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3$ Le magazine de rue de Québec

Photos : Francis Fontaine

No 163 Avril 2014

PAROLES • Discours politique • Droit de parole : 40 ans • Métier : animateurs de radio • Vivre sans mots S.V.P. n’achetez qu’au camelot portant une carte d’identification 2 $ sur le prix de vente va directement au camelot.

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Participer activement au développement de notre milieu. LA BOÎTE À PAIN

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289 Saint-Joseph Est, Québec (St-Roch) Lundi au samedi 6 h 30 à 20 h Dimanche 6 h 30 à 17 h 30 Tél. : 418 647-3666

396, 3e Avenue, Québec (Limoilou) Lundi au mercredi 6 h 30 à 18 h 30 Jeudi et vendredi 6 h 30 à 19 h Samedi et dimanche 7 h à 18 h 30 Tél. : 418 977-7571

Michel Yacoub

Conseiller en sécurité financière Conseiller en régimes d’assurances collectives Représentant autonome 501, 14e Rue Québec, Québec G1J 2K8 Téléphone : 418 529-4226 Télécopieur : 418 529-4223 Ligne sans frais : 1-877-823-2067 Courriel : michel.yacoub@sympatico.ca

Livraison le jeudi à compter de 18h30 pm


SOMMAIRE DOSSIER PA R O L E S 06

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Le discours politique à l'ère de la spontanéité Aphasie : le dessin au secours des mots

métier de la parole

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Porte-voix de la justice sociale

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Un grand espace, des mots pour le dire

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S'ouvrir au monde

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Les mots du cinéma

Illustation: Danièle Rouleau

08-09 Animateurs de radio :

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Paroles et paroles et paroles...

CHRONIQUES

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AUTEURS 23

Ermite

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Temps perdu

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À la fin du printemps

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Pour le plaisir de lire

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Un poisson oublié

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Les clés

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Lumière

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« Vous avez la parole... » La petite fille qui ne parlait plus... Attention de ne pas perdre le Nord Être parent mono- parental à Québec

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Vancouver : entendre l'itinérance

JEUX 20

Le jeu de La Quête

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La langue dans sa poche

Photo : EWAAE photographie

La parole de Dieu : une vision jeune

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PAGE COUVERTURE Illustration: Danièle Rouleau Conception graphique : Karyne Ouellet

RÉALISER L’ESPOIR Camelots recherchés

L’Archipel d’Entraide, organisme à but non lucratif, vient en aide à des personnes qui, à un moment

donné Hey toi! de leur existence, sont exclues du marché du travail ou vivent en marge de la société. Ces laissés Tu as 18compte ans ou plus. pour cumulent différentes problématiques : santé mentale, itinérance, toxicomanie, pauvreté, Tu veux te faire quelques dollars? etc. Dans la foulée des moyens mis en place pour améliorer le sort des plus défavorisés, l’Archipel d’Entraide lance, en 1995, le magazine de rue La Quête. Par définition, un journal de rue est destiné personnes en difficulté, notamment des sans-abri. La Quête permet ainsi aux camelots de reprendre confiance en leurs capacités, de réaliser qu’à titre de travailleurs Pour plus d’informations autonomes ils peuvent assumer des responsabilités, améliorer leur quotidien, socialiser, bref, Appelle-nous au certain pouvoir sur leur vie. reprendre un Travaille à ton compte. Pas d’horaire. à la vente - sur de la rue rue !par des Vends le magazine La Quête

418 649-9145 poste 33 Ou L’Archipel d’Entraide, composée d’une équipe d’intervenants expérimentés, offre également des Viens nous rencontrer au services d’accompagnement 190, rue St-Joseph Est (coin Caron)communautaire et d’hébergement de dépannage et de soutien dans la recherche logement par le biais de son service Accroche-Toit. Dans l’église d’un Jacques-Cartier

Depuis sa création, La Quête a redonné l’espoir à quelques centaines de camelots. SUIVEZ-NOUS SUR

laquete.magazinederue

ÉDITEUR Archipel d'Entraide ÉDITEUR PARRAIN Claude Cossette COORDONNATRICE Francine Chatigny CONSEILLÈRE À L’ÉDITION Martine Corrivault RÉDACTRICE EN CHEF Valérie Gaudreau RÉDACTRICE EN CHEF ADJOINTE Isabelle Noël CHRONIQUEURS Martine Corrivault, Claude Cossette, Aline Essombé, Mathieu Meunier, Diane Morin JOURNALISTES Jean Louis Bordeleau, Arthur Darasse, Véronik Desrochers, Thomas Duchaine, Marie-Michèle Genest, Rabéa Kabaj, Jean-François Morissette, Isabelle Noël, Chloé Patry-Robitaille

UNE TRIBUNE POUR TOUS Envie de faire connaître votre opinion, de partager vos poésies, de témoigner de votre vécu. Nos pages vous sont grandes ouvertes. Envoyez-nous vos textes par courriel, par la poste ou même, venez nous les dicter directement à nos bureaux. Faites-nous parvenir votre texte (500 mots maximum) avant le 1er du mois pour parution dans l’édition suivante. La thématique de mai  : Les journées sans...

FAIRE DES SOUS EN DEVENANT CAMELOTS Les camelots récoltent 2 $ de profit sur chaque exemplaire vendu. Autonomes, ils travaillent selon leur propre horaire et dans leur quartier. Pour plus d’informations, communiquez avec Francine Chatigny au 418 649-9145 poste 31 Nous vous encourageons fortement à acheter La Quête directement à un camelot. Toutefois, si aucun d’eux ne dessert votre quartier, vous pouvez vous abonner et ainsi nous aider à maintenir la publication de l’unique magazine de rue de Québec.

AUTEURS Julie Cartier, Jasmin Darveau, Jean-Pierre Drolet, Laurence Ducos, Marc Everell, Bernard Songe, Christiane Voyer AUTEURS DES JEUX Hélène Huot, Jacques Carl Morin, Ginette Pépin RÉVISEURES Anika Boucher, Anthony Fortin, Naïka St-Arnauld Hivon, Nathalie Thériault, Geneviève Vaillancourt et les étudiants du cours Réécriture et Révision II des programmes de rédaction et révision professionnelles de l'Université Laval sous la supervision de leur enseignante, Anne Fonteneau PHOTOGRAPHE Véronik Desrochers, Marie-Michèle Genest, Camille Amélie Koziej-Lévesque, Valérie Gaudreau INFOGRAPHISTE Karyne Ouellet AGENTE DE PUBLICITÉ SOCIALE Geneviève Thompson IMPRIMEUR Les Impressions STAMPA inc. (418) 681-0284

COUPON D’ABONNEMENT 10 PARUTIONS PAR ANNÉE Camelots recherchés

Nom: Adresse: Travaille à ton compte. Pas d’horaire. Ville: Vends le magazine de rue La Quête postal: PourCode plus d’informations

Abonnement régulier Abonnement de soutien Abonnement institutionnel

Hey toi! Tu as 18 ans ou plus. Tu veux te faire quelques dollars?

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Téléphone: La Quête est appuyée financièrement par : Stratégie des partenariats de lutte contre l’itinérance (SPLI)

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60$ 75$ 85$

Journal La Quête

190, rue St-Joseph est Québec (Québec) G1K 3A7 Téléphone: 649-9145 Télécopieur: 649-7770 Courriel: laquetejournal@yahoo.ca

Nous reconnaissons l’appui financier du gouvernement du Canada par l’entremise du Fonds du Canada pour les périodiques, qui relève de Patrimoine canadien

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MOT DE LA COORDONNATRICE

Illustration: Danièle Rouleau

PAROLES

Ce n'est pas la campagne électorale 2014 qui nous a inspiré ce thème, mais le thème imposait que l'on en parle et surtout de ceux qui la mènent. En mode séduction, nos politiciens décuplent les occasions de discourir et font usage - excessif ? - de la parole. Thomas Duchaine a voulu savoir comment se distingue un bon orateur. La recette n'est pas simple et la diversité des tribunes ne facilite en rien le jeu de persuasion. Il y a ceux qui parlent pour ne rien dire. À l'autre bout du spectre, il y a ceux qui désirent ardemment s'exprimer, mais qui ne le peuvent plus : victimes d'un accident de parcours, les aphasiques perdent la capacité de parler. Arthur Darasse s'est intéressé au phénomène et particulièrement au cas de Sabadel, qui a trouvé un mode d'expression pour compenser, du moins en partie, la perte de cette faculté. Pour des animateurs de radio, la parole représente le principal outil de travail. Chloé Patry-Robitaille a demandé à trois d'entre eux de s' « exprimer » au sujet de leur métier et de leur prise de parole publique. Bien qu'on associe la parole à l'oralité, elle prend souvent forme dans l’écriture. Marie-Michèle Genest a rencontré Marc Boutin, l'un des plus anciens collaborateurs de Droit de parole. Ce mensuel célèbre cette année ses 40 ans de défense des droits des citoyens. Communicateur de renom, il se présente comme conférencier, anthropologue, écrivain et animateur. Serge Bouchard sillonne la province pour livrer ses propos anthropologiques sur des sujets aussi surprenants que celui de l'histoire de la peur à ceux plus graves de la mort et de la vieillesse. En février dernier, il était de passage à Québec pour parler de l'un de ses thèmes fétiches : la nordicité. Véronik Desrochers l'a rencontré.

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Parler plusieurs langues modifie-t-il sa conception du monde ? Pour répondre à cette question, et à bien d'autres, Jean Louis Bordeleau a interrogé l'hyperpolyglotte, Michel Brûlé. Vivre de paroles et rester dans l'ombre : cette description fait spontanément penser aux paroliers et aux scénaristes. Non seulement le projecteur n'est-il pas dirigé vers eux, mais ils doivent avoir l'humilité de voir - souvent- rayer les mots qu'ils ont choisis. Qu'est-ce qui motive quelqu'un à exercer un métier si ingrat ? Le scénariste de Québec, Marc-André Cossette, le révèle à Isabelle Noël. La vie intime n'est pas dépourvue de paroles chargées de sens. Jean-François Morissette est allé au-devant de jeunes pratiquants pour comprendre leur conception de la parole de Dieu. Rabéa Kabaj s'est tournée vers les premiers mots d'amour ! DES PAROLES EN CADEAU ! « J'ai cette foutue maladie de me sentir bien ailleurs » dixit Mathieu Meunier. Voilà pourquoi il a visité de nombreuses villes, tant européennes qu'américaines. Cette maladie est assortie de deux symptômes spécifiques : une obsession pour les journaux de rue et une rage d'écrire. On ne pouvait trouver meilleur amalgame pour créer une chronique « Magazines de rue ». Ce mois-ci, Mathieu nous entraîne dans la ville de Mégaphone : Vancouver.

de répondre aux intérêts des lecteurs de La Quête, à laquelle il s'intéresse depuis un temps déjà. Pour cette édition, Marc Everell nous gratifie de Lumière. Il nous promet de plus un texte sur les disparités sociales pour le mois suivant. Bonne lecture, FRANCINE CHATIGNY

NOUVELLE DES CAMELOTS Le nombre de camelots a littéralement explosé fin-février, début mars. Effet Tout le monde en parle, pense-t-on! Serge Lareault, le rédacteur en chef de L'Itinéraire, et son camelot vedette, Gabriel, ont été invités à TLMP pour souligner le 20e anniversaire du magazine de rue de Montréal. Ils ont saisi l'occasion pour expliquer (ou réexpliquer) la mission des journaux de rue ainsi que pour présenter leurs pendants des autres villes québécoises, notamment Le Journal de rue de Sherbrooke, La Galère de Trois-Rivières et La Quête de Québec. Il n’en fallait pas plus pour que les passants expriment davantage de reconnaissance aux camelots et que ces derniers retirent plus de fierté dans leur mission. Merci de les soutenir !

Il fréquente les poètes depuis longtemps, il connaît leurs mots, aime leur genre. Depuis tout aussi longtemps, de sa plume, il caresse les vers, aiguise son art. Un peu par paresse, avoue-t-il humblement, un peu par modestie, il n'a jamais publié. Cette première parution ne sera certes pas la dernière ! Chaque jour, il m'appelle pour présenter un sujet ou préciser un angle par souci

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Au moment où s’écrivent ces lignes, nous sommes à l’aube d’une campagne électorale au Québec. Quand le magazine sera publié, les candidats auront déjà largement sillonné les routes de leurs circonscriptions électorales et auront saisi toutes les tribunes possibles pour nous livrer leur message. Cependant, tous n’y seront pas parvenus aussi bien qu’ils l’auraient souhaité. Qu’est-ce qui distingue le bon orateur du mauvais ? Et pourquoi certains arrivent-ils, mieux que d’autres, à nous persuader que leurs idées sont les meilleures ? LA THÉORIE DU DISCOURS « D’abord, il est important de faire la distinction entre la personne qui parle (ethos), la personne qui écoute (pathos) et ce qui est dit (logos) », souligne Alexandre Motulsky-Falardeau, spécialiste de la rhétorique et fondateur de l’École de rhétorique.

Photo : Valérie Gaudreau

LE DISCOURS POLITIQUE À L’ÈRE DE LA SPONTANÉITÉ

Une campagne électorale est un véritable marathon pour les candidats qui prennent la parole plusieurs fois par jour. Ici, Philippe Couillard entouré de trois de ses candidats lors d'une annonce de nature économique à Bécancour au 14e jour de la campagne en vue des élections du 7 avril.

tout en politique », avance-t-il. Il souligne également l’importance de connaître le contexte dans lequel il sera livré. « L’orateur sera-t-il à la tribune d’un dîner protocolaire ou monté sur une caisse de lait au milieu d’une foule ? », illustre M. Séguin. Pour choisir le ton qu’il donnera à un discours qu’il écrit, il raconte qu’il prend la place de l’orateur et qu’il s’imagine dans les lieux où l’action se déroulera.

Ainsi, quand un orateur (rhéteur) pré- LE DISCOURS SPONTANÉ pare son discours, il doit connaître le Guylaine Martel, sociolinguiste et procaractère (ou l’état d'esprit) de celui qui fesseure au Département d’information écoutera afin de mieux le persuader « Si et de communication de l’Université je suis triste, je ne rendrai pas le même Laval, souligne d’entrée de jeu l’imporjugement sur ce qui est dit, que si je suis tance de la nouvelle donne qu’est, pour heureux  », exemplifie Alexandre Mo- l’orateur politique, le discours spontané. tulsky-Falardeau « un médecin n’aura pas « Les politiciens ne font plus seulement [non plus] le même impact qu’un avocat des discours officiels, ils vont dans des dans le contexte d’un discours juridique », talk-shows, ils ont de plus en plus d’occacontinue-t-il. Enfin, le choix des mots et sions de faire du discours oral spontané », des arguments est fondamental, indépen- lance-t-elle. damment de celui Or, selon la profesqui l'exprime ou de « Avant, le discours politique seure, ce sont deux celui qui l'entend. se restreignait à l’identité mondes. «  Un po« Mais, selon qui les professionnelle des poliliticien peut être dit et qui les écoute, ticiens, mais, aujourd’hui, bon pour faire des ils auront un impact officiels, c’est aussi lié à leur identité discours persuasif différent », mais, comme disait ajoute le spécialiste. personnelle » Jacques Parizeau, ~ Guylaine Martel Selon Hugo Séguin, quand il [le politiconseiller principal à cien] arrive à Tout Copticom, Stratégies et relations publi- le monde en parle, il a de grosses chances ques, le meilleur discours est celui qui de "s’autopeluredebananiser", parce que n’en a pas l’apparence. « Ça ne doit pas ça ne demande pas du tout la même être le papier qui parle, mais la per- compétence à communiquer », explique sonne », explique le professionnel. M. Sé- Mme Martel. Pour elle, les contextes soguin est d’avis que la sincérité est la clé. cial, historique et politique déterminent « Le pire orateur aura plus de succès si son les conditions d’une bonne performance discours est empreint de sincérité, sur- de communication. « Avant, le discours

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politique se restreignait à l’identité professionnelle des politiciens, mais, aujourd’hui, c’est aussi lié à leur identité personnelle », ajoute-t-elle. Selon Mme Martel, on assiste à une démocratisation de tous les discours parce que le citoyen prend sa place dans l’espace public et exige un lien unique avec son représentant. « Ça explique le fait qu’à des émissions comme Tout le monde en parle, je veux voir le politicien vivre, je veux savoir s’il connaît le prix d’une pinte de lait […] et je veux avoir, moi aussi, la chance de l’écouter, sans avoir à me taper le discours du Trône », lance-t-elle. Ainsi, le bon orateur politique d’aujourd’hui est celui qui est habile dans les différentes situations de communication, puisqu’il n’est plus seulement écouté par l’initié, mais aussi par le grand public qui, lui, est particulièrement sensible à l’identité personnelle. Elle mentionne les cas de Jean Charest et de Régis Labeaume comme des exemples de réussite sur ce plan. LE MYSTÈRE DE LA PERSUASION Malgré toutes les connaissances et les théories concernant le discours et son orateur, il est fascinant de constater qu’une dimension fondamentale de l’équation demeure inconnue : le mécanisme de la persuasion. « Un changement s’opère quand une personne est persuadée de quelque chose. On en saisit certains aspects, mais l’essentiel du phénomène demeure encore un grand mystère », conclut Alexandre Motulsky-Falardeau. THOMAS DUCHAINE

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APHASIE : LE DESSIN AU SECOURS DES MOTS « Je balance mon fantôme de mots morts à la barrière de la langue » écrit Claude Blanc, alias Sabadel. Ces mots côtoient des dessins troublants, un homme est assis dans une chaise roulante, la cervelle fendue, les lèvres parfois fermées par un verrou ou du sparadrap. Dans son livre « Une plume à mon cerveau », Sabadel raconte cette affliction à travers ses dessins accompagnés de courtes phrases.

Ceux qu’on qualifie d’aphasiques sont donc les patients ayant perdu une partie de leur aptitude à communiquer. Ce trouble n’est pas acquis, souligne le docteur Joël Macoir, chercheur à l’Institut universitaire en santé mentale de Québec, les personnes dites aphasiques étaient auparavant parfaitement capables de s’exprimer et de comprendre les autres. Cette perte peut survenir par différents biais, des lésions provoquées par un arrêt cardio-vasculaire (AVC) ou un traumatisme crânien aux démences neurodégénératives comme la maladie d’Alzheimer.

difficile à supporter pour les proches, les patients affectés, ne comprenant pas pleinement ce qu’il leur arrive, ont tendance à être moins frustrés que ceux chez qui la production est affectée : « Plus on va avoir des patients affectés au niveau de leurs capacités de production plus la frustration va être grande, plus la compréhension va être affectée moins la frustration va être grande », résume Joël Macoir. Les aphasies dites « globales » concernent quant à elle les patients qui présentent à la fois des difficultés de production et de compréhension.

C’est le dessin qui a permis à Sabadel de reconquérir une partie de sa faculté expressive. Son orthophoniste, Philippe Van Eeckhout, et son équipe médicale ont décidé, après son accident, de l’encourager à tenter de s’exprimer par ce biais. Le caricaturiste a dû apprendre à utiliser sa main gauche pour retrouver son ancien talent. Dans la préface du livre Une plume à mon cerveau, Yves Samson, Chef de service des urgences cérébrovasculaires de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière écrit à propos de Sabadel : « Il a retrouvé la clef par le chemin détourné La réalité de l’aphasie est complexe et du dessin, peut-être parce que son métier peut prendre des de caricaturiste avait formes multiples, « Le cerveau, contrairement favorisé d’étranges si bien que la typointerconnexions à ce que l’on croyait avant, logie mise en place entre certains réest relativement malléable » suffit rarement à seaux du dessin et ~ Joël Macoir cerner dans toute sa du langage ». À tracomplexité l’aphasie vers ses dessins et sa d’un patient. Il existe toutefois de grandes collaboration à plusieurs livres portant familles qui s’organisent en fonction des sur l’aphasie, Sabadel a légué au monde facultés de communication affectées. scientifique une meilleure compréhenCertaines formes de ce trouble affectent sion de ce qu’est l’aphasie et de ce que la capacité du patient à produire un peut traverser un patient affecté par ce langage, comme dans le cas de Sabadel. trouble. « On peut avoir une grande difficulté de production et une compréhension très Lorsqu’un AVC ou un traumatisme crâbien préservée », explique Joël Macoir. nien cause une aphasie, le patient passe L’affliction la plus fréquente dans ce type pendant les premières semaines par une d’aphasie est l’anomie, c’est à dire la dif- phase appelée «  récupération spontaficulté à trouver les mots en mémoire, née » durant laquelle un processus de précise le chercheur. réorganisation est entamé par le cerveau. Passés 3 mois, cette phase s’achève et la D’autres formes affectent davantage récupération des facultés se fait beaula compréhension du patient. Celui-ci coup plus lente. « On a montré dans les éprouve alors des difficultés à com- études qu’on fait ici que 3 ans, 4 ans, 5 ans prendre ce qu’on lui dit ou ce qu’il tente après, les patients sont encore capables de lire. Si cette catégorie d’aphasie est

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Photo : Archives Web

Sabadel a 38 ans, en 1977, quand il est frappé par un AVC qui le laissera hémiplégique (invalide) et aphasique. Terme de racine grec, aphasie signifie « sans parole ». Ancien caricaturiste de presse, Sabadel perd du même coup l’usage de sa main droite, sa main de dessinateur. Il se trouve alors piégé dans le silence, privé en grande partie de sa faculté à communiquer avec les autres que ce soit par l’écrit ou par la parole. En revanche sa capacité réflexive et sa compréhension demeurent intactes.

Couverture de Une plume à mon cerveau paru en 2008 aux éditions Fabert

d’apprendre. Le cerveau contrairement à ce qu’on croyait avant, est relativement malléable », nuance le Dr Macoir. La rééducation et la réadaptation sont de longs processus qui ne s’achèvent jamais vraiment. « C’est rare qu’on arrive à une récupération complète », ajoute le chercheur. Mais les nouvelles technologies ont amené de grands progrès en la matière. Les tablettes électroniques permettent aux patients d’effectuer des exercices depuis leur domicile, l’interface intuitive de ces outils les rendant facile à utiliser y compris par des personnes relativement âgées, explique Joël Macoir, enthousiaste. ARTHUR DARRASSE

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ANIMATEURS DE RADIO

MÉTIER DE LA PAROLE La parole est leur outil, les ondes, leur mode de transmission. Ils pratiquent le même métier, mais n'en ont pas la même perception. Rencontre avec trois animateurs issus de trois différents types de radio : Michel Bonaparte, Catherine Lachaussée et Marto Napoli.

Ptoho: Courtoisie de  Michel Bonaparte

télévision, c’est prouvé que ce que tu dis est parasité par le visuel, le téléspectateur est plus distrait, alors il est plus difficile d’avoir un contenu complexe  ». C’est donc son côté pédagogue qui est comblé lorsqu’elle anime Radio-Canada, cet après-midi. La société publique demande de plus en plus à ces animateurs de personnaliser leur émission. Toutefois, il ne faut pas que cela oriente l'information, précise Mme Lachaussée. « On ne veut pas rentrer un message dans la tête des gens, ça n’empêche pas que les gens vont comprendre qui on est à travers la façon dont on mène nos entrevues, mais il faut s’effacer derrière le contenu pour laisser l’auditeur saisir la matière avec le moins de parasites possible ». Cette personnalisation permet à Catherine Lachaussée de rester naturelle der-

LE SUMMUM DU COMMUNAUTAIRE

De la radio, Michel Bonaparte dit : « Il faut avoir du respect pour ceux à qui

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Photo : Courtoisie Catherine Lachaussée

on s’adresse, mais aussi du respect pour soi. C’est pour ça qu’il y a des formes de radio qui ne m’intéressent pas, c’est-àDepuis 27 ans maintenant que Michel dire celles qui suscitent la controverse Bonaparte partage ses fins d'après-midi et non le débat ». Ce respect, il le reçoit dominicale avec les auditeurs de Topique aussi de ses auditeurs qui lui transmettent du Capricorne sur les ondes de CKRL 89,1 beaucoup d’amour. « On ne fait pas de FM. Sa passion des ondes remonte à bien la radio pour être plus loin encore. aimé, mais quand on « On ne fait pas de la radio est aimé, on se sent En effet, Michel Bopour être aimé, mais quand encore plus autorisé naparte se souvient on est aimé, on se sent à faire de la radio », encore du petit stuencore plus autorisé à faire conclut-il. dio radio qu’il s’était de la radio » aménagé sous l’escaSUR LES ONDES ~ Michel Bonaparte lier alors qu’il avait PUBLIQUES seulement 16 ans. Son désir de devenir animateur, dit-il, Souhaitant devenir professeure, Cathelui vient d'un homme de lettres qui ani- rine Lachaussée était étudiante en littémait une émission littéraire dans son pays rature lorsqu’elle a goûté à la radio pour d’origine, Haïti. C'est là-bas, dans une une première fois. Son parcours l’a toutestation privée, que M. Bonaparte fera ses fois amenée à être d'abord chroniqueuse premières expériences radiophoniques. Il culturelle à la télévision. y fait tourner divers artistes francophones C’est la radio cependant qui la passionne du Québec, notamment Ginette Reno. réellement parce qu’elle peut y animer À ce moment, il ne se doutait pas quelques quotidiennement une émission d’affaires années après son arrivée au Québec, en publiques de trois heures, ce qui n'est pas 1970, il amorcerait une longue « car- possible à la télévision. « La radio donne rière » bénévole à CKRL, la plus ancienne énormément de souplesse, t’as la possiradio communautaire d'expression fran- bilité d’approfondir des sujets, ce qui est plus rare à la télévision ». cophone. L’attention du public n’est pas captée de la même manière, explique-t-elle. « À la

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Photo : EWAAE photographie

rière le micro, ce qui est, selon elle, l'élément primordial qui fait d'elle une bonne communicatrice aujourd'hui. RADIO PRIVÉE : LIBERTÉ

est l'une de ses références. « C’est lui qui a amené le langage de la rue, parce qu’avant lui tout le monde parlait très bien, prononçait très bien, il ne fallait pas dé« La radio donne énorméplaire en parlant le ment de souplesse... » langage normal ».

Inspiré par sa mère, ~ Catherine Lachaussée elle-même animaCe « trop bon frantrice de radio en réçais » était un blogion, Marto Napoli commence sa carrière cage pour Marto. Il a donc décidé de à Rivière-du-Loup alors qu’il a seulement parler à la radio comme il parle à un ami. 15 ans. Puis, pendant ses études en Art « C’est peut-être ça qui m’a rendu amical et technologie des médias au Cégep de et sympathique ». Jonquière, il anime la nuit à NRJ Chicoutimi. En 1999, il découvre l’existence de Au-delà de ce langage simple, il admet CHOI Radio X à Québec et n’a, dès lors, que son côté rassembleur, surprenant, que cette station dans sa mire. imprévisible et créatif et, surtout, le fait qu'il reste « un gars du peuple qui parle Jeff Fillion décide de lui donner une de choses qui peuvent arriver à n’importe chance en l'intégrant à son équipe et qui » sont les qualités qu'apprécient ses Napoli restera dans le giron de radio X milliers d’admirateurs. jusqu’en 2011. Maintenant animateur à Radiopirate et à NRJ, il fait tout à sa Parce qu'on lui a déjà fait remarquer qu’il manière et surtout, il ne doute pas du était à son meilleur quand il animait sur contenu qu'il crée. « Il faut se dire la vé- une scène, il a voulu transposer la même rité, c’est un peu de énergie à la radio. l’humour douteux Dans son studio, il « Il faut se dire la vérité, que j’utilise. Je connais bouge beaucoup et il c’est un peu de l’humour est très dynamique. bien cet humour et douteux que j’utilise » ceux qui m’écoutent C’est aussi pour cette depuis quinze ans, je raison qu’il aime tra~ Marto Napoli sais que c’est ce qu’ils vailler avec sa propre recherchent ». équipe en studio. En arrivant à NRJ, il a toutefois su s'ajuster et adapter son contenu au grand public. Outre Jeff Fillion, Martin Dallaire

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CHLOÉ PATRY-ROBITAILLE

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é y l F Le

E CLAUD

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COSS

« VOUS AVEZ LA PAROLE… » Les humains disposent d’une capacité étonnante qui, parmi les êtres vivants, leur est exclusive: la parole. Un chevreuil peut montrer la bonne route à ses semblables, un épagneul peut démontrer de l’affection à son maître, mais seul un être humain peut, par la parole, communiquer des réalités sans même se déplacer. Et les communiquer à travers la distance et les siècles grâce à la parole quand elle est transposée en écriture. LE SILENCE EST D’OR Le langage, dit-on, est le propre de l'homme. Certains scientifiques estiment même que c’est le langage qui nous permet de penser. Pour chacun, le langage (ce qui est commun à tous) s’exprime dans une parole (la manière personnelle d’utiliser le langage). La parole intérieure permet de raisonner, c’est-à-dire d’organiser en une pensée cohérente la macédoine de nos sensations et de nos souvenirs. Victor de l'Aveyron, un enfant sauvage de 10 ans découvert en France n’a pas été en mesure de développer une intelligence humaine, parce qu’il n’a jamais pu, par la socialisation, acquérir le langage. On ne dispose pas toujours des mots pour dire ce que l’on veut dire parce que l’on manque souvent de vocabulaire ou surtout parce que notre pensée n’est pas encore suffisamment structurée car « ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement, et les mots pour le dire nous parviennent aisément ». Il existe toutefois des réalités qui s’expriment difficilement par la parole : la passion amoureuse, par exemple ou la haine viscérale, au même titre que les objets qui se décrivent plus facilement par un dessin (une photo, un plan) que par des paroles. Par ailleurs, il existe des choses qui, de par leur nature même, ne se disent pas ou qu’il vaut mieux ne pas dire : un secret, une parole blessante, un potin. C’est alors que l’on peut évoquer le proverbe : « … le silence est d’or ». PARLER POUR NE RIEN DIRE Il arrive également que l’on parle pour ne rien dire. On connaît maints personnages politiques qui jacassent devant un micro ou une camera tout en ne disant pas grand chose. Ou en disant les choses de telle manière que personne ne s’entend sur ce qu’ils ont affirmé. C’est le cas également des papotages mondains où les interlocuteurs échangent sur des lieux communs sur le temps qu’il fera, sur la dernière catastrophe ou sur le prix du poulet au supermarché. Il existe également des paroles « inutiles » mais qui jouent quand même un rôle social ; ces paroles sont qualifiées de « pha-

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tiques » par les spécialistes de la linguistique, c’est-à-dire qu’elles établissent une communication… sans que s’échange véritablement de l’information. Ainsi, quand vous croisez votre voisin et qu'il vous salue d’un : « Bonjour. Comment allez-vous ? », il ne veut surtout pas que vous lui expliquiez comment vous allez ou que vous lui parliez de vos problèmes. Il s’attend à ce que vous répondiez : « Bonjour, je vais bien. Vous-même ? » tout en continuant votre chemin du même pas. On admettra que ce sont là des façons de parler pour ne rien dire. PARLER POUR NE PAS TUER « Avant de parler, il faut tourner sept fois sa langue dans sa bouche » dit un adage. Et c’est vrai. La prudence est une vertu. Une fois la réflexion faite, il faut cependant parfois agir. Oui, mais comment ? On peut en l'occurrence choisir la parole qui, de toute évidence, se veut une arme redoutable. La parole permet en effet de dévoiler sa pensée, d’exprimer ses peurs, d’expliciter ses positions. Et de prêter l’oreille aux positions d’un interlocuteur qui lui-même fait appel à la parole pour faire valoir son point de vue. On sait le rôle qu’a pu jouer le dialogue chez les couples qui durent ; dialoguer, c'est prendre la parole à tour de rôle, garder le silence au moment opportun et faire preuve d'écoute lorsque l'autre personne tente de s'exprimer. On a par ailleurs pu suivre dans les médias les comportements désastreux de personnes, d’hommes souvent, qui se murent dans le silence et finissent par poser des gestes fatals. Quand il s’agit de l’objet d’un litige entre deux personnes, ou même deux pays, la seule façon d’éviter la guerre demeure la négociation. La parole ou le canon : « Je vous répondrai par la bouche de mes canons » n’est pas un comportement dont on peut vanter les mérites. La parole agit comme un genre d’antidote contre la violence. Le philosophe Éric Weil écrivait : « L'homme accepte le dialogue parce que la seule autre issue est la violence : quand on n’est pas du même avis, il faut se mettre d’accord ou se battre jusqu’à ce que l’une des thèses disparaisse avec celui qui l’a défendue ». Triste fin. La parole peut donc jouer, selon le cas, deux rôles contradictoires : celui de glaive ou celui de bouclier. Chacun peut choisir son arme. CLAUDE COSSETTE, PUBLICITAIRE & PROFESSEUR

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DROIT DE PAROLE

PORTE-VOIX DE LA JUSTICE SOCIALE DEPUIS 40 ANS

Septembre 1974. À la une du tout premier exemplaire de Droit de parole, un collage de photographies et de titres découpés dénonce des expropriations et un coût de la vie exorbitant pour les classes les plus pauvres du quartier SaintRoch. Mars 2014. Le journal se penche Marc Boutin, l'un des piliers de Droit de Parole sur la densification urbaine et la proximité des services dans Saint-Sauveur. Même ment ancré dans l’ADN de Marc Boutin, si les procédés de mise en page ont chan- géographe urbain de profession. Vêtu gé au cours des 40 dernières années, les d'un manteau en tweed et de lunettes enjeux urbains, eux, se succèdent. « On rondes qui lui confèrent un petit air doit souvent se battre pour garder nos ac- espiègle, il n’a pas peur qu’on le qualifie quis et conserver le résidentiel au centre- de rêveur. ville », soutient Marc Boutin, qui prête sa plume à Droit de parole depuis 38 ans, ce D’INFORMÉS À INFORMATEURS qui en fait l'un des plus anciens collabo- La naissance de Droit de parole résulte jusrateurs avec son ami Gilles Simard. Et s'il tement d’une insatisfaction à bénéficier y a un principe qui demeure inflexible au d’une information complète. À l'époque, sein du journal, c'est les membres du Comité sa volonté de dé« Notre devise c’est : citoyen de Saint-Roch, Aire fendre les droits des On n’est pas là pour 10, estiment que Le Soleil citadins en utilisant ne couvre pas correctement se faire aimer » l'écriture comme leurs luttes citoyennes et dé~ Marc Boutin une arme d'informacident donc de fonder leur tion massive. « L'inpropre journal. Après 15 formation pertinente ne circule pas au- années sous l'égide d’Aire 10, Droit de tant qu'on pense », constate Marc Boutin. parole s'affranchit pour devenir un orDès les premières minutes de l'entre- ganisme indépendant. D'ailleurs, tout tien, le journaliste-écrivain aborde l'ave- au long de son histoire, le journal a dû nir du Centre Durocher et s'indigne du réaffirmer son indépendance envers tout fait qu'aucun grand journal n'accorde parti politique. plus d'importance à cet enjeu majeur de la Basse-Ville. « On essaie d'être présent dans l'actualité qui n'a pas sa place dans les autres journaux », affirme-t-il. Selon lui, le maire de Québec RégisLabeaume possède déjà tous les outils nécessaires pour faire passer ses messages et ses idées. Sa mission, c'est plutôt donner la parole à ceux qui ne disposent d’aucune tribune. On s'aperçoit vite que le militantisme est profondé-

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Photo : Marie-Michèle Genest

Résidents des quartiers SaintRoch, Saint-Jean-Baptiste, Limoilou et Saint-Sauveur: lorsque vous cueillerez dans votre boîte aux lettres l'un des 15 000 exemplaires du mensuel Droit de parole, portez-y une attention particulière; vous tenez entre vos mains le plus vieux journal de l'Association des médias écrits communautaires du Québec !

Si on dit que le journalisme est le chien de garde de la démocratie, Droit de parole est certainement un Rottweiler. « Notre devise c’est : On n’est pas là pour se faire aimer », rigole Marc Boutin. Aux dires de ce dernier, Droit de parole évoque 40 ans de débats, mais surtout 40 ans de plaisir. « Les débats n'affectent pas les amitiés en général », assure-t-il. Et le mensuel, malgré le peu de moyens dont il dispose - les journalistes ne touchent pas de salaire continuera de montrer les dents devant l'injustice sociale. MARIE-MICHÈLE GENEST

Alors que la plupart des médias traditionnels décrient l’existence du ‘’ journalisme citoyen ’’, Marc Boutin croit que le vrai journalisme est celui qui prend position, qui confronte le pouvoir en place, qui cherche la vérité et qui sert les intérêts du peuple. Quant à lui, l'objectivité en journalisme est une notion loufoque, impossible, et c’est pourquoi il assume clairement la prise de position de Droit de parole.

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UN GRAND ESPACE, DES MOTS POUR LE DIRE « Les mots sont importants. On va commencer notre conversation comme ça. » Voilà les premières paroles prononcées par Serge Bouchard lors de l’évènement Tenir salon produit par Rhizome et présenté au Cercle dans le quartier Saint-Roch le 4 février dernier. Jean Désy et Marie-Andrée Gill, écrivains et poètes, étaient également présents pour s’entretenir avec lui de la nordicité, le thème de la soirée. Discussions, humour et poésie ont ravi la centaine de personnes venues s’inspirer de l’anthropologue chéri du Québec et de ses invités. Les mots sont importants. Alors, d’entrée de jeu, Bouchard commente le nom de l’événement. L’expression « tenir salon » est un terme français européen du XVIIIe siècle. À cette époque, les Canadiens et les Indiens n’allaient pas au salon. « On a une culture sans salon… sauf funéraire ! », lance-t-il, pince sans rire. DEVOIR DE POÉSIE ET MÉTISSERIE

« Un grand espace, des mots pour le dire… la société, notamment perceptible dans Ça prend un regard poétique, ce n’est pas l'accueil favorable que réservent les lecjuste du marketing, ce n’est pas juste un teurs aux 150 livres innus écrits en franPlan Nord ! », souligne Serge Bouchard çais et publiés ces dernières années. en se rappelant l’ouverture de la route Marie-Andrée Gill est l’une de ces jeunes au nord de Matagami. Le charme lyrique auteurs innus. Comme Désy et Bouchard pouvait sembler absent à quiconque reréunissent nature et technologie à des gardait les camions s’arrêter devant les fins poétiques, Gill réunit le français et ours noirs et les caribous qui traversaient l’innu dans ses écrits. Parler sa langue, pour la première fois cette étrange surface apprendre cet imaginaire amérindien, bitumée. La poésie était nécessaire pour c’est important pour elle depuis longtémoigner, pour souligner cette beauté temps. Toutefois, elle singulière « parce qu’il n’y « On a une culture souligne les enrichissea rien de plus plate qu’un sans salon… ments linguistiques que les camion dans le Nord si sauf funéraire ! » langues peuvent s’apportu n’en parles pas », selon ter. « J’ai appris à accepter ~ Serge Bouchard l’anthropologue. le métissage  »,. La poète Jean Désy, quant à lui, ne trouve pas le utilise les mots ski-doo et chainsaw, à tracharme du Nord dans les moyens de vers une poésie amoureuse et à travers transport, mais les utilise pour assouvir sa la nature. « Joindre des mots sémantiquête romantique. « Le Nord, pour moi, quement différents crée des métaphores c’est de la poésie mais, sans la motoneige, fortes », admet-elle. je n’aurais pas pu parcourir le territoire. ENTRE STORYTELLER C’est un moyen d’habiter un espace que ET ÉCRIVAIN j’aime », explique-t-il. Serge Bouchard n’a su dire s’il se consi« Aujourd’hui, les jeunes ont l’espoir de dère davantage raconteur qu’écrivain s’approprier le Nord, ce n’était pas le cas lorsque La Quête l’a interviewé entre il y a 25 ans », poursuit-il. Une métisserie deux conversations de salon. Il admet linguistique et culturelle s’opère dans

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Photo : Véronik Desrochers

Au cours de la soirée, le trio d’artistes et d’intellectuels a surtout exposé le devoir de poésie des Québécois envers le vaste territoire nordique. Randonnées en skidoo jusqu’à la baie d’Ungava, ou en ski de fond de l’autre côté de la colline, ces escapades permettent l’ouverture à la beauté et à la poésie du Nord, de la neige et de l’épinette noire, l’arbre sacré du Québec. avoir un amour incommensurable pour la phrase et le mot, et accorder beaucoup d’importance à la qualité de son écriture. Sa mère était une femme de lettres. Il a été élevé dans les livres. « Je suis tombé dans la marmite quand j’étais jeune. » Petit, il reliait lui-même des livres. « Je faisais des petites historiettes de rien » raconte-t-il. Cela dit, Bouchard ne peut nier que son père, « un Canadien français qui n’a pas été à l’école », savait s’exprimer avec éloquence et « était un menteur invétéré ». Ayant hérité de cette verve — la popularité de ses émissions radiophoniques et de ses conférences en est la preuve irréfutable — il se sait bon conteur et s’en amuse. « Ma jeune fille, qui a treize ans, me dit : “ Papa, on ne sait jamais quand tu dis vrai ou quand tu dis faux. ” Faut faire attention parce que, des fois, je dis vrai… » plaisante-t-il. VÉRONIK DESROCHERS

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S’OUVRIR AU MONDE Michel Brûlé parle français, anglais, espagnol, allemand, bulgare, russe. Un petit peu roumain et italien aussi. Il fait partie des hyperpolyglottes, ceux qui peuvent se targuer de s’exprimer couramment dans au moins six langues. La Quête a rencontré cet ex-aspirant à la mairie de Montréal, indépendantiste et surtout éditeur.

Mais il l’admet : « C’est à force d’immersion qu’on apprend. Après deux ans d’études allemandes, je parlais très peu allemand. » C’est ainsi qu’il part voir le vieux continent. En Allemagne, on lui parle la langue nationale : — Tu comprends ? — Oui, oui ! répond-il alors. « Je ne comprenais rien! Juste assez pour suivre. Le truc, c’est de ne jamais parler une autre langue que celle qu’on veut apprendre. »

PORTE OUVERTE SUR LE MONDE Pour ceux qui parlent plusieurs langues, c’est autant de cultures qui s’offrent à eux. Comme éditeur, Michel Brûlé a publié le livre Le Petit Prince retrouvé de JeanPierre Davidts. Il a voulu le publier en Europe et a donc contacté un éditeur allemand. Évidemment, M. Brûlé a parlé dans la langue de son interlocuteur. Le lendemain de la conversation, le livre a été accepté en édition et se sera vendu à 500 000 exemplaires en Allemagne seulement. Et puis ce n’est pas seulement à l’occasion qu’un polyglotte utilise ses langues. « Dans une foire du livre de Bologne, j’en viens à parler de cinq à six langues continuellement dans la journée », relate-t-il.

Il explique : « Les gens sont plus réceptifs. Le problème si tu parles en anglais, c’est qu’avec l’accent québécois, les gens Ensuite, les nouvelles langues s’en- te regardent avec un certain mépris. Si tu chaînent. Sachant que la Bulgarie fait parles, [par exemple], allemand avec des Allemands, ils vont être fiers de ça, te félipartie de la francophociter, ils vont prendre ça nie, il s’y dirige preste« Si tu parles, comme une marque de ment. Les gens de là-bas [par exemple], respect. Ça change comne parlent en fait que allemand avec des plètement le rapport. » peu français, mais à Allemands (...) ils vont force de dictionnaires, Après avoir voyagé de guides de conversaprendre ça comme une comme il l’a fait, il retion et de quatre mois marque de respect. connaît les nationalités de séjour, il finit par Ça change complètedes gens à leur visage. pouvoir parler la langue Ainsi, il les aborde soument le rapport ». du pays. Même si au dévent dans leur langue ~ Michel Brûlé but, « pour demander à natale. La sympathie manger, [il a] dû faire le réciproque est garantie. bruit du porc ! » UNE PLANÈTE PAS JUSTE Puis, il s'initie au russe un peu de la EN ANGLAIS même façon. Tout comme le bulgare, il s’agit d’une langue slave donc la transi- En raison de la mondialisation, plusieurs tion est plus facile. L’apprendre reste un langues perdent en importance alors « défi » par rapport à apprendre l’italien, que la lingua franca semble être devenue qui a essentiellement les mêmes racines l’anglais, surtout en affaires. Pourtant, que le français. Michel Brûlé n’est pas d’accord : « Si on regarde en Chine, c’est sûr que tu vas y Et on pense dans quelle langue, dans tout faire des affaires en anglais, mais il va y ça ? « Pour citer Max Bürki, “ pour chaque avoir un interprète anglais. On peut aussi langue parlée, c’est comme si on est une bien avoir un interprète français. L’argent autre personne.  ” Moi, quand je parle ne parle plus qu’anglais, il parle russe, allemand ou bien russe, je suis un autre chinois, arabe. » Michel Brûlé. »

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Courtoisie: Michel Brûlé

Québécois, il parle français. Il a reçu un enseignement primaire bilingue, y a appris des notions d’anglais. Sa mère a un nom de famille allemand, ce qui l’a amené à s’intéresser à cette langue germanique. Il l’a apprise au cégep, en plus de l’espagnol.

Il continue : « Je fais l’éloge de la diversité, mais le problème c’est que les Anglais, ils voient les autres langues comme une nuisance. » Selon ses dires, même dans le bastion anglophone des États-Unis, on parle souvent espagnol et pleins d’autres idiomes. « Quand je suis allé à New York, j’y ai parlé plus espagnol qu’anglais, et russe tous les jours. Tous les serveurs pouvaient parler russe. » « Je trouve ça triste au Québec, avec Radio X, Stéphane Gendron et compagnie qui disent que si tu ne parles pas anglais, eh bien t’es un handicapé. C’est pas vrai ! D’ici deux ou trois ans, le seul pays [anglophone] au top dix des économies, ce sera les États-Unis. Les Anglais du Royaume-Uni sont bien beaux en chemises blanches et en cravates, mais sans importation, ils n’ont rien. Il faut s’ouvrir à tout le monde. Surtout dans un petit pays comme le Québec. » JEAN LOUIS BORDELEAU

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AULT ORRIV

INE C MART

LA PETITE FILLE QUI NE PARLAIT PLUS...

La famille de Li est venue de Chine pour vivre au Québec à la fin des années 1980. Papa, maman, grande sœur et grands-parents. À l'école primaire, l'institutrice qui a reçu Li s'en souvient encore : la petite ne parlait pas. Plus grave, elle ne parlait plus. Les différents mots appris pour désigner les choses s'emmêlaient et, au lieu de se tromper, Li préférait se taire. Elle venait pourtant d'une famille normale, malgré un parcours plus compliqué que celui de la majorité des Québécois. Ici, Son papa possédait un restaurant qu'il exploitait avec sa famille. Comme cela arrive parfois chez nous aussi, grand-maman veillait sur la maison et les filles. L'aïeule s'occupait donc de la petite Li, et du quotidien, pendant que l'aînée s'initiait, à l'école secondaire, aux subtilités des adolescentes d'Amérique. Grand-mère ne parlait qu'en chinois; papa utilisait l'anglais et maman glissait des mots français dans ses phrases pour habituer la petite à entendre les sonorités de cette langue nouvelle. Désireux de réussir leur intégration dans leur nouveau milieu, les parents ont inscrit les deux filles au réseau scolaire francophone public. Dès son arrivée au secondaire, la grande sœur a obtenu des résultats impressionnants. À l'âge d'entrée en maternelle, Li, chassée des jupes rassurantes de grand-mère, s'est retrouvée parmi des enfants de son âge dont elle ne comprenait pas le langage. Elle a décidé de les suivre, mais sans jamais dire un mot. Si elle décodait bien ce qu'on attendait d'elle, son silence inquiétait son entourage; au moment d'entrer à l'école primaire, Li a été dirigée vers un groupe spécial formé pour les enfants en « difficulté d'adaptation ». Une petite classe avec une institutrice aimante qui essayait d'apprendre à chacun à lire, à écrire et à compter, mais aussi à jouer avec les amis, à partager, à échanger... Li allait peut-être finir par sortir de sa coquille. Pour les apprentissages scolaires, tout allait assez bien mais, s'il fallait parler, elle baissait la tête et restait muette. Même pour demander à aller aux toilettes, elle se plantait, silencieuse, devant l'institutrice et la regardait intensément sans rien dire. Li ne voulait plus parler; même en chinois; même pour montrer aux amis comment on dit les mots bonjour, maman, madame, amie... Pendant deux saisons scolaires, Li est restée silencieuse.

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Puis, elle a commencé à « échapper » un mot, puis deux... L'espoir est revenu autour d'elle. J'ignore la suite de cette histoire, qui se passait au début des années 1990. L'institutrice qui me l'a racontée a quitté l'enseignement, épuisée et découragée devant la multiplication des problèmes de la population enfantine, et l'absence de ressources suffisantes en milieu scolaire pour appliquer les solutions, aussi nécessaires que connues. C'est le destin des professeurs de s'attacher à leurs élèves à problèmes pour, à la fin de la session, essayer de les oublier. Aujourd'hui, Li aurait 30 ans; devenue adulte, elle aide peutêtre d'autres enfants en difficulté d'adaptation dans la société où elle a grandi. Tant de choses perturbent l'ordre habituel, à commencer par ces gadgets électroniques si utiles pour prendre la parole sans parler. Et ces priorités non prioritaires de ceux qui prétendent avoir à cœur le bien des enfants. Mais rien n'empêche qu'un jour, de vieux souvenirs soient réveillés par un visage, un prénom. C'est arrivé l'autre dimanche chez nous. Mon amie l'institutrice, qui venait de me raconter l'histoire de Li, et moi, nous suivions distraitement La voix, à la télévision. Une candidate interprète d'origine haïtienne s'est présentée. Elle s'appelait Sabine et hurlait sa soif de vivre. − J'ai eu une petite Sabine née en Haïti, dans ma classe... Une boule d'énergie, spontanée, hyperactive : elle parlait tout le temps, se mêlait de tout, voulait tout faire. La candidate désignée pour la médication magique qui calme les enfants trop vivants... − …Ou les éteint, ai-je imprudemment commenté. Comme si elle ne m'entendait pas, mon amie a continué : « Si différentes… mais Sabine et Li étaient dans la même classe. Avec une douzaine de petits garçons et de petites filles, nés au Québec ou ailleurs, en conflit avec la perception de ce que la société appelle « normalité » ou « conformité ». Imagine ce que ça doit être aujourd'hui... » MARTINE CORRIVAULT

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LES MOTS DU CINÉMA

Avant d’être réalisé, un film est d’abord et avant tout un scénario sans lequel il est impossible de partir en quête du financement nécessaire à son développement. Au Québec, Téléfilm Canada et la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC) se basent entre autres sur la lecture du scénario pour octroyer des fonds. En écrivant une histoire qui deviendra potentiellement un film, le scénariste prend donc un risque car un grand nombre de projets ne verront pas le jour et, de ce fait, ne donneront lieu à aucun droit d’auteur.

Photo: Archives Web

Du célèbre ‘ Run, Forrest, run ! ’, de Forrest Gump au classique de La Guerre des Tuques, ‘ La guerre, la guerre… c’est pas une raison pour se faire mal!’ , l’histoire du cinéma est remplie de ces phrases, qui marquent à ce point les esprits, qu’elles traversent les époques. Mais on oublie souvent qu’avant que ces paroles soient prononcées par la jolie Jenny, ses mots sont puisés de l’imagination du scénariste.

jugé faible au Québec. La solution ? « Octroyer davantage de ressources au développement des scénarios, notamment en permettant aux auteurs de bénéficier de l'appui d'autres professionnels », suggère le groupe, dont font partie des personnes des milieux cinématographique et télévisuel, de la SODEC et du ministère de la Culture.

Dans les faits, un scénario évalué passe entre les mains de plusieurs personnes avant d’être éventuellement réalisé. Selon Marc-André Cossette en sait quelque M. Cossette, l’écriture doit être la plus chose : depuis plusieurs années déjà, il claire et concise postente de vivre de ce mésible, et surtout accro« Certains arrêtent le tier qui le passionne. cheuse. « Il faut qu’on métier par peur de voir «  C’est très difficile de puisse imaginer le film percer dans ce métier. Il leur histoire travestie... » en lisant le scénario, et faut un ‘à-côté’, sinon ça ~ Marc-André Cossette ce, en 10 pages maxise peut que tu manges de mum ». la misère », lance d’entrée de jeu le scénariste de 31 ans. Selon lui, un Une fois acceptés, l’histoire, les personpetit marché comme le Québec rend les nages et les dialogues imaginés par le choses encore plus difficiles, d’autant plus scénariste seront ensuite revus et modiqu’il se spécialise dans l’horreur, un genre fiés par les producteurs, réalisateurs, acteurs et autres membres de l’équipe de encore peu développé ici. tournage. Le plus souvent, cela permet Dans les faits, sans être en crise, le ci- d’améliorer le scénario original, précise néma québécois s’est déjà mieux porté. Marc-André Cossette. « Certains arrêtent Une étude de Statistique Québec réalisée le métier par peur de voir leur histoire en 2013 révélait qu’en 2012, année de la travestie. Mais il faut être capable d’acsortie d'Omertà et de Pee-Wee 3D, les cepter la parole des gens, sinon tu restes films québécois ont réalisé seulement 5 % chez vous et rien ne se fait ! » de toutes les recettes au guichet, écrasés Mais une fois le film tourné et présenté au par les productions hollywoodiennes. public, le scénariste ne doit pas s’attendre Aussi, une étude menée par le Groupe de à récolter les honneurs. Quand on a pour travail sur les enjeux du cinéma québécois métier de mettre des mots dans la bouche lancée en 2013 recommande une amélio- des autres, il faut se préparer à travailler ration globale des scénarios, un maillon dans l’ombre. « Ce sont les acteurs, les

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têtes d’affiche, pas les scénaristes. Pas de fleurs pour nous ». La meilleure qualité d’un scénariste, selon lui ? Être observateur. « On n’a pas le choix de s’effacer et d’observer les gens, sinon les dialogues et les personnages vont manquer de naturel ». Malgré les difficultés, M. Cossette n’échangerait pas de métier avec quiconque. Déjà, enfant, il écrit des histoires sur sa machine à écrire. Plus tard, il touche à la poésie, au théâtre et à la nouvelle avant de se fixer pour de bon sur la scénarisation. « Mes parents avaient de la difficulté avec mon choix de carrière au départ, c’était trop précaire. Pourtant, c’est mon père qui m’a transmis la passion de conteur », confie-t-il. Ce qui le pousse à continuer? Raconter les histoires qui habitent son imagination… « Et chaque fois, mettre mes tripes sur le papier ». ISABELLE NOËL

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PAROLES ET PAROLES ET PAROLES...

À l'aube de la relation amoureuse, le caractère décisif (ou pas) des premiers mots échangés par les deux partenaires interroge. Pour les personnes sondées, nul doute: la qualité de la première conversation joue un rôle considérable. « J'ai rencontré mon chum actuel sur Tinder (ndlr : une application de rencontres sur téléphones intelligents). C'est moi qui lui ai parlé en premier sur le chat en le félicitant d'aimer un groupe de musique en particulier. Il m'a dit que cette approche-là avait été pas mal plus originale qu'avec les autres personnes avec qui il a échangé sur cette application et que ça avait bien cassé la glace ! », raconte Marie-Claude Savoie, étudiante à l'Université Laval.   

Charline Pierre, elle aussi étudiante, partage ce constat. « Je pense que c'est ça dans la plupart des cas. Si jamais il y a un minimum d'attirance ou même s'il n'y en a pas, c'est souvent après une bonne conversation, puis un accord sur des idées qu'il se passe quelque chose. Tu te rends compte que l'autre a quelque chose à t'apprendre ou à discuter avec toi et c'est comme ça que l'intérêt naît. Et là on se rend compte qu'il y a peut-être une attirance ou peut-être une possibilité de plus », explique Mme Pierre. LA CHIMIE D'ABORD, LES PAROLES ENSUITE De leur côté, les spécialistes interrogés nuancent l'impact à donner aux premières paroles échangées dans le succès ou non d'une relation amoureuse. C'est le cas de Céline Renaud, neurocoach d'affaires et de vie. « Ma croyance est bien au-delà des mots. Ça se passe dans l'énergie des corps. Il n'y a pas encore de paroles de prononcées, qu'il y a déjà un échange qui est fait au niveau des

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Photo : Archives Web

« Encore des mots, toujours des mots, les mêmes mots... rien que des mots » chantait Dalida dans son célèbre titre Paroles, paroles, interprétant ainsi une amoureuse fatiguée de la vacuité des mots prononcés par son beau parleur de prétendant. Car si les mots ne sont "que des mots", tous ne se valent pas. Surtout diront d'aucuns lorsqu'il s'agit des premiers.

deux personnes. Bien avant les mots, il y a déjà une décision qui est prise dans le cerveau de chacune des personnes » souligne-t-elle, estimant à 20 % le poids des mots dans une situation de face-à-face, comparativement à l'ensemble des sens mobilisés. Pour sa part, le psychologue et auteur Yvon Dallaire attribue également un rôle secondaire à la parole. « Dès qu'on voit une personne, on peut être attiré par cette personne-là, elle peut au contraire nous repousser ou nous laisser indifférent. Et ça c'est très biochimique parce que ça se passe au niveau de ce que l'on peut appeler les phéromones. [...] Une fois qu'il y a eu cette attirance-là et que les gens se sont regardés, qu'ils se sont souris même pour faciliter l'entrée en matière, ben c'est sûr que lorsqu'on arrive près de la personne, les premiers mots qu'on va dire, les paroles qu'on va utiliser, surtout le ton sur lequel on va le faire, c'est une espèce de deuxième signature. Notre corps ou notre odeur est une première signature qui attire ou qui repousse et ce qu'on va dire va attirer ou repousser ». Dans cette perspective, les premières paroles ne sont pas anodines. « Il y a effectivement une recherche qui a été faite, qui démontre qu'il y a certaines paroles, certaines entrées en matières qui sont beaucoup plus efficaces que d'autres. La majorité de nos relations humaines ne durent pas plus de quatre minutes. Qu'est-ce qui va faire que ça va durer un peu plus longtemps ? C'est souvent à cause des paroles qu'on va utiliser », reconnaît M. Dallaire, citant une étude dirigée par Michael Cunningham,

psychologue et professeur en Communication à l'Université de Louisville. ÊTRE SOI-MÊME Des paroles plus efficaces, qui doivent avant tout, néanmoins, être authentiques. « Les gens vont souvent chercher quelque chose qui va faire sensationnel, alors que les paroles de séduction les meilleures sont celles qui sont les plus vraies. Par exemple, " j'aimerais beaucoup faire votre connaissance ". [L'] étude a démontré que si vous utilisez cette formule-là, en disant même que, quand vous vous approchez d'une personne que vous ne connaissez pas, il suffit de dire : " je suis un petit peu mal à l'aise de vous aborder ainsi, mais j'aimerais beaucoup faire votre connaissance ", on a évalué à 82 % la possibilité que la relation dépasse les 4 minutes. Un simple " Bonjour ! " va donner 50 % de probabilités [...] ça donnera pas forcément un mariage en bout de ligne, mais vous allez passer pour plus agréable que si vous dites " Quel beau gilet vous avez ! " ou " J'aimerais ça me réveiller dans vos bras ". Les formules les plus simples sont les plus rentables », résume M. Dallaire. RABÉA KABBAJ

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LA PAROLE DE DIEU : UNE VISION JEUNE La parole de Dieu n’a jamais été aussi éloignée des préoccupations des jeunes d’aujourd’hui, qui sont souvent associés à une génération athée, c’est-à-dire sans croyance religieuse à proprement parler. Pourtant, certains jeunes ont choisi de croire.

« Mes parents n’y vont pas plus [à l’église], alors on vit nos croyances ensemble, en famille. » Le plus facile, « c’est que l’on partage les mêmes valeurs basées sur le respect des autres et l’amour de Dieu, ce qui rend les discussions plus fluides entre nous ». D’ailleurs, Alexis préfère garder ses croyances pour lui et vit sa religion dans le confort de son foyer, en priant dès qu’il en ressent le besoin. Pour lui, le plus compliqué dans le fait d’être jeune et catholique, c’est de vivre avec le jugement des autres. « La plupart de mes amis ne croient même pas en quelque chose [de spirituel] », explique-til. « Les gens pensent que, puisque je crois en Dieu, je ne sors pas, je ne bois pas, alors que c’est tout le contraire, je crois juste en un être supérieur. » Cette situation est également vécue par Matthew. Originaire du Nouveau-Brunswick, Matthew a grandi en allant à l’église tous les dimanches avec ses parents. Aujourd’hui âgé de 28 ans, comme il est plus occupé et qu’il n’a plus l’occasion de les accompagner de façon hebdomadaire, il a choisi de vivre sa croyance en la parole de Dieu comme bon lui semble. « J’ai décidé de m’afficher comme catholique, parce que je n’ai pas honte d’exprimer ce en quoi je crois. » Ce jeune adulte participe presque toutes les semaines à des séances de catéchisme dans le sous-sol de l’église de son quartier. « En allant à ces rencontres, je côtoie d’autres jeunes de mon milieu, on échange, on partage et surtout on se fait des amis avec les mêmes valeurs que les

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Photo : Archives Web

« Moi, je ne vais que rarement à l’église », raconte Alexis, à peine âgé de 19 ans. Pourtant, cet étudiant en administration à l’Université de Montréal se décrit comme un catholique. Lorsqu’il était tout jeune, ses parents l’ont fait baptiser, puis l’ont aidé à cheminer jusqu’au jour de sa première communion. « Après ça, ils m’ont laissé le choix du comment je voulais vivre ma foi », raconte-t-il. siennes. […] La plupart sont moins âgés que moi, alors ça me permet de les aider, c’est ça que je trouve gratifiant dans [la Parole de Dieu]. » L’ÉGLISE OU LA SPIRITUALITÉ 

[dans la spiritualité]. [Toutefois], les changements culturels et sociaux ont été trop importants », selon lui, pour voir un retour massif des jeunes sur les bancs des églises québécoises ».

« Et puis, on pourrait se demander : au Jean-Philippe Perreault, chargé d’ensei- nom de quoi les jeunes devraient-ils gnement en sciences des religions à la “  revenir  ” à l’église  ? Pourquoi deFaculté de théologie et de sciences reli- vraient-ils y être ? S’ils n’y sont pas, c’est gieuses de l'Université Laval, croit que la qu’ils ne perçoivent pas que cette traspiritualité des jeunes, comme celle des dition puisse leur adultes, peut désorL’Église catholique n’est plus permettre de mieux mais se vivre sans la seule à proposer des sens. vivre », fait remarfréquenter l’église. quer M. Perreault. Le sociologue de la religion, spécialisé dans les questions « Dans l’histoire, si le christianisme s’est concernant la jeunesse et ses croyances, répandu, c’est que les premiers chrétiens ajoute que les parcours religieux ou spiri- se croyaient porteurs d’un message qui tuels sont aujourd’hui très personnalisés s’adressait à tous. Ce sont eux qui sont et diversifiés. Ils sont beaucoup plus liés allés vers les autres… Donc la quesau cheminement personnel de l’individu tion pourrait être retournée : est-ce que et n’ont plus nécessairement de lien avec l’Église va aller vers les jeunes ? », s’interle fait d’assister à la messe dominicale. roge le professeur. En fait, avec la sécularisation de la société, l’Église catholique n’est plus la seule à proposer des sens, explique le sociologue. « La société, la culture, la publicité nous bombardent de visions de ce qu’est une vie réussie. L’Église doit donc relever le défi de la pertinence de son “ message ” pour aujourd’hui. Elle ne peut plus compter sur une base communautaire fidèle. Elle doit s’offrir comme un espace de discernement. »

JEAN-FRANÇOIS MORISSETTE

« Il n’y a pas de retour possible [vers l’Église catholique], ce qui ne veut pas dire qu’il n’y aura pas un renouveau, de nouvelles formes, une vivacité nouvelle

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e i g i V La

DIANE

MORIN

ATTENTION DE NE PAS PERDRE LE NORD !

Depuis la mi-février, on entend beaucoup parler dans les médias de l’Ukraine, de la Crimée, du président russe Vladimir Poutine et de la réaction des Occidentaux à ses actions. La Crimée est un lieu stratégique pour la Russie et cette dernière ne veut pas en perdre l’accès dans le cas où l’Ukraine rallierait l’OTAN. La Crimée est une presqu’île située sur la Mer Noire. Elle permet à la flotte russe un accès facile à la Méditerranée et à la Syrie. La Russie appuie le régime syrien de Bachar Al-Assad qui réprime atrocement la population civile, y compris des millions d’enfants, depuis les manifestations populaires de 2011 au grand dam des Occidentaux. La Russie exerce un droit de véto en dépit de toutes les condamnations du régime syrien dans les instances internationales. Les Occidentaux semblent impuissants devant Poutine en Syrie et en Crimée maintenant. Un pays n’y est pourtant pas allé de main morte concernant l’Ukraine et la Crimée et c’est le Canada. Je n’en reviens pas comment nous pouvons être baveux avec si peu de force de dissuasion. Nous nous sommes retirés parmi les premiers de la préparation à la rencontre du G-8 à Sotchi, avons rompu nos relations militaires avec la Russie, expulsé des stagiaires russes de même qu'annoncé le gel des avoirs et l’interdiction de visa pour des proches de Poutine. Vous me direz que tout cela n’est pas si méchant que cela mais les Anglais et les Français ont été beaucoup plus mitigés et prudents. Bien sûr, la crise en Crimée et en Ukraine est d’abord une crise européenne mais elle est aussi la plus importante crise internationale du XXIe siècle. Et qu’est-ce qui prouve que Poutine s’arrêtera à la Crimée? Il a déjà réussi à tenir tête aux occidentaux au ProcheOrient avec la Syrie. Pourquoi s’arrêterait-il là? Le Canada n’estil pas sur son chemin en Arctique ? Curieusement, la Russie annonçait le 17 février dernier la création d’une nouvelle structure militaire d’ici la fin de 2014 en Arctique pour défendre ses intérêts. (La Voix de la Russie)

dramatiquement le 3 mars dernier, Poutine annonce non seulement la suspension des manœuvres militaires en cours près de l’Ukraine pour calmer le jeu mais aussi en Arctique. (Le Point) Tiens donc ! On verra ce qui se passera après la Crimée, mais mon petit doigt me dit que les Canadiens n’en ont pas fini avec Poutine dans le Nord. Il est de plus en plus clair que, depuis le début du XXIe siècle, notre allié américain n’est plus la puissance qu'il était et qu’il en aura plein les bras avec son rôle de gendarme si des tensions éclatent un peu partout. Et il ne faut pas oublier que la Chine est un allié de la Russie. La flotte chinoise sort depuis quelques années pour des missions en dehors de sa zone habituelle.

Archives Web

Je ne suis pas du genre à m’éclater tant que ça durant les Jeux olympiques d’hiver mais je me suis forcée un peu à écouter ceux de Sotchi ainsi que les cérémonies de clôture. La culture russe est impressionnante. Elle impose le respect. Bien sûr, nos médailles d’or m’ont fait plaisir mais pendant la durée de ces jeux se déroulaient en parallèle de grands bouleversements en Ukraine qui m’intéressaient tout autant. Plusieurs ont raillé Vladimir Poutine lorsque la Russie a été éliminée en hockey masculin. Moi y compris ! En plaisantant, je disais que Poutine allait se défouler en Ukraine et c’est malheureusement ce qui s’est passé.

Le monde est maintenant multipolaire. Il faut maintenant compter avec quelques grandes puissances qui exercent de plus en plus leur influence et agissent en fonction de leurs intérêts propres. Il faudra également trouver le moyen de les intégrer dans des instances internationales décisionnelles, les actuelles étant de plus en plus désuètes et inadaptées aux nouvelles réalités. Un ancien conseiller du Kremlin disait récemment : « Qui va prendre au sérieux un G-8 incluant le Canada et l’Italie, si la Chine et l’Inde en sont absentes ? » DIANE MORIN

Puis, alors que les alliés occidentaux menaçaient la Russie de représailles économiques et que les indices boursiers plongeaient

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LE JEU DE LA QUÊTE LE JEU DE LA QUÊTE (avril) PAR JACQUES CARL MORIN ET GINETTE PÉPIN par Ginette Pépin et Jacques Carl Morin

CeJEU jeuCONSISTE consiste àÀremplir lesLES rangées horizontales ainsi que lesQUE colonnes 1 et 20 à l’aide CE REMPLIR RANGÉ­­­­­­­ES HORIZONTALES AINSI LES COLONNES 1 ET 20des À définitions, indices ou INDICES lettres mélangées ouMÉLANGÉES déjà inscrites. Chaque case grisée représente L’AIDE DES DÉFINITIONS, OU LETTRES OU DÉJÀ INSCRITES. CHAQUE CASE GRISÉE R ­ EPRÉSENTE QUIlettre EST Àd’un LA FOIS DERNIÈRE D’UN MOT ET LA une lettre qui est à laUNE fois LETTRE la dernière motLA et la premièreLETTRE lettre du suivant. PREMIÈRE LETTRE DU SUIVANT. 1

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10 Verticalement :

VERTICALEMENT :

Minuscule « cheval 1-1Minuscule « cheval de mer ».

7- Eau-de-vie. Voiture de ministre. Passage tiré d’un texte.

de mer ».

20- Professionnel qui transpose un texte dans une autre langue.

8- Commerçant.. japonais.

Royaume scandinave.

20- Professionnel qui transpose un texte dans une langue.à une chaîne. 9- autre Bijou suspendu

HORIZONTALEMENT :

1- Personne qui se distingue par sa bravoure. Qui concerne le nord. Espace occupé par un cours d’eau.

Horizontalement :

Art martial dit

Blé cultivé. Dense, épais.

10- Action de sortir de son sommeil. Petit masque noir que l’on port dans les bals masqués. Condom. Métal gris-bleu.

2- Langue de Dante. Nombre de juges à la Cour suprême du Canada. Petit drapeau. Boisson des dieux.

1- Personne qui se distingue par sa bravoure. Qui concerne le nord. Espace occupé par un

3- Temple bouddhique. cours d’eau. Faute survenue dans l’impression d’un ouvrage. Cannabis.

4-2Personne à qui de est prodigué soin. Débit boissonà qui, Langue Dante. unNombre dedejuges la Cour jusqu’en 1988, était réservé exclusivement aux hommes. Estrade des dieux. sur laquelle on procédait à une exécution capitale.

suprême du Canada. Petit drapeau. Boisson

5- Bay-window. Orthèses visuelles. Petit de la souris.

3- Temple bouddhique. Faute survenue dans l’impression d’un ouvrage. Cannabis.

6- Penser, réfléchir. Pierre très dure. Grand serpent venimeux. Titre princier de l’ancienne maison d’Autriche.7- Femmes 4- Personne est prodigué soin. Débit de boisson qui, jusqu’en 1988, était réservé célibataires. Le préfet àdequi discipline dans un ordreun professionnel. aux hommes. Estrade sur laquelle on procédait à une exécution capitale. Petit deexclusivement la chèvre.

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PAR HÉLÈNE HUOT DES MOTS POUR RIRE / C’EST DU SÉRIEUX ! « La meilleure façon de ne pas avancer est de suivre une idée fixe ». Jacques Prévert « Le café : ce breuvage qui fait dormir quand on n’en prend pas ». Alphonse Allais « La moitié des hommes politiques sont des bons à rien. Les autres sont prêts à tout ». Michel Colucci, dit Coluche « Octobre est un mois particulièrement dangereux pour spéculer en bourse. Mais il y en a d'autres : juillet, janvier, septembre, avril, novembre, mai, mars, juin, décembre, août et février ». Mark Twain « L’alcool tue lentement. On s’en fout. On n’est pas pressé ». Georges Courteline « Moi je fais attendre les gens pour leur faire passer le temps ». Raymond Devos « Je choisirai le paradis pour le climat, et l'enfer pour la compagnie ». Mark Twain « Quand j’ai été kidnappé, mes parents ont tout de suite agi : ils ont loué ma chambre ». Woody Allen « La nature est prévoyante : elle fait pousser la pomme en Normandie sachant que c'est dans cette région qu'on boit le plus de cidre ». Henri Monnier « Rappelez-vous l'essentiel: le capitalisme, c'est l'exploitation de l'homme par l'homme. Le syndicalisme, c'est le contraire ! ». Coluche « Il y a trois temps qui déplaisent souverainement aux jardiniers : le temps sec, le temps pluvieux et le temps en général ». Pierre Daninos « Dieu a partagé : il a donné la nourriture aux riches et l'appétit aux pauvres ». Coluche « La France est un pays extrêmement fertile. On y plante des fonctionnaires, il y pousse des impôts ». Georges Clemenceau « C’est déjà assez triste de n’avoir rien à dire. Si, en plus, il fallait se taire ! ». Philippe Bouvard « J’ai pris un cours de lecture rapide et j’ai pu lire Guerre et Paix en vingt minutes. Ça parle de la Russie ». Woody Allen

DES MOTS POUR JOUER / PARTIE DE SCRABBLE Vous faites une partie de scrabble. Les lettres que vous avez pigées ressemblent à un casse-tête; elles sont placées ici en ordre alphabétique. Il suffira de changer l’ordre : vous obtiendrez un mot de sept lettres et un bonus de 50 points! 1. AAACDMM 2. A B C H N O R 3. A D I J N O T 4. B E E O R U U 5. B E G I L N O

6. C E E L R R U 7. C E E O T T U 8. C E M M N O T 9. D D E E N O R 10. I I N O R R U

DES MOTS POUR PARLER 1. Le verbe « obérer » signifie : a. charger de dettes; b. donner son approbation; c. obéir sans riposter. 2. Apparue récemment (les premières traces remontent à 2011), la « neknomination » est une pratique populaire qui suscite de vives réactions négatives. Qu’est-ce donc que la neknomination ? 3. Quelle expression signifie : d’emblée, directement, d’un seul coup ? 4. Décupler signifie multiplier par dix, octupler multiplier par huit. Comment dit-on multiplier par neuf ? 5. Je suis un petit poisson; mon nom désigne aussi familièrement un piquet de tente de camping. Qui suis-je ? 6. L’orographie est l’étude : a. des montagnes; b. des plantes ornementales; c. des squelettes. 7. Effluve, idole et idylle sont des noms féminins. Vrai ou faux ? 8. Un mort-vivant, un silence éloquent, un clair-obscur, une douce violence : toutes ces expressions illustrent une même figure de style; comment s’appelle cette figure ? 9. Quelle expression signifie : éveiller l’attention, la méfiance ou les soupçons ? 10. Qu’ont en commun les noms suivants : livre, mémoire, moule, page et voile ? J’attends de vos nouvelles… Vous aimez les mots. Vous avez des commentaires à formuler ou des suggestions à faire concernant cette chronique La langue dans sa poche. Rien de plus simple. Écrivez-moi à hu-go@sympatico.ca. Cela nous permettra d’échanger sur des questions qui vous intéressent et d’enrichir par le fait même les futures chroniques. Merci à vous ! Les réponses page 29.

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Tout

  e c n a en nu ALINE

ESSOM

ÊTRE PARENT MONOPARENTAL À QUÉBEC UNE RÉALITÉ NON NÉGLIGEABLE À QUÉBEC

Pour bon nombre de familles monoparentales vivant avec de jeunes enfants, trouver un emploi stable et adapté à leur situation est particulièrement difficile. Les mères sont plus nombreuses à être à la tête de familles monoparentales et se butent à de très nombreux obstacles lorsqu’elles doivent travailler ou étudier alors qu’elles ont des enfants à charge.

Mères et monde est un organisme de la région de Québec qui vise entre autres à réduire l’errance et l’itinérance des mères âgées entre 17 et 30 ans. L’organisme fournit un soutien en matière de logement ainsi qu’un suivi psychosocial. En 2008, le groupe communautaire a présenté un portrait de la situation des jeunes mères qui le fréquentent et révèle qu’il existe une réelle « méconnaissance et incompréhension des milieux scolaires face aux difficultés inhérentes aux jeunes parents, par manque de ressources matérielles et économiques mais aussi par manque de souplesse face à la monoparentalité », ce qui est préoccupant, puisqu’on ne parle pas seulement des conditions de vie de ces mères mais également de celles de leurs enfants, futurs membres adultes de la société de demain.

ÊTRE PARENT MONOPARENTAL : UN DÉFI DE TOUS LES INSTANTS !

Photo: Archives Web

Une grande majorité des familles monoparentales sont dirigées par des femmes. Lorsqu’elles ont dû cesser leurs études ou leur travail en raison d’une grossesse et doivent ensuite retourner sur le marché afin de subvenir à leurs besoins, de nombreuses mères monoparentales doivent se contenter d’emplois à faibles revenus, à temps partiel ou avec des horaires atypiques. La plupart des conditions de travail ne leur permettent pas de concilier la vie familiale et le travail. Le revenu est nettement insuffisant pour combler les besoins de la famille, ce qui place bien souvent les mères en situation de précarité et de pauvreté.

La plupart des chefs de famille monoparentale « consultent principalement pour épuisement, insomnie, anxiété, fatigue générale, et ce, après des années de surcharge, d’isolement, d’absence de soutien, d’insuffisance de revenus sans compter la dévalorisation, la marginalisation, et l’exclusion qui s’ensuivent », selon Mères et monde. L’organisme observe ensuite à quel point « être pauvre, c’est un travail à temps plein ». Non seulement il n’existe plus de sécurité de revenu, mais en plus, il faut gérer son quotidien de manière à ce qu’il n’y ait aucune place pour les imprévus. Il est clair que devoir se déplacer alors que ce n’était pas au programme implique un certain coût. Les garderies ont pour la plupart des amendes pour retard que doivent payer les parents. À 5 $ pour dix minutes de retard, un retard de 30 minutes fait toute une différence dans le budget d’une mère seule à qui, semble-t-il, on enlève tout droit à l’erreur… ALINE ESSOMBÉ

Une étude menée par Statistique Canada révèle à ce propos que les familles monoparentales étaient beaucoup moins présentes sur le marché du travail en 2008 que les couples avec enfants. La même étude nous apprend que les mères monoparentales se retrouvent plus souvent à occuper un emploi à temps partiel et à bas salaire. Elles cumulent ainsi les emplois précaires et ont de la difficulté à accumuler une expérience de travail solide. Elles doivent donc gérer un stress en lien avec leur qualité de vie précaire. Les mères doivent également composer avec des absences plus fréquentes de leur milieu scolaire ou de travail, afin de s’occuper par exemple, d’un enfant malade.

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Photo: Camille-Amélie Koziej Lévesque

Ermite Encore allongé dans mon lit, j’essaie de ressentir si chaque partie de mon corps est éveillée. Mon ouïe se concentre sur les battements bruyants de mon cœur. Je passe en revue les rêves de ma nuit. Mes doigts bougent lentement et j’admire le halo multicolore qui flotte autour de mes mains. Mon cerveau reçoit des messages alarmants de la part des pieds prétendant souffrir. Je n’arrive pas à comprendre pourquoi. Peut-être sont-ils seulement ankylosés. Mon sommeil a bien dû durer une dizaine d’heures. Je me donne un élan pour me lever et me secoue vivement. Je marche jusqu’à la cuisine. Je n’ai pas faim, mais je veux aller me placer devant la grande fenêtre pour respirer la lumière du jour. Presqu’arrivé là, j’entends un bruissement suspect. Je suis pourtant seul dans cet appartement. Je suis allergique aux poils alors je n’ai qu’un fidèle poisson rouge. Juste au moment où j’allais vérifier que toutes les fenêtres sont bien fermées, je me souviens que mes nouvelles pantoufles résonnent de la sorte. Je me sens stupide. Je rirais si je n’avais pas si mal au cœur. Je tente désespérément de trouver ce que j’avais à faire aujourd’hui. Je me dirige vers le calendrier accroché sur la porte du frigo. Je trébuche sur une bouteille de bière vide que je ne me rappelle pas avoir avalée. Je me penche pour la ramasser, mais je ne la trouve plus.

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J’ai l’impression que les os de mon dos se déplacent. Je me masse le coccyx. Je tripote ma peau en priant pour qu’elle ne se mette pas à me picoter comme l’autre jour. Je sens que mon sang froid se réchauffe. Il fait bon vivre un instant. J’ai envie de parler, mais je ne sais quoi dire.

mes épaules, les bras en croix. Je geins comme un bébé. Mes larmes se mélangent à la sueur dégoulinant de mon front. Je fracasse la vitre du miroir avec mon poing. Des traces rouges apparaissent sur les nombreuses petites fioles pharmaceutiques.

Mon ventre crie famine, mais ce n’est pas lui qui retient le plus mon attention. Mes paupières clignent rapidement et bien trop souvent à mon goût. Je tente de les ralentir, mais je manque de me blesser l’œil droit avec les ongles que je n’ai pas eu le temps de couper. J’abandonne, puis cherche à me focaliser sur autre chose.

Je saute dans la douche, rempli d’une nouvelle énergie. Je bande ma main avec précaution. Vêtu uniquement de mon boxer, je me régale d’un gruau au miel. Je chantonne tout bas quelque chose de country. Je me frotte un peu les cuisses avant de m’installer pour quelques pushups.

J’ingurgite une gorgée de sirop contre le rhume puisque mon nez semble bouché. Cela m’étourdit. Je trouve appui sur le dossier de la chaise du corridor menant au salon. Je caresse mes cheveux avec intensité. Ça me calme. J’inspire profondément me rendant compte que l’haleine qui sort de ma bouche est dégueulasse.

Je sens mes cellules qui crépitent de bonheur. J’enfile un pantalon, un T-shirt, des bas blancs et je me parfume légèrement. Je ramasse et jette les morceaux de verre parsemés ici et là près du fauteuil. Je syntonise mon réseau des sports préféré. Je m’endors.

Mon seul désir immédiat est d’ouvrir la télé, de voir des visages connus, d’entendre des nouvelles de l’extérieur. Je suis une fois de plus distrait par le miroir déposé sur la tablette décorative. La tête qui y est reflétée n’est pas exactement la mienne. Je ne reconnais pas ces joues flétries. J’essuie un résidu de poudre blanche sur mon menton.

On frappe à la porte. Je vais ouvrir. JULIE CARTIER

C’est plus fort que moi, je répète mon prénom : « Julien, Julien, Julien ». Je tape

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Temps perdu vision tendue parmi les fureurs impossibles les yeux fous les cœurs crevés devant la douleur de cette nuit beauté mortelle dans l'âme raisonnable des choses tremblantes c'est notre propre figure étoile révulsée qui une à une l'une après l'autre broie toutes les passions du jour rature tous ses brouillons ses infortunes ses vieilles images

mains tendues visages à naître à dévorer leurs lentes saisons yeux blessés du vent dans les feuilles rougies puis douceur de la parole apaisée après le passage des heures lasses incertaines comme un doute au regard mouillé comme les amours mêlées aux hasard de trop et encore depuis tout le temps

Photo: Archives Web

Aimons les ciels où font signe nos pôles au-dessus de notre épaule muette

le temps à retrouver... LE POÈTE DE LA RUE (J.-P. D.)

Tu es venue à la fin du printemps Qui m’avait les couleurs de novembre Tu m’abordas joyeusement Ranimas un cœur en cendre Si seulement tu avais su Que cette eau, dont tu frôlais la surface Trouble et opaque, froide et déchue Était reflet de mon cœur, défait de sa carapace On dit que les Dieux eux-mêmes connaissent La peine d’un être aimé, parti avant son temps Les Valkyries ont elles-mêmes pitié et reconnaissent Le vide que laissent les larmes les pleurant Mais parfois la Vie est faite ainsi Quand nous perdons l’âme à la trop pleurer Comme un arbre d’automne, désolé et transi Sans espoir, mais point mort; un rêve éveillé

Photo: Camille-Amélie Koziej Lévesque

À la fin du printemps Jouant des mots, dissipant les ombres Je me réchauffai au brasier de tes yeux Tu me ranimas peu à peu d’un autre monde Déjouant ces démons, qui me retenaient fiévreux Espiègle, mais éphémère, bientôt le Nord Te rappela et le temps s’enfuit au rythme de lettres Et les ouvrants, j’y retrouvai joyaux et pièces d’or Comme des surprises dans le soir, de petites fêtes La solitude et le Nord étaient bientôt illuminés De pigeons voyageurs, transportant une Lumière Comme des lucioles, souvenirs d’Orphée Des perles de Vie, récoltées dans l’Univers… À Marie-Claude JASMIN DARVEAU

D’en ramener un peu à leur regard Pitié, compassion, qui le saurait dire ? Peut-être est-ce que l’on ne doit point côtoyer les morts Ayant la Vie au cœur, l’amour pour l’étourdir

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Pour le plaisir de lire

Dès mon école primaire, j'ai découvert moi aussi le bonheur de lire et aujourd'hui encore à 65 ans, c'est l'un de mes loisirs préférés. Mon père me répétait : « Une personne qui aime lire ne se sens jamais seule ! ». Effectivement, quand je tiens un livre entre mes mains, que je l'ai soigneusement choisi sur l'étagère d'une bibliothèque ou dans une librairie et que je lis avec beaucoup d'attention, je me rends compte qu'il se passe une relation, une communication toute spéciale entre moi et l'auteur(e).Comme une rencontre unique où nous nous sommes choisis réciproquement. Un monde fascinant, infini s'ouvre à nous. Le Je et le

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Nous se rencontrent dans nos côtés semblables et uniques. Il y a quelques années, j'ai participé à de très intéressants ateliers d'écriture. L'écrivaine qui les offrait affirmait : « Lire, écrire, parler forment un Tout... Au fur et à mesure que nous équilibrons, harmonisons ces trois verbes, plus l'expression de nos pensées et de nos émotions s'expriment de façon claire et facile ». Pour moi, il n'y a rien de plus " sensuel " que de tenir un livre dans mes mains et de prendre le temps de le lire dans un de mes endroits préférés. Je respecte les personnes qui aiment les livres électroniques, mais pour moi, et pour plusieurs personnes, ce n'est pas le même "feeling" que de tenir un beau et bon livre au creux de ses paumes. Photo: Archives Web

Au mois de février, dans le cadre d'un marathon de lecture qui s'est déroulé dans certaines écoles à Québec, des jeunes ont témoigné : « Quand je lis, je suis au paradis, j'oublie mes peurs, mes problèmes. Tout est possible ! » dit l'un. « Je suis sur ma planète. La lecture me rend heureuse » confie un autre, tandis qu’un troisième avance : « Un livre, ça peut changer la vie des gens. Ça fait réfléchir le lecteur ».

dans le but de partager avec une autre personne, comme une chaîne d'amitié, passant de mains à mains. De façon personnelle et unique, il y a des auteurs, des livres qui nous touchent le plus à certains moments difficiles ou heureux de notre vie. Il y a un geste que j'aime parfois faire, c'est lorsque je tiens dans ma main un livre de spiritualité, comme la Bible par exemple, et effectuer une courte méditation. Ensuite, j'ouvre "  selon mon inspiration  " en mettant mon doigt sur un mot ou une phase qui peut m'interpeller, m'aider à trouver une solution à tel ou tel problème ou face à un questionnement. Les livres et leurs auteurs sont semblables à des amis que nous choisissons précieusement. Comme l’indique cette célèbre citation : « Dis-moi qui tu fréquentes et je te dirai qui tu es ! ». Bonnes lectures à chacune et chacun d’entre vous ! CHRISTIANE VOYER

Au cours des années, j'ai beaucoup acheté des livres usagés qui m'ont apporté de belles découvertes. Parfois, il m'arrive de laisser gratuitement sur le banc d'un parc public ou dans un quelqu'autre endroit bien choisi, un livre qui m'a touché

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Photo: Archives Web

Un poisson oublié J’adore les animaux. Mes préférés, ce sont les poissons. Grâce à l’Histoire des poissons que Guillaume Rondelet a écrit en 1568, j’ai découvert le rémora, dont on parle peu aujourd’hui. Le rémora est un poisson à ventouse, connu pour se coller au requin et voyager ainsi. Il mesure 40 centimètres, en principe, mais le rémora fuselé peut quant à lui atteindre jusqu’à un mètre de longueur. Au cours de l’Antiquité et jusqu’au XVIIe siècle, la ventouse du rémora terrorisait tout le monde, car on disait qu’elle avait le pouvoir de paralyser les vaisseaux. Son étymologie, rémora ou echenéis, provient de exo (tenir) et neios (bateau). Où se tient la réalité, où commence la légende ? Le rémora a traversé le Moyen-Âge, collé sur un vers d’Ovide, afin d’aborder les terres de l’alchimie au XVIIe siècle. Pour Jung, il symbolise le Soi ou, autrement dit, l’inconscient ainsi que le froid. Le rémora, oui, était connu pour ses pouvoirs d’immobilisation. Même si on ne

parle plus de lui, moi je sais qu’il est encore bien présent parmi nous. Nous connaissons tous Le Vaisseau d’or qu’Émile Nelligan publie en 1899, qui est l’un de ses plus beaux poèmes, et certes l’un des plus connus. Le premier vers du Vaisseau d’or est : « C’était un grand vaisseau taillé dans l’or massif ». Et le dernier est : « Hélas ! Il a sombré dans l’abîme du Rêve ! » Dans sa vision, le poète décrit un écueil qui fait chavirer le Vaisseau, vaisseau qui n’a rien à voir avec le Vaisseau-Fantôme, il va sans dire. Un écueil en cache un autre. Même petit, le rémora est un écueil de taille sur les mers. Ce qu’il s’est passé entre le premier et le dernier vers du Vaisseau d’or ? Un rémora est venu se coller au gouvernail du Vaisseau, et c’est pour cela qu’il a coulé. C’est ce rémora de la poésie qui a fait couler le Vaisseau d’Émile Nelligan. Et c’est à ce moment-là, le 9 août 1899, qu’Émile Nelligan est interné dans un asile psychiatrique à vie. Parce que

le rémora de la poésie s’était immiscé en Nelligan pour le paralyser psychiquement à vie. Si vous rencontrez quelqu’un qui semble couler dans sa vie, vous pourriez lui conseiller d’aller parler à un psychologue. Ce serait une excellente idée. Mais de grâce, n’oubliez pas le rémora. Il se pourrait bien que ce poisson ait choisi d’être l’hôte de cette personne. Auquel cas, il faudra, en plus du psychologue, faire appel à un « exorciste-vétérinaire ». Certaines personnes ont besoin de faire parler d’elles pour ne pas être oubliées. Et si c’était le cas du rémora ? C’est pour cette raison que lorsque l’on rencontre une personne en souffrance, il vaut mieux lui témoigner de l’amour. Et si ce n’est pas pour elle, ce sera pour aider le rémora qui réside à l’intérieur d’elle. Pour qu’il arrête de lui faire du mal. On ne sait jamais à qui on parle vraiment, vous savez… LAURENCE DUCOS

Note pour Karyne : Mettre cette pub le plus petit possible. Tu peux jouer avec les éléments si tu veux.

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Québec 418 627-8882 Montréal 514 627-8882 Ailleurs au Québec 1-877 393-0103 Québec 418 627-8882 • Montréal 514 627-8882 • Ailleurs au Québec 1-877 393-0103

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Les clés Je cherche mes clés. Je les ai perdues quelque part durant la journée. J’ai dû les oublier. J’ai oublié où je les ai mises. D’habitude, je les mets toujours dans la poche de mon pantalon, la poche droite, en avant, toujours, d’habitude. Mais là, elles ne sont pas là. Je les ai perdues.

Photo: Archives Web

Il y avait les clés de la porte d’en avant, celles de la porte d’en arrière, celle de mon cadenas, celle de la voiture de mon frère que je ne vois pas souvent depuis qu’il a déménagé en Abitibi. J’avais même une clé dont je ne me servais plus, ne sachant dans quelle serrure elle allait. J’ai tout perdu, mais je ne m’en fais pas, parce que je ne suis pas sorti aujourd’hui. Elles sont forcément dans la maison. Il suffit de ne plus les chercher et je les retrouverai. J’en suis certain. Tiens, les voilà, elles avaient glissé sous une revue de « bicyk ». J’ai dû les mettre là, sur la table, avant de serrer ma blonde dans mes bras.

Photo: Archives Web

BERNARD SONGE

Lumière La pluie Immense Et vague Vient chercher Une place où rayonner Un tambour De tonnerre Chasse l'ennui Et veut s'aborder

Source! de lumière... Inonde l'univers Au point du jour Découvert après l'aube Marche! Marche ! Marche! Aux abords du refuge Crêpe dorée, œufs brouillés Du matin...

Sérénité ! MARC EVERELL

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Ressources Aide sociale ADDS Association pour la défense des droits sociaux 301, rue Carillon, Québec Tél. : 418 525-4983 Relais d’Espérance Aider toute personne isolée et en mal de vivre à retrouver la confiance, l’espoir et la joie de vivre 1001, 4e Avenue, Québec Tél. : 418 522-3301 Rendez-vous Centre-ville Centre de jour 550, rue Saint-Joseph, Québec (sous-sol de l'église Saint-Roch, porte verte) Tél. : 418 529-2222 Rendez-vous Centre-ville Centre de jour 401, rue Saint-Paul Québec Tél. : 418 694-9316 maison@lauberiviere.org Aide aux femmes Centre femmes d'aujourd'hui Améliorer les conditions de vie des femmes 1008, rue Mainguy, Québec Tél. : 418 651-4280 c.f.a@oricom.ca www.ctech.ca/cfa

Tel-Aide Québec Tél. : 418 686-2433 www.telaide.qc.ca Tel-Jeunes Tél. : 1 800 263-2266 http://teljeunes.com Entraide Carrefour d’animation et de participation à un monde ouvert (CAPMO) 435, rue du Roi, Québec Tél. : 418 525-6187 poste 221 carrefour@capmo.org Fraternité de l'Épi 481, rue de La Salle Québec Tél. : 418 529-0007 Hébergement Maison de Lauberivière Pour hommes et femmes démunis ou itinérants 401, rue Saint-Paul, Québec Tél. : 418 694-9316 maison@lauberiviere.org www.lauberiviere.org L'Armée du Salut et La maison Charlotte Hébergement hommes et femmes 14, côte du Palais, Québec Tél. : 418 692-3956

Centre Naître ou ne pas Naître Écoute et aide matérielle pour les femmes enceintes 1379, chemin Sainte-Foy, Québec Tél. : 418 683-8799 centre.naitre@videotron.ca www.centrenaitre.org

Maison Revivre Hébergement pour hommes 261, rue Saint-Vallier Ouest, Québec Tél. : 418 523-4343 info@maisonrevivre.org www.maisonrevivre.ca/portail

Violence Info Sensibilisation, information et intervention pour contrer la violence conjugale et la maltraitance envers les aînées. CSP du Temple, Beauport Tél. : 418 667-8770 violenceinfo@bellnet.ca

SQUAT Basse-Ville Hébergement temporaire pour les 12 à 17 ans 595, rue Saint-François Est Québec Tél. : 418 521-4483 info@squatbv.com www.squatbv.com

Alphabétisation

Gîte Jeunesse Hébergement temporaire pour garçons de 12 à 17ans Résidence de Beauport 2706, av. Pierre Roy, Québec Tél. : 418 666-3225 Résidence de Ste-Foy 3364, rue Rochambau, Québec Tél. : 418 652-9990

Alphabeille Vanier 235, rue Beaucage, Québec Tél. : 418 527-8267 alphabeille@qc.aira.com Alpha Stoneham 926, rue Jacques-Bédard, Québec Tél. : 418 841-1042 alphastoneham@ccapcable.com www.alphastoneham.com Atout-lire 266, rue Saint-Vallier Ouest, Québec Tél. : 418 524-9353 alpha@atoutlire.ca http://atoutlire.ca/accueil Lis-moi tout Limoilou 798, 12e Rue, Québec Tél. : 418 647-0159 lismoitout@qc.aira.com La Marée des mots 3365, chemin Royal, Québec Tél. : 418 667-1985 Détresse psychologique Centre de crise de Québec Tél. : 418-688-4240 ecrivez-nous@centredecrise.com www.centredecrise.com Centre de prévention du suicide 8180, boul. Pierre-Bertrand Nord, Québec Tél. : 418 683-4588 www.cpsquebec.ca Communautés solidaires 5, rue du Temple, Québec Tél. : 418 666-2200 info@communautessolidaires.com www.communautessolidaires.com

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Réinsertion sociale Maison Dauphine Pour les jeunes de 12 à 24 ans 14, rue Dauphine, Québec Tél. : 418 694-9616 www.maisondauphine.org YWCA Hébergement et programme de prévention de l’itinérance et de réinsertion sociale pour femmes (La Grande Marelle) 855, av. Holland, Québec Tél. : 418 683-2155 info@ywcaquebec.qc.ca www.ywcaquebec.qc.ca Prostitution La Maison de Marthe 75, boul. Charest Est, CP 55004 Québec (Québec) G1K 9A4 Tél. : 418 523-1798 info@maisondemarthe.com www.maisondemarthe.com P.I.P.Q. Projet intervention prostitution Québec 535, av. Des Oblats, Québec Tél. : 418 641.0168 pipq@qc.aira.com Soupe populaire Café rencontre Centre-Ville Déjeuner et dîner 796, rue St-Joseph Est, Québec Tél. : 418 640-0915 info@caferencontre.org hwww.caferencontre.org

Maison Lauberivière (Souper) 401, rue Saint-Paul, Québec Tél. : 418 694-9316 centredejour@lauberiviere.org Soupe populaire Maison Mère Mallet (Dîner) 745, Honoré-Mercier, Québec Tél. : 418 692-1762 Santé mentale La Boussole Aide aux proches d’une personne atteinte de maladie mentale 302, 3e Avenue, Québec Tél. : 418 523-1502 laboussole@bellnet.ca hwww.laboussole.ca Centre Communautaire l'Amitié Milieu de vie 59, rue Notre-Dame-des-Anges, Québec Tél. : 418 522-5719 info@centrecommunautairelamitie.com www.centrecommunautairelamitie.com Centre d’Entraide Émotions 3360, de La Pérade, suite 200, Québec Tél. : 418 682-6070 emotions@qc.aira.com www.entraide-emotions.org La Maison l'Éclaircie Troubles alimentaires 2860, rue Montreuil, Québec Tél. : 418 650-1076 info@maisoneclaircie.qc.ca www.maisoneclaircie.qc.ca Le Pavois 2380, avenue du Mont-Thabor Québec (Québec) G1J 3W7 Tél. : 418 627-9779 Téléc. : 418 627-2157 Ocean Intervention en milieu Tél. : 418 522-3352 Intervention téléphonique Tél. : 418 522-3283 Parents-Espoir Soutien et accompagnement des parents 363, de la Couronne, bureau 410 Québec (Québec) G1K 6E9 Tél. :418-522-7167 Service d'Entraide l'Espoir 125, rue Racine, Québec Tél. : 418 842-9344 aide@service-dentraide-espoir.org www.service-dentraide-espoir.org Relais La Chaumine 850, 3e Avenue, Québec Tél. : 418 529-4064 violenceinfo@bellnet.ca www.relaislachaumine.org TOXICOMANIE Al-Anon et Alateen Alcoolisme Tél. : 418-990-2666 www.al-anon-quebec-est.org Amicale AlfA de Québec 815, av. Joffre, Québec Tél. : 418647-1673 amicalealfa@sprint.ca Point de Repère 530, rue Saint-Joseph Est, Québec Tél. : 418 648-8042 www.pointdereperes.com VIH-SIDA MIELS-Québec Mouvement d’information et d’entraide dans la lutte contre le VIH-sida 625, avenue Chouinard, Québec Tél. : 418 649-1720 Ligne Sida aide : 418 649-0788 miels@miels.org www.miels.org

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MERCI À TOUS NOS PRÉCIEUX PARTENAIRES ! PARTENAIRES OR Centraide

PARTENAIRES ARGENT La Boîte à pain CKRL FM 89,1 La Carotte Joyeuse Érico, Choco-Musée CSQ Les impressions Stampa Services 211

PARTENAIRES INCONDITIONNELS (depuis plus de 5 ans !) Le Bal du Lézard L’Inter-Marché Saint-Jean Maison Revivre Michel Yacoub PARTENAIRES AD VITAM AETERNAM Claude Gallichan, chiropraticien Yves Boissinot

PARTENAIRES BRONZE Audiothèque Épicerie Européenne Morin, Desrochers, Beaulieu Naïmi pharmacien Quincaillerie St-Jean-Baptiste

SOLUTIONS DES MOTS POUR JOUER 1. MACADAM 2. CHARBON 3. ADJOINT 4. ÉBOUEUR 5. IGNOBLE 6. RECULER 7. COUETTE 8. COMMENT 9. ÉDREDON 10. URINOIR SOLUTIONS DES MOTS POUR PARLER 1. A. Obérer signifie : charger, accabler de dettes. Exemple : Une guerre qui obère les finances publiques. Plus largement, ce verbe signifie : nuire à, compromettre (exemple : obérer l’avenir). 2. Le mot « neknomination » vient de l’anglais « neck your drink » (qui signifie : boire cul-sec). Il désigne un jeu qui consiste à se filmer en train de boire une grande quantité d’alcool, à diffuser ensuite la vidéo sur les réseaux sociaux et à désigner (nominate) deux personnes qui auront à leur tour à relever le même défi. 3. L’expression « tout de go ». Cette dernière est la version déformée de : « tout de gob », gob étant le substantif tiré du verbe gober. Au 17e siècle, « avaler tout de gob » voulait dire : avaler d’un trait.

7. Idole et idylle sont des noms féminins, mais effluve est du genre masculin. 8. Il s’agit d’un oxymore (ou oxymoron), figure qui consiste à allier deux mots de sens contradictoire pour leur donner plus de force. 9. Mettre la puce à l’oreille. 10. Ce sont des noms dont le genre varie selon le sens : un livre (volume), une livre (mesure de poids); un moule (modèle), une moule (mollusque) et ainsi de suite.

LES MOTS CROISÉS

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4. Nonupler. 5. Une sardine. 6. A. L’élément « oro » (du grec oros) signifie : montagne; on le retrouve aussi dans orogénèse, oronymie.

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e u r e d zines

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VANCOUVER

ENTENDRE L’ITINÉRANCE

J’ai mis les pieds à Vancouver et un strident « tabarnak » a retenti dans mes oreilles. Deux fois dans la première heure. Je venais de louer une voiture disproportionnée et je roulais les fenêtres ouvertes, malgré la pluie. Je me trouvais incroyablement cool. J’espérais découvrir la ville de mes rêves d’ado et j’ignorais que l’automobile est le pire moyen pour s’imprégner de cet endroit sublime. Mieux vaut la marche, le vélo ou le petit bateau arc-enciel. Mais bon. Dans le coin du Downtown Eastside, un squeegee m’a proposé ses services. Mon geste malhabile de la main a causé l’expulsion du fameux juron québécois de sa bouche. Intérieurement, j’ai pensé à un jeune paumé qui n’avait pas planté assez d’arbres durant l’été. Ou qui voulait garnir ses poches avant de repartir sur le pouce, voire un tripeux qui se gargarisait de ses rêves. Quelques rues plus loin, une conversation aux accents familiers se laissait porter par l’air mouillé. J’ai réduit la vitesse de ma grosse bagnole pour en saisir l’essentiel. Elle provenait de jeunes abrités sous une immense boîte de carton. Derrière, des gens semblaient picorer le sol. On m’a dit plus tard qu’on les surnommait les « poules ». Qu’ils cherchaient du crack sur le trottoir. Je n’ai jamais su si c’était vrai. Peut-être qu’on se foutait de ma gueule. J’ai toutefois clairement entendu « pas icitte » et le mot fétiche du squeegee. J’ai vécu de nombreuses années sans voir l’itinérance. Des gens qui vivent dans la rue? Où ça? Je voyais les boutiques, les pancartes, les boîtes postales, les pigeons, les cailloux. Pas les quêteux. Ni la fille frigorifiée sur un banc qui se rongeait les ongles à travers ses gants. Ni les camelots de Mégaphone, le

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magazine de rue anglophone de Vancouver. À défaut de la voir, je l’ai par contre entendue à Vancouver. Un « tabarnak », ça ouvre parfois les yeux. De retour au Québec, je consulte le site Web de Mégaphone sur une base régulière. Je m’abreuve à ses nouvelles, à ses portraits. À la lecture de ses articles, je sens la pluie sur mon front dégarni. À travers mon écran, je regarde les camelots dans les yeux. Histoire de m’excuser pour toutes ces années d’ignorance. Une fine goutte dans un océan de remords. Le phénomène de l’itinérance des Québécois qui échouent dans la métropole de l’ouest m’interpelle. Tout comme ces jeunes, la côte de la Colombie-Britannique a toujours fait résonner dans ma tête quelque chose qui s’apparente à du rêve. Qui s’érode parfois pour cette faune fuyante. Le méchant trip, un documentaire de l’ONF en dresse un portrait intime et poignant. Un organisme francophone a vu le jour pour leur venir en aide. Et il y a Mégaphone. Je me réveille parfois la nuit quand j’ai trop froid. À cause de ma blonde qui décide de se faire un abri nucléaire avec la couette et les draps. Et là, tout de suite, je pense à la fille frigorifiée et je me dis ta gueule. L’autre nuit, je me suis demandé si des jeunes Québécois sont camelots pour Mégaphone. Des questions de ce genre peuvent me tirailler durant des heures. Le lendemain, j’ai vérifié. Il y en a. C’est bon signe. MATHIEU MEUNIER

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396, 3e Avenue, Québec (Limoilou) Lundi au mercredi 6 h 30 à 18 h 30 Jeudi et vendredi 6 h 30 à 19 h Samedi et dimanche 7 h à 18 h 30 Tél. : 418 977-7571

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Photos : Francis Fontaine

No 163 Avril 2014

PAROLES • Discours politique • Droit de parole : 40 ans • Métier : animateurs de radio • Vivre sans mots S.V.P. n’achetez qu’au camelot portant une carte d’identification 2 $ sur le prix de vente va directement au camelot.

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