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IWACU N°513 – Vendredi 11 janvier 2019 – 2000 Fbu Quartier INSS, Avenue Mwaro n°18 Bujumbura - Burundi Tél. : 22258957

Code électoral

Des embûches pour l’opposition

POLITIQUE Pas de dialogue avec les putschistes ?

ÉCONOMIE P.4

Que les 3 milliards promis aux jeunes ne soient pas politisés

AU COIN DU FEU P.5

Avec le Professeur Joseph Ndayisaba

P.9


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LA DEUX Editorial

Vendredi, 11 janvier 2019 - n°513

En coulisse

Sur le vif

Deux défections au Cnared

Par Léandre Sikuyavuga Directeur des rédactions

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a guerre « froide  » risque-t-elle de devenir «  chaude  »  ? La question hante obstinément l’opinion qui craint une guerre ouverte entre le Burundi et le Rwanda, deux pays voisins. Depuis la crise burundaise de 2015, une brouille s’observe entre les deux « faux jumeaux », les relations sont de plus en plus tendues. Des accusations mutuelles de déstabilisation, des officiels qui se lancent des fléchettes, … Bref, des faits et gestes aux allures provocatrices, etc. Les médias s’en emparent et les réseaux sociaux s’enflamment. Les titres sont alarmants et font craindre le pire : «Rien ne va plus entre Kigali et Bujumbura ; Tensions avec le Rwanda : Bujumbura pris la main dans le sac ; Embrasement, … » Le rapport du groupe d’experts de l’ONU sur la RD Congo qui implique Bujumbura dans l’approvisionnement en armes d’un groupe rebelle rwandais qui opérerait à partir du Sud-Kivu envenime la situation. La déclaration du gouvernement du Burundi de ce 8 janvier 2019 consécutive aux réactions sur les échanges des correspondances entre les présidents du Burundi et de l’Ouganda semble rentrer dans la même logique. «La question de l’agression du Rwanda contre le Burundi doit être prise au sérieux par la Communauté des Etats de l’Afrique de l’Est en vertu du principe sacro-saint du bon voisinage tel que consacré par le Traité de l’EAC». Pour Bujumbura, la sousestimation de cette agression n’est pas de nature à favoriser une bonne intégration régionale. Apparemment, la «  grande alliance  » qui a caractérisé les ’’deux pays amis’’ durant la prise du pouvoir du ’’parti de l’aigle’ appartient à l’histoire. Souci de sécurité, affrontement entre deux modes d’organisation sociale, d’Etat ? - Chacun semble convaincu que son système est le meilleur - Des enjeux politiques ? Des enjeux économiques ? Tous ces aspects sont mêlés ? Mais qu’en est-il de nos populations? Elles craignent le risque d’une guerre ouverte. Ce n’est pas la première fois que pareilles tensions dérangent les deux pays. Par le passé, on a assisté aux confrontations verbales Kayibanda Vs Micombero et celles de Habyalimana avec son homologue Bagaza. La solution est toujours venue par voie diplomatique. Que nos leaders empruntent le même chemin. La guerre pourrait n’avoir pas lieu dans l’intérêt des deux pays et de toute la région ! C’est également usant cette méfiance, cette guerre des nerfs, cette guerre larvée qui ne dit pas son nom.

Emmanuel Niyoyabikoze, jeune passionné de l’environnement, © Droits réservés

Guerre des nerfs

Le Rassemblement des démocrates du Burundi, n’est pas fier des progrès accomplis sur les objectifs fondamentaux de cette plateforme des opposants en exil. Dans sa déclaration de ce mardi 08 janvier, le RDB accuse certains membres de rouler pour le pouvoir. Ce 10 janvier, l’ancien Premier vice-président, Fréderic Bamvuginyumvira, s’est aussi retiré du Cnared.

En hausse

Bientôt une agence de la BRB à Rumonge Les travaux sont sur le point d’être achevés. Le bâtiment de l’agence de la banque centrale à Rumonge comporte une grande salle des conférences et une cinquantaine de bureaux. Il est dans le quartier Birimba de la ville de Rumonge.

Neuf universités interdites d’enroulement des nouveaux étudiants Sur avis de la Commission nationale de l’Enseignement supérieur, 9 établissements d’enseignement supérieur ne sont plus autorisés à inscrire de nouveaux étudiants pour l’année académique 2018/2019. Il s’agit de l’université Paix et Réconciliation, de l’Institut international libre d’Afrique, de l’institut supérieur de management, de l’Institut supérieur de développement, de l’Ecole supérieure des Sciences de la santé de Kinindo, de l’institut supérieur d’Enseignement technique de Rumonge, de l’université Ntare Rugamba, de l’Université des collines, de l’institut supérieur de gestion et d’informatique.

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our avoir planté 2116 arbres dans sa commune natale de Bubanza entre les 2 et 5 Janvier sur un objectif de 40.000 arbres dans sa pépinière.

En baisse

Des jeunes zélés de la commune Rugombo, province Cibitoke,

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our avoir tabassé le jeune Pascal Niyomwungere, de retour de la RDC, ce dimanche 6 janvier, sans motif.

Image de la semaine

Un chiffre

1. 737.730.250 BIF Est la somme que le gouvernement va donner aux fournisseurs de plants fruitiers de Kayanza qui attendaient le payement par le gouvernement depuis 2010.

Source : Ombudsman Une pensée

Poignée de mains entre Nguyen Huy Tan, DG de Viettel Burundi et Révérien Ndikuriyo, président de la Fédération Burundaise de Football (FFB) après la signature d’un contrat de sponsor de 170 millions BIF. C’était le jeudi 10 janvier, à Nonara Beach ©Hervé Mugisha/ Iwacu

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«Les Nations échouent quand leurs leaders sont gourmands, égoïstes et ignorants de l’Histoire». Julius Nyerere


L'ÉVÉNEMENT

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«Ne modifiez pas le Code électoral sans nous ! » Des leaders des partis politiques se sont réunis le 4 janvier pour analyser l’avantprojet de loi portant modification du Code électoral. D’autres regrettent de n’avoir pas été associés alors que l’enjeu est important.

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ne réunion marquée par de grandes absences. Celles des partis Uprona, Frodebu ainsi que la Coalition Amizero y’Abarundi. Le parti de Rwagasore, allié du parti Cndd-Fdd est un peu sonné par une invitation qui se serait ‘peut-être perdue en chemin’. «  Nous pensons que notre invitation était là mais qu’elle ne nous est pas parvenue, » a indiqué Abel Gashatsi, le président de ce parti. Celui de Ndadaye quant à lui raconte l’histoire d’une invitation de la rencontre annoncée jeudi puis reportée pour vendredi sans que le parti Sahwanya Frodebu en soit averti. La deuxième grande formation politique à siéger à l’Assemblée nationale quant à elle dit n’avoir pas été invitée. Agathon Rwasa, le leader de la coalition Amizero y’Abarundi se dit outré que l’on fasse fi d’une aussi grande formation qui pèse sur la balance. Au total 19 partis politiques sur 33 reconnus par la loi se sont donc réunis à Gitega. Le parti CnddFdd ainsi que 18 autres. Disons-le, des partis qui ne pèsent pas lourd

sur l’échiquier politique burundais. Des partis qui indiquent « accompagner l’action gouvernementale.  » Sauf peut-être le parti Ranac affilié au Cnared, la coalition de l’opposition en exil présent à cette rencontre. On a donc assisté à plusieurs chaises vides des partis qui auraient aimé être là. 14 partis agréés. Un leader d’un parti politique parlera d’une «  réunionbrouillon », mal organisée avec des invitations envoyées sur whatsapp. D’autres évoquent des invitations données sans précision de programme du jour et sans document de travail. «Un véritable dysfonctionnement administratif».

Un simulacre de consultation ? Difficile dans ces conditions de parler d’une réunion consensuelle pour l’étude d’un aussi important document qui va régir les prochaines élections. L’ancien président de la République, Sylvestre Ntibantunganya dira que le Code électoral est un outil pour réglementer le plus

19 partis politiques présents à Gitega pour étudier l’avant-projet de loi portant modification du Code électoral

justement et le plus équitablement possible le jeu électoral. « Cela exige l’association de tous les acteurs possibles pour éviter toute contestation dans l’avenir. » Comment analyser un document de 76 pages dans une séance d’un jour si le document n’a pas été préalablement transmis aux personnalités clé

du processus électoral ? Une étude approfondie du document s’imposait. La séance de Gitega aurait eu pour but d’échanger sur les observations des uns et des autres. Après ce travail, la machine devrait suivre son cours. La commission transmettrait l’avant-projet au Conseil des

Le projet du code électoral contesté L

es 19 partis politiques réunis à l’hôtel Rehoboth n’ont pas tous parlé la même langue. Des contestations ont fusé. Surtout quand il s’est agi de cautionnement de la déclaration d’une candidature au poste de président de la République revue à la hausse. Il passe de 15 millions BIF à 50 millions. Une caution qui ne sera remboursée qu’à une condition : que le candidat obtienne au moins 5% des suffrages exprimés au premier tour. De quoi refroidir ceux qui voudront après retirer leurs candidatures et ceux qui estiment n’avoir pas de chance d’atteindre les 5 % des suffrages exprimés. Tandis que le parti au pouvoir s’en frotte les mains et se réjouit d’écarter ainsi des candidatures qualifiées de fantaisistes et de publicité, d’autres partis n’en démordent pas, même ceux qui soutiennent le Cndd-Fdd. Jacques Bigirimana du FNL estime que seul le parti au pouvoir peut débloquer une telle somme. Kefa Nibizi du Sahwanya Frodebu Nyakuri parle d’une somme en

Sylvestre Ntibantunganya : « Cela exige l’association de tous les acteurs possibles pour éviter toute contestation dans l’avenir. »

fort décalage avec le niveau de vie du peuple burundais. Des propos relayés par Abel Gashatsi du parti Uprona et Jean de Dieu Mutabazi du parti Radebu qui dénoncent une somme qui ne cadre pas avec les revenus de la population.

Agathon Rwasa, leader de la coalition Amizero y’Abarundi va plus loin et déplore que pour les élections parlementaires, une même caution, à savoir 500 mille BIF, soit demandée pour un candidat d’un parti politique et un indépendant. « Il est incom-

préhensible que la caution de milliers de gens qui se rassemblent au sein d’un parti soit la même que celle d’un seul individu ». En plus, un seul indépendant devra recueillir 40% de la totalité des suffrages de la circonscription pour laquelle il est candidat

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ministres qui après étude, le soumettrait à l’Assemblée nationale. Sauf qu’une partie de la classe politique, avec comme chef de file le parti Sahwanya Frodebu soupçonne que bien avant la réunion de Gitega, le Conseil des ministres s’était déjà penché sur le document. « La réunion de Gitega n’aurait été qu’un simulacre de consultation ».

pour être élu. «Comment se fait-il que l’éligibilité d’un indépendant soit évaluée sur base d’une circonscription alors que pour un parti, c’est au niveau national ? », s’interroge Agathon Rwasa. Les élections de 2020 se profilent à l’horizon et Bujumbura s’active. Après la révision de la Constitution s’en est suivie l’adoption d’une feuille de route de Kayanza. Maintenant, le Code électoral qui a été analysé dans un cadre qui est loin du consensus inclusif. Cela dans un décor de dialogue en panne, bâclé, qui n’a pas résolu la crise que traverse le Burundi depuis 2015. Les réfugiés et particulièrement la classe politique de l’opposition en exil avaient placé en ces pourparlers externes l’espoir de rentrer au pays pour participer aux prochaines échéances électorales. Cette opposition se sent de plus en plus exclue de la scène politique du pays. Des ingrédients qui annoncent un cocktail qui serait difficile à avaler. Agnès Ndirubusa


POLITIQUE

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« Bujumbura ne négociera jamais avec les putschistes » Dans un communiqué du 8 janvier, le gouvernement du Burundi a officiellement réagi sur la fuite des lettres entre le président  Burundais et son homologue Ougandais. Retour sur les points saillants.

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ujumbura réaffirme toujours sa détermination de ne pas dialoguer avec les « putschistes ». «Les institutions démocratiquement élues ne négocieront jamais avec les putschistes, leur place est devant les instances judiciaires et non sur une table de dialogue ». Le Gouvernement du Burundi demande plutôt aux Etats membres et surtout aux Etats qui les hébergent de prêter main-forte au Burundi dans cette voie en les extradant au pays pour que la justice soit rendue. Dans sa correspondance adressée à Yoweri Museveni, le président Nkurunziza avait comparé les putschistes avec ceux qui ont commis le génocide chez notre voisin du nord. Le Rwanda peut-il s’asseoir avec les génocidaires  ?, avait-il

lancé à « son frère » ougandais. La correspondance de  M7  comporte, selon le communiqué, des affirmations méritant des éclaircissements. Le président  Museveni a confondu «  involontairement  » le parti au pouvoir Conseil National pour la Défense de la Démocratie – Forces de Défense de la Démocratie (CNDD-FDD) et la Commission Nationale de Dialogue Interburundais (CNDI).En outre, le gouvernement s’insurge contre le «  révisionnisme  » de l’Histoire burundaise. Pour lui, une lecture manichéenne des bons et des mauvais n’est pas de nature à réconcilier les gens. C’est mauvais, car le Burundi est déjà réconcilié. Les relations tumultueuses avec le Rwanda sont aussi évo-

Prosper Ntahorwamiye,porte-parole du gouvernement, « Les institutions démocratiquement élues ne négocieront jamais avec les putschistes »

quées. Bujumbura parle de fausse comparaison du Rwanda et du Burundi. Il déplore que les « déboires »du voisin de l’outre Kanyaru soit négligé. « La ques-

tion de l’agression du Rwanda contre le Burundi doit être prise au sérieux par la communauté des Etats de l’Afrique de l’Est en vertu du principe sacro-saint du

bon voisinage tel que consacré par le Traité de l’EAC ». Sinon, c’est une entorse à l’intégration régionale. Arnaud Igor Giriteka

Réactions • Pancrace Cimpaye: « Une déclaration disqualifiant l’opposition »

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ette déclaration vise uniquement à une organisation solitaire des prochaines élections et à une disqualification de l’opposition. »estime cet opposant en exil, membre du Mouvement pour la solidarité et la démocratie(MSD). M. Cimpaye fait savoir que le président Nkurunziza ne veut toujours pas négocier. Et de dire que le chef de l’Etat appelle de tous ses vœux à un conflit avec le Rwanda. « Il croit à tort qu’un tel conflit augmenterait sa cote de popularité spécialement des hutu. Il rêve de voir la crise burundaise transformée d’une crise politique interne au Burundi à une crise ethnique régionale. », martèle-t-il. Il trouve que les élections de 2020 seront solitaires et truquées. Un danger pour la stabilité du Burundi. « Notre pays va sombrer dans l’abîme de la déso-

lation. Ces élections seront la consécration de l’enterrement définitif de l’Accord d’Arusha. »

• Léonce Ngendakumana : « Bujumbura veut travailler en vase clos » Le vice-président du parti Sahwanya Frodebu. Léonce Ngendakumana indique que ce n’est pas un communiqué du gouvernement. «Je pense que c’est une déclaration de son porte-parole» D’après lui, la déclaration contient des positions extrêmes. Cependant, dit-il, son message essentiel est de dire: «Nous allons travailler en vase clos». Pour cet ancien président de la chambre basse du parlement, c’est simplement refuser les négociations. Léonce Ngendakumana trouve que cette déclaration traduit «l’incapacité du gouvernement» à aborder la question de négociations. «Introduire la question du Rwanda dans les négociations prouve que le gouvernement n'a pas d›arguments». Et il appelle tous Burundais épris d’ «une société juste»

• Kefa Nibizi : « Les putschistes doivent répondre de leurs actes » Le président du parti Frodebu Nyakuri Iragi rya Ndadaye remercie le gouvernement pour son attitude ferme vis-à-vis des  «  putschistes ». « Il n’y a pas d’autre solution pour ceux qui ont tenté de renverser les institutions démocratiquement élues Ils doivent répondre de leurs actes ».Pour lui, le dialogue se fait entre des personnes « pacifiques » .A la question de savoir si cela n’hypothèque pas le dia-

à se mettre ensemble pour «refuser à ce pouvoir de sombrer dans les travers du passé». «Sinon on s’achemine tout droit vers là».

• Olivier Nkurunziza : « Pas question qu’ils rejoignent le dialogue »

logue interburundais, M. Nibizi rétorque que le dialogue n’a jamais cessé. La preuve est que le nouveau code électoral a été discuté par la classe politique. Sur la brouille entre le Rwanda et le Burundi, il demande plus d’implication de la région sur ce problème. «  Au lieu de s’atteler à des problèmes internes inexistants, la sousrégion devait d’abord aider à résoudre ce différend entre ces deux pays »

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Pour le secrétaire du Parti Uprona, la position de sa formation politique n’a pas changé. « Il faut que les putschistes comparaissent  et que la justice statue sur leur sort ».Pas question qu’ils rejoignent le dialogue. M. Nkurunziza indique néanmoins que le gouvernement peut leur accorder une amnistie à une certaine période. Sur la question rwandaise, il appelle les deux pays à s’asseoir ensemble pour vider cette mésentente. « Même à l’époque où notre parti dirigeait le pays de tels problèmes ont existé. Il faut que nos gouvernements respectifs s’entretiennent pour rétablir le bon voisinage ». A.I.G.


ÉCONOMIE

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Le Fonds d’Impulsion et de Garantie, une bonne initiative mais … Le chef de l’Etat a annoncé le 31 décembre dernier que le gouvernement compte octroyer 3 milliards de BIF aux jeunes regroupés en coopératives pour lutter contre le chômage. Faustin Ndikumana, président de l’ONG Parcem, dit douter de l’efficacité de cette politique.

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ar l’intermédiaire du Fonds d’Impulsion et de Garantie, le gouvernement compte octroyer trois milliards de BIF aux jeunes regroupés en coopératives. Telle est la déclaration du président de la République, lors de son discours à la Nation le 31 décembre dernier. Ce montant sera donné sous forme de crédits à faible taux d’intérêts. Selon le chef de l’Exécutif, la mise en place d’un tel fonds est une voie sûre et directe pour lutter contre le chômage et ainsi élargir l’assiette fiscale. Mais le fonctionnement de ce fonds suscite de nombreuses questions. Notamment les critères d’éligibilité et la gestion de ce fonds. Jean-Claude Karerwa Ndenzako, porte-parole du président de la République, tient à rassurer. D’après lui, le Fonds d’Impulsion et de Garantie sera géré par le ministère des Finances. Le porte-parole du président reconnaît que trois milliards de BIF restent insuffisants pour financer tous les jeunes chômeurs. «Nous sommes au début de cette initiative. Et le début est toujours difficile.» Ce montant sera revu à la

hausse à partir de l’année prochaine. «Une partie du budget destiné à la préparation des élections de 2020 sera affecté à ce fonds.» De surcroît, souligne-t-il, les crédits accordés aux coopératives vont générer des intérêts. M. Ndenzako indique que ce fonds financera les projets porteurs de la croissance économique. Deux critères seront pris en compte pour avoir l’accès aux crédits à travers le Fonds d’Impulsion et de Garantie. Les jeunes devront d’abord être regroupés en coopératives. Ces dernières vont par la suite présenter les plans d’affaires de leurs projets. Ils seront analysés par le ministère de la Jeunesse. Les projets retenus seront financés par les banques commerciales. Ce Fonds servira de garanties à ces dernières. Les taux d’intérêt seront inférieurs à ceux pratiqués par les banques commerciales et les microfinances.

Les associations des jeunes s’en réjouissent Eric Ndayikengurutse, coordinateur national du Réseau des associations des jeunes en action (REJA), soutient que le Fonds d’Impulsion et de Garantie arrive

Jean Claude Karerwa Ndenzako : «Le taux d’intérêt sera inférieur à ceux pratiqués par les banques commerciales et les microfinances»

à point nommé. Au Burundi, le taux de chômage des jeunes dépasse 50%. Il espère que grâce à ce fonds, les jeunes auront un accès facile aux crédits bancaires. Toutefois, le coordinateur de REJA souligne que cette somme est insuffisante compte tenu du taux élevé du chômage chez les jeunes. «C’est une goutte d’eau dans l’océan.» Il encourage le gouvernement à revoir à la hausse ce montant. Eric Nsengimana, représentant légal de l’Association pour une jeunesse africaine progressiste (AJAP), affirme que les jeunes

attendaient la concrétisation d’un tel projet depuis longtemps. Selon lui, il est trop tôt pour juger de la suffisance ou de l’insuffisance de cette somme. «Il faut plutôt attendre ses effets». Le représentant légal de l’AJAP se pose, par ailleurs, plusieurs questions notamment sur les modalités d’identification des bénéficiaires. «Il y a plusieurs coopératives des jeunes.» A ce sujet, il propose l’élaboration des critères objectifs d’éligibilité des bénéficiaires. Comme les élections approchent, M. Nsengiyumva

redoute que ce fonds ne soit utilisé à des fins politiques. «Dans ce cas, il serait un facteur de création des conflits et non du développement.» Cet activiste de la société civile suggère au gouvernement la mise en place d’un comité de pilotage inclusif composé par le ministère de la Jeunesse, les associations des jeunes et les bailleurs de fonds. Ce comité aurait notamment pour mission de les encadrer dans la conduite des projets.

des taux d’intérêts préférentiels, la réduction voire la suppression des taxes pour certaines activités des jeunes. Le gouvernement devrait aussi recruter des employés dans certains domaines où les besoins se font sentir. Notamment dans les secteurs de la santé et de l’éducation. Il propose au gouvernement la mise en place des Himo (activités en haute intensité de main d’œuvre) afin que les jeunes, non-qualifiés, puissent être embauchés. Sans oublier une bonne gestion des entreprises étatiques et l’amélioration du climat des affaires.

fonds est insuffisant par rapport au nombre de jeunes chômeurs et le climat des affaires morose régnant dans le pays. «Trois milliards, c’est très peu. L’Etat devrait se référer aux statistiques des jeunes chômeurs». Ce professeur d’université n’est pas d’accord avec les critères de sélection des bénéficiaires. «Ils ne sont pas objectifs. Le regroupement des jeunes en coopératives ne suffit pas. Le pays compte de nombreuses coopératives.» M. Niyoboke estime, par ailleurs, que le ministère de la jeunesse n’est pas l’institution la mieux indiquée pour analyser les plans d’affaires. «Cette activité demande de l’expertise.» Cette institution devrait se pencher, au contraire, sur l’encadrement des jeunes. Le gouvernement devrait créer un ministère chargé de la promotion de petites et moyennes entreprises.

Parfait Gahama

Pessimisme F

austin Ndikumana, président de l’ONG Parcem, met en doute l’efficacité de ce Fonds d’impulsion et de Garantie. L’élaboration et la mise en place d’un tel fonds est une chose, mais le fonctionnement et la gestion en sont une autre. Dans un pays où la corruption est endémique, souligne-t-il, il est difficile d’avoir des résultats consistants. M. Ndikumana craint que cette initiative du gouvernement ne se heurte à la politisation de l’administration. Au Burundi, regrette-t-il, toutes les institutions sont politisées. «L’argent de ce fonds risque d’être utilisé à des fins politiques.» Il met en doute aussi la capacité de ceux qui vont gérer ce Fonds ainsi que celle des bénéficiaires. Pour s’attaquer au problème du chômage des jeunes, cet activiste de la société civile suggère des solutions. En amont, il propose le

Montant du fonds insuffisant Faustin Ndikumana : «L’argent alloué à ce fonds risquerait d’être utilisé à des fins politiques»

renforcement de l’éducation des jeunes en entreprenariat. En aval,

le gouvernement devrait faciliter aux jeunes l’accès aux crédits à

Jean-Prosper Niyoboke, professeur à l’Université du lac Tanganyika estime que la mise en place de ce Fonds d’Impulsion et de Garantie est une bonne initiative. Mais, le montant alloué à ce

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ÉCONOMIE

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Ruhwa : Les transporteurs burundais interdits de franchir la frontière rwandaise Les Burundais ayant souscrit à l’assurance automobile COMESA se sont vu refuser l’accès au territoire rwandais. Pourtant, leurs collègues congolais circulent sans problème. L’administrateur de Rugombo déclare qu’elle ne peut rien face à la décision rwandaise.

autre conducteur rencontré sur le parking.

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D’après Jacques Niyokwizera, lui aussi, transporteur entre  Rugombo  et  Bugarama  dans le district de  Rusizi  au Rwanda, ne  sait à quel saint se vouer après cette mesure. «Ce métier était notre seule source de revenus pour nos familles. Il me permet de nourrir, vêtir, soigner, éduquer mes enfants et payer le loyer. Maintenant, tout est tombé à l’eau». Avant cette mesure rwandaise, il gagnait 25.000  BIF.  Mais aujourd’hui, il peine à totaliser une somme de 10 mille BIF par jour car les gens préfèrent prendre des motos moins chères.  Les commerçants de la province  Cibitoke  qui font le commerce transfrontalier entre le Burundi, le Rwanda et la République démocratique du Congo font face à un problème de déplacement.  Pour importer les marchandises de Bukavu à Rugombo ou de Bugarama à Rugombo, c’est un vrai parcours du combattant. Ils doivent faire plusieurs arrêts, ce qui qui leur coûte du temps et de l’argent.  Une commerçante de  Rugombo  sous couvert d’anonymat déplore cette situation : «Je compte bientôt abandonner ce commerce, car je ne gagne plus rien. Le profit espéré ne couvre que le transport».   Les conducteurs se plaignent de souffrir de cette interdiction de passer sur le territoire rwandais alors que leurs collègues congolais, régis pourtant par les mêmes statuts du COMESA  traversent la frontière sans problème. Béatrice Kaderi, administrateur de la commune Rugombo affirme être au courant de la décision du Rwanda interdisant les véhicules burundais d’accéder à son territoire alors qu’ils ont tous les documents. D’après cette autorité, le Rwanda est un pays indépendant et souverain : «S’il décide de fermer ses frontières, nous ne pouvons rien faire pour changer sa décision».   La commune de Rugombo risque également de voir ses recettes  communales diminuer. Selon des sources administratives dignes de foi, la barrière de Rukana Transversale 4 fait rentrer dans la caisse communale plus de 3 millions de BIF par mois. Avec cette perturbation du commerce transfrontalier, elle n’encaisserait plus qu’un million. 

undi 7 janvier 2019. Il est 10h du matin, à la frontière burundo-rwandaise de Ruhwa dans la commune de Rugombo, province de Cibitoke, à 80 km de Bujumbura vers le nord-ouest du pays. Au milieu d’alléchants fumets de brochettes de chèvres grillées qui titillent les narines, plusieurs véhicules des agences de voyage d’immatriculation congolaise traversent la frontière. Mais aucun véhicule de transport en commun ou de biens immatriculé au Burundi ne passe. Devant l’entrée de ce poste, seules les motos sont garées. Les locaux du postefrontalier à guichet unique de l’EAC sont fermés. Selon l’un des motards rencontré, sous couvert d’anonymat, les véhicules de transport en commun immatriculés au Burundi sont interdits de franchir la frontière rwandaise. «Si vous voulez vérifier, allez au parking de Rugombo. Les véhicules qui faisaient jadis ce transport y sont garés», indique ce jeune homme. Il est 10h 30 min, au parking de Rugombo, une quinzaine de véhicules dénommés «Kagongo» et « Probox » faisant le transport entre Rugombo et Bukavu via Rwanda sont garés. Les conducteurs causent en petits groupes de deux ou de trois. Un de ces véhicules n’a que deux passagers qui veulent se rendre à la frontière rwandaise. Découragé et confus, Dieudonné Nibizi, président des conducteurs de la province Cibitoke explique leur problème : «Dans la matinée de jeudi 27 décembre 2018, les véhicules de transport immatriculés au Burundi se sont retrouvés bloqués à la frontière rwandaise ». D’après lui, la police rwandaise leur a refusé de passer. Elle n’a pas voulu donner les raisons. Ce refus n’a pas de sens, explique ce conducteur, nous avons pourtant tous les documents exigés pour effectuer le transport routier transfrontalier dans les pays membres du Marché commun de l’Afrique orientale et australe (COMESA). Il soutient avoir souscrit à l’assurance automobile de la COMESA appelée ’’Carte jaune’’. «Je viens de passer deux semaines sans encaisser un sou alors que j’ai souscrit à l’assurance COMESA et celle locale pour 240.000 BIF pour les mois de

«Le véhicule de l’agence congolaise au poste de Ruhwa»

décembre à février», fustige Dieudonné Nibizi.

La décision qui affecte les familles de transporteurs Il regrette par ailleurs qu’il ne puisse pas récupérer son argent pour investir dans une autre activité. L’assureur ne peut pas accepter de lui rembourser. Aujourd’hui, les corridors routiers au sein de la COMESA sont règlementés au niveau des textes par un traité dans son annexe II portant création d’un régime d’assurance automobile régionale appelé «Carte jaune». Le détenteur de ce document peut y circuler librement sans avoir à souscrire à une nouvelle assurance dans chaque pays

membre. La détention de cette carte est obligatoire et conditionne l’autorisation de circuler dans n’importe quel pays membre de la zone COMESA. Ce transporteur, qui assure la liaison Rugombo-Bukavu, déplore une perte énorme. Avant cette décision, il réalisait un profit de 70 milles BIF par jour.  J’ai commencé à faire le transport  Bujumbura-Bukavu  via le Rwanda en 1998, raconte-t-il, c’est la première fois que je passe deux semaines sans traverser la  frontière. «C’est incompressible. Il faut que le gouvernement nous dise si nous ne sommes plus membres de le  COMESA  et de l’EAC». Cette mesure a touché au

moins 60 véhicules burundais faisant le transport Bujumbura-Bukavu via le Rwanda. 28 taxis travaillant pour le compte des Burundais et 32 loués aux différentes agences congolaises de voyage.  Chaque propriétaire de véhicule loué encaisse 400 dollars par mois.  Face à cette situation, certains conducteurs ont remis les véhicules à leurs propriétaires parce qu’ils ne parviennent pas à avoir le versement escompté.  Ils sont désœuvrés depuis le 27 décembre de l’année passée «Nous demandons aux autorités de deux pays de régler le plus tôt ce problème pour que nous, le petit peuple, nous ne continuions pas à payer les pots cassés», crie N.T, un

L’administration ne peut rien faire

Pierre-Claver Banyankiye Béatrice Kaderi : « Si le Rwanda décide de fermer ses frontières, nous ne n’y pouvons rien»

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DROITS DE L'HOMME

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Kirundo : Les femmes invitées à dénoncer les violences Sensibilisées par les autorités, les femmes de Kirundo battues, ou spoliées, connaissent désormais leurs droits. Mais le combat n’est pas totalement gagné.

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hantal Rukundo, une mère de deux enfants, originaire de la colline Ntega rencontrée au sein de l’AFEV, une association qui offre une assistance médicale, psychosociale, juridique, l’hébergement temporaire et la réintégration des victimes des VBG depuis 2013 dans la province de Kirundo, confie que son mari l’a maltraitée pendant trois ans. «Récemment, il m’a tapée sérieusement, il a pris tous les biens familiaux pour d’autres femmes. Ce comportement m’a tellement affligé que je ne veux plus pour le moment vivre avec lui, ni avec un autre homme. J’ai opté de porter plainte devant la justice». Angélique Mushimiyimana, 22, habite sur la Colline Rwibikara dans la Commune de Busoni de la même province. Les larmes dans ses yeux, elle dit que son mari l’a incitée à vendre une propriété qu’elle a héritée de ses parents. « Je lui ai confié tout l’argent, il a réalisé différents projets de développement. Mais par après, il a commencé à me maltraiter, il me tabassait sérieusement, puis il m’a répudié pour prendre une autre femme. J’ai sollicité à plusieurs reprises l’intervention des autorités à la base mais il les corrompait avec des pots de vin et elles l’ont protégé pour qu’il ne s’explique pas sur ses violences». Antoinette Mukeshimana, 28 ans, une autre victime des violences domestiques dira que son époux a gaspillé tous les biens familiaux souvent pour s’acheter de la bière et courtiser des concubines. «Il a voulu une fois céder une propriété, je lui ai refusé mon aval car c’était une propriété familiale. Depuis lors, il m’a chassée et a corrompu ses amis pour qu’ils me frappent. Ils l’ont fait sans pitié, j’ai été par la suite hospitalisée, j’ai perdu connaissance». Lazare Niyonkuru, représentant légal l’AFEV, explique que les violences physiques, psychologiques et économiques sont très fréquentes dans cette province. Néanmoins, M. Niyonkuru se réjouit que les victimes commencent à dénoncer ces actes grâce à l’implication des autorités à la base dans la lutte contre les violences domestiques. «Hier, c'était tabou mais aujourd'hui il y a un grand pas vers la dénonciation». Il demande au gouvernement

Lazare Niyonkuru : «Hier, les violences domestiques étaient tabou, mais aujourd’hui il y a un grand pas vers leur dénonciation»

de soutenir financièrement les associations engagées dans l’assistance des victimes des violences domestiques afin qu’elles puissent faire leur travail correctement. D’après Alain-Tribert Mutabazi, gouverneur de la province de Kirundo, les administratifs à la base sont à l’œuvre pour pallier les VBG. Il tient à rappeler qu’elles constituent un crime puni par la loi burundaise. «L’année passée, 70 cas de VBG ont été traités par le tribunal de grande instance de Kirundo. Avec la sensibilisation de la population, nous espérons que les violences domestiques auront sensiblement diminué dans les jours à venir».

Infidélité, entre autres causes de violences domestiques Jacques Ndihokubwayo, conseiller à la direction générale de la promotion de la femme et de l’égalité du genre au sein du ministère des Droits de la Personne Humaine, des Affaires Sociales et du Genre indique que les violences domestiques sont complexes à combattre. «Parfois la victime dépend économiquement de l’auteur et a peur de dénoncer les violences subies ce qui fait que les violences domestiques se répètent». Pour la province de Kirundo, les violences domestiques les plus fréquentes sont principalement causées par la mauvaise gestion des biens dans les ménages et les relations extra conjugales. «Des mauvaises relations entre les conjoints et les biens familiaux mal gérés entraînent des violences domestiques dans

Jacques Ndihokubwayo : «La victime a tendance à ne pas dénoncer les violences subies car elle dépend économiquement de l’auteur»

les ménages», explique-t-il. «En collaboration avec les membres des comités mixtes de sécurité, nous faisons des sensibilisations communautaires au niveau des ménages pour que la victime puisse dénoncer toute forme de violence», ajoute-t-il. Ce cadre du ministère des Droits de la Personne Humaine évoque également les cas des unions libres ; des couples qui vivent illégalement. Il n’y a aucune loi qui protège la femme et l’homme peut la maltraiter comme il veut. «La nouvelle loi en son article 24 stipule que l’union libre est interdite sur tout le territoire national. Tous les chefs de colline sont informés. Ils savent que les unions libres sont désormais interdites. Les ménages en union libre ont été également sensibilisés pour que leur union

soit enregistrée au niveau de l’état civil pour pouvoir protéger la femme qui est souvent la vic-

time des violences domestiques,» conclut-il. Pierre Emmanuel Ngendakumana

Tableau récapitulatif des services accordés aux survivants des VBG de 2013 à 2018 à Kirundo Année

2013 2014 2015 2016 2017 2018

Services Survivants accueillis

51

321

371

375

272

266

Survivants hébergés

21

128

120

281

253

224

Assistance juridique

20

78

54

84

72

113

Assistance psychologique

15

39

38

21

38

145

Assistance médicale 26

121

171

137

76

86

Survivants formés en petits métiers

-

78

-

-

25

-

Survivants réintégrés avec AGR

6

13

-

-

26

124

Source: AFEV Kirundo

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JUSTICE

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Pascal Ngendakuriyo: «En matière civile, la preuve incombe au demandeur» Dans une interview accordée à Iwacu, le président de la CSTB, la Cour Spéciale des Terres et autres Biens, s’exprime sur le bilan des réalisations de cet organe et les défis liés à son fonctionnement.

L

a Cour est au service des justiciables depuis quatre ans. Quel bilan ?

Contrairement aux cas de rébellion qu’on observait auparavant au niveau de la Commission nationale terres et autres biens. On peut avoir ici et là un cas de rébellion mais l’allure n’est pas inquiétante. Nous avons plutôt des cas très encourageants. Des cas où celui qui a perdu le procès approche la partie gagnante pour lui demander une portion de terre. Des cas où celui qui a gagné le procès accorde très facilement une portion de terre.

Je voudrais d’abord rappeler que la CSTB connaît en dernière instance les recours contre les décisions prises par la Commission nationale terres et autres biens. Elle est établie pour une durée de sept ans. Le bilan est satisfaisant. Dans l’ensemble, au niveau des deux chambres de la Cour, nous avons 862 dossiers inscrits au rôle, 728 dossiers jugés et prononcés, soit un taux d’évacuation du rôle de 84, 45%. Le nombre de dossiers déjà exécutés définitivement est de 286 sur un total de 430 dossiers en état d’être exécutés, soit un taux de 66, 51% déjà exécutés. La CSTB a aussi jugé les dossiers fonciers opposant l’Etat aux particuliers. A titre des résultats, 2 054 hectares 16 ares sont rentrés dans le domaine de l’Etat. La CSTB a également fait entrer 18 949 094 BIF dans les caisses de l’Etat.  Depuis sa création, la Cour s’est attelée à instruire avec célérité les dossiers dont les parties sont essentiellement des vulnérables comme les veuves, les orphelins, ce qui fait que d’après les statistiques 32% des justiciables constituent cette catégorie des vulnérables.

Pouvez-vous nous donner des cas concrets ? Oui. Le cas s’est produit sur la colline Mukubano, commune Nyanza-lac, en province Makamba. Il s’agit du dossier RSTBA 0151 qui opposait Eliphaz Kabura à Joseph Mpigiye. Ce dernier a gagné le procès. Lors de l’exécution, Joseph Mpigiye a cédé le quart de sa propriété aux perdants. Un autre cas s’est produit sur la colline Gitwe, en commune et province Rumonge. Il s’agit du dossier RSTBA 0108 qui opposait la succession de Ntamahungiro, représentée par Lameck Ngembo à celle de Dominique Niyongabo, représentée par Fidèle Ndayikengurukiye. Lors de l’exécution Lameck Ngembo a cédé 25m su 30m à Fidèle Ndayikengurukiye, une superficie où ce dernier avait érigé des maisons.

Y a-t-il justement l’instruction des dossiers sur terrain ou des audiences en itinérance pour permettre à ces vulnérables d’accéder facilement à la justice ? Bien sûr. Pour plus de 90% de dossiers que nous instruisons, la Cour se transporte sur terrain. Et ces descentes bénéficient de l’appui du PNUD. L’instruction sur terrain facilite la tâche et la compréhension à nos juges. Car un dossier instruit sur terrain a beaucoup de chances d’être bien instruit qu’un dossier instruit au siège de la Cour. Etant sur le lieu du bien litigieux, la Cour peut interroger, d’une façon spontanée, les témoins trouvés sur place, à côté de ceux que les parties ont présentés. La cour saisit cette opportunité pour voir les contours ou les bornes de cette propriété litigieuse. Ce qui facilite la tâche pendant le délibéré.

Certains justiciables, surtout les rapatriés, accusent la Cour d’exiger des documents des propriétés alors que ces derniers ont été détruits durant différentes crises. Qu’en dites-vous ? En matière civile, la preuve incombe au demandeur. Il appartient donc à celui qui allègue que le bien lui appartient de le prouver. Toutefois, il n’y a qu’une seule preuve. Lorsque le juge constate que le requérant ne dispose pas de documents (acte de notoriété, contrat de vente), il lui demande de produire d’autres preuves.

«Il faut que le requérant parvienne à convaincre le juge.»

Il peut amener des témoins. La Cour ne peut pas être prisonnier des pièces écrites. Il faut que le requérant parvienne à convaincre le juge. Pourvu que le juge parvienne à avoir l’intime conviction que la propriété lui appartient. D’autres justiciables se lamentent affirmant qu’il y a une certaine lenteur dans le traitement des dossiers dont certains connaissent des remises ? Comment comptez-vous y remédier ? L’instruction des dossiers se fait dans la sérénité et avec célérité. Toutefois, il y a d’autres principes qu’il faut respecter notamment le principe du droit à la défense. La loi précise que les remises ne peuvent pas excéder trois. Il peut

y avoir plusieurs motifs qui puissent empêcher l’une des parties à ne pas se présenter à la Cour pour faire entendre ses droits. Si on pouvait s’en limiter à une ou deux remises, on risquerait de compromettre le droit à la défense. La Cour évite d’instruire les dossiers avec une vitesse excessive pour ne pas compromettre le procès équitable à toutes les parties. Des cas de rébellion contre l’exécution des jugements s’observent ici et là, comment expliquez-vous cette attitude ? Heureusement, je dois avouer que les cas de rébellion contre l’exécution des arrêts rendus par la CSTB ne sont pas nombreux.

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Les dossiers en rapport avec les autres biens tels que les comptes bancaires disparus, des biens meubles et immeubles accaparés ne sont pas encore abordés. Qu’est ce qui manque pour que ces dossiers soient traités ? La Cour fonctionne à l’instar d’autres juridictions, c’est-à-dire que la Cour doit être saisie. Ce sont les dossiers qui manquent. Seulement, il y aurait quelques cas au niveau de la Commission nationale terres et autres dont les voies de recours ne sont pas encore terminées pour que celui qui se sentira lésé puisse faire recours au niveau de la Cour. Mais tant qu’on n’a pas ces cas, on continue à recevoir les litiges fonciers. On a déjà connu un seul cas relatif aux autres biens. L’objet du litige était une vache. Le cas s’est produit à Matongo. Félix Haburiyakira


AU COIN DU FEU

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Avec Joseph Ndayisaba Dans le Burundi traditionnel, le soir, au coin du feu, la famille réunie discutait librement. Tout le monde avait droit à la parole et chacun laissait parler son cœur. C’était l’heure des grandes et des petites histoires. Des vérités subtiles ou crues. L’occasion pour les anciens d’enseigner, l’air de rien, la sagesse ancestrale. Mais au coin du feu, les jeunes s’interrogeaient, contestaient, car tout le monde avait droit à la parole. Désormais, toutes les semaines, Iwacu renoue avec la tradition et transmettra, sans filtre, la parole longue ou lapidaire reçue au coin du feu. Cette semaine, au coin du feu, Joseph Ndayisaba.

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otre qualité principale ? Le souci du travail bien fait. Je n’aime pas « bricoler » Votre défaut principal ? L’impatience. C’est ce que mon entourage me reproche souvent. La qualité que vous préférez chez les autres ? La ponctualité. Les non ponctuels perdent leur temps et celui des autres. Il me semble d’ailleurs que ce soit un défaut national : On vous invite pour une cérémonie pour 16H. Elle a lieu à 18H passées. Si tu es ponctuel, tu passes 2 heures assis à consulter les messages au téléphone. Le défaut que vous ne supportez pas chez les autres ? La malhonnêteté. Je déteste les gens malhonnêtes. La femme que vous admirez le plus ? La mienne, bien entendu. Qu’est-ce que vous allez penser si je vous dis que j’admire les femmes des autres ? L’homme que vous admirez le plus ? J’admire 3 hommes : (1) Jésus. Il savait remettre les gens à leur place.(2) Mon père, qui a bossé dur pour nous scolariser.(3) Mandela, qui a pu protéger l’Afrique du Sud de la destruction. Les compromis d’Arusha aussi, c’est lui. Nous devrions tous les promouvoir et les protéger. Il avait vraiment compris le conflit burundais. Votre plus beau souvenir ? Le jour où j’ai obtenu ma bourse pour aller faire mon doctorat. Ce fut un immense plaisir. Je l’espérais depuis 4 ans. Je voyais partir les autres qui n’étaient pas plus qualifiés que moi. Votre plus triste souvenir ? Le décès de ma mère en 1994. Elle est partie trop vite, sans qu’on ait eu le temps de l’assister à l’hôpital. Quel serait votre plus grand malheur ? Que mon pays plonge dans une nième crise grave de violence après l’indépendance. Malheureusement, il ne s’agit pas d’un événement impossible. Des fois je me demande si les burundais, nous ne sommes pas des masochistes, qui éprouvons du plai-

sir à nous faire du mal à nousmêmes. Le plus haut fait de l’histoire burundaise ? Les Accords d’Arusha. Je fais ce choix parce que je suis contemporain de cet événement, peutêtre qu’il y en a de plus haut. Je pense notamment à la protection du Burundi contre l’esclavage par les guerriers burundais. La plus belle date de l’histoire burundaise ? Celle de l’Indépendance. J’étais en 2ème année primaire, je me souviens encore de l’ambiance de fête qui prévalait le jour du 1er Juillet 1962. La plus terrible ? La crise de violence de 1972. Elle est le pilier des crises ultérieures.La gestion de cette crise par des pogroms dirigés contre une ethnie fut une grave erreur politique. Cette date est devenue un argument massue pour les amateurs de revanches ethniques. Ce fut vraiment une date terrible pour le Burundi. Le métier que vous auriez aimé faire ? Je suis content et satisfait de celui que j’exerce. Mais, l’autre qui m’aurait plu, c’est : Médecin pédiatre. J’adore les enfants Votre passe-temps préféré ? Je fais beaucoup de choses, selon les questions qui se posent et le temps disponible. Le choix est difficile. Votre lieu préféré au Burundi ? Ma colline natale. Quand je suis sur la colline, je passe du temps à regarder les merveilleux paysages des alentours (la colline est située à 1800 m d’altitude). J’affirme que le Burundi est un paradis, que certains de nos concitoyens s’évertuent à détruire. Le pays où vous aimeriez vivre ? Nulle part ailleurs qu’au Burundi. Vous pouvez me croire. J’ai déjà visité beaucoup de pays en Afrique et en Europe. Je suis convaincu de ma réponse. Je vis très mal le fait que beaucoup de jeunes burundais sont en train de fuir le Burundi. Je pense aussi aux centaines de milliers de réfugiés qui souffrent d’être loin de leur patrie.

Le voyage que vous aimeriez faire ? J’ai toujours rêvé de faire une croisière en mer. Malheureusement, je n’ai pas l’opportunité de le faire. Votre rêve de bonheur ? Un rêve pour la famille : beaucoup de petits enfants autour de moi. J’en ai déjà deux, j’en espère beaucoup d’autres.Un rêve national : le Burundi en paix, la faim et la pauvreté vaincues. C’est un rêve parfaitement réalisable. C’est une question de leadership. Votre plat préféré ? Je n’en ai pas, j’aime les repas préparés avec soin et originalité. Votre chanson préférée ? La Vérité de Guy Béard. Peu de jeunes connaissent cette chanson. La chanson évoque les dangers que courent les gens qui disent la vérité. Quelle radio écoutez-vous ? J’écoute pratiquement toutes les radios qui émettent au Burundi. C’est la seule manière d’apprécier la température qu’il fait dans le pays. Mais je déplore le manque de professionnalisme de certains journalistes de ces radios, qui servent des maîtres et oublient qu’ils sont des journalistes avec des obligations éthiques.Bien sûr les radios sont guidées par des lignes éditoriales fixées par le créateur ou le patron, mais il doit y avoir des limites quand même ! Avez-vous une devise ? Non

Votre souvenir du 1er juin 1993 ? Les élections de 1993. Mon parti les a perdues. Comme je suis démocrate, j’ai accepté le changement. J’étais sûr qu’on allait gagner, c’est mon père qui m’a refroidi. Il m’a dit, en me voyant courir partout lors de la campagne électorale : « tu peux rentrer à la maison mon garçon, vous ne gagnerez pas. Ceux-là qui vous sourient et à qui tu offres à boire sont tous de l’autre côté ». Malheureusement, vous connaissez les catastrophes qui ont suivi.Je me demande si vraiment les Burundais comprennent ce qu’est la démocratie. Ils la proclament sans la pratiquer. Votre définition de l’indépendance ? La capacité de gérer ses affaires, en intégrant les bienfaits apportés par les amis et les voisins.Etre indépendant ne veut pas dire vivre tout seul. Votre définition de la démocratie ? Le respect des volontés du peuple. C’est différent de la manipulation. Aussi, la démocratie, ce ne sont pas les élections, c’est une manière de vivre positivement avec les politiquement différents. Votre définition de la justice ? Les mêmes règles et les mêmes procédures appliquées à tous, par

N

des personnels qualifiés et honnêtes. Si vous étiez ministre de l’enseignement supérieur, quelles seraient vos deux premières mesures ? A mon âge, je n’ai plus ce genre d’ambition. Mais deux décisions seraient pertinentes : (1) Mettre de l’ordre dans le fonctionnement des institutions d’enseignement supérieur ; (2) Instaurer au moins un semestre obligatoire pour le renforcement des étudiants en langues d’enseignement : en particulier le français et l’anglais. Le niveau de français est un obstacle très sérieux pour la réussite des études pour les étudiants. Croyez-vous à la bonté humaine ? Bien sûr. Mais il faut admettre que l’homme a naturellement les deux dimensions en lui  : le bien et le mal. Les uns penchent plus sensiblement vers le bien, les autres vers le mal.Parmi les êtres humains, il y a des gentils et des méchants. Pensez-vous à la mort ? Bien entendu, comme tout être humain sensé. Si vous comparaissez devant Dieu, que lui direz-vous ? Je prétends ne pas avoir de grave contentieux avec Lui. Si vous relisez bien les dix commandements, ils ne sont rien d’autres que des règles de vie commune. Je lui dirai que j’ai fait ce que j’ai pu pour les respecter. Mais comme Il sait tout, il y a peut-être des choses qu’Il sait sur moi que je ne sais pas. Je lui fais confiance. Je lui poserai aussi la question : pourquoi il laisse souffrir des innocents sans intervenir ! Propos recueillis par Fabrice Manirakiza

Bio express

é en 1954 en province Ruyigi, Joseph Ndayisaba est docteur en Sciences de l’Education, option Orthopédagogie. Depuis 1980, il est professeur à l’Université du Burundi, Faculté de Psychologie et des Sciences de l’Education. Membre du Conseil National de l’Enseignement Supérieur depuis 2013, ce natif de Ruyigi a été ministre de l’Education (1997-1998). Dans sa carrière, Joseph Ndayisaba a été respectivement conseiller principal à la Présidence de la République chargé des questions sociales (1999-2003) puis, de 2003 à 2005, sénateur dans le Sénat de transition.

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SOCIÉTÉ

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Kirundo

Quand des enfants carburent à l’essence Le phénomène des enfants en situation de rue est alarmant à Kirundo. L’administration essaie de les sortir de cette situation, en vain. Les autorités provinciales et les associations de défense des droits des enfants en appellent à la responsabilité des parents.

L

a nuit vient de tomber sur Kirundo. Le chef-lieu de cette province du Nord ne fait pas l’exception au reste du pays, les voies ne sont pas éclairées. Certains passants hâtent le pas pour regagner le bercail. C’est le premier dimanche de l’année. Lundi, c’est le retour au travail. D’autres se dirigent vers des bars. Il y en a à chaque coin de rue. A quelques mètres de l’Auberge du Nord, le plus vieil établissement hôtelier situé à quelques encablures du futur parking des bus en cours d’aménagement, sur le site de l’ancien marché, des enfants se rassemblent curieusement au lieu de rentrer chez eux. C’est à l’arrière de la station d’essence dénommée «Rwihinda » sur la route menant vers Busoni. Non loin du bureau de l’Agence de voyage Volcano. Intrigué, je tente de les approcher. A la vue d’un inconnu qui avance vers eux, certains détalent. Tels des intouchables, personne ne va vers eux. Mais quelques braves gamins, sur le qui-vive, restent sur place. Les peureux de tout à l’heure un peu rassurés reviennent sur leurs pas. «T’as pas la tête des policiers avec leur uniforme qui nous mènent la vie dure», confie leur responsable, visiblement mineur mais, apparemment, il inspire le respect aux autres. Ces enfants sont des habitués des maisons carcérales. Ils affirment que tous ont déjà séjourné en prison au moins une fois. Récidivistes, ils se font un malin plaisir à fumer manifestement la «sèche». Plus grave, ils se droguent avec de l’essence. Après avoir inhalé son odeur, racontent-ils, ils ne sentent plus le froid, ne se rappellent pas non plus qu’ils dorment à la belle étoile. «Il s’agit d’un calmant», disent-ils en chœur. Chacun d’entre eux possède un petit flacon avec le liquide. Ils se servent de l’argent qu’ils gagnent comme porte-faix pour s’en procurer. Au fil du temps, le groupe s’agrandit. D’autres vont arriver. Cet endroit est un lieu de rencontre prisé par les enfants de la rue au chef-lieu de Kirundo. Ils se définissent eux-mêmes comme des «Mayibobo», un vocable péjoratif qui désigne

communément des enfants en situation de rue. La nuit avance, il est presque 21 heures. Parmi eux, le petit Bizimana, 5 ans, résiste aussi au sommeil.

Irresponsabilité des parents ? Tous ses parents sont encore en vie à en croire ses compagnons d’infortune. Pourtant, ce petit garçon ne veut pas rester auprès de sa famille. Patrice (pseudonyme), un officier de police en jogging, s’arrête pendant un court moment. Interrogé, il explique que toutes les tentatives de les sortir de la rue sont restées vaines. «Nous avons à plusieurs reprises tenté de les faire ramener chez eux, mais quelques jours après, nous les retrouvons dans la ville. Pourtant, certains viennent des communes lointaines». Il trouve incompréhensible qu’ils n’aillent pas à l’école alors que la gratuité de l’enseignement à l’Ecole fondamentale est toujours en vigueur. Avant de s’en aller, un peu découragé, le policier leur conseille de retourner à la maison, de se soumettre à l’autorité de leurs parents et de s’inscrire à l’école. Les associations de défense des droits des enfants en province Kirundo dénoncent l’insouciance des parents. D’après Lazare Niyonkuru, président de l’Action en Faveur des Enfants Vulnérables (AFEV), les parents ne se préoccupent pas de leur progéniture.

Des enfants en situation de rue possédant des flacons contenant de l’essence avec laquelle ils se droguent.

Les parents dépensent de l’argent à longueur des journées dans les bars. Ils ne se soucient pas de leur avenir ni de celui de leurs enfants. Il témoigne du cas d’un père de famille, dont le fils a «volé» du haricot chez la deuxième femme. Il ne subvenait pas aux besoins de ses enfants de la première femme. Sur son ordre, l’élève de la 3ème année primaire a été arrêté et emprisonné.

1200 enfants déjà réintégrés M. Niyonkuru souhaite que les droits des enfants soient mieux connus et respectés en vue de réduire sensiblement ce phénomène. Il pense surtout aux belles-mères qui éduquent des enfants dont elles ne sont pas les

mères biologiques et qui ont tendance à les délaisser. AFEV prend en charge notamment des enfants victimes de la négligence des parents comme Queen Kimana, 9 ans. Son père est inconnu. Sa mère l’a délaissée et s’est livrée à la prostitution. Cette fillette dit avoir été l’objet de tentatives de viol dans la famille qui l’hébergeait. La petite a été sauvée par un voisin qui l’a emmenée à ce centre. Jacques Nshimirimana, président de la Fédération nationale des associations engagées dans le domaine de l’enfance (Fenadeb), parle de la nécessité des centres d’hébergement temporaire. Ceux-ci seront chargés de la rééducation en vue de leur réintégration. Autrement, comme une

Alain-Tribert Mutabazi : «L’objectif est qu’il n’y ait pas même un seul enfant en situation de rue dans toute la province».

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perdrix, dans une basse-cour, elle finit par retourner à la vie sauvage. Ce défenseur des droits des enfants se veut optimiste : «Il y a un léger mieux par rapport aux autres pays de la région. Le Burundi vient en deuxième position après le Rwanda». Une enquête menée en 2014 fait état de 3600 enfants. Ce chiffre est en diminution grâce à la politique du gouvernement de réintégrer les enfants dans leurs communautés en cours depuis 2017  : «1200 enfants ont été ramenés dans leurs familles».  Alain-Tribert Mutabazi, gouverneur de la province Kirundo, assure que l’administration provinciale veut mettre fin à ce phénomène. «Nous les avons tous ramenés dans leurs familles, aucun ne restait.» Mais, poursuitil, ils sont revenus après quelques jours. Son objectif reste le même. Qu’il n’y ait pas un seul enfant en situation de rue dans toute la province. Il affirme que ce pari a été déjà gagné dans les communes. Il en sera de même au cheflieu de la province. Les parents devront reprendre les enfants qui sont retournés dans les rues. Pour ceux qui ont besoin d’aide, ils en bénéficieront mais en étant en famille. Par ailleurs, le gouverneur prévoit une sensibilisation sur la planification familiale et le devoir d’éducation des parents vis-à-vis de leurs enfants. Egide Nikiza


SOCIÉTÉ

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Handicap International part, les bénéficiaires pleurent l’article 6 du code de travail burundais s’oppose à toute distinction, exclusion ou préférence, fondée sur […] l’origine ethnique ou sociale en ce qui concerne l’embauche, la promotion, la rémunération et la rupture du contrat. L’ONG Handicap International intervenait dans les domaines de la santé maternelle et infantile, la réadaptation, l’éducation inclusive et l’appui aux associations des personnes vivant avec handicap, etc.

Lundi 7 janvier 2019, l’ONG Handicap International a annoncé la fermeture de ses bureaux au Burundi. Aujourd’hui, les personnes vivant avec handicap, premiers bénéficiaires de ses services sont désemparées.

Le désespoir

L

’obligation du gouvernement burundais aux ONG étrangères de recruter sur base des quotas ethniques constitue la cause principale de cette décision, selon un communiqué de cette ONG. Attachée aux principes humanitaires de neutralité, d’impartialité et d’indépendance, elle trouve qu’établir la composition ethnique de son personnel et la communiquer aux autorités constitue une ligne rouge à ne pas franchir. Pour elle, le processus d’identification ethnique et son mode de contrôle annuel imposés peuvent être des préalables à des mesures dont cette organisation dit ignorer la portée.

Nadia Uwimana regrette de voir l’ONG Handicap International laisser des chantiers

D’après cette organisation d’origine franco-belge, à travers la ‘‘fermeture au grand regret’’ de son programme au Burundi, c’est pour ’’éviter d’être complice d’une forme de discrimination ethnique’’. A travers son communiqué, elle revient également sur les textes burundais en matière d’embauche. «Tout porte à montrer que les recrutements sur base ethnique ne seraient qu’une vio-

lation de la Constitution et du Code de travail burundais». Handicap International précise que la Constitution burundaise évoque uniquement – en ce qui est de l’application des quotas – les secteurs de l’État, en aucun cas la société civile. Elle cite ici son article 22: «Nul ne peut être l’objet de discrimination du fait […] de son ethnie ». Elle rappelle par ailleurs que

«Nous sommes abattus. Nous avons mal accueilli cette décision parce que si nous faisons le bilan d’Handicap International au pays, on était à une étape avancée en ce qui est des droits des personnes vivant avec handicap », réagit Tatienne Ngirabagenzi, de l’association des femmes handicapées ’’Les Vaillantes’’ du Burundi. Rencontrée dans son atelier de couture à Jabe, zone Bwiza de la commune Mukaza, elle affirme que la présence de cette ONG dans le pays a valorisé cette catégorie de Burundais. Avec sa fermeture, elle ne doute pas que la situation va s’empirer. «Il faut qu’elle reprenne ses activités pour qu’on continue d’aller de l’avant», plaide-t-elle. Pour sa part, Nadia Uwimana, présidente de cette association

indique qu’après 10 ans de partenariat avec Handicap International, les membres de son association avaient pu monter des projets, des activités génératrices de revenus financées par cette ONG. Elle cite les dons de machines à coudre, le remplacement des matériels de travail usés, l’aide et le renouvellement des béquilles, des chaises roulantes, etc. Elle regrette en outre de voir que cette ONG laisse des chantiers en cours comme l’éducation inclusive qui se limitait, pour l’heure, à l’école secondaire. Idem pour Rémy Ndereyimana, secrétaire exécutif de la Fédération des associations des personnes handicapées au Burundi. Il affirme que cette ONG contribuait beaucoup dans ce domaine de la réadaptation physique. Et de mentionner que des appareils orthopédiques coûtent chers. Néanmoins, M. Nzeyimana espère que la relève sera vite assurée. Handicap International ferme après 26 ans d’intervention au Burundi. Elle est la deuxième à annoncer officiellement son départ après Avocats Sans Frontières. Rénovat Ndabashinze

Affaire fournisseurs de plants fruitiers: Un «règlement à l’amiable» Le gouvernement doit plus de 5 milliards BIF aux fournisseurs des plants fruitiers de la province Kayanza, la plupart, depuis huit ans. Portée devant l’Ombudsman, l’affaire vient de trouver un compromis : ils recevront la moitié.

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lus de 1,7 milliards au lieu de 5 milliards BIF. C’est la somme que doit désormais le gouvernement aux fournisseurs de plants fruitiers dans un conflit qui date de 2011. L’ombudsman, Edouard Nduwimana à qui l’affaire a été confiée, l’a annoncé ce mercredi 9 janvier. Il parle d’un règlement à l’amiable. Pour rappel, la présidence de la République via le ministère de l’Environnement a lancé en 2010 un appel d’offre suite au projet de vulgariser la culture des fruits. 60 fournisseurs, la plupart de la province de Kayanza, ont gagné le marché. Huit ans plus tard, ils ne sont toujours pas payés. Raison officielle: l’Etat conteste le montant de plus de 5 milliards et avance plutôt une somme de 1,2 milliards BIF. C’est moins de la moitié de la somme escomptée. Après les enquêtes, la justice a donné gain de cause aux fournisseurs. Le gouvernement devrait

payer plus de 5 milliards, selon Edouard Nduwimana. « Mais en tant qu’Ombudsman, j’ai le devoir d’aboutir à une entente entre les deux parties» D’après lui, le règlement à l’amiable a alors abouti à un compromis : les fournisseurs auront la moitié de la somme réclamée. Donc environ 2,5 milliards. En soustrayant la somme déjà payé de plus de 800 millions, il reste plus de 1,7 milliards. «Dans un conflit, il faut accepter de perdre une partie au lieu de tout». L’avantage accordé à ces fournisseurs est que le paiement de cette dette sera total et ne sera pas soumis aux taxes, rassure l’Ombudsman. Il indique que l’argent sera débloqué très bientôt.

De la désillusion à la satisfaction Jadis désespérés, les fournisseurs interrogés retrouvent une lueur d’espoir après la commu-

Sit-in des fournisseurs de plants fruitiers devant le bureau de l’Ombudsman en 2014.

nication de l’Ombudsman. La plupart avaient contracté des dettes pour exécuter le marché. Et nombreux sont ceux qui ont vendu leurs biens pour payer les dettes. D’autres affirment qu’ils ne dormaient plus chez eux, traqués par leurs créanciers. Un fournisseur de Kayanza confie que l’Etat lui doit plus de 100 millions BIF. Il a contracté un crédit à la banque pour exécuter le marché. Il confie, non sans peine, que la banque a saisi plusieurs de ses biens faute de paiement. «Pire, le retard de rembourse-

ment entraîne continuellement l’augmentation des intérêts bancaires». Ces fournisseurs ont fait plusieurs sit-in, depuis des années, devant le bureau de l’Ombudsman pour réclamer leur dû en vain. La dernière manifestation date de novembre 2018. Ils demandent que les délais de paiement soient les plus brefs possibles. «Nous sommes fatigués». Un fournisseur interrogé s’inquiète de cette somme convenue de 1,7 milliards BIF. «Elle

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est inférieure aux dettes contractées pour certains. Ils peuvent s’y opposer et la même scène risque de se reproduire». Il propose qu’il y ait une note pour chaque fournisseur qui précise la somme réclamée à l’origine et celle obtenue après le compromis pour éviter de mauvaises surprises. Les représentants des fournisseurs qui ont assisté à la communication de l’Ombudsman se sont montrés plus ou moins satisfaits du compromis. Clarisse Shaka


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SOCIÉTÉ

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Giharo : Des rapatriés au sauve-qui-peut Pauvreté extrême, précarité d’habitat, non scolarité des enfants, tel est le quotidien des rapatriés de la commune Giharo. Le ministère de l’Intérieur conditionne l’octroi des couvertures par la construction des murs.

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es maisonnettes presque toutes couvertes de pailles et de tentes. Elles sont en mauvais état. Des murs effondrés, des bâtiments sans portes ni fenêtres, etc. C’est sur les collines de Nyembuye et Butezi des zones Muzye et Butezi. Au sud du Burundi, en commune Giharo de la province Rutana frontalière de la Tanzanie. L’état et les dimensions de ces maisons qui abritent les familles rapatriées de la Tanzanie sont identiques. Lundi le 7 janvier, une forte pluie vient de tomber sur la colline. Les voies sont glissantes et la population se précipite dans les champs. Stany Ngendakumana, 48 ans, père de trois enfants, habite sur cette colline dans une petite pièce, reste de sa maison détruite. Une partie de la couverture est en tôles et tentes usées. «Ma femme a vendu la parcelle chez ses parents pour nous procurer de ces tôles. Sinon, nous devrions demander de l’hospitalité chez nos voisins, même pendant la nuit, en cas de pluie. A défaut, nous dormions dans l’eau», témoigne-t-il. Ce rapatrié fait savoir que parmi ses trois enfants, seule sa fille aînée est inscrite en troisième primaire. Cependant, par manque de moyens, elle peut à tout moment être renvoyée. «Nous menons une vie difficile à cause d’une extrême pauvreté. Nous sommes revenus du camp de Nyarugusu au mois de mars. Il est vrai qu’on a reçu une assistance à notre arrivée mais tout a été consommé, on n’avait pas cultivé », se lamente M. Ngendakumana. Il ajoute que dans région du Kumoso, la nourriture principale est le manioc. Celui qui ne l’a pas cultivé est exposé à la famine : «Notre premier champ date de la récente saison culturale. L’absence du champ de manioc entraîne la famine en l’espace de deux ans». Cet habitant de Nyembuye sollicite une aide du bétail afin de trouver du fumier pour leurs champs. Il ne comprend pas la lenteur et le manque d’informations qui entoure l’octroi des tôles promises. «Nous avons si longtemps attendu l’octroi des tôles comme promis mais en vain. Nous n’avons pas de moyens pour nous

Mme Rivera Niyonkuru et ses trois enfants devant sa maisonnette sur la colline Nyembuye

construire des murs afin d’en bénéficier». Atteint d’épilepsie depuis son départ d’exil. Il demande aux âmes charitables de l’aider pour se faire soigner.

Des rapatriés accueillis différemment Gérard Ntirampeba, un autre rapatrié de la même colline, père de quatre enfants vit la même situation. Revenu au mois de juin, tous ses enfants ont quitté l’école suite à l’incapacité de payer les frais scolaires devenus exorbitants. «La vie est très difficile pour les rapatriés, même les vivres nous sont donnés une seule fois. Ainsi nous avons du mal à trouver de quoi manger tous les jours». Les autorités leur ont conseillé de construire provisoirement les murs avec du bois afin de réceptionner les tôles. Ils disent avoir du mal à trouver du bois pour une maison de 5m sur 7. Le haut-commissariat pour les réfugiés (HCR) distribue à chaque rapatrié un paquet retour composé de 60 dollars pour adulte et 40 dollars pour un enfant de moins de 18 ans. En plus de l’argent, des ustensiles de cuisine, des houes et des vivres leur ont été donnés. Cela ne concerne pas ceux qui ont regagné le pays par leurs moyens. Rivera Niyonkuru, mère de 3 enfants, dit que son mari et elle ont fui en 2015 après que leur maison a pris feu en leur absence. Arrivés au camp des refugiés, la vie a été trop difficile. Ils ont alors décidé de revenir en traversant la frontière Burundo-tanzanienne à pied. Ils sont arrivés en août. Elle dénonce l’exclusion dont ils font objet quand il s’agit de bénéficier de l’aide. «  Nous n’avons bénéficié d’aucun soutien comme

ceux amenés par le HCR. Nous pensons que les dirigeants n’ont pas besoin de nous, il est inadmissible de subir une telle exclusion dans un pays natal», regrette Mme Niyonkuru. Elle appelle par la même occasion l’administration à les rassurer quant à l’octroi des couvertures. Léopold Mpawenayo, est un habitant de la colline Butezi, sa famille compte 9 personnes. Cette famille vit dans une étroite

maison. «Vivre dans une petite maison comme celle-ci avec un fils de 19 ans a des impacts sur la vie de couple», déplore-t-il.

L’administration locale réticente M. Mpawenayo a bravé la pauvreté en construisant les murs en briques cuites dans l’attente des couvertures. Il s’inquiète que ces derniers ne s’effondrent au moment des pluies. « J’ai érigé

les murs dans l’espoir d’en bénéficier vite, mais d’ici peu de jours ils peuvent s’effondrer à défaut de la toiture. Les administratifs restent muets à ce sujet malgré nos insistances », se désole-t-il. Régine Ndaruzaniye, rencontrée devant sa maison fragile, n’en revient pas : «Mon mari m’a laissée avec deux enfants et il a épousée une autre. Si l’octroi des tôles requiert l’érection des murs, je ne peux à rien prétendre». Ce que ces rapatriés ont en commun est la non scolarisation de leurs enfants. Ceux qui intègrent l’école la quittent vite par manque du matériel scolaire. «Compte tenu de notre quotidien, songer à la scolarisation des enfants serait absurde», s’indigne-t-il. M me Denise Bahendubona, administrateur de la commune Giharo, a refusé de s’exprimer sur les lamentations des rapatriés, ni livrer la moindre information. Le ministère de l’intérieur qui a le rapatriement dans ses attributions préconise une assistance en vivres de trois mois pour leur faciliter de s’installer. Quant à l’octroi des tôles, le bénéficiaire doit avoir érigé des murs de crainte qu’il les vende. Contacté pour donner d’éclaircissement, le porte-parole de ce ministère qui était dans une mission de travail nous a envoyé à la direction générale du rapatriement. Mme Gloriose Berahino n’a pas réagi sans autorisation préalable de sa hiérarchie. Jérémie Misago

Mme Léopold Mpawenayo avec quatre de ses enfants devant sa modeste maison, sur la colline Butezi.

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AU CŒUR DU PAYS

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Région Gitega

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Gitega

Les prix du charbon de bois galopent Principale source d’énergie dans les ménages, un mini sac qui était à 12 mille Fbu il y a une semaine est aujourd’hui à 15 mille Fbu. Pour cause : les taxes à chaque frontière des communes de la province et la rareté du bois sec. De notre correspondant Jean Noël Manirakiza

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ans chaque quartier, sur chaque coin de la rue, devant chaque boutique, presque tout le monde est devenu vendeur de charbon de bois, « plus rentable que le haricot et le riz », dit-on. Il y a peu, cette source d’énergie était vendue par sac ou par panier mais dorénavant, des petits seaux et des petits sacs en plastique servent comme unité de mesure. Les grossistes n’ont plus de choix, eux aussi ils se sont transformés en détaillant par manque de clients qui achètent un sac entier. « En plus de l’acheter cher, nous n’avons pas de clients. Nos acheteurs qui prenaient un ou deux sacs préfèrent prendre la moitié du sac », indique Marie, une vendeuse au quartier Magarama près du petit marché. Selon plusieurs

Région Nord

grossistes, même leurs fournisseurs ne viennent pas comme d’habitude. Au lieu d’aller attendre l’argent après la livraison de 5 à 10 sacs, le matin, ils ratissent les quartiers pour vendre au comptant. « Ils veulent que nous leur vendions à des prix habituels et surtout à crédit .Mais nous avons besoin d’argent comptant pour pouvoir nous approvisionner», a souligné Aloys, un vendeur de la commune Itaba. Quant aux consommateurs, ils broient du noir. Une petite visite dans un ménage du quartier Yoba a révélé que pas mal de cuisiniers utilisent un seul brasero pour cuir les aliments au lieu de deux comme c’était l’habitude partout dans les quartiers de la ville de Gitega. «  Pour le repas de midi je dois acheter le charbon de 1500Fbu et là aussi Dieu seul sait si c’est bien cuit », déplore Sylvestre, un domestique de Yoba.

Un des points de vente de charbon de bois au quartier Yoba

Les taxes et la saison des pluies, principales responsables ! Face à l’envolée des prix, l e s c o m m e rç a n t s vo n t s’approvisionner jusqu’à Karusi et à Ruyigi à plus de 50 kilomètres de la ville de Gitega. Un parcours qui ne manque pas de déconvenues. Comme le transport se fait en grande partie par vélo, ces commerçants se heurtent souvent aux agents communaux qui leur exigent de payer

une taxe à chaque traversée de la frontière communale. « Un sac paie 500 Fbu sur chaque barrière. De Gihamagara (commune Itaba) à Gitega, c’est 1 500 Fbu de taxe. C’est très rare d’en échapper et nous devons ajouter ces taxes sur le prix d’achat. Ce qui fait monter le prix. En plus avec la pluie, les fours de carbonisation sont détruits et les pistes vers les zones d’approvisionnement deviennent mauvaises  », a précisé Bosco. Arrivé au marché, le charbon de bois est vendu à

des consommateurs ou à des détaillants deux à trois fois plus chers qu’au prix d’achat en zone d’approvisionnement. Aussi, ces prix de vente varient en fonction de la qualité du bois. Le prix moyen du charbon d'eucalyptus est deux fois plus cher que celui d’un avocatier ou une autre essence végétale. «  Ils brûlent bien et lentement (économie d’argent), donnent moins de fumée et produisent beaucoup de chaleur », explique un vendeur.

Ngozi

Veillée culturelle boycottée ? Samedi le 5 janvier 2019, le club culturel « Kugasaka » a organisé pour la première fois une veillée culturelle qui a regroupé des groupes culturels traditionnels. Les spectateurs n’ont pas répondu massivement au rendezvous. De notre correspondant Apollinaire Nkurunziza

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urant les fêtes de Noël et du nouvel an, une publicité n’a pas raté un jour le rendezvous de rappeler cet événement culturel de grande envergure : « Le club culturel kugasaka organise une soirée culturelle sans pareille. Perdre sa culture, c’est perdre son identité ». Pour ce club, l’événement a une double visée : l’animation et la vente de son nouvel album. Le jour J tomba et le rendez-vous

Certains des groupes culturels traditionnels

n’est pas honoré. Depuis quatorze heures, le début, jusqu’à dix-huit heures, le stade Agasaka, lieu hôte de l’événement, était resté vide. Seuls les groupes d’animation en provenance des quatre provinces du nord étaient ponctuels et se baladaient à l’intérieur du

terrain. Leur présence était pour porter un coup de main au club culturel Kugasaka, organisateur. La sonorisation, sans reproche, provoquait chez les passants un sentiment de curiosité. Hélas, ils jetaient un coup d’œil et repartaient. La soirée était tradition-

nellement agrémentée, malgré le manque de spectateurs.

« Qui enseigne ne se lasse pas » Pour Emmanuel Bizimana, représentant du Club organisateur, l’essentiel n’est pas la partic-

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ipation massive. « Nous voulons revaloriser la culture burundaise. Cela va se faire petit à petit. Alors que la culture est l’identité d’un pays, nous assistons à une perte de cette dernière progressivement.» Il se dit plutôt satisfait de la présence, minime soit-elle. Pour lui, le début est toujours difficile. «  Qui enseigne ne se lasse pas », se résout-il avant de recommander aux Burundais d’aimer leur pays à travers la culture traditionnelle. Les spectateurs recommandent une organisation minutieuse, avec beaucoup de précautions. Tout le monde a mis l’accent sur le respect du timing. « Le fait qu’il y ait peu de monde, c’est parce que l’activité se passe la nuit. Certaines gens ne sont pas libres de mouvement la nuit, surtout les femmes et les enfants. » Il y en a eu qui ont même demandé la gratuité d’assistance. «  Si s’était gratuit il y aurait eu pas mal de gens. Beaucoup de personnes n’ont pas de moyens d’accès au spectacle ». Selon le responsable du club organisateur, de tels événements seront organisés à Ngozi et dans les autres provinces du nord avant de s’étendre au niveau national.


AU CŒUR DU PAYS

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Région Ouest

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Cibitoke/Rugombo

Une distribution des stands au marché décriée Les commerçants de la commune Rugombo ne cessent de dénoncer la distribution des stands jugée irrégulière. L’administration communale tranquillise.

voitures suite au parking qui est actuellement occupé par de nouveaux stands. Ils ne comprennent pas pourquoi ce parking qui a été construit pour les voitures est actuellement occupé par des stands. Suite à toutes ces polémiques, les commerçants demandent à l’administration de pallier ce problème.

« Toutes les activités sont bien contrôlées »

De notre correspondant Jackson Bahati

L

e marché moderne de Rugombo, province Cibitoke, n’a pas encore démarré les activités malgré le lancement officiel par le président de la République, il y a trois mois. Certains commerçants continuent de construire des stands à l’intérieur dudit marché et même à la place réservée au parking des voitures. D’autres commerçants ne savent pas quel saint se vouer. Ils disent avoir payé l’argent requis par les autorités administratives de la commune Rugombo pour avoir un stand mais ils s’étonnent de ne pas en avoir reçu. Pour certains, ceux qui ont plusieurs stands sont

Région Sud

Des constructions en cours à la place réservée au parking

des membres influents du parti au pouvoir ou ceux qui ont des connaissances parmis les auto-

rités administratives de cette commune. Ils demandent d’être rétablis dans leurs droits.

Ces lamentations sont également faites par les chauffeurs et les commerçants qui ont des

C’est la déclaration de Béatrice Kaderi, l’administrateur de Rugombo. Cette autorité communale indique que la distribution des échoppes a été faite en bonne et due forme. Béatrice Kaderi rejette toutefois les accusations comme quoi il existe certains commerçants qui ont eu plusieurs échoppes au détriment des autres. Par ailleurs, elle dit qu’il y a une place suffisante pour les propriétaires des voitures au nouveau parking du marché. Elle demande à toute personne qui a des problèmes de l’approcher afin de trouver une solution.

Rumonge

Les départs vers le Sud Kivu augmentent Le mouvement des personnes qui se rendent dans les différentes localités du Sud Kivu en R.D.Congo s’accroît. Toutefois, elles indiquent que leurs droits sont souvent violés lors de leur séjour. De notre correspondant Félix Nzorubonanya

C

haque jour, de jeunes gens sont visibles au port de Rumonge prêts à s’embarquer vers différentes localités du Sud Kivu à la recherche du travail. Selon le responsable du port de Rumonge au sein de l’autorité maritime portuaire et ferroviaire, le mouvement s’est amplifié dès le début de cette année avec le retour des Burundais qui étaient venus pour célébrer en famille les fêtes de fin d’année. Ces personnes qui partent sont composées essentiellement des cultivateurs, des pêcheurs, des artisans et quelques chômeurs qui ont terminé les

études secondaires. Elles voyagent dans de petites pirogues qui font régulièrement la liaison entre Rumonge et les petits centres du Sud Kivu comme Baraka, Mboko, Kazimia, Karamba, Ubwari, Uyungu et Kisanu. Une femme commerçante au port de Rumonge précise que même des femmes commencent à partir à la recherche du travail. Elle indique que certaines disent partir rendre visite à des parentés se trouvant dans ces localités mais qu’en réalité elles s’y rendent aussi pour chercher du travail.

« La vie est devenue intenable chez nous » N.B., un de ces jeunes est originaire de la commune de Buyengero. D’après lui, il parvient à faire nourrir sa famille de 4 enfants suite à ce qu’il gagne dans la localité de Talama où il exerce le métier d’agriculteur depuis 3 ans. H.A  , un jeune lauréat des humanités générales, était parmi ces personnes qui embarquaient vers ces différentes localités du sud Kivu. Il précise qu’il n’a pas pu réussir à l’examen d’Etat et sa famille n’a pas de moyens pour

Des jeunes prêts à l'embarquement pour le Sud-Kivu

lui payer les études dans une université privée. M.D, un Burundais qui vient de passer cinq année étant employé comme dans le secteur de la pêche dans ces localités indique que quelquefois, les droits des Burundais sont violés par des agents de sécurité ou d’administration dans ces localités alors qu’ils sont en

ordre avec la direction générale des migrations en R.D.C. « Certains sont rançonnés alors qu’ils sont en possession des papiers de voyage. » Il demande aux autorités Burundaises de rencontrer celles du Congo afin de discuter des problèmes liés à la circulation des biens et des personnes sur la frontière commune.

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Les activistes des droits de l’homme saluent l’intensification des échanges commerciaux entre Burundais et congolais mais demandent à la police d’être vigilante pour voir si dans ces mouvements transfrontaliers ne cache pas un trafic humain ou une forme de prostitution déguisée.


SANTÉ

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Cholestase gravidique : le fœtus en danger ! Cette complication du foie caractérisée par des démangeaisons sur la peau survient pendant la grossesse. A la découverte de cette maladie qui peut gâcher le bonheur d’être maman.

«Le gynécologue était ébahi », témoigne cette mère de deux enfants. Il ignorait cette maladie « étrange ». S.V devait donc faire le monitoring chaque semaine. A huit mois, il a fallu enlever le bébé à défaut de quoi il y avait un grand risque qu’il meurt.

T

D’après le gynécologue Salvator Harerimana, la cholestase gravidique est une complication au niveau du foie qui survient en général au troisième trimestre d’une grossesse. C’est une surproduction des sels ou d’acides biliaires (substances sécrétées par le foie) qui affectent la peau et causent une irritation. D’après ce gynécologue, cette maladie, pas très fréquente, se manifeste par un prurit (démangeaisons) généralisé. La concernée a une envie pressante de se gratter sur tout le corps. « La spécificité du prurit de la cholestase est qu’il touche surtout les mains et les pieds. C’est essentiellement cette localité qui le différencie des autres allergies». En cas de cholestase, précise Dr Harerimana, les démangeaisons sont généralisées. La personne affectée ne peut même pas dormir. Elle se gratte partout. A

out commence avec une simple allergie pour S.V, 32 ans. Alors qu’elle est enceinte de son premier enfant, elle commence à avoir des démangeaisons sur les mains et les pieds à partir de son 6ème mois de grossesse. Au fil du temps, les démangeaisons s’intensifient surtout pendant la nuit. Inquiète, elle consulte plusieurs médecins mais ces derniers ne lui apportent aucune solution. Ils parlent d’une allergie normale pour les femmes enceintes. Mais S.V n’abandonne pas. Elle fait recours à internet et constate qu’elle présente des symptômes d’une «maladie grave pour le fœtus», la cholestase gravidique. Après un examen sanguin, le résultat montre qu’elle a une énorme quantité d’acide dans son sang : 80 µmol/l alors que le seuil normal maximal est de 17 µmol/l.

Très gênante pour la mère, dangereuse pour le fœtus

Une femme enceinte se grattant les mains

part cet embarras, aucun danger pour la patiente, selon lui. Il souligne que ces démangeaisons disparaissent spontanément après l’accouchement. Par ailleurs, cette maladie présente un danger réel pour le fœtus, à en croire ce médecin. Elle présente un grand risque de décès fœtal en fin de grossesse. L’accouchement prématuré est donc nécessaire pour prévenir le décès. « Il faut provoquer

l’accouchement autour de 38 semaines (deux semaines avant la date probable d’accouchement). Au-delà duquel il y a un grand risque de décès fœtal». Dr Harerimana indique que les causes de cette maladie ne sont pas encore bien connues. « Mais ce qui est sûr, les hormones constituent une cause principale.» Car le prurit se présente aussi chez les femmes qui utilisent la contraception hormonale.

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Le traitement préconisé est l’usage de médicaments qui éliminent les acides biliaires, malheureusement peu disponibles au Burundi, et la surveillance régulière de la grossesse. Il n’existe aucun moyen de prévention de cette maladie, d’après Dr Harerimana. Il faut juste consulter au moindre signe. Cette maladie présente un grand risque de récidive. Clarisse Shaka


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SPORT

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Basketball

En attendant le verdict

Dimanche 20 janvier, l’association de basketball de Bujumbura(ACBAB) primera les meilleurs de la saison 2017/2018. Iwacu fait le tour d’horizon des nominés pour le titre de MVP(Most Valuable Player).

• Division A, chez les filles

• Division A, Côté Hommes

Vanessa Kaneza, l’assurance hors norme

revenant Alvin Ninziza. Le Encore convalescent au début de la saison (quelques mois plutôt, il souffrait d'une infection pulmonaire, NDLR),

tout son entourage désire qu’il prenne une année sabatique. De vains souhaits, car, deux mois suffiront pour qu'il carbure à plein régime. Par match marquant plus de 20 points. De bonnes prestations qui ont permis à son équipe, Kern, de se hisser en finale des play-offs.

Précise dans ses passes, agressive quand le moment vient d’attaquer l’anneau adverse, la meneuse du club ’’Les Gazelles’’, cette saison, n’a pas eu d’égale à son poste. Malgré sa bonne moyenne (18 points par match), elle regrette de n’avoir pas empêché la déroute de son équipe lors de la dernière Coupe du président contre Berco Stars.

Ghyslaine Gakima, l’arme fatale de Berco Stars

Bon nombre d’observateurs sont unanimes : Gakima est l’une des joueuses de la ligue qui épate par sa régularité. En plus d’assurer au scoring, elle étonne tout le monde par ses capacités défensives. Un faire-valoir qui fait d’elle une sérieuse prétendante au titre de meilleure joueuse.

Jean Hakizimana, l’habitué des grands rendezvous.

Tout comme les années antérieures, le métronome de Dynamo a marqué de son empreinte cette saison. Mais, cette fois-ci, dans un registre plus de scoreur que de distributeur de caviars. Une tactique payante, parce que cela lui a permis d’apporter du punch au scoring. Un secteur qui fait parfois défaut à Dynamo.

Elsa Niyonkuru, l’éclaireuse

Malick Ngezahayo, l’homme à tout faire d’Urunani.

Dans une équipe en pleine reconstruction, le meneur d’Urunani a souvent fait preuve d’altruisme quand son équipe était dos au mur, la maintenant à flot lui seul. Seule lacune: pas mal de tacticiens lui reprochent que des fois, il garde le ballon pour lui seul.

Le pivot de les Gazelles demeure la seule joueuse, qui, au cours de cette saison, aura montré qu’un pivot peut shooter à 3 points, distribuer de caviars, prendre des rebonds. Bref, être ce joueur que tout coach rêve d’avoir dans son équipe. Toutefois, pas mal de coaches estiment qu’elle fuit parfois

l’anneau adverse. Une lacune qui fait qu’elle n’impacte pas suffisamment sur le match quand les shoots lui lâchent. Signalons que dans les divisions inférieures, chez les garçons, Guy Gaël Nijimbere dit Carter du club Tuze et Chelsea Amahoro du club Berco Stars chez les filles, partent favoris pour le titre. Hervé Mugisha

Volleyball

Le championnat reprend ses droits Ce week-end du 12 au 13 janvier, débute le tournoi d’ouverture. Au vu des équipes qui viennent d’adhérer à l’association de volleyball amateurs de Bujumbura(AVAB), la saison promet.

A

près l’adhésion de Gacosmos et Bisoro Volley Club, les spectateurs mouraient d’impatience de retrouver les parquets. Gacosmos, en tête de liste, l’équipe dont le manager n’est autre que Pascal Barandagiye, ministre de l’Intérieur, n’a pas lésiné sur les moyens pour son baptême de feu au championnat. Pour revigorer son effectif, il s’est attaché les services de Trésor Ntwari. C’est un des meilleurs passeurs du pays en provenance de club militaire Muzinga. Il y a également le polyvalent Donald Beruburundi en provenance de club policier Rukinzo et le jeune Elysée, ancien sociétaire du club Amical Sportif de Bujumbura(ASB). Une vraie armada offensive, appuyée par son arrière jeune garde pouvant titiller les cadors du championnat.

Quant à Bisoro Volleyball Club, la formation en provenance de Mwaro, certes, à plus d’une fois, a déjà croisé le fer avec les équipes de l’AVAB, mais a, à cœur, de prouver à tout le monde qu’elle peut faire mieux que ses récentes 4èmes places dans les coupes nationales. «D’ores et déjà, il est permis d’entrevoir de belles affiches», se frotte les mains Arthur Baziri, secrétaire de l’AVAB. Il estime que cette nouvelle configuration rendra le championnat encore plus compétitif, en plus de la détection de nouveaux talents. Sinon, sur papier, indique-t-il, les clubs tels que Amical Sportif de Bujumbura(ASB), Rukinzo, malgré le départ de certains de leurs meilleurs éléments restent toujours favoris pour le titre. Chez les filles, il importe de noter le retour dans le championnat du club Rumuri et le

Avec l’adhésion de nouvelles équipes, la course pour le titre s’annonce disputée

départ de Spirou. Le club en provenance de la zone Buterere vient de jeter l’éponge suite au manque de moyens. L’autre nouvelle peu rassurante : selon certaines sources, depuis quelques jours, certaines joueuses du club militaire Muzinga voudraient quitter le navire. Pour cause : des primes de plus de 2 mois impayées.

Des compétitions à l’étranger, une motivation supplémentaire Absent sur la scène continentale depuis bientôt 4 ans, le volleyball burundais n’a plus sa côte d’antan. Pour redorer son blason, ses dirigeants doivent mettre les bouchées doubles pour permettre des sorties à l’étranger.

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«Une autre source de motivation», estime M. Baziri. Pour cette saison, assure-t-il, de concert avec la fédération nationale et le ministère en charge des Sports, nous ferons feu de tout bois afin que les équipes championnes soient du voyage. «Ce qui donnerait également une grande chance pour nos jeunes joueurs de taper dans l’œil des recruteurs étrangers.» Les finances exsangues des clubs est l’autre grand défi pour cette saison. «Une lacune de taille, malheureusement qui n’est pas prêt de s’estomper si des sponsors ne viennent pas à notre rescousse», déplore Felix, fan de Rumuri. Au programme, parmi les chocs de la journée de samedi : Gacosmos croise le fer avec Amical au terrain I de Toyota à Gikungu I à 9 h, tandis que chez les filles, Gender Light Club sera opposé à Muzinga au terrain II de Toyota à 10h. Les finales se jouent dimanche le lendemain. Le championnat débutera le weekend du 20 janvier. H. M.

IWACU 513  

L'hebdomadaire du vendredi le 10 janvier 2019

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