LPH 1002

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Jeudi 12 octobre 2023

27 Tichri 5784

NÂș 1002 | Mensuel

DOSSIER

L'ART DE LA TRADUCTION

GRAND ANGLE

HAPOEL VEGAN

FRIENDLY TEL AVIV : L’ÉTOFFE DES CHAMPIONS

CULTURE

SANDRINE

SARROCHE SUR SCÈNE À TEL AVIV

JUDAÏSME

JUIFS ET GRANDS-PARENTS : LESLAPROPHÈTES, FIDÉLITÉ

MOSHÉ LION « JE SUIS FOU DE JÉRUSALEM ! »

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EN COUVERTURE :

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C’est seulement aprĂšs-coup, bien plus tard, que j’ai pris conscience du sacrifice consenti, sans le savoir, Ă  mon Alya. Une fois les urgences de l’intĂ©gration Ă©lĂ©mentaire plus ou moins rĂ©glĂ©es – travail, maison, systĂšme d’éducation, environnement social –, la part culturelle a insidieusement rĂ©clamĂ© son dĂ» : « Et moi, alors ?! », m’a-t-elle demandĂ©. Je l’ai vite fait taire en lui proposant rĂ©guliĂšrement des spectacles francophones, des livres prĂȘtĂ©s par des amis ou achetĂ©s Ă  prix d’or dans des librairies françaises en IsraĂ«l et sur Internet (oĂč l’on paie plus cher la livraison que le livre lui-mĂȘme), des confĂ©rences au centre culturel français et des films français Ă  la cinĂ©mathĂšque. EstomaquĂ©e par cette avalanche d’attentions, elle s’est calmĂ©e. Un temps. Pour revenir, plus insistante que jamais, en me disant : « C’est bien beau, tout ça, mais qu’en est-il de la transmission de ce savoir, de cette culture, Ă  tes enfants ? » Stupeur et tremblements. Je n’avais donc pas transmis Rimbaud, La Fontaine, Degas ou Gainsbourg ! Ni Houellebecq, Polnareff, FerrĂ© ou Romy Schneider. Ni Michel Audiard, ni Costa-Gavras, ni Lelouch. Comment l’aurais-je pu, si occupĂ©e Ă  planter ces jeunes pousses en Eretz IsraĂ«l afin qu’elles s’y enracinent, si fiĂšre de les voir absorber cette culture israĂ©lienne qui n’était pas la mienne mais que je voulais tant voir devenir la leur ? Chantonnant une phrase sur deux de « Al Kol ElĂ© », faisant semblant de maĂźtriser tous les codes lors des fĂȘtes de fin d’annĂ©e, des tkassim de l’armĂ©e, des remises de diplĂŽme, je ne pouvais pas ĂȘtre au four et au moulin (tiens, encore une expression qu’il aurait fallu leur expliquer
). Seule victoire : la transmission de la langue française. Cependant, dĂ©connectĂ©e de tout le bagage culturel qu’elle a contribuĂ© Ă  fonder en mĂȘme temps que celui-ci n’a cessĂ© de la nourrir, la langue française est amputĂ©e de ce qui fait sa richesse. C’est dans ce contexte que les artistes que sont les traducteurs prennent toute leur importance. Le dossier que nous vous proposons dans ce numĂ©ro est un hommage Ă  leur travail qui nous permet, Ă  nous enfants d’une double culture, d’enfin transmettre, faire dĂ©couvrir et partager ces trĂ©sors qui ont alimentĂ© notre ADN culturel. N'est-ce pas un bonheur de se dire que l’on pourra lire les Fables de la Fontaine Ă  nos petits-enfants, que l’on pourra aller voir ensemble une piĂšce de MoliĂšre parfaitement traduite en hĂ©breu ? Ne vous mĂ©prenez pas : nulle mĂ©lancolie de la France, ici, juste une passion pour une culture de plus en plus admirĂ©e en IsraĂ«l et dont il serait bien dommage de priver nos petits tzabarim. Idem pour eux qui, inversement, pourront nous faire dĂ©couvrir les grands Ă©crivains israĂ©liens dont la lecture en hĂ©breu nous paraĂźt parfois trop ardue. Alors vive les traducteurs de l’hĂ©breu vers le français et du français vers l’hĂ©breu ! n

Bonne lecture !

Comme des millions d’IsraĂ©liens, nous sommes dans la stupeur face Ă  la catastrophe qui s’est abattue sur notre pays en ce chabbat coĂŻncidant avec Sim'hat Torah, le 7 octobre 2023. QualifiĂ©e par certains de « 11 septembre israĂ©lien », par d’autres de « Pearl Harbor israĂ©lien », c’est Ă  une guerre d’un tout nouveau genre que notre État doit faire face.

Au moment oĂč notre magazine part Ă  l’imprimerie, il est bien sĂ»r trop tard pour en changer le contenu. ActualitĂ© Juive consacre Ă©videmment cette Ă©dition Ă  cette guerre. Am IsraĂ«l 'haĂŻ !

LPH N° 1002 3

sommaire N° 1002

6 INTERVIEW

Moshé Lion, maire de Jérusalem : « Je suis fou de Jérusalem ! »

8 À L'AFFICHE

Petits crimes conjugaux en Israël !

10 CARTES SUR TABLE

Une goutte dans la mer

22 BON À SAVOIR

Succession : rÚgles régissant un compte en banque suite à un décÚs

24 ÉCONOMIE

Coup de pouce fiscal pour la high-tech

11-21 DOSSIER

L'ART DE LA TRADUCTION

l LA LITTÉRATURE FRANÇAISE DANS LES LIBRAIRIES ISRAÉLIENNES

l RENCONTRE AVEC DORY MANOR

l CONNAISSEZ-VOUS TINETINE ?

l TROIS QUESTIONS À ELI BIJAOUI

l LA LANGUE SACRÉE À LA RENCONTRE DE LA FONTAINE

l CHANTER LA FRANCE EN HÉBREU

l QUAND LA PLUME ISRAÉLIENNE EFFLEURE LA FRANCE

26 NEWS À LA LOUPE

26 % des Juifs dans le monde sont mariés à des non-Juifs

LEADERSHIP

Posez des questions !

30 GRAND ANGLE

‱ Hapoel Vegan Friendly Tel Aviv : l’étoffe des champions

‱ Vivre 120 ans, en paix avec les animaux et l’environnement

34 BOUILLON DE CULTURE

‱ La BibliothĂšque Nationale d’IsraĂ«l s’offre une nouvelle vie

‱ Sandrine Sarroche : « Le rire a Ă©tĂ© créé pour nous faire accepter nos misĂšres. »

ET AUSSI...

Conscience (38), DĂ©veloppement durable (40), JudaĂŻsme (42), Au nom de la loi (45), Mazal tov (46), Le Kling du mois (47), Recette (48), Jeux en français et en hĂ©breu (49-51), Immobilier (52)


4 LPH N° 1002

Le jour du jeĂ»ne de Yom Kippour, le 6 octobre 1973, les Égyptiens et les Syriens attaquent par surprise et simultanĂ©ment dans la pĂ©ninsule du SinaĂŻ et sur le plateau du Golan. L'incapacitĂ© des services secrets israĂ©liens Ă  anticiper cette attaque a suscitĂ© un sĂ©isme politique majeur, et notamment la dĂ©mission de la PremiĂšre ministre Golda Meir. De son cĂŽtĂ©, le chef d’État-major MoshĂ© Dayan ne se relĂšvera pas de l'imprĂ©paration de cette guerre qui a fait 2700 morts et 5000 blessĂ©s israĂ©liens.

Les citations sont des phrases de Golda Meir et de MoshĂ© Dayan rapportĂ©es par le docteur Hagai Tsoref, et issues d’articles en hĂ©breu publiĂ©s sur le site mako.co.il. © DR

LPH N° 1002 5 LE DESSIN DU MOIS
« Je ne serai plus jamais la mĂȘme qu'avant la guerre, car je regrette de n'avoir pas suivi ce que me dictait mon cƓur. »
« Je n'ai pas évalué à sa juste mesure la force de l'ennemi. »

Moshé Lion, maire de Jérusalem

Je suis fou de Jérusalem !

:

MoshĂ© Lion rĂȘve grand pour JĂ©rusalem. Il nous livre l’essentiel de sa vision de la JĂ©rusalem du futur.

LPH : Au mois de novembre, nous marquerons cinq annĂ©es de votre mandat de maire de JĂ©rusalem – une ville fantastique, sans aucun doute, mais une ville trĂšs complexe


MoshĂ© Lion : En effet, ce n’est pas simple, car notre capitale est composĂ©e de Juifs, d’Arabes, de ChrĂ©tiens, de Juifs orthodoxes, de laĂŻques, de sionistes-religieux
 JĂ©rusalem est en quelque sorte un « petit État », dans lequel je dois faire en sorte que toutes ces populations obtiennent les services adaptĂ©s sur mesure Ă  leurs besoins. C’est Ă  cette gestion sensible que je me consacre depuis cinq ans.

Quelle est la chose dont vous ĂȘtes le plus fier depuis que vous ĂȘtes entrĂ© dans votre bureau ici ?

D’abord, la propretĂ©. C’est quelque chose de petit
 mais de grand ! Cette ville Ă©tait sale – aujourd’hui, c’est la ville la plus propre d’IsraĂ«l. La Vieille Ville est tout simplement reluisante, et c’est merveilleux de voir tous ces touristes dans une Vieille Ville propre. Je me dĂ©place beaucoup dans la ville, et je peux constater cette propretĂ© au jour le jour, sans parler des nombreux retours d’habitants heureux de cette petite rĂ©volution que je suis parvenu Ă  mener. Mais la plus grande rĂ©volution, que nous ne voyons pas forcĂ©ment, c’est la construction de logements, celle du tramway, ainsi que la crĂ©ation de lieux de travail. Ces trois axes sur lesquels nous avançons sont le produit d’une rĂ©flexion sur la JĂ©rusalem du futur, dans dix ou vingt ans. Mon objectif est d’en

faire une JĂ©rusalem forte ; et pour qu’elle soit forte, je dois construire des milliers de logements chaque annĂ©e, susciter la crĂ©ation de lieux de travail pour les habitants qui viendront s’y installer, et sortir JĂ©rusalem des embouteillages ! JĂ©rusalem est la premiĂšre ville d’IsraĂ«l qui sortira des embouteillages, car le projet du tramway avance trĂšs vite.

Comment ferez-vous cela ?

Aujourd’hui, 170 000 personnes circulent chaque jour sur la ligne du tramway dĂ©jĂ  existante, entre Pisgat Zeev et le mont Herzl. Lorsque j’aurai achevĂ©

6 LPH N° 1002 INTERVIEW
© Flash 90

la mise en place de toutes les lignes, 500 000 à 600 000 usagers qui circulaient jusqu’alors en voiture prendront quotidiennement le tramway.

Quand cela s’achùvera-t-il ?

Il y a d’abord la ligne qui fonctionne dĂ©jĂ  – celle qui relie Pisgat Zeev au mont Herzl –, qui est en train d'ĂȘtre prolongĂ©e ; j’espĂšre beaucoup que cela sera achevĂ© dans les deux-trois prochains mois. La seconde ligne, qui reliera Guilo, Pat, Guivat MordekhaĂŻ, le Binyanei HaOuma, la rue Bar-Ilan et jusqu’au mont Scopus, est censĂ©e s’achever en 2024-2025. Ces deux lignes multiplieront par deux le nombre de personnes qui circulent actuellement en tramway.

MalgrĂ© tout, les problĂšmes ne manquent pas, Ă  JĂ©rusalem : les tensions entre Juifs et Arabes sont frĂ©quentes, JĂ©rusalem est l’une des villes les plus pauvres du pays, la balance migratoire y est encore nĂ©gative
 Peut-on changer cela ?

J’en suis convaincu. Je vais vous donner un exemple : le nombre d’unitĂ©s de logement construites avant mon entrĂ©e en fonction comme maire Ă©tait en moyenne de 2000 Ă  2300 par an. Aujourd’hui, nous construisons trois fois plus : en 2021, nous avons construit 5400 unitĂ©s de logement, en 2022, 7200, et j’espĂšre qu’en 2023 nous arriverons aux environs des 7000.

Mais acheter ou louer un appartement à Jérusalem coûte trÚs cher


Les prix du logement sont trĂšs Ă©levĂ©s dans tout IsraĂ«l. Mais je n’ai aucun doute que si j’augmente l’offre des appartements, les prix se modĂ©reront. Nous avons constatĂ© que chaque appartement qui est construit est vendu. Nous avançons donc vraiment dans la bonne direction sur cette question.

Parlons maintenant de l’Alya et de l’intĂ©gration, des sujets qui vous sont chers, il faut le souligner. La ville consacre beaucoup de moyens pour amener des olim 'hadachim Ă  JĂ©rusalem : pourquoi, finalement ?

Chaque Juif, Ă  travers le monde, rĂȘve de JĂ©rusalem, de venir Ă  JĂ©rusalem et d’y rĂ©sider – notamment les Juifs de France, qui aiment Ă©normĂ©ment JĂ©rusalem. Mon grand-pĂšre aussi, lorsqu’il est « montĂ© » depuis Salonique, rĂȘvait d’habiter Ă 

JĂ©rusalem. Finalement, il n’y est pas arrivĂ©, il s’est installĂ© Ă  Tel Aviv, mais sa premiĂšre visite fut pour JĂ©rusalem.

Les olim 'hadachim, de mon point de vue, sont une population extrĂȘmement importante pour JĂ©rusalem et je veux les encourager Ă  venir s’installer dans la ville de leurs rĂȘves, grĂące Ă  Ă  une meilleure offre en termes de logements et d’aides spĂ©ciales qui leur sont destinĂ©es.

Comment qualifieriez-vous la collaboration entre la Ville de Jérusalem et Qualita ?

Il y a lĂ  une histoire d’amour et une collaboration permanente entre la MunicipalitĂ© de JĂ©rusalem, moi, et Qualita. J’ai beaucoup d’estime pour cette organisation et je trouve qu’elle fait un travail formidable.

Pourquoi recommanderiez-vous Ă  quelqu’un qui veut monter en IsraĂ«l de choisir prĂ©cisĂ©ment JĂ©rusalem ?

J’avoue que c’est une question difficile car je ne suis pas objectif, je suis fou de JĂ©rusalem ! Mais les arguments ne manquent pas : le niveau d’éducation pour les enfants est trĂšs Ă©levĂ© et chaque famille peut obtenir l’éducation qu’elle souhaite. Il en va de mĂȘme en ce qui concerne la riche vie culturelle de la ville. Ne parlons pas du climat merveilleux qui rĂšgne Ă  JĂ©rusalem et de l’atmosphĂšre magique qui la caractĂ©rise.

Si je vous demande de me décrire Jérusalem dans quinze ans, que voyez-vous ?

Une ville renforcĂ©e par des habitants qui ont plus de moyens, qui travaillent, et par un environnement encore plus beau, avec des milliers de logements supplĂ©mentaires et donc des milliers d’habitants supplĂ©mentaires.

Et pour terminer, MoshĂ© Lion, en quoi ĂȘtre maire de JĂ©rusalem vous a-t-il transformĂ© ?

Je n’ai pas changĂ©. Je pense que je suis restĂ© celui que j’étais avant d’ĂȘtre Ă©lu. J’ai le sentiment que tout ce que j’ai fait dans ma vie – et j’ai fait beaucoup de choses –, toute l’expĂ©rience que j’ai acquise, m’ont menĂ© vers cette fonction. Je suis tout entier pour JĂ©rusalem et je fais tout en faveur de JĂ©rusalem. n

LPH N° 1002 7 INTERVIEW
Propos recueillis par Olivier Granilic

Petits crimes conjugaux en Israël !

LPH : Maria Fernanda CĂąndido et Bernard Bitan, vous jouerez prochainement la piĂšce de théùtre Petits crimes conjugaux d'Éric-Emmanuel Schmitt.

Racontez-nous votre rencontre et la genĂšse de ce projet Bernard Bitan : C’est effectivement une merveilleuse rencontre humaine et artistique avec une comĂ©dienne qui est une vĂ©ritable star au BrĂ©sil. En plus d’ĂȘtre l’égĂ©rie de grandes marques de haute couture, Maria Fernanda a jouĂ© dans de nombreux films et, il y a quelques annĂ©es, dans la version brĂ©silienne de Petits crimes conjugaux Elle reprend aujourd’hui ce rĂŽle en français Ă  mes cĂŽtĂ©s et c’est un vrai bonheur !

Éric-Emmanuel Schmitt est un Ă©crivain et auteur de théùtre prestigieux. Quand a-t-il Ă©crit cette piĂšce ?

B.B. : Écrite il y a vingt ans, cette piĂšce a Ă©tĂ© jouĂ©e

Maria Fernanda

CĂąndido et

Bernard

Bitan joueront les célÚbres Petits

crimes conjugaux d'Éric-Emmanuel Schmitt en IsraĂ«l : l’occasion de les interviewer, Ă  la veille de cet Ă©vĂ©nement de la scĂšne culturelle franco-israĂ©lienne !

une premiĂšre fois en France par Bernard Giraudeau et Charlotte Rampling, dans une mise en scĂšne de Bernard Murat.

Et cette fois, en plus d’interprĂ©ter l’un des deux rĂŽles principaux, Bernard Bitan, vous assurez Ă©galement la mise en scĂšne de cette piĂšce ?

Oui, grĂące Ă  la prĂ©cieuse collaboration et Ă  la complicitĂ© de LĂ©a Moussy, rĂ©pĂ©titrice des comĂ©diens les plus cĂ©lĂšbres, et assistante Ă  la mise en scĂšne des plus grands succĂšs de théùtre en France depuis vingt ans. Nous nous sommes rencontrĂ©s Ă  ses dĂ©buts, en 1999 : elle m’assistait dĂ©jĂ  Ă  la mise en scĂšne de , la grande comĂ©die musicale d’Herbert Pagani. Alors on a reconstituĂ© l’équipe ! Avoir LĂ©a Moussy dans ce projet est une garantie de qualitĂ© et de grande prĂ©cision.

Pourquoi le choix de cette piĂšce et pourquoi Maria Fernanda CĂąndido ?

Maria Fernanda et moi-mĂȘme avons

8 LPH N° 1002
À L'AFFICHE

en commun une amie trĂšs chĂšre qui a eu la forte intuition que nous pourrions, que nous devrions monter un projet théùtral ensemble. Nous ne nous connaissions pas, nous avons poliment pris un cafĂ©, sans a priori Petits crimes conjugaux, d’Éric-Emmanuel Schmitt, s’est trĂšs vite invitĂ© dans la discussion – et on s’est tapĂ© dans la main ! J’ai proposĂ© le projet Ă  mon ami le producteur Elie Attal, qui a dit oui avant de lire la piĂšce et sans connaĂźtre Maria Fernanda ! Il a eu raison : les rĂ©servations marchent fort – l’instinct des grands producteurs


Maria Fernanda, pouvez-vous nous rĂ©sumer l’histoire de la piĂšce ?

Maria Fernanda CĂąndido : C’est l’histoire d’un couple dont le mari, victime d’un accident, souffre d’amnĂ©sie. Son Ă©pouse va donc tenter de refaçonner cet homme Ă  sa guise, faire ressortir des qualitĂ©s qu’il ignorait, effacer ses dĂ©fauts


Le rĂȘve de toutes les femmes ?

M.F.C. : Oui, c’est vrai ! La piĂšce illustre aussi les diffĂ©rentes strates de la vie du couple : les illusions, la fantaisie, qui cĂšdent la place au cynisme, au mensonge, avant que ne surgisse enfin la vĂ©ritĂ©.

Est-ce un drame psychologique, une comédie, ou les deux à la fois ?

M.F.C. : Il y a du suspense, de l’humour aussi
 C’est un texte brillant, tendre et perspicace, admirablement Ă©crit, qui traite des relations amoureuses et de leur complexitĂ©, sujet rĂ©current dans l’Ɠuvre d’Éric-Emmanuel Schmitt.

B.B. : J’ajouterais que c’est un texte sur la paix au sein du mĂ©nage, « le chalom bayit ». Je suggĂ©rerais mĂȘme Ă  tous ceux qui ont envie de divorcer ou de quitter leur conjoint de commencer par aller voir la piĂšce, avant de faire une bĂȘtise ! (rires) C’est l’histoire d’un couple qui ne communiquait plus, dont chacun vivait sa vie de son cĂŽtĂ© et qui se rĂ©signait Ă  l’évidence de la sĂ©paration, quand soudain arrive l’accident ! Le texte apporte magistralement des clĂ©s de rĂ©conciliation pour les couples les plus en pĂ©ril. Bref, ne divorcez pas avant d’avoir vu Petits crimes conjugaux ! (rires)

M.F.C. : Oui chacun essaie de retrouver ce qui est Ă  l’origine de leur union. Savoir reconnaĂźtre ce qui a fait que l’on s’est aimĂ©s, c’est un combat contre l’orgueil. Et s’il y a des torts, ils sont forcĂ©ment partagĂ©s. Il n’y a pas de « gentil » et de « mĂ©chant », juste des erreurs Ă  constater et Ă  formuler pour les comprendre et les dĂ©passer.

Parlez-nous de votre duo d’acteurs


M.F.C. : C’est merveilleux de jouer avec Bernard, c’est un acteur gĂ©nĂ©reux et bienveillant. J’adore travailler avec lui !

B.B. : C’est un grand privilĂšge de jouer avec Maria Fernanda, car elle possĂšde un talent inouĂŻ, un immense charisme, et l’humilitĂ© des plus grands. Cette connexion nous est apparue comme une Ă©vidence, et le lien est d’autant plus fort que la personne qui nous a prĂ©sentĂ©s l’un Ă  l’autre est une amie qu’elle et moi aimons profondĂ©ment. C’est la loi de la transitivitĂ©.

M.F.C. : MichĂšle N., cette amie commune, a Ă©tĂ© trĂšs prĂ©sente Ă  mes cĂŽtĂ©s en 2006 lorsque j’ai travaillĂ© sur cette piĂšce. À l’époque, elle vivait au BrĂ©sil, Ă  SĂŁo Paolo.

Quel souvenir gardez-vous de votre premiĂšre expĂ©rience en portugais dans ce mĂȘme rĂŽle, Maria Fernanda ?

M.F.C. : Dix-sept ans se sont Ă©coulĂ©s depuis. J’ai aujourd’hui vingt ans de mariage, et forte de cette expĂ©rience j’interprĂšte ce rĂŽle avec une expertise sur le couple plus affĂ»tĂ©e


C’est aussi le projet d’une Ă©quipe


B.B. : Oui, une Ă©quipe animĂ©e de main de maĂźtre par Elie Attal, notre producteur qui, par la dimension internationale de la tournĂ©e, dĂ©passe sa zone de confort : aprĂšs les premiĂšres dates en IsraĂ«l, nous jouerons Ă  Paris, GenĂšve, Marrakech et partout oĂč nous aurons rendez-vous avec le public. Elie est un producteur qui investit, prend des risques, travaille Ă  la faisabilitĂ© du projet et fabrique un spectacle « Made in IsraĂ«l » sans transiger sur la qualitĂ©.

Maria Fernanda, connaissez-vous notre communauté et notre pays ?

M.F.C. : Je ne suis pas juive mais mes meilleurs amis le sont. Je suis trĂšs touchĂ©e par la spiritualitĂ© juive qui m’intĂ©resse particuliĂšrement. Ce sera ma premiĂšre visite en IsraĂ«l, et j’ai vraiment hĂąte de dĂ©couvrir ce pays et son peuple ! n

Dates des représentations en Israël :

. JÉRUSALEM : lundi 23 octobre, au Théùtre Nava Bibi de Kikar HaMusica

. TEL AVIV : mardi 24, mercredi 25 et jeudi 26 octobre, au Théùtre Suzanne Dellal (Neve Tzedek) Réservations au 052-3060863 ou en scannant le QR Code ci-contre

LPH N° 1002 9 À L'AFFICHE

Une goutte dans la mer

Quelle tristesse, à la sortie de Kippour, de voir les événements de Tel Aviv ! Triste de voir une poignée de nos frÚres se quereller. Mais triste, surtout, de voir la place qu'occupe ce genre de phénomÚne dans l'espace public. Alors qu'il s'agit d'une goutte dans la mer, tout le monde en parle comme s'il était question d'un raz-de-marée. Est-il nécessaire de rappeler que plus de sept millions de Juifs vivent en Israël ? Une poignée d'entre eux sont des extrémistes et ce sont d'eux qu'on parle tout le temps. Pis : on déduit de leurs actes que la haine gratuite est omniprésente au sein du peuple juif. Fake news ! Pourquoi ?! L'immense majorité du peuple juif vit ensemble dans ce pays sans aucun débordement depuis des décennies. Pourquoi les gens ont-ils constamment besoin de mettre en avant des choses non représentatives ?

Les trois fĂȘtes de pĂšlerinage nous indiquent que nous avons l'obligation d'ĂȘtre joyeux. Difficile mission que de contrĂŽler ses sentiments
 C'est peut-ĂȘtre le message de ces jours-ci : nous devons contrĂŽler nos pensĂ©es, nos sentiments, nos propos, nos lectures, nos vues d'Ă©cran, afin de crier haut et fort que le verre est en rĂ©alitĂ© et trĂšs Ă©videmment bien plus qu'Ă  moitiĂ© plein. Mieux : il dĂ©borde d'abondance. Il faut juste ĂȘtre prĂȘt Ă  le constater et Ă  le contempler, plutĂŽt que de chercher sans cesse des faits divers et de les transformer en une gĂ©nĂ©ralitĂ© accablante

qui accuse la totalitĂ© du peuple juif. Il faut pour cela sortir de notre zone de confort, de nos systĂšmes de pensĂ©e, de notre besoin d'appartenir obligatoirement Ă  des groupes politiques, religieux ou WhatsApp. Il faut oser sortir pour aller dans la soucca, pour faire confiance Ă  Dieu, pour aller vers l'autre, pour tenter l'aventure de la rencontre – afin, Ă©galement, de lutter contre l'ingratitude, le plus grand mal de notre temps. Rien n'est dĂ» et rien n'est normal. Nous avons la chance d'appartenir Ă  une gĂ©nĂ©ration qui vit des choses magnifiques et incroyables. Nous devons en ĂȘtre conscients et propager ce miracle. n

10 LPH N° 1002 CARTES SUR TABLE
© Flash 90

L'ART DE LA TRADUCTION

Quel meilleur vecteur de communication entre la France et Israël que la littérature ?

Travaillant dans l’ombre, les traducteurs sont les artisans d’une connaissance rĂ©ciproque de nos cultures si diffĂ©rentes. GrĂące Ă  eux, les non-hĂ©braĂŻsants peuvent avoir accĂšs aux gĂ©niaux Ă©crivains israĂ©liens, et les IsraĂ©liens aux trĂ©sors modernes et classiques de la littĂ©rature française. LumiĂšre sur l’art de la traduction.

Anne-Caroll Azoulay

DOSSIER

L'art de la traduction

La littĂ©rature française s'est fait une place de choix sur les Ă©tagĂšres des librairies en IsraĂ«l grĂące Ă  la qualitĂ© de la traduction des Ɠuvres,

Il faut dire que les IsraĂ©liens ont toujours Ă©prouvĂ© beaucoup d’attrait pour la culture française et tĂ©moignĂ© de l'intĂ©rĂȘt pour les grands auteurs français. Beaucoup ont ainsi Ă©tĂ© traduits et publiĂ©s depuis les annĂ©es cinquante

Albert Camus, JeanPaul Sartre, Simone de Beauvoir, Marcel Proust, Victor Hugo, Émile Zola, Gustave Flaubert, Marguerite Duras
 – et leurs Ɠuvres largement diffusĂ©es dans les milieux acadĂ©miques et culturels israĂ©liens, certaines Ă©tant Ă©galement enseignĂ©es dans les Ă©tablissements scolaires. Parmi les plus contemporains, celui qui suscite le plus de commentaires dans les colonnes littĂ©raires des journaux est sans doute Michel Houellebecq, dont les douze livres traduits en hĂ©breu ont tous Ă©tĂ© des succĂšs de librairie, Ă  commencer par le premier, Les particules Ă©lĂ©mentaires, en l'an 2000, suivi de La possibilitĂ© d'une Ăźle, jusqu’à Soumission et AnĂ©antir, Ă  propos duquel la critique a Ă©tĂ© dithyrambique. En 2011, lors de son sĂ©jour en IsraĂ«l pour la parution en hĂ©breu de La carte et le territoire, prix Goncourt 2010, l’écrivain disait ne pas s'expliquer cette rĂ©ussite israĂ©lienne. Est-ce parce que, comme l'affirme le

cĂ©lĂšbre critique littĂ©raire israĂ©lien Arik Glasner, Michel Houellebecq serait en fait un Ă©crivain hĂ©braĂŻque sans le savoir ? Pour Glasner, le lien profond entre Houellebecq et le judaĂŻsme repose sur une composante centrale de la vision du monde de Houellebecq : son anti-nietzschĂ©anisme, et aussi sur le fait qu'il est l’auteur d’une littĂ©rature utopique, Ă  la recherche d'un jardin d'Éden, et qu’il croise l’idĂ©e messianique qui est la contribution du judaĂŻsme au monde. D’autres auteurs français sont largement traduits en hĂ©breu et remportent l’adhĂ©sion des lecteurs. Citons, entres autres, Yasmina Reza, notamment ses piĂšces de théùtre Art et Le Dieu du carnage, adaptĂ©es sur de nombreuses scĂšnes théùtrales en IsraĂ«l, Édouard Louis pour son roman autobiographique En finir avec Eddy Bellegueule, Laurent Binet pour son roman HHhH

prix Goncourt du premier roman, qui raconte l'histoire de l'assassinat de Reinhard Heydrich, haut dignitaire nazi, et qui a Ă©tĂ© saluĂ© en IsraĂ«l pour son originalitĂ© et son style littĂ©raire unique –, ou encore Marie Darrieussecq, pour

ses livres Le bĂ©bĂ© et Il faut beaucoup aimer les hommes. Mentionnons aussi, derniĂšrement, ArrĂȘte tes mensonges, le livre Ă  succĂšs de Philippe Besson, qui a Ă©tĂ© adaptĂ© en hĂ©breu pour le théùtre et prĂ©sentĂ© Ă  Tel Aviv dans le cadre du Festival Tmuna, en prĂ©sence de l'auteur.

Si ces livres rédigés à l'origine en français sont un succÚs en Israël, c'est sans aucun doute également dû à la qualité de leurs traductions. Les traducteurs israéliens font preuve d'un réel talent d'écriture, grùce auquel ils parviennent à restituer la musicalité et le rythme du phrasé original. Ils apportent une précieuse contribution à la diffusion de la littérature française en Israël, et permettent aux lecteurs hébréophones de découvrir les grands écrivains français classiques et contemporains. Parmi ces traducteurs de qualité, Rama Ayalon, amoureuse de la France, grand prix de la traduction du ministÚre israélien de la Culture, a été récemment nommée Chevalier des Arts et des Lettres par le ministÚre français de la Culture : en vingt ans de carriÚre, elle a traduit plus de 90 livres du français en hébreu, notamment

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qu'elles soient classiques ou contemporaines, en prose ou en poésie.
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les PensĂ©es de Blaise Pascal, TotalitĂ© et Infini d’Emmanuel LĂ©vinas, Rien n’est noir de Claire Berest, RĂ©parer les vivants de Maylis de Kerangal, ou encore La mise Ă  nu de JeanPhilippe Blondel – mais aussi Michel Houellebecq, Georges Simenon, LouisFerdinand CĂ©line, Marguerite Duras, Guy de Maupassant, Romain Gary, Milan Kundera, Delphine de Vigan
 L'annĂ©e derniĂšre, un autre traducteur israĂ©lien a Ă©tĂ© fait Chevalier des Arts et des Lettres : Dory Manor. À la fois poĂšte, traducteur, Ă©diteur, essayiste et Ă©ducateur, il a dĂ©butĂ© sa carriĂšre de traducteur par les poĂšmes de Charles Baudelaire. Et il y a quelques mois, il a publiĂ© une

anthologie intitulĂ©e Les maudits, qui rassemble des vers de Verlaine, Rimbaud, Baudelaire, LautrĂ©amont, MallarmĂ©, CorbiĂšre et Laforgue. Sur un total de 7300 nouveaux livres publiĂ©s en 2022 et venus rejoindre les collections de la BibliothĂšque Nationale d'IsraĂ«l, 959 sont des traductions d'ouvrages rĂ©digĂ©s dans une langue Ă©trangĂšre, dont 45 en français – soit 5 % –, nous a confiĂ© Nachum Zitter, directeur de l'information Ă  la BibliothĂšque Nationale d'IsraĂ«l. Depuis le dĂ©but de l'annĂ©e 2023, dĂ©jĂ  dix livres traduits depuis le français les ont rejoints, parmi lesquels Auschwitz

et aprĂšs de Charlotte Delbo, Le bal des folles de Victoria Mas, Tous les hommes n'habitent pas le monde de la mĂȘme façon de Jean-Paul Dubois, Marie Curie et ses filles de Claudine Monteil, Vernon Subutex de Virginie Despentes, ou encore (pour enfants) Papa Ă  grands pas de Nadine Brun-Cosme.

Traduire de la littĂ©rature ne consiste pas simplement Ă  faire passer un texte d'une langue Ă  une autre. Il faut parfaitement maĂźtriser la langue originale, rĂ©ussir Ă  disparaĂźtre derriĂšre l’Ɠuvre et Ă  faire oublier au lecteur qu’il s'agit d'une traduction – ce qu'ont manifestement rĂ©ussi Ă  faire les traducteurs israĂ©liens, et l'on ne peut que s'en fĂ©liciter. n

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Rencontre avec Dory Manor

PoÚte, essayiste, traducteur, éditeur littéraire et éducateur israélien

Son anthologie de poésie, Les maudits, qui rassemble la traduction en hébreu de poÚmes de Charles Baudelaire, Paul Verlaine, Arthur Rimbaud, Stéphane Mallarmé, Lautréamont, Tristan

CorbiĂšre et Jules Laforgue, vient d'ĂȘtre publiĂ©e en IsraĂ«l. Ces poĂštes anticonformistes Ă  la vie tumultueuse, qui s'adonnaient Ă  la consommation de drogues et d'alcool, et Ă  une sexualitĂ© dĂ©bridĂ©e, Ă©taient pauvres et sont morts jeunes. Mais c’étaient aussi des gĂ©nies, qui ont composĂ© une poĂ©sie audacieuse dans sa forme et son contenu. ©

LPH : Pourquoi cette anthologie ?

Dory Manor : Car ces poÚtes maudits, ces trÚs grands poÚtes, sont toujours à l'ordre du jour, ils continuent à exercer une influence trÚs significative. Ce sont des avant-gardistes, une génération qui a contribué à la définition de l'artiste moderne.

D'oĂč vous vient cet amour pour la poĂ©sie française, alors que vous n'Ă©tiez aucunement francophile ?

Au lycée, à Tel Aviv, j'ai appris le français avec une professeure extraordinaire. C'était sa derniÚre année

d’enseignement, et elle nous a fait dĂ©couvrir la littĂ©rature et la poĂ©sie françaises. J'ai trĂšs vite prĂ©fĂ©rĂ© ses cours Ă  ceux d'hĂ©breu.

Quelle est le premier poÚte français qui vous a interpellé ?

Apollinaire. J'avais 16 ans, je ne parlais pas du tout le français, mais quand notre professeure a lu l'un de ses poĂšmes, il y avait une magie, une musicalitĂ© qui ont fait que j’en suis tombĂ© amoureux ! Je me suis alors rendu compte que la poĂ©sie, ce n'Ă©tait pas seulement

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PAR NATHALIE SOSNA-OFIR Boaz Arad

de la sémantique, mais aussi de la musique. Découvrir le français a été pour moi une révélation, et j'ai senti que cet univers si étranger, si différent de celui que je connaissais, pourrait devenir le mien.

Comment, alors que vous n'aviez que 18 ans et étiez soldat, vos premiÚres traductions de Baudelaire ont-elles été publiées dans le supplément littéraire du journal israélien HaAretz ?

J'avais la 'houtzpa de la jeunesse, ce qui, en hĂ©breu, veut dire de l’audace, du culot. En fait, Ă©tant donnĂ© qu'il n'existait aucune traduction intĂ©ressante des Fleurs du mal, ou bien qu’elle Ă©tait Ă©puisĂ©e depuis longtemps, je n'ai pas eu d'autre choix que de les traduire moi-mĂȘme. Je ne parlais pas le français ; j'ai donc travaillĂ© mot Ă  mot Ă  l'aide d'un dictionnaire. Petit Ă  petit, je me suis amĂ©liorĂ©, et en deux ans j'Ă©tais capable de traduire poĂ©tiquement Baudelaire. J'ai alors envoyĂ© une lettre au journal HaAretz, accompagnĂ©e de la traduction de quatre poĂšmes. Le journal m’a proposĂ© de les publier dans son supplĂ©ment littĂ©raire – je ne savais mĂȘme pas qu'il en existait un ! – et m'en a demandĂ© d'autres. J'ai ensuite traduit un recueil de de Paul ValĂ©ry, Le cimetiĂšre marin, et un de MallarmĂ©, que j’ai intitulĂ© (en hĂ©breu) Le tonnerre muet

Qu'est-ce qui vous a attiré chez Baudelaire ?

Son histoire, son cĂŽtĂ© un peu sombre, romantique, Ă©rotique, son existence hors du commun, non conformiste, mais aussi son gĂ©nie. Il m'a hypnotisĂ© – et je le suis d'ailleurs toujours. Je ne connaissais rien d'Ă©quivalent chez les poĂštes hĂ©braĂŻques. Baudelaire est unique et sans aucun doute le pĂšre fondateur du modernisme.

Traduire de la poésie, n'est-ce pas prendre le risque de trahir le poÚte ?

Lorsqu’on traduit de la prose, il faut ĂȘtre trĂšs fidĂšle au texte, aux mots, ĂȘtre Ă  l'Ă©coute de ce que l'auteur a Ă©crit, de ce qu'il veut dire. Mais traduire de la poĂ©sie,

c'est autre chose : c'est une rĂ©crĂ©ation, une réécriture, car si l'on traduit trop prĂ©cisĂ©ment, le rĂ©sultat est plutĂŽt sans intĂ©rĂȘt. Pour obtenir une traduction poĂ©tique fidĂšle, il faut donc passer par un trĂšs grand nombre de petites trahisons.

Avez-vous aussi traduit de la prose française ?

Oui, j’ai traduit L’avare de MoliĂšre, Candide de Voltaire, les lettres de Flaubert Ă  Louise Colet, les MĂ©ditations mĂ©taphysiques de Descartes, Les paradis artificiels de Baudelaire et, plus contemporains, Bonjour tristesse de Françoise Sagan, La tragĂ©die algĂ©rienne de Raymond Aron et Je m'en vais de Jean Echenoz.

Vous-mĂȘme, Ă©crivez-vous aussi de la poĂ©sie ?

Oui, Ă  ce jour j’ai publiĂ© cinq volumes de poĂ©sie. Le premier, Minority, a paru en 2000, suivi par la publication d'un livret coĂ©crit avec la poĂ©tesse Anna Herman pour un opĂ©ra nommĂ© Alpha and Omega, portant sur une sĂ©rie de lithographies d'Edvard Munch. Mon dernier recueil a paru en 2020 et s’intitule Une Ăąme aprĂšs toi

Quel est votre style ?

Je mets l'accent sur la musicalitĂ©, la mĂ©trique, la rime et les structures classiques telles que les sonnets, afin que les poĂšmes soient mĂ©morisables, car lorsqu’ils ne le sont pas ils meurent.

Quel Ă©tat des lieux faites-vous de la poĂ©sie en IsraĂ«l ? On constate ces derniĂšres annĂ©es un vĂ©ritable enthousiasme pour la poĂ©sie. Je crois que la mise en musique de poĂšmes y a contribuĂ©, car la musique permet Ă  des textes qui peuvent sembler complexes d’ĂȘtre accessibles, plus audibles. Par exemple, le cĂ©lĂšbre artiste Maor Cohen a mis en musique les vers de Baudelaire traduits par mes soins. Son album, qui comprenait onze poĂšmes des Fleurs du Mal , a connu un vif succĂšs et il en a fait un spectacle. Ce phĂ©nomĂšne explique sans doute la vivacitĂ© de la poĂ©sie, devenue moins Ă©litiste et donc plus populaire. n

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© DR
Coin de table, un tableau d'Heni Fantin-Latour reprĂ©sentant des "poĂštes maudits", et notamment, Ă  l'extrĂȘme gauche, Verlaine et Rimbaud

Connaissez-vous Tinetine ?

Il n'y a pas que la littĂ©rature française en prose ou en vers qui soit traduite en hĂ©breu, mais aussi la bande dessinĂ©e. Le premier album de Tintin traduit en hĂ©breu, en 1964, a Ă©tĂ© Le sceptre d’Ottokar. Et si Tintin se prononce en hĂ©breu « Tinetine », le professeur Tournesol, lui, a carrĂ©ment changĂ© de nom pour prendre celui de professeur Calculus, les Dupont et Dupond s'appellent Thompson et Thomson, et quant au chien Milou, c'est Chlagui, « l'enneigĂ© ». Les premiĂšres traductions d'AstĂ©rix et ObĂ©lix, pour leur part, datent des annĂ©es 1980 ; neuf albums sont alors publiĂ©s par la maison d'Ă©dition Dahlia Pelled. En 2007, les Éditions (françaises) Albert RenĂ© traduisent en hĂ©breu AstĂ©rix chez Rahazade, qu'elles prĂ©sentent au Salon du livre de Paris.

ParallĂšlement, l'Ă©diteur israĂ©lien Modan publie la traduction de L’odyssĂ©e d’AstĂ©rix, dont le titre en hĂ©breu est modifiĂ© en

AstĂ©rix et JĂ©rusalem d'or noir. Sur la couverture, figure l'Ă©peron rocheux de Massada, oĂč Goscinny Ă©tait venu prendre des photos ; et dans la bande dessinĂ©e, une sublime vue de JĂ©rusalem. Si AstĂ©rix et ObĂ©lix conservent exactement leurs noms français et se prononcent de la mĂȘme façon, ce n'est pas le cas du chef

Abraracourcix, devenu Da-Goullix, tirĂ© de « dagoul » qui, en hĂ©breu, signifie « grand », « glorieux ». Sa femme Bonemine est Vitamine ; le barde du village, Assurancetourix, s'appelle Doremix, rĂ©fĂ©rence aux trois premiĂšres notes de musique. IdĂ©fix, c'est Mavrix – tirĂ© de l'hĂ©breu « mavrik » : « brillant », « gĂ©nial ». Le druide Panoramix devient Achafix – inspirĂ© du mot « achaf » qui, en hĂ©breu, signifie « magicien » ; et quant au marchand de poisson OrdralfabĂ©tix, il s'appelle Ixdrix, rĂ©fĂ©rence au jeu du morpion – ixmix-drix, en hĂ©breu – mais d'aucuns disent qu'il est plutĂŽt inspirĂ© de l'onomatopĂ©e hĂ©braĂŻque « ikhss », qui marque le dĂ©goĂ»t (la fraĂźcheur de la marchandise laissant Ă  dĂ©sirer).

Quant aux Schtroumpfs, ce sont des Dardassim, et le Grand Schtroumpf avec sa barbe blanche s’appelle en hĂ©breu Darda saba, le « papi Schtroumpf ». n

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Trois questions Ă  Eli Bijaoui

Écrivain,

metteur en scĂšne, traducteur pour le théùtre d'Ɠuvres françaises et anglophones en

hébreu, entre autres celles de MoliÚre, Shakespeare, Jean Cocteau, Woody Allen, il a également adapté au théùtre

Intouchables d’Éric Toledano et Olivier Nakache et Le placard de Francis Veber, et il a mis en scùne La cage aux folles de Jean Poiret.

LPH : Comment en ĂȘtes-vous venu Ă  la traduction ?

Eli Bijaoui : C'est la traduction qui est venue Ă  moi ! J'Ă©tudiais la mise en scĂšne au Seminar HaKibbutzim, nous travaillions alors sur Huis clos de JeanPaul Sartre et je me suis rendu compte que les dialogues traduits en hĂ©breu n'Ă©taient pas du tout adaptĂ©s pour ĂȘtre rĂ©citĂ©s par des acteurs sur scĂšne. Les traductions rĂ©alisĂ©es dans les annĂ©es 1950/1960, gĂ©nĂ©ralement du mot Ă  mot et uniquement destinĂ©es Ă  ĂȘtre lues, ne fonctionnaient pas. Or cette Ɠuvre Ă©tait avant tout une piĂšce de théùtre, Ă©crite dans cet objectif. J'ai donc traduit plusieurs scĂšnes, enchaĂźnĂ© sur La guerre de Troie n'aura pas lieu, puis des piĂšces de MoliĂšre. Les quatre piĂšces de MoliĂšre que j'ai traduites – L’avare, L'Ă©cole des femmes, Le malade imaginaire, Tartuffe – vont bientĂŽt ĂȘtre compilĂ©es dans une anthologie qui sera illustrĂ©e par David Polanski. Je travaille surtout sur des Ɠuvres destinĂ©es Ă  ĂȘtre jouĂ©es sur scĂšne.

Comment approcher le français, une langue si riche et toute en nuances ?

Il est vrai que l'hĂ©breu est moins riche et moins nuancĂ© que le français, mais c'est la langue qui a les plus anciennes racines linguistiques au monde. Elle s'est incroyablement dĂ©veloppĂ©e ces cent cinquante derniĂšres annĂ©es, depuis qu'ÉliĂ©zer Ben-YĂ©houda l'a ranimĂ©e, et elle s'est renouvelĂ©e tout au long du siĂšcle dernier grĂące aux vagues d'immigration ; c'est une langue qui bouge tout le temps. C'est la raison pour laquelle les traductions d’Ɠuvres françaises en

hĂ©breu datant du milieu du XXe siĂšcle sont aujourd’hui obsolĂštes.

Traduire une Ɠuvre, n'est-ce pas prendre le risque de trahir son auteur ?

Non, si la traduction est rĂ©alisĂ©e dans les rĂšgles de l'art. S'il s'agit de prose, il faut ĂȘtre trĂšs fidĂšle au texte, aux mots, ĂȘtre attentif Ă  ce que l'auteur a Ă©crit, Ă  ce qu'il a voulu dire. Mais traduire de la poĂ©sie ou des piĂšces de théùtre, c'est autre chose : dans ce cas, c'est en traduisant mot Ă  mot que l'on trahit l'auteur, car lĂ , ce qu’il faut, c’est retranscrire le rythme, l'humour, le ton – si importants chez MoliĂšre, par exemple –, mais aussi la structure, notamment lorsqu’il s’agit de piĂšces de théùtre, et bien sĂ»r les rimes. J'ai Ă©tĂ© choquĂ© quand j'ai constatĂ© que Tartuffe avait Ă©tĂ© traduit en prose, sans rimes. Comment a-t-on pu faire cela alors que l'humour de cette piĂšce, son rythme et la capacitĂ© du public de la comprendre sont liĂ©s Ă  sa structure en vers ? Pour rĂ©ussir une traduction, il faut prendre le temps de comprendre l’intention de l'auteur et la retranscrire dans une autre culture en prĂ©servant la musique. Le plus difficile est sans doute de traduire les mĂ©taphores, car ce sont des images, il faut savoir les transposer en hĂ©breu de façon qu’elles soient aussi parlantes que les originales. La traduction n'est pas un simple passage d'une langue Ă  une autre, c'est un acte culturel. n

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Propos recueillis par Nathalie Sosna-Ofir
« La traduction est un acte culturel. »
© Yariv Vinberg

La langue sacrée à la rencontre de La Fontaine

Enfants, La Fontaine nous a fait errer dans les arcanes de la poĂ©sie amusante, dans un merveilleux contexte de flore et de faune, alors que les grands bois nous Ă©taient inconnus et que notre bestiaire se rĂ©sumait aux animaux de bassecour. Mais tout comme les mĂ©cĂšnes et les beaux esprits d’antan qui se faisaient payer en ballades, odes et autres vers, nous Ă©tions titillĂ©s par la sagesse de la morale parabolique qui contre le lion donne avantage au moucheron guilleret, lequel ne se sent plus de joie et finit rencognĂ© dans les filets de l’araignĂ©e. Ou encore par l’enseignement du fabuliste lorsqu’il dĂ©nonce l’injustice (« La loi du plus fort est toujours la meilleure » – « Le loup et l’agneau »), loue les vertus de la patience (« Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage » – « Le lion et le rat »), ridiculise la vanitĂ© (« Tout flatteur vit aux dĂ©pens de celui qui l’écoute » – « Le corbeau et le renard ») ou fait valoir le trĂ©sor qu’est le travail (« Le laboureur et ses enfants »).

Enfants, nous nous rĂ©galions d’une morale si joliment composĂ©e et si judicieusement dosĂ©e sous forme de fables en vers curvilinĂ©aires, sans nous rendre compte que nous ingurgitions et absorbions toute une syntaxe qui allait servir de partition Ă  notre Ă©locution et Ă  nos compositions Ă©crites. Notre imagination habillait les personnages chimĂ©riques de La Fontaine d’images du mĂ©tavers.

Et c’est ainsi qu’en grandissant, nous avons continuĂ© Ă  chĂ©rir ces fables inoubliables qui avaient conservĂ© une irisation enfantine. À notre tour, nous cherchons Ă  transmettre Ă  notre progĂ©niture ces fables qui sont autant de marques de bonheur.

Enfin, Asher vint.

C’est dans la langue sacrĂ©e qu’il a rĂ©exprimĂ© le rythme, la musicalitĂ© et la sagesse des fables moralisantes. Il a pour lui la maĂźtrise rigoureuse de

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Le romancier et poĂšte Asher Knafo s’est attelĂ© Ă  la traduction en hĂ©breu des Fables de La Fontaine. Dans sa prĂ©face, David Bensoussan, ancien prĂ©sident de la CommunautĂ© sĂ©pharade unifiĂ©e du QuĂ©bec, et auteur de nombreux ouvrages littĂ©raires et d’essais historiques, rend hommage Ă  ce travail audacieux et nĂ©cessaire qui permet aux hĂ©braĂŻsants de rencontrer le gĂ©nie de La Fontaine.

l’hĂ©breu et l’art du conte hĂ©ritĂ© de la tradition orale judĂ©o-marocaine, comme en tĂ©moignent ses ouvrages antĂ©rieurs. Asher produit Ă  un rythme affolant – car il a tant de choses Ă  transmettre ! Il se veut le tĂ©moin de toute une gĂ©nĂ©ration, qui a quittĂ© le monde traditionnel et optĂ© pour la francisation. Il s’accroche Ă  la culture judĂ©o-marocaine et Ă  la langue de La Fontaine pour nous offrir un bouquet de strophes Ă©panouies Ă  souhait dans la langue hĂ©braĂŻque ressuscitĂ©e. Le lecteur se dĂ©lectera de la poĂ©sie ornĂ©e de morale qui dĂ©voile des pensĂ©es profondes – bien qu’au premier abord elles puissent paraĂźtre enfantines – exprimĂ©es dans une langue chĂątiĂ©e,

mais cependant accessible et trĂšs comprĂ©hensible. La version des Fables de La Fontaine en langue hĂ©braĂŻque (dans l’ouvrage figure la version française de la fable et sa version traduite en hĂ©breu) vient enrichir le vaste palmarĂšs de l’Ɠuvre d’Asher Knafo. Le lecteur pourra Ă©galement se dĂ©lecter des illustrations aux couleurs chagalliennes qui accompagnent ces fables. Leur auteur est HaĂŻ Knafo, dont l’Ɠuvre a fait l’objet de nombreuses expositions, notamment Ă  la galerie OK Harris de New York. Ce travail d’Asher Knafo est un acte d’amour : l’amour du partage d’un Ă©ducateur de talent qui, alors que le monde est pris dans l’engrenage de mutations technologiques dont on ne connaĂźt ni l’aboutissement ni les consĂ©quences socioculturelles, partage le meilleur de sa culture hĂ©ritĂ©e et de la sagesse pĂ©renne d’autrefois. Il assure la transmission, en poĂ©sie, d’un hĂ©ritage riche de morale, qui mĂ©rite d’ĂȘtre rĂ©citĂ© encore et encore. n

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ANNONCES IMMOBILIÈRES, BONNES ADRESSES... Appelez le 058-461 6262 contactisrael@actualitejuive.com © DR

Chanter la France en hébreu

En mars dernier, Ă  la RĂ©sidence de France, Éric Danon, ancien ambassadeur de France en IsraĂ«l, a remis les insignes de chevalier de l’ordre national de la LĂ©gion d'honneur Ă  Corinne Allal, saluant ainsi le parcours d’une icĂŽne de la musique israĂ©lienne, une immense artiste dont les interprĂ©tations de chansons françaises ont permis au public israĂ©lien de dĂ©couvrir et aimer la France.

Devant une quarantaine d’invitĂ©s, Éric Danon s’est dit honorĂ© de prĂ©sider Ă  l’entrĂ©e de l’intĂ©ressĂ©e dans l’ordre de dĂ©coration le plus prestigieux de la RĂ©publique française : « Vous vous ĂȘtes magnifiquement appropriĂ© la culture musicale française en proposant votre version de chansons emblĂ©matiques au public israĂ©lien. Ces ponts musicaux ont fait de vous une vĂ©ritable ambassadrice de la culture française, que nous distinguons aujourd’hui pour l’ensemble de son Ɠuvre. »

NĂ©e en 1955 Ă  Tunis dans une famille francophone, Corinne Allal a Ă©migrĂ© en IsraĂ«l en 1963, Ă  l’ñge de huit ans. Sa carriĂšre de guitariste-choriste, au contact de chanteurs israĂ©liens de renom, dont Matti Caspi, Arik Einstein et Yehoudit Ravitz, l’a menĂ©e Ă  une vĂ©ritable notoriĂ©tĂ©. PassionnĂ©e de chanson française, elle a eu Ă  cƓur de faire connaĂźtre ses artistes prĂ©fĂ©rĂ©s au public israĂ©lien, en reprenant, rĂ©interprĂ©tant et traduisant certains classiques au fil de ses albums et concerts. Son troisiĂšme album, paru en 1989 et intitulĂ© Antarctica, comprend ainsi une interprĂ©tation en français du « Petit dĂ©jeuner du matin » de Jacques PrĂ©vert. En 1990, dans son quatriĂšme album, intitulĂ© Ma langue maternelle, elle interprĂšte en hĂ©breu plusieurs chansons françaises, dont « Les trois cloches » et « L'hymne Ă  l'amour » d’Édith Piaf, « Le lit de Lola » de

Marie LaforĂȘt, ou encore « Au bois de mon cƓur » de Georges Brassens. En 1991, elle cĂ©lĂšbre l’amitiĂ© francoisraĂ©lienne dans un nouveau tube intitulĂ© « Un tableau impressionniste », dans lequel elle chante avec Eran Zur : « Le sud de la France, les rives du Yarkon : tout se fond dans un tableau impressionniste
 »

En 2018, elle s’est produite Ă  Paris dans le cadre de la Saison IsraĂ«l-France, dont elle a lancĂ© la soirĂ©e inaugurale au Pavillon Villette. RĂ©guliĂšrement diffusĂ©es Ă  la radio, ses interprĂ©tations ont permis Ă  de nombreux IsraĂ©liens de dĂ©couvrir et aimer la chanson française, au point d’associer systĂ©matiquement Corinne Allal Ă  la France. n

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L'ancien ambassadeur de France en IsraĂ«l, Éric Danon, et l'artiste Corinne Allal lors de la cĂ©rĂ©monie Ă  la RĂ©sidence de France Ă  Tel Aviv © Ambassade de France en IsraĂ«l

Quand la plume israélienne effleure la France

C'est actĂ© : la littĂ©rature israĂ©lienne se fait de plus en plus de place sur les Ă©tagĂšres des librairies en France. Mais comment sa perception a-t-elle Ă©voluĂ© ? Quels sont les auteurs qui sĂ©duisent Ă©diteurs et lecteurs français, et qui ont le privilĂšge d'ĂȘtre traduits dans la langue de MoliĂšre ?

La réception de la littérature israélienne en France a connu différentes phases. Dans les années 1950-1960, elle était davantage associée à l'identité juive qu'à une littérature distincte. Les traductions étaient limitées et se concentraient sur la culture ou la pensée juives, ou des témoignages des camps de concentration », explique GisÚle Sapiro, directrice d'études à l'EHESS et directrice de recherche au CNRS, que nous avons interrogée.

Cependant, poursuit-elle, à partir des années 1970, avec l'engagement politique des écrivains israéliens, la perception a évolué et le nombre de traductions a doublé : 80 nouveaux titres de 1982 à 1992. Et depuis les années 1990, la réception de la littérature israélienne connaßt une normalisation, avec une diversification des genres et des auteurs traduits, grùce à une nouvelle génération d'écrivains qui cherchent à inscrire leur travail dans la littérature mondiale, en se distançant des réalités sociopolitiques israéliennes.

Nombreux sont les Ă©crivains hĂ©brĂ©ophones Ă  avoir Ă©tĂ© traduits en français, avec Ă  la clĂ© de prestigieux prix littĂ©raires français : David Shahar, prix Femina Ă©tranger en 1988 pour Le jour de la comtesse, Aharon Appelfeld, prix MĂ©dicis Ă©tranger en 2004 pour Histoire d'une vie, Avraham B. Yehoshua, prix MĂ©dicis Ă©tranger en 2012 pour RĂ©trospective et dont le dernier ouvrage, Le tunnel, a Ă©tĂ© publiĂ© en français en 2019. Amos Oz, l'un des Ă©crivains israĂ©liens les plus renommĂ©s, a vu plusieurs de ses ouvrages traduits en français, dont Une histoire d'amour et de tĂ©nĂšbres en 2004 chez Gallimard et La boĂźte noire en 1988 aux Ă©ditions Calmann-LĂ©vy, prix Femina Ă©tranger, traduits par Sylvie Cohen. Avec Une femme fuyant l'annonce, David Grossman remporte le MĂ©dicis Ă©tranger en 2011. Etgar Keret est lui aussi rĂ©guliĂšrement traduit chez Actes Sud : Un homme sans tĂȘte, Pipelines, Au pays des mensonges
 Chez Gallimard ont paru notamment Ce qui reste de nos vies, de Zeruya Shalev, laurĂ©ate du Femina Ă©tranger pour Douleur, Trois Ă©tages, d'Eshkol Nevo, et la

plupart des livres de Meir Shalev. Albin Michel a publiĂ© Yuval Harari, auteur de Sapiens. Une brĂšve histoire de l'humanitĂ©, succĂšs fulgurant. Les bulles israĂ©liennes ont Ă©galement conquis la France, avec Tunnels, de Rutu Modan, bande dessinĂ©e Ă©ditĂ©e par Actes Sud en 2021 et dans laquelle nous accompagnons Nili et son fils partis Ă  la frontiĂšre entre IsraĂ«l et les territoires palestiniens, Ă  la recherche de l’Arche d’alliance. Et si vous prĂ©fĂ©rez les polars, dĂ©vorez Oranges amĂšres, de Liad Shoham, publiĂ© en français dans la collection 10/18 en 2016, une intrigue au cƓur de laquelle un journaliste disparaĂźt dans la petite ville tranquille de Petah Tikva. Parmi les derniers livres en hĂ©breu traduits en français : Stupeur, de Zeruya Shalev, traduit par Laurence Sendrowicz et paru chez Gallimard en aoĂ»t 2023, qui offre quatre-vingts ans d’histoire israĂ©lienne. Et dans un tout autre genre : Duel Ă  Beyrouth, de Mishka Ben-David, ancien du Mossad, publiĂ© en fĂ©vrier 2023 aux Ă©ditions Nouveau Monde, qui mĂȘle espionnage et politique, et plonge le lecteur dans le quotidien du service de renseignement israĂ©lien. Si vous ĂȘtes fan de Fauda, courez l'acheter ! n

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«

RÚgles régissant un compte en banque suite à un décÚs

Lors du dĂ©cĂšs d’une personne titulaire d’un compte bancaire, la question se pose de savoir ce qu’il adviendra des fonds disponibles sur son compte ainsi que des frais Ă©ventuels que le dĂ©funt devait payer pour gĂ©rer sa vie courante (paiement d’un loyer, remboursement d’un prĂȘt, paiement des factures, etc.). Quid Ă©galement quand le dĂ©funt disposait d’un compte commun avec le conjoint survivant ?

Àla suite d’un dĂ©cĂšs, la banque du dĂ©funt va automatiquement bloquer le compte de ce dernier pour Ă©viter qu’un tiers, hĂ©ritier potentiel ou non, puise dans ce compte en toute libertĂ© et sans en aviser quiconque. Or le dĂ©funt a souvent Ă©tabli des paiements par virement automatique, et il a parfois souscrit un prĂȘt immobilier ou un prĂȘt Ă  la consommation ; il est donc nĂ©cessaire de savoir si la banque continuera Ă  honorer ces diffĂ©rents paiements. Par ailleurs, les hĂ©ritiers potentiels souhaiteront connaĂźtre l’état du compte.

Seuls les proches parents pourront demander à obtenir des informations auprÚs de la banque du défunt, laquelle se réserve le droit de les divulguer.

Les hĂ©ritiers doivent savoir qu’ils ne sont pas prioritaires pour toucher les fonds qui se trouvent sur le compte. Avant eux passent les crĂ©anciers du dĂ©funt (que les hĂ©ritiers ou l’exĂ©cuteur testamentaire doivent identifier).

Les hĂ©ritiers pourront seulement, Ă©ventuellement, opĂ©rer de « petites dĂ©penses » nĂ©cessaires. Ils devront Ă©galement faire cesser tout prĂ©lĂšvement automatique, sous condition de prĂ©sentation de l’acte de dĂ©cĂšs et de son approbation par le directeur de l’agence bancaire. Les chĂšques Ă©tablis avant le dĂ©cĂšs devront ĂȘtre honorĂ©s par la banque.

Si le dĂ©funt avait souscrit un crĂ©dit immobilier, il faudra se tourner vers l’assurance-vie (obligatoire lors de la souscription Ă  un crĂ©dit immobilier) pour qu’elle couvre les paiements futurs.

Les héritiers potentiels pourront également se tourner vers la banque pour utiliser les fonds du compte pour les besoins des funérailles du défunt.

Ils devront alors signer un document (document d’indemnisation Ă©ventuelle) et, le cas Ă©chant, obtenir l’accord du titulaire associĂ© au compte.

Le compte commun et le conjoint survivant Lorsqu’un conjoint dĂ©cĂšde, deux Ă©cueils font surface : le conjoint restant en vie est-il en droit de continuer Ă  utiliser les fonds prĂ©sents sur le compte ? Et qu’en sera-t-il du partage de ces fonds entre les hĂ©ritiers ? Il est trĂšs frĂ©quent de voir deux Ă©poux ouvrir ensemble un compte joint pour financer leurs diffĂ©rents achats et frais, leur quotidien et leurs investissements. Il arrive Ă©galement que des parents d’un certain Ăąge associent l’un de leurs enfants au compte pour les aider Ă  le gĂ©rer. La logique voudrait, puisque l’on parle de compte joint, que le conjoint survivant puisse continuer Ă  bĂ©nĂ©ficier librement des sommes figurant sur le compte. Mais cette logique se heurte Ă  la crainte de la banque d’autoriser le conjoint encore en vie Ă  utiliser les fonds comme bon lui semble alors que d’autres hĂ©ritiers sont susceptibles de pouvoir eux aussi bĂ©nĂ©ficier de cet argent. A contrario, le conjoint est dans la nĂ©cessitĂ© de subvenir Ă  ses besoins et donc, pour ce faire, de pouvoir continuer Ă  disposer du compte.

La clause de « longue vie » d’un compte bancaire commun

Lors de l’ouverture d’un compte joint, plusieurs documents sont Ă  signer par les futurs titulaires du compte. Dans l’un de ces documents, figure une clause spĂ©cifique intitulĂ©e « arikhout yamim », soit,

22 LPH N° 1002 BON À SAVOIR
Succession

en français, la clause de « longue vie ». Cette clause est essentielle car elle permet au conjoint survivant de pouvoir continuer Ă  utiliser les fonds disponibles sur le compte joint alors mĂȘme que le greffe des successions n’a pas encore dĂ©livrĂ© d’acte de notoriĂ©tĂ©. La Banque d’IsraĂ«l considĂšre cette clause comme Ă©tant une clause « par dĂ©faut », en ce sens qu’elle s’applique automatiquement Ă  moins d’un refus exprĂšs et Ă©crit de l’un des titulaires du compte. Il est tout de mĂȘme conseillĂ© de vĂ©rifier auprĂšs de votre banque si cette clause est bien validĂ©e. Attention, toutefois, cette clause ne doit pas ĂȘtre assimilĂ©e Ă  un total laisser-faire. En effet, elle permet au conjoint survivant de continuer Ă  payer les frais courants du quotidien (factures, loyers, dĂ©penses courantes), mais non d’effectuer des dĂ©penses qui sortent de l’ordinaire, lesquelles nĂ©cessiteront un accord de la banque qui cherche Ă  se protĂ©ger par rapport aux autres hĂ©ritiers prĂ©somptifs. En somme, la disposition de « longue vie » n’a pas pour vocation de faire acquĂ©rir Ă  l’associĂ© du compte un quelconque « droit de propriĂ©tĂ© » sur la partie du compte du dĂ©funt. Le conjoint en vie doit veiller Ă  n’utiliser ces fonds qu’à bon escient et avec prĂ©caution, car les autres hĂ©ritiers pourraient en contester l’usage s’ils estiment qu’ils ont Ă©tĂ© utilisĂ©s Ă  des fins non essentielles.

PrĂ©cisons que le fait qu’une personne dĂ©tient une procuration pour exercer des opĂ©rations sur un compte n’a plus aucun effet Ă  compter du dĂ©cĂšs du titulaire du compte : la procuration cesse d’ĂȘtre effective dĂšs le dĂ©cĂšs.

Dévolution légale ou testamentaire

Comme en droit français, il existe dans le droit israĂ©lien (loi de 1965 sur les successions) deux sortes de succession : la succession sans testament prĂ©alable, dite succession ab intestat ou dĂ©volution lĂ©gale – dans ce cas, les rĂšgles de partage sont dĂ©finies par la loi –, ou la dĂ©volution testamentaire, par laquelle le testateur a lui-mĂȘme Ă©tabli dans un testament quelles sont les personnes qui hĂ©riteront de son patrimoine et quelle part est attribuĂ©e Ă  chacune d’entre elles. À la diffĂ©rence du droit français qui rĂ©serve automatiquement une part du patrimoine Ă  chaque hĂ©ritier dit rĂ©servataire, le droit israĂ©lien donne une libertĂ© absolue au testateur quant au partage de son patrimoine. Dans les deux cas, la banque ne libĂ©rera les fonds prĂ©sents sur le compte qu’aprĂšs obtention d’un acte de notoriĂ©tĂ©.

Ordonnance de succession et libération sans condition des fonds bancaires

Nonobstant ce qui a Ă©tĂ© dĂ©taillĂ© dans le prĂ©sent article, la recommandation principale pour pouvoir bĂ©nĂ©ficier pleinement du compte est d’exercer le plus rapidement possible, aprĂšs le dĂ©cĂšs, la procĂ©dure de succession (lĂ©gale ou testamentaire) et d’obtenir un acte de notoriĂ©tĂ©, lequel sera transmis automatiquement par le greffe des successions Ă  la banque concernĂ©e. DĂšs l’obtention de cet acte, la banque convoquera chaque hĂ©ritier (dans l’hypothĂšse d’une pluralitĂ© d’hĂ©ritiers qui n’auraient pas renoncĂ© Ă  leur part) et exigera leur prĂ©sence physique pour que chacun signe un document autorisant la libĂ©ration des fonds. Dans le cas oĂč un hĂ©ritier se trouve Ă  l’étranger, il sera possible de lui faire signer le document devant notaire puis il devra le faire apostiller auprĂšs des autoritĂ©s lĂ©gales – attention, toutefois, aux exigences de la banque qui, sans aucune base juridique valable, peut malgrĂ© tout parfois faire obstacle Ă  une telle dĂ©marche. Sachez encore que souvent, la banque n’acceptera de libĂ©rer les fonds aux hĂ©ritiers qu’à compter du moment oĂč l’ensemble des hĂ©ritiers auront signĂ©. Dans l’hypothĂšse oĂč l’un des hĂ©ritiers refuse de signer, il est possible de s’adresser aux tribunaux pour obtenir une ordonnance. Notons enfin que les hĂ©ritiers peuvent toujours renoncer Ă  leur part (au profit du conjoint encore en vie, par exemple) en signant une dĂ©claration de renonciation Ă  la succession. Il est utile de prĂ©ciser que les rĂšgles de renonciation Ă  la succession diffĂšrent entre le droit israĂ©lien et le droit français, et que dans le cas d’une personne dont le dernier domicile habituel Ă©tait en France, c’est le droit français des successions qui s’appliquera, avec des rĂšgles plus strictes qu’en droit israĂ©lien. n

(L’usage du masculin dans le prĂ©sent article s’applique Ă©galement au fĂ©minin.)

Le prĂ©sent article ne constitue en aucun cas un conseil juridique et ne saurait entraĂźner la responsabilitĂ© de son auteur. Par ailleurs, cet article est d’ordre gĂ©nĂ©ral ; chaque cas est dĂ©pendant de ses spĂ©cificitĂ©s (et de la banque concernĂ©e) et mĂ©rite une analyse particuliĂšre.

Spécialiste en droit immobilier, droit des successions, traductions et actes notariés

Tél. israélien : 054-6812840

Tél. français : 01 77 47 33 98

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LPH N° 1002 23 BON À SAVOIR
MaĂźtre Yigal Lederer

Coup de pouce fiscal pour la high-tech

La coalition n’est pas rancuniĂšre. MalgrĂ© l’opposition farouche d’une bonne partie de la hightech Ă  la rĂ©forme judiciaire, la Knesset a apportĂ© cet Ă©tĂ© un bol d’air Ă  ce secteur qui tirait la croissance israĂ©lienne depuis deux dĂ©cennies mais qui connaĂźt une dĂ©crue depuis mi2022. Comme pour la high-tech mondiale dont la valorisation a nettement baissĂ©, les hautes technologies israĂ©liennes ont subi l’effet conjuguĂ© de la crise du Covid-19, de la guerre en Ukraine, de l’envolĂ©e des prix des matiĂšres premiĂšres, de la hausse des taux d’intĂ©rĂȘt et de l’attentisme des investisseurs Ă  la recherche d’une rentabilitĂ© rapide et sĂ»re. Joliment baptisĂ©e « loi des anges », en rĂ©fĂ©rence aux « business angels », l'objectif de cette incitation fiscale est de soutenir la croissance des entreprises high-tech et d’encourager l'acquisition d'entreprises technologiques (israĂ©liennes ou non) par des entreprises technologiques israĂ©liennes. « En cas d'acquisition de sociĂ©tĂ©s non israĂ©liennes, la loi exige que les activitĂ©s de la sociĂ©tĂ© acquise soient importĂ©es et regroupĂ©es dans les activitĂ©s de la sociĂ©tĂ© israĂ©lienne acquĂ©reuse », prĂ©cise Doron Mutail, de Tax Pratice Group (Tel Aviv). Pour le ministre israĂ©lien de la Science

et de la Technologie, Ofir Akunis, « cet avantage fiscal va marquer un virage dĂ©cisif pour la hightech israĂ©lienne qui a prouvĂ© sa rĂ©silience ». Elle vise Ă  accĂ©lĂ©rer la croissance des start-ups en phase de prĂ©-amorçage (chiffre d’affaires infĂ©rieur Ă  4,5 millions de shekels, 12 millions de shekels de levĂ©e de fonds maximum) ou d’amorçage (en phase de dĂ©veloppement de produit), deux pĂ©riodes critiques pour les start-ups, et Ă  renforcer les grandes entreprises. Les actionnaires disposeront d’un crĂ©dit d’impĂŽt sur les bĂ©nĂ©fices d’une sociĂ©tĂ© en dĂ©marrage jusqu’à la vente de leurs parts. Ce report s’applique Ă©galement aux plus-values engrangĂ©es lors de la vente

d’actions si elles servent Ă  financer une jeune pousse israĂ©lienne. Cette loi vise Ă  aider les entreprises Ă  rester en IsraĂ«l, Ă  lever des capitaux (3,2 milliards de dollars au premier semestre 2023 contre 12 milliards de dollars au premier semestre 2022), Ă  crĂ©er des emplois, Ă  faciliter l’acquisition ou la fusion avec des start-ups locales si elles sont enregistrĂ©es Ă  l’Institut israĂ©lien de la propriĂ©tĂ© intellectuelle. Les banques Ă©trangĂšres qui accorderont des crĂ©dits aux start-ups israĂ©liennes seront avantagĂ©es. Cette loi, qui positionne IsraĂ«l aux cĂŽtĂ©s des principaux pays en termes d’attractivitĂ© fiscale, est valable jusqu'Ă  fin dĂ©cembre 2026. n

24 LPH N° 1002 ÉCONOMIE
La « loi des anges » votée cet été vise à soutenir et encourager les investissements dans l'industrie des hautes technologies pour recruter et financer plus facilement leurs activités.
Le ministre israélien de la Science et de la Technologie, Ofir Akunis © Flash 90

26 % des Juifs dans le monde sont mariés à des non-Juifs

Les mariages mixtes sont une préoccupation majeure des dirigeants des communautés juives du monde entier.

Beaucoup affirment qu'ils conduisent à l'assimilation et constituent ainsi une menace pour l'existence des communautés juives à travers le monde. Un rapport publié en août

2023 par l’Institute for Jewish Policy Research compare les taux mondiaux de mariages mixtes et analyse les facteurs dĂ©terminants qui les sous-tendent.

Les chiffres des mariages mixtes

À l'Ă©chelle mondiale, environ un Juif mariĂ© sur quatre est mariĂ© Ă  un non-Juif (26 %), mais il existe une Ă©norme diffĂ©rence entre la situation en IsraĂ«l (seulement 5 %) et celle de la Diaspora (42 %). Les mariages mixtes des Juifs israĂ©liens, qui constituent l’exception, sont principalement dus Ă  la prĂ©sence en IsraĂ«l de nonJuifs immigrĂ©s en provenance de l'ex-Union soviĂ©tique, oĂč les mariages mixtes Ă©taient trĂšs rĂ©pandus. En revanche, dans la Diaspora juive dans son ensemble, plus de 40 % des Juifs sont mariĂ©s Ă  des non-Juifs. En termes de prĂ©valence des mariages mixtes, l'Europe de l'Est forme le pĂŽle opposĂ© Ă  IsraĂ«l. En Hongrie (55 %), en Russie (63 %) et en Pologne (76 %), la plupart des Juifs sont aujourd'hui mariĂ©s Ă  des non-Juifs – une situation similaire Ă  celle des populations juives d'Europe du Nord, comme en SuĂšde (62 %) et au Danemark (56 %). En France, la proportion des mariages mixtes est de 31 %, contre 55 % aux États-Unis. Une caractĂ©ristique remarquable de l'Europe est la variĂ©tĂ© des niveaux de mariages mixtes dans les diffĂ©rentes communautĂ©s juives europĂ©ennes : il n'y a pas, Ă  cet Ă©gard, un modĂšle europĂ©en unique dans cette zone gĂ©ographique. Les niveaux le plus bas et le plus Ă©levĂ© de mariages mixtes Ă  travers la Diaspora en Europe se trouvent en Belgique (14 %) et en Pologne (76 %).

Un lien entre pratique religieuse et mariage mixte

Le rapport Ă©tablit que les populations juives avec les niveaux de mariages mixtes les plus bas prĂ©sentent les niveaux les plus Ă©levĂ©s de traditionalisme, l’observance religieuse et les liens Ă©troits avec l'hĂ©ritage juif ayant un puissant effet dissuasif quant aux mariages mixtes. Tant en Europe qu'aux États-Unis, les mariages mixtes sont plus frĂ©quents chez les Juifs qui s’identifient comme laĂŻques ou « juste juifs » : 69 % des Juifs laĂŻques aux États-Unis et 51 % en Europe sont mariĂ©s Ă  des non-Juifs. Le rapport suggĂšre que le nombre de partenaires juifs potentiels est moins dĂ©cisif pour les mariages entre Juifs que le niveau de pratique religieuse : ce n’est pas parce qu’il y a peu de Juifs dans le pays oĂč ils habitent que des Juifs observants se marieront avec des non-Juifs.

Quel impact sur l’avenir du peuple juif ?

Les mariages mixtes entre Juifs et non-Juifs sont souvent un sujet de prĂ©occupation dans la sociĂ©tĂ© juive. Ce souci est existentiel : il reflĂšte une vĂ©ritable inquiĂ©tude quant Ă  la prĂ©servation des familles juives et du peuple juif. Des donnĂ©es quantitatives dĂ©montrent constamment que le fait d'Ă©pouser un conjoint non juif entraĂźne souvent des dĂ©rives loin de la vie, de la culture et de la religion juives. D’aprĂšs le rapport,

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NEWS À LA LOUPE

une minorité d'enfants nés de couples mixtes grandissent avec une forte identité juive.

« La comprĂ©hension des processus et des tendances dĂ©mographiques est une composante essentielle du travail de dĂ©veloppement communautaire, et elle est trop souvent nĂ©gligĂ©e lors de la planification de notre avenir commun », ajoute le docteur Jonathan Boyd, directeur exĂ©cutif de l'Institute for Jewish Policy Research. Alors que les taux de mariages mixtes ont augmentĂ© au fil du temps aux États-Unis, le rapport observe que cette tendance est quelque peu compensĂ©e par la croissance des populations orthodoxes, et il souligne que l'impact des mariages mixtes sur les tendances dĂ©mographiques

juives aujourd'hui est éclipsé par l'importance des taux de fécondité. La faible fécondité est une préoccupation majeure pour les communautés juives de Diaspora, tandis qu'Israël demeure une exception avec des taux de fécondité relativement élevés.

Le rapport brosse un tableau nuancé des mariages mixtes, indiquant qu'il ne s'agit pas d'un phénomÚne monolithique ; fortement influencé par le niveau de pratique religieuse au sein des communautés juives, il varie considérablement d'une région à l'autre. Alors que les mariages mixtes sont souvent perçus comme une menace potentielle pour la pérennité des communautés juives, le rapport

souligne que les faibles taux de fécondité constituent un défi plus urgent. n

Pour aller plus loin, retrouvez l’émission de Studio Qualita sur le thĂšme : « Comment prouver votre judĂ©itĂ© ? », avec le rav David Mamou et Daniel Heffes.

« Plus le temps passe, plus la judéité sera difficile à prouver ! », affirme Daniel Heffes.

https://www.youtube.com/ watch?v=7_Ecl_Ync5s

LPH N° 1002 27
NEWS À LA LOUPE

Posez des questions !

PAR ANDRÉ DAN

ÀParis, Ă  la fin du mois d’aoĂ»t, j’ai participĂ© pour la quinziĂšme fois Ă  l’UniversitĂ© d’étĂ© du MEDEF (Mouvement des Entreprises de France – le syndicat des patrons). Lors d’un passionnant dĂ©bat sur l’éducation, qui rĂ©unissait d’anciens ministres de l’Éducation et des prĂ©sidents d’universitĂ©, deux grands constats ont Ă©tĂ© partagĂ©s : les gens ne connaissent qu’une dizaine de mĂ©tiers, ce qui est insuffisant pour s’orienter intelligemment, et le marchĂ© change

tellement vite qu’il est nĂ©cessaire, pour permettre aux individus de s’adapter, de passer de la FORMATION (fixe) aux COMPÉTENCES (Ă©volutif).

Afin d’aider mes clients Ă  faire Ă©voluer leur carriĂšre, je les incite souvent Ă  poser des questions Ă  leurs amis, collĂšgues, managers, clients, fournisseurs, etc., pour avoir des repĂšres sĂ©rieux et mieux rĂ©flĂ©chir. Poser des questions permet en effet de recevoir des retours d’expĂ©rience, des conseils, et ainsi de dĂ©cider

28 LPH N° 1002 LEADERSHIP

avec plus de luciditĂ© vers quel mĂ©tier s’orienter, et quelles compĂ©tences acquĂ©rir pour y parvenir et rĂ©ussir.

Il existe deux types de questionnement : les questions ouvertes et les questions fermĂ©es. Les questions fermĂ©es – exemple : connais-tu le mĂ©tier X ? – ne peuvent recevoir qu’une rĂ©ponse lapidaire : « oui » ou « non ». Les questions ouvertes – par exemple : que penses-tu du mĂ©tier Y ? – suscitent une rĂ©ponse plus dĂ©taillĂ©e. La rĂ©ponse Ă  une question ouverte est plus riche et permet d’obtenir des informations intĂ©ressantes.

Lorsque j’encourage mes clients Ă  poser des questions, je me rends compte qu’ils sont souvent gĂȘnĂ©s. « Ai-je le droit de poser les questions qui m’intĂ©ressent ? », me demandent-ils. Je rĂ©ponds : OUI ! Au pire, la personne que l’on questionne dira qu’elle ne veut ou ne peut pas rĂ©pondre Ă  cette question
 Au mieux, vous recevrez une rĂ©ponse qui vous enrichira. IL FAUT DONC OSER POSER DES QUESTIONS ! Par exemple, lorsqu’on parle d’un mĂ©tier, voire d’un poste particulier, je conseille toujours de demander dĂšs le premier entretien l’ordre de grandeur du salaire, ce qui permet de mieux Ă©valuer ce travail sur le marchĂ©. Certes, le salaire n’est pas le seul critĂšre !

Comment poser des questions sans froisser son interlocuteur ? Ce que je recommande est d’exprimer une CURIOSITÉ positive et constructive. Vous pouvez lui prĂ©ciser que ses conseils vous intĂ©ressent, que sa rĂ©ponse va vous aider
 Cette dĂ©marche vous ouvrira de nouvelles perspectives.

Le leadership nĂ©cessite de savoir poser des questions et Ă©couter les rĂ©ponses en le montrant Ă  son interlocuteur (c’est la technique si puissante de l’écoute active). L’étape suivante est d’inciter nos interlocuteurs Ă  nous poser Ă  leur tour des questions (principe de rĂ©ciprocitĂ©), et d’y rĂ©pondre avec honnĂȘtetĂ© et sans arrogance.

Je vous assure que je m’enrichis grĂące aux questions que je reçois. En effet, les rĂ©actions Ă  mes rĂ©ponses m’éclairent sur la façon dont ces derniĂšres sont utiles pour les prises de dĂ©cision et les plans d’action. Et cela me fait progresser ! n

LPH N° 1002 29

Hapoel Vegan Friendly Tel Aviv : l’étoffe des champions

La nouvelle année hébraïque est là. Elle commence à fond les baskets pour le club Hapoel Tel Aviv et le groupe militant Vegan Friendly, qui viennent de signer un partenariat secondaire pour les trois prochaines saisons. Le partenariat précédent, qui coiffait la saison

2022/2023, a vu le club Hapoel

Tel Aviv devenir Hapoel Vegan Friendly Tel Aviv. Au terme de ce partenariat, les deux structures ont décidé de poursuivre leur lune de miel, validant une nouvelle fois la décision de Rami Cohen, le président de Hapoel Tel Aviv, qui avait déclaré au moment

de la signature : « C’est original et inhabituel, mais ce n’est pas pour dĂ©plaire au club Hapoel Tel Aviv, qui cultive l’originalitĂ©. Nous avons beaucoup de vĂ©gĂ©taliens parmi nos fans. Il est logique qu’une enseigne emblĂ©matique de Tel Aviv soit l’une des premiĂšres Ă  bĂ©nĂ©ficier du parrainage vĂ©gĂ©talien, compte tenu du statut de la ville, capitale mondiale vĂ©gĂ©talienne. » Une analyse que partage Corail Dai

Maman, la directrice du marketing de Vegan Friendly, qui nous éclaire sur les coulisses de ce mariage entre le militantisme végan et le sport de haut niveau.

30 LPH N° 1002 GRAND ANGLE

LPH : « Hapoel Vegan Friendly Tel Aviv », c’est un nom qui en jette !

Corail Dai Maman : Oui, cela a dĂ©finitivement attirĂ© l’attention de beaucoup de gens, y compris des mĂ©dias.

Quel est le bilan du partenariat avec le Hapoel Tel Aviv pour la saison 2022-2023 ?

De nombreux fans nous ont dit qu’ils mangeaient beaucoup moins de viande ces derniers mois. Notre enquĂȘte a Ă©galement rĂ©vĂ©lĂ© que 25 % des fans de basket-ball israĂ©liens avaient rĂ©duit leur consommation de viande, et 30 % d’entre eux ont dĂ©clarĂ© qu’ils encourageraient les joueurs de leur Ă©quipe favorite Ă  faire de mĂȘme. Il faut aussi prendre en compte l’impact de la nourriture vĂ©gĂ©talienne servie dans la salle 100 % VIP et vendue Ă  la cafĂ©tĂ©ria, car chaque repas vĂ©gĂ©talien permet d’économiser de l’eau, du Co 2 et de la terre.

Comment avez-vous financé ce partenariat ?

Le coĂ»t du parrainage s’élevait Ă  prĂšs d’un million de shekels. Nous avons plus de 7000 membres qui contribuent mensuellement Ă  nos diffĂ©rents projets. Ils choisissent le projet qu’ils souhaitent soutenir, et en guise de remerciement ils bĂ©nĂ©ficient d’avantages dans les entreprises de tout le pays.

Votre buffet de Yom HaAtzmaout pour l'équipe était composé de nourriture industrielle (BBQ, burgers, pizzas
) : est-ce compatible avec un régime sportif professionnel ?

Certains croient que toute viande vendue en supermarchĂ© est un produit naturel et propre, mais c’est une idĂ©e fausse : une grande partie de la viande que les gens consomment contient des supplĂ©ments, ajoutĂ©s au cours du processus de production ou donnĂ©s aux animaux de leur vivant (y compris de grandes quantitĂ©s d’antibiotiques), et l’Organisation Mondiale de la SantĂ© a dĂ©clarĂ© que la consommation de viandes transformĂ©es Ă©tait cancĂ©rigĂšne au mĂȘme titre que la cigarette.

Les types de supplĂ©ments de viande que nous servons aux joueurs sont fabriquĂ©s Ă  partir de protĂ©ines de pois, ils ne sont pas OGM, ne contiennent pas de cholestĂ©rol et prĂ©sentent de nombreux autres avantages. Comme pour tout autre aliment transformĂ©, il est bon de les consommer avec modĂ©ration, mais il n’y a aucun mal Ă  en dĂ©guster occasionnellement lors d’un barbecue.

Le rĂ©gime vĂ©gĂ©talien est bĂ©nĂ©fique pour les sportifs de haut niveau – mais qu’en est-il pour le commun des mortels ?

Les plus grandes organisations de santĂ© au monde recommandent une alimentation Ă  base de plantes pour les personnes de tous Ăąges et Ă  toutes les Ă©tapes de la vie – et nous aussi !

La marque Hapoel Vegan Friendly Tel Aviv a-t-elle Ă©tĂ© vue au-delĂ  d’IsraĂ«l ?

Bien sĂ»r ! L’équipe a participĂ© au tournoi europĂ©en de basket-ball EuroCup et nos messages ont Ă©tĂ© diffusĂ©s dans toute l’Europe, tant dans les stades qu’à la tĂ©lĂ©vision.

Quelle est votre stratégie avec le Hapoel Tel Aviv pour les trois prochaines saisons ?

Nous sommes Ă  prĂ©sent un sponsor secondaire ; nous disposons de beaucoup d’espaces pour faire de la publicitĂ© et nous utilisons tous ces espaces publicitaires pour promouvoir le vĂ©ganisme auprĂšs du public des fans de sport. Nous entendons continuer Ă  vĂ©hiculer des messages sur le vĂ©ganisme et la santĂ©, l’environnement et l’éthique, Ă  proposer des options vĂ©gĂ©taliennes de qualitĂ© Ă  la cafĂ©tĂ©ria et Ă  veiller Ă  ce que les invitĂ©s VIP de l’équipe bĂ©nĂ©ficient d’une salle 100 % VIP. n

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ANGLE
GRAND
Corail Dai Maman © DR

Xavier Munford et Gil Benny passent Ă  table

car il leur permet d’acquĂ©rir des connaissances dĂšs leur plus jeune Ăąge, et les aide Ă  apprendre comment diffĂ©rents repas affectent le corps et leur jeu.

Gil Benny : J’ai Ă©tĂ© sensibilisĂ© au vĂ©ganisme pour la premiĂšre fois de ma vie et j’ai trouvĂ© beaucoup de bonnes choses dans ce mode de vie. J’en ai mis une partie en pratique et j’ai vraiment apprĂ©ciĂ© de voir le changement menĂ© par les vĂ©gĂ©taliens.

Que mange un champion avant une compétition ?

Xavier Munford : Habituellement, avant un match, j’aime manger des pĂątes avec une sauce rouge, des fruits et peut-ĂȘtre une collation. Parfois je prends des shots de gingembre. Avec un repas de ce type, j'ai de l'Ă©nergie, et je peux jouer de longues minutes et jusqu’au quatriĂšme quart-temps.

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Gil Benny (ci-dessus) et Xavier Munford (ci-contre) © Corail Dai Maman

Vivre 120 ans, en paix avec les

animaux et l’environnement

Vivre en pleine forme grùce au régime « machin » du professeur « trucmuche », cela vous parle ? Forcément ! Et le véganisme ? Un gadget supplémentaire dans le sac à malices des services marketing des grands groupes agroalimentaires ?

Si les végans étaient en bonne santé, cela se saurait. Et pourtant


Les vĂ©gĂ©tariens et les vĂ©gĂ©taliens peuvent ĂȘtre de grands champions » : c’est ce que prĂ©tendent James Cameron, Arnold Schwarzenegger, Jackie Chan, Lewis Hamilton, Chris Paul et Novak Djokovic, qui ont produit le documentaire The Game Changers, un film illustrĂ© par des exemples variĂ©s de sportifs professionnels, voire des lĂ©gendes du sport, et ponctuĂ© d’entretiens avec des mĂ©decins et des experts. Leur conviction est que ni la viande ni les autres produits d’origine animale ne sont nĂ©cessaires aux sportifs de haut niveau pour exceller dans leurs domaines respectifs. Ça c’est une nouvelle ! Mais alors, pourquoi l’alimentation vĂ©gĂ©tale n’est-elle pas gĂ©nĂ©ralisĂ©e pour tous, et particuliĂšrement dans le sport de haut niveau ? Disons que l’image populaire des vĂ©gĂ©tariens et des vĂ©gĂ©taliens est globalement nĂ©gative : des personnes anĂ©miques, carencĂ©es, fatiguĂ©es, cela ne donne pas vraiment envie
 Or la carence est partout. Viande ou pas viande, au moindre faux pas un rĂ©gime alimentaire sain devient dĂ©sĂ©quilibrĂ© et la carence guette. Les VG et autres vĂ©gans seraient mĂȘme plutĂŽt favorisĂ©s dans ce domaine, car pour pouvoir adopter cette alimentation Ă©thique qui prend soin de leur corps, de l’environnement et des animaux, ils ont Ă©tĂ© obligĂ©s d’apprendre Ă  se nourrir.

L’alimentation vĂ©gĂ©tale seraitelle donc l’alpha et l’omĂ©ga ? Pas exactement, puisque les vĂ©gans – il n’y a pas de miracles – doivent tout de mĂȘme se supplĂ©menter en vitamine B12 (appelĂ©e cobalamine).

Comment ça marche ?

La B12, qu’est-ce que c’est ?

La vitamine B12, une des huit vitamines du groupe B, joue un rĂŽle dans le processus de division cellulaire, contribuant Ă  un mĂ©tabolisme Ă©nergĂ©tique normal. Elle participe Ă  la formation des globules rouges ainsi qu’au fonctionnement du systĂšme immunitaire. Sa dĂ©couverte en 1948 fut une petite rĂ©volution. Contrairement aux minĂ©raux (fer, magnĂ©sium
) ou Ă  la vitamine C, prĂ©sente en quantitĂ© dans les vĂ©gĂ©taux, la vitamine B12 ne peut se trouver dans une alimentation qui bannit les produits animaux. Cette vitamine trĂšs particuliĂšre est exclusivement produite par des micro-organismes prĂ©sents dans le sol ou vivant en symbiose dans le tube digestif des mammifĂšres herbivores, principalement.

Lorsque la synthĂšse de la vitamine B12 se produit en amont de la zone d’absorption, chez les ruminants, par exemple, les animaux sont autosuffisants en vitamine B12. Quand elle se produit en aval, alors les animaux doivent ingĂ©rer leurs dĂ©jections (pas trĂšs ragoĂ»tant, j’en conviens). Pour les espĂšces chez lesquelles ne s’opĂšre aucune symbiose bactĂ©rienne, comme les charognards ou les carnivores qui, rappelons-le, ne consomment gĂ©nĂ©ralement pas leurs dĂ©jections, l’apport en vitamine B12 est assurĂ© par la consommation de produits animaux qui en contiennent, ou par une supplĂ©mentation en cyanocobalamine, la forme de vitamine B12 la plus Ă©tudiĂ©e, la plus stable et la moins coĂ»teuse. On peut la trouver sous forme de comprimĂ©s, de gĂ©lules ou d’ampoules, en magasins bio, dans les boutiques en ligne, ou en pharmacie, sans ordonnance. Cette supplĂ©mentation est-elle contraignante ? Pas davantage que d’avoir un rĂ©gime alimentaire Ă©quilibrĂ©, qui vous permettra de vivre 120 ans en pleine forme, l’esprit tranquille et en harmonie avec la nature ! n

Pour plus d’informations : https://vegan-friendly.co.il

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BOUILLON DE CULTURE

La BibliothĂšque Nationale d’IsraĂ«l s’offre une nouvelle vie

FondĂ©e par des sionistes visionnaires de Diaspora et de la Terre d'IsraĂ«l qui ont eu l'idĂ©e de crĂ©er une institution destinĂ©e Ă  prĂ©server la mĂ©moire historique et le patrimoine du peuple juif, la BibliothĂšque Nationale d’IsraĂ«l (BNI) fait peau neuve. BientĂŽt, les visiteurs israĂ©liens ou Ă©trangers de passage, passionnĂ©s d’architecture, de culture ou encore de mystique juive, auront moult raisons de pousser les portes de ce haut lieu culturel de JĂ©rusalem.

Le 17 octobre, le dĂ©positaire officiel des livres prĂ©cieux, manuscrits, photographies et de pratiquement tous les documents qui ont Ă©tĂ© publiĂ©s en IsraĂ«l va officiellement inaugurer ses nouveaux locaux : un Ă©difice situĂ© face au MusĂ©e d’IsraĂ«l, tout prĂšs de la Knesset. L’ouverture au grand public du nouveau complexe – dont les coĂ»ts de construction se sont Ă©levĂ©s Ă  845 millions de shekels, Ă  85 % financĂ©s par des donateurs, Ă  commencer par Yad Hanadiv, la Fondation Rothschild et la famille Gottesman de New York – devrait suivre dĂ©but novembre.

L’ancien Ă©difice, qui avait ouvert ses portes en 1960 sur le campus voisin de l’UniversitĂ© hĂ©braĂŻque

de Givat Ram, est considĂ©rĂ© comme un chefd'Ɠuvre de l'architecture israĂ©lienne. Conçu par le duo d’architectes Shulamit et Michael Nadler – auteurs, Ă©galement, du Théùtre de JĂ©rusalem et de la bibliothĂšque Sourasky de l'UniversitĂ© de Tel Aviv, caractĂ©ristiques de la pĂ©riode brutaliste d'IsraĂ«l, au design minimaliste et aux matĂ©riaux de construction nus –, il s’organisait autour d’un escalier central circulaire et comportait un espace de stockage sans prĂ©cĂ©dent. Dans les annĂ©es 1980, les cĂ©lĂšbres vitraux d'Ardon Ă©taient venus s’y rajouter. Le nouvel Ă©crin de la BNI a Ă©tĂ© conçu par le cabinet d'architecture suisse Herzog & de Meuron, connu pour des rĂ©alisations telles que le Tate Modern de Londres, la Philharmonie de l'Elbe de Hambourg ou le Stade National (Nid d'Oiseau) de PĂ©kin. Cette vaste structure de onze Ă©tages – six au-dessus du sol et cinq en sous-sol –, qui s’étend sur 46 000 mĂštres carrĂ©s, comprend un auditorium de 480

places, un centre des visiteurs, un amphithéùtre extérieur pour accueillir toutes sortes d'événements culturels, une « promenade sonore » interactive avec des visuels sur un écran LED de 20 mÚtres de long, un restaurant, un café et une librairie.

« La BibliothĂšque Nationale est un bien national pour l'État d'IsraĂ«l et le peuple juif, qui conserve le passĂ© et documente le prĂ©sent dans l'intĂ©rĂȘt de l'avenir », affirme son prĂ©sident, Sallai Meridor.

« GrĂące Ă  son nouvel emplacement, elle devient un centre culturel et intellectuel oĂč des centaines de milliers de visiteurs sont attendus chaque annĂ©e : des Ă©tudiants,

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À la mi-octobre, la cĂ©lĂšbre institution de JĂ©rusalem va inaugurer sa nouvelle demeure. RĂ©serve culturelle du « Peuple du livre », elle a bĂ©nĂ©ficiĂ© de l’appui de gĂ©nĂ©reux donateurs privĂ©s.

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des chercheurs, et des visiteurs d'IsraĂ«l et de l'Ă©tranger. La BibliothĂšque s’appuiera Ă©galement sur son renouveau dans l’espace numĂ©rique pour transmettre notre patrimoine national Ă  des millions de personnes en IsraĂ«l et dans le monde. »

Ces derniers mois, des millions d'objets ont été déménagés du bùtiment actuel de la bibliothÚque vers le nouveau, dont plus de quatre millions de livres, journaux, photographies, et quelque 1500 collections personnelles et archives. Parmi les objets uniques qui seront présentés au public figurent le Keter Damessek (la Couronne de Damas), un rare Tanakh vieux de mille ans, l'une des douze « couronnes » conservées à la BibliothÚque

parmi lesquelles un manuscrit contenant des commentaires de MaĂŻmonide sur la Michna, avec des corrections manuscrites du Rambam lui-mĂȘme, une premiĂšre

Uri Zvi Greenberg, David Grossman, Avraham B. Yehoshua, Eli Amir, Jacqueline Kahanov et d'autres, ainsi que des manuscrits du Rav Kook, du 'Hazon Ish, du rabbin Yaakov Shaul Elyashar et du rabbin Yehouda 'Hay Alkalay. L'exposition permanente prĂ©sentera des objets commĂ©morant des moments de l'histoire, tels que la premiĂšre Ă©bauche de « JĂ©rusalem d'or » de Naomi Shemer, la note trouvĂ©e sur la poĂ©tesse et combattante Hannah Szenes (Senesh) le jour de son exĂ©cution par un peloton d'exĂ©cution nazi, une lettre envoyĂ©e, lorsqu'il Ă©tait jeune, par le premier astronaute israĂ©lien, Ilan Ramon, au professeur Yeshayahu Leibowitz, et la rĂ©ponse, la note rĂ©digĂ©e par l'Ă©crivain Stefan Zweig avant son suicide
 Les visiteurs pourront Ă©galement admirer des Ɠuvres rĂ©cemment offertes de Marc Chagall, ainsi que des Ɠuvres de l'artiste britannique Edmund de Waal, de Michal Rovner, Sigalit Landau, Gali Cnaani, une Ɠuvre importante de Yechiel Shemi


EntourĂ© de plantes et d'arbres qui cĂ©lĂšbrent la vĂ©gĂ©tation d'IsraĂ«l, le bĂątiment affiche une façade dotĂ©e d’une sculpture monumentale en pierre : Lettres de LumiĂšre, rĂ©alisĂ©e par Micha Ullman, laurĂ©at du Prix IsraĂ«l. InspirĂ©e de l'ancien texte kabbalistique Sefer Yetzira (Livre de la CrĂ©ation), cette sculpture est centrĂ©e autour des 22 lettres de l’alphabet hĂ©breu taillĂ©es dans la pierre. Le cercle aĂ©rien de lettres repose au-dessus d'une chambre souterraine centrale qui dialogue avec une autre installation d'Ullman, The Empty Library, un mĂ©morial souterrain situĂ© sur la Bebelplatz Ă  Berlin, lĂ  oĂč les nazis, en 1933, ont commencĂ© Ă  faire des autodafĂ©s de livres.

Last but not least, la nouvelle bibliothÚque a reçu la certification

Platine LEED (Leadership in Energy and Environmental Design), la note la plus Ă©levĂ©e du systĂšme d'Ă©valuation des bĂątiments Ă©cologiques. ÉquipĂ©e de panneaux solaires, elle dispose d’un Ă©clairage Ă  faible consommation d'Ă©nergie et Ă  faible entretien, et du premier « rockstore » souterrain d'IsraĂ«l, un mĂ©canisme de stockage d'Ă©nergie thermique qui rĂ©duit considĂ©rablement l'Ă©nergie nĂ©cessaire pour refroidir le bĂątiment. n

Ă©dition du Talmud babylonien, la Haggada Rothschild, un Coran vieux de prĂšs de mille ans
 Ces trĂ©sors seront exposĂ©s aux cĂŽtĂ©s d’écrits de grands Ă©crivains, crĂ©ateurs et penseurs juifs et israĂ©liens, dont le prix Nobel Shmuel Yosef Agnon, le professeur Yeshayahu Leibowitz, la professeure Nehama Leibowitz, la poĂ©tesse Rachel, Leah Goldberg,

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Sandrine Sarroche :

LPH a rencontrĂ© Sandrine Sarroche Ă  l'occasion de son retour Ă  Tel Aviv pour la sixiĂšme Ă©dition du Festival du Théùtre Français en IsraĂ«l, produit par Steeve Suissa. Si vous vous demandez pourquoi, sur l'affiche de son spectacle, Sandrine a la tĂȘte Ă  l'envers, courez la voir !

LPH : En juin, vous avez eu trente minutes sur la scĂšne du Tel Aviv Comedy Festival pour convaincre le public francophone – et vous avez rĂ©ussi ! Cette fois, le plaisir sera-t-il plus long ?

Sandrine Sarroche : Oui, car je vais prĂ©senter mon spectacle dans son intĂ©gralitĂ©, un spectacle qui aborde des thĂ©matiques sociĂ©tales et politiques tout en partageant un peu de mon parcours Ă  travers des sketches, du stand-up et des chansons – j'ai toujours du mal Ă  rĂ©sumer mon spectacle, car il va dans tous les sens


Humoriste, chanteuse, chroniqueuse à la radio, à la télévision, actrice
 Quelle casquette vous convient le mieux ?

Celle que je porte sur scĂšne, un espace de libertĂ© irremplaçable qui permet Ă©galement l'improvisation. Être sur scĂšne est unique. Contrairement Ă  un film qui reste toujours le mĂȘme, un spectacle est diffĂ©rent chaque soir. Je ne trouve pas d'Ă©quivalent qui libĂšre autant d'adrĂ©naline et de plaisir ; on entre presque dans un Ă©tat de transe ! De plus, la scĂšne permet des petits moments de grĂące imprĂ©visibles et d’incroyable interactions avec les spectateurs.

Comment expliquez-vous une telle adhésion du public ?

RĂ©cemment, en sortant d'une salle oĂč je venais de jouer, le patron du lieu m'a demandĂ© si j'avais entendu le vocabulaire que les gens utilisaient pour parler de mon spectacle – un vocabulaire amoureux, a-t-il dit. En fait, j'ai beaucoup d'affection pour le public, et il me le rend bien. Il se dit qu'il aimerait bien partir en vacances avec moi, comme avec une bonne copine !

Peut-on rire de tout ?

On devrait pouvoir le faire, c'est pourquoi le rire a été créé : pour accepter nos misÚres. Cependant, cela dépend de la maniÚre dont on le fait. Personnellement, j'aime m'attaquer aux tabous.

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PAR NATHALIE SOSNA-OFIR
« Le rire a été créé pour nous faire accepter nos misÚres. »

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Par exemple, dans mes spectacles privĂ©s, j'aime aborder des sujets liĂ©s Ă  la santĂ©, dĂ©mystifier des sujets souvent Ă©vitĂ©s et montrer que l'humour peut aussi ĂȘtre un moyen d'aborder des thĂ©matiques sĂ©rieuses.

Et faire réfléchir ?

J'aime que mes spectacles soient drĂŽles et qu’en mĂȘme temps ils donnent Ă  penser, que les spectateurs en repartent avec quelque chose qui alimente leur rĂ©flexion. Dans l'un de mes sketches sur le couple, j'avais donnĂ© Ă  l'homme le surnom de « Cro-Magnon », et j'ai encore des amies qui appellent ainsi leur mari ! Dans le prochain spectacle que je prĂ©pare, je parlerai de la prostate, un sujet trĂšs peu Ă©voquĂ© sur scĂšne, et pourtant bien rĂ©el. J'aime partir de la vĂ©ritĂ© ; je lis et me documente beaucoup dans les domaines les plus variĂ©s. Pour plagier TĂ©rence : « Rien de ce qui est humain ne m'est Ă©tranger. »

Allez-vous personnaliser le spectacle en rapport avec l'actualité israélienne ?

J'aime parler de ce que je connais – et ce n'est pas le cas en ce qui concerne l’actualitĂ© israĂ©lienne. Je ne le ferai donc pas, tout comme je ne le ferais pas pour d'autres pays, de peur de paraĂźtre ridicule ou d'avoir l'air de me mĂȘler de ce qui ne me regarde pas.

Qu'est-ce qu'Israël vous inspire ?

Je n'y suis pas restĂ©e assez lors de ma premiĂšre visite pour cerner le pays. Je sais que la situation est difficile – menaces, attentats, spectre d'une guerre civile, –, d'autant plus que les mĂ©dias ont intĂ©rĂȘt Ă  ĂȘtre alarmistes. Mais je prĂ©fĂšre Ă©valuer la situation de mes propres yeux. J'ai cependant Ă©tĂ© tĂ©moin d'un moment dans un restaurant Ă  Jaffa oĂč une personne a fait un malaise. Les ambulances sont arrivĂ©es et les paramĂ©dicaux juifs et musulmans travaillaient ensemble. Je me suis dit que cela pouvait fonctionner, que la coexistence Ă©tait possible.

Quel sont vos projets ?

Je poursuis ma tournĂ©e en France. IsraĂ«l m’a ouvert la voie de l'Ă©tranger, et je jouerai pour la communautĂ© francophone Ă  San Francisco et Ă  Los Angeles. Par ailleurs, j'Ă©cris en ce moment mon prochain spectacle, qui sera sans doute prĂȘt au printemps.

Qu'attendez-vous de votre nouvelle expérience en Israël ?

Un moment de partage et de rire. Je suis ravie d'apporter un p'tit bout de France aux Français qui y vivent et à ceux qui y seront de passage. n

Sandrine Sarroche Ă  Tel Aviv

Théùtre Beit Ha'Hayal

30 octobre 2023 Ă  21h

Réservations : 03-9155632 ou www.horizons-tickets.com

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La scĂšne permet des petits moments de grĂące imprĂ©visibles et d’incroyable interactions avec les spectateurs.
© Photo issue de la page Facebook de Sandrine Sarroche - DR

Francky Perez : « Le pouvoir de soi »

Francky Perez, connu dans la communautĂ© juive en tant qu’animateur de soirĂ©es (mariages, bar-mitzvot
) passionnĂ© et Ă©nergique, est Ă©galement un professionnel de la logothĂ©rapie, diplĂŽmĂ© en intelligence Ă©motionnelle aux États-Unis. RĂ©cemment, il a publiĂ© un livre intitulĂ© Le Pouvoir de soi. LibĂ©rez votre potentiel, offrant aux lecteurs un voyage intĂ©rieur vers l'Ă©panouissement. Francky Perez partage sa vision du dĂ©veloppement personnel en mettant en avant deux thĂšmes essentiels : la mĂ©tacognition et les affirmations positives.

« Le pouvoir de soi, c’est se connecter avec son essence »

Pour Francky Perez, le dĂ©veloppement personnel n'est pas une quĂȘte en vue de devenir quelqu'un d'autre, mais plutĂŽt une opportunitĂ© de se reconnecter avec son vĂ©ritable ĂȘtre intĂ©rieur. Il explique : « Le pouvoir de soi, c’est se connecter avec son essence, se libĂ©rer de ce carcan dans lequel la vie, les soucis du quotidien, les dĂ©ceptions, les craintes, les peurs nous enferment. » L'objectif n'est pas de devenir Superman, mais de se libĂ©rer des entraves qui nous empĂȘchent d'ĂȘtre pleinement nous-mĂȘmes.

La métacognition : se distancier pour mieux se comprendre

Un des piliers de sa mĂ©thode est la mĂ©tacognition, qu'il dĂ©finit comme « le phĂ©nomĂšne qui permet d'identifier ce Ă  quoi l’on pense et pourquoi l’on pense Ă  cela, c'est-Ă -dire de se distancier de soimĂȘme, de faire deux ou trois pas en arriĂšre et de s'observer ». Pour commencer, il encourage Ă  s'imposer une discipline de dix minutes par jour pour effectuer cet exercice de rĂ©flexion introspective. Francky Perez explique l'importance de comprendre pourquoi nous nous comportons comme nous le faisons et de saisir le cheminement de nos pensĂ©es, qui nous ont conduits Ă  agir ainsi. Il compare cette

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approche Ă  une sĂ©ance avec un psychologue : « Quand on s’allonge sur un divan et qu’on parle avec un psychologue, l’idĂ©e, c’est de dĂ©crypter nos comportements et nos cheminements de pensĂ©e. LĂ , c’est faire ce travail soi-mĂȘme dix minutes par jour. »

L'affirmation positive : se reprogrammer pour le succĂšs

Dans son livre, Francky Perez rĂ©pertorie pas moins de 2000 affirmations positives, classĂ©es par thĂšme. Il souligne l'importance de la visualisation positive et de la dĂ©termination pour atteindre ses objectifs. Il partage ses observations aprĂšs avoir cĂŽtoyĂ© des personnalitĂ©s Ă  succĂšs, comme Stevie Wonder et Bruno Mars : « J’ai identifiĂ© un dĂ©nominateur commun : j’ai trouvĂ© dans chacun d’entre eux une profonde dĂ©termination, et ils vivaient le positif. Ce n’est mĂȘme pas de la motivation, c’est la visualisation positive d’ĂȘtre dĂ©jĂ  lĂ  oĂč l’on veut ĂȘtre avant d’y ĂȘtre. »

La logothérapie : trouver le sens de sa vie

Francky Perez tire son inspiration de la logothĂ©rapie, une approche qui vise Ă  trouver le sens de sa vie. Il s’inspire du cĂ©lĂšbre psychologue Viktor Frankl, fondateur de cette discipline et survivant d'Auschwitz, oĂč Frankl a vu que ceux qui Ă©taient animĂ©s par une volontĂ© ou une mission donnant un sens Ă  leur vie survivaient mieux que ceux qui n'avaient que leur condition physique pour eux. Francky Perez puise aussi aux sources des enseignements de Rabbi Na'hman de Bratslav. Il explique : « Ce que j’aime dans les enseignements de Rabbi Na'hman, c’est qu’il transmet des idĂ©es extrĂȘmement fortes, puissantes, profondes, d’une maniĂšre simple. On croit Ă  tort que la logothĂ©rapie, c’est extrĂȘmement complexe ; c’est une thĂ©rapie oĂč l’on cherche Ă  trouver le sens de sa vie. » Francky Perez Ă©voque les Ă©loges dont Viktor Frankl fait l’objet dans le monde de la psychologie. Et il raconte mĂȘme qu'un jour, le Rabbi de Loubavitch, interrogĂ© sur la psychologie, n'a mentionnĂ© qu'un seul nom : celui de Viktor Frankl. Cette reconnaissance tĂ©moigne de l'impact significatif des idĂ©es et de la logothĂ©rapie de Frankl dans le domaine du dĂ©veloppement personnel.

Application « Le pouvoir de soi »

ParallĂšlement Ă  la sortie de son livre, Francky Perez a créé une application gratuite : « Le pouvoir de soi », qui permet aux utilisateurs d'enregistrer leur propre voix lisant des affirmations positives pour ensuite les entendre rĂ©pĂ©tĂ©es quotidiennement – un outil pratique pour accompagner chacun dans sa quĂȘte d'Ă©panouissement personnel.

À travers son livre et son application, Francky Perez dĂ©ploie une approche complĂšte du dĂ©veloppement personnel, et fournit des outils concrets pour trouver le sens de sa vie et s’épanouir. n

Francky Perez, Le Pouvoir de soi. LibĂ©rez votre potentiel, Enrick B. Éditions, 2022

https://www.lepouvoirdesoi.com/

LPH N° 1002 39 CONSCIENCE

Comment Israël se prépare au réchauffement climatique

Les tempĂ©ratures de juillet 2023 ont Ă©tĂ© les plus hautes jamais enregistrĂ©es sur la planĂšte. L’État hĂ©breu est-il prĂ©parĂ© au rĂ©chauffement climatique ?

D’aprĂšs une Ă©tude internationale de 2022 publiĂ©e dans la prestigieuse Reviews of Geophysics, l’augmentation moyenne de tempĂ©rature dans le monde par dĂ©cennie a Ă©tĂ© de 0,27 °C, contre 0,45 °C par dĂ©cennie au Moyen-Orient et en MĂ©diterranĂ©e orientale. Dans son rapport de 2021, le contrĂŽleur de l’État, Matanyahu Englman, avait dĂ©noncĂ© l’imprĂ©paration de l’État hĂ©breu face au rĂ©chauffement climatique. En tant que vice-prĂ©sident de l'Organisation des institutions supĂ©rieures de contrĂŽle des finances publiques d’Europe (EUROSAI), M. Englman prĂ©sentera les rĂ©sultats de l’audit climatique Ă  la COP28 Ă  DubaĂŻ (30 novembre-12 dĂ©cembre 2023). « Les contrĂŽleurs d’État jouent un rĂŽle de veille crucial dans la crise climatique », a-t-il dĂ©clarĂ© – et ce, bien que le ministĂšre des Finances ait rejetĂ© le projet de loi sur le climat ('hok haAklim) en juin dernier, au motif qu’elle affaiblirait l’économie israĂ©lienne.

PrĂ©paration de l’armĂ©e

Pour Galit Cohen, experte Ă  l’Institute for National Security Studies (INSS) Ă  Tel Aviv, « il faut intĂ©grer d’urgence le rĂ©chauffement Ă  la stratĂ©gie de dĂ©fense d’IsraĂ«l. La chaleur pourrait paralyser les systĂšmes Ă©lectroniques des avions et des hĂ©licoptĂšres. La tempĂ©rature dans les chars peut dĂ©passer les 50°C ! La terre dessĂ©chĂ©e peut s’envoler, provoquer des tempĂȘtes de poussiĂšre et obstruer la vue des pilotes. » La rĂ©solution n° 4079 (juillet 2018) oblige le ministĂšre de la DĂ©fense Ă  examiner l’impact et les implications gĂ©opolitiques du changement climatique sur les armements, la sĂ©curitĂ©, la logistique, les bases militaires, la construction, les routes, la santĂ© et la biodiversitĂ©. Une norme de construction durable a Ă©tĂ© créée. Tsahal Ă©value comment les conditions mĂ©tĂ©orologiques extrĂȘmes affectent l’armĂ©e, mais aussi comment elle devra aider la population face au changement climatique.

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Le contrĂŽleur de l’État salue les efforts rĂ©alisĂ©s ; mais il faudrait associer davantage les scientifiques aux scĂ©narios de risques sĂ©curitaires.

Santé publique

MorbiditĂ© et mortalitĂ© dues aux pics de chaleur ou aux inondations dĂ©vastatrices, maladies vectorielles transmises par les insectes, menaces pesant sur la chaĂźne alimentaire et l’approvisionnement en eau, pollution de l’air
 Pour l’OMS, le changement climatique est « le plus grand dĂ©fi du siĂšcle pour la santĂ© ». La mort brutale par dĂ©shydratation, cet Ă©tĂ©, d’un soldat israĂ©lien de 20 ans, Hillel Nehemiah Ofen, za''l, a montrĂ© que le corps humain, dont la tempĂ©rature d’équilibre est de 37 °C, n’est pas prĂ©parĂ© aux tempĂ©ratures extrĂȘmes. « Une politique interministĂ©rielle doit se mettre en place. L’État doit crĂ©er des milliers de points d’ombre pour les piĂ©tons et rĂ©duire les Ăźlots de chaleur urbains », estiment les experts de l’Israel Society of Ecology and Environmental Sciences (ISEES). Les habitants du littoral devront mesurer la « tempĂ©rature humide » (tempĂ©rature + taux d’humiditĂ©), qui ne doit pas dĂ©passer les 31 °C pour 100 % d'humiditĂ©, ou 38 °C pour 60 % d'humiditĂ©, limites supportables pour le corps humain.

Niveau de la mer

Environ 2,4 milliards de personnes vivent le long des cĂŽtes dans le monde. En avril 2023, l'Institut

israĂ©lien de recherche des mers et des lacs a publiĂ© le tout premier rapport sur l’élĂ©vation du niveau de la mer MĂ©diterranĂ©e et le recul du trait de cĂŽte. Son niveau devrait augmenter (de cinquante centimĂštres Ă  un mĂštre d’ici 2100), entraĂźnant l’effacement d’une partie des plages et l’effritement des falaises, fragilisant les installations de dessalement et les centrales Ă©lectriques, les systĂšmes d'Ă©gouts et de traitement des eaux. Le ministĂšre de l'Environnement construit un portail qui affichera des cartes de l'Ă©lĂ©vation du niveau de la mer et son impact selon diffĂ©rents scĂ©narios.

Réfugiés climatiques

En juin 2021, le Centre de recherche et d’information de la Knesset avait soulignĂ© qu’« IsraĂ«l est une destination de migration climatique en provenance du Moyen-Orient et d’Afrique. Les tentatives d’infiltration par voie terrestre ou maritime vont se multiplier. IsraĂ«l doit renforcer ses frontiĂšres. » Cette stratĂ©gie peut surprendre mais les violentes manifestations d’ÉrythrĂ©ens arrivĂ©s illĂ©galement dans le pays, dont la Cour suprĂȘme avait suspendu le plan d’expulsion en mars 2018, doivent faire rĂ©flĂ©chir
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Juifs et grands-parents : les prophÚtes, la fidélité

On parle souvent du rĂŽle des parents dans l’éducation de leurs enfants en gĂ©nĂ©ral et dans leur rĂŽle de passeurs de la Torah en particulier.

Mais que nous disent nos Textes sur la place des grands-parents ?

C’est ce que YaĂ«l nous propose de dĂ©couvrir dans cette rubrique. PĂ©dagogue, titulaire d’un doctorat en Ă©tudes juives et bĂ©nĂ©vole auprĂšs de clubs de grands-parents, elle s’est penchĂ©e sur le rĂŽle Ă©ducatif des grands-parents selon le judaĂŻsme. Elle nous invite Ă  revenir aux Textes, et Ă  dĂ©couvrir si le judaĂŻsme a un message Ă  proposer aux papis et aux mamies.

Il n’a pas toujours Ă©tĂ© donnĂ© aux hommes de connaĂźtre leurs petits-enfants. Abraham et Sarah nous sont prĂ©sentĂ©s uniquement Ă  travers leur statut parental, car ils n’ont pas connu les jumeaux d’Isaac. Or, au dĂ©but de la paracha « Toledot », la Torah insiste sur la filiation : « Voici les engendrements d’Isaac, fils d’Abraham : Abraham engendra Isaac... »

Le Midrach Tanh'ouma dit que c’est par Jacob qu’Abraham obtint sa grandeur, ainsi qu’il est dit (IsaĂŻe XXIX, 22) : « Ainsi parle Dieu Ă  la maison de Jacob, lui, le libĂ©rateur d’Abraham. » Ce sont donc les petits-enfants qui renforcent le passage de l’homme sur terre ; et au mĂȘme titre, les grands-parents sont les bases fondatrices de la troisiĂšme gĂ©nĂ©ration, comme le formule Salomon (Proverbes XVII, 6) : « Le couronnement des anciens, ce sont les enfants des enfants ; et la gloire des enfants, ce sont leurs parents. » Pour preuve de cet adage, le Seder Olam

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JUDAÏSME
PAR YDOT Épisode 2

Rabba indique que Joseph fut au service de son grandpĂšre Isaac dĂšs l’ñge de huit ans et jusqu’au moment oĂč il fut vendu par ses frĂšres, et qu’Isaac est mort le jour oĂč son petit-fils devint gouverneur d’Égypte ! Un verset d’IsaĂŻe (LIX, 21) entrĂ© dans nos priĂšres dit : « Quant Ă  moi, dit l'Éternel, voici quel est Mon pacte avec eux : Mon inspiration qui repose sur toi et les paroles que J'ai mises en ta bouche, elles ne doivent point s'Ă©carter de ta bouche, ni de la bouche de tes enfants, ni de celle des enfants de tes enfants, soit Ă  prĂ©sent, soit dans les temps futurs. »

Le terme employĂ© ici est « zĂ©ra » qui, dans la Bible, Ă©quivaut Ă  l’enfant, comme le mot « nin » ou « tséétsa ». Contrairement aux autres crĂ©atures, l’ĂȘtre humain a pour particularitĂ© de rester en contact avec sa descendance. Le verset parle des « paroles de Dieu » : le devoir est donc de transmettre avec fidĂ©litĂ© la Torah et les paroles des ProphĂštes. C’est ce que nous faisons en lisant perpĂ©tuellement la Torah chaque semaine. Si les grands-parents sont suffisamment Ă©rudits en Torah, il est de leur devoir de la transmettre. Mais nous vivons une Ă©poque oĂč deux paramĂštres ont changĂ© : d’un cĂŽtĂ©, la longĂ©vitĂ© et la qualitĂ© de vie du monde dans lequel nous Ă©voluons nous permettent d’envisager de cĂŽtoyer nos petits-enfants – ainsi que nos arriĂšre et mĂȘme arriĂšre-arriĂšre-petits-enfants !

D’un autre cĂŽtĂ©, beaucoup se sont Ă©loignĂ©s de l’étude et de la maĂźtrise de l’hĂ©breu biblique, ne maintenant plus, dans le meilleur des cas, que la tradition et le folklore : la chaĂźne de transmission telle que la prĂ©conisait IsaĂŻe a Ă©tĂ© endommagĂ©e.

Que penser de cette dĂ©finition qui dit : « Est juif celui dont les petits-enfants sont juifs » ? L’assimilation a laissĂ© des traces dans la chaĂźne des gĂ©nĂ©rations lors de notre sortie du mellah ou du shtetl. Cela ne doit pas nous dispenser de prendre notre rĂŽle de passeurs au sĂ©rieux, car nos petits-enfants n’y sont pour rien ; ils ne sont pas responsables du fait que, sous prĂ©texte d’ouverture, leurs parents ont prĂ©fĂ©rĂ© laisser ces sujets de cĂŽtĂ©. Il incombe donc aux grands-parents de faire l’effort, avec la sagesse de l’ñge, de renforcer le lien de leurs descendants avec leurs racines. Si les ponts ont Ă©tĂ© coupĂ©s depuis longtemps, le moment n’est-il pas venu de faire un pas vers eux ? Les enfants de votre fille sont juifs, ne l’oubliez pas ! Et ceux de votre fils portent votre nom de famille. Vous ĂȘtes le vecteur d’une histoire, d’un peuple et d’une tradition dont vos descendants peuvent ĂȘtre fiers. Endossez votre rĂŽle de passeur, car si ce n’est vous
 alors qui le fera ?

En pratique : si vous connaissez la Torah, enseignezla et partagez vos connaissances. Si vous ne la connaissez plus, n’est-il pas temps de vous y mettre et de rĂ©cupĂ©rer cet hĂ©ritage, qui vous revient et que vous pourrez transmettre ? Si vos petits-enfants en savent plus que vous, demandez-leur d’étudier l’hĂ©breu ou les textes avec eux. Et s’ils n’ont plus de repĂšres, commencez par le rĂ©cit de votre histoire juive familiale, les chants, les expressions, les coutumes, les douceurs
 n

LPH N° 1002 43
Un grand-pÚre et ses petits-enfants prient au Mur occidental à Jérusalem.
JUDAÏSME
« Vous ĂȘtes le vecteur d’une histoire, d’un peuple et d’une tradition dont vos descendants peuvent ĂȘtre fiers. »

Introspection et volonté de changement : préparation à la nouvelle année

Roch HaChana nous incite Ă  conclure notre annĂ©e en pensant Ă  celle qui arrive : vais-je commencer la nouvelle annĂ©e avec les mĂȘmes mauvaises habitudes et comportements que l’an passĂ©, ou ai-je rĂ©ussi Ă  les surmonter, Ă  me corriger et Ă  m'amĂ©liorer ? Ai-je progressĂ© dans mes actions et dans mon travail moral ? Ai-je pu mettre en application les bonnes rĂ©solutions que je me suis engagĂ© Ă  tenir l'annĂ©e derniĂšre ? Il faut exploiter ces jours pour se renouveler et se livrer Ă  une introspection. Chaque fĂȘte est porteuse d’une signification et d’un message particulier pour notre routine quotidienne. Chaque annĂ©e, nous le vivrons diffĂ©remment car nous progressons, donc chaque fĂȘte sera diffĂ©rente, meilleure et plus riche de sens – du moins devonsnous nous efforcer d'y parvenir. Le rav Adin Even IsraĂ«l Steinsaltz, za''l, nous enseigne : « Une personne devrait vouloir ĂȘtre un ange, rien de moins. Cela ne veut pas dire qu'Ă  la fin elle sera un ange, mais au moins elle sera quelque chose qui se rapproche davantage de ce niveau, qui lui ressemble et lui appartient. Une personne devrait vouloir aller de plus en plus haut et rĂȘver

de grands rĂȘves. En effet, elle n'atteindra peut-ĂȘtre pas la fin du chemin, mais l'essentiel est que pour elle, elle a dĂ©jĂ  commencĂ© Ă  parcourir le chemin du ciel, et si elle ne finit pas, HaKadoch Baroukh Hou ajoutera une pensĂ©e Ă  l'acte. » Pessa'h nous fait rĂ©flĂ©chir Ă  la libertĂ©, Pourim Ă  la joie, Roch HaChana et Yom Kippour nous incitent Ă  prendre un nouveau dĂ©part. La possibilitĂ© nous est donnĂ©e de demander pardon Ă  quelqu'un que nous avons blessĂ©. C'est l'atmosphĂšre dans laquelle tout le monde se trouve, c’est le moment : il faut en profiter pour mettre son ego de cĂŽtĂ© et, si vous avez blessĂ© quelqu'un, aller lui demander pardon.

Il n’est pas possible que d’un Yom Kippour Ă  l’autre, je sois la mĂȘme personne. Dans la priĂšre de « Kol Nidrei », par laquelle nous ouvrons les priĂšres de Yom Kippour, figure la phrase suivante : « Du jour de Kippour qui est passĂ© jusqu’au jour de Kippour qui arrive, que vienne sur nous la paix ; et de ce jour de Kippour jusqu’au prochain Kippour, que vienne sur nous la paix. »

Elle nous incite Ă  nous questionner : qu’est ce qui a changĂ© entre Kippour dernier et celui-ci ? Que puis-je faire pour arriver au prochain Kippour

meilleur qu’aujourd’hui ? L’homme doit s’efforcer de ne plus ĂȘtre le mĂȘme qu’avant, de se dĂ©barrasser des mauvaises habitudes et de se re-former, en aspirant Ă  ĂȘtre un croyant plus pur.

La priĂšre est une trĂšs forte expression de notre volontĂ©. MĂȘme si je sais que je ne suis pas venu prĂ©parĂ© Ă  Yom Kippour, mĂȘme si je sens que j’aborde ce Yom Kippour dans le mĂȘme Ă©tat que le prĂ©cĂ©dent, il ne faut pas abandonner. Nous devons prier pour ce que nous voulons ĂȘtre, mĂȘme si nous n'y parvenons pas. Continuez Ă  vous efforcer de vouloir ĂȘtre dans un endroit plus Ă©levĂ© ; et mĂȘme si vous ne devenez pas un ange, au moins vous vous en rapprocherez.

Les fĂȘtes sont terminĂ©es, nous sommes revenus Ă  notre routine, et les moments particuliers que nous avons vĂ©cus durant le mois Ă©coulĂ©, dans nos priĂšres, nos pensĂ©es et nos dĂ©sirs, peuvent s’oublier dans le train-train de nos vies bien remplies. Afin de ne pas se laisser entraĂźner par la routine, il faut se concentrer sur ce qui est important et ce que cette annĂ©e sera pour nous. n

les jeunes Juifs français

Yehuda@betar.org.il

44 LPH N° 1002 JUDAÏSME
C’est prĂ©cisĂ©ment maintenant, aprĂšs la pression des fĂȘtes, qu'il est temps de passer de la pensĂ©e Ă  l'action !

Retour vers le futur

Nous venons de passer – je l'espĂšre pour tous – d'excellentes fĂȘtes de Tichri. Ce festival d'expĂ©riences et d'Ă©motions particuliĂšrement puissantes nous a chargĂ©s d'Ă©nergies nouvelles pleines d'espoirs et d'optimisme.

Les cĂ©lĂ©brations des fĂȘtes, qui nous Ă©lĂšvent spirituellement, sont sans aucun doute d’une valeur inestimable pour notre vie juive, mais les Sages du Talmud nous enseignent que la routine du quotidien peut ĂȘtre encore plus fondamentale. À la cĂ©lĂšbre question « quel est le verset le plus fondamental de la Torah ? », le Midrach (Torat Cohanim, chapitre 19) rĂ©pond : « “Tu aimeras ton prochain comme toi-mĂȘme” (VaYikra XIX, 18) : Rabbi Akiva dit qu’il s’agit d’un grand principe de la Torah. Ben AzaĂŻ dit : “Voici le livre des engendrements d’Adam” (Berechit V, 1) est un plus grand principe. »

L’opinion de Rabbi Akiva est bien connue : le fondement de la Torah est l’amour du prochain. Ben AzaĂŻ, pour sa part, rapporte un verset de la parachat « Berechit » qui, d’aprĂšs lui, renvoie Ă  un principe plus fondamental encore, qui Ă©nonce que la Torah est le livre des engendrements de l’homme. Ce passage du Midrach appelle deux questions : de quoi discutent ces maĂźtres, et en quoi les versets qu’ils rapportent expriment-ils leurs thĂšses ?

Selon le Maharal, Rabbi Akiva et Ben AzaĂŻ sont en train de rĂ©flĂ©chir Ă  ce qui fait la grandeur de l’homme. Ces Sages cherchent donc un verset qui englobe une large partie de la Torah, voire toute la Torah, un Ă©lĂ©ment qui serait Ă  l’origine des autres. De façon surprenante, le Maharal propose d'ajouter une autre version de ce midrach, qui apparaĂźt dans l'introduction du recueil de rĂ©cits du Talmud Ein Yaakov, composĂ©e par Rabbi Yaakov ben Haviv. Dans cette version, les deux prĂ©cĂ©dents avis apparaissent comme dans le midrach initial. Mais le dĂ©bat se prolonge par une suite particuliĂšrement saisissante : Ben Zoma intervient en disant qu’il existe un verset

encore plus fondamental : « Écoute IsraĂ«l, l'Éternel est notre Dieu, l'Éternel est Un. » (Devarim VI, 4)

C'est alors que Ben Pazi surenchĂ©rit en disant qu’un autre verset est bien plus fondamental : « L'un des agneaux tu l’offriras le matin, et tu offriras le second vers le soir. » (Chemot 29, 39) Le Midrach fait ensuite apparaĂźtre un maitre anonyme qui va trancher en proclamant : « C'est L'avis de Ben Pazi qui est juste ! » On pourrait Ă©ventuellement suggĂ©rer qu'il s'agit d'une expression du sens de l'humour de nos maĂźtres et de rien d'autre qu'une sorte de clin d'Ɠil. En effet, comment expliquer que ce verset apparemment anodin, qui dĂ©crit le culte des sacrifices quotidiens, l’emporte sur les autres et surpasse « Tu aimeras ton prochain comme toi-mĂȘme » ou mĂȘme le fameux « ChĂ©ma IsraĂ«l » ?!

Le Maharal apporte la solution de cette Ă©nigme : Ă  l'instar du culte permanent dans le Temple, notre service permanent, et mĂȘme routinier, n'a pas son Ă©quivalent. Ben Pazi veut nous apprendre que la routine du quotidien, paradoxalement, est encore plus fondamentale et efficace que tous ces prĂ©cieux adages. De jour en jour, c’est la routine du service divin qui est le vĂ©ritable garant de notre ascension.

Alors mettons en pratique cette injonction talmudique et, plutĂŽt que de nous rĂ©signer Ă  la morositĂ© du retour Ă  la grisaille du quotidien, prenons ce retour comme un vĂ©ritable dĂ©fi Ă  mettre en pratique : profitons donc de tous les bienfaits que nous avons acquis pendant les fĂȘtes. n

LPH N° 1002 45 AU NOM DE LA LOI
« La routine du service divin est le garant de notre ascension. »

Tichri et la Balance

Le signe de la Balance

Moznayim –, qui reflĂšte principalement l’'Ă©quilibre, correspond au mois de Tichri. Dans la Torah, le mois de Tichri est le septiĂšme mois de l'annĂ©e qui dĂ©bute par Nissan. Il est donc associĂ© au chiffre 7, celui des valeurs liĂ©es au monde naturel : les sept jours de la crĂ©ation du monde, la structure des mondes supĂ©rieurs, et le fait que l'histoire du monde durera six millĂ©naires et que le septiĂšme couronnera le tout.

Le mois de Tichri est caractĂ©risĂ© par le renouvellement du monde qui a lieu Ă  Roch HaChana. Ainsi, le mois de Tichri et le signe qui lui correspond sont propices Ă  la dĂ©livrance : l'asservissement des enfants d'IsraĂ«l en Égypte s'arrĂȘta en Tichri, Yossef fut libĂ©rĂ© de prison en Tichri


Les ProphĂštes dĂ©finissent ce mois comme celui des « ĂȘtres stables », faisant rĂ©fĂ©rence au fait que c'est le mois de naissance du premier homme et des PĂšres d'IsraĂ«l : Avraham, Itzhak et Yaacov. Tout comme ce mois, le signe de la balance induit la stabilitĂ© et la justice.

Les natifs de ce mois sont gĂ©nĂ©ralement des ĂȘtres naturellement joyeux, optimistes et sociables. Ils sont aimables et agrĂ©ables, ouverts et communicatifs, ce qui leur assure succĂšs et rĂ©ussite, notamment au niveau matĂ©riel. Leur gĂ©nĂ©rositĂ© est bien connue ; leur nature conciliante ainsi que leur indulgence sont remarquĂ©es. Bien entendu, tout est question d’équilibre, et les natifs de la

balance doivent veiller à ce que leur bonté naturelle ne se retourne pas contre eux. Ayant tendance à se laisser abuser par les autres, ils doivent impérativement apprendre à dire « non » et à poser des limites.

Les Balances font partie des ĂȘtres patients et tolĂ©rants, qui se tiennent Ă©loignĂ©s des excĂšs et parviennent Ă  composer mĂȘme avec des idĂ©es opposĂ©es. Les natifs de ce signe savent vivre en harmonie avec eux-mĂȘmes et avec les autres. Ils fuient le mensonge, la mĂ©disance et l’hypocrisie, et essaient toujours de protĂ©ger les faibles. TrĂšs sensibles, ils aiment les animaux et la nature. Il n'est pas rare de retrouver ce signe parmi les nĂ©gociateurs et mĂ©diateurs en tous genres. Au nombre de leurs qualitĂ©s premiĂšres figurent leur imagination dĂ©bordante et leur grand sens artistique. Ce sont d’excellents guides et leurs conseils sont souvent retenus. Leur bon sens apaise et ils mĂšnent gĂ©nĂ©ralement leur entourage sur la bonne voie. TrĂšs Ă©motifs et empathiques, ils doivent souvent se remettre en question afin de ne pas se laisser dĂ©border par leurs Ă©motions et s'efforcer de ne pas trop se laisser envahir par leurs sentiments, car cela pourrait facilement affecter leur santĂ© psychique et physique. L'une des clĂ©s pour ces personnes est le lĂącher-prise grĂące auquel ils retrouvent leur Ă©quilibre. n

Rav Yoel Benharrouche, artiste peintre, enseignant www.orotvekelim.com

Horaires de Chabbat

Passage à l’heure d’hiver dans la nuit du 28 au 29 octobre. Reculez d’une heure : à 2h, il sera 1h.

46 LPH N° 1002 MAZAL TOV
Chabbat Berechit 13 octobre 2023-28 Tichri 5784 JĂ©rusalem 17h29 18h46 Tel Aviv 17h49 18h47 Netanya 17h49 18h47 Roch 'hodech 'Hechvan À la sortie de chabbat le 14 octobre 2023, Roch 'hodech dimanche 15 et lundi 16 octobre. Chabbat Noa'h 20 octobre 2023-5 'Hechvan 5784 JĂ©rusalem 17h21 18h38 Tel Aviv 17h41 18h40 Netanya 17h40 18h39 Chabbat Lekh Lekha 27 octobre 2023-12 'Hechvan 5784 JĂ©rusalem 17h14 18h31 Tel Aviv 17h34 18h33 Netanya 17h33 18h32 Chabbat VaYera 3 novembre 2023-19 'Hechvan 5784 JĂ©rusalem 16h08 17h25 Tel Aviv 16h27 17h27 Netanya 16h27 17h26
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Le mur tordu de la soucca

Au premier jour de la fĂȘte de Souccot, on sacrifiait 13 bƓufs au Temple de JĂ©rusalem ; au deuxiĂšme jour 12 bƓufs, et ainsi de suite, chaque jour un bƓuf en moins ; au septiĂšme et dernier jour de la fĂȘte, on ne sacrifiait plus que 7 bƓufs. En tout, c'Ă©taient donc 70 bƓufs qui Ă©taient ainsi sacrifiĂ©s en une semaine. « Symbole des 70 nations », expliquent nos sages. Le Midrach (sur la parachat « Pin'has »), prĂ©cise : « C'est pour t'enseigner comment les gens se comportent. Lorsque tu t'invites chez un ami, le premier jour, il t'offre un beau morceau de dinde, le deuxiĂšme jour, du poisson, et ainsi de suite. Le dernier jour, il te servira quelques petits pois et c'est tout !
 » La soucca, cette demeure dĂ©suĂšte, fragile et provisoire, reprĂ©sente l'exil d'IsraĂ«l. Et les bƓufs offerts en ordre dĂ©croissant nous rappellent « comment les gens se comportent » lorsque les Juifs s'installent chez eux. Au dĂ©part, ils les accueillent Ă  bras ouverts ; et puis, au fur et Ă  mesure, ils leur rappellent progressivement, d'abord par de fines allusions puis de maniĂšre de plus en plus franche, qu’ils ne sont que des invitĂ©s et qu'il n'a jamais Ă©tĂ© question de transformer leur sĂ©jour provisoire en installation dĂ©finitive.

Rav Amiel, zatsal, qui fut grand-rabbin de Tel Aviv, ajoute : « La soucca, qui rappelle les frĂȘles habitations de nos ancĂȘtres dans le dĂ©sert, symbolise la situation des Juifs en exil, et les lois de la soucca sont, bien souvent, celles de l’exil lui-mĂȘme. » Ainsi, par exemple, est-il interdit que les murs de la soucca dĂ©passent dix mĂštres de haut, car sinon, au-delĂ  de cette taille, « cela n'aura plus l'aspect d'une demeure provisoire ».

Mais le Talmud prĂ©cise que si la hauteur maximale est respectĂ©e et qu'il est donc clair pour tout le monde que la rĂ©sidence est provisoire, la soucca est valable mĂȘme si l’on construit des murs

en bĂ©ton (le Talmud parle de murs en fer). Commentaire du rav Amiel : « Ce n'est pas parce que nous vivons en exil que nous sommes tenus de vivre dans le dĂ©nuement ou la prĂ©caritĂ©. Rien ne nous interdit de monter des "murs de fer" et de vivre confortablement, Ă  condition toutefois de ne jamais perdre de vue que l'exil est provisoire ! Il n'est donc pas interdit de bĂątir d'importantes infrastructures communautaires en Diaspora ou d'y rendre la vie juive matĂ©riellement et spirituellement aisĂ©e, tant que les responsables rappellent rĂ©guliĂšrement aux fidĂšles que tout cela n'a qu'un temps, que nous ne sommes que des invitĂ©s en terre Ă©trangĂšre et que nous aurions d'ailleurs intĂ©rĂȘt Ă  vĂ©rifier rĂ©guliĂšrement si nous en sommes toujours Ă  la dinde ou si nos hĂŽtes en sont dĂ©jĂ  aux petits pois
 Connaissez-vous la rĂšgle du « mur tordu » ? Imaginez qu'une partie du « skhakh » – le feuillage rĂ©glementaire qui doit servir de toit Ă  votre soucca – ne soit pas valable : il risque d'invalider toute la soucca, puisque le « skakh » cacher de celle-ci doit impĂ©rativement ĂȘtre bordĂ© par les murs. La solution est simple : il suffit de pousser le « mauvais skhakh » jusqu’à l'extrĂ©mitĂ© du toit, tout prĂšs du mur. On considĂ©rera alors que le feuillage problĂ©matique fait partie du mur qui, du coup, deviendra une sorte de « mur courbĂ© », le reste de la soucca Ă©tant cacher puisque le bon feuillage est bordĂ© comme il se doit par des murs – dont l'un est juste un peu « tordu ». Pour le rav Amiel, voici encore une loi de la soucca Ă  mettre en parallĂšle avec les rĂšgles de la survie des Juifs en Diaspora. Combien de fois nos ancĂȘtres ont-ils dĂ» courber l'Ă©chine pour survivre ?

Combien de fois avons-nous choisi d'ĂȘtre le roseau plutĂŽt que le chĂȘne, ce qui nous a permis de relever la tĂȘte dĂšs que la bourrasque Ă©tait passĂ©e ? Par calcul, par prudence, par respect ou

par civisme, le Juif en exil doit savoir de temps en temps tordre son mur pour assurer son existence. On le voit par exemple tenu d'inventer une grave maladie pour Ă©viter de venir travailler Ă  Roch HaChana ou de passer un examen Ă  Kippour. S'il a la chance d'ĂȘtre devenu une vedette de variĂ©tĂ© ou de cinĂ©ma, il doit parfois, devant des journalistes ou sur les rĂ©seaux sociaux, critiquer la politique d'IsraĂ«l mĂȘme lorsqu'il est convaincu de son bien-fondĂ© afin de soigner son image de marque. Il fut un temps, heureusement rĂ©volu, oĂč il devait mĂȘme abjurer sa foi ancestrale pour accĂ©der Ă  un poste convoitĂ© ou parfois, tout simplement, pour sauver sa vie. Sous certaines conditions, les rabbins autorisaient Ă  courber ainsi l'Ă©chine.

Mais relisons toutefois la conclusion du rav Amiel : « Ce n'est pas parce que le "mur tordu" est autorisé qu'il faudrait s'y complaire. Plier l'échine par crainte de provoquer la colÚre de nos hÎtes, d'accord. Par souci de politesse et de civisme bien compris, bien sûr. Mais y prendre du plaisir devient malsain. La courbette est parfois une nécessité mais elle n'est jamais une fin en soi. » (Drachot el ami, tome 2, page 46)

Cette annĂ©e encore, et pour la vingtneuviĂšme fois, des jeunes filles dĂ©cident de venir sur la terre de leurs ancĂȘtres, Ă  Hemdat Hadarom, afin que, au moins durant un an, elles puissent vivre pleinement leur identitĂ© sans ĂȘtre tenues de « tordre un peu leur mur ». Bienvenue, donc, Ă  Elyanna, Esther, Sharon, Carla B, Stella B, Shirel, Audelya, Elsa Boub, Elsa Bouh, Sarah B, Eden C, Chirel, Tsippy, Shani, Elona, Tali, Eden K, Carla L, Ilona, Ness, Yona, Shirel O, Alisson, Ness, Laure, Lou, Stella S, Sarah T, Sarah Z et Eva. Behatslaha ! ArrĂȘtez-moi si je dis des bĂȘtises
 n

LPH N° 1002 47
LE KLING DU MOIS
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Riz cantonais

PRÉPARATION

l Épluchez la carotte, dĂ©coupez-la en petits cubes ainsi que les ciboules (ou oignons).

l DĂ©coupez la charcuterie en petits cubes Ă©galement (vous pouvez la remplacer par des dĂ©s de poulet) et faites-les revenir quelques minutes dans une poĂȘle antiadhĂ©sive huilĂ©e.

l Ajoutez les dés de carotte et la sauce de soja, et laissez dorer 5 minutes.

l Ajoutez le riz et mélangez bien pour décoller les grains de riz.

l Ajoutez les ciboules (ou oignons) et le sel, et mélangez.

l Ajoutez les oeufs battus et mĂ©langez pour qu’ils se rĂ©partissent dans tout le riz. À nouveau, mĂ©langez bien pour dĂ©coller les grains de riz.

l Ajoutez enfin le maĂŻs et les petits pois, poivrez et poursuivez la cuisson pendant 2 minutes.

C'est prĂȘt ! Trouve les 10 diffĂ©rences

Solution page 58

INGRÉDIENTS

Pour 4 personnes

‱ 300 g de riz cuit

‱ 100 g de maĂŻs en grains 100 g de petits pois surgelĂ©s

48 RECETTE
1 c. Ă  s. d'huile de tournesol

Détendez-vous !

Solutions des jeux page 54

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Issac va trouver son patron pour lui remettre sa démission. Ce dernier lui demande :

– Pourquoi ?

– Je ne peux plus travailler ici, tous les employĂ©s sont antisĂ©mites.

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– Madame, les sections Ă©conomie et club sont complĂštes, cependant nous avons un siĂšge en premiĂšre classe.

Avant que la dame ait une chance de répondre, l'agent poursuit :

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– Quoi ? Mais qu’est-ce que vous me racontez là ?! Qu’il y en ait un ou deux, je ne dis pas, mais tous, c’est impossible !

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– Mais je vous dis que si. D’ailleurs, j’ai fait un test : je leur ai posĂ© une question et ils ont tous rĂ©pondu la mĂȘme chose. Ils sont antisĂ©mites, je vous dis !

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– Mais c’est quoi, cette question ?

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Elle a appelé le steward pour se plaindre de sa place. Le préposé lui demande :

– Il est trĂšs rare que nous fassions ce genre de mise Ă  niveau, et j'ai dĂ» demander l'autorisation au capitaine. Mais, Ă©tant donnĂ© les circonstances, le commandant de bord a estimĂ© que nul ne devrait ĂȘtre forcĂ© de s'asseoir Ă  cĂŽtĂ© d'une mauvaise personne


L'agent de bord se tourne alors vers le Juif assis à cÎté de la dame et lui dit :

OIGNON PALABRE

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– Je leur ai demandĂ© ce qu’ils penseraient si l’on exterminait tous les Juifs et les coiffeurs.

– Les coiffeurs ? Mais pourquoi les coiffeurs ?

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– Quel est le problùme, Madame ?

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– Ben vous voyez, vous aussi


Dans un avion de ligne Ă  destination d’Atlanta, une femme d'Ăąge moyen, bien vĂȘtue, se trouve assise Ă  cĂŽtĂ© d'un homme portant une kippa.

– Vous m'avez assise Ă  cĂŽtĂ© d'un Juif ! Je ne veux pas ĂȘtre assise Ă  cĂŽtĂ© d'un Juif. S'il vous plaĂźt, trouvez-moi un autre siĂšge !

– Madame, je vais voir ce que je peux faire pour vous, rĂ©pond le prĂ©posĂ©, mais le vol est presque complet aujourd'hui et je ne sais pas s’il y a une autre place disponible. En attendant, la femme jette un coup d'Ɠil condescendant Ă  son voisin juif. Quelques minutes plus tard, le steward revient et lui dit :

– Donc si vous voulez bien prendre vos affaires, Monsieur, j'ai un siùge confortable pour vous en premiùre classe...

La dame s’exclame alors avec indignation :

– Le capitaine doit avoir fait une erreur...

Et le steward de lui répondre :

– Non, Madame. Le capitaine Cohen ne fait jamais d'erreur !

Les blagues sont issues du livre de Josy Eisenberg, Ma plus belle histoire d'humour. Avec l'aimable autorisation de la famille.

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