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hôtellerie et Gastronomie hebdo – cahier spécial 125 e anniversaire d’hotel & Gastro union Édition romande

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o r i t i a

par urs masshardt chef d’entreprise Hotel & Gastro Union

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la force du collectif – depuis 125 ans

d

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CXXVIe année

Lausanne, le 14 décembre 2011

Plus il y a de voix, plus on entend le chœur

hotel & gastro union

Une trouvaille des archives: un cliché pris à l’occasion des 25 ans d’Union Helvetia, en 1911.

D

epuis 1886, Hotel & Gastro Union est au service des employés et des employées de la branche suisse de la restauration. Ce qui fait de l’organisation la contemporaine de Coca­Cola, Mercedes­Benz ou, plus proches de nous, des conserves Hero fabriquées à Lenzburg. Une an­ cienneté qui autorise un sentiment de légitime fierté lorsqu’on regarde ce qui a été accompli en 125 ans – et un jubilé que l’on est en droit de fêter comme il se doit! Hotel & Gastro Union n’a pas manqué de cé­ lébrer cet anniversaire. Dans toute la Suisse, les régions ont été invitées à se réjouir avec leurs

membres; la plupart de ces événements ont connu un grand succès. Et c’est au siège central de l’organisation, à Lucerne qu’a eu lieu la plus grande de toutes les fêtes: une soirée mémorable dans les salons du Montana Art Deco Hotel, à la­ quelle étaient invités tous les membres de l’orga­ nisation, ainsi que de nombreuses personnali­ tés du monde de l’hôtellerie et de la restauration suisses, mais également du tourisme et d’autres domaines connexes. C’est en pensant à eux que ce cahier spé­ cial a été réalisé. Un véritable «journal dans le journal» retraçant un siècle et quart d’histoire;

trente pages qui vous plongeront dans d’autres temps, lorsque la question du pourboire agitait les esprits, ou quand des professionnels suisses de la restauration officiaient à bord du «Titanic». Comme les auteurs de ces articles (dont plu­ sieurs ont été publiés au cours de l’année 2011 dans Hôtellerie et Gastronomie Hebdo), vous serez étonné du volume d’histoires incroyables, d’anecdotes révélatrices, de personnalités de premier plan et d’épisodes haletants dont re­ gorgent les archives de l’«Union». Une lecture profitable à tous!

temps de crise

chronologie 1886 – 2011

les deux guerres et leurs conséquences

au fil du temps

Les deux conflits mondiaux ne sont pas restés sans effet sur l’Union Helvetia, en particulier la Première guerre mondiale, pivot d’un profond changement dans la société. C’est ainsi qu’en 1919, juste après la fin du conflit, une grève générale de la branche fut mise en œuvre pour la première fois dans l’histoire.

page XiX

philipp bitzer

art culinaire

qui est le meilleur?

Depuis les années 20, la Suisse forme les meilleurs professionnels de la cuisine. C’est aussi peu après cette date que les grandes toques suisses ont commencé à se mesurer avec leurs homologues étrangers. Dès lors, l’art culinaire, froid ou chaud, n’a jamais perdu de son actualité.

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aZa 6002 lucerne

Les sociétés chorales villageoises le savent bien: elles n’existent que tant qu’elles comptent assez de chanteurs et de chanteuses. En ce qui nous concerne, le constat est identique: depuis 1886, nous sommes le chœur où chantent les employés et les employées de l’hôtelle­ rie et de la restauration suisses, assu­ rant ainsi la pérennité de la branche. On ne peut que souhaiter qu’il en aille de même durant les 125 prochaines années. Il nous incombe en effet de nous engager avec passion pour l’ave­ nir de nos professions, comme l’ont fait avant nous les membres d’Hotel & Gas­ tro Union. Car même si les acquis sont nombreux, il reste beaucoup à faire. Et cela dans les domaines les plus divers de notre branche. Qui, aujourd’hui, ne se résume plus à l’hôtellerie et à la res­ tauration au sens classique, mais in­ clut toutes sortes d’entreprises d’ac­ cueil, de production, de services, ainsi que toutes les institutions qui s’en­ gagent en faveur de la formation de base et de la formation continue dans les do­ maines de l’hospitalité, de la sommel­ lerie, restauration de système, restau­ ration collective et en EMS et hôpitaux, catering, etc. Le fait que les boulangers, les pâtissiers et les confiseurs aient der­ nièrement rejoint nos rangs nous ré­ jouit tout particulièrement. Mais nous souhaitons aussi voir, dans un futur proche, l’adhésion d’autres professions apparentées. Car en dépit de notre longue his­ toire, c’est vers l’avenir, le développe­ ment, le progrès et la modernisation que nos regards se tournent; sous la dénomination générale «métiers de bouche», nul doute que nous pouvons encore accueillir bien d’autres pro­ fessionnels dans notre giron. De quoi conférer encore plus de volume et de puissance aux mélodies chantées par l’ensemble! C’est la raison pour laquelle nous mettons tout en œuvre pour re­ cruter autant de nouvelles voix que pos­ sible pour notre société.

page XVi

rédaction 021 616 27 12

avenue des acacias 16 1006 Lausanne

e-mail edition@hotellerie-et-gastronomie.ch


ii

cahier spécial

H etGH

Lausanne, le 14 décembre 2011

page iV

les débuts

Vi

un chemin difficile

Vii

le trésor des archives

Comment fut fondée l’Union Helvetia

Viii iX

La longue lutte en faveur de la formation Un film publicitaire tourné par un réalisateur renommé

le naufrage

Xi

moutons noirs

XV

la bourse aux emplois

bisbille autour du pourboire

Xii

les années de guerre

XVi

art ou artisanat?

contre la misère

XiV

médias maison

XiX

voyage temporel

Des suisses sur le «Titanic»

La question n’est toujours pas complètement réglée

X

1912 ou les dures réalités du tourisme

Des fripouilles dans la branche hôtelière

Les deux conflits mondiaux et l’Union Helvetia De feuille syndicale à éditeur indépendant

Soutenir les membres dans leurs recherches

Quand la cuisine devient compétition De 1886 à 2011, 125 ans d’histoire à voir et à lire

Georges Knecht: «Notre stratégie est très simple: nous voulons continuer à défendre nos membres et nos métiers pendant les 125 prochaines années. C’est pourquoi nous plaçons la barre très haut.»

H

ôtellerie et Gastronomie Hebdo a rencontré le prési­ dent d’Hotel & Gastro Union, Georges Knecht. Au fil de notre entretien, il nous a précisé quelques­uns des objec­ tifs ambitieux de l’organisation pour les années à venir.

tionnerais les offres de notre programme Show Your Card ou l’amélioration qualitative de nos publications. Mais nous n’avons pas l’intention de nous reposer sur nos lauriers. Nous allons donc intensifier nos efforts dans le domaine des prestations de conseil et d’accompagnement. Nous devons notamment rendre notre offre de formations plus attractive afin de renforcer la demande. Notre objectif est ambitieux: nous voulons que le nombre de participants augmente de 20% en deux ans, les cours devant être autofinancés. Dans un même temps, nous souhaitons professionnaliser les ser­ vices administratifs qui gèrent les formations. Par ailleurs, nous allons faire en sorte qu’à moyen terme, les membres de l’Union puissent accéder plus facilement, en exclusivité, aux informations de leur société professionnelle via Internet.

H etG H : Georges Knecht, vous présidez Hotel & Gastro

Union depuis 2009. Pouvez­vous définir brièvement les missions de l’organisation? Georges Knecht: Nous avons quelques principes de base. Premièrement, nous pratiquons une politique constructive dans le domaine du marché du travail. Deuxièmement, nous encourageons l’autonomie et la prise de responsabilité de nos membres dans le cadre de leurs métiers. Troisième­ ment, nous leur apportons la sécurité dont ils ont besoin grâce à notre compétence et à notre indépendance politique et financière. Telles sont depuis 125 ans nos priorités au quotidien.

H etG H: Nous avons entendu dire qu’Hotel & Gastro Union allait redéfinir sa marque. Qu’en est­il? Georges Knecht: C’est une tâche immense! Il ne s’agit pas uniquement de créer un nouveau logo – ce que nous allons bien sûr faire: nous voulons surtout que notre nouvelle marque reflète tous les aspects de la vision et de la mission de l’Union. Nous devrons prioritairement veiller à la mise en œuvre cohérente de l’identité de la marque et à l’augmen­ tation de sa notoriété, même en dehors de notre branche.

H etG H : Par le passé, l’organisation a été à l’origine de nom­

breuses avancées. Quelles sont ses principales orientations pour l’avenir? Georges Knecht: Actuellement, notre souci majeur est en rapport avec la mauvaise conjoncture économique mon­ diale, qui a entraîné une hausse du franc comme il n’y en avait pas eu depuis plusieurs décennies. Heureusement, la banque nationale a fini par fixer un taux de change plan­ cher de 1.20 franc pour 1 euro. Nous sommes d’avis que ce plancher devrait être relevé progressivement, afin que nos entreprises exportatrices et, surtout, la branche touris­ tique bénéficient à nouveau de bonnes conditions face à la concurrence étrangère. Même si nous comprenons certaines préoccupations des employeurs, nous pensons d’autre part que la CCNT, qui s’appuie sur un large partenariat social, doit être respectée à la lettre. Car nous sommes convaincus qu’il serait erroné de sacrifier les avancées sociales que nous avons obtenues – en collaboration avec les employeurs – pour appliquer des solutions à court terme.. Outre leurs tâches quotidiennes, les membres du comité central et la direction ont par ailleurs profité de cette année anniversaire pour redéfinir les orientations stratégiques de l’organisation. Au printemps dernier, nous nous sommes réunis pendant trois jours afin de fixer nos objectifs prio­ ritaires pour les cinq années à venir. Désormais, il appar­ tient à la direction et aux sociétés professionnelles de les atteindre. H etG H : Quelles seront les mesures concrètes? Georges Knecht: C’est notre taille qui fait notre force. Nous allons donc continuer à tout faire pour que le plus grand nombre possible de professionnels de la branche deviennent membres de notre organisation. Il s’agit­là du seul moyen pour constituer un lobby puissant nous permettant de défendre nos métiers. Dans ce domaine, nos efforts ont déjà porté leurs fruits: de plus en plus de profes­ sionnels s’organisent et sont prêts à endosser des respon­ sabilités politiques. Et nous allons poursuivre nos mesures de sensibilisation. Pour l’année à venir, nous avons en outre prévu de renforcer Hôtellerie et Gastronomie Édition. Nous allons compléter son portefeuille en lançant de nouvelles publications, notamment numériques, qui devraient voir le jour vers la fin de l’an prochain. Nous voulons également positionner clairement notre nouvelle marque «Hôtellerie et Gastronomie», qui fait partie intégrante de la marque

gina Folly

Georges Knecht, Président du Comité central de Hotel & Gastro Union.

«Hotel & Gastro Union». De plus, nous souhaitons que notre entreprise d’édition parvienne à terme à couvrir toutes ses dépenses grâce aux recettes générées par les annonces et les cotisations. C’est un objectif très ambitieux, mais nous pensons que nous pouvons y parvenir. Enfin, nous aimerions dynamiser la coordination entre les différentes sociétés professionnelles et leurs réseaux respectifs afin de les renforcer. Nous sommes d’avis que les sociétés profes­ sionnelles doivent travailler plus efficacement. Nous avons donc l’intention de favoriser les synergies, car, à notre sens, si une société professionnelle obtient de bons résultats avec tel ou tel concept, celui­ci peut également être appliqué par une autre société professionnelle. Cependant, pour mettre en route ce processus sans courir plusieurs lièvres à la fois, nous allons d’abord planifier soigneusement les mesures à prendre. H etG H: Cela concerne les sociétés professionnelles. Qu’en

est­il au niveau régional? Georges Knecht: Nous voulons être en contact avec toutes les organisations existantes: cercles, amicales, SBU, FMpro, OrTra Intendance Suisse, ASSP. Nous sommes certains que toutes ces organisations peuvent s’identifier à notre straté­ gie positive. Il s’agit donc de faire en sorte qu’elles adhèrent, en fonction de leur métier, à notre politique de formation professionnelle et nous souhaitons encourager cette évolu­ tion à l’échelle régionale. H etG H: Prévoyez­vous aussi d’améliorer les prestations

proposées aux membres? Georges Knecht: Oui, bien sûr. Ces dernières années, nous avons déjà beaucoup progressé. A titre d’exemple, je men­

H etG H: A quoi va ressembler l’avenir dans le domaine de la

formation initiale et de la formation continue? Georges Knecht: Nous avons placé la barre très haut. Nous souhaitons en effet que le nombre des inscriptions aux examens professionnels double en deux ans pour celles et ceux qui sont concernés par la convention collective. D’autre part, nous allons soutenir activement nos membres dans des domaines comme la planification de carrière, le conseil emploi ou les missions à l’étranger. Il va de soi que les apprentis sont au cœur de nos préoccupations. Ils sont notre avenir et nous voulons les convaincre du bien­fondé de notre vision! C’est pourquoi, au moins une fois par an, nous nous rendons dans les institutions de formation qui acceptent de nous recevoir, les hôtels­écoles, les écoles hôtelières, les écoles professionnelles, etc. A terme, nous voulons que 30% de tous les apprentis de tous les métiers nous rejoignent. Les relations que nous établissons et entretenons avec les enseignants spécialisés ou de culture générale jouent ici un rôle essentiel et elles seront dès l’an prochain confiées aux directeurs des sociétés profession­ nelles en personne. Nous devons créer un «lien émotionnel» avec les apprentis, à la fois grâce au soutien des enseignants ou des régions et par le biais de la nouvelle marque Hotel & Gastro Union. H etG H: Et que sommes­nous en droit d’attendre des secré­

tariats de Lucerne et de Lausanne? Georges Knecht: Nous voulons encourager la compétence opérationnelle et l’autonomie de nos collaborateurs et de nos membres. Or ceci n’est possible que si chacun sait ce qu’il a à faire et à quel moment. A l’avenir, tous nos collabo­ rateurs, tous nos membres, tous les fonctionnaires et tous les formateurs devront avoir une image parfaitement claire de notre vision et de notre mission. Notre vision s’exprime en ces termes: «Nous sommes le cœur de notre branche.» Et notre mission reste inchangée: «Nous défendons nos métiers!» interview: philipp bitzer


Lausanne, le 14 décembre 2011

H etGH

cahier spécial

iii

les

mile stones

1886

8 octobre: fondation de l’Union Winkelried, dont le siège est à Lucerne. Première édition du journal «Union­Winkelried, organe de la société d’aide au personnel de service».

1892

Hermann Bieder est le premier à être élu secrétaire géné­ ral à plein temps. Il dirigera l’Union durant 25 ans.

de l’union

1887

Le changement de nom est soumis à consultation. L’Union s’appelle désor­ mais «Union Helvetia», et est dorénavant «L’organe de la Société suisse des employés d’hôtels».

1890

L’Assemblée des délé­ gués décide de scinder l’Union Helvetia en trois branches natio­ nales autonomes: Suisse, France et Angleterre. L’Amé­ rique les rejoindra ultérieurement.

Ouverture en sep­ tembre du bureau genevois de l’Union Helvetia.

L’organe de l’Union, «Union Helvetia», originellement publié entre une et trois fois par mois, devient journal hebdomadaire.

Lors de la première Exposition profes­ sionnelle suisse de l’industrie hôtelière à Berne, Union Helvetia décroche la médaille d’or de l’exposition d’art culinaire.

1909

1902

1901

1910

1903

Union Helvetia conclut un accord avec l’Association suisse des hôteliers sur la conduite des examens des apprentis.

L’Ecole hôtelière suisse ouvre ses portes au nouveau siège de l’Union, rue Sempach à Lucerne, et compte 164 étudiants lors de son premier se­ mestre. Enthousiaste, le secrétaire général Hermann Bieder écrit à propos des locaux de formation dont l’Union est propriétaire: «L’employé d’hôtel est désormais un professionnel qui peut à bon droit refuser la domesticité qu’on lui imposait ici comme ailleurs. Notre école professionnelle est appelée à devenir un havre de l’intelligence dont la force rayonnera dans le monde du personnel hôtelier.»

1899

Parution du sup­ plément mensuel «Hotel­Industrie und Kochkunst», prédé­ cesseur de «Hotel­ lerie» qui deviendra plus tard le magazine «Food & Beverage», aujourd’hui «Hotel­ lerie et Gastronomie Magazin».

1911

Fête des 25 ans de la fondation de l’Union.

1917

Les résultats de l’enquête suscitent une grande attention dans toute la Suisse, et creusent les fondations d’une future amélioration des salaires et des conditions de travail. Union Helvetia est chargée de coor­ donner les efforts en vue de la création d’un contrat collectif.

1918

Rudolf Baumann donne l’impulsion à la fondation de la Fédé­ ration des sociétés suisses d’employés (FSE), dont il devient le premier secrétaire général. Les sociétés les plus importantes y sont la Société suisse des employés de com­ merce (SEC) et Union Helvetia.

1925

La Commission Suisse de formation professionnelle (CSF) est créée (elle deviendra par la suite Hotel & Gastro formation). La CSF planifie et coordonne les efforts des parte­ naires de la branche en matière de formation de base et formation continue. L’Union y participe en tant que représen­ tant des employés.

1919

1932

La Caisse commune d’assurance chômage pour l’hôtellerie et la restauration (PAHO) est créée. Selon les chroniqueurs, c’est «un signe réjouis­ sant que la Société suisse des hôteliers et l’Union Helvetia sont de plus en plus soucieux de régler les problèmes par des efforts communs».

L’Assemblée des délégués remanie l’organisation et pose de nouveaux principes associatifs. Union Helvetia s’intitule désormais «Confédé­ ration des employés suisses d’hôtels et de restaurants». Les membres féminins sont dorénavant admis, ainsi que les étrangers, toutefois à certaines conditions.

1933

1928

Fondation à la Sorbonne, Paris, de la Fédération mondiale des sociétés de cuisiniers (WACS), avec un soutien massif des cuisiniers suisses. Le pape de la cuisine française Auguste Escoffier, âgé alors de 81 ans, est le pre­ mier à être élu à la présidence d’honneur.

1920

Après d’âpres débats et des menaces de grève, la première convention collective de travail du pays est ratifiée grâce à l’intervention du Conseil fédéral. Il est valable jusqu’en 1921, sans clause de renouvellement.

La Confédé­ ration pro­ mulgue la Loi sur la formation professionnelle. Les apprentissages de cui­ sinier et de serveur sont introduits; suivront ceux de cuisinière et fille de salle.

1916

Après consultation, la Société suisse des cuisiniers est créée en mai. C’est la première société issue d’Union Helvetia; en septembre, la Société suisse du personnel de service suit; toutes deux deux deviendront plus tard les sociétés professionnelles que l’on connaît aujourd’hui.

A la mort de Her­ mann Bieder, Rudolf Baumann lui succède comme secrétaire général de l’organi­ sation. Non issu de la branche, mais de l’administration, Baumann aborde les problèmes sans idée préconçue. Il fait paraître une étude générale de la situation sociale et économique du per­ sonnel de la branche, fondée sur des bases scientifiques.

1936

1921

Une Assemblée extra­ ordinaire des délé­ gués est convoquée suite à un mouvement massif d’opposition à l’orientation syn­ dicaliste prise par l’Union. Les délégués maintiennent les sta­ tuts de 1919, et élisent Eugen Scheech comme président de la direction générale (il restera 37 ans à la tête de l’Union, et sera nommé pré­ sident d’honneur en 1958 en récom­ pense de ses mérites exceptionnels).

L’Ordonnance sur les pourboires entre en vigueur. Elle couvre toutes les profes­ sions rétribuées en fonction du chiffre d’affaires comme ser­ veur, employé d’étage, concierge ou portier – d’autres dispositions régissent les salaires des cuisiniers et du personnel de bureau. En ce qui concerne la cuisine, de nom­ breuses conventions locales et régionales existent en ce temps­ là, auxquelles l’Union est souvent partie.

1944

Achat de l’Hôtel Montana à Lucerne. Il devait à l’origine servir de résidence pour les cuisiniers retraités.

1945

La Seconde Guerre mondiale a renforcé au sein du personnel de la branche la conscience que l’individu n’est rien sans le soutien de la communauté. Des campagnes d’information ont permis d’élever le nombre de membres à 8680 en 1945 – elle en comptait 5461 en 1940. Elle fait également face à un solde négatif de 100 000 francs.


iV

cahier spécial

H etGH

Lausanne, le 14 décembre 2011

une trajectoire qui va d’axenstein à alexandrie

contexte: la fin du 19e siècle connaît un boum économique. grâce au chemin de fer, voyager est à la mode dans la haute société de l’époque, engendrant l’essor de l’hôtellerie. de plus en plus de personnes travaillent dans le secteur, pas toujours dans les meilleures conditions. les bons postes reviennent souvent aux étrangers, une réalité qui donnera naissance à union helvetia – ancêtre d’hotel & gastro union. encore puissantes en 1848 deviennent le sym­ bole d’une politique économique défaillante. Du point de vue politique on laisse libre cours à l’exercice de la concurrence. L’Etat a comme seuls devoirs de soutenir l’essor de l’économie, de combattre les excès flagrants et de veiller à la sécurité («Etat veilleur de nuit»). La Berne fé­ dérale ne réunit alors qu’un faible nombre d’em­ ployés et le rôle de Conseiller fédéral est un tra­ vail très tranquille si on le compare à l’activité déployée de nos jours. D’un côté il y a la théorie, de l’autre la pra­ tique. Et, de toute évidence, il y a quelques gros problèmes. Dans les années 1860, une météo désastreuse précipite le monde agricole dans une situation difficile. Et l’alcoolisme est un mal qui s’étend dans la paysannerie («Dursli, der Branntweinsäufer» de Jeremias Gotthelf fait un portrait saisissant de cette misère). En 1866, la Confédération proclame son premier ar­ rêté fédéral, encore bien timide. Le maître­mot de l’idéologie en vogue: «Hilfe zur Selbsthilfe» (aide à l’autonomie). Dans l’économie également, on commence à se rendre compte qu’on a besoin de garde­fous, pour éviter les mauvais traitements. Les Gla­ ronnais sont les premiers à établir une loi d’en­ treprise, qui règle les conditions de travail dans les fabriques. Autre développement majeur: la construc­ tion des villes. Avec l’afflux de personnes, le sec­ teur du bâtiment connaît une activité des plus intenses. L’hygiène est toutefois très précaire, mais certains développements offrent de nou­ velles conditions. L’accès individualisé à l’eau dans les maisons et les appartements, l’arrivée du gaz, et le traitement organisé des déchets et des égoûts placent l’évolution urbaine sur de meilleurs rails.

Chaque membre reçoit les statuts en 2 langues (D/F). Les cotisations annuelles sont ainsi quittancées.

I

l est concierge de l’hôtel Axenstein, lieu de cure près de Brunnen (SZ) avec le Rütli en point de mire. Lui, c’est Caspar Asch­ wanden. Avec d’autres collègues du même éta­ blissement, il compte sur le soutien du patron, Ambros Eberle, pour créer une «Hülfs­Verein» (société d’aide). Caspar Aschwanden a fait plu­ sieurs tentatives. La troisième est la bonne, don­ nant lieu à la création de l’«Union Winkelried» en date du 8 octobre 1886. Caspar Aschwanden en est le premier secrétaire et Ambros Eberle le premier président. Peu de temps après, paraît la première édi­ tion du journal de la société. Le caractère vindi­ catif, nationaliste et germanophobe des termes utilisés par Caspar Aschwanden dans ses ap­ pels à la création de la société, n’y trouve qu’un faible écho, comme on peut également le voir dans les statuts et la politique de la sociéte qui en découle. Le nom «héroïque» de la société est même remis en question en 1887. L’«Union Win­ kelried» devient l’«Union Helvetia» avec comme sous­titre «Organe de l’Association Suisse des Employés d’Hôtels». Et les patrons de quitter ra­ pidement le siège du comité central. Ce qui n’est pas sans conséquence: au succès rapide d’après la fondation succède le chaos dans la mesure où la société n’a pas été définie du point de vue idéo­ logique. «Société d’aide», voilà qui est clair pour tout le monde, mais jusqu’où doivent aller les re­ vendications sociales, pour ne pas dire syndi­ cales? Une question qui agite les esprits jusqu’à aujourd’hui et qui dans l’histoire a toujours créé des remous. Or en 1886, cette question me­ nace l’organisation dans son existence même.

des personnes va de soi, elle n’en pose pas moins problème compte tenu de l’absence de filet so­ cial et d’une bureaucratie limitée. Nombreux sont les Suisses qui dans cette situation cherchent la solution dans l’immi­ gration. Londres, Paris, et des destinations au­ tour du bassin méditerranéen laissent espérer de bons salaires. Des cohortes de travailleurs partent à l’automne pour gagner de l’argent et accumuler de l’expérience. Mais un travail en Egypte – au Caire ou à Alexandrie – doit valoir la peine: vers 1900, le traversée en bateau sur le «Prinz Heinrich» de Gênes à Port­Saïd coûte en­ viron 85 francs , et ce en 3e classe, l’équivalent là encore du salaire mensuel moyen en Suisse. Beaucoup voyagent à leur propre compte pen­ dant que d’autres recourent à des bureaux de placement très coûteux. Les conditions de travail sont loin d’être confortables. L’employeur s’occupe de la nour­ riture et du logis, en se souciant logiquement de dépenser le moins possible en la matière. Les habits de travail sont payés par l’employé lui­ même, ce qui représente une lourde charge fi­ nancière. Quant au temps libre, c’est un mot qui n’existe pas. La saison intermédiaire doit suffire, à savoir ce laps de temps où l’employé de retour à la maison attend l’entame de la saison esti­ vale. Il faut dire également que des maladies me­ nacent la santé, parmi lesquelles la phtisie plus connue sous le nom de tuberculose. Sans filet social étatique, les assurances maladie et acci­ dent ne sont accessibles que de manière privée et à grand frais.

L’Union genevoise

Parmi les employés, on a déjà fait des tenta­ tives pour s’organiser. L’organisation la plus importante est l’Union genevoise de 1877. Elle Aide-toi toi-même! est organisée à l’échelon international et re­ groupe surtout des garçons de café. Elle se re­ Alors que l’économie est pleine effervescence, trouve toutefois sous pression compte tenu du la politique sommeille. Le droit au référen­ nationalisme régnant exacerbé par «la peur de dum lancé en 1874 aboutit à une impasse poli­ l’étranger». Les fondateurs de l’Union discré­ tique. Les propositions d’unifier les chemins de ditent l’Union genevoise, qu’ils réduisent à une fer, d’introduire une assurance­maladie et ac­ association de garçons de café allemands. Une cidents, et bien d’autres objets encore, se voient conception qui ne sera pas celle des fondateurs tous refusés lors des votations populaires, et ce d’Union Helvetia. Ils veulent placer l’ensemble de 1880 jusqu’à 1900. Il devient dès lors évident du personnel sous une seule bannière idéolo­ que les contemporains de l’époque n’attendaient gique et nationale. «Nous sommes democra­ pas grand­chose de l’Etat. tiques et sans arrière­pensées», est un refrain «Nous ne devons pas chercher de l’aide hors entonné par beaucoup. C’est dans ce climat que Dans les cinq premières années, le nombre de de notre cercle, mais parmi nous.» Ou encore: l’impulsion de Caspar Aschwanden va trouver membres augmente à peine. On les décourage ou «Si nous ne savions pas nous entraider, personne un large écho. Ainsi commence l’histoire d’Ho­ alors on les exclut directement, le journal asso­ ne le ferait à notre place.» C’est là l’état d’esprit à tel & Gastro Union. ciatif devient le lieu où les querelles s’expriment. l’œuvre dans les pages du journal «Union Helve­ tia», juste reflet de ce qui se dit à l’époque. Dans Par-delà les montagnes les années 1880, les organisations d’entraide poussent comme des champignons: les coopéra­ Il est intéressant de se demander pourquoi tives agricoles et divers instituts bancaires sont l’appel de Caspar Aschwanden a connu un tel deux exemples parmi d’autres. écho, et comment comprendre ses mots dans le contexte historique. Aujourd’hui , avec le recul, Tourisme: nombreux étrangers l’époque est considérée comme un âge d’or éco­ nomique; elle était toute autre du point de vue Ce qui vaut pour l’économie, vaut également de ses contemporains. L’ultime décennie du pour le tourisme: une croissance effrénée. Entre 19e siècle donne lieu à une forte industrialisa­ 1880 et 1900, le nombre de pensions et d’hôtels tion et au développement des services alors que double en Suisse. Dans le même temps, le besoin la Suisse jusqu’ici a une vocation agricole. Des de nouvelles forces de travail augmente. Pro­ hommes et des femmes, en provenance de can­ blème: la pénurie de personnel qualifié. Le sys­ tons agricoles, pauvres et catholiques, affluent tème scolaire est à ses balbutiements. Le recru­ dans les villes, où un travail leur semble pro­ tement du personnel se fait directement dans les mis. Il est probable que ce mouvement des cam­ zones rurales où l’on accorde peu d’importance pagnes vers les villes ait été renforcé par une à la formation scolaire. Dans le canton des Gri­ mobilité croissante. En première ligne, le déve­ sons par exemple, les enseignants mal payés «se loppement des chemins de fer, avec des quais qui transforment» souvent en travailleurs saison­ fleurissent dans tout le pays, également ouvre niers dans les hôtels pendant l’été. De plus, les des possibilités au tourisme. A cela s’ajoutent coûts pour un apprentissage sont hors de prix les remontées mécaniques et les bateaux, favo­ pour l’époque. Vers 1890, un temps de formation risant les déplacements de l’homme «moderne». de deux ans coûte 500 francs à une famille, dont le salaire mensuel moyen se situe vers 80 francs. L’Etat veilleur de nuit Il n’est pas étonnant que les postes nécessitant de bonnes qualifications reviennent aux étran­ Sur le plan de la politique économique, on loue gers. Les Français à la cuisine, tandis que les Ita­ Caspar Aschwanden, concierge la liberté de commerce et d’activité. Et toute or­ liens, les Allemands et les Autrichiens dirigent du «Axenstein», a donné vie à l’organiganisation visant à limiter l’esprit de concur­ le service. Près d’un quart des 24 000 employés sation professionnelle nationale. rence s’apparente au diable. Les corporations en Suisse sont étrangers. La libre circulation


Lausanne, le 14 décembre 2011

1946

L’Assemblée des délégués décide d’un changement de nom symbolique: la «Confé­ dération des employés suisses d’hôtels et de restaurants» s’appellera désormais «Confédération suisse des employés d’hôtels et de restaurants»; le changement indique la nouvelle direction prise par l’Union, qui n’accueille plus seulement les Suisses, mais toute personne travaillant dans la branche – les étran­ gers sont dorénavant accueillis sans réserve. Une catégorie parti­ culière, sans droit de vote, est créée pour les étrangers travaillant de manière périodique en Suisse. Elle sera abrogée en 1951.

Début de la nouvelle formation «chef en restauration avec brevet fédéral», reconnue par la Confédération.

2005

Début de la nouvelle for­ mation de base en trois ans «spécialiste en res­ tauration avec CFC», à l’élaboration de laquelle la Société de la restau­ ration a énormément contribué entre 1999 et 2004 en commun avec les partenaires sociaux.

2003

Introduc­ tion de la formation de base commerciale en trois ans dans la branche suisse hôtellerie­tourisme­res­ tauration. La formation ouvre la porte à une carrière hôtelière dans l’accueil.

V

1960

les

1959

mile stones

La section «Angle­ terre» est officielle­ ment supprimée.

1950

La section «Cui­ siniers d’hôpital» rejoint la Société suisse des cuisiniers.

1954

La Conven­ tion collective plurirégionale régit désormais les conditions de travail dans les régions jusqu’alors dépourvues de convention collective.

de l’union

1947

Début d’une nouvelle ère dans les condi­ tions sociales régissant la restauration. La «Convention collective multi­villes» régit les salaires et les conditions de travail dans la branche à Zurich, Berne, Bâle et Lausanne. Elle améliore rapidement la position des employés au niveau social et sous l’angle du droit du travail dans ces villes, et ouvre la voie à la conclusion d’autres conventions analogues dans le reste du pays.

Le siège de la Société des cuisiniers est déplacé de Lausanne à Lucerne. Norbert Schmidiger débute en tant que secrétaire titulaire (aujourd’hui directeur). Les sections de l’Union compteront jusqu’en 2004­2005 des sections de la Société suisse des cuisiniers à Bâle, Berne, Bienne, Genève, Lausanne, Lugano, Lucerne, St­Gall et Zurich.

2000

Après 114 ans, «Union Helvetia» devient «Hotel & Gastro Union».

2006

Première jour­ née commune des Sociétés profession­ nelles de l’accueil et de l’intendance. Les thèmes abordés sont l’amélioration de la collaboration et la compréhension mutuelle des deux groupes profession­ nels dans le quotidien de l’hôtellerie.

2005

Début de la nou­ velle formation de base «spécialiste en hôtellerie», à l’éla­ boration de laquelle la Société de l’inten­ dance a participé en collaboration avec les partenaires sociaux entre 1999 et 2004. En parallèle débute la nouvelle formation de base en deux ans «employé(e) en hôtel­ lerie», couronnée par une attestation fédérale.

1977

Karl Eugster débute son mandat de secrétaire central de l’Union Helvetia à Lucerne.

Les cuisiniers diété­ tiques rejoignent la Société des cuisiniers.

Le 1er juillet, la semaine de 5 jours est introduite dans la branche de l’hôtel­ lerie­restauration. Une innovation rendue possible par la Convention collective nationale de travail, à l’élaboration de laquelle l’Union a contribué.

Introduction de la nouvelle spécialisation «cuisinier en hôpital et en home».

1993

Début de la nou­ velle formation «cuisinier en restauration avec brevet fédéral».

2002

Fondation de «Tra­ vail.Suisse». L’union faîtière syndicale compte quelque 160 000 membres, et est née de la fusion de la Confédération des syndicats chrétiens­ nationaux avec la Société des employés de commerce (SEC), à laquelle Hotel & Gas­ tro Union appartenait jusqu’alors. Travail. Suisse représente les intérêts des sociétés professionnelles à Berne.

1997

1995

Lancement du journal de branche «Expresso» dans un format tabloïd alors révolutionnaire. L’édition est refon­ due en GastroNews. «eXpresso» succède à l’organe de l’Union «Union Helvetia» après près de 100 ans d’existence.

Introduction de la formation de responsable de l’accueil et de l’administration en hôtellerie avec brevet fédéral; la branche dis­ pose désormais d’une filière certifiée par la Confédération pour les carrières dans l’accueil et au back office.

2006

2007

60 266 saisonniers étrangers travaillent dans la branche suisse hôtelière, contre 20 600 en 1951. La brochure commé­ morative publiée en 1961 évoque l’oppo­ sition impuissante contre la «surpopula­ tion étrangère».

1961

L’Union fête ses 75 ans d’existence, et compte 12 000 membres. Une pla­ quette est publiée à l’occasion de l’anniversaire.

1986

1964

La section «Amé­ rique» est officielle­ ment supprimée.

1987

1985

1983

1993

H etGH

cahier spécial

Première journée commune des Sociétés professionnelles de l’accueil et de l’intendance. Les thèmes abordés sont l’amélioration de la collabo­ ration et la compréhension mutuelle des deux groupes professionnels dans le quoti­ dien de l’hôtellerie.

2009

1987

Rénovation du bâtiment de l’Ecole hôtelière suisse de Lucerne (SHL) sur le flanc sud de l’Hôtel Montana, et réou­ verture la même année.

1989

Les sections «res­ tauration collective» et «pâtisserie» sont créées au sein de la Société des cuisiniers.

2010

La CCNT 2010, à laquelle Hotel & Gas­ tro Union a apporté sa contribution, introduit plusieurs améliorations: dès le mois d’octobre, les employés de la branche ont enfin cinq semaines de vacances, et la forma­ tion de base comme la formation continue leur est payée. Dès le 1er janvier 2012, le 13e salaire pour tous dès le premier jour de tra­ vail entre en vigueur.

L’Assemblée des délégués vote l’in­ clusion des boulangers au sein d’Hotel & Gastro Union. La Société suisse du personnel de boulangerie­pâtis­ serie­confiserie (SPBPC) devient la cinquième société professionnelle de Hotel & Gastro Union, ce qui ouvre les portes aux autres métiers de bouche.

Urs Masshard suc­ cède à Karl Eugster après 30 ans à la tête de l’Union. Le direc­ teur sortant d’Hotel & Gastro Union est ovationné et son engagement de longue durée et ses mérites sont honorés.

2009

L’Assemblée des délégués vote le changement de nom de la Société professionnelle Hôtel­ lerie­intendance. Le nouveau nom reflète la formation totalement revue et nouvellement réglementée de la profession.

A voir également sur www.hotellerie-et-gastronomie.ch/jubilaeum: des extraits d’éditions anciennes, les plus belles cartes de menus de la collection de Hotel & Gastro Union + les galeries photo des festivités du 125e anniversaire.

1988

Les salaires et l’éga­ lité entre hommes et femmes progressent de concert. Le 1er novembre, le salaire minimum pour tous les employés de la branche suisse de l’hôtellerie­restau­ ration est introduit, indépendamment du sexe. Les salaires des cuisiniers/cuisi­ nières, auparavant régis par des dispo­ sitions régionales ou cantonales, sont soumis à la CCNT, à l’élaboration de laquelle l’Union a contribué.

2010

Début de la nouvelle formation de base en trois ans «cuisinier/ cuisinière avec CFC», à laquelle la Société des cuisiniers a énor­ mément contribué; à l’interne, on parle simplement de «Cui­ sinier 2010».

2011

Première parution de «Hôtellerie et Gas­ tronomie Hebdo» le 9 juillet, après seize ans d’«eXpresso». Les magazines profession­ nels d’Hôtellerie et Gastronomie Edition (ex­GastroNews) reçoivent à leur tour de nouveaux looks et de nouveaux noms.

2011

L’«Union» fête son 125e anniversaire lors d’une grande fête à l’Hôtel Art Deco Montana à Lucerne eti par de nombreux événements décentralisés organisés par les régions.

informations rassemblées par rosaria pasquariello et marc benedetti


Vi

cahier spécial

H etGH

Lausanne, le 14 décembre 2011

sur le chemin de la meilleure formation possible «Union Helvetia», 18.8.1927

Qu’est-ce qu’un salaire? Le constructeur automobile et multimillionaire américain Henry Ford, connu pour son empathie envers les travailleurs, propose dans son livre, «The Ford Indus­ tries», une excellente définition du mot «salaire»: «Le salaire a quelque chose de sacré; il constitue les foyers et les familles et détermine les destins. On doit le traiter avec le plus grand soin. Dans les livres comptables, il n’est qu’un chiffre mais dans la vie, au dehors, le salaire signifie du pain, du charbon, des enfants bien nourris et bien éduqués, du confort et de la joie. Tous les employeurs devraient com­ prendre ces mots et apporter par le salaire confort et bonheur aux familles. De la même façon, tous les employés doivent aussi utiliser leur salaire pour le bien et le bonheur des leurs.»

×

«Union Helvetia», 20.2.1902

pris au piège à souris Un malheur est arrivé lors d’un repas de fête à Sully dans le Loiret (F): le cuisinier a touché un piège à souris contenant de l’arsenic et a empoisonné l’assemblée avec la sauce du poisson. Les hôtes qui ont bu du lait chaud ont été sauvés. Un jeune hôte, qui ne vou­ lait boire que de l’eau chaude, est décédé.

×

«Union Helvetia», 4.1.1912

conseils aux immigrants Un certain P. Blatter, résident au Texas, conseille les immigrants suisses sur la côte Est des Etats­ Unis. «Dans cette branche (l’hôtel­ lerie), la pays n’a rien à offrir sinon comme cuisinier et serveur, et ce n’est pas mieux ailleurs», écrit­il. Le salaire s’élève à 30 dollars par mois, soit 150 francs, et le logement, la lessive et la nourriture ne sont pas pris en charge. La chambre coûte entre 2 et 3 dollars par semaine, la lessive 1 dollar. «Serait bien avisé celui qui emmène une telle femme dans ses bagages, plutôt que de compter sur une Américaine; ces dernières sont le plus souvent de mauvaises ménagères, et prendre une domestique pour la lessive et la couture n’est pas dans les moyens d’un serveur.»

×

«Union Helvetia», 16.1.1902

un mariage et ses suites Cela se passe lors d’un mariage au tournant du siècle à Berlin, qui vire à la cacophonie. Le méfait: une robe s’enflamme involontairement. Là­ dessus, le père de la victime balance une gifle sur le visage du respon­ sable à la suite de quoi deux camps se forment et la soirée tourne à la bagarre générale. Aucun verre, aucune chaise, ne sont épargnés et l’on dénombre plusieurs blessés légers.

une meilleure formation pour les employés d’hôtels suisses. voilà qui était déjà à l’origine d’union helvetia en 1886. or le chemin pour une bonne formation professionnelle et une bonne formation continue allait s’avérer plus escarpé que ce que les fondateurs avaient prévu. retour sur l’évolution accomplie depuis les débuts jusqu’au concept actuel d’une formation professionnelle globale.

C

’est une chose d’en parler, une toute autre de le faire. Cette expression bien connue, les fondateurs d’Union Helvetia ont dû en faire l’expérience. A la création de l’Union en 1886, ils écrivent sur leur bannière qu’ils veulent aider professionnellement les employés suisses de la branche, afin de pouvoir exister face à la concurrence étrangère. Le besoin d’agir ne souffre aucune contestation: «La plupart des gar­ çons de café proviennent de la classe ouvrière et des classes les plus basses», peut­on lire dans le journal de l’Union en l’an 1891. Il y aurait deux catégories, «les appliqués et les intéressés à l’ar­ gent.» L’on y rapporte également d’autres rivali­ tés: «Les garçons d’hôtels veulent se distinguer des serveurs de restaurants.»

«Un maigre matériel» Dix ans plus tard, on n’a toujours pas de re­ mède: «On manque cruellement de person­ nel capable et bien formé», peut­on lire en date du 6 février 1902. «Nous autres, les Suisses, sommes faiblement ‹équipés› en serveurs. Le nombre de serveurs que l’on peut prendre en considération est faible. Pour quelques serveurs suisses de qua­ lité, nous avons un grand nombre d’employés moyens voire faibles. Une meilleure formation professionnelle, des possibilités concrètes de progression et de meilleures perspectives se­ raient souhaitables.» Or, plusieurs années passent encore avant que quelque progrès ne se manifeste. Il est vrai qu’en 1895 déjà, des négociations sont en cours entre l’Union et la Société des hôteliers, mais ce n’est qu’en 1900 qu’on note un premier succès. Le jour­ nal «Union Helvetia» annonce que la So­ ciété des hôteliers aurait promis 500 francs pour que l’Union prenne en charge la mise sur pied d’examens d’apprentissage de cuisinier. L’Union y va d’une proposition: les apprentis doivent avoir entre 16 et 18 ans, suivre deux ans d’apprentissage au même endroit, et reçoivent un maximum de 500 francs payés en deux fois pendant leur temps d’apprentissage, avec des examens en automne et au printemps. La So­ ciété des hôteliers refusera les deux ans d’ap­ prentissage dans le même établissement de même que le projet d’un contrat d’apprentis­ sage unique, et diminue l’âge d’entrée à 15 ans.

Concept global

Cuisinier: quelles aptitudes? Les exigences pratiques sont fixées: découper les différents morceaux de viande, le poulet, le gibier, etc., désosser les différentes viandes, dé­ couper les poissons, préparer un dîner et des plats particuliers sous l’œil des experts, prépa­ rer les différentes sauces au beurre, dresser et garnir, et faire preuve d’une habileté manuelle en général. Sur le plan théorique, outre les cuis­ sons, il faut savoir concevoir un menu, calculer son coût, et l’écrire sans faute. En l’an 1903, un accord entre les parties est conclu. Il n’en faut pas moins de la patience. Bientôt émergent des idées pour une école hôtelière. En 1890 déjà, les premiers plans en la matière sont élaborés. Toute seule, l’Union n’est guère entendue par la Confédération. Les pétitions de l’Union pour subventionner et soutenir de telles écoles sont refusées. Il n’est pas étonnant que la Suisse ac­ cuse un sérieux retard dans le domaine de la formation, comme en témoigne le regard porté au­delà de nos frontières. A Vienne, la «Verei­ nigte fachliche Fortbildungsschule der Genos­ senschaften der Gastwirte und Teesieder» cé­ lèbre son succès, avec en l’an 1900, près de 1900 élèves dans ses rangs. L’Union quant à elle doit attendre 1909 pour voir fondée l’Ecole hôte­ lière de Lucerne (SHL).

Des formations officielles La prochaine étape significative dans l’histoire

bien plus attractives. Il est vrai que le tourisme connaît un bel essor, mais l’organisation des métiers à l’œuvre dans les palaces commence à chanceler. Autrefois, il y avait au moins 50 métiers dans toutes sortes de catégories, de di­ recteur d’hôtel à «celle qui fait le café», de l’in­ fluent concierge au serviable liftier. Pour re­ médier à ce problème, la branche importe de la main­d’œuvre bon marché, et la branche s’internationnalise à nouveau. A la suite de la Première Guerre mondiale, la pénurie de per­ sonnel qualifié avait été couverte par des gens du cru; ce qui n’est pas le cas après la Se­ conde Guerre: des étrangers, formés ou non, viennent boucher les trous. Une commission paritaire pour les ques­ tions liées à l’émigration et l’immigration dans l’hôtellerie­restauration est mise sur pied. Le statut de saisonnier couvrira les besoins saisonniers de l’hôtellerie, telle est l’intention de la commission avec des mesures dont le but est de sauver l’hôtel­ lerie traditionnelle et de faire baisser la pression salariale. On sait aujourd’hui que cela revenait à se tirer une balle dans le pied. Très vite, la proportion des étran­ gers travaillant dans la branche atteint les 65%. De plus, avec les bas salaires pro­ posés, les métiers de l’hôtellerie­restauration n’exercent plus aucun attrait auprès de la jeu­ nesse suisse. Karl Eugster, secrétaire général de l’Union de 1977 à 2007, résume clairement la situation qui a cours de 1950 à 1970: «On remplace systématiquement des Suisses quali­ fiés par des étrangers qui ne le sont pas.» Avec des conséquences dommageables sur la qualité. Les mesures publicitaires engagées dans les années 50 pour stimuler l’emploi des autoch­ tones ont très peu d’effets. En témoigne le film «Weite Welt» (Monde lointain – voir encadré ci­contre), qui disparaîtra vite dans les ar­ chives. Quant au changement de système en vertu duquel les apprentis touchent un sa­ laire plutôt que de devoir payer leur forma­ tion, il ne provoque pas de déclic particulier.

de l’Union a lieu en 1925. La nouvelle commis­ sion professionnelle pour la restauration reçoit la mission de s’occuper de toutes les questions relevant des connaissances d’apprentissage et d’examens ainsi que de la relève. C’est une commission paritaire, composée d’organisa­ tions d’employeurs et d’employés. Dans les archives liées à l’anniveraire de l’Union en 1961, on fait grand cas de cette com­ mission, ancêtre de ce qui est aujourd’hui Hotel & Gastro formation. «Cette commission a joué un rôle décisif par la mise sur pied de nouvelles formations professionnelles et leur implantation, mais aussi par sa politique axée sur la relève.» En 1933, la Confédération introduit la pre­ mière loi sur la formation professionnelle; il s’ensuit un statut juridique pour les cuisiniers et des serveurs, plus tard pour les cuisinières et les serveuses. La Seconde Guerre mondiale et la haute conjoncture font qu’il est plus difficile pour la branche de trouver une relève. Les métiers de l’hôtellerie et de la restauration, comme l’ont montré les conflits mondiaux, sont plus tou­ chés par la crise, et d’autres professions restent

On est à la recherche de bonnes idées... Dans les années 80, l’histoire connaît un coup d’accélérateur. Avec l’apprentissage en trois ans dont la Confédération fixe les conditions­cadres. Pour Karl Eugster, c’est là une chance qu’il vaut la peine de sai­ sir. La matière de formation et d’examen est to­ talement réorganisée. La formation et les dif­ férentes sociétés professionnelles se placent sous le mot d’ordre «eine Lehre, ein Beruf, ein Berufsverband» (une formation, un métier, une société professionnelle). «La prolongation du temps de formation nous donnait l’occasion d’étendre les contenus des métiers et d’amélio­ rer leur qualité», relève Karl Eugster. Les quatre formations – Cuisinier, Restauration, Intendance­hôtellerie et Ac­ cueil – devaient ainsi couvrir l’ensemble de la branche. «Une formation de cuisinier de­ vait contenir l’ensemble de ce qui joue un rôle dans la profession.» Plus une formation est large, plus la réflexion l’est aussi, et moins on se spécialise, avec dès lors une plus grande in­ dépendance au sein de chacune des spécialisa­ tions. Il faut mettre beaucoup d’énergie pour convaincre, comme le rapporte Karl Eugs­ ter: «Nous devions convaincre même les re­ présentants de l’Intendance­hôtellerie de ne pas se définir par les tâches, mais par le pro­ duit. C’est ainsi que les employés de l’inten­ dance travaillent à créer une atmosphère ac­ cueillante dans les lieux d’hébergement. Ils ne nettoient pas plus que ne le fait un cuisinier ou une cuisinière.» L’évolution des examens professionnels après l’apprentissage permet également de baser la grille salariale fixée dans les conven­ tions collectives de travail, non plus en fonc­ tion des métiers et du sexe, mais de la forma­ tion. Un modèle qui selon Karl Eugster reste et restera performant: «C’est un concept gé­ néral qui répond bien aux exigences du modèle des trois cercles, de la libre circulation des per­ sonnes dans l’UE, et de la pénurie de relève.» Autre date à retenir: le 1.1.2010, qui a vu l’en­ trée en vigueur de la nouvelle CCNT (Conven­ tion collective nationale de travail), et qui al­ lège considérablement la charge financière de la formation continue. Pour Urs Masshardt, ac­ tuel secrétaire général, «c’est un outil contrac­ tuel extrêmement précieux qui fait progresser la branche sur la voie de la qualité». A l’histoire de le confirmer.


Lausanne, le 14 décembre 2011

cahier spécial

H etGH

Vii

M. Glauser (à g.), directeur de l’Hôtel du Rhône, dans le rôle du chef réceptionniste.

Le «pommeau» et son jeune collègue Vincent Bossoto, figurants représentant le travail en cuisine.

La salle de séjour de l’Hôtel du Rhône (en arrière-plan, la cuisine) accueillit aussi le tournage.

il y a cinquante ans, l’Hôtel du Rhône servait de décor au tournage d’un film de pub pour l’hôtellerie-restauration L

e voile de mystère autour du film Weite Welt («Monde lointain», ndlr) du réalisateur Kurt Früh, retrouvé dans les archives de Hotel & Gastro Union, se dissipe peu à peu. Président d’honneur de la Société suisses des cuisiniers, Vincent Bossotto y était, et se souvient des condi­ tions du tournage à Genève.

Durant longtemps, il semblait que personne ne fût au courant de l’existence de ce film découvert dans nos archives de l’Hôtel Montana. Mais la vie fournit parfois de ces «twists» dont même le moins regardant des scénaristes ne voudrait pas... Reprenons au début. Un jour du printemps 2011, nous montons aux archives de Hotel & Gastro Union, afin de chercher des documents susceptibles de nous en dire plus long sur l’histoire de l’Union Helvetia et de son ava­ tar. Nous découvrons surtout des photos; en particulier trois caisses en bois contenant des négatifs de verre des années 20, une col­ lection de cartes de menus et plein d’autres choses intéressantes. Mais nous n’avons aucune idée de ce que nous allons découvrir dans une boîte de carton posée sur une étagère: une bobine de pellicule avec l’aver­ tissement de ne pas projeter ce film avec un projecteur pour film muet, mais avec un appareil sonore. Le film est­il encore en état d’être visionné? Après quelques recherches,

nous nous retrouvons avec la bobine chez «Lichtspiel» à Berne, une fondation dédiée à la conservation des films. Et surprise! Bien que traversé d’un trait rouge, le film est encore parfaitement visible. Il s’agit en l’occurence d’un film tourné par le célèbre réalisateur suisse Kurt Früh, auteur, entre autres, de films comme Boulangerie Zürrer ou Le policier Wäckerli. Weite Welt, c’est son titre, se sert du pré­ texte d’une histoire d’amour pour présen­ ter les métiers de la restauration. Divers indices semblent indiquer que le filme aurait été tourné vers 1958 – les collabo­ rateurs cités au générique sont les mêmes que sur Boulangerie Zürrer tourné cette année­là. Il s’agit vraisemblablement du film publicitaire mentionné en 1961 dans les documents du 75e anniversaire, tourné vraisemblablement à l’auberge Sternen à Grosshöchstetten (BE), l’hôtel Alpina à Mürren (BE), avec des scènes également à Lugano, Weggis et probablement Nice ou Cannes. On n’en savait guère plus jusqu’il y a quelques semaines: les propriétaires actuels des établissements où se passe le film ne savent absolument rien sur son tournage. La seule mention de son exis­ tence, on l’a dit, figure dans la plaquette commémorative éditée à l’occasion du 75e anniversaire d’Union Helvetia, en 1961. On

y précise que le film vise à faire progresser l’image des métiers de l’hôtellerie, et a été réalisé grâce aux partenaires sociaux de la branche. Un appel aux informations n’avait obtenu aucun résultat. Et puis, le 30 octobre, à l’occasion d’une fête du 125e anniversaire organisée par la Région Suisse orientale, le président Joe Haldner projetait le film sur le grand écran du casino d’Herisau. Or, il se trouvait dans le public une personne présente lors du tournage – on peut même la voir à l’image! Et pas n’importe qui, puisqu’il s’agit de Vincent Bossotto, président de la Société des cuisiniers de 1988 à 2000, aujourd’hui président d’honneur. Au printemps 1955, il commençait son apprentissage à l’Hôtel du Rhône, actuel Mandarin Oriental, à Genève. «Le film a été tourné en 1956, et notre hôtel, flambant neuf et très moderne, a servi de décor pour une scène se passant dans un hôtel de Nice», raconte­t­il. Le tournage est encore parfaitement net dans sa mémoire; le réalisateur, Kurt Früh, était un homme corpulent aux cheveux gris, qui portait vo­ lontiers la chemise grand ouverte. Le tour­ nage eut lieu lors des pauses, entre 14h et 17h, en trois fois. «La cuisine tout entière et la réception étaient encombrées de cables et de grosses caméras», se souvient Bossotto. Annoncé trois jours à l’avance, le tournage

n’avait pourtant guère alimenté les conver­ sations entre les quinze personnes de la brigade de cuisine; son camarade apprenti plus âgé incarnait le chef de cuisine et le di­ recteur Glauser le chef de la réception. Chez lui, à Romanshorn où il vit avec son épouse Jacqueline depuis sa retraite, Vincent Bossotto possède un album de l’époque; de l’équipe de 1956, peu sont encore en vie – ce qui n’étonne guère après 55 ans. Après son apprentissage, il garda des contacts avec le directeur Glauser, ainsi qu’avec son chef de cuisine – ce qui ne va pas de soi. Il estime d’ailleurs avoir eu beaucoup de chance avec sa place d’apprentissage. Lui­même n’avait jusqu’alors vu le film qu’une seule fois, lors de la première au Cinéma Apollo, en automne 1956. «J’y suis allé avec ma mère.» La sortie se fit sans guère provoquer de bruit; seuls les deux rôles principaux se déplacèrent... On proje­ tait ce genre de films avant les grandes pro­ ductions, se souvient Bossotto. On ne voyait pas longtemps la cuisine, mais on pouvait très brièvement l’apercevoir en arrière­ plan. Il n’eut plus l’occasion de revoir le film, tourné en couleur même si les bobines retrouvées n’ont pu être restaurées qu’en noir et blanc – jusqu’au jubilé célébré cette année. Où il a pu lever un coin du mystère qui l’entourait.


Viii

H etGH

cahier spécial

Lausanne, le 14 décembre 2011

«Union Helvetia,» 5.1.1939

home volant L’été dernier, l’éditeur du «Beob­ achter» a publié un appel destiné à ses plus vieux abonnés (en âge), afin d’inviter 40 d’entre eux à un vol dans les Alpes avec la compagnie Swissair. Le résultat a dépassé les attentes: pas moins de 4000 per­ sonnes, hommes et femmes de 65 ans et plus, ont répondu à l’appel. A 3960 d’entre eux l’éditeur s’est vu obliger de répondre qu’ils étaient «trop jeunes». Les 40 élus, dont le plus jeune affichait 85 ans et le plus âgé 96 ans, se sont présentés à l’heure dite à l’aéroport de Düben­ dorf, pour certains accompagnés de leurs enfants, petits­enfants et arrière­petits­enfants. Deux confortables avions Douglas de la compagnie Swissair les attendaient sous la direction du commandant de bord W. Ackermann. L’addition des âges à bord: 3845 ans. keystone

La cuisine de l’Olympic, bateau jumeau du Titanic, dans laquelle Adolf Mattmann a mis la main à la pâte.

«Union Helvetia», 13.2.1913

attention contrefaçon!

adolf mattmann périt dans la mer de glace, hans lutz y échappe (sans qu’on le retrouve)

Des escargots Petits­Gris sont placés dans des maisons bour­ guignonnes et vendus comme des escargots de Bourgogne, relève le journal.

l’année 1912 voit le naufrage du titanic avec 980 employés à son bord. Qu’en est-il des suisses engagés? récit de destins contrastés.

L

e 12 avril 1912 – il y a plus de 99 ans – bot, mais également ceux qui l’ont manqué le Titanic, paquebot dernier cri de la (ayant raté le départ). Parmi la liste des 30 à modernité et du luxe pour l’époque, 40 employés manquant à l’appel sur une to­ sombre dans les eaux du pôle nord. Le jour­ talité de 980, le nom de Hans Lutz ne figure nal Helvetia s’en fait l’écho. Parmi les 1688 pas. «Il y a au moins autant de personnes victimes du naufrage, on compte qui ont prétendu avoir manqué un grand nombre de serveurs et le bateau, que de victimes du de cuisiniers, dont quelques­uns naufrage», affirme Günter Bä­ de nationalité suisse, comme bler, auteur de l’ouvrage «Reise l’indique le journal dans son édi­ auf der Titanic» (Chronos Ver­ tion du 25.4.1912. «Nos Suisses lag, Zurich, 1988), qui met en naviguent sur les mers, et sont lumière le destin des passa­ partout où s’exerce la restaura­ gers suisses et des employés du tion la plus moderne. Un grand voyage. L’ont­ils fait simplement nombre de nos professionnels et pour se rendre intéressants ou parce qu’ils espéraient en retirer membres de notre Société tra­ des avantages matériels? Le cas vaillent sur des grands bateaux de Hans Lutz ne saurait être tran­ à vapeur comme serveur ou cuisi­ adolf nier. Il ne faut donc pas s’étonner, mattmann ché. Ce que l’on sait néanmoins: Johann Jakob Lutz, fils de Sa­ que nous ayons à déplorer l’un des Le pâtissier muel Lutz, est né le 13 février 1890 nôtres parmi les victimes du paque­ d’Inwil, l’une à Rheineck. Ses parents Samuel bot de luxe ‹Titanic›. Il s’agit d’Adolf des 1688 (1856­1932) et Anna (1856­1925) et Mattmann, pâtissier.» victimes du sa sœur Rosa (née en 1885, mariée Né en 1891 à Inwil dans le can­ naufrage. avec le coiffeur Albert Flach, né en ton de Lucerne, il devient membre 1882) ont passé leur vie à Rheineck; de l’Union en août 1911. En automne, il se rend en Angleterre où par la suite il est on a cependant perdu la trace de Hans Lutz, amené à travailler comme pâtissier pour la également par le fait que Rheineck n’ac­ White Star Line, compagnie détenant le Ti­ cueille plus aucun membre de la branche tanic. «Il a été de l’équipage de l’unique et familiale. fatale sortie du Titanic, et a trouvé la mort dans l’océan.» Un second compte rendu Des employés suisses engagés à daté du 2 mai mentionne que le cuisinier tous les échelons de la hiérarchie Alexis Bochatey de Salvan en Valais a éga­ lement péri. Deux semaines plus tard en­ Autre élément dont le journal Helvetia ne se core: «Parmi les victimes, on compte éga­ fait pas l’écho: il y avait encore cinq autres lement un jeune originaire des Grisons du employés suisses sur le Titanic qui ont tous nom de Zanetti, chef de restaurant, qui a péri. Il s’agit de Johannes Vögelin­Dubach grandi à Genève. Zanetti, qui est un ne­ (Bâle), Gerald Grosclaude (Fleurier), Nar­ veu du consul général de Suisse à Madrid, ciso Bazzi (Brissago), Allessandro Pedrini (Osco) et Abele Rigozzi (Aquila). Ils tra­ A. Mengotti.» En revanche, c’est à un léger retard que vaillaient tous au service. Les deux pre­ le serveur Hans Lutz, fils de Monsieur Sa­ miers au Café Véranda, les trois derniers au muel Lutz, facteur à Rheineck (SG) doit la restaurant A la Carte. Günter Bäbler a suivi vie sauve. «Il a été engagé comme serveur avec minutie la trajectoire des huit malheu­ sur le Titanic avec deux amis, mais le jour du reux, et ce à l’appui également des lettres en­ départ, il s’est mis en retard de quelques mi­ voyées à leur parenté. «Bochatey était em­ nutes; ses deux amis sont arrivés à l’heure ployé à la cuisine comme Sous­Chef pour la eux. Et furent du voyage.» La liste exacte 1re et 2e classe et était l’un des 30 employés des passagers et des employés indique non les mieux payés sur le bateau.» Selon Gün­ seulement ceux qui sont à bord du paque­ ter Bäbler, il reçoit 10 livres par mois (ce qui

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correspond à environ 253 francs) et est le seul à être engagé comme employé régulier, Adolf Mattmann reçoit quant à lui un sa­ laire hebdomadaire, alors que les six autres sont engagés par le tenancier du restaurant. Parmi les ingénieurs et les marins, il n’y a pratiquement aucun étranger – autrement dit: presque exclusivement des Anglais. A la différence de la restauration qui voit travail­ ler une part importante d’étrangers. Bäbler attribue ce fait aux syndicats fortement im­ plantés chez les marins et les ingénieurs.

Un membre d’Union Helvetia est de l’équipage maudit Le seul membre d’Union Helvetia, Adolf Mattmann, est un typique représentant de l’ancienne génération des «Helvétiens». Il

Queenstown

New York

L’itinéraire prévu pour le voyage inaugural du Titanic en 1912. apprend le métier de pâtissier chez Karl Häberli à Lucerne, puis travaille à Fribourg pour apprendre le français, termine la sai­ son d’été au «Löwen» à Weggis LU, avant de s’expatrier en Angleterre. Il y travaille sur l’Olympic, paquebot jumeau du Tita­ nic; après deux voyages il se retrouve en­ gagé sur le Titanic par un hôtel londonien. Un engagement dont il ne reviendra pas. Le 28 avril 1912, le «Luzerner Tagblatt» publie son avis mortuaire, deux jours plus tard a lieu un service funèbre. Son corps n’a jamais été retrouvé. Opposés dans le naufrage, les destins de Lutz et Mattmann se retrouvent dans le fait que leur père et mère respectifs décédèrent la même année.

Tiré de plusieurs éditions de«Union Helvetia»

conseils santé Avec la santé humaine, il y a toujours des cas surprenants et des petits trucs pour améliorer les choses. En matière d’alimentation on trouve les conseils suivants: le céleri serait un adjuvant contre la neurasthénie (18.1.1912). L’Union cite également la «Basler National­ zeitung»: «... les gourmets seraient plus exposés que d’autres à déve­ lopper le cancer», rapporte une observatrice. Cela viendrait avant tout de leur goût pour les sauces relevées et de «l’effet combiné d’une nourriture trop fortement épicée et d’un manque d’exercice», selon une affirmation qui date de 1901. La même année, toujours sur le thème des épices: «Le cerveau, le cœur, les poumons, les reins, mais aussi d’autres organes pâtissent des effets des épices, le corps se trouve dérangé dans son ensemble quand celles­ci ne sont pas utilisées à bon escient.» L’avenir est également envisagé: «Selon un médecin fran­ çais, l’alimentation du futur se fera sous forme de pillules.» Des paroles qui datent de 110 ans. La cigarette a également droit à ses bons conseils: fumer correctement, comme le dit Dr. Max Breitling dans le journal de l’Union, ce n’est pas plus de cinq ci­ garettes par jour. «Et s’il vous plaît ne fumez pas l’estomac vide, jetez le reste et ne chiquez pas.» Autant de conseils du Dr. Breitling parus dans les pages concernant la santé publique.


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Combien laisser? La question du pourboire est une arlésienne de l’économie, y compris à notre époque du «service compris». Le sujet a toutefois perdu du caractère brûlant qu’il avait autrefois, lorsqu’il constituait l’unique salaire des employés.

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bras de fer pour un salaire équitable Que ce soit en 1890, 1935 ou en 1977, la question du pourboire alimente les pages du journal d’union helvetia, et suscite d’âpres discussions. et si le «service compris» est la règle depuis 1981, il en va tout autrement dans la pratique. historique de la question à cheval sur trois siècles.

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epuis toujours, dans les hôtels, les clients ont déposé quel­ ques pièces ou billets dans le creux de la main des emplo­ yés à leur service, et ce pour les remercier de la qualité de leur travail. Il se trouve qu’au 19e siècle, les voyageurs sont beau­ coup plus dépendants des services hôteliers qu’aujourd’hui. Les séjours à l’hôtel sont bien souvent de plusieurs semaines, ce qui suppose le lavage du linge et un service de transport. Les gar­ çons d’étage et les femmes de chambre tiennent souvent compag­ nie aux clients et le concierge est une personne de confiance. Pas étonnant dès lors que les touristes, à l’heure du départ, tiennent à remercier le personnel. Et s’il s’agit bien d’un dû, le montant, lui, n’est pas clairement défini. Il n’empêche: quand le colonialiste Cecil Rhodes, fondateur de la Rhodésie (Zimbabwe), n’accorde que 5% de pourboire, le montant est jugé «dérisoire» en Angle­ terre. Pour les employés, le pourboire est une question de sur­ vie dans la mesure où ils en ont véritablement besoin pour as­ surer leur quotidien. Une édition du journal de l’Union de 1912 mentionne qu’à l’Hotel Tzarewich à Nice, il est clairement dé­ fini qui gagne quoi quand un pourboire de 400 francs est distri­ bué: 6 francs pour le maître d’hôtel, la femme de chambre et le valet de chambre, 5 francs pour le chef de rang, 4 francs pour le commis de salle et le concierge, entre un franc cinquante et trois francs pour le sommelier d’étage, le conducteur, les chasseurs et les liftiers. La question du pourboire ne concerne pas uniquement les hôtels, mais également les restaurants. Dans les grandes vil­ les comme Londres, New York, Vienne, Berlin ou Paris, les gar­ çons de café ne reçoivent pas de salaire. Dans certains cas ex­ trêmes, ils doivent même payer quelque chose pour les tables dont ils assurent le service. La révolte gronde en 1901 alors qu’à Zurich le «Wiener Café» situé sur la Bahnhofplatz ne paie pas de salaire à ses employés, et demande à ses garçons de café de s’approvisionner eux­mêmes en allumettes et de payer les craies de billard. La formation et le logis – payés traditionnellement par l’employeur – sont également à la charge des employés, alors qu’ils travaillent au minimum 15 heures par jour (avec deux repas). Cer­ tains objectent que cette situation ne saurait être aussi mauvaise, dans la mesure où l’établissement compte quelques employés de longue date dans ses rangs. Dans d’autres pays, la pratique est dif­ férente, comme par exemple le pourboire «à l’avance», une mani­ ère de se voir accorder une bonne place au restaurant, ou encore de payer les frais de service.

Mendier son pourboire Dès le début, le pourboire est un sujet de querelles, et une vérita­ ble épine dans le pied des hôteliers. Quand les hôteliers genevois se prononcent pour supprimer le pourboire, la colère gronde chez les employés. «C’est à ce mouvement contre le pourboire que nous devons la naissance des sociétés d’employés d’hôtels en Suisse, et en particulier la création de la société genevoise en 1877», écrit un correspondant du journal Union Helvetia dans son édition du 1er janvier 1891. La problématique essentielle est clairement exprimée par un rédacteur historique du journal Hermann Bieder en l’an 1901: «Aucun hôtelier n’est prêt à remplacer le revenu du pourboire par un revenu fixe de même valeur. Voilà pourquoi nous sommes pour le pourboire.» Quelques semaines plus tard, un contributeur in­ connu a le nez creux: «Je pense tout comme vous que nombreux sont ceux qui vont encore se casser les dents sur la question du pourboire, et qu’il va être difficile, voire même probablement im­ possible, de supprimer le pourboire.» Un pas est fait en 1902 déjà: le 6 avril, la Société des voyageurs d’affaires invite la Société suisse des hôteliers et Union Helvetia à dialoguer à Olten. Elle a pour revendication que ses voyageurs paient partout le même pourboire. Il arrive souvent qu’en dé­ placement pour des raisons professionnelles, ces voyageurs aient l’impression de n’être bons qu’à être «saignés». Le problème reste entier. Fondamentalement, Union Helvetia n’est pas contre une norme unique, mais les abus existe Entre autres problèmes, il arrive que la personne qui reçoit l’argent, ne le transmette pas dans sa totalité, voire même pas du tout, ou encore que le personnel devienne véritablement cor­ rompu, ce que Bieder désigne par une attitude de «demandeur de pourboire» ou de «mendiant de pourboire». La critique porte également par rapport au donneur: «Le pourboire dans sa forme actuelle a toutes les caractéristiques de l’aumône pour celui qui donne – alors que pour celui qui le reçoit c’est un salaire gagné honnêtement.»

L’hôte: partenaire d’affaires La question du pourboire est restée d’actualité tout au long des 125 ans d’Union Helvetia et Hotel & Gastro Union. Parfois les hô­ teliers réclament sa suppression, parfois l’Union. Et la Fédéra­

tion des sociétés suisses d›employés (FSE), qui a créé l’Union en 1918 avec la Société suisse des employés de commerce (SEC), dé­ clare en 1919 exiger «la suppression du salaire au pourboire dans l’hôtellerie­restauration». De la sorte, pas à pas, on se rapproche d’une suppression ef­ fective. La répartition du pourboire est une question qui revient sans cesse lors des négociations dans le cadre des conventions collectives de travail. Et qui finit par être résolue, ce qui n’est pas toujours facile. A la fin de la CCT, il y a toujours une annexe qui traite des salaires basés sur le chiffre d’affaires. Selon Karl Eugs­ ter, secrétaire général de l’Union de 1977 à 2007, ces annexes sont si compliquées, qu’elles se retrouvent enterrées vite fait. Et ce au point où dans les années 70, le «service compris» s’impose. «Cela vient aussi du fait, qu’avec la politique généreuse envers les étran­ gers, dans les années 60 et 70, il est impossible de maintenir la vieille hiérarchie stricte de l’hôtellerie de luxe.» Pour Karl Eugster, il y a également d’autres raisons: lente­ ment, on assiste à un changement de posture. L’expression selon laquelle «le client est roi» n’est plus tout à fait juste, le client se­ rait devenu en fait un partenaire d’affaires. «Le pourboire est hu­ miliant», considère Karl Eugster. Que ce soit à la banque ou au restaurant, il dit attendre des employés le meilleur service pos­ sible, et ne voit pas pourquoi il faudrait payer une somme sépa­ rée pour une prestation somme toute parfaitement normale. Et d’ajouter que, pour un employé, délivrer une bonne prestation est avant tout une question de bonne direction du personnel, pour­ boire ou pas. Officiellement, le pourboire se trouve ainsi supprimé, et sa part intégrée au salaire; il n’en continue pas moins à faire son chemin. De la même façon, cela cesse d’être un thème pour Hotel &Gastro Union, alors que le service juridique de l’Union est sou­ vent questionné sur le sujet. Dans la pratique, on distingue trois manières de faire: dans certains établissements, la personne au service peut garder le pourboire, dans d’autres le pourboire est réparti selon le nombre d’employés. Ou enfin, c’est le chef qui l’encaisse. «En l’occurrence, la règle veut que si l’on change le sys­ tème, il faut l’accord de toutes les parties, car il s’agit d’un chan­ gement du contrat de travail», relève Stefan Unternährer, sec­ rétaire général adjoint d’Hotel & Gastro Union. Pour une plus grande sécurité, il recommande d’opter pour une hausse de sa­ laire plutôt que pour le pourboire. Qui a dit que le pourboire n’est plus un sujet d’actualité?


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remue-ménage contre les mauvais traitements

le quotidien des employés d’hôtel n’est pas une sinécure. maladie, alcoolisme, nourriture et hébergement, temps de repos et traitement de l’employeur sont des thèmes récurrents. les questions sociales occupent également les instances religieuses. l’année 1912, bonne sur le plan économique, en donne une illustration.

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as de chance! Celui qui attrape la tuber­ culose au 19e siècle, n’a plus que quelques rares années devant lui, pénibles qui plus est. Outre le manque de médicaments qui au­ raient pu favoriser une guérison, les patients «souffrent» également de soucis matériels. Il n’y a pas de caisse maladie étatique, et il n’est pas question pour un garçon de café ou une repas­ seuse d’espérer toucher un montant lié à la perte de gains. A l’heure où Union Helvetia est créée en 1886, un filet social figure dans l’offre. Celui qui tombe malade a droit à un montant lié à la perte de gains sur une durée calculée en fonction de son ancienneté de membre, durant une année au maximum. Celui qui ne survit pas à sa maladie, aura au moins l’assurance qu’à son décès sa fa­ mille touchera un montant entre 100 et 250 francs, correspondant à un salaire d’un à deux mois. Il est clair que les prestations sociales constituent un moyen d’attirer de nouveaux membres. La relative cherté de la prime est en même temps une bar­ rière sociale dans la mesure où seuls ceux qui ga­ gnent bien dans la branche peuvent se permettre d’y adhérer. Autres limites: ne pas avoir plus de 34 ans, jouir d’une bonne réputation et être un em­ ployé spécialisé de la branche. Concrètement, en l’année 1901, l’offre de l’Union contient les points suivants: assurance maladie, assurance vie, assu­ rance vieillesse et assurance invalidité, prêt d’ar­ gent sans intérêt pour les déplacements, assu­ rance incendie. Sur ce dernier point, remarquons qu’à l’époque il est fréquent que le feu se déclare dans les hôtels (Axenstein, Gurnigel Bad, Rigi Kulm, pour ne citer que les principaux), et que les employés y perdent leurs vêtements – au coût re­ lativement élevé. Ceci vaudra une pétition adres­ sée au Conseil fédéral, afin que les tenanciers d’établissements soient responsables de la perte des effets par le feu, pétition qui sera refusée par le même Conseil fédéral. La consolidation de la caisse maladie, la direction générale et la direc­ tion régionale, de même que les sections, sont les sujets d’importance en cette année 1901. Il y a dé­ sormais un médecin de l’Union que les membres peuvent aller consulter, ainsi qu’un «visiteur de malades», qui a la charge de prendre soin des ma­ lades et, en même temps, de s’assurer qu’ils sont bien malades. La liste des malades et des acci­ dentés illustre la gravité du problème. En 1900, la durée moyenne des maladies s’élève à 58,3 jours pour l’année, avant tout à cause de la tuberculose. «L’organisation se retrouve plutôt perplexe et dé­ munie devant une telle situation», est obligé de constater le rédacteur du journal Union Helvetia. Et avec 22 malades et 7 décès dans la même année, cette maladie constitue un risque majeur pour la santé des employés. Or, que la tuberculose pèse pareillement sur le secteur hôtelier ne doit rien au hasard. L’hôtelier a le devoir moral et pratique, et en partie juridique également, de s’occuper du couvert et du logis de ses employés. Un devoir qui est diversement executé, souvent avec négli­ gence. Car pour quelques employeurs exemplaires, nombreux sont ceux qui envisagent cette tâche au rabais pour faire des économies. Les plaintes ne peuvent pas être ignorées, en témoignent ces lignes parues dans le journal de l’Union en 1912.

Une drôle de soupe «Pour le petit déjeuner parfois du café au goût de brûlé, à midi une drôle de soupe à la viande onc­ tueuse, avec dans les bons jours des patates si noires, qu’on dirait qu’elles sont habillées pour un enterrement. Quant au repas du soir, je pré­ fère vous en dire – dans la mesure où cela m’est arrivé souvent – que je n’ai pas pu trouver mal­ gré toute ma volonté et des recherches appro­ fondies ce que cela aurait dû être ni même ce qu’il y avait réellement dans l’assiette.» 90% des chefs de cuisine sont responsables de cette mi­ sère, commente un observateur au printemps 1912. Dans l’hôtellerie­restauration, la prise en charge du personnel a été et reste un sujet im­ portant, même si les plaintes sont devenues rares de nos jours.

gent est gagnée avec le pourboire. × Comportement moral: «Cela ne me regarde pas, je ne me préoccupe que de mes afaires» serait la devise de nombreux hôteliers. En outre, de nombreux dangers se présentent au contact d’écrits, de conversations et d’excès en tout genre, contraires aux bonnes mœurs. × Vie religieuse: «Il est souvent difficile de remplir ses devoirs religieux.»

Le travail des enfants ne sévit pas seulement dans l’industrie lourde, mais également dans le tourisme, dénonce un rapporteur grison. diale. A quoi peuvent donc s’attendre les em­ ployés dans les hôtels? En règle générale, et ce jusqu’au 20e siècle, les chambres sont com­ munes et accueillent jusqu’à 12 lits, ce qui n’est pas loin de correspondre aux conditions d’hé­ bergement standard de la population à l’époque. Les concepts d’individualité et de sphère pri­ vée n’ont pratiquement pas cours. Les chambres sont plus ou moins propres, une réalité qui dé­ pend également du comportement des em­ ployés eux­mêmes. Commentaire d’un hôte­ lier, fin 1912: «Les employés, particulièrement ceux du genre féminin, en font trop peu à ce propos [l’ordre dans les chambres].» Il est cer­ tain que les lieux d’hébergement sont un foyer qui favorise le développement de maladies, et en particulier de la tuberculose. L’opinion pu­ blique est marquée par un incendie survenu le 22.2.1912 à Interlaken, qui voit deux employés décéder dans leur chambre. Selon les rapports, ils étaient logés dans «un trou indigne». Et c’est à l’hébergement que vont toutes les critiques: 1. La chambre est sous les toits, ce qui signifie: pas d’arrivée d’air. 2. Une ouverture sur la cage d’ascenseur rejette un air vicié. 3. Aucune vé­ ritable fenêtre. Et la chambre, qui accueille les loges des portiers, sert à la fois d’espace de tra­ vail et de pièce pour dormir.

Temps de repos et temps libre La réglementation concernant les conditions de travail est du ressort des législateurs cantonaux. Ce sont eux qui déterminent qui a le droit de tra­ vailler (les femmes seulement à partir de 18 ans ou 20 ans) et surtout sur quelle durée. Avant la Première Guerre mondiale, le temps de repos et l’un des rares points à être réglementé. Pour l’année 1901, on trouve une série de réglemen­ tations en la matière. Bâle fixe sept heures de sommeil ininterrompu, Saint­Gall, Lucerne et Soleure mentionnent huit heures de temps de repos, Glaris et Neuchâtel neuf heures, et Argo­ vie dix heures. A cela s’ajoute encore une demi­ journée de temps libre par semaine. Jusqu’à la Première Guerre mondiale, viendra s’ajouter en­ core un vendredi par semaine, pour un total de 36 vendredis sur l’année, vacances comprises.

Employés maltraités

Régulièrement, des plaintes s’élèvent devant des cas d’employés maltraités par leur employeur. Au cours de l’année 1912, deux cas frappent les esprits: l’aubergiste Schneider sur la Sihlstrasse à Zurich, tel qu’il est présenté, avoue avoir roué Jusqu’à 12 lits de coups de pieds une jeune fille travaillant en cuisine, ayant entraîné de graves blessures, qui L’hébergement du personnel est déjà un thème ont provoqué son décès dans la nuit. A Engel­ d’actualité avant la Première Guerre mon­ berg, «Monsieur Villiger de l’Hotel Alpina» a

frappé son portier lui faisant un œil au beurre noir, au moment de le licencier. Les portiers d’Engelberg se sont vengés sur le coup de midi, dans un remue­ménage indescriptible. «Il y a eu un vacarme infernal et et de longues discus­ sions pour coprendre», écrit un correspondant. Résultat: une amende pour les deux fauteurs de trouble infligée par le conseil communal. Le commentaire: «Pour nous ce charivari n’est pas pas le moyen approprié de défendre ses intérêts, et nous aurions préféré que cette bagarre soit traitée devant un juge. Mais peut­être que cette affaire aura servi de leçon au monsieur en ques­ tion, dans la mesure où l’histoire est devenue publique, ce qui n’est pas dérangeant.»

Aide des instances religieuses Le 18 avril 1912, Dr. Loretz, homme d’église, donne une conférence à la société d’utilité pu­ blique de la commune de Coire, rapportée dans le Bündner Tagblatt sous le titre «Questions so­ ciales», également publiée le 3 mai 1912 dans le journal de l’Union. Il n’est pas rare que l’Eglise au 19e siècle se préoccupe des questions sociales. En témoignent Jeremias Gotthelf, pour citer le plus célèbre, et Gottfried Strasser, isssu du do­ maine de l’hôtellerie, dont nous détaillons les engagements ci­contre. D’un côté les pasteurs considèrent leur rôle caritatif et social comme un devoir, de l’autre ils se doivent de protéger leurs brebis contre les dérives comme l’alcool («Se confirme également le fait que l’alcool est un vieil ami de la tuberculose», 5.9.1901) et les socialistes incroyants (sic!). Sans ménagement, le Dr. Loretz fait le catalogue de ces dérives: × Les dortoirs: «Il arrive également que deux personnes doivent dormir dans le même lit.» × Les espaces de séjour: non chaufés et «insalubres». × Le temps de travail: «Il y a des employés d’hôtels qui travaillent jusqu’à 17 heures par jour.» × Les temps de répit et de repos: «Beaucoup ont, après trois à quatre jours de travail, un peu de temps libre, qu’ils utilisent pour récupérer.» × La nourriture: vieux restes avariés, mauvaises boissons, soupes à base de mélanges divers. × Précaution sanitaire: «De nombreuses maladies attrapées par les employés d’hôtel viennent contaminer la population en bonne santé», déclare Loretz lors de sa conférence. × Traitement: souvent bon, mais également sans égard et grossier du côté des clients et de l’employeur. × Travail excessif des enfants: on le voit également dans le secteur touristique. × Salaire: on gagne de l’argent mais on dépense aussi beaucoup, et il faut faire la diférence entre le salaire et le pourboire. Le plus souvent, le salaire est très modeste et la majorité de l’ar-

La conférence provoque en fin de soirée une vi­ goureuse discussion. «Monsieur le directeur Branger, Riedi» s’oppose avec force à toute gé­ néralisation. «On peut certes admettre cela, mais les agissements sont sains dans notre can­ ton», commente­t­il. Réplique: «Cela ne porte pas du tout préjudice aux bons hôteliers, et c’est même beaucoup mieux pour eux.» On pourrait peut­être objecter qu’une loi qui traite tous ces postulats aurait pour effet de ruiner l’indus­ trie hôtelière. «La même objection réside dans l’adoption de la loi suisse sur les fabriques, or celle­ci au contraire a donné lieu à d’heureuses conséquences.» Ces comportements, qui ont cours de ma­ nière exemplaire en l’année 1912, sont certai­ nement une conséquence pour les employés du développement accéléré de l’industrie du tou­ risme. Les scandales se multiplient en partie à cause du déclin de l’hôtellerie de luxe, qui après la Première Guerre mondiale se retrouve décon­ nectée du bon vieux temps. Ces tensions doivent également à l’esprit des temps, qui fait qu’un hô­ telier ne peut plus se comporter avec ses em­ ployés comme il le veut. Peu à peu, on commence à identifier le fait que des solutions modernes et généreuses en matière de nourriture et d’héber­ gement augmente le degré de satisfaction des employés au travail. Et la période d’après la Se­ conde Guerre mondiale, caractérisée par une pénurie de forces de travail et un manque de re­ lève tout au long des années 50 et 60, incite les hôteliers à faire des concessions. En matière de filet social, l’Etat reprend peu à peu des tâches relevant d’organisations pri­ vées. De l’AVS à la caisse de pension, de la SUVA à la caisse maladie, tout devient étatique. Ce qui change également la donne pour Union Helve­ tia. En effet, les avantages matériels tradition­ nels qu’un membre retire à en faire partie, s’en trouvent sensiblement diminués. Restent les avantages liés à la formation et la formation continue, et des rabais au quotidien avec l’opé­ ration «Show your card», lesquels au 21e siècle viennent se substituer aux avantages matériels de l’époque.

Périodes de repos prescrites dans la restauration en 1901 Bâle 7 heures St. Gall, Lucerne, Soleure 8 heures Glaris et Neuchâtel 9 heures Argovie 10 heures + un demi-jour de congé par semaine


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Gottfried strasser: bien plus que «le pasteur du glacier» pour l’union A l’époque, il y a bien peu de distrac­ tions dans le quotidien d’un employé d’hôtel: un de ces rares moments réside dans le rendez­vous orga­ nisé par Union Helvetia une fois par semaine, voire une fois par mois. On se retrouve en général le soir de 9 heures et demie à 10 heures, on discute de l’ordre du jour, on règle l’aspect administratif et on partage le simple plaisir d’être ensemble. «In lustigen Liedern und Scherzen» (en chansons joyeuses et en plaisanteries), comme le dit précisément un air de l’époque. Chanter est un signe de partage tout comme boire une bière ou un verre de vin. Il se trouve que dans la section d’été de Grindelwald, il y a le pasteur Gottfried Strasser, un «bon client» de ces réunions. «Aux réunions du lundi, aux fêtes, lors des rendez­vous à Grin­ delwald, il était toujours de la partie, on le considérait de la grande famille», peut­on­lire dans sa nécrologie parue dans le journal Union Helvetia le 18 avril 1912. Il aurait toujours été parmi les premiers, quand cela valait la peine, à s’élever contre la misère et à venir en aide aux personnes démunies. «Un homme du peuple», mentionne un résumé sur le «pasteur du gla­ cier». Pour Union Helvetia, Gottfried Strasser a même composé la chanson anniversaire de 1911, et réalisé un recueil de chansons pour les sections. A sa mort le 9 avril 1921, il est membre d’honneur de l’Union; une délégation se rend de Lucerne à Grindelwald afin de rendre les derniers hommages au défunt. «Là­haut il y a le repos pour ceux dont la force est épuisée», mentionne l’avis de décès. Un mes­ sage arrivé trop tard, l’Union ayant déjà envoyé une couronne mortuaire sur sa tombe, alors que l’avis de décès mentionne «aucune dépense pour les fleurs.» La vie de Gottfried Strasser est assez conforme à ce que l’on peut attendre d’un pasteur, engagé pour le bien du peuple. Lui­même fils de pas­ teur, il naît à Lauenen (BE) en 1854, et grandit à Langnau (BE). En 1879, il devient pasteur à Grindelwald, où il est extrêmement actif. Père de huit enfants, et marié à une Zurichoise, il cumule les fonctions: membre de la commission scolaire, pompier, aumô­ nier à l’armée, promoteur de l’école populaire, écrivain («Bärgdorf» est joué à l’ouverture du musée nationale suisse à Zurich en 1898), auteur de la chanson «Grindelwaldlied», membre du conseil constitutionnel. Il est éga­ lement l’un des promoteurs des sports d’hiver et du tourisme. De manière nuancée, toutefois. S’il refuse le projet de la cabane Viktoria sur la Jung­ frau, il approuve celui du train sur la même montagne et va jusqu’à tenir un sermon au début des travaux en 1898. Il consacre également quelques vers au ski, dont celui­ci: «Wie ein geölter Blitz kommt Steuri Fritz» (Filant comme l’éclair, arrive Steuri Fritz). Gottfried Strasser n’en ménage pas moins ses efforts sur les questions sociales: pré­ sident de la société d’intérêt général, membre de la commission cantonale contre la pauvreté, fondateur de l’institution pour handicapés «Sunne­ schyn» à Steffisbourg. Il sera également de la lutte contre l’alcoo­ lisme, ce qui ne l’empêchera pas comme membre de la société d’étu­ diants Zofingue de lever le coude.

Les moutons noirs (en l’occurrence au pelage plutôt rayé) voyaient leurs noms publiés dans le journal de l’Union afin d’avertir les membres et de les tenir à l’écart des comportements répréhensibles.

la Commune de leissigen (Be) ne sait pas quoi faire du cas Ringgenberg R

ectangle noir pour dissimuler le visage, pas de mention du nom ni de l’origine... De nos jours, la protection des personnes dans les journaux est bien plus stricte qu’au temps jadis.

Au 19e siècle et au début du 20e, on stigmatise les moutons noirs, une manière de les mettre en garde avant de les remettre «en circulation». Le journal est l’unique moyen de communication de masse en la matière. Il se trouve que l’hôtellerie­restauration ne manque pas d’éléments pas très recommandables, comme en fait état le journal d’Union Helvetia. Un cas notable qui se déroule avant la première guerre mondiale: il s’agit du portier Johann Ringgenberg de Leissigen (BE), qui est jugé une douzaine de fois pour diverses fraudes. Les autorités se retrouvent ainsi contraintes de l’empêcher de nuire. La commune de Leissigen communique le 6 février 1913: «Nous devons vous faire remarquer que le prévenu a été mis à l’ombre, et qu’une fois qu’il aura accompli sa peine, nous ne pourrons pas le punir encore. Il n’a pas de curateur, il ne figure pas dans le registre des indigents, il n’est pas un père de famille qui aurait manqué à ses devoirs, aussi la voie administrative ne nous permet pas de le rendre inoffensif.» Ce qui advient du portier n’est pas mentionné dans l’article. Du moins, il faut rendre justice à Johann Ringgenberg qui contrairement à d’autres n’a été condamné que pour quelques «gamineries».

Une histoire analogue a lieu en 1902: «Le portier d’une pension fait la connaissance de Luise Wild, une ser­ veuse âgée de 20 ans d’Aarwangen (BE). Le portier est assez naïf ou amoureux pour croire qu’elle a l’inten­ tion de se marier avec lui, et puisque l’amour rend aveugle, il cède à ses demandes incessantes d’avances d’argent. Elle ne manque pas d’idées pour le persua­ der: elle a un riche oncle à Paris sur le point de lui offrir 5000 francs pour qu’elle s’occupe d’une auberge, mais avant elle doit avancer de l’argent à son frère. Qu’il ne s’en fasse pas, elle va l’épouser et lui rendre l’argent avant Noël.» Une chose est sûre: le montant du délit s’élève à 750 francs. Elle aurait dépensé l’argent avec son proxénète, un portier de 27 ans du nom de Franz Casanova. Peines: sept mois de «centre de travail» pour les deux malfrats, selon l’édition du 27.2.1902. Les moutons noirs ne se trouvent pas que chez les employés, les chefs ont aussi leurs travers, si l’on en croit le journal du 30 mai 1912: «Dreyfus, directeur du Grand Hotel di Roma à Bâle, a selon toute vrai­ semblance fui avec son amante indienne à Calcutta; il laisse derrière lui une montagne de dettes, une femme et des enfants.» Les hôteliers ont essayé de se protéger des employés criminels en établissant une liste noire, une solu­ tion peu efficace compte tenu des fluctuations du personnel et de l’investissement que cela suppose. En 1913, Union Helvetia n’est pas fondamentalement contre de telles listes, mais demande un droit de regard.


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photos tirées de l’album du soldat allemand karl denner

Si la Suisse n’a pas été directement impliquée dans les guerres mondiales, elle n’en a pas moins subi les effets.

guerre et paix: de la libération les deux guerres mondiales ont modifié union helvetia en profondeur, en particulier celle de 14-18. licenciements massifs, réductions salariales: la guerre ne sert pas la branche, même si les suisses trouvent parfois leur salut dans les pays mobilisés. en 1916, rudolf baumann prend la tête de l’union et pose une série de revendications sociales.

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ue la Seconde Guerre Mondiale ait éclaté par surprise: voilà qui est difficile à croire. Les intentions des puissances de l’Axe sont trop évidentes, et les échecs de la po­ litique d’«appeasement» pratiquée par les Bri­ tanniques trop patents, une politique destinée à préserver la paix en multipliant les compromis et les concessions vis­à­vis de l’Italie, de l’Alle­ magne et du Japon. L’économie suisse et l’hôtel­ lerie en particulier sont préparées. Le rationne­ ment des produits allant du riz au papier peut être introduit rapidement. La population doit se serrer la ceinture. Logiquement, Union Helve­ tia doit également se restreindre. Ce qui signifie, entre autres, moins de surface pour le journal et l’utilisation de caractères plus petits. Le tourisme des étrangers s’en trouve for­ tement touché, mais la Suisse peut compter sur une demande autochtone relativement stable, qui maintient le secteur. Une situation bien dif­ férente de ce qui s’est produit lors de la Première Guerre mondiale, laquelle éclate de façon ino­ pinée; ni sa durée ni son ampleur n’ont été en­ visagés. Comme par le passé, on imagine un conflit qui durera quelques mois et qui se règlera moyennant quelques mesures d’urgence. Des mesures qui dans l’hôtellerie pèseront lourd sur le personnel: licenciements massifs, réductions de salaire, et ce dans le but de réduire les coûts. Dans le même temps, à cause de la guerre préci­ sément, les coûts de l’alimentation augmentent – les rationnements ne seront introduits qu’à la fin de la guerre. Une solde suffisante équivalente au salaire pour service de guerre n’existe même pas à l’état de brouillon. Bref: les employées et les employés subissent une grande perte salariale. Et l’hôtellerie perd une grande partie de son sa­ voir­faire. Les membres d’Union Helvetia – une bonne part d’entre eux reste active à l’étranger – tentent de se soustraire à la mobilisation. Les

emplois saisonniers n’ont plus cours, mais dans les principaux Etats en guerre à savoir la France, l’Angleterre et l’Allemagne, les Suisses occupent un certain nombre de postes laissés vacants par des employés mobilisés. En Angleterre, par exemple, les travailleurs peuvent même amélio­ rer leur salaire, ce dont les Suisses ne manquent pas de profiter.

à la surchauffe et l’Union en fait également les frais. Le climat dans les pages du journal est clairement agressif, et il en va de même dans les assemblées des sections. Les employés d’hôtels exigent clairement de meilleures conditions ma­ térielles. «On ne veut toujours pas comprendre que notre situation doit simplement changer et qu’aujourd’hui on ne peut plus accepter d’être aidé avec des demi­mesures et des compromis», Retour forcé à la maison écrit un correspondant du journal. Rapidement, la rupture est consommée! Celui qui pense qu’avec la fin de la Première Avant la guerre, on se refusait à une confronta­ Guerre mondiale l’hôtellerie suisse retrouve tion pure et simple avec les employeurs. «Nous son âge d’or a de quoi être désappointé. Le tou­ voulons dire que jamais nous n’entrerons en risme des étrangers se rétablit très lentement, conflit ouvert avec les employeurs… Nous cher­ les prix continuent d’augmenter et, par­des­ chons bien plutôt à résoudre les questions so­ sus tout, un grand nombre d’employés rentrent ciales que nous estimons urgentes en favori­ chez eux. Non pas parce qu’ils le désirent, mais sant la compréhension mutuelle entre employés et chefs, et ce dans le but d’obtenir de meilleurs résultats qu’en brandissant le drapeau rouge», écrit la direction générale le 1.10.1891 cherchant ainsi à donner un cap pour une politique sociale plus active. Des propos qui aujourd’hui peuvent nous paraître bien mesurés, et qui en l’occur­ rence sont le reflet d’une attitude soumise de­ vant les employeurs. En témoigne encore le fait que le simple envoi d’une lettre destinée aux hô­ teliers pour discuter du jour de repos ait donné lieu à d’âpres discussions à l’interne.

«Des chefs de cuisine féminins? Le spécialiste secoue la tête en ricanant. C’est là un sujet sans issue...»

contraints par les soldats démobilisés qui re­ viennent du front – et qui cherchent à retrouver leur emploi. On est bien loin de la fin des natio­ nalismes. Bien au contraire: la libre circulation des personnes s’en trouve considérablement ré­ duite. L’Union recommande à ses membres tra­ vaillant à l’étranger d’y rester le plus longtemps possible. En Suisse la situation n’a rien d’encou­ rageant: épidémie de grippe et grève générale sont deux maux parmi d’autres. L’ambiance est

treprises pour les intégrer de manière acces­ soire. Des réticences matérielles demeurent. Les salaires des femmes, plus bas, font du genre féminin un concurrent même si au tournant du siècle les cuisiniers hommes deviennent «domi­ nants» en cuisine. «Le bas salaire des femmes peut à lui seul stopper le développement», lit­ on autour de 1900 dans le journal d’Union Hel­ vetia. A cela s’ajoutent des réflexions propres au genre masculin. «Des chefs de cuisine féminins – et le spécialiste de secouer la tête en ricanant… c’est là un sujet sans issue…», mentionne un ré­ dacteur reprenant l’idée d’une école désireuse de former des chefs de cuisine femmes. Autres propos: «Seul est organisé le véritable personnel professionnel (…). Et il n’y a aucune organisation féminine» (28.3.1901).

Un tournant

Après la Première Guerre mondiale, l’heure est aux bouleversements: un facteur impor­ tant réside dans le décès d’Hermann Bieder le 1er juin 1916. Son successeur à la tête de l’Union est Rudolf Baumann; celui­ci n’est pas issu de la branche et injecte de nouvelles idées dans l’Union. Il n’a pas connu l’époque des fondateurs et se montre moins dogmatique, plus souple face aux temps tourmentés. Lors de sa première an­ née d’exercice, en 1917, il rédige une étude sur Femmes interdites d’accès l’hôtellerie en temps de guerre. Il en résulte des thèmes problématiques et des revendications Les employés qualifiés de l’hôtellerie font la concrètes: fixation d’un tarif de salaires mini­ loi. L’Union elle­même regroupe beaucoup de mums, réglementation du jour de congé et ré­ membres qui deviennent indépendants, «s’éta­ forme du système de pourboire. blissent», ou du moins occupent des postes de Si la Première Guerre mondiale est terminée, chef. La société s’universalise, s’opposant dès l’après­guerre n’en est pas moins mouvementée. lors aux sociétés spécialisées et à un certain fé­ Union Helvetia, qui continue à refuser de faire la déralisme en la matière. Les femmes n’y ont grève, cherche du soutien pour défendre ses po­ pas accès, même si diverses tentatives sont en­ sitions, ce qu’elle trouve auprès de la Société des


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Alors que les nations qui ont combattu au front enterrent leurs soldats, la Suisse fait face à une situation économique préoccupante.

aux revendications employés de commerce. Et les deux poids lourds fondent en 1918 la Fédération suisse des sociétés d’employés, une façon de faire contrepoids aux revendications socialistes. Malgré une atmos­ phère pour le moins tendue, on réussit néan­ moins à se mettre d’accord sur la revendica­ tion d’un contrat collectif commun aux sociétés d’employés. Un comité directeur est constitué qui négocie avec la Société Suisse des hôteliers. Les discussions sont âpres et débouchent sur un accord sur intervention du Département fédéral

«Il semble que tout Helvétien soucieux de l’état de sa profession peut être considéré comme un bolchéviste», se plaint-on à l’Assemblée générale de la Société des Hôteliers en 1919.» de l’économie publique et après que les employés eurent fait des concessions importantes. Accord provisoire en définitive, car si la Société suisse des hôteliers accepte la convention, les sociétés d’employés refusent de la ratifier en raison de conditions jugées inacceptables. En juin 1919, le Comité directeur se réunit à nouveau fixant de nouvelles revendications communes. Tous les délégués présents à cette séance se montrent plus résolus à défendre leurs positions. Dès lors, voyant poindre le conflit, les employeurs se ra­ visent. Un accord de la dernière heure inter­ vient. Toutes les organisations d’employés se prononcent pour la signature de la convention à l’exception de la Société suisse des hôteliers et la Société des cafetiers de la ville de Zurich. On est à deux doigts de l’affrontement. En été 1919,

les membres de la Fédération suisse des sociétés d’employés se prononcent sans réserve pour une grève générale. Les autorités fédérales font pres­ sion sur les employeurs qui finissent par céder. L’article 4 des nouveaux statuts de l’Union est sans équivoque: «L’Union Helvetia s’emploie à sauvegarder les intérêts économiques et so­ ciaux des employés d’hôtel si possible par le ca­ nal de la libre entente; elle considère cependant le recours à la lutte syndicale comme légitime.» Le ton se fait plus agressif: «Nous ne sommes pas sans savoir la situation extrêmement dif­ ficile de l’hôtellerie suisse, mais nous sommes dans l’incapacité de continuer à attendre après toutes les concessions que nous avons faites», écrit Fred Dolder en date du 3.7.1919. Du côté des employeurs, on tire également la sonnette d’alarme: «Il semble que tout Helvétien soucieux de l’état de sa profession peut être considéré comme un bolchéviste», se plaint le rapporteur de l’assemblée de la Société suisse des hôteliers qui a lieu à Davos le 10 juillet 1919. Malgré une tournure clairement syndicale et des revendica­ tions de changement, l’Union reste neutre poli­ tiquement, dans l’esprit de ce qui avait été défini aux origines en 1886. En ce sens, Union Helvetia reste une organisation professionnelle, loin des idéologies et des appartenances politiques.

Le début de l’ère Scheech La nouvelle orientation syndicale conduit ce­ pendant à une situation de crise au sein de l’Union. Une tentative de putsch prend fin lors de l’assemblée extraordinaire des délégués de 1921. Celle­ci se solde par la défaite et l’exclu­ sion des traditionnalistes, lesquels décident de fonder une organisation dissidente: la «Socié­ té suisse du personnel d’hôtel». Le nombre de membres de l’Union passe de 6600 à 4500, et la direction générale démissionne. C’est alors qu’Eugène Scheech entre en jeu, lui qui prési­ dera aux destinées de l’Union Helvetia 37 ans durant. L’homme reprend les rênes de l’Union en 1921 et surmonte la crise; avec le temps, la stratégie envers les employeurs s’est modifiée.

La Convention collective nationale de travail nuer le plus possible ses conséquences pour (CCNT) arrive à son terme en avril 1921 et n’est toutes les personnes actives dans la profession.» pas renouvelée. Et cela, parce qu’il devient tou­ En 1925, sur l’initiative de l’Union, une Commis­ sion professionnelle suisse pour l’hôtellerie voit le jour. Un fait capital pour la formation profes­ sionnelle et qui voit le rapprochement des parte­ naires sociaux. Durant cette période de l’entre deux guerres, l’hôtellerie ne parvient pas cepen­ dant à trouver l’apaisement. Il faut dire que le contexte est des plus lourds: inflation galopante, nationalisme rampant et crise économique mondiale.

«L’Union Helvetia s’emploie à sauvegarder les intérêts économiques et sociaux des employés d’hôtel si possible par le canal de la libre entente; elle considère cependant le recours à la lutte syndicale comme légitime.»

jours plus difficile de résister aux régimes d’ex­ ception et aux sociétés dissidentes comme la So­ ciété des hôteliers des Grisons. A l’interne, on est fatigué des querelles. En lieu et place d’une Convention collective nationale de travail, la­ quelle règle l’ensemble des aspects de la branche, l’Union oriente son action sur des revendica­ tions concernant des points précis comme le jour de repos, le temps de travail et la réforme du système de pourboire. Il faudra néanmoins attendre 1936 avant que la réglementation du pourboire dans l’hôtellerie suisse prenne la forme d’un contrat collectif ayant force obli­ gatoire. Malgré la crise économique, les deux camps se rapprochent. C’est la période dite de l’Union sacrée de 1935. «Les deux organisations signataires reconnaissent que compte tenu de la situation de crise aiguë dans le domaine du tourisme et de l’hôtellerie, elles doivent dans la mesure du possible faire passer leurs conflits d’intérêts et leurs divisions derrière le devoir commun, afin de surmonter la crise et d’atté­

L’Etat prend sa place Même cause, même effet: au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le monde a changé. Mais à la différence de la Première Guerre, les Suisses en sont conscients. Les problèmes qui se posent sont assez clairs pour les responsables de l’Union. Le manque de relève est patent, la reconstruction de l’Europe engageant un grand nombre de forces de travail. Après la Première Guerre, la politique économique était du ressort des Sociétés. Mais la situation est toute autre après 1945. L’Etat se préoccupe désormais de plus en plus des conditions­cadres et fixe les li­ mites de la liberté du commerce et de l’industrie. La forte croissance constitue un temps fort pour les conventions collectives de travail. L’introduction de l’AVS en 1948 y est âpre­ ment défendue, et les contrats de travail – col­ lectifs ou non – y sont traités dans le détail. La nouvelle Europe fait néanmoins une vic­ time: les sections étrangères ne se relèvent pas de la Seconde Guerre. Londres et l’Amé­ rique se maintiennent encore, mais les des­ tinations de la Mer Méditerranée n’at­ tirent plus grand­monde. La trajectoire des membres se fait inverse: car si auparavant les séjours saisonniers à l’étranger permet­ taient de se former et de découvrir de nouveaux horizons, un changement de système de forma­ tion en Suisse les attire au pays: on ne doit plus payer pour s’y former. Mieux: on reçoit même un salaire.


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«Union Helvetia», 30.5.1889

un arbre géant pour hôtel

Les locaux d’Union Helvetia n’ont pas toujours été confortables, comme l’atteste cette photo de la salle de rédaction du journal tirée des archives.

entre l’invention du téléphone et l’apparition des applications, l’imprimé est au cœur de la communication de l’union depuis 125 ans pour union helvetia et hotel & gastro union, la publication de journaux, de magazines et de livres a toujours occupé une place importante. une activité qui peu à peu a évolué des livres vers les magazines et les médias en ligne. tour d’horizon de 125 ans sous le signe de la communication et de l’information.

A

ussitôt que Union Helvetia est créé l’idée d’agir par le mot écrit est avancée. Dès lors la forme trouvée est celle d’un jour­ nal d’association. En effet, à l’époque, le téléphone n’a pas encore été inventé sans même parler de l’ordinateur, alors que les télégrammes et les lettres sont un mode de communication trop com­ pliqué. Le journal devient le lieu des échanges d’opinions et d’infor­ mations. La direction y informe sur les négociations de la direction générale, les sections y communiquent leurs actions et leurs projets. Du point de vue du contenu, on s’explique parfois même de manière vive sur la direction générale et le droit qu’elle s’arroge de censurer. Le journal de Union Helve­ tia revêt une grande importance pour la jeune associa­ tion, sa rédaction est du ressort des chefs – dont le se­ crétaire général. A ses débuts, le journal paraît une fois par mois. Mais rapidement le rythme de parution s’ac­ célère pour devenir hebdomadaire en 1914, à la veille de la guerre. Déjà, à l’époque, les éditeurs se plaignent des frais de port. On les comprend: plus de 50% des membres sont établis à l’étranger. On tente dès lors de diminuer les coûts, par exemple en groupant les envois à l’adresse des sections. Un membre se charge ensuite de redistribuer les exemplaires aux autres membres de la section. Si le journal est pensé pour rendre compte de la vie quotidienne, son supplément «Hotel­ industrie­ und Kochkunst» vise à satisfaire les membres avides de formation. Son positionnement reste inchangé alors que son nom et sa forme sont régulièrement revus: «Kochkunst und Tafelservice» de 1921 à 1928, «Hotelle­ rie» de 1929 à 1995, «Food & Beverage» de 1995 à 2011, et depuis cette année «Hotellerie et Gastronomie Magazin».

L’édition de livres Après le journal, la direction générale s’essaie à l’édi­ tion de livres. Premier cas: elle édite vers 1888 un ou­ vrage avec l’horaire des trains. Compte tenu du fait que les chemins sont encore privés, le travail est ardu mais le bénéfice est réel pour les membres qui prennent souvent le train pour rejoindre leur emploi saisonnier. L’ouvrage rapporte un peu d’argent mais l’aventure s’arrête dans les années 1890. Hermann Bieder, secrétaire général, considère que ce n’est ni son devoir ni dans ses capacités de devoir collecter des annonces. Il est difficile de dater l’origine précise de la maison d’édition propre­ ment dite. Par le biais de Swissbib, la banque de données de la Biblio­ thèque nationale, on sait néanmoins que l’un des premiers livres pu­ bliés est «Die Organisation der Schweizer Hotelangestellten» (1901), de l’œuvre de Hermann Bieder. L’Union poursuit avec l’édition de livres spécialisés comme «Neues Verfahren zur Herstellung von Wachs­Blumen und ­Blättern» (1907), «Das kulinarische Lexikon und Menübuch» (1908) ou encore le «Handbuch der Hotelkorrespondenz» (1917), édité par Hermann Bieder, Emma Jäggi­Winkler et Louis Jo­ liat. L’Ecole hôtelière joue également un rôle important en la matière. A l’image des maîtres barmans Harry Schraemli et Ernst Pauli qui font distribuer leurs ouvrages de cours, l’un à partir de 1931, l’autre de 1960, par la maison d’édition de l’Union. L’un des derniers ouvrages à être publié est le «Handbuch für Serviceangestellte» en 1992. Après

quoi l’édition s’est arrêtée. «Elle ne rapportait simplement plus d’ar­ gent», commente Karl Eugster, secrétaire général de l’époque. Loi des finances à laquelle l’édition de livres comme de journaux est bien en­ tendu soumise. C’est ainsi que les membres d’Union Helvetia hier, et ceux de Hotel & Gastro Union aujourd’hui, contribuent par leurs co­ tisations au financement d’une partie de cette activité, l’autre devant être assurée par les rentrées liées aux annonces et aux autres sources de revenu de l’activité éditoriale.

De l’ordinateur aux réseaux sociaux Pratiquement inchangé pendant plusieurs décennies – hormis des lettres plus petites pendant la guerre et des variations de rythme de parution et de tirage –, le jour­ nal se présente avec la même apparence et la même po­ lice de caractères, dont le présent journal s’inspire. En parallèle, des développements technologiques n’en ont pas moins lieu. Retenons surtout la révolution informa­ tique qui dans les années 90 pousse Union Helvetia à re­ voir sa copie. En 1995 le journal «eXpresso» est né. C’est là un journal spécialisé dans l’hôtellerie­restauration et non plus un espace qui informe sur l’organisation uni­ quement. Avec son format tabloïd, l’hebdomadaire in­ suffle un vent de renouveau sur l’ensemble de l’activité éditoriale. «eXpresso», le nom, vaut comme programme: rapide, court, fort. Les magazines vivent également une refonte: «Food & Beverage» et «Swiss Gastro­Kombi» succèdent au magazine «Hotellerie» («eXtra» en Suisse romande) et étendent l’offre. Optimisme et ambition de ce qui entre­temps est devenu un groupe de presse du nom de «GastroNews» juridiquement indépendant, et qui comprend un callcenter et un site Internet. En 2007, ces efforts sont récompensés d’un «Q Award» par Presse Suisse. Mais la nécessité de s’adapter aux nou­ velles technologies continue à exercer sa pression. Après le départ de Fredy Kunz à la tête de GastroNews, Phi­ lipp Bitzer reprend les rênes des publications en 2010, avec la lourde tâche de se mettre en phase avec les évo­ lutions du moment. Réseaux sociaux, smartphones et autres nouveau­ tés modifient le paysage médiatique et éditorial, et ce à un rythme ef­ fréné. La direction que prend l’édition s’éloigne d’un journal, outil de communication qui serait capable de couvrir à lui seul les besoins de l’ensemble des membres comme cela a été le cas jusque dans les an­ nées 90. L’approche se veut plurielle et orientée en fonction de divers publics cibles. Les traditionnalistes et les amateurs de lecture se re­ trouvent dans le journal, les technofreaks se tournent vers les ap­ plications et les contenus sur iPad, les simples utilisateurs d’ordina­ teurs peuvent consulter le site Internet, pour ne citer que quelques exemples. Pour le cas particulier des formats de journaux, tout change là encore très vite. Le format tabloïd, dernier cri encore hier, a été ré­ cupéré par les journaux gratuits. Dès lors «eXpresso» aurait certaine­ ment eu à pâtir de cette proximité. Avec le retour au format du journal d’antan, l’édition nouvellement baptisée «Hotellerie et Gastronomie Edition», entend se positionner en leader dans le secteur de l’hôtelle­ rie­restauration. Avec une nouvelle organisation et des offres inédites et renouvelées.

Nul doute que l’hôtel le plus insolite du monde se trouve en Californie. Et cela sur la route qui va de Santa Cruz à San José. C’est un fait connu que l’Etat de Californie possède les plus grands arbres de la planète, avec entre autres le «Sequoja gigan­ tea», ce qui n’a pas échappé à un yankee des plus avisés. Ce dernier s’en est servi à des fins spécula­ tives, en utilisant un groupe de ces arbres pour y installer un hôtel, sans que cela n’engage de coût de construction ni de coût de loca­ tion. Le tronc vide du colosse d’une circonférence de près de 22 mètres est transformé en salle d’auberge, alors que les arbres plus petits, entourés de jardins aux épaisses plantes grimpantes, font office de salle à manger et de salon. Un cer­ tain nombre d’autres arbres encore, d’une circonférence inférieure mais dont le tronc est vide également, accueillent des chambres confor­ tables, avec lits, miroir, armoire et corbeille à linge ainsi que plusieurs fauteuils. Le personnel de cet hôtel original est hébergé dans un arbre de la même espèce situé un peu à l’écart.

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«Union Helvetia», 30.5.1912

cela ne se passe comme ça! Grève dans le grand restaurant Criterion, en 1912, à Londres. Les 66 cuisiniers et aides cuisiniers s’indignent d’être soudain privés de vin et de bière pendant leur repas. Conséquence pour les hôtes: il n’y a plus rien à manger. La direc­ tion de l’hôtel réagit et engage de nouveaux cuisiniers. Autre cas: à New York, flambée de colère de 100 serveurs contre leur maître d’hôtel. Et cela de manière plutôt spon­ tanée: l’entrée servie, la suite ne viendra plus. De la suite de la grève et du menu, on ne connaît hélas pas les détails.

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«Union Helvetia», 30.5.1912

gare au tenancier Nous sommes en 1912 à Chicago. L’annonce originale: «Le grand champion de boxe nègre, Johnson, qui dans son combat mémorable de Reno avait mis au tapis le repré­ sentant de la race blanche, Jeffries, s’est choisi une profession plus pai­ sible en devenant propriétaire d’un café.» L’établissement semble être conséquent et il y serait interdit de prononcer le mot «nègre». Ce qui vaut ce commentaire hasardeux du journal: «Il ne devrait pas y avoir grand monde pour s’hasarder à enfreindre le règlement de ce cafetier.»


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recrutement, placement et conseil juridique: pour qu’employeurs et employés se trouvent et collaborent très tôt, l’union helvetia s’est intéressée au recrutement. afin de combattre les «placeurs privés», elle mit en place sa propre organisation. pour se donner les moyens de ses ambitions, elle se dota de bureaux et de maisons associatives à londres et paris, tout en publiant des offres d’emploi dans son journal. et le recrutement fait encore partie de nos prestations.

L

a restauration et, en partie, l’hôtellerie sont des branches soumises à des fluctuations importantes. De nos jours, les demandeurs d’emploi cherchent du travail sur Internet, de­ puis chez eux. Mais à la fin du 19e siècle, sans té­ léphone ni ordinateur, la tâche était plus ardue et les problèmes fréquents. Cette situation fut du reste l’une des raisons de la création de l’Union Helvetia en 1886. A cette époque, des di­ zaines de milliers de Suisses partaient à l’étran­ ger car, en raison du manque de places d’appren­ tissage ou de moyens pour suivre une formation, ils n’étaient pas assez qualifiés. Pour les jeunes, la recherche d’un emploi s’apparentait souvent à un chemin de croix. Les plus chanceux connais­ saient quelqu’un qui les recommandait ici ou là. D’autres envoyaient des lettres dans lesquelles ils faisaient leur propre éloge. Mais le cour­ rier était lent et nombre d’employeurs ne ré­ pondaient pas à ces sollicitations, car ils dispo­ saient d’un réservoir important de candidats ou préféraient compter sur leurs collaborateurs de longue date. En désespoir de cause, les deman­ deurs d’emploi se rendaient donc directement dans les lieux de villégiature pour trouver du travail. Mais ils étaient trop nombreux et, dans certaines stations, on dénombrait des centaines de chômeurs désœuvrés. L’Union Helvetia ten­ tait de combattre cette situation et critiquait les pratiques des employeurs: «De plus en plus fré­ quemment, les hôteliers des stations d’hiver re­ crutent leur personnel sur place, en fonction de leurs besoins immédiats», écrivait un rédacteur du journal de l’Union le 7 novembre 1901. Or il s’agissait­là d’un euphémisme: dix ans aupa­ ravant, un expert estimait déjà que ces recru­ tements sauvages représentaient quatre­vingt pour cent des embauches.

Des milliers de placements Une autre possibilité était le recours à des recru­ teurs, que l’on appelait à l’époque «placeurs pri­ vés». Mais ils avaient mauvaise réputation, car nombre d’entre eux étaient chers ou peu sérieux. On les considérait comme une «gangrène de la société» et les traitait de tous les noms. Exigeant jusqu’à dix pour cent du salaire des employés, ils faisaient souvent de fausses promesses. L’Union attaqua l’un d’eux pour l’exemple, mais, au final, c’est elle qui se fit condamner pour atteinte à l’honneur. Le placeur en question s’appelait Fritz Knecht. Au milieu des années 1890, il avait procuré un emploi à une femme dans un bar en mentant sur la réelle nature du poste. Et il vou­ lait garder sa commission. L’Union perdit le pro­ cès en 1900. «L’Union n’a pas apporté la preuve d’une dissimulation intentionnelle des faits», pouvait­on lire dans le verdict. Pourtant, mal­ gré cette défaite, l’Union avait réussi à sensibi­ liser l’opinion et à s’attirer des sympathies. En outre, elle n’était pas la seule à lutter contre ces pratiques. Certains employeurs ne les voyaient pas d’un bon œil non plus, si bien qu’à l’ins­ tar de l’Union, l’association des hôteliers créa sa propre agence de placement en février 1891. L’Union Helvetia disposait pour sa part de bu­ reaux de recrutement à Londres, Paris, Zurich, Lucerne et Genève, permettant chaque année à des milliers de personnes de trouver du travail. Mais cette activité n’était pas toujours une siné­ cure. C’est ainsi qu’en 1891, le bureau de Cannes n’encaissa que 26 francs de recettes pour 504.60 francs de dépenses. Il dut fermer ses portes. Dans ces conditions, l’ouverture d’une an­ tenne à Genève ne faisait pas l’unanimité. D’au­ cuns voulaient que l’Union coopère avec l’as­ sociation des hôteliers. «Dans son dernier protocole, la section genevoise demande à ce que l’administration fasse ce qu’il faut pour permettre à son bureau de fusionner avec celui de l’association des hôteliers. C’est une bonne idée, mais elle vient un peu tard. Sur cent em­ ployés, au moins quatre­vingt partent au petit bonheur la chance en direction du Sud pour faire du porte­à­porte», affirmait un article pu­ blié le 1er juin 1891 dans le journal de l’Union. Les tarifs pratiqués, qui pouvaient varier forte­

ment, étaient l’une des pierres d’achoppement. Certes, les membres de l’Union ne payaient gé­ néralement rien pour leur placement. Mais les femmes ne purent y adhérer qu’en 1919 et le re­ crutement leur était donc facturé. Finalement, le «Tarif d’Olten» fixa les prix pouvant être exi­ gés dans la branche, en fonction de catégories professionnelles qui furent définies à cette occa­ sion. L’Union décida dès lors de diminuer le prix de ses services. La liste ci­dessous présente les tarifs pratiqués à l’époque.

Tarifs de placement en francs:

Tarif d’Olten | Tarif de l’Union Garçon d’étage

15|12 Serveur dans l’hôtellerie

8|4

Casserolier

5|2-4 Conducteur

15|12 Liftier

1o|5 Portier d’étage

1o|5 Saucier

15|12 Aide de cuisine

1o|8-1o Femme de chambre

8|5

Serveuse dans l’hôtellerie

8|4

Serveuse dans la restauration

8|4

A cela venaient s’ajouter les frais d’inscription. Le problème de l’Union, qui reste d’actualité, était décrit en ces termes: «Nous proposons des postes, mais n’avons pas de candidats adéquats.»

de bain, des WC et des chambres à coucher côté cour, les trois autres étages étant principale­ ment occupés par les autres chambres à cou­ cher. Les Suisses qui arrivaient à Londres pou­ vaient ainsi s’installer dans cette maison jusqu’à ce qu’ils trouvent du travail. Une fois embauchés, ils allaient vivre chez leur employeur. L’Union classait Très tôt, les demandeurs d’emploi et les em­ les métiers comme suit: ployeurs commencèrent à publier des annonces dans le journal de l’Union. Mais il s’agissait Cat. 1: d’initiatives personnelles et leur nombre n’était Directeur, gérant pas très important. A partir de 1910, les offres d’emploi se multiplièrent, l’agence de l’Union Cat. 2: utilisant volontiers cette possibilité et les «pla­ Secrétaire, chef de réception, chef de rang, ceurs privés» n’étant pas en reste. Au fil des dé­ maître d’hôtel, cennies suivantes, le nombre des annonces concierge, chef de cuisine fluctua en fonction de la conjoncture écono­ mique. Les statistiques montrent clairement Cat. 3: que, lorsqu’elle est bonne, le chiffre d’affaires Garçon d’étage, serveur de restaurant, aide de généré par les offres d’emploi augmente alors cuisine, pâtissier gagnant plus de 1200 francs qu’il chute en période de ralentissement. Dans par an, conducteur ce domaine, l’Union a toujours occupé une place moins importante que l’association des hôte­ Cat. 4: liers, mais elle a moins souffert que cette der­ La plupart des métiers non répertoriés nière au début du nouveau millénaire. Malgré cela, depuis 2000, les recettes engrangées grâce Cat. 5: aux offres d’emploi diminuent régulièrement, Serveur d’hôtel en raison de la concurrence des médias électro­ niques. Afin de remédier à cette situation, ho­ Cat. 6: telleriesuisse et Hotel & Gastro Union ont lancé Femme de chambre, repasseuse, préparatrice en 2011 une plateforme Internet commune et il de café, casserolier, sous­portier, officier, garçon n’est pas impossible que les deux organisations de cave, apprenti, stagiaire collaborent un jour dans le domaine des publi­ cations papier, dont l’audience a diminué. Ega­ lement en 2011, l’Union a cessé ses activités de recrutement direct en raison d’une demande en perte de vitesse: il devenait quasiment impos­ Les pères fondateurs essayèrent d’obtenir un sible de placer des demandeurs d’emploi par ce texte de loi réglementant le placement, mais ils es­ biais. Mais on notera que les employeurs ont eux suyèrent le refus du Conseil fédéral, ce qui irrita aussi abandonné leurs activités de placement. au plus haut point les membres de l’Union et sema le doute quant à la force de frappe de l’organisa­ tion. «Au vu de l’échec de pratiquement toutes les propositions émanant de l’Union, on est en droit de se demander si elle parviendra un jour à obte­ nir quoi que ce soit. Certains de ses membres sou­ haitent qu’elle rejoigne l’Union ouvrière suisse pour avoir une influence, aussi modeste soit­elle, sur les pouvoirs publics.» Mais la direction géné­ rale de l’Union refusa.

«La maison doit disposer d’un aménagement pratique et d’une salle commune dans laquelle les chômeurs peuvent lire et écrire. L’ordre le plus strict doit régner.» Les bureaux de placement étaient très impor­ tants pour les membres de l’Union. Mais ils l’étaient aussi pour l’organisation elle­même, car ils lui permettaient d’enregistrer de nouvelles adhésions. Dans ce contexte, les maisons asso­ ciatives ouvertes dans les grandes villes étran­ gères jouaient un rôle central. Celle de Londres, inaugurée le 11 octobre 1900, était sise à la Nas­ sau Street, au coin de la Shaftesbury Street. Elle avait coûté la somme non négligeable de 308 000 francs. Dans le cahier des charges, on pouvait lire: «La maison doit disposer d’un amé­ nagement pratique et d’une salle commune dans laquelle les chômeurs peuvent lire et écrire. L’ordre le plus strict doit régner.» Au sous­sol, il y avait une cuisine, une cave, une salle de billard, une piste de jeu de quilles, des toilettes (ju­ gées «parfaites» à l’époque) et un garde­man­ ger. Au rez­de­chaussée se trouvaient la loge du concierge, deux bureaux, un bar et la salle à manger (215 couverts, 270 personnes), au pre­ mier un restaurant, la salle commune, des salles

La liste noire des moutons noirs – une tentative avortée Nous aimerions aborder un dernier sujet. Pen­ dant longtemps, le recrutement comportait des risques, surtout dans les établissements à l’acti­ vité saisonnière, car les certificats de travail ne s’étaient pas généralisés. Les employeurs ten­ taient donc de garder leurs meilleurs éléments et de privilégier les employés qu’ils connaissaient personnellement. Tandis que le bouche à oreille fonctionnait plutôt bien chez les employés, no­ tamment grâce aux réunions des sections lo­ cales, ce n’était pas le cas chez les employeurs. Vers le début du siècle, ils essayèrent donc de faire une liste noire des «moutons noirs» qu’il était déconseillé d’embaucher. Mais cette initia­ tive ne remporta pas le succès escompté. Les or­ ganisations de défense des employés la voyaient d’un très mauvais œil, car elles craignaient qu’elle ne serve à écarter leurs membres au lieu de ne concerner que les personnes malhonnêtes. Malgré les efforts de toutes les parties en pré­ sence, on enregistra quelques faux pas. L’Union avait elle aussi intérêt à identifier les mauvais éléments et elle n’hésita pas à en dénoncer cer­ tains dans les pages de son journal. Il était toute­ fois plus difficile de lutter contre les employeurs indélicats. Lorsque des règles comme celles préconisées par le code civil furent établies, le nombre des consultations juridiques augmenta. En 1901, le journal de l’Union publia pour la pre­ mière fois une rubrique consacrée aux questions juridiques. Par contre, on ne sait pas exactement à quelle date fut créé le service juridique à pro­ prement parler. La section bernoise engagea son premier conseiller juridique en 1919 et on pense que le service juridique vit le jour peu de temps après. Aujourd’hui encore, il est très apprécié et considéré par les membres comme une presta­ tion essentielle – même si les enjeux ont changé: alors qu’autrefois, la protection des employés contre les abus était une priorité, il s’agit de nos jours plutôt de trouver une solution à l’amiable afin d’éviter un recours auprès des autorités ju­ diciaires, souvent coûteux et dont l’issue n’est jamais certaine.


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cahier spécial

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Un cuisinier très fier de son chef-d’œuvre, un cerf plutôt maigrichon, présenté lors d’une exposition d’art culinaire à Montréal.

s’exercer et... s’exercer encore! miroir, joli miroir, qui sont les meilleurs cuisiniers en ce pays? depuis 1920, les chefs suisses se mesurent les uns aux autres pour désigner les champions du fouet et de la casserole. et depuis presque aussi longtemps, ils affrontent aussi leurs collègues étrangers. flash-back.

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vacuer? Pourquoi? Les membres de l’équipe valaisanne des «Cuisiniers du Rhône», qui forment aujourd’hui l’équipe nationale suisse, étaient étonnés. Et furieux. Soudain, les pompiers d’Erfurt leur deman­ daient de quitter leur hôtel, alors qu’ils étaient affairés à préparer l’Olympiade des cuisiniers. L’alarme incendie s’était déclenchée. En pleine nuit, nos cuisiniers se retrouvèrent donc dans la rue, aux côtés des autres clients de l’hôtel, qui grelottaient dans leurs pyjamas froissés. On leur expliqua alors qu’ils avaient eux­mêmes dé­ clenché l’alarme, plus sensible après minuit. Au­ jourd’hui, cette anecdote les fait sourire. Toutes les équipes nationales ont connu ce genre de mé­ saventures. Les pannes, les ratés et la malchance font partie de la vie, au même titre que la gloire et les médailles – qui n’ont pas manqué par le passé. Les mauvais souvenirs s’estompent, les victoires sont consignées dans les annales. En Suisse, l’histoire des concours de cuisine a débuté dans les années 1920. Et c’est une très belle saga.

L’héritage d’Escoffier «Un outil précieux pour encourager la formation

fut organisé à Francfort le premier concours culinaire international, à l’initiative du cuisi­ nier suisse Joseph Favre. En 1882, Favre or­ ganisa un concours à Paris. En 1920, la Société suisse des cuisiniers fut fondée pour représen­ ter la profession au sein de l’Union Helvetia et, dans la foulée, les chefs suisses commencèrent à se mesurer les uns aux autres afin d’accéder à la gloire. En 1922, la première exposition na­ tionale eut lieu à Lausanne et, en 1923, la pre­ mière manifestation internationale se déroula à Lucerne. En 1930, la ZIKA de Zurich marqua une étape importante. Son président d’honneur était en effet Auguste Escoffier, une légende vi­ vante qui était parvenu à imposer que tout ce qui était servi soit comestible. Aujourd’hui, cela Auguste Escoffier, coryphée de nous semble évident. Mais, à l’époque, les as­ l’art culinaire et star de siettes étaient encombrées par des fleurs et des l’exposition Zika 1930. décorations en sucre qu’il était déconseillé de déguster. La Seconde Guerre mondiale stoppa cet élan et l’art culinaire mit un certain temps à s’en re­ et faire progresser l’art culinaire à l’échelle in­ mettre. Norbert Schmidiger, Secrétaire de la So­ ternationale», voilà comment un auteur décri­ ciété suisse des cuisiniers, a participé à de nom­ vait autrefois les expositions culinaires. Ces ma­ breuses manifestations culinaires. Il explique nifestations existent depuis 1878, date à laquelle que les exigences ne recommencèrent à s’élever

que vers les années 1970. En 1986, la Fédération mondiale des Sociétés de cuisiniers (WACS) pu­ blia pour la première fois des directives pour les concours de cuisine internationaux. La taille des tables et les aliments à utiliser furent enfin déterminés avec précision. Schmidiger précise que la WACS a, dans ce contexte, tenu compte des interdits religieux et des habitudes cultu­ relles. C’est ainsi qu’il n’est plus possible d’impo­ ser de la viande de porc pour les plats chauds, qui furent massivement revalorisés lors de la rédac­ tion de ces directives. Par ailleurs, depuis 1986, il existe trois disciplines: cuisine froide, cuisine chaude et cuisine artistique. Les équipes na­ tionales ne s’affrontent que dans les deux pre­ mières, la cuisine artistique étant l’apanage de concours individuels dans le cadre desquels il s’agit de réaliser de beaux plats salés ou su­ crés avec des ingrédients imposés comme, par exemple, le sucre, la glace, la margarine, le cho­ colat ou le massepain.

Sélection et succès Après la guerre, la Suisse faisait la course en tête et elle participa activement à la promo­


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cahier spécial

H etGH

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«Union Helvetia,» 19.10.1911

les suisses calomniés en italie Quelqu’un nous a écrit de Florence: dans le courant de l’année, cer­ tains journaux italiens ont publié à plusieurs reprises des articles très critiques sur les Suisses en général et sur les hôteliers en particulier. Ce faisant, ils ont exprimé clairement leur antipathie à l’égard de notre pays. Il est pénible et peu agréable d’entendre notre pays et notre hôtellerie pareillement critiqués, et cela doit l’être tout particulièrement pour les Suisses travaillant et vivant en Italie, et ça l’est pour nous autres employés d’hôtels. Une question s’impose dès lors: pourquoi pareille calomnie? Est­ce de la haine raciste, est­ce de la jalousie commerciale? Pourquoi une telle fureur?

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«Union Helvetia», 22.8.1912

la densité des restaurants Les statistiques de la ville de Zurich font état des chiffres suivants: 85 auberges et 962 restaurants. Cafés et débits de boissons sans alcool: 37. 1827 demandes de patente ont été adressées et cela par 1125 Suisses et 702 étrangers, pour un total de 1239 hommes et 588 femmes. A noter également la statistique des remises à l’ordre: 128 rapports, 3 avertisse­ ments et 91 amendes. 14 tenanciers ont été avertis pour employer des serveurs âgés de moins de 20 ans, et 11 se sont vus infliger une amende pour cela. Pour la tenue défaillante du livre de contrôle pour les temps de repos, 170 rapports ont été établis, donnant lieu à 55 avertissements et 113 amendes. Les statistiques détaillent également les permis de vente d’alcool et les permissions concernant les jeux d’argent.

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Signe des temps: en 1910 déjà, l’art culinaire utilise volontiers des fleurs sauvages, comme en témoigne cette table d’exposition.

«Union Helvetia», 9.2.1913

cuisinier roublard Urbain Dubois est le cuisinier du chancelier Bismarck, qui est friand de crabe frais. A l’occasion d’un événememt, le cuisinier veut faire plaisir au chancelier, mais le repas est décalé dans le temps, ce qui n’est pas bon pour les crabes, dès lors moins frais. D’où le dilemme sui­ vant: pas de repas sans crabe, mais allez savoir ce qui se passera si Bis­ marck en mange... Urbain Dubois dispose les crabes sur le dessus de la pyramide, Bismarck y touche et fait tout tomber. Le journal conclut: l’honneur du cuisinier est sauf.

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Tiré de différentes éditions de «Union Helvetia»

citations «Sel et poivre: voilà le prolétariat des épices.» (20.2.93). «Voir Naples et mourir! Ça tombait sous le sens mais nous nous sen­ tions trop bien pour mourir.» (13.2.1902, récit lors d’un voyage au Caire sur le cuirassé «Prinz Heinrich».)

tion des concours, notamment en pratiquant de l’«aide au développement» dans les pays nor­ diques qui, aujourd’hui, sont de sérieux concur­ rents. Schmidiger constate que la qualité n’a cessé de s’améliorer et que, si la Suisse ne démé­ rite pas, il y a désormais des cuisiniers de talent dans de très nombreuses régions. Ceci explique aussi la répartition géographique des principaux concours comme l’Olympiade des cuisiniers d’Erfurt (tous les 4 ans), la Culinary Wold Cup de Luxembourg (Culinary World Masters, tous les 4 ans), le Salon Culinaire de Bâle (Culinary World Masters, tous les 6 ou 7 ans), l’America Culinary Classic de Chicago ou le Salon Culi­ naire de Singapour. A l’origine, il n’y avait pas de règles pour dési­ gner l’équipe représentant la Suisse. Quatre cui­ siniers – sans pâtissier – se regroupaient et se dépensaient sans compter. Mais dans les années 1980, on mit en place une sélection. Des équipes régionales s’affrontaient et la meilleure d’entre elles devenait officiellement l’équipe nationale, un peu comme cela se passe en curling. Ce prin­ cipe a souvent été remis en cause, ses détrac­ teurs affirmant qu’il ne permettait pas d’har­ moniser esprit d’équipe, continuité et talent individuel. Le processus n’est pas le même pour l’équipe nationale junior, qui est, depuis 2000, constituée d’un groupe d’une dizaine de jeunes cuisinières et cuisiniers pouvant être appelés en sélection. «A cet âge­là», explique Schmidi­

ger, «il y a souvent des absents et ce principe per­ met d’y faire face.» Dans les années 1980 et 1990, les juniors étaient des apprentis. Depuis 2000, ce n’est plus une obligation, la WACS ayant fait passer l’âge limite à 23 ans. Il existe aussi un Swiss Army Culinary Team, qui remporte de nombreux succès dans sa catégorie et jouit ainsi d’une réputation mondiale.

matthaes Verlag

Olympiades 2004: les plats champions du monde de l’Equipe suisse junior

La réussite des différentes équipes nationales ne permet pas de trancher entre les différents principes de sélection. «Ce qui compte, c’est que l’équipe soit capable de tenir compte des dernières tendances», dit Schmidiger. Et une chose est sûre: la Suisse fait partie du pelo­ ton de tête, aux côtés des pays scandinaves, du Canada, des USA, de l’Allemagne et de Singa­ pour. Et la France? Les Français ne participent pas à ces manifestations, considérant que seuls les concours hexagonaux ont une réelle impor­ tance. Il est difficile de mesurer l’impact des concours sur la restauration suisse. Mais on sait qu’au cours des 30 dernières années, l’équipe nationale a compté dans ses rangs des chefs et des enseignants de renom comme Georg Knecht, Daniel Bumann, Gregor Zimmermann, Louis Bischofberger, Rolf Mürner, Franz Jonke, Armin Fuchs, Peter Walliser, Adrian Bader, Doris Vögeli ou Ivo Adam. Il va de soi que les cui­ siniers n’ont pas tous le temps de participer à l’équipe nationale et que, de ce point de vue, les professionnels de la restauration collective sont avantagés – l’équipe nationale actuelle consti­ tuant une exception. Au sein de l’Union Helve­ tia, on a souvent discuté pour savoir si les em­ ployeurs pouvaient en faire partie ou non. A ce jour, la Société suisse des cuisiniers a toujours défendu un point de vue simple: la Suisse doit être représentée par la meilleure équipe pos­ sible, quel que soit le profil de ses membres.


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cahier spécial

H etGH

les auteurs

HÔtellerie et Ga stronomie Hebdo

l’union et les belles années de la haute conjoncture gina Folly

beat Waldmeier Porte­parole de Hotel & Gas­ tro Union, 50 ans, a grandi à Emmenbrücke, non loin de Lucerne. Historien, politologue, économiste, il a effectué ses études à l’Université de Berne, en se concentrant sur le 19e et le début du 20e siècle ainsi que les thématiques de l’agriculture, la politique commerciale et les syndicats. A été journaliste à la Mittelland Zeitung et à Espace Media, et rédacteur en chef du magazine «Civitas». Est arrivé à Hotel & Gastro Union il y a deux ans en tant que directeur de GastroNews ad interim. Occupe sa fonction actuelle depuis un peu plus d’un an. A propos des 125 ans de Hotel & Gastro Union, Beat Waldmeier raconte: «Ecrire les différents chapitres de cette histoire a été une tâche captivante, et très exigeante en raison de la pression du temps.» Son objectif, dit­il, n’était pas de livrer un travail scientifique, mais d’éclairer le passé à l’inten­ tion des lecteurs, de la façon la plus distrayante possible.

gina Folly

rosaria carmela Pasquariello Née en 1956 en Italie, a grandi à Kriens, près de Lucerne. Travaille pour Hotel & Gastro Union depuis 2000 en tant que rédactrice on line pour Hôtel­ lerie et Gastronomie Edition. Après l’école secondaire et une escale prolongée au Canada, a passé treize ans à travailler pour diverses sociétés d’édition: McGraw­Hill Book Company, EMB­Service ou encore Faksi­ mile Verlag à Lucerne, où elle était responsable de l’icono­ graphie dans le département des livres d’art et ouvrages spécialisés. Elle a également fait neuf ans à la rédaction et aux recherches du mensuel «Das Beste aus Rea­ der’s Digest». Avant son enga­ gement à Hotel & Gastro Union, a travaillé deux ans au comité suisse de l’Unicef, en tant que coordinatrice du travail médias d’Unicef Suisse durant la guerre au Kosovo et responsable du site Internet en trois langues de l’or­ ganisation. A l’occasion du 125e anniversaire de Hotel & Gastro Union, Rosaria Pasquariello a notamment élaboré la chronolo­ gie publiée aux pages XX à XXXI de ce cahier spécial.

Lausanne, le 14 décembre 2011

considérées aujourd’hui, les années 50 et 60 du 20e siècle sont des temps bénis sur le plan conjoncturel. les contemporains de l’époque, en revanche, ne voyaient pas leur quotidien sous un œil aussi favorable.

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hose étrange avec l’ave­ nir, le fait qu’on en parlera un jour comme du «bon vieux temps». Un paradoxe exprimé par l’écrivain américain Ernest Hemingway qui correspond parfaitement à la représenta­ tion que l’on a aujourd’hui des années 50 et 60 du 20e siècle. En effet, ces décennies de haute conjoncture apparaissent au­ jourd’hui comme des années dorées pour qui feuillette les pages du journal d’Union Hel­ vetia. Pour les contemporains de l’époque en revanche, le quo­ tidien était pavé de problèmes à résoudre. Dans l’hôtellerie­ restauration en particulier, les thèmes récurrents de l’époque sont le nombre excessif de tra­ vailleurs étrangers et le manque de relève. De 1948 à 1958, le Même si les sections nombre d’apprentis cuisiniers étrangères n’existent plus, finissants augmente fortement les Suisses continuent à avec une progression de 300%. sillonner le monde: ici le Les acteurs de la branche re­ Royal Hilton à Téhéran, en connaissent la nécessité d’of­ 1976, établissement frir des conditions plus attrac­ préféré du mannequin tives afin de rester un secteur Suzan Mazur. concurrentiel sur le marché du travail, même si les autres sec­ teurs de l’industrie offrent de meilleures conditions aux employés. Il faut dire que l’expression des vœux se considèrent libérés du devoir les structures de l’hôtellerie suisse sont vieilles, avec d’envoyer une carte de vœux et de répondre.» Deux une hôtellerie de luxe moribonde. «L’hôtellerie­res­ exemples encore de cet état des lieux à l’étranger: à tauration ne doit pas devenir un dépotoir», prévient­ Porto Rico, il reste 30 membres alors qu’on dénombre on dans l’édition du 8.9.1960. Pour les employés de 7 membres au Royal Hilton Hotel de Téhéran. l’époque, l’âge d’or est incarné par les années d’avant Dans le journal de l’Union figurent de nombreux 1914, et cela, même si les conditions de travail sont appels concernant des manifestations sportives et so­ tout sauf favorables, et que la haute conjoncture n’est ciales. Le congrès des chefs de cuisine et la journée des pas de mise. Vu d’aujourd’hui, la vie sociale au sein de concierges et des maîtres d’hôtel sont de grands évé­ l’Union peut sembler très active. Les employés d’hô­ nements. Les annonces en la matière et le fait que le tels jouent dans l’équipe de football d’Hota dans le journal compte une rubrique sportive strictement championnat régulier ou dans la ligue des entreprises. liée à l’Union montrent la vitalité qui règne au sein En 1956, par exemple, une annonce invite à jouer au de l’Union, mais également le besoin de trouver une football dans le cadre du championnat des entreprises. relève. Le Mövenpick cherche du personnel, le Bür­ Hota, champion régional à Zurich, joue alors contre genstock également, c’est ainsi que l’Union vit très Geigy, champion de la région de Bâle. Lieu de la ren­ bien de la publication des offres d’emploi. S’y ajoutent contre: Förrlibuck à Zurich. Le ticket d’entrée coûte des publicités pour de la bière, Eptinger et Vivi Kola. Fr. 1.10 et c’est gratuit pour les dames. Si le football Sans compter cette curiosité: «Fortus verjüngt das fait recette, le ski et le handball ne sont pas en reste. Sexualleben» (Fortus rajeunit la vie sexuelle). «Au début des années 60, il y avait une bonne centaine Les premières pages du journal sont occupées par de membres qui participaient à nos journées de ski à les thèmes de l’époque, lesquels restent des thèmes ac­ Lenzerheide», se souvient Georges Knecht, actuel pré­ tuels. A savoir: l’état des négociations sur la Conven­ sident d’Hotel & Gastro Union. tion collective de travail (on frôle l’état de grève suite à l’échec des négociations à Bienne en 1960), les ob­ L’extinction des sections étrangères jets juridiques traités dans les parlements cantonaux et fédéraux, les questions liées au métier, comme par Alors que la vie de l’Union fleurit en Suisse et que exemple l’introduction de l’examen pour les chefs de les membres passent en peu de temps du nombre de cuisine et pour les spécialistes de la restauration. Les 10 000 à 14 000 par le biais de mesures appelant à «en sujets «à problème» de l’époque: l’habillement, la di­ être», un perdant se dessine: les sections à l’étranger. minution du temps de travail, le pourboire, le bris de En 1891, lors de l’assemblée des délégués, il avait été vaisselle, l’abus au niveau des pourboires liés aux ban­ décidé de mettre place une administration générale quets, la formation continue du personnel, le manque et quatre administrations nationales: France, Angle­ de temps à disposition. Autre grand thème: les élec­ terre, Amérique et Suisse. L’idée étant de donner plus tions. L’Union ne se gêne pas de recommander des d’autonomie en particulier aux sections basées à Pa­ personnalités de tous les bords politiques. En 1963, on ris et à Londres, et d’ainsi mettre à distance les que­ trouve jusqu’à huit parlementaires actifs dans les mé­ relles entre la direction de l’Union et ses deux poids tiers de l’hôtellerie­restauration, qui avaient été chau­ lourds. Des tensions récurrentes reposent en effet sur dement recommandés par l’Union. le fait que la section de Londres n’est pas assez ren­ table et que les membres français agissent de manière De la nocivité des hauts talons trop indépendante. En période de haute conjoncture, à l’étranger, il devient toujours moins intéressant de Le journal de l’Union sait également se faire «boule­ devenir membre d’une section. Un effritement s’en­ vardier». En témoignent des articles sur le succès du suit, qui voit la section anglaise fermer ses portes en football féminin au Danemark avec 150 équipes et 9 li­ 1959. L’Amérique suit le mouvement le 28 décembre gues et sur la nocivité des talons des chaussures pour 1964. Et si la fin de la section française est difficile à dames. La cuisine française y est également moquée dater, elle a certainement été la première du lot. Avec tout comme un fléau appelé «la maladie du directeur». 400 membres enregistrés à l’étranger, la tendance à On y trouve encore des sujets comme l’épidémie de la baisse est sans appel. Ce n’est pas que les Suisses typhus qui s’est déclarée à Zermatt en 1962, mettant sont toujours moins nombreux à travailler à l’étran­ un terme à la saison d’hiver. La famine au Biafra est ger, mais qu’ils sont moins enclins à vouloir s’organi­ également abordée ainsi que la puissance nucléaire... ser sur place. Une bonne indication de l’état d’esprit Et pour ce qui est des thèmes qui font l’actualité au­ des membres est livrée par la carte des vœux de la jourd’hui, qui est assez visionnaire pour dire ce que nouvelle année. «Les personnes ici mentionnées dans l’on trouvera pourvu ou dépourvu d’intérêt à l’avenir?

cxxvie année

impressum éditeur Hotel & Gastro Union Adligenswilerstrasse 22 6002 Lucerne Tél. 041 418 22 22 (Lucerne) Tél. 021 616 27 07 (Lausanne) info@hotelgastrounion.ch www.hotelgastrounion.ch rédaction Hotellerie et Gastronomie Edition Adligenswilerstrasse 27 6006 Lucerne Tél. 041 418 24 40 Fax 041 418 24 71 info@hotellerie­et­gastronomie.ch www.hotellerie­et­gastronomie.ch direction Philipp Bitzer Michael Gollong (Directeur adjoint/ directeur artistique) rédacteurs en chef Philipp Bitzer (phb) Jörg Ruppelt (Rédacteur en chef adjoint/Directeur de la rédaction des magazines; rup) Christian Greder (Directeur de la rédaction du journal/ Directeur adjoint de la rédaction des magazines; chg) Blaise Guignard (Directeur adjoint de la rédaction du journal; blg) vente Jörg Greder (Directeur) Gabriel Tinguely Josef Wolf Tiziana Fischer (Service clients annonces) rédaction Marc Benedetti (ben) Patrick Claudet (pcl) Riccarda Frei (rif) Mario Gsell (mgs) Ernst Knuchel (ekn) Ruth Marending (rma) Rosaria Pasquariello (pas) Laurent Schlittler (lsc) Gabriel Tinguely (gab) collaborateurs de la rédaction Etude Froriep Renggli (juridique) Reto Fries (Richemont) Bernhard Bösch (Richemont) Julia Schulz (Hotel & Gastro Union) Beat Waldmeier (Hotel & Gastro Union) Giuseppe Pennisi (Pagina italiana) conception graphique Martin Reznicek (Directeur artistique/Chef de production) Ursula Erni­Leupi collaborateurs artistiques photographies Pierre­Michel Delessert Gina Folly René Frauenfelder Cindy Jaunin Barbara Kern Christoph Läser Tobias Sutter Stefan Schlumpf illustrations Grafilu production Hansruedi Läng (technique) Peter Bösch (polygraphe) Tiziana Fischer (assistante de production) correctorat Antje Giovannini Ringier Print Adligenswil AG, CH­6043 Adligenswil (LU) impression Ringier Print Adligenswil AG, CH­6043 Adligenswil (LU) hotellerie et gastronomie hebdo Hôtellerie et Gastronomie Hebdo est l’hebdomadaire le plus lu de la branche de l’hôtellerie­restauration suisse, avec un tirage de 25 956 exemplaires vendus (22 266 en allemand et 3 690 en français), certifié par l’Institut Re­ cherches et études des médias publicitaires REMP. Il est lu chaque semaine par plus de 100 000 professionnels de l’hôtellerie­restauration et des branches apparen­ tées. Le tirage varie chaque semaine de 26 000 (base) à 60 000 exemplaires (éditions spéciales pour les Salons professionnels) en fonction d’un mailing par groupes­ cibles. Chiffres et groupes­cibles sont détaillés sur www.hotellerie­et­gastronomie.ch/mediadaten. magazines spécialisés Hotellerie et Gastronomie Spezial paraît quatre fois par an en allemand. Avec un tirage attesté de 33 467 exemplaires, il s’agit du magazine professionnel pour la restauration au plus fort tirage de suisse. Le contenu rédactionnel de chaque édition est en outre repris dans Hotellerie et Gastronomie Magazin, qui paraît quatre fois par an en allemand avec un tirage de 11 447 exem­ plaires adressés aux cadres de la restauration suisse et des professions apparentées. La série de suppléments spéciaux «Booklets» est une innovation de Hôtellerie et Gastronomie Edition: une série de magazines monothématiques de luxe, conçus comme des magazines lifestyle mais adressés exclusive­ ment aux professionnels de la branche. Chaque édition est consacrée à un thème défini. Edités en allemand et en français, les Booklets sont encartés dans Hôtellerie et Gastronomie Hebdo et diffusés vers les groupes­cibles concernés. En fonction du sujet et du groupe­cible, le tirage varie entre 30 000 et 45 000 exemplaires. Tous droits réservés. Toute utilisation des contenus ré­ dactionnels doit préalablement faire l’objet d’une autori­ sation écrite de la rédaction. Les annonces parues dans cette publication ne peuvent en aucun cas être copiées, retravaillées ou utilisées de quelque manière que ce soit, intégralement ou partiellement, par des tiers.


hôtellerie et Gastronomie hebdo – cahier spécial 125 e anniversaire d’hotel & Gastro union CXXVIe année

Lausanne, le 14 décembre 2011

Édition romande

www.hotellerie-et-gastronomie.ch

1886 − 2011 au fil du temps

Rendu célèbre par son rôle dans Les Oiseaux d’Alfred Hitchcock, Rod Taylor incarnait le héros de The Time Machine, adaptation du roman de Wells tournée en 1960.

E

n 1895, soit moins de dix ans après la fon­ dation de l’Union Helvetia, l’écrivain bri­ tannique H.G. Wells publiait son célèbre roman de science­fiction «La machine à remonter le temps» (The Time Machine dans son titre ori­ ginal). L’auteur y figure un voyage à travers le temps qu’un explorateur entreprend à bord d’une machine qu’il a lui­même construite, et qui va l’emmener jusqu’à l’an 802 701 après Jésus­Christ. Dans ce futur très lointain, il découvre que l’humanité est désormais divisée en deux es­ pèces antagonistes: les «Eloi», habitant la sur­ face de la Terre, et les «Morlocks» qui vivent en dessous. Le voyageur croit tout d’abord que les Eloi, quelque peu amollis, maintiennent les si­ miesques Morlocks en esclavage, afin de faire

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fonctionner leurs machines et ainsi de mener une vie agréable à la surface. Il découvrira avec le temps que la réalité est exactement in­ verse: les Morlocks se servent des candides Eloi comme d’une réserve de nourriture incapable de critique comme de révolte, et sortent de leurs souterrains lors des nuits sans lune pour se li­ vrer à la «récolte». Le roman de Wells était une critique mor­ dante des mœurs sociales régnant alors au sein du tout­puissant Empire britannique, ce que les lecteurs comprirent sans difficulté. Une no­ tion que la plupart des adaptations au cinéma occultèrent totalement (c’est le cas de «The Time Machine», tourné en 1960 avec Rod Tay­ lor dans le rôle principal, dont est tirée l’illus­ tration ci­dessus). Mais qu’est­ce que cela peut

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avoir à faire avec Hotel & Gastro Union – respec­ tivement Union Helvetia? En fait, les analogies avec l’époque où l’Union fut fondée restent d’ac­ tualité: la société était originellement conçue comme une communauté d’intérêt s’engageant pour le bien des employés d’hôtellerie et de res­ tauration exploités par les employeurs, sans ménager ses critiques envers de tels comporte­ ments. Avec le temps, le rôle de l’Union Helvetia s’est radicalement modifié, et l’organisation qui lui a succédé, Hotel & Gastro Union, s’est trans­ formée en une organisation de travailleurs agis­ sant au travers d’un partenariat social et met­ tant davantage l’accent sur la formation que sur la politique sociale. Loin d’être abstraite du reste du monde, cette mutation fait partie d’une évolution de la

avenue des acacias 16 1006 Lausanne

getty images

société tout entière, jalonnée d’événements po­ litiques en tous genres, de découvertes tech­ niques et de conquêtes sociales. Pour se faire une image des faits et boulever­ sements les plus marquants des 125 dernières années, les pages suivantes vous présentent une grande chronologie minutieusement préparée par notre collaboratrice Rosaria Pasquariello. Pour panoramique qu’elle soit, elle ne prétend naurellement pas à l’exhaustivité; mais ceux qui s’intéressent au cours de l’histoire y trou­ veront une foule d’éléments intéressants, signi­ ficatifs – parfois rétrospectivement – ou sim­ plement étonnants, puisés dans l’actualité des douze dernières décennies de la vie sur Terre. Il ne me reste qu’à vous souhaiter un bon voyage philipp bitzer dans notre passé proche!

e-mail edition@hotellerie-et-gastronomie.ch


XX

cahier spécial

H etGH

Lausanne, le 14 décembre 2011

au fil du temps 1886–1900 Première commune tessinoise, Faido reçoit l’électricité; l’Hô­ tel Suisse et l’Hotel Faido sont électrifiés.

1886

Le Coca­Cola est inventé à Atlanta par le pharmacien John •• A St­Moritz a lieu le premier Stith Pemberton pour lutter tournoi de golf des Alpes. La contre la fatigue, la dépression station reçoit également la et les maux de tête. première installation télépho­ •• Julius Maggi invente les soupes nique des Grisons. déshydratées, en sachets, déjà •• Le Grand Hotel Waldhaus prêtes. Flims est également électrifié •• Création de la fabrique de par le biais de sa propre instal­ conserves Henckell, Zeiler & lation électrique, qui est la plus Cie. à Lenzbourg (deviendra grande installation privée de Hero) et de la fabrique de Suisse. conserves Bernhard & Co. à •• La Tour Eiffel est terminée Rorschach (deviendra Roco). en même temps que l’Exposi­ •• La Gornergorge à Zermatt est tion universelle à Paris. rendue accessible aux tou­ Erigée pour le centenaire de ristes par les frères Lauber et la Révolution française, le Taugwalder. monument de 300 mètres est le plus haut bâtiment du monde •• L’Hotel Reber est le premier jusqu’en 1930. établissement situé directe­ ment au bord du lac à Locarno.

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chirurgicaux à Ibach (SZ) le premier couteau suisse de poche pour l’armée suisse.

Premiere de la revue des Folies Bergère à Paris.

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Inauguration du Tower Bridge à Londres.

1892

Le maître cuisinier Auguste Escoffier crée à Londres en hommage à la chanteuse d’opéra Nellie Melba le dessert «La pêche Melba».

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Le Valaisan César Ritz, qui depuis 1877 a contribué à la renommée du Grand Hotel National à Lucerne avec le maître cuisinier Auguste Escoffier, reprend l’Hotel Savoy à Londres.

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Fondation de la société Nin­ tendo à Kyoto.

1888

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Le funiculaire du Bürgenstock, premier funiculaire électrique en Suisse, entre en service. De même que celui du Brünig.

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Ouverture du Park Hotel sur le Bürgenstock et du Grand Hôtel Danioth à Andermatt.

1890

Ouverture de l’hôtel Pilatus­Kulm.

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Entrée en service du train à crémaillère à vapeur du Monte Generoso.

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Introduction de l’assurance­ maladie et accidents en Suisse.

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Naissance de l’Association suisse des travailleuses sous la direction de Verena Conzett, syndicaliste zurichoise et dé­ fenseuse du droit des femmes.

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1889

Major Bulpetts (père de la piste de bob du Cresta) construit le premier bob en acier, avec le Grison de St­Moritz, Hufschmied Christian Mathis.

Fondation de l’Union suisse des sociétés de consommation (dès 1970: la Coop).

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A Naples, la Pizza Margherita est créée. Elle doit son nom à la reine d’Italie Marguerite de Savoie et ses couleurs au drapeau italien.

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Inauguration du train à crémaillère le plus pentu du monde (Alpnachstad­Pilatus Kulm).

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Premier tournoi de golf «alpin» dans les Alpes à St­Moritz. St­Moritz reçoit la première installation téléphonique des Grisons.

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En avril, premiers Jeux Olympiques de l’ère moderne à Athènes.

1893

A Altdorf, inauguration du monument de Guillaume Tell. Le sculpteur Richard Kissling a dû se conformer pour la sta­ tue en bronze à des directives précises pour qu’il apparaisse en homme fier, téméraire et décidé ainsi qu’en costume de paysans.

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Le Glaronnais Christof Iselin crée le premier ski­club de Suisse: le ski­club de Glaris.

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A Zermatt, le train du Gorner­ grat, premier train de mon­ •• Une situation idyllique à Flüeli­ tagne électrique, fonctionne Ranft (OW): c’est là que le désormais en été. pionnier Franz Hess­Michel •• Un établissement de cure de construit le Kurhaus Nünalp­ luxe est ouvert à Engelberg. horn, qui 70 ans plus tard, deviendra l’hôtel «art nouveau» (aujourd’hui «Europäischer Hof Hotel Europe») Paxmontana (fermé actuelle­ ment pour rénovation, ouver­ •• ture prévue en décembre 2011). Ouverture du premier tronçon du train de la Jungfrau (de la petite Scheidegg au glacier de l’Eiger).

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Engelberg est rattaché au réseau ferré; Stansstad­Engel­ berg devient le plus long trajet électrifié de Suisse.

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Entrée en service du Stanse­ rhornbahn, funiculaire élec­ trique avec le premier système de freins à pinces du monde. A l’Exposition universelle de Chicago, la fermeture éclair fait fureur auprès des 27 mil­ lions de visiteurs.

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Muralto, première commune de Locarno et sa région à dis­ poser de réverbères électriques dans la rue.

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Fondation du FC Bâle.

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A Zurich, inauguration de la «Neue Tonhalle» sur l’Alpenquai (aujourd’hui General­Guisan­Quai).

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L’Agence télégraphique suisse (ATS) débute ses activités à Berne.

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Les frères Lumière inventent le cinématographe. C’est au Grand Café sur le Boulevard des Capucines à Paris qu’a lieu la première présentation publique devant un nombreux public. Le cinéma est né!

Dans le Val d’Anniviers, Pierre Pont, guide de montagne et hôtelier, commence la construction du Grand Hôtel à Chandolin.

Wilhelm Conrad Röntgen découvre les rayons X.

La Nouvelle­Zélande, premier pays à accorder le droit de vote aux femmes.

L’Automobile Club de France à Paris est le premier club auto­ mobile du monde.

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L’Hotel Beau Rivage à St­Mo­ ritz, après 4 années de trans­ formation, devient le premier hôtel d’Europe à être baptisé «Palace».

1899

Jean Tobler crée avec ses fils la Fabrique de Chocolat de Berne, Tobler & Cie.

1897

Fondation du St­Moritz Bobsleigh Club, premier club de bob au monde, (dont le président est Gunter Sachs depuis 1969).

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L’allemand Wilhelm Paulcke et le Bâlois Robert Helbring apportent le ski à Zermatt et escaladent le Mont Rose.

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1894

Une année après son mariage avec Adèle La Roche, Fritz Hoffmann fonde à Bâle l’entreprise pharmaceutique Hoffmann­La Roche.

La fabrique de machines Adolph Saurer à Arbon (TG) commence à construire des voitures, puis des camions.

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Le train à vapeur Viège­Zer­ matt entre en service.

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Le Grand Hotel Waldhaus Flims se dote de sa propre bou­

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La fabrique de chocolat bernoi­ se Lindt est rachetée par son concurrent zurichois Sprüngli.

1898

Le physicien et ingénieur Guglielmo Marconi invente la transmission radio.

Alexandre Louis Cailler dé­ place le siège de son entreprise de Vevey à Broc, dans une fabrique de chocolat construite pour l’occasion au pays de la Gruyère.

Genève accueille la 2e Expo­ sition nationale qui malgré le mauvais temps attire 2,3 mil­

Le Valaisan César Ritz ouvre à la Place Vendôme à Paris son premier hôtel en propre et dé­

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Début du chantier du Transsibérien.

Sur la Schatzalp à Davos, un sa­ natorium de luxe est construit, l’une des premières construc­ tions en béton de Suisse.

1896

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Entrée dans la Constitution du droit à l’initiative.

Le fabricant de couteaux zougois Karl Elsener termine dans ses ateliers de fabrication de couteaux et d’instruments

1895

La première Ecole hôtelière du monde est fondée à Lau­ sanne par la Société suisse des hôteliers.

Le 8 mars, le premier tram électrique roule dans les rues de Zurich.

1891

Victime d’une agression sur un quai à Genève, l’impératrice Elisabeth d’Autriche (Sissi) décède dans sa suite de l’Hôtel Beau­Rivage.

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Gottfried Keller meurt à 71 ans à Zurich.

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Fondation du «Kur­ und Verkehrsvereins Zermatt».

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La première course de bob a lieu à St­Moritz.

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L’«Arome de Maggi» arrive sur le marché pour épicer les soupes. La recette de fabri­ cation est maintenue secrète dans un coffre à la banque par Julius Maggi.

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Médecine: invention de l’anes­ thésie locale et découverte du sérum contre la diphtérie.

lègue la direction de la cuisine à son compagnon de travail, le maître cuisinier Auguste Escoffier.

Après un âpre combat, la vox populi approuve en février l’unification et l’étatisation des chemins de fer suisses.

Rejet par une majorité écra­ sante de l’initiative populaire pour un «Droit au travail», qui demande le raccourcis­ sement du temps de travail, une protection contre les licenciements abusifs et une assurance­chômage.

Inauguration de la Statue de la Liberté à New York. Le 1er mai est déclaré jour férié pour les travailleurs.

lions de visiteurs. 230 Souda­ nais «importés» par un homme d’affaires genevois y habitent tout l’été dans des cabanes en torchis.

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Ouverture du J. Weber’s Bazar à Zurich, le premier «Grand magasin» de Suisse (Globus dès1896).

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Le Baron Pierre de Coubertin fonde le Comité International Olympique (CIO), dont le siège est aujourd’hui à Lausanne.

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Création de la Fédération Suisse des Sociétés d’Aviron.

langerie et ouvre une piscine extérieure, séparée pour les hommes et les femmes.

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1900

Le savant russe Constan­ tin Perskyi utilise dans un journal français, à l’occasion de l’exposition universelle de Paris, la première fois le terme de «Télévision».

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Lausanne, le 14 décembre 2011

cahier spécial

H etGH

XXi

au fil du temps 1901–1913 A New Haven (Connecticut, USA), Louis Lassen prépare sur son établissement à un client qui désire «quelque chose de chaud qu’il pourrait empor­ ter avec lui», un sandwich au hamburger pour la route. Aujourd’hui «Louis’ Lunch» est le plus ancien restaurant qui sert des hamburgers au monde. Il est toujours dirigé par la famille de Louis et pro­ pose encore le hamburger selon la recette originale de l’arrière­grand­père.

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Le médecin suisse et chercheur en alimentation Maximilian Oskar Bircher­Benner utilise le muesli, une recette diététique à la pomme qu’il a développée, auprès de ses malades dans sa clinique privee zurichoise.

quera une véritable révolution en matière de rasage.

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Guglielmo Marconi envoie le premier signal radio transat­ lantique en morse.

1904

Albert Wander lance l’Ovomal­ tine sur le marché, vendue sous la forme d’une préparation médicinale. Deux ans plus tard, Ovomaltine se développe en Italie et en Angleterre.

Surplombant le Lac Léman, l’hôtel Caux­Palace ouvre ses portes à Caux (VD). Doté de 300 chambres et de 100 salles de bains, c’est le plus grand et le plus luxueux palace de Suisse.

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Alfred Kuoni fonde sa première agence de voyages située sur la place Bellevue à Zurich.

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Le commerçant André Klein reprend une confiserie à Bâle et introduit son «Klein’s Basler Läckerli» (qui donnera nais­ sance à l’entreprise Firma Läckerli Huus SA).

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La première course de ski en Suisse a lieu le 26 janvier au ski­club de Glaris. D’avril à novembre, l’Exposi­ tion universelle se déroule à Paris avec plus de 50 millions de visiteurs. Le palais élec­ trique qui y est présenté voit le triomphe de l’électricité. L’exposition laisse en héritage le Petit Palais et le Grand Palais, deux bâtisses monu­ mentales du baroque classique, symboles de la magnificence de l’art français. La Suisse se met en scène avec un village suisse dans le plus pur style chalet.

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A Zermatt, a lieu le premier cours de ski.

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Fondation des Chemins de fer fédéraux (CFF).

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Maître charron, Jakob Ochsner d’Oberhallau (SH) norme les camions poubelles et les poubelles.

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Le Prix Nobel de la Paix revient encore une fois à la Suisse: Elie Ducommun de Genève se partage la récompense avec Charles Albert Cobat de Tra­ melan (BE).

Mengia et Daniel Schmidt­ Candrian ouvrent l’Hotel Schweizerhof à Flims­Wald­ haus (GR). Mengia Schmidt y travaille tout au long de sa vie et devient le témoin de toute une époque.

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Le prix Nobel est décerné pour la première fois. Le Genevois Henri Dunant, fondateur la Croix­Rouge reçoit le Prix Nobel de la Paix.

Invention du thé en sachet. Afin de diminuer le poids à l’expédition, le négociant en thé américain Thomas Sullivan place le thé dans un petit sachet en soie. Ses clients utilise ce dernier directement lors de l’infusion.

Boum dans la construction hôtelière – ouverture de plusieurs établissements: le Montreux Palace Hôtel, l’Hotel Kurhaus à Bergün (GR), l’Hotel International­au­Lac à Lugano, le Grand Hotel à Brissago et l’Hotel Edelweiss sur le Rigi.

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L’hôtel Palace Axenfels à Mor­ schach (SZ) inaugure un golf 9 trous pour les golfeurs anglais. Premier du genre.

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Le 1er juillet, entre en vigueur la première loi fédérale sur les denrées alimentaires.

Le Mans accueille le premier Grand Prix automobile qui voit la participation de 32 bolides. San Francisco connaît le pire tremblement de terre de son histoire.

La crème Nivea de Beiersdorf à Hambourg arrive sur le marché (dès 1925 dans les boîtes bleues à l’écriture blanche).

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Albert Einstein, employé au bu­ reau des brevets à Berne, publie la théorie de la relativité.

1907

Le Code civil suisse entre en vigueur. Droit des personnes, droit de la famille, droit de succession, droit des biens, y sont détaillés.

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La Banque Nationale Suisse, dont le siège est à Berne, entre en service.

1912

L’entreprise italienne Cinzano installe à Paris sa première réclame sous forme d’éclairage au néon.

1908

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Theodor Tobler développe dans sa fabrique de chocolat avec son cousin Emil Baumann la barre triangulaire Toblerone.

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Le Péruvien Geo Chavez, âgé de 23 ans, réussit le premier survol des Alpes en avion de Brigue, au­dessus du sommet du col du Simplon, jusqu’à Domodossola.

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L’ingénieur américain Chester Beach construit un moteur électrique qui conduira au mixeur de cuisine. A Dubendorf, ouverture du premier aéroport de Suisse (aujourd’hui aéroport militaire).

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Le premier Tour de France dure 18 jours et constitue la première course par étapes dans l’histoire du cyclisme.

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L’hôtel Hahnenmoospass (Adelboden, BE) est le premier établissement au sommet d’un col.

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Le «Brad’s Drink», du phar­ macien Caleb Bradham à New Bern (North Carolina, USA), développé en 1898 comme bois­ son rafraîchissante, energé­ tique et favorisant la digestion, est enregistré sous le nom de Pepsi­Cola et entre sur le marché.

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Le SOS en morse est introduit comme signal d’urgence inter­ national officiel.

L’Hotel National à Arosa est un lieu de soins pour les personnes souffrant de maladies pulmonaires. Trois ans plus tard, Thomas Mann commence à y écrire son roman «La Montagne magique».

Henry Ford produit son modèle T qui devient vite omniprésent sur les routes américaines.

Oscar Kambly crée à Trub­ schachen (BE) la fabrique de biscuits du même nom.

L’interdiction de l’absinthe entre dans la Constitution suisse à la suite d’une initiative populaire.

Armand Dufaux réalise la première traversée du lac Léman dans sa longueur en avion, record du monde de survol sur l’eau.

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Maggi lance le bouillon en cube sur le marché.

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1906

La Poste suisse entre en service sur une base régulière pour le transport des personnes. Le premier bus postal fait son premier trajet le 1er juin de Berne à Detligen. Une première

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Le 14 avril, le paquebot de luxe «Titanic» entre en collision avec un iceberg avant de couler. 1500 personnes trouvent la mort.

L’entreprise biennoise Sigg (à partir de 1916 à Frauenfeld) développe la célèbre gourde.

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Le coureur automobile Louis Chevrolet de La Chaux­de­ Fonds (NE) fonde à Détroit (USA) la Chevrolet Motor Company.

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Melitta Bentz de Dresde invente les filtres pour le café et fonde avec son mari l’entre­ prise Melitta.

Les frères Henri et Armand Dufaux de Genève exécutent pour la première fois un vol avec leur hélicoptère.

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La première lettre aéropostée est envoyée au roi George V.

Ouverture de l’Hotel Mon­ tana, surplombant le lac des Quatre­Cantons à Lucerne; il est l’œuvre de l’architecte Paul Möri dans le pur style d’un palace (en 1944, il devient la propriété d’Union Helvetia).

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Le pionnier de la technologie de l’aluminium, Heinrich Alfred Gautschi, reçoit la pre­ mier brevet pour la production de feuilles d’aluminium.

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Le journée mondiale de la femme est célebrée pour la première fois le 19 mars en Allemagne, Autriche, Dane­ mark, et en Suisse (le 8 mars à partir de 1921).

1910

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1909

Premières salles de cinéma à Zurich, dont le Kino Radium à la Mühlegasse.

Inauguration de la ligne ferro­ viaire de l’Albula; avec 55 ponts et 39 tunnels c’est l’une des lignes les plus spectaculaires et étroites du monde.

Suchard dépose le nom de la marque «Milka». Ainsi com­ mence l’histoire de la marque à succès couleur lilas. La vache illustre dès le début les paquets alors que la couleur lilas appa­ raît en 1973.

L’américain King Camp Gillette développe la lame de rasoir jetable ultrafine et crée son entreprise à Boston, The Gillette Company, qui provo­

1911

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L’aspirateur à poussière Hoover bat des records de vente aux USA.

Le train du Gotthard est étatisé et intégré au réseau ferroviaire des CFF.

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Création de la FIFA à Paris. Le 1er mai a lieu le premier match officiel opposant deux équipes nationales à Bruxelles; il s’agit de Belgique­France (le siège de la FIFA sera déplacé en 1932 à Zurich).

1905

1903

1901

Josef Giger ouvre l’hôtel Wald­ haus à Sils Maria (GR), l’un des rares cinq étoiles resté dans la famille d’origine.

1902

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qu’on a du mal à imaginer tant les bus jaunes appartiennent désormais au paysage.

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Le train de la Jungfrau entre en service; avec la gare à la plus haute altitude d’Europe.

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Ouverture de l’Hotel Chanta­ rella lieu de détente, de cure et de diététique au­dessus de St­Moritz.

1913

A Villars (VD), ouverture de l’Hôtel Palace pour un confort total avec éclairage électrique et chauffage central.

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Après des travaux difficiles, le tunnel du Lötschberg est achevé et la ligne ferroviaire entre en service.

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XXii

cahier spécial

H etGH

Lausanne, le 14 décembre 2011

au fil du temps 1914–1926

1914

Le successeur au trône d’Au­ triche Franz Ferdinand et son épouse Sophie sont assassinés le 28 juin à Sarajevo. L’attentat déclenche la Première Guerre mondiale. Le 1er août: appel à la mobilisation.

déplacer son siège de Paris à Lausanne, vu la neutralité de la Suisse.

tout le pays. En1947, un film de Franz Schnyder immortalise le personnage de Gilberte de Courgenay.

1916

La Suisse entre à la Société des Nations.

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Le déclenchement de la Pre­ mière Guerre mondiale jette un froid sur la troisième exposi­ tion nationale à Berne. Elle accueille tout de même plus de 3 millions de visiteurs.

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Le peintre allemand Ernst Ludwig Kirchner déménage à Frauenkirch­Davos, où il vit jusqu’à sa mort en 1938. Nombre de ses œuvres expres­ sionnistes saisissent le paysage de la région comme nulle autre pareille. Le musée Kirchner à Davos dispose d’une collection de ses œuvres unique au monde.

En plus des Original Basler Läckerli (1904), André Klein lance dans sa confiserie bâloise les premiers bonbons four­ rés aux herbes de Suisse: les «Klein’s Halsfeger».

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Les cinq frères Maserati fondent une entreprise automobile à Bologne. Ils com­ mencent par construire des voitures de course uniquement. Avec de grands succès sportifs dans les années 50.

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Hans Arp et Hugo Ball créent à la Spiegelgasse 1 à Zurich le Cabaret Voltaire et lancent du même coup le mouvement dada (mouvement artistique et litté­ raire), à quelques mètres de l’ancien domicile de Lénine.

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A Memphis (USA), ouverture du premier magasin en libre service, le «Piggly Wiggly Store», précurseur du supermarché moderne.

1918

Vladimir Ilitch (Lénine) quitte son exil helvétique et prend la tête de la révolution d’octobre en Russie.

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Le Comité International Olym­ pique (CIO) hisse en juin, à l’occasion du 16e Congrès olym­ pique à Paris, pour la première fois le drapeau officiel aux cinq anneaux imaginé par Pierre de Coubertin.

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A Cleveland (USA), installa­ tion du premier feu de circula­ tion électrique du monde. Avec seulement un feu rouge et un feu vert (les 3 couleurs appa­ raissent en 1920 à Detroit et New York).

1915

Lors de la bataille d’Ypern (Belgique), l’Allemagne est le premier pays à utiliser du gaz toxique dans un contexte de guerre.

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Création de l’Union soviétique (URSS).

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La Radio romande entre en service à Lausanne, par le biais du premier émetteur radio­ phonique (troisième émetteur radio public d’Europe).

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Suite à la Première Guerre mondiale, des injustices sociales criantes conduisent à une grève générale dans tout le pays. Il s’agit du plus grave affrontement politique et social •• que la Suisse ait connu à ce jour. En Inde, Mahatma Gandhi est à la tête d’un mouvement de •• La grippe espagnole se propage lutte pacifique contre le pou­ dans le monde entier. On dé­ voir colonial anglais. nombre entre 25 et 50 millions de morts. En Suisse meurent quelque 25000 personnes.

1925

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Le premier roman policier d’Agatha Christie, «La Mysté­ rieuse Affaire de Styles», est publié, mettant en scène l’illustre détective belge, Her­ cule Poirot. Le début d’une incroyable success story pour l’écrivaine anglaise.

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Une police fédérale des étran­ gers est créée afin de contrôler l’immigration et le séjour des déserteurs étrangers et des de­ mandeurs d’asile (aujourd’hui l’Office fédéral des Migrations).

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Le Comité international de la Croix­Rouge (CICR) à Genève reçoit le Prix Nobel de la Paix.

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Association visant à favoriser les voyages, l’Office national suisse du tourisme (ONST) est créée (l’ancêtre de Suisse Tourisme).

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Le scrutin proportionnel entre en vigueur au Parlement suite à une initiative populaire.

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A Weggis (LU), ouvrent les premiers bains de Suisse, où hommes et femmes peuvent se baigner ensemble.

L’industriel arménien de la cigarette, Puzant Masraff, achète la source d’eau minérale La Prairie à Yverdon­les­ Bains et crée Arkina SA. La mise en bouteille se fait industriellement et le pro­ duit est distribué sous le nom d’Arkina. La société prend également la direction du Grand Hôtel des Bains et des bains thermaux. Création d’un office fédéral du travail (aujourd’hui Seco), dont le rôle est de calculer les coûts de la vie et de les publier.

En Suisse, la nourriture est rationnée.

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Gilberte Montavon, serveuse à Courgenay (Jura), devient l’égérie des soldats lors de la •• Le service actif grève lourde­ Première Guerre mondiale. ment les finances fédérales. Dans l’établissement familial, Pour y remédier, un impôt fédé­ l’Hôtel de la Gare, elle sert les ral direct est introduit. Une soldats et les officiers. L’un mesure qui reste en vigueur d’eux, Hanns In der Gand, aujourd’hui. écrit pour elle une chanson «La petite Gilberte de Cour­ •• La guerre pousse le CIO à genay», bientôt connue dans

1921

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Création du Parti communiste suisse (interdit en 1940).

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L’Allemagne introduit le droit de vote des femmes.

Albert Einstein reçoit le Prix Nobel de physique.

Le Traité de paix de Versailles fait sensiblement bouger les frontières sur la carte.

Friedrich Dürrenmatt, écri­ vain et dramaturge suisse, naît à Konolfingen (BE).

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Meilleure équipe d’Europe, l’équipe nationale suisse de football arrive en finale aux Olympiades d’été à Paris. Elle perd 3 à 0 contre l’Uruguay. • • Arnold Schweitzer fonde à Thônex (GE) la Fabrique Suisse de Crayons Caran d’Ache. Les crayons et stylos de couleur Swiss made, et autres matériels de bureau, jouissent aujourd’hui d’une réputation mondiale.

Première édition de la course du Klausen. De Linthal jusqu’au col du Klausen, c’est l’une des plus dures courses de montagne. Longue de 21,5 km, elle compte 136 virages et affiche 1237 mètres de dénivellation.

Ad Astra Aero, dont le siège est à Zurich, organise des vols de passagers en avion entre Zurich, Genève et Neuchâtel.

1919

Création de la Société des Na­ tions dont le siège est à Genève. Fédération internationale des Etats, elle a pour rôle d’assurer le maintien de la paix. (La SDN sera dissoute en 1946 suite à la création de l’ONU.)

Les USA mettent fin à l’immi­ gration sans limite et votent les premières lois limitant le nombre d’immigrés licites.

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En 1919, la loi sur la prohibition aux Etats­Unis ne produit pas l’effet escompté: brasseries illégales, bars illégaux, contre­ bande d’alcool, et corruption font les affaires de la mafia.

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Fondation du Parc National Suisse. Région protégée sur le col de l’Ofen en Engadine, il s’agit du premier parc national des Alpes.

Avec sa marche sur Rome, Benito Mussolini impose le pouvoir fasciste en Italie.

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1917

suisse avec une renommée internationale. Distinguée par quatres Oscars et de nom­ breuses récompenses à travers le monde.

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La première course de slalom de l’histoire du ski alpin est organisée par le skieur et alpi­ niste anglais Arnold Lunn à Mürren (BE).

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Ouverture du canal de Panama long de 81,6 kilomètres, qui ouvre un passage pour les bateaux de l’Atlantique au Pacifique. Le canal est l’une des plus importantes voies mari­ times du monde.

Les PTT ouvrent des lignes de bus qui franchissent les cols du Grimsel, de la Furka, du Saint­ Bernard et de l’Oberalp.

1922

1920

La Suisse, préservée de la guerre, accueille les soldats blessés et affaiblis des pays voi­ sins, dans des hôtels qui sans cela seraient restés vides.

Fin des travaux du Transsibé­ rien. Une voie ferrée de 9288 km de long, la plus longue du monde, qui relie Moscou à Vladivostock.

Les syndicats et le mouvement des travailleurs obtiennent l’introduction de la semaine de 48 heures dans les industries en Suisse.

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Le Polonais Stephen Poplawski invente au Wisconsin (USA) le mixeur et l’utilise pour prépa­ rer des milkshakes.

Gottlieb Duttweiler fonde à Zurich Migros SA avec pour objectif de créer un pont entre producteurs et consommateurs (sans intermédiaire). Avec une politique de prix très rigou­ reuse, il veut permettre à la population de s’approvisionner pour «pas cher». Avec cinq ma­ gasins ambulants et six articles de base, il opère une véritable révolution dans le commerce de détail en Suisse.

1923

Les médecins canadiens Frede­ rick Banting et John Macleod recoivent le Prix Nobel de médecine pour la découverte de l’insuline.

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La première centrale de télé­ phonie sans fil entre en service à Zurich.

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Le Saint­Gallois Othmar Win­ terhalter obtient le brevet de la fermeture à glissière, un produit encore peu connu à l’époque. Son entreprise la produit et la distribue mondia­ lement et en série sous le nom de «riri».

1924

Chamonix (F) accueille les pre­ miers Jeux olympiques d’hiver de l’histoire.

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Les pionniers de l’aviation Walter Mittelholzer et Lazar Wechsler créent à Zurich Praesens­Film SA, la plus importante société de pro­ duction cinématographique

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La compagnie Balair assure les vols entre Bâle, Fribourg­en­ Brisgau et Mannheim.

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La «Schweizerische Wirte­ verband» (aujourd’hui Gas­ troSuisse) inaugure à Zurich la «Fachschule für das Gas­ tgewerbe» (aujourd’hui Bel­ voirpark Hotelfachschule).

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Dans le canton des Grisons, qui possède un très bon réseau routier, les citoyens décident lors d’une votation d’annuler l’interdiction de circuler en voi­ ture sur le territoire cantonal.

1926

Aux Etats­Unis, le premier grille­pain automatique est commercialisé, équipé d’une minuterie mise au point par le mécanicien Charles Strite du Minnesota. Les tranches de pain sont toastées simulta­ nément des deux côtés et à la


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au fil du temps 1926–1939 même température et expul­ sées en même temps grâce à un système à ressort. Grille­pain que l’on retrouve aujourd’hui dans toutes les cuisines – ou presque.

1928

Le 18 novembre, Walt Disney projette au Colony Theatre à New York le premier dessin animé parlant «Steamboat Willie», qui voit la première apparition de Mickey Mouse et son amie Minnie à l’écran – et pas la dernière!

Street, des millions d’investis­ seurs perdent leurs avoirs. Le marché des actions s’effondre également en Europe.

Lausanne est la première ville de Suisse à mettre en service un réseau de trolleybus.

L’entreprise new­yorkaise Eldec Co. lance sur le marché le premier fer à vapeur électrique breveté à usage domestique.

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Gottlieb Duttweiler ouvre à la Ausstellungsstrasse, non loin de de la Limmatplatz à Zurich, le premier magasin Migros avec service.

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Ouverture de la ligne de train Furka­Oberalp. La percée du tunnel sous le col de la Furka permet pour la 1re fois de relier directement Brigue et Disentis.

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Paul Bocuse vient au monde le 11 février à Collonges­au­Mont­ d’Or près de Lyon. Fils d’un cuisinier, celui qui deviendra une légende de la gastronomie dans le monde, cuisine dès l’âge de 9 ans aux côtés de son père.

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Frieda et Garnet Carter construisent à Lookout Moun­ tain dans le Tennessee (USA) pour les hôtes de leur hôtel le «Tom Thumb miniature golf­course», premier minigolf au monde. «Tom Thumb Golf» sera la première appellation protégée désignant un minigolf. Une invention qui se répandra rapidement aux USA avant d’atteindre l’Europe.

1927

Le premier film parlant est projeté dans les cinémas américains. La foule se presse pour entendre (et voir), Al Jolson chanter dans «The Jazz Singer». Un succès phénomé­ nal pour ce film de la Warner Brothers qui sonne le glas du film muet.

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Le pilote américain Charles Augustus Lindbergh Jr., âgé de 25 ans, entre dans la légende en devenant le premier pilote à relier New York à Paris à bord de son avion «Spirit of Saint Louis», seul, sans escale. Soit 5’808 kilomètres en 33 heures et 39 minutes, au­dessus de l’Atlantique.

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Le biologiste et pharmacolo­ giste écossais Alexander Fle­ ming fait l’une des plus grandes découvertes de l’histoire de la médecine: celle de la pénicil­ line, une substance antibio­ tique qu’il a isolée à partir du champignon Penicillium nota­ tum, découverte pour laquelle il partagera le prix Nobel de médecine avec Howard Walter Florey et Ernst Boris Chain en 1945.

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1930

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Emil Richterich crée la fabrique de confiserie Richte­ rich & Co. Une raison sociale qui donnera plus tard le célèbre acronyme RICOLA.

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Développement de l’acrylglas (appelé également plexiglas), une matière synthétique, thermoplastique transparente, s’apparentant au verre.

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Hans Haupt de Solingen en Allemagne met au point le parapluie à manche télésco­ pique, sous le nom de «Knirps», lequel se met très bien dans la poche.

1931

Les deux compagnies aériennes suisses Ad Astra Aero et Balair sont contraintes de fusionner du fait de la crise économique. Ainsi naît Swissair, dont le siège est à Zurich.

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Fondation de la SSR à Berne (Société suisse de radio­ diffusion et télévision). Les émetteurs de Sottens et de Beromünster entrent en service.

1933

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1937

1935

Le chimiste américain Wallace Carothers reçoit son brevet pour le Nylon, première fibre entièrement synthétique.

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La première loi bancaire suisse entre en vigueur et garantit le secret bancaire.

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Les frères Franz et Toni Schmid de Munich sont les premiers à réussir l’ascension du Cervin par la face nord.

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Ovomaltine emporte la mise avec son sachet légendaire.

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Ouverture de l’Institut de recherche sur la Jungfrau.

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La fabrique de chocolat neuchâteloise Suchard lance les bonbons Sugus sur le marché. Des générations d’enfants du monde entier rafolleront de ces bonbons aux fruits qui collent aux dents.

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Devant la montée du nazisme, Thomas Mann (qui est juif), prix Nobel de littérature, fuit en Suisse avec sa famille. De nombreuses personnalités et artistes font de même. A l’image de Paul Klee né à Berne qui lors de l’accession au pouvoir d’Hitler enseigne à l’Académie des Beaux­ Arts à Dusseldorf. Et de Therese Giehse qui émigre à Zurich aprés avoir fondé avec Erika et Klaus Mann à Mu­ nich, le cabaret «Le Moulin à Poivre».

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L’entreprise de micro­méca­ nique Paillard­Bolex à Yverdon (VD) lance «Hermes Baby». Légère, plate, résistante, c’est la machine à écrire préférée des écrivains et des jour­ nalistes à travers le monde. Hemingway, John Steinbeck, mais également Max Frisch qui l’a immortalisée dans son roman «Homo Faber».

1932

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Les citoyens suisses votent pour une modification de la Constitution qui fait du rhéto­ romanche la quatrième langue nationale.

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Après plusieurs tentatives, dont certaines mortelles, une cordée austro­allemande réussit en juillet la première ascension du versant nord de l’Eiger. Il s’agit de Anderl Heckmair, Ludwig Vörg, Heinrich Harrer et Fritz Kasparek.

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Le crash boursier du 25 octobre de 1929 amorce une crise économique mondiale. A Wall

1938

Les Etats­Unis abolissent la loi de la prohibition qui interdit depuis 1919 la fabrication et la distribution d’alcool. Lancement du Boeing 247, premier avion moderne, avec deux moteurs, un équipage de trois personnes, et accueillant 10 passagers.

A Hollywood a lieu la première cérémonie des Oscars. Charlie Chaplin reçoit l’Oscar d’hon­ neur pour ses mutliples talents et son génie. Il est également nommé meilleur acteur et meilleur réalisateur pour le film «Le Cirque».

Aux Jeux Olympiques d’été à Berlin, événement de tous les superlatifs, installation de la première caméra de télévision mobile.

La fabrique de conserve Le 30 janvier, Adolf Hitler est Rorschach lance les premiers appelé à la Chancellerie (un Ravioli Roco sur le marché. Les poste équivalent à celui de Pre­ raviolis en boîte devenus cultis­ Wander lance Ovo Sport sur le marché, la fameuse barre qui mier ministre). Le président simes: chauffer brièvement, ne saurait manquer dans le sac de la République, le maréchal prêts à manger! à dos. Paul von Hindenburg (86 ans), •• demande à Hitler (43 ans), chef Première mondiale: Ernst •• Thomi remplit de moutarde des A San Francisco, inauguration du parti national­socialiste du Golden Gate Bridge. De allemand (le NSDAP, en abrégé tubes en aluminium. 2,7 kilomètres de long, le pont nazi), de former le nouveau •• A Zurich, Otto Weissert, Walter suspendu est une merveille gouvernement allemand. Il en Lesch, Emil Hegetschweiler architectonique. est fini de la démocratie et des et Alois Carigiet fondent le libertés. On assiste au déploie­ «Cabaret Cornichon». Une ment de l’idéologie nazie. Les institution du cabaret suisse SS et les SA sont les instru­ qui durera 20 ans. ments d’un régime de terreur: boycott des magasins tenus par des juifs, incendie du Reichstag, livres brûlés, etc.

Ernst Senn et August Frey, deux négociants en vins de Granges, fondent avec neuf restaurateurs, la société Howeg. But: faire bénéficier les professionnels de la branche de conditions avantageuses.

1929

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L’ingénieur norvégien Erik An­ dreas Rotheim invente l’aérosol ou enceinte de pulvérisation, autrement dit le système à la base du spray.

L’entreprise américaine Clarence Birdseye livre pour la première fois les marchés d’alimentation en produits surgelés... Petits pois, épinards, poissons, etc.

Un arrêt du tribunal fait entrer la circulation routière dans la loi.

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Aux Jeux Olympiques d’hiver de St­Moritz, distribution des premières médailles dans les disciplines de ski alpin: descente et slalom (femmes et hommes).

ci ouvre la première usine de remplissage à Lausanne, une autre à Bruttisellen (ZH) – le siège actuel de Coca­Cola Suisse. L’Institut pour l’étude de la neige et des avalanches commence son travail sur le Weissfluhjoch à Davos.

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fait 270 mètres de long pour une dénivellation de 60 mètres.

Le 9 novembre, Genève est le théâtre de violents affron­ tements entre l’extrême gauche et l’extrême droite. Sous le commandement du major Perret, de jeunes recrues de l’armée suisse font face à une manifestation ouvrière contre le fascisme à Plainpa­ A Davos (GR), le premier skilift lais et tirent sur la foule, du monde entre en service. Il a tuant 13 personnes et en été mis au point par l’ingénieur blessant 65. zurichois Ernst G. Constam. Il ••

1934

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Le maître cuisinier Auguste Escoffier meurt à l’âge de 88 ans à Monte Carlo.

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A Schaan au Liechtenstein, Toni Hilti 21 ans, le fils du boucher, crée la fabrique de conserves Scana, qui deviendra Hilcona, et l’une des entre­ prises les plus innovantes d’Europe, dans les produits alimentaires «convenience».

1936

Coca­Cola accorde sa pre­ mière licence en Suisse pour le remplissage et la distribution de sa boisson rafraîchissante à Max Stooss, concessionnaire automobile à Lausanne. Celui­

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Le chercheur américain Roy Plunkett développe une subs­ tance chimique, plus connue sous le nom de Téflon.

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Après sept ans de recherches intensives, le chimiste en denrées alimentaires Max Morgenthaler et son équipe met au point pour Nestlé le café soluble instantané, Nescafé, qui est lancé sur le marché. Un produit consommé par les sol­ dats américains, et qui devient mondialement célèbre.

1939

Le général Franco fait diffuser depuis Burgos «l’ultima parte»,


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au fil du temps 1940–1947 communiqué de victoire déclarant que les armées nationalistes ont atteint tous leurs objectifs militaires et que la guerre est terminée.

Winston Churchill est âgé de 65 ans alors que le 10 mai il est nommé premier ministre et ministre de la Défense de la Grande­Bretagne. Pendant la guerre, il prend une part pré­ pondérante au combat contre les forces nazies.

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L’éboulement de Fidaz, au­ dessus de Flims GR, le lundi de Pâques, fait 18 victimes.

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La «Landi» est le nom donné à l’exposition nationale de 1939 et coïncide avec le début de la Seconde Guerre mondiale. Son rôle est de consolider l’unité nationale en cultivant l’opti­ misme et en propageant les valeurs de la défense natio­ nale spirituelle, symbolisé par la volonté de défense de Hans Brandenberger (statue monumentale représentant un paysan­ouvrier endossant la vareuse militaire) et par le Höhenweg. On retrouve le légendaire «Dörfli», qui mar­ quera la mémoire collective mettant en scène la tradition suisse.

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Les frères Richard et Maurice McDonald ouvrent à San Ber­ nardino (Californie) un restau­ rant drive­in qu’ils appellent le «McDonald’s». Huit ans plus tard, ils modifient complète­ ment le concept et en font un lieu de restauration rapide self­service. Ils réduisent l’offre aux hambugers, cheese­ burgers, aux pommes frites et aux boissons. Et à une qualité toujours égale. Devenu une chaîne sous l’impulsion de Ray Kroc, le restaurant de fast­ food révolutionnera la culture de la restauration.

qui deviendra mondial et appartient aux «singles» les plus vendus de tous les temps.

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Le 14 mai, Maurice Bavaud, 25 ans, de Neuchâtel, est condamné à mort par les nazis et guillotiné à la prison de Plötzensee à Berlin. Le jeune étudiant en théologie a eu l’intention d’abattre Hitler le 9 novembre lors d’une marche commémorative à Munich, se posant en supporter nazi enthousiaste venu de Suisse pour voir Hitler. Il se munit d’un pistolet mais ne tire pas car il est trop loin d’Hitler et les spectateurs devant lui lèvent leurs mains pour faire le salut hitlérien. Bavaud tente de s’approcher d’Hitler dans les jours qui suivront mais aban­ donne et part pour Paris. Il est arrêté et remis par la Reichs­ bahnpolizei à la Gestapo car il n’a pas de billet de train au contrôle. La diplomatie suisse ne tente alors rien pour sauver Bavaud.

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«Autant on emporte le vent», l’un des plus grands succès cinématographiques de tous les temps, vit le 15 décembre sa grande première à Atlanta. Hatty McDaniel décroche un Oscar pour son rôle de «Mammy», première actrice de couleur à obtenir une telle récompense

1940

Création du service féminin de l’armée (SFA). En une année, 23 000 femmes suisses y parti­ cipent en soutien à l’armée.

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Le triple meurtrier Hans Vollenweider est guillotiné le 18 octobre à Sarnen OW. C’est la dernière peine de mort pro­ noncée en Suisse.

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1941

L’ingénieur en bâtiment berli­ nois Konrad Zuse présente le Z3, qui préfigure l’ère de l’ordi­ nateur. Il s’agit du premier calculateur programmable. Il a la taille d’une bibliothèque de salon et pèse plus d’une tonne.

1942

La Suisse abolit la peine de mort pour les civils. Une peine qui ne sera abolie que 50 ans plus tard, en 1992, sur le plan militaire.

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Les chocolats Camille Bloch SA lancent Ragusa sur le mar­ ché. Par le fait d’un manque de cacao dans le contexte de la guerre, la barre de chocolat est fourrée de noisettes finement moulues. Un succès!

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En Pologne, le soulèvement des juifs détenus dans le ghetto de Varsovie contre leur déporta­ tion dans les camps d’exter­ mination est brutalement réprimé par les Waffen SS.

1944

Le 1er avril, Schaffhouse est bombardée par erreur par les Américains. 371 bombes sont lâchées et 40 victimes sont dénombrées.

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Ferdy Kübler remporte le premier Tour de Suisse.

l’attentat du 20 juillet 1944, coup d’État militaire avorté, connu aussi sous le nom d’opé­ ration Walkyrie. Il est arrêté puis fusillé.

Dans la nuit du 6 juin, débute le plus grande invasion des Al­ liés (le débarquement appelé: D­Day). «Operation Overlord» est la plus grande manœuvre militaire de l’histoire, laquelle met en déroute une armée allemande déjà bien entamée. 6480 bateaux, 6500 avions de combat et une armée de quelque 3 millions de soldats est mise en œuvre.

durera quatre ans, et aboutira à la condamnation à mort par pendaison de 18 responsables.

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«Marie­Louise», film réalisé par Leopold Lindtberg, reçoit l’Oscar du meilleur scénario attribué à Richard Schweizer. Il s’agit de la première distinc­ tion aux Oscars pour un film suisse.

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L’ingénieur suisse Hans Hilfiker dessine pour les CFF l’horloge officielle des gares suisses. Cette horloge déclinée en montre appelée Mondaine est devenue un objet culte.

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Création de l’Ecole­club Migros, dont le but est de favoriser la formation de la population avec des conditions avantageuses.

1945

1946

Enrico Piaggio lance la pre­ mière Vespa sur le marché. Conduire une Vespa devient synonyme de liberté, en par­ ticulier à partir du moment où Gregory Peck et Audrey Hepburn en chevauchent une dans le film «Vacances romaines» en 1953.

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La Chaîne du Bonheur est née d’une émission de la Radio suisse romande au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, créée par deux hommes de radio, Roger Nordmann et Paul Vallotton, avec le fantaisiste Jack Rollan. L’émission a pour but de collecter des dons en faveur des victimes de catas­ trophes ou de la guerre. Elle est diffusée par l’émetteur national suisse de Sottens, devenu celui de la Radio Suisse romande.

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Louis Réard, ingénieur automobile, invente le bikini, maillot deux pièces qu’il présente sur une danseuse du Casino de Paris. Aucun man­ nequin n’est prête à enfiler ce scandaleux bout de tissu.

Suite au suicide d’Hitler et à la capitulation sans condition de l’armée allemande le 2 mai, la Seconde Guerre mondiale s’achève. Une guerre effroyable, qui a vu l’extermination de 6 millions de juifs en Europe. Le nombre total de victimes se situe entre 60 et 80 millions.

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Suite au largage de la bombe atomique par l’US Air Force sur les villes d’Hiroshima et de Nagasaki les 6 et 9 août, des centaines de milliers de personnes trouvent la mort, directement ou suite aux effets des radiations et des brûlures. Le 2 septembre: capitulation du Japon.

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Lors d’une visite privée en Suisse, Churchill fait un dis­ cours historique le 19 septem­ bre sur la Münsterplatz à Zu­ rich devant un nombreux pu­ blic. Il appelle les Européens à dépasser l’esprit de la guerre et à travailler ensemble au projet des Nations Unies d’Europe.

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Le 11 décembre, l’Assemblée générale des Nations Unies à New York crée l’UNICEF, autrement dit le Fonds des Nations Unies pour l’enfance.

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La SSR lance une nouvelle émission d’actualité «Echo der Zeit». Les correspondants à l’étranger Heiner Gautschy, Theodor Haller et Hans O. Staub incarnent cette émission radiophonique légendaire.

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Fondation de la société coopé­ rative Migros. Bing Crosby, lors de son émis­ sion radiophonique sur NBC chante pour la première fois «White Christmas», composée par Irving Berlin. Un succès

A 17 ans Ingvar Kamprad crée IKEA en Suède. La société commence par vendre divers biens de consommation. Quatre ans plus tard, l’entre­ prise se met à vendre des meubles par correspondance. Aujourd’hui, IKEA est un lea­ der mondial.

Les Alliés commencent à libé­ rer l’Europe. Le 14 juillet, ils arrivent en Sicile.

Cinéma: Leopold Lindtberg et son «Landammann Stauffa­ cher» – avec Heinrich Gretler – et Franz Schnyder et sa «Gil­ berte de Courgenay» – avec Anne­Marie Blanc – font la joie des spectateurs qui affluent.

En été, Emil Richterich réussit après plusieurs tentatives à mettre au point la recette finale du bonbon aux herbes Ricola. Une amorce décisive au succès international de l’entreprise.

Le chimiste bâlois Dr. Albert Hofmann synthétise en 1938 différents dérivés amides de l’acide lysergique, parmi lesquels le diéthylamide LSD 25. Lors des tests, la substance provoque chez les animaux un état d’agitation mais ne présente aucune propriété exploitable ou intéressante d’un point de vue pharmaceu­ tique, et elle n’est donc pas étu­ diée plus en détail. Néanmoins, en 1943, Hofmann décide de produire à nouveau du LSD. Ce psychotrope hallucinogène puissant sera la drogue du mouvement hippie et trou­ vera des applications dans la psychiatrie.

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Le 16 mai («N­Day»), 4 millions de paires de bas sont proposées aux femmes américaines dans certaines grandes surfaces aux Etats­Unis, et sont toutes vendues en deux jours!

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L’invasion de l’armée alle­ mande en Pologne marque, le 1er septembre, le début de la Deuxième Guerre mondiale en Europe. Le 2 septembre, début de la première mobilisa­ tion générale en Suisse. Près d’un demi­million de soldats entrent en service actif.

1943

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L’attaque aérienne de l’armée japonaise le 7 décembre sur Pearl Harbour déclenche l’en­ trée en guerre des Etats­Unis.

Le 30 août, les deux Chambres du Parlement, réunies en Assemblée fédérale, décident d’élire au titre de Général le Commandant de corps Henri Guisan, qui a toute la confiance du peuple dans les années de guerre.

C’est le début d’une carrière d’exception dans le cyclisme, pour ce véritable légende de la «petite reine» surnommé le «fou pédalant». Il remportera notamment le Tour de France en 1950.

Le 20 juillet, en tant que chef de l’état­major auprès du commandant de l’Armée de Réserve (Ersatzheer), l’officier allemand Claus Schenk Graf von Stauffenberg fomente un complot contre Adolf Hitler, organisant personnellement

Création de l’ONU. Le 26 juin, 51 Etats ratifient à San Francisco la Charte des Nations Unies et s’engagent entre autres à préserver la paix mondiale et la sécurité internationale.

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Sous la juridiction du Tribu­ nal militaire international de Nuremberg, commence le 20 novembre le procès des principaux responsables du Troisième Reich. Le procès

1947

Le 6 juillet, le peuple suisse dit «Oui» à la loi sur l’AVS. L’assurance vieillesse et sur­ vivants devient obligatoire dès l’année suivante pour tous les employés. L’âge de la retraite est de 65 ans pour les hommes et les femmes, et la rente minimale s’élève à 40 francs par mois. ••


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XXV

au fil du temps 1948–1954 Création de la CIA (Central Intelligence Agency).

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Le four micro­ondes est lancé sur le marché américain. C’est au hasard que l’ingénieur américain Percy Spencer doit sa découverte en 1945: soit, que l’on peut chauf­ fer des plats par le biais de micro­ondes.

River à New York.

1949

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La République démocratique allemande (RDA) est créée par les communistes allemands inféodés à l’URSS à partir de territoires occupés par l’Armée rouge.

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L’appareil­photo instantané Polaroid arrive sur le marché. Jusqu’en 1963, il ne fonction­ ne qu’avec des films noir et blanc.

Le Shah d’Iran, Mohammad Reza Pahlavi, épouse une jeune femme de 19 ans, ger­ mano­iranienne, fille de diplomate, du nom de Soraya Esfandiary Bakhtiary. Soraya, «la princesse aux yeux tristes», sera répudiée sept ans après son mariage ne pouvant donner d’enfant au Shah. Elle se verra remplacée par Farah Diba, mais continuera à susciter l’intérêt des médias jusqu’à sa mort en octobre 2001.

trouve à Pully, dans le canton de Vaud.

1952

Le 6 février, décès de Georges VI, roi du Royaume­Uni. Sa sœur aînée Elisabeth II est proclamée reine.

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Les jardins du Grand­ Hôtel Locarno servent de cadre à la première édi­ tion du Festival du film de Locarno.

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Les inventeurs suisses sont créatifs: le Davosien Alfred Neweczerzal développe l’éplucheur «Rex», l’entre­ preneur de Winterthour Walter Steiner le séchoir Stewi, et Traugott Oertli le Turmix, premier mixer pour la cuisine.

1948

En été, l’aéroport de Zurich­ Kloten est inauguré. Le premier vol long­courrier est à destination de New York. C’est le début d’une nouvelle ère: Zurich devient un carrefour de premier plan dans le trafic aérien.

Konrad Adenauer est le pre­ mier chancelier fédéral de la République fédérale d’Alle­ magne. Chancelier jusqu’en 1963, ses actions portent essentiellement sur le regain de la souveraineté allemande et le rétablissement de la confiance des Alliés envers l’ancien ennemi, passant ainsi par l’intégration de la RFA dans le bloc de l’Ouest.

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Mao Tsé­Toung proclame la République populaire de Chine.

1950

«Le petit prince» d’Antoine de Saint­Exupéry paraît en allemand chez l’éditeur zuri­ chois Arche Verlag (première édition «Le petit prince», 1943). Le conte illustré par l’auteur touche aussi bien les adultes que les enfants. Et plaide pour l’humanité et l’amitié.Il est traduit dans 180 langues à travers le monde.

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Migros ouvre son premier magasin self­service à Zurich. Création de l’Etat d’Israël.

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Mahatma Ghandi est assassiné par un fanatique. Des millions d’Indiens pleurent l’incarna­ tion de la lutte pacifique contre le pouvoir colonial anglais, qui a abouti à l’indé­ pendance de l’Inde en 1947.

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Au salon de l’automobile à Paris, la 2CV de Citroën est présentée. Moquée à ses débuts par la presse spécialisée, la «deuche» ou «deux chevaux» devient un modèle culte, prisé des intellectuels et des artistes, et allant jusqu’à incarner le mouvement hippie. En 2002, elle est élue en France voiture du 20e siècle.

1951

Le maccarthysme aux Etats­ Unis se fait de plus en plus virulent, traquant d’éventuels militants ou sympathisants anticommunistes. Il vise particulièrement les artistes et les intellectuels de gauche. Les suspects sont espionnés, des audiences sont conduites et des jugements ont cours.

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La Convention du 28 juillet 1951 relative au statut des réfu­ giés, dite Convention de Genève, définit les moda­ lités selon lesquelles un État doit accorder le statut de réfugié aux personnes qui en font la demande, ainsi que les droits et les devoirs de ces personnes.

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Le siège des Nations Unies est inauguré. Il prend place sur un terrain offert par Rockefeller, situé sur le bords de l’East

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Le 29 mai, Edmund Hillary (Nouvelle­Zélande) et son sherpa Tenzing Norgay sont les premiers hommes à gravir le mont Everest (8848 m), le plus haut sommet du monde.

nucléaire. Le laboratoire du CERN se trouve à Meyrin, près de Genève.

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Le premier transistor radio sans tube constitue une révolution dans le domaine de l’électronique de divertis­ sement. Les modèles de poche deviennent un véri­ table hit.

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Le médecin américain John Gibbon réussit la première opération du cœur en utilisant une machine cœur­poumon.

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La société Deutsche Grammo­ phon à Düsseldorf lance le pre­ mier disque vinyl effectuant 33⅓ tours en une minute. Le 33 tours est né. Et aujourd’hui, après l’ère du CD, le voilà rede­ venu tendance.

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Le bus VW T1 arrive sur le marché. Véhicule idéal pour le camping et symbole de la liberté (en mouvement) pen­ dant des décennies.

Rivella arrive sur le marché. La boisson de table diététique sans alcool, aromatisée au sérum lactique et aux essences naturelles de fruits et d’herbes est produite par le jeune entrepreneur Robert Barth, tout d’abord à Stäfa ZH puis à Rothrist AG. La boisson suisse est aujourd’hui également populaire en Allemagne, entre autres par le biais de ses publi­ cités avec le comique allemand Michael Mittermeier.

Le 2 juin, des millions de per­ sonnes sont rivés à leur radio ou à leur téléviseur: pour la première fois dans l’histoire, une cérémonie de couronne­ ment est retransmise en direct, et ce à la Westminster Abbey. Le couronnement de la reine Elisabeth II (26 ans) constitue un temps fort de l’histoire de la télévision européenne.

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L’ingénieur français Marc Grégoire développe un nouvel alliage à base d’aluminium et de téflon et invente la première poêle qui n’attache pas. Il créera plus tard l’entreprise Tefal qui connaîtra un grand succès à l’étranger.

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En Suisse a lieu la Coupe du monde de football. Les matchs sont retransmis pour la première fois à la télévision en direct. La RFA remporte la finale 3 à 2 contre la Hongrie, et décroche ainsi son premier titre mondial.

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Pilotant un chasseur à réac­ tions, la Française Jacqueline Auriol effectue 100 km en 7 minutes et 20 secondes, soit 818,181 km/h de moyenne. Elle devient alors la femme la plus rapide du monde!

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l’origine de la vie et le décol­ lage du génie génétique et de la biologie moléculaire. Ils y expliquent comment la molé­ cule d’ADN contenue dans les cellules de tous les êtres vivants permet la duplication de celles­ci. Les bases du génie génétique sont posées.

Les vignerons du Beaujolais se mobilisent et demandent l’autorisation de commerciali­ ser leur vin avant la date du 15 décembre (ce qu’ils ne sont pas autorisés à faire), fai­ sant valoir que celui­ci n’est pas un vin de garde, mais un vin à consommer rapide­ ment. Ils obtiennent gain de cause.

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C’est près d’Arco (Idaho), à l’Experimental Breeder Reactor I (EBR­I) que, dès le 20 décembre, on produit pour la première fois de l’électricité grâce l’énergie atomique. La production de cette centrale nucléaire est alors de 100 kW. Aujourd’hui le réacteur est ouvert aux visiteurs.

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A Lund en Suède, Ruben Rausing révèle au monde le premier emballage de Tetra Pak. Pour la première fois, la fabrication de l’emballage et le remplissage ont lieu si­ multanément. Le lait est versé dans un cylindre de carton, puis deux pinces s’appliquent sur ce tube, formant un chape­ let de berlingots tétraédriques. Le siège de l’entreprise se

Deux gymnastes de l’équipe suisse présente aux Jeux Olympiques d’été à Helsinki remportent l’or. Il s’agit de Jack Günthard à la barre fixe et de Hans Eugster aux barres parallèles.

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Migros ouvre son premier res­ taurant Migros à Zurich.

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A Lucerne a lieu la première exposition mondiale de photographie. L’emblème en est la grande tour de la photo installée au bord du lac.

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A Eniwetok, atoll en Microné­ sie, les physiciens américains effectuent leurs premiers essais nucléaires dans l’océan Pacifique.

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En septembre, Charles A. Hufnagel de Georgetown Uni­ versity, implante la première valve de cœur (développée par ses soins) à un patient.

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Charlie Chaplin, victime cé­ lèbre de la chasse aux sorcières du maccarthysme, se voit refu­ ser son retour aux USA après avoir assisté à la première d’un film à Londres. Il déménage en Suisse et s’installe avec sa famille à Corsier.

1953

L’américain James Watson et le britannique Francis Crick répondent dans un article à de très longues interrogations sur

Clemens Wilmenrod, pre­ mier cuisinier allemand à la télévision et inventeur du toast Hawaii, fait un tabac avec son émission «Bitte, in zehn Minuten zu Tisch». Durant douze ans, son émission sera retransmise aux heures de grande écoute.

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La télévision comme média de masse arrive en Suisse. Avec les premiers essais d’émission retransmis depuis un studio modeste sur la Bellerives­ trasse à Zurich. Les présen­ tatrices Heidi Abel, Cordelia Guggenheim et Flavia Schny­ der personnifient le nouveau médium.

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En décembre, publication aux Etats­Unis du premier maga­ zine Playboy, avec Marilyn Monroe.

1954

En mai, la ségrégation à l´école est déclarée inconstitution­ nelle aux Etats­Unis. La Cour suprême américaine donne tort à ceux qui justifient la ségrégation scolaire au nom de l´axiome «séparés mais égaux».

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Le vendeur de machines à milkshakes Ray Kroc s’inté­ resse au McDonald’s, le petit restaurant à hamburgers des frères Richard et Maurice McDonald en Californie. Il en acquiert les droits de franchise. Rapidement, il ouvre ses propres établisse­ ments McDonald’s à travers le pays, et devient ainsi le fondateur de la chaîne de fastfood qu’il n’est plus néces­ saire de présenter.

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Au Festival du film de Venise, première du film «La Strada» du réalisateur italien Federico Fellini. Epouse du réalisateur, Giulietta Masina joue le rôle de la naïve «Gelsomina» alors qu’Anthony Quinn est «Zam­ panò», un forain mal dégrossi. Un film entré dans l’histoire.

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Pour lutter contre la polio­ myélite des enfants, l’immu­ nologue américain Jonas Salk développe le premier vaccin contre la polio sous forme d’injection. Neuf ans plus tard, le vaccin contre la polio oral mettra un terme à la polio chez les enfants dans les pays industrialisés.

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Douze Etats (dont la Suisse) créent le CERN, Organisation européenne pour la recherche

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A la conférence de Genève, la partition du Vietnam est décidée suite à la guerre d’Indochine. La France se retire de ses colonies que sont le Vietnam, le Laos et le Cam­ bodge et leur permet d’accéder à l’indépendance.


XXVi

cahier spécial

H etGH

Lausanne, le 14 décembre 2011

au fil du temps 1955–1963

1955

Le rêve de Walt Disney de créer un parc d’attractions perma­ nent devient réalité. Il ouvre ses portes le 17 juillet à Anaheim près de Los Angeles. A l’heure actuelle, les parcs d’attractions Walt Disney sont au nombre de 13 et ce dans quatre pays sur trois continents.

Insurrection de la population hongroise contre la dictature communiste; la révolution est matée engendrant quelque 2500 victimes. La Suisse accueille 14 000 réfugiés hongrois.

Migros reprend deux écoles de langues à Bournemouth et à Lausanne et fonde «Euro­ centres». De nouvelles écoles de langues sont ouvertes à Florence, Barcelone et Cologne. Aujourd’hui, on trouve des «Eurocentres» dans le monde entier.

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1957

La Communauté économique européenne (CEE), organisa­ tion supranationale, est créée pour mener une intégration économique (dont le marché unique entre l’Allemagne, la Belgique, la France, l’Italie, le Luxembourg et les Pays­Bas).

Charles Adrien Wettach de Reconvilier dans le Jura bernois, mondialement connu sous son nom de clown «Grock», décède à l’âge de 79 ans en Italie. Ses talents de clown et de musicien ont diverti les publics – enfants comme adultes – dans le monde entier.

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Le boycott des bus de Mont­ gomery en Alabama lance le mouvement des droits civiques aux Etats­Unis, dont Martin Luther King sera la figure de proue. Rosa Parks est arrêtée parce qu’elle refuse de céder sa place à un Blanc dans le bus. Le boycott aboutira à une décision de la Cour suprême déclarant les lois de ségrégation raciale dans les bus en Alabama anticonstitutionnelles.

Le 6 juillet, John Lennon et Paul McCartney se rencontrent à Liverpool. L’amorce de ce qui deviendra les Beatles avec George Harrison et Ringo Starr. En bref: le groupe le plus célèbre dans l’histoire de la musique.

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Parution du «Blick». Vendu 20 centimes, le journal de bou­ levard suscite un tollé auprès de nombreuses personnes qui le qualifient d’«antisuisse» et prédisent sa disparition prochaine.

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A Genève (ville neutre), a lieu le sommet des quatre grandes puissances que sont l’URSS, les Etats­Unis, la Grande­ Bretagne et la France. Après la mort de Staline le chef du parti Chruschtschow aspire à mettre un terme à la guerre froide.

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Inauguration du premier tronçon d’autoroute de Suisse; il s’agit de l’A2 entre les sorties «Luzern­Süd» et «Ennethorw».

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Le 4 octobre marque le début de l’ère de la conquête spatiale. L’URSS lance le premier satel­ lite artificiel en orbite autour de la terre. Deux mois plus tard, la chienne Laika est le premier être vivant à voler dans l’espace à bord du satellite Spoutnik 2.

1958

1956

Première représentation de «La visite de la vieille dame», pièce de Friedrich Dürrenmatt au Schauspielhaus de Zurich.

Dans la course à la conquête spatiale avec l’Union sovié­ tique, les Etats­Unis créent la NASA (National Aeronautics and Space Administration).

Le président égyptien Nasser nationalise le canal de Suez; c’est le début de ce qu’on appelle la guerre de Suez.

La SSR se met à diffuser des émissions TV sur une base régulière en allemand et en français.

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Lancement du birchermüesli prêt à la consommation par bio­familia à Sachseln OW. Inchangé ce produit typique­ ment suisse est aujourd’hui exporté dans plus 40 pays.

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Dr. Hans Conzett, politicien de Zurich, fonde le Comité suisse pour l’Unicef, dont il sera le président jusqu’en 1988.

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Le Musée Suisse des Trans­ ports ouvre ses portes à Lucerne. L’un des musées les plus complets et variés d’Eu­ rope en la matière.

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Le 7 avril, le Général Henri Guisan décède à l’âge de 86 ans à Pully (VD). Quelque 300 000 personnes attendent le cortège funéraire dans les rues de Lausanne pour lui rendre les derniers hommages.

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Le premier skilift situé sur un glacier en Suisse entre en fonction sur le domaine de Diavolezza (GR); c’est le début du ski d’été.

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Célèbre pour ses déhanche­ ments, Elvis Presley devient une idole du Rock’n’Roll qui déclenche l’hystérie à chacune de ses apparitions sur scène.

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A Lugano la chanteuse suisse Lys Assia est récompensée du premier «Grand Prix de la Chanson».

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En août paraît le premier numéro de «Bravo», magazine allemand pour les jeunes qui aura une forte influence sur des générations d’adolescents – en particulier les conseils du Dr. Sommer sur la sexualité.

Après plusieurs années de guérilla, Che Guevara, Fidel Castro et son frère Raúl mettent en fuite le dictateur Batista. Fidel Castro prend la tête du pays au nom de la révolution socialiste cubaine.

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Entrée en vigueur de l’assu­ rance­invalidité (AI). En 1925 déjà, le peuple suisse avait approuvé un article constitu­ tionnel concernant la mise en place d’une assurance vieil­ lesse et invalidité. L’article en question prévoyait d’instaurer l’AI «à une date ultérieure» – l’AVS avait la priorité. Après l’introduction de cette dernière en 1947, les revendications pour une réalisation de l’AI se sont multipliés.

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L’avocat anglais Peter Benen­ son fonde Amnesty Internatio­ nal à Londres.

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1962

Avec la crise de Cuba, le monde est à deux doigts de connaître une guerre atomique. La guerre froide entre l’Union soviétique et les Etats­Unis est à son comble.

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Commercialisation de la pilule contraceptive. Sa prise par voie orale révolutionne la vie sexuelle et permet à la femme de se réapproprier son corps et de redéfinir son rôle au sein de la société. Un contraceptif qui encore aujourd’hui dérange l’église catholique.

Edification du mur de Berlin. Jusqu’à sa chute en1989, il a pour fonction d’empêcher le passage à l’Ouest des ressortis­ sants de l’Allemagne de l’Est.

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Le cosmonaute soviétique Youri Gagarine est le premier homme à partir en orbite autour de la Terre. L’ère des vols spatiaux est lancée.

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Fin de la construction du bar­ rage de la Grande Dixence. Le barrage de la Grande Dixence est le plus haut barrage poids du monde (jusqu’à la construc­ tion en 1980 du barrage du

L’un des plus froids hivers depuis des lustres; en février le lac de Zurich est complètement gelé et accessible à la population.

John F. Kennedy devient à 43 ans 35e président des Etats­ Unis. C’est le premier et l’uni­ que président catholique de l’histoire américaine à ce jour.

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Lors du meeting d’athlétisme de Zurich au stade du Letzi­ grund, le sprinter allemand Armin Hary bat le record du monde du 100 mètres en 10 secondes précises.

Début de la série télévisée américaine «Bonanza». 430 épisodes suivis par des millions de téléspectateurs à travers le monde qui se passionnent pour les aventures de la famille Cartwright dans leur ranch du nom de Ponderosa. Déguisé en domestique, le 14e Dalaï­Lama Tendzin Gyatsho franchit l’Himalaya à dos de yack et atteint l’État d’Assam, dans le nord de l’Inde. 7000 Tibétains en exil accueillent leur chef spi­ rituel poussé à l’exil par l’armée chinoise. Les années suivantes, la Suisse accueille quelque 3000 réfugiés tibétains. En Suisse, les Tibétains représentent la deu­ xième plus grande communauté de Tibétains hors d’Asie.

«I have a Dream» déclare le pasteur américain et leader du mouvement des droits civiques Martin Luther King le 28 août à Washington; un discours qui fera date.

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Jacques Piccard, océanographe suisse et pionnier de la plongée sous­marine originaire de La Tour­de­Peilz (VD) bat à bord de son bathyscaphe «Trieste» le record mondial de plongée. Accompagné de l’américain Donald Walsh, il plonge dans la fosse des Mariannes atteignant une profondeur de de 10 916 mètres.

A Zermatt VS survient une épidémie de typhus. Trois per­ sonnes décèdent. La maladie surprend le lieu de cure qui n’y est pas préparé. Un hôpital de fortune est organisé dans la salle de gymnastique de l’école, alors qu’un détachement de la section sanitaire 5 de l’armée est dépêché sur les lieux. Le déficit d’image est considérable pour la station et plus géné­ ralement pour le tourisme en Suisse.

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A Vals GR, la source St. Petersquelle commence à être exploitée et commercia­ lisée en eau minérale sous le nom de «Valser».

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1959

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Le twist est la danse à la mode; prisée tant des jeunes que des vieux.

Frisco devient la première marque de glaces de Suisse.

1961

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Le peuple suisse vote un nouvel article constitutionnel qui légi­ fère la construction des routes nationales. C’est le véritable début de la construction des autoroutes.

1960

Nurek­Staudamm au Tadjikis­ tan), et le plus massif d’Europe. Situé dans le val des Dix sur la commune d’Hérémence en Valais, il mesure 285 mètres de haut.

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Marilyn Monroe, icône du cinéma, décède à l’âge de 36 ans suite à une overdose de somnifères. Un mythe est né.

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Le 4 septembre, une Caravelle de Swissair s’écrase près de Dürrenäsch, dans le canton d’Argovie. Cet accident ne fait aucun survivant parmi les 80 passagers et hommes d’équipage qui avaient décollé de Kloten à destination de Genève.

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Julia Childs, cuisinière vedette de l’émission TV «The French Chef» rencontre un succès considérable aux Etats­Unis, attirant des millions de téléspectateurs. Incarnée au cinéma par Meryl Streep dans le film «Julie & Julia» en 2009, elle est désormais mieux connue chez nous.

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Le pape Jean XXIII publie l’encyclique «Pacem in terris» et ne s’y adresse pas seule­ •• Première James Bond Girl, l’ac­ ment aux catholiques mais trice bernoise Ursula Andress, à «tous les hommes de bonne favorise l’acceptation du bikini volonté». En juin, il décède grâce à sa prestation dans (et sera béatifié en 2000 par «James Bond contre Dr. No». Sa Jean­Paul II). sortie de l’eau en maillot blanc •• John F. Kennedy, 35e président est une scène mémorable. des Etats­Unis, est assassiné •• Pour son rôle d’avocat dans le le 28 novembre à Dallas. film «Jugement à Nuremberg» Tout le monde a désormais en de Stanley Kramer, le comé­ mémoire ces images où l’on dien suisse Maximilian Schell voit le cortège présidentiel reçoit l’Oscar du meilleur traverser à vitesse réduite le acteur. centre­ville avec la voiture présidentielle décapotée. •• Hermann Hesse, écrivain alle­ Au niveau du Dealey Plaza, mand, prix Nobel de littérature, John F. Kennedy est mortelle­ décède à Montagnola au Tessin. ment blessé par des tirs d’arme Parmi ses œuvres les plus à feu.Il est le quatrième célèbres: «Narcisse et Gold­ président des États­Unis à mund», «Le loup des steppes», être victime d’un assassinat «Siddhartha» ou encore «Le jeu et le huitième à décéder en des perles de verre». exercice.

1963

Après avoir été en 1959 l’un des membres fondateurs de l’Association européenne de libre échange (AELE), la Suisse entre au Conseil de l’Europe, alternative à la CEE.

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Lausanne, le 14 décembre 2011

H etGH

cahier spécial

XXVii

au fil du temps 1964–1969

1964

Le quiz télévisé «Einer wird gewinnen» qui réunit des candidats de huit pays euro­ péens, scotche les téléspecta­ teurs allemands. Avec la célèbre scène finale du valet de pied et ses commentaires sarcastiques tandis qu’il dépose l’écharpe et le manteau sur les épaules du présentateur Hans­Joachim Kulenkampff.

A New York, ouverture du Verrazano Narrows Bridge. Avec 1280 mètres, c'est le plus long pont suspendu du monde. De l'œuvre du Schaffhousois Othmar Hermann Ammann, bâtisseur génial.

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En avril, les Beatles placent cinq singles au cinq premières places du hit­parade. Un record. La première tournée améri­ caine du groupe anglais est un véritable triomphe.

1966

A l'âge de 68 ans, Alberto Giacometti décède à Coire. Le sculpteur et peintre aux longues silhouettes caracté­ ristiques est considéré comme l'un des artistes majeurs du 20e siècle.

Le pape Paul VI fait un péleri­ nage en Jordanie et en Israël. Il s'agit du premier voyage d'un souverain pontife hors d'Italie depuis 1814.

1965

Début des spots publicitaires à la télévision suisse. Le prix de la minute d'antenne s'élève à 6000 francs.

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Au Cap (Afrique du Sud), Christiaan Barnard réussit la première transplantation cardiaque.

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Première à la télévision de la série de science­fiction «Star Trek» aux Etats­Unis. En tout ce seront 726 épisodes et onze films au cinéma. Un véritable phénomène mondial.

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Le guerillero Che Gevara est exécuté lors d'un affrontement •• Au Nigéria la guerre civile avec l'armée bolivienne. affame la province du Biafra. Mythe de son vivant, il reste La situation est effroyable: 1,5 aujourd'hui une figure mon­ diale de l'esprit révolutionnaire millions de personnes meurent de faim. Les images choquent et plus particulièrement de la l'opinion publique et lèvent, révolution cubaine, dont également en Suisse, un impor­ l'effigie orne de nombreux tant mouvement de solidarité. t­shirt à travers le monde.

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La Suisse regrette une de ses grandes personnalités. Le pilote de glacier valaisan •• •• L'exposition nationale du nom Bob Dylan, 24 ans, compose la Hermann Geiger, pionnier du d'Expo64 qui a lieu à Lausanne, chanson «Like a Rolling Stone», sauvetage de montagne, décède se distingue par sa modernité un morceau entré dans l'his­ à Sion lors d'un accident à bord tant au niveau architectural toire du rock, et qui a influencé de son Piper. que de ses contenus. Le de nombreux musiciens par la «Monorail» et le «Télécanapé» suite. tout comme la plongée du «Mésoscaphe» d'Auguste Piccard dans les profondeurs Christoph Schwegler anime le du lac Léman frappent l'imagi­ hit­parade des singles pour la nation. Quant à l'armée, elle première fois à la radio suisse. décide d'y construire par son «Monja» de Roland W. occupe propre contingent un cylindre, la 1re place pendant les cinq large et bas, hérissé de pi­ premières semaines. quants: «cette masse symboli­ sera la résistance du pays à •• •• Début de la Révolution cultu­ Les Etats­Unis voient deux toute pénétration étrangère». relle en Chine voulue par Mao figures de la plus haute impor­ Zedong. Elle dure dix ans et fait tance disparaître, assassinées. •• Lancement du premier satellite plus de sept millions de morts. Il s'agit de Martin Luther King de télécommunication com­ De nombreux biens culturels et du sénateur et candidat mercial «Early Bird». sont détruits par l'Armée rouge à la présidentielle Robert F. de Mao. Kennedy. •• Le 30 août, deux millions de mètres cubes de glace et de roche engloutit les baraque­ ments du chantier du barrage de Mattmark dans la vallée valaisanne de Saas. Lors de Israël gagne la Guerre des Six l'effondrement du glacier de •• Ouverture du tunnel du Grand­ l'Allalin, 88 personnes trouvent Jours et annexe de nouveaux Saint­Bernard qui lie la Suisse territoires. Cette victoire la mort, dont 56 travailleurs à l'Italie, et premier passage détermine la situation géopo­ saisonniers italiens. routier à travers les Alpes. litique dans la région jusqu'à •• Après six ans de travaux, le tun­ aujourd'hui. •• Cassius Clay (Mohammad Ali), nel du Mont­Blanc est ouvert. •• •• Seulement huit ans après sa Le «Summer of Love» est le plus grand boxeur poids lourd Avec 11,6 km, il est le plus long mise en circulation, la pilule temps fort du mouvement de tous les temps, remporte sa tunnel routier du monde. contraceptive est utilisée hippie aux Etats­Unis, avec première ceinture mondiale. •• Né à la Chaux­de­Fonds, par des millions de femmes à des manifestations contre Charles Edouard Jeanneret – travers le monde. En Europe, la guerre du Vietnam. Outre mondialement connu sous le son utilisation est mal vue par les coupes de cheveux et la nom de Le Corbusier – décède à musique, le sentiment de vivre certains gardiens de la morale. 78 ans à Paris. C'est l'un archi­ Le pape Paul VI dans son sans entraves caractérise le tectes les plus influents du 20e Encyclique «Humanae Vitae», mouvement. La Suisse n'y siècle. Mais également bâtis­ s'oppose catégoriquement à échappe pas, en témoigne le seur de villes entières, sculp­ toute intervention artificielle grand rassemblement des teur et designer de meubles. sur les naissances. hippies suisses qui a lieu à La Chapelle Notre­Dame­du­ l'Allmend de Zurich. Le «Make •• Haut à Ronchamp dans le Jura love, not war» y est célébré avec Inauguration du premier Parcours Vita, à Zurich, à l'ini­ français est l'une de ses œuvres l'idée collective d'un monde tiative de la société de gymnas­ maîtresses. meilleur. •• Suite à une attaque des Nord­ tique de Wollishofen (ZH) et de •• Ouverture du tunnel du Vietnamiens sur une posi­ l'assurance­vie Vita. San Bernardino. Jusqu'à la tion américaine, le Congrès •• construction du tunnel routier Suscité par la participation des américain, par le biais de la Américains à la guerre du du Gotthard, il constitue le Résolution du golfe du Tonkin, principal axe nord­sud pour les Vietnam, le mouvement des donne le pouvoir au président étudiants aux Etats­Unis automobilistes. Johnson de déclarer la guerre. s'étend rapidement et atteint •• •• L'IBM 360, calculateur «nou­ Lors d'un concert légendaire l'Europe. Des échauffourées velle génération», remporte des Rolling Stones au Hallen­ ont lieu à Berlin, Paris et dans un vif succès. Et contribuera à stadion de Zurich, les fans dis­ d'autres villes européennes. imposer les ordinateurs dans le jonctent et réduisent en pièces Fin juin, à Zurich, la ville monde entier. tout ce qu'il y a à casser. devient le théâtre de soulève­ ments de rue sanglants, restés •• •• ••

1968

1967

célèbres sous le nom de Globus­Krawalle, du nom d’un centre alternatif qui fut alors évacué par la police.

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Twiggy, mannequin anglais, avec sa silhouette filiforme, pose un nouveau jalon en termes d'idéal de beauté. Elle fait de la minijupe de la créa­ trice de mode anglaise Mary Quant un succès mondial.

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Claude Nobs, passionné de musique, cuisinier accompli, et employé de l'Office du tourisme, fonde le Montreux Jazz Festi­ val, lequel deviendra le rendez­ vous incontournable de ce qui se fait de mieux en matière de musique jazz, soul, blues, pop et rock.

Lors de la guerre du Biafra (guerre civile au Nigéria), l'armée nigériane tire sur un avion en plein vol du Comité international de la Croix­ Rouge avec des armes de l'entreprise Oerlikon­Bührle. L'un des plus grands scandales dans l'histoire de l'exporation de matériel militaire suisse.

1969

Quatre terroristes palestiniens du Front de Libération de la Palestine (OLP) tirent sur un appareil de la compagnie israélienne El Al à l'aéroport de Zurich­Kloten. En mitraillant le fuselage, ils tuent le pilote. Durant les échanges de coups de feu avec les agents de sécurité, un des terroristes est abattu. Les trois autres devront répondre plus tard de leurs actes devant le tribu­ nal correctionnel de Winter­ thour. En novembre, ils sont condamnés à douze ans de réclusion

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Pour leur lune de miel, John Lennon et Yoko Ono organisent un «Bed­in» au Hilton à Amsterdam. Leur manière de manifester pour la paix. Pendant une semaine, ils donnent des interviews dans leur lit.

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Les troupes du Pacte de Var­ sovie entrent en République socialiste tchécoslovaque (CSSR) et mettent fin au «Printemps de Prague». La Suisse accueille près de 13 000 réfugiés tchécoslovaques.

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Le fabricant de montres japonais Seiko lance la pre­ mière montre à quartz sur le marché.

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Début d'une nouvelle ère télévisuelle: la télévision suisse est la cinquième télévision en Europe de l'ouest à diffuser ses programmes en couleurs.

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À 2h56 heure suisse, dans la nuit du 20 au 21 juillet, Neil Armstrong met le pied (gauche) sur la Lune. Un milliard d'êtres humains suivent l'exploit en temps réel ou presque sur leurs écrans de télévision. À leur attention, Neil Armstrong (38 ans) lâche une phrase vouée à l'Histoire: «Un petit pas pour l'homme, un bond de géant pour l'humanité». Précisons qu'il avait préparé cette phrase avant son départ et l'avait soumise à ses supérieurs de la NASA.

Erich von Däniken, ancien hôtelier, rédige l'ouvrage «Souvenir du futur». Il y développe la théorie selon laquelle des «extraterrestres» influencent l'humanité depuis la préhistoire.

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Le Tupolew TU 144, avion de ligne supersonique russe, vole pour le première fois le 31 décembre près de Moscou. Une manière de voler la vedette au Concorde franco­britannique, qui décollera deux mois plus tard. Les deux avions s'avèrent visuellement et techniquement pratiquement identiques. La thèse de l'espionnage industriel est avancée.

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L'année des premiers pas de l'homme sur la Lune, Frisco lance sa «Fusée» pour 30 cen­ times sur le marché. La célèbre glace à l'eau, orange et blanche avec sa pointe chocolatée, fait toujours le bonheur des petits et des grands.

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Trois jours de paix et de musique, tel est le mot d'ordre du festival de Woodstock qui a lieu dans un champ dans l'Etat de New York. 50 000 personnes sont attendues, il en viendra 500 000!

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En novembre, un demi­milion de personnes manifestent à Washington D.C. pour la fin de la guerre du Vietnam.

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XXViii

H etGH

cahier spécial

Lausanne, le 14 décembre 2011

au fil du temps 1970–1976

1970

Un avion Coronado de la com­ pagnie Swissair à destination de Tel­Aviv s’écrase dans une forêt à proximité de Würenlin­ gen tuant tous ses 47 occupants. Une bombe placée par le Front de Libération de la Palestine explose 9 minutes après le décollage et endommage irré­ médiablement l’appareil.

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Le 6 septembre les vols SR­100 reliant Zurich à New York avec 143 passagers et 12 membres d’équipage, et TWA­741 Franc­ fort­New York sont détournés par des terroristes du Front de Libération de la Palestine sur l’aéroport de Zarka, connu sous le nom de Dawson Field. Le détournement d’un troisième avion, le Boeing 747 du vol EI AI­719, échoue. Trois jours plus tard, le vol BOAC­775 est également forcé de se poser sur Dawson Field. Les pas­ sagers non­juifs et membres d’équipage sont libérés le 11 septembre, et le lendemain, les trois avions vides sont dynami­ tés par les ravisseurs devant la presse internationale.

rise par par une syntaxe claire, rigoureuse et facilitant la structuration des programmes.

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La télévision allemande diffuse avec «Taxi nach Leipzig» le premier épisode de la série policière «Tatort».

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Jimi Hendrix, guitariste et chanteur américain, décède à l’âge 27 ans à Londres d’un abus de barbituriques et d’alcool. Il marque de son empreinte l’histoire du rock, par son jeu de guitare virtuose et échevelé.

L’initiative Schwarzenbach est rejetée avec 54% de non et une participation record de 76%. L’initiative demande d’abaisser la population étrangère dans chaque canton à 10% de la population suisse, à l’exception de Genève. Ce qui aurait signi­ fié le départ de la moitié de la population étrangère en Suisse, en particulier une majorité d’employés italiens actifs dans l’hôtellerie­restauration. Le conseiller national James Schwarzenbach lance en 1972 une deuxième initiative sur le thème de la surpopulation étrangère en Suisse (rejetée elle aussi).

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Création de la RAF (Fraction Armée Rouge) par Andreas Baader, Gudrun Ensslin et Ulrike Meinhof. Un groupe armé d’extrême gauche auteur de plusieurs assassinats, enlèvements et hold­ups en Allemagne de l’Ouest.

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Les Suisses peuvent remplir leur premier ticket de loto et suivre le tirage au sort des nu­ méros gagnants à la télévision.

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A New York, la comédie musi­ cale «Jesus Christ Superstar» est jouée à Broadway. Malgré les nombreuses controverses, le spectacle rencontre un immense succès.

1972

Les Suisses triomphent aux Jeux Olympiques d’hiver à Sapporo: médaille d’or au bob à quatre, deux fois l’or pour Ma­ rie­Thérèse Nadig en descente et en slalom de géant, l’or pour Bernhard Russi et l’argent pour Roland Collombin en descente.

1971

De haute et longue lutte, les femmes suisses obtiennent à une majorité des deux­tiers le droit de vote au niveau fédéral. Les deux Appenzell refusent encore l’égalité politique au ni­ veau cantonal. En 1990, Il faut même l’intervention du tribu­ nal fédéral pour contraindre Appenzell Rhodes­Intérieures à appliquer ce droit.

Le marqueur «Stabilo Boss» est lancé sur le marché. La couleur fluorescente permet de mettre en évidence les pas­ sages importants d’un texte. Aujourd’hui, c’est un marqueur acheté toutes les trois secondes dans le monde.

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Création de Médecins Sans Frontières, organisation non gouvernementale à but humanitaire qui offre une assistance médicale d’urgence dans des cas comme les conflits armés, les catastrophes naturelles, les épidémies et les famines. L’organisation s’est vue décerner le Prix Nobel de la Paix en 1999.

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Les Jeux Olympiques d’été à Munich tournent au cauche­ mar. Huit terroristes de l’organisation palestinienne «Septembre noir» prennent en otage onze athlètes de la délégation israélienne. Ils demandent la libération de plus de 200 Palestiniens détenus en Israël ainsi que celle des deux membres de la Fraction Armée Rouge (RAF) Andreas Baader et Ulrike Meinhof détenus à la prison de Stuttgart­Stamm­ heim. Israël refuse toute négociation. La République fédérale d’Allemagne échoue dans sa tentative de libération des otages. Au final, tous les otages sont tués ainsi que cinq des huit terroristes. On dénombre également la mort d’un policier. Un mois plus tard, «Septembre noir» frappe à nouveau, menaçant de faire exploser un avion de la Lufthansa en plein vol, si les trois terroristes de la prise d’otage de Munich ne sont pas libérés. Le gouvernement allemand satisfait à la demande. Le Mossad, services secrets israéliens, éliminera un à un et sur plusieurs années les terroristes libérés et leurs commanditaires.

1973

Avec la mort de Pablo Picasso, à 92 ans, disparaît un génie de l’art du 20e siècle. L’œuvre pro­ téiforme du peintre espagnol constitue un sommet de l’art moderne.

Le Fribourgeois Jo Siffert, l’un des meilleurs pilotes de For­ mule 1 du monde, se tue à l’âge de 35 ans sur le circuit Brands Hatch en Angleterre. Quelque 50 000 personnes assistent au passage du convoi funèbre dans les rues de Fribourg.

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Bob Woodward et Carl Bernstein, journalistes au «Washington Post», couvrent le scandale du Watergate qu’ils ont révélé. Un an plus tôt, et à la connaissance du président américain Richard Nixon (ré­ publicain), des anciens agents du FBI et de la CIA ont placé des micros dans les locaux du Parti démocrate dans l’immeu­ ble du Watergate à Washington. Le scoop des deux journalistes déclenche une crise politique qui se termine par la démission du président Nixon.

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En octobre, l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) décide de réduire l’offre de pétrole de 5% et d’augmen­ ter massivement les prix. Le pétrole devenu rare, plusieurs pays européens dont la Suisse instaurent le dimanche sans voiture; trois dimanches pen­ dant lesquels les Suisses ont roulé sur les routes et les auto­ routes à vélo et en patins à rou­ lettes.

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Ikea, l’entreprise de meubles suédoise, ouvre sa première filiale hors de Scandinavie à Spreitenbach (ZH).

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L’enlèvement à Rome du petit­ fils (17 ans) du milliardaire américain Jean Paul Getty défraie la chronique. Le grand­ père paie la rançon qu’à partir du moment où il reçoit une oreille coupée de son petit­fils.

Après que son collaborateur Günter Guillaume a été démas­ qué comme agent de la RDA, le chancelier ouest­allemand Willy Brandt démissionne, remplacé par son ministre des finances, Helmut Schmidt, qui devient chancelier à son tour.

Inscription du principe des trois piliers dans la Constitu­ tion fédérale: la prévoyance pu­ blique (1er pilier), la prévoyance professionnelle (2e pilier) et la prévoyance individuelle (3e pilier). Suite aux actions menées par le groupe «Bélier», mouvement

Découverte en Chine à proxi­ mité de la ville de Xi’an du tombeau de l’empereur Qun Shi Huangdi, avec le tombeau pro­ prement dit, et les fosses où l’on a trouvé une armée enterrée formée par des milliers de sol­ dats de terre cuite. Composée de 7000 pièces, cette dernière est parfois appelée armée de terre cuite ou armée d’argile.

1974

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Niklaus Wirth, de Winterthour, professeur à l’ETH de Zurich, développe le langage «Pascal», un language de programmation informatique qui se caracté­

séparatiste de la jeunesse du Canton du Jura, le gouverne­ ment se penche officiellement sur la question de l’indépen­ dance du Jura.

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Intel Corporation en Californie présente le processeur Intel 4004, premier microproces­ seur commercialisé du monde et véritable tournant dans l’histoire de la technique.

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Roger Schawinski diffuse le premier «Kassensturz» à la Télévision Suisse, un consomag qui rencontre l’intérêt de nom­ breux téléspectateurs. Deux ans plus tard, la Télévision Suisse Romande diffuse une émission dans le même esprit appelée «A bon entendeur», laquelle perdure aujourd’hui.

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Architecte et designer hongrois Erno Rubik met au point le Rubik Cube, jeu de patience et de logique qui rencontrera un immense succès.

direction de Carlos. 70 per­ sonnes sont prises en otage, dont onze ministres du pétrole des pays membres de l’OPEP. L’Autriche répond favorable­ ment aux revendications et les terroristes s’en tirent à bon compte. Arrêté en 1994, Carlos est aujourd’hui emprisonné en France.

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Quelque 500 opposants à la construction de la cen­ trale nucléaire de Kaiseraugst occupent des mois durant le terrain du projet. Au final, la centrale ne verra pas le jour.

1976

La commune de Meda, dans le nord de l’Italie, est le théâtre d’une catastrophe chimique. Un nuage contenant de la dioxine s’échappe d’un réacteur de l’usine chimique Icmesa appartenant au groupe bâlois Hoffmann­LaRoche, et contamine habitants et animaux des quatre communes avoisinantes dont Seveso.

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A Genève, inauguration du pre­ mier restaurant McDonald’s en Suisse.

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Nestlé dépose le brevet pour le système de capsule Nespresso mis au point par l’ingénieur Eric Favre.

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1975

Première mission spatiale conjointe entre l’Union soviétique et les Etats­Unis avec le Apollo­Soyouz Test Project – le 15 juillet les deux fusées décollent, l’une de Cap Canaveral (USA), l’autre de Baïkonour (URSS), pour s’amarrer dans l’espace.

Steve Jobs et Stephen Wozniak fondent l’entreprise Apple, concepteur et fabricant d’outils informatiques, initiant du même coup l’ère des ordina­ teurs domestiques.

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Décès de Mao Tsé­toung, sur­ monné «le Grand Timonier», qui clôture un chapitre sombre de l’histoire chinoise.

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Les tremblements de terre se multiplient. Guatemala, Nouvelle­Guinée, Russie, Iran, Philippines, Chine et Italie. Des centaines de milliers de morts sont à déplorer. A Tangshan au sud de Pékin, on dénombre plus de 650 000 victimes. Dans le Frioul en Italie, quelque 1000 person­ nes trouvent la mort. Les survivants ont tout perdu, un bon nombre d’entre­eux •• Avec la mort du Général Franco, viendront chercher du travail c’est la fin de 40 années de en Suisse. dictature fasciste; Juan Carlos •• En Afrique du Sud, dans le devient Roi d’Espagne. township de Soweto, des éco­ •• Après la chute de Saïgon devant liers et des étudiants noirs les troupes nord­vietnamien­ manifestent contre l’intro­ nes, la guerre du Vietnam duction programmée de touche à sa fin après 30 années l’«Afrikaans» comme langue de conflit. d’enseignement (langue des blancs). La police réprime la •• Création de l’Agence Spatiale manifestation dans le sang. La Européenne (ESA) dont le siège colère monte et gagne d’autres est à Paris. La Suisse compte townships. La lutte contre parmi les Etats fondateurs. l’apartheid y puisera un nou­ veau souffle. •• Etudiant à Harvard, Bill Gates fonde avec Paul Allen l’entre­ prise de logiciels Microsoft Corporation, à Albuquerque au Nouveau­Mexique.

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Un commando terroriste fait irruption au siège de l’Organisation des pays expor­ tateurs de pétrole (OPEP) à Vienne. S’ensuit une prise d’otages par le «bras armée de la Révolution arabe» sous la

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Lausanne, le 14 décembre 2011

cahier spécial

H etGH

XXiX

au fil du temps 1977–1989

1977

Avec «Saturday Night Fever», John Travolta déclenche la fièvre disco dans le monde entier. Le film influence la mode et le style de vie de toute une génération.

Dirigeant de la Démocratie chrétienne et ancien Président du Conseil italien, Aldo Moro est enlevé et assassiné par les Brigades rouges, une organisa­ tion d’extrême­gauche. Les cir­ constances de ce meurtre n’ont jamais été tout à fait élucidées.

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La télévision suisse aléma­ nique consacre une édition de son émission «Telearena» à l’homosexualité. Pour la première fois, le grand public entend parler du mouvement gay et lesbien.

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Le scandale bancaire de Chiasso fait les gros titres: pendant des années, la filiale tessinoise du Crédit Suisse a blanchi via le Liechtenstein de l’argent sale italien, avant de perdre des milliards de francs.

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Le colonel brigadier Jean­ Louis Jeanmaire est condamné à 18 ans de réclusion pour avoir livré des documents militaires secrets à l’URSS.

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Elvis Presley – the King of Rock’n’Roll – meurt à Memphis à l’âge de 42 ans.

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Au cours de l’«automne allemand», les activités terroristes de la RAF (Fraction armée rouge) s’intensifient. Avec l’enlèvement de Hanns Martin Schleyer, le patron des patrons allemands, et le détournement du vol 181 de la Lufthansa sur Mogadiscio par le FPLP, la RAF tente d’obtenir la libération de onze de ses membres emprisonnés, dont Andreas Baader, Gudrun Ensslin et Jan­Carl Raspe. Juste après la libération des otages du vol 181 par les forces spéciales allemandes, Baader, Ensslin et Raspe se suicident en prison. La RAF exécute Schleyer le lendemain.

Reinhold Messner et Peter Habeler sont les premiers à at­ teindre le sommet de l’Everest sans assistance respiratoire.

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Pour la première fois depuis 455 ans, un non­italien est élu Pape par les cardinaux. Le Polonais Karol Wojtyla devient Pape sous le nom de Jean­Paul II.

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1978

Des scientifiques britanniques conçoivent le premier bébé éprouvette: issue de la fécon­ dation in vitro, Louise Brown voit le jour en Angleterre. De nombreux éthiciens sont scandalisés.

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Ouverture du tunnel routier du Saint­Gothard, long de 16,9 km, entre Göschenen et Airolo.

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Durement réprimée, la grève des chantiers navals de Gdansk débouche sur la fondation par Lech Walesa du syndicat indépendant Solidarność, qui devient un acteur majeur de la lutte contre le régime communiste.

La première Conférence mondiale sur le climat a lieu à Genève.

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Après la fuite du Shah, l’Ayatol­ lah Khomeini prend le pouvoir en Iran, porté par les forces révolutionnaires.

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Margaret Thatcher devient la première femme Premier ministre de l’histoire du Royaume­Uni.

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A l’initiative de Roger Schawinski, la radio pirate Radio 24 émet dans un rayon de 130 km depuis le Pizzo Groppera, en Italie. Ses émis­ sions sont écoutées jusqu’à Zu­ rich. Des milliers de personnes manifestent pour réclamer la légalisation de la première radio privée de Suisse. En cinq jours, une pétition récolte plus de 200 000 signatures.

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Mère Teresa, qui s’occupe avec sa congrégation des pauvres de Calcutta, reçoit le Prix Nobel de la paix.

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En Italie du Sud, le tremble­ ment de terre de l’Irpinia fait 3000 morts, plus de 10 000 blessés et des centaines de milliers de sans abri.

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En juillet, Jean­Paul II passe six jours en Suisse. Sa visite est considérée comme un événe­ ment majeur par les catho­ liques suisses.

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Ne reconnaissant pas la souve­ raineté du Royaume­Uni sur les îles Malouines, l’Argentine envoie des troupes pour les occuper, ce qui déclenche un violent conflit de deux mois et demi entre les deux nations. La reddition des Argentins entraîne la chute de la junte militaire au pouvoir dans le pays et le début de la transition démocratique.

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Véritable conte de science­fic­ tion, le film de Steven Spiel­ berg «E.T. l’extra­terrestre» enchante grands et petits dans le monde entier.

1985

Introduction de la vignette autoroutière au prix de 30 francs.

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Le SIDA se propage très vite. L’acteur américain Rock Hud­ son est la première personna­ lité à mourir des suites de cette maladie. En Suisse, le journa­ liste de télévision André Ratti déclare publiquement: «Je suis homosexuel et j’ai le SIDA.» Président de l’Aide Suisse contre le Sida, qui vient d’être créée, il espère ainsi promou­ voir la prise de conscience et la prévention. Douze mois plus tard, il décède.

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1986

1981

Comme ses voisins, la Suisse adopte l’heure d’été. Par ail­ leurs, le port de la ceinture de sécurité devient obligatoire.

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Pendant une audience qui se déroule sur la place Saint­ Pierre, un Turc de 23 ans du nom d’Ali Ağca tire à trois reprises sur le pape Jean­ Paul II et le blesse grièvement.

Le virologue français Luc Montagnier et son collègue américain Robert Charles Gallo découvrent le VIH, virus responsable du SIDA. Le pre­ mier test VIH est présenté un an plus tard.

1984

Apple lance le premier ordina­ teur Macintosh. Révolution­ naire, son interface graphique est conçue pour être utilisée avec une souris. La PAO devient réalité.

A Schweizerhalle, un incendie ravage un entrepôt de pesti­ cides de Sandoz. Les pompiers utilisent trop d’eau et les pro­ duits chimiques se déversent dans le Rhin. Cette catastrophe a de graves conséquences écologiques.

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En avril, une gigantesque catastrophe nucléaire a lieu à Tchernobyl. Elle déclenche en Suisse une nouvelle vague de protestation contre la centrale de Gösgen.

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Logitech présente sa pre­ mière souris d’ordinateur. A peine quatre ans plus tard, l’entreprise vaudoise lance une souris à infrarouges avec trois touches, imitée dans le monde entier.

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Microsoft devient le fournis­ seur d’IBM pour le système d’exploitation de ses ordina­ teurs personnels.

1988

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La nomination de l’ultra­ conservateur Wolfgang Haas comme évêque de Coire provoque de vives polémiques au sein de la communauté catholique suisse.

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Des acteurs de la vie culturelle, dont l’écrivain Max Frisch, entament une grève de la faim dans les locaux de l’hôtel de ville de Zurich pour protester contre l’expulsion de deman­ deurs d’asile.

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Quatre ans après son élection, Elisabeth Kopp, première femme à accéder au Conseil fé­ déral, donne sa démission suite à un scandale: elle a transmis à son mari des informations confidentielles pour le protéger d’une enquête.

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Un Jumbo Jet de la Pan Am explose au­dessus de Lockerbie, en Ecosse, suite à l’explosion d’une bombe placée par des terroristes libyens.

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Les USA délivrent le premier brevet concernant un mammi­ fère génétiquement modifié, la «souris Harvard», naturelle­ ment cancéreuse.

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En Suisse, l’utilisation de pré­ sure génétiquement modifiée est autorisée pour la fabrica­ tion de fromage.

1989

Le rapport de la Commission d’enquête parlementaire (CEP) sur les activités du Ministère public de la Confédération révèle que des citoyens ont été surveillés à leur insu. L’«affaire des fiches» provoque un vif émoi.

Günther Tschanun, chef de la police des constructions de la ville de Zurich, tue quatre •• A Pékin, sur la place Tia­ de ses collègues. Après trois semaines de cavale, il est arrêté nanmen, l’armée chinoise en France. Il explique son geste réprime brutalement des manifestations pacifiques en par le harcèlement qu’il dit faveur de la démocratisation subir. C’est la première affaire du pays. de ce genre en Suisse.

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1987 Un magazine américain évoque le SIDA pour la première fois.

d’exercice dans une zone marécageuse située près de Rothenturm.

Très agressif, le premier ver informatique propagé par Internet paralyse 10 pour cent du réseau mondial.

Agé de 17 ans, le tennisman Nicolas G. Hayek, visionnaire Boris Becker devient le plus suisse d’origine libanaise, jeune joueur de tous les temps lance la Swatch, une montre­ et le premier Allemand à bracelet en plastique vendue au remporter le tournoi de Wim­ prix unique de 50 francs. Les bledon. En battant Anatoli innombrables modèles de la Karpov, Garry Kasparov marque deviennent des objets est à 22 ans le plus jeune de collection. La Swatch et les champion du monde d’échecs mesures préconisées par Hayek de l’histoire. Son record tient sauvent l’horlogerie suisse de encore. la crise.

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Un crédit de rénovation accordé à l’opéra et le refus par les autorités de créer un centre de jeunesse autonome dé­ clenchent de violentes émeutes à Zurich.

Lancement de la production en série d’un nouveau support de stockage de données, le Com­ pact Disc (CD), qui marque le début de l’ère numérique pour le grand public.

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1980

1982

Un déséquilibré assassine l’ancien membre des Beat­ les John Lennon devant sa résidence, le Dakota Building à New York. La mort de Lennon engendre une vive émotion dans le monde entier.

Sony lance le premier Walkman. Avec «Rapper’s Delight», un morceau du groupe du Bronx Sugarhill Gang, le hip hop part à la conquête du monde. La culture urbaine des ghettos noirs devient très populaire en Europe.

cuisinier «Peperoni», inter­ prété par Dani Levy.

1983

1979

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Début de la première guerre du Golfe: le président irakien Saddam Hussein décide d’atta­ quer l’Iran en prétextant des désaccords frontaliers.

Le peuple suisse ratifie par 82,3 pour cent des voix la création du canton francophone du Jura.

Le téléphérique du Petit Cervin est inauguré à Zermatt (3883 m). Ce sommet devient le plus haut point d’Europe acces­ sible par téléphérique. La construction de la centrale nucléaire de Gösgen déclenche une vague de protestation sans précédent. Quelque 10 000 personnes participent à une marche pendant le week­end de la Pentecôte. D’autres ten­ tatives d’occupation du terrain de la centrale échouent suite à l’intervention des forces de l’ordre, qui utilisent des gaz lacrymogènes, des Flash­Ball et des canons à eau.

En pleine période de vacances, une bombe posée par des néo­fascistes ravage la gare de Bologne. A Munich, un homme isolé fait exploser une bombe pendant la Fête de la bière. Ces deux attentats font de nom­ breux morts et des centaines de blessés.

Lundi noir à Wall Street. En une journée, le Dow Jones chute de 22,6 pour cent. Le krach boursier s’étend à toutes les grandes places financières.

A la surprise générale, la RDA ouvre ses frontières avec la RFA. 28 ans après la construction du mur de Berlin, des milliers d’Alle­ mands de l’Est passent à l’Ouest. La réunification alle­ mande est célébrée tous les ans le 3 octobre.

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En Suisse, première campagne de prévention «STOP SIDA» •• La télévision suisse aléma­ pour promouvoir l’usage du nique produit sa première série, préservatif. intitulée «Motel». Elle aborde •• Le peuple suisse approuve notamment des sujets comme l’initiative pour la protec­ la consommation de drogue tion des marais et contrarie ou l’homosexualité, ce qui ainsi les plans du Départe­ entraîne de vives polémiques. ment militaire, qui prévoyait Le personnage préféré des de construire des terrains téléspectateurs est l’apprenti

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XXX

cahier spécial

H etGH

Lausanne, le 14 décembre 2011

au fil du temps 1990–1999 l’épizootie finit par être maîtrisée.

1990

«Free Mandela» – la pression internationale exercée sur le régime sud­africain porte ses fruits: le 11 février, Nelson Mandela, prisonnier politique le plus célèbre de la planète et symbole de la lutte contre l’apartheid, est libéré après 27 ans d’emprisonnement. Sa libération marque la fin de la ségrégation raciale.

1991

La Suisse célèbre le 700e anni­ versaire de l’acte de naissance de la Confédération, le Pacte fédéral de 1291. De nombreux événements sont organisés, dont le spectacle «Mythen­ spiel» à Schwyz, l’exposition «Heureka» avec la tour de Gali­ lée à Zurich et la grande tente conçue par Mario Botta pour les festivités. Le magnifique «Chemin de la Suisse» est inau­ guré sur les rives du lac d’Uri.

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L’armée de Saddam Hussein envahit le Koweït. Le Conseil de sécurité de l’ONU prononce de sévères sanctions à l’égard de l’Irak et lui pose un ulti­ matum pour le retrait de ses troupes.

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En septembre, les Suisses rejettent de justesse l’abandon de l’énergie atomique, mais acceptent à 54,5 pour cent le moratoire de 10 ans «Halte à la construction de centrales nucléaires».

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Le véhicule «Spirit of Biel II», conçu par l’Ecole d’ingénieurs de Bienne, gagne en Australie la course de voitures solaires la plus dure au monde, le World Solar Challenge entre Darwin et Adélaïde.

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Début de la deuxième guerre du Golfe, où il est beaucoup question de pétrole et d’argent. Dans le cadre de l’opération «Tempête du désert», une coalition internationale menée par les USA lance des attaques aériennes puis terrestres de grande ampleur contre l’Irak. Le Koweït est libéré, mais le conflit se transforme en bras de fer entre le Président améri­ cain George Bush et le dicta­ teur irakien Saddam Hussein. La guerre ne résout pas les pro­ blèmes de la région et entraîne de nouvelles sanctions de l’ONU contre l’Irak.

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Pour protester contre l’appli­ cation très partielle de l’article constitutionnel garantissant depuis 10 ans l’égalité des hommes et des femmes, ces dernières lancent le 14 juin une grève nationale, dont le slogan est «Les femmes bras croisés, le pays perd pied». Plus d’un demi million de femmes cessent le travail ce jour­là!

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Au CERN, l’Organisation européenne pour la recherche nucléaire, sise à Meyrin (GE), le Britannique Tim Berners­ Lee et le Belge Robert Cailliau développent le concept d’un réseau basé sur le principe de l’hypertexte. Le 13 novembre, ils mettent en ligne la pre­ mière page web, qui explique le fonctionnement du «World Wide Web» (www). 165 mots qui changent le monde!

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Premier cas de vache folle (ESB) en Suisse. Via les farines animales anglaises utilisées pour l’alimentation des bovins, l’épizootie se propage en Europe. Les pouvoirs publics s’alarment, car la consomma­ tion de viande infectée peut provoquer chez l’homme une affection mortelle, la maladie de Creutzfeldt­Jakob. Grâce à l’interdiction des farines animales et à d’autres mesures,

1992

Le parc zurichois du Platzspitz, aussi appelé «Needle Park», fait les gros titres de la presse internationale. Le plus grand marché de drogue à ciel ouvert du monde, où se regroupent de­ puis 1987 jusqu’à 3000 junkies venant de toute la Suisse, offre un spectacle insoutenable. La police évacue le Platzspitz, les drogués se replient sur le site de l’ancienne gare de Letten, qui sera évacué en 1995, et rien ne change.

Brunner et Dreifuss, et cette dernière est élue.

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A Washington, en présence du Président américain Bill Clinton, on assiste à une poignée de main historique entre le chef de l’OLP Yasser Arafat et le Premier ministre israélien Yitzhak Rabin. Suite au processus d’Oslo, les deux parties se reconnaissent mutuellement et signent un accord intérimaire d’autono­ mie pour la Cisjordanie et la Bande de Gaza.

En Yougoslavie, le gouver­ nement serbe de Slobodan Milošević s’oppose par la force aux velléités d’indépendance de la Slovénie, de la Croatie et de la Bosnie­Herzégovine, ce qui déclenche la guerre de Croatie (mars 1991 à août 1995), la guerre de dix jours en Slovénie puis celle de Bosnie (avril 1992 à décembre 1995). Ces guerres traumatisent toute l’Europe.

La nouvelle politique de la Confédération en matière de drogue s’appuie sur le principe des quatre piliers: préven­ tion, répression, réduction des risques, thérapie. Un programme de distribution d’héroïne et de méthadone sous contrôle médical est mis en place.

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Les 15 pays de la CEE signent le traité de Maastricht et fondent l’Union européenne ainsi que l’Union économique et moné­ taire. Aujourd’hui, l’UE compte 27 pays membres.

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La Suisse adhère au Fonds monétaire international (FMI) et à la Banque mondiale. Le peuple se prononce toute­ fois contre une entrée dans l’Espace économique européen (EEE).

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A deux mois d’intervalle, les juges antimafia Giovanni Fal­ cone et Paolo Borsellino sont assassinés en Sicile avec leurs gardes du corps.

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La première mission de Claude Nicollier, unique astronaute suisse, enchante tout le pays. «La joie règne, Monsieur Nicol­ lier», lui dit le Conseiller fédé­ ral Ogi lorsqu’il l’appelle depuis la Terre. Le Vaudois partici­ pera à quatre missions à bord des navettes Atlantis (1992), Endeavour (1993), Columbia (1996) et Discovery (1999).

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Un être humain naturelle­ ment momifié, vieux d’environ 5300 ans, est découvert dans les Alpes de l’Ötztal, au Tyrol. Né à l’âge de la pierre, «Ötzi» devient une star planétaire.

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La Suisse signe la Convention alpine, un accord regroupant différents Etats pour la pro­ tection et le développement durable de l’espace alpin.

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1994

1993

Au terme d’élections mou­ vementées, Ruth Dreifuss devient Conseillère fédérale. Au départ, la candidate du PS était Christiane Brunner. Mais l’Assemblée fédérale lui préfère Francis Matthey. Sous la pres­ sion des socialistes et d’une forte mobilisation, Matthey renonce à son poste afin qu’une femme puisse être élue. Le PS présente alors deux femmes,

1995

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Le massacre de Srebrenica a lieu en Bosnie. Les troupes serbes de Ratko Mladič et Ra­ dovan Karadžić pénètrent dans la zone de sécurité de l’ONU et tuent quelque 8000 hommes et adolescents musulmans, avant de les enterrer dans des charniers. Les femmes et les jeunes filles sont systématique­ ment violées et chassées. Le nettoyage ethnique de Srebre­ nica est le pire crime de guerre perpétré en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale. En décembre, les accords de Day­ ton mettent fin aux conflits en Bosnie et en Croatie.

Introduction en Suisse de la TVA, qui remplace l’impôt sur le chiffre d’affaires (ICHA).

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Le peuple suisse accepte l’initiative populaire fédérale pour la protection des régions alpines contre le trafic de transit. Depuis, la protection des Alpes est inscrite dans la Constitution.

A Berlin, les artistes Christo et Jeanne­Claude emballent le Reichstag pour une période de deux semaines.

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Génocide au Rwanda. En 100 jours, les Hutus tuent environ les trois quarts des membres de la minorité Tutsie.

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Le drame de l’Ordre du Temple solaire bouleverse les Suisses. A Cheiry (FR) et Salvan (VS), on retrouve dans des chalets calcinés les corps sans vie de 53 membres de l’OTS. Parmi les victimes figurent des enfants et les gourous de la secte. Les enquêteurs concluent à un suicide collec­ tif. Le délire apocalyptique de l’OTS provoquera d’autres

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Des voleurs amateurs par­ viennent à s’emparer de 53 millions de francs dans la cour d’une poste zurichoise. Ils abandonnent sur place 17 millions parce que leur voiture est trop petite!

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Fuyant les paparazzis, la Princesse Diana est tuée à 36 ans dans un accident de voiture à Paris, en compagnie de son compagnon Dodi Al­Fayed. Des millions de personnes pleurent sa mort.

1998

Face aux plaintes collectives et aux menaces de boycott, les banques suisses mettent un terme à l’affaire des fonds juifs en déshérence et versent 1,25 milliard de francs à un fonds de compensation.

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Le vol 111 de la Swissair sombre dans l’océan non loin de Hali­ fax, au Canada. La totalité des 229 personnes présentes à bord périssent. La Suisse est en état de choc.

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Le GP de Formule 1 d’Imola fait deux morts. L’Autrichien Roland Rathenberger se tue à l’entraînement et le triple champion du monde brési­ lien Ayrton Senna perd la vie pendant la course. Au terme de la saison, Michael Schumacher devient sur Benetton­Ford le premier pilote allemand à remporter le titre.

Agent de sécurité à l’UBS, Christoph Meili subtilise des documents concernant la période nazie que la banque s’apprête à détruire en toute illégalité. D’aucuns le considèrent comme un héros, d’autres comme un traître.

Drame au Vatican: un jeune Garde suisse tue son nouveau commandant et sa femme, avant de se suicider. Les causes de son geste n’ont jamais été élucidées.

Nelson Mandela devient le premier Président noir de l’Afrique du Sud. Le film sur l’Holocauste, «La Liste Schindler», de Steven Spielberg, attire les foules du monde entier.

1997

A Louxor, un attentat visant des touristes fait 68 victimes, dont 36 Suisses.

Le «Kapellbrücke», emblème de la ville de Lucerne et plus vieux pont couvert d’Europe, •• A Tel Aviv, lors d’une mani­ est presque entièrement festation pour la paix, un détruit par un incendie. Il est reconstruit en un temps record. extrémiste sioniste assas­ sine Yitzhak Rabin, Premier •• Le Museum of Modern Art ministre israélien et Prix de New York fait entrer une Nobel de la paix. Sa mort gourde de la marque suisse suscite une grande émotion. SIGG dans sa collection. •• Le «Parkhaus Café Urania» •• L’initiative du 1er août pour un devient le premier cybercafé jour de fête nationale férié et de Suisse. rémunéré est acceptée. •• Les astrophysiciens Michel •• Ouverture du Musée Olym­ Mayor et Didier Queloz, de pique à Lausanne. l’Université de Genève, décou­ vrent la première planète extrasolaire potentiellement habitable, ce qui suscite un véritable engouement.

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A l’issue des premières élec­ tions libres en Russie, Boris Eltsine devient président. L’URSS disparaît, faisant place à la Fédération de Russie et à 15 Etats indépendants.

suicides collectifs en France et au Canada.

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Avec l’accord de ses voisins, l’Allemagne est officiellement réunifiée le 3 octobre, qui de­ vient la date de la fête nationale. Inauguration à Zurich du pre­ mier réseau express régional ferroviaire (RER) de Suisse.

«Voyage vers l’espoir», un film du réalisateur suisse Xavier Koller qui raconte l’histoire tragique de migrants turcs, obtient l’Oscar du meilleur film étranger.

1996

L’enfant prodige du tennis suisse, Martina Hingis, se hisse à 16 ans au premier rang du classement mondial. Elle restera numéro 1 pendant 209 semaines.

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Au Roslin Institute, en Ecosse, des chercheurs clonent pour la première fois un mammi­ fère. La brebis Dolly vivra sept ans.

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Ouverture du Musée Tinguely à Bâle.

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Les USA et le Congrès juif mondial déclenchent une vive polémique en exigeant la restitution de fonds déposés dans des banques suisses ayant appartenus à des victimes de la Shoah. Très cri­ tiquée, la Suisse se voit obligée de procéder à un examen de conscience.

1999

Début de la guerre du Kosovo qui oppose l’armée yougoslave et des forces spéciales serbes à l’Armée de libération du Kosovo (UCK). La population civile subit des actes barbares et des centaines de milliers de personnes fuient les combats. Afin d’éviter un génocide de la population albanaise du Kosovo, l’OTAN intervient sans mandat de l’ONU. Après la guerre, une force interna­ tionale baptisée KFOR prend position au Kosovo. La Suisse y participe avec le contingent Swisscoy.

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Bertrand Piccard et l’Anglais Brian Jones parviennent à effectuer le premier tour du monde en ballon à bord du «Breitling Orbiter 3».

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Lausanne, le 14 décembre 2011

cahier spécial

H etGH

XXXi

au fil du temps 2000–2011

2000

Suite à une refonte complète, la nouvelle Constitution fédérale entre en vigueur.

150 000 mètres cubes de roche tombe sur la route du col du Grimsel: l’éboulement du «Chapf» est le plus gros du genre en Suisse.

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Grounding Swissair. La flotte Décryptage du génome humain. de la compagnie d’aviation est Les mondes de la science et clouée au sol, faute d’argent de la politique parlent d’un pour payer le kérosène et les tournant dans l’histoire de taxes d’aéroport. Des milliers l’humanité. de passagers sont bloqués à travers le monde. Un mauvais •• Un glissement de terrain en management et l’immobilisme Haut­Valais détruit le village des banques et du Conseil de Gondo. On dénombre 13 fédéral conduisent à la faillite. victimes. Un choc sans précédent pour les Suisses! •• George W. Bush, républicain, devient le nouveau président des Etats­Unis suite à l’une des élections les plus serrées et les plus controversées de l’histoire avec le démocrate Al Gore. La désignation tombe par décision du tribunal.

2001

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Un incendie se déclare suite à Le 11 septembre, un attentat une collision frontale de deux terroriste frappe les Etats­Unis. camions dans le tunnel routier Deux avions de ligne avec leurs du Gotthard. Onze personnes passagers percutent les deux perdent la vie. tours du World Trade Center •• au cœur de New York, pendant En approche d’atterrissage, un avion Crossair s’écrase dans la qu’un troisième avion est forêt près de Bassersdorf (ZH). projeté sur le Pentagone à Washington. Revendiqué par le Sur les 33 passagers, seules neuf personnes ont survécu. réseau islamiste djihadiste Al­Qaida, l’attentat fait près de •• Mise en vente du premier iPod 3000 victimes. Le président d’Apple. américain Georges W. Bush parle d’Axe du mal et déclare la •• Création de Wikipedia, la guerre au terrorisme où qu’il première encyclopédie libre en soit. On suppose qu’Oussama ligne. Ben Laden, chef d’Al­Qaida, se terre quelque part en Afghanis­ tan. En octobre déjà, les troupes américaines entrent en Afghanistan et font tomber le régime taliban.

illégaux» appartenant aux tali­ bans ou liés à Al­Qaida. Ce lieu de détention hors de tout cadre juridique attire les critiques de l’opinion publique interna­ tionale, des gouvernements et des associations de défense des droits de l’homme. La ferme­ ture du lieu est programmée, mais le centre de détention reste actif à ce jour.

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Après des décennies de contro­ verses et de discussions, les Suisses acceptent l’initiative populaire pour la légalisation de l’interruption de grossesse dans les douze premières semaines.

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Crue du siècle pour l’Elbe, le Danube et leurs affluents. L’Allemagne, l’Autriche et la Tchéquie sont durement touchées.

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L’ancien président de la Serbie, Slobodan Milosevic, est arrêté pour crimes de guerre, crimes contre l’humanité et génocide et livré au au Tribunal pénal international de la Haye. Après cinq ans de détention, il meurt en cellule sans avoir été jugé.

L’exposition nationale Expo.02 présente une Suisse ouverte par le biais de cinq «arte­ plages» sur les bords des lacs de Neuchâtel, de Bienne et de Morat. Œuvre emblématique parmi d’autres: le monolithe de Jean Nouvel au milieu du lac de Morat.

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Violents affrontements au som­ met économique du G8 à Gênes entre la police italienne et des opposants à la globalisation.

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Ouverture du premier Star­ bucks d’Europe continentale au cœur de Zurich.

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L’initiative populaire pour la suppression de l’armée est refusée pour la deuxième fois par les citoyens suisses.

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A la suite du 11 septembre, les Etats­Unis créent un centre de détention sur leur base navale de la baie de Guantanamo dans le sud­est de Cuba. Ils y détiennent des personnes qualifiées de «combattants

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L’ETH de Zurich, avec 22 prix Nobel à son palmarès, fête son 150e anniversaire.

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Roger Federer remporte pour la première fois le tournoi de tennis de Wimbledon. Une année plus tard, le Bâlois se hisse à la première place du classement mondial pour ne plus la quitter durant 237 semaines d’affilée.

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Dans le cadre des Jeux Olym­ piques de Pékin, le relais de la flamme olympique est émaillé de protestations contre la poli­ tique chinoise au Tibet.

Angela Merkel devient la première femme chancelière d’Allemagne.

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Suite au décès de deux jeunes après une course­poursuite avec la police, la banlieue parisienne s’embrase. Dans son sillage, d’autres villes françaises sont le théâtre de violentes émeutes.

Décès de Jean­Paul II. Après 27 ans de pontificat, la peine est profonde chez les fidèles du monde entier. Joseph Ratzin­ ger lui succède devenant le pape Benoît XVI.

La crise financière conduit à l’insolvabilité de plusieurs banques aux Etats­Unis et en Europe et impose la nécessité d’un contrôle global des mar­ chés financiers.

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Barack Obama est le premier président afro­américain des Etats­Unis.

2009

La crise économique et finan­ cière s’étend aux Etats eux­ mêmes. Dans l’Union euro­ La Chine ouvre une nouvelle péenne, l’Espagne, l’Irlande ligne ferroviaire jusqu’au Tibet, ou la Grèce sont au bord de la la plus longue du monde. Elle faillite. relie Xining à Lhasa, à quelque 4000 mètres d’altitude.

2006

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Le sort de Natascha Kampusch ébranle l’opinion publique bien au­delà des frontières autrichiennes. Après huit ans de séquestration, la jeune femme de 18 ans échappe à son bourreau.

2010

Entrée en vigueur en Suisse de l’interdiction de fumer pour lutter contre la fumée passive.

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Un tremblement de terre dévaste Haïti.

2007

2005

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Attentat terroriste d’Al­Qaida dans plusieurs trains de ban­ lieue à Madrid. Pour un triste bilan: 200 morts et près de 1800 blessés.

2003

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McDonald’s ouvre à Vevey son premier McCafé en Suisse.

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Le 26 décembre, un tsunami sans précédent dévaste les côtes de l’Indonésie, de la Thaïlande, de la Malaisie, de l’Inde et du Sri Lanka. Quelque 230 000 personnes trouvent la mort, dont 107 touristes suisses.

La monnaie de l’Euro est mise en circulation.

Folie meurtrière au Parlement zougois. Le 27 septembre, Friedrich Leibacher pénètre dans le gouvernement zougois et tire à plusieurs reprises sur des membres du gouvernement avant de retourner l’arme contre lui. Bilan: 14 victimes.

2004

Prise d’otages de près de 1200 enfants et adultes dans une école par un commando ter­ roriste de séparatistes tchét­ chènes. Les forces spéciales russes interviennent. On dénombre au final 344 civils tués dont 186 enfants.

Avec son voilier Alinghi, l’entrepreneur genevois Ernesto Bertarelli est à la tête du premier bateau européen à remporter la prestigieuse Coupe de l’América.

de Schengen, le contrôle systé­ matique des personnes n’a plus cours à la frontière suisse, de même que les visas. Pour les marchandises, les contrôles restent en vigueur.

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Prise d’otages par des terro­ ristes tchétchènes lors d’un spectacle musical au théâtre Dubrowka à Moscou. Sur les 800 personnes détenues, envi­ ron 120 trouvent la mort lors de l’opération de libération par les troupes de sécurité russes.

La Suisse est admise comme 190e Etat membre de l’ONU à New York.

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Un attentat à la bombe fait 200 morts sur l’île de Bali et plus de 300 blessés. L’attentat est revendiqué par un groupe lié à Al­Qaida.

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Titre de Champion du monde de moto (125 cm3) pour Tom Lüthi au Grand Prix de Valence. Première suisse depuis 20 ans pour le pilote de 19 ans.

En élisant Christoph Blocher (UDC) en lieu et place de la conseillère fédérale PDC Ruth Metzler, la formule magique n’est pas respectée, une pre­ mière depuis 44 ans.

Première mondiale: en Irlande, entrée en vigueur de la première interdiction de fumer nationale au tra­ vail, dans les pubs et dans les restaurants.

2002

Tuerie à Erfurt. Un ancien élève de 19 ans pénètre dans le gymnase Gutenberg et tue 16 personnes avec une arme à feu, avant de se donner la mort. C’est le premier cas du genre, dans une école, en Allemagne.

La Conseillère fédérale Miche­ line Calmy­Rey est la première représentante d’un gouver­ nemenent étranger à franchir la ligne de démarcation entre Corée du Sud et Corée du Nord.

Roger Federer – meilleur joueur de tennis de tous les temps, six fois vainqueur à Wimbledon, quatre fois sportif de l’année et véritable collec­ tionneur de records – est la première personnalité à figurer de son vivant sur un timbre­ poste suisse.

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L’ancien Conseiller fédéral Joseph Deiss devient président de l’Assemblée générale de l’ONU.

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Suite à l’éruption en Islande de l’«Eyjafjöll», un gigantesque nuage de cendres se déploie empêchant le trafic aérien dans une grande partie de l’Europe.

2011

Le cycliste texan Lance Arm­ strong remporte le Tour de France pour la 7e fois de suite, un fait unique dans l’histoire du Tour.

Le Printemps arabe «naît» en Tunisie et fait boule de neige dans d’autres pays du Proche­Orient. Surmontant leurs peurs, les populations se soulèvent contre les dictatures au pouvoir et leur bras armé (police d’Etat, armée).

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Attentats à la bombe dans le métro et dans un bus à Londres. •• •• Steve Jobs, à la tête d’Apple, Apple a un – nouveau – coup de 50 personnes périssent et 700 met en ligne par le biais du génie: l’iPhone de Steve Jobs blessés sont dénombrés. programme Internet iTunes réinvente la téléphonie mobile. •• •• Chef spirituel du mouvement Quelque 700 skinheads nazis 200 000 chansons à téléchar­ Les smartphones à écran terroriste Al­Qaida, Oussama ger pour 99 cents chacune. Une perturbent la traditionnelle tactile avec leurs applications ben Laden est tué au Pakistan fête du 1er août au Grütli. Le véritable révolution dans la modifient en profondeur nos par un commando américain. président de la Confédération distribution de la musique. habitudes de communication. Samuel Schmid est la cible •• •• •• Au nombre des pays de l’«Axe Suite à un tremblement de d’insultes personnelles. Depuis, Al Gore, ancien vice­président du mal», le président américain la fête nationale au Grütli fait des Etats­Unis et activiste éco­ terre et au tsunami qui en a ré­ George Bush compte l’Irak. logiste, organise le concert Live sulté, la centrale de Fukushima l’objet de mesures de sécurité Une manière de légitimer Earth qui se déroule simulta­ est gravement endommagée; beaucoup plus strictes. l’entrée des troupes améri­ nément sur tout les continents. le Japon connaît l’une des plus •• caines et des alliés dans le pays Ouverture de l’Emirates Palace Une manière de sensibiliser graves catastrophes nucléaires avec Saddam Hussein à sa tête. Hotel à Abu Dhabi (Oman), la population mondiale à la de l’histoire. établissement le plus luxueux Celui­ci détiendrait des armes crise climatique. Il s’agit du •• et le plus cher du monde. de destruction massive et plus grand concert caritatif de «Fukushima» oblige les Etats à repenser le nucléaire. En soutiendrait Al­Qaida. La troi­ l’histoire. •• L’ouragan Katrina, l’un des Suisse, cela conduit à une sième Guerre du Golfe aboutit décision historique: le Conseil à la chute du régime de Saddam plus violents dans l’histoire national et le Conseil des Etats Hussein. Ce dernier est arrêté, américaine, dévaste le sud des Etats­Unis et inonde la Nou­ se prononcent pour la fin de jugé, puis condamné à mort en velle­Orléans. Quelque 2000 l’énergie atomique. 2006. Il meurt par pendaison personnes trouvent la mort. la même année. Avec l’introduction des Accords rosaria carmela pasquariello •• ••

2008


XXXii

H etGH

cahier spécial

d

tous les MeMbres d’hotel & Gastro union

t

les collaborateurs

Casasopra Edoardo Chiaravalloti Simone Claudet Patrick Cuniberti Eulalia Dalla Via Piera Dota Roberto Druzić Radmila Dubuis Eric Dünner Claudia Erni­Leupi Ursula Eugster Markus Ferrari Carlo Feuz Manuela Fischer Tiziana Fischer Schnyder Iris Fisler Michael Fleischlin Andreas Flury Martin Frei Riccarda Furrer Josef Gaillard Evelyne Ganziani Nora Gashi Krasniqi Vlora Gaudry Fabienne Gehri Catherine Geissmann Regula Germann Hubert Giovanni Antje Göldi Hanspeter Gollong Michael Gonzalvez Juan

Graf Willy Greder Christian Greder Jörg Gsell Mario Guignard Blaise Haas René Haldner Josef Hänggi Franziska Hasler Jürg Hediger Annette Heri­Karo Beatrice Herzog Rafael Howald Hanspeter Hunziker Christoph Jeker Dario Jimenez Dominique Jost Nicole Justin Sabrina Kälin Nicole Kestle Jordan Knecht Georges Knobel Regula Knuchel Ernst Koch Sandra Kohler Peter Kramer Regina Krim Judith Kuçi Miranda Kunz Markus Kunz Sybille Künzler Thomas Lang Roger Lanz Sandra Läng Hansruedi

Leimer Christine Lenz­Halbheer Melanie Lieberherr Irmgard Lo Russo Angelo Lordelli Luca Lüscher Esther Macker René Marending Ruth Martin Jean­Michel Masshardt Urs McHale Christopher Meier Sepp Meier René Meier Daniel Meyer Peter Müller Heinz Nietlispach Hubert Nussbaumer Therese Odermatt Markus Orrù Tiziano Parameswaran Pavaskar Pasquariello Rosaria C. Pennisi Giuseppe Peter Urs Pezzi Saverio Pini Céline Ragozzino Sylvia Ramseier Michael Rauber Monika Rausis Patrick Rechtsteiner Daniel

Reznicek Martin Ronzoni Louis Rubin Barbara Ruppelt Jörg Sacino Donato Schättin Monika Schättin Sandra Scheuch Nicolas Schlittler Laurent Schmid Nicole Schmidiger Norbert Schmidt Paul Schnyder Peter Schori Beat Schraml Bettina Schulz Julia Schürch Angela Schürmann Dominique Schwegler Elvira Stadelmann Andrea Stadelmann Sandra Stadelmann Sandro Stalder Melanie Steingruber Andreas Strähl Markus Strub Lara Tamano Giorlando Tanaka Heidi Tinguely Gabriel Trevisan Cindy

Tschannen Claudia Unternährer Stefan Velthuijs Karlpeter Vonesch Urs Wälchli Christof Waldmeier Beat Walliser Peter Walther­Bucher Verena Wehinger Walter Wenger Olivier Wenger Nicole Williner­Zbinden Monika Wirth Claudia Wohlgemuth Peter Wolf Josef Wuillemin Sylvie Wyssmann Brigitte Zahner Christa Zanchetta Guido Zweifel Max

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Source: Brochure Formation de Hotel & Gastro Union. 2010

tous les collaborateurs de l’hôtel art déco Montana tous les collaborateurs de l’école hôtelière suisse de lucerne

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le modèle de Hotel & Gastro U nion le centr e de notr e monde professionnel

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Les associé(e)s des réseaux et commissions, ainsi que les nombreuses personnes qui soutiennent Hotel & Gastro Union

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en un coup d’œil...

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Affentranger David Ammann Marcel Andreano Luca Arnold Esther Achermann Judith Aubert Pascal Bader Adrian Basile Catherine Bayrak Ali Beja Francisco Benedetti Marc Beyeler Patrick Beyeler­Linder Manuela Bissig Sandra Bitzer Philipp Bösch Peter Bucher Dina Bucher Dominic Caduff Gino Cano Felipe Casanova Valeria

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Lausanne, le 14 décembre 2011

Cahier spécial 125 ans  

N.39 – 14 décembre 2011, Cahier spécial de Hôtellerie et Gastronomie Hebdo du 125. anniversaire d'Hotel & Gastro Union

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