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Sommaire Découverte 22 De l’a rt, en veux-tu ? 34 Chroniques d’u ne note 36 Cinéma 46 Merveilles du monde 56 A la mode de chez nous 66 L’e au à la bouche 68 Histoire 70 Chroniques d’u ne lettre 72 Sensations 80 Geek 84 Chroniques du Renouveau 96 Agenda 94 Nouvelle de la faim 6

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Mise en Bouche Depuis le début du XXème, notre société connaît des avancées technologiques majeures métamorphosant notre manière de vivre. Médecine, transports, moyens de communication, notre quotidien a radicalement été chamboulé, entraînant une amélioration constante du confort et de la qualité de vie – en apparence en tout cas, puisqu’un climat de tension palpable ne semble vouloir cesser de s’alourdir en parallèle. Quoi qu’il en soit, ces révolutions technologiques permettent aujourd’hui de bénéficier d’un flux d’information constant, dont nous ne nous plaindrons pas, puisque votre magazine favori n’existerait certainement pas sans l’outil informatique et internet ! De même, le milieu artistique s’est transformé, évoluant au gré de ces avancées. C’est pourquoi nous avons ce mois-ci décidé d’aborder l’art à travers les sciences. Nous traiterons de ce qui semble être une autre révolution, artistique et culturelle cette fois-ci, en essayant de porter un regard le plus objectif et critique qui soit, étant nous-mêmes tributaires de ces nouveaux procédés... car qui aime bien châtie bien ! Bien qu’étant noyés sous la masse d’inepties improbables qui vont de pair avec les réseaux sociaux, nous soufflons notre première bougie (eh oui !), en poursuivant sur notre lancée qualitative (du moins qui essaie de l’être !). Nous tenons à remercier de tout cœur les dizaines de milliers de lecteurs nous ayant gratifié de leur soutien au cours de cette année ! Nous tâcherons de conserver ce cap culturel et de ne pas céder, comme beaucoup, aux sirènes de la médiocrité. Bonne lecture à tous, et encore merci ! Samy et toute l’équipe de CM

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ONT PARTICIPE A L’AVENTURE : Ondine Senac, Alice Bellocq, Romy Roynard, Joanna Pichon, François Dubedout, Charles Magrin. Couverture : Samy Ellaouzi CM est édité par la SARL Hermes Press and Advertising. DIRECTION/REDACTION/GRAPHISME/ PUBLICITE : Samy Ellaouzi Hermes Press and Advertising 36 rue Paul Broca 33000 Bordeaux 06 86 82 16 47 Rédaction : cityzenmoove@hpaa.fr Publicité : contact@hpaa.fr L’éditeur décline toute responsabilité quant aux visuels, photographies, illustrations, libellés des annonces fournis par ses annonceurs, omissions ou erreurs figurant dans cette publication. Les articles publiés n’engagent que leurs auteurs. Tous droits d’auteur réservés pour tous pays. Toute reproduction, même partielle, quel qu’en soit le procédé, ainsi que l’enregistrement d’informations par système de traitement de données à des fins professionnelles, sont interdites et donnent lieu à des sanctions pénales.

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Photographies : ©C.M

Découverte

Figures de style S

AMEDI 23 mars dernier avait lieu l’événement « Les Figures de Style » organisé par deux associations faisant partie de l’école de commerce INSEEC, le B.D.A. (Bureau des Arts) et Beachbreak dont l’objectif commun est de promouvoir l’art et la culture au sein de l’école et de la ville de Bordeaux. Pour cette première édition, les Figures de Style ont profité du

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superbe skatepark des Chartrons pour organiser une compétition ouverte aussi bien aux jeunes surdoués qu’aux professionnels du skateboard, ainsi que des activités culturelles et artistiques sur le thème du street Art, notamment concerts, expos photo, graff, etc... Nous vous proposons donc un aperçu de la journée, entre groupes de rock et tricks de sk8 ! | C.M


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Inauguration par-delà les nuages A

PRES trois ans de chantier, une nouvelle voie est construite au-dessus de la Garonne. Deux semaines seulement après l’inauguration du Pont Chaban Delmas, les chiffres prouvent son adoption par les Bordelais avec une affluence d’environ 21000 véhicules par jour. Il permet du même coup le désengorgement du vénérable Pont de Pierre en le soulageant de 10 à 15% du trafic. Mais revenons sur la période du 15 au 18 mars qui a vu son adoubement officiel ainsi que les festivités organisées à cette occasion Historique ! Vendredi 15 mars, 19h30 : Les trams se dirigeant vers le nord des quais sont pris d’assaut, les rues aux abords des hangars sont envahies par une joyeuse foule de bordelais fiers et impatients d’assister au feu d’artifice tiré sur le nouveau pont. En effet, ce n’est pas moins que le « groupe F » (professionnels de renom à qui l’on doit la superbe pétarade sur la Tour Eiffel lors du dernier changement de siècle) qui s’est vu confié par la municipalité la lourde tâche d’habiller le nouvel édifice de feu et de lumières chatoyantes. Même s’il est légitime de se demander si l’inauguration d’un pont mérite de telles dépenses en cette période difficile malgré l’évidente beauté du spectacle, la ferveur des spectateurs démontra bien le besoin de rêver... 20h30 : Les premières fusées fendent l’air de leurs cris stridents. Ce qui s’ensuit est un véritable balai de lumières superbement orches-

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tré : des fontaines de feu argentées donnant au pont un air de danseuse brésilienne au bouquet final d’une ampleur extravagante, le spectacle restera gravé au fond des rétines dilatées. Une fois le dernier écho de détonation s’étant perdu au loin, le rideau noir de la nuit tombe sur la scène. Les trams, désertés le temps du show, prennent de nouveau des allures de boîtes à (humains) sardines géantes. Le lendemain matin, une bise glaciale entame la patience des spectateurs qui attendent le passage du Belem - navire-école de la marine - sous le pont, prévu à l’origine pour 9h30. Celui-ci s’exécutera finalement un peu avant 11h sous les hourras d’une foule enthousiasmée d’assister à un fait historique ! Le tableau contrasté du majestueux trois-mâts saluant le chef d’oeuvre d’ingénierie moderne est émouvant, les bordelais ont le sourire. L’inauguration officielle aura lieu un peu plus tard, après les discours du préfet, du maire de Bordeaux et du président de la République Française. Une partie des spectateurs massés aux abords du pont tente de forcer le passage entre les barrières et les agents de sécurité quelque peu dépassés, aimantés par l’envie de fouler le sol du pont les premiers. Il leur faudra pourtant attendre quatorze heures sonnantes pour voir leur souhait se réaliser. Dès le lundi suivant, le pont entrait en service et les premiers véhicules s’y engageaient, démontrant s’il le fut encore nécessaire la bouffée d’air incontestable qu’apporte l’édifice à la ville de Bordeaux. | C.M Photographies : ©C.M


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Photographie : ©S.E

Un ticket pour... Satiradax 3 ! M

ARC Large, notre illustrateur dacquois favori, remet encore une fois le couvert. Nous étions conviés à la présentation de la troisième édition du festival Satiradax, le 28 février dernier, à la classieuse Maison de l’Aquitaine, à Paris. Des invités de marque (et c’est peu dire !) étaient donc présents : les anciens parrains à la verve acérée que sont Christophe Alévêque et Daniel Prevost usèrent et abusèrent de ritournelles verbales pour le plus grand plaisir d’une assemblée sous le charme. Le parrain de cette nouvelle

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édition, qui n’est autre que l’illustre Guy Bedos, ne mâcha pas non plus ses mots durant son intervention. Ainsi, les petits plats furent mis dans les grands, les invités de Marc (sans jeu de mot aucun allons donc !) enchantèrent l’événement, avec un Christophe Salengro (notre président grolandais) et un Noel Godin (l’illustre entarteur) en grande forme, pour ne citer qu’eux… Qu’on ne s’y trompe pas, Satiradax s’annonce gros, très gros et ce n’est pas l’affiche qui démentira nos propos ! | S.E


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Photographies : ŠS.E

Texture Explosion ! Henrik Vibskov


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ENRIK Vibskov est un créateur de mode danois. Son style éclectique, électrique et haut en couleur se démarque par une approche particulièrement plastique de la mode. Il s’est ainsi très vite intéressé à d’autres champs artistiques tels que le théâtre, la danse ou encore la musique. Son exposition « Neck Plus Ultra » aura su retenir notre attention, proposant des tonalités poétiques, ludiques et des plus étranges. Les créations de cet artiste protéiforme ayant été présentées dans des institutions de renom et aux quatre coins du globe (« l’ICA – Institute of Contemporary Art – de Londres ; le Palais de Tokyo ; le Temple Kiyomizu-Dera à Kyoto ; le PS1-MoMA de NewYork), nous avons sans hésitation sauté sur l’occasion afin de vous faire découvrir son travail, présenté du 27 février au 4 mai 2013 aux Galeries Lafayette de Paris. Plongeons maintenant dans le tourbillon artistique du XXIème siècle, un monde scientifique aux couleurs éclatantes et aux formes géométriques saillantes. Cette exposition aux multiples facettes démontre un travail des matières, des formes et des textures

peu commun. Personne ne restera de marbre face à cette jungle créative tant de nouvelles formes d’expressions y sont expérimentées. Entendons-nous, il ne s’agit pas là de grand n’importe quoi, les thématiques traitées étant on ne peut plus sérieuses. Tantôt nos modes de consommations seront remis en question avec les « Bird Kite Necks », flamants sans vie, suspendus au plafond, subissant la gravité, en référence aux abattoirs comme aux cerfs-volants circulaires des rites funéraires du Guatemala ; tantôt l’artiste déjouera les certitudes quant à l’utilisation des matières textiles. Plus loin, on trouvera des photographies ainsi qu’un film réalisés en référence à l’artiste Danois Richard Winther, diffusés à travers des bulles de savon, déformant les corps, les silhouettes, perturbant les esprits et distordant le réel. Ainsi s’entremêlent laine, nylon, verre et mécanique. Henrik se joue de la lumière et de la physique tel un savant (pas si) fou expérimentant de nouvelles formules, pour finalement se muer en un Dr Frankenstein de la mode et donner vie à la matière, transcender l’imaginaire… Vous l’aurez compris, sa fragilité (récurrente à toutes ses œuvres) nous aura conquis. | S.E

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Electro Night Out ?! So Good Festival «sûrLac’estnostalgie n’est plus ce qu’elle était » disait Signoret… Ce qui est que la mélancolie ne sera pas de la partie le samedi 27 avril. En effet, ce sera l’été avant l’heure à la salle Simone Signoret de Canéjan !

La fine équipe de « Volume 4 Productions » met les petits plats dans les grands pour nous proposer une soirée électronique s’annonçant sous les meilleures augures : un line up fracassant axé Drum & Bass, un camping gratuit permettant de relâcher la pression sans risque et le tout à une demi-heure de la « Belle Endormie » ! La machine s’annonçant plus que bien huilée et le beau temps devant à n’en pas douter être de la partie, on réserve ses tickets et on vient festoyer (dans la bonne humeur) au So Good Festival ! |S.E

Programmation Niveau Zéro Reversatile Jusaï Norman Matt-K Bass Hysteria Dub Browser

Infos pratiques Samedi 27 Avril 8/12€ 19H à 04H. On boit, on dort (si on veut) et on mange sur place ;) Centre Simone Signoret, 10 Chemin du Cassiot, 33610 Canéjan Accès : Tram C, arrêt Terres Neuves. infos.volume4@gmail.com

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CANÉJAN (33) SAM 27 AVRIL 19H-4H

PRÉSENTE

Engrenage Électronique

NIVEAU ZERO REVERSATILE JUSAÏ NORMAN MATT-K DUBSTEP / CROSSOVER

TECH - HOUSE

DRUM'N'BASS

DRUM'N'BASS / DUBSTEP

BASS HYSTERIA

DUBSTEP

DRUM'N'BASS

DUB BROWSER DUB / SOUND SYSTEM

CENTRE SIMONE SIGNORET

& SUR PLACE

CAMPING GRATUIT

8€

10€

12€

PLUS D’INFOS SUR : CONTACT : infos.volume4@gmail.com

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14H00 //// Raid Hip Hop/ Battle Break Et Pop //// Danse //// La Caravelle //// 3/5€ 14H00 //// Parcours Digital Dans Bordeaux //// Parcours Digital //// Bordeaux //// Gratuit 15H00 //// Soy De Cuba //// Spectacle //// Casino Théâtre //// 42/46€ Musical Barrière 20H30 //// "In Love With Shakespeare" Avec Le Collectif La Falaise //// Théâtre Bilingue //// Théatre Du Pont //// 15/25€ Tournant 20H30 //// Soy De Cuba //// Spectacle //// Casino Théâtre //// 42/46€ Musical Barrière 21H00 //// A Call At Nausicaa + John And The Volta + Le A + North Odd Preppies + Tulsa //// Tremplin //// Rock School Barbey //// Gratuit 20H30 //// Parce Qu'on Va Pas Lâcher / Compagnie Onstap //// Percussions Corporelles //// La Caravelle //// 6/12€ 21H00 //// La Nuit Digitale - Pictoplasma + Etienne De Crecy Live + Dop Live + Ander Live + Iboat Dj Set //// Electro //// Patinoire Meriadeck //// Gratuit 22H00 //// Wallace Parano //// Tech-House //// Azuli //// Gratuit 23H00 //// Blackout Invaders : The Speed Freak Vs Biochip C. + Maissouille + Pattern J + David Green + Distort Dj //// Hardbeats //// Bt59 //// 12/14€ 00H00 //// C.T.R.L-With Matador Live (M_nus) + Exces + Mondowski //// Techno //// I.Boat //// 10/12€

17H00 //// Soy De Cuba

//// Spectacle Musical 20H30 //// Soy De Cuba //// Spectacle Musical 00H00 //// In The Navy + Junior Felip + Eric Dust //// Gay & Friendly 00H00 //// Popof/Noob/Lego //// Techno

//// Casino Théâtre //// 42/46€ Barrière //// Casino Théâtre //// 42/46€ Barrière //// I.Boat //// Bt59

//// 10 € //// 15 €

La Semaine Digitale aura lieu du 25 au 31 Mars, soyez donc attentifs aux diverses manifestations présentes en ville !


De l’a rt, en veux-tu ?


Aux frontières du réel

Photographie : ©Ron Mueck


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’hyperréalisme est un courant artistique récent, né aux Etats-Unis durant les années 50/60. Faisant suite à l’expressionisme abstrait des années 40, il consiste à ses débuts en une reproduction pure et « simple » d’une photographie en peinture. L’art et les techniques évoluant, la sculpture, la photographie et bien d’autres disciplines ont elles aussi été métamorphosées, ce pourquoi nous avons décidé d’accorder ces quelques lignes à l’évolution de l’hyperréalisme dans la sculpture, ainsi qu’à la naissance d’un art d’un genre nouveau ! Les avancées de la biotechnologie sont ici à l’honneur, discipline qui, comme l’informatique et le numérique avant elle, a fait une entrée remarquée dans le monde de l’art. Modifications génétiques, biomécanique sont au programme, quand les artistes se muent en savants, nous vous présentons le « Bioart » !

Déclarons les hostilités avec Patricia Piccinini, artiste australienne, née à Freetown en 1965. Elle travaille sur les rapports entretenus entre la nature, les sciences et les biotechnologies. Elle produit des sculptures ultra réalistes. Réalistes oui, cependant la bougresse ne travaille pas à partir de modèles d’êtres vivants normaux puisqu’elle se plait à créer des créatures mutantes des plus étranges ! Une souris bien réelle avec une oreille implantée dans le dos, une photographie numérique où une fillette joue avec

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un ergot en silicone, qui ressemble traits pour traits aux « pods » de Davind Cronenberg (eXistenZ), P.P tend vers la SF, se joue de la bienséance et parvient à susciter un malaise tout en épatant la galerie tant ses créations semblent réelles, avec pour objectif de sensibiliser au risques encourus par nos modes de vie.

Poursuivons avec Ron Mueck, sculpteur australien exilé en Grande Bretagne qui tend à reproduire à la perfection les différentes évolutions de la vie de l’Homme, de sa naissance à sa mort. Si de prime abord il peut paraître artistiquement peu pertinent de reproduire l’être humain à l’identique (mis à part pour la prouesse technique), les créatures faites de silicone, de résine et de polyester par R.M ont des proportions hallucinantes ! Aucune d’entre elles n’est créée à l’échelle humaine et vous découvrirez un enfant mesurant près de cinq mètres de haut ou encore un couple d’environ 40 cm, car comme R.M le dit lui-même : « on voit des gens de taille humaine tous les jours ! ».


Voici un autre objet visuel non identifié : Choi Xooang. Cet artiste (Sud) Coréen, né en 1975, nous plonge dans un univers inquiétant où l’humain tel qu’on le connaît n’est plus. C.X distord, étire, agrandit (à l’instar de Ron Mueck) avec une cohérence et une justesse hors normes nos émotions : cela se traduit par des regards emplis de tristesse, une tension érotique palpable ou encore des sentiments confus entre deux créatures mutantes… Sa volonté est avant tout de reconstituer avec une minutie quasi obsessionnelle les sentiments humains au travers de sculptures présentant des anomalies et malformations en tous genres, afin d’illustrer la part d’ombre de notre société malade, excessive et jouant clairement avec le feu. Quid du nucléaire, du clonage et autres manipulations génétiques ?! C’est en messager de l’apocalypse que C.X met l’humanité à nu et nous rappelle notre fragilité, notre vulnérabilité.

Que d’évolutions dans l’hyp erréalisme… comment ne pas évoquer le travail de précurseurs en la matière, tel l’illustre Auguste Rodin (XIXème), qui alors âgé de 37 ans et de retour à Paris, réalise sa première œuvre : « l’Âge d’Airain », une statue grandeur nature en plâtre d’un jeune homme. Son réalisme était tel qu’elle déchaîna les passions et la polémique, puisque Rodin fut accusé d’avoir effectué un moulage sur modèle vivant.

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Duane Hanson (1925), précurseur des artistes hyperréalistes marqua son temps avec la « Femme Au Caddie ». Si au départ les artistes orientaient leur travail vers une représentation embellie de l’Homme, respectant les normes académiques et l’éthique (grâce au pouvoir de l’Eglise, qui souvent limitait la créativité), ils tendent aujourd’hui vers une reproduction réelle de leurs idées au plan plastique, vers une matérialisation parfaite de l’Homme, mais aussi de l’étrange et du malsain, jusque dans les plus infimes détails de notre anatomie, jusque dans la reproduction parfaite des corps, des

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émotions, aidés par l’évolution des techniques, permettant toujours plus de réalisme. Ceci se traduit par la volonté de ne plus proposer des œuvres « belles », esthétiquement réussies et respectant des normes bien établies, mais il s’agit maintenant de dénoncer, de choquer. Les artistes se muent en véritables savants, donnant vie à des créatures folles que jamais nous n’aurions pu entrevoir il y a à peine quelques décennies.

Les matières, les techniques utilisées et la portée des œuvres réalisées font que les artistes se détournent lentement mais sûrement des sentiers artistiques classiques. Si cette nouvelle approche est récente et qu’elle résulte d’un phénomène plus large intégrant la biologie à l’art, il existe des antécédents historiques. Edward Steinchen, par exemple, exposa en 1936 au Musée de l’art moderne de New-York une exposition de fleurs génétiquement modifiées, affirmant dès lors que la génétique est un outil artistique. Le « bioart » réside donc dans le détournement de l’utilisation initiale de la technologie et des sciences à des fins artistiques. Le collectif australien Tissue Culture & Art est l’un des plus illustres exemples de ce glissement, puisqu’ar-

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tistes et scientifiques travaillent main dans la main. Oron Catts et Ionat Zurr se servent de la culture de tissu afin de créer des sculptures « semi-vivantes ». Ils poussent le vice jusqu’à réaliser des mutations génétiques et steaks de grenouilles, ailes de porcs (que vous pouvez trouver à gauche, réalisées à partir de souches génétiques de porcs, en référence au proverbe anglais selon lequel « Si les porcs avaient des ailes, tout serait possible ») sont au menu. Ils matérialisent peu à peu des perspectives grandiloquentes quant au décryptage du génome humain et outrepassent allégrement les bornes du métier d’artiste. Joe Davis est considéré quant à lui comme un artiste ayant effectué des recherches approfondies en biologie moléculaire et en bioinformatique, dans l’optique de produire de nouvelles formes d’art. Mais il est avant tout chercheur au MIT et donc scientifique. Il fut par ailleurs l’un des premier à ouvrir les frontières entre l’art et la science, aimant à penser qu’une bibliothèque universelle pourrait être créée grâce au code génétique et réalisant des « molécules artistiques », en écrivant des textes poétiques ou philosophiques stockés dans le génome d’organismes inférieurs...


Marta de Menezes, artiste portugaise, expliquait que « son travail est d’explorer les possibilités biologiques modernes pour l’art ». Elle a ainsi modifié génétiquement un papillon afin de transformer les motifs de ses ailes.

Eduardo Kac, qui place la relation animal-homme-machine au centre de ses réalisations, devint l’icône du mouvement avec son projet de lapine transgénique, nommée « Alba » ou GFP Bunny. En effet, il attribua un gène de méduse au rongeur, qui devint alors vert fluorescent dans l’optique de provoquer un débat sur les animaux transgéniques. Faut-il tirer la sonnette d’alarme quand la foi en la science remplace la foi religieuse et que les ateliers artistiques deviennent laboratoires ? La notion artistique, bien que très difficilement qualifiable, serait-elle pervertie par ces jeux biologiques plus que déconcertants, quand les artistes touchent à la vie et à sa création ? L’enjeu de cet art est la recherche (de nouvelles approches) autant que la production d’œuvres symboliques et esthétiques. De nombreux auteurs et sociologues, avec en tête de proue Steven Wilson et son ouvrage de référence sur le croisement de l’art et des technologies « Information Arts », s’interrogent sur la légitimité de telles pratiques : « Les artistes en laboratoire peuvent-ils chercher dans leur coin, sans contrôle des découvertes ? Le « bioart » contribue-t-il à la recherche ? Le scientifique n’est-il que prestataire lorsque l’artiste ne veut se

servir que de son savoir-faire et non de sa créativité ? ». De nombreuses questions auxquelles on ne peut que difficilement répondre soulèvent la problématique d’une nouvelle renaissance artistique. En effet, De Vinci et certains artistes de son temps ont déclenché des angoisses similaires, bon nombre de leurs créations relevant autant des domaines artistiques que scientifiques. Ainsi, le problème à clairement pu être soulevé aux USA et, Steve Kurtz, professeur d’art à l’université de Buffalo, militant bio-artistique et membre du Critical Art Ensemble (CAE), s’est retrouvé devant les tribunaux en 2004 suite à une enquête menée après le décès de sa femme, pour insuffisance cardiaque. Il travaillait alors sur une exposition concernant l’agriculture génétiquement modifiée. C’est après la découverte de matériel « suspect » dans son laboratoire que la police de Buffalo confia l’enquête au FBI. Il fut en premier lieu suspecté de bio terrorisme (charges rapidement abandonnées) et a ensuite été poursuivi pour avoir illégalement reçu, cultivé et stocké des millions de bactéries inoffensives pour finalement être relaxé en 2008. Si les pratiques ces Dr Frankenstein de l’art dépassent sans aucun doute les limites éthiques (certains parvenant même à s’auto-transfuser du sang de cheval…), force est de constater qu’ils militent bien souvent en faveur de l’abandon de pratiques peu orthodoxes dans les domaines de l’agro-alimentaire et des sciences, à l’instar de Steve Kurtz, fervent militant contre les cultures OGM et ennemi de Monsanto… Quand on connait la puissance de tels lobbys, qui sont les bons et les mauvais ? |S.E & O.S

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Chroniques d’une note Vitalic

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Photographie : ©Vitalic

A fin de l’année passée a vu la sortie dans les bacs du troisième opus du dijonnais Pascal Arbez-Nicolas alias Vitalic. Malicieusement baptisé « Rave Age » que l’on peut traduire par « l’âge de la rave (party) », ou de manière plus évocatrice lorsque prononcé à la française... L’écoute révèle une musique taillée pour le live, dont le seul but est d’exciter les neurones, dilater les pupilles et faire se mouvoir les corps au son de la caisse claire hyper compressée à laquelle l’artiste nous a habitués depuis ses débuts. Si certains reprocheront le recours à la pop-music faisant étrangement son apparition ça et là, les bombes que sont « Stamina » (clip à voir absolument !) et « La mort sur le Dancefloor » auront tôt fait d’inonder leurs tympans d’un tsunami sonore qui stimulera leurs glandes corticosurrénales pour mieux les rendre physiquement dépendants à la musique du Bourguignon ! Pour les ignares qui n’y auraient jamais prêté l’oreille, ne vous privez surtout pas d’écouter le légendaire « Ok Cowboy », indispensable premier opus de cette machine à laver la cervelle qu’est Vitalic ! |C.M

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L E S C H R O N I Q U E S

Venetian Snares

d ‘ u n e N o t e

Photographie : ©V.S

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RUBLION de la scène électronique, Aaron Funk, de son nom véritable (sisi !) est un compositeur canadien. Reconnu avant tout en tant que principal représentant de la scène breakcore (ce registre ultra syncopé aux rythmiques improbables), il est un cas exemplaire de la science servant la musique. Découvrons maintenant ce véritable Picasso des fréquences auditives. Sa discographie colossale témoigne d’une créativité sans bornes : pas moins d’une cinquantaine de productions en une quinzaine d’année ! S’il surprend (choque !) son talent est indéniable et ce n’est pas la perle difficilement prononçable qu’est Rossz Csillag Alatt Született qui nous fera mentir. En effet, il prend un malin plaisir à mélanger des instruments classiques (violons, violoncelles, cuivres) qu’il fusionne avec maestria à des boucles breakcore, pour finalement composer à lui seul un véritable orchestre. Si ses productions sont inégales et difficiles d’accès, et que nous ne pouvons que vivement vous conseiller d’écouter attentivement la bête avant d’envisager de la voir sur scène (surtout s’il est dans un mauvais jour), ruez-vous sur Rossz Csillag Alatt Született qui vous permettra de découvrir un artiste hors normes, proposant (en ce) début (de) XXIème siècle la musique du futur… |S.E

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Chronique d’une bande

De : Solveig Anspach Avec : Florence Loiret-Caille, Didda Jonsdottir, Úlfur Ægisson, Eric Caruso … Tragicomédie / Couleur/ 1h27/ France (2011)/ 20 Mars

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’est le début de l’été. Agathe est de retour en France, chez elle à Montreuil. Elle doit se remettre à son travail de réalisatrice mais aussi faire le deuil de son mari brutalement décédé. Elle y parviendrait peut-être plus facilement si elle cessait de se trimballer avec l’urne funéraire et savait quoi faire des cendres ! À l’aéroport de Roissy, Agathe croise le chemin d’une mère et son fils, un duo islandais en transit. Ne sachant pas où passer la nuit, ces derniers décident de squatter son petit pavillon de banlieue. Ajoutez à cela l’arrivée inopinée d’une otarie, un séduisant voisin et un grutier plutôt relax, et voilà une joyeuse pagaille ! Pourtant, c’est ce qui va donner à Agathe la force de reconquérir sa vie… Une comédie française ? Pas tout à fait… Car c’est l’œuvre de Solveig Anspach, une réalisatrice islandaise expatriée. Très attachée à son pays d’origine, elle ne cesse cependant de clamer son affection pour la France au travers d’un cinéma intimiste. Dès 1998, elle a l’occasion de laisser libre court à sa sensibilité dans le très émouvant Haut les cœurs !, avec Karin Viard et Laurent Lucas. Le thème, la lutte d’une femme enceinte pour vaincre le cancer, est tout ce qu’il y a de plus tragique. Ce n’est qu’en 2008 que la réalisatrice s’essaye à la comédie avec Back Soon, une fable islandaise foutraque, qui suit sur quelques jours la vie d’une marchande de marijuana qui souhaite céder son fond de commerce. Une aisance remarquable dans le registre de la tragédie, et un talent certain pour mettre en scène des comédies un peu timbrées, il n’en fallait pas davantage à Solveig Anspach pour mixer le tout et nous livrer Queen of Montreuil. Elle y traite un thème grave, celui du deuil, qu’elle parvient à tourner en dérision avec subtilité. Dans cette tragi-comédie, la cinéaste retranscrit avec tendresse l’attachement qu’elle a pour son quartier. À travers

ses yeux, Montreuil est un endroit où il fait bon vivre. C’est un lieu représentatif d’une France métissée et populaire, une microsociété où se côtoient artistes, bobos et immigrés. L’islandaise pousse ici un cri d’amour au brassage des cultures. En résulte une galerie de personnages attachants et foutrement sympathiques. Et alors qu’au fil du scénario s’enchaînent les évènements insolites, les rencontres excentriques ou autres situations ubuesques, on réussit aisément à faire abstraction de l’artifice cinématographique tant la mise en scène semble spontanée. Les partis-pris de représentation d’un thème aussi sensible que celui du deuil demeurent cependant pleins de fraîcheur. La prestation solaire des acteurs y est certainement pour beaucoup. Florence Loiret-Caille apporte une épaisseur bouleversante à ce personnage de veuve éplorée : elle est tout simplement déconcertante de naturel. Et bien que nous soyons bluffés par l’intensité de son interprétation, on n’en oublie pas pour autant celle un peu foldingue de Didda Jonsdottir en baroudeuse excentrique. Son personnage, ainsi que de nombreux éléments du film déjà présent dans Back Soon, dressent un pont entre les deux films : Queen of Montreuil se présente ainsi comme une suite potentielle. La réalisatrice s’est d’ailleurs une nouvelle fois entourée de la même équipe de tournage… C’est dans cet état d’esprit familial qu’a été réalisé ce petit film à la tendresse inouïe. Ne pouvait alors s’en suivre qu’une véritable ode à la vie et à l’amitié, doublée d’un sincère coup de gueule envers l’individualisme qui régit nos métropoles contemporaines. Malgré ces louanges on regrettera cependant une conclusion un peu fleur bleue, même si on n’en tiendra pas rigueur à la réalisatrice, tant ce final est attendrissant… Un film sans prétention à usage thérapeutique. C’est drôle, c’est réconfortant, bref ça fait du bien ! |J.P

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Actu Ciné Effets (Sidesecondaires Effects) De : Steven Soderbergh Avec : Rooney Mara, Jude Law, Catherine Zeta-Jones, Channing Tatum… Thriller/ Couleur/ 1h46/ Etats-Unis (2013)/ 03 Avril ON Banks est un psychiatre film. Au crépuscule d’une carrière plus ambitieux. Un jour, Emilie, que prolifique, cet ultime long-métrage l’épouse d’un cadre supérieur vient s’inscrire dans la lignée des films de Wall Street qui vient de sortir de à suspens grand public du réalisateur. prison, le consulte pour dépression. Le Le metteur en scène de Traffic, Sexe, thérapeute n’hésite pas à lui prescrire Mensonges et Vidéo et Erin Brockovich un nouveau médicament expérimen- nous livre en guise de révérence cinétal. Mais lorsque la police retrouve le matographique un thriller d’inspiration mari de la jeune femme poignardé, et hitchcockienne sous haute tension, neuf les empreintes de celle-ci sur l’arme fois nominé à la Berlinale 2013. Soderdu crime, tout bascule, car Emilie n’a berg prend une nouvelle fois le parti de aucun souvenir de ce qui s’est passé. l’intrigue politique et engagée en s’attaLa réputation du docteur Banks est quant ici au lobby pharmaceutique et alors compromise… au mercantilisme de la psychothérapie. Espérons que ce départ à la retraite se Soderbergh l’a annoncé, Effets Se- solde par un accueil enthousiaste. | J.P condaires pourrait bien être son dernier

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a c t u c i n e

Inch’Allah

De : Anaïs Barbeau-Lavalette Avec : Evelyne Brochu, Sabrina Ouazani, Sivan Levy, Yousef Sweid Drame / Couleur/ 1h41/ Québec (2011)/ 03 Avril

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ANS un camp de réfugiés palestiniens en Cisjordanie, Chloé, jeune sage-femme québécoise, accompagne les femmes enceintes. Entre les check points et le mur de séparation, Chloé rencontre la guerre et ceux qui la portent de chaque côté : Rand, une patiente avec qui elle va rapidement se lier d’amitié et Ava, jeune militaire, voisine de palier en Israël. A leur contact, Chloé va progressivement remettre ses repères en question. Ce voyage va faire voler en éclats toutes ses certitudes. Deuxième film de la réalisatrice Anaïs Barbeau-Lavalette, Inch’Allah

nous fait entrer de plein fouet dans le conflit israélo-palestinien. Filmé en caméra épaule dans un décor recréé pour l’occasion, cette fiction aux airs de documentaire aborde pourtant avec sensibilité et intimisme une guerre sourde et sournoise. Centré sur le personnage principal de Chloé, ce drame aborde l’impact émotionnel que peut avoir une guerre sur un étranger non impliqué dans un tel conflit. Un film québécois qui défend la condition de la femme et dépeint la brutalité d’un conflit communautaire : cela n’est pas sans rappeler le chef-d’œuvre bouleversant de Denis Villeneuve, Incendies, signé par les mêmes producteurs. | J.P

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Berberian Sound Studio De : Peter Strickland Avec : Toby Jones, Cosimo Fusco, Eugenia Caruso, Antonio Mancino… Horreur/ Couleur/ 1h32/ Angleterre (2012)/ 03 Avril

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976 : Berberian Sound Studio est l’un des studios de postproduction les moins chers et les plus miteux d’Italie. Seuls les films d’horreur les plus sordides y font appel. Gilderoy, un ingénieur du son naïf et introverti tout droit débarqué d’Angleterre, est chargé d’orchestrer le mixage du dernier film de Santini, le maestro de l’horreur. Mais miné par le mal du pays, le timide bruiteur peine de plus en plus à dissimuler un côté plus sombre et inquiétant de sa personnalité. Pour camper le rôle de Gilderoy, il fallait d’abord une « gueule ». Et

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c’est ce qu’a trouvé le réalisateur Peter Strickland en la personne de l’excellent Toby Jones. Véritable hommage aux Giallos des années 70, portés par des réalisateurs comme Mario Bava, Darrio Argento ou Lucio Fulci, Berberian Sound Studio a remporté le Prix de la critique ainsi que le Prix spécial au dernier Festival de Gérardmer. Le métier de l’ombre qu’est celui de la postproduction y est habillement mis en lumière. En effet, le travail du cinéaste a su habiller un visuel captivant de sons et musiques expérimentales surprenantes. Un film d’horreur en demi-teinte qui pique la curiosité et les tympans. | J.P


a c t u c i n E

Pieta

De : Kim Ki-duk Avec : Lee Jung-Jin, Min-soo Jo, Ki-Hong Woo… Drame / Couleur/ 1h44/ Corée du sud (2012)/ 10 Avril

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BANDONNE à sa naissance, Kang-do est un homme seul qui n’a ni famille, ni ami. Recouvreur de dettes sans pitié ni compassion, il menace ou mutile les personnes endettées dans un quartier destiné à être rasé. Un jour, cet usurier insensible reçoit la visite d’une femme singulière qu’il ne connaît pas et qui prétend être sa mère. Pour la première fois de sa vie, le doute s’installe en lui. S’instaure alors, entre les deux êtres, une relation étrange mâtinée de dépendance et d’affliction. Nouveau film du prodigieux Kim Ki-Duk, Pieta a remporté le Lion d’or du

meilleur long-métrage à la 69ème Mostra de Venise. Le film met en exergue le lien inaltérable qui unit un fils à sa mère même lorsqu’il est consumé par la souffrance et la violence. La référence biblique nous saute au visage à travers le titre et l’affiche du film. Le réalisateur sud-coréen a choisi une représentation artistique de la vierge portant la dépouille de Jésus-Christ sur ses genoux, similaire à « La Pietà », sculpture de Michel-Ange. Le ton est donné : il sera sombre et pessimiste. C’est avec violence et sobriété que le cinéaste pose à nouveau son regard sur une société mercantile en quête de rédemption. | J.P

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La Belle Endormie (La Bella Addormentata) De : Marco Bellocchio Avec : Toni Servillo, Isabelle Huppert, Alba Rohrwacher, Maya Sansa, Michele Riondino… Drame / Couleur/ 1h50/ Italie - France (2012)/ 10 Avril 008, l’Italie se déchire autour en 2008, La belle endormie est un film du sort d’Eluana Englaro, choral sur la problématique de l’euthaune jeune femme plongée nasie, ou plutôt tout ce qui en découle dans le coma depuis 17 ans. La jus- : l’acharnement thérapeutique, l’aide tice italienne vient d’autoriser son au suicide, l’attente des familles, et père à interrompre l’alimentation les conséquences sur l’entourage. Des artificielle maintenant sa fille en instances politiques aux puissantes vie. Dans ce tourbillon politique, les sphères du Vatican, le sujet est plus âmes s’enflamment et les idéologies que délicat chez nos amis transalpins. s’affrontent. On suit Maria, une mili- La force de Bellocchio c’est la profontante du Mouvement pour la Vie, son deur qu’il confère à ses personnages. père sénateur, une célèbre actrice qui On attend donc qu’il retranscrive avec espère le réveil de sa fille et Rossa qui intensité les réactions et tourments de souhaite mettre fin à ses jours… ses protagonistes. Espérons seulement que ce soit avec plus de subtilité que Inspiré de la véritable polémique pour son pompeux voir soporifique qu’a créé l’histoire d’Eluana Englaro Vincere. | J.P

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a c t u c i n E

What Richard Did De : Lenny Abrahamson Avec : Jack Reynor, Lars Mikkelsen, Roisin Murphy, Sam Keeley… Drame/ Couleur/ 1h27/ Irlande (2012)/ 17 Avril

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OUT sourit à Richard Karlsen, capitaine de l’équipe de rugby et jeune homme de la middle class irlandaise. Il profite des derniers jours de l’été avant son entrée à l’université. Son avenir semble radieux et le champ des possibles lui est grand ouvert. Un jour, dans un accès de fureur et de jalousie, il commet un acte irréversible qui va bouleverser à jamais sa vie et celle de ses proches. Il tombe alors dans l’infernale spirale de la culpabilité. A vous de découvrir « what Richard did ». Le troisième film du réalisateur Lenny Abrahamson a tout raflé dans

son pays lors des derniers Irish Film and Television Awards. What Richard did traite de l’adolescence et de la prise de responsabilités qui accompagne le passage à l’âge adulte. Le réalisateur a cependant choisi de prendre le contrepied du film initiatique sur la jeunesse en perdition. Il opte ainsi pour un personnage principal populaire et aisé, qui évolue dans une certaine élite de la population irlandaise, au lieu de lui préférer l’outsider mal dans sa peau. Voilà que se dessine en filigrane une critique sociale exempte de recours excessif au pathos. On s’attend à un film intelligent et nuancé. À voir… | J.P

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Promised Land De : Gus Van Sant Avec : Matt Damon, Frances McDormand, John Krasinski, Rosemarie DeWitt… Drame engagé/ Couleur/ 1h46/ Etats-Unis (2012)/ 17 Avril

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TEVE Butler, représentant d’un grand groupe énergétique, se rend avec Sue Thomason dans une petite ville de campagne. Les deux collègues sont convaincus qu’à cause de la crise économique qui sévit, les habitants ne pourront pas refuser leur lucrative proposition de forer leurs terres pour exploiter les ressources énergétiques qu’elles renferment. Ce qui s’annonçait comme un jeu d’enfant va pourtant se compliquer lorsqu’ils vont devoir faire face aux opposants et activistes écologiques. Le destin d’une commune agricole

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face au projet d’exploitation du gaz de schiste par fracturation hydraulique... On connaissait déjà Gus Van Sant dans ce registre du film engagé, pourtant, à l’origine du projet, on retrouve son ami de toujours Matt Damon. En effet l’acteur, qui souhaitait lui-même réaliser le film, a de nouveau fait appel au cinéaste, 15 ans après leur oscarisé Will Hunting. A défaut de pouvoir lui-même tourner Promised Land, Matt Damon en a écrit le scénario avec John Krasinski, également acteur dans le film. Le sujet, qui est d’actualité, a dû sembler un peu trop critique, trop politique car il n’a pas trouvé écho au box-office américain. Quand sera-t-il chez nous ? | J.P


a c t u c i n E

L’écume des jours De : Michel Gondry Avec : Romain Duris, Audrey Tautou, Gad Elmaleh, Omar Sy…

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’histoire surréelle et poétique d’un jeune homme idéaliste et inventif, Colin, et de sa rencontre avec Chloé. Leur mariage idyllique tourne à l’amertume quand Chloé tombe malade d’un nénuphar qui grandit dans son poumon. Pour payer ses soins, dans un Paris fantasmagorique, Colin doit travailler dans des conditions de plus en plus absurdes, pendant qu’autour d’eux leur appartement se dégrade et que leur groupe d’amis (Chick, Alise, Nicolas…) se délite. Quand l’amour affronte la mort dans un monde magique et organique...

Voici la transposition à l’écran du chef d’œuvre de Boris Vian. Lorsque le visuel appelle l’onirisme alors que le récit convoque le drame, on envisage souvent Burton ou Gilliam derrière la caméra. Mais qui de mieux que Michel Gondry pouvait s’attaquer à cet univers chimérique ? Alors qu’il sortait il y a peu le plus prosaïque The We and the I, il retourne ici à ses premières amours : le bricolage de l’imaginaire. Baignée dans une atmosphère moite et irréelle au son du jazz de la Nouvelle-Orléans, on attend beaucoup de cette adaptation et du couple Duris-Tautou, également à l’affiche du prochain Klapisch, Cassetête chinois. | J.P

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Merveilles du Monde


Chambres des reflets

Photographies : Š Thilo Frank


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ES sciences à travers l’art… Un vaste sujet aisément illustrable au sein de cette rubrique nous direz-vous ? Facilement oui, mais votre rédaction ne voit pas en quoi réside l’intérêt de faire simple quand on peut faire compliqué. C’est pourquoi nous nous permettons de réorienter (ce mois-ci seulement) notre formule et en lieu et place de l’unique construction habituelle, nous vous proposons trois réalisations éblouissantes, réalisées par trois cerveaux (dégénérés). Quelles sont donc ces énigmatiques « chambres des reflets », installations lunaires composées d’éclairages à lampes bulbes futuristes, de miroirs et de panneaux LED, où le spectateur se fait acteur ?! Yayoi Kusama, née en 1929 dans la petite ville japonaise de Mastumoto (qui n’est rien moins que l’une des instigatrices du Psychédélisme et du Pop Art), créa l’ « Infinity Mirror Room Filled With The Brilliance Of Life » (rien que cela) qui fut exposée entre autres

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au Centre Georges Pompidou ou au Musée National Reina Sofia de Madrid. Cette œuvre est un passage dans la dimension psychotique de l’artiste (qui réside par choix dans un asile psychiatrique depuis 1973) puisqu’elle matérialise ses névroses infantiles. Elle conduit inexorablement vers une oblitération de soi, donnant la sensation de n’être qu’une infime poussière dans un environnement infini, ramenant ainsi l’humain à son état de fait, dès lors qu’il pénétrera en son sein. S’il n’est pas trop occupé à être subjugué par la beauté de l’environnement, le visiteur sera conduit à une introspection totale des plus déstabilisantes… Franck Thilo, artiste allemand né en 1978 à Waiblingen, a réalisé « The Phoenix Is Closer Than It Appears » qui fut exposé en 2010 au Musée de l’Art Moderne d’Aalborg, au Danemark. Cette « boîte » de 4*4*8 mètres, dont la paroi extérieure est composée de miroirs, reprend sensiblement le même concept que celui de Yayoi Kusama, puisqu’elle est intégralement composée de miroirs, d’aluminium


M e r v e i l l e s d u m o n d e

et d’éclairages, à la seule différence près qu’il a intégré une balançoire à sa construction. Le « spectateur » est encore une fois au centre de la focale, laquelle créant sensation de trouble puisque les miroirs sont disposés de façon à donner l’impression d’être situé au milieu de l’œuvre, quelle que soit sa position. L’objectif de l’artiste est de créer une confusion sensorielle transformant le corps, l’individu et la matière en entité céleste perdue dans l’infini. Lucas Samaras, plasticien américain d’origine grecque né en 1936, propose quant à lui une vision de l’art totalement centrée sur… lui. La plus ancienne de ses constructions, datant de 1966, sa « Mirrored Room » (dont les créateurs de Matrix se sont visiblement inspirés…) est une infinie répétition de soi (de lui), ce photographe un tantinet narcissique pensant qu’il faut se connaître soi avant de connaître les autres. Il parvient par ce procédé à décomposer l’intégrité des facettes de son visage. La dimension philosophique est omniprésente puisqu’il

réinterprète « Les mots » de Sartre, qui se questionnait sur comment représenter les mots au travers d’une œuvre visuelle. Lucas Samaras, lui, parvient à traduire la notion abstraite de la connaissance de soi en chair et en os, par un processus de réflexion de l’image. Cette nouvelle approche peut être associée à une évolution de l’art statique et contemplatif. Quand un tableau suggère et reste figé, cette œuvre met en situation la personne qui n’est plus spectatrice, mais actrice et en perpétuel mouvement. Ces troislà sont parvenus à dépasser le stade de la représentation, puisque nous évoluons à l’intérieur même de leur monde. Nous pouvons finalement avoir une visualisation 3D des aspirations et émotions de l’artiste, tout en gardant notre propre ressenti quant à l’œuvre. Ces machines introspectives suggèrent des voyages différents, aux confins de mondes parallèles aux nombreuses similitudes, où les sciences servent l’art et où la (science-) fiction devient réalité… | O.N & S.E

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A la mode de chez nous

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Onde de choc dématérialisée

Photographies : © Franck Sorbier & Intel™

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ETTE collection avant-gardiste issue d’un partenariat (contre nature ?) entre la marque informatique Intel™ et le créateur Franck Sorbier nous propose un voyage aux confins de « l’Artscience », à grand renfort de mapping 3D et de haute couture. Cette dématérialisation du textile, où le vêtement est relayé au second plan, à l’état support, fascine autant qu’elle émeut. C’est une véritable onde de choc que crée cette collection abstraite et futuriste ! Dire qu’elle sort des sentiers battus et propose une nouvelle vision de la mode serait un euphémisme. Terminé le défilé sur estrade : les mannequins sont immobiles, mais ces entités célestes sont mises en mouvement par leurs habits ainsi que l’éclairage environnant. Cette projection vers l’avenir que Franck Sorbier a relevé comme un nouveau défi nous donnerait-elle un avant-goût de ce que sera la haute couture de demain ? Si nous ne détenons pas la réponse, il y a là de quoi alimenter un long débat et quoi qu’il en soit, nous tirons notre chapeau à Sir Sorbier pour ce pari osé ! |S.E

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l ' e a u a l a b o u c h e

L’eau à la bouche... Nid de Saveurs Flambées Bien que la météo ne le prouve pas encore, nous n’avons jamais été aussi proches du retour du beau temps, n’en déplaise aux grincheux marqués au fer rouge par la grisaille. Ainsi, nous vous proposons pour deux personnes, un plat simple, très facilement réalisable et aux couleurs de l’été ! Ouvrez donc la porte à notre « nid des saveurs » et laissez ce soleil culinaire égayer votre assiette ainsi que vos papilles !

Ingrédients 400 g de spaghettis (plats si vous le souhaitez) / 250 g de mascarpone / 50 grammes de parmesan rappé / 300 g de crevettes (calibre 47 et roses) / 3 tranches de saumon fumé / 4 tomates cerises / 1 gousse d’ail / Salade Roquette / 1 citron (jaune !) / 5 Cl de Cognac / Sel / Poivre / Basilic


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Préparation

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Commencez par décortiquer vos crevettes. Hachez l’ail (finement !) et rappez un demi citron afin d’en extraire le zeste, que vous mélangerez à l’ail dans un ramequin. Pressez-le afin de garder quelques centilitres de jus et coupez l’autre moitié en rondelles fines. En parallèle, faites bouillir un grand volume d’eau salée, avec un filet d’huile d’olive destiné à vos pâtes. Faites chauffer votre poêle à feu vif et profitez-en pour dresser votre assiette comme il vous plaira, avec une poignée de roquette et des tomates cerises coupées dans la longueur. Pensez néanmoins à conserver suffisamment de place afin de pouvoir disposer votre « nid ». Coupez votre saumon en lamelles suffisamment épaisses. Une fois l’eau bouillante, lancez la cuisson vos spaghettis (devant être al dente, 7 à 8 minutes devraient suffire) et passez maintenant à la préparation des crevettes. Conservez une pincée de zeste de citron et d’ail que vous réservez et mélangez le reste aux crevettes. Versez un filet d’huile d’olive dans la poêle brûlante, faites saisir votre mélange et ajoutez le jus de citron au bout d’une minute. Laissez légèrement réduire et environ 3 minutes après le début de l’opération, ajoutez le cognac afin de faire flamber vos crevettes (en évitant d’y laisser la vie ou celle de votre famille bien entendu). Enfin laissez dorer encore une minute pour obtenir de belles crevettes tendres à l’intérieur et croustillantes à l’extérieur. Réservez le tout. Un peu plus de 5 minutes s’étant écoulées, mettez le mascarpone dans une casserole afin qu’il fonde, à feu tout doux, durant le temps de cuisson restant aux pâtes. Une fois les pâtes cuites égouttez-les (pas trop !) et mélangez vos crevettes, votre saumon ainsi que le mascarpone dans le récipient (encore chaud) ayant servi à cuire les pâtes. Vous êtes prêts pour monter votre assiette. Utiliser un bol pour donner à chaque portion de spaghettis la forme d’un nid, saupoudrez de parmesan (ne lésinez pas, le mascarpone n’est en rien fort en goût) et du restant d’ail et de zeste de citron, ajoutez une rondelle de citron à la cime de votre édifice, une feuille de basilic et vous avez terminé ! Nous vous conseillons vivement un lambrusco (rouge ou blanc, à votre convenance) ou un vin blanc sec (impérativement !) afin d’accompagner votre met. Pour les accros au basilic, vous pouvez bien entendu l’émincer et l’ajouter à votre nid. Mais n’oubliez pas qu’il reste fort en goût et que malgré son apparente simplicité, ce plat révèle bien des saveurs que vous ne voudriez point gâcher ! | Photographies : S.E

Dégustez !

| Recette : O.N & S.E

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Histoire Archimède de Syracuse S

ON nom est automatiquement associé dans la mémoire collective à l’image d’un vieux sage barbotant dans son bain et s’écriant soudain : « Eurêka » ! Or il serait blasphématoire que de s’arrêter à ce mythe sans parler de l’immense génie de cet homme à qui l’on doit tant sur le plan mathématique que technique. De sa vie ne nous sont parvenus que peu d’éléments : Il serait né vers 287 avant J.C. À Syracuse, ville Grecque du sudouest de la Sicile. Présumé fils de l’astronome Phidias qui aurait commencé sa formation scientifique, des échanges de lettres avec des professeurs de la célèbre école d’Alexandrie tendent à faire penser aux historiens qu’il y aurait étudié. On ne sait pas s’il avait une femme et des enfants, en revanche l’histoire de sa mort est bien connue : En - 212 et après plusieurs années de siège la ville de Syracuse tomba finalement aux mains des tout-puissants Romains. Ceux-ci, conscients du génie d’Archimède, désiraient le capturer vif. Un soldat l’aurait alors sommé de se rendre immédiatement, à quoi l’érudit lui répondit sans un regard de ne pas le déranger dans son travail. Vexé, Le troufion se contenta de lui plonger son épée dans le corps. Ainsi disparut l’un des plus grands génies de l’Histoire... Ses études portaient sur des sujets aussi divers que les mathématiques, la physique, la géométrie ou encore l’ingénierie de guerre. Parmi ses découvertes, on lui doit l’explication du principe du levier, mais aussi de grands apports en géométrie qu’il démontre et clarifie dans « La méthode », écrits traitants de la méthode d’exhaustion entre autres. Archimède calcula implicitement le premier le nombre π ! Il était fasciné par la notion d’infini dont il traite dans un autre de ses ouvrages : « L’arénaire », dans lequel il estime un ensemble du nombre de grains de sable nécessaire pour remplir l’univers (tel qu’on se l’imaginait à l’époque !) et l’on ne présente plus le principe de la « poussée d’Archimède » qui fit faire un bond de géant au domaine de l’hydrostatique.

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g e e k

Ingénieur pour le compte du Roi de Syracuse Hiéron II, il participe à la défense de la ville contre les attaques de l’Empire Romain en inventant des armes de guerre aussi complexes qu’efficaces tels les catapultes et meurtrières ou encore les bras mécaniques installés sur les fortifications de la ville qui, munis d’énormes crochets, soulevaient dans les airs et les renversaient les bateaux ennemis qui tentaient d’accoster. Il fut aussi l’inventeur de la roue dentée, du palan (démultiplication de la force de traction par un système de poulies) et de la vis d’Archimède permettant la circulation de l’eau et de dizaines d’autres encore... Anecdote cocasse, Hiéron II avait confié une certaine quantité d’or à un orfèvre pour que celui-ci lui confectionne une couronne. Soucieux de savoir si l’artisan l’avait dupé en substituant de l’argent (métal moins coûteux) à une partie de l’or, il posa à Archimède (alors âgé de 22 ans seulement) le problème de savoir si la couronne était effectivement en or massif ou bien faussée. Alors qu’il se lavait dans un bain public, Archimède vit une ampoule s’allumer dans sa tête et cria son célèbre « Eurêka » (« j’ai trouvé ») puis partit en courant nu comme un vers à travers les rues de la ville. (Il venait de comprendre le principe qui depuis porte son nom : la poussée d’Archimède). Malheureusement la légende ne dit pas si l’orfèvre avait osé défier son Roi et le génie du jeune savant ! Mais c’est la découverte d’un document unique en 1906, le Palimpseste d’Archimède, qui, s’il avait été connu des mathématiciens du moyenâge aurait changé le cours de l’Histoire. Ce document, perdu pendant des siècles, est une copie de la méthode elle-même rédigée par Archimède dans lequel il explique ses calculs complexes et que les savants découvrirent par eux même des centaines d’années plus tard et qui sont à l’origine d’avancées technologiques majeures. On se rend donc compte que s’il avait été diffusé auprès des communautés scientifiques contemporaines de son auteur, nous aurions gagné quatre ou cinq-cents ans d’évolutions technologiques et le monde que l’on peut voir dans les films de science-fiction futuristes serait peut-être aujourd’hui bien réel ! Reste une question philosophique : Ce monde aurait-il trouvé les solutions auxquelles nous sommes actuellement confrontés ou se serait-il déjà éteint, consumé par la soif inextinguible de possessions matérielles propre à l’être humain ? Une chose est certaine : Archimède de Syracuse fut incontestablement l’un des plus grands penseurs que la Terre ait jamais portée. |C.M

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Chroniques d’u ne lettre

Big Brother vous aime ! 1984 Georges Orwell « La guerre c’est la paix. La liberté c’est l’esclavage. L’ignorance c’est la force ». Après avoir traité du « Meilleur des Mondes » dans la précédente édition, nous abordons de nouveau le roman d’anticipation avec « 1984 », de George Orwell. Tel qu’imaginé par certains penseurs de la fin du XIXème siècle, le futur devait être une période prospère : les avancées technologiques permettraient une réduction du temps de travail, les machines accompliraient les tâches ingrates et finalement, les inégalités disparaîtraient. C’est en visionnaire que G.O. dépeint un monde vu par Winston, membre du Parti, vivant dans un Londres décrépit appartenant à l’une des trois puissances mondiales continuellement en guerre (et dont aucune ne sortira vainqueur) que sont l’Océania, l’Eurasia et l’Estasia. Il vit sous la coupe du Parti, un régime totalitaire très

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inspiré du système soviétique (Stalinien pour être exact) et du nazisme (rien que cela), comprenant un parti unique et un chef tutélaire. Si désinformation, torture et falsification de documents sont monnaie courante, l’amour, l’art, l’écriture, la lecture et plus généralement toute réflexion ou effort intellectuel sont également prohibés et réprimés. Si elle peut parfois (légèrement) tendre vers la SF, cette acerbe critique de la folie humaine, mais également des modes de gouvernances, des modèles économiques ainsi que des partis politiques quels qu’ils soient, s’avère être d’une précision, d’une exactitude et d’une froideur dérangeante, nous faisant finalement pénétrer au cœur des instants les plus sombres de l’histoire de l’humanité… Un grand classique à ne surtout pas manquer de (re)découvrir, culte au point que certaines expressions soient devenues noms courants… |S.E


L e s C h r o n i q u e s

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Quand l’art rencontre la science Jean Claude Ameisen Yvan Brohard

ET ouvrage réalisé par Jean Claude Ameisen, médecin et chercheur français en biologie, et Yvan Brohard, historien et commissaire d’exposition, nous propose un voyage onirique, fondé sur des correspondances entre images scientifiques et artistiques, l’art recherchant la beauté et la science, la vérité.

d ‘ u n e l e t t r e

essentiel à l’audition ? Les équipes scientifiques de l’INSERM décryptent et analysent les images, instaurant un dialogue improbable entre sciences et art, qui très rapidement saura résonner au plus profond de votre âme. |S.E

Aux images des scientifiques de l’INSERM, ô combien grandioses, répondent des œuvres réalisées par les plus grands : Van Gogh, Klimt, de Vinci, Matisse, pour ne citer qu’eux. Ce partenariat de deux grandes têtes pensantes invite au rêve et fascine, tant les coïncidences visuelles étonnent : pourquoi Pieter Bruegel (XVIème siècle) opteraitil pour une présentation de la tour de Babel (symbole de la perte du langage commun par les hommes) en forme de spirale, exacte apparence de la cochlée, organe crucial à la communication car

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Sensations


Patinage Crashistique

Photographies : ŠCreative C.


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Ciné ///


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RENEZ comme ingrédients une rixe de bar, une piste de descente à la sauce boarder-cross et un bâton de dynamite. Versez le tout dans un shaker et secouez, secouez, SECOUEZ !! La magie de l’alchimie vous offre alors un cocktail détonnant : Le « ice cross downhill » (« patinage de descente extrême ») ! Discipline fille du hockey, c’est la célèbre marque de boisson énergisante qui fait sa « comm » dans le petit monde des sports extrêmes qui organise en 2001 la première compétition du genre, la faisant du même coup connaître au grand public. Le principe : quatre gaillards (des hockeyeurs pros jusqu’à récemment), se lancent côte à côte sur une piste étroite, rapide et parsemée de nombreux virages serrés et autres sauts un peu comme dans le boarder-cross. Le but ? Être le premier à franchir la ligne d’arrivée... Si les coups et les chutes provoquées intentionnellement sont prohibés, la promiscuité et la vitesse font le travail et l’on voit régulièrement des concurrents se « crasher » sur la glace ou contre les rambardes de sécurité (d’où le nom de la compétition : « Crashed ice ») et ce pour le plus grand bonheur de la foule autour de la piste! Le fait que cet événement ait lieu en milieu urbain accentue encore sa dimension spectaculaire.

Trois pistes permanentes seulement existent à l’heure actuelle en Hollande, Finlande et dernièrement en Suisse. Pourtant, c’est un Suédois du nom de Jasper Felder qui a remporté les six premières éditions et une septième en 2009 ! Le Canada n’est pas en reste avec Kyle Croxall qui finit régulièrement sur la première marche du podium, suivi de près par son frère cadet Scott, âgés respectivement de 23 et 21 ans et tous deux hockeyeurs professionnels.

s e n s a t i o n S

Souhaitant faire évoluer le sport et surtout agrandir son audience (et donc logiquement ses revenus !), la marque au taureau va encore plus loin cette année en ouvrant la compétition à quiconque serait assez fêlé pour oser la course aux côtés des brutes susnommées. Oui, vous m’avez bien lu ! À condition d’être majeur(e) et d’avoir l’équipement requis (protections, casque et patins), vous aussi pouvez prétendre au titre et dévaler les pistes glacées au milieu d’une horde de guerriers en marche pour la gloire ! (Inscriptions sur le site internet de la boisson énergisante) Pour ceux d’entre vous qui ont encore toute leur tête, les compétitions sont retransmises sur les chaînes satellites dédiées aux sports extrêmes et sur internet. |C. M

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s e n s a t i o n s

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Geek L

A bicyclette...

A pratique du vélo en environnement urbain connait un véritable « boom » dans nos villes grâce au développement du « vélib » et des pistes cyclables. Si la sécurité routière est aujourd’hui la priorité des forces de l’ordre et que nous assistons à une répression grandissante et un espionnage constant de l’automobiliste, dans le but de diminuer les comportements accidentogènes, peu de solutions favorables à une diminution des risques encourus par les engins non motorisés sont avancées par notre gouvernement. C’est ici que le secteur privé entre en jeu et nous pouvons découvrir deux ingénieuses inventions destinées aux accros du vélo ! Nous vous présentons la « Bike Zone », dispositif conçu par trois designers industriels que sont FrankGuo, WangHung et Stuart Morrow, afin de réduire les risques d’accidents rencontrés par le cycliste. Le principe du dispositif accroché à la bicyclette est simple : créer une zone de sécurité autour du vélo alertant les autres conducteurs des changements de direction choisis. Il émet un ainsi un laser de part et d’autre du cycliste et projette une signalisation directionnelle animée. Ainsi, quand le coureur décide de changer de voie, des symboles de flèches seront diffusés selon la direction choisie. Un institut coréen (Lee Myung Su Design Lab) s’attaque lui aussi à la sécurité routière en proposant un concept certes moins tape à l’œil, mais tout aussi efficace concernant la sécurité à vélo sur axes urbains (et pas uniquement d’ailleurs) : le SEIL Bag (SEIL pour Safe Enjoy Interact Light). Il s’agit d’un sac à dos intégrant des LEDs permettant un affichage de la direction choisie par le cycliste de manière à émettre un feu de clignotant ou un stop en cas d’arrêt. Le contrôle s’effectue depuis une commande sans fil placée sur le guidon. Ces nouvelles découvertes prouvent une nouvelle fois que le progrès technique est essentiel en matière de sécurité routière et que nos têtes pensantes devraient sans doute très rapidement se consacrer à ce secteur… |S.E

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Bioshock Infinite A

U revoir Rapture, cité sous-marine, ses couloirs humides, oppressants et glauques, bonjour Columbia, cité volante, ses grands espaces et ses décors enchanteurs ! Le dernier né d’Irrational Games est enfin là, nous posons nos mains fébriles sur la bête et le moins que l’on puisse dire est que l’attente ne fut pas vaine et que le dépaysement est de la partie ! Côtes de l’état du Maine, 1912. Vous êtes à bord d’une barque luttant sous une pluie battante, avec à son bord un couple vêtu de cirés jaunes. Un grand phare se dessine au loin et… il s’agit là de votre destination. Vous êtes DeWitt, détective, vieux de la vieille, un homme de main ayant jadis réprimé violemment des meneurs de grèves pour de riches employeurs, bref vous êtes une ordure prête à tout pour parvenir à ses fins. Une fois rendu au phare, vous y découvrez une scène de crime ainsi qu’une salle située en haut de l’édifice, avec un fauteuil des plus étranges en son centre, qui vous propulsera (au sens propre) sur Columbia. Après un rapide baptême lors d’une étrange cérémonie, vous parvenez dans une ville semblant parfaite en tous points, un peu trop d’ailleurs. Quel est cet étrange guide, pourquoi la population adopte-t-elle un comportement si pieux et qui en a après la personne que vous recherchez ? Quel pied ! Bioshock Infinite est une véritable perle. Visuellement renversant malgré un moteur graphique s’essoufflant, s’il reprend bien entendu les éléments ayant fait la renommée de la série, de nombreuses innovations ont été distillées. Son scénario et sa narration hallucinants vous scotcheront durant la quinzaine d’heures de jeu et la formule fonctionne encore et toujours, voire mieux qu’avant. Bioshock Infinite est un rêve tordu, malsain et envoutant. Quand on en vient à s’inquiéter pour le personnage vous accompagnant tout au long de l’aventure, cette donzelle à l’évolution subjuguante, on ne peut que s’incliner, reconnaître que « la sauce a pris » et en redemander. Bravo ! |S.E

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Réalité Augmentée

RESENTE un peu partout, jusque dans vos paquets de céréales préférées, son patronyme pour le moins présomptueux désigne un système informatisé permettant de superposer des éléments virtuels dans notre environnement naturel et en temps réel s’il vous plait. Selon le chercheur de l’université de Caroline du Nord, Ronald Azuma, la réalité augmentée doit respecter trois règles fondamentales : combiner le réel et le virtuel, de manière interactive et en respectant une homogénéité perspectiviste. Si cette notion exclue les simples collages 2D, elle n’impose aucune contrainte quant aux éléments virtuels incorporés, qui peuvent être affichés de différentes manières (image de synthèse, mode filaire, etc.), tant qu’ils respectent les contraintes précédentes. Curieux de savoir de quoi il retourne réellement et quelles sont et seront ses applications, nous avons décidé d’approfondir la chose ! Ce principe de mélange entre image filmée et image numérique n’est pas tout récent puisqu’il fut appliqué dans le domaine cinématographique dès 1982, pour le film Tron de Steven Lisberger (nous le répétons pour les lecteurs qui auraient commis l’affront de ne pas lire nos chroniques « Rétro DVD »). Cette application est aujourd’hui monnaie courante dans toutes les superproductions et nous pouvons la résumer simplement en un ajout d’éléments (ustensiles, créatures, etc) n’existant pas dans la réalité mais que l’image de synthèse permet de représenter et d’intégrer à des décors qui eux en font partie (enfin plus trop maintenant…). Le jeu vidéo est également happé par ce phénomène, puisque la possibilité d’insérer des objets virtuels dans un environnement réel est maintenant exploitée sur de nombreux supports. Stricker, Zlinker et Reiners furent parmi les premiers à appliquer ce concept en développant un jeu de morpion comprenant une moitié de plateau réelle et des pions virtuels visualisés en relief. Qu’il est amusant de comparer les prémices de cette technique aux jeux vidéo actuels avec par exemple « The Eye Of Judgment » (PS3) paru en 2007… Il semblerait d’ailleurs que la prochaine génération de console soit davantage orientée vers cette technique, mais ne nous avançons pas trop. Cinéma, jeux vidéo, qu’en est-il du marketing ? Le virus est bien contagieux ! Grâce aux nouvelles techniques de composition 3D il est maintenant possible de proposer en ligne des catalogues et produits pouvant être contemplés sous dif-

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férents angles et donc en apprécier d’autant plus le caractère. Néanmoins cette propriété ne permet pas à l’hypothétique acheteur d’essayer le produit. C’est en ce sens que la composition numérique permet une avancée colossale : Marie-Odile Berger (dire qui c’est) a travaillé sur une application d’e-commerce, permettant au visiteur de consulter un catalogue de meubles et d’appliquer différentes textures et couleurs puis de les insérer dans une photographie de son propre intérieur, tout en respectant les trois normes essentielles exposées en début d’article. Ainsi, il devient alors possible de déplacer les meubles dans la photographie (qui tient compte des éventuelles collisions entre objets virtuels et réels) et d’évaluer l’harmonie générale de la pièce. Poursuivons maintenant sur l’art numérique. Nous avons pu constater grâce au partenariat du styliste Franck Sorbier que mode et réalité sont compatibles, qu’en est-il des autres domaines ? Carlos Barcena, metteur en scène de « Alcina », de Haendel, à l’opéra de Nancy, fut l’un des précurseurs en la matière. La scénographie des opéras faisant habituellement appel à d’importants changements de décor, celui-ci décida d’immerger les chanteurs dans d’immenses images numériques projetées en deux ou trois dimensions, poussant le vice jusqu’à les faire dialoguer avec des personnages fantastiques dans des décors imaginaires en 1998. La spécificité de l’art numérique réside dans la possibilité d’offrir au spectateur une interaction complète avec l’œuvre et Didier Stricker, Torsten Fröhlich ainsi que Claudia Söller-Eckert créèrent une installation interactive avec une vidéo stéréoscopique projetée sur un mur, qui permettait au visiteur d’entrer en contact avec un homme virtuel. Enfin, la réalité augmentée est utilisée dans le domaine de l’urbanisme pour expérimenter avant construction d’éventuelles améliorations d’édifices urbains et de l’archéologie afin de représenter des monuments disparus dans leur environnement d’origine. Cette avancée technologique capitale permet maintenant toutes les folies et se voit appliquée dans notre quotidien, notamment avec les possibilités que génèrent le smartphone. Serait-ce là un aperçu de ce que nous réserve le futur ? |S.E

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Chroniques du Renouveau A

Plongée dans le monde virtuel

LORS que nous sommes tous de plus en plus connectés (le smartphone greffé à l’oreille, le clavier au bout des doigts) perdons-nous conscience des avancées technologiques que la science a permis ces vingt dernières années ? Certes, le virtuel est partout… ainsi qu’au service du 7ème art, n’en déplaise à ses détracteurs. Depuis les années 80, un certain cinéma, qualifié parfois de « postmoderne », use et abuse des techniques d’imagerie informatique. Que ce soit par l’utilisation de procédés innovants (morphing, bullet time…) ou par les thèmes qu’il aborde (science, intelligence artificielle…), ce genre a largement contribué à populariser les nouvelles technologies qui font aujourd’hui partie de notre quotidien. À travers ce « presque » courant cinématographique, on distingue en filigrane un discours didactique qui dénonce ces simulacres (réalité augmentée, trucages, effets spéciaux…) alors qu’il en exploite sans réserve le pouvoir de fascination sur le public. Alors le virtuel est-il trompeur ? Oui mais c’est pour mieux retranscrire des univers fantasmés avec réalisme. Car l’utilisation d’artifices technologiques à l’écran n’a pas exclusivement une visée spectaculaire. Trop nombreux sont les critiques qui font ainsi l’amalgame avec le sensationnalisme du cinéma d’effets spéciaux des grosses productions hollywoodiennes. Nous avons choisi quatre films qui abordent le concept du virtuel au travers de l’ascendance de la technologie sur notre imaginaire. C’est le thème central de l’intrigue de Tron et Matrix qui revisitent ainsi le mythe prométhéen de la prise de pouvoir par la technique sur l’être humain. Dans les deux films, une intelligence artificielle parvient à faire preuve de libre-arbitre en surpassant les capacités intellectuelles de son créateur. La machine induit alors une notion de réalité erronée à l’homme afin d’assoir son autorité. Elle impose alors une société totalitaire et technocrate. Ce dessine ainsi le principe de déréalisation, que l’on retrouve dans les quatre fictions. Il s’agit de perdre le contact avec la réalité. C’est un processus souvent imputé aux jeux vidéo comme c’est le cas dans eXistenZ et Avalon. Cette notion dénonce par ailleurs notre société-spectacle et le renversement du rapport image/réalité qui en découle. On comprend alors aisément le choix des réalisateurs quant à l’approche mythologique et théologique de leurs œuvres. Outre les références philosophiques, cela permet un raccord avec la notion d’imaginaire ancestrale et la virtualité des héros légendaires. À l’inverse, on peut constater que les quatre films utilisent à des fins immersives une sorte de messianisme des personnages principaux. Présentés au départ comme ordinaires, ils accèdent au statut de héros, de sauveur, d’élu… Le procédé permet plus aisément au spectateur de s’y identifier et d’occulter les artifices d’un univers fantaisiste. À ces fins, les quatre réalisateurs vont beaucoup jouer sur l’ambiance inquiétante de leurs films afin de servir la mise en abîme. |J.P

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Black Mirror N

OUS élargissons à partir d’aujourd’hui notre rubrique avec une section axée sur les séries télévisées. Notre thématique nous a sans aucune hésitation conduits vers le raz-de-marée Black Mirror, série britannique hautement subversive. Charlie Brooker, son créateur, inspecte nos modes de vie modernes et plus particulièrement les travers liés à l’évolution des moyens de communication et des nouvelles technologies. Tantôt critique acerbe du voyeurisme de notre société, tantôt remise en question des politiques gouvernementales, il se plaît à brouiller les pistes et chaque épisode est une aventure différente, au casting et à la thématique différents.

C h r o n i q u e s r e t r o d v d

Intelligente, poignante, moraliste, magistralement réalisée, nombreux sont les qualificatifs qui lui sont attribuables et, pour ne pas gâcher la surprise, nous tairons les sujets traités. La série n’ayant pas encore été diffusée en France, ruez-vous sur Chanel 4 si vous en avez la possibilité, ou profitez des sites de streaming et/ou de téléchargement en toute légalité, afin de ne pas passer à côté de la bombe du petit écran de ce début de XXIème siècle. |S.E

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Tron De : Steven Lisberger Avec : Jeff Bridges, Bruce Boxleitner, David Warner, Cindy Morgan… Science-Fiction/ Couleur/ 1h36/ Etats-Unis (1982)

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FLYNN, un concepteur et programmeur de génie, cherche un moyen de revendiquer la paternité de ses jeux vidéo qui lui ont été volés par son ex-employeur. Afin de faire valoir ses droits et avec l’aide d’Alan et de Lora, deux de ses anciens collègues, il infiltre le MCP (Maître Contrôleur Principal), un ordinateur avide de pouvoir, à l’intelligence artificielle surdéveloppée. Quand ce dernier découvre que Flynn veut s’infiltrer dans ses circuits, il le téléporte dans un jeu vidéo. Pour s’évader, Flynn devra compter sur l’aide de Tron, un programme indépendant inventé par son ami Alan. En 1982, Steven Lisberger est le pionnier du numérique au cinéma. Pour Tron il utilise pour la première fois des séquences retravaillées et conçues par ordinateur. Lors de sa sortie, cette production (made in Disney!) accom-

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pagne l’émergence de l’informatique et de ses possibilités infinies, alors que les foyers ne sont pas encore équipés d’ordinateur. Le film surfe ainsi sur le nouvel engouement pour les salles d’arcades. À l’époque, il s’agit d’une véritable révolution esthétique et pour beaucoup l’évocation de Tron est synonyme de film culte. On y découvre une imagerie sophistiquée, striée de formes polygonales fluorescentes aux allures de néons, si bien que c’est le film tout entier qui semble avoir été passé à la lumière noire. Son identité visuelle est tellement originale et immersive que l’univers créé à l’aide des effets spéciaux n’a pas pris une ride, tant il fascine. Le film sera pourtant évincé des Oscars en 1983 par un comité jugeant l’emploi d’ordinateur comme une tricherie face aux méthodes dites «classiques» d’effets spéciaux. Préférez bien sûr, l’original de 1982 à l’héritage médiocre de 2011. |J.P


L e s C h r o n i q u e s

Matrix

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r e t r o

De : Lana Wachowski, Andy Wachowski Avec : Keanu Reeves, Laurence Fishburne, Carrie-Anne Moss, Hugo Weaving, Joe Pantoliano… Science-Fiction/ Couleur/ 2h15/ Etats-Unis (1999)

HOMAS A. Anderson, un jeune informaticien connu dans le monde du hacking sous le pseudonyme de Neo, est contacté via son ordinateur par ce qu’il pense être un groupe de hackers informatiques. Ils lui font découvrir que le monde dans lequel il vit est purement virtuel. Les êtres humains y sont gardés sous contrôle. Morpheus, le capitaine du Nebuchadnezzar, contacte Neo. Se référant à la prophétie du mystérieux « Oracle », il pense que ce dernier est l’Élu qui peut libérer les êtres humains du joug des machines et prendre le contrôle de la « Matrice ». 1999. Au tournant du 21ème siècle et seulement 3 ans après leur premier film Bound, les frères Wachowski rencontrent un immense succès populaire avec Matrix. Cette fable postmoderne mêle film d’action coup de poing et film d’anticipation subtil. Les

réalisateurs y combinent des scènes d’actions chorégraphiées à la John Woo, le visuel et les thèmes de l’univers cyberpunk, tout en faisant appel à de nombreux concepts et réflexions philosophiques. Car il existe des centaines de pistes de lecture pour ce film. On considère par exemple que les réalisateurs se sont réappropriés le mythe de la caverne de Platon ainsi que la notion d’éveil du Bouddhisme afin de donner vie au précepte de « l’Élu » (Neo). On trouvera également de nombreux clins d’œil à la mythologie ainsi qu’à d’autres œuvres comme « Alice au pays des merveilles ». Appuyé par une B.O fracassante (Prodigy, Deftones, Massive Attack, RATM…), et un casting bien senti, Matrix a surtout captivé son public grâce à des effets spéciaux bien dosés. Le recours intensif à des techniques de tournage, comme celle du « bullet time » a notamment fasciné le public. Bref, Matrix a marqué son temps. |J.P

d v d

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eXistenZ De : David Cronenberg Avec : Jennifer Jason Leigh, Jude Law, Ian Holm, Willem Dafoe… Science- Fiction/ Couleur/ 1h36/ Canada – Grande-Bretagne (1999)

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A talentueuse Allegra Geller a inventé une nouvelle génération de jeux vidéo qui se connectent directement au système nerveux : eXistenZ. Les joueurs sont reliés à un monde virtuel grâce à un « pod », une étrange créature qu’ils branchent directement sur leur colonne vertébrale. Lors de la séance de présentation du jeu, un fanatique opposé à la « technologisation » de l’homme tente d’assassiner l’inventrice. Ted Pikul, un néophyte des jeux virtuels, lui sauve la vie. Mais il ne s’agit plus de vivre une aventure, mais d’y survivre, que ce soit dans la réalité ou dans eXistenZ. Tout comme Tron, eXistenZ porte sa réflexion sur l’antagonisme entre monde réel et virtuel à travers le phénomène du jeu vidéo. Sauf que depuis, l’engouement pour ce type de divertissement n’a fait que s’accroitre. Compte tenu de cette mouvance, Cronenberg

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va extérioriser la méfiance que lui inspire cette fascination pour le virtuel, en façonnant un petit bijou d’inventivité au scénario intelligent et à la mise en scène ambitieuse. Comme à son habitude, le réalisateur imprègne son film d’une ambiance moite où les représentations de l’organique dérangent autant qu’elles fascinent. Elles permettent également d’occulter la dimension trop futuriste de l’histoire afin de conserver toute l’étrangeté de l’univers. On salue par ailleurs l’ingéniosité d’un montage crénelé, qui donne l’occasion au spectateur de se projeter lui-même dans ces mondes imbriqués. L’articulation des séquences est si bien pensée qu’elle permet d’illustrer admirablement la progression physique et psychique des personnages, à travers les niveaux du jeu. Le récit est quant à lui ponctué de riches allusions au processus diégétique des jeux vidéo. L’immersion est totale. |J.P


L e s C h r o n i q u e s

Avalon De : Mamoru Oshii Avec : Malgorzata Foremniak, Wladyslaw Kowalski, Jerzy Gudejko, Bartek Swiderski… Science-fiction/ Couleur/ 1h46/ Japon – Pologne – EtatsUnis (2001)

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ANS une ville fictive d’Europe centrale, Ash est une accro de réalité virtuelle. Autrefois membre du groupe Wizard, constitué de véritables aficionados d’un jeu de guerre illégal nommé «Avalon», Ash joue désormais seule depuis que la bande s’est dissoute. Un jour, elle apprend que son ancien amant, Murphy, est devenu un zombie, un «nonrevenu». Ce dernier était pourtant un joueur talentueux. Son sort intrigue Ash. Elle décide alors de refaire le chemin qu’il a pris en jouant dans une zone interdite baptisée «Class A». Pour y parvenir, elle doit suivre l’Ombre, une fillette fantomatique. Après Ghost in The Shell, Oshii revient cinq ans plus tard avec un long-métrage cyberpunk tourné en Pologne. Il y dépeint un univers post-industriel glacial. L’aspect esthétique est ici soigné à l’extrême, puisqu’il est entièrement

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retouché numériquement. L’image d demeure ainsi nimbée d’une étrange luminosité pendant que la colorimétrie vacille de nuances de sépia en camaïeu de gris. Impossible alors de distinguer le moindre repère spatio-temporel. Si l’ambiance visuelle est des plus sophistiquée, le rythme apporte également à la singularité de l’atmosphère. L’immobilisme et la composition des plans font inévitablement penser à La Jetée de Chris Marker, quand l’univers convoque celui de Stalker de Tarkovski. La mise en scène méditative sert d’ailleurs à merveille un propos plus philosophique que narratif. Nouvelle dissertation sur le rapport à la réalité qui s’établit au travers du jeu vidéo, on distingue aussi dans Avalon de nombreuses références théologiques et mythologiques, en commençant bien sûr par le clin d’œil aux légendes arthuriennes. À vous de les explorer, au son d’une bande originale envoutante et lyrique. |J.P

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Agenda Jeudi 4 20H00 //// Dan Coly & Jonzi //// Deep/Tech //// Azuli //// Gratuit 20H30 //// Les Sales Mejestés + Onrtoup //// Rock / Punk //// Rock School Barbey //// 15/18€ 21H30 //// Jetty Vertigo //// Blues //// El Chicho //// 3€ 22H00 //// Soirée Chabaret //// Scène //// Le Chat Qui Pêche //// Gratuit Ouverte

Vendredi 5 20H00 //// Alpha Blondy &The Solar System+Vanupié //// Reggae //// Krakatoa //// 25 € 20H00 //// Sophie Sonsec & Bobo Dos Mil //// Deep-House //// Azuli //// Gratuit 20H30 //// Circus Incognitus/ Jamie Adkins //// Arts De La Piste //// Le Carré //// 9/16€ 20H30 //// Jacques Higelin //// Chanson //// Rocher De Palmer //// 28/30€ 21H30 //// My Name Is Nobody + Arch Woodmann //// Post Pop //// El Chicho //// 5€ 22H30 //// Alex Golino Jazz Night //// Jazz //// Le Chat Qui Pêche //// Gratuit 00H00 //// Cubik Presente : Asian Trash Boy + Brainfuzz + Norman + Flashball13 + Mr V //// Electro //// Bt59 //// 10 €

Samedi 6 14H00 //// Les “P’tits Concerts” 15H00 //// Gatha

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//// Ateliers //// Chanson Pop

//// Médiathèque De //// Gratuit Mérignac //// Médiathèque De //// Gratuit Mérignac


15H00 //// Gatha 14H00 //// Les “P’tits Concerts”

//// Chanson Pop/Bordeaux //// Ateliers

//// Médiathèque De Mérignac //// Médiathèque De Mérignac //// Azuli //// Place Pey Berland

20H00 //// Clement V //// Deep-House 20H30 //// Sidaction //// Musique 20H30 //// Lateef The Truthspeaker+The Procussions //// Rap //// Rocher De Palmer 21H30 //// Every Man Has Your Voice + Maze Of The Globe //// Pop Ex //// El Chicho 22H30 //// Mr B & Mr Fly //// Pop Rock //// Le Chat Qui Pêche Swing 00H00 //// Just Presente : Jay Lumen + G.odys + Jusai + Remy Estera //// Tech House //// Bt59

//// Gratuit //// Gratuit //// Gratuit //// Gratuit

A g e n d a

//// 10/12€ //// 5€ //// Gratuit //// 10 €

Lundi 8 19H00 //// Le Voyage De Mehmet 20H30 //// Robert Glasper Experiment

20H00 //// Jäger Nacht 20H30 //// Jean-Louis Murat

//// Conte Musical //// Jazz Électro

//// Rocher De Palmer

//// 5 €

//// Rocher De Palmer //// 13/15€

Mardi 9 //// Tech-House //// Chanson

//// Azuli //// Gratuit //// Rocher De Palmer //// 23/25€

Mercredi 10

15H30 //// Restitution De L'atelier "Circuit Bending" //// Concert De Jouets //// Rocher De Palmer 18H30 //// "Apéro V"J Avec Le Labo Du Rocher //// Vjing //// Rocher De Palmer 20H00 //// Tib'z & Superlate //// Deep/Tech //// Azuli 20H30 //// Le Trio Joubran "Asfâr" //// Musiques Du //// Rocher De Palmer Monde 20H30 //// Voyage Extra-Ordinaire/La Grosse Situation //// Théâtre D'exploration //// Salle Fongravey/ Blanquefort 21H30 //// Palpitation + Guest //// Dream Pop //// El Chicho Folk

//// Gratuit //// Gratuit //// Gratuit //// 18/20 //// 9/16€ //// 5€

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Jeudi 11

20H00 //// Tété+Fabien Bœuf //// Chanson //// Krakatoa 20H00 //// Tom Ap //// Tech-House //// Azuli 20H30 //// Voyage Extra-Ordinaire/La Grosse Situation //// Théâtre D'exploration //// Salle Fongravey/ Blanquefort 20H30 //// Interzone //// Musiques Du //// Rocher De Palmer Monde 21H30 //// Casablanca //// Rock //// El Chicho 22H00 //// Soirée Chabaret //// Scène //// Le Chat Qui Pêche Ouverte

//// 22 € //// Gratuit //// 9/16€ //// 10/12€ //// 3 //// Gratuit

Vendredi 12 20H00 //// Crossover : Florian Gauthier + Guest //// Deep-House //// Azuli 20H30 //// Solo Piano 2/ Chilly Gonzales //// Concert //// Le Carré - Saint-Médard-En-Jalles 20H30 //// Grems+Dj Vex+ Low Leaf //// Rap //// Rocher De Palmer 21H30 //// Elyas Kan + El Brindador //// Rock + Pop //// El Chicho 22H30 //// Les Gosses De La Rue //// Jazz //// Le Chat Qui Pêche Manouche 00H00 //// Paradigm Presente : Alan Fitzpatrick + Osmoz + Jusaï + Asier //// Techno //// Bt59

//// Gratuit //// 12/21€ //// 10/12€ //// 5€ //// Gratuit //// 10 €

Samedi 13 20H00 //// G.odys + Guest //// Tech-House //// Azuli //// Gratuit 20H30 //// Omar Sosa Et Paolo Fresu //// Musiques Du Monde //// Rocher De Palmer //// 18/20€ 21H30 //// Gatha + Babe //// Pop //// El Chicho //// 5€ 22H30 //// « Fossilius Orchestra » //// Jazz //// Le Chat Qui Pêche //// Gratuit 00H00 //// Paradigm Presente : Mark Broom + Marco Asoleda + Jusaï + Lastek //// Techno //// Bt59 //// 15€

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Mardi 16 20H00 //// JÄGER NACHT //// Tech-House //// AZULI //// gratuit 20H30 //// Pudique Acide/Extasis / Mathilde Monnier & Jean-François Duroure //// danse //// Les Colonnes //// 9/16€ 20h30 //// Musiques pour ensemble vocal et instrumental //// musique classique //// Rocher de Palmer //// gratuit

Mercredi 17

20H00 //// TIB'Z & YOUGO //// House 21h30 //// Evening Hymns +Dream paradise + Third Mirror //// Folk / Pop

A g e n d a

//// AZULI //// gratuit

//// El Chicho

//// 5€

Jeudi 18 20h00 //// Fair le Tour 2013: Jil is Lucky+Crâne Angels+Gatha //// Pop Rock //// Krakatoa 20H00 //// FINZY & REMY ESTERA //// Tech-House //// AZULI 20H30 //// Tabac rouge/James Thierrée - La compagnie du Hanneton //// Arts de la piste/mystère //// Le Carré 20h30 //// The Amplifetes + Brns //// Concert //// Rock School Barbey 20h30 //// Louis Sclavis Atlas Quartet //// jazz //// Rocher de Palmer 20h30 //// Proxima Centauri Opus 13.2 //// musique contemporaine //// Rocher de Palmer 21h30 //// Soirée le Chantier des portes plumes //// prog TBC //// El Chicho 22h00 //// Soirée Chabaret //// Scène //// Le Chat qui pêche Ouverte

//// 15 € //// gratuit //// 22/29€ //// 16/19€ //// 13/15€ //// 5/10€ //// NC //// gratuit

Vendredi 19

20H00 //// BEFORE ELECTRIC RESCUE w/ ASIER, TOM P & MAHO //// Techno/House //// AZULI //// gratuit 20h30 //// Nicolas Repac "Black //// blues électro //// Rocher de Palmer //// 10/12€ Box"

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20H30 //// Tabac Rouge/James Thierrée - La Compagnie Du Hanneton //// Arts De La Piste //// Le Carré //// 22/29€ 20H30 //// La Rue Kétanou //// Chanson //// Rocher De Palmer //// 19/21€ 21H30 //// Fiodor Dream Dog //// Indie Rock //// El Chicho //// 5 22H30 //// « Acide + Carpe Diem » //// Pop Rock //// Le Chat Qui Pêche //// Gratuit 00H00 //// All Naked Presente : Document One + Tim Ismag + Dj Antention +Tealanb +The Failers //// Electro Dirty Dubstep //// Bt59 //// 10 €

Samedi 20

20H00 //// Before Creme Fraiche W/ Jonas Sella & Beaujean //// Deep/Tech //// Azuli //// Gratuit 20H30 //// Alain Planès //// Piano //// Rocher De Palmer //// 13/15€ 21H30 //// The Holidays + Guest //// Indie Pop //// El Chicho //// 5 22H00 //// Serco Cor De Jambo //// Musica Latina //// Le Chat Qui Pêche //// Gratuit 00H00 //// Solaris Presente : Hyper Frequencies + Suduaya + Guapa Lee + Fred 'X //// Trance //// Bt59 //// 12 €

Mardi 23

20H00 //// Jäger Nacht //// Tech-House 20H00 //// The Vaccines //// Rock 20H30 //// Twin Paradox/Mathilde Monnier //// Danse

//// Azuli //// Gratuit //// Krakatoa //// 18 € //// Le Carré //// 12/21€

Mercredi 24

21H30 //// Aurore + Shaking Heads //// Rock 20H00 //// Tib'z & Wallace Parano //// House 20H00 //// Shannon Wright + H-Burns + Charlie Plane //// Rock/Folk

//// El Chicho //// 3 //// Azuli //// Gratuit //// Krakatoa

//// 16 €

Jeudi 25 20H00 //// Antoine Zael & Lim-C //// House //// Azuli //// Gratuit 20H30 //// Les Tambours De Brazza //// Musiques Du //// Salle Du Vigean //// 13/15€ Monde Eysines 20H30 //// Lescop + Versari //// Concert //// Rock School Barbey //// 15/18€ 21H30 //// Plants And Animals + David Wilson //// Pop Folk //// El Chicho //// 5€

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22H00 //// Soirée Chabaret

//// Scène //// Le Chat Qui Pêche //// Gratuit Ouverte 21H30 //// Banzai Lab Presente :Smokey Joe & The Kid + Chill Bump + Nomadic Massive //// Hip Hop //// Bt59 //// 10€ 01H30 //// After Banzai Lab : Lordof Maximus //// Drum N Bass //// Bt59 //// Gratuit

A g e n d a

Vendredi 26

20H00 //// Hilight Tribe+ Sakya //// Electro / Rock //// Krakatoa //// 18 € 20H00 //// Rakhan, Superlate & Yougo //// Deep/Tech //// Azuli //// Gratuit 20H30 //// L'orchestre D'hommes Orchestre Joue À Tom Waits / L'orchestre D'hommes Orchestre //// Concert //// Les Colonnes //// 9/16€ 21H30 //// Bloom + Déjà Vu //// Rock //// El Chicho //// 5 22H30 //// Bal Au Chat //// Bal Trad. //// Le Chat Qui Pêche //// Gratuit 00H00 //// Drop In Caravan Presente : Midilink + Ton Yo + Fleix //// Electro //// Bt59 //// 8 €

Samedi 27 19H00 //// So Good Festival : Niveau Zéro + Reversatile + Jusaï + Norman + Matt-K + Bass Hysteria + Dub Browser //// Electro ! //// Canéjan //// 8/12€ 20H00 //// Jeremy Casella & Eustar //// Tech-House //// Azuli //// Gratuit 21H30 //// Afro Social Club //// Afro Beat //// El Chicho //// 5 00H00 //// Akm Presente : D.a.v.e The Drummer + T.i.t.o + Axel Garcia + Al-Yen //// Techno Acid //// Bt59 //// 10 €

Mardi 30 20H00 //// Jäger Nacht //// Tech-House 0:00 //// Just Presente : Mad Fest //// Techno

//// Azuli //// Gratuit //// Bt59

//// 10 €

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Mercredi 29 Août 19H00 /// « Jpeux Pas J'Ai Piscine » : Marghetto Blaster /// Apero /// I.Boat /// Gratuit 20H30 /// Enjoy The Show : Death By Stereo (Us) + The Eltons + Two Minutes For /// Hardcore /// I.Boat /// 6 €

Jeudi 30 Août 18H00 /// Speedball Baby + Hushpuppies + Zombie Zombie /// Rock/// Domaine Du Bougailh /// Gratuit - Pessac 20H30 /// Junior Boys (Domino Records - Can) + Guest /// Indie /// I.Boat /// 8 - 12 € 00H00 /// Lemonade– Upset (Bx) X Costello (Boxon Records - Bx) /// Electro /// I.Boat /// 5 € Nc /// Quartet Michel Macias (Infos Manquantes Sur Www.Scenesdete.Fr) /// Musiques /// Gujan-Mestras /// Nc Trad. Jazz

Vendredi 31 Août 18H00 /// South Central + The Name + Habstrakt /// Electro - Rock /// Domaine Du Bour- /// Gratuit gailh 19H00 /// Apero Boat : Les Pelotes Soniques W/ Sew&Laine /// Apero /// I.Boat /// Gratuit 00H00 /// Wunderboat – Margarette Dygas (Perlon - Pol) + Superlate (Unpleased - Fr) /// Electro /// I.Boat /// 10 - 14 €

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