MarApr 2025 french

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Le rôle déterminant du Canada dans le Plan d’entrainement aérien du Commonwealth britannique pendant la Seconde Guerre mondiale

Stephen J. Thorne

Voir l’article à la page 4

Le programme d'entrainement aérien du Commonwealth servit à former 131 533 aviateurs, dont 72 835 Canadiens.

Célébrons le Canada

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«La Ce scandaleux moral en berne

force morale gagne les guerres et résout les crises et elle est une condition indispensable à une vie nationale dynamique et à la pleine réalisation des potentiels personnels. »

Ainsi le décrivait l’historien Arthur Upham Pope dans l’édition de décembre 1941 du Journal of Educational Sociology. Il poursuivait en rappelant le dicton de Napoléon, « à la guerre, le rapport entre la force morale et la force physique est de trois à un ».

Peu de choses semblent avoir changé. « Le maintien du moral dans les opérations militaires est un élément essentiel pour maintenir la résilience et la détermination des militaires », notait Mioara Serban dans l’édition de mars 2024 de Security & Defence Quarterly. On entrevoit une lueur d’espoir, car les aumôniers militaires canadiens ont qualifié le moral des forces du pays de « mitigé » en 2024, une amélioration par rapport au « mitigé à faible » de l’année précédente. Toutefois, les fonctionnaires du ministère de la Défense devraient rester très préoccupés des problèmes qui continuent de miner l’esprit de corps des militaires canadiens.

Le 29 octobre 2024, une note de breffage présentée à la générale Jennie Carignan, cheffe d’état-major, expliquait que la charge de travail croissante, le manque de logements et les pénuries d’équipement continuaient à peser sur le moral. Dans certaines régions, le manque de services de garde d’enfants et les difficultés à trouver des médecins affectent également le moral. L’amélioration des salaires et les efforts de modernisation de l’armée auraient contribué à stimuler l’état d’esprit.

« Des aumôniers ont signalé que les membres éprouvaient de la lassitude et que le moral était bas en grande partie en raison de pénuries de personnel, expose la note de breffage, à laquelle le journal Ottawa Citizen a eu accès. Les membres disent souvent s’inquiéter de se voir confier des tâches ou responsabilités trop lourdes ou élevées pour leur grade. »

Tout cela intervient en pleine crise de recrutement, car il manque 14 600 membres à l’effectif autorisé des Forces armées canadiennes. Quelques semaines seulement après avoir pris le commandement des FAC, la générale Jennie Carignan faisait du recrutement et du maintien en poste du personnel sa priorité absolue. En aout 2024, la cheffe d’état major de la Défense a publié une déclaration commune sur la question avec l’adjudant-chef des FAC, Bob McCann.

« Nous avons eu le privilège de travailler aux côtés de plusieurs d’entre vous et d’être témoins de votre dévouement et de votre professionnalisme, a écrit le duo. C’est cet esprit qui caractérise les FAC et fait de nous une institution respectée au pays comme à l’étranger.

« Les capacités, la formation et les plans les plus sophistiqués ne mènent pas à grandchose sans effectif solide et dévoué. »

Bien sûr, les deux enjeux, le moral et le recrutement couplé au maintien en poste sont intrinsèquement liés.

« La plus grande difficulté pour attirer des recrues pourrait précisément être les FAC », constatait le major Ian A. Creighton au fil de son étude rédigée en 2024 dans le cadre d’un cours du Collège des Forces canadiennes.

« Des années de désintérêt et de sousfinancement chronique ont contribué à la détérioration des infrastructures, ce qui dégrade la capacité opérationnelle. Non seulement cela a terni l’image des FAC, mais cela a remis en question leur bien-fondé. »

On parle bien là des mêmes enjeux qui seraient à la source du fléchissement du moral.

À la revue Légion, nous appuyons une armée canadienne forte, que les Canadiens et le monde entier tiennent en grande estime. Cependant, aucune stratégie de recrutement ne fonctionnera tant que le moral du personnel subalterne des FAC ne sera pas meilleur.

Vous voulez renforcer le moral? Rien de plus simple. Écoutez ce qu’on vous dit. Ne les surchargez pas. Veillez à ce qu’ils aient un logement. Fournissez-leur un équipement fiable.

Si l’on renforce le moral, des recrues se présenteront. L

BBien qu’animé par une passion indéfectible pour l’aviation, Fred Ashbaugh se retrouva vite décontenancé, voire découragé, lorsqu’il aborda le Plan d’entrainement aérien du Commonwealth britannique.

Le jeune agriculteur albertain s’était enrôlé en 1940, à l’âge de 21 ans, parce que « c’était la guerre, et [il] n’aimait pas ce que faisaient les Allemands ». L’armée de l’air, confia-t-il, lui semblait être la meilleure option.

Ce programme novateur visant à faire du Canada un vaste terrain d’entrainement pour aviateurs militaires fut mis sur pied en quelques mois, et ses recrues passaient par un dépôt des effectifs à Toronto.

Le « dépôt des effectifs n° 1 » n’avait rien de supérieur. Situé dans le bâtiment Coliseum sur le terrain de l’Exposition nationale canadienne, il pouvait accueillir jusqu’à 5 000 personnes.

« Ça a été un choc », a raconté M. Ashbaugh lors d’un entretien en 2009 dans le cadre de la Collection d’histoire orale militaire canadienne compilée par Reginald H. Roy, historien à l’Université de Victoria. « Nous étions dans l’étable à vaches, sur deux niveaux. Nous étions entassés là-dedans […]. La nourriture était infecte. C’était vraiment déroutant.

« Ils avaient une sorte d’accord avec un traiteur qui pouvait faire les meilleurs œufs caoutchouteux que vous ayez jamais goutés de votre vie. La seule chose qui était vraiment bonne là-bas, c’est qu’on pouvait boire du lait tant qu’on voulait. Et on pouvait manger du pain et du beurre à volonté. Mais, le reste de la nourriture était infecte. »

Dans les premiers temps, il s’agissait d’une formation militaire, sans vol ni combat. Les recrues apprenaient à se laver, à se raser, à faire briller leurs bottes, à polir leurs boutons, à entretenir leurs uniformes et à respecter les ordres. Il y avait deux heures d’éducation physique quotidiennes et des formations sur la marche, des exercices avec le fusil, des manœuvres à pied, de l’instruction sur le salut et autres activités militaires de routine. Il y aurait bientôt quatre autres bassins de formation : Brandon (Man.), Edmonton, Québec et Lachine (Qc). La nourriture s’est même améliorée. Mais, Fred Ashbaugh était alors déjà plus près du front et à l’orée de ses 62 missions de combat dans cette Europe occupée par les nazis où il pilota des bombardiers Stirling et Wellington. D’autres dépôts finirent par être ajoutés : Picton (Ont.), Swift Current (Sask.), Penhold (Alb.) et Souris (Man.). Deux dépôts du Service féminin furent établis : l’un à Toronto en octobre 1941 et l’autre, un an plus tard, à Rockcliffe (Ont.).

La France était le dernier domino à tomber lors de la guerre éclair des nazis à travers l’Europe continentale. Du 26 mai au 4 juin, quelque 338 226 soldats alliés, pour la plupart britanniques, avaient été évacués de la plage de Dunkerque, la majeure partie de leurs armes et de leur équipement abandonnée à l’envahisseur.

Le joyau potentiel de la couronne auquel aspirait Hitler, la Grande-Bretagne, se trouvait juste de l’autre côté de la Manche. Début juillet, les premières étapes d’une invasion allemande prenaient forme alors que la Luftwaffe intensifiait sa campagne de destruction des forces aériennes britanniques avant de lancer un assaut amphibie sur les plages.

On le savait depuis des mois. Et les planificateurs militaires prévoyaient, ce qui semble évident aujourd’hui, que les iles britanniques ne seraient pas un bon endroit où former les pilotes et les équipages

dont on avait tant besoin. Il fallait chercher ailleurs. Le Canada offrit ses services.

Le 17 décembre 1939, le Canada, la Grande-Bretagne, l’Australie et la Nouvelle-Zélande signèrent un accord pour créer le Plan d’entrainement aérien du Commonwealth britannique : le PEACB, ou tout simplement, « le Plan ».

Le choix se porta sur le Canada en raison de ses conditions météorologiques et de ses grands espaces propices à l’aviation, ainsi que de son approvisionnement suffisant en carburant, de sa capacité de production d’avions et de pièces, de sa proximité relative aux théâtres de guerre européens et possiblement du Pacifique, et de l’absence de menace ennemie.

L’ambitieux programme prévoyait à l’origine trois écoles de formation, 13 écoles élémentaires de pilotage, 16 écoles de pilotage militaire, 10 écoles d’observation aérienne, 10 écoles de bombardement et de tir, deux écoles de navigation aérienne et quatre écoles de radionavigants. Le gouvernement construisit 7 000 hangars, casernes et salles d’exercices.

La plupart des écoles d’entrainement disposaient de trois pistes de 30 mètres (100 pieds) de largeur et de 762 mètres (2 500 pieds) de longueur chacune. La quantité de béton utilisé aurait pu servir à construire une autoroute à deux voies entre Ottawa et Vancouver.

Les quatre gouvernements se partagèrent les couts de 2,2 milliards de dollars du Plan (environ 43 milliards de dollars de 2024), mais le Canada en régla la majeure partie : 1,6 milliard de dollars (36 milliards de dollars d’aujourd’hui).

À son apogée, fin 1943, 104 000 membres du PEACB dirigeaient 107 écoles et 184 unités de soutien dans 231 lieux d’un bout à l’autre du Canada. Le programme faisait voler 3 540 avions et servait même à former des Norvégiens, des Polonais et des Français en exil.

Le Canada devint ce que le président américain Franklin D. Roosevelt appelait « l’aérodrome de la démocratie ».

Le premier cours de formation canadien fut donné à Toronto le 29 avril 1940, et 39 diplômés en sortirent cinq mois plus tard. Ils restèrent tous au Canada en tant qu’instructeurs ou pilotes d’état-major. Les premiers observateurs canadiens, une trentaine, envoyés à l’étranger en octobre 1940, étaient des diplômés de l’école de Trenton, en Ontario.

Les recrues passaient un test d’aptitude standard : le test de classement de l’Aviation royale du Canada. Des études secondaires de rattrapage permettaient aux stagiaires de 17 et 18 ans d’atteindre le niveau scolaire qu’exigeait l’ARC.

On assignait souvent des « tâches à l’aérodrome » aux stagiaires pour les occuper. Certains étaient envoyés dans des usines pour compter écrous et boulons, d’autres étaient répartis dans des écoles de pilotage ou dans d’autres installations de l’ARC pour effectuer des travaux de garde, de nettoyage, de peinture ou de polissage d’équipement. Les « tâches à l’aérodrome » pouvaient durer plusieurs mois.

Fred Ashbaugh, qui allait être décoré en tant que pilote de bombardier, fut même envoyé monter la garde au NouveauBrunswick pendant 28 jours.

Des détachements de formation préalable du personnel navigant furent établis dans les campus d’université du pays pour dispenser l’enseignement en mathématiques, en physique, en anglais et dans d’autres matières demandées par l’ARC aux recrues du personnel navigant n’ayant pas reçu l’éducation nécessaire. Cela réduisit considérablement les échecs plus tard dans la formation.

Beaucoup de pilotes terminaient leur formation d'aviateur dans le Harvard 4 (ci-dessous) de la Canadian Car and Foundry. Fred Ashbaugh (en regard), pilote de bombardier, fut l'une des premières recrues à réussir le programme.

« Je pense qu’il voulait savoir si j’allais vomir ou pas; mais non […]. J’ai adoré ça. »

Beaucoup effectuaient leur premier vol dans un Tiger Moth, comme celui-ci qui a décollé à la base de Malton, en Ontario.

Au bout de quatre ou cinq semaines, un comité de sélection décidait si les stagiaires seraient placés dans le volet du personnel navigant ou dans celui des équipes au sol. Les candidats radiotélégraphistes-mitrailleurs étaient envoyés directement dans une école de radionavigants; les observateurs aériens (navigateurs) et les candidats pilotes rejoignaient l’une des sept écoles préparatoires de l’aviation où ils passaient les quatre premières semaines du programme, qui durait entre 26 et 28 semaines.

Ils étaient soumis à une série de tests, dont un entretien avec un psychiatre, un examen physique M2 de quatre heures, une séance dans un caisson hypobare et un « vol d’essai » dans un simulateur Link.

« Toute la série était une sélection, déclara Fred Ashbaugh. Les instructeurs surveillaient tout le monde tout le temps […], ils prenaient de petites notes. »

En classe, les candidats pilotes et observateurs aériens étudiaient la navigation, la théorie du vol, la météorologie, les fonctions d’officier, l’administration de l’aviation, l’algèbre et la trigonométrie. Ensuite, ils passaient à l’école élémentaire de pilotage – il y en avait 32 – où les clubs de pilotes dispensaient aux stagiaires, au fil des huit semaines, une formation de base

de 50 heures de vol sur des avions-écoles simples, tels que le Havilland Tiger Moth, le Fleet Finch ou le Fairchild Cornell.

Les diplômés du programme « apprendre à voler » enchainaient avec 16 semaines dans une école de pilotage militaire, où ils passaient huit semaines dans une escadrille d’entrainement intermédiaire, six semaines dans une escadrille d’entrainement avancé et deux semaines dans l’une des 30 écoles de bombardement et de tir, le tout administré par l’ARC ou par la Royal Air Force. Les espoirs du pilotage de chasse étaient formés à l’aide d’avions nord-américains Harvard et Yale. Les pilotes de bombardiers, les pilotes côtiers et les pilotes de transport stagiaires fréquentaient d’autres écoles où ils apprenaient à piloter des avions multimoteurs Airspeed Oxford, Avro Anson et Cessna Crane.

Les apprentis navigateurs passaient huit semaines dans l’une des 10 écoles d’observation aérienne, un mois à l’école de bombardement et d’artillerie (il y en avait 11) et un mois à l’école de navigation (il en existait six). Les écoles d’observation aérienne étaient dirigées par des civils sous contrat avec l’ARC; la CP Airlines, par exemple, dirigeait les nos 7, 8 et 9, bien que les instructeurs fussent membres de l’ARC.

La navigation à l’estime et le pilotage visuel étaient les techniques de base enseignées tout au long des années de guerre. Formés dans des Avro Anson, les navigateurs en herbe utilisaient des cartes aéronautiques, des boussoles magnétiques, des montres, des journaux de voyage, des crayons, des rapporteurs d’angle Douglas et le calculateur de navigation à l’estime Dalton, un appareil manuel rond sans rien de semblable aux calculateurs modernes.

Deux écoles de formation au sol de mitrailleurs de bord furent créées à Trenton (Ont.) et à Québec pour combler le manque inquiétant de mitrailleurs de bord à l’étranger. On y dispensait un cours préparatoire de six semaines sur l’utilisation et l’entretien des mitrailleuses lourdes, ainsi que des exercices d’entrainement physique et un entrainement aux armes légères.

Les radiotélégraphistes mitrailleurs passaient 24 semaines à l’école de radionavigants où ils apprenaient la théorie et la pratique de la communication sans fil, notamment la signalisation à l’aide de lumière et de drapeaux en plus de la radio. Ils finissaient par quatre semaines dans une école de bombardement et de tir.

Les écoles de reconnaissance générale formaient des pilotes et des observateurs aériens en patrouille océanique. Les pilotes passaient les 8 à 14 dernières semaines dans des unités d’entrainement opérationnel où ils apprenaient à piloter des avions de chasse, comme le Hawker Hurricane ou le Fairey Swordfish. Ils y étaient formés par de vrais pilotes d’avion de chasse qui avaient été affectés aux unités d’entrainement opérationnel après des opérations. Ils n’étaient pas tous ravis de se retrouver là.

À 21 ans, Fred Ashbaugh était relativement vieux pour une recrue.

Il a raconté que la nourriture et les conditions de vie dans les écoles élémentaires de pilotage étaient « plutôt rudes ».

« C’était horrible, dit-il. Mais, les formations au pilotage et au sol étaient très bonnes. »

Son premier vol fut sur un Fleet Finch, en novembre 1941, avec un instructeur du nom de Moon qui fit faire une boucle et une vrille à l’avion – « Je pense qu’il voulait savoir si j’allais vomir ou pas; mais non […]. J’ai adoré ça. »

Il prit seul les commandes dans un Fleet Finch après 11 heures de formation de pilotage.

« C’était assez effrayant. À ce momentlà, on est là-haut tout seul, avec 10 à 12 heures de vol, et il faut atterrir sans abimer l’appareil. Alors, une fois qu’on est sur le plancher des vaches, on pousse un grand soupir de soulagement.

« C’était très excitant, et c’était très gratifiant. »

Fred Ashbaugh partit le 4 janvier 1941 à Summerside, sur l’Île-du-PrinceÉdouard, pour suivre une formation de pilotage militaire.

« Nous étions la toute première classe à Summerside, confia-t-il à Reginald H. Roy. Quand nous sommes arrivés, il n’y avait pas d’instructeur, pas d’avion, il n’y avait rien. »

L’établissement était commandé par un lieutenant d’aviation qui, n’ayant pas de personnel pour former ses troupes, leur accorda des laissez-passer de 48 heures.

« Nous lui avons dit : “Désolé, nous n’avons pas d’argent”. Il y avait eu un problème avec notre solde, nous n’avions pas été payés.

« Alors, il s’est arrangé avec une banque pour nous donner chacun un chèque de 5 $. Imaginez un peu : 5 $ pour un laissezpasser de 48 heures. Il a dit [au directeur de la banque] : “Je sais que je n’ai pas assez en banque, pourriez-vous m’avancer ça?”

« Et le directeur de la banque lui a répondu oui, bien sûr. Parce que nous étions les élus de Dieu : les premiers aviateurs avec nos petits titres d’épaule blancs.

« Nous sommes tous allés au village et avons encaissé nos chèques de 5 $. Et la plupart d’entre nous avons passé toute la fin de semaine à Summerside, et nous avions encore de l’argent en poche quand nous sommes retournés au poste parce que les gens nous avaient bien accueillis. Ils avaient été merveilleux. L’hôtel nous facturait 25 ou 50 cents par chambre. »

Les avions, des Harvad, ne sont arrivés que deux semaines après. « C’était comme passer d’une Austin à une Mercedes, a déclaré Fred Ashbaugh. Là, on a plein d’instruments devant soi, alors que dans un Fleet Finch il y a une aiguille, une bille et un indicateur de vitesse.

« Et, bien sûr, c’était un avion assez puissant et tout à fait acrobatique. Oh, c’était un bel appareil qu’on pilotait; un peu compliqué, mais beau. »

La classe de stagiaires – dont la moitié du dominion de Terre-Neuve, engagés

Des planificateurs dessinent les bleus pour les écoles de formation d'aviateurs du Canada.

dans la RAF – se déroula sans heurt : pas d’accrochage, pas de raté, et pas de conflit rapporté avec les gens du coin.

Fred Ashbaugh obtint son brevet de pilote le 9 avril 1941.

La province, où l’alcool était interdit (elle n’a abrogé l’interdiction qu’en 1948), permit l’attribution d’une demi-bouteille d’alcool par diplômé. Le maire et le lieutenant-gouverneur organisèrent une fête pour les nouveaux pilotes, dont l’un sortait avec la fille du maire.

Le groupe repartit le 25 avril.

De fortes chutes de neige gênèrent le groupe de stagiaires qui les suivirent : plusieurs avions s’écrasèrent, et l’un d’entre eux rata complètement l’ile pour atterrir sur le ventre en Gaspésie.

Contrairement à la plupart de ses camarades de classe qui gagnèrent leurs épaulettes d’officier et restèrent au Canada pour devenir instructeurs, Fred Ashbaugh, sergent à l’époque, partit pour l’Angleterre où il s’attendait à être pilote de chasse. Les autorités avaient d’autres idées en tête.

« Quand nous sommes arrivés là-bas, ils voulaient des pilotes de bombardier, pas des pilotes de chasse […]. J’étais un peu plus âgé, et j’étais donc censé être plus stable, je suppose, alors [j’ai été envoyé] sur les bombardiers. »

en tant que deuxième pilote sur le bimoteur Wellington, piloté par un Australien avec trois membres d’équipage britanniques. C’était sa première expérience avec un équipage du Commonwealth. Son premier vol dans un Wellington, le 27 juillet 1941, dura 20 minutes : un circuit et un atterrissage. La plupart des vols traversaient le pays, mais le 7 aout, un moteur s’arrêta et ils finirent dans la mer Celte, à 200 kilomètres de la côte sud-ouest de l’Angleterre.

« Nous nous en sommes tous tirés, à l’exception du radiotélégraphiste, car un amerrissage d’urgence, c’est comme frapper un mur de briques, a-t-il déclaré. C’est vraiment horrible. »

Leur première affectation était sur des quadrimoteurs Stirling, mais l’équipage fut démantelé et ses membres envoyés ici et là. Par un coup du sort, leur pilote australien, le sergent de section Clarence Henry Muir, fut transféré à une escadrille du Bomber Command en tant que deuxième pilote. Il prit son nouveau poste un samedi. Le dimanche, il était mort. Fred Ashbaugh fut second pilote à bord de deux Stirling de l’Escadrille 149 peu de temps après, mais quelques missions plus tard, il eut son propre avion avec son propre équipage. Il avait inscrit 150 heures de vol dans son journal de bord.

À son apogée, fin 1943, 104  000 membres du PEACB dirigeaient 107 écoles et 184 unités de soutien dans 231 lieux d’un bout à l’autre du Canada.

LePlan,

en chiffres

131 533 membres d’équipage aérien britanniques et du Commonwealth formés

Sa première mission en tant que pilote commandant de bord eut lieu le 10 avril 1942, au port français du Havre, occupé par les Allemands, où il largua seize bombes de 500 livres à une altitude de 4 800 mètres (16 000 pieds).

Il se familiariserait bientôt avec de rudes conditions : les projecteurs, le tir de DCA, les chasseurs de nuit et les premières techniques de navigation. « Beaucoup de champs de navets ont été bombardés. » Et encore plus d’installations ennemies.

Fred Ashbaugh est décédé le 2 janvier 2019. Il avait 99 ans. Son épouse Pat et lui étaient mariés depuis 73 ans.

Le mur commémoratif de 91 mètres du British Commonwealth Air Training Plan Museum en forme de profil d’aile, à Brandon, au Manitoba, porte les noms de 19 256 membres d’équipage du Commonwealth tués au cours de ces années orageuses de conflit, le plus sanglant de l’histoire.

Quelque 856 stagiaires périrent au cours des cinq années du Plan. En 1944, cependant, le taux d’accidents mortels était tombé à un pour 22 388 heures de vol.

Le Plan d’entrainement aérien du Commonwealth britannique, qui prit fin le 31 mars 1945, est encore l’un des plus importants programmes de formation aéronautique de l’histoire. Il servit à former près de la moitié des membres d’équipage qui devaient servir dans les forces aériennes du Commonwealth pendant la Seconde Guerre mondiale, 131 533, pour être exact, et 72 835 d’entre eux étaient canadiens. L

72 835 diplômés enrôlés dans l’Aviation royale du Canada, dont 25 747 pilotes canadiens, 12 855 navigateurs, 6 659 bombardiers aériens, 12 744 radiotélégraphistes, 12 917 mitrailleurs de bord et 1 913 mécaniciens navigants

42 110 enrôlés dans la Royal Air Force, dont 448 Polonais, 677 Norvégiens, 800 Belges et Néerlandais, 900 Tchèques et 2 600 Français

9 606 enrôlés dans la Royal Australian Air Force

7 002 enrôlés dans la New Zealand Air Force

5 296 enrôlés dans la Royal Navy Fleet Air Arm

Les noms des 18 039 aviateurs tués en service à la Seconde Guerre mondiale sont inscrits sur le mur commémoratif en forme de profil d'aile, avec une statue de pilote en bronze, au British Air Training Plan Museum à Brandon, au Manitoba.

Nouvelle-France Le dernier espoir de la

Les Français perdirent le Canada malgré leur victorieuse bataille d’avril 1760 à Sainte-Foy

Le colonel britannique James Murray (portrait en haut à gauche) et le maréchal de camp François-Gaston de Lévis (portrait en haut à droite) guerroyèrent à Québec en avril 1760. Bien que les Britanniques furent défaits, les Français se replièrent à Montréal qui capitula en septembre (en regard).

Probablement peu de gens savent que deux grandes batailles eurent lieu sur les plaines d’Abraham, aux portes de Québec, pendant la guerre de Sept Ans (1756-1763). La victoire des Britanniques à la bataille du 13 septembre 1759 avait certes scellé le destin de la NouvelleFrance, mais rien n’était alors évident. Les hostilités reprirent à peine sept mois plus tard, le 28 avril 1760, et se soldèrent par une éclatante victoire des Français.

La plupart des soldats français et canadiens s’étaient retirés à Montréal après les combats de 1759. Leur commandant,

le lieutenant-général Louis-Joseph de Montcalm, avait été tué. Le maréchal de camp François-Gaston de Lévis l’avait remplacé. Le commandant britannique, le majorgénéral James Wolfe avait lui aussi péri. Le colonel James Murray, son successeur, occupait Québec.

La plus grande partie de la flotte britannique quitta cependant la ville en octobre 1759 et, cet hiver-là, la garnison de Murray souffrit du froid glacial. La faim, le scorbut et la dysenterie faisaient des ravages dans les rangs. Le soldat britannique James Miller raconta plus tard que « l’épuisement face à l’hiver [était] si terrible

que les vivants en [venaient] presque à envier les morts ».

Au mois d’octobre, Murray disposait de 5 077 fantassins et artilleurs, mais en avril, 667 soldats britanniques ayant péri, il ne lui restait que 2 829 hommes en mesure de combattre. Il leur fallait survivre jusqu’au retour de la Marine royale.

Pendant ce temps, à Montréal, Lévis rassemblait des forces de réguliers venant d’ailleurs en Nouvelle-France et levait pratiquement toute la milice canadienne. Il espérait reprendre Québec et y attendre des renforts de France. Il en allait de l’avenir du Canada, et il savait que ce serait probablement sa seule chance de le sauver.

Il avait sous ses ordres 6 970 hommes en santé et expérimentés : 3 950 soldats réguliers français, 2 750 miliciens canadiens et 270 alliés membres de Premières Nations. Mais, pas plus de 5 000 de ces hommes prirent part à la bataille.

Les forces françaises et canadiennes descendirent le fleuve en bateau le 20 avril 1760. Le 26, elles débarquèrent à SaintAugustin, à 22 kilomètres au sudouest de Québec. Le lendemain, la plus grande partie des forces avança jusqu’à la paroisse de Sainte-Foy à quelques kilomètres à l’ouest de la ville. Après une échauffourée, les Britanniques se retirèrent de leurs avant-postes.

Murray décida, à l’instar de Montcalm au mois de septembre précédent, de quitter la protection des remparts de Québec pour combattre sur les plaines. Le matin du 28 avril, les forces britanniques occupaient la Butte-à-Neveu de 15 mètres de hauteur, le lieu le plus élevé des plaines, situé à quelques centaines de mètres à l’ouest des murs de la ville. Le temps était frais et ensoleillé, et la terre était

couverte d’une épaisse couche de neige, de gadoue et d’eau. Murray commandait 3369 hommes, certains tirés des hôpitaux. Il fit rapidement installer ses 22 canons sur la butte et déploya ses fantassins. Le sergent John Johnson écrivit que bien des soldats britanniques étaient des « squelettes scorbutiques affamés ».

La bataille de Sainte-Foy fut

l’une des plus sanglantes livrées sur le territoire canadien.

Murray lança effrontément une attaque préventive contre les Français avant qu’ils n’aient pris position. Le pari fut tout d’abord gagnant : l’artillerie britannique infligea de lourdes pertes aux Français et força leur flanc de gauche (au nord) à battre

en retraite. Mais, à la suite d’une puissante contrattaque des Français contre son propre flanc gauche (au sud), au bout de deux heures de combats rapprochés, Murray se mit à craindre que ses forces ne soient coupées de Québec. Il donna l’ordre de se replier derrière les murs de la ville, laissant à Lévis la maitrise des plaines.

L’armée britannique recensa 1 182 victimes : 292 morts, 837 blessés et 53 capturés. Il y avait eu 266 morts et 733 blessés parmi les forces françaises, canadiennes et autochtones. La bataille de SainteFoy fut l’une des plus sanglantes livrées sur le territoire canadien. Les deux côtés attendirent alors les premiers navires remontant le fleuve. James Johnstone, qui avait fait partie de l’état-major de Montcalm, remarqua que « les Canadiens […] étaient résolus à sauver leur pays et ne perdirent jamais espoir… ». Mais, il n’allait pas en être ainsi.

Le HMS Lowestoft contourna l’ile d’Orléans le 9 mai. C’était le premier de nombreux bâtiments britanniques, et Lévis se replia de nouveau à Montréal, qui capitula en septembre 1760. Le Canada était désormais aux mains des Britanniques. L

Alors que les Allemands déclenchaient la première grande attaque au gaz de la guerre, des soldats canadiens manquant encore d’expérience ont tenté de tenir une brèche cruciale dans le front lors de la deuxième bataille d’Ypres

la brèche

Alex Bowers

Le gaz! Le gaz! Vite, les gars! Effarés et à tâtons

Coiffant juste à temps les casques malaisés; Mais quelqu’un hurle encore et trébuche

Et s’effondre, se débattant, comme enlisé dans le feu ou la chaux…

Vaguement, par les vitres embuées, l’épaisse lumière verte, Comme sous un océan de vert, je le vis se noyer.

- Extrait de « Dulce Et Decorum Est » de Wilfred Owen, traduit par Georges Gernot

« L’essence même du printemps était dans l’air, écrivait le lieutenantcolonel canadien George Nasmith devant le saillant belge d’Ypres le 22 avril 1915. J’avais envie d’aller en pleine nature, et de regarder les oiseaux et les abeilles, de me prélasser au soleil sans rien faire. »

Le chimiste analyste torontois de 4 pi 6 po avait été jugé inapte au combat en raison de sa taille. Pas découragé pour autant, l’intellectuel obtint à la place l’autorisation d’installer un laboratoire pour tester l’eau potable des troupes.

Le 22 avril, après s’être rendu près du front des Alliés « pour voir à quoi ressemblait le « no man’s land », Nasmith rencontra son ami, le capitaine Francis Scrimger, médecin militaire du 14e Bataillon (Régiment royal de Montréal). Après un échange de civilités, il continua la promenade avec un autre camarade jusqu’à ce que leur « attention [soit] retenue par une fumée jaune verdâtre qui montait de la partie de la ligne occupée par les Français ».

Ne ressentant aucune urgence, ils allumèrent tous deux une cigarette et observèrent le nuage qui

grandissait et s’approchait d’eux à environ huit kilomètres par heure. Ce n’est qu’après que Nasmith eut noté qu’il contenait des trainées brunes que l’inquiétude le gagna.

« Ce doit être le gaz toxique dont nous avons entendu de vagues rumeurs, supposa-t-il. On dirait du chlore, et je parie que c’en est. »

Et le nuage allait directement sur eux.

C’était horrifiant; même si c’était une horreur quelque peu attendue. Ni les puissances centrales ni l’Entente n’étaient catégoriquement opposées à l’utilisation de gaz toxiques, même si les Conventions de La Haye de 1899 et 1907 l’interdisaient en principe. L’ambitieuse Allemagne fut cependant la première à en faire usage à grande échelle. Les expériences antérieures avec des irritants faibles avaient été bien en deçà des attentes. Le chimiste allemand Fritz Haber

proposa alors d’utiliser du chlore. De plus, pour contourner la stipulation de la convention qui interdisait les projectiles chargés de gaz, il suggéra d’installer des tuyaux dans des tranchées.

La cible prévue serait le saillant d’Ypres. Considéré comme symbole de la ténacité des Alliés, le front s’avançait dans le territoire occupé par les Allemands et servait de zone tampon aux ports de la Manche, très importants pour la logistique. La prise du saillant aurait bloqué jusqu’à 50 000 soldats de l’Entente, et notamment la 1re Division canadienne, relativement jeune et très inexpérimentée, qui défendait une partie de la ligne. Il y avait d’autres raisons mais, fondamentalement, la première utilisation massive de la guerre chimique était perçue comme un moyen de sortir de l’impasse sur le front occidental. Les Allemands espéraient que le gaz, en plus des barrages d’artillerie

et de leurs forces numériquement supérieures, pourrait leur ôter une grosse épine du pied. Les Canadiens, bien calés entre la 28e Division britannique à droite et les fantassins nord-africains de la 45e Division française (Algériens) à gauche, leur barraient la route à la mi-avril 1915. Le commandement de la formation incombait au lieutenant-général Edwin Alderson, d’origine britannique. Néanmoins, ses trois brigades d’infanterie étaient dirigées par des Canadiens : les brigadiers-généraux Malcolm Mercer (1re Brigade), Arthur Currie (2e Brigade) et Richard Turner (3e Brigade), ce dernier avait été décoré de la Croix de Victoria pour ses actions pendant la guerre des Boers. Alors que l’ennemi installait plus de 5 730 bidons d’acier contenant 160 tonnes de chlore derrière des parapets et des sacs de sable et attendait le bon moment pour ouvrir les robinets, les Alliés essayaient de faire face à l’évidence.

La deuxième bataille d'Ypres représentée par l'artiste Jack Richard.

Les trois brigades d'infanterie de la 1re Division canadienne étaient dirigées par les brigadiersgénéraux Arthur Currie (à gauche), Malcolm Mercer (en haut) et Richard Turner (en bas). La page couverture du journal britannique The Sphere représente des soldats gazés dans les tranchées.

Le 13 avril, le soldat allemand August Jäger déserta et se rendit aux Français, à qui il donna des renseignements sur les cylindres. Il expliqua en outre que la prochaine offensive de l’ennemi serait annoncée par trois fusées rouges larguées d’un avion, remettant même à ses ravisseurs le masque à gaz rudimentaire qu’il avait reçu : il s’agissait en gros d’un morceau de tissu imbibé d’une solution légèrement protectrice. Un deuxième déserteur raconta une histoire semblable deux jours après, et cette nouvelle arriva aux oreilles des Canadiens. Le major Andrew McNaughton de la 7e Batterie d’artillerie de campagne canadienne obtint donc la permission de lancer 90 obus vers les tranchées allemandes pour sonder le terrain et trouver le gaz. Cela se révéla infructueux. L’attente stressante monta crescendo au cours des journées suivantes jusqu’à ce que, finalement,

“Ce doit être le gaz toxique dont nous avons entendu de vagues rumeurs. On dirait du chlore, et je parie que c’en est.”

provoquaient une décharge de liquide qui entravait l’échange d’oxygène. Le chlore se mélangeait à ces fluides corporels et à la vapeur d’eau pour former de l’acide chlorhydrique qui brulait les tissus.

d’artillerie contre les lignes

d’Ypres. Pire, vers 17 heures,

Le sergent allemand Leisterer regarda les centaines de robinets de gaz s’ouvrir avec une morbide fascination. Après un sifflement inquiétant, ce soldat du 233e Régiment d’infanterie de réserve regarda alors le « gaz blanchâtre se répandre par-dessus le parapet. La couleur passa vite au vert jaunâtre, dans un nuage roulant interminable qui progressait vers la tranchée [de l’Entente]. »

Cette brume monstrueuse, qui s’étendait sur environ six kilomètres et atteignait jusqu’à 30 mètres de hauteur par endroits, s’infiltrait dans chaque crevasse, remplissait les trous d’obus l’un après l’autre, puis traversait les 45e (algérienne) et 87e (territoriale) divisions de fantassins.

« On avait l’impression qu’un événement naturel horriblement magnifique se produisait, s’est souvenu Leisterer. C’était une impression phénoménale. »

En réalité, les effets atroces furent presque instantanés. Les vapeurs inhalées endommageaient ou détruisaient complètement les alvéoles pulmonaires, et elles

Les victimes se noyaient, brulées de l’intérieur. Hurlant et implorant miséricorde, certains soldats français ou nord-africains lâchèrent leurs armes et s’enfuirent, ne faisant que prolonger leur souffrance en courant dans la direction du vent; d’autres se tordaient par terre à l’agonie, s’étouffant et vomissant une substance visqueuse verdâtre.

« On ne voyait que le blanc de leurs yeux, a décrit McNaughton, alors qu’une brèche de six kilomètres s’ouvrait dans la ligne de l’Entente. Ils crachaient littéralement leurs poumons. »

Neuf artilleurs canadiens qui étaient dans le secteur algérien furent tués, lentement et atrocement, par l’épouvantable nuage. Non loin de là, des bataillons canadiens entiers n’eurent que quelques minutes pour se préparer à leur propre dose, bien que le gaz se fut progressivement dissipé à ce stade, épargnant la plupart d’entre eux de ses effets les plus meurtriers. Malgré cela, ils se frottaient encore leurs yeux irrités quand des figures floues, mais caractéristiques, apparurent à l’horizon. Les Allemands arrivaient.

Et c’était à la 1re Division canadienne de les arrêter.

L’ennemi fut reçu avec courage, à la déception des Allemands qui s’attendaient à ce que le saillant d’Ypres leur tombe facilement entre les mains après le recours à leur arme pas si secrète que cela.

Les Canadiens, ainsi que les survivants algériens, continuèrent à se battre.

Parmi ceux qui se trouvaient dans la ligne de feu, il y avait les hommes du 13e Bataillon (Royal Highlanders of Canada) qui déplacèrent rapidement leur axe défensif pour boucher la brèche béante dans leur flanc. Mis à part quelques positions envahies et bien qu’en infériorité numérique, les troupes tinrent bon.

Au quartier général de la 3e Brigade d’infanterie, le brigadiergénéral Turner, de plus en plus désorienté, avait du mal à maintenir l’ordre. Ce détenteur de la VC se révéla être la mauvaise personne pour la situation. Les ordres de son QG, qui était également sous le feu, fluctuaient entre la panique et la confusion, en complet décalage avec ce qui se passait sur le terrain. Malheureusement, ce sont les troupes engagées au front qui pâtirent le plus de ces manquements.

Ces mêmes soldats, toujours incommodés par le gaz, comprirent qu’ils devaient moins compter sur les instructions au niveau de la brigade que sur les hommes qu’ils coudoyaient. Les Canadiens, qui se battaient dans des poches souvent isolées et à l’issue sans espoir, peinèrent à freiner l’afflux d’ennemis.

Dans des conditions aussi désastreuses surgissait l’héroïsme de certains soldats, que ce courage brille ou passe inaperçu. Fred Fisher, par exemple, un caporal-chef de 19 ans. Ce mitrailleur du 14e bataillon balayait les rangs allemands de balles depuis le début de l’attaque. Lorsque ses camarades d’arme furent tous tués, ce natif de St. Catharines, en Ontario, refusa de battre en retraite. Fisher gagna ainsi du temps pour que l’artillerie canadienne se retire jusqu’à des positions plus sures. Il fut tué par la suite dans la bataille, et son corps n’a jamais été récupéré. La Croix de Victoria lui fut décernée; la première de

la guerre remise à un Canadien. Trois autres VC furent remises à des Canadiens pour leurs efforts lors de la deuxième bataille d’Ypres. Bien que chaque récipiendaire l’eût méritée, de nombreux autres actes de courage passèrent inaperçus, et ne furent donc ni notés ni récompensés. Il y eut encore, hélas, des percées allemandes, notamment au Bois des cuisiniers, où les forces ennemies saisirent plusieurs canons britanniques. Pendant la nuit du 22 au 23 avril, à minuit, les 10e et 16e bataillons contrattaquèrent lors d’une offensive audacieuse, mais inefficace.

S’avançant dans l’obscurité, les 1 600 hommes tombèrent inopinément sur une clôture visible du point fort qui était leur objectif. Les hommes escaladèrent l’obstacle, mais pas sans alerter les occupants allemands.

Des fusées éclairantes, puis des éclairs de bouche de canon, firent lumière sur les soldats canadiens à découvert. Endurant une rafale de balles d’armes légères, les deux bataillons menèrent une

charge à la baïonnette, subissant d’horribles pertes avant d’atteindre la forêt. Les survivants firent peu de prisonniers, mais ils reprirent quatre pièces d’artillerie britanniques. Le bain de sang qu’était la défense canadienne du Bois des cuisiniers continua. Une autre scène d’anéantissement eut lieu au sommet de la crête de Mauser, une position tenue par les Allemands qui surplombait l’ensemble du champ de bataille. Les 1er et 4e bataillons du brigadiergénéral Mercer furent chargés de les déloger. Cependant, l’appui des Français ne s’étant pas matérialisé, l’assaut du 23 avril à 6 heures sombra dans le chaos, car les troupes canadiennes devaient couvrir environ 1 500 mètres en plein jour.

« Devant moi, je vois des hommes courir, raconta le soldat George Bell du 1er Bataillon. Soudain, leurs jambes se plient et ils tombent à terre. Voici un corps dont la tête a été arrachée. Je saute par-dessus. Voici un pauvre diable sans jambes, mais toujours en vie. » L’attaque vouée à l’échec fit plus de 900 victimes.

Outre les erreurs de jugement du commandement, l’infanterie canadienne devait encore se débrouiller avec l’inefficace fusil Ross, une arme qui risquait de s’enrayer au moment le moins opportun; généralement après un tir rapide dans le feu de l’action. Il n’était pas rare que les soldats se débarrassent de ces fusils et les remplacent par des Lee Enfield britanniques ou même des Mausers allemands lorsque c’était possible. La plupart n’avaient pas cette chance : il ne leur restait qu’à espérer que leur principale source de protection tienne le coup. À la tombée de la nuit du 23 avril, tous les soldats de l’Entente – et les Canadiens en particulier – tenaient le coup. Il y avait eu des gains et des pertes, des victoires et des défaites tactiques, mais Ypres demeurait pour lors entre des mains amies. Les renforts britanniques ayant comblé les trous dans la ligne, tout

n’était pas encore perdu. Même les prisonniers allemands se sentaient obligés d’exprimer du respect pour leurs adversaires, dont un qui fit remarquer par la suite à ses ravisseurs canadiens : « Vous vous battez comme des fous. »

Fort de ses connaissances en chimie, le lieutenant-colonel Nasmith, bien que souffrant encore de l’attaque au gaz du 22 trouva un autre moyen de se battre.

Avoir subi ce nuage toxique avait eu un bon côté, ne serait-ce que d’un point de vue purement scientifique, car il était alors enclin à croire que le chlore avait été mélangé à une autre substance irritante, « peut-être du brome ».

À travers la toux et les bavures, Nasmith rapporta ses conclusions aux responsables alliés, étant ainsi la première personne à identifier officiellement les composés chimiques du gaz.

Il ne serait pas le dernier à acquérir de telles connaissances après une expérience personnelle.

Le 24 avril, à 4 heures environ, les Allemands lancèrent une deuxième attaque au gaz sur les lignes canadiennes, principalement dirigée sur les 8e et 15e bataillons. Le nuage mortel était plus petit, mais plus dense. Toutefois, on l’attendait, cette fois.

Les Canadiens avec une forma tion scientifique avaient remarqué deux jours plus tôt que des boutons en laiton avaient verdi, et que du chlore avait pu causer cette décoloration. Les soldats habitués à l’odeur de l’eau chlorée qu’ils utilisaient pour faire du thé avaient aussi su identifier la substance. Conjointement, ces deux intuitions incitèrent les hommes à improviser des respirateurs, généralement un chiffon ou un mouchoir imbibé d’urine riche en ammoniac pour neutraliser l’acide chlorhydrique. Quiconque n’était pas préparé ou ne voulait pas accomplir un acte d’autopréservation aussi désagré able risquait une mort atroce.

Cette solution rudimentaire maintint en vie la plupart des victimes, mais pas toutes. De nombreux survivants furent rongés par des problèmes de santé à vie, vie qui fut raccourcie. Plus pressante était la horde allemande qui s’avançait à nouveau vers les défenseurs battus et meurtris.

Les formations canadiennes de tout le saillant offraient une résistance robuste, garantissant que l’ennemi payait pour chaque pouce de terrain. Pourtant, lentement, progressivement, le poids de l’opposition allemande devint écrasant alors que certaines troupes gazées commençaient à céder.

Les communications étaient rompues, ainsi qu’une grande partie de la structure du commandement. Et bien qu’il restât des fortifications, les barrières s’effondraient devant les Allemands.

La situation ne fut pas aidée par le brigadier-général Turner, qui, dans son état d’épuisement au combat, interpréta mal les ordres divisionnaires et fit se replier ses hommes pendant une lutte acharnée. Incapables de décrocher du combat pendant leur retrait, les Canadiens furent plongés

dans un maelstrom et harcelés davantage dans leurs nouvelles positions, encore plus faibles. Mais pour chaque sottise, il y avait de l’héroïsme. Le lieutenant Edward Bellew, officier mitrailleur du 7e Bataillon (1st British Columbia), joua un rôle vital lors des combats en retraite. Un de ses camarades et lui, faisant fi de ses propres blessures, tirèrent sur les forces allemandes jusqu’à ce que son chargeur cesse de marcher et qu’il soit à court de munitions. Bellew détruisit ensuite l’arme déchargée, récupéra un fusil avec une baïonnette fixée et chargea l’ennemi, survivant d’une manière ou d’une autre, et finit par être capturé. La Croix de Victoria lui fut décernée.

Comme une rangée de dominos tombant l'un après l’autre, le repli de la 3e Brigade fit pression sur la 2e Brigade du lieutenant-colonel Currie, ce qui incita son commandant à prendre la décision controversée de laisser ses hommes pour aller demander de l’aide aux Britanniques en personne. Il brilla pendant la guerre, mais sa décision du 24 avril est encore vivement débattue.

Les pertes subies ce jour-là furent sans aucun doute extraordinairement lourdes : on les estime à 3 058 en 24 heures seulement.

Un soldat aveuglé (ci-contre) récupérant des effets du gaz moutarde représenté par l'artiste Eric Kennington. Le début de l'évolution des masques à gaz en 1915 (en regard).

Quiconque n’était pas préparé ou ne voulait pas accomplir un acte d’autopréservation aussi désagréable risquait une mort atroce.

symbole du courage canadien. Ces hommes avaient tenu ferme, avec force sacrifices, pour un saillant loin de chez eux.

« Lorsque les habitants des petits villages que nous avons traversés voyaient “Canadian” écrit sur notre voiture, s’est souvenu le lieutenantcolonel Nasmith, ils se donnaient de petits coups de coude et répétaient le mot “Canadian”. C’est ce nom qui était dans la bouche de tout le monde à l’époque, car il était alors de notoriété publique que la division canadienne s’était jetée dans la brèche et avait endigué la poussée des Allemands vers Calais. »

Le prix payé par les Canadiens avait été de 6 036 morts, blessés ou prisonniers.

Les survivants avaient laissé des amis, des camarades et des parties d’eux-mêmes qu’ils ne purent jamais récupérer. Pour

John Armstrong de la 3e Artillerie canadienne de campagne, les horreurs dont il avait été témoin furent résumées par un cheval blessé qui passait « avec juste la partie inférieure du corps d’un homme en selle. Au-dessus de la taille, il n’y avait rien. »

D’autres horreurs s’annonçaient avant la fin de la bataille le 25 mai 1915, date à laquelle de nombreux combats séparés firent des ravages dans les forces de l’Entente. Pour le Princess Patricia’s Canadian Light Infantry, la bataille de ce mois-là à Frezenberg fut un affrontement particulièrement déchirant lorsqu’il fut presque anéanti en défendant le saillant d’Ypres. Néanmoins, à l’instar des anciens combattants canadiens de la lutte d’avril, il tint également avec grand mérite.

La pression incessante exercée sur le personnel médical canadien

avancées, le médecin s’y rendit.

Scrimger sauva des vies jusqu’au lendemain, travaillant sous le feu des projectiles jusqu’à ce que sa position devienne intenable et qu’il ne reste plus qu’à évacuer les blessés. Un capitaine blessé ne pouvant pas être transporté, Scrimger resta près de lui malgré les tirs d’artillerie qui se rapprochaient et qui mirent le feu au bâtiment.

Le menu médecin militaire porta le soldat entre des patrouilles ennemies jusqu’à un autre poste de secours relativement sûr. La VC souligna plus tarda sa vaillance.

Le courage prit de nombreuses formes lors de la deuxième bataille d’Ypres parmi les soldats dans les tranchées, les artilleurs et les brancardiers sur le terrain. Des erreurs furent commises, mais presque tous les Canadiens gardèrent la tête haute lors de leur premier grand combat de la guerre.

Chaque soldat trouva un moyen de gérer ce qu’il avait vécu. Pour le lieutenant-colonel John McCrae, qui pleurait la perte d’un ami, ce fut en écrivant un poème qui allait bientôt devenir célèbre. L

Sœurs dans le chagrin

Parmi les familles qui pleuraient les plus de 6  500 victimes canadiennes de la deuxième bataille d’Ypres se trouvaient les sœurs Braithwaite, de Hamilton : Marjory, Mary et Dorothy. Deux d’entre elles épousèrent chacune un officier du premier contingent canadien.

Marjory épousa le lieutenant Trumbull Warren, diplômé du Collège militaire royal, président de la Gutta Percha & Rubber Company de Toronto et membre du 48th Highlanders of Canada. Trumbull partit outre-mer avec le 15e Bataillon (48th Highlanders of Canada) en tant que capitaine et adjudant de l’unité.

Mary épousa le capitaine Guy Melfort Drummond, fils du riche industriel montréalais George Alexander Drummond, un associé de la Redpath Sugar. Le jeune Drummond était également un homme d’affaires prospère et avant la guerre, il était officier du Black Watch de Montréal. Lorsque la guerre éclata, Drummond, récemment marié, se porta volontaire pour aller à l’étranger en tant que membre du 13e Bataillon (Royal Highlanders of Canada).

Le 20 avril, après que les unités canadiennes eurent occupé des positions le long du saillant d’Ypres, un énorme obus d’obusier allemand blessa Warren près de la Halle aux draps d’Ypres. Il mourut peu de temps après. Drummond fut autorisé à assister à l’enterrement de son beau-frère.

Drummond retourna dans les tranchées le 22 avril, au moment même où les Allemands lançaient la deuxième bataille d’Ypres. Alors qu’il menait une attaque pour combler une brèche dans la ligne causée par l’effondrement des troupes coloniales françaises, défaites par la première importante attaque au gaz, une balle lui traversa le cou. Drummond mourut sur le coup. Il repose au cimetière Tyne Cot de Belgique. Marjory et Mary étaient devenues veuves à deux jours d’intervalle. Leur sœur célibataire, Dorothy, quitta le Canada pour offrir son soutien à ses sœurs. Elle voyagea sur le et célébra son 25e anniversaire à bord le 5 mai. Le paquebot de croisière fut torpillé deux jours après par l’U-20. Dorothy tomba à l’eau et se noya rapidement.

Son corps n’a jamais été retrouvé; une grande croix de pierre marque sa tombe vide à Hamilton.

En Angleterre, Drummond retourna volontairement au grade de lieutenant pour pouvoir servir au front. En avril 1915, il était dans le saillant belge d’Ypres en tant que commandant en second de sa compagnie. Alors que leurs maris servaient au front, Marjory et Mary déménagèrent en Angleterre, comme le firent de nombreuses épouses d’officier.

Marjory

et Mary

étaient devenues veuves à deux jours d’intervalle.

mondiale, Marjory géra une cantine à Toronto pour le personnel militaire, ce pour quoi elle fut nommée officière de l’Ordre de l’Empire britannique.

Mary se remaria également, avec le capitaine britannique Tom Stoker, un parent de Bram Stoker, le célèbre auteur de Dracula. L

Tout au long de la Seconde Guerre mondiale, Marjory géra une cantine à Toronto pour le personnel militaire, ce pourquoi elle fut nommée officière de l’Ordre de l’Empire britannique.

Le Canada annonce une refonte de sa politique étrangère pour l’Arctique

En

1984, des soldats canadiens se sont rendus sur une petite ile désertique au milieu du passage Kennedy, entre le Groenland et l’ile d’Ellesmere.

La juridiction sur l’ile Hans était au cœur d’un petit différend entre le Canada et le Danemark depuis 1973, lorsque les deux pays avaient convenu de redéfinir les limites de leurs fonds marins qui se chevauchaient dans la région. La question de la propriété de ce caillou de 1,2 kilomètre carré était alors restée en suspens.

Les soldats ont planté un drapeau à feuille d’érable et laissé une bouteille de whisky canadien, une affirmation sur une note légère de la souveraineté canadienne.

Le ministre danois des Affaires groenlandaises a répliqué sur le même ton : quelques mois plus tard, il a fait hisser un drapeau danois et laissé une bouteille de schnaps avec une lettre où il était écrit « Bienvenue sur l’ile danoise ».

Ainsi commença la « guerre du whisky », au cours de laquelle ces amis membres de l’OTAN laissaient des bouteilles d’alcool associées à leur patrie à tour de rôle.

Ce différend frontalier fantaisiste et 17 ans de négociations ont pris fin le 14 juin 2022, lorsque des responsables canadiens, danois et groenlandais ont signé un traité divisant l’ile en deux, créant ainsi une frontière terrestre entre le Canada et le Danemark.

Cela a également permis aux Inuits des deux pays de se déplacer librement sur l’ile et dans les glaces et eaux environnantes.

« Je crois que c’était la plus amicale de toutes les guerres », a déclaré Mélanie Joly, alors ministre des Affaires étrangères. Le traité, a-t-elle ajouté, est « une victoire pour le Canada, une victoire pour le Danemark et le Groenland et une victoire pour les peuples autochtones ».

Mais, alors que le parlement danois a ratifié le traité en décembre 2023, celui du Canada ne l’a pas encore fait.

Dans une nouvelle stratégie de politique étrangère pour l’Arctique annoncée le 6 décembre 2024, le gouvernement fédéral promet de finaliser « la mise en œuvre de l’accord frontalier entre le Canada et le Royaume du Danemark concernant Tartupaluk (l’ile Hans) ».

C’est l’une des solutions les plus simples que le document apporte. Le contraste est saisissant avec son intention de lancer des négociations avec les États-Unis sur la mer de Beaufort, potentiellement riche en ressources, que le président américain Donald Trump convoite apparemment (tout comme le Canada et le Groenland).

La stratégie vise à résoudre des problèmes plus graves, en grande partie causés par l’invasion continue de l’Ukraine par la Russie et le changement climatique, qui devrait faire de l’océan Arctique « une route maritime de plus en plus viable entre l’Europe et l’Asie » d’ici 2050. Les États non arctiques, en particulier la Chine, montrent un intérêt et une présence en Arctique croissants.

INSTANTANÉS

Comme le souligne la stratégie, « l’Arctique nord-américain n’est plus à l’abri des tensions. Le Canada doit travailler encore plus étroitement avec son plus proche allié, les États-Unis, afin de maintenir la sécurité du territoire nord-américain que nous partageons. Le Canada doit également être plus proche que jamais de ses alliés nordiques. »

Elle note qu’une diplomatie efficace est « indispensable pour façonner l’environnement international afin de défendre [...] les intérêts [...] du Canada [...] et de désamorcer toute crise avant qu’elle ne devienne un conflit. »

Ottawa devait nommer un ambassadeur de l’Arctique pour bien représenter les intérêts du Canada. Le gouvernement a également l’intention d’établir de nouveaux consulats en Alaska et au Groenland et de soutenir davantage les recherches liées à la sécurité et à la science dans l’Arctique.

En attendant, la stratégie explique que le Canada investit pour que ses militaires aient le nécessaire pour opérer dans ce « contexte géopolitique en évolution ». D’ici 2030, précise-t-elle le Canada aura presque triplé ses dépenses en matière de défense par rapport à 2015. L

Bénévolat dans la communauté

M. Pierre Gosselin et M. Yvon Ouellette (grand-père du gagnant), Xavier Ouellette est au centre. Mme Carol Mazurat, l’organisatrice, M. Marc Friolet, 2ème vice président de la filiale 265 sont à la droite de la photo. ALCIDE MAILLET

Survol des prestations de 2025 pour les anciens combattants

Conformément à la Loi sur les pensions, Anciens Combattants Canada a augmenté de 2,6 % les pensions, indemnités et allocations versées en 2025. ACC ajuste le taux des pensions d’invalidité et des allocations chaque année, le 1er janvier. L’augmentation de cette année se base sur l’indice des prix à la consommation, conformément à la Loi sur les pensions.

PENSIONS D’INVALIDITÉ SELON LA LOI SUR LES PENSIONS

La lourdeur de l’invalidité s’exprime en pourcentage, l’invalidité totale étant évaluée à 100 %. Quand une invalidité donnant droit à une pension est évaluée à moins de 100 %, la pension est proportionnellement moindre. Voici des exemples de pension mensuelle pour 2025.

Le bénéficiaire dont l’invalidité est évaluée à moins de 5 % perçoit un seul versement.

PENSIONS

DE

SURVIVANT SELON LA LOI SUR LES PENSIONS

TAUX MAXIMAL

ALLOCATIONS MENSUELLES VERSÉES EN VERTU DE LA LOI SUR LES PENSIONS

INDEMNITÉ POUR DOULEUR ET SOUFFRANCE

Les indemnités d’invalidité en vertu du Règlement sur le bienêtre des vétérans peuvent être versées en un montant forfaitaire, en montants annuels ou en une combinaison des deux.

ALLOCATIONS AUX ANCIENS COMBATTANTS

Les allocations d’ancien combattant versées aux clients à faible revenu sont réajustées les 1er janvier, 1er avril, 1er juillet et 1er octobre. Les taux actuels sont les suivants.

SOUTIEN DU REVENU DES FORCES CANADIENNES

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ARTÉFACTS Alex Bowers

BUTIN CÉRÉMONIEL

La remise à l’Ontario de la masse du Haut-Canada, prise de guerre américaine de 1812, un symbole de l’évolution des relations transfrontalières

es forces américaines se sont emparées de la masse du Parlement du Haut-Canada, l’Ontario, lors de la bataille de York du 27 avril 1813, pendant la guerre de 1812, déclara le président américain Franklin Roosevelt le 4 mai 1934. Cette masse, symbole de l’autorité législative à York (désormais Toronto) depuis 1792, est conservée à l’Académie navale des États-Unis, à Annapolis. »

Taillé dans du bois tendre, peut-être du sapin ou du pin, et mesurant 142 centimètres de longueur (4 pi 8 po), ce butin américain vieux de plusieurs siècles était considéré d’apparence primitive malgré sa valeur symbolique pour la gouvernance anglo-canadienne. Les chroniqueurs le décrivaient souvent comme doré avec des touches de rouge, mais il s’agissait simplement de peinture couleur or.

Cependant, en s’en emparant ce jour fatidique d’avril, « les soldats et les marins de la jeune république [américaine] ont snobé la majesté de la Couronne, le roi George III en personne », explique Ewan Wardle, qui travaille au lieu historique national du Canada Fort-York.

Les masses furent des armes privilégiées au Moyen Âge. Tel était le cas des évêques martiaux de la période médiévale, qui ne pouvaient pas utiliser d’armes pouvant faire couler le sang, telles que les épées, car ils obéissaient à la loi canonique. Une massue permettait donc

de respecter les serments faits à Dieu tout en accordant aux membres du clergé la possibilité de se défendre contre des adversaires portant casque et armure.

Dès le XIIIe siècle, les masses firent l’objet d’une déférence dans le cadre de cérémonies. Elles devinrent par la suite des symboles de l’autorité législative pour les présidents du Parlement britannique, puis, à partir du XVIIIe siècle, au sein des colonies canadiennes de l’Empire britannique.

En 1813, la masse du Haut-Canada se trouvait à York, après le déménagement de la capitale provinciale de Newark (aujourd’hui Niagara-on-the-Lake, Ontario) en 1796.

À York, après avoir traversé le lac Ontario à bord de quelque 14 navires, une force d’environ 2 700 soldats et marins américains lança une attaque en avril 1813.

La supériorité numérique des envahisseurs commandés par le brigadier-général Zebulon Pike contre la défense de 700 hommes du général britannique Roger Sheaffe fut vite manifeste. Pour les miliciens, les guerriers Mississauga et Ojibwa et les 300 débardeurs du Canada chargés de la défense de York, c’était clairement

La masse du HautCanada fut le trophée de guerre prisé du brigadier-général américain Zebulon Pike (encart à gauche) après avoir vaincu le général britannique Roger Sheaffe lors de la bataille de York en avril 1813 (en regard).

1,2

12

2 500

121

18

Longueur approximative de la masse en mètre

Diamètre de la couronne à la tête de la masse en centimètres

Monnaie estimée, en livres, volée dans la trésorerie de York pendant la bataille

Années pendant lesquelles la masse est restée entre les mains des Américains

Sessions parlementaires tenues à l’Assemblée législative de l’Ontario (après la Confédération) avant le retour de la masse

Avant d’incendier les bâtiments gouvernementaux de York, plusieurs objets symboliques, dont la masse, furent emportés en tant que butins de guerre

une cause perdue. Et la résistance britannique à Fort York ne pouvait pas endiguer ce raz-de-marée. Voyant la situation désespérée, Sheaffe ordonna à son armée de se replier à Kingston, mais d’abord de mettre le feu à un magasin de poudre à canon. L’explosion causa la mort de Pike, qui rendit l’âme la tête sur un Union Jack pris à l’adversaire. Furieux, les Américains et leurs sympathisants canadiens mirent la ville à sac. Quelque 2 500 livres furent également volées à la trésorerie; des parties démantelées du navire de guerre Duke of Gloucester furent volés; et avant d’incendier les bâtiments gouvernementaux de York, plusieurs objets symboliques, dont la masse, furent emportés en tant que butins de guerre.

Les Britanniques prirent leur revanche en incendiant Washington, D.C. l’année suivante, mais le sceptre législatif du HautCanada resta aux États-Unis pendant 121 ans, jusqu’au 4 juillet 1934, journée du dévoilement d’un mémorial à Toronto dédié aux pertes américaines lors de la bataille de York.

« Depuis l’accord de 1817, avait déclaré Roosevelt lorsqu’il exhortait au retour de l’artéfact pillé, aucun des deux pays n’a […] maintenu d’armement hostile de son côté de la frontière; et chaque année qui passe cimente la paix et l’amitié entre [leurs] peuples. »

Bien qu’elle ait été remplacée – plusieurs fois, en fait –, la masse du Haut-Canada est désormais exposée à l’Assemblée législative de l’Ontario à Toronto. L

À VOTRE SERVICE

À VOTRE SERVICE est une notice rédigée par des officiers d’entraide des directions de la Légion. Pour communiquer avec un officier d’entraide, composez le 1-877-534-4666 ou consultez le site Web d’une direction. Consultez www.legionmagazine.com pour accéder à des années d’archives.

Aide et conseils sans frais pour les anciens combattants

Les anciens combattants ont fait d’immenses sacrifices pour servir leur pays, et il est juste qu’ils bénéficient d’avantages et de soutien qui assurent leur bienêtre physique, émotionnel et financier. Cependant, pour de nombreux anciens combattants et leurs proches, s’y retrouver dans le monde complexe des prestations, des indemnités et des programmes d’aide d’Anciens Combattants Canada peut être une angoisse. La Légion royale canadienne dispose d’officiers d’entraide aux niveaux national et provincial, des professionnels hautement qualifiés avec une habilitation de sécurité gouvernementale qui peuvent alléger ce fardeau. Ces experts se sont engagés à guider et à aider les

anciens combattants, notamment les personnes qui sont encore en service, les membres de la GRC et leurs familles, dans les arcanes bureaucratiques souvent intimidants de l’accès aux avantages et aux services auxquels ils ont droit. Il existe malheureusement des organisations qui exploitent les vulnérabilités physiques, émotionnelles et financières des anciens combattants en facturant des frais de service ou en prenant un pourcentage sur les avantages accordés. Certains groupes peuvent également prétendre offrir une aide gratuite, mais profitent souvent d’une manière ou d’une autre des difficultés des anciens combattants, plutôt que de les aider réellement. Ce n’est pas seulement contraire à l’éthique, c’est moralement

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Les officiers d’entraide de la Légion, en particulier, sont des alliés de confiance pour une défense des intérêts inestimable. Ils ont une incidence déterminante sur la vie des personnes qui ont servi le Canada. Communiquez avec eux par téléphone au 1-866-534-4666 ou par courriel à veteransservices@legion.ca. L

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