurPlanet-TV contributed to that boom. But when compared to other countries, this movement is still in its infancy”. / G. S.

ジャーナリズムはまだ完全に定着したとはいえません。福島の事故のあとに活発になっ たのは確かですし、OurPlanet-TV のようなウェブサイトも市民ジャーナリズムの発展 に貢献しています。しかし他の国々と比べると、まだまだこれからです」 / G. S.

Eric Rechsteiner

Libre > Free > 自由

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Spécial Tôhoku

Tous ceux qui soutiennent le futur du Japon Ishinomaki Hibi Shimbun

Avançons avec espoir Moving along in hope 希望を抱くことで前へ進もう


Le 11 mars 2011 la région du nord-est du Japon a été atteint par un des plus intenses tremblements de terre de son histoire (magnitude 9) suivi d’un tsunami de 10 mètres. Deux années viennent de s’écouler depuis, et en tant que victime de ce séisme, je veux remercier tous ceux qui du Japon et de l’étranger ont été nombreux à nous apporter leur soutien tant matériel que chaleureux. Ishinomaki Hibi Shimbun est un quotidien lu dans 14.000 foyers de villes de la région du Tôhoku: Ishinomaki, Higashi Matsushima et Onnagawa. Notre rotative endommagée par le tsunami, nous avons cependant tenu à publier le journal rédigé à la main et distribué dans tous les centres de réfugiés. Cette volonté de transmettre l’information aux victimes du séisme a attiré l’attention des médias du monde entier. Avec une grande empathie pour cette “Mission d’informer” par le biais de journaux muraux, le mensuel Zoom Japon les a exposés à Paris un an après en mars 2012 en publiant à cette occasion un supplément “La mission -使命”. En automne dernier, Zoom Japon nous a proposé de publier un supplément centré sur des personnes qui vont compter pour l’avenir du Japon avec pour titre “ Les 50 qui font le Japon de demain”. Désireux d’effacer l’image négative véhiculée vis à vis du Japon, ce fut pour nous une heureuse initiative à laquelle nous avons répondu en envoyant nos journalistes en reportage auprès de différentes personnes de notre région. Habitant dans les préfectures fortement touchées par la catastrophe: Miyagi, Iwate, Fukushima et Aomori, ces 8 personnes sont toutes très concernées par ce qui s’était passé. Dans ces trois premières préfectures, on comptait, au 9 janvier 2013, 16 000 morts et encore 2 700 disparus et le nombre de personnes sans maison et sans travail demeure considérable. La question primordiale reste la remise en route et la reconstruction. Euxmêmes victimes, ces 8 personnes n’ont pas cessé d’aider nos concitoyens face à une situation où on ne voit toujours pas le bout du tunnel. Leurs points communs : un profond sentiment d’attachement à leur terre et une forte espérance en l’avenir. Pour reprendre le mythe grec de Pandore qui en ouvrant la boite qu’elle devait laisser fermée, a déversé sur le monde tous les maux qu’elle contenait, je pense que ce séisme est pour nous une boite de Pandore. C’est en soulevant imprudemment le couvercle des fonds sous-marins qu’a surgi la catastrophe dans laquelle est plongé le Japon. Mais, comme nous le dit cette légende, tout au fond de cette boite, on y trouve “l’espérance” et nous croyons pouvoir surmonter nos difficultés car au font de notre cœur demeure cet espoir en l’avenir. Ces 50 portraits en sont les porte-drapeau. /

All those who support the future of Japan Ishinomaki Hibi Shimbun


On 11 March 2011, the northeast region of Japan was hit by one of the strongest earthquakes ever felt (magnitude 9), followed by a 10 meter- high tsunami. Two years have gone by, and as a victim of the earthquake, I wish to thank all those in Japan and abroad who gave us their material and moral support. Ishinomaki Hibi Shimbun is a daily newspaper that is read across 14,000 homes in the Tôhoku region: Ishinomaki, Higashi Matsushima and Onnagawa. Our rotary printing press was damaged during the tsunami, so we decided to handwrite the newspaper and deliver it to all the refugee centres. Our determination to share news with the victims of the earthquake captured the attention of the media all around the world. Having great sympathy for this “mission to inform” by means of wall posters, Zoom Japan displayed them a year later in Paris with the publication of a “Mission - 使命” special issue to mark the occasion. Last autumn, Zoom Japan offered to publish a special issue focusing on the people who will figure large

in the future of Japan, to be called “The 50????”. Hoping to erase the negative image of Japan that has developed, we were glad to contribute by sending our journalists to report and write about various people in our region. As they all lived in prefectures that were completely devastated by the natural disaster – Miyagi, Iwate, Fukushima and Aomori - these 8 characters are all deeply concerned by what had happened. On 9 January 2013, in the first three prefectures, 16,000 died and another 2,700 were reported missing, and a considerable number of people are still homeless and jobless. In Greek mythology, Pandora, by opening the box that she should have kept locked, let the evil it contained out on the world. The earthquake is what we consider to be Pandora’s box. It’s because someone carelessly opened it that the disaster appeared from below the surface of the sea, and flooded Japan. But as it says in the legend, at the very bottom of the box, there still is “hope”, and we believe that we can overcome our difficulties because deep in our hearts, we still believe in the future. These 50 portraits testify to this./

日本の未来を支える人たち 石巻日日新聞社



震災から 1 年後の 2012 年 3 月にパリで




となっている。8 人は自らも被災し、



ド9)が発生し、それが引き金となっ て高さ 10 メートルを超える大津波が東

昨年秋に「la mission」の第2弾として、


北地方を襲った 2011 年 3 月 11 日。 「東



日本大震災」 (以下大震災とする)と呼

プした「50 人のポートレート」の出版

未来を切り開くという強い信念と、地 域に対する深い愛情だ。







ギリシア神話に登場するパンドラは、 開けてはならない箱を開けてしまった









市の石巻市と隣接する東松島市、女川 町の読者約1万4千世帯に夕刊を発行

東北枠で取り上げた 8 人は、いずれ















牲者が多く、3県で約1万 6 千人が死


の中でも「ZOOM JAPON」は、壁新聞

亡し、今なお約 2700 人が行方不明と



なっている(2013 年 1 月 9 日現在) 。家

に登場する 50 人は、その旗手となる人




mars 2013 > Supplément Zoom Japon n° 28 > 55


Spécial Tôhoku




千葉拓人 >

「情報は日々更新され、記憶は 時間とともに薄れる。どちらも

ナマモノ。でも震災の記憶だけは風化 してほしくない。だから石巻日日こど も新聞を発行し続けていかなければな らない」 「この地域にいるだけでなぜか楽しい と思えるような石巻市にしたい。そう

子供の 想像力を 育てる。

なれば再び戻ってくる人も 増えると思う」 石巻日日こども新聞は、日 刊新聞サイズで石巻市の現状 を伝えるプロジェクト。震災 1年目の 2012 年3月 11 日に 創刊し、季号で年4回発行し

ている。 発行は子どもたちの創る力、伝える 力、つながる力の育成を活動目的とし た一般社団法人キッズ・メディア・ス テーション(太田倫子代表) 。/

Un enthousiasme contagieux > Contagious enthusiasm > 熱気は伝染する


“Si l’information se renouvelle chaque jour, la mémoire, elle, s’amenuise avec le temps. Toutes les deux sont périssables. Mais je ne veux pas que le souvenir de la catastrophe s’effrite. C’est pourquoi je souhaite que le projet du Journal des enfants ( H i b i ko d o m o Shimbun) perdure. Je voudrais que, en vivant ici à Ishinomaki, on soit heureux. Alors, les gens reviendront

nombreux pour y vivre.” Le Hibi kodomo Shimbun, créé sous l’impulsion de l’association Kids Media Station représentée par ÔTA Michiko, a pour but de former les jeunes à la créativité, la solidarité et qu’ils soient capables de communiquer. Le premier numéro est paru le 11 mars 2012, un an après la catastrophe. Il a une périodicité trimestrielle. /

Favoriser la créativité des jeunes

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“If information changes daily, memory fades with time. Both information and memory are perishable but I don’t want memories of the catastrophe to erode with time. That’s why I want the the Children’s Newspaper (Hibi kodomo Shimbun) project to carry on. I want us to be happy living here in Ishinomaki. That way, many people will come back to live here”. The Hibi kodomo Shimbun, spearheaded by the Kids Media Station, an association represented by OTA Michiko, aims to teach children creativity, solidarity and how to communicate. The first edition appeared on 11 March 2012, one year after the catastrophe. It is a quarterly publication. /

Teach children creativity, solidarity



Yokohama > Yokohama > 横浜



Reiji >

Bien plus que du sport > Far more than just sport > スポーツを超えて


Onagawa, ville portuaire de la préfecture de Miyagi et qui abrite 10 000 habitants, a vu la création en 2006 du club de foot Cobaltore Onagawa, sous l’augure du développement de la région par le sport, et avec ses habitants le rêve de rejoindre le niveau des professionnels de la première division japonaise, la JLeague. Pour la plupart, les joueurs n’ont aucun lien particulier avec la ville d’Onagawa. Ainsi NAKAJIMA Reiji, originaire de Yokohama, fait partie de ceux-là. NAKAJIMA a rejoint le club en 2007, un an après sa création. Il travaille la journée dans une entreprise de pêcherie, et s’entraîne le soir. A l’usine, sa silhouette sur le chariot élévateur qu’il dirige avec aisance détonait par rapport à celle des autres travailleurs. C’est au moment, où Cobaltore allait gravir un niveau supérieur qu’est survenu le séisme du 11 mars en 2011. A Onagawa, le tsunami a détruit le centre de la ville et tué ou fait 800 morts et disparus sur 10 000 habitants. La pêcherie, activité principale de la ville, a été durement touchée. Ceux ayant perdu maison ou travail ont quitté la ville. Après la catastrophe, il n’est resté que 8 000 habitants. Par bonheur, toute l’équipe a été saine et sauve. Tous ont participé à l’approvisionnement des denrées de subsistance et aux secours d’ur- >

The Cobaltore Onagawa football club was created in 2006 in Onagawa, a port city with a population of 10,000 in Miyagi prefecture. The club’s formation was made possible with the help of the region’s sports development programs, as well as the residents’ dream of reaching the professional level of Japanese first division football, the J. League. For the most part, the players have no particular connection to. Onagawa. Nakajima Reiji for instance, is originally from Yokohama. Nakajima joined the club in 2007, one year after its creation. He works for a fishing company by day and trains in the evening. At the factory, he stands out from the other employees as he works, operating his forklift with ease. The earthquake on the 11th of March 2011 occurred just as he was about to take his career to the next level. The tsunami destroyed the city centre of Onagawa and 800 of the 10,000 inhabitants were killed or went missing. Fishing, the city’s main industry, was severely affected. Those who lost their houses or work left the city and only 8,000 inhabitants remained after the disaster. The entire football team was fortunate enough to have survived. All of the players helped with emergency relief and the distribution of food provisions. It was clearly unthinkable to practice football in these conditions, and several players left the team when the club closed down temporarily. Although the director had explained that the club’s activities would resume the following year, several players weren’t able to commit to the team because the future was so uncertain. In June 2011, Nakajima Reiji launched an appeal for essential provisions in the affected areas and helped to implement a distribution plan. With the help of the Internet and personal connections, he was able to get work-benches and cool boxes for the young athletes’ associations in Onagawa and Minami-Sanriku. “I thought that since I was already here and knew what our needs were, I could serve as a link between those offering their help and those in the stricken areas. I wanted to represent Cobaltore as a member of our team, a member who was asked to play >


人口約1万人の港町、宮城県女 川町に 2006 年に産声を上げた アマチュアサッカークラブチー

ム「コバルトーレ女川」。スポーツを 通じて地域の発展に貢献することを理 念とし、国内最高峰のプロリーグであ るJリーグ入りという夢を町民と共有 してきた。 選手のほとんどは女川町に縁もゆか りもない若者たち。チーム発足の翌年、 2007 年に加入した神奈川県横浜市出身 の中島礼司さんもその一人だ。多くの 挫折を味わった男は町で必要とされる 人間になり、2011 年 3 月の東日本大震 災を経て地域との絆を深めている。 中島さんも昼間は水産工場で働き、 夜 に練習をする。工場でフォークリフト を巧みに操る姿は、他の従業員と区別 がつかない。 コバルトーレが東北社会人サッカー リーグ 1 部再昇格を目指した 2011 年、 そこへ東日本大震災が発生した。 女川町では大津波によって町の中心 部が壊滅し、約1万人の人口のうち約

やれること がある限り ここに とどまる。

800 人が死亡・行方不明 になった。町の基幹産 業であった水産業も大 きな被害を受け、住家 や職を失った人が町外 に流出した。震災後の 人口は約8千人にまで 減った。 幸いチームメート

は全員無事だった。それぞれ救援物資 の配布などできる限りの災害応急対応 に努めた。町がこんな状態で、サッ カーをやっている場合でなかった。 チームの活動休止で、やめた人もいる。 オーナーからは、翌年に再開するとい われ、ただそれを信じるしかなかった が、この先どうなるか分からず、1 年間 ただ待つのは嫌だった」 2011 年 6 月、中島さんは被災地に必 要な物資の提供を呼び掛け、それを届 ける応援プロジェクトを始めた。イン ターネットや個人的な人のつながりを 生かして、女川町や南三陸町のスポー ツ少年団にベンチやクーラーボッ


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Tohoku special

スポーツを通じて笑顔を ふやしたい。自分にでき るのはそれだけ。

> gence. Dans ces conditions, il n’a plus été question de faire du football. Le club étant à l’arrêt, certains ont décidé de le quitter. Le directeur avait pourtant annoncé la reprise des activités sportives pour l’année suivante, mais plusieurs joueurs n’ont pas pu attendre, compte tenu de l’incertitude pour l’avenir. En juin 2011, NAKAJIMA a lancé un appel pour obtenir les produits indispensables dans les zones sinistrées, et contribué à mettre en place un plan de distribution. Avec l’aide d’internet et de relations personnelles, il a ainsi fait parvenir bancs et glacières aux associations de jeunes sportifs à Onagawa et à Minami-Sanriku. “J’ai pensé qu’en étant sur place et sachant ce qui était nécessaire, je pourrais servir de lien entre ceux qui apportent leur aide et les lieux sinistrés.” “C’est en tant que membre de l’équipe, qui serait appelée à jouer dans d’autres villes, que j’ai voulu montrer la présence de Cobaltore. A mesure qu’on allait à l’ouest des zones touchées par le séisme, je trouvais des gens informés de la situation après le désastre. Mon témoignage a été écouté avec intérêt.” Comme annoncé, Cobaltore a repris son activité un an plus tard. Des 13 membres joueurs présents au moment du sinistre, 8 ont décidé de rester et des nouveaux ont rejoint l’équipe. Aujourd’hui il a changé de lieu de travail. Il exerce à Ishinomaki, à côté de la ville de Onagawa. Il a par ailleurs pris la responsabilité des relations extérieures de l’équipe. Mariage en mai 2011 avec une femme de 9 ans son aînée. Cette décision, parce qu’il a ressenti, avec le séisme, combien précieuse était la vie. Une demi-journée pour le travail, une demi-journée pour l’entraînement de l’équipe et l’apprentissage des jeunes, une existence dure mais que son épouse comprend et accepte. “Les espaces de jeu pour les enfants se sont raréfiés, mais s’ils souhaitent faire du football je suis prêt à les aider. Je veux que les habitants des logements préfabriqués nous voient faire des matchs et leur donner l’occasion de respirer. Je veux qu’il y ait encore plus de sourires grâce au sport. C’est tout ce que je peux donner, et je le ferai ici autant qu’il me sera possible. Je suis très impatient de voir ce que cette ville va devenir.” Il ne renonce pas à poursuivre son rêve. Pourtant, tout en accompagnant le devenir de ces lieux, son rêve semble se transformer. Le renouveau de la ville est le renouveau de Cobaltore et tout à fait au bout se trouve le but, c’est-à-dire le championnat de la JLeague. “Toutes les équipes connaissent des moments difficiles. Nous ne devons pas penser atteindre aisément la JLeague. Mais y renoncer sera la fin, nous devons viser toujours plus haut.” La mer bleu-de-cobalt de la ville d’Onagawa scintille de bleu comme naguère. /

Je veux qu’il y ait encore plus de sourires grâce au sport. C’est ce que je peux donner

58 > Supplément Zoom Japon n° 28 > mars 2013



「 ここにいて、今必要なものが分かる

> in other cities. As I travelled further west of the regions affected by the earthquake, I found people who had been informed of the situation only after the disaster. They were eager to hear all that I had to tell them”. As planned, the Cobaltore Football Club resumed its activity one year later. Of the 13 members that had been present during the earthquake disaster, 8 decided to stay and take up their positions in the team again. Today, Nakajima Reiji has shifted his workplace and currently works in Ishinomaki, close to Onagawa. He has also taken on responsibility for the team’s public relations. In May 2011 he married a woman 9 years his junior. He made this decision after realising just how precious life is, from his experience of the earthquake and all of its after effects. He devotes half of every day to work and the other half to team training and coaching younger athletes. Nakajima maintains a difficult schedule but his wife both understands and accepts his choice. “Children’s play areas have become rare but if they want to play football, I’m here to help them. I want the people still living in prefabricated housing to see us playing football matches and have the opportunity to breathe more freely. I want even more people to smile thanks to sport. That’s all I can give and I’ll do it here as long as I can. I can’t wait to see what this city is going to become”. Nakajima has not given up on his dream, although during his journey alongside the local area it seems to have changed in focus. The city’s revival is also the revival of the Cobaltore Club and the Club’s ultimate objective remains the J. League championship. “All of the teams have been through difficult times. We certainly can’t count on reaching the J. League very easily. But giving up now would be the end of it all, whereas what we really need to do is to always aim higher”. The cobalt-blue sea of Onagawa will regain its sparkle in the same way it did not so long ago. /

The city’s revival is also the revival of the Colbatore Club, and the club’s ultimate goal remains the JLeague

自分が、支援してくれる人と被災地の つなぎ役や窓口になれると思った」 「コバルトーレの選手として町の外 でプレーすることによって、町民にチー ムが存在することを見せたかった。被 災地を離れて西に行くほど、人々にと っての震災は誰かから聞いた話でしか なかったが、こちらから現状を伝えれ ばみんな関心を持ってくれた」 コバルトーレは約束通り、1 年後に 活動再開。震災当時 13 人いた選手の うち 8 人がチームにとどまることを決 断し、新しいメンバーも加入した。 今は職場を変え、女川町の隣の石巻 市で働いている。チームの広報も担当 している。2011 年 5 月には 9 つ年上の 女性と入籍。それは震災を経て、命の 尊さを実感しての決断だ。半日は仕事、 もう半日はチームの練習や少年たちの 指導などで忙しく、毎日が大変だが、 それを理解してくれる伴侶だという。 「子どもたちの遊び場が減ってしまっ たけど、サッカーをやりたいという子 がいるなら、応援したい。仮設住宅の 人たちに試合を見てもらい、息を抜く 時間を与えたい。スポーツを通じてこ の地域に笑顔を増やしたい。たぶんそ れしか自分にできることはないから。 そ れができる限り、ここにとどまる。今 はこれからどんな町になっていくのか すごく楽しみだ」 自分の夢はあきらめない。ただ、地 域とともに歩むうち、夢の意味は変容 してきているようだ。地域の復興がコ バルトーレの復興であり、その延長線 上にJリーグというゴールがある。 「どんなチームにも困難な時期はあ る。簡単にJリーグに行けるとは思っ ていない。でもあきらめたらそこで終 わりなので、常に上を目指したい」 女川町のコバルトブルーの海は、以 前のように青く輝いている。/

Le retour en mer > Returning to sea > 海に戻る


「震災で甚大な被害を受 けた。漁師を辞めて出て

行くのは簡単だ。でも自分がこ こにいる意味は、名振を復興さ せるためだったんだと思えるよ うになった」 「目の前に豊かな海があれば 自分たちは生きていける。漁業 を選んだことに後悔はない」/


Keiichirô PÊCHEUR > FISHERMAN > 漁師 Ishinomaki > Ishinomaki > 石巻



“Le séisme a provoqué d’énormes dégâts. Le plus simple aurait été de tout plaquer et de partir. Mais je me suis souvenu du sens de ma présence ici et de mon envie de reconstruire Naburi. C’est pourquoi je me bats ici. Je sais que nous pourrons vivre ici grâce à cette mer abondante et je n’ai aucun regret d’être un pêcheur.” /


“The earthquake did a great deal of damage. It would have been easier to give it all up and leave. But I remembered what it means for me to be here and my wish to rebuild the town of Naburi. That is what I fight for here. I know we can live here, thanks to the abundance of the sea and I have no regrets about choosing to become a fisherman.” /

mars 2013 > Supplément Zoom Japon n° 28 > 59


東北・被災地の力 CALLIGRAPHE > CALLIGRAPHER > 書道家 Kôriyama > Koriyama > 郡山



Seiran > >

Quelle vaste préfecture que Fukushima avec sa mer, ses montagnes et ses lacs. En parcourant 59 de ses villes ou villages, CHIbA Seiran a pris le pinceau pour exprimer son ressenti en chacun de ces lieux. L’eau qui lui a servi à diluer son bâton d’encre a été celle qui jaillissait de la montagne ou d’une source chaude. C’était au printemps 2010 que la calligraphe avait commencé ce Voyage calligraphique. Originaire de Tôkyô dans l’arrondissement de Katsushika, elle a quitté sa ville natale en avril 2000 pour Kôriyama. “Tôkyô ne m’attirait pas, car l’espace et la verdure me manquaient. En vivant à Fukushima, je me suis rapprochée de la nature et j’ai appris à apprécier le changement des saisons”. A vivre à Fukushima, on se sent tout particulièrement imprégné par la gentillesse des gens du Tôhoku. Lorsqu’on est malade, il n’est pas rare que les connaissances viennent vous voir et vous préparent un repas ; on est touché par leur amabilité. Les pieds bien sur terre, à chaque regard porté tout autour de soi, on découvre alors ce qu’on a négligé de regarder jusqu’à maintenant. Mieux que les gens du cru, ce sont ceux qui viennent de l’extérieur qui se rendent compte de l’attrait que dégage la vie en province. C’est bien le cas de CHIbA Seiran. En 2010, cela faisait 10 ans qu’elle vivait à Fukushima. “Je voulais transmettre à toujours plus de monde cette beauté. N’ayant que le pinceau comme moyen pour le faire, je m’y suis décidée”, raconte-t-elle. Ce fut le déclic qui l’a conduit à entreprendre ce Voyage calligraphique. “J’ai pu observer les personnes s’entraider sans broncher, sans jamais rebrousser chemin face à la rigueur de la nature. J’ai voulu transmettre avec mon pinceau ce mode de vie et cette attirance que l’on éprouve pour les gens de Fukushima.” Son idée était de laisser son pinceau exprimer ce qu’elle avait ressenti au milieu de la nature.

Un voyage (en calligraphie) pour mieux faire connaître la générosité de Fukushima. C’est alors que s’est produit le séisme du 11 mars 2011. Celui-ci l’a encore plus stimulée dans le travail qu’elle s’était fixé. Elle venait de terminer sa 53ème visite sur les 59 et il ne lui en restait plus que 6 à effectuer. La ville de Futaba où se trouve la centrale de Fukushima Daï-Ichi, visitée fin février juste avant la catastrophe, était depuis, interdite d’accès à la suite du tremblement de terre. Le jour de la catastrophe, CHIbA Seiran se trouvait à Kôriyama. “Les villes et villages situés en bord de mer que j’avais visités étaient totalement dévastés et muets. Je ne pouvais pas croire à ce qui s’était passé, ce fut un choc et du désespoir. A y repenser, on ne se sentait plus vivant quand bien même on avait survécu ; on se déplaçait tel un robot paralysé par la force d’inertie.” Peu après, une fois l’eau rétablie, elle a dilué de nouveau l’encre pour calligraphier et sans hésitation aucune, elle s’est mise alors à tracer deux caractères : ki bô (Espoir). “La calligraphie ne peut sauver personne, mais c’est la seule chose que je peux faire. Au milieu de cette épouvantable situation, j’ai pris mon pinceau, persuadée de protéger Fukushima avec cet espoir dont la région a tant besoin.” Un mois après la catastrophe, le 26 avril, elle a repris son périple dans la préfecture de Fukushima en allant à Miharu où se trouve un des trois plus grands cerisiers les plus représentatifs du Japon. Ce Voyage calligraphique a pris fin en août 2011. Désormais, elle se prépare à un autre voyage qui la mènera au temple des 33 représentations de Kannon à Aizu Wakamatsu dédié à la reconstruction et au repos des victimes. “La calligraphie, c’est un voyage. Et le voyage, c’est la vie. Je veux consacrer tout mon temps à parcourir les lieux où la nature est présente. Je recherche toujours les possibilités que peut m’offrir la calligraphie, car je sens la liberté qu’elle me procure.” /

La calligraphie, c’est un voyage et c’est la vie

60 > Supplément Zoom Japon n° 28 > mars 2013

Fukushima is truly a vast prefecture, with its sea, mountains and lakes. Passing through 59 of its cities and towns, Serian Chiba took up her paintbrush to express her feelings in each of these places. The water she used to dilute her ink stick was the water that sprang from the mountains or from a local hot spring. This calligrapher started her “Journey Through Calligraphy” in the spring of 2010. Originally from the Katsushika district of Tokyo, she left her hometown in 2000 to take up a position in Koriyama. “Tokyo didn’t attract me because I missed space and greenery. Living in Fukushima, I came closer to nature and the changing seasons, I learned how to appreciate it”. If you live in Fukushima, you feel as though you’re immersed in the warmth of the people from Tohoku. When you’re sick, acquaintances usually come to see you and prepare a meal for you; you’re touched by their kindness. Every time you look around you feel grounded and discover things you’ve not noticed until now. More than the local people even, those who come from outside Fukushima realise how appealing life in the province is – as in the case of Seiran Chiba. As of 2010, she had been living in Fukushima for 10 years. “I wanted to pass on this beauty to as many people as possible. Since I only had my writing brush to do so, I made up my mind about what I needed to do” she explains. This was the eureka moment that led her to undertake the “Journey Through Calligraphy”. “I was able to observe people helping one another without a second thought, without ever turning against the sometimes harsh forces of nature". I wanted to use my writing brush to pass on this way of life and the attraction one feels for the people of Fukushima”. Her idea was to let her calligraphy express what she had felt in the midst of nature. A voyage (in calligraphy) in order to become better acquainted with the generosity of Fukushima. That’s what the

Use my paint brush to pass on this way of life and the attraction one feels for the people of Fukushima

福島の人の生き ざまや魅力を書を 通して伝えたい。 そのために、 自然の中に自分を 置いて、感じ取っ たことを書く。 Un pinceau au milieu de la nature > A paint brush amidst nature > 自然の中で


earthquake of 11 March, 2011 led to. Seiran Chiba became even more inspired to achieve her objectives. She planned on visiting every single one of the 59 settlements in Fukushima and when the quake struck she had just finished her visit to the 53rd one. destinations left to go. The city of Futaba where the Fukushima Daï-Ichi nuclear plant is located, that she had visited at the end of February just before the catastrophe, had since banned access to everyone after the earthquake. On the day of the catastrophe, Chiba was in Koriyama. “The cities and towns that I had visited along the coast were completely devastated and silent. I couldn’t believe what had happened, it was shocking and filled one with despair. Thinking about it now, we didn’t really feel alive even though we had survived; we moved around like robots paralysed by the force of interia”. Shortly afterwards, once the water came back on, she diluted her ink for calligraphy and, without any hesitation whatsoever, she began to draw two characters: “ki” and “bo”, meaning hope. “Calligraphy can’t save anyone, but it’s the only thing I can do. In the middle of this horrendous situation, I took up my brush, convinced that I needed to protect Fukushima with the hope it needed so much”. One month after the catastrophe, on the 26th of April, she continued on her journey in Fukushima prefecture by going to Miharu, where the three largest cherry trees that represent Japan are located. She finished her journey in August 2011. Now, she is preparing for another journey that will take her to the temple of the 33 representations of Kannon (Goddess of Mercy) at Aizu Wakamatsu, a journey dedicated to sentiments of rebuilding and finding peace for the dispossessed. “Calligraphy is a journey. And the journey is life. I want to dedicate all of my time to roaming places where nature is present. I’m still searching the possibilities that calligraphy can offer me, because I feel the freedom it gives me”./






福島で暮らして 10 年の節目と


村 59 カ所を巡り、その場その場

なった 2010 年。 「もっと多くの人に









られるものがあるのではないか」 。







2010 年春から取り組んできた。


数日後、自宅に水道が通じ、墨 を擦ることができるようになった。 迷うことなく書いたのは『希望』

















「東京は、土や緑が少なかったし、 興味もなかった。それが福島で生





いを込めて書いた。福島の願い を書いた」と語る。





感じていた 2011 年3月 11 日に未

の 4 月 26 日から再スタート。最





町村 59 カ所のうちの 53 カ所目が










書の旅は 2011 年8月に終え、今





島県会津地方にある 33 の観音を



触れた。  地にしっかりと足を付け、周囲 のものごとに目を向けると、これ















mars 2013 > Supplément Zoom Japon n° 28 > 61


Spécial Tôhoku


Le samouraï du Tôhokus > The samurai of Tohoku > 東北のサムライ



Tatayuki >

Ce 11 mars 2011, les cordons de vie que sont l’électricité, le gaz et l’eau ont été coupés dans la région du Tôhoku, conséquence du très puissant séisme et du gigantesque tsunami. Tout le périmètre a été plongé dans une profonde obscurité et les habitants ont passé la nuit dans le froid et l’inquiétude. Si, à ce moment, une chaude lumière avait éclairé cette nuit noire, combien de cœurs auraient-elle réchauffées ! C’est avec cette idée qu’un homme a entrepris d’installer des panneaux solaires sur la terre dévastée. Le ‘samourai du Tôhoku’, c’est NIINUMA Takayuki. Dans cette école primaire Okawa à Ishinomaki, école qui a compté 84 victimes du tsunami, enfants et maîtres, il a installé l’électricité.

Sa contribution passe par la lumière dont chacun a besoin

62 > Supplément Zoom Japon n° 28 > mars 2013

L’idée d’installer un éclairage dans un endroit isolé a été le début de son action. Pour que les enfants victimes retrouvent leur chemin, il a aménagé des lampadaires aux endroits où se dressent des stèles en leur mémoire. Une demande est arrivée de l’école quand il a commencé à faire froid. “Nous pensons dresser un arbre de Noël, mais nous n’avons pas d’électricité à cet endroit. Pouvez-vous encore une fois nous aider ?”. Il a immédiatement répondu : “Je m’en charge.” Il a apporté le plus grand arbre possible et quantité de guirlandes lumineuses. Les enfants ont décoré l’arbre, et il en a vu certains verser des larmes. Parents de victimes et professeurs ont aussi tous pleuré. Lui aussi avait des larmes dans les yeux. Les enfants disparus ont certainement apprécié cette lumière i n c a n d e s c e nt e . C e f ut un

moment où la tristesse a été commune et les cœurs se sont mêlés. Ce jour où NIINUMA a eu la possibilité de rendre le plus grand service à la communauté fut également le jour de son 38ème anniversaire. Il se porte volontaire pour apporter sa contribution, en représentant du Tôkoku, lors d’un prochain sinistre. “Je souhaite absolument être le premier à accourir pour y apporter un éclairage.” Pour réaliser cette forte volonté, il court partout à la recherche de fonds. Ce fut la ‘JP.SAMURAI brand’ qui envoya un éclairage sur le ‘samourai de Tôkoku’. Il en résulta un modèle de jeans ‘Model Jeans Niinuma Takayuki’. Leur vente a débuté à la mi-octobre 2012. Ils comportent sur le dos un patch bleu ‘aîzomé’, une pochette arrière décorée d’une image du Mont Fuji, le point culminant du Japon

et utilisent les techniques traditionnelles japonaises. Il s’agit d’un produit unique et très élaboré. Cet article, créé avec la collaboration du styliste professionnel I WAMOTO Daisuke, est vendu 18 000 yens, soit environ 180 euros. Une société à but non lucratif, la ‘Projet Sanriku Solidarité’, qui aide Niinuma, reçoit 2 500 yens (25 euros) par unité vendue. C’est TAgAWA Kiyomi, représentant de la société, qui a imaginé ce projet. Il dirige la revue dont le but est de faire connaître la culture japonaise dans le monde. Il souhaite présenter des produits majeurs de la tradition japonaise et, en même temps, contribuer à porter aide aux zones sinistrées. Le dicton dit ‘le bushi montre bien haut son cure-dent comme s’il avait mangé’. Tagawa voit dans l’engagement de NII-


On 11 March 2011, the lifelines of electricity, gas and water, stopped working in the Tohoku region due to a very powerful earthquake and gigantic tsunami. The entire area was plunged into total darkness and the residents spent the night in cold and fear. If a warm light had shone through that dark night, how many hearts would have been emboldened! This was the idea that inspired one man to install solar panels throughout the devastated land. That man is Niinuma Takayuki, “the Samurai of Tohoku”. Iinuma installed electricity in the Okawa primary school in Ishinomaki, a school that lost 84 people in the tsunami, both children and teachers. The idea of installing lighting in such a stricken place was the start of his plan of action. He set up street lamps where certain landmarks had previously stood so that the children could find their way back home. He received a request from the school when it started to get cold. “We’re thinking of having a Christmas tree but we don’t have any electricity. Could you help us again?”. Iinuma immediately replied, “I’ll take care of it.” He started by bringing them the largest tree he could find, along with garlands of lights. The children decorated the tree, and Niinuma saw several of them shed

tears. Victims’ parents and teachers all cried as well. Niinuma even found himself in tears. The lost children must have certainly appreciated the warmth of this light. It created a moment where everyone could share the sadness and all their hearts came together. That day, when Niinuma was able to offer the greatest gift to the community, was also his 38th birthday. He volunteered to represent Tohoku and contribute lighting to other stricken areas. “I want to be the first one on the spot to help and move the project along.” In order to carry out this plan, he sought funding everywhere. The “JP.SAMURAI Brand” threw a spotlight onto the “Samurai of Tohoku” and a style of jeans called the “Niinuma Takayuki Model Jeans” was created and came out on sale in mid-October 2012. They have an “aîzomé” blue patch on the waistline at the back and a picture of Mount Fuji, the hallmark image of Japan, on the back pocket. They are made using traditional Japanese tailoring techniques and the final product is unique and very sophisticated. These jeans, created in collaboration with the professional stylist Iwamoto Daisuke, sell for 18,000 yen (approximately £125). The Sanriku Solidarity Project, a non-profit organisation that helps Niinuma, receives 2,500 yen (£17) for each pair sold. Tagawa Kiyomi, a company representative of Samurai.JP, is responsible for creating this project. He edits the Samurai.JP magazine, whose goal is to help the world understand Japanese culture. He aims to introduce major traditional products from Japan, and in doing so, to help support and contribute to rebuilding the stricken areas. As the saying goes, “the Bushi holds up his toothpick, as though he has eaten.” Tagawa sees this same attitude in Niinuma’s actions, that of the Tohoku samurai who is himself a victim of the disaster and yet focuses on helping others. Within two weeks, the sales of jeans totalled more than 100 pairs and the future seems promising. This catastrophe greatly changed Niinuma. He believes that he must put all of his energy towards helping those who need it. Anyone with a heart can change. Niinuma wants to say to people who are thinking of a way to help the affected regions that “If even someone like me is able to do something, you certainly can as well”. Confident that the day will come when those affected by the disasters can smile once more, he will continue turning on lights in the name of hope. /

Put all of his energy towards helping others


cette même attitude, celle du samourai du Tôhoku lui-même victime du sinistre et qui poursuit son engagement personnel. En l’espace de deux semaines, les ventes ont dépassé les 100 jeans, et l’avenir est prometteur. Cette catastrophe a grandement changé l’homme. Il pense que son devoir est de donner toute son énergie pour les gens dans le besoin. Quiconque a une âme peut changer. C’est pourquoi il veut dire aux gens qui veulent faire quelque chose pour aider la région sinistrée : “Si même quelqu’un comme moi est capable de faire quelque chose, alors vous pouvez certainement le faire aussi”. Confiant que le jour viendra du retour des sourires sur les visages des sinistrés du tremblement de terre, il poursuivra au nom de l’espoir à allumer ses lumières. /

必要とされる場所に 希望という名の 明かりをともしたい。


2011 年3月 11 日、巨大地震と大津波に襲われた東北地方で は電気やガス、水道などのライフラインが寸断された。一帯

は深い闇に包まれ、人々は寒さと不安の中で一夜を明かした。もし もあの時、闇夜を照らす温かな明かりがあったなら、人々の心はど れだけ救われたことだろう。そんな思いで、被災地にソーラーパネ 「東北のサムライ」とも呼ばれる新沼暁 ルを取り付ける男がいる。 之さんだ。 児童・教職員 84 人が大津波の犠牲になった宮城県の石巻市立大 川小学校にも電気を取りつけた。寂しすぎる場所に、明かりを灯 してあげたいと思ったのがきっかけだった。犠牲になった子ども たちが、迷わず帰ってこられるようにと、慰霊碑を照らす外灯を取 り付けた。 寒くなったころ、学校から連絡が入った。 「子どもたちがクリス マスツリーの企画をしています。しかしあの場所には電源がありま せん。もう一度力を貸してもらえませんか」 。 「ぜひやらせてくださ い」 。すぐに返事を送った。 活動が始まった。できる限り大きなツリーと、たくさんの電飾を 用意した。涙を流しながら飾りつけをする子どもたちがいた。遺族 も先生たちもみんな泣いていた。気づけば自分も泣いていた。亡く なった子どもたちもあの光の輝きを、きっと喜んでくれたに違いな い。悲しみを分かち合い、心を通わせ合った時間だった。最高の支 援をさせてもらったその日は、新沼さん自身の 37 回目の誕生日で もあった。 次にどこかで災害が起きたら、東北を代表して恩返しに行くつも りだ。 「絶対に一番に駆けつけて、その場所に明かりを灯したいん だ」 。この願いを果たすため資金づくりに奔走している。 そのひとつが、東北のサムライに光をあてた「 ブラン ド」第1弾のモデルだ。2012 年 10 月下旬に発売された「新沼暁之 モデルジーンズ」は、バックパッチに藍染め、後ろのポケットに日 本の名峰・富士山のステッチを施すなど日本の伝統技術を盛り込ん だこだわりの逸品。プロのデザイナー、イワモトダイスケさんがデ ザインを手がけたもので、価格は1本1万8千円。このうち 2500 円が新沼さんの活動を支援する特定非営利活動法人「絆プロジェク ト三陸」に寄付される仕組みになっている。 このプロジェクトは、日本の伝統文化を世界に発信する雑誌「」を発行する田川清美さん(一般社団法人 代表) が企画したもの。日本が誇る伝統的な産業を紹介しながら、同時に 被災地支援を図る。田川さんは「 〝武士は食わねど高楊枝〟のこと わざ通り、被災者でありながら身を削って支援活動を続ける姿はま さに東北のサムライそのもの」とモデルに起用した新沼さんの取り 組みをたたえる。発売から2週間で 100 を超す注文が入るなどジー ンズの売れ行きは好調だ。 この震災で人生が大きく変わった。困っている人のために力を尽 くすことが、自分の今の務めだと思う。どんな人間でも心があれば、 変われる。だからこそ被災地のために何かをしてあげたいと思って いる人々に、こう伝えたい。 「あなたにだって必ずできることがあ る。こんな俺にだってできたんだから」 。震災で傷ついた人々に心 からの笑顔が戻る日を信じて、これからも希望という名の明かりを 灯し続けるつもりだ。/

mars 2013 > Supplément Zoom Japon n° 28 > 63


Tohoku special




Seitarô >

Ishinomaki est une ville de la préfecture de Miyagi où vient se jeter langoureusement dans l’océan Pacifique la rivière Kitakamigawa, théâtre de plusieurs romans-fleuves japonais. “Tout petit, mon regard pétillait dans cette ville et j’étais tout excité en passant devant toutes les boutiques du quartier. Avec le temps, ces rues commerçantes ont disparu”, se souvient ÔMORI Seitarô, enfant d’Ishinomaki. C’est pourquoi, en se basant sur les souvenirs de son enfance, il voulait faire du musée Ishinomori “un lieu amusant”. En 2011, alors que les préparatifs pour fêter le 10ème anniversaire de son ouverture allaient bon train, le séisme de magnitude 9 a tout bouleversé. ÔMORI Seitarô était là criant et gesticulant dans tous les sens. “Le musée est resté intact !” De nombreuses personnes étaient alors venues se réfugier au 3ème étage de la bibliothèque qui n’était pas sous les eaux. Ainsi près de 40 personnes ont été sauvées dont un homme emporté par le tsunami mais qui avait réussi à s’accrocher à la toiture. Dans le musée, les rescapés qui ne se connaissaient pas ont vécu sans eau ni électricité pendant cinq jours jusqu’au 15 mars. On l’appelle le musée-sauveur, car, tout autour, il ne restait plus rien et nombreux furent les disparus. Pour les survivants, exténués à résoudre les problèmes du quotidien, prendre plaisir à lire un manga était le moindre de leur souci. ÔMORI Seitarô a commencé alors à douter de la raison d’être de son musée. Mais un événement l’a fait réfléchir et changer. Au Japon, en mai, on dresse au bout d’un mât des banderoles multicolores pour souhaiter santé

Relever le musée comme un symbole de renaissance et croissance aux enfants. Il s’est trouvé que les préparatifs pour cette fête se déroulaient près du musée et qu’une vieille dame passant à proximité a joint ses mains en regardant ÔMORI Seitarô en lui disant : “C’est bien ce que vous faites. La ville croule sous les gravats. C’est la première fois que je revois des couleurs. Merci.” Et la dame lui a adressé un sourire qui venait du cœur. Avant le séisme on n’aurait pas fait attention à ce geste. Mais à cet instant le cœur d’ÔMORI Seitarô a fait tilt. “Ces mots et ce sourire m’ont vraiment montré le sens du travail que je devais accomplir : restaurer le musée le plus vite possible.” Les responsables du musée ont décidé de le relever comme symbole de la reconstruction d’Ishinomaki en lui rendant sa fonction muséale de la culture manga comme il l’avait fait jusqu’à maintenant et en y ajoutant une fonction de loisirs dans la région. “Avec le soutien de notre équipe et des bénévoles, le musée a rouvert le 17 novembre 2012. Ce jour-là et le lendemain 8000 visiteurs sont venus. Depuis le séisme et jusqu’à maintenant, nous avons beaucoup souffert. Mais c’est le début d’un changement. Faire sans honte quelque chose pour les futurs habitants d’Ishinomaki, c’est ma tâche. En restant ici, je veillerai sur ce Musée et sur cette ville.” /

64 > Supplément Zoom Japon n° 28 > mars 2013


Ishinomaki is a city in Miyagi prefecture and where the river Kitakamigawa, the scene of several Japanese novels, languorously flows into the Pacific Ocean. “When I was small, my eyes would light up with excitement when I was here, wandering outside all the shops in the area. Over time, those shopping streets have disappeared” remembers Omori Seitarô, a native of Ishinomaki”. It was these childhood memories that inspired Omori to transform the Ishinomaki Museum into a place children could enjoy.” In 2011, while preparing for its 10th anniversary celebration, the magnitude 9 earthquake turned everything upside down. ÔMORI Seitarô was there shouting and waving his arms around. “The museum remained intact” he says, relieved. Many people took refuge on the 3rd floor of the library that hadn’t been flooded. 40 were saved, including a man who had been carried away by the tsunami, but who was able to hang on to the roof. The survivors, who didn’t know each

The museum rose as a symbol of Ishinomaki’s reconstruction


日本有数の大河、北上川の悠々とした流れが太平洋に 注いでいる宮城県石巻市。その河口付近にある中州は、

「中瀬」の地名がつき、古くから造船所や劇場が位置する産 業、文化両面でのシンボル的な場所だ。そこに 2001 年に完 「マンガの王様」と称され、 「サイ 成したのが石ノ森萬画館。 ボーグ 009」や「仮面ライダー」などの生みの親として知ら れる石ノ森章太郎(1938 - 1998 年)の作品をモチーフにした美 術館だ。 大森さんは石巻市の中心部で生まれ育った。 「子どもの目 には、周囲の店も含めて輝いて見えた。“まち”からイメージ されるのは、あのころのワクワク、ウキウキとした気持ち」 と大森さんは振り返る。 しかしそんな商店街も時代ともに衰退していった。

Aussi fort qu’un héros d’Ishinomori > As strong as an Ishinomori’s hero > 漫画のヒーロー


「萬画館を、とにかく楽しい場所にしたい」という思いを ベースに 10 年にわたり走り続けてきた。 石ノ森萬画館が記念すべき開館 10 年目を迎えた 2011 年。 少しずつ記念式典などの準備が始まっていた3月 11 日、石 巻市の東方沖を震源とするマグニチュード 9.0 の地震が発生。 石巻市では最大震度6弱の揺れが約3分間続いた。 大森さんは「萬画館は大丈夫です」と、身振り手振りで呼 び掛けた。続々と人が集まり、浸水していない萬画館3階の 図書ライブラリーに待機してもらった。約 40 人の避難者の 中には、トタン屋根につかまりながら津波に流されてきた男 性もいた。電気も水道も止まった萬画館で、それまでまった く知らない者同士による避難生活は震災発生から 5 日目の 3 月 15 日まで続いた。 地域に夢を運ぶ萬画館といっても、その地域が壊滅し、 多くの人が犠牲になった。なんとか助かった人たちも日々 の生活をするのが精一杯で、マンガを楽しむ気持ちなど沸 かない。大森さん自身が、萬画館の存在意義に疑問を感じ 始めていた。 そのようなときに、考えを変えさせられる出来事が起こっ た。萬画館の近くで5月に鯉のぼりを揚げる準備をしていた ときだった。

萬画館が石巻の 復興のシンボル になれば、 と決意した。 other, lived in the museum for 5 days, without any water or electricity, until the 15th of March. It is now called the “saviour-museum”, because nothing around it survived and many people went missing. For the survivors, exhausted with solving day-to-day problems, reading manga was perhaps the last thing on their minds. This caused Omori started to doubt the significance of the museum’s existence, but something made him change his mind. In May, in Japan, a flagpole with multicoloured ribbons is usually raised to wish good health and growth to the children. Preparations for the celebrations were taking place close to the museum. An old lady walking by grasped Omori by the hand and thanked him: “What you are doing is wonderful. The city is in ruins. It’s the first time that I have seen colours since the earthquake. Thank you” she said

with a warm and heartfelt smile”. Before the earthquake, it wouldn’t have meant much to him but at that moment, Omori Seitarô’s heart leapt. “Those words and that smile showed me the direction of my work: to restore the museum as fast as possible”. So the museum rose as a symbol of Ishinomaki’s reconstruction in addition to its former functions as a manga museum and amusement centre in the area. “With the help of volunteers, the museum reopened on the 17th of November 2012. 8,000 visitors came that day and on the day after. Since the earthquake, and up until now, we have suffered a lot. But it’s the start of a change. I can say, without any shame, that my task is to do something for the future residents of Ishinomaki. By staying here, I can care for the museum and this town”. /

通りかかったお年寄りの女性が、大森さ んに向かって手を合わせてこう言った。 「本当にいいねぇ。津波でガレキだらけに なったこの町で、初めて色を見たよ。鯉の ぼり、ありがたいね」。女性は心からの笑 顔を見せたのだった。 震災前だったら何気ないことかもしれな い。でもこのときの大森さんの心には強く 響いた。「復興はおろか、復旧さえも見通

しが立たず、先が見えない頃だったが、あの言葉と笑顔か ら、本当に自分のやるべき仕事の意味を見出せた」という。 それと同時に芽生えたのが、 「できるだけ早く萬画館の復旧 を果たさなければならない」という思い。萬画館がこれま で果たしてきたマンガ文化の博物館的機能、地域でのアミ ューズメント機能に加え、石巻の復興の象徴として立ち上 がろうと決意した。 スタッフたちの努力と多くのボランティアの支援で、萬画 館は 2012 年 11 月 17 日に再オープンした。イベントを行っ た当日と2日目で約 8000 人が来場。 「震災からここまで、つらいことがたくさんあった。でも オープンすることは終わりでなく始まり。将来の石巻の人に 恥ずかしくないものを作ることが自分の仕事。ずっとここに いて、萬画館を、そしてこの町を見守っていく」/

mars 2013 > Supplément Zoom Japon n° 28 > 65



Informer quoi qu’il arrive > Informing not matter what > 何があっても





“Le 11 mars 2011, un grand tremblement de terre a provoqué des dégâts sans précédent dans tout le nordest du Japon. A la suite des secousses d’une très forte intensité jamais ressenties jusqu’alors et qui ont duré trois longues minutes, il était normal que notre rotative s’arrête et que la distribution du journal soit suspendue face à une telle situation. Heureusement le matériel de fabrication et la rotative n’ont pas été endommagés et l’électricité n’a pas été coupée, mais la rotative ne pouvait plus tourner. De plus,

66 > Supplément Zoom Japon n° 28 > mars 2013


Tatsuya la livraison était devenue problématique car tous nos points de distribution situés en bord de mer avaient été touchés. Malgré cela, nous avons quand même pu sortir, en photocopie A3 un numéro spécial tiré en plusieurs centaines d’exemplaires distribués en ville par toute notre équipe. bien que notre journal ne soit qu’un petit quotidien local, j’ai insisté, avec le soutien de tous les salariés, pour continuer à transmettre aux citoyens les informations dont ils avaient besoin. Le lendemain, la situation avait changé. La centrale nucléaire de Fukushima Dai-

ichi était dans un état critique. Toutes les chaines de télévision commençaient à faire passer en boucle l’information. C’est alors que le 15, lors d’une conférence de presse, le secrétaire général du gouvernement a donné le coup de grâce en annonçant que la ville d’Iwaki faisait partie de la zone des 30 km à évacuer. Nous nous sommes alors réunis et considérant que la santé des salariés était primordiale, je leur ai demandé de rentrer chez eux et nous avons décidé, bien amèrement, d’arrêter momentanément la parution. Pour un journal que signi-


Priorité à la création d’un journal citoyen fie interrompre momentanément la publication ? Tout le monde peut comprendre les difficultés que poserait la remise en route d’un journal. Ce serait comme suspendre définitivement la publication. Le 16, je me suis rendu à la rédaction et j’étais assailli d’appels téléphoniques pour obtenir des informations sur la situation. Le 21, l’eau ayant été rétablie et le taux de radiation ayant diminué, j’ai estimé que le journal devait reparaître et j’ai demandé à tous les salariés de rejoindre la rédaction. Le lendemain, la moitié de l’équipe étant présente, chacun a repris son poste conscient de ce qu’il devait faire. La ville d’Iwaki restait néanmoins plongée dans un état de panique. Les raisons en étaient multiples, mais la plus grave résidait dans la difficulté d’informer la population. Actuellement les nouveaux médias comme Internet ont de plus en plus d’influence et diffusent des informations inexactes auprès du public. Alors que la radioactivité dégage une peur invisible, la moindre information devient tout de suite inquiétante. Je pense que, nous aussi, journalistes, sommes impuissants face à cette réalité. Déjà deux ans ont passé depuis la catastrophe. La ville d’Iwaki et son bord de mer restent plongés dans la désolation. Même si beaucoup de gravats ont disparu, encore combien de temps faudra-t-il attendre pour reconstruire alors que plane la peur de la radioactivité et que la population vit dans une atmosphère de résignation ? En tant que média local, nous nous devons dorénavant d’informer nos lecteurs d’une façon équitable, en vérifiant l’exactitude de nos sources et en nous rapprochant des citoyens. Tel est notre rôle et la mission qui nous incombent si l’on veut développer un journal ‘citoyen’.” /

On the 11th of March, 2011, a large earthquake caused unprecedented harm throughout the northeast of Japan. After enduring tremors stronger than had ever been felt before, which lasted 3 long minutes, it goes without saying that printing press stopped and newspaper distribution was suspended in the face of such a situation. Fortunately, the printing press parts were not damaged and the electricity wasn’t cut off but nevertheless, the press stopped turning. Delivery also became problematic because all of our distribution points near the sea had been affected. However, we were still able to circulate a photocopied special edition, distributing several hundreds of copies throughout the city, thanks to our entire staff. Even though it’s just a small local daily newspaper, I persisted, with the support of all of the employees, in continuing to supply citizens with the information they needed. The following day however, the situation had changed. The Fukushima Dai-ichi nuclear plant was in a critical state. All of the television stations had begun to pass on information about the situation. It was during a press conference on the 15th that the Secretary-General delivered the final blow by announcing that the city of Iwaki was part of the 30km zone that had to be evacuated. We gathered together and, knowing that the employees’ health was our highest priority, I asked them to go home and decided, somewhat bitterly, to stop publication for the time being. What does it mean for a newspaper to interrupt publication for a short time? Anyone can understand the difficulties of resuming normal publication and distribution. It’s like suspending the newspaper for good.


On the 16th, I went to the newsroom and was bombarded by telephone calls asking for information about the situation. On the 21st, once the water was running again and the level of radiation had gone down, I felt that the newspaper needed to be resurrected and asked all of the employees to meet at the newsroom. The following day, half of the staff was there and each person took up his post, knowing what he had to do. The city of Iwaki was still in a state of panic and fear. Many factors led to this panic but the most serious was the difficulty of providing the population with information. New communication media like the Internet currently have more and more influence but also the potential to spread inaccurate information among people. Since radioactivity is an invisible and unknowable threat, the slightest information can immediately provoke trouble. I think that we, as journalists, are powerless in the face of this reality. Two years have already gone by since this catastrophe and the city of Iwaki and its sea front remain completely devastated. Even if much of the rubble has disappeared, how much longer will it take to rebuild while the fear of radioactivity lingers and people live in an atmosphere of resignation? As a local media outlet, we owe it to ourselves to inform our readers properly, checking the accuracy of our sources and moving closer to the people. That is our role and the mission that we must uphold if we want to develop a “people’s” newspaper. /

Inform our readers properly

2011 年 3 月 11 日、東日本に



12 日、 「原発が危ない」 。テレビ各局







「30 キロ圏内は屋内退避、新たに




台頭する現在、何の根拠もない情報 まで一般市民の目に入る。放射能と


という、15 日の官房長官の会見がと




震度 6 強という、今まで感じたこと



が無い揺れ、しかも、3 分近くの長



市民に 寄り添い、 市民のために 紙面を作る。

い揺れ、当然ながら輪転 機は止まり、配達すら困

う苦渋の決断を強いられた。 新聞社にとって「休刊」とは何を

員である我々もどうすることのでき ない「現実」がそこにあったように





すでに、震災後 2 年が経とうと

ている。 「廃刊」に等しいこの事態を








かなかった。16 日からは、一人で出











被災により、配達も難しい。A3 用紙

め、放射線量も落ち着いてきた 21






を出した。翌 22 日、出社した社員は










応していく決意を表明したところで あった。


今思えば、震災以降、原発事故と いう未曽有の大惨事により、パニッ

とこそ、我々に課せられた使命で あり、役目である。/

mars 2013 > Supplément Zoom Japon n° 28 > 67


Spécial Tôhoku




Hirosaki > Hirosaki > 弘前


Kanako >

“Il y a vingt-cinq ans, j’ai débuté ma vie professionnelle à Ishinomaki comme professeur de musique totalement inexpérimentée mais choyée de tous. Ishinomaki reste pour moi un lieu d’intenses souvenirs. Au bout de cinq ans, j’ai dû quitter mon poste, car mon mari avait été muté à Hirosaki dans la préfecture d’Aomori. Mais j’ai toujours conservé le contact avec mes élèves. Puis est arrivé ce 11 mars 2011. A la suite du tremblement de terre, Hirosaki aussi s’est retrouvé plongé dans l’obscurité et je n’ai pas cessé de m’inquiéter de ce qui s’était passé ailleurs. Une semaine après, un de mes anciens élèves m’a contacté. Il était en vie ! Il m’a parlé de concerts qu’il envisageait d’organiser à Ishinomaki. Je lui ai dit que je ferai tout mon possible pour l’aider. Un mois seulement s’est écoulé depuis son appel et toutes ses paroles m’avaient donné une grande énergie pour aider à la reconstruction. Cela faisait un quart de siècle que j’enseignais la musique et en l’écoutant, je me suis dit que je ferai tout mon possible pour l’aider. Le 14 et 15 octobre 2011, nous avons donc organisé un concert au N’s SQUARE auquel participait le pianiste de jazz IZUMI Hirotaka au cours duquel nous avons rejoué de vieux morceaux répétés ensemble il y a de cela vingtcinq ans. Une de mes anciennes élèves est venue

Faire de son mieux dans les limites de ses capacités

68 > Supplément Zoom Japon n° 28 > mars 2013

me voir, et j’ai éprouvé un pincement au cœur quand elle m’a dit : ‘Après la catastrophe, je suis restée longtemps dans un état d’hébétitude complète sans pouvoir verser la moindre larme. Ce n’est qu’aujourd’hui en écoutant de la musique que je pousse un soupir de soulagement et que mes larmes parviennent peu à peu à couler.’ Mes anciennes élèves approchaient toutes de la quarantaine et bien qu’elles aient perdu la plupart de ce qu’elles avaient construit, ces deux générations, parents et enfants, côte à côte, se battaient désespérément. Le concert fut une réussite. Quand arrive un événement, je pense toujours aux paroles d’un vieux sage : ‘Un bateau arrive toujours à bon port’ ou bien ‘Sait-on où se cache le bonheur ?’ Je pense que ce que nous réserve la vie se cache dans la fatalité et que tout n’est qu’une expérience nécessaire. Personnellement, mon mari, chercheur en chimie organique, est décédé le 11 mars 2008. Quand les événements du 11 mars se sont produits, je me suis alors interrogée ‘C’est quoi vivre ?’ puis ‘Pourquoi suis-je toujours en vie ?’. Ce 11 mars a été pour moi un jour de remerciement, celui de m’avoir laissé en vie. Je pense que ‘Vivre’ dit bien ce qu’il veut dire, peu importe comment vivre. Je dirais plutôt qu’‘on me permet de vivre’. Se transformer soi-même sans toujours rester au même endroit. Faire de son mieux dans les limites de ses capacités. Au dernier jour de ma vie, je ne veux laisser aucun regret. C’est probablement ma devise quotidienne.”/


25 years ago, I began my professional life in Ishinomaki as a music teacher. I was completely inexperienced at the time but was cherished and pampered by everyone. Ishinomaki is still a place of intense memories for me. I had to leave my post after 5 years because my husband was transferred to Hirosaki in Aomori prefecture but I have always stayed in touch with my students. Then the terrible disasters occurred on the 11th of March. After the earthquake Hirosaki was also plunged into darkness and I couldn’t stop worrying about what was going on elsewhere. One week later, one of my former students contacted me. He was alive! He talked to me about benefit concerts that he wanted to organize at Ishinomaki. I told him I would do everything possible in order to help him. Only a month had passed since his phone call and his words gave me incredible energy to help with the rebuilding. I had taught music for 25 years and had always been in contact with musicians so listening to his ideas, I made up my mind to do everything in my power to help. We organized a concert at N’s Square for the 14th and 15th of October 2011. The jazz pianist Hirotaka Izumi played and some colleagues and myself even added some musical excerpts that we had learned together 25 years ago. When one of my old students came up to see me, I felt my heart grow heavy as she told me that “After the disaster, I was in a total stupor for a very long time without being able to shed the slightest tear. It was only today, as I was listening to the music, that I was able to breathe a sigh of relief and let my tears start to flow”. My former students were all in their late thirties and although they had lost most of what they possessed in the earthquake, these two generations of parents and children standing side-byside were continuing to fight. The concert was a true success.

La leçon de piano > The piano lesson > ピアノの


悔いを残さず、 その時々で自分 にできる最大限 の努力を。 I don’t want to have any regrets When things happen, I always think of the words of an old sage: “A boat will always arrive in a safe harbour” or “Who knows where happiness hides?”. I think that what life has in store for us is concealed by destiny and that everything is simply a necessary experience. As for my personal life, my husband, an organic chemistry researcher, died on the 11th of March 2008. When the events of 11 March took place, he had been gone for 4 years. I asked myself difficult questions, such as, “What’s the use of living, “ and “Why am I still alive?” . That particular 11 March was a day of gratitude for me, a day when I was still alive. I think that “living” merely means to continue existing, no matter how you live. I would say that I was actually “allowed to live” and to transform myself without always staying in the same place. To do my best within the limits of my skills and abilities. On the last day of my life, I don’t want to have any regrets. That’s probably my daily mantra. /


25 年前、私は石巻で社会人としてのスタートを切っ





ずれも 40 歳前後。築き上げてきたものの多くを失い、流さ




担い、必死に闘っている。 いつも何かあった時に思い出すのは、 「船はよい港に着く

との交流は、その後も続いていた。 そして 2011 年 3 月 11 日。東日本大震災発生で弘前市も 停電となったが、闇夜の中で必死に石巻の情報を探した。 教え子の一人、遠藤信和君から連絡が入ったのは1週間

ものだ」という恩師の言葉。そして、 「何が幸いするかわか らない」 。これも恩師の言葉。人生の出会いは必然であり、 すべては必要な経験であると考えている。 個人的には、2008 年 3 月 11 日に天然物有機化学の研究

後だった。 「生きていた!」 そして石巻で企画しているコンサートについて話してく

者である夫が倒れた。夫が倒れてからの 4 年間、何度も




生き残ったのか」とも考えた。自分にとって 3 月 11 日と




「生きること」そのものに意味があるように思う。 「生き る」というより、実は「生かしていただいている」のだろ

時、自分もできることをなんでもやりたいと思った。 2011 年 10 月 14、15 日、N’s SQUARE でコンサートを開催


した。共演は元 T - SQUARE のキーボード奏者、和泉宏隆さ


ん。四半世紀前、 当時皆で練習していた思い出の数曲を、元


顧問の私が一緒に演奏するという企画である。 「震災の後、





それが日々のモットーと言えるかもしれない。 /

mars 2013 > Supplément Zoom Japon n° 28 > 69


Les penseurs


ressant concerne mes lectures à l’étranger. Les gens comprennent ce que j’essaie d’exprimer bien que je lise en japonais. J’aime aussi aller à la rencontre des lecteurs. La lecture est une expérience éminemment solitaire, mais lorsque je lis devant 50 ou 100 personnes, nous “vivons” tous ensemble le livre en même temps. Je trouve que c’est une expérience très forte. Et en réfléchissant bien, dans le passé, la littérature était quelque chose qui se lisait en public. On peut donc dire que je me réclame de cette tradition passée. Je trouve que la littérature contemporaine est devenue si sophistiquée qu’elle a perdu une partie de sa force. Je veux retrouver son énergie primitive.

Comment vous définiriezvous en tant qu’écrivain ? Je suis, à la base, un romancier. En japonais, le terme pour roman est shôsetsu qui étymologiquement signifie “histoire courte sur la vie quotidienne”. Traditionnellement, c’était considéré comme moins important que les ouvrages de philosophie ou d’histoire. J’essaie d’offrir au travers de mon écriture des choix alternatifs à l’histoire officielle et à la pensée avec laquelle les gens sont généralement alimentés par l’establishment politique et culturel. Quelles sont vos sources d’inspiration ? Tout. Regarder les informations à la télévision, écouter de la musique, voyager ou simplement discuter avec les gens. Je prends des éléments de différents médias même si c’est quelque chose que je ne fais pas consciemment. Quand j’avais une vingtaine d’années, je me suis investi dans le théâtre en tant que directeur et dramaturge. Ce désir de m’exprimer à travers le corps est un point que j’essaie de transmettre à mes personnages. Cela donne à mes romans un sens du concret et une corporéité que l’on ne retrouve nulle part ailleurs.


Hideo ÉCRIVAIN > WRITER > 作家 Fukushima > Fukushima > 福島

古川日出男 >

How would you define yourself as a writer? Basically I’m a novelist. Now, the Japanese word for “novel” is shosetsu, which originally means “small story about everyday life” and traditionally was considered less important than philosophical treaties and history books. Through my writing I try to offer an alternative to the official history and point of view that people are fed by the political and cultural establishment.

Votre œuvre est fortement ancrée dans l’histoire et la réalité et vous intervenez souvent sur les questions sociales. Quels sont d’après vous les problèmes les plus urgents à régler ? Evidemment je souhaite que la région du Tôhoku soit secourue, que ses habitants soient aidés pour de vrai et que le gouvernement s’attaque au danger réel que représente l’énergie nucléaire. Une des conséquences principales du 11 mars est de nous avoir rapprochés et obligés à faire face à la même réalité alors qu’avant le séisme chacun vivait de son côté. Malheureusement, les gens ont tendance aujourd’hui à retomber dans leur vieille routine. Ce n’est pas forcément mal, mais si nous voulons vraiment régler ces problèmes, nous ne devons pas >

What inspires you? Everything can become an inspiration to me: watching the news on TV, listening to music, travelling, or even just talking to people. I take elements from many different media, even though I think it is not something I do consciously. In my 20s I was involved in theater as a director and playwright and this desire to speak through the body is something I try to transmit to my characters. This gives my novels a sort of solidity and corporeality you may not find elsewhere.

Une littérature alternative

Cette approche physique de la littérature est présente lors de lectures de vos livres qui comportent un élément de performance. En un sens, on pourrait dire que j’aime lire de tout mon corps. Un point inté-


This physical approach to literature becomes clear during your book readings, which have an element of performance. In a sense you could say I like to read with my whole body. The interesting thing is, when I do a reading abroad, people understand what I’m trying to express even though I read in Japanese. I also love to meet readers. Reading is an eminently solitary experience but when I read in front of 50 or 100 people we all “live” the book together, at the same time. I find this a very powerful experience. And if you think about it, in the past literature was something that was meant to be read in public, so you could say that I’m reclaiming something that originally belongs to its tradition. I find that contemporary literature has become so sophisticated that it’s lost some of its power. I want to get back its primitive energy. >







日本語では、小説とは、語源的にいえば、 「日

説に具体性と肉体性を与えているのだと思います。 ています。


日本の敵は 日本人自身。 政治家に 委ねる態度、 変えるべき。






しばしば社会問題を取り扱っています。今日、 緊急に解決すべき問題とは何でしょうか?















孤独な作業ですが、50 人、100 人の人たちの前








る要素も加わります。20 代の頃、演劇家として






70 > Supplément Zoom Japon n° 28 > mars 2013


Jérémie Souteyrat

Dans un sanctuaire de Nishi-Ogikubo > In a sanctuary in Nishi-Ogikubo > 西荻窪の神社

mars 2013 > Supplément Zoom Japon n° 28 > 71


The thinkers

> oublier ce que nous ressentions juste après les événements du 11 mars. Les gens peuvent choisir de fermer les yeux, mais il n’empêche qu’il y a des conséquences auxquelles on ne peut pas échapper. Cela fait partie de ma mission en tant qu’écrivain. Avant le 11 mars, vous étiez juste un écrivain. Après le séisme vous êtes devenu “un écrivain de Fukushima”. L’avez-vous ressenti comme une pression ? Pas vraiment. Bien que je sois originaire de Fukushima, je vis à Tôkyô depuis pas mal de temps. Je n’ai donc jamais ressenti de pression. Mais, en vérité, je pense que c’est une bonne chose. On pourrait dire que je suis un privilégié parce que je donne des interviews et que les gens écoutent ce que j’ai à dire. Voilà pourquoi je peux utiliser ma position privilégiée pour donner la parole aux gens de Fukushima. Pensez-vous que les écrivains en font assez en la matière ? Non. Nous devons en faire plus. Nous n’avons pas que le problème des centrales nucléaires. C’est notre mentalité toute entière qui doit changer. Qui sont les ennemis du Japon et comment pensez-vous qu’ils peu-

vent être combattus ? Les ennemis du Japon sont les Japonais eux-mêmes. Nous sommes enclins à déléguer les décisions à ceux qui détiennent le pouvoir et à obéir à des règles sans les remettre en question. C’est le genre d’attitude qu’il faut changer. Est-ce que la littérature – et l’art en général – peuvent changer la société ? Bien sûr que non, puisque nous ne sommes pas des politiciens. Nous ne faisons qu’exprimer notre vision du monde. Cela dit, le monde est constitué d’individus et les livres peuvent transformer la façon dont les gens pensent d’une manière plus inteme et directe que n’importe quel discours politique. Quel est votre sentiment vis-à-vis de la littérature japonaise ? Il n’y a pas une seule école ni un style unique. Chaque écrivain représente presque à lui seul un genre. C’est peut-être un peu exagéré, mais il est clair qu’il en existe une grande variété. Les jeunes écrivains, en particulier, n’ont pas peur d’expérimenter, notamment au niveau du langage et du style. Ils n’ont pas peur de prendre des risques. / G. S.

Les ennemis du Japon sont les Japonais eux-mêmes >


しつづけます。この問題を追っていくことが、 作家としての使命だと思っています。

> Your books and stories are strongly rooted in history and reality and you often comment on social issues in contemporary Japan. What do you think are the most urgent issues to address? Obviously I want to see Tohoku rescued, its people helped for real. Then of course the government has to face the real danger posed by nuclear energy. One of the main consequences of the 2011 disasters has been that before the disaster everybody was leading separate, individual lives, but the earthquake has brought all of us together and forced us to face the same reality. Unfortunately people tend to fall back into their old routine. This is not necessarily a bad thing but if we really want to solve these problems we can’t forget what we felt soon after the devastation. People may look away from a problem but there are still are consequences to be faced. This is also part of my mission as a writer.

It’s time to change Japanese mentality

Before March 2011 you were just a writer, but after the earthquake you have become “a writer from Fukushima”. Do you feel that a label has been forcibly put on you? Not really, because even though I’m from Fukushima, I’ve been based in Tokyo for quite some time. So I’ve never felt any pressure. But to tell the truth I think this is a good thing. You could say I’m a privileged person because I do interviews and people actually listen to what I say. So I can use my privileged position to give voice to the people of Fukushima. Do you think contemporary writers are doing enough in this sense? Not at all. We need to do more. We don’t just have a problem with nuclear plants. It’s our whole mentality that must change. Who are Japan’s enemies and how do you think people can fight them? Japan’s enemies are the Japanese themselves. We are prone to delegate decisions to people in power and to obey rules without questioning them. This is the kind of mentality we need to change. Can literature – and art in general – change society ? Of course not, because we are not politicians. We just express our vision of life. This said, the world is made up of individuals and books can change how people think, one person at a time, and in a more intimate and direct way than a political speech can ever manage to do. What do you think is Japanese literature’s unique position in the world? It’s the fact that there isn’t only one main school or style. Each writer almost represents a genre by themselves. This may be a little bit of an exaggeration but it is true that there is a lot of variety. Young writers in particular are not afraid to experiment, especially in terms of language and style. They are not afraid to take risks. / G. S.

作家たちは、こうした面で充分に活動している と思われますか?

いえ、もっと力を入れるべきだと思います。 のビジョンを表現するだけです。けれど世の中 原発問題だけでなく、わたしたちのメンタリティ

3・11 以前は一人の作家であったのが、被災後


「福島の作家」とみなされるようになったわけで すが、プレッシャーを感じますか? さほど感じません。福島の出身とはいえ、か なり以前から東京で暮らしていますから。実を

わたしたちは政治家ではないのですから、そ れはできません。作家は、世の中に対する自分 は個人個人から成り立っている。そして本は、 どんな政治演説よりも、人びとの考え方に内面 的、直接的に変化を及ぼすことができます。

日本の敵とは何だと思われますか? あるとした ら、いかにして闘っていくことができますか? 日本の敵とは、日本人自身です。日本人は、

日本文学をどう思われますか? 日本文学を一つのジャンルでくくることはで









範囲にわたっています。とくに若い作家たちは、 言葉や文体の面でも果敢に実験的な試みを行っ

いてもらえるからです。この特権的な地位をフ ルに利用し、福島の住民の言葉を伝えることも


ています。 /



G. S.

72 > Supplément Zoom Japon n° 28 > mars 2013

Wagô >

“Until now, as a poet expressing myself in an abstract way, I don’t think I trusted the spoken word all that much. That has changed as my thoughts have become more tangible. I now wish to write poetry that is founded on the power within words and the message I want to convey through them”. / O. N.

POÈTE > POET > 詩人 Fukushima > Fukushima > 福島

Ryôichi 和合亮一

Tout pour Fukushima > Fukushima forever > 福島のために


「現在まで私は、抽象的な表現方法を とってきた詩人として、これまでは話

し言葉をあまり信用していませんでした。し かし、私の考え方がより具体的になってき たことで、それが変わってきたと思います。 これからは、言葉やメッセージの強さに基

O. N.

“Jusqu’à présent, en tant que poète qui cherchait à s’exprimer de façon abstraite, je pense que je n’accordais pas une grande confiance à la parole. Je crois que cela a bien changé maintenant que ma pensée devient plus concrète. J’entends désormais construire une poésie qui se fondera sur la puissance des mots et du message.” / O. N.

Eric Rechsteiner



mars 2013 > Supplément Zoom Japon n° 28 > 73


Une pensée qui dépasse la simple cuisine > Thought that goes beyond cooking only > 料理だけにと どまらない思想

74 > Supplément Zoom Japon n° 28 > mars 2013

Jérémie Souteyrat





CHEF > CHEF > オーナーシェフ Aichi > Aichi > 愛知



Comment vous situez-vous par rapport à l’évolution actuelle de la cuisine, dans le monde et au Japon ? Je dis : “L’homme voyage, mais pas les denrées alimentaires”. C’est-à-dire que, partout dans le monde, on consommera là où les denrées sont produites. Et on peut parler de l’énergie de la même manière. Autrement dit, ce qui importe est l’endroit où je suis, non pas le fait que je sois Japonais. A travers les mets que je prépare et cet espace-temps qu’est le restaurant, je présente la culture culinaire du Japon. Peu importe le genre de cuisine, qu’il soit français ou japonais. La théorie n’a pas d’importance non plus. Pour mieux utiliser les denrées qu’on trouve au Japon, j’utilise comme outil la technique de différentes cuisines : française, italienne, chinoises, japonaise, etc. Si je définis ma cuisine, c’est une cuisine déterminée par la culture de satoyama [sorte de zone intermédiaire de contact entre la nature et les hommes], qui exprime les mouvements des saisons. Elle n’est ni scientifique ni primitive.

Comment êtes-vous arrivé à cette pensée ? J’ai d’abord travaillé en Europe, sous la direction de plusieurs grands chefs. Il y a une vingtaine d’années, c’était une époque de grande transition en France et en Italie. Il y avait des chefs qui attachaient une importance aux plats enracinés dans leur région. Il y avait aussi ceux qui profitaient d’une distribution mondiale de produits, lesquelles parvenaient facilement de partout dans le monde à Paris, à Milan ou à Tôkyô, etc. J’ai alors vaguement compris qu’il existait deux approches de cuisine, deux types de traitement des denrées. Quand je suis rentré au Japon, je me suis mis à voyager à la recherche de denrées, de Hokkaidô à Okinawa. Je me suis alors rendu compte que la pomme du Japon est différente de celle d’Europe. Et que la différence existait aussi au niveau des cultivateurs, et que la pomme changeait selon leur manière de la cultiver. J’ai ainsi rencontré des producteurs respectueux des denrées, que ce soit des fruits ou des légumes bio, et des pêcheurs respectueux de l’environnement. J’ai ainsi compris que les cuisiniers ne peuvent dépasser la nature des denrées ! Les cuisiniers peuvent dévaloriser d’excellents aliments ! Aujourd’hui, je n’achète ni poisson ni légume au marché de Tsukiji à Tôkyô. Tout provient directement d’une cinquantaine de producteurs japonais. Quand le restaurant est fermé, je voyage de Hok- >

Little by little, I have started to understand my duty


What is your position in regard to the current culinary developments in Japan and in the world? I say: “Man travels, but food does not”. This means that wherever we are in the world, we should eat what is produced in that area. And I’d say the same for the consumption of energy. To put it another way, what is important to me is where I am, not the fact that I’m Japanese. I value the here and now of where my restaurant is located and showcase the Japanese food culture around me. The theory is not important to me either. To make better use of the ingredients found in in Japan, I use techniques from various cuisines: French, Italian, Chinese, Japanese, etc. If I were to define my cooking, I would say it’s influenced by the tradition of satoyama [a sort of intermediary zone between nature and man] that expresses the change of seasons. It is neither scientific, nor primitive. How did you develop this philosophy? First I travelled in Europe and worked for several great chefs. Twenty years ago was a time of transition in France and Italy. There were chefs who attached great importance to regional dishes. There were also those who took advantage of the worldwide distribution of products from every corner of the world, Paris, Milan, Tôkyô etc. I then


vaguely began to understand that there are two approaches to cooking, two ways of treating your ingredients. When I returned to Japan, I started travelling to hunt down produce from Hokkaidô to Okinawa. I discovered that the Japanese apple is different from the European one, that they also differ depending on the individual farmer that grows them and that apples even change according to the way they are grown. I met producers who are respectful of their produce, whether organic fruit or vegetables, and fishermen that respected the environment. And so I understood that chefs are no better than the natural quality of the produce they use! Chefs can sometimes ruin very good produce! Nowadays, I never buy fish or vegetables from Tsukiji market in Tôkyô. Everything comes directly from approximately fifty Japanese producers. And when the restaurant is closed I travel from Hokkaidô to Okinawa to deal with those producers. Little by little, I have started to understand my duty: to prepare dishes that present the story of the produce used and the love the producer has put into it. I’m not saying I have succeeded in that yet, but it’s what I aim for. Isn’t fast food culture opposed to everything you have just described? From the point of view of durability, Japanese culinary culture is perfect. For >

のもとで仕事をしました。今から 20 年ほど前です。













言い換えれば、僕が日本人かどうかということよ りも、ここが日本であることが一番大きいわけです。 料理を通じ、レストランの時間と空間を 通じて、日本の食文化を表現することを 実践しています。料理のジャンルやセオ リーにはとらわれていない。あくまで日 本の食材をどう表現するか。そのために 必要なツールとして、フランスやイタリ ア、または日本や中国料理のテクニック

を漠然と感じました。 18 年前に帰国した時、北海道から沖縄まで食材を

料理人は 食材を 超えず。


探す旅を始めました。そして、例えば 同じリンゴでも欧州のリンゴと日本の リンゴは違う、それを育てる人によっ ても違う、扱い方でも変化していくこ とがわかったのです。 もうひとつは、食材をリスペクトす る生産者、無農薬の野菜や果物、環境 に配慮した漁業ができる生産者たちと






イナスにしてしまう可能性があることもわかったの です。

どのような過程を経て、いつ頃からそう考えるよう になったのですか?

僕は築地から魚も野菜も買いません。全部産直で、 日本限定で 50 以上の生産者から届きます。店が休




mars 2013 > Supplément Zoom Japon n° 28 > 75


Les penseurs

> kaidô à Okinawa pour discuter avec ces producteurs. Peu à peu, j’ai commencé à comprendre mon devoir : inventer des mets qui transmettent l’histoire d’un produit et le cœur que son producteur a mis dans le produit. Je ne dis pas que j’y suis parvenu, mais c’est mon objectif. La culture du fast-food n’est-elle pas opposée à tout ce que vous venez de nous dire ? Du point de vue de la durabilité, la culture culinaire japonaise est parfaitement fondée. Par exemple, il y a une culture de fermentation avec le miso (pâte de soja fermenté), la sauce de soja, le natto (haricots de soja fermentés), le tsukemono (légumes fermentés), etc. Ces ingrédients traditionnels ont longtemps permis aux Japonais de bien se porter. Or, de nos jours, 90 % de la sauce de soja est d’une fabrication industrielle avec l’ajout de conservateur, ce qui est un non-sens du point de vue de la fermentation. Cette culture est oubliée ou plutôt devenue peu visible dans une société globalisée, dominée par la production et la consommation de masse. La restauration rapide, les supérettes… et, avant tout, la tendance déflationniste de notre économie ont cassé notre culture culinaire. Aujourd’hui, les véritables producteurs alimentaires existent encore, mais ils sont dispersés dans le pays. Ils forment des points pas un réseau, et ne constituent pas une force d’influence. Quand on réfléchit ainsi, on voit que ce sont des entreprises qui doivent changer. Or, la supérette, par exemple, est aujourd’hui indispensable au mode de vie des Japonais. Que mangeraient les salariés s’ils cessent de manger les plats préparés des supérettes ? C’est donc à la supérette de changer.

Laisser au temps de faire son œuvre au risque de tout perdre

Est-ce possible ? Ce sera extrêmement difficile. En ce sens, l’éducation des enfants est importante. Les médias qui influencent les parents aussi. C’est pourquoi j’ai accepté d’animer une émission sur la chaîne publique NHK. Si on ne fait rien, rien ne changera.

It’s time to change

> example, there’s a culture of fermentation with miso ( fermented soya paste), soya sauce, natto ( fermented soya beans), tsukemono ( fermented vegetables) etc. For a very long time this traditional culture has allowed the Japanese to remain healthy. But nowadays, 90% of soya sauce is industrially made with preservatives, which is complete nonsense in terms of fermentation. This culture has been forgotten, or at least it has become less obvious in a globalised society dominated by mass production and consumption. Fast food, supermarkets… and above all, our economy’s deflationist tendencies have destroyed our culinary culture. Today, genuine food producers do still exist but they are scattered across the country. They are single dots, not a network, so they have no great influence. When you think of it in that way, you realise that it’s the companies that need to change. But little supermarkets, for example, are now vital to the Japanese way of life. What would working people eat if they stopped buying food from supermarkets? That is why it is up to the supermarkets to change. Is that possible? It will be very difficult. In that sense, our children’s education is very important. The me-


dia also has an influence on the parents. That is why I’ve agreed to host a show on the public channel NHK. If nothing is done, nothing will ever change. To hear you speak, time is of the utmost importance… Mass production and consumption, as well as profitability, are all related to time and attempts to reduce it. But life cannot be sustained without nature and the time it requires for things to take shape. When time is reduced, what we make becomes harmful. With livestock farming for example, time is needed to breed the cows, the pigs or the fowl. And if that time isn’t allowed to them, they develop terrible illnesses from the awful quality of feed they are given. From where we sit, I can see the cooks at work… What thoughts have you for them? Let us suppose they continue working in this field. I know it’ll be hard to keep hold of their convictions. I don’t know how much I can help the people working here with their future prospects. But because they have worked with me, some of my thoughts will remain with them. For my part, I will try my best to pave the way for them by means of this restaurant. / S. H.








きい。だから僕は NHK の「エル・ムンド」という


番組に出演することを引き受けたのです。やらない と何も変わっていかないから。

A vous entendre, j’ai l’impression que la question de temps est très importante… La production et la consommation de masse, ainsi que la rentabilité, sont liées à la question du temps, de sa réduction. Or, la vie des hommes ne peut se passer de la nature au sein de laquelle les choses se font avec le temps. Si on réduit le temps nécessaire, on fabrique des choses nuisibles. Dans l’élevage par exemple, il faut un temps pour élever les vaches, les porcs ou les volailles. Et quand on essaie de réduire ce temps, on crée des maladies impensables en leur donnant à manger des nourritures impensables. De là où nous sommes, j’aperçois les cuisiniers qui travaillent… Quelle pensée avez-vous pour eux ? Supposons qu’ils vont continuer à travailler dans ce domaine, je sais bien que ce sera difficile de garder leur conviction intacte. Je ne sais pas combien je pourrais aider ces gens de mon établissement à avoir un grand avenir. Mais comme ils sont venus à ma rencontre, ils vont garder un peu de mes pensés, et moi, je vais tenter à travers ce restaurant de leur préparer le terrain autant que possible. / S. H. 76 > Supplément Zoom Japon n° 28 > mars 2013

ファストフードの文化は、今お話しされたことの対 極では? 持続可能性ということで考えると、日本の食文化 は理にかなっているのです。たとえば発酵の文化。

お話を伺っていると、時間というものが大切なので はないかと思えるのですが… 大量生産、大量消費、効率化は時間に関係するわ







いま、日本の醤油の 90%以上が工場で作られ、防










ファストフード、コンビニ、そしてデフレのせいで 壊れました。いま全国を見渡すと、本当の意味での




い。 そう考えていくと、日本で変わらなければいけな

彼らが将来この世界に関わっていくとして、信念 を通しながら経営を成り立たせるのは大変なことです。











S. H.


Un regard acéré sur la société > A sharp look on society > 社会に辛


Risa 綿矢りさ ÉCRIVAIN > WRITER > 作家 Kyôto > Kyoto > 京都


綿矢さんは高校時代から小説を書いておら れますが、作家として、この11年間のこと

をお話しください。 書きはじめてからまもなく出版されるチャン スを得ましたので、かなり若いときからキャリ アを積むこととなりました。そのせいで、他の 作家さんと比べると、わたしはまるで素人だと 長い間思っていました。そういうわけで、年月 とともにわたし自身が成長してきたと思います。 例えば、小説を書き始めたころの人物は、日常


Vous écrivez depuis que vous êtes au lycée. Parlez-nous de vous onze années en tant qu’écrivain. Ma carrière a débuté quand j’étais très jeune, car j’ai eu la chance d’être publiée presque aussitôt après avoir pris la plume. A cause de cela, j’ai longtemps estimé que j’étais une amateur comparée aux autres romanciers. Voilà pourquoi on peut voir que mon caractère a évolué avec le temps. Par exemple, quand j’ai commencé à écrire, mes personnages étaient souvent des jeunes lycéennes ayant des problèmes existentiels alors qu’aujourd’hui il s’agit de personnes qui sont âgées. Les sujets que j’aborde ont aussi beaucoup évolués. Avant je me concentrais principalement sur le petit monde entourant mes personnages et sur ce qu’ils en pensaient. Désormais, je préfère diversifier et élargir mon approche. Les gens ont différentes personnalités et des sentiments variés. Je cherche à mieux cerner comment ils interagissent entre eux, alternant l’amitié et le conflit, l’amour et la jalousie.

Jérémie Souteyrat

Vous faites partie de ce courant littéraire composé d’adolescents ou de jeunes adultes. Quel a été, selon vous, votre apport à la littérature japonaise ? En raison de mon âge, la plupart de mes histoires se concentraient sur les problèmes et les désirs que pouvaient ressentir la plupart de nos lecteurs qui se rebellaient contre la société, se repliaient sur eux-mêmes ou se transformaient en otaku intéressés par exemple par leurs idoles. En ce sens, je pense que nous avons contribué à renouveler l’intérêt des adolescents, des jeunes adultes pour la littérature. Votre dernier roman Shoga no aji wa atsui [Le goût du gingembre est chaud] est sorti en janvier. De quoi parle-t-il ? Il s’agit de l’histoire d’un couple de 27 ans qui décide de vivre ensemble sans être marié afin de tester la sincérité de leurs sentiments l’un envers l’autre. Tandis qu’elle veut se marier rapidement, lui veut se laisser le temps d’y réfléchir, ce qui conduit naturellement à des désaccords. J’ai essayé d’illustrer les différences et les conflits qui surgissent d’une telle situation. Récemment au Japon, non seulement le nombre de personnes qui vivent ensemble hors mariage augmente, mais la période de concubinage s’étend de plus en plus. Je voudrais explorer ce genre de relations et voir comment les gens évoluaient avec le temps. / G. S.

生活の中で問題を抱えている高校生がほとんど でしたが、現在は年をとった人たちも扱ってい ます。以前は、主に登場人物の日常生活の狭い 世界と、彼らの考えていることに焦点を当てて いましたが、いまは接点を多様化し、もっと広 げるようにしています。登場人物の性格や感性 がそれぞれ異なるようにしていますし、彼らが、 互いにどのような相互関係をもち、友情と対立、





27 歳のカップルの物語です。お互いの誠実さ を試すために、結婚せずに同棲生活を始める決心




















/ G. S.

Mieux cerner les rapports humains


You have been writing since you were in high school. How have you changed as a writer in these 11 years? My writing career began at a very young age as I was lucky enough to be published as soon as I started writing. Because of that, for a long time I felt that compared to other novelist I was an amateur. So you could say that my characters have grown up with me. For example, when I first began to write, the protagonist was often a high school girl with existential problems, while now they are people in their late 20s. The subjects I write about have been constantly changing too.Now, I prefer to highlight the diversity in humankind; people with different personalities and feelings and how they interact with each other, alternating between friendship and conflict, love and jealousy.

Because of our age, many of our stories focus on the generational problems and desires we have in common with each other and many of our readers, be it rebelling against society, retreating into our personal worlds, or manifesting otaku tendencies like an interest in idols. In this sense I guess we have created a renewed interest in literature among teen agers and 20-somethings. Your latest novel, “Shoga no aji wa atsui” (Ginger Tastes Hot) was published in January. What is the story about? It’s the story of a 27-year-old couple who decide to move in together before getting married in order to test their true feelings for each other. But while she wants to tie the knot as soon as possible, he wants to think it over, which unsurprisingly leads to disagreements. I tried to illustrate the differences and conflicts arising from this situation. Recently not only more people choose cohabitation; even the time they live together is getting longer. So I wanted to explore this kind of relationship and see how people change in time. / G. S.

Create a renewed interest

You have been part of a literary boom whose protagonists were writers in their late teens and early 20s. What contribution do you think your generation has brought to Japanese literature?

mars 2013 > Supplément Zoom Japon n° 28 > 77


The thinkers


Parlez-nous de votre société. Notre entreprise, depuis 1688, est spécialisée dans la fabrication de textile Nishijin ori et continue la production de obi (ceinture) et de kimonos pour le marché intérieur. Mon travail consiste à développer la technique et les matières utilisées du Nishijin ori en direction du marché de luxe à grande échelle à l’étranger dans le domaine de la décoration intérieure et de la mode. Actuellement, de grandes marques comme Dior, Chanel, Graff utilisent nos produits pour la décoration de leurs magasins. Depuis l’an dernier, ils ont aussi été sélectionnés par MIHARA Yasuhiro pour la présentation de sa collection de mode à Paris.

Quelle définition donneriez-vous au terme de designer ? C’est un métier qui couvre un très vaste domaine et implique tous les créateurs. Et dans ce sens, il peut aussi s’appliquer aux artisans des arts traditionnels. Pour vous, quelles sont les particularités du design japonais ? Une conscience esthétique dans le contexte de la nature et des quatre saisons. Ce sens du beau dépouillé que l’on trouve dans le Zen et la voie du thé.

L’important est de tenir compte de l’esprit esthétique qui sous-tend ce “produit”. En enfermant “le produit” dans cette simple conception, on ne parviendra pas à avancer.

Comment voyez-vous l’avenir ? Jusqu’à maintenant, le Japon s’est limité à ne concevoir que le “produit” en tant qu’objet y compris pour les produits traditionnels.

En tant que designer, comment avez-vous vécu ces derniers mois ? Ce qui nous paraissait normal est maintenant devenu confus suite à des changements incroyablement

78 > Supplément Zoom Japon n° 28 > mars 2013

rapides. Mais je pense que cela peut nous apporter de nombreuses opportunités. Qu’envisagez-vous de faire dans les années à venir ? Je ne cesserai de pousser mon pays à aller de l’avant. On dit que la tradition est une succession d’évolution ; le Japon se doit de poursuivre cette évolution. / O. N.

L’éloge de la beauté > Praise to beauty > 美を称える

Le design, c’est une conscience esthétique dans le contexte de la nature

Jérémie Souteyrat

Le fait d’être implanté à Kyôto estil important pour vous ? C’est très important. Depuis 1200 ans, Kyôto est restée une cité florissante. Dans ce contexte, les empereurs et les nobles n’ont pas cessé de commander des tissus Nishijin ori. Pendant toute cette période, la cité a accumulé savoirfaire, matériaux, expérience avec pour devise “cultiver son esprit et travailler inlassablement”. Ces biens matériels et immatériels représentent une grande force lorsqu’il s’agit de se développer à l’étranger. En vivant à Kyôto, ville qui a 1200 ans d’histoire, on ne pense pas l’avenir sur 5 ou 10 ans mais sur 100 ou 200 ans.

Aesthetic spirit is basic


Tell us about your company. Our company has specialised in Nishijin-ori textile manufacturing since 1688 and continues obi (belt) and kimono production for the domestic market. My work involves developing the techniques and materials from Nishijin-ori used for the large-scale luxury market abroad in interior design and fashion. Currently, major brands like Dior, Chanel and Graff use our products for decorating their stores. Since last year, our products have also been selected by Mihara Yasuhiro for the presentation of her fashion collection in Paris.

DESIGNER > DESIGNER > デザイナー Kyôto > Kyoto > 京都


How would you define the term “designer”? It's a profession that covers a vast field and basically refers to anyone who is involved in creativity. And in that regard, it can also apply to artists in traditional fields of arts and crafts.



In your opinion, what are the distinctive features of Japanese design? An aesthetic consciousness in the context of nature and the four seasons. This sense of beautiful simplicity that you find in Zen and the Way of Tea. Is it important for you to be located in Kyoto? It's very important. Kyoto has remained a booming city for 1200 years. In this context, emperors and nobles have continued to

demand Nishijin-ori fabrics. The city's craftsmen have accumulated know-how, special materials and vital experience over a very long time.' These assets, both the physical materials and the mental attitudes, are a great strength for developing the company abroad. Living in Kyoto, a city with 1,200 years of history, you don't think of the future 5 or 10 years from now, but rather 100 or 200 years ahead. How do you see the future? When looking at production, Japan has always limited itself by focussing too much on the product itself. This is very much the case with traditional crafts as well but I think that it is the aesthetics behind the product and the spiritual side of the process that is important. I do not think we will be able to move forward if we are forever trapped by the narrow view of the product itself. As a designer, how have you experienced the turbulent last few months? What seemed normal to us before has now become unclear because of incredibly rapid changes. But I think that this can offer us many opportunities. What do you aspire to do in the next few years? I will continue pushing my country forward. They say that tradition is a succession of evolution; Japan must pursue that evolution. / O.N.



弊社は 1688 年より西陣織のメーカーとして織物に携わってきまし






きな強みとなっています。また 1200 年の歴史を持つ京都にいると、5


年、10 年の短 s 期的な考えではなく、100 年後、200 年後を見据えた考

としての西陣織を展開しています。現在、Dior、Chanel、Graff といった


一流ラグジュアリーブランドショップの内装に HOSOO のファブリック が使用されています。また昨年よりミハラヤスヒロのパリコレでも弊社



がつくる未来』で原研哉さんは、デザインが国家経済を助けることがで きると書きました。細尾さんの印象は何ですか。

デザイナーに定義を与えることができますか? 非常に広範囲ですが、クリエイションに携わる人だと思います。そう いう意味では伝統工芸の職人もデザイナーと言えるかもしれません。

いままで日本は「ものづくり」の「もの」という部分にこだわりすぎ ていたのではないでしょうか。伝統工芸もそうですが、重要なのは「も の」の背景にある美意識、精神性に注目することだと思います。 「もの」 に囚われると、革新をすることができなくなります。

細尾さんにとって、日本のデザインの特徴は何ですか? 自然、四季を背景とした美意識。禅、茶道にも通じる削ぎ落された美 意識。

デザイナーとして、ここ数カ月の変化をどのように思われますか? 当たり前だったことが凄いスピードで変わり、混乱しているように思 います。しかしその分、いろいろな意味でチャンスも多いと思います。

「もの」の 背景にある 美意識、精 神性に注目 するのが 大切だ。

細尾さんの仕事では、伝統的な技術やスキルを使用します。伝統は細尾 さんの仕事で基本的な部分であるということですね。細尾さんが京都に 存在するということは重要ですか? 重要だと思います。京都は 1200 年前から 1000 年以上、日本の都とし て栄えてきました。西陣織もその流れの中で 1200 年前から、天皇、貴

100年後の日本に向かって今伝えたい言葉は? 100 年後、進化した日本を引き継げるようがんばります。伝統は革新 の連続という言葉がありますが、日本も革新、進化し続けなければなり ません。/

O.N. mars 2013 > Supplément Zoom Japon n° 28 > 79




Au lendemain du 11 mars, et après près de quarante ans d’absence, les manifestations sont réapparues dans le paysage social de l’archipel. Pensez-vous que les gens croient à nouveau que les mouvements de rue constituent un moyen efficace de changer la société ? A tout le moins, ils en sont venus à considérer l’idée que les manifestations pouvaient être un moyen acceptable pour se faire entendre. Je me souviens des premières manifestations dans Tôkyô juste après l’accident nucléaire. Les passants étaient tellement surpris qu’ils prenaient des photos comme s’ils étaient témoins d’un phénomène étrange. Désormais cela fait partie de notre environnement social. Un autre fait remarquable, c’est la spontanéité avec laquelle les gens se sont rassemblés. Il n’a pas fallu de gros efforts pour les mobiliser. Cela signifie qu’ils étaient prêts pour ça. Fukushima bien sûr, mais ils en avaient aussi assez de la récession et de la stagnation politique. Pour démarrer une manifestation, il n’est pas nécessaire d’avoir une quelconque expertise. Elles sont un pas dans la bonne direction. Enfin, on peut ajouter que la connaissance politique de la population a considérablement augmenté.

Etes-vous pessimsite pour l’avenir ? Pas vraiment. Beaucoup de choses doivent changer. Chacun le sait. La victoire écrasante du Parti libéral-démocrate aux élections de décembre 2012 ne signifie pas pour autant que la société japonaise est en train de reculer. Le plus difficile est de décider de quelle façon les choses peuvent évoluer et de se mettre d’accord sur un nouveau concept de société. Mais une chose est sûre : les assemblées, les représentations gouvernementales et les médias sont vieux. La plupart des personnes qui y appartiennent ne sont pas en mesure d’envisager une autre façon de voir les choses. Nous coulons tous ensemble. Il n’est pas étonnant que les gens en aient assez. Il s’agit d’un moment difficile, mais il marque une occasion d’innover. / Propos recueillis par G. S.

Est-ce que les gens disposent d’autres moyens pour se battre et manifester ? Bien sûr. D’ailleurs, certaines personnes les utilisent déjà. Cela peut passer par la création d’une association ou par l’expression de préoccupations sociales à travers l’art. Une autre manière d’influencer de façon efficace les hommes politiques est de leur envoyer une vingtaine de personnes pour les aider dans leur campagne électorale afin de remplacer les militants traditionnels qui appartiennent souvent aux entreprises de construction ou aux compagnies d’électricité. A Berlin, peu après l’accident de Fukushima, quelque 200 000 personnes ont défilé dans les rue contre l’énergie nucléaire. L’Italie a aussi connu la même chose. En comparaison, la réaction des Japonais, notamment les jeunes, a été plutôt limitée. Cela signifie-t-il que les jeunes Japonais ont perdu tout intérêt pour la politique ? C’est particulièrement vrai pour les étudiants qui vivent dans un univers complètement différent. Tant qu’ils ont de bons résultats, ils peuvent passer leur temps libre à s’amuser avec leurs amis. A la différence des Etats-Unis ou de la Corée, ils n’ont pas besoin d’emprunter pour payer leurs études, car ce sont leurs familles qui paient. Ils considèrent souvent cette période comme de grandes vacances. Il est vrai aussi que la plupart d’entre eux n’ont jamais assisté à une manifestation, de sorte que ce mode d’expression ne leur est pas familier. En revanche, ceux qui travaillent sont plus engagés socialement. Voilà pourquoi, on trouve beaucoup de personnes qui travaillent parmi les organisateurs de manifestations. Elles ont environ la trentaine. Elles sont plus susceptibles d’être en colère contre les élites politiques et celles des affaires.

Les Japonais sont prêts à prendre leurs responsabilités et à gérer leur pays

Récemment l’expression “démocratie directe” est devenue populaire parmi les militants. Pensez-vous que les Japonais, qu’on présente volontiers comme obéissants vis-à-vis de l’autorité, soient capables de prendre les choses en main ? Oui. Je crois qu’ils sont prêts pour ça. Franchement, je ne pense pas qu’on puisse dire que les Japonais sont incapables d’exprimer leurs sentiments. Il suffit de regarder Internet et de lire les débats qui se déroulent en ligne. Certains sont plutôt chauds. Le principal problème, c’est que les gens ne sont pas habitués à le faire, mais cela peut être une bonne chose. C’est passionnant de participer à une expérience collective et de serrer la main de parfaits inconnus. A la différence d’autres pays où les manifestations peuvent tourner mal, au Japon, les gens manifestent de façon très ordonnée et ne laissent ainsi à la police aucune possibilité de les arrêter. Ils sont très disciplinés et rentrent spontanément chez eux à 20 h sans laisser aucun détritus derrière eux. / G. S. 80 > Supplément Zoom Japon n° 28 > mars 2013


Following the disasters of March 2011, and after an absence of 30-40 years, demonstrations have again become part of the Japanese social landscape. Do you think that people now believe, as they used to do in the past, that demonstrations are an effective way to change society? At the very least they have come to accept the demonstrations as an acceptable way to get their voice heard. I remember when the first demonstrations passed through central Tokyo soon after the nuclear accident. Passers by were so surprised they took pictures as if they were witnessing something strange. Now it’s just part of our social life. Another noticeable thing is that so many people have gathered spontaneously, even without a great effort to mobilize them. It means that people were ready for this, being fed up about not only Fukushima but recession, the stagnant political situation etc. One good thing about demonstrations is that you don’t need any knowhow to get started. So they are an excellent first step in the right direction. Last but not least, the political literacy of the public has increased substantially. Do people have other ways to fight and protest? Of course they do, and some people are already using them. It could be starting an NGO or an NPO, or expressing your social concerns through art. Another way to practically influence politicians could be to send 20 people to their office to offer to help in their election campaign, replacing the traditional campaign staff such as employees delegated from electric or construction companies. Soon after the Fukushima nuclear accident, 200,000 people went out into the streets of Berlin to protest against nuclear energy and the March 2011 disasters were also instrumental in the stopping of nuclear plants in Italy. By comparison the popular reaction in Japan especially among young people, was rather restrained. Does it mean that Japanese youth have lost interest in politics? This is especially true for students, who in Japan are surrounded by a completely different environment. As long as they do well academically they can just spend their free time hanging out with their friends. Unlike students from countries like the U.S.A. and South Korea, Japanese students do not have to take out big loans to pay for their education and instead the cost is covered by their families. They often treat that period of their lives as a big vacation. It is also true that most of them have never seen a demonstration firsthand, so they are not familiar with them. On the other hand, people who work are more socially committed. Indeed, among the protest organizers you will find many workers in their late 20s and 30s. They are more likely to be angry towards the political and business elite. Recently “direct democracy” has become a popular keyword among the activists. Do you think that the Japanese, who are often seen as passive towards authority, are capable of taking things into their hands? Yes, I think they are ready for this. I honestly don’t think the Japanese can’t express their feelings. You only have to look at the Internet and read all the


3・11の後、日本の社会風景に 40年間見られなかったデモが再

登場しました。 日本人は、この路上での行動が社会を 変えるために有効な手段だと思い直し ているのでしょうか? 少なくとも、デモは自分たちの意見 を聞いてもらう手段の一つだと思うよ うになっています。原発事故直後の東 京での最初のデモを覚えています。通 行人は、まるで不思議な光景を目にし たように驚いて、写真を撮っていまし た。今ではデモはもう日本社会の普通 の風景です。特記すべきは、多くの人 が瞬時に集まったことです。人を動か すのに、そんなに努力は必要ではな かったんです。そういう下地があった ということです。福島に関してはもち ろんですが、不景気や政治の停滞にも うんざりしていたのです。 デモをするのには専門家 的な知識は必要ない。デ

Un optimisme mesuré > Moderate optimism > 控えめな楽観


モは良い方向に向かって います。日本人の政治に 関する知識がかなり深く なったことも付け加える べきでしょう。


もちろんです。実際、すでに使って いる人もいます。市民団体をつくった り、芸術で社会問題を表現したりして いる人がいます。また、政治家に影響

小熊 英二

を与えるのに別の有効な方法は、選挙 運動に人を送り込むことでしょう。こ れまでの選挙運動の支援者は建設会社 や電力会社に属している人間が多かっ たですからね。

Irwin Wong

Are you pessimistic about Japan’s future? Not really. There are many things that must change. Everybody can see this. The fact that the LDP won the latest elections in such emphatic way does not mean that Japanese society is going backwards though. The difficult thing now is to decide how things can be changed for the better and how to agree on a new concept of society. But one thing is sure: legislatures, government agencies and the mass media are old and many of those people can’t adapt to a new way of looking at things. We are all sinking together. It is no wonder that people are fed up with the whole situation. It is a hard time but a chance to innovate. / G. S.

代くらいでしょうか。彼らは、政治や ビジネスのエリートたちに対して、怒 りを抱いています。 近年、「直接民主政治」という言葉が 政治に関心のある人たちの間で人気で す。権力に対して従順だと 言われる日本人は、自ら責 任を持って行動することが できるでしょうか? はい。その準備はできて いると思います。実際、日 本人は感情を表に出すこと ができないとはいえないと る討論を読めばわかるでしょう。重要 な点は、日本人がそうすることに慣れ ていないということです。が、それは 良いことでもあります。集団の行動に 参加することや、見知らぬ人たちと手 をつなぐことは素晴らしいことです。 他 の国ではデモは悪い方向に向かうこと がありますが、日本では、人びとはと ても整然とデモ行進をし、警察にも逮 捕させるすきを与えません。とても行 儀良く、20 時になるとすぐに家に帰り はじめ、ゴミも残しません。

ベルリンでは、福島の事故の後、20万人 が原発に反対してデモを行いました。イ タリアでも同様の動きがありました。そ れらと比較すると、日本人、とくに若者 の反応は鈍かった。日本の若者は政治に

online debates – some of them quite heated – going on. The main problem may be that many people are not used to it, but this may be a good thing. It is exciting to be part of a collective experience and shake hands with total strangers. Unlike in many other other countries where demonstrations often take a turn towards violence, people in Japan protest in a very orderly way without giving the police a chance to stop them. They are very self-regulated and will spontaneously go home exactly at 8 p.m. without leaving any rubbish on the grounds.

もっと社会に関わっています。デモの 主催者には働く人がたくさんいます。30



SOCIOLOGUE > SOCIOLOGIST > 社会学者 Tôkyô > Tokyo > 東京

りませんから、こうした表現方法に親 しみがありません。しかし、働く人は

社会を 変革する チャンス。



は長いバカンスだと思われがちです。大 部分の学生はデモに参加したことがあ

興味を失ったのでしょうか? 特に大学生についてはそう言えます。 彼らはまったく別の世界に生きています から。テストでよい点をとって、友だち と遊んでいてよいのです。アメリカや韓 国とは違って、家族が学費を払ってくれ ますから、学生は勉強をするために借 金をする必要がありません。大学生活

将来には悲観的ですか? そうでもありません。多くのことが 変わるべきだということは、みんなわ かっています。2012 年 12 月の選挙では 自由民主党が圧勝しましたが、だから といって日本の社会が後退していると いうわけではありません。最も難しい のは、物事を進化させる方法を決める こと、そして新たな社会のあり方に人 びとが合意することです。しかし確か なことが一つあります。国会議員や政 府の閣僚、そしてメディアは年老いて います。こうした人たちは、物事に対 して別の見方をすることができません。 そうなると、みんな一緒に全滅です。 人びとがうんざりするのももっともで す。今は厳しい時代ですが、今こそ革

The Japanese are capable of taking things into their hands


G. S.

mars 2013 > Supplément Zoom Japon n° 28 > 81


Les penseurs


Lorsque la consommatrice japonaise moyenne qui attache de l’importance au style pense à des sacs haut de gamme, il est peu probable que l’image du Bangladesh lui vienne à l’esprit. Il est en revanche probable qu’elle reposera l’objet si celui-ci porte une étiquette de ce pays parmi les plus pauvres d’Asie. C’est là qu’intervient YAMAGUCHI Eriko, patronne de Motherhouse, qui conçoit des sacs de grande qualité à partir d’éléments fabriqués au Bangladesh. YAMAGUCHI les choisit et les adapte pour répondre à ses normes de qualité très strictes. Sa gamme de sacs, de portefeuilles et d’accessoires comprend 50 % de jute, une fibre naturelle biodégardable, durable et utilisée au Bangladesh dans l’agriculture. Le reste est composé de cuir. Chaque produit est fabriqué avec un soin particulier digne du meilleur artisanat. Lors de notre rencontre dans sa boutique dans le quartier d’Akihabara, à Tôkyô, YAMAGUCHI Eriko s’est exprimée avec détermination et netteté. “Mon intérêt initial pour le Bangladesh est né lorsque je travaillais pour la Banque mondiale à Washington. Je me demandais si l’aide fournie parvenait vraiment à la population et j’avais envie de me rendre sur place”, raconte-t-elle. Cela l’a amenée à faire sa maîtrise à la BRAC University au Bangladesh en tant que première étudiante étrangère à travailler sur les questions de développement. Elle fonde sa société en 2006 et tout est fait en interne. YAMAGUCHI dessine les modèles, crée la matière à partir d’éléments venus du Bangladesh, supervise la qualité et assure la distribution des articles. Elle dispose désormais de 8 boutiques au Japon, 4 à Taiwan. Elle emploi 50 personnes au Japon, 100 au Népal, 14 à Taiwan qui sont tous, selon elle, “fantastiques. Des jeunes pleins d’enthousiasme et des gens qui ont quitté de grosses boîtes pour venir à Motherhouse et partager la même vision pour faire de la marque une réussite.” Selon YAMAGUCHI Eriko, la mise en place d’un environnement de travail qui favorise l’expression du potentiel de chacun est une des clés de son succès. “Chaque personne est la meilleure au niveau de ses compétences. En ce qui concerne l’environnement de travail, nos usines sont les mieux placées. Chacun prend son repas avec les autres à heures régulières. C’est un environnement qui est bien régulé. Tout le monde ne peut pas y entrer, seulement un sur vingt. C’est assez strict. Au bout de trois ou quatre mois, ils adoptent l’état d’esprit Motherhouse.” Quand je lui demande ce que signifie l’état d’esprit Motherhouse, elle rappelle que “les Bangladeshis sont des gens très fiers qui ne s’excusent pas et qui ne reconnaissent pas leurs erreurs. Mais peu à peu, ils finissent par écouter l’opinion du client et apprennent correctement la technique.” YAMAGUCHI défend l’idée que le changement durable vient de la réduction de la dépendance à l’égard de l’aide extérieure. Au cœur de son succès figure l’idée que la qualité des sacs est essentiellement ce qui leur permet de se vendre. Le succès de son entreprise légi-

Créer des conditions qui favorisent l’expression du potentiel de chacun

82 > Supplément Zoom Japon n° 28 > mars 2013




DESIGNER > DESIGNER > デザイナー Saitama > Saitama > 埼玉

time les compétences de ses employés et la qualité des matériaux locaux. “Dire que ‘c’est bon pour l’entreprise’ est un moyen positif, mais cela ne veut pas dire pour autant qu’une affaire marchera”, insiste YAMAGUCHI Eriko. “Ce qui assure la réussite, c’est la puissance du produit, sa qualité, son design et l’atmosphère de la boutique.” Malgré son manque d’expérience, un faible capital et tout un tas de problèmes d’ordre interculturel comme le fait d’être une femme dans un pays majoritairement musulman ou d’ordre pratique comme le fait d’avoir été volée ou trompée à de nombreuses reprises, YAMAGUCHI Eriko est parvenue à mettre sur pied une véritable success story éthique grâce à sa détermination. / M.


When the average style conscious consumer in Japan thinks of high fashion bags, rarely would the image of Bangladesh come up in their minds — if anything, seeing a label from Asia’s poorest nation might even be a reason to put the item down. Enter Eriko Yamaguchi, the 30 year old CEO of Motherhouse, a bag company dedicated to high quality, stylish items made from factories in Bangladesh. All of the company's products are made by craftsmen Yamaguchi hand picks and then nurtures to fit her stringent quality standards. Her line-up of bags, wallets and accessories consists of 50% jute, a natural fibre that is biodegradable, durable and used in Bangladesh for agriculture. They come in delightful tones such as camel, dark indigo, olive and ginger. The other 50% of the products are leather; and sport simple and stylish designs, such as her concept line that has bags styled on Asian skunk cabbage, ginkgo and roses. Each item is made with meticulous care, exemplary of fine craftsmanship. Meeting Yamaguchi at the flagship store in Akihabara, she speaks with determination and a to-the-point crispness. “I was initially interested in Bangladesh when I worked at the Washington International Bank and interested in whether aid was actually reaching the people so I decided to visit the actual location” she tells me. This lead to her studying for a masters degree at BRAC university in Bangladesh as the first foreign student studying development studies. Starting the company in 2006, everything is done inhouse. Yamaguchi does the designs, produces the garments from materials sourced in Bangladesh, oversees quality, and distributes the items. She now has 8 shops in Japan, 4 in Taiwan and employs 50 in Japan, 100 in Bangladesh and 14 in Taiwan. According to Yamaguchi, all of her employees are “fantastic young people with gusto, who have left big companies to come to

Motherhouse and share in the same vision to make the brand succeed” One of the main things she attributes to her success is the creation of a work environment that maximises potential. “Everyone is able to exploit their skills to the full. The working environment is also pretty special and is the best it could be. Everyone eats at the same time and works hard to make an orderly workplace. We get a lot of applicants, but only around one in twenty is actually taken on. The rules are pretty strict but after three or four months everyone seems to adapt well to the Motherhouse philosophy.” When I ask what that “motherhouse philosophy” entails, she quips, “the Bangladeshi people can be quite proud and they don’t apologise or admit to their mistakes. However, they gradually come to listen to customers opinions and accurately learn technical skills from others”. Yamaguchi is an advocate for the ethos that sustainable change comes from reducing dependence on aid, rather than simply giving money. At the crux of her success is the notion that the quality of the bags is essentially what sells the product and, conversely, that, the success of the company legitimises her employees skills and the quality of the local materials. “To say it is “good for society” is a really positive tool but that doesn’t equate to a business succeeding” Yamaguchi insists. “Paramount to the success of a retail business is the appeal and quality of its products, the strength of its designs and the atmosphere in it's outlets”. Despite having no experience, little start-up capital and a slew of problems ranging from cross-cultural issues as a woman in a predominantly muslim country, to being cheated and robbed on various occasions, through her determination and unwavering vision Yamaguchi Eriko has been able to create a true ethical success story. / M.

The product power and the quality are important

Dans sa boutique de Tôkyô > In her shop in Tokyo > 東京のブティッ








した。すでに日本国内にブティック 8 店、台湾に 4



店開店した。日本国内で 50 人を雇い、ネパールに



100 人、台湾に 14 人の従業員がいる。彼女によると、







品質の良さだろう。 「 『企業にとって良いということ』








バッグ、札入れ、装飾品など、生分解性で長持ちする ジュート(麻)を使ったものが半分、残りの半分は革








子は、固い信念をもって語ってくれた。 「バングラデ

制に沿った環境作りが大事。応募者も多いが、20 人


に 1 人くらいしか採用しない。いろいろと規制が厳


しいけれども、3、4 カ月すると、誰もがマザーハウ



働く人の そして成功を実現できる 可能性を のは、製品の強さと品質、 伸ばす デザイン、ブティックの 雰囲気です」と山口絵里 環境を作る。 子は主張する。


経験の浅さと、少額の 資本金、そして異文化間の問題、例えば、大半がイ スラム教徒である国の中で女性として働くというこ

マザーハウスの精神とは何かと聞くと、 「バングラ


バングラデシュの BRAC 大学の開発研究科を専攻し、 デシュ人は誰もが誇りをもっており、人に謝ること


ているのか疑問に思い、現地に行きました」 。その後、 Irwin Wong

山口絵里子は言う。 「ひとりひとりの可能性が発揮


初の日本人学生として4年間学んだ。 2006 年に会社を設立し、すべてを自分の会社で製




る。/ M.

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The thinkers


Akashi EDITEUR > EDITOR > 編集者 Tôkyô > Tokyo > 東京



Pourquoi un lycéen de 17 ans décide-t-il de lancer un magazine ? En 2008, j’ai assisté à la télévision aux manifestations contre le bœuf américain qui se déroulaient à Séoul. Celles-ci avaient été initiées par des collégiens et des lycéens. Cela m’a beaucoup impressionné. Je voulais exprimer la même colère et la même frustration, mais de façon différente. Diffuser ses opinions auprès du public fait peur. C’est un peu comme si on se baladait nu dans un parc, mais j’ai pensé que ce serait bien si je pouvais changer les choses avec mon magazine.

Aujourd’hui la plupart des jeunes préfèrent communiquer avec des outils électroniques et passent leur temps sur Internet. Vous, au contraire, vous avez opté pour le papier. Pourquoi ? C’est vrai que c’est plus facile et moins cher de lancer un webzine. Mais pour la même raison, il y en a tellement aujourd’hui qu’il est difficile de percer et de se faire remarquer. Je suis sûr que si j’avais seulement existé sur la Toile, personne ne m’aurait demandé d’interviews (rires). Et puis, je n’aimais pas les magazines que je trouvais en librairie. Je pensais que je pouvais faire bien mieux… même si le premier numéro n’était pas si bien que ça. La lecture d’un magazine papier exige une plus grande concentration et une approche différente de la part du lecteur. Par ailleurs, ce que j’écris dans Likten n’est pas adapté pour une lecture en ligne. Dans Likten, on ne trouve pas les dernières infos que l’on peut lire facilement sur le Net. Un magazine papier permet d’analyser plus en profondeur ces informations, de faire une pause et de réfléchir.

porte où. Pourtant le Japon, qui n’est pas en très grande forme, semble vivre dans le passé. Les hommes politiques ne font pas attention aux citoyens, l’économie va mal, les jeunes ont du mal à trouver un boulot décent et les gens doivent payer pour des assurances sans savoir s’ils reverront un jour leur argent. C’est dans ce cadre que je voulais canaliser la frustration des jeunes. Likten se présentait comme une sorte de blague contre la léthargie du monde médiatique, comme une provocation d’un amateur de 17 ans sans expérience disposant d’un logiciel de mise en page. Vous êtes maintenant âgé de 21 ans et majeur depuis cette année. Votre point de vue sur les adultes a-til évolué ? J’avais tendance à penser que les quadras, les quinquas et les sexagénaires avaient beaucoup à se reprocher et qu’ils devaient payer pour ce qu’ils avaient fait. Mon opinion n’a guère évolué, mais maintenant je suis en mesure de faire plus de mal. Quand vous êtes un adolescent, vous êtes un peu hors jeu et ce que vous faites est perçu comme une transgression juvénile. Maintenant que je fais partie du système, je peux mener une sorte de guérilla. Je me sens un peu comme Luke Skywalker qui, dans La Guerre des étoiles, peut détruire l’étoile de la mort après avoir réussi à s’infiltrer à l’intérieur de ses défenses.

La colère des jeunes comme moteur

J’ai lu que vous aviez utilisé la colère de la jeunesse à l’égard du monde des adultes comme force motrice pour lancer Likten. Est-ce vrai ? En partie seulement. Nous vivons dans un monde global où les possibilités sont infinies, où vous pouvez en principe passer librement les frontières, vous connecter au reste de la planète et trouver un boulot n’im-

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Quels sont vos projets d’avenir ? Il y a tellement de choses que j’aimerais faire. Cela dépendra de ce que le futur aura en stock pour moi et ma génération. Ce pays, cette société ne vous donnent rien à moins que vous ne vous manifestiez et le preniez. Je ne crains pas de prendre des risques d’autant plus que nous sommes arrivés à un moment où nous pouvons défier la réalité et nous-mêmes. Comme j’ai écrit dans le n°3 de Likten, la chose la plus importante n’est pas de choisir ce qui est bien, mais de choisir ce que je pense être bon pour moi. / G. S.


Why does a 17-year-old high school student decide to publish a magazine? In 2008 I watched the anti US beef protests in Seoul, South Korea on TV. The demonstrations were started by middle and high school students and had a great impact on me. I wanted to express the same anger and frustration, but in a different way. Making your opinions known to the public is scary, it’s like standing stark naked in public but I thought if I could affect change with my magazine that would be cool.

Now most young people prefer electronic communication and constantly surf the Internet. You, on the contrary, opted to make a paper magazine. Why? It is true that a web magazine is easier and cheaper to do, but for the same reason, there are so many out there now that it’s really difficult to stand out and be noticed. I’m sure if I had gone digital nobody would have asked for an interview (laughs). Also, I didn’t like the magazines I found at the bookstore. I believed I could do much better… even though when I finished the first issue it wasn’t all that good. Reading a paper magazine requires more concentration and a different attitude on the part of the reader and in any case, the things I write for Likten are not really suited for Internet reading. In Likten you won’t find the latest news or information, things you can easily find online. A paper magazine, on the contrary, offers a chance to analyze those things in depth; to stop and think. I read somewhere that you used youth anger towards the adult world as a driving force to publish Likten. Is it true? It is partly true. We are living in a global world of endless possibilities, where you are supposed to be able to move freely beyond borders, connect internationally and find a job anywhere. Yet Japan is not only in very bad shape, but seems to be living in the past. Politicians don’t care for the citizens; the economy looks bad; the young have problems finding a good job; people are required to pay into a pension scheme without knowing if they are ever going to get their money back. In this sense I wanted to channel youth frustration. At the same time though, this magazine was sort of like a prank played upon the stagnant media world; a provocation from a 17-

I feel like Luke Skywalker who can destroy the Dark Star

Une envie de changement > A desire for change > 変革を求めて

year-old amateur with simple desktop publishing software and no experience. Now you are 21 and have legally become an adult yourself. Has your point of view about the grown-ups changed? I used to think that people in their 40s, 50s and 60s had much to be blamed for, and they had to pay for what they had done. My attitude hasn’t really changed but now I’m in a privileged position to do even more damage. When you are a teenager, you are just an outsider and your actions are regarded as simply youthful transgressions. Now that I’m getting inside the system though, I can conduct a sort of guerrilla warfare. I feel like Luke Skywalker in “Star Wars” when he could destroy the Death Star after penetrating inside its defenses.

Jérémie Souteyrat

What plans do you have for the future? There are many things I’d like to do but it also depends on what the future has in store for me – and my generation. This country, this society gives you nothing unless you go out and take it. I’m not afraid of taking risks, that’s for sure. We are now in a time when we can challenge the nature of our reality and also challenge ourselves. As I wrote in Likten #3, the most important thing is not to choose "what is right" but to choose what I myself think is right. / G. S.








2008 年に、韓国であった米国産


かつては、40 代、50 代、60 代の
















せんが、今はもっと過激なことが できるようになりました。若いと
































これからの計画を教えてください。 やりたいことはたくさんあります。 未来が僕と僕の世代に何を残してく






社会では、自分の存在から乗り出 して、自分の手でつかまないと何



頼も来なかったでしょう(笑) 。そ











とは恐れていません。 『Likten』の



3 号にも書きましたが、大事なこと


ーク、17 歳の未経験のアマチュアが







ことを選ぶことです。/ G. S.

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Les magiciens ARTISTE > ARTIST > アーティスト Niigata > Niigata > 新潟



Makoto >

Né en 1965, AidA Makoto a été l’un des artistes les mieux cachés au Japon, avec quelques rares apparitions à l’étranger. Peintre de formation classique, A idA a réinterprété l’art oriental et occidental dans des œuvres qui mélangent délibérément lyrisme et vulgarité. Son approche parfois contradictoire des sujets politiques et sociaux traduit une personnalité complexe qui rend difficile les tentatives de l’étiqueter. Comme d’autres artistes de sa génération, il a d’abord essayé d’inclure des images issus de l’univers du manga dans ses œuvres. “d’une certaine manière, je me considère comme un otaku”, dit-il. “Enfant, j’aimais T EzukA Osamu. Au lycée, j’ai commencé à lire le magazine de

manga alternatif Garo et j’ai réalisé que le manga pouvait être réalisé de différentes manières. Je pensais alors devenir mangaka, mais j’ai dû me rendre à l’évidence que je n’avais pas vraiment de talent pour cela”.

Mettre au défi le spectateur Certaines de ses œuvres les plus controversées se caractérisent par une représentation très érotique et grotesque de jeunes filles. “Quand j’étais jeune, j’ai eu pas mal de problèmes à contrôler ma sexualité”, reconnaît-il. “Cela dit, le Japon a une longue tradition d’art érotique, comme par exemple le shunga. J’ai souvent hésité

entre la réalisation d’œuvres érotiques que de nombreuses personnes apprécient en privé et l’exposition publique de mon travail.” un aspect plus sérieux de son œuvre est représenté par une série de peintures sur le thème de la guerre qu’il a réalisée à la fin des années 1990. “de nombreux artistes occidentaux abordent des sujets politiques et historiques dans leurs travaux. C’est très rare au Japon. Nous préférons décrire la beauté de la nature. il est vrai que nous, les Japonais, n’aimons guère parler de politique. J’ai voulu me lancer un défi ainsi qu’au spectateur en m’attaquant à ces thèmes. Mais plutôt que de prendre parti pour l’un ou l’autre des camps, mon objectif était de souligner l’absurdité de la >


1965 年生まれの会田誠は、海外 での露出も少なく、厳重に隠さ

れていた日本の秘密の一つだ。一般的 な絵画教育を受けたが、東洋と西洋の 芸術を再解釈した彼の作品には、叙情 と卑俗とが意図的に混合されている。 しばし矛盾をふくんだアプローチで政 治的・社会的なテーマを取り上げるた め、その人物像は複雑で、レッテルを 貼ることは難しい。 同じ世代のアーティストと同様に、 マ ンガの世界からとったイメージを作品 に取り入れようとした。 「ある意味、自 分はオタク」という。「子どもの頃は 手塚治虫が好きだった。高校生になっ て、 『ガロ』を読み始め、マンガにはい ろいろなやり方があると気付いた。そ れで漫画家になろうかと思ったけど、 その才能がないことははっきりしてい た」 彼の作品でもっとも議論を起こして いるものには、少女たちをエロチック


Born in 1965, for several years artist Aida Makoto has been one of Japan’s best kept secrets, with only a few solo shows abroad. A classically trained painter, Aida’s free-range reinterpretation of both Eastern and Western art is showcased in works which deliberately mix sublime lyricism and vulgarity. His sometimes contradictory approach to social and political themes makes him a complex personality who defies easy categorization. Like other Japanese artists of his generation, Aida first tried to include manga-related imagery in his works. “In a sense I consider myself an otaku,” he says. “As a child I loved Tezuka Osamu. Then in high school I began to read the alternative magazine Garo and realized that manga could be made in different ways. I actually thought about becoming a manga artist but had to accept the fact that I didn’t really have any talent for it”. Some of his more controversial works are charac-

To stress the absurdity of war

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terized by a very erotic and grotesque depiction of young girls. “When I was young I had problems controlling my sexuality,” he admits. “This said, Japan has a long tradition of erotic art (e.g. shunga). I’ve often been torn between making erotic art – which many people enjoy in private – and having my works shown in public”. A more serious side of Aida’s art is represented by a series of war-themed paintings he made in the late 1990s. “Many Western artists address history and political issues in their work,” he says, “but in Japan it’s very rare. We prefer to portray nature’s beauty. It’s true that we Japanese seldom talk about politics but I wanted to challenge myself and the viewer by tackling these themes. However, rather than taking sides, my aim is to stress the absurdity of war and how difficult it is to divide the world between black and white, good and evil”. Another side of Aida’s eclecticism can be found in works that address social issues, like “The NonThinker”, a monument to slacker life and “Ash Color Mountains”, in which the thousands >

彼自身、 「若いときには自分の性を制御 するのに苦労していた」と認めている。 「一方で、日本には春画のように、エロ チックな芸術の伝統がある。プライベー トに多くの人が楽めるエロチックな作品 を作るか、公の場での展覧会をするか、

戦争が テーマの 作品も。

悩んでいた」 彼の作品の真面目な面は、 1990 年代後半に創った戦 争をテーマにした絵画に見 られる。「西洋のアーティ ストの作品には政治や歴史 を主題にしたものが多いが、

日本ではほとんどない。日本人は自然 の美を描きたがる。確かに、日本人は 政治の話をしたがらない。僕は、そう したテーマを扱うことで、それを見る 人を挑発したかった。けれども、どち らかの陣営につくのではなく、戦争の バカらしさを強調し、善と悪とか、白 と黒とに世界を分けることは難しいこ とを示したかった」


Jérémie Souteyrat

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The magicians

> guerre et de montrer combien il est difficile de diviser le monde entre le bien et le mal, le noir et le blanc”, raconte l’artiste. une autre face de l’éclectisme d’AidA Makoto se retrouve dans ses œuvres qui abordent les thèmes sociaux comme “le non penseur”, un monument dédié à la vie de fainéant, et “Montagnes couleur cendre” dans laquelle des milliers de cols blancs s’empilent les uns sur les autres, évoquant d’une certaine façon la catastrophe du 11 mars. “Je m’inspire de ce que je trouve erroné et qui doit être dénoncé”, explique-t-il. “Je veux montrer ces choses aux gens. C’est pourquoi les sujets que j’aborde évoluent sans cesse. En même temps, je ne me considère pas comme faisant partie de l’élite intellectuelle et je ne veux pas mettre en avant mes opinions personnelles dans mes œuvres. Mes pensées et mes sentiments sont ceux des gens ordinaires. En ce qui concerne les œuvres qui abordent directement la question du nucléaire, elles portent principalement sur la désintégration de l’esprit japonais que j’ai

remarquée après l’accident de Fukushima dai-ichi”. AidA Makoto ne semble guère influencé par les autres artistes de sa génération comme YOShiT O M O Na r a , M u r A k A M i Takashi ou encore les Chim Pom. “Je m’intéresse un peu à eux, mais il me semble un peu exagéré de nous regrouper dans un mouvement artistique”, assure-t-il. “Je ne sais pas non

Celui-ci ressemble à ces bas-reliefs que l’on trouve dans les vieilles églises en Europe, mais il est réalisé en carton. “Ce projet est né de ma réflexion sur ce que j’aurais pu faire si j’avais lancé un atelier avec des étudiants”, raconte-t-il. “C’est quelque chose qui exige beaucoup d’endurance et de persévérance. Au début, de nombreuses personnes y ont participé, mais les étudiants qui ont accroché sont en définitive peu nombreux. Ceux qui sont restés aiment le silence comme moi. Je me retrouve donc souvent à travailler dans un espace où règne un silence de mort. La communication verbale n’est pas nécessaire”. il reconnaît qu’il n’est pas facile de vivre de son art. “J’ai eu la chance de rencontrer un collectionneur qui est devenu mon bienfaiteur quand je n’avais pas d’argent. Ce serait merveilleux s’il y avait plus de personnes pour aider les artistes émergents. Je ne parle pas de ceux que j’appelle les “collectionneurs de seconde classe” qui investissent sans risque dans des œuvres réalisées par des artistes accomplis”. / G. S.

La désintégration de l’esprit japonais plus grand chose des artistes actuels à l’étranger. Les jeunes artistes ne partagent pas mes goûts. Non seulement ils ne s’intéressent pas au travail minutieux du pinceau que j’accomplis, mais ils font tout pour l’éviter. ils ne semblent pas non plus s’intéresser à la théorie de l’art. Notre seul point commun est notre amour de l’alcool”. depuis 2008, il a visité de nombreuses écoles des Beaux-Arts et il travaille sur un projet important baptisé “Monument pour rien ii”.



に捧げられた「考えない人」や、幾千 ものサラリーマンが積み上げられ、あ る意味では 3.11 を表現している「灰 色の山」のような社会的テーマを扱う 作品に見られる。「僕のインスピレー ションは、間違っていると思うものや 告発すべきものから得ている」と説明 する。「そうしたものを人びとに見せ たい。だから取り扱うテーマも常に進 化する。けれども、知識人階級に属し ているとは思っていないし、作品で自 分の個人的意見を前面に出そ うとも思っていない。僕の考

間違っている、 告発すべき、 と思うものから インスピレー ションを得る。 だから 扱うテーマは 進化する。

えも感情も普通の人と同じ。 原子力の問題を扱っている作 品で取り上げているのは、福

島第一原発の事故の後に、僕 が気付いた日本の精神の崩壊 です」 会田誠は同世代の奈良美智

や村上隆、Chim↑Pom など

の芸術家の影響は受けていな いようだ。 「彼らに興味はある け ど 、僕 た ち を 一 つ の 芸 術 ムーブメントにまとめるのは やり過ぎだと思う。今の海外

の芸術家についてもあまりよ く知らない。若い芸術家と僕 の好みは違う。僕がやってい

る細かな筆の仕事にも興味を持 たずに、逆に避けようとしている。芸術 理論にも興味を持とうとしていない。共 通するのは酒が好きなことくらいかな」 2008 年からは、数多くの美大や専門 学校を訪れ、 「MONUMENT FOR NOTHINGⅡ」という大きなプロジェクト

> of white-collar workers piled up on top of one another somehow evoke the March 2011 disaster. “My inspiration always comes from things I find wrong and need to be addressed,” he says. “I like to point out these things to people. That’s why my themes are constantly changing. At the same time I don’t consider myself part of an intellectual elite and I don’t want to push my own personal views in my art works. My thoughts and feelings are those of ordinary people. As for those works that directly address nuclear energy, to me they are mostly about the disintegration of the Japanese spirit that I noticed after the nuclear accident”. Aida does not seem to be greatly affected by other artists of his generation, like Nara Yoshitomo and Murakami Takashi, or younger artists like Chim Pom. “I do take some interest in them, though it might be a little inaccurate to describe us as anything like an art movement,” he says. “I don’t know much about the artists who are now active overseas. As for the younger artists, they don’t seem to share my tastes. Not only are they not interested in the kind of painstaking work I often do with my detailed brushwork; they actually go out of their way to avoid it. They don’t seem to

be interested in art theory either. About the only thing we seem to have in common, in fact, is that we all like to drink alcohol”. Since 2008 Aida has been touring art colleges, working on a big project called “Monument for Nothing II” that features the kind of altar reliefs found in old European churches, but made only using cardboard. “This project emerged from my contemplation of what I might be able to do if I undertook a workshop with students,” he says. “It’s something that demands a lot of stamina and perseverance. At the beginning we started out with a large number of people but the students who’ve stuck with it are very few. Those who’ve stayed the course are all silent types, like me. So I usually find myself working in a deathly quiet space. There’s no need for verbal communication, in a good way”. Aida recognizes how difficult it is to survive as an artist. “I was lucky enough to meet a collector who became my benefactor when I had no money. It would be great if there were more people who help emerging artists. Not like what I call “secondclass” collectors who only invest in risk-free works by accomplished people”. / G. S.

My thoughts are those of ordinary people

88 > Supplément Zoom Japon n° 28 > mars 2013

をやっている。これはヨーロッパの古 い教会にあるようなレリーフを段ボー ルで作ったものだ。 「このプロジェクト は、学生と一緒にアトリエを開いてい たらやっていただろうなと思っていた ことから生まれた」という。 「忍耐と努 力が必要。最初は多くの人が参加して いたけど、最終的に残った学生は少な かった。残った学生たちは僕と同じよ うに沈黙が好きな者ばかり。だから、 静まりかえった空間で仕事をしている ことがよくある。会話は必要ない」 自分の作品で生活していくことは簡 単でないとわかっている。「お金がな いときに、ある収集家に出会ったこと は幸運だった。いまでは恩人。新生の アーティストを支援する人がもっと多 かったらよいのですが。僕が言ってい るのは、完成したアーティストの作品 にリスクもなく投資する、いわば”二流 の収集家”のことではないですよ」/

G. S.

Suzuki 鈴木直道


MAIRE DE YÛBARI > MAYOR OF YUBARI > 夕張市長 Hokkaidô > Saitama > 埼玉

Il se bat pour la renaissance de sa ville > He fights for the rebirth of his city > 夕張市



“In many ways, it’s not my generation’s fault that Japan has so much debt. But blaming others won’t get us anywhere. We just need to find a way forward. It’s the responsibility of all of us born into this age. If we can’t save Yubari, what will it mean for the rest of Japan?” / O. N.


“A bien des égards, si le Japon est si endetté, cela incombe à ma génération. Mais rejeter la faute sur les autres ne nous mènera nulle part. Nous devons juste trouver un moyen d'aller de l'avant. C'est la responsabilité de tous ceux qui, comme moi, sont nés dans ce contexte. Si nous ne pouvons pas sauver Yûbari, qu'en sera-t-il du reste du Japon ?” / O. N.


「日本が巨大な負債を負っているとしたら、その責任はわたし たちの世代にあります。その責任を他の世代に負わせても何の

解決にもなりません。思い切った行動により前進するほかありません。 Ko Sasaki

わたしを含め、こうした状況下で生まれてきた全員に責任があるので す。夕張市すら救えないなら、日本はどうなるのでしょう?」/

O. N.

mars 2013 > Supplément Zoom Japon n° 28 > 89





Kôsuke NAGEUR > SWIMMER > 水泳選手 Tochigi > Tochigi > 栃木

La natation a joué un rôle clé dans votre existence depuis votre naissance. C’est vrai. Quand ma mère m’attendait, elle s’est inscrite à un cours de natation pour femmes enceintes. Elle a appris que le club organisait des leçons pour les nourrissons. Elle m’y a inscrit quand j’avais six mois. Quand avez-vous décidé de faire les Jeux olympiques après avoir battu tous les records nationaux ? J’avais 15 ans. Je participais pour la première fois à un stage d’entraînement réservé aux nageurs confirmés. J’avais beaucoup de respect pour eux, mais j’ai réalisé que j’avais envie de me confronter à eux.

On a rapporté que vous pensiez à vous inscrire dans une université américaine. En définitive, vous avez décidé l’Université de Tôkyô. Qu’est-ce qui a motivé votre choix ? Pour moi, aller à l’université ne revient pas seulement à avoir de bons résultats sportifs, mais aussi de suivre un bon cursus. Je crois que je n’étais pas encore prêt à partir à l’étranger. J’ai encore beaucoup à apprendre au Japon et sur mon pays. Cela ne signifie pas pour autant que j’ai renoncé à mon rêve d’aller un jour à l’étranger. Puisqu’on évoque les systèmes éducatifs différents, bien que les châtiments corporels soient bannis au Japon, on dit que de nombreux entraîneurs y ont recours régulièrement pour développer le “fighting spirit” de leurs athlètes.

Qu’en pensez-vous ? C’est un sujet très délicat. Nous ne pouvons pas nier que les méthodes d’entraînement à la dure sont une tradition au Japon. La plupart des entraîneurs ont en tête le bien de l’équipe et bon nombre d’athlètes ne trouvent rien à redire. Cela dit, quand quelqu’un dépasse les bornes, on ne peut pas appeler ça “éducation” et la seule façon de traiter la violence, c’est de la faire cesser. En avril, vous déménagez à Tôkyô pour entrer à l’université. Quels sont vos espoirs ? C’est à la fois un défi et une chance. Je veux voir de quelle manière je suis en mesure de m’épanouir en tant qu’individu et en tant que sportif. Par ailleurs, Tôkyô est une ville bien différente de ma ville natale à Tochigi, mais elle propose bien des choses que j’ai envie de découvrir. Le 11 mars 2011, au moment du séisme, vous étiez à Tôkyô pour un stage d’entraînement. Qu’avez-vous ressenti à ce moment-là ? J’ai voulu aider tous ces gens. Quand vous participez à des compétitions internationales, vous représentez votre pays. Je sais que beaucoup de gens me suivent. C’est pourquoi j’ai ressenti le besoin de donner le meilleur de moi-même pour les réconforter et les aider à se sentir un peu mieux. Le Japon traverse une période difficile avec la crise économique et le débat autour du nucléaire. Comment envisagez-vous l’avenir de votre pays

90 > Supplément Zoom Japon n° 28 > mars 2013

Sur son lieu d’entraînement > Where he trains > 練習場にて

et le vôtre ? de toute évidence, il y a de nombreux sujets auxquels il faut s’attaquer dès que possible. Je suis plutôt confiant vis-à-vis des autorités dans leur capacité à résoudre les problèmes même si, bien sûr, il est difficile de faire des prédictions. Nous aurons sans doute besoin de produire un effort collectif. En ce qui me concerne, après les Jeux de Londres, je me suis senti plus mûr. En même temps, je dois me montrer plus prudent dans ma prise de parole, car beaucoup plus de personnes me connaissent. être un personnage public s’accompagne de responsabilités. Aussi j’espère ne pas décevoir tous ceux qui ont cru en moi. / G. S.

Devenir un personnage public s’accompagne de nouvelles responsabilités Jérémie Souteyrat



It seems that swimming has played a central role in your life since you were born. That’s true. When my mother was expecting me, she joined a swimming class for pregnant women. She heard the club had classes for babies as well so she enrolled me when I was only six months old. Since then you have broken national records in each age group. When did you decide that you wanted to go to the Olympic Games? When I was 15 I had my first chance to go on a training camp with more experienced swimmers. I had a lot of respect for them and I realized I wanted to share the experience of competing on a big stage with such accomplished friends.

It was reported that you considered enrolling in an American university, but in the end you chose to attend Toyo University in Tokyo. Why did you change your mind? For me going to college means not only doing well in sport but also having a good academic record and at this stage I don’t think I’m ready to study abroad. I still have a lot to learn in and about Japan. Of course this doesn’t mean I‘ve given up my dream of going abroad. Speaking of different education systems, while corporal punishment is banned in Japanese schools, many coaches routinely beat their athletes in order to boost their “fighting spirit”. What is your opinion on this issue? This is a very delicate issue. We can’t deny that tough coaching is a tradition in Japan. Then again, most coaches have the good of the team in mind and many athletes find nothing wrong with it. That said,

when someone goes too far, there’s no way we can call it “education” and the only way to deal with violence is to stop it. In April you are moving to Tokyo to attend university. What are your expectations? I look at it as a challenge and a chance. I want to see how much I’m able to grow up both as a person and a sportsman. Also, Tokyo is so different from my hometown in Tochigi prefecture and offers so many things. I’m really looking forward to it. At the time of the big earthquake and tsunami in nearby Fukushima prefecture in March 2011 you were in Tokyo attending a training camp. What did you feel at the time? I wanted to help those people somehow. When you compete internationally, you represent your country and I knew that everybody would be watching me. So I felt I had to do my best to cheer them up and make them feel a little better. This is not a particularly happy moment for Japan, what with the recession, the debate on nuclear energy etc. How do you see the future of your country? How about your own future? Obviously there are many issues that need to be addressed as soon as possible. I’m rather confident the government will be able to solve these problems but of course it’s difficult to make predictions. We will probably need to make a collective effort. As for me, especially after the Olympic Games I feel like I’ve suddenly grown up. At the same time, I must be more careful about what I say, as more people know me. Being a public person comes with responsibilities and I hope not to disappoint all the people who have believed in me. / G. S.

国際試合に出場するときは、 日本を代表して競技する。 被災された人たちを励ますため、 元気になってもらうために、 自分のベストを尽くさなければ。


水泳は、あなたの人生で、ずっと重要な役割を担っていますか。 そうです。母は私を妊っていたとき、妊婦のための水泳教室に通っていまし

た。そこで乳児用のクラスもあると知り、生後6カ月だった私を登録しました。 国内の全ての記録を更新した後、いつ頃オリンピック出場を意識し始めましたか? 15 歳の時です。優れた水泳選手だけを集めた強化合宿に初めて参加させてもらいま した。できる選手ばかりで、彼らと競ってみたいと思っていました。 アメリカの大学に行きたいと思っていたそうが、なぜ東京の大学に進むことにしたので すか? 僕にとって、大学に行くということは、スポーツで良い結果を出すためだけではな く、よい教育を受けるということです。まだ海外に行くのは早すぎると思ったんです。 日本にいて、日本について学ぶことがまだまだあります。けれども、いつか海外に行 きたいという夢は捨てていません。 教育システムの違いでいうと、日本では体罰は禁止されていますが、多くの指導者は、 アスリートたちの「闘志」を引き出そうと体罰を使うことがあります。どう思われますか? デリケートな問題です。日本では厳しい練習方法が一つの伝統であることを否定す ることはできません。大半の指導者はチームのためを考えているので、多くの教え子 たちは何も言うことができません。それでも限度を超えてしまったら、それは 「教育」とは呼べないです。暴力と対峙する唯一の方法はそれを止めることです。 4月に大学に通うために上京されますが、東京に期待していることは何ですか? それは、一つの挑戦であり、チャンスです。個人として、スポーツ選手として、自分 がどれだけ成長できるか知りたいです。また、東京は生まれ故郷の栃木の町とはまっ たく違った都市ですから、そこでいろいろなものを見てみたいです。 2011年3月11日の大震災発生時は、東京での練習中でしたね。どんな気持ちでしたか? 被災された人たちの力になりたいと思いました。国際試合に参加するときはその国 を代表します。多くの人に見られていることを知っています。だから、人々を励ます ため、元気になってもらうために、自分のベストを尽くさなければと感じています。 日本は不景気や原発問題などで難しい時期にあります。日本、そしてあなたの未来像を 教えて下さい? すぐに取りかからなければならない問題がたくさんあることははっきりしています。 未来を予言するのは難しいですが、上に立つ人たちが問題を解決できるだろうと信じ ています。みんなの協力も必要でしょう。自分自身に関して言えば、ロンドンオリン ピックを経験して、成長したと感じています。けれども、さらに多くの人たちに知ら

Not to disappoint all the people who have believed in him

れるようになりましたから、発言するときにはもっと慎重にならなければいけないと 思っています。公の人間になったことで、責任も生じます。僕を信じている人たちの 期待に答えていきたいです。/

G. S.

mars 2013 > Supplément Zoom Japon n° 28 > 91


Les magiciens ARCHITECTE > ARCHITECT > 建築家 Hokkaidô > Hokkaido > 北海道


Lorsque vous voyez pour la première fois une maison signée FuJiMOTO Sou, vous ne pouvez être que frappé par son extraordinaire conception au point de vous demander : “Pourrais-je vivre ici ?” C’est compréhensible dans la mesure où une de ses réalisations house NA est entièrement transparente où n’existe aucune séparation entre la cuisine, les chambres et la salle à manger. C’est un espace sans aucune attribution précise. La salle à manger peut aussi servir pour manger, cuisiner, étudier ou dormir. “heureusement, ses habitants semblent prendre plaisir à y vivre puisque ces maisons ont été créées par le biais d’un dialogue constructif. ils ont l’air de ne jamais s’ennuyer”, assure FuJiMOTO Sou avec un large sourire. Son “architecture de l’ambiguïté” comme il l’a nommée a retenu l’attention du monde entier. Figurant parmi les plus grands architectes contemporains japonais, il est né en 1971 et a vécu son enfance dans la verdoyante région de hokkaidô. diplômé en architecture à l’université de Tôkyô, il vit depuis dans la capitale nippone. La clé pour comprendre son concept de continuité spatiale réside dans son expérience visuelle. “Les forêts de hokkaidô où j’ai grandi et les maisons en bois que l’on trouvait en nombre à Shinjuku où j’ai vécu, ont des points communs en ce sens qu’elles me donnaient l’impression d’être à la fois à l’intérieur et à l’extérieur et que je me sentais en sécurité au milieu de ces frontières ambiguës”. L’architecture de FuJiMOTO met l’accent sur le concept esthétique japonais du Ma, lequel rejette le recours à des dichotomies distinctes au profit d’une exploration des possibilités entre extérieur et intérieur. “L’architecture doit trouver un équilibre entre ce qui est fermé et ce qui est ouvert. Tandis que le fonctionnalisme se montre assez commode, cette approche permet une




plus grande flexibilité”. Quand il interagit avec le travail de FuJiMOTO, le déplacement dans l’espace devient alors une expérience. récemment, il a conçu plusieurs projets au Japon, mais aussi en Europe, en Amérique et en Asie parmi lesquels on compte une galerie, une place, un hôtel et une tour. “Chaque plan varie en fonction de l’échelle, du lieu et de sa fonction. Mais chacun d’entre eux est marqué par la même vision que j’appelle ‘futur primitif ’. Je souhaite créer avec des outils modernes quelque chose qui est aussi complexe et aussi riche que la nature”, explique-t-il. La catastrophe du 11 mars 2011 lui a offert l’occasion d’explorer la question liée à la contribution des architectes à la société. Cela l’a amené à rejoindre rapidement le projet Minna no ie (Maison pour tous) de l’architecte Itô Toyoo portant sur la construction d’une maison commune pour les habitants de rikuzentakata, une ville dévastée par le tsunami. “Au début, j’ai craint de ne pas être à la hauteur puisque j’étais étranger à la région sinistrée, mais j’ai été porté par la positivité des habitants de la ville. J’ai été impressionné par leur sens de


When you first look at a house designed by Sou Fujimoto, you may be struck by its extraordinary design, then you may ask yourself, “Would I be able to live here?”. This is understandable, considering that one of his designs, “House NA”, is entirely transparent and contains no partitions between the kitchen, bedrooms and dining room. It is a space with no clearly defined domains. The dining room is a place where you can eat and cook as well as study or sleep. “Fortunately, the residents appear to have fun living in the houses, especially since they were created through a col-

Explore the question of how architects can help

92 > Supplément Zoom Japon n° 28 > mars 2013

laborative dialogue. They never seem to get bored” Fujimoto says with a bright smile. His self-described “Architecture of Ambiguity” has caught the world’s attention. Sou Fujimoto is one of the leading contemporary architects from Japan. He was born in 1971 and raised in the verdant countryside of Hokkaido. He majored in Architecture at Tokyo University and has lived in Tokyo ever since. The key to understanding his concept of space continuity lies in his visual background. “The Hokkaido woods I grew up playing in and the concentrated wooden houses I lived among behind Shinjuku resembled each other in the sense that I felt both simultaneously inside and outside, but also secure within

la communauté qui a émergé de la catastrophe. C’est comme si une nouvelle société était apparue de cet état primitif. A partir de là, je me suis senti obligé d’utiliser l’architecture pour promouvoir un style de vie en harmonie avec la nature”, souligne l’architecte. C’était la première fois pour lui de collaborer si étroitement avec la population locale. Au terme des échanges, il s’est avéré que les cèdres qui avaient subi la puissance destructrice du tsunami devaient servir de fondation à la Maison pour tous. Tout en rappelant ce qu’a subi la région, les cèdres symbolisent également l’avenir de la communauté. Cela a valu au projet de recevoir, en août 2012, le Lion d’or lors de la Biennale de Venise. FuJiMOTO Sou exprime une nouvelle vision à l’égard de l’avenir. “Le Japon est en train de revoir sa relation avec la nature. Nous pouvons choisir d’explorer de nouvelles voies pour coexister avec la nature, plutôt que de vouloir adopter une position surprotectrice”. / N. K.

Impressionné par le sens de la communauté qui a émergé de la catastrophe

these ambiguous boundaries”. Fujimoto’s architecture appears to promote the Japanese aesthetic concept of Ma by rejecting the use of distinct dichotomies and instead exploring the possibilities in-between. Fujimoto explains, “Architecture should reach a balance between closure and exposure. While functionalism comes with a certain convenience, this approach allows for greater flexibility”. When interacting with Fujimoto’s works, one undergoes a spectrum of experiences while moving through the space. Recently, he has had a variety of projects not only in Japan but also in Europe, America, and Asia, that include a gallery, plaza, bus stop, hotel and city tower. “Each plan varies in scale, location and function but are

essentially marked by the same vision that I call ‘Primitive Future’. I want to create something that is as complex and as diverse as nature through contemporary means”. The unprecedented catastrophe of the 2011 Tohoku tsunami presented Fujimoto with the opportunity to explore the question of how architects can contribute to society. This prompted him to join fellow Japanese architect Toyo Ito in his project “Minna no Ie (Home for All)”, a community house for the residents of Rikuzen-Takata, a city devastated by the tsunami. “At first, I feared that I was unqualified as a stranger from outside the affected area but was driven by the positivity of Rikuzen-Takata’s residents. I was impressed by the sense


建築家・藤本壮介氏が設計した家屋を初めて見 る人は誰しも、その突飛な構想に驚かされる。

「果たして自分はこの家で暮らせるのだろうか」と。 『HouseNA』は、全体が透明ガラスで 彼の作品の一つ、 できていて、台所や寝室、食堂などにいっさい間仕切 りがない。それぞれの空間には特定の使用目的はない。 食堂は食べる場でもあり、料理する場でもあり、勉強 する場でもあり、眠る場にもなりうる。 「幸い、その家に住んでいる人たちは、楽しみながら 住んでいるようです。建設可能な範囲で対角線を利用 して建てられています。家の中ではほとんど退屈しな いようです」と藤本氏は自信をもって微笑む。彼が 「曖昧さの建築」と名付けた建築は世界で注目を浴びた。 日本を代表する現代建築家の一人として認められてい る藤本氏は 1971 年に生まれ、少年時代を緑あふれる北 海道で送った。東京大学工学部建築学を卒業後、東京 で活躍する。空間の一貫性を重んじる彼のコンセプト を理解するカギは、彼の視覚的体験に秘められている。 「私が育った北海道の森と、長年暮らしている新宿にた くさんある木造家屋には、共通点があります。建物の 内側にいると同時に外側にもいるという感覚で、それ は、両者の曖昧な境界にいるという、一種の安心感を 感じさせます」 藤本氏の建築は、日本の「間」という美的概念を守 ることによって、区画同士を対立させることを避け、 「閉じられ 内側と外側の間を行き来できる構造を尊ぶ。 た部分と開放された部分との均衡を見出すのが建築だと 思います。機能主義というのも便利ですが、このアプ ローチによりさらに融通性を与えることができます」 。 藤 本氏の建築は各空間の相互関係により、空間内での移 動が一種の体験となって感じられる。 彼が最近携わったプロジェクトには、日本だけでな く、ヨーロッパ、アメリカ、アジアの画廊や広場、ホ テル、タワーなどがある。 「それぞれの企画は規模や位 置、目的によって異なります。しかし、それらには共 通のビジョンを貫いています。それを〈プリミティブ• フューチャー〉と呼んでいます。現代の機材を使って、 自然と同じくらい複雑で豊かなものを創っていきたい と思います」と藤本氏は説明する。 2011 年 3 月 11 日の東日本大震災以来、藤本氏は、 建築家が社会のために何ができるか、という問題を探 る。そこから藤本氏は、建築家・伊東豊雄氏が始めた プロジェクト〈みんなの家〉 (津波の被害を受けた陸前 高田市の住民のための共同の家の建設)に参加するこ とになった。 「被災地には住んだことがないので、最初は自分の出 る場ではないのでは、と不安でしたが、町の住民たち の積極的な姿勢に胸を打たれました。それは、ちょう どプリミティブな土地に新しい社会が立ち現れるかの ようでした。それ以来、自然と調和する生活のスタイ ルを推し進めるような建築を生み出さねばならないと 思いました」と藤本氏は強調する。地元の住民に密着 して協力するのは、彼にとっても初めてのこと。意見 を交わしながら分ったことは、津波によって多大な被

Devant une de ses réalisations : House NA > Standing by one of his works : House NA > 彼の作品〈House NA〉の前で

害を受けたヒマラヤスギを〈みんなの家〉の土台に利 用できるということだった。この地域がひどい被害を

Jérémie Souteyrat


of community that emerged from the disaster. It seemed as if a new society had sprung from this primitive state. From this, I felt compelled to use architecture to promote a lifestyle harmonious with nature”. Fujimoto recalls this experience as the first time he collaborated so closely with

locals. From these lively exchanges, the local cedar leftover from the tsunami became the foundation of Minna no Ie. While the battered state of the cedar logs acknowledged the tsunami’s destruction, it also symbolized the future growth of the community. Consequently, the project was granted a Gold

Lion Award at the Venice Biennial art exhibition. Sou Fujimoto ushers in a new vision for Japan’s future “As Japan reconsiders its relation to nature, we can choose to explore new possibilities of coexisting with nature, rather than adopting an overprotective stance.” / N. K.

を象徴するものだ。こうした観点からも、このプロジ ェクトは、2012 年ベネチア・ビエンナーレの金獅子賞 を獲得した。 藤本壮介氏は将来のビジョンを次のように語る。 「日 本はいま、自然との関係を見直ししつつあります。わ たしたちは、超保護主義になるのではなく、自然と共 存していくための新しい道を探し出すことができるの です」/

N. K.

mars 2013 > Supplément Zoom Japon n° 28 > 93


The magicians


Né en 1961, rEkiMOTO Jun est directeur adjoint des Sony Computer Science Laboratories. Ses recherches s’articulent autour de la réalité augmentée. En créant une interface utilisateur qui lie l’univers numérique au monde physique, il espère pouvoir améliorer la santé émotionnelle et physique des gens. Parmi ses récents projets, on peut citer happiness Counter, un verrou installé sur une porte qui ne s’ouvre que lorsque vous souriez. il y a aussi Flying Eyes, un système de caméra implanté dans une sorte d’OVNi qui suit l’utilisateur dans ses déplacements, ou encore Squama, un écran qui peut être utilisé comme une fenêtre et devenir transparent selon les désirs des utilisateurs. En définitive, rEkiMOTO Jun souhaite favoriser ce qu’il appelle le “mode vie yutaka” fondé sur la qualité de la vie. Quel est le concept du Laboratoire Rekimoto ? L’interface homme-machine et l’interaction hommemachine. En d’autres termes, nous utilisons l’ordinateur et l’information pour rendre nos vies et nos styles de vie plus riches. A l’intérieur de cela, il y a aussi la notion de l’être humain augmenté qui consiste à créer des interfaces susceptibles d’étendre les capacités humaines. Le travail de recherche porte sur l’interface utilisateur, mais plutôt que de créer de meilleurs moteurs internet, il s’agit d’améliorer notre quotidien grâce aux ordinateurs. Quel est le processus de création d’un projet ? Partons de l’histoire du happiness Counter. A la base, c’était juste une idée, un peu comme une boîte de médicaments avec minuterie qui s’ouvre à un horaire précis pour que les personnes âgées n’oublient pas de prendre leurs médicaments. Nous avons voulu faire quelque chose d’un peu plus sophistiqué. Que faire si elle ne s’ouvre pas ? Comme par exemple une boîte à bijoux qui reste fermée tant que vous ne souriez pas de façon à ce que les bijoux vous apparaissent encore plus beaux. Nous avons ensuite travaillé sur la théorie psychologique selon laquelle lorsque vous souriez, vous devenez invariablement heureux.

Des machines à bonheur

Pensez-vous que les Japonais acceptent plus facilement la technologie et la robotique en raison de leur présence dans la culture populaire ? > 94 > Supplément Zoom Japon n° 28 > mars 2013

Jérémie Souteyrat

A quels besoins sociaux essayez-vous de répondre avec vos travaux ? Les ordinateurs sont efficaces et utiles, mais je pense qu’il faut mettre davantage l’accent sur une utilisation de la technologie qui rend notre quotidien plus riche. Ou bien créer des appareils qui nous rendent heureux. Nous travaillons sur une utilisation de la technologie qui insiste sur la satisfaction et le contentement. Ainsi si l’on s’intéresse à la question du vieillissement de la population, on sait que la santé devient vraiment un sujet crucial. Nous allons donc voir comment la technologie peut aider à faire du sport.


Jun 暦本純一


> Le futur se joue ici > This is where future happens > ここで未来が


Use computer and information to make our lives and lifestyle richer

Rekimoto Jun, born in 1961, works at Sony Computer Science Laboratories as a deputy director. His research revolves around augmented reality — by making user interface that links the digital and physical worlds, Rekimoto wishes to improve people’s physical and emotional health. Amongst recent projects are HappinessCounter, a lock that sits on a door and only allows it to open when you smile, FlyingEyes, a camera system that flies in a UFO-like contraption and follows the user around and Squama, a screen that can be used as a window and can become transparent according to the users desires. Ultimately, he wishes to facilitate what he calls a “rich and bountiful lifestyle”, one that is based on the quality of life. What is the concept behind Rekimoto lab?


Computer human interface and human computer interaction: if you speak broadly, we use computer and information to make our lives and lifestyles richer and within that, there is the notion of the augmented human in which we make interfaces that expand human capacity. It is user interface research but rather than making internet engines better or things like that, it is to make your lifestyle richer with the computers in the background. What is the process you use to run a project? As an example, let's look at HappinessCounter. Initially it was just a simple idea, a medicine box with a timer that would open according to a set time so the elderly wouldn’t forget to take their medicine. However, that in itself is a bit straight up, so we

1961 年生まれの暦本純一は、ソニーコンピュータサイ










ター」という微笑みかけるとドアが開くシステムを開発した。 また「Flying Eyes」は、操作者についていく UFO のようなも






だ。暦本は、QOL(クオリティー・オブ・ライフ)に基づいた 「豊かな生活」と呼ぶものを促進したいと願っている。

くようになっている薬箱のようなものでした。それのもっと 洗練されたものを作ろうと思いました。箱が開かなかったら

thought to make something more sophisticated. ‘We considered the effect on the user of such a box not opening. For example the idea of a jewelry box that will not open until you smile at it and how the jewels inside would look even more beautiful when they appeared because of that.’ We then went back and researched the psychological theory that when you smile, you conversely become happy. What kind of social needs are you trying to address with your technological research? Computers are efficient and useful but I think that the focus should be rather to use technology to make one’s everyday life more affluent. Or appliances that make you happy— we are investigating the use of technology in a way that focuses on satisfaction >

生活を 豊かにする インタ フェース。

どうするでしょう?例えば、笑いかけなければ開かない宝石 暦本研究所のコンセプトは? 人間と機械と間のインタフェースと、人間と機械との間の インタラクションです。つまり、我々の生活や暮らしをより 豊かにするために、コンピュータや情報を使うということで

箱だったら、宝石が表れたらより美しく見えるでしょう。そ れで心理学の理論を勉強しました。それによると、人は笑う と必ず幸せな気分になることがわかりました。

> mars 2013 > Supplément Zoom Japon n° 28 > 95



> La densité de la population est très élevée au Japon. Voilà pourquoi il est très facile d’observer ces choses et les idées sont diffusées via des manifestations comme le Maker Faire et le Comiket où l’on trouve de nombreux groupes avec lesquels on peut communiquer directement ou échanger des idées sur ce qui est dans le coup en termes de gadgets.

> and contentment. So for example, if you look at issues like an ageing society, things like health become really important. As one aspect of this we will look at how technology can aid sports.

Quelle est la base d’un bon design ? il ne s’agit pas de créer une “forme” en soi, mais d’avoir un but. Les choses ont un but fondamental et l’accent est mis sur la recherche qui permettra de trouver une solution pour atteindre ce but avant d’améliorer à son tour cette solution. Prenons l’exemple de la souris. Si nous devions améliorer la souris, nous ne changerions pas sa forme. Nous imaginerions de créer quelque chose qui ne serait pas une souris mais qui pourrait être multi-touche.

Do you feel that people are more accepting of technology and robotics due to their presence in popular culture like manga in Japan? The population density of Japan is really high so you can observe these things instantly and ideas are propagated by things like Makers Faire and Comiket where there are many communities coming together enabling direct communication, and the exchange of ideas, especially what is “popular” in terms of gadgets.

Faire en sorte que l’ordinateur opère naturellement dans notre environnement

Quelles sont les tendances technologiques à la base de votre recherche ? il y a deux volets : la technologie d’interface pour utiliser les ordinateurs et quelque chose comme les fenêtres à panneaux qui ne relèvent pas de la technologie pour utiliser les ordinateurs, mais qui visent à améliorer le monde réel. Je pense que, dans les dix prochaines années, le plus important sera de disposer d’une technologie qui améliore le monde réel. En termes d’assistance à l’humain, sans ordres directs, dans la plupart des projets, nous n’exploitons pas l’ordinateur. On lui dit de créer une ombre, ensuite il s’en occupe seul. En ce sens, vous n’êtes pas en situation de devoir être derrière l’ordinateur en permanence. C’est lui qui opère naturellement dans votre environnement. / M.


研究ではどのような社会的ニーズに応えていますか? コンピュータは効率的で便利ですが、より大切なのは、生

What is the basis of good design? You should not just focus on

the external form of something but make sure that it has a definite purpose. Things should have a basic purpose, so the focus is on finding a solution to achieve that purpose and in turn, improving that solution. So for example, take the mouse. If we were to improve the mouse, it

To focus on satisfaction and contentment wouldn’t be by changing the shape of the mouse, it would be by designing something that isn’t a mouse but can achieve the same objectives as one in a better way, such as with multi-touch control etc. What are some technological trends that define this

大切なのは、我々とものを 大切にする機械。 充足感や満足感に焦点を あてたテクノロジーを使う ことを研究しています。 だめなのです。物事には根本的な目的があります。重要な のは、その目的に達するための解決方法を見つけることで、









題であることがわかります。ですから、スポーツをするため にどのようなテクノロジーが必要かを考えるのです。







存在しているからでしょうか。 日本はとても人口密度が高いので、そのようなものがよく

ゆるパネル窓のようなものです。今後 10 年間、現実世界を改 善するテクノロジーを持っていることが最も重要になると思い

見られますし、Maker Fairやコミケなどのイベントでそのよ







が勝手にやるのです。そういった意味では、人間は常にコン ピュータの後ろにいなくてもよいのです。コンピュータが人

よいデザインの基本は何ですか? かたちだけを作っても仕方がありません。目的がないと

96 ZoomJapon Japon > mars 2013 96 >>Supplément Supplément Zoom n° n° 2828 > mars 2013

generations research? There are 2 main fields, interface technology in order to use computers and technology such as the panelled window — not in itself something to operate a computer but instead a way to improve our experiences in the real world. In the next ten years I think it is more important to have technology that improves the real world . From the point of view of machines being assistants to humans, what we create in most of our projects do not require direct instructions and we hardly need to interface with them through computers. If you tell them to follow you around like a shadow the computer will then do this all by itself. Such a philosophy frees humans from having to constantly be behind a computer terminal and instead lets the computers naturally adapt to the human environment. / M.




Les magiciens


Mari MANGAKA > MANGAKA > 漫画家 Tôkyô > Tokyo > 東京

Le Japon vu du manga > Japan seen from manga > マン



Dans votre parcours, vous êtes partie à l’étranger très tôt. Le fait de vous éloigner de votre pays vous a-t-il aidé à le voir avec un regard plus objectif ? Oui bien sûr. Ma famille avait déjà beaucoup d’affinités avec les cultures étrangères. depuis que je suis petite, et même lorsque j’étais encore au Japon, j’entendais ma mère et mon grand-père critiquer la société japonaise, et pointer du doigt ses incohérences. de ce fait, même en étant Japonaise, j’avais sans doute moins la sensation d’être en symbiose avec l’état d’esprit japonais que les autres.

des problèmes relatifs à l’identité, Giacomo Foscari (publié actuellement dans le mensuel Office You) étant l’un des plus emblématique à ce sujet. Pouvez-vous me dire quel est votre avis sur la question de l’identité ? Y a-t-il une corrélation pour vous entre cette problématique et le personnage de l’écrivain KObO Abe (ou du moins, celui qui rappelle ce dernier) ? Bien qu’il soit d’origine japonaise, kOBO Abe est né en Mandchourie. Même une fois arrivé dans l’archipel, on peut dire qu’il n’avait pas d’appartenance sociale ou géographique, et c’est un homme qui a vécu sans attache, avec une identité confuse. La plupart de vos œuvres traitent Quant à moi, j’ai également vécu

Votre œuvre Giacomo Foscari se déroule dans les années 1960, une période clé de l’Histoire moderne du Japon. C’était une époque animée par de vives polémiques politiques, et où le Japon était en plein essor économique. Si vous avez choisi cette période pour votre propre histoire, est-ce dû à la nostalgie de l’ère Shôwa (1926-1989) dont on observe l’expression dans de nombreux domaines ces derniers temps ? Ou vouliez-vous adresser un message particulier à vos contemporains en leur rappelant cette époque qui était un tournant majeur pour le pays ? Après m’être installée en italie à 17 ans, j’ai rencontré de nombreux étrangers qui m’ont beaucoup marqué. Les milieux que je fréquentais regorgeaient de personnes venant d’horizons divers ; certains étaient originaires d’un pays où se déroulait une guerre civile, d’autres étaient réfugiés politiques… Le fait d’être confrontée à ces réalités sociales a finalement eu autant d’impact sur moi

que l’apprentissage de la peinture. Avoir lu la littérature japonaise d’après-guerre à cette même période m’a clairement conduit à m’intéresser particulièrement au Japon des années 60-70. il est vrai que je suis par ailleurs très attachée à l’ère Shôwa, et que certaines de mes œuvres se déroulent à cette période. Mais ce n’est pas une simple expression de nostalgie. J’ai focalisé mon attention sur cette époque car il s’agit d’une période qu’il ne faut pas oublier, comme un monument qui sert de repère psychologique. depuis la catastrophe du 11 mars 2011, beaucoup de choses sont remises en cause au Japon. Je me suis alors demandé si les Japonais d’aujourd’hui n’avaient pas des perspectives semblables à celles qu’avaient les Japonais d’aprèsguerre qui avaient subi de grands dommages. C’est justement à l’époque où se déroule Giacomo Foscari qu’a été fondé le mensuel de référence Garo (éd. Seirindo, publié entre 1964 et 2002). Ce dernier a joué le rôle important dans le développement du manga, et a servi de lieu privilégié d’expression pour les auteurs. Avez-vous déjà lu un de ses numéros ? Si oui, trouvezvous dommage qu’un magazine qui ait eu autant d’influence ait disparu ? C’est bien parce que j’avais découvert les œuvres parues dans Garo que, lorsqu’on m’a proposé l’idée de dessiner des mangas, je me suis dit : “S’il existe un tel univers du manga peuplé d’œuvres aussi puissantes comme celles-là, je m’y plonge avec plaisir !”. Les mangas grands publics, je ne les lis pas. Si je n’avais


longtemps à l’étranger, notamment en italie. Quand bien même je suis Japonaise, je n’ai pas vraiment le sentiment d’appartenir à la société nippone. Sans doute ai-je beaucoup moins cette sensation d’avoir une identité nationale ferme, à la différence des autres. il faut dire que ma propre identité est également confuse. un lieu où l’on peut retrouver ses racines… Voilà une chose qui est floue chez moi. A partir du moment où, bien que née à Tôkyô, j’ai finalement grandi dans une région où ma mère a préféré s’installer (à hokkaidô), les pistes sont brouillées, et ce, même à l’échelle de l’archipel.


ヤマザキ マリ connu que des œuvres grand public à l’époque où j’ai commencé à en dessiner, je doute que j’aurai eu le courage de poursuivre dans cette voie, malgré les difficultés financières que mon choix engendrait. il est bien entendu regrettable qu’un tel magazine ait disparu, mais il y a pas mal d ’a u t e u r s c o n temporains qui ont hérité de l’esprit Garo. Le mensuel dans lequel je suis actuellement publiée Comic Beam (éd. Enterbrain), s’inspire clairement de Garo, et mes amis mangaka ont tous baignés dans la culture Garo. Bien que le titre n’existe plus, celui-ci continue à stimuler les créateurs d’aujourd’hui.

いう帰属意識や、確固たる国籍の意識 のようなものが他の人に比べて薄いかも























今の日本が 3・11 以降、政治体制や



































私自身 17 歳でイタリアへ移り住んで









Les Japonais ont besoin de se souvenir des années d’après-guerre

bien que vous-même vous habitez à Chicago, loin de votre pays natal, vous êtes sans doute intéressée par ce qui se passe au Japon ces derniers temps. beaucoup de vos compatriotes se mobilisent actuellement pour faire face à divers problèmes auxquels le pays est aujourd’hui confronté. Ressentez-vous le devoir d’agir en tant qu’artiste ? Ce qu’il convient le plus de faire en tant que mangaka, ce n’est pas d’agir pour la société en s’exposant d’une quelconque manière. Bien que ma façon d’agir ne soit pas celui de se positionner officiellement et de s’adresser ainsi de façon directe aux autres, je cherche à faire apparaître délibérément mon point de vue dans mes œuvres, et c’est là une condition nécessaire >

経歴の中で早くに海外に出られ ていますが、日本から遠ざかる



時の日本の植民地である満州で生まれ、 であったり、そういう現実に直面した

「漫画をやってみれ ことがあったので、











やはり 1960 年代から 70 年代にかけて




私も自分は日本人でありながらイタリ アや他国に長く暮らしてい るために、日本人であると

昭和という時代は、 精神的な拠り所。


You went to live abroad very early in your career. Did leaving your country help you to see it with a more objective point of view? Yes, of course. My family already had a lot of connections with foreign cultures. Since I was little, and even when I was still in Japan, I heard my mother and grandfather criticise Japanese society and point out its inconsistencies. Consequently, even as a Japanese person I probably felt less in touch with the Japanese frame of mind than others.

Most of your work deals with problems related to identity, with Giacomo Foscari (currently published in the monthly Office You) being one of the best examples of this theme. Can you tell me your opinion about the question of identity? Is there a connection for you between this issue and the character of writer Kobo Abe (or at least the character who he puts us in mind of ?) Even though his family is Japanese, Kobo Abe was born in Manchuria. Even once he came to Japan, you could say that he didn’t really belong socially or geographically; and he’s someone who lived without attachments, with a confused identity. I also lived abroad for a long period of time, especially in Italy. Even though I’m Japanese, I don’t really feel that I belong to Japanese society. I proba-

かったとしたら、どんなに 貧乏をしても漫画の道


bly feel my national identity much less strongly than others do. But it’s important to add that my personal identity is just as uncertain. I find it hard to know how to discover my roots. Although I was born in Tokyo, I actually grew up in the Hokkaido region, where my mother wanted to live, and the tracks are blurred from then on. And that is only considering my time in Japan. Your work Giacomo Foscari takes place in the 1960s, a key period in modern Japanese history. It was a time of heated political arguments and a period of dramatic economic growth. Did you choose this period for your story because of the nostalgia for the Showa Era (19261989) that we’ve recently seen signs of all around us? Or did you intend to send a particular message to your contemporaries by reminding them of this period that was such a major turning point for the country? After moving to Italy when I was 17 years old, I met a number of people from different places who really had an impact on me. The places where I spent my time were full of people from different backgrounds; some of them were from countries where there were civil wars taking place, others were political refugees. Being confronted with these different social realities has influenced me more than even learning how to paint did. Having read post-war Japanese literature during that period of time, I >

My personal identity is just as uncertain


The magicians

> pour créer. S’il existe des choses difficiles à extérioriser, mon point de vue sur la société que je garde quelque part en mon for intérieur, en tant qu’auteur lue par de nombreuses personnes, extérioriser ces choses n’est pas de l’ordre du “devoir” comme vous dites, mais relève d’une “condition nécessaire”. Selon vous, quels sont les moyens avec lesquels le Japon pourrait rebondir et surmonter ses difficultés ? il faut que chacun s’informe et se cultive davantage. Que l’on prenne plus de recul avec les médias en essayant d’être plus objectif. Que chacun soit plus apte à décentrer son point de vue par rapport au Japon, en se positionnant par exemple à l’extérieur de celui-ci. Si nous étions capables de considérer les choses dans une perspective plus large, et si nous pouvions penser les choses par nous-mêmes sans être entrainés par les courants de pensées dominants, je pense que la mentalité en général en sortirait changée, et cela déboucherait forcément sur des conséquences tangibles. Dans un récent entretien avec le compositeur HIRAmOTO masahiro, vous avez déclaré que “nous traversons peut être actuellement une période obscure, comme l’a été le moyen Âge. mais il ne faut pas oublier qu’il n’y aurait pas eu de Renaissance sans le moyen Âge”. Ces mots relatent-ils un certain optimisme de votre part ? En effet. Je pense que faire face à un grand désespoir nous fait rendre compte de tout ce qui précédait. Nous réalisons les valeurs inouïes des vestiges du passé, et c’est alors que, peut-être, l’être humain peut mobiliser son cerveau, son corps, toutes ses capacités pour se surpasser. Même si ce n’est là qu’une simple impression subjective, je pense que nous en avons besoin, puisque c’est ce genre de chose qui nous permet d’appréhender notre avenir avec optimisme. / O. N.

Prendre plus de recul avec les médias



に入ったかどうかは怪しいです。 もちろんこのような雑誌が今はもう手に取れないのは残念








『ガロ』で作家としての感 辺にいる作家たちも大抵は皆さん、 性を養われてきた方たちばかりですから、雑誌はなくても、 ヤマザキマリさんから見て、何が苦境に立つ日本の現状を打

社会に対する 思いを表現する のは、作家の 「義務」では なく「必然」。

あの雑誌のコンセプトが残っているこ とも実感できるし、今でも触発されて

破できると思われますか? やはり知識と教養を深めることです。メディアという媒体 を客観的に捉えること。日本を見つめる視点をもっと外側に


移すアビリティを高めるべきかと。視野を広げ、深め、そし ヤマザキマリさんは、日本から離れたシ






ていらっしゃると思います。放射能問 題、ナショナリズムの拡大、日中間の複

最近の平本正宏氏との対談の中で、「 暗黒の中世時代かもし













漫画家という立場に最もふさわしいのは、表にたって自分 の意思を表明することではありません。人々に直接訴えかけ

んじゃないかと。それは単に私の思い込みであってもワクワ クしますから。/

O. N.

> was clearly led to a strong interest in the Japan of the 1960s and 70s. I was also very attached to the Showa Era and some of my works take place during that period. But it’s not just a question of nostalgia. I focused my attention on this period because it represents a time that should not be forgotten, like a monument that serves as a psychological landmark. Since the disaster of the 11th of March 2011, a lot of things have been called into question in Japan. This made me wonder whether present-day Japanese people actually have perspectives similar to those of the post-war Japanese who had suffered so much.

country is confronted with today. Do you feel a duty as an artist to take action? As a mangaka, the most important thing is not to take action on behalf of society by exposing yourself in such a way. Even though my way of responding is not to take up an official position and directly address others, I deliberately express my point of view in my work, and that’s a necessary condition for me to create. As a creator who's works are seen by many, when you have various feelings towards the current state of society I think that it is inevitable that these will be expressed, even before you feel a responsibility to do so.

The monthly magazine Garo (1964-2002) was founded during the time when Giacomo Foscari takes place. Garo played a very important role in the development of manga and served as a privileged place of expression for writers. Have you ever read any of the issues? If so, do you find it a shame that such an influential magazine has disappeared? It’s actually thanks to discovering the pieces in Garo that, when I was given the idea of drawing manga comics, I thought, “If there is world of manga full of works as powerful as these, I will gladly dive into it!”. I don’t read manga aimed at the general public and mass audiences. If I had known only the works intended for a mass audience when I started drawing manga, I probably wouldn’t have had the courage to continue down that route, despite the financial difficulties of my career choice. Of course, it’s extremely unfortunate that such a magazine has disappeared but plenty of contemporary authors have inherited the Garo mentality. The monthly that I’m currently published in, Comic Beam (Ed. Enterbrain), is clearly inspired by Garo and my mangaka friends are all immersed in Garo culture. Even if the title is no longer published, it still continues to stimulate today’s creators.

What do you think are the ways that Japan could bounce back and overcome its difficulties? Everyone needs to become more informed and more cultivated. We need to distance ourselves from the media and attempt to be more objective. Everyone should be more capable of shifting their point of view away from that of Japan and focus on an exterior perspective. If we were capable of considering things in a wider perspective, and if we could think things through ourselves without being led along by the currents of popular thought, I think that the general outlook would change dramatically. That would certainly lead to tangible consequences.

Even though you live in Chicago, far from your home country, you most likely remain interested in what’s been happening recently in Japan. Many Japanese people are rallying together in order to face up to the various problems that the

100 > Supplément Zoom Japon n° 28 > mars 2013

In a recent interview with the composer Hiramoto Masahiro, you declared that, “we might currently be going through a dark period, just like the Middle Ages. But we can’t forget that there wouldn’t have been the Renaissance without the Middle Ages”. Do these words express a certain optimism on your part? Yes, they do. I think that facing a great disappointment makes us conscious of everything that preceded it. In such a situation I think that people are forced to use all of their resources to improve themselves both mentally and physically and embrace the unlimited possibilities. This is the kind of philosophy we need, even if it is just my simple subjective impression. It is this type of idea that allows us to grasp our future with optimism. / O. N.


Saisissant les petits riens du quotidien, les photographies de kAwAuChi rinko révèlent la vie, dans sa fragilité, sa poésie et sa fugacité. En avril 2011, elle s’est rendue dans le Tôhoku, à ishinomaki, Onagawa, kesennuma et rikuzentakada. Là-bas, elle a compris pour la première fois pourquoi, depuis qu’elle a commencé à photographier, elle est attirée par le calme ; un calme qui lui apparaît alors comme “nécessaire pour ressentir le simple fait que l’on existe”. Et face à ce paysage dévasté et tragique, elle a senti qu’il “pouvait être le commencement de tout, puisqu’une fois que tout a été détruit, il ne reste plus qu’à créer.” L’artiste travaille aujourd’hui à la préparation de son nouveau livre, Ametsuchi, qui sortira en mai 2013 [Ed. Aperture avec Seigen-sha et Xavier Barral]. Pour cet ouvrage qui emprunte son titre au plus ancien pangramme japonais, Ametsuchi no Uta, elle a choisi de tourner son objectif vers les étoiles et l’immensité des paysages, de s’intéresser aux rituels bouddhiques et aux pratiques ancestrales comme le yakihata, culture traditionnelle des champs qui, en harmonie avec la nature, offre à la terre un repos de plusieurs décennies avant de la solliciter de nouveau, dans un cycle de renaissance éternelle. dans ces nouvelles images comme dans ses séries précédentes, kAwAuChi rinko ne délivre pas de message, mais montre simplement, et en toute humilité, le miracle de la vie. / H. K.

La photographe montre tout simplement, en toute humilité, le miracle de la vie





PHOTOGRAPHE > PHOTOGRAPHER > 写真家 Shiga > Shiga > 滋賀


川内倫子の写真には日常の何気ないものが映されており、生の繊細さやポエジー、はかなさが表 現されている。彼女は 2011 年 4 月、東北地方を訪れ、石巻、女川、気仙沼、陸前高田に赴いた。

そこで初めて、自分が写真家になってから静寂に惹かれている理由がわかった。その静寂とは「人が存 在していることに気付くために必要」なものであった。荒れ果てた悲劇的な風景を前にし、 「全てが破 壊されたのだから、あとは新たにつくるだけ、これは全ての始まりであるべきだ」と感じた。現在は Jérémie Souteyrat

2013 年 5 月発行予定の『あめつちの詞(ことば)』 (青幻舎、Aperture Foundation /Exavier Barral出版)という 新作を準備中だ。作品のタイトル『あめつちの詞』は、古くからある仮名 48 字からなる「あめつちの 詞」からとっており、星々や壮大な風景にカメラのレンズが向けられ、仏教の儀式や伝統的な慣習に焦

Capturing the everyday little things, Kawauchi Rinko’s photographs reveal life in all its fleeting fragility and poetry. In April 2011 she went to the Tohoku region, visiting Onagawa, Kesennuma and Rikuzentakata. While there, she understood, for the first time since she started to practise photography, why she was so attracted to peace and quiet; the tranquillity that she felt was “necessary for feeling the simple fact that you exist”. Faced with this devastated and tragic landscape, she felt that “this area could be the beginning of everything; for once everything has been destroyed, the only thing left to do is to create”. The artist is currently preparing her new book that will appear in May 2013,

Ametsuchi (Ed. Aperture, with Seigen-sha and Xavier Barral). For this work, whose title Ametsuchi no Uta, is borrowed from the a poem written in the oldest form of the Japanese phonetic syllabary, Kawauchi Rinko chose to direct her gaze toward the stars and vastness of landscapes and to focus on Buddhist rituals and ancestral practices like the yakihata. According to this countryside tradition, land should be offered several decades of rest before it is cultivated once again, fulfilling the eternal cycle of restoration and rebirth. As she has done previously, Kawauchi Rinko does not deliver a message with her new images but simply and in all humility, demonstrates the miracle of life. / H. K.

点があてられる。例えば、自然と調和し、次にその土地を使うまで数十年放置し、限りなく再生させる やり方である伝統的な焼き畑農法。これまでの作品と同じく、新しい写真でも、川内倫子はメッセージ を発することはないが、ただただ謙虚に、生の奇跡を見せている。/

H.K. mars 2013 > Supplément Zoom Japon n° 28 > 101


実現する力 Graine de champion > A future champion > 未来






Nous ne devons pas oublier que nous sommes japonais

102 > Supplément Zoom Japon n° 28 > mars 2013

Né à New-York d’un père japonais et d’une mère allemande, S AkAi Gôtoku arrive à Sanjo (préfecture de Niigata) à l’âge de 2 ans. “Sans problème de langue, je me suis naturellement adapté à la vie japonaise. Mais de par mon physique, cela m’a été pénible de me voir appelé “l’étranger”. Et il m’est souvent arrivé de ne pas vouloir aller à l’école”, se souvient-il. Entré comme pensionnaire au lycée de Niigata, il s’est lancé à fond dans le football. “Cela m’a conduit à devenir professionnel. En devenant adulte, je me suis dis qu’il fallait que je me débrouille tout seul”. En 2008, il rejoint l’équipe de Niigata Albirex où les encouragements des supporters lui donnent “la chair de poule”. C’est en jouant des matchs internationaux, que l’idée lui est venue de partir à l’étranger. C’est alors que le club de

Stuttgart Vfb lui fait une proposition inattendue. “J’avais l’intention de m’expatrier, mais un peu plus tard, après avoir fait mes preuves et être sûr de mes capacités. Mais on m’a relancé pour que je donne une réponse rapidement. J’ai alors décidé de franchir le pas.” dans son nouveau club, il a vraiment souffert de la vitesse et de l’intensité du jeu. Bien que doté d’une bonne technique, il craignait son manque de puissance. “Soutenu par la présence d’OkAzAki Shinji, mon aîné, j’ai surmonté cet handicap de puissance et je crois avoir atteint maintenant le niveau d’un joueur pro allemand. Mais nous ne devons pas oublier que nous sommes Japonais. Notre bon côté, c’est de jouer collectif. dans la vie quotidienne, je fais des efforts pour entretenir mes contacts avec les autres”. Même éloigné du Japon, il s’intéresse de près à

Stuttgart VFB



Born in New York to a Japanese father and a German mother, Sakai Gôtoku arrived in Sanjo (Niigata prefecture) at the age of 2. “With no language barrier to deal with, I naturally adapted to the Japanese lifestyle. But it was irritating to be called a “foreigner” because of my physical appearance. I often would have preferred to stay at home rather than go to school” he recalls. As a boarder at Niigata’s High School, he gave himself over whole-heartedly to football. “It lead me to becoming a professional. And when I reached adulthood, I decided I needed to sort myself out”. In 2008 he joined the Niigata Albirex team and describes how the applause of the supporters gave him “goose pimples”. It was after playing several international games that he thought of going abroad. Stuttgart Vfb made him an unexpected offer: “I had thought of leaving this country later on, after having proved myself and to be sure of my capabilities. But I was given little time to think it over, so I decided to go for it”. Sakai suffered a lot from the speed and intensity of the game with his new club. Despite his great technique, he was afraid of lacking strength. “With the support of Okazaki, who’s older than me, I overcame my weakness and I believe I have now reached the level of a German professional player. But it’s impossible to forget that we’re Japanese. Our main asset is the way we play as a group. In everyday life too, I think it is important to always be aware that your actions affect others”. Despite the distance with Japan, Sakai keeps

up-to-date with the news. After surviving the 2006 floods and the earthquake in Niigata he says he “has not been able to forget”. That explains why he was so affected when the earthquake took place in 2011. Shortly afterwards, he took part in fundraising, including playing in several charity games to support the victims and help them overcome their fear. While resident in Germany, a country that has decided to turn its back on nuclear power, Sakai Gôtoku has been reflecting on the situation in Japan. His family lives in Kashiwazaki where there is a nuclear power plant. “We have no idea when the next earthquake will be, but we need to make sure there will be fewer victims. I would like the government and the local authorities to think it over and take the best decision, which would be to stop all nuclear power. I would like to think that my family is living in a safe place” he explains. Moving to Germany was a challenge. “Now I would like to return to Japan with all the “energy” I have gathered here and I’m getting ready to do so” he says. Like a preacher, he has a vision and a dream of what the future should be like. “I would like to pass on how important it is to reach the goal you set yourself. As a representative of Japan, I would like people to recognise that my commitment is as great as when I’m taking the lead in a move on the football field. I believe that if every citizen acts with “energy”, Japan will be able to rebuild itself. If everybody passes this message on to all those around them, it might continue to spread. And that is what I intend to do”. / K. R. & O. N.


米ニューヨーク州生まれの酒井は、日本人 の父とドイツ人の母を持つ。2歳の時に家

「言葉の壁もなく、日 族で新潟県三条市に移った。 本の生活には自然に馴染みました。でも外見のせ いで”外人”とか言われてきつかったですね。幼稚園 や小学校に行きたくないと思うことがよくありまし た」 高校進学と同時に新潟市で寮生活を始めた。 「サ ッカーの練習量も圧倒的に増え、ここからプロへ の道につながっていくのだと思いました。同時に 自分のことは自分でやらなくちゃいけないという環 境で、人間として成長したと思います」 2008 年、アルビレックス新潟に入団。ピッチで は「鳥肌が立つような」サポーターの声援に奮い立 つ自分を感じた。国際試合も経験するうちに海外 移籍も視野に入ってきた。だが、VfB シュトゥット ガルトからのオファーは、「何の

ドイツで 培った〈強さ〉を 日本に 持ち帰って 伝えたい。

前触れもなく、突然」だった。 「もう少し国内で実績を積み、選 手として成長してから海外に出る つもりだったけれど、即答を求め られ、決断した」 実際にシュトゥットガルトでは サッカーのスピード、そして激し さを痛感した。自分はテクニック があってもパワーでかなわない。 「先輩の岡崎さんの存在にも支え られて、その力の差を克服し、リ

ーグの一員としてのレベルに達したと感じるように なった」のは最近のことだ。同時に、 「僕らは日本 人であることを忘れてはいけない」と常に感じて いる。 「個人プレーに執着せずに、全体に目を配っ て他の選手をフォローできるというのは日本人選手 の良さです。生活の中でも、何事も相手があっての ことだという意識を持って人に接したいですね」 遠く離れた日本のことも気になる。特に 2006 年 に新潟で水害、そして大地震を経験し、 「今でも恐

Moving to Germany was a challenge

怖心は消えないので、東日本大震災は他人事とは 思えない」 。震災直後には募金活動をし、最近でも 「試合時間中だけでも被災地の人が地震の恐怖を忘 れられるのなら」と、チャリティーマッチに率先し て参加している。 脱原発を選んだドイツに住む酒井には、日本の 原発問題にも思うところがある。柏崎刈羽原発の ある地元新潟には家族を残してきた。 「何時どこで 地震があるか分からない。原発があることで人が 亡くなるということが繰り返されないように、原

ce qui s’y passe. Après avoir vécu les inondations et le tremblement de terre de Niigata en 2006, “il n’arrive toujours pas à oublier”. Voilà pourquoi la catastrophe du 11 mars l’a personnellement touché. Peu après, il a participé à des collectes de fonds et plus récemment à des matchs de charité pour venir en aide aux victimes et leur faire oublier la peur. résidant en Allemagne, un pays qui a décidé de tourner la page du nucléaire, SAkAi Gôtoku a réfléchi à la situation du Japon dans ce domaine. Sa famille demeure à kashiwazaki où se trouve une centrale nucléaire. “On ignore quand et où se produira le prochain tremblement de terre, il faut faire en sorte d’éviter qu’il y ait de nouvelles victimes. Je souhaite que le gouvernement et les collectivités locales réfléchissent bien et choisissent la meilleure des poli-

tiques qui serait l’arrêt des centrales nucléaires. Pour ma famille, je veux un lieu de vie sûr”, explique-t-il. Sa venue en Allemagne a représenté un défi. “Aujourd’hui, je voudrais rapporter au Japon cette ‘énergie’ que j’ai emmagasinée et je m’y prépare”, lance-t-il. Tel un prédicateur, il a une vision et un rêve d’avenir. “Ce que je voudrais transmettre, c’est l’importance de parvenir au but que l’on se fixe. En tant que représentant du Japon, j’aimerais que les gens reconnaissent que mon engagement c’est un peu comme lorsque je mène une action sur le terrain en tant que footballeur. Je pense que si chaque citoyen agit avec ‘énergie’, le Japon pourra se relancer. Si chacun transmet autour de lui ce message, il pourra se diffuser plus largement. C’est ce que j’entends bien faire.” / K. R. & O. N.

発廃止という選択も含めて、国や各県には最善の 対策を考えて欲しいです。僕も家族には安全な場 所で暮らして欲しいですから」 ドイツに来たのは自己への挑戦だったが、今は 「1人の人間としてここで培った〈強さ〉を日本に 持って帰って伝えたい」と思うようになった。 「今 はまだその準備段階」だが、酒井は将来に向けて明 確な夢とビジョンを持っている。 「伝えるというの は、何かを成し遂げて初めてできること。日本代表 になって、あいつがやっていることが正しいんだ と認められるようになった時、サッカー選手とい う立場を借りてアクションを起こしたいです。国 民一人一人が〈強さ〉を持ってアクションを起こす ことで日本は活性化すると思うんです。まずは自 分が周りの人に伝えて、それが次々に伝わってい けばいいと思います。僕はそのきっかけを作る 1 人 となりたいです」 / K. R. & O. N.

mars 2013 > Supplément Zoom Japon n° 28 > 103



Funahashi face Hom m age à l’oubli p. 14 à Sôm ai p. 19


Le pla isir d u t r a m p. 28

g r a t uit numéro 26 - décembre 2012 - janvier 2013

L’ empire des râ men Jérémie Souteyrat pour Zoom Japon





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Fr ee number 6 - N ovember 2012



Zoom Japon - Supplément du numéro 28  

Les 50 qui font le Japon de demain