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(Page reste vierge image seulement pour finaliser le choix de la couverture)

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LE COFFRE DU PARANO [Sous-titre]

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Du même auteur Aux éditions Pollymnie’Script [La cave des Exclus]

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MEL ESPELLE

LE COFFRE DU PARANO

Polymnie ‘Script

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© 2014 – Mel Espelle. Tous droits réservés – Reproduction interdite sans autorisation de l’auteur.

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[Dédicace]

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[PrĂŠface]

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Chapitre 1

L’annonce disait dans la page matrimoniale : Cherche JF mûre de 25-30 pour s’installer près d’un sympathique bucheron de Vancouver. Si intéressée, contacter le numéro ci-joint : xxxxx-xxxx. Ce que fit Neam en ce soir de novembre. Drake se disait être affectif et bon sous tour rapport, il aimait ses chiens, la nature (un peu prosaïque dans sa description) et la bonne bouffe. Il répondit favorablement à Neam et lui demanda une photo récente de la prétendue fiancée. Mais jamais il ne se serait attendu à voir débarquée à Vancouver une sorte de grande et maigrichonne adolescente, portant un énorme sac militaire sur le dos. En fait, c’est son ami don qui partit la chercher et en la voyant émit un drôle de grognement voulant peut-être dire : Il ne manquait plus que cela, voilà qu’on nous colle une ridicule gamine ! Et Neam, le sourire aux lèvres se hâta de faire immédiatement bonne figure en lui remettant une bonne intention de Seattle, soit des gâteaux artisanaux qui n’avaient pas été perdus lors du passage à la douane. Elle-même parut être surprise en voyant arriver ce colosse arborant une barbe de trois jours poivre-grise et un catogan en guise de coiffure. Elle le trouva beau, sa première impression serait positive et l’œil brillant elle le suivit jusqu’au pick-up stationné sur ce parking désert.

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Ce qui la choquant ne fut pas le manque de loisirs qu’on aurait pu trouver dans cette partie du monde, non, ce qui la choqua bel et bien fut le froid vif et piquant qui la foudroyant aussitôt qu’elle eut quittée l’avion surchauffée de la compagnie low-cost Canadienne. Elle n’avait pas prévu cela, des vêtements chauds auraient été préférables à ces ridicules vêtements parmi les plus beaux de sa garde-robe. Elle voulait faire bonne impression à celui qui allait devenir son époux. Car oui, elle comptait bien l’épouser ! Une façon élégante pour elle se sortir de son existence si ordinaire. Le grand Nord sonnait l’appel vers l’aventure et Neam avait ce côté trappeur en elle. Naturellement, elle s’endormit dans la voiture bercée par la pluie tombant en ravale sur les routes sinueuses perdues au milieu de nulle part. Don Morris roula pendant deux heures avant de prendre un back pour le conduire de l’autre côté d’un lac. Ce ne fut que tard dans la nuit qu’ils arrivèrent enfon à destination. Ethan Drake et lui vivaient une sorte de cabane de rondins dans un endroit désertique coincé entre deux mamelons partiellement enneigés. Deux chiens arrivèrent sur le véhicule. Des loups, devrais-je plutôt dire si l’on s’en réfère à leur taille et leur allure générale. Cependant elle n’eut aucun mouvement de recul et elle se précipita vers elle pour les serrer dans ses bras. Une loupiotte s’alluma. Ingénieux comme système. Ainsi le faisceau éclaira les environnant sur une bonne distance et neam trouva immédiatement cet endroit charmant. Jamais je n’aurai espéré mieux, songea-telle en suivant don dans la maison. Et puis il y avait une chambre pour elle avec un matelas aussi confortable qu’un nid de plume et après avoir rebondi dessus, Neam rejoignit Don en bas affairé à préparé le diner. Sur le frigo, Ethan prit le temps de rédiger un menu pour la semaine en tenant compte des goûts de Neam ; il y aurait donc des réjouissances à chaque repas. « Où est Ethan, questionna cette dernière en découvrant l’intérieur rustique de la maisonnée.

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—Il avait une dernière course à faire. » Il aurait pu ajouter ceci : mais je doute qu’il veuille te voir rester ici quand il fera ta connaissance. Il sortit tout l’attirail de cuisine sans plus se soucier d’elle. Neam furetait à gauche, à droite comme à la recherche de quelque chose de précis ; ses yeux se posèrent tour-à-tour sur des trophées de chasse accrochée aux liteaux des portes, des armes indiennes en guise de décoration, une peau d’ours posé sur un canapé. Elle resta en alerte devant un grand vivarium dans lequel dormait un reptile aussi paisible que dangereux. « Je peux t’aider en quelque chose ? Je suis bonne cuisinière tu sais ! » Il ne répondit rien occupé à couper des morceaux de viande pour les mettre à prendre. Il me prend pour un imposteur, pensa-t-elle en enfilant un tablier de boucher. Il est vrai qu’elle n’avait pas jointe de photos à sa description mais Drake avait été séduit par sa sensibilité et son raisonnement. Il ne voulait pas d’une intellectuelle ici mais bien une personne qui parage ses convictions, alors il lui paya la moitié de son billet d’avion et chargea Don d’aller la chercher. Ils mangèrent devant le feu, très religieusement. Il régnait dans la maison un silence de cathédrale et Neam le nez dans son verre de vin ne cessait de le regarder. Elle s’imaginait être la rescapée d’un naufrage sur les côtes du Labrador, il l’aurait sauvé d’une mort certaine en la recueillant ici. Il débarrassa et lui souhaita une bonne nuit. Elle n’aurait pu s’attendre à mieux pour une première rencontre ; elle se coucha sereine et soulagée dans son lit si confortable. Le lendemain elle le trouva à l’arrière de la cabane, là où ils entassaient le bois. Les bras croisés sur la poitrine, elle le regardait couper le bois à la hache et grelottante de froid, elle regrettait d’avoir laissé sa parka dans la petite armoire de l’entrée. Les chiens se levèrent à son approche, ses deux loups au poil soyeux et à l’œil vif. En fait, Neam frissonnait d’aise. Jamais de toute sa vie elle ne s’était trouvée aussi ben. Il y avait ici de quoi se ressourcer et une réelle source

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d’inspiration pour quelqu’un qui depuis toujours rêvait de grands espaces vierges, inhabités et non façonnés par la main de l’homme. D’où elle se trouvait et avec la clarté diurne, elle jouissait d’un panorama unique ; d’une part les hautes montagnes au loin à l’ouest, au nord, les étendues boisées s’étendant jusqu’à l’est et au sud, la colline dénudées offrant aux spectateurs un avant-goût du paradis terrestre. Profitant de cette matinée clémente, elle marcha jusqu’au hangar où l’on avait garé un chasse-neige, un énorme 4X4 aux roues titanesques et une voiture moins impressionnante, une sorte de pick-up avec une cabine amovible. Sans parler des deux motos neiges et de tout l’attirail de randonnée en montagnes : skiis, raquettes et après-skis rembourrées et imperméable montant à hauteur du genou. Neam tapota ses mains entre elles pour les réchauffer et le nez en l’air, elle vit passer un groupe d’oies sauvages aux ailles noires. Un beau spectacle mais rien en comparaison de la horde de caribou aperçu du haut de la cabine d’avion. « Ils s’appellent comment vos chiens ? » Questionna-t-elle en plongeant ses mains dans la fourrure noire d’un des chiens, celui à la crinière blanche. Don ne répondit pas, concentrant ses gestes sur ce bois humide disposé en équilibre sur les autres rangées. « Vos chiens, ils s’appellent comment ? —beowulf et Grindel, répondit-il presque pour lui. il n’avait pas relevé la tête et ses longs cheveux blonds lui donnaient un air de vikings. Il n’ajouta rien d’autre. Peu lui importait, finalement, Neam ne se vexerait pas pour si peu. Après tout Drake lui avait bien dit de venir, ce qui prouvait son intérêt pour elle. « Je peux t’aider en quelque chose ? » de nouveau réunis dans le logis, Neam le suivait sans se démonter. Il ne la remarquait pas, allant presque jusqu’à la bousculer par mégarde. Qu’elle remonte dans son avion et qu’elle me fiche la paix ! Il savait que Drake n’apprécierait pas la farce. Il le connaissait depuis toujours et connaissait les goûts de son ami en matière de femme. Il les fallait grandes, aux formes

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généreuses ; « une » femme indépendante et non pas une de ces citadines incapables d’allumer un feu de bois ou tendre un appât pour du gibier. Pourtant les femmes d’ici se connectaient à internet, rêvaient de vivre en ville et de rencontrer un homme bodybuildé qui ne parlerait pas d’amorces, d’hameçons et de carabines et autres sujets tout aussi ennuyeux que l’art de la surie en haute montagne. Il claqua la porte derrière lui et laissa Neam seule à l’intérieur. Elle enfila une parka trouvée là et des bottes achetées pour 25$ dans un bazar à Seattle. Quant au manteau, elle l’enfila par-dessus son épais gilet de laine. Marcher lui fit du bien. D’abord elle longea la sente avant d’atteindre un cours d’eau ruisselant sur les pierres polis ; le doux chuintement de l’eau lui rappelait un poème apprit plus jeune à l’école et elle ramassa des petits galets pour les jeter au loin. Puis elle décida de poursuivre en amont. Un avion passa au-dessus de sa tête. Un petit avion dont le moteur vrombissant lui apporta le sourire. Elle avança pendant une heure avant d’atteindre un lac au milieu de ces grands arbres. La fatigue la fit s’assoir et les mains sous les aisselles fixaient la surface du point d’eau. La clarté diminua et avec elle l’énergie de Neam. Peut-être aurait-elle du manger ce matin ? Elle regrettait de ne pas s’être alimentée et elle en payait les conséquences de manière stupide. Il se passa un petit moment avant qu’elle ne revienne sur ses pas. Plus tard elle trouva enfin le chemin de la demeure et Don en la voyant sortit prestement du logis. « Cela n’est pas possible ! Cela fait cinq heures que je te cherche et j’ai appelé le central pour signaler ta disparation ! Je ne peux pas alerter toute la région parce que tu auras décidé de faire une ballade. Ce n’est pas croyable ça ! —Je suis navrée, je m’étais perdue en cours de route mais l’essentiel est que je sois saine et sauve,

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non ? Mes mains et mes pieds sont gelés. Je donnerais tout pour ne pas mourir de froid ici. » Neam ne ferma pas l’œil de la nuit et au petit matin, une voix différente de celle de Ron la tira du lit. «…je croyais qu’elle était à l’hôtel ? Tu lui as dit que cela n’allais pas être possible ?» Puis, plus rien. Prestement Neam enfila ses vêtements pour descendre l’escalier et se retrouver dans la cuisine. Neam sortit le jus d’orange du réfrigérateur et s’en servit un verre en lorgnant du côté de la porte de la salle à manger. Puis elle sortit un toast du grille-pain qu’elle posa dans son assiette pour le beurra quand elle sentit qu’on l’observait. Drake se tenait dans l’encorbellement de la porte. Sur la photo qu’elle avait de lui, Drake était moins grand, moins large d’épaule et plus jeune ; cet autre Drake la toisait ouvertement, la barbe recouvrant son menton et ce dernier sans un mot alla se servir un café. « Alors comme ça c’est toi Neam ? —En chair et en os, oui.» Plus jeune Drake aurait rêvé d’avoir une petite amie comme Neam : belle, fraîche et énigmatique. Aujourd’hui cependant, Drake était un homme de raison et plein de principes. Il ne pouvait s’encombrer d’une gamine quand il prévoyait de fonder un foyer. Il la fixait avec intensité avant de plonger ses lèvres dans son mug de café chaud. Neam croqua dans son toast en éparpillant les miettes tout autour d’elle. « Ron te déposera en ville. Il y a une navette à midi pour l’aérodrome et ton vol te ramènera à Seattle. Tu ne seras pas mécontente de retrouver la civilisation. Ce n’est pas vraiment la meilleure période pour du tourisme, vois-tu et j’espère que tu garderas un souvenir bref mais agréable de notre région ! » Neam ne répondit pas continuant à croquer dans son toast, son regard bleu lagune fixant la carafe de jus d’orage devant elle. Seattle. Que ferait-elle là-bas ? Rien. Elle serait condamnée à errer d’un foyer à un autre ; les jours où elle n’aurait pas de place elle trouverait un banc sur lequel dormir.

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La peur la gagna tout autant que la nausée. Elle aurait tant aimée changer de vie, être utile à quelqu’un. Elle devrait retourner à la coopérative pour cueillir des légumes en serre et avaler des livres d’exploration en rêvant d’être autre chose que ce parasite. « Es-tu prête ? »Questionna Ron en arrivant dans la pièce, la parka sur le dos. Peu enthousiaste elle quitta sa chaise pour aller récupérer son sac à l’étage. Ron l’attendait à l’extérieur et quand il la vit apparaitre, il éprouva de la pitié pour elle. Il ne savait pourquoi mais il ressentait une effroyable peine. « Euh, Neam….c’est cool que tu sois passée ! » Déclara Drake en guise d’adieu. Il savait au fond de lui qu’il la regretterait. Il avait été séduit par son profil et il la trouvait différente des autres ; elle ne cherchait pas à séduire, elle était tout simplement elle. Il avait voulu y croire et la voyant boucler sa ceinture, il se mordit la lèvre. « C’est une situation peu ordinaire mais cela vaut mieux ainsi. Il n’y a rien pour toi ici, tu comprends ? Ron te ramènera à bon port, conclut-il en frappant la carrosserie du pick-up pour signaler le départ. Prends soin de toi d’accord ? » Don ne pouvait la jeter ainsi, alors il lui proposa un café dans un snack en ville. Neam accepta. La ville comptait deux mille habitants ; coincée dans une cuve, elle restait chaleureuse et Neam les yeux embués de larmes voyait Eden comme un dernier passage obligé avec les Enfers. La ville portait bien son nom : eden et Neam adorait ce petit lac entouré de huttes et de maisons à colonnes, un mélange de genre et pleine de charme. Aucun site, aucun magazine n’en faisait la publicité et Neam se dit que les habitants de ce havre de paix cherchaient à garder leur bien intact. Il posa la tasse devant Neam et sans la lâcher des yeux, tentait de sonder son esprit. Drake avait eu des moments difficiles, à présent il gagnait bien sa vie comme entrepreneur. Normal alors qu’il cherche une femme pour construire un avenir. Neam était jeune certes mais elle ne ressemblait pas à ces autres

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dévergondées et écervelées croisées ici et là, elle avait de la classe naturelle et un certain charme, elle irradiait et son regard vous hypnotisait littéralement. Elle a des yeux comme des turquoises, brillants et envoutants, pensa-t-il en mâchouillant sa touillette. Elle ferait le bonheur d’un autre homme quand elle aurait pu faire celui de Drake. Son ami s’était toujours montré prudent en matière de femme, il restait sentimental et affectueux, il fallait pour s’en convaincre le voir cajoler ses chiens. « C’est comment Seattle? —C’est froid. Humainement parlant. Et c’est….triste, poursuivit-elle la gorge nouée. Et puis c’est différent de ce que l’on attend d’une ville de la côte ouest. Mais je….je lui survivrai. » Elle détourna la tête pour étudier la vie régnant ici, s’en imprégner une dernière fois. Elle inspira profondément avant de retourner à son interlocuteur. « J’ai pensé, peut-être à tort que ma vie serait différente ici, très différente. J’aimais cette idée de changement et quand Adrian me répondait sur cette plate-forme, je me sentais moins seule et j’avais moins peur. Je savais que quelque part quelqu’un tenait à moi et m’attendait. Et toi ? Tu vis ici ? —Oui, je….je vis avec ma petite amie non loin d’ici, mentit-il. Il le fit pour se protéger d’elle ; sa personne représentait une menace un danger pour son avenir. Il ne craignait que Neam s’introduise dans sa vie comme elle l’avait faite avec Drake. Il avait vu Quin s’emballer à son sujet, se mettre à parler de l’avenir et se montrer impatient. Il lui parlait de Neam comme d’une réponse aux questions qu’il se posait. L’existence de Neam lui avait réconcilié avec la vie et Ron n’avait cessé de le mettre en garde contre cette inconnue qui le dévorait de l’intérieur. « Je suis désolée pour ton ami. —Il s’en remettra. Il est solide. Et puis votre relation était des plus platoniques. On ne peut pas vraiment parler d’amour entre vous et il est toutefois soulagé de t’avoir vue. En chair et en os, comme tu l’as dit.

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—Oui, c’était important qu’il me voie, répondit-elle le sourire aux lèvres. Il a du me trouver bien différente de la femme qu’il s’imaginait voir. Il a du se demander ce qui lui arrivait. —Tu devrais boire ton café, on va devoir y aller.» Et une fois arrivée à l’aérodrome, Neam fut prit de panique. Ce petit avion la ramenait au point zéro. La nausée au bord des lèvres, elle demanda à rester un peu plus longtemps dans la voiture. Ron ne refusa pas et baissa le son de la radio. Les larmes aux yeux, neam serra les bras autour de sa poitrine. « Est-ce que ça va ? —Oui j’ai seulement un peu froid. Cela va passer. Je vais y aller. Merci pour tout ! » La portière refermée derrière elle, Neam fila sans se retourner. Une fois qu’elle fut installée sur son siège, elle aperçut Ron derrière son hublot. Il se tenait là sur le tarmac, les mains enfoncées dans les poches. Et la première chose que demanda Drake quand Ron rentra fut : « Elle est partit ? Comment… comment a-t-elle pris la chose ? Je ne voulais pas être insultant, mais… je n’aurais rien eut à lui offrir. » Il trouva sa peluche sur son lit. Un petit nounours auquel il manquait un œil. Ce nounours vieux et usé jusqu’à la corde avait son odeur….c’est bien tout ce qu’il lui restait d’elle.

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CHAPITRE 2 Neam se connecta sur internet depuis la salle d’étude du foyer. Elle avait fini par se convaincre que Drake n’existait plus et après des semaines, elle osa enfin se connecter à la plate-forme de rencontre. Aucun homme ne retenait son attention. Notre pauvre Neam en était réduite à chercher quelqu’un pour lui faire oublier son quotidien. Dans moins de vingt minutes, on inviterait les résidents à aller se coucher, règlement intérieur oblige ; Alors elle allait se déconnecter quand Drake se connecta. Son cœur implosa littéralement dans sa poitrine. Il venait de se connecter après des semaines d’absence…. pour Neam cela sonnait comme une possible réconciliation. Devait-elle entamer la conversation ou lui laisser l’honneur de commencer ? Mais rien ne se passa sur son écran. Alors ses doigts pianotèrent sur le clavier à la vitesse de la lumière. Elle lui disait seulement un court : Bonjour, comment vas-tu, Adrian ? Elle effaça le superflu pour ne laisser que : bonjour ! Assez timide et sans ambiguïté. Allait-il répondre ? Nora, l’afro-américaine en charge de la salle d’informatique apparut dans l’encorbellement de la porte. « On ferme dans cinq minutes ! » La panique se lut sur le visage de notre petite. S’il ne répondait pas alors définitivement elle cesserait toute approche. L’attente fut longue et pénible. Dans peu de temps Nora reviendrait pour fermer la salle. Comment vastu Neam ? Ce fut là sa réponse. Que devait-elle lui répondre ? Je vais bien, ne t’en fais pas. En ce moment je postule pour un emploi dans une librairie , écrit-elle avant de tout effacer pour écrire : je vais bien. Tu seras heureux d’apprendre que je vais peutêtre avoir un emploi dans une librairie au milieu de tous ces livres que j’affectionne tant. Et Nora apparut. « Désolée ma belle, mais c’est l’heure ! —Je termine. Seulement une phrase et je m’en vais… » Elle poursuivit avant d’attendre sa réponse :

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On se contacte plus tard, je dois me déconnecter. Bonsoir Adrian ! Et elle se déconnecta. De nouveau, elle eut foi en son avenir. Elle regrettait le temps où elle n’avait pas à chercher l’amour sur ces sites de rencontres. Dans ce foyer elle jouissait d’un confort et d’une sécurité relatifs ; elle savait où dormir le soir et mangeait chaud et à heures fixes. Avant de se mettre au lit, elle pria pour que Dieu lui accorde une autre chance. Deux jours plus tard, elle fut exaucée. Dans sa boite-mail, elle trouva un billet électronique pour le Canada. Elle crut en une blague et relis le message disant ceci : Si tu ne crains pas trop que je te fasse encore mauvais accueil, passes me voir dans une quinzaine de jours. Tu auras le gite, le couvert et toute mon attention ! Neam pleura des larmes de joie et immédiatement commença ses valises. Quinze jours. Neam allait revoir Adrian drake et dans cet avion qui la conduisait au-delà de la frontière, Neam semblait être sur un petit nuage. Don l’accueillit dans le petit aérodrome et en l’apercevant, les bras croisées sur sa poitrine et ses longs cheveux tombant en cascade le long de son visage aux charmes indéniables, Neam ne fut pas certaine de tout saisir à cette invitation ; Adrian lui demandait de passer mais envoyait son ami la cherchait quand elle avait tant espérer le trouver ici, des plus enthousiastes, une gerbe de fleurs à la main. « Salut Neam. As-tu fait bon voyage ? —C’était un peu long. Pas moins de deux correspondances pour arriver à destination. —Ce sont les aléas de notre pays. Au moins les vols sont assurés dans cette partie du Canada. D’autres régions sont bien moins chanceuses. » Il hésita à la serrer dans ses bras, alors il ne le fit pas se contentant seulement de poser une timide main sur son épaule. « C’est par ici ! » Déclara ce dernier en la guidant sur le parking. Mais toujours pas de Drake et une fois à bord du pick up, Neam osa ce commentaire :

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« Adrian doit être submergé par le travail. Je pensais qu’il serait là. —Oui, il est…. A ce sujet, je dois t’avouer qu’il n’est pas au courant de ta venue. En ce moment il est un peu tendu, il n’est plus tout à fait le même. Mais je reste persuadé qu’il sera heureux de te revoir. —Il pourrait avoir envie de me mettre à la porte. Ce n’est pas tout à fait ainsi que je voyais les choses. » Il n’ajouta rien et démarra. Sur le bac, neam rejoignit Don au bastingage. Ce dernier suivait des yeux l’horizon boisé, perdu dans ses pensées. Et quand elle le rejoignit, il tenta un sourire ; « Je t’ai trouvé un emploi à Eden comme je sais que tu aimes lire il s’avère que le vieux Jo à besoin d’une assistante pour ces vieux bouquins. C’est une façon comme une autre de t’acclimater au climat. Les gens ici sont plutôt sympas et très accueillants. Ils apprécieront d’avoir une personne aussi érudite que toi pour les guider. Si tu travailles ici Drake appréciera ta compagnie. Il aura moins l’impression de te tirer à ton existence à Seattle. —J’apprécie ce que tu fais. —Je le fais pour lui ne te méprends pas. Drake est mon ami, le meilleur qu’il m’est été donné d’avoir et je n’avais jamais pensé une seule seconde qu’il puisse être affecté par ton départ. Peu après leur arrivée, Don insista pour la conduire au pub le Millénium, une soirée s’y passait et toute la ville d’Eden semblait s’être donné rendez-vous dans ce pub installé sur le bord du lac. Des plus fébriles, Neam le suivit avant qu’il ne disparaisse chercher deux bières. Neam alors le vit. Il se tenait là au milieu de trois hommes. Il parlait fort pour se faire entendre au milieu de ce brouhaha causé par la musique, le bruit des joueurs de billards, de fléchettes et du rodéo ; les serveuses, le chapeau sur la tête se précipitaient d’une table à une autre le sourire aux lèvres. Sur sa banquette de faux cuir rouge Neam se cacha derrière le dossier, serrant nerveusement son sac sur sa poitrine.

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Don revint avec les deux bières. « Viens, il faut que je te présente au fils du vieux Jo ! Viens ! » Les jambes flageolantes elle le suivit à travers tous ces consommateurs. Don glissa un mot à l’oreille d’un grand rouquin qui se tourna alors vers notre Neam. « Brett, voici Neam ! Elle nous vient de Seattle. —Et bien Don, dis-moi tu es un sacré cachotier ! De Seattle c’est bien ça ? —Oui, j’avais besoin de changer d’air ! »D’autres se greffèrent à don et neam. Tous voulaient savoir qui était cette jolie jeune femme de toute évidence très proche de Ron. Neam distribuait des sourires, plus que jamais elle rayonnait. Pour elle, on ne pouvait rêver de meilleure introduction en la matière. Et Adrian la vit. Le sourire s’effaça de ses lèvres. Non….il ne pouvait s’agir de la petite Neam ? Il lâcha sa fiévreuse discussion pour venir saluer Ron. « Et moi qui me demandais ce que tu avais bien pu foutre de ta journée ! Euh…les frères Wellers sont ici et ils ont demandé à te voir pour ce que tu sais. Tu les trouveras du côté du billard. » Ron lui administra une violente bourrade et disparut. Seul avec Neam, il détourna la tête de Neam. « Salut, Neam ! Tu…tu fiches quoi ici ? Tu es de passage dans le coin ? Notre belle région te manquait, Laisses-moi deviner…tu as oublié quelque chose ici comme une vieille peluche et plutôt que de demander de nous te le faire envoyer, tu as préféré venir le chercher de toi-même ! —J’ai trouvé un emploi de libraire chez le vieux Jo ! —Le vieux Jo ? Je n’ai jamais entendu qu’il cherchait quelqu’un. Je suppose que Ron est derrière tout ça. Ron c’est un peu notre mère et grande sœur, meilleure copine à tous. Tu es là depuis quand ? —Depuis aujourd’hui. —et tu comptes rester combien de temps ? Ah, oui c’est vrai, j’ai déjà ma réponse. Chez le vieux Jo ! Et bien… bonne continuation pour la suite ! » Il lui tourna le dos pour retourner auprès d’un groupe d’amis.

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Le lendemain, de bonne heure Neam se leva. Adrian dormait sur le canapé, tout habillé. Il avait festoyé toute la nuit. Neam se prépara son petit déjeuner quand une blonde apparut et là, ce sut la douche froide pour notre belle. L’autre femme n’avait rien de déplaisant, elle était sensuelle même sans absence de soins adéquats. « C’est toi l’Américaine ? Seattle d’après ce qu’on raconte ? Pourquoi quitter les États-Unis pour venir t’enterrer ici ? » La question affecta neam. Non, elle ne s’enterrerait pas ici, au contraire, elle allait revivre. La blonde au regard d’un bleu intense souriait assise sur le rebord du plan de travail en micro-short, sa voluptueuse chevelure, celle d’une sirène tombant en une masse sur sa poitrine ronde et ferme. Pour Neam, elle avait affaire à une séreuse concurrente. « Tu es amérindienne. Quelle tribu ? Sioux ? Apaches ? Questionna cette dernière sans cesser de sourire le mug de café à la main. Neam ne répondit rien. Ce n’était pas la première fois qu’on lui balançait ses origines amérindiennes à la face comme si elle se limitait à sa naissance. Née de parents amérindiens trop pauvres pour l’élever. Elle avait quitté le Dakota avec son frère à ses quinze printemps pour arriver à Seattle. Neam allait ouvrir la bouche pour répondre quand Adrian déboula et posa un long baiser sur les lèvres de la ravissante et bienheureuse blonde. « Salut ma belle ! As-tu bien dormi ? —Comme un bébé. Tu me déposes en ville ? J’ai un rendez-vous avec Sanders concernant le bois. Et ensuite je vais aller manger des buggels chez Aaron, ajouta cette dernière en baisant les lèvres de Drake. —Deborah, voici Neam ! Neam, ma petite amie Deborah, mais ici tout le monde l’appelle Deb. C’est notre ange-gardien à tous ici et cela me fait plaisir qu’elle soit parmi nous en ces instants de grands froids. Elle réchauffe le cœur et l’âme. —Arrêtes un peu, je ne fais que soigner les corps non pas les cœurs tourmentés.

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—Deb retape un ranch à quelques lieues de notre concession. Son frère ét elle élèvent des chevaux. On peut dire qu’elle sait s’y faire avec les canassons. Le ranch fonctionne plutôt bien. Neam quant à elle est là pour bosser chez le vieux Jo, ce vieux grincheux de Jo qui ne supporte personne pas même ses propres fils, mais cela vaut peut-être la peine d’essayer. Neam a beaucoup de volonté. Je te dépose dans moins de dix minutes, est-ce que cela te va ? » Neam devrait alors faire avec cette Deborah, si on lui avait dit qu’elle aurait à composer avec cette créature aux beaux yeux turquoise, elle aurait refusé. Pour se consoler elle caressa les chiens, ces molosses d’un autre temps ayant plus figure de monstres que de canidés ; leur tête était énorme et sombre tout comme leurs membres et ils grognaient pour marquer leur humeur. Ne pouvant différencier Grundel de l’autre, Neam leur donnait autant de caresses à l’un puis à l’autre jusqu’à ce qu’ils se mettent à grogner, le plus dominant grimpa sur le dos de l’autre en retroussant ses babines. « On peut dire que tu es leur égale à présent. Ils ne se laissent guère approcher en temps normal. Ils fuient toute compagnie qui ne soit pas la mienne ou celle de Drake. Sais-tu planter un clou ? —Oui je bricole un peu, répondit Neam sans grande conviction. Dans la remise, Don lui présenta l’objet à clouter. Il s’agissait d’une sorte de caisson abimée, aux bois éclatés ; il fallait la recouvrir de nouvelles planches de bois après quoi Ron la laissa seule dans cet hangar. Il revint plus tard pour constater le travail de Neam. Sans l’ombre d’un doute elle savait poser des clous avec soin. Il plongea son regard dans le sien. La veille au soir, Neam constata qu’il faisait de gros efforts pour l’intégrer ; il y avait en lui quelque chose de si altruiste qu’elle en fut rassurée. « Drake est un mac cool, tu verras. Laisses-lui le temps de te connaitre. Deb est sa petite amie du moment mais c’est une relation des plus platoniques. Elle est adorable, on ne peut pas lui reprocher d’être

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comme elle est mais ce n’est pas si simple entre eux deux. Elle est courtisée par tous les hommes virils d’Eden et… Ah, enfin… tu te feras une idée par toimême de qui est notre infirmière. Tu as su gagné sa curiosité en tous les cas, elle ne cesse de me presser de questions à ton sujet. » Les lèvres scellées, notre Neam planta des clous encore et encore. Ron agitait la tête tout en écoutant sa musique hard-rock la perceuse à bois à la main. Il formait une sacrée équipe tous deux : ce beau Viking et cette jolie Sioux. « Allez, viens ! On va casser la croute ! Laisses tout ça ici, on continuera toute à l’heure ! » Ils mangèrent du maïs, une pièce de bœufs et des carottes en rondelles sans rien échanger entre eux. Neam ne cessait de le fixer, son regard bleu acier cherchant à capter le sien. « Le samedi, Drake passe une grande partie de son temps en ville quand il n’est pas ici à vouloir tout retaper. Il est très populaire à Eden et il te faudra te faire à l’idée de le partager avec d’autres. Eden c’est une grande famille. Poses tout dans l’évier, je ferais la vaisselle après. Quand il n’est pas là, on peut se laisser aller à un peu de négligence. Je ne te l’ai pas d’y hier, mais il va de soi que tu es ici chez toi. » Une heure plus tard Drake revint, gara sa voiture non loin du pickup de Ron et coupa le son de la musique. « Baisses-moi un peu cette satanée musique Ron, on ne s’entend plus penser ici ! —Vas te faire foutre Drake ! Depuis quand ma musique te pose-t-elle problèmes ? Protesta Ron, les mains pleines de cambuse, tu n’étais pas censé être là avant la tombée de la nuit, alors considère que sur mon temps de travail je fais ce qu’il me plait de faire. Mais si cela te pose problème, je peux encore te laisser à retaper ce moteur tout seul ! » Drake vit Neam accroupie, dos à lui. Elle se releva pour placer une ornière à une porte repeinte il y a deux jours de cela par ses soins. Elle ne le regardait

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pas et pis encore, elle semblait être indifférente à sa présence. « Euh….Sally te transmet ses amitiés et espère que tu passeras la saluer très prochainement ; C’est quelqu’un de bien Sally, poursuivit-il sans lâcher Neam des yeux. Il y a de quoi grignoter ? J’ai une faim de loup. Vous m’avez laissé une assiette au moins ? —Tu crois quoi ? Tu as vu Cleveland ce matin ? Je vais peut-être passer le voir d’ici une heure. Neam se débrouille plutôt bien alors je pourrais la laisser finir. Ne prends pas cette tête Drake, je t’avais dit que je devais passer le voir au sujet de son matériel. On ne peut pas faire sans ici et tant que tu ne te décide pas à en acheter un, alors je dépendrais de Cleveland. Et oui, c’est comme ça ! Dépendant en tous points des autres ! » Comme prévu, Neam se retrouva seule à son bricolage. Ron s’en alla et Neam guetta l’arrivée de Drake ; ce dernier ne vint pas, probablement resté à finir son déjeuner ou la vaisselle. « Il est sympa Ron, hein ? » Neam sursauta et son cœur battit fort à la vision de Drake dans la porte du hangar. « Il s’occupe bien de toi. Pour ça on peut lui faire confiance. Tu…tu te plais ici ? Le quartier est plutôt sympathique. On est à proximité de tous commerces et les parcs sont verdoyants. Assez pour se sentir bien. Bon ce vieux ranch menace de tomber en rien mais Ron et moi on arrive à le maintenant à flot. C’est bien que tu sois là Neam, je le pense vraiment. Il t’a fallu une sacrée dose de courage pour te convaincre de revenir Ici. —Mon visa ne me permet pas de rester bien longtemps. Un mois tout au plus. —On verra ça en temps et en heure. Tu pourras faire quelques extras ici avec Ron. La scierie tourne plutôt bien et tu pourrais trouver à t’épanouir avec nous. On est plutôt cool à Eden. —Oui je pourrais trouver à m’épanouir. —Cool ! » Il lui administra une bourrade amicale à l’épaule assez violente pour que Neam en ait la peau

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brûlée. Il lui tourna dos. Pour Neam tout cela s’apparentait à un rêve et elle craignait de fermer les yeux de peur que les images ne s’évanouissent. Elle avait tant rêvé du moment où il la toucherait et échangerait avec elle son premier sourire.

et il aurait tout donné pour la voir sourire. Elle lui avait dit : « Je vais aller au Canada pour voir un ami ! » Et lui avait consenti à la laisser partir, mais maintenant qu’elle était là, il la devinait ailleurs. Elle posa son netbook sur ses genoux et se connecta dans le seul but de vois si Drake lui avait envoyé un message. Rien. Comment était-ce possible ? Sa gorge se noua et attristée elle ferma son PC pour revenir à ses céréales. « neam, je vais y aller ! A quelle heure commencestu ? » Elle ne répondit pas, les larmes bordant ses yeux d’un bleu intense. « Dix heures…. » Il acquiesça d’un signe de tête. « Tu veux qu’on fasse le chemin ensemble ? » Dans le métro, accrochée à la barre centrale, Neam étudiait les visages autour d’elle et se demandait si ces anonymes connaissaient le bonheur ; tout contre elle, Eion la fixait ses cheveux roux tombant dans son visage aux joues creuses. Près d’elle, Eion était le roi du monde et il ne cessait de sourire en sa présence tout comme Jack Dawson l’aurait crié à la proue du Titanic. Leur regard se croisa. Oui pour répondre à lq question de Neam, il existait des gens heureux dans ce monde et comme elle détourna la tête, il se pencha à

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son oreille. «Tu veux qu’on se fasse une toile ce soir ? » Neam ne répondit rien. Une fois arrivés à l’hôpital, Neam se rendit derrière son comptoir tandis qu’Eion partit enfiler sa blouse. Neam ne supportait plus de travailler ici à prendre les appels ou à répondre aux familles des patients, des gens hargneux qui l’insultaient quand ils n’étaient pas là à l’ignorer. Eion lui avait trouvé cet emploi et elle avait accepté parce que sans diplômes. Ses autres collègues ne la calculaient pas non plus parce qu’elle était indifférente à leurs ennuis. Les deux Afroaméricaines discutèrent entre elles et Neam glissa derrière son desk. Deux heures passèrent et au bout du couloir, Neam vit les Dr Shepper, Collins et Eion discutant ensemble. ne voulant pas se faire remarquer de lui, Neam passa la tête. Il lorgna dans sa direction avant de poursuivre son chemin. Un jour tout cela finirait. Le téléphone sonna et katerine prit l’appel : «….oui elle est près de moi….oui, monsieur ne quittez pas ! Neam, ligne 3 un type pour toi. Il a demandé à te parler en personne. Alors décroches cette fois-ci ! » A contrecœur elle le fit. « Oui, allo ? —Neam ? Neam Williams ? —Oui c’est moi, qui me demande ? —C’est moi Ethan Drake et je suis en ce moment à Chicago. Je m’étais dit que….je m’étais dit qu’on pourrait se voir ! » Abasourdie Neam ne sut que répondre. Depuis deux mois il n’avait pas cherché à le recontacter et voilà qu’il disait être ici à Chicago. Elle ne sut que dire. Peut-être l’enverrait-elle sur les roses ? Ce qui en un sens serait mérité. Cet homme m’a fait sourire et il faudrait que j’oublie cet épisode douloureux de ma ville ! Je veux qu’il comprenne ce par quoi je suis passé : « Euh….Drake…Qu’est-ce que tu fais à Chicago ?

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Un mois s’écoula, pendant lequel Drake chercha à le recontacter mais en vain. Neam ne se connectait plus et il appela à Seattle pour avoir des renseignements sur Neam en cherchant la compagnie aérienne et tout le toutim. Avait-il seulement rêvé ? un matin pourtant, soit à dix heures, une employée d’un service social le rappela. Une certaine Annie H. « Oui j’ai effectivement une dénommée Neam A. Mais je n’ai pas d’adresse fixe la concernant. Normalement je ne devrais pas vous renseigner par téléphone mais si vous dites être un proche parent du Canada, vous devriez savoir qu’elle n’est pas revenue depuis un mois. —Mais pour le cas où elle reviendrait. Où pourraisje la contacter ? —Au foyer de Jefferson’ House. C’est un foyer pour les jeunes personnes sans ressources ni foyer. Oui Neam A. est dans la rue depuis maintenant trois ans. Avant cela elle vivait chez les connor, des gens charmants à qui l’Etat de Washington a placé de nombreux enfants. Si vous avez de quoi noter je peux vous laisser leurs coordonnées, eux seront répondre à toutes les questions que vous vous posez sur votre jeune cousine ! » Une fois qu’il eut raccroché, Drake sombra dans un profond désarroi, par sa faute Neam était retournée à la rue. Et ça il ne se le pardonnerait jamais. Les Connor furent charmants au téléphone et ils dépeignirent Neam comme une enfant curieuse et pleine de bon sens, éveillée et optimiste. Drake fit alors des pieds et des mains auprès de l’Etat de Washington pour obtenir les derniers enregistrements téléphonique de neam et quand enfin on localisa son portable, Drake fut surpris de la savoir au Canada. Il n’avait qu’à l’appeler sur son portable pour ainsi renouer avec elle.

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Neam était en cuisine quand son téléphone sonna et elle fit signe à Jo le patron du snack qu’elle s’absentait. « Oui, allo ! J’écoute ! —neam c’est moi… Drake. —Drake ? Mais… » Estomaquée, elle ne sut que répondre. Derrière elle, les autres employés parlaient fort, agitaient poêles et casseroles. Elle sortit dans l’arrière cour avoir une meilleure écoute. « Comment… comment vas-tu ? Questionna ce dernier sans lui-même osé y croire. Il avait tant de choses à lui dire, mais par où commencerait-il exactement, Neam, je suis vraiment désolée pour tout cela ! J’ignorais à quel point la vie ne t’a pas fait de cadeaux ! Est-ce que tu… tu es toujours dans le coin ? —J’ai trouvé un petit job d’appoint dans un petit bled à la frontière. C’est assez charmant ici et les gens sont plutôt cools. —C’est super, je suis content de l’apprendre. Je me faisais du souci pour toi. Je n’ai pas été très réglo sur ce coup-là mais…; si tu pouvais me redonner une chance. J’apprécierais….vraiment. Et, euh….. Tu as toutes les raisons de m’en vouloir. —Non, je comprends que tu aies été déçu. Je ne suis pas vraiment comme tu l’espérais et je sais que mon apparence n’est pas là pour rassurer. Ne t’inquiète pas, je ne suis pas vexée ! Ce genre de critique, je peux l’encaisser. Merci d’avoir appelé. Je dois y retourner maintenant ! —Attends ! Je…. Je pourrais être à la frontière dans deux jours. On pourrait se retrouver là-bas d’accord ? » Neam interrompit la conversation sans même lui donner de réponse. Il l’avait retrouvée, il n’y avait que cela qui comptait pour lui. a présent il pouvait se rassurer : Neam n’était pas lui. Jo l’avait dans la peau. Depuis qu’il l’avait vu à l’aéroport et depuis il ne pouvait plus s’en passer. Il aimait sa spontanéité et le fait qu’elle soit sans attaches. Il gérait trois établissements dans la ville d’Eden et immédiatement prit Neam sous son aile. Ce grand rouquin aux yeux clairs ne la lâchait pas des

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yeux, trop impliqué dans cette histoire : il l’avait trouvée sans un dollar en poche et en larmes. Il eut pitié d’elle et se jura de veiller à ses besoins matériaux. Il l’aimait pour cette façon qu’elle avait de vous regarder. Elle semblait fascinée par la personne que vous étiez et ses yeux brillaient de mille feux. Il la désirait plus que tout au monde, même s’il n’en montrait rien. Il savait qu’elle avait morflé et qu’elle cherchait un endroit rassurant pour vivre ; lui respectait ses silences et n’attendait rien d’elle en particulier. Ils rentrèrent à la maison et Neam posa ses affaires sur le canapé.

Après son service, Neam sortit du restaurant et Ron vint la chercher pour la déposer là où elle vivait, soit dans un petit cabanon érigé à l’extérieur de la ville ; on y accédait par une pente raide et ensuite la route se découpait dans un paysage aux charmes bucoliques tout droit sorti d’une œuvre de Jack London. Il venait la chercher le matin et il la déposait le soir après sa journée ; parfois il lui arrivait d’arriver plus tard, alors Neam l’attendait dans la librairie du coin, une sorte de petite échoppe sentant le pin et les biscuits chauds. Travailler à Eden représentait un certain avantage, les commerçants étaient charmants et les artisans toujours très aimables s’arrêtaient pour discuter avec vous, aborder des sujets tout aussi riche et varié que le bulletin d’information de la chaine locale. « Tu ne veux pas descendre prendre un thé ? J’ai fait des cookies hier et ils sont plutôt réussis. » Ron possédait cette cabane depuis toujours ; il s’agissait d’un garde-chasse aménagé pour être fonctionnel en cas de coup dur. On ne pouvait espérer mieux : une petite gazinière alimentée par du bois et du charbon, un lit de camp et des sanitaires. Ron s’installa sur le vieux canapé défoncé et éventré par

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un louveteau qu’il avait hébergé quelques temps. Neam lui remit sa tasse de thé fumant et l’assiette de cookies. Il la remercia d’un signe de tête sans desserrer les lèvres. « Est-ce toi qui a dit à Drake que je me trouvais être ici, au Canada ? Il m’a appelé cet après-midi et je n’ai pas su quoi lui dire de vraiment intéressant. Cette discussion m’a mis dans un état obscur, proche de la panique. Je ne pensais pas qu’il me recontacterait. Je l’ai déçu et….il me sera difficile de le revoir. —Drake a quelques relations aux Etats-Unis. Nous avons tous les deux, dans une vie passée travailler pour des clients américains. Alors il sait qui appeler pour avoir ce genre de renseignements. —Pourquoi ? Pourquoi ferait-il une telle chose ? —Peut-être parce qu’il….s’ennuie de toi. Vous avez passé de nombreuses heures à communiquer ensemble. A changer vos impressions et parfois cela suffit à suscité la curiosité. » Neam s’abandonna à un sourire et perdue dans ses pensées comprenait qu’on puisse être manque de ce quelque chose ; elle l’avait elle-même expérimenté cette situation et savait que la dépendance pouvait être le pire des maux. Et puis elle souriait parce qu’à présent elle ne craignait plus d’être un parasite à ses yeux. Cela lui donnait des ailes. Grindel la reconnut en premier et il arriva vers elle en remuant la queue. « Hey mon brave Grinde ! Tu es un bon chien dit, argua-t-elle en flattant son cou. Et toi aussi Beowulf. Vous m’avez manqué vous deux. Mais doucement ! Il y aura des caresses pour tout le monde ! » La maison était déserte. Drake avait prévenu Morris de don retard ; ce dernier voulait lui faire la surprise de lui ramener Neam. Drake était ordonné, méticuleux et tout était rangé de telle forme qu’on aurait pu imaginer la maison telle qu’elle était il y a des semaines de cela. Rien n’avait été déplacé et assise sur le canapé, Neam savait qu’entre les deux hommes, il y avait tant de différences ; autant Don Morris était avenant, amical et chaleureux, autant Drake était

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discret, autoritaire et rigoureux. Auprès de Don elle avait trouvé un ami et confident, il savait l’écouter et la comprendre bien au-delà des mots. Lui, la voyait comme une petite sœur dont il fallait protéger et après l’avoir cachée de Drake pendant un mois, il la lui révélait plus fragile que jamais.

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Chris vint me réveiller. « Debout petite tu t’y connais en mode ? C’est vrai quoi ! Tu portes toujours la même sape depuis des semaines et tu voudrais me donner des leçons vestimentaires. A pisser de rire ! —C’est vrai, harper, vas te changer ! —Non mais j’hallucine. Attends, tu ne m’as rien dit quand j’ai acheté cette robe avec Rose et voilà maintenant que tu critiques mes goûts ? Tu es vraiment sous mauvaise influence Chris. Tous les deux vous me sortez par les trous de nez. Dis à ton super pote un peu collant qu’ici la maison ne fait plus crédit. Non mais tu n’as pas de chez toi ? Je dis ça mais en même temps je ne dis rien. —vas te changer Harper. On décolle dans onze minutes ! » Il klaxonna derrière son volant. Un vieux pick yp, tout destroy. J’ai vraiment honte de son tas de boue. Il s’impatientait et en me voyant arriver, fronça les sourcils. « Tu ne comptes pas sortir comme ça ? Tu sais je me fais du souci pour toi. Si ton proviseur me contacte pour attentat à la pudeur, je te jure que je te ferais ta fête ! Ok on bouge ! On reparlera de tout cela plus tard. —J’ai besoin de thune. —Qu’est-ce que tu as fait des vingt dollars ? —A ton avis ? je me suis fournie de la drogue avec. J’ai besoin de thune. On mange en ville ce midi et tu sais je ne voudrais pas passer pour la misérable de service si je n’ai pas même de quoi m’offrir un coca au drugstore. Donnes moi ce que tu as. Pourquoi tu me regarde comme ça ? Je te l’avais déjà dit hier. —Je savais que tu finissais plus tôt… »

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Son tatouage dépasse de dessous son col. Il tient à m’escorter tous les matins devant le bahut. Il ne me fait pas confiance depuis qu’il m’a vu traîner avec des dealers. Cela à fait toute une histoire : il a cru bon contacter l’Amicale des Parents des élèves parmi les plus démocrates des démocrates et puis il a saisi l’Eglise, histoire d’e, toucher un plus grand nombre. Il m’a collé la honte. Autant dire que je n’ai plus d’amis solvables au bahut. « Allez Chris, ne fais pas le chien ! Je rentre tout de suite après le lycée et tu n’auras pas à envoyer toute ta horde de bonnes mères de famille à mes trousses brandissant leur pancarte : Libérerez nos filles d’une école trop laxiste ! Je prends seulement un truc à grignoter et ensuite tu auras toutes les raisons d’être fier de moi. —Mes poches sont vides. Mais si tu me dis où tu vas, je pourrais venir t’apporter l’argent. Quoi ? —Non mais tu rêves là ? A cause de toi je vis déjà un Enfer et j’ai du faire une fellation à Downley pour qu’il me reprenne dans le groupe. Oh ! Comme tu as l’air épouvanté ! On dirait que mes propos te choquent ? Une petite gâterie vite fait et je suis de nouveau réintégrée. Il fallait bien que je sois la putain de quelqu’un ! —Ah, ah, ah ! Tu as presque failli m’avoir. Ok. Je te donne vingt dollars d’accord en contrepartie de quoi tu cuisine ce soir. Et pas l’un de tes plats réchauffés dont tu as le secret ; je veux vraiment que tu suives une recette de A à Z et tu auras amplement gagné ma confiance et mon respect. —C’est pourri comme proposition. Je préfère encore réparer un vieux moteur de voitures que de jouer les boniches pour Big Fish et toi. —Ben écoute, ici ce n’est pas toi qui décide. » Après la classe j’allais trainer avec les potes quand je vis le pick up noir stationné non loin de là. Alors mieux ne valait pas trainer. Il va au pub de 6 à 7 heures, le lundi soir et le vendredi ; le reste de la semaine il traîne ses savates dans les rues. Quand je croise les filles, les femmes qu’il a sautées je ne peux

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m’empêcher de penser qu’il m’a bordé la nuit, qu’il s’occupe de moi en mettant du beurre dans les épinards. Dans le petit supermarché j’achetai des épinards en feuille et des morceaux de steak sous cellophane. Une femme parlait avec une autre dans le rayon bio. « Oh cela me fait froid dans le dos ! Quand on songe au nombre d’enfants qui disparaissent chaque année…Je ne pourrais jamais survivre à cette épreuve. —Oui on se demande sans cesse ce qu’est devenu l’être cher ! Autant ne pas savoir finalement, cela ne ferait qu’augmenter notre mal-être ! » En rentrant à la maison, les bras chargés de sacs kraft, je fus surprise d’y trouver Chris vautré sur le sofa, une bière à la main ; il se releva pour disparaître de ma vue. Max découchait depuis quatre jours. Je crois qu’il a une petite copine en ville. Il se fait plus beau : rase sa barbe et se parfume et puis il sourit tout le temps, pour un oui ou pour un non. Russel dit qu’il est très sollicité en ville. « Oui je vois quelqu’un. —Et comment s’appelle-t-elle ? —Amy. Elle te plairait vraiment, ajouta-t-il sans cesser de taper sur son clou. Je m’entends bien avec elle et si tu ne vois pas d’inconvénients je compte l’inviter à diner un jour à la maison. —Oui c’est une bonne idée. » Les clous entre les dents, il tapa et tapa encore. Le son résonna dans mon cœur. « Et tu vas te marier avec elle ? —Notre histoire est à son balbutiement, on ne peut pas vraiment pas parler de mariage. On dirait que tu veux te débarrasser de moi, n’ai-je pas raison ? Russel et toi vous voyez les choses en grand. Amy et moi on s’entend plutôt bien mais je doute qu’elle veuille vivre dans ce ranch poussiéreux et…c’est une femme de la ville. —Alors elle doit être très jolie ! Comment est-elle ? —Ah, ah ! Les femmes de la ville ne sont pas toutes comme celles qu’on voit dans les magazines, je dirais qu’elles sont même plus jolies que les illustrations de

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mode ; Amy quant à elle est rayonnante, un vrai soleil à elle seule. Il me tarde de te la présenter. —Crois-tu que je lui plaise ? —Assurément ! » Je tentais un timide sourire avant de retourner à mes fourneaux. Je devais cuisiner en sachant que Max s’en irait peu avant le diner ou peutêtre après. Russel me ferait la conversation mais cela ne sera pas tout à fait pareil. Je pétrissais la pate à pain perdue dans mes pensées. « Que cela sent divinement bon ! Que prépares-tu pout le diner ? —Tu verras. —Est-ce que ça va ? —Oui, je viens seulement de couper des oignons. Que veux-tu pour le dessert, j’avais pensé à un entremet mais…je peux me rabattre sur une tarte. Il nous reste des mirabelles en grande quantité et si tu as très faim je pourrais faire les deux. » Après notre frugal repas je me balançais dans mon rocking chair en tirant sur une cigarette ; Russel me rejoignit nu-pied, la guitare à la main. Souvent max l’accompagnait à l’harmonica ; c’était toujours très beau. Il partit dans une mélodie country en accompagnant l’instrument de sa voix rauque quelque peu cristalline. Un tel morceau vous mettait le cœur en émoi. « Tu pourrais aller en ville demain. Tu as parlé de cette robe rouge dont tu comptais faire l’acquisition. Pourquoi ne pas également en profiter pour aller au cinéma ? —Voir quoi ? —Ou bien t’acheter des livres ! Tu pourrais sortir plus souvent pour y rencontrer des jeunes de ton âge par exemple. Tu parles souvent de soirées en nightclub et personne ne t’oblige à rester ici et t’y morfondre. Ni Max ni moi ne tenons à te garder ici quand tu pourrais t’amuser en ville. Tu as forcément des projets d’avenir. —Non. Enfin si…mais…c’est un peu chimérique et tu vas penser que je suis folle.

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Je poussais la porte du troquet pour éviter la pluie drue et glaciale. Il n’y avait là que des pauvres types n’ayant rien de mieux à faire que de boire pour épancher une soif somme toute relative. Mes souliers prenaient l’eau et chacun de mes pas furent accompagnés d’un PLOP-PLOP. Personne ne me remarqua bien trop affairé à veiller sur leur bock de bière ; cela sentait la marée, la pisse et les relents d’alcool, sans parler du vomi et de la sueur. Serrant mon sac à dos contre mon ventre je fixais la table couverte de ronds d’alcool, de cendres et de reste d’un repas. « J’te sers quoi ? » Demanda une grosse femme, le poing posé sur la hanche ; triple menton et cheveux gras, elle tenait presque de l’amérindienne par son teint basané et elle empestait le poisson à plein nez. « Un verre d’eau… » Elle partit prenant le temps de maugréer à l’un des habitués d’une voix criarde : « Sanders, je ne te fais pas de cadeaux à toi ! Tu paies cash ou tu te casse ! —Enfin princesse, tu me connais ? —Ben justement ! » L’un des clients rota si fort que la nausée me gagna. En tournant la tête sur la gauche je vis trois types me fixer, le geste en suspend. Et au pilier de bar, un typ de demander : « Elle veut quoi la petite ? » La patronne de répondre : « Seulement un verre d’eau. Pour sûr elle n’est pas d’ici celle la et je parie que si on presse son joli petit nez, il en sortira du lait. Ah, Ah ! » Il me faudrait poursuivre vers le nord. On frappa à la porte de ma chambre. « Chris ? Tu es debout ? Chris ? » J’enfouis le visage sous mon oreiller. L’odeur de café monta dans ma chambre et depuis dix minutes déjà je retardais l’heure de mon lever pour réfléchir à la suite plausible de mes rêves : un bel homme croisé en ville qui me demanderait mon

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nom et moi, qui ne serait pas tout à fait moi, lui parlerais… « Chris, tu vas être en retard ! —Oui je ne suis pas sourde ! J’ARRIVE ! Merde (pour moi-même) Fais chier ! » D’un bond je sortis du lit en disant adieu au bel homme croisé dans la rue. Adieu, donc ! En titubant de fatigue, les paupières lourdes, je poussais la porte de ma chambre sur laquelle j’avais imprimé en gros : DEFENSE D’ENTRER SOUS PEINE DE MORT ! En bas passait un vieux rock des années 70 et cette odeur de café. Cela vous retourne le bide. Moi quand je serais grande je serais astronaute. Plus question de cela : depuis quatre ans nous avons déménagé, soit quitter Cleveland pour se retrouver ici au milieu de nulle part. Max se tenait devant la gazinière le tablier autour de la taille. Une cigarette se consumait sur la table dans un cendrier rempli à ras-bord. Il m’interrogea du regard, la spatule à la main. « Tu as un examen aujourd’hui. » Je m’installai devant une assiette vide et ébréchée. « Oui et après ? Ce n’est pas la mer à boire cet examen, de toute façon je n’irai pas à l’université l’année prochaine. —Et pourquoi cela Chris ? —Et bien faute de moyens. Je ne pense pas que la paye de deux coureurs des bois suffit à parfaire mon éducation. Je me suis faite à l’idée de vivre ici pour le restant de mes jours ; à moins que se produise un miracle ! » Max me servit des œufs brouillés avec une tranche de bacon. De ce côté-là rien ne changerait non plus. Toujours la même graille servit dans la même vaisselle et ce même décor, inchangé et minimaliste, on pourrait croire qu’on ne s’est jamais vraiment installé. « J’ai besoin d’argent pour… m’acheter des serviettes hygiéniques. Russel la dernière fois m’a pris des serviettes si épaisses qu’elles auraient pu contenir toute l’eau du Niagara.

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[Epilogue]

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Dépôt légal : [octobre 2015] Imprimé en France

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Coffre du Parano