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du 25/03/10 au 22/04/10 | un gratuit qui se lit

Le Ballet

National

en crĂŠation

ier se h a c nes jeu


Politique culturelle Les Scènes conventionnées en Région PACA Les femmes dans la culture Les Ateliers de l’EuroMéditerranée

4à7 8 9

Événements Festival Les Musiques, Latcho Divano, les Bernardines

10, 11

Théâtre Théâtre et littérature La Criée, les Bernardines, Martigues Gyptis, Théâtre du Têtard Gymnase, Lenche Jeu de Paume, Toursky Jeu de Paume, ATP (Aix), Berre l’Étang Avignon Ouest Provence, Cavaillon Au programme

12, 13 14 15 16 17 18 20 21 22 à 25

Danse Merlan, Pavillon Noir Aubagne, MOD, BNM, Merlan Au programme

26 28 29

Arts visuels Au programme Le Carré d’art (Nîmes), la Galerie Negpos (Nîmes) BJCEM, Galerie des Musées (Toulon) 3e rue Galerie, Prix Mourlot Château de Servières, édition P.

30, 31 32 33 34 35

Cinéma Les rendez-vous d’Annie, Salon-de-Provence ASPAS, Aubagne Maison de la Région, Latcho Divano, Les Variétés

36 37 38

Musique GTP Concerts Lyrique Concerts Disques

39 40, 41 42 43 à 48 53

Livres Art, littérature Rencontres littéraires Rencontres

54 à 57 58, 59 60

Histoire ABD Gaston Defferre, Quinson

61

Sciences Le Centre de Physique des Particules de Marseille, au programme

62, 63

Philosophie Le Beau, livre ZIBELINE JEUNESSE Événements Les Rencontres du 9e art, la Folle histoire des arts de la rue Festo Pitcho, Galerie d’art du CG Éducation Averroès junior, le Merlan Les Salins, Fondation Vasarely Spectacles Kelemenis, le Gymnase Concerts d’Aix, espace Van Gogh, théâtre Comoedia PôleJeunePublic, Odéon, Massalia Badaboum théâtre, Sirènes et midi net, Minoterie Au programme Livres/disques

64, 65

I II III IV V VI VII VIII IX à XI XII à XIV

Presque un sur quatre 23%. Incroyable, atterrant. 23%. Avons-nous parmi nos amis, notre famille, nos collègues, des gens qui votent FN ? Ils sont pourtant plus d’1 sur 5, 2 sur 5 à Cavaillon où Le Pen arrive en tête… Mais que se passe-t-il dans notre région pour rendre cela possible ? Vote de haine, de terreur… on a tout dit sur la nature de ce geste électoral que peu de gens avouent. Bien sûr il ne place (presque) jamais les élus FN en position de diriger des villes (Toulon et Vitrolles en ont mesuré les ravages, et Orange en souffre toujours), encore moins des Régions ou l’État. Un réflexe salutaire opère… Bien sûr le vote «frontiste» resurgit en période de crise politique, et les électeurs de Le Pen séduits un temps par Sarkozy ont simplement regagné, pour une part, leurs pénates originelles (ils étaient 400 000 à voter FN en PACA en 2004, ils ne sont «plus que» 300 000, abstention aidant). Bien sûr certains débats prétendument politiques ont exacerbé dans l’électorat des sentiments sordides, en stigmatisant une population en difficulté d’intégration. Et bien sûr la gauche dans notre Région, sachant que le Pen ne la menaçait pas (il est troisième dans tous les départements) a fait campagne sur son bilan puis son union, sans approcher de cette zone sombre qu’il aurait fallu, même si cela coûtait, regarder. Mais ce ne sont que des arguments circonstanciels, et la maladie démocratique est plus grave. Chronique, tenace. Elle entraîne les jeunes immigrés dans un refus d’une société qui les rejette, cercle vicieux dont on aura du mal à briser la logique : des ghettos scolaires, sociaux, géographiques, sont aujourd’hui installés, avec leur cortège de violences, de laideur, d’incompréhension et de misère. Les seuls remèdes sont de cheval : il faut évidemment lutter pour que la destruction des services publics et des collectivités territoriales cesse dès à présent. Mais le monde de la culture et de l’éducation doit surtout travailler, patiemment ou brutalement, à changer les consciences. En rappelant l’Histoire et en attisant, par l’art et la connaissance, les sentiments nobles qui habitent chacun. Et non les émotions putrides dont ce collègue, cet ami, ce proche (un sur quatre !) a tellement honte qu’il nous les cache. AGNÈS FRESCHEL

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POLITIQUE CULTURELLE

LES SCÈNES CONVENTIONNÉES EN RÉGION

Les Scènes conventionnées de Elles sont un des maillons essentiels de la diffusion du spectacle vivant, et un soutien permanent à la création Les Scènes conventionnées, ensemble disparate de théâtres plus ou moins aidés par l’État, sont régies par la circulaire n°168110 du 5 mai 1999 du ministère de la culture et de la communication : «Le programme des scènes conventionnées s’adresse à des lieux de diffusion et de production

dont l’État souhaite encourager et accompagner une partie du projet artistique ou culturel.» Nettement moins aidées que les Scènes nationales par l’État, leur conventionnement porte sur une partie seulement de leurs activités, pour une durée renouvelable de trois ans : «Le soutien apporté par

le ministère de la Culture concerne un programme d’actions précis. Il ne constitue donc pas une aide au fonctionnement de la structure mais un soutien à des activités identifiées, sur une base triennale.» Cette reconnaissance de l’État implique une subvention croisée des villes et des collectivités territoriales, et «peut convoquer toutes les disciplines du spectacle vivant et toutes les formes du travail d’action culturelle et éducative.» En clair il y avait en 2008 en France 108 Scènes conventionnées : 46 pour le théâtre, 28 pour la danse, 19 musique, 9 écritures contemporaines, 16 jeune public (total supérieur à 107 car certaines ont deux conventionnements). Elles recevaient de l’État 880 000 €, ce qui correspond à 13% de leurs subventions.

l’extérieur des frontières de Provence-Alpes-Côte d’Azur.» Ces pôles reçoivent de la région une subvention plus importante, dont ne bénéficient pas le Jeu de Paume et la Minoterie. Pour ce qui est des missions pour lesquelles elles sont conventionnées, on constate une absence de conventionnement musique, alors qu’elles représentent 18% des conventionnements nationaux, une absence également de conventionnement spécifiquement théâtre : les scènes de Paca se concentrent plus qu’ailleurs sur les écritures contemporaines, les publics, la danse, les compagnies régionales. Elles sont réparties assez également sur le territoire, les grosses Scènes conventionnées palliant l’absence de Scènes nationales dans les départements 83, 06 et 04. Dans les Bouches du Rhône la situation est plus complexe, chacune des 4 Scènes conventionnées correspondant à une spécificité de son territoire : le Théâtre d’Arles, dans un territoire encore enclavé, n’est pas comparable au Séma-

phore, qui œuvre depuis 20 ans à la cohésion d’une ville socialement sinistrée. Ou à la Minoterie, lieu ouvert inscrit dans une ville aux multiples théâtres (bien plus subventionnées qu’elle), mais sans espace de répétition… Les perspectives de ces scènes diffèrent donc sensiblement : moins dépendantes de l’État, elles semblent moins subir la crise… mais souffrent d’une absence de perspective de développement. En particulier Grasse, qui aurait tout pour devenir Scène nationale, si l’État n’avait donné très clairement ses consignes : François Fillon, dans sa lettre de mission à madame Françoise Miquel (oct 2009), contrôleur général des finances chargé de réduire les dépenses du ministère de la Culture, recommande, entre autres «rationalisations», la «réforme des modalités d’intervention de l’État dans le spectacle vivant.» Les temps ne sont pas à la reconnaissance du travail accompli…

Et en PACA ? Il y a sept Scènes conventionnées, ce qui est peu eu égard à la population et au territoire. Elles sont d’échelle très différente, trois d’entre elles ayant, par exemple, plus de subventions que la Scène nationale de Cavaillon, et l’une, Grasse, plus de public que les Scènes nationales de la région. Parmi ces trois «grosses» Scènes conventionnées, Draguignan et Grasse ont des répartitions de subventions proches des Scènes nationales, hormis l’État, alors que le Jeu de Paume a un subventionnement proche d’un Théâtre municipal. Toutes, sauf le Jeu de Paume et la Minoterie, sont également des Pôles Régionaux de Développement culturel, label délivré par la région Paca aux scènes nationales ou conventionnées qui «équilibrent l’aménagement culturel du territoire régional, constituent des centres de résidence, de création et de production artistique, qui irriguent largement les territoires dans lesquels ils sont implantés.» Ces pôles doivent «être capables de créer un réseau entre eux» mais aussi d’être «largement reconnus à

AGNES FRESCHEL


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la Région Les dispositifs particuliers relèvent des politiques de la ville (CUC) des classes à option théâtre, des actions en milieu scolaire, à l’hôpital, des aides à l’emploi ADAC, du fonds européen FEDER… Ce ne sont pas des subventions pérennes, et elles sont généralement dégressives. Ces chiffres ne comprennent pas la mise à disposition des lieux et des personnels, ni les aides à l’achat de spectacles. Ils ne comprennent pas non plus les recettes propres (ventes de places, subventions privées, mécénat)

Théâtre de Grasse Zibeline : Avez-vous subi, ces dernières années, des baisses de subvention ? Jean Florès : Oui, une baisse de 20% du Conseil Général des Alpes-Maritimes. Quant aux autres subventions elles stagnent, ce qui correspond à une baisse dans les faits. Dans quels termes êtes-vous conventionnés et pour quelles missions ? Nous sommes conventionnés pour la danse et le nouveau cirque. Cela correspond à notre histoire : dès avant notre conventionnement nous accompagnions la Cie Castafiore, implantée avec nous depuis 12 ans. Pour le cirque il y a ici une grande école, avec une classe professionnelle. Il y avait à l’époque une carence sur le territoire en matière d’offre dans ces deux domaines : le CDN de Nice est vraiment orienté théâtre, donc il y a une complémentarité territoriale. Quels avantages tirez-vous de ce conventionnement ? Je suis satisfait quant aux orientations, mais pas quant aux moyens ! Nous constatons et déplorons un déséquilibre des subventions de l’État par rapport à notre territoire -il y a un million d’habitants dans les AlpesMaritimes-, à notre travail auprès de

notre public -près de 40000 spectateurs-, à la multiplicité de nos actions pédagogiques, à notre volonté de démocratiser le spectacle contemporain et de faire travailler les compagnies régionales. Et puis par rapport aux 120 spectacles que nous accueillons, c’est-à-dire 322 représentations… Il y a un vrai problème de maillage territorial sur le 06, il n’y a pas de salles dans les petites villes, alors qu’il y a une vraie demande du public ! Mais à la DRAVC on nous répond que pour nous labelliser il faudrait enlever le label à une autre scène de la région… ce qui est insupportable ! Avez-vous des obligations envers les artistes et les compagnies de la région ? À strictement parler, pas dans les termes de notre conventionnement ! Mais nous sommes aussi Pôle Régional, statut qui implique un soutien à nos compagnies. Et puis dans les faits il va de soi : nous accueillons Catherine Marnas, Renaud Marie Leblanc… de nombreuses compagnies régionales, par plaisir ! ENTRETIEN REALISE PAR AGNÈS FRESCHEL

Théâtre du Jeu de Paume, Aix Zibeline : Avez-vous subi, ces dernières années, des baisses de subvention ? Dominique Bluzet : Non. Ni hausse ni baisse. Nos subventions sont stables. Dans quels termes êtes-vous conventionnés et pour quelles missions ? Pour le soutien à la création et les compagnies émergentes. Un travail sur le long terme ! Bien entendu on y investit beaucoup plus qu’on ne reçoit (45 000€ ndlr). On oriente une partie de cet accompagnement vers le jeune public, dans un souci de formation des publics. Ce conventionnement est-il une contrainte ? Non, dans la mesure où il vient entériner une politique que nous avions déjà. Mais nous sommes le plus faiblement conventionné de la région : l’État met très peu d’argent pour le théâtre à Aix-en-Provence, nous sommes le seul théâtre qu’il aide, et dans notre budget sa subvention est plus symbolique qu’autre chose. Comment accompagnez-vous les compagnies régionales ? Par des résidences de création : cette

saison nous en accueillons deux jeunes publics, et deux adultes. En termes de programmation également, d’achat de spectacle. Et puis surtout en terme de production pour certaines, avec aide à la diffusion dans le temps, sur 18 mois, et recherche de co-productions dans les lieux et les festivals que nous connaissons. Le Jeu de Paume fonctionne-t-il indépendamment du Gymnase, que vous dirigez également ? Non : nous avons volontairement bâti un pôle théâtral à deux têtes, Aix et Marseille. Nous n’y programmons pas les mêmes spectacles, et ceci pour doubler l’offre faite au public : nous parions que le public se déplacera entre les deux villes. Et cela marche ? Oui, 60% du public fréquente les deux théâtres. Ce qui signifie qu’au niveau du théâtre, Aix Marseille est vraiment une métropole… ENTRETIEN REALISE PAR AGNÈS FRESCHEL


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POLITIQUE CULTURELLE

LES SCÈNES CONVENTIONNÉES EN RÉGION

Le Sémaphore, Port-de-Bouc Zibeline : Avez-vous subi, ces dernières années, des baisses de subventions ? Pierre Grafféo : Non, mais les subventions stagnent. Ce qui équivaut à une baisse. Dans quels termes êtes-vous conventionnés ? Nous sommes conventionnés pour les publics, et j’insiste sur le pluriel. Le public n’est pas homogène, et le Sémaphore doit être un théâtre de proximité, qui fait venir des publics qui n’en avaient pas forcément l’habitude. Ce conventionnement impose-t-il des contraintes ? Au contraire, les conventions garantissent une liberté totale sur le projet artistique. Bien sûr on est soumis

à un bilan pour évaluation après chaque saison. Il est évident qu’on reçoit de l’argent public pour rendre accessible ce qu’on ne verrait pas dans le circuit privé, pour proposer une confrontation avec une programmation exigeante… mais ouverte à tous, avec des actions culturelles dans les collèges et les lycées, avec des ateliers de pratiques adultes et ados. Cela correspond-il à votre territoire ? Oui, c’est cette appartenance aux réseaux de Scènes conventionnées et aux Pôles régionaux de développement culturel qui nous permet de continuer à investir l’action sociale et culturelle de la commune. On peut d’ailleurs remarquer que plus de 60% du

public vient de la Ville de Port-de-Bouc. Avez-vous des obligations envers les artistes et compagnies de la région ? Chaque tutelle qui nous soutient a un cahier des charges : il faut donc mettre en cohérence le soutien de l’État avec le soutien aux compagnies de la région… Nous travaillons beaucoup avec un certain nombre de compagnies régionales, on peut même parler de fidélité avec certaines, de compagnonnage. ENTRETIEN RÉALISÉ PAR DOMINIQUE MARÇON

Théâtres en Dracénie, Draguignan Zibeline : Avez-vous subi, ces dernières années, des baisses de subvention ? Odile Thiériot : Non, aucune baisse depuis que j’ai pris la direction de Théâtres en Dracénie, en juillet 2006, hormis le Conseil général l’année dernière. Dans quels termes êtes-vous conventionnés et pour quelles missions ? Théâtres en Dracénie est conventionnée dès l’enfance et pour la danse. C’est aussi un Pôle régional de développement culturel. Pour moi, le fait d’être une scène conventionnée renforce l’identité du lieu et permet de développer notre programmation qui était auparavant plus généraliste. On s’est appuyé sur le festival Larguez les amarres ! pour créer, dans le prolongement, le festival dédié à l’enfance Amarelles que j’ai ouvert à d’autres disciplines, comme le cirque, et à d’autres compagnies. J’aime aussi créer des passerelles avec les arts visuels, tendre vers des formes nouvelles à la lisière du théâtre, de la danse,

du cirque… Amarelles est un temps fort dans une programmation jeune public proposée toute l’année. Notre festival de danse, Les Vents du levant, a une coloration plus internationale car la danse le permet, cela montre en quoi la création chorégraphique se nourrit de la création internationale. Quelles contraintes cela entraîne-t-il ? Et quels avantages ? Il y a bien sûr des contraintes, comme réussir nos festivals par exemple ! Mais le conventionnement a l’avantage de rendre le projet plus fort et plus lisible. Ce conventionnement correspond-t-il à votre territoire, à votre public ? Le territoire du pays Dracénois est vaste. Du coup, le théâtre a mené un vrai travail en profondeur en direction des publics, du jeune public et des scolaires notamment. L’équipe est constituée de trois personnes aux relations publiques et deux à la communication. Au niveau de la billetterie, les ventes

représentent 1/3 Draguignan, 1/3 Dracénie et 1/3 extérieur (Salernes, Brignoles…). Notre public a beaucoup augmenté depuis 2006, on le voit au niveau des ventes des cartes Libre saison : 150 la première année, 1300 la seconde et 1800 l’année suivante. Ces cartes permettent d’avoir des réductions sur les spectacles, donnent une grande souplesse et fidélisent le public. Avez-vous des obligations envers les artistes et les compagnies de la région ? Oui, nous sommes là pour soutenir la création régionale. Ces obligations se sont traduites en 2008/2009 par de nombreux accueils en résidence. Les projets se montent au fur et à mesure, mais il faut que leur présence soit conséquente tout au long de l’année avec 2 à 3 compagnies par semestre. ENTRETIEN RÉALISÉ PAR MARIE GODFRIN-GUIDICELLI

Théâtre Durance, Château-Arnoux Zibeline : Avez-vous subi, ces dernières années, des baisses de subvention ? Robert Pasquier : Non, mais nous ne sommes ouverts que depuis septembre 2007 ! Dans quels termes êtes-vous subventionnés ? On est Scène conventionnée pour le jeune public, les résidences de création et les actions transfrontalières. Cela impose-t-il des contraintes ? Cela correspond au projet artistique que nous avons écrit et soumis aux tutelles : initier un dialogue entre les publics et leur territoire à travers une offre artistique, par le biais du travail des compagnies. Le but final étant la sensibilisation à la création artistique : les résidences de création sont le cœur même de notre propos, et la labellisation jeune public correspond également à ce travail de médiatisation culturelle. Quant au Pôle transfrontalier, on a soumis

notre projet avec l’Italie à l’Europe, qui l’a validé. Il n’y a pas de contraintes puisque le label de conventionnement a repris la charpente du projet artistique. C’est plutôt une liberté, voire une protection, par rapport à toute tentative d’instrumentalisation du théâtre. Ce conventionnement correspond à votre territoire ? Il est même dicté par le projet artistique initial. Sur ce territoire préalpin, rural, et vierge, comment aller vers le public ? Notre réponse est la sédentarisation de l’artistique. La scène est donc à disposition des compagnies qui peuvent venir y travailler et y créer. Il faut associer des compagnies au théâtre. Vous sentez-vous des obligations envers les artistes de la région ? Nos missions sont spécifiques dans le cadre du pôle transfrontalier, et nous sommes aussi pôle régional de développement culturel. Nous accueillons des

compagnies piémontaises, et faisons le lien entre la vie culturelle du bassin de Turin et la vie artistique de la région PACA. On essaie surtout d’avoir le moins de contraintes possibles pour que les créateurs trouvent un lieu qui soit le plus parfaitement adapté à la création contemporaine. En moyenne on fait 3 ou 4 résidences de créations par an. Des résidences lourdes qui durent entre 30 et 40 jours ouvrables, et permettent réellement de créer un spectacle, et de travailler avec les artistes sur le territoire. ENTRETIEN RÉALISÉ PAR DOMINIQUE MARÇON


La Minoterie, Marseille Zibeline : Avez-vous subi, ces dernières années, des baisses de subvention ? Pierrette Monticelli : Pas de baisse, mais pas de hausse depuis 8 ans, et la fin du financement d’un poste par la Région. Ce qui est pour nous une catastrophe : nous devrions en 2012 emménager dans de nouveaux murs, avec de nouvelles missions, un nouveau projet artistique très ambitieux ; si nos moyens n’augmentent pas, comment allons nous faire? Actuellement nous n’avons pas de directeur technique… Il est difficile de prévoir le développement qu’on nous demande si on n’augmente pas nos moyens ! En quels termes êtes-vous conventionnés ? Pour les expressions contemporaines. Nous devons aussi accompagner les compagnies régionales dans notre convention avec la région. Ce conventionnement est-il une contrainte ? Pas dans les termes bien sûr, mais dans

les faits ! La plupart des théâtres à Marseille sont plus subventionnés que nous, et ceci sans nos missions : sans notre bibliothèque théâtrale, qui est un vrai centre de ressources, et est ouverte toute la journée, ce qui nécessite du personnel… sans accueillir, parce que nous avons construit ce lieu en pensant à la pénurie d’espace de répétition, le travail de plus de quarante compagnies par an. Nous allons bien au-delà de notre cahier des charges, nous travaillons avec 3 lycées et un collège, faisons du théâtre à l’hôpital… Et nous prenons le pluriel d’«expressions contemporaines» au sérieux, accueillons de la danse, de la musique contemporaine, mais aussi des expos, des lectures de textes contemporains, souvent inédits. Nous avons besoin que les collectivités, en particulier la Région, nous aide davantage… ENTRETIEN RÉALISÉ PAR AGNÈS FRESCHEL

Théâtre d’Arles

Zibeline : Avez-vous subi, ces dernières années, des baisses de subventions ? Valérie Deulin : Non, on a même connu une petite hausse. Notre structure est jeune et peu dotée. Il y a deux ans, la Ville a redonné un peu d’argent. Le CG également. Mais le théâtre a été réouvert en 2001 après 10 ans de fermeture, il a encore besoin de se développer. Dans quels termes êtes-vous conventionnés ? Pour des écritures d’aujourd’hui. Cela amène t-il des contraintes, des avantages ? C’est un terme relativement générique. On peut dire que tout ce qui est créé aujourd’hui fait partie des écritures d’aujourd’hui. Mais le travail que je mène est très orienté sur des choses émergentes, donc sur la jeunesse aussi, et les nouvelles formes du spectacle vivant. Donc ce conventionnement est plutôt un avantage. Est-ce que ce conventionnement convient à votre territoire, à votre public ? Oui parce que le terme Des écritures d’aujourd’hui est suffisamment vaste pour prendre en compte un territoire et sa population. C’est un faux débat que de prétendre que les gens n’aiment pas les spectacles très contemporains. Pour moi le théâtre doit parler de son temps, dans la langue de son temps ; mais pas seulement, on est fait aussi de mémoire, d’histoire. Mais je pense qu’aujourd’hui,

compte tenu de ce que l’on vit, parler de notre temps est presque une mission. Cet intitulé permet de parler vraiment d’aujourd’hui. De plus c’est un petit théâtre, dans une ville moyenne. Les spectateurs ont un rapport de proximité au plateau ; on peut travailler à échelle humaine. Avez-vous des obligations par rapport aux artistes de la région ? On est, en plus d’être une scène conventionnée, un Pôle de développement culturel, financé par la Région, ce qui implique d’apporter une aide aux compagnies régionales, qui peut être de l’ordre de la diffusion, mais aussi de l’accompagnement type résidence, de la production… Il est très important de souligner le rôle que jouent les scènes conventionnées en général : elles ont toutes des spécificités, ce qui permet d’avoir des projets orientés. Cela crée un paysage de propositions varié. Les scènes conventionnées, souvent, participent à l’émergence de la création. Un certain nombre de jeunes artistes sont soutenus par les scènes conventionnées. C’est une chaîne. La rompre, ce serait casser la création. On est dans un pays où la création est extrêmement vivace. On ouvre de l’imaginaire, on participe à la création de l’intelligence. On a une mission qui est, pour l’instant, d’ordre public. ENTRETIEN RÉALISÉ PAR DOMINIQUE MARÇON


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POLITIQUE CULTURELLE

La chaîne Arte, culturelle, ne trouve pas mieux que de diffuser en ce 8 mars les Sept samouraïs, un des rares films qui ne comporte aucune femme au générique ! Mais qui s’en rend compte? Marguerite Duras écrivait en 1987 dans La Vie Matérielle : «Depuis 1900, on n’avait pas joué une pièce de femme à la Comédie-Française, ni chez Vilar, au T.N.P., ni à l’Odéon, ni à Villeurbanne, ni à la Schaubühne, ni au Piccolo Teatro de Strehler, pas un auteur femme ni un metteur en scène femme. […] Il a fallu attendre 1965 pour que Des journées entières dans les arbres soit jouée. Le succès a été grand. Mais aucun critique n’a signalé que c’était la première pièce de théâtre écrite par une femme qui était jouée en France depuis près d’un siècle.» Des changements depuis 1965 ? En 2006, grâce à un rapport de Reine Prat1, la sous-représentation des femmes a éclaté au visage d’un monde culturel qui se croyait au moins progressiste : 92% des théâtres dirigés par des hommes, 94% des orchestres, 85% des textes programmés dans les théâtres publics, et 78% des mises en scènes. Même le monde de la danse était majoritairement masculin (59%). Plus étonnant encore : les personnages des pièces contemporaines sont pour plus de 60% des hommes ! De plus, lorsque des femmes sont programmées dans les institutions, c’est fréquemment en tant que co-auteure, co-metteuse en scène, et dans les petites salles. Elles réussissent pourtant, avec 8% des moyens accordés aux metteuses en scène, à produire 15% des spectacles. Et celles qui dirigent des scènes nationales y parviennent avec 30% de moyens en moins que leurs confrères… Trois ans après ce constat, et les préconisations de Reine Prat (veille statistique sexuée annuelle assurée par le ministère, groupes féminins de réflexion par domaines et par régions, politique volontariste de nominations de femmes directrices par le ministère), on note des femmes à la tête des théâtres nationaux, une progression relative à la direction des scènes nationales et des orchestres (la majorité masculine y est un peu moins écrasante), mais un net recul des femmes dans les centres chorégraphiques… Quant à la présence des artistes femmes dans les programmations, elle est toujours aussi faible, parfois scandaleusement comme au Théâtre de l’Odéon (0%) ou au Festival d’Avignon, où les femmes se voient réserver le rôle de co-réalisatrice, ou obtiennent de petites places dans des cycles et des

LES FEMMES DANS LA CULTURE

Tous nos jours sont de la femme Le 8 mars. Comme tous les ans la condition féminine s’évoque ça et là, dans les facs, à la télé, dans quelques manifestations. Qu’en est-il dans le monde de la culture ? lieux particuliers. Aucune femme de théâtre, hors Ariane Mnouchkine, n’a jamais été programmée dans la Cour d’Honneur en 60 ans…

Et le nous d’ici ? Pourtant notre Région est un peu moins mal lotie que d’autres : certes comme ailleurs les Centres Dramatiques et Chorégraphiques Nationaux, les Opéras, Conservatoires et Écoles Supérieures sont tous dirigés par des messieurs. Mais nous avons tout de même deux Scènes Nationales sur quatre dirigées par des femmes, la Direction des Musées marseillais également, et deux sur sept des Scènes Conventionnées… plus une autre par un couple. C’est d’ailleurs une spécialité de la région, cette co-direction mixte (Les Bernardines, la Minoterie, le Gyptis, le Festival d’Avignon…). Comme si les femmes avaient besoin des hommes pour diriger correctement ? On pourrait considérer que ce bilan n’est pas trop mauvais : les chefEs d’entreprises en France sont 17%, 8% si l’on considère les entreprises de plus de 250 salariés. Le secteur culturel dans son ensemble n’est donc pas plus rétrograde que le reste de la société, en particulier dans notre région. Mais la question des postes de direction n’est pas forcément la plus pertinente. Le sexisme est un essentialisme (c’est-à-dire une idéologie qui, comme le racisme, repose sur une idée de différence de nature entre les êtres). La lutte féministe n’est donc pas seulement une lutte politique (la loi dans nos contrées est aujourd’hui égalitaire), mais une bataille qui doit se conduire dans les consciences (et les inconscients !). Si l’on détaille les programmations des lieux dirigés par des femmes, elles ne sont guère (sauf exception notable du Merlan) plus féminines que celles concoctées par les hommes. En revanche le spectateur (le lecteur, le promeneur de musée, l’auditeur de concert…) est une spectatrice, très majoritairement (selon les domaines de 58 à 71%). Sommes-nous encore dans une société où l’homme fait et la femme regarde ? Quand donc notre discours intéressera-t-il les oreilles masculines, mais aussi celles de nos pairEs ?

Représentation Les observations sur la parité dans le monde culturel doivent être rapprochées de celles sur l’éducation, et la vie professionnelle2. Aujourd’hui à l’école les filles réussissent mieux

que les garçons partout, y compris dans les filières scientifiques, y compris dans les études supérieures. Et ceci même si elles sont moins bien notées à l’oral que les garçons, y compris par des jurys de femmes. Mais elles choisissent des orientations moins «rentables», s’arrêtent avant le doctorat alors qu’elles passent plus brillamment leur maîtrise, désertent les études d’ingénieur, préférant la santé et l’éducation, les arts et la littérature que les garçons méprisent (moins de 30% de garçons dans les conservatoires et écoles d’art). Il est donc bien question, à plusieurs titres, de représentation: de celles que les jeunes filles se font d’elles-mêmes, de celle, plus inquiétante sans doute, que les garçons ont de leur rôle, qui les maintient hors des plaisirs des arts et de la littérature. Il est question aussi de la valeur que notre société accorde à ces secteurs que les femmes préfèrent: les femmes ayant un diplôme supérieur de 2e ou 3e cycle gagnent actuellement 32% de moins que leurs co-diplômés (on peut dire autrement qu’un homme gagne 50% de plus !). C’est à ce niveau de compétence, le plus élevé, que l’écart de salaire est le plus grand, et va en s’aggravant au fil des carrières : les femmes sont moins vite promues, obtiennent trois fois moins de congés de formation, sont plus massivement confrontées au chômage, au temps partiel subi… et continuent, statistique stable depuis 1990 (comme les écarts de salaires !), à prendre en charge plus des deux tiers des tâches ménagères. La représentation des femmes, parce qu’elle forge leur image, est donc urgente : dans les instances décisionnelles bien sûr, mais surtout sur scène. Et pas en interprètes, en créatrices du discours. Nous avons dans notre région des artistEs que nous voyons trop peu sur les grandes scènes institutionnelles, et jamais à leur tête…

Et nous encore C’est pourquoi à Zibeline nous voulons, le plus souvent possible, et sans exclure les hommes, afficher leurs visages et leurs œuvres en couverture. À l’image de notre journal, majoritairement féminin mais pas que (pour rester dans les statistiques nous avons 86% de salariéEs et 60% de collaboratrices, mais nous tenons beaucoup à nos quelques hommes). Par choix ? Peut-être. Mais surtout parce que les femmes, non par nature (nous ne sommes pas essentialistes!) mais parce qu’elles y sont obligées pour réussir, se révèlent sacrément plus efficaces, et acharnées, et autonomes ! Et même s’il nous semble que nous devons prouver plus que des hommes l’importance, l’efficacité et le sérieux de notre journal… AGNÈS FRESCHEL

1 Reine Prat. Mission pour l’égalité et contre les exclusions. Rapport d’étape n°1. 2006. Rapport n°2. 2009 2 Brigitte Grésy. Rapport préparatoire à la concertation avec les partenaires sociaux sur l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes, juillet 2009, ministère des affaires sociales


ATELIERS DE L’EUROMÉDITERRANÉE

POLITIQUE CULTURELLE

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Un pas vers 2013 Les Ateliers de l’EuroMéditerranée, volet important de la Capitale Européenne de la Culture, se mettent en place… On en a eu un avant-goût avec les Ateliers de la candidature, préfigurations du projet qui place les artistes au cœur de l’entreprise et cherche à faire naître des œuvres dans le monde du travail. Tentative inédite en France du moins à cette échelle, et que Bernard Latarjet voudrait exemplaire et pérenne : fort de ses rapports avec la Chambre de Commerce et d’Industrie, le directeur de Marseille-Provence 2013 semble croire à la possibilité que ce lien entre entreprises et artistes s’établira, et perdurera après la Capitale Européenne, donnant même aux entreprises des autres territoires l’idée d’investir dans la culture… À voir ! Il est évident que les entreprises (les établissements publics et les associations peuvent également produire des ateliers) y ont intérêt, mais en feront-elles le calcul à long terme en ces temps de crise, et ceci sans contraindre les artistes à gauchir leur discours vers une promotion plus ou moins directe de leur activité ? Pour l’heure Eric Chaveau, PDG de Pébéo et président de Mécènes du Sud, rappelle que si les artistes sont «porteurs de sens», les entreprises n’en sont pas dépourvues… Tous les garde-fous nécessaires semblent d’ailleurs

Atelier Quadrissimo © c-Ktre - photo Stephan Mutaner

être posés : c’est Marseille-Provence 2013 qui réunit les projets, mesure leur «faisabilité», dirige les artistes -régionaux ou euroméditerranéens- vers les établissements producteurs susceptibles d’accueillir leur projet, établit une convention tripartite reliant l’artiste et le producteur par son entremise. De plus un médiateur est nommé pour surveiller le déroulement, doublé d’un référent au sein de l’entreprise. L’artiste s’engage à mener à bout les travaux du projet, à participer aux actions de médiation destinée aux personnels, à respecter le budget. Quant à l’établissement producteur il doit mettre à disposition de l’artiste un lieu, les moyens de production, à promouvoir l’œuvre, à rémunérer l’artiste, à mobiliser les personnels. Ces Ateliers, qui seront au nombre de 20 en 2010, devraient, si les établissements producteurs suivent,

se multiplier pour atteindre 200 en 2013. Ils semblent pour l’heure mobiliser les entreprises alliées de Mécènes du Sud, mais aussi la Maison de Ventes Damien Leclere, l’Assistance Publique-Hôpitaux de Marseille, l’ESBAM (Beaux-arts)… Bernard Latarjet en espère 100 dans le privé, et 100 autres dans les établissements publics. Quant au financement, il doit reposer majoritairement sur l’entreprise, et d’éventuels coproducteurs, Marseille-Provence 2013 assumant pour sa part (variable en fonction du projet) environ 30% du budget. C’est que ces Ateliers sont prévus pour perdurer au-delà de 2013, sans cet apport extérieur, et que Bernard Latarjet veut «constituer en faveur des artistes une capacité de financement permanente». Utopie ? Si ces ateliers prennent, on devrait donc assister à une éclosion d’œuvres de toute taille, dans des lieux et des contextes inhabituels, qui permettront peutêtre au monde du travail un nouvel accès à l’Art. Essentiellement visuel bien sûr, ou performatif. On voit mal une compagnie de danse installer ses barres en entreprise. À moins qu’une grande (il faut des moyens…) ait l’envie d’accueillir toute une mouvante équipe ? AGNÈS FRESCHEL

www.marseille-provence2013.fr


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ÉVÉNEMENT

FESTIVAL LES MUSIQUES | LACHO DIVANO | BERNARDINES

Le Gmem voyage dans Le Festival Les Musiques est l’occasion de «radiographier» le GMEM-Centre national de création musicale, ses missions, ses actions et son public. Rencontre avec son directeur, Raphaël de Vivo Zibeline : Il existe 7 centres nationaux de création musicale en France, dont le GMEM à Marseille et le CIRM à Nice. Mais que recouvre réellement ce label ? Raphaël de Vivo : Un centre de création musicale a pour mission la création, mais aussi la production, la diffusion et la recherche. Ce qui signifie des commandes, des résidences de compositeurs dans le contexte particulier de la recherche de nouvelles technologies appliquées à la musique. Nous sommes donc utilisateurs, mais surtout développeurs d’outils ou de lutheries numériques dans les domaines de la spatialisation, de la transformation du signal sonore et des interfaces gestuelles. En 2009, il y a eu 7 résidences de création dont on entendra le travail durant le festival. Il y a aussi des résidences de chercheurs et de développeurs. Notre seconde mission est la production: une fois que la commande est passée, les outils mis au point et les résidences terminées, le GMEM produit ou coproduit avec des ensembles musicaux. Enfin, la diffusion : nous faisons découvrir des ensembles vocaux ou instrumentaux et d’autres spectacles conciliant la danse, le théâtre ou les formes multimédia. Les programmes de concert articulent des œuvres du répertoire contemporain avec les créations, avec des partis pris esthétiques. Il y a des concerts toute l’année,

Au programme Le 17 avril 20h30 et 18 avril 17h Friche Belle de mai OPÉRA Le Concile d’amour d’après Oskar Panizza Michel Musseau, musique // JeanPierre Larroche, scénographie Du 21 avril au 1er mai, vernissage le 20 avril 18h30 Galerie des Grands Bains-Douches de la Plaine INSTALLATION Corpus dispositif sonore, architectural et multimédia de Nicolas Maigret et Nicolas Montgermont Le 21 avril 19h Auditorium ABD Gaston Defferre CINÉMA/MUSIQUE Häxan, la sorcellerie à travers les âges Mauro Lanza et Olivier Pasquet, musique // sur le film muet de Benjamin Christensen

Société civile spedidam /SACEM hors festival, qui s’organisent sous la forme de cycles thématiques. L’un notamment était sur «l’étirement du temps». Nous exportons régulièrement nos productions à l’étranger, comme en mai prochain à la Casa Velasquez à Madrid… Est-ce que vous avez également des activités pédagogiques? Le GMEM collabore avec le Conservatoire national à

Le 22 avril 20h30 Friche Belle de Mai DANSE / MUSIQUE Khoom // Nicole Mossoux et Patrick Bonté, chorégraphie et mise en scène Giacinto Scelsi, musique // Ensemble Musiques Nouvelles // Jean-Paul Dessy, direction Le 23 avril 12h30 Musée Cantini RÉCITAL Soli / solo clarinettes // Alain Billard Œuvres de Pierre Boulez, Mauricio, Martin Matalon, Ivan Fedele et Yann Robin Le 23 avril 20h30 Ballet national de Marseille CONCERT Mythes et sacrifices... // Ensemble Musicatreize et OJMPACA Œuvres de Alexandros Markeas et Maurice Ohana

rayonnement régional de Marseille pour la classe de composition d’électroacoustique, le département audiovisuel de l’Université de Provence à Aubagne, les Écoles d’art d’Aix-en-Provence et Marseille Luminy, et l’université Ingemedia de Toulon. Nous avons aussi développé depuis deux ans un partenariat avec un collège de proximité. Quelle place accordez-vous aux ensembles et aux

Le 24 avril 12h30 Musée Cantini RÉCITAL Soli / solo piano // Andrea Corazziari Œuvres de György Ligeti, Mauro Lanza, Frédéric Chopin... Le 24 avril 20h00 Ballet national de Marseille CONCERT Effets de miroirs // Quatuor Parisii // Quatuor Psophos Œuvres de Mauro Lanza, George Crumb, Jean-Christophe Marti, Arnold Schoenberg... Le 25 avril 17h Ballet national de Marseille CONCERT L’itineraire Ensemble Instrumental // Mark Foster, direction Œuvres de Gérard Grisey, Mauro Lanza, Yves Chauris, Joakim Sandgren

Le 26 avril 19h et 21h Friche Belle de Mai MUSIQUE / DANSE Au zenith Thierry Thieû Niang et Stéphanie Auberville, danse // Saori Furukawa, violon solo Le 27 avril 20h30 Église Saint-Laurent CONCERT Madrigali // Neue Vocalsolisten de Stuttgart, ensemble de musique vocale Œuvres de Salvatore Sciarrino, Carlo Gesualdo Le 28 avril 14h et 16h Friche Belle de Mai JEUNE PUBLIC Le piano-marteau de Sophie Agnel, conception, composition et interprétation


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le son compositeurs installés en région ? Ce qui me préoccupe, c’est l’excellence dans le domaine de la création musicale. Il faut que l’interprétation soit de très bon niveau car si l’œuvre ne fonctionne pas il ne faut pas que le spectateur se pose la question de savoir si la musique est mal composée ou mal interprétée, car, en matière de création, nous n’avons pas d’élément de comparaison comme c’est le cas dans la musique classique. Dès le départ, le GMEM a accompagné les projets de la plupart des ensembles qui ont émergé en région : Télémaque, Symblêma, Piano et compagnie, C. Barré… Dans certains cas, nous faisons appel à eux. Tout ce qui existe en région a été programmé au GMEM, soit en partant d’une demande de notre part, soit en répondant à une proposition sous forme de compagnonnages. Mais il n’y a pas d’obligation non plus. Dans la région, il y a peu d’ensembles permanents. Il faut en faire le constat. L’an dernier, nous avons invité l’ensemble Polychronies de Toulon pour un projet jeune public, cette année le festival programme Musicatreize, l’OJMPACA… Il y a de la place dans les projets du GMEM pour les compositeurs et les interprètes de la région dans la mesure où la qualité est là. Comment rendre plus visibles encore les activités du GMEM ? Le festival, ainsi que l’exportation de nos productions, nous permettent d’avoir une visibilité nationale et internationale. Nos travaux de recherches également, nos publications et les colloques que nous organisons ou auxquels nous participons, en France ou à l’étranger. Tout cela constitue un vecteur de visibilité sur le plan international, ainsi que la présence de compositeurs et d’artistes étrangers dans nos studios. Depuis 2007, vous proposez un tarif unique à 6 euros très attrayant. Pourquoi ? Je ne fais pas de concessions sur la qualité mais j’ai envie que les œuvres rencontrent un public large. Ce qui m’intéresse, c’est de proposer des formes plus faciles et d’autres plus complexes. Il y a une dynamique qui s’est créée autour du festival et le public est au rendez-vous. 15 jours avant le début, certains concerts ou spectacles sont pleins ! Mais rien n’est gagné définitivement, il faut rester exigeant et imaginatif. ENTRETIEN RÉALISÉ PAR MARIE GODFRIN-GUIDICELLI

23e Festival Les Musiques Festival international des musiques d’aujourd’hui du 17 avril au 1er mai, Marseille 04 96 20 60 10 www.gmem.org

Le 28avril 20h30 Friche Belle de Mai CONCERT Vox electronica // pour voix solistes et électronique Œuvres de Andrea Liberovici, Ondrej Adamek, Mauro Lanza, Kaija Saariaho Le 29 avril 12h30 Musée Cantini RÉCITAL Soli / solo contrebasse Claude Tchamitchian // de l’écrit à l’improvisé Le 29 avril 20h30 Église Saint-Laurent CONCERT Echos, Monteverdi / Scelsi Sonia Wieder-Atherton et Sarah Iancu, violoncelles // Youen Cadiou, contrebasse

Le 30 avril 20h30 Friche Belle de Mai OPÉRA ZajaL // opéra de chambre arabe de Zad Moultaka pour voix, ensemble instrumental, électroacoustique et projection audiovisuelle Le 1er mai 19h Friche Belle de Mai CONCERT Incantations // Cécile Daroux, flûtes // Yassine Ayari, ney Œuvres de André Jolivet, Ahmed Essyad, Alireza Farhang, Bechara El Khoury... Le 1er mai 21h Friche Belle de Mai CONCERT Trio Paj Michel Portal, saxophones // Roland Auzet, percussions // Pierre Jodlowski, live electronic

Peuple européen Pour la troisième année Latcho Divano (Le Bel échange) s’installe au cœur de Marseille, afin de donner à un peuple longtemps et partout persécuté une visibilité qui permette de combattre les a priori attachés à ses cultures. Car le peuple rom est pluriel, manouche et tsigane, et le concert des Gitans DHOAD du Rajasthan saura le rappeler, à côté des Hongrois de Romano Drom. Beaucoup de cinéma aussi, sous le parrainage de Toni Gatlif lui-même (voir p 38) et des conférences et rencontres (voir p 60). Et des expos photos, des stages de danse flamenca et tsigane… Enfin le 8 avril, pour la Journée internationale des Roms, une fête militante, à partager en haut de la Canebière… A.F. Les gitans Dhoad du Rajasthan © X-D.R.

Latcho Divano Du 26 mars au 10 avril Marseille 1er 09 52 72 89 28 www.latchodivano.com

Résistances Il l’écrit en préambule : «loin d’être un métier, écrire ou mettre en scène est pour moi une raison d’exister et de résister.» Julien Mabiolo Bissilo a écrit un truc foutraque, avec des longueurs, de grandes maladresses, des jeux d’écriture absurdes ratés… mais d’une certaine force. Tout simplement parce qu’il est trop rare de voir 4 jeunes Africains qui jouent un texte écrit et mis en scène par un Congolais, rendant compte d’un de ces massacres historiques dont l’ampleur échappe. La parole même sur les 300 «disparus» du Beach est malaisée en France et interdite au Congo, au point que Le Crabe Rouge s’empêtre entre réalité et fiction, faits historiques, vraie langue, et élucubrations. Le besoin de vérité, et de justice, n’en est que plus palpable. Un spectacle coproduit par les Bernardines, et tout à fait emblématique de leur désir de résistance : la question qu’ils posent en ce printemps est comment produire du théâtre autrement. En lui donnant le temps de mûrir, de revenir sur ses imperfections, d’essayer des formes, d’être peuplé de jeunes acteurs, aussi, et de parler des plaies du monde. La manifestation se poursuit avec un monologue de Lars Noren sur la tuerie du 20 Novembre (un adolescent allemand qui tue 8 personnes de son lycée, par Leo Maratrat, mis en scène Frédéric Poinceau, du 29 mars au 3 avril), Tâtez-là si j’ai le cœur qui bat, un très joli travail sur Tchékhov, visuel et emporté (mes Aurélie Leroux, du 1er au

3 avril), la compagnie Vasistas d’Athènes qui revient à Marseille nous faire entendre son nouveau chœur chorégraphique polyglotte, (Silence du 1er au 3 avril), et le Service de nettoyage (voir Zib 27) qui promène depuis le 18 mars son questionnement d’appartements en lieux insolites. C’est aux Bernardines, à Montévidéo, aux Argonautes, au Studio Longchamp, et vous pouvez tout voir en deux soirées. A.F.

Arrêtons le gaspillage 04 91 24 30 40 www.theatre-bernardines.org Crabe rouge © Baudouin Mouanda


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THÉÂTRE

THÉÂTRE ET LITTÉRATURE

Du livre au jeu Le théâtre est-il de la littérature ? Sûrement, mais pas toujours et jamais uniquement… Plusieurs lectures et mises en scène de textes non dramatiques permettaient ce mois-ci de mesurer l’espace éthéré entre l’écrit et la scène

Trois fois l’exil Sonia Chiambretto dit de son metteur en scène (il est le premier à avoir monté ses textes, plutôt poétiques que dramatiques) qu’il écrit l’espace comme elle écrit les mots : avec la même précision, le même attachement au rythme. Hubert Colas possède une autre qualité : il s’attache à ses acteurs avec la méticulosité d’un musicien face à son instrument, et fait de chaque représentation une cérémonie exceptionnelle. «Attention, on va vous dire quelque chose», semblent nous promettre ces corps avant de commencer. Puis cela arrive, et l’on est prêt, comme avant de plonger. Chto s’articule en trois monologues d’exilés. Chaque partie repose sur la performance d’un acteur isolé dans une boîte, avec sa parole. Précise effectivement comme d’une partition, l’exécution du texte est capitale : elle l’épuise, le dévoile à mort, à cri, jusqu’à la désintégration de la parole, son rabaissement à la répétition ultime du même mot, son extinction. C’est franchement beau lorsque l’acteur comme un violon virtuose transcende les notes -Manuel Vallade en légionnaire autiste, Claire Delaporte en adolescente Tchéchène approchent d’une perfection interprétative dont seule Dominique Frot, exceptionnel Stradivarius, serait capable dans ses bons jours. Mais à La Criée, comme souvent, elle a pataugé dans son texte… Qu’importe, cette trilogie est un vrai voyage vers des exils internes. Reste pourtant un sentiment de trop peu. Dû aux textes ? Peut-être. Littéraire en tout cas. Hubert Colas tire de ces mots mis en pages tout ce qu’on peut en donner à voir/entendre. Et ils sont forts, coups de poings émotionnels à l’endroit où la société souffre.

La frustration vient d’abord de la construction, banale : les textes contemporains ont l’habitude de cette succession de chapitres, pas chronologiques, instants livrés au lecteur comme des bris de miroir qu’il doit réassembler pour retrouver l’image, le visage, dedans. L’inverse d’un texte dramatique, dans sa progression. L’inverse aussi dans son mode d’énonciation monologique : le soliloque est devenu un attendu du texte de théâtre, de plus en plus long au fil de l’histoire littéraire, puis constituant une pièce depuis Beckett. Mais là il n’est pas question d’entrer dans une psychologie, dans une analyse, ni de raconter ce qui s’est passé, mais de livrer quelque chose qui serait entre l’émotion brute, et le témoignage du réel tel quel. Or le réalisme en prise directe est un leurre, la conscience n’est pas un appareil enregistreur, et le fait de mettre des mots sur une émotion la détache déjà de ce qu’elle est. Vouloir l’atteindre par l’écriture semble une entreprise vaine : au fond des consciences il n’y a pas de mots. Que du fond. Pas plus d’enfer que de ciel. Les acteurs jouent donc à approcher cette chose vide, entre l’incarnation psychologique, et la neutralité du rendu objectif. Il y a là peut-être là une impasse de l’écriture contemporaine. Mais cette impasse, au moins, est littéraire. AGNÈS FRESCHEL

Chto © Nicolas Marie

Ping-pong À la table de lecture, cinq ados en jean, baskets et sac à dos réussissent l’exploit de théâtraliser le texte de Sonia Chiambretto (voir Zib 27), Zone éducation prioritaire, sans toutefois l’interpréter. Ni spectacle, ni performance, la lecture mise en scène par Hubert Colas donne à entendre la mélodie du texte. Pourtant la partition écrite était ardue, avec solo et chœur, indications visuelles, digressions, et le sujet digne d’un reportage télé. L’auteur, en intruse, fait pénétrer le lecteur au sein d’un lycée marseillais claquemuré derrière ses hauts murs et ses caméras de surveillance. Hubert Colas, en habile meneur de jeu, nous encercle une fois de plus en piégeant ses interprètes qu’il filme en direct et en plans serrés : projetées sur trois écrans en arrière-plan, les images ne laissent rien passer de leurs expressions, même fugitives. Leurs

propos disloqués, leur langage réinventé s’en trouvent plus vifs encore. Dans cette lecture à cinq voix qui modulent les monologues alternatifs, détachent les syllabes, décalent le sens des mots dans un flux et reflux lancinant ou saccadé, la tension est palpable et les rires fusent. Car la réalité rattrape toujours le récit (l’excursion à Menton pour la fête des citrons est désopilante), et la désinvolture des ados fait passer la pilule. Hubert Colas ponctue la session de «vrais» coups de sifflets, sonnettes et alarmes qui rythment la vie ordinaire d’une journée ordinaire dans un lycée ordinaire. Drôle et barbare à la fois. MARIE GODFRIN-GUIDICELLI

La lecture et la Trilogie Chto se sont déroulés du 24 au 28 février à La Criée à l’occasion de Une carte d’identités, Hubert Colas/Sonia Chiambretto

Solaire et lumineux Camus

©

R.

d jar Au

Université du Sud Toulon-Var, amphi 400. Charles Berling, entouré de sept étudiants en projet tuteuré de l’UFR lettres et sciences humaines, s’apprête à lire des extraits de textes d’Albert Camus. L’auteur est un

vieux compagnon de route, depuis qu’il a lu L’étranger sur les bancs d’une école toulonnaise, et jusqu’à sa mise en scène de Caligula qu’il interprétait. Charles Berling nage en eaux claires dans cette lecture classique ni théâtralisée, ni mise en espace. Il va même jusqu’à réconforter les étudiants morts de trouille «On s’en fout si on est maladroit. Soyez maladroits !» Et de ponctuer la lecture de L’envers et l’endroit, La chute, L’homme révolté ou Le discours de la peste à ses administrés de souvenirs personnels et de commentaires éclairés sur «cet homme génial qui avait compris la condition humaine». C’est qu’il semble connaître sur le bout des

doigts ses écrits et ses poèmes de jeunesse comme ses romans et sa correspondance : il est intarissable sur l’homme, l’écrivain, les contextes historiques, ses engagements et ses relations avec le théâtre. Dans ce cheminement éclairé à la source de l’œuvre de Camus, on pardonnera volontiers à Charles Berling son léger cabotinage : sa lecture est fervente ! MARIE GODFRIN-GUIDICELLI

Lecture proposée à l’Université du Sud Toulon-Var à La Garde le 9 mars à l’occasion du 50e anniversaire de la mort d’Albert Camus


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À livre ouvert Adapter le long roman de Nancy Huston sur scène est une entreprise qui peut sembler folle. Elle l’est. Comme on s’attaque à l’Everest ou à une transatlantique inédite, la compagnie Parnas s’est mise à la tâche, avec le talent qu’on lui connaît. Le résultat est enthousiasmant. Voilà que se déploie devant les yeux des spectateurs les mots de l’écrivaine, et que les personnages s’incarnent, comme sortis des pages, et que cela s’anime, comme font les mots lus dans l’imaginaire… L’étonnant, quand un texte romanesque est mis en scène, est qu’on en perd toujours la saveur narrative : les jeux de temps, de point de vue, le statut particulier du dialogue, des descriptions, tout cela s’arase, comme s’efface le moment intime où les mots lus laissent place à des paysages, des visages, des voix même, imaginaires, composées aussi d’un peu de vous-mêmes. Ici la gageure était double : le roman, composé de quatre monologues qui remontent le temps -de 2003 à 1942joue de non-dits : de jeunes enfants, qui ne comprennent pas tout ce qui (leur) arrive, en sont narrateurs, et révèlent donc une foule d’événements, de sentiments, dont ils n’ont qu’une conscience floue, et que le lecteur comprend. Comment rendre cela sur scène ? Catherine Marnas, avec un respect admiratif pour le texte, a découvert un art pour rendre compte de cette entrée progressive et parcellaire dans l’action. Le texte dit est immédiatement incarné, puisque les récits à la première personne le permettent ; puis peu à peu il est illustré par les autres personnages qui passent, le jouent, pas constamment, pas jusqu’au bout, conservant les incises comme autant de distanciations ironiques. Ces personnages proposés derrière le narrateur/protagoniste, puis à ses côtés, construisent des figures jamais intrusives, des possibles de lecture, fluides, justes, arrière-plans comme glissés en surimpression des pages… Les lumières et les décors aussi, discrets, transforment un espace très neutre, tables et chaises blanches, en bosquets sous les arbres, en salon hippie New-Yorkais, en ruelles en pente d’Haïfa, en bagnole familiale… d’un bleu, d’une ombre, d’un rien. Juste avec votre imaginaire, et leur jeu, et quelques couleurs unies et profondes. Une fois de plus les comédiens formidables réussissent des exploits : restituer fidèlement, avec une clarté constante, les longs monologues des enfants, puis toutes ces figures secondaires qui se croisent… Les

Lignes de faille © Pierre Grosbois

deux premières parties seulement du roman sont montées, et cela dure trois heures, qui passent comme un enchantement. On rêve de l’intégralité, l’an prochain, en espérant que les programmateurs ne seront pas effrayés par des questions de formatage : les spectateurs à Gap étaient enthousiastes, pris dans le feu, emportés. C’est que le roman de Nancy Huston les tenait en haleine, reposant sur des révélations, des retournements, des attentes, remontant habilement le temps vers l’événement traumatique initial, et parlant des plaies et résiliences du siècle avec un talent rare, et une volonté affirmée de retrouver le plaisir des fables. Un plaisir très féminin semble-t-il : à la séance de signature leur majorité était écrasante. Dans la salle on les entendait dire le plaisir pris à cette lecture, qu’elles

venaient retrouver. Est-ce parce qu’à sa manière de parler du monde Nancy Huston mêle non seulement de l’intime, mais du familial ? des histoires de transmission, de traumatismes reproduits, d’éducation, d’erreurs, de manque d’amour ? est-ce que ces histoires-là n’intéressent plus les hommes, les pères, les fils ? de quels écrits veulent-ils être lecteurs ? En ce monde culturel si masculin (voir p 8) ce roman fleuve parle immédiatement aux spectatrices. Souhaitons vivement aux hommes de s’y laisser prendre… AGNÈS FRESCHEL

Lignes de Failles (I) a été créé à la Passerelle, Gap, le 26 fév

Lire, vite ! Donner à entendre aujourd’hui le livre de Karl Kraus (diatribe contre le nazisme installé mais encore montant dans l’Allemagne de 1933) est nécessaire : il y a tant de textes anodins, nombrilistes, sur nos scènes que ce livre écrit dans une urgence politique qui résonne terriblement avec la nôtre apparaît comme un éclaircissement salutaire. L’autocensure de la presse, la déviation du sens des mots, la violence acceptée de l’État sont autant de signes qu’on retrouve -nettement amoindris- dans

notre démocratie bouleversée. Le cri de Karl Kraus est poussé sans répit, pure horreur quand il décrit les violences faites José Lillo © X-D.R.

aux juifs, et remarquablement analytique quand il s’attache à démonter les mécanismes du totalitarisme avançant. Mais c’est exactement le type de textes -argumentatif, dialectiquement construit, subtil dans ses nuances, faisant appel à la raison plus qu’à l’émotion, et de surcroît relativement monocorde et longqui est difficilement dramatisable. José Lillo y est maladroit, emporté, débitant comme un débutant à toute allure, incarnant sans convaincre Karl Kraus dans sa chambre quand sa parole est

d’un tribun. La mise en scène écrase d’ennui un texte capital. Tant mieux : les spectateurs à la sortie achètent le livre (éd. Agone), parce qu’au moins il a donné envie d’y entrer un peu mieux… A.F.

La Troisième Nuit de Walpurgis a été joué au Théâtre Vitez le 3 mars

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THÉÂTRE

LA CRIÉE | LES BERNARDINES | MARTIGUES

Cycle oriental

© Elisabeth Carecchio

Marcel Bozonnet a eu la bonne idée de faire renaître sur scène un cycle de la littérature orientale arabe médiévale, transmis oralement jusqu’au XXe siècle, et qui retrace la vie -fort romancée- du Sultan qui défit les Francs à Antioche.

Baïbars est l’équivalent du cycle arthurien, version musulmane : les infidèles sont les chrétiens, mais les héros ressemblent aux personnages des gestes médiévales européennes. Il y est question de formation, de révélation, d’aventures,

de parcours, d’obstacles surtout à la pureté intérieure. Cela ressemble à un roman de Chrétien de Troyes, sauf qu’ils y sont plus propres (vive le hammam !) et qu’il y fait moins froid. Les vertus théologales (foi, charité, espérance) semblent guider le destin des personnages, élus de Dieu ! Si le sultan Baïbars n’est au départ qu’un mamelouk malade, il est né d’un roi, saint ermite de surcroît : en lui se rejoignent la pureté de Galaad et le destin politique du Roi Arthur. Il n’en est pas de même de son double inversé Otman, voyou voleur et assassin du Caire : son bras armé, exécuteur des basses œuvres, est incarné ici par un jeune acteur aux yeux de biche, bondissant, feu follet dansant… La mise en scène de Marcel Bozonnet est un enchantement : simple, l’histoire s’inscrit dans un cercle d’où partent les personnages, comme extraits du récit de la

narratrice (sublime !). Les passages du récit au jeu sont d’une grande fluidité, comme dans la dramaturgie arabe, née des pratiques des conteurs. Chant, danse, décors, couleurs, tout est juste, oriental -un peu d’arabe parfois colore le Français de sa belle musique-, familier, enchanteur, pendant près de trois heures. Édulcoré aussi : la version scénique évite la plupart des allusions scatologiques «rabelaisiennes» (Baïbars dans le conte souffre de dysenterie) et, surtout, élimine la violence sexuelle d’Otman, toujours prêt avec ses mamelouks à sodomiser les Chrétiens. En cela aussi, la geste d’Alep ressemble comme une sœur à la littérature médiévale chrétienne… AGNÈS FRESCHEL

Baïbars a été joué à la Criée du 3 au 7 mars

Quel soulagement de savoir qu’il existe une brigade d’intervention pour la «liberté d’idiotie artistique» (sic) toujours prête à réveiller le mineur qui sommeille, à tordre le cou au bon goût, à s’emparer des territoires désertés par l’utile et le raisonnable. Ainsi la Compagnie L’Art de Vivre -beau programme toujours en chantiern’a pas sa pareille pour offrir régulièrement sa livraison de petits plaisirs (certains trop menus pour qu’on y goûte), d’incongruités (souvent stimulantes mais pas toujours) ou de bizarreries rêveuses. L’éternelle jeunesse provoque parfois une légère lassitude, même dans les sourires les plus connivents, crispation chassée instantanément cette saison par la fraîcheur indéniable de cette «Grande Comestible», titre dont l’autorité botanique laisse prévoir l’efficacité ironique de cette revue culinaire qui ne ressemble qu’à elle : ça ne rime à rien, le

rythme est sans cesse à prendre, on y porte des têtes de chou et des tranches de foie en sautoir, ça tremblote et ça grelotte style «petit cirque fauché» et ça vous en impose en musique ! Rien ne vaut le décousu et le mal rabouté, la dextérité des fragiles pour laisser passer la lumière et l’émotion par les interstices ; ils osent tout ces artistes-là, et d’abord piocher à pleines mains dans les fonds de buffet : les «haricots verts» de Bourvil s’accommodent aux «boutons de rose» de Verlaine ; le quadrille des Homards (ah... les Huit Scaroles et leur pays des Merveilles !) valse avec le Rap de la chips violette ; Dolce Patatina épluche son âme avant la rupture de communication entre Bris de Mots et… tout à l’avenant ! Ô miracle, le charme opère comme il se doit envers et contre toute résistance ! MARIE-JO DHO

© l'Art de Vivre

Tutti frutti guili guili

La Grande Comestible conçu par Yves Fravega et Pit Goedert a été présenté aux Bernardines du 25 février au 6 mars

Qui a peur de Germaine Tillion ? C’est bien de théâtre qu’il s’agit et de représentation encore : foin du documentaire et que nul n’entre ici s’il n’a le désir d’être dupé un peu ! La rencontre de Xavier Marchand avec cette femme d’exception aurait pu tourner à l’exercice d’admiration figé, mais par chance notre metteur en scène aime à raconter des histoires ; micro en main et bien plantée sur ses deux jambes Camille Granville emprunte les mots de la grande ethnologue, à la fois objet et sujet comme il se doit, sans chercher à l’incarner au-delà d’une robe-blouse rayée emblématique. Épaulée, sinon bousculée par un meneur de jeu, conférencier turbulent et discrètement burlesque (Pascal Omhovère porteur de la dimension malicieuse de l’œuvre) assistée de trois «compagnes» polyvalentes et multiformes, l’évocation suit son long cours en trois volets aux partis pris scéniques distincts. «Germaine dans les Aurès» vue d’un labo du Musée de l’Homme (?), façon Tintin chez les Chaouis, avec ses figurines découpées et projetées comme des peintures rupestres en mouvement, ses transparents maniaques et ensablés, ses plaques sensibles manipulées avec une

précision jubilatoire, comble et amuse le spectateur avide de savoir ! «Germaine à Ravensbrück» c’est tout autre chose, hommage à la fantaisie, à l’intelligence et au théâtre par la simplicité des moyens : formidable énergie des trois actrices qui littéralement raniment l’opérette bricolée au fond du carton, poésie et force © Hervé Kielwasser

des statuettes de plâtre, émotion et admiration. Et puis la Guerre d’Algérie et le poids des archives ; le triomphe de l’écran géant : le plateau se vide ; les acteurs se font tout petits ; Camille/Germaine raconte la rencontre avec Ali la Pointe et Yacef Saadi assise sur un petit banc; l’Histoire Moderne interdit-elle la mise en scène ? Pourquoi cet effacement devant des documents connus, déjà soumis à l’analyse, qui témoignent d’un Réel qui limite un peu le projet ? Les contes d’ici-bas ont besoin d’imaginaire et d’un brin de spectaculaire… MARIE-JO DHO

Il était une fois Germaine Tillion, conçu par Xavier Marchand et Sharmila Naudou d’après les écrits de Germaine Tillion, a été donné à La Criée du 12 au 21 mars À noter les 26 et 27 mars, Théâtre des Salins, Martigues 04 42 49 02 00 www.theatre-des-salins.fr


GYPTIS | THÉÂTRE DU TÊTARD

THÉÂTRE 15

Le babil éternel de ces acteurs infinis me plaît On avait testé la rencontre Talleyrand/Fouché, Flaubert/Sand, Raimu/Pagnol, Voltaire/Rousseau, et voici que s’annonçait un Pascal/Descartes transformé en bataille familiale et générationnelle, aves les Mesguich père et fils… On redoutait le pire, qui est largement évité. Certes Pascal, janséniste mais avant tout ami des mondains, n’était pas cet illuminé acariâtre, ni Descartes tout à fait ce Modem conciliant : mais forcer le trait est sans doute nécessaire pour pimenter l’échange. L’Entretien de M. Descartes avec M. Pascal le jeune est en fait un peu l’Acte II du Souper : on prend des extraits d’œuvres célèbres (le

vertige, le silence éternel de ces espaces infinis, la terre sur la tête d’un côté, et la révélation dans le poêle ou la mort de la fille dans l’autre) on les arrange en dialogues, et on comble les trous en inventant une progression dramaturgique ! La recette est éprouvée mais… d’une part ici elle est assez bien exécutée, les extraits d’œuvres construisant une progression réelle; d’autre part les pensées et les mots de ces deux philosophes, qui avaient aussi un amour démesuré de la langue (surtout Pascal !), sont passionnantes, même ainsi à l’état de concentré simplificateur. Les Mesguich emplissent l’air de leurs voix enflées à la

© BM Palazon

diction parfaite, mais économisent leurs gestes, faisant le pari de miser sur la parole. Ce n’est pas du théâtre, mais c’est fort plaisant… AGNÈS FRESCHEL

L’Entretien… a été joué au Gyptis du 11 au 13 mars

Conte à rebours Marivaux situait parfois ses fables sur des îles isolées du monde : c’était pour mieux parler de ses contemporains. De même Michel Dossetto place les personnages de sa dernière comédie dans une station spatiale éloignée de la Terre, au cours d’une mission interminable… À bord, trois hommes, archétypes de la société d’aujourd’hui. Deux quarantenaires : un commandant désabusé qui noie sa solitude dans la dive bouteille, un médecin, looser attachant, qui vit la tête dans les Étoiles… de cinéma ! Et un jeune ambitieux, antipathique, hyper sportif et borné. Chacun dans sa prison, ces trois «naufragés» survivent avec la douleur des souvenirs terrestres et l’angoisse d’un

improbable retour. Ils se supportent difficilement, la situation se dégrade… jusqu’à l’arrivée d’un quatrième spationaute qui s’avère être une jeune femme de 25 ans. Elle agit comme un catalyseur révélant à chacun sa vraie nature… jusqu’au «Deus ex machina», coup de théâtre final. Station Etoile est une comédie à rebondissements bien ficelée, servie par des dialogues drôles qui font mouche, portée par un quatuor d’acteurs formidables et une mise en scène au cordeau. À voir jusqu’au 28 mars ! J.F

Est-ce que cette pièce sait où elle va ? Autour du manoir retiré de la séduisante lady Muldoon rôde un fou meurtrier. Sous le canapé et les trophées de chasse, déjà un cadavre… Coups de théâtre, coups de tonnerre et coups de feu, cette parodie du huis clos policier où rien ne manque, des rebondissements et coïncidences absurdes aux brumes de Baskerville est en fait une pièce de théâtre que commentent deux critiques ratés : et tandis que le minable suppléant Lunul y voit, dans ses rêves de © Philippe Lacombe

grandeur, une histoire de chair et de crustacés allégorique de notre humanité, l’infatué Desboulettes, dans ses rêves de rondeurs, se lance dans l’éloge du talent fessier des deux comédiennes, avant que tous deux des laissent prendre dans l’engrenage du scénario. La scénographie est d’autant plus débridée qu’elle est d’une précision redoutable, et les acteurs sont formidables d’outrance contrôlée et chorégraphiée. Quoiqu’en pense l’infatigable Lunul, cette pièce loufoque et survoltée sait finalement très bien où elle va : on se réjouit de l’exercice de style brillant qui parodie la comédie policière et le théâtre de boulevard, des mises en abîmes de mauvais goût, du non-sense délicieusement british de ces Monthy Python en style Tudor, de la caricature assassine, au sens figuré comme au sens propre des critiques, et on ne résiste pas à l’envie d’entrer à notre tour dans ce grand jeu de quilles, de cartes et de massacre, pour participer avec bonne humeur à un grand meurtre carnavalesque ! Un vrai bon moment -peutêtre le dernier… AUDE FANLO

Le Véritable Inspecteur Whaff, de Tom Stoppard, mis en scène par Jean-Luc Revol, a été joué au Gyptis du 4 au 6 mars

Station Etoile Jusqu’au 28 mars Théâtre du Têtard, Marseille 04 91 47 39 93 www.letetard.com


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THÉÂTRE

GYMNASE | LENCHE

Putain de guerre ! Toujours sur le terrain, Mademoiselle Viak a le don de voir à travers les portes, par transparence, l’intimité des gens, l’alcool, la misère, la maladie, les insomnies planquées dans les tiroirs. Mademoiselle Viak est assistante sociale et son empathie pour les autres est sans bornes. Sauf qu’il lui faut quadrupler de combativité face aux difficultés de ses concitoyens et trouver un pare-feu à la lourdeur administrative, à la jalousie des collègues et au cynisme du système ! Admirable de justesse, Anne Lévy interprète ce personnage écrit par Lise Martin (éd. La fontaine) dans une mise en scène sur mesure, sans fioritures ni pathos, doublement efficace. Ivan Romeuf l’emprisonne dans un espace clos, circonscrit au sol par une bande blanche rectangulaire, restreint ses déplacements, ses accessoires (chaises, bureau, portemanteau) pour donner toute l’ampleur au texte. Des mots durs que l’auteur

déverse comme «une logorrhée, une diatribe, un foisonnement» et que la comédienne restitue avec sobriété et force, retenue ou explosive. Mais les croyances utopiques de Mademoiselle Viak vont vaciller progressivement, les désillusions l’étreindre, le combat est inégal : plus le sol se dérobe sous ses pieds et plus elle débite les métaphores guerrières à la vitesse d’une mitraillette ! Exténuée après avoir mis le carnage dans son bureau, Mademoiselle Viak est K.O. debout. Alors promue au grade d’inspecteur, fini pour elle le terrain, terminées les embrouilles, place aux dossiers ! Dehors la guerre fait toujours rage, silencieuse… MARIE GODFRIN-GUIDICELLI Chronique d'un K.O. debout © Catherine Rocchi

À noter : la pièce est jouée

Chronique d’un K.O. debout a été créé le 9 mars au Théâtre de Lenche, Marseille

jusqu’au 27 mars 04 91 91 52 22 www.theatredelenche.info

Absurde hâbleur Inventer, fabuler, enjôler, mentir, leurrer, tromper, abuser, suborner… la parole fausse peut revêtir divers degrés de nuisance, et les «inventions spirituelles» du Menteur de Goldoni n’en sont pas dépourvues. Ce personnage de menteur chronique traverse la littérature dramatique baroque et classique depuis Corneille et Ruiz Alarcon, qui l’invente semble-t-il dans la Vérité suspecte ; mais on le retrouve aussi, dans son versant noir d’abuseur, dans le prolifique mythe de Don Juan. Le mythomane de Corneille est sympathique, parce que désintéressé, pris à son jeu sans cesse, tête folle. Celui de Goldoni est plus ambigu : il ment pour obtenir, abandonne les femmes, est particulièrement pingre, et voleur... S’il reste sympathique, c’est parce que comme Don Juan il a du charme contrairement à ses rivaux ridicules. Et aussi parce que Goldoni, étonnamment clairvoyant, lui donne une véritable cohérence psychologique, situant sa crise mythomaniaque à la mort de son père adoptif, et aux retrouvailles avec son vrai père, déficient : ses mensonges sont maladifs, absurdes, et l’empêchent finalement d’atteindre son désir, qu’il ne connaît pas. Mensuel gratuit paraissant le deuxième jeudi du mois Edité à 28 000 exemplaires imprimés sur papier recyclé Edité par Zibeline SARL 76 avenue de la Panouse | n°11 13009 Marseille Dépôt légal : janvier 2008 Directrice de publication Agnès Freschel

Secrétaire de rédaction spectacles et magazine Dominique Marçon journal.zibeline@gmail.com 06 23 00 65 42 Secrétaire de rédaction Jeunesse et arts visuels Marie Godfrin-Guidicelli m-g-g@wanadoo.fr 06 64 97 51 56

C’est donc avec un plaisir extrême que l’on entend ce texte, dans la mise en scène surprenante de Laurent Pelly ! Venise est transformée en maison de poupées © Brigitte Enguerrand

aux perspectives totalement aberrantes ; les personnages s’y déplacent comme des marionnettes démesurées, en costumes contemporains ou presque. Les attendus vénitiens, jeux de masques, gondoles, sont trompés, rien n’est XVIIIe siècle, et Simon Abkarian campe un menteur pied noir qui semble sorti d’un film d’Alexandre Arcady. Et tous ces décalages fonctionnent ! Parce qu’ils sont tenus avec un grand talent comique par les comédiens, qui n’ont pas peur de la caricature. Et parce que le texte s’y prête à merveille : inspiré très largement par la commedia dell’Arte, le théâtre de Goldoni est peuplé de marionnettes agitées qui se jettent à terre, parlent avec les mains, minaudent, s’évanouissent… De vrais ressorts de comédie ! AGNES FRESCHEL

A noter : Le Menteur est joué jusqu’au 28 mars Théâtre du Gymnase 0820 000 422 www.lestheatres.net

Musique et disques Jacques Freschel jacques.freschel@wanadoo.fr 06 20 42 40 57

Histoire et patrimoine René Diaz renediaz@free.fr

Frédéric Isoletta f_izo@yahoo.fr 06 03 99 40 07

Polyvolantes Maryvonne Colombani mycolombani@yahoo.fr 06 62 10 15 75

Cinéma Annie Gava annie.gava@laposte.net 06 86 94 70 44

Delphine Michelangeli d.michelangeli@free.fr 06 65 79 81 10

Imprimé par Rotimpress 17181 Aiguaviva (Esp.)

Société Chris Bourgue chris.bourgue@wanadoo.fr 06 03 58 65 96

photo couverture MARION ZURBACH ET MARION CAVAILLÉ © Agnès Mellon Conception maquette Max Minniti

Arts Visuels Claude Lorin claudelorin@wanadoo.fr 06 25 54 42 22

Philosophie Régis Vlachos regis.vlachos@free.fr

Maquettiste Philippe Perotti philippe.zibeline@gmail.com 06 19 62 03 61

Livres Fred Robert fred.robert.zibeline@free.fr 06 82 84 88 94

Sciences et techniques Yves Berchadsky berch@free.fr

Ont également participé à ce numéro : Emilien Moreau, Dan Warzy, Yves Bergé, Susan Bel, Pierre-Alain Hoyet, Aude Fanlo, Christophe Floquet, X-Ray, Christine Rey

Rédactrice en chef Agnès Freschel agnes.freschel@wanadoo.fr 06 09 08 30 34

Élise Padovani elise.padovani@orange.fr

Marie-Jo Dhô dho.ramon@wanadoo.fr

Photographe : Agnès Mellon 095 095 61 70 photographeagnesmellon.blogspot.com Directrice commerciale Véronique Linais vlinais@yahoo.fr 06 63 70 64 18 Attachée commerciale Nathalie Simon nathalie.zibeline@free.fr 06 08 95 25 47


JEU DE PAUME | TOURSKY

THÉÂTRE 17

La salade, c’est divin ! Diana Vreeland fait partie de ces personnages dont la vie semble déjà être un roman. Journaliste au Harper’s Bazaard puis rédactrice en chef de Vogue qu’elle marquera profondément et dont elle sera licenciée pour rebondir en devenant consultante pour l’institut du costume du Metropolitan Museum of Art à New York en 1971… le diable s’habille en Prada n’est pas très loin ! Mark Hampton s’est inspiré de cette trajectoire hors du commun pour coécrire avec l’actrice Mary Louise Wilson une pièce qui l’évoque. Seule sur scène, Claire Nadeau campe avec justesse ce personnage extravagant et attachant à la fois, dans une mise en scène écarlate : le décor est rouge, si rouge… «De l’excès en toute chose» affirme-telle, péremptoire, un fume-cigarette à la main. Soliloque acrobatique, entre

les vérités absolues dont elle émaille ses propos, telle la «grande prêtresse de la mode» qu’elle fut. N’importe qui deviendrait ridicule dans ce rôle. Comment dire en fixant le public, avec le ton de l’évidence révélée «la salade, c’est divin», et ne pas tomber dans le grotesque ? C’est avec une maestria superbe que Claire Nadeau relève le défi et se glisse dans la peau de Diana Vreeland, tenue noire, maquillage de kabuki, tout y est artifice… et tout est vrai. MARYVONNE COLOMBANI

La divine miss V © Brigitte Enguerand

l’évocation des souvenirs, le projet de réception du soir -un banquier bien important est attendu !-, les appels à la bonne allemande à laquelle elle

emprunte les sommes qu’elle doit donner, au livreur de fleurs, au magasin, au restaurant…, la lecture indignée d’un journal qui la vilipende,

La divine miss V a été joué au Jeu de Paume (Aix) du 2 au 6 mars 0 820 000 422 © Brigitte Enguerrand www.lestheatres.net

Année russe Le malheur... © Valeri Hristoforov

Le quinzième festival russe du Toursky s’est achevé sur le chef-d’œuvre d’Alexandre Griboïedov, Le malheur d’avoir trop d’esprit. Un sur-titrage excellent (sans fautes !) laissait pleinement le bonheur de savourer le phrasé élégant de la langue russe, le subtil travail d’assonances et d’allitérations, qui apportent un charme indéniable à la représentation. Les acteurs jouent avec bonheur et expressivité. Tchatsky, jeune homme romantique qui est parti trois ans faire un tour du monde, ne retrouve pas de Pénélope en rentrant à Moscou, mais une belle indifférente, Sofia Pavlovna. L’intrigue est sans pitié dans cette Russie du XIXe, indifférente et grossière… La mise en scène est soignée, bien rythmée, avec une attention spéciale portée aux costumes, qui apportent leur grain de folie dans la scène du bal, pour construire un spectacle d’une superbe qualité. La salle comble est enthousiaste, puis se retrouve dans la

joyeuse atmosphère du cabaret russe. Performance double des acteurs qui poursuivent leur spectacle en chantant avec un élan extraordinaire. Complicité avec les spectateurs… Beaucoup hébergent les comédiens, au fil des nombreuses années des liens se sont tissés… Mais figurez-vous que le Toursky ne fait pas partie du dispositif «année de la Russie»… étrange, non ? MARYVONNE COLOMBANI

Le malheur d’avoir trop d’esprit a été joué au Toursky du 12 au 14 mars


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THÉÂTRE

JEU DE PAUME | ATP | BERRE

Jekyll est Hyde Le roman de Stevenson a en moins de deux élaboré un mythe, poussant à bout le thème du dédoublement en un magistral roman fantastique. Celui de Christine Montalbetti se débarrasse des digressions philosophiques (un peu lourdes en nos âges post freudiens), universalise le mythe en le détachant de la prude et hystérisante société victorienne, et se concentre sur la part noire de… Jekyll. Qui est Hyde, bien sûr, caché en lui comme le dit si bien son nom en anglais. De quoi est-il question ? d’un fou qui veut se débarrasser de sa part noire, meurtrière, perverse, jouissive, parce qu’il sait qu’elle est en lui. Mais qui veut faire l’ange… Le huis clos enferme Jekyll en sa maison comme en sa tête, et ses exac-

se laisser déborder avec terreur mais plaisir. Denis Podalydès incarne tout cela, le bon, l’ambigu, le Mal, le passage, avec un talent absolument époustouflant. Son corps de danseur, son phrasé de virtuose, les éclats du texte de Stevenson qu’il laisse parfois surgir en anglais comme autant de bulles anciennes, la furie qui le saisit et le laisse épuisé, tout semble le déchirer de batailles intérieures. On reste suspendu à sa performance, jusqu’au bout. Décidément, quel plaisir qu’un grand acteur ! AGNÈS FRESCHEL © Elisabeth Carecchio

tions se commettent en différé, racontées par un docteur pas si innocent qui

rêve de pureté mais se laisse envahir par Hyde, se surprend à aimer cela, à

Le Cas Jekyll, de Christine Montalbetti (éd P.O.L.), mis en scène par Eric Ruff et Emmanuel Bourdieu, a été joué au Jeu de Paume par Denis Podalydès

L’Asile et l’Europe spectateurs assemblés comme un peuple, et les médusent. Pourquoi ? D’abord, avant tout, parce que ce sont des interprètes de génie. Philippe Girard, voix sombre, regard perçant, corps tremblant, guide et tempère Mireille Herbstmeyer, émotion pure, et pourtant mesurant chaque geste démesuré. Quant au jeune Frédéric Giroutru, il possède une maîtrise flamboyante de lui-même, laissant voir d’un regard les doutes qui l’assaillent, la peur, la résolution. Et puis, ils donnent à entendre un texte qui conspue les politiques frileuses et lâches, qui expulsent vers les pays en guerre et cherchent à justifier les replis identitaires : les Danaïdes arrivent d’Afrique pour fuir un mariage forcé, demandant asile… et le peuple Grec, unanime, choisit ce qui est juste, même s’il y sacrifie la paix. Les Grecs auraient-ils encore beaucoup à nous apprendre ? AGNES FRESCHEL © Alain Fonteray

Théâtre d’intervention, dit-il. C’est tout à fait cela. Olivier Py a du culot (on le savait), et celui d’entrer à rebrousse-poil dans une démarche de démocratisation n’est pas le moindre. Pour attirer au théâtre ceux qui n’y viennent pas la plupart choisissent soit le spectaculaire (cirque et divertissement), soit l’écriture du réel immédiat, et souvent le renoncement à la langue, au dialogue et au jeu. Olivier Py, lui, choisit… Eschyle. Le plus archaïque des Grecs. Et encore : dans une retraduction personnelle inspirée de Leconte de Lisle, qui fleure bon l’alexandrin blanc, et le christianisme posé sur les dieux grecs comme un cache-paganisme. Et bien sûr : sans décor, en longs costumes noirs, avec une comédienne bien plus âgée que les rôles (elle joue un chœur), et une plongée sans retenue, sans avertissement, sans filet, dans le Tragique, avec grandiloquence, trémolos, larmes vraies, tirades qui s’allongent et tension, tension permanente, effusion encore, et récits plein de fureur, de galopades, de métaphores. Et ça marche. Dans la salle de répétition du Pavillon Noir, ou dans le réfectoire d’un lycée aixois entre deux affiches sales, les tragédiens s’avancent parmi les

Les Suppliantes d’Eschyle ont été jouées en Pays d’Aix du 2 au 5 mars

Sus au tragique © X-D.R

Un Dom Juan revisité, vivifié, rajeuni et emballant ! Au-delà de la transformation vestimentaire de Dom Juan, qui a tout d’un homme contemporain en cuir des bottes au gilet, la version concoctée par la compagnie des Asphodèles secoue les spectateurs avec une mise en abîme permanente qui lorgne vers la commedia dell’arte. Tout en conservant intact le texte de Molière, le révélant même, les comédiens, se regardant jouer, se permettent des invectives et quelques jugements sur le personnage de Dom Juan, allant jusqu’à huer son comportement, adressant quelques clins d’œil complices au public, remettant sans cesse en question sa condition d’homme

amoureux, libre et blasphémateur. La mise en scène de Lucas Franceschi va plus loin encore, confronte le texte à des acrobaties, des chants polyphoniques, un combat d’escrime joué au ralenti, jusqu’à la géniale figuration du tombeau du Commandeur jouant sur les corps et leur figuration… Jubilatoire ! DO.M.

Dom Juan a été joué le 26 février à la salle polyvalente de Berre L’Étang.


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THÉÂTRE

AVIGNON

Camille Claudel en exil Engagé depuis 2001 dans une trilogie consacrée aux femmes, on imagine l’émotion du comédien en interprétant le 1er volet Charles Gonzalès devient… Camille Claudel à Avignon, si proche de l’asile de Montdevergues à Montfavet. La sculptrice y a fini ses jours après 30 ans d’incarcération forcée, abandonnée, brisée, bâillonnée, spoliée, naufragée d’un monde sexiste et conservateur. Charles Gonzalès rend hommage à l’artiste en la dressant en figure de martyr. Une terrible descente aux enfers qu’il retrace à partir de la correspondance de la sculptrice retrouvée à l’hôpital psychiatrique. Cet hommage à son destin tragique est donc interprété par un homme, inspiré par l’art Onnagata japonais. Cela rend d’autant plus crédible la difficulté que cette femme, considérée aujourd’hui comme une artiste majeure, a rencontré pour vivre son art à une époque où les artistes étaient globalement «maudits»,

et où être sculptrice était considéré comme une déviance sociale impensable. L’enfermement, l’aliénation, la solitude sont criants de vérité et la sobriété de la scénographie appuyée par la justesse des lumières accentuent le sinistre et le sentiment de persécution. À mesure de la déchéance physique et morale, le comédien rend christique la chute cruelle de l’insoumise, accablée par le désamour de ce «monstre de Rodin» et qui ne cessera d’implorer sa famille, indifférente. Sa folie remplacera son génie. Charles Gonzalès, grâce au sien, lui rend sa part d’humanité. Et aussi, aux femmes d’aujourd’hui réduites au silence. DELPHINE MICHELANGELI

Charles Gonzalès devient… Camille Claudel s’est joué au Théâtre du Chêne Noir les 25 et 26 février © X-D.R

Guitry pur jus Pour sa nouvelle création, la cie Uppercuthéâtre a rassemblé 4 pièces en un acte de Sacha Guitry. Le metteur en scène Laurent Ziveri précise son intention : «Guitry nous amène avec légèreté, sobriété, élégance, à la rencontre de couples modernes qui nous en disent long sur nos comportements et nos attitudes de vie... Il nous propose d’en rire avec finesse et subtilité.» Si les trois comédiens, Estelle Galarme, Olivier Ranger et Laurent Ziveri s’en sortent plutôt bien et arrivent à provoquer le rire, on se demande vraiment pourquoi monter ces textes : la misogynie de l’auteur y éclate en plein jour. Sous fond de

que les comédiens se lâchent vraiment, le mari pas encore cocu arbitre une paire de gifles entre sa femme et son futur amant. Si les répliques de Guitry opèrent toujours, les rapports amoureux ont quelque peu changé depuis. La vision des femmes aussi. En tous cas on l’espère.

couleurs criardes et de costumes démodés, les acteurs débutent par On Passe dans huit jours, où une jeune comédienne réservée doit se mettre en colère et passer à la gouaille pour garder son rôle. Puis dans Un homme d’hier et une femme d’aujourd’hui, titre du spectacle, un couple empêtré dans le fossé générationnel fait passer la jeune femme pour une ingénue plus intéressée par son vernis à ongle que par la relation amoureuse. Dans Un type dans le genre de Napoléon, l’ex-femme se révèle être très infidèle par vengeance et faiblesse, menteuse et hystérique. Et dans Une paire de gifles, la pièce la plus drôle parce

DE.M

Un homme d’hier et une femme d’aujourd’hui s’est joué au Balcon, Avignon, du 19 au 21 mars

Haute voltige magasin funéraire «où seules les jeunes femmes en deuil (le) sortent de sa torpeur» d’une servilité à toute épreuve. Mis en roue libre par Pierre Pradinas, il réhabilite avec excellence, entre humour et grincement, la règle de conduite de ce laissé pour compte : vivre le moins possible pour souffrir le moins possible. Une vie subie qui «à force de raser les murs du cimetière a fini par prendre leur couleur.» DELPHINE MICHELANGELI

La Grande vie s’est jouée au Théâtre des Halles, Avignon les 12 et 13 mars

Denis Lavant © X-D.R.

Voilà un irréprochable «point de jonction» trouvé entre la Scène Nationale de Cavaillon et le théâtre des Halles. Dans La Grande vie de Jean-Pierre Martinet, Denis Lavant a offert aux spectateurs l’occasion d’un rapprochement de haut vol. Le comédien surdoué raconte en solo la vie hautement pathétique d’un petit homme, prisonnier de son quotidien glauque dans le quartier Montparnasse «où on meurt lentement, à petits bruits, en exil toute sa vie». Il est cet Adolphe Marlaud, personnage asphyxié de solitude qui rêve d’invisibilité, imaginé par Martinet, météorite littéraire méconnue, entre Gary et Bukowski. Il est cet acrobate qui prolonge la parole d’un homme sans âge, devenu l’homme phallus de cette énorme Madame C., concierge haut de forme qui le conduira au drame, qui là aussi, lui échappe. Il est le fils de ce policier ayant dénoncé sa mère à la gestapo et qui reste indifférent à son martyr en assumant l’ignominie de son père. Denis Lavant rend jubilatoire la moindre partition textuelle dans une interprétation tout simplement rare. Il nous transporte, en un regard et un quart de tour, du coin de sa sinistre rue, au cimetière où il surveille le périmètre sacré du tombeau paternel, à la décoration neurasthénique de la loge de la concierge jusqu’au


OUEST PROVENCE | CAVAILLON

THÉÂTRE

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Nécessité publique Mené par Guy Alloucherie, le collectif d’artistes Hendrick Van der Zee est parti à la rencontre des Cavaillonnais. 15 jours pour collecter, dans les quartiers de la ville, des témoignages et des images, restituées le temps de 2 représentations au théâtre de Cavaillon. 2 semaines pour créer du lien, réveiller la parole et la mémoire, inventer une histoire commune. 1h15 pour offrir un spectacle pluridisciplinaire, un road-movie dédié aux habitants, anonymes pour la plupart. Jean-Michel Gremillet souligne son attachement au projet : «Cette veillée est un moment hors norme pour la vie du théâtre. On touche au plus près de notre raison d’être.» MJC de Cavaillon en tête, écoles, associations, commerces, ateliers théâtre, éducateurs se sont prêtés au jeu, posant devant leurs portes, racontant leur quotidien, leur difficulté, leurs espoirs. Les circassiens, danseurs, comédiens, vidéastes de la compagnie ont accompagné cette traversée en délivrant leur ressenti. On sent leur solidarité par exemple devant l’inquiétude actuelle de la SMAC du Grenier à Sons, face à la fusion éventuelle avec la Scène Nationale. Ce vivre ensemble, dans une ville qui subit la fuite de sa population, qui vote FN à plus de 30%, apparaît ne pouvoir exister qu’en passant par la culture et l’éducation. L’intervention de jeunes de quartier, qui ont pris la relève d’un centre social envolé en créant l’École du Respect pour «construire des lendemains

Wingles © Jérémie Bernaert

solidaires qui chantent», touche le cœur du problème. Cette œuvre collective, en semant la poésie dans la rue, aura appris aux habitants à se regarder. Une nécessité publique, certainement. DELPHINE MICHELANGELI

Tels des équilibristes Comment ne pas tomber ? Éviter de sombrer dans le gouffre dont le bord se parcourt dangereusement, à petits pas ? C’est bien là toute la question Tout au bord © Cassandre Sturbois

La Veillée # Cavaillon s’est jouée les 5 et 6 mars à Cavaillon

pour Christelle et Olivier, couple sans histoire qui voient leurs deux «grands» garçons quitter la maison. Le basculement ne se fera pas attendre, et va les cueillir doucement, sans qu’ils n’y prennent garde : lui s’achète une clarinette, elle un vélo, deux rêves aboutis, enfin ! Ils vont s’y adonner comme si le temps n’avait plus cours, comme s’il ne fallait pas aller travailler, répondre au téléphone, payer les factures… Ce ne sont que des petites choses, un quotidien esquissé, petites touches de désespoir qui étreignent parfois, que nous content Bernard Cogniaux et Marie-Paule Kumps, auteurs du texte. Avec beaucoup d’humour, de sensibilité et de retenue ils mènent, jusqu’au bord, leur délicate quête d’identité : elle ira jusqu’à se projeter dans une vie de sans-papier, lui finira par jouer de la clarinette sur un trottoir. Séparés par l’absurdité de la vie, réunis presque par hasard, in extremis… DO.M.

Tout au bord a été joué au Théâtre, à Fos, le 12 mars

Passions sudistes Baby Doll, femme-enfant, proie désirée, manipulée, va avoir 20 ans, âge auquel Archie Lee, son mari, pourra consommer le mariage. La veille de la date fatidique arrive Silva Vaccaro, le voisin rital et concurrent qui soupçonne Archie Lee d’avoir mis le feu à son hangar et détruit l’égreneuse à coton… Sa vengeance aura pour nom Baby Doll. L’adaptation de Pierre Laville -ici resserrée pour ne garder que les cinq protagonistes principaux-, conserve toute la violence et la rudesse de l’univers de Tennessee Williams, renforcée par la mise en scène de Benoît Lavigne qui souligne le machisme et le racisme qui régnaient dans les années 30 dans le sud des États-Unis. Personnage à part entière, la maison délabrée imaginée par Laurence Bruley en impose, recoins et étage de bric et de broc qui instaurent un climat propice à l’échauffement des corps, au désir palpable. Ceux de Baby Doll et Silva, magistralement interprétés par Mélanie Thierry -dont la finesse de jeu rend crédible toutes les facettes du personnage, de l’enfant désarmée

Baby Doll © Cosimo Mirco Magliocca

à la jeune femme sensuelle- et Xavier Gallais, remarquable en séducteur inquiétant, jeune mâle sauvage prêt à bondir sur sa proie… Telle est l’Amérique de Baby Doll, finalement pas si éloignée que ça de nos préoccupations contemporaines où l’on continue de s’interroger sur la place de la femme dans la société… DO.M.

Baby Doll a été joué à l’Olivier (Istres) le 3 mars. À noter : Baby Doll sera joué au Gymnase du 31 mars au 3 avril. 0 820 000 422 www.lestheatres.net


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THÉÂTRE

AU PROGRAMME

Maestro ! Meurtrière Omar Porras est un des quelques grands maîtres Elle a tué son amant en 1927… Pauline Dubuisson a de la mise en scène. Sa troupe du Teatro Malandro est époustouflante de maestria, avec ou sans masque, en caricature ou en finesse, dans le chant, le jeu, le corps. Ils reviennent sur la scène du Gymnase avec des Fourberies de Scapin qui replongent dans les racines italiennes dont Molière s’est inspiré pour écrire sa comédie la plus trépidante. Maîtres et valets, pères et files, amants et maîtresses, tous s’affrontent, dans une féérie visuelle à rouages visibles, comme des boîtes à malice. À ne pas rater ! Les fourberies de Scapin Du 20 au 24 avril Le Gymnase, Marseille 0 820 000 422 www.lestheatres.net

Portrait d’une femme Du 6 au 10 avril La Criée, Marseille 04 91 54 70 54 www.theatre-lacriee.com

> © X-D.R

D’ici et d’ailleurs Italianissime Marseille/Alger. La Compagnie L’Orpheline est Depuis la mise en scène historique de Strehler la

Double création

© X-D.R.

La répétition Du 9 au 30 avril En arabe du 20 au 24 avril Théâtre de Lenche, Marseille www.theatredelenche.info

laisser reprendre involontairement à l’exercice de l’art pour éviter les coups de bâtons, qui pleuvront pourtant à n’en pas douter ! La mise en scène d’Andonis Vouyoucas a remporté un franc succès, mérité depuis sa création en 2006. Avec quelques panières, une poignée de comédiens de talent et un grand respect de la lettre du texte, il donne à voir une version enlevée et amusante d’une des comédies les plus efficaces de Molière…

Terra Cognita Du 22 au 24 avril Les Bancs Publics, Marseille 04 91 64 6000 http://bancspublics.free.fr

Trilogie de la Villégiature est associée au Piccolo Teatro di Milano… Mais Goldoni à Milan est monté par d’autres, et Toni Servilio n’est pas le moindre ! Il sera présent à l’Institut culturel Italien pour une rencontre le 31 mars, puis sur scène en une version sur-titrée… Un événement, parce que le Piccolo reste une compagnie exceptionnelle, et parce que ces trois pièces rendent compte de la comédie humaine avec la subtilité et l’épaisseur de ces textes inépuisables qu’on appelle chef-d’œuvre… Trilogia della Villegiatura Les 1er et 2 avril Théâtre Toursky, Marseille 0 820 300 033 www.toursky.org

Manipulateur Matei Visniec vient à la Minoterie : fidèle à ses missions de diffusion des écritures contemporaines, le théâtre de la Joliette organise avec le GRETE une journée de rencontres autour de l’écrivain, parallèlement avec la programmation de Voix dans le noir, composés d’extraits de ses textes mis en scène, avec marionnettes et petits objets, par Eric Deniaud. Une belle rencontre, à ne pas manquer, à partir de 12 ans. Voix dans le noir Du 25 au 27 mars La Minoterie, Marseille 04 91 90 07 94 www.minoterie.org

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Rechute ! Le médecin malgré lui va rechuter au Gyptis, et se

une épine dans le pied travaille depuis quelques années à partir des identités des migrants venus d’Alger, il y a peu longtemps ou récemment, porteurs d’une culture double très simple… ils sont nombreux, différents, identiques à certains endroits. La nouvelle création de la compagnie, Terra Cognita, met en scène 4 comédiens, 2 filles et 2 garçons, 3 Français et 1 Algérien, à partir de ces questionnements-là. Mis en scène par Julie Kretzschmar et Guillaume Quiquerez, qui construisent avec précaution des discours à partir de bribes recueillies dans le réel, et dans les textes.

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Le Théâtre de Lenche travaille depuis plusieurs années avec le Théâtre National Algérien. On a pu voir ainsi, lors d’une carte blanche en 2008, plusieurs pièces très personnelles, et bouleversantes, de M’hamed Benguettaf, directeur du théâtre qui a réussi à constituer une troupe permanente et à redonner vie à la scène algérienne. La Répétition est l’aboutissement de ce compagnonnage puisqu’il a mis en scène ce texte qu’il a écrit en 1994, et qui parle des difficultés pour créer dans ce pays. Le spectacle, joué en Français par la cie de l’Egrégore, sera également, du 20 au 24, joué en arabe par les trois comédiens algériens qui l’ont créé à Alger. De même qu’Ivan Romeuf, Joëlle Brover et Denys Fouqueray l’ont joué en Français au TNA.

Le médecin malgré lui Du 20 au 24 avril Théâtre Gyptis, Marseille 04 91 11 00 91 www.theatregyptis.com

inspiré à Michel, un des plus notables de nos écrivains dramatiques contemporains, ce Portrait d’une femme devant la justice, aux assises. Portrait en mosaïque, puisque le juge, l’avocat, la victime même, ne sont pas absents des enjeux et des débats. Anne-Marie Lazarini met en scène ce texte, où l’analyse psychosociologique se joue dans les rapports de force. Comme chez Brecht, mais avec réalisme.

© Maxime Potherat

© X-D.R.

Démocratie Récemment nommé directeur du CDN de Béthune, Thierry Roisin s’est penché sur les retranscriptions des conseils municipaux. Puis sur les dialogues Platoniciens mettant en jeu La République. Enfin il est allé enquêter sur les conflits politiques des petites communes, sur l’exercice concret de la démocratie. Cela a donné une pièce au titre de fable, jouée par de jeunes comédiens, des musiciens, qui s’opposent et cherchent à construire… La grenouille et l’architecte Du 21 au 24 avril La Criée, Marseille 04 91 54 70 54 www.theatre-lacriee.com


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Ensoleillé Tumultueux Coproduit par le théâtre des Salins, Le soleil brille pour La famille Coleman est au bord de la dissolution. Une © Benjamin Renout Agence Enguerand

C’est le plus beau, le plus lyrique, le plus romantique, le plus émouvant des drames Hugoliens. Ruy Blas est un chef-d’œuvre de démesure, enflé, limite mauvais goût, mélo, flamboyant. William Mesguish le met en scène avec de jeunes comédiens, et un sens de la féérie visuelle. Il faut avoir entendu Je vous suivrai, pour frissonner, Bon appétit Messieurs, pour s’insurger, Je m’appelle Ruy Blas, pour fondre en larmes…

tout le monde est une création de Fred Nevchehirlian. Le poète et musicien se propose d’«amener une autre idée de Jacques Prévert, pour retrouver un accès par rapport à sa parole poétique et politique.» La petite-fille de Jacques Prévert, qu’il a rencontrée à l’occasion d’un documentaire pour lequel il mit en musique un poème, lui a confié un catalogue de textes, dans lequel se trouvent des inédits. Restituée en musique, la langue de Prévert trouve beauté et simplicité, dans une mise en espace du vidéaste Patrick Laffont.

grand-mère, sa fille et ses quatre petits-enfants vivent sous le même toit. Chacun s’est construit un espace personnel restreint, cohabitant tant bien que mal dans le dénuement. Un équilibre fragile qui s’écroule lorsque la grand-mère, pilier de la famille, tombe malade. Chacun va alors devoir prendre son destin en main, oscillant entre solidarité et rejet des autres. Ecrite et mise en scène par le metteur en scène argentin Claudio Tolcachir, Le cas de la famille Coleman questionne, de façon souvent désopilante, les difficultés de s’émanciper lorsqu’on est prisonnier du microcosme familial.

Le soleil brille pour tout le monde Les 20 et 21 avril à 20h30 Théâtre des Salins, Martigues 04 42 49 02 00 www.theatre-des-salins.fr

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Le cas de la famille Coleman Le 27 mars à 20h30 Châteauvallon, Ollioules 04 94 22 02 02 www.chateauvallon.com Le 30 mars à 20h30 Théâtre, Arles 04 90 52 51 51 www.theatre-arles.com

Ruy Blas Du 30 mars au 3 avril Jeu de Paume, Aix 0 820 000 422 www.lestheatres.net

Cruautés À partir d’un montage de textes tirés du roman

Universitaire Alain Béhar met en scène l’atelier de théâtre de l’Université de Provence, qui confronte ses étudiants à des conditions professionnelles représentation. Le metteur en scène, face à ces jeunes gens, s’inspire du manifeste hacker de Mc Kenzie Wark : un drôle d’univers où le réel se délite, où le lien disparaît. Utopiste ?

Fred Nevcherhirlian © Patrick Gherdoussi

Satirique Une Citroën AX en panne dans une clairière

Manifeste Du 20 au 24 avril Théâtre Vitez, Aix 04 42 59 94 37 http://theatre-vitez.com

Incinérer © Houssam Mcheimech

Paysage(s) de Fantaisie Le 24 mars à 19h Les 25 et 26 mars à 20h30 Théâtre du Périscope, Nîmes 04 66 36 65 10 www.theatredenimes.com

Égocentriques Comédie satirique de Jean Anouilh, Le nombril est mis en scène par Claudine Pelletier. Entre humour et satire l’auteur règle ses comptes avec la famille, les médecins et les amis, se projetant en un misanthrope atrabilaire, double de lui-même incarné sous les traits de Léon. Une mauvaise humeur qui le fait tourner autour de son nombril, et de celui des autres, pas mieux lotis en la matière…

La mélancolie des dragons Le 23 avril à 20h30 Théâtre des Salins, Martigues 04 42 49 02 00 www.theatre-des-salins.fr

© Pierre Grosbois

Appendice Les 26 et 27 mars 3BisF, Aix 04 42 26 83 98 www.3bisf.org

enneigée, avec à son bord six rockeurs chevelus, décalés et nonchalants. Surgit à vélo, Isabelle, une vieille copine, qui inspecte la voiture et rend son verdict : il faudra une semaine pour recevoir la fautive tête de delco. Les six compères vont alors à lui faire découvrir leur parc d’attractions ambulant  : une remorque où cohabitent toutes sortes d’objets banals qu’ils rendront magiques dans une féerie épatante. Philippe Quesne mène le jeu avec poésie et dérision dans cette Mélancolie des dragons qui revendique la liberté artistique comme réinvention du monde.

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Les ATP d’Aix programment au 3bisf la performance de Lina Saneh : avec Rabih Mroué elle met en scène son propre corps comme un champ de bataille, que son mari va proposer de découper et d’incinérer pour qu’il échappe à ses zones ennemies, et puisse transgresser l’interdiction d’incinération du Liban… C’est drôle, juste, frappant, décapant, comme tout ce que ce couple là propose.

éponyme de Tony Duvert, Paysage(s) de Fantaisie est mis en scène par Bruno Geslin, artiste associé au Théâtre de Nîmes cette année. Une histoire dans laquelle «deux groupes d’adolescents s’adonnent aux jeux de l’enfance, ceux qui font semblant pour de bon, violents et cruels.» Un texte sans concessions qui raconte, dans un climat de tension permanente, la rencontre brutale et violente de deux groupes d’adolescents –les filles d’un côté, les garçons de l’autre- lors d’un bal qui verra la danse basculer dans un déchaînement terrifiant.

Le nombril Le 22 avril à 19h Les 23 et 24 avril à 20h Le 25 avril à 16h Théâtre du Chêne Noir, Avignon 04 90 82 40 57 www.chenenoir.fr


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THÉÂTRE

AU PROGRAMME

Événement Curiosité Constat Une création de Joël Pommerat, c’est toujours un Deux histoires racontent deux hommes, deux sociéévénement : Cavaillon est à deux pas, et le théâtre est accueillant ! D’autant que Cercles/Fictions rompt avec ses dernières pièces, très frontales, pour créer une ronde de spectateurs, un cercle complet qui modifie les rapports et points de vue. Comment va-t-il faire opérer sa magie, ses illusions presque cinématographique ? Au centre donc, des histoires vont être vécues, des situations authentiques, «des histoires drôles, parfois horribles ou dures, […] mais vraies» dit Pommerat. Cet univers est aussi habité par les lumières d’Eric Soyer et Jean-Gabriel Valot et la réalisation sonore de François Leymarie.

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Cercles/Fictions Le 29 mars à 19h Le 31 mars à 19h Les 1er et 2 avril à 20h30 Théâtre de Cavaillon 04 90 78 64 64 www.theatredecavaillon.com

tés, deux pays : Arnaud Troalic met en scène Borges l’aveugle et Goya le sourd à partir de deux textes de Rodrigo Garcia. Au travers de ces deux infirmes de génie, et de ces deux monologues qui finissent par s’entrechoquer, Garcia dynamite une fois de plus l’art bien pensant et les travers de notre société. Que ce soit pour «aller saccager la tombe du vieux Borges à Genève» en guise d’émancipation, ou rentrer de nuit au Prado pour admirer les Peintures Noires de Goya, il parle en son nom propre pour résonner en chacun de nous. Borges Vs Goya Le 27 mars à 21h Théâtre Durance, Château-Arnoux 04 92 64 27 34 www.theatredurance.com Le 31 mars à 20h30 Théâtres en Dracénie, Draguignan 04 94 50 59 59 www.theatresendracenie.com

Délirant Le titre ne donne en rien un indice sur le contenu de la pièce… À part peut-être l’orage qui grondera à un moment entre les deux protagonistes de cette pièce folledingue, soumis qu’ils sont aux ordres farfelus d’un admirateur secret qui va les pousser à se tester, voire à s’avilir… Entre fiction et réalité, fonction sociale du comédien et mise à l’épreuve d’une amitié (réelle est celle qui unit les deux comédiens belges Eno Krojanker et Hervé Piron) qu’ils croient inébranlable, l’histoire se corse et se poursuit entre absurde et pathos pour le plus grand plaisir des spectateurs qui seront eux-même acteurs de l’affaire! Petit déjeuner orageux un soir de carnaval Le 20 avril à 19h Théâtre Durance, Château-Arnoux 04 92 64 27 34 www.theatredurance.com

Cercles-Fictions © Jean-Gabriel Valot

Mythique Basée sur une sélection de lettres issue de la relation épistolaire de Victor Hugo et Juliette Drouet, Victor Hugo, mon amour, dans une mise en scène de Jacques Décombe, nous plonge dans la vie politique, sociale et littéraire du XIXe siècle. Anthéa Sogno (à qui l’on doit ce choix de lettres) et Sacha Petronijevic incarnent le grand homme et sa muse, qui, durant cinquante ans, se sont aimés passionnément. Victor Hugo, mon amour Le 26 mars à 20h45 Théâtre Armand, Salon 04 90 56 00 82 www.salon-de-provence.org

Sensiblement Au sein d’un quatuor à cordes quatre grands musiciens répètent, pour un concert exceptionnel, les derniers quatuors écrits par Beethoven. À quelques jours de la première ils vont vivre un bouleversement qui va remettre en question l’organisation même de leur formation. Le quatuor demande à chaque interprète d’être pleinement dans son rôle tout en étant entièrement avec les autres. Questionnant le travail en équipe, et plus particulièrement les liens qui existent entre ambition artistique et vie personnelle, la pièce écrite par François Cervantes et Francine Ruel révèle l’humanité de chacun. Le dernier quatuor d’un homme sourd Le 20 avril à 20h30 Théâtre du Cadran, Briançon 04 92 25 52 52 www.theatre-le-cadran.eu

Les cauchemars du gecko © Agnès Mellon

Lorsque Thierry Bédard met en scène Jean-Luc Raharimanana, la rage s’incarne. Pure, évidente, justifiée. Si les acteurs, slameurs et chanteurs, Français, Malgaches et Africains, ne sont pas toujours au sommet de leur art peu importe : ce qu’ils nous disent sur leur vie de Noirs dans ce pays plus que pauvre, sur leur misère constante, la faim, la violence, est fondamental. Constat assorti de chiffres, effarants, d’histoire, jamais dite, de souffrance inimaginée. Un cauchemar, qu’ils vivent dans le réel. Seul le débordement haineux sur les Juifs… Les Cauchemars du Gecko Le 30 mars à 20h30 Théâtre de la Passerelle, Gap 04 92 52 52 52 www.theatre-la-passerelle.eu

Incarnation À partir du texte de Roland Barthes, les Fragments d’un discours amoureux prennent corps dans la mise en scène d’Arnaud Churin. Pour ce dernier, ainsi que pour les deux autres interprètes Scali Delpeyrat et Luciana Botelho, «la représentation de ces fragments dans un dispositif théâtral […] vise à affirmer l’état amoureux en créant une communauté qui se reconnaît dans cet état amoureux.» Des fragments qui empruntent à la littérature, mais aussi et surtout aux souvenirs de chacun. Comme Barthes mêle dans ce texte si personnel l’intime, et tous les fragments de littérature et de musique qui l’habitent. Fragments d’un discours amoureux Les 22 et 23 avril à 19h Théâtre de la Passerelle, Gap 04 92 52 52 52 www.theatre-la-passerelle.eu

Arlequinades Encore une histoire fantastique et déroutante jouée par les Asphodèles (voir p.18) : avec Arlequin navigue en Chine, les lyonnais se joignent à des comédiens chinois pour faire voyager Perle d’azur de Pékin, où elle est enlevée, à Venise où, travestie en Arlequin pour se cacher, elle tombera amoureuse d’Orazio. La mise en scène de Luca Franceschi, centrée sur une gestuelle issue de la commedia dell’arte et de l’Opéra chinois, permet le rapprochement des deux cultures, avec moult acrobaties, chants et danses… Arlequin navigue en Chine Le 24 avril à 20h30 Office Municipal de la Culture, Simiane 04 42 22 62 34 www.omcsimiane.com


Cocasse Deux courtes pièces d’Eugène Labiche, 29 degrés à l’ombre et Embrassons-nous, Folleville ! sont mises en scène par Pierre Pradinas. L’occasion de retrouver l’humour et la causticité de l’auteur dramatique, et de se moquer avec lui des travers de la condition humaine. C’est notamment la quatrième collaboration du directeur du Centre dramatique national du Limousin avec la comédienne Romane Bohringer. 29 degrés à l’ombre et Embrassons-nous, Folleville ! le 3 avril à 20h30 Le Carré, Sainte-Maxime 04 94 56 77 77 www.carreleongaumont.com le 20 avril à 20h30 Théâtre en Dracénie, Draguignan 04 94 50 59 59 www.theatresendracenie.com

Novateur Chercheur en informatique et passionné par le jonglage, Adrien Mondot a conçu Cinématique de la chute, un spectacle qui prend la chute comme point de départ, appliquée au jonglage, au corps et à ses objets, y mêlant ses recherches dans la création numérique. Il conçoit ainsi des outils adaptés, dans les domaines graphiques et sonores, qui tendent à ramener de l’humain, de la poésie dans ce qui en est a priori dépourvu. Une rencontre aura lieu à l’issue de la représentation avec Adrien Mondot sur le jonglage et les arts numériques.

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Cinématique de la chute Le 10 avril à 20h30 Le Carré, Sainte-Maxime 04 94 56 77 77 www.carreleongaumont.com

Cinématique - Novembre 2009 - Les Subsistances © Adrien Mondot

Intimité Incluant les spectateurs dans l’espace de jeu, les comédiens du collectif Les Possédés transforment la scène en ring dans une interprétation du chef-d’œuvre de Tchékhov Oncle Vania. Une proximité qui interdit les approximations et les tricheries, et rend plus réels encore les tensions et l’énergie du texte du dramaturge russe. Oncle Vania Les 23 et 24 avril à 20h30 Le Carré, Sainte-Maxime 04 94 56 77 77 www.carreleongaumont.com


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DANSE

MERLAN

Et ils mordent la poussière Au sol, des éclaboussures de terre rouge et ocre comme une esquisse de Miquel Barcelò. Autour du plateau, les musiciens, un mur-tableau de bois en fond de scène et quelques tabourets. Un décor minimaliste à la fois ouvert et fermé, comme le sont les cours des concessions africaines : c’est là que la partie se joue, violente, implacable. C’est là que tout bascule, comme lors des festivités inaugurales de la Termitière* à Ouagadougou qui furent entachées par un affrontement aussi terrible qu’inexplicable avec les forces policières. C’était en 2006. De cette expérience tragique, les chorégraphes Salia Sanou

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PAVILLON NOIR

et Seydou Boro ont imaginé Poussières de sang, pour dire comment la violence se manifeste en nous, comment elle naît et se répand. Violence physique et verbale portée sur scène par 7 danseurs (leurs corps résonnent l’un en l’autre dans une agressivité contagieuse), 1 chanteuserécitante (Djata tient le rôle de coryphée, révélant la douleur et emprisonnant les danseurs dans ses méandres) et 4 musiciens (à l’écoute de l’évolution de la danse dans l’espace, ils improvisent et réinventent sans cesse). Poussières de sang est une joute physique et sonore tendue à l’extrême, une pièce politique et sombre qui met les danseurs en danger : corps pliés, voûtés, glissant nerveusement au sol comme un ver ou secoués de tressaillements, masses qui s’entrechoquent. Au point que la violence contamine le groupe jusqu’à l’épuisement. Jusqu’à mordre la pous-

Poussières de sang © Antoine Tampé

(*) Centre de développement chorégraphique d’Afrique

sière. Le danseur est ici un poids mort dont la chute résonne lourdement au sol, tandis qu’un tabouret vole en éclats et que la voix de Djata se fait plus percutante. On ne sort pas indemne d’un tel spectacle qui interroge l’aptitude de l’homme à résister. Quoiqu’il lui en coûte.

La compagnie sera à nouveau au Merlan les 11 et 12 mai pour les solos Dambë et Concert d’un homme décousu

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI

Âme peu claire

La compagnie brésilienne Membros, dont le Merlan suit les créations depuis 6 ans, porte en elle toute l’énergie revendicatrice née de la rue brésilienne, et dénonce sa violence, le meurtre, la drogue, la prostitution, désespoir. Raio X est une sidérante plongée dans l’enfermement carcéral, et Febre reste un sommet lyrique, accablant, parce que les corps s’y cognent et s’y dénudent en vain, arrêtés partout par des murs blancs qu’ils semblent avoir avalés en eux… Medo, (la Peur) troisième volet de cette trilogie sur la violence, explore le versant féminin d’une société totalement démembrée. Le constat est encore plus terrible : les rapports entre les sexes ne sont que des agressions plus ou moins consenties, le sexe s’y pratique comme un combat, sans jamais un regard en partage, un sentiment. Entre filles ça

ne va pas mieux : tout est rivalité, violence, les talons et les rouges à lèvres sont autant d’armes à tuer l’autre, à la travestir, à la rouer de coups. Mais si le propos est fort la pièce est moins bien construite, les images n’y sont jamais contrebalancées par les ouvertures lyriques qui dans Febre, par leur beauté blanche, offraient quelques salutaires respirations. À la fin les danseurs se congratulent longuement, saluent à peine le public, abandonnent les chocs du hip hop pour danser une bossa devant une boule à facettes, puis disparaître. Réconciliés par cette danse de couple apaisée, devant laquelle le public n’a pas sa place.

La trilogie de Membros était précédée d’une petite pièce de rue conçue avec leurs compagnes de route françaises. Art de la rue qui y revient, renforcé, le hip hop de Flores jette à la tête du public des corps féminins bien loin de se préoccuper de grâce et de séduction, revendiquant leur force… Elles tournent sur leur tête et dansent au sol avec la virtuosité réservée jusqu’alors aux garçons, à même le goudron, dans les vêtements amples qui cachent leurs formes mais non leur talent. Reste que la chorégraphie n’est pas construite et que la pièce ne dit pas grand-chose, hors ce désir d’appartenir au mouvement hip hop autant que les mecs. Même leur manière de maquiller leur visage et de dessiner sur ceux du public des cœurs et des nez rouges n’avait rien de la mièvrerie féminine : elles jouaient du rouge à lèvres en camarades, non en objets…

AGNÈS FRESCHEL

Allez les filles ! Medo © Agnès Mellon

A.F.

Christian Ubl a créé au Pavillon Noir une petite forme, Black Soul, une sorte de solo à deux, introspectif, où il cherche le double sombre qu’il dissimule. Mais si le décor, les lumières, les costumes font de cette courte pièce quelque chose d’abouti le propos reste peu clair : quel est l’intérêt de ce jeu d’ombres ? Parfois très plastique quand les corps se répondent comme des reflets amoindris, la pièce manque pourtant nettement de corps. De danse ? Les moments où les corps se lancent, outrepassant le minimalisme et la théâtralité (assourdissante de musique moche) pour entrer dans le mouvement, sont très beaux. Mais rares… A.F.

Black Soul a été créé au Pavillon noir les 25 et 26 fev

Black Soul © Pierre Canitrot

RaioX, Febre et Medo ont été dansés au Merlan du 7 au 12 mars

Flores © Jhosie Garcia

Condition féminine


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DANSE

AU PROGRAMME

Séances de rattrapage !

Séparation des genres !

Temps d'arret © Yann Marquis

Tous les ans le théâtre d’Aubagne annonce les beaux jours avec un programme de danse qui vire au festival, s’affiche dedans et dehors, et donne l’occasion de revoir nombre de créations régionales que l’on a ratées dans la saison… La qualité des propositions est toujours bluffante, et l’édition 2010 ne déroge pas à la règle : cela commence dès le 22 avril avec Thierry Thieu Niang -un travail performatif conçu autour de sa rencontre avec Nathalie Artufel et Olivier Carrière-, pour se conclure le 30 avril dans la grande salle de La Penne sur Huveaune avec le Ballet National de Marseille, qui reprend trois pièces de Lucinda Childs, Annabelle Ochoa et Frédéric Flamand (voir Zib’20). Entre temps, plusieurs cies animeront les rues, Artmacadam de sa danse urbaine, Sara Martinet de son trouble musical. Et au Comœdia il y aura les claquettes de

Shoebiz, avec la festive cie de Fabrice Martin, les deux duos de Kubilaï Kahn Investigations Coupures (2007) et Espaço contratempo (2009). Et surtout le solo de Miguel Nosibor : Temps d’arrêt est une belle réussite de ce danseur soutenu par la ville, et qui mène un travail remarquable, à la frontière du hip hop dont il vient, et de la danse contemporaine qu’il réinvente (voir Zib 24). Un festival qui apporte la preuve que la création chorégraphique de notre région est vivace, et populaire ! Agnès Freschel Danse en avril Du 22 au 30 avril Le Comoedia, Aubagne 04 42 18 19 88 www.aubagne.com

L’Appaix se lit ? Sextet mouvementé... © cie la liseuse

Retrouver le Ballet National à l’Opéra est toujours un plaisir trop rare que les Marseillais goûtent. Ils ne seront pas déçus avec ce programme nouveau, qui compte deux créations et une pièce de Lucinda Childs qu’ils n’ont présenté que dans leur modeste salle… Olivia Granville, personnalité atypique de la danse, qui est passée du corps de ballet de l’Opéra de paris à la Cie Bagouet, a travaillé avec six danseuses autour de la figure classique de Giselle, contemporaine des recherches sur l’hystérie, de l’esthétique fin de siècle et de l’élaboration de la psychanalyse… Eric Oberdorff, lui, travaille avec sept danseurs masculins du ballet, dans une recherche sur le flux, le mouvement perpétuel, à partir de la Partita en ré mineur de Bach. Enfin les danseurs retrouvent la mixité pour la très belle pièce de Lucinda Childs, exigeante, tout en ductilité… Ballet national de Marseille Les 23 et 24 avril Opéra de Marseille 04 91 327 327 www.ballet-de-marseille.com © Agnès Mellon

L’Appaix est là. Où là ? dans les bibliothèques. Mais pourquoi ? Ben parce qu’il écrit sur les livres. Il était temps ! lui qui décline ses pièces par ordre alphabétique et parle, parle, toujours un brin oulipien dans sa façon d’aborder l’espace… Après trois Sextet mouvementé pour salle de lecture à L’Alcazar (20 avril) et aux ABD (le 22 à 19h et 21h), il créera avec les jeunes (et formidables) danseurs de la formation professionnelle Coline (Istres) Dodeca ou presque. À la Minoterie le 22 à 20h, juste avant ou après les ABD. Cie la Liseuse Les 20 et 22 avril 04 95 04 96 42 www.marseille-objectif-danse.org

Deux cycles ou rien Le Merlan continue de proposer de visiter des univers artistiques, en proposant de rencontrer plusieurs œuvres d’une même compagnie. Après Salia ni Seydou et Membros (voir p 26), c’est Virgilio Sieni que la scène nationale vous propose de rencontrer à nouveau : on avait croisé sa route lorsque le Merlan vagabondait à la Friche, et proposait un cycle sur la vieillesse. Son Solo Goldberg, très émouvant, musical et intime comme Bach, est donc de retour (le 30 mars). Et l’on découvrira sa création autour du stoïcisme de Lucrèce (De natura rerum) : Della nature delle cose (1er et 2 avril) met en scène 3 âges de la vie d’une femme. Par ailleurs Virgilio Sieni propose de s’approcher du geste réel par d’autres voies : ses parcours dans Marseille, conçus au cours d’ateliers participatifs, devraient permettre en deux heures le week-end (les 27 et 28 mars et 3 et 4 avril, départ toutes les demi-heures de 15h à 17h) avec de bonnes chaussures, de découvrir comment partout les corps dansent… Après cela rendez-vous avec le NeedCompany pour le troisième volet de la trilogie de Jan Lauwers : après la Chambre d’Isabella et le Bazard du Homard, La Maison des cerfs (du 22 au 24 avril). Un théâtre transdisciplinaire et sans tabou, écrit avec des fulgurances, parfois des longueurs, souvent du

désordre, et un rapport pas toujours sain avec l’interdit moral. Après ce troisième volet des pièces plus monologiques de la cie aux multiples talents individuels… Nous y reviendrons ! Théâtre du Merlan 04 91 11 19 20 www.merlan.org La maison des cerfs © Maarten Vanden Abeele


Créations ! Le Ballet d’Europe illustre une fois de plus sa prolixité en affichant deux nouvelles créations à la Friche : Florencia Gonzales, très belle danseuse qui a prouvé son talent de chorégraphe dans les workshops précédents, propose un Petit Prince, tandis que Jean-Charles Gil poursuit sa recherche de fluidité avec Udor Polimates (Eau savante). Pour les amateurs de belle danse ! Ballet d’Europe La Friche, Salle Seita, Marseille Les 1er et 2 avril 04 96 13 01 12 www.balletdeurope.org Udor Polimatès © Michel Pisano

Grinçant Le cabaret de François Verret, traversé des musiques de Kurt Weill et Eisler, est peuplé d’acrobates, de contorsionnistes, de chanteurs, de danseurs, de virtuosité brutale, et des mots d’Heiner Müller. Pour interroger l’esprit de l’Allemagne d’avant-guerre, entre burlesque, ironie et désespoir…

Cabaret Scène Nationale de Cavaillon Le 20 avril 04 90 78 64 64 www.theatredecavaillon.com

Prothèses La danse de Marie Chouinard est particulière, et fascinante. Ses interprètes travaillent à morceler leurs corps, à s’handicaper d’appendices, de prothèses, et ils dansent pourtant, dans des ballets clairs, à la blancheur de couloirs d’hôpital, inhospitalière et attirante pourtant. Sur les Variations Goldberg, qui décidément inspirent les chorégraphes. Body remix/Les variations Goldberg Théâtre de Nîmes Le 8 avril 04 66 36 65 10 www.theatredenimes.com Body Remix © Marie Chouinard

Envols Sylvie Guillermin, qui propose depuis vingt ans une belle danse qui aime à tutoyer les sommets, en haut des perches et des murs, propose trois petites pièces au Cadran : deux soli sur un lave-linge et en haut d’un mat, et une pièce conçue avec des danseurs amateurs de Briançon. Nous ne sommes pas des oiseaux Le Cadran, Briançon Le 23 avril 04 92 25 52 52 www.ccbrianconnais.fr


CAHIER JEUNESSE

La BD en 3D Distribution de lunettes NVP3D en plastique munies de prismes, communication à l’effigie de Victor Vasarely : pour sa 7e édition, le Festival de bande dessinée et autres arts associés d’Aix-en-Provence se regarde en 3D. Ce qui séduira son public, curieux de nouvelles technologies, d’images et d’histoires. En plus, c’est «pour de vrai» ! 80 artistes français et internationaux en chair et en os le temps d’un weekend (9, 10 et 11 avril), des centaines de livres à feuilleter à la Cité du livre, des expositions à voir dans les musées et les galeries, des films et de la danse et des rencontres… Ça donnerait presque le tournis, mais le public ne raterait ces Rencontres du 9e art sous aucun prétexte, toutes générations confondues. Au point que la manifestation irrigue le Pays d’Aix, à Fuveau et Pertuis, jusqu’à Marseille. Il faut dire que l’Office du tourisme a sa potion magique : une ambiance conviviale, des découvertes à la pelle, des artistes disponibles pour échanger et dédicacer leurs ouvrages, des actions culturelles réalisées en amont avec l’Éducation nationale (le Parcours de l’art). Et surtout, un festival qui ouvre des voies de passage entre les arts et sort du cadre de la case et de la bulle.

La BD, quelle histoire ! Rien que pour le jeune public, pas moins de 6 propositions : l’Atelier ciné des jeunes (10 et 14 avril) organisé autour de la projection du film de Mike Johnson et Tim Burton Les Noces funèbres (à partir de 8 ans). Les séances sont suivies d’un atelier d’initiation à l’image en mouvement avec Julien cordier, auteur de BD animées. Sans compter la rétrospective de Tim Burton proposée à l’occasion de la sortie de son dernier opus, Alice au pays des merveilles (31 mars - 20 avril). Dans la rue, les Ornicarinks installent leur boîte à images «à principe de réalité diminuée», invitant le public (dès 7 ans) à venir se mettre en scène avec leurs objets ou leurs costumes préférés (27 mars et 3 avril). Mais aussi

Ptiluc

Florence du Pré la Tour

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quatre expositions aux univers éclectiques : Little big bang scénarisée sur mesure par Tib Gordon, Jérôme Lothelier et Tristoon avec des monstres, des planètes, des vaisseaux (22 mars - 24 avril) ; Prix du meilleur album jeunesse 2007 pour Le cirque de Pablo, les argentins Maxi Luchini et Georgina Rôo exposent des illustrations originales dans le cadre d’un atelier organisé avec les étudiants d’Intuit Lab (3 - 7 avril, École Intuit Lab). En lien étroit avec la Parade qui clôture le festival, l’Espace enfance jeunesse Bellegarde réunit les dessins préparatoires des masques, des costumes et des créatures de François Boucq, artiste associé au Carnaval d’Aix (23 mars - 23 avril). Enfin, à la bibliothèque de Fuveau, la bande dessinée raconte son histoire en bulles et en images au travers des plus grands noms d’auteurs et de héros (3 - 30 avril). Sortie tout droit d’un album BD, la Cie Système Castafiore invente une forme ludique de théâtre visuel, avec danseurs, images virtuelles, magie et effets spéciaux : Stand alone Zone, une pépite à voir au Pavillon Noir (25, 26 et 27 mars). MARIE GODFRIN-GUIDICELLI

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Programme complet sur www.bd-aix.com

Pas si folle que ça !

Les Grooms © X-D.R

Elle est passée par ici, elle repassera par là… Lancée en 2008 sur les routes des Bouches-du-Rhône, la Folle histoire des arts de la rue revient dans le département du 20 avril au 24 mai. Cinq étapes ponctuent le parcours conçu sur le principe 1 ville/1 semaine/1 compagnie : Saint-Cannat, Mallemort, Velaux, Les PennesMirabeau. Et Saint-Rémy-de-Provence, ultime étape et terre d’accueil du «Florilège des spectacles de toutes les compagnies»  : No Tunes International, associée l’an dernier déjà à St-Rémy (théâtre de rue de trajectoire, et bien plus encore…), Escarlata Circus (théâtre forain), Les Grooms

(fanfare tout terrain), Kumulus (théâtre de rue), Cie Pernette (danse contemporaine en espace public) et Retouramont (danse et aérien). Vitrine de l’inventivité des compagnies régionales, la 2e édition s’ouvre plus largement aux compagnies de la Drôme, du Doubs, de l’Indre-et-Loire et même d’Espagne ; embrasse toutes les esthétiques et infiltre tous les espaces publics. Histoire d’écrire un nouveau chapitre à l’encre de 50 représentations. En prologue à cette course folle, le Bus-Expo sillonnera une dizaine de villes pour dérouler (dès le 6 avril) de façon illustrée et interactive l’histoire

de chaque compagnie invitée : embarqués dans un espace de 30m2, les voyageurs auront un avant-goût en images et en sons de leurs univers scéniques… Le Bus-Expo dans le rôle de «l’aboyeur», il fallait y penser. M.G.-G.

Manifestation itinérante organisée par Karwan du 6 avril au 24 mai 04 96 15 76 30 www.follehistoire.fr


FESTO PITCHO | GALERIE D’ART DU CONSEIL GÉNÉRAL

ÉVÉNEMENTS

II

L’union fait la force Nomade par essence, le festival Festo Pitcho déboule sur la région avignonnaise avec une besace bien remplie. Entre surprises et retrouvailles mars, lycée Mistral-Avignon), auquel s’ajoutent des expositions, des ateliers et des visites de théâtre par exemple…

Que la fête commence Les festivités s’ouvriront le 27 mars avec la Festo Pitcho Parade pour se clôturer le 3 avril avec une rencontre d’improvisation en compagnie de la Fabrik Théâtre. Entre-temps, place aux artistes  ! Particularité de cette manifestation largement ouverte aux compagnies installées en région, l’absence de fil rouge éditorial  : les structures étant autonomes dans leur programmation et donc seuls maîtres du jeu, les propositions artistiques varient en fonction de leurs sensibilités. Un éclectisme qui permet néanmoins au public de découvrir une large palette créative, depuis les marionnettes avec Hélice théâtre, la chanson avec la Cie Preum’s jusqu’au théâtre musical avec la Cie Tamburo. Depuis le conte avec Art’Action et Julien La bouche, le conte musical et les formes animées de la Cie Faim rouge jusqu’à la danse-théâtre avec Les Éponymes et le mélange audacieux de marionnettes et d’images numériques proposé par la Cie Azhard… Et puis il y a des textes qui résonnent vivement, comme Matin brun de Franck Pavloff adapté par La troupe de Mr Tchoum et BlancheNeige revisité par le Théâtre du

En piste

Exposition Parades © X-D.R

Après l’enchanteresque L’enfance de l’art, la galerie d’art du Conseil général des Bouches-du-Rhône à Aix pénètre le monde du cirque à travers l’œil des photographes. Conçue par Agnès de Gouvion Saint-Cyr, Inspecteur général pour la photographie à la Délégation aux arts plastiques, l’exposition Parades rappelle «que le Cirque demeure pour les photographes une boîte de Pandore où l’artiste a le loisir de choisir de faire apparaître ce qui le fait rêver, l’intrigue, l’émeut ou lui fait plaisir, selon l’expression de Jacques Prévert». Dans cet inventaire visuel, on reconnaîtra - ou découvrira - les clichés de Ryuta Amae, Rhona Bitner, Marcel Bovis, Brassaï, Balthazar Burkhard, Carole Fékété, André Kertesz,Tina Mérandon, Sarah Moon, Muybridge, Pierre et Gilles, Olivier Rebufa, Patrick Tosani, Nancy Wilson-Pajic. Toutes époques mélangées, tous styles confondus, noir & blanc et couleur, regards classiques et contemporains se

The Wild Thing © Philippe Jolet

Nous ne nous etions jamais rencontres © X-D.R.

Les chiffres donnent le tournis : 25 spectacles, 87 représentations pour les jeunes de 6 mois à 18 ans, plus de 7000 spectateurs attendus en 6 jours. Preuve éclatante de la vitalité de Festo Pitcho et «rançon» du succès ! En trois éditions, la manifestation a rencontré son public et donné raison aux deux initiateurs, l’Association Éveil Artistique des jeunes publics et le théâtre des Doms à Avignon, qui ont réuni les forces vives du territoire pour pallier la carence d’un lieu permanent dédié au jeune public sur Avignon, le bassin vauclusien et jusque dans le Gard. Du coup, de 16 membres au départ, le Collectif 2010 rassemble 22 structures culturelles de 6 communes autour d’un programme festif, convivial et fédérateur. Déjà de nouveaux lieux tapent à la porte de 2011… Il leur faudra signer une charte les engageant à présenter 1 spectacle, organiser au minimum 2 séances (une scolaire, une tout public) et participer aux différentes commissions mensuelles. Sans compter la mise en œuvre d’actions communes qui favorisent l’échange et la réflexion autour d’une problématique liée aux arts vivants et aux jeunes. Après les éditeurs jeunesse, les auteurs contemporains, la marionnette, le thème du forum 2010 portera sur «Le spectacle vivant : des femmes, des hommes, des métiers, des formations» (mercredi 31

Kronope, le raccourci saisissant de 26 siècles de théâtre raconté par Éclats de scènes ou encore le théâtre documentaire sur les adolescents par le Théâtre de la Cité. Mais Festo Pitcho réserve encore bien des surprises avec des spectacles venus d’ailleurs : la Cie Sac à dos (Bruxelles) et son théâtre d’objets, le concert-spectacle de Marmouzic (Brest), les petites histoires amérindiennes de Faux comme il faut (Belgique), les miniatures sonores de Kernel (Saint-Nazaire)… MARIE GODFRIN-GUIDICELLI

Festo Pitcho du 28 mars au 3 avril réservation auprès de chaque lieu www.festopitcho.com

croisent et se décroisent au fil de leur compagnonnage avec le cirque. Certains captivés par la cérémonie du montage et du démontage des chapiteaux, d’autres envoûtés par la féerie de la piste, la puissance des animaux ou la beauté des artistes. Si, pendant longtemps, les photographes se sont tenus à l’écart de la piste pour cause de lumière trop rare et de mouvement trop rapide, aujourd’hui, grâce à la sophistication technique, ils sont eux aussi sous les projecteurs. Témoins de premier plan de la magie du cirque. M.G.-G.

Parades du 16 avril au 27 juin visite commentée gratuite sur RV dans la limite des places disponibles Galerie d’art du Conseil général, Aix 04 42 93 03 67


III

ÉDUCATION

AVERROÈS JUNIOR | LE MERLAN

L’école hors les murs Fils légitime des Rencontres d’Averroès, Averroès Junior favorise, à travers diverses propositions artistiques, l’ouverture des établissements scolaires aux enjeux euro-méditerranéens. L’occasion d’un dialogue nourri entre élèves, enseignants et artistes Les chiffres indiquent l’ampleur de l’opération : 90 élèves en 2005 pour 2000 en 2010 provenant de 9 lycées, 11 collèges et 9 écoles primaires des Bouches-duRhône  ! Un résultat d’autant plus encourageant «qu’il était difficile d’imaginer, en 1994, que les Rencontres d’Averroès pouvaient se décliner pour la jeunesse, sur des thèmes qui les touchent directement. Comme quoi la connaissance est toujours accessible» se félicite aujourd’hui Thierry Fabre, fondateur des Rencontres. Avec le soutien du Conseil général, l’Espaceculture fédère des partenaires associatifs complices, des établissements scolaires entreprenants et des artistes motivés par un même objectif : gagner le pari de la jeunesse et de l’intelligence. Les lycées appuient leurs réflexions et leurs travaux sur le thème des Rencontres d’Averroès (cette année, «les figures du tragique») tandis que les collèges et primaires privilégient une programmation plus généraliste. Le tout avec une approche transversale des sujets et une pratique, car c’est sur le terrain que tout se joue : après un travail préparatoire en classes, les élèves arpentent les salles de cinéma

et de théâtre, découvrent les musées, rencontrent les artistes, participent à des ateliers de création.

Connaissances et sensibilité Hors des cadres, donc, les expériences sont multiples. Certains sont partis à Apt pour le Festival des cinémas d’Afrique et l’exposition Dak’Art à la Fondation Blachère ; d’autres à Arles visiter le Museon Arlaten, le musée départemental Arles antique et la médiathèque ; d’autres ont assisté au spectacle Le plus beau village du monde du Théâtre de Galafronie à Massalia. Tous sont passés de la théorie à la pratique en compagnie des artistes. Comme l’écrivain Nicolas Tardy qui s’est appuyé sur des textes d’auteurs contemporains du bassin méditerranéen pour amener les élèves à l’écriture et à la lecture de leurs propres textes. Ou comme le plasticien Mathias Poisson qui a imaginé une Promenade cartographique à la Madrague Montredon, temps privilégié pour découvrir un nouvel espace (si proche et si loin du leur), porter un regard neuf sur le territoire, le sentir et le percevoir d’une manière plus attentive. De retour en classe, à charge pour les élèves de 4e du collège Jacques Prévert de suivre ses consignes pour représenter sur papier leur promenade, les maisons abandonnées, les escaliers, le petit chemin de béton qui conduisait à la mer, les flaques… Exercice délicat pour certains, revigorant pour d’autres comme Fabien qui a ressenti de la joie à voir la mer, d’être au calme : «J’ai eu de nouvelles sensations, j’ai senti le vent, les matières, les cailloux. C’était rigolo, aussi, il y avait de drôles de cabanons à côté de la plage. C’est parce que j’ai aimé que je

Atelier Mathias Poisson à la Madrague Montredon © Espaceculture Marseille 2010

Atelier de Mathias Poisson © Espaceculture Marseille

me rappelle, pas dans les détails mais quand même. C’est comme une bulle en dehors du monde. C’est pour ça que je peux dessiner». Atelier de Mathias Poisson © Espaceculture Marseille

Grâce à l’association TILT, les élèves de 4e du collège Edouard Manet ont travaillé au décryptage de l’écriture cinématographique au cours de projections suivies de discussions avec des réalisateurs ou des professionnels. Leur regard ainsi aiguisé, ils ont su analyser finement les courts-métrages, écouter la parole de l’autre, verbaliser les idées de tolérance, de différence et de liberté qui habitaient chaque film… Impossible de rendre compte de toutes les expériences vécues dans le cadre d’Averroès Junior, mais elles permettent d’affirmer que le seul fait de sortir du cadre scolaire, des limites du quartier, pour découvrir la Méditerranée des deux rives, pour échanger, analyser et inventer est une réussite. MARIE GODFRIN-GUIDICELLI

www.espaceculture.net et www.rencontresaverroes.net

Un lien qui sépare Face à face le Centre urbain du Merlan et le quartier de la Busserine. Au milieu, l’avenue Raimu, point de passage routier et frontière. Partant de cette situation géographique particulière et de son «envie de s’ouvrir sur la ville, de franchir ou de s’affranchir des limites en montrant qu’il est possible d’être ensemble», le Théâtre du Merlan a accueilli en résidence l’artiste vidéaste

Pauliina Salminen. Six mois durant lesquels elle a rencontré de jeunes adolescents et réalisé avec eux des ateliers vidéos et écriture autour de la question de la frontière, ce qui sépare et divise. Encadrés par l’éducatrice Anne-Marie Tagawa, ils ont réfléchi, ensemble, «aux questions de limites, de ségrégation, d’entre-soi, de territoires, d’interdits …». Ils ont écrit et Projet Frontieres © Pauliina Salminen

accepté d’être filmés. Le triptyque vidéo réalisé par Pauliina Salminen et le petit carnet de bord de Christopher Mark, Un lien qui sépare (définition donnée à la frontière par l’un des jeunes), sont les traces de cette aventure collective qui les a fait grandir. Il suffit de les écouter s’interroger, prendre le temps, regarder autour d’eux : «Qu’est-ce que je vois de chez moi ?» dit l’un. Tout et rien, c’est selon : des panneaux, de la végétation, la moitié du théâtre, des parkings… «C’est quoi la frontière ?» dit l’autre : les endroits dangereux, le côté jeune et le côté vieux, les réseaux des blancs et ceux des noirs. Six mois d’une expérience unique qui leur permet de dire «qu’il n’y a pas que les routes qui sont des frontières, que ça peut-être dans notre tête aussi…». M.G.-G.

Action réalisée dans le cadre du dispositif Tremplins piloté par le centre social Saint-Gabriel, l’ADDAP 13 et le Théâtre du Merlan. www.merlan.org


LES SALINS | FONDATION VASARELY ÉDUCATION IV

Des cahiers comme des fenêtres ! Les lycées de Port de Bouc et Martigues ont servi de scène pour un théâtre contemporain écrit spécialement pour le public lycéen et joué dans leurs espaces quotidiens : CDI, cour, réfectoire et salle de classe. Un cahier des charges strict avait été proposé à 4 auteurs contemporains : 2 à 4 personnages, une durée de 20 mn, 4 thèmes, qui ont été trouvés à travers le journal d’une année scolaire écrit par des lycéens d’Alès, Sang d’encre ; ce sont l’amour, la mort, la politique et l’évasion. Le but ? faire se rencontrer 2 mondes, celui du lycée et celui du théâtre avec les contraintes du lieu. Le résultat ? 4 pièces théâtrales à l’écriture précise, 6 acteurs de Machine Théâtre de Montpellier et de La Fédération de Lyon, 2 metteurs en scène attentifs, Philippe Delaigue et Olivier Maurin. Zibeline s’est glissée parmi les élèves du lycée professionnel Montgrand de Port de Bouc. Pour chaque spectacle, pas plus de 2 classes. Philippe Delaigue leur explique le projet Artistes au lycée et

sensibles aussi à la proximité avec l’espace de jeu : «Ça nous met dedans, on se sent plus concerné. On avait peur que ce soit chiant !» (sic). Lea Lapraz de Pauline Sales a traîté le thème de l’amour, La visiteuse de l’australien Daniel Keene celui du départ et du changement, On est des Fanions de Sarah Fourage celui de la politique en éclairant de manière originale le problème des SDF, enfin Réfection de David Lescot abordait de manière inattendue le problème de la mort. Une expérience à exporter ! CHRIS BOURGUE

Cahier d’histoires a été joué les 15 et 16 mars à Port de Bouc, le 17 au Théâtre des Salins, les 18 et 19 dans les lycées de Martigues

Les Cahiers d’histoire © X-D.R

leur annonce qu’ils pourront échanger leurs impressions après le spectacle avec les comédiens. À chaque fois les élèves ont fait preuve d’intérêt et d’étonnement. Pourquoi ? «Parce que ça parle souvent comme nous», déclarent-ils. Ils ont été très

Rencontre avec Philippe Delaigue, metteur en scène, mais aussi comédien et enseignant à l’ENSATT :

Les Cahiers d’histoire © X-D.R

Vous dirigez une structure appelée «La Fédération», à Lyon. Pourquoi ce nom ? Après avoir créé et dirigé La Comédie de Valence durant 9 ans, j’ai voulu réunir toutes sortes d’artistes et leurs désirs. La Fédération regroupe des équipes de 3 régions frontalières : Paca, LanguedocRoussillon et Rhône-Alpes. Cela pour penser autrement la production et la diffusion de spectacles vivants. Qu’est-ce qui vous a orienté vers ce projet de créations pour les lycéens ? La volonté de faire se rencontrer des artistes et des lycéens dans leur univers, de les sensibiliser au spectacle vivant. Le théâtre a besoin d’eux pour exister.

Grandir en paysage Le Paysage, fenêtre ouverte sur le monde est le thème choisi par l’Association Art, Sciences et Patrimoine en Pays d’Aix (ASPPA) pour fêter ses 20 ans d’engagement dans l’éducation artistique. L’événement se déroule à la Fondation Vasarely, autour de trois propositions qui permettent de comprendre ses actions, son engagement tout en poursuivant sa réflexion sur l’éducation artistique des publics jeunes. Une exposition, Mémoires de paysages, réunit des œuvres d’artistes contemporains prêtées par le FRAC et le Fonds communal d’art contemporain de Marseille. En prolongement à l’exposition Mémoires organisée en 1994 au musée des Tapisseries, elle restitue la place de l’art et de l’artiste dans

l’éducation de l’enfant à travers une sélection d’œuvres couvrant le champ du paysage. Depuis l’idée de la nature sauvage, intacte, jusqu’à celle du paysage urbain… Comme un miroir réfléchissant, une rétrospective témoigne de la diversité des projets réalisés depuis 20 ans dans les temps scolaires et périscolaires : expositions, visites d’expositions, parcours urbains, classes culturelles, ateliers de pratique artistique, classes à PAC, fiches action, projets européens, ateliers de plein air… Enfin, pour comprendre en quoi la thématique du paysage est porteuse d’une dimension culturelle et éducative, l’association organise une table-ronde (24 mars, salle Yvaral). Une manière pour l’ASPPA

d’échanger autour des questions qui lui sont chères : l’évolution de la prise en charge de l’éducation artistique par les pouvoirs publics depuis 1990, la diffusion de l’art contemporain, la médiation culturelle, l’enfant et la création… MARIE GODFRIN-GUIDICELLI

Mémoires de paysages ASPPA, 20 ans d’engagement dans l’éducation artistique jusqu’au 16 mai Fondation Vasarely, Aix 06 22 49 78 59 www.asppa.fr


V

SPECTACLES KELEMENIS | THÉÂTRE

DU GYMNASE

Duo et don

© Agnès Mellon

© Agnès Mellon

Depuis septembre la compagnie Kelemenis a en charge, conjointement avec le Ballet National de Marseille, une CHAD, entendez une Classe à Horaires Aménagés Danse. C’est la première de ce type en France, qui soit installée en Zone d’Éducation Prioritaire. Elle ne concerne pour l’instant que 15 jeunes filles scolarisées en 6e au collège Arthur Rimbaud. Tous les jeudis elles reçoivent un enseignement pratique en atelier, dispensé par la Cie Kelemenis ou le BNM, voient de nombreux spectacles de danse, visitent les infrastructures, rencontrent les profes-

sionnels… Trois garçons s’y étaient inscrits, mais se sont désistés à la rentrée, sans doute parce que la pression sociale les a dissuadés. Pour l’heure en ce 11 mars 15 paires d’yeux féminins étaient fixés sur le double solo de Michel Kelemenis, exécuté d’abord par Caroline Blanc, puis par Fana Tshabalala. L’attention, extrême, fit place à des questions étonnamment pertinentes pour des enfants de onze ans. Ainsi elles interrogèrent le dédoublement des ombres, ce qui permit au chorégraphe d’expliquer le trajet de son solo, puis se firent

expliquer, démonstrations des danseurs à l’appui, le choix des costumes, et en quoi les deux solos différaient – presque rien, quelques instants où un geste évoquant le sommeil diffère, où une diagonale improvisée permet à l’une de débouler, à l’autre de retrouver sa danse africaine. De l’électroacoustique de Zanési, fort évocatrice pourtant, elles n’entendirent que des fantasmes : des cours d’écoute s’imposent ! Mais ce fut le danseur Sud Africain qui les passionna, son pays, la danse Zoulou qu’il évoqua, les costumes. Il faut dire que l’interprète est assez

fascinant, fluide et majestueux, ancré pourtant dans la terre. Caroline Blanc, qui le précède dans ce double solo, en jean de ville, est à la fois moins lyrique et plus théâtrale, plus précise aussi, maîtrisant tout. Et mesurer l’écart des mêmes gestes exécutés par une petite femme blanche, et un grand homme noir, est fascinant… d’autant que ce joli solo, précis dans ses directions et ses dynamiques, semble partir d’images intérieures que les interprètes propulsent hors d’eux, explorant le rêve éveillé, et les prolongements oniriques de leurs sentiments intérieurs. Les enfants entendaient, dans les chuintements et pétarades de la bande électro-acoustique, comme des cris d’animaux : décidément les rêves se projettent ! AGNÈS FRESCHEL

That Side a été créé le 8 mars à Avignon dans le cadre des Lundis des Hivernales, puis au studio Kelemenis du 10 au 12 mars (représentations scolaires et tout public)

Dur, dur de grandir Ah, la belle entreprise que de monter Peter Pan au théâtre ! Il fallait toute l’imagination du metteur en scène Alexis Moati, le talent des acteurs et l’ingéniosité de la machinerie théâtrale pour faire oublier aux enfants l’imagerie Walt Disney… Avec trois cordages, quelques canapés récupérés, des costumes cousus de bric et de broc, les 6 comédiens emportés par la vague Moati parviennent à interpréter plus de 25 personnages avec une énergie frénétique. Pas de temps mort ici ! On bascule en une pirouette, un jeu d’ombre et de lumière, une vague musicale sortie du fond de scène et quelques va-et-vient entre cour et jardin, du salon tranquille de la famille Darling au vaisseau du terrible Capitaine Crochet. La magie du théâtre opère,  avec ses trucages, ses fumigènes, une troupe qui fait corps, une mise en scène astucieuse et ludique. Alexis Moati parvient à créer l’illusion  : et ça marche  ! Captifs d’un bout à l’autre, les enfants n’ont d’yeux écarquillés que pour Peter Pan, fragile silhouette cachant un tempérament de feu, et son ennemi juré le Capitaine Crochet, diablement interprété par Carole Costantini (délicieuse également en Mrs Darling). Sa seule chevelure rougeoyante fait frémir… Mais au-delà des tribulations de Peter Pan au pays des enfants perdus, de ses rêves éveillés, de ses chimériques histoires de fée et de sirène, Alexis Moati dévoile la complexité du jeune héros : sa tentative désespérée d’arrêter le temps, de refuser de quitter le royaume des enfants coûte que coûte, jouant à faire semblant pour ne pas grandir… Étrange paradoxe quand, justement, le théâtre est peut-être le dernier terrain de jeux des adultes. MARIE GODFRIN-GUIDICELLI

Peter Pan ou le petit garçon qui haïssait les mères a été créé du 26 février au 5 mars au Théâtre du Gymnase, Marseille

À venir Les 1er et 2 avril Théâtre du Golfe, La Ciotat Le 18 mai Théâtre de l’Olivier, Istres Les 10 et 11 juin L’Astronef, Marseille

Peter Pan, un pari réussi On a assisté à la première, installés au balcon du Gymnase. À nos côtés, le metteur en scène, anxieux, vérifiait le bon déroulement du spectacle. Il pouvait être serein, il n’était pas seul, et ses comédiens lui offraient un beau cadeau. Dans une scénographie de canapés, «matrice de la famille» dit Alexis Moati, des acteurs adultes jouent de leur transformation à l’état d’enfant. La frontière entre le jeu et la réalité se dissout. Fanny Avram en Peter Pan s’impose par  sa souplesse, sa légèreté, sa présence qui attire tous les regards. LOIE Peter Pan ? Magique !  On a voyagé pendant tout le spectacle, on est retourné en enfance, comme Wendy on est tombé amoureuse de Peter Pan, on s’est moqué des pirates idiots, méchants et moches. L’enfance est un des plus beaux moments de la vie et ce spectacle sans tristesse et tout en souplesse le

montre bien. Mais pour l’aimer, pour y entrer, il faut avoir gardé ses yeux d’enfant… LOLA Comment rester un enfant ? De formidables acteurs nous transportent avec légèreté dans leur monde surréaliste et mettent leur professionnalisme au service de cette «petite enfance» qui sommeille en chacun d’eux. Une grande prestation physique, toute en joie. LINDA Un décor risqué tout de même avec ce fauteuil au sommet d’une montagne de canapés, ces canapés qui volent, des câbles ! On y croyait vraiment. Tous les acteurs étaient si concentrés dans leur rôle d’enfant qu’on ne s’apercevait même plus qu’ils étaient des adultes. MARIANNE ÉLÈVES DE PREMIÈRE L. AU LYCÉE MARSEILLEVEYRE


CONCERTS D’AIX | ESPACE VAN GOGH | COMOEDIA

SPECTACLES

VI

Un souffle espiègle Effervescence au Jeu de Paume, pour la représentation donnée en matinée le 14 mars. Les classes de danse du conservatoire, sur les chorégraphies de Karine Aznar, Sylvie Colas et Sophie Rouch, s’en sont donné à cœur joie, sur les musiques de Broadway à Vian. Souriantes et gracieuses, les jeunes danseuses rendaient sensible leur bonheur de danser. Le spectacle ne manquait pas de rythme, emporté par les standards des comédies musicales des années 50, puis les reprises des chansons de Boris Vian, par l’orchestre et le Big Band du Conservatoire Darius Milhaud. Pierre Gueyrard présentait avec un joli souci didactique les différents tableaux, et chanta Vian de façon très convaincante. La jeune et talentueuse Cécile Mc Lorin Salvant était venue soutenir le spectacle et accorda une belle interprétation des extraits des comédies musicales, comme son Summertime, rond et chaleureux. Un spectacle charmant, qui prouve que la synergie des écoles aixoises est possible, et que rien n’est plus précieux pour des élèves artistes que de s’affronter à la scène dans un contexte (quasi) professionnel. MARYVONNE COLOMBANI

De Broadway a Vian © X-D.R

Société indexée

Famille recomposée

Tribune ? Cours d’économie politique ? Théâtre d’intervention ? Ce qui est certain c’est que les idées circulent, s’additionnent, à une vitesse souvent vertigineuse. We are la France est un texte savoureux qui s’offre comme le miroir déformant d’une société anxiogène et subie, tiré d’un pot-pourri de l’œuvre de Jean-Charles Massera. Benoît Lambert met en scène deux comédiens (formidables), un technicien et une télé  : le minimum nécessaire pour déguster, dans une progression irrésistible, un antidote à la morosité ambiante. Sus aux discours préfabriqués ! formatés ! mais tellement drôles sur l’économie mondialisée (pourquoi le passage en CM2 de Kevin n’est-il pas industriellement efficace s’étrangle une mère face à un PDG de jeux vidéos) ; retour sur les automatismes de langage ingurgités à force de pubs, et qui surgissent à toute occasion, lors d’une discussion où les questions ne trouveront pas de réponses (comment survivre en temps de paix ?) ; jusqu’au final ubuesque, transformation radicale des trois protagonistes en super héros ridicules, perdus dans une ville à la recherche d’une grande surface…

Le jazz et la diva, clin d’œil au Jazz et la java de Nougaro, est un spectacle jouant sur la recomposition. Une soprano, la diva, Caroline Casadesus, accompagnée dans son récital par son fils Thomas Enhco, pianiste classique virtuose à la tenue impeccable : Air de Marguerite intense, belle prière de la Tosca, superbes pianissimi dans le decrescendo des lumières… Mais le second fils, David, est plus baba cool  : guitare basse, sweat à capuche, il groove grave. Et puis le lumineux Didier Lockwood, le beau père, violoniste jazz, s’adapte aux caprices de sa femme, dans un conflit plein d’humour pimenté par la mise en scène d’Alain Sachs. L’opéra plus beau que le jazz  ? La question se pose en joutes verbales et musicales. Pour la diva à l’accent pointu, le classique est l’élégance. Pour Lockwood, le jazz et le rock sont la création. Partitions contre grilles d’accords, mélodie écrite contre improvisation, comment enterrer la hache de guerre ? En faisant, comme dans les couples, des concessions. Quand tout ce petit monde se retrouve dans Rinaldo de Haendel si aérien, ou un extrait de la Passion selon Saint Mathieu de Bach la magie s’installe, mélange salutaire. Le final est un feu d’artifice étourdissant où chacun tombe le costume du style pour ne garder que celui de la musique, jubilatoire avec une diva micro à fond,

DOMINIQUE MARÇON

We are la France a été joué à l’Espace Van Gogh à Arles du 4 au 6 mars

© X-D.R

un violon virtuose et les enfants complices et libérés. Thomas si sensible, se dévoile être fou de jazz ; David, cliché de l’ado, bassiste doué mais paresseux, se lâche dans des envolées très rock. Didier Lockwood, magicien du rythme et des sons amplifiés comme acoustiques, acrobate, prend l’espace comme un funambule, joue, rit, saute, compagnon idéal d’une diva enfin à l’écoute ! Et le couple incarne l’histoire de la diversité qui crée l’équilibre, la victoire des musiques. YVES BERGÉ

We are la France © Clement Batringer

Le jazz et la diva a été joué au Comoedia d’Aubagne le 2 mars


VII

SPECTACLES PÔLEJEUNEPUBLIC | ODÉON | MASSALIA

Même pas mort Ballet de ballots

Présenté comme un «concert slam-world jeune public», Wanaminots avait de quoi intriguer. Mais tout était réuni pour nous rassurer : les musiciens Miquèu Montanaro, Pierre-Laurent Bertolino, Baltazar Montanaro Nagy et Ahamada Smis, slameur et chanteur. Ensemble, ils ont offert plus qu’un concert : un spectacle visuel total et généreux. Un voyage à travers des volutes sonores (sur scène, l’instrumentarium est étonnant), des images vidéo (portraits d’enfants, tableaux abstraits et colorés), des langues entremêlées (français, occitan et swahili, la langue de l’Océan indien, ondulante et chaude, qu’Ahamada tente de faire chanter aux spectateurs…). C’est une vague de poésie qui déferle sur scène, envahit la salle, riche d’images du bout du monde, de rencontres, de curiosité à l’autre. On se balade pieds nus dans cette ballade slamée depuis Salvador de Bahia et Alexandrie jusqu’au Portugal et l’Afrique.… Et quand Ahamada Smis chante «qu’il pleut des mots dans mon slam» ou «songes et mensonges… même pas mort», une onde de frisson parcourt les spectateurs. De cette conversation musicale et poétique, chacun retiendra un bout de conte, une légende, un solo de violon, un poème chanté («Je voudrais sentir le souffle de la terre»…), quelques notes de flûte, des accords d’accordéon, un message d’amour et de paix. Les enfants l’ont bien compris qui, pendant une heure qui a passé comme un éclair, ont plongé dans cette musique originale, loin des standards.

Volchok spectacle proprement renversant : à force de rire, un jeune spectateur a chuté de son siège ! © Denis Grégoire Une heure et demie de magie et un public ravi, tous âges confondus. Pourtant, le Cirque Trottola travaille avec presque rien, du moins en apparence ; sans mots, sans effets de costumes ni de lumières, ou si peu. N’empêche, le trio, composé du porteur Bonaventure Gacon, de la voltigeuse Titoune et du jongleur Mads Rosenbeck réenchante le cirque. Et le monde ! De gros ballots de jute, une corde, une chaise, un grand balai, un plat, une échelle, un manteau, ces objets ordinaires, voire triviaux, deviennent les supports de numéros d’équilibre ou de voltige audacieux, véritables défis aux lois de la gravité. À celles du quotidien aussi. Ici, la récup’ devient un art, mis en scène avec une inventivité, une fantaisie et une maîtrise technique remarquables. Ah, la danse du balai et de la robe ! Oh, la femme devenue diable (pas Satan, non, le petit chariot qui sert à transporter des paquets) grâce à ses bottines à roulettes ! Les trouvailles s’enchaînent, portées par le souffle des deux musiciens. Bastien Pelenc et Thomas Barrière proposent des sons et des percussions insolites, jouent du violon avec un peigne, de la batterie avec un archet… Un univers sonore inspiré, en parfaite harmonie avec le spectacle tendre et halluciné ce qui se joue sur l’ovale de la piste. Du cirque, en somme, du vrai.

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI

FRED ROBERT

Wanaminots a été créé le 12 février au PôleJeunePublic, Le Revest

Volchok a été joué du 5 au 14 mars sous chapiteau à la Friche Belle de Mai, Marseille

Sans paroles …ni perte de temps ni débauches de moyens, Cocorico repose entièrement sur l’interprétation hallucinante de Patrice Thibaud et Philippe Leynac. Le premier est un mime génial, le second est un multi-instrumentiste et acrobate insensé. De ce duo, de cette relation au sein de laquelle Philippe Leynac est un souffre douleur patient et entêté, naissent des histoires, des situations où fantaisie, musique, humour et poésie s’entremêlent. Cycliste dopé, majorette bêcheuse, cow-boy désabusé ou dompteur dépassé, Patrice Thibaud campe chaque personnage - et animal ! - avec une gestuelle étudiée, un sens de l’observation qui permettent que moues et mimiques fassent mouche instantanément. Tout est suggéré d’un roulement d’yeux ou d’un mouvement de © C. Aubertain lèvres, souligné et complété par le piano, la trompette ou le banjo, rappelant parfois - et quel bel hommage ! - l’humour et la poésie des Marx Brothers, de Tati ou de Buster Keaton. Cocorico est un enchantement, tout simplement. DO.M. © Anne Sophie Popon

Cocorico a été joué à l’Odéon, à Nîmes, du 9 au 13 mars


BADABOUM | SIRÈNES ET MIDI NET | LA MINOTERIE SPECTACLES VIII

Cris d’oiseaux / éclats de voix monologues ou amorces de, fragments de paroles proférées de manière pas toujours audible par les acteurs qui circulent plutôt bien et plutôt comme on danse («il va danser»?). Les enfants tournent leur tête à droite, à gauche, ne semblent pas vraiment rencontrer le sens, sinon dans une pluie de riz salvatrice pour la concentration au ras de la scène et jusqu’à l’élaboration du géant souverain à la grosse caboche molle qui, hélas, s’endormira quasi illico... dans le noir frémissant. Poétique et chic sans aucun doute mais pour quelle germination? Il aurait sans doute fallu prévoir une place pour l’émotion !

Le Roi nu © Cie Lalage

Mercredi après-midi ; la salle est pleine de petits monarques bien éveillés prêts à en découdre avec la représentation «il va être vraiment tout nu le roi ?» Pour l’instant, c’est le plateau qui l’est... mais riche déjà des images entrevues, suspendues, déployées dans la nef d’entrée de la Minoterie, photographies en mouvement d’enfants de ces pays où les fleurs sont généreuses mais pas forcément la vie. La compagnie Lalage les a parcourus et quand le premier homme tirant-poussant sa chaise déclare le spectacle ouvert, on sent bien qu’il vient de loin... Apparaît alors le deuxième sorti des horizons à la transparence plastifiée, de l’univers de ceux qui attendent la traversée façon jungle de Calais. Il sème à tous vents ses petits papiers, ses bribes du jour sorties du gros sac-poubelle ; il y fourrera le nez puis la tête, titubant jusqu’où ? Le troisième descend forcément du ciel sinon d’où ? Il va peut-être y remonter avec ses cordes et son baudrier. Le fond de l’air reste frais : bande son minimaliste et élégante, rumeurs du monde ou ce qui s’en détache ; dialogues, non,

MARIE-JO DHÔ

Le Roi Nu écrit par Carol Vanni et mis en scène par Elisabetta Sbiroli a été joué à La Minoterie du 15 au 20 mars

Alice émerveillée Jouer à la guerre La sirène de mars rassemblait autour du Théâtre de Cuisine artistes et administratifs de la Friche, dans un bel esprit d’amitié et de partage. Quelque chose entre la fête et la représentation, offert à un public d’amis venus malgré la pluie suffisamment nombreux pour obturer la vue d’un espace de jeu assez mal pensé. Le faux tournage d’un bombardement de la ville se déroulait entre les deux signaux d’alarme, sur le principe du défilé d’objets manipulés à bout de bras, et fabriqués à partis de jouets et de matériaux usuels de récupération colorés. De la maladresse même des «acteurs» et de la succession numérotée des événements naissait ainsi une ambiguïté questionnante, s’immisçant entre ces objets enfantins qui s’amusent d’explosions imaginaires, ces adultes qui font semblant d’y croire et de filmer, et l’évocation des bombardements réels juste à l’arrivée des sirènes : au fait, pourquoi joue-t-on à la guerre ? A.F. © Badaboum théâtre

Heureux les enfants qui ont pu partager ces instants de folie douce proposés à partir de l’œuvre de Lewis Carroll et qui ont voyagé du terrier d’un lapin blanc à un jardin planté de roses! Heureux les enfants qui croient dur comme fer qu’on peut grandir ou rapetisser à l’envi en mangeant ou buvant de simples nourritures ! Laurence Janner réussit une adaptation intelligente et sensible qui laisse toute sa place à la narration, partagée habilement entre le personnage d’Alice, délicieuse Perle Palombe, et celui de son précepteur, Sériba Doubia ; puis on passe naturellement du récit aux dialogues. Le conteur se transforme habilement en lapin grâce à un immense bavoir (mis au point par Elsa Cassili) qui se relève en lui cachant la face et arbore de grandes oreilles : effet garanti sur le jeune public ! La

chenille, le lièvre de Mars et la Reine sont interprétés par une jeune actrice, Aurore Degoit, qui ravit par son jeu expressif et sa voix tonitruante quand il le faut. Le plan incliné de la scène permet de jouer sur les hauteurs en donnant l’illusion des changements de taille d’Alice. Un astucieux meubleobjet du Japon sert de canapé, de chaise, de champignon géant en se dépliant. Les séduisantes images-vidéo de Nicolas Martin suggèrent la forêt, le jardin en se projetant dans l’espace et participent avec l’environnement sonore de Julien Martin à la rêverie. On en sort... émerveillés ! CHRIS BOURGUE

Alice au pays des merveilles s’est joué au Badaboum du 3 au 13 mars

La sirène du Théâtre de Cuisine a eu lieu le 3 mars sur le Parvis de l’Opéra, Marseille

Sirenes et midi net avec le Theatre de cuisine © Vincent Lucas


IX

SPECTACLES AU

PROGRAMME

Prévention Modernité La guerre des boutons version fanfare de clowns, Pinocchio, dans la mise en scène de Joël Pommerat,

Warholien

c’est ce qu’ont concocté la compagnie Attention fragile et Gilles Cailleau. Sur une scène transformée en terrain vague, les cinq comédiens/musiciens se transforment en bandes rivales qui se font face et s’affrontent dans une bataille rangée grave et truculente. Une guerre de gosses, oui, mais une guerre quand même, «l’histoire d’une bêtise qui pourrait devenir grave». Nous voilà prévenus, en fanfare !

est une merveille. Réécrite, et réactualisée, l’histoire connue de tous fait du petit personnage naïf et gâté un enfant bien contemporain, impatient, velléitaire, attiré par des miroirs aux alouettes qui promettent des plaisirs faciles. Jusqu’à ce que, au fil des rencontres qui l’enrichiront, il fasse la différence entre «être» et «avoir», et abandonne la compulsion de la consommation pour devenir humain… Pinocchio Joël Pommerat samedi 24 avril 15h Théâtre de l’Olivier, Istres 04 42 56 48 48 www.scenesetcines.fr

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La guerre des boutons Cie Attention fragile dès 10 ans samedi 24 avril 20h45 mercredi 28 avril 15h Théâtre Armand, Salon 04 90 56 00 82 www.salondeprovence.fr © X-D.R

«Martigues superstar perd la boule» ! C’est que cette année le carnaval de Martigues puise son inspiration chez Andy Warhol, musicalement et visuellement, jusqu’à devenir complètement fou. Emmené par la compagnie Madame Olivier, les quartiers de la ville, par le biais des maisons de quartier, associations…, ont concocté des projets à hauteur du thème. De quoi entraîner la population dans un délire artistique des plus créatifs ! La grande parade du 28 mars, dont le départ sera donné avenue Félix Ziem à 14h45, formera un grand serpent carnavalesque de 800m, jusqu’à l’arrivée au parking du théâtre où la Cie Madame Olivier met en scène le grand final en compagnie du groupe italien Discofunken. Le carnaval de Martigues Grand final dimanche 28 mars 14h45 04 42 44 31 51 www.ville-martigues.fr

Jungleries C’est bien lui, c’est Mowgli, petit garçon élevé par les loups, ni homme ni animal… Le personnage du Livre de la jungle de Rudyard Kipling est rebaptisé L’enfant de la jungle par la compagnie de l’Oiseau-Mouche, dans une mise en scène de Christophe Bihel qui fait «confiance à la force de l’histoire et à l’imagination de la troupe» pour revisiter, avec trois fois rien, ce petit coin de jungle… L’enfant de la jungle Cie de l’Oiseau mouche dès 8 ans mercredi 14 et jeudi 15 avril 15h Théâtre Le Sémaphore, Port de Bouc 04 42 06 39 09 www.theatre-semaphore-portdebouc.com © Elisabeth Carecchio

Rêveries Dans le monde (pas forcément) merveilleux des rêves, au milieu des facéties de l’inconscient, mémé fait du patinage artistique dans le ciel… Tout est possible dans un spectacle de rêves -six précisément -, et si ce n’est pas très clair peu importe ! Titus se débrouillera toujours entre le songe et la réalité, avec une pointe de poésie et les sons de l’accordéon de Gérard Baraton, pour nous faire plonger dans son théâtre intérieur… Comment mémé est montée au ciel Cie Caus’toujours dès 6 ans mardi 30 mars 18h30 Théâtre de Fos 04 42 11 01 99 www.scenesetcines.fr mercredi 31 mars 15h Forum de Berre 04 42 10 23 60 www.forumdeberre.com

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© X-D.R

Libre Sur un mur d’escalade, Sophie Kantorowicz et Xavier Martin - compagnons d’Archaos, du Cirque Plume, des Arts-Sauts et des Colporteurs - mobilisent toutes les ressources du cirque aérien, des jeux d’équilibre et de la danse escalade pour créer un univers à la verticale toujours à la limite de l’équilibre et de la chute. À l’image de la vie d’Albertine Sarrazin, figure romanesque et rebelle, qui fut longtemps emprisonnée et défraya la chronique en écrivant d’une plume percutante et poétique son impossible soumission… La compagnie Dare d’Art raconte son enfermement dans une pièce acrobatique et musicale, métaphore d’une vie volée… Envolée ! Albertine Sarrazin, De l’autre côté du chronomètre Cie Dare d’Art dès 9 ans jeudi 25 mars 19h30 et vendredi 26 mars 20h30 Théâtre de Grasse 04 93 40 53 04 www.theatredegrasse.com


X Onirique Rien que de très banal : un homme, dans sa cuisine,

Sonore Lisbonne, Douala ou Athènes : où qu’il se trouve,

est amoureux d’une chanteuse, qui passe à la télé, et qui, traversant l’écran, va le rejoindre et débarquer par la porte du frigo… Jouant avec les différents codes du théâtre, de la vidéo, du chant et de la musique, les deux comédiens découvrent l’un avec l’autre les règles du jeu, et inventent, au fur et à mesure, de multiples fin possibles à cette histoire.

Christian Sebille enregistre le bruit des voitures, les sons des cloches ou les rumeurs des villes. À partir de ses prises de sons et à travers la manipulation d’instruments et d’objets, il invente un «récit-concert» pour oreilles attentives à la matière sonore, aux compositions rythmiques, aux correspondances de textures ou de timbres. Il se fait conteur-acteur quand il nous restitue un peu de ses voyages et de ses rencontres. C’est tout simplement intelligent, pédagogique et poétique à la fois.

Toi tu serais une fleur et moi à cheval vendredi 23 avril 19h Théâtre d’Arles 04 90 52 51 51 www.theatre-arles.com

> © Fabrice Doat

Effroyable Aujourd’hui, la peur et l’effroi sont partout  : À midinette Du théâtre d’objets au soundpainting, quel grand

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insécurité, différence, ignorance, manipulation. Il y a peut-être de quoi trembler (de peur et d’effroi) comme ce petit village, là-bas, au pied d’un énorme barrage, tout près d’un étrange campement… Presque sans paroles, avec seulement quelques objets, de la musique, les acteurs du Théâtre de la Poudrière inventent un langage fort, visuel et sonore. La populace villageoise tremble d’effroi est un spectacle pour jouer avec la peur, pour en rire et la déjouer !

La position du preneur de son Christian Sebille, Athenor les productions dès 7 ans mardi 20 avril 20h, mercredi 21 avril 15h Théâtre Massalia, Marseille 04 95 04 95 70 www.theatremassalia.com

écart ! C’est ça Sirènes et midi net, et le public ne s’y trompe pas, fidèle au rendez-vous sur le parvis de l’Opéra de Marseille chaque premier mercredi du mois. Le 7 avril, à midi pile, Christophe Calognari dirigera les comédiens, chanteurs, musiciens classiques et jazz qui composent Anitya, pour un moment de création éphémère : La Marseillaise sans midinette. La pièce (composition collective entre écriture et improvisation) interroge l’hymne national en faisant redécouvrir sa musique et résonner son texte dans la ville où, le 22 juin 1792, il acquit sa célébrité...

La populace villageoise tremble d’effroi Théâtre de la Poudrière à partir de 15 ans du 24 au 27 mars 20h Théâtre Massalia, Marseille 04 95 04 95 70 www.theatremassalia.com

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La Marseillaise sans midinette Anitya mercredi 7 avril, midi pile Parvis de l’Opéra de Marseille 04 91 03 81 28 www.lieuxpublics.com

Scarabée Le théâtre Mu adapte librement La métamorphose de Franz Kafka, pour un comédien, des objets, des marionnettes. Renversant la situation, Yvan Pommet, le metteur en scène, fait de Gregor Samsa le seul personnage de chair : c’est que sa prise de conscience d’une société fondée sur des valeurs mécaniques le rend humain, «plus humain que ceux qui l’entourent». Auour de lui le monde continue de s’activer, représenté par des marionnettes Bunraku, manipulées à vue, êtres hybrides mi-humains mianimaux.

© Catherine Meyer

La métamorphose le 23 avril à 20h30 à partir de 14 ans Théâtre de Fos-sur-Mer 04 42 11 01 99 www.scenesetcines.fr

© Alai Julien

Cocorico Un jour, les enfants d’une «Ferme de Quartier» font appel aux fantômes des animateurs d’une station radio oubliée, Radio Belle Victorine, pour raconter quelques-unes des fabuleuses histoires que leur ont confiées les animaux. Entre les facéties des animateurs et les bizarreries des animaux qui parlent sans le savoir et philosophent sans le vouloir, la Ferme Diderot a une bien drôle de basse-cour  ! Surtout quand c’est la compagnie L’Art de vivre qui ramasse les œufs… Tous les coqs ont été des œufs Cie L’Art de vivre dès 7 ans jeudi 1er avril 20h Théâtre Massalia, Marseille 04 95 04 95 70 www.theatremassalia.com mardi 6 avril 15h et 19h, mercredi 7 avril 10h et 15h Les Bancs publics, Marseille 04 91 64 60 00 www.bancspublics.free.fr


SPECTACLES

AU PROGRAMME

Odyssée Depuis sa création en 1995, Voyageurs immobiles a

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parcouru la planète en tout sens avant de revenir sur terre, au Toursky plus exactement, pour une recréation dont seul Philippe Genty a le secret. Images fascinantes, poussière d’étoiles, flot d’humour et de merveilleux… Philippe Genty nous embarque dans une traversée dans le temps et l’espace au côté d’une humanité qui nous ressemble, avec ses obsessions, ses luttes, ses conflits, ses hontes, ses terreurs, ses fascinations, ses rêves… Bref, une lueur d’espoir pour petits et grands.

toutes les histoires de loup. Sauf que ce loup-là est en mal de reconnaissance, tour à tour «tendre amant, acteur nostalgique, pauvre hère délirant de colère, satyre désespéré, poète amoureux fou des étoiles, fauve menacé d’extinction»… Écrit par Francesca Bettini, Et il me mangea est un théâtre d’images et d’émotions interprété par Charlot Lemoine, Tania Castaing et José Lopez, comme on ouvre un livre d’illustrations. © Pascal François

Et il me mangea Francesca Bettini dès 12 ans jeudi 22 avril 19h, vendredi 23 avril 21 Théâtre Durance, Château-Arnoux Saint-Auban 04 92 64 27 34 www.theatredurance.com dimanche 25 avril 19h, lundi 26 avril 20h30 Vélo-Théâtre, Apt 0 4 90 04 85 25 www.velotheatre.com

Japonaiserie Molière en marionnettes japonaises ? Sa turquerie ?

Voyageurs immobiles Philippe Genty jeudi 22, vendredi 23, samedi 24 avril 21h Théâtre Toursky, Marseille 04 91 02 58 35 www.toursky.org

Son Malade ? Quelle drôle d’idée ! Et pourtant. L’Agence de Voyages Imaginaires de Philippe Car a monté, en la rabotant un peu, la plus célèbre des comédies ballets. Avec trois comédiens et des marionnettes délirantes, du robot à l’épure filiforme japonaise. Toutes à taille humaine ! C’est réjouissant, cela met Molière à la portée des plus petits, et la joie au cœur de tous… Si vous l’avez raté au Gymnase ou aux Comoni, il vous reste quelques dates dans la région…

Mordant Promenons-nous dans les bois… La comptine nous

Le Bourgeois Gentilhomme le 26 mars Le Sémaphore, Port de Bouc 04 42 06 36 09 www.theatre-semaphore-portdebouc.com le 31 mars Le Comoedia, Aubagne 04 42 18 19 88 www.aubagne.fr

trotte encore dans la tête, comme l’histoire du Petit Chaperon Rouge, de la Mère-grand et du loup, bien sûr ! À chacun son imaginaire, ses petites frayeurs et sa belle cape rouge sang. Du coup, quand Joël Pommerat en tisse une histoire contemporaine entre trois générations de femmes (une mère, une petite fille et une grand-mère) et que La Troupe de Mr Tchoum se laisse guider par la musicalité du texte, on se dit qu’il ne faut pas rater ce spectacle.

Échappée Skappa ! est la seule compagnie jeune public asso-

Le Petit Chaperon Rouge Cie Flagrants désirs / La Troupe de Mr Tchoum dès 6 ans jeudi 25 mars 19h Théâtre Comoedia, Aubagne 04 42 18 19 88 www.aubagne.fr

ciée à une Scène Nationale : celle de Cavaillon. Ils y tournent 10 millions de km2, leur nouvelle création sur la rencontre d’un Italien et d’une Allemande, dans une boîte de nuit, qui sera présente également aux Comoni. Mais les Cavaillonnais les retrouveront également dans les rues de leur centre ville : durant toute une semaine ils y ouvrent un MagaSin, où l’on devrait trouver toutes sortes d’objets étranges et inutiles : pas pour acheter, mais pour rire, et jouer…

D’ailleurs N’hésitez pas un instant  : si après les belles

10 millions de km2 Les Comoni, le Revest les Eaux les 30 et 31 mars 04 94 98 12 10 www.polejeunepublic.fr

© Christophe Loiseau

Scène Nationale de Cavaillon les 21 et 23 avril MagaSin du 12 au 25 avril 04 90 78 64 64 www.theatredecavaillon.com

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inventions néo-techno-écolo-onirico-asiatisantes du Système Castafiore vos enfants restent assoiffés de danse, essayez le néoclassicisme subtil de Malandain. Son Ballet Biarritz danse divinement ses pièces au vocabulaire classique, difficiles, narratives comme Carmen (sur Schubert !), étrange comme la Mort du Cygne trois fois répétée sur le célèbre violoncelle de Saint Saens, plus nettement désaxée comme son Ballet mécanique. Hors des modes  contemporaines, sa danse soulève l’enthousiasme public  : c’est qu’elle n’a rien de rétrograde, et cherche une autre voie… Stand alone Zone Système Castafiore du 25 au 27 mars (à 10h, 14h30 ou 19h30) Carmen, Ballet Mécanique, La Mort du Cygne Ballet Biarritz du 7 au 9 avril Pavillon Noir, Aix 0811 020 111 www.preljocaj.org

Loup d’amour C’est une histoire à ne pas dormir debout, comme

Saké cinéma ! Le Château dans le ciel de H. Miyazaki

XI

Le Petit cinéma de Fotokino, mercredi 7 avril, fera monter au ciel les cinéphiles en herbe. Enfin, presque… Dès 5 ans, ils découvriront Le Château dans le ciel de Hayao Miyazaki, réalisé en 1986 et librement inspiré des Voyages de Gulliver. Le cinéaste japonais y conte avec humour et féerie les aventures de la jeune Sheeta partie à la recherche de Laputa, légendaire ville flottante dont elle seule possède la pierre qui peut y conduire… Comme toujours, la séance cinéma est précédée d’un atelier de création : cette fois, un story-board à la façon des mangas publiés par Hayao Miyazaki. L’Alhambra se met également à l’heure japonaise avec le dessin animé de Rintaro, Yona, la légende de l’oiseau sans ailes de 2009. Dès 5 ans là encore, le jeune spectateur s’évadera en compagnie de Coco, une fillette qui chaque nuit quitte la maison, enfile le costume de pingouin que lui a offert son père, convaincue qu’un jour elle pourra voler... M.G.-G. Le Château dans le ciel mercredi 7 avril atelier Mangaka à 9h, projection à 10h rediffusion du film samedi 10 avril après-midi et dimanche 11 en matinée Les Variétés, Marseille 09 50 38 41 68 www.fotokino.org Yona, la légende de l’oiseau sans ailes du 7 au 18 avril L’Alhambra, Marseille 04 91 46 02 83 www.alhambracine.com


LIVRES

Tout sur Lou En mars, la médiathèque de Cavaillon organise pour sa jeunesse l’évènement Éclats de Bulles. Les ateliers de réalisation de BD ont été pris d’assaut par les enfants, passionnés par les comix de Yokor. Les projections, bien choisies, de documentaire (Tintin et Moi d’Anders Ostergaard), de film d’animation (Oseam de Sung Baek-Yeop) et la conférence Sur le Manga par Jean-Pascal Viallet ont remporté un vif succès. Mais la vraie vedette de cette 1èreédition est Lou, l’héroïne de Julien Neel (primé à Angoulême). L’association On a marché sur la bulle a réalisé Le Journal de Lou, une exposition ludique (ateliers de dessin, initiation au vocabulaire de la BD) consacrée à ce «drôle de petit bout de chou», très ancrée dans le quotidien, qui grandit au fil des 5 albums. Les enfants (notamment des écoles de Cavaillon) ont pu partager la vie de cette adolescente dans un univers drôle et coloré. Estelle Czarneki, en charge de la section jeunesse, confirme : «Il

y a longtemps qu’on n’a pas eu une BD aussi proche des ados, très actuelle, tendre et poétique. Même les garçons s’y retrouvent». DELPHINE MICHELANGELI

Éclats de Bulles Médiathèque la Durance, Cavaillon ateliers et exposition jusqu’au 27 mars 04 90 76 21 48

Strip yokor

Tu seras un monstre, mon fils ! Dans la famille de Balthazar, on est Monstre de père en fils. Mais ce métier ne lui dit rien. Il sait que les monstres ne sont pas aimés et lui veut avoir des amis. Son père lui fait faire le tour de la famille : l’oncle Monstre d’Égoïsme qui l’attend avec son escopette, la cantatrice Monstre Sacré qu’il ne peut toucher, le Monstre Classique Croquemitaine qui fait peur aux enfants, le Monstre de Bêtise bardé de médailles de guerre, la sorcière Monstre de Cruauté qui arrache les ailes des papillons... Mais le grand-père est un gentil Monstre Contre Nature qui vit dans un grand jardin. Balthazar a compris : il sera Monstre de Gentillesse ! Et le père et le fils y trouvent leur

compte. Cette histoire de Gérard Stehr est pleine d’humour et de délicatesse : le papa Monstre n’est pas un mauvais bougre et l’on se plaît à glisser avec lui sur la polysémie du mot. Les dessins très colorés de Frédéric Stehr marient plume, peinture et collages tirés d’encyclopédies. CHRIS BOURGUE

Monstres de père en fils Gérald et Frédéric Stehr dès 5 ans Éd. Actes Sud junior, 14,50 euros

En lévitation Petit Pierrot est lunatique. Tout simplement parce que l’astre en question l’obnubile, l’attire irrémédiablement au point d’y aller tous les jours, de s’imaginer dormir dessus (et quand elle est pleine on fait comment ?). Petit Pierrot n’a pas vraiment les pieds sur terre, prend monsieur escargot comme confident et discute avec lui de tout ce qui lui passe par la tête : de rêveries en considérations plus terre à terre, le lointain cousin de Calvin (qui, lui, discute avec son tigre Hobbes) parcourt les pages à la recherche de réponses essentielles que lui apporte le sage gastéropode (à méditer : l’émigration est un arbre déraciné, l’immigration une bouture…), quitte à laisser Petit Pierrot encore plus rêveur. En quelques traits légers,

soulignés par des couleurs pastel, mi BD mi album, le livre d’Alberto Varanda brosse un portrait tendre, attendrissant et très finement pertinent d’un univers enfantin qu’on a tous plus ou moins traversé. À noter que Petit Pierrot continue à faire parler de lui sur un blog, pour poursuivre la rêverie… (http://petitpierrot.vefblog.net/). À partir de 8 ans, sans limitation d’âge… DOMINIQUE MARÇON

Petit Pierrot - Décrocher la lune Alberto Varanda Soleil Productions, 17,50 euros

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LIVRES

Dessins de vies Plus que leur engouement pour la BD, c’est l’envie de comprendre qui motivait les jeunes lecteurs du dernier Forum des lycéens et des apprentis (voir Zib’27). Notamment, ils ont interrogé les auteurs présents sur la collaboration entre le scénariste et le dessinateur. Ils y ont appris que chaque création a un mode opérationnel différent. C’est le désir qui prime, guidé par la complicité. Au revoir, Monsieur est une BD très noire dans tous les sens du terme. Le graphisme en est sobre, contrasté et peut même sembler bâclé tant les traits sont tracés avec rage. Le scénario est sordide et tend à montrer comment on peut être pris au piège par les adultes, surtout par un père violent et malhonnête, quand on est enfant. Augustin apprend à se défendre après la mort suspecte de sa grand-mère. Sa mère, après une vie de brimades et de soumission, empoigne son destin et

celui de son fils. Le second volume de la vie aventureuse de Calamity Jane présente des dessins plus travaillés, plus détaillés, avec moins de gros plans. L’encre en est moins noire, le tracé plus fin. L’histoire, inspi-

rée de récits d’époque et des lettres que Jane a écrites à sa fille, relate la période où elle l’a confiée à un couple de bourgeois en mal d’enfant. Elle ne peut pas s’en occuper seule et doit gagner sa vie dans l’Amérique de la conquête de l’Ouest. Le scénario et les dessins retracent les décors de l’époque avec un réalisme qui permet de comprendre cette femme exceptionnelle, libre et qui, pour le rester, s’est vu obligée de ressembler aux hommes ! On attend le 3ème et dernier volume. Et les résultats du prix !

Au revoir, Monsieur Olivier Mau (texte) et Rémy Mabesoone Éd. Casterman, 15 euros

Martha Jane Cannery, les années 1870-1876 Christian Perrissin (texte) et Matthieu Blanchin Éd. Futuropolis, 22 euros

CHRIS BOURGUE

Conte cruel On se laisse très vite captiver par cet univers aux dessins d’une finesse extrême, à l’écriture fluide et claire. Le récit de la vie de Shua, l’un des enfants est racontée en fin d’ouvrage, en un texte plein. Ce conte cruel mais tendre aussi, reprend les thèmes de la transgression, de la découverte de soi, avec ici en prime une atmosphère envoûtante et fantastique. Vivement le deuxième tome !

Il est des livres dont le contact tactile entraîne déjà dans un ailleurs à la fois précieux, et étrange. Le premier tome de la BD Cœur de Papier fait partie de ceux-là. Le toucher un peu rugueux de la couverture, comme toilée d’une fine jute, les teintes fondues de marron grisé et sépia, les formes énigmatiques et complexes du dessin de la couverture, nous préparent au mystère, à l’étrange. C’est un enfant, il a onze ans et un cœur fragile, en papier. Sa vie commence là, au moment où il est déposé devant le portail d’une villa qu’il ne peut distinguer, dissimulée par les herbes folles et les ronces… Pourquoi se trouve-t-il dans cet endroit ? Qui l’a laissé ? Qui est cette étrange jeune fille aux cheveux bleus et qui répond au nom de Rosamelia ? Pourquoi le grand escalier doré est-il interdit ? Qui est cette «Mamie Nuit» si terrifiante ?

MARYVONNE COLOMBANI

Cœur de Papier (Tome 1 Le Salon) Bruno Enna et Giovanni Rigano Éd. Soleil, Métamorphoses, 17 euros

Aux armes !!! Voilà un petit conte philosophique qui vous rappellera lointainement l’inoxydable Voltaire et ravira votre grand ado qui ne l’a pas encore lu… Bien que truffée de références littéraires et politiques, c’est plutôt à lui que cette histoire s’adresse. Nous autres, qui avons entendu les échos des Révolutions du siècle -ou y avons participé- qui avons assisté, enthousiastes puis stupéfaits aux printemps puis à la mise au pas des peuples un peu partout sur cette fichue planète, qui avons lu, incrédules les récits des survivants de toutes les utopies, nous autres qui, d’une manière ou d’une autre, avons remisé nos utopies, n’avons pas grand-chose à apprendre sur la déconfiture du Peuple des Rats  ; un monarque tyrannique qui va un peu trop loin, un peuple qui se révolte, des idéalistes qui se font rouler dans la farine…

Une Révolution qui accouche dans les larmes, les trahisons et le sang d’un régime vaguement démocratique. Au passage, votre ado apprendra les effets délétères de l’exercice du pouvoir qui, comme on le disait dans le temps, corrompt ce petit peuple de rats décidé à poursuivre le vieux rêve immémorial de l’humanité. Évidemment, en ces temps délétères, la morale de l’histoire est peu euphorisante : inlassablement, l’histoire se répète. Toutefois, haut les cœurs: les meilleurs continuent de résister ! SYLVIA GOURION

Lola et le Peuple des Rats Christine Giraud Éd. Amalthée, 10 euros


Babar musical Hormis Pierre et le loup, célèbre opus de Prokofiev véritablement destiné aux enfants et à la découverte des instruments de l’orchestre, d’autres classiques se frayent quelque place sur les étagères des jeunes enfants, même si leur ambition dépasse largement ce cadre-là : le Carnaval des animaux de Saint-Saëns, Children’s corner de Debussy ou l’Histoire de Babar de Poulenc. Ce dernier, datant de 1945, tiré de la bande dessinée de Brunhoff, mêle l’humour à la naïveté et joint un narrateur à la partie pianistique (double fonction assumée par Damien Luce et son frère Renan) qui développe une grande richesse stylistique, harmonique. Le programme est complété par les dix pièces rares et poétiques les Impressions d’enfance de Georges Enesco avec Gaétan Biron au violon. JACQUES FRESCHEL

CD Accord/Universal 480 341 3

Les lettres et les livres Quoi de plus moche qu’avoir pour nom une lettre de l’alphabet ? Mais le papa de Yi Bieub a été marqué par la sixième consonne de l’alphabet (eh oui, nous sommes en Corée du Sud et Bieub est une lettre !). Impossible d’en tenir grief à ce père trop tôt disparu. Yi Bieub vit avec sa maman. Entre tiraillements et incompréhensions, Yi Bieub a découvert, grâce à sa mère qui en«raffole» (mais par les épisodes à la télé), les livres de Mme Lindgrend, l’auteur de Fifi Brindacier, ou plutôt, Fifilotta Provisiona Gabardina Pimprenella Brindacier, fille du capitaine Efraïm Brindacier, exterreur des océans … Elle lit et relit les ouvrages, dépense tout son argent de poche pour assouvir cette passion, a décidé d’apprendre le Suédois et écrit de longues lettres à son auteur préféré. Sans les envoyer bien sûr, puisqu’elles sont en coréen… D’autres personnages permettront à Yi Bieub de mesurer la place de la lecture dans sa vie, de trouver un équilibre, de découvrir d’autres auteurs. L’écriture enjouée et vive du livre de Yoo Eun-sil sait rendre avec pertinence les pensées de la petite fille. Hymne à la lecture, il sait

aussi nous mettre en garde contre la fascination exclusive d’une œuvre et le risque de vivre par procuration. Un petit bijou, accessible aux jeunes lecteurs comme aux plus vieux… qui donne envie d’apprendre le Coréen pour écrire une lettre à Yoo Eun-sil ! MARYVONNE COLOMBANI

Si j’étais Fifi Brindacier Yoo Eun-sil à partir de 9 ans Éd. Picquier jeunesse, 11,50 euros


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ARTS VISUELS

AU PROGRAMME Pacse passe Universal Sculpture Beauty, Dalmien Aspe © X-D.R

Le face à face entre le marseillais Adrien Pécheur et le toulousain Damien Aspe est étonnant : le premier dessine au feutre sur papier une Moto à la coupe au style post-industriel et à l’iconographie foutraque ; le second joue sur les mots (USB : Universal Sculpture Beauty) autant que sur l’abrogation des frontières entre dessin et sculpture. Joli tour de «passe passe» que cette mise en perspective des deux pratiques. M.G-G.

Adrien Pécheur & Damien Aspe jusqu’au 24 avril Galerie Porte-Avion, Marseille 04 91 33 52 00 www.galerieporteavion.org

Moto à la coupe, Adrien Pécheur © X-D.R

Voyage intérieur Dès l’été 2010, Michel Kirch publiera deux livres, Climats et Au-delà du mur. Deux titres évocateurs de son travail à la lisière de la réalité et de la poésie, de l’actualité et de l’imaginaire. Comme en témoignent les séries Les Éveillés où le personnage traverse un paysage inquiétant, Essence, peinture réaliste de ce qui nous construit mais nous dépasse, et Climats qui dit combien la beauté est indissociable de l’universel… Ou comment la pensée se connecte à l’art. M.G.-G.

L’Horizon vertical © Michel Kirch

Michel Kirch du 1er avril au 12 juin Galerie Fabrik 89, Marseille 04 91 55 58 29 www.fabrik89.com

Jean-François Coadou, Sculpture silencieuse, 2004, coll. privée © Jean-François Coadou

Matières en duel La résonance opère entre les sculptures en acier de Jean-François Coadou aux lignes épurées et massives, et les Couleurs d’ombre de Martina Kramer, pastilles peintes clouées au mur distillant une lumière fugitive. Les premières sont l’aboutissement d’une réflexion sur la folie, le chaos, l’architecture autoritaire en une formalisation à la géométrie rigide ; les secondes évoquent le glissement d’un état vers l’autre, «entre les formes mentales et celles de matière-lumière». M.G.-G.

Le complexe de Vauban Jean-François Coadou D’un état l’autre Martina Kramer jusqu’au 23 avril Artmandat, Barjols 04 94 77 12 03 www.artmandat.com

Cool vert, Isabelle Boinot © X-D.Rjpg

Soquettes, Isabelle Boinot © X-D.R

Hors case À la galerie Alain Paire, l’exposition de collages, dessins, livres et broderies d’Isabelle Boinot s’inscrit dans les Rencontres du 9e Art (voir Cahier Jeunesse). Aussi paradoxal que cela puisse paraître, ses œuvres fréquentent tout autant les cimaises du Musée de l’art modeste de Sète que les écrits de Michel Foucault édités par Ollendorf et Dessein. Un compagnonnage qui donne envie de voir sur pièces, notamment les 9, 10 et 11 avril lors de la rencontre d’auteurs à la Cité du livre. M.G.-G.

Isabelle Boinot jusqu’au 10 avril Galerie Alain Paire, Aix-en-Provence 04 42 96 23 67 www.galerie-alain-paire.com


Ondulations poétiques Prix Passerelle du 16e Rendez-vous des jeunes plasticiens du Var, Claire Dubreucq poursuit son tour des galeries varoises au Centre d’art Le Bosphore, après Castillon à Toulon, Cravero au Pradet, Artmandat à Barjols et la Maison du cygne à Six-Fours. Comme une invitation à suivre en pointillés sa peinture (foisonnante de couleurs et de formes entremêlées) et ses recherches de matières (collages de papiers rehaussés de graphisme à l’encre ou grattés sur des pastels à l’huile). À moins de filer à son atelier-galerie perché à Tourtour… M.G.-G.

Claire Dubreucq jusqu’au 2 mai Centre d’art Le Bosphore, La Seyne-sur-Mer

Sans titre, Claire Dubreucq © X-D.R

Sportivement vôtre Invité d’honneur du Salon photographique d’Allauch, Gérard Vandystadt, directeur de l’agence Regards du sport, donne le ton d’une 44e édition placée sous le signe de l’exploit. Le soir du vernissage à la galerie municipale du Vieux-Bassin, Gérard Vandystadt se prêtera au jeu de la signature de livres, de la rencontre-débat et de la projection d’images illustrant son travail de photographe de sport. Mais le Salon d’Allauch, c’est aussi les expositions des photos retenues pour le Concours et celles des membres de l’association Phocal, grande ordonnatrice de l’événement. M.G.-G.

44e Salon photographique d’Allauch Galerie municipale du Vieux-Bassin du 16 avril au 9 mai Maison du Tourisme Louis Ardissone du 8 avril au 16 mai  Restaurant municipal, restaurant  L’Auberge des Moulins et hôtel Les Cigales du 16 avril au 1er juin www.phocal.org Sumo © Gérard Vandystadt


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ARTS VISUELS

CARRÉ D’ART | GALERIE NEGPOS (NÎMES)

L’art de découdre Leurs œuvres sont retravaillées au fil et à l’aiguille. Broderies sans fioritures pour Michael Raedecker et Isa Melsheimer au Carré d’art Les deux artistes réunis par Françoise Cohen ont en commun d’intégrer dans leur pratique le travail de broderie. Pour autant il serait restrictif d’assimiler leur démarche à la réhabilitation d’une technique désuète et minutieuse. Cette intrusion du nonartistique questionne autant le statut de la peinture chez Michael Raedecker que les modalités de re-présentation du monde à travers les installations d’Isa Melsheimer.

Aplats de coutures La plupart des œuvres exposées de Mickael Raedecker apparaissent comme de grands camaïeux. Ses tableaux indiquent d’emblée une filiation avec l’histoire de la peinture : toile tendue sur châssis, maîtrise de la technique picturale (qui peut être séduisante), évocation thématique de la peinture académique de genre (paysage, nature morte, de fleurs- mais le portrait est absent de cette sélection), de la ruine, d’un style particulier (la grisaille) ou de la peinture de paysage orientale (grands espaces laissés vides de figuration). Dominic van den Boogerd, dans le catalogue, analyse finement ces rapports jusqu’à Rauschenberg et Noland. Dans ces grands aplats, apparaissent des rehauts

Isa Melsheimer, vue partielle de l'exposition, Carré d'Art, 2010. © Zibeline/C. Lorin

-qui auraient été effectués au crayon, à l’encre, ou bien une nuance peinte différente selon les techniques traditionnelles- réalisés ici par des fils cousus, visibles seulement de près, se confondant de loin avec les coups de pinceaux. La méprise s’affirme encore dans les coulures cousues, des détails, des transparences. Le support/toile ressurgit à cet instant dans et de l’image peinte comme pour désigner l’illusion et à quel moment celle-ci peut être reconnaissable. La peinture serait-elle cousue de fils blancs ?

CLAUDE LORIN

Isa Melsheimer-Michael Raedecker jusqu’au 18 avril Carré d’Art, Nîmes 04 66 76 35 70 http://carreartmusee.nimes.fr catalogues Isa Melsheimer, texte de Camille Morineau, Éd Analogues

Rapiéçages Dans les trois premières salles qui lui ont été allouées et qui débutent l’exposition, Lisa Melsheimer a choisi de mettre en scène l’espace du musée en installant des pièces anciennes et d’autres réali-

Michael Raedecker, line-up, texte de Dominic van den Boogerd Co-édition Camden Arts Centre, GEM, Carré d’art de Nîmes

Installée dans un des vaisseaux du Némausus, une des premières réalisations emblématiques de Jean Nouvel, l’association-galerie Negpos œuvre depuis de nombreuses années en faveur de la création, la diffusion et la formation de la photographie contemporaine. Son 4e Printemps photographique est entièrement dédié aux artistes marocains actuels vivant au Maroc ou sous d’autres cieux européens. Le projet est né des multiples échanges internationaux tissés par ses responsables, en particulier avec l’Association Marocaine d’art photographique et son initiateur Jaafâr Akil qui avait invité la galerie Negpos à exposer en 2008 lors du Salon national d’art photographique à Rabat. La programmation nîmoise thématisée autour du corps et de la ville donne un bel aperçu de cette effervescence artistique développée depuis plusieurs années au Maroc, avec dix artistes invités à découvrir progressivement jusque fin juillet. Sans exclusive,

pointons déjà les propositions d’Hassan Nadim, Les Passants, captations fugaces de la place Jamaâ El Fnâ à Marrakech ou le travail très radical sur le corps de Fatima Mazmouz dont certaines vidéos impressionnantes «comme Expulsion auraient encore des difficultés à être présentées au Maroc» souligne Patrice Loubon responsable du projet. À noter un des moments forts le 12 mai avec la conférence de Jaffar Akil lors de l’exposition de Thami Benkirane au Carré d’art. On aurait aimé plus de rencontres avec les artistes marocains, conférences et débats, mais cette première initiative promet d’autres projets à venir entre le Maroc, le Chili ou encore le Japon. C.L.

PanoraMarocain 4e Printemps photographique Galerie Negpos et divers lieux, Nîmes jusqu’au 15 juillet 04 66 76 23 96 http://negpos.fr

Sans titre © Jaafar Akil Courtesy Galerie NegPos

Belles vues La photographie marocaine contemporaine s’expose au 4e Printemps photographique organisé par Negpos. Une belle vue sur le PanoraMarocain

sées pour l’exposition. En résulte un bric-à-brac étrange, fait d’objets, vêtements, tentures, maquettes fictionnelles, surgissements du sous-sol (le dallage a été déposé par endroits comme pour des fouilles) évoquant des bribes de notre monde, des stratifications éparses, des reconstitutions inachevées à la façon des images brodées par l’artiste (certaines en perles) en bordure de matelas entassés ou sur un pan de rideaux sales et rapetas-sés, la manche d’un tee-shirt, en lieu et place du slip d’une star éphémère posant dans un poster épinglé au mur. La broderie est appelée à la rescousse de l’art pour rapiécer les images d’un monde désenchanté.


BJCEM | GALERIE DES MUSÉES (TOULON) ARTS VISUELS 33

Une sacrée macédoine Un an après le prélude à Montpellier et six mois après la Biennale des jeunes créateurs d’Europe et de la Méditerranée à Skopje, en République de Macédoine, les artistes de la délégation française (Marseille, Aix, Montpellier, Toulon Provence Méditerranée) se retrouvent sur le devant de la scène régionale Ce retour de Biennale (2 avril-15 mai), produit par l’Espaceculture, est une vitrine offerte aux productions de 24 artistes-plasticiens, au groupe If If Between et aux spectacles des compagnies L’individu, Post Partum Collectif, La Parenthèse. Des propositions, la plupart inédites, nourries de leurs frottements artistiques et culturels avec les jeunes artistes (plus de 700) de 40 nationalités présents durant dix jours dans les Balkans. Skopje, une expérience oubliée ? Pas sûr… Aux Ateliers d’artistes de la Ville de Marseille et à la galerie de l’École supérieure des Beaux-arts de Marseille, les artistes de la sélection arts visuels/arts appliqués présenteront leurs œuvres dans une mise en scène confiée à l’Association Château de Servières. Les espaces distincts des Ateliers d’artistes accueilleront prioritairement des installations qui nécessitent une lecture isolée et ne tolèrent pas de «confrontation» directe : la circula-

tion, fluide et cohérente, favorisera les échos entre les pièces tout en respectant leur autonomie. La peinture d’Anne-Charlotte Depincé et ses travaux in situ devraient y trouver toute leur place… À la galerie de l’École supérieure des Beaux-arts, l’étage et les pièces plus intimistes induisent une autre scénographie et d’autres choix  : on y découvrira, entre autres, les œuvres de Ruthy Assouline, Karine Rougier et Cédric Jolivet. Mais dans les deux configurations, explique Martine Robin, responsable de l’accrochage, «il faut être à la hauteur de cet enjeu qui doit constituer une véritable rampe de lancement à leur carrière». Et à partir du 30 avril, alors que les expositions se poursuivront, les propositions spectaculaires (Cies Post Partum Collectif, La Parenthèse, L’Individu, le groupe If If Between) s’installeront à Seconde Nature à Aix, à Montévidéo et au Gymnase à Marseille.

Candie Alet (sélection Pays d’Aix) © X-D.R

Retour de Skopje Galerie de l’École supérieure des beaux-arts 04 91 33 11 99

Ateliers d’artistes de la Ville de Marseille 04 91 85 42 78 www.bjcem.net

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI Porte de Brandebourg, Julien Raynaud (sélection TPM) © X-D.R

La mort du cygne Rien ne nous est épargné. Dans Le Préparateur, Noëlle Pujol filme au plus près la dissection d’un cygne par un taxidermiste qui désagrège son cadavre avant de lui redonner forme. Gants de latex, éviscération sanguinolente, pose de l’œil en règle. Le dégoût est au bord des lèvres. Dans Le Ver, l’artiste suit lentement les circonvolutions internes d’un ver de terre. Bien vivant celui-là, contrairement aux animaux naturalisés du Muséum d’histoire naturelle de la Rruga Kavajës qu’elle photographie en plans serrés. L’éclat de leurs yeux de verre devenant plus effrayant encore ! Ceux-là appartiennent à une installation vidéo, Les animaux de Tirana, réalisée lors d’un séjour de trois semaines en Albanie dans le cadre d’un programme d’échange artistique. «Pour mieux accéder à l’histoire du pays, explique-t-elle, j’ai décidé de m’appuyer sur la figure animale et plus particulièrement la collection du Muséum».

Quelle étrange affaire  ?! Face à ce spectacle d’animaux morts, un haut-le-cœur nous étreint, doublé d’un sentiment d’incompréhension. Heureusement, Noëlle Pujol glisse des indices : © Noëlle Pujol

l’Albanie serait un pays où la vie animale est riche et diverse, où l’on y rencontre pour peu qu’on le traverse, lièvre, sanglier, martre, loutre, belette, taupe, chamois, chevreuil et loup. Le portrait de l’Albanie se dessinerait alors à travers l’animal («figure de transition» écrit-elle), grâce à deux outils -l’appareil photographique et la caméra vidéo- qui questionnent les relations «entre l’humain et l’inhumain, le vivant et l’inerte». Pas sûr que le peuple albanais s’y reconnaisse… MARIE GODFRIN-GUIDICELLI

Le préparateur, le ver et les animaux de Tirana Noëlle Pujol jusqu’au 30 avril Galerie des Musées (Remparts), Toulon 04 94 91 45 60


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ARTS VISUELS

3e RUE GALERIE | PRIX MOURLOT

Allumer les Nahon Installée depuis peu dans l’antre du Corbusier, 3e Rue Galerie a invité Hervé Nahon pour une double proposition à Marseille et Paris. Matière, lumière, temps et apparences fugitives L’exposition de Marseille est conjointe à l’inauguration d’un second lieu à Paris à un jet du centre Beaubourg «pour donner une meilleure visibilité aux artistes que nous soutenons à Marseille» souligne sa responsable Audrey Koulinsky-Courroy. Saisissant cette opportunité, Hervé Nahon présente deux nouvelles créations Lightime et Ombre Lumineuse ainsi que quelques pièces anciennes pour lesquelles lumière et temps travaillent notre expérience sensible. La plus remarquable (par la présence de son dispositif et sa charge signifiante) Time is Light II (2000) développe une esthétique primitive de l’auto-métamorphose et de l’inéluctable transformation des choses (un bloc de paraffine, sorte de materia prima, soumis à la chaleur de lampes incandescentes) entre Beuys

et Jana Sterbak. ZeitLichTkeit (2002) dans un dispositif assez semblable soumet un carottage de terre berlinoise à un délitement progressif.

Ombre du doute Réalisée pour cette exposition bicéphale, Ombre Lumineuse se compose de deux panneaux lumineux entre lesquels s’engage le visiteur. L’un d’eux en polycarbonate transparent est rempli de leds photosensibles qui s’éteignent discrètement au passage de ce dernier, formant ainsi une pseudo ombre projetée (mais trop peu visible). Oxymore dans le titre, paradoxe pour le rôle du visiteur/déclencheur de sa part d’ombre, Ombre lumineuse nous emmène dans la dialectique du visible et de la disparition, de la présence et de l’absence. Subtilement. Trop peut-être, car ces changements infimes sont si peu perceptibles que le visiteur/acteur peut passer à côté en toute inconscience. Mais faut-il toujours tomber facilement dans le panneau ?

Hervé Nahon, lightime 01 /lightime 02/lightime 03, photographie couleur, 2010 © H. Nahon

Lightime/Lifetime Hervé Nahon jusqu’au 11 avril 3e Rue Galerie, Marseille 06 12 49 56 60 www.3emeruegalerie.com

Hervé Nahon, Ombre Lumineuse, installation interactive, 2010 © H. Nahon

CLAUDE LORIN

Le regardeur regardé Ben Readman est un jeune lauréat heureux : le Prix Mourlot de peinture 2010 lui est tombé sur la tête sans prévenir, un an seulement après son installation à Marseille et deux expositions aux Ateliers d’artistes de la Ville et à Art-Cade. Mais il a le bonheur discret, comme s’il s’en excusait presque : «Je prends le Prix pour une vraie reconnaissance de mon travail, hors réseau, et suis d’autant plus touché que ma peinture n’est pas vraiment tendance. C’est un encouragement à continuer». Une réserve tout écossaise, sans doute, car Ben Readman y est né en 1977, s’est formé au Dublin Institut of Technology avant de larguer les amarres. «J’ai craqué tout de suite pour la peinture et j’en ai saisi les enjeux car c’est très facile de faire un mauvais tableau (…) La peinture s’inscrit dans l’histoire de l’art depuis les peintures rupestres : l’héritage est lourd et passionnant à porter». On l’aura compris, Ben Readman attaque sans ciller toutes les difficultés de l’exercice pictural. Il aime prendre la distance nécessaire, «regarder pour saisir et représenter» puisque, en artisan, il fabrique ses toiles de lin, utilise de la colle de peau de lapin, laisse le temps faire son œuvre entre les

couches d’huile. Un lent processus qui, paradoxalement, l’ancre plus dans la réalité de la toile vierge : là, des idées plein la tête, il laisse la place au hasard de l’accident (il cite Bacon) et à l’inattendu. Entre deux silences et une pensée que l’on

l’aboutissement de ses recherches formelles qui a fait la différence auprès du jury du Prix Mourlot. À 33 ans seulement ! Sans titre jusqu’à récemment, ses toiles se parent de clefs de lecture à l’usage des spectateurs : Tout ce qui s’élève doit converger, Grotte, Ben Readman à l'atelier © X-D.R Blanchi (seul grand format de l’exposition), Empathie… Tous happés physiquement par le tableau, par la profondeur des matières superposées et l’intemporalité des thèmes : l’eau, l’humain, le paysage, le passé, le présent. Des choses primordiales, hors modes, intemporelles, nées du tréfonds de son être. MARIE GODFRIN-GUIDICELLI

sent vagabonde, Ben Readman explique qu’il fait attention «à bien peindre au sens classique de la peinture», cherchant l’équilibre entre «le trop travaillé et le pas assez travaillé». C’est sans doute la conjonction de cette réflexion silencieuse et de

Exposition des nominés pour le Prix de peinture Jean-Michel Mourlot organisé par la galerie MourlotJeu de paume : Julie Dawid, Sara Domenach, Izabela Kowalczyk, Ben Readman et Catherine Serikoff jusqu’au 25 mars Galerie Montgrand, Marseille 04 91 90 07 98 www.benreadman.com


CHÂTEAU DE SERVIÈRES | ÉDITIONS P.

ARTS VISUELS

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L’appel de Didon à Théo Si Didon rêvait là-haut, Théo la verrait donc d’ici* est la première «confrontation» entre les peintures, sculptures et installations de Gerlinde Frommherz, Jérémie Setton et Francis de Hita. Pourtant la résonance des œuvres est manifeste. Le déploiement des formes et du dessin dans l’espace révèle des proximités, provoque des interactions surprenantes. Du coup, la circulation d’une pièce à l’autre se fait presque automatiquement, comme malgré nous, et leurs recherches se connectent : ils ont pour dénominateur commun une certaine pratique du dessin, née de la découpe ou du retrait. Chacun à sa manière se joue des questions d’échelle et de retournement, et nous amène imperceptiblement à faire un travail de re-construction. Sur des nuanciers -supports pré imprimés- Francis de Hita dessine et écrit dans les alvéoles, les interstices vierges et sur les aplats de couleur : à nous d’imaginer, pourquoi pas, la suite de ses minuscules histoires… À la croisée des espaces dévolus à chacun, trois volumes apposés l’un contre l’autre, opaques et massifs, constituent une sculpture imposante que viennent déséquilibrer un paysage et une silhouette découpés : dedans-dehors, devantderrière, achevé-inachevé, les formes qui la traversent dérèglent

Sans titre, 2008, Francis de Hita © X-D.R

Nuancier, 2009-2010, Jérémie Setton © X-D.R

L’Entaille, 2010, Gerlinde Frommherz © X-D.R

notre point de vue. Dans une autre série de dessins dont le point de départ est l’ellipse et le relief fictif, le plein et le vide, le débordement des coulures au-delà du tracé, notre acuité à reconstituer l’image totale est là encore mise à mal. L’exercice se poursuit avec l’œuvre de Gerlinde Frommherz qui nécessite de regarder ce qui manque, ce qui est suggéré plutôt que montré. Qu’il s’agisse de ses gravures sur staff ou de ses installations très architecturées (déconstruction d’objets et de formes à plat sur le sol), notre regard est invité à appréhender autrement l’architecture, l’espace et les objets jusqu’à devoir les reconstruire. Une expérience poussée à son paroxysme avec L’Entaille où

l’artiste est intervenue directement à l’échelle de l’architecture, abattant minutieusement pour partie une cloison de la galerie. L’ouverture ainsi faite sur les bureaux et les coulisses est un geste fort : à Théo de venir voir d’ici… L’illusion et la perte des repères font partie intrinsèque du travail de Jérémie Setton. Soit il nous invite à «plonger dans le monochrome» et à entrer physiquement dans le tableau, soit il provoque un espace sensoriel déstabilisant. Mais dans les deux cas, c’est un «effet englobant et fœtal» qu’il revendique. Dans sa pièce Bureau, la couleur «efface» notre ombre et celle des objets anodins qui flottent alors dans l’espace et perdent leur troisième dimension.

Étrange processus chromatique qui écrase les volumes  : «On baigne dans un espace de disparition» explique cet artiste coloriste qui, dans des études plus anciennes, travaillait déjà par retrait de matière et sur l’absence de traces. Là, plus physiquement encore, notre déplacement intervient sur l’œuvre. On est acteur autant que spectateur… MARIE GODFRIN-GUIDICELLI

L’exposition, au titre énigmatique en forme de palindrome*, a été présentée du 29 janvier au 13 mars aux Ateliers d’artistes de la Ville de Marseille-Association Château de Servières

Sec au toucher, doux à lire éditoriale, depuis la conception jusqu’à la réalisation de «cet objet étonnant nourri de fantasmes»… Il s’offre ainsi la liberté de creuser plusieurs sillages : il y a les projets qu’il initie (notamment avec Marc Quer et Mathieu Provansal), ceux qu’il accompagne techniquement (avec Hervé Beurel par exemple) et les commandes monographiques (pour Gérard Traquandi, pour

Émilie Perotto dans le cadre d’Art-O-Rama 2009 et Pascal Martinez en 2010). Avec son œil de photographe et plasticien, il accueille les projets de livres d’artistes avec gourmandise : «On s’affranchit de certaines règles éditoriales pour inventer, la volonté de faire une œuvre ne doit pas être contrariée. Une certaine délicatesse est nécessaire par rapport aux désirs de l’artiste et à son travail». Alors que la monographie induit d’autres enjeux  : l’efficacité, la rigueur documentaire, la justesse des textes… La dernière gageure des Éditions P. est d’ailleurs de répondre au vœu de Pascal Martinez  de ne produire aucun visuel dans son prochain ouvrage, mais des textes qui feront office de notices. Parler d’une œuvre sans en montrer une seule image, tel est le nouveau défi de Denis Prisset ! La Beauté du geste, Marc Quer, Éditions P. © X-D.R

Le pas-de-porte des Éditions P. donne sur la rue Jean de Bernardy à Marseille. C’est là, au 61, que Denis Prisset a installé sa maison d’édition de livres d’artistes, «des ouvrages qui peuvent avoir toutes les formes possibles car ce sont des objets autonomes, mais qui se diffusent difficilement…». Alors, fallait-il être inconscient pour se lancer dans cette entreprise en 2005  ? Pas vraiment, puisque les Éditions P. ont publié en deux ans 6 livres, 5 cahiers de la collection «Sec au toucher», des posters et quelques multiples. Bien sûr, Denis Prisset est seul aux commandes, mais plus par envie de créer un outil qu’il «peut faire vite et sans beaucoup de moyens» que par difficulté financière. Grâce aux aides aux projets de la Région, du Département, de la Ville, et à son auto-financement, il espère innover et se diversifier. Grâce aussi à sa formation à l’École nationale de la photographie d’Arles et aux Beauxarts de Marseille qui lui permet d’embrasser toute la chaîne

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI

Marc Quer, La beauté du geste est le dernier-né des Éditions P. www.editions-p.com


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CINÉMA

LES RENDEZ-VOUS D’ANNIE | SALON

Le 24 mars à 20h au cinéma Variétés, projection de Jours de colère de Boris Petric et Emmanuel Laborie en leur présence. Un buffet et une dégustation de vins seront offerts à l’issue de la projection. Le 25 mars à 20h, en avant-première, 8 fois debout de Xabi Molia en présence du réalisateur et de l’actrice Julie Gayet. «J’avais envie de mettre en scène une femme qui se bat dans un monde pas forcément fait pour elle. Un personnage confronté à des difficultés très actuelles qui peuvent se présenter à tous.» Le débat après le film sera animé par Boris Henry. Cinéma Variétés 04 91 53 27 82

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Cinéma Renoir 04 42 44 32 21 http://cinemajeanrenoir.blogspot.com

8 fois debout de Xabi Molia

Institut Culturel Italien, Marseille 04 91 48 51 94 http://www.iicmarsiglia.esteri.it

Gomorra de Matteo Garrone

Du 31 mars au 20 avril, à l’occasion de la sortie d’Alice au pays des merveilles, l’Institut de l’Image, à Aix propose une rétrospective Tim Burton, auquel, actuellement, une exposition est consacrée au MoMA de New York. De Pee Wee’s Big Adventure réalisé en 1985, à Sweeney Todd sorti en 2007, en passant par le superbe Edward aux mains d’argent, Ed Wood, Sleepy Hollow et Charlie et la chocolaterie avec Johnny Depp, Mars Attacks ! avec Jack Nicholson, Glenn Close, Pierce Brosnan, ou L’Étrange Noël de Mr Jack dont il a écrit le scenario, vous pourrez vous replonger dans l’univers de ce cinéaste singulier. Le 9 avril à 19h30, en partenariat avec les Rencontres du 9e Art, la projection de Beetlejuice se déroulera en présence de Ciou, Guillaume Bianco et Alban Guillemois, auteurs de BD.

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Le 25 mars à 20h30, au cinéma Renoir à Martigues, projection de La Stratégie du choc de Michael Winterbottom et Mat Whitecross, d’après l’ouvrage de Naomi Klein, paru en 2007. La projection sera suivie d’un débat animé par Fabrice Aubert, économiste.

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Le 6 avril à 18h, dans le cadre de la rencontre avec le comédien et metteur en scène Toni Servillo, l’Institut Culturel Italien présente Gomorra de Matteo Garrone, tiré du roman éponyme de Roberto Saviano : les habitants de la province de Naples et de Caserte doivent se confronter chaque jour aux valeurs et aux règles de la Camorra… Le 13 avril, ce sera Il Divo de Paolo Sorrentino : l’histoire du Premier ministre italien Giulio Andreotti, «Il Divo », élu sept fois au Parlement depuis 1946. Un film lent, comme rêvé, qui éclaire d’un jour étrange l’histoire récente de la démocratie chrétienne italienne, et ses liens avec la mafia.

Institut de l’Image 04 42 26 81 82 www.institut-image.org

La strategie du choc de Michael Winterbottom et Mat Whitecross

Le 30 mars à 20h30 au Daki Ling, dans le cadre des projections du mardi avec Vidéodrome, projection du documentaire Eric Rohmer, Preuves à l’appui d’André S. Labarthe Daki Ling, le Jardin des Muses 04 91 33 45 14 www.dakiling.com

Du 6 au 10 avril, l’association Images et Paroles Engagées organise les 2e Rencontres Régionales des Vidéos Urbaines : projections, rencontres, carte blanche dans différents lieux à Marseille. La soirée d’ouverture, le 6 avril, au Polygone Etoilé, permettra de (re)voir le film de Jean-Pierre Thorn, On n’est pas des marques de vélo, en présence de Jacques Reboud, assistant réalisateur du film. En clôture, le 10, après une table ronde autour du thème «État de la production alternative numérique», projection à 20h du film de Paul Carpita, Le rendez-vous des quais. 04 91 79 32 94 http://videosurbaines2010.free.fr

Voyages autour du monde C’est leur 20e anniversaire que fêtent, du 23 au 30 mars, les Rencontres Cinématographiques de Salon Au programme, une trentaine de films, de 21 pays avec un voyage aux Antipodes : deux films d’Australie, Samson et Délilah de Warwick Thornton, caméra d’or à Cannes, et Septembre de Peter Castairs ; un film de Nouvelle Zélande, Aprong String de Sima Urale. L’Iran est une destination à l’honneur aussi avec Les chats persans de Bahman Ghobadi et Téhéran in/off dont le réalisateur Nader Takmil Homayoun sera présent, samedi 27

mars. Une autre rencontre sur votre trajet, Rabah Ameur-Zaimeche qui présentera Dernier Maquis. Et pourquoi pas un détour par l’Italie avec le superbe film, La Pivellina de Tizza Covi et Rainer Frimmel en compagnie de ses interprètes, Patrizia Gerardi et Tairo Caroli. Vous pourrez continuer votre balade cinématographique d’Afrique du Sud avec Nothing but the truth de John Kani, primé au Fespaco, au Canada avec Frozen river de Courtney Hunt, en passant par la Chine avec Une famille chinoise de Wang Xiaoshuai, l’Argentine avec La camara oscura de Maria Victoria Menis ou le Pérou avec Fausta la testa asustada de Claudia Llosa. Les plus jeunes ne seront pas oubliés:

c’est au Japon, entre autres, qu’ils pourront partir avec le délicieux Piano Forest de Masayuki Kojima. Et pour vous rendre au Cinéma Les Arcades, vous parcourrez les rues de la ville, découvrant les vitrines décorées sur le thème du cinéma…

Alors, bonne route vers Salon ! ANNIE GAVA

Rencontres Cinématographiques 04 90 56 35 74 www.rencontres-cinesalon.org

La camara oscura de Maria Victoria Menis


ASPAS | AUBAGNE

CINÉMA

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Morts pour mémoire Une jetée s’avance sur l’Océan. Sous le doigt de bronze de Christophe Colomb, un fou dépenaillé y court contrefaisant un avion sur une piste d’envol… Les 12e rencontres du cinéma sud américain présidées par Santiago Carlo Ovès ont décollé le 15 mars avec la projection du premier long métrage du vénézuélien Jabès, récit de la révolte des habitants de Macuro, privés d’électricité, oubliés par l’administration centrale, et dont les revendications n’aboutiront qu’au prix de la mort de l’aérien Aeroplano. À ce premier film attachant, a succédé le médiatisé et fort attendu El secreto de sus ojos de l’argentin Juan José Campanella tout auréolé de son oscar 2010. Une œuvre multiple et généreuse, grave et drôle qui offre plusieurs films en un seul : un polar, un mélodrame et, en filigrane, une comédie satirique sur les rouages politico-administratifs d’une justice compromise. Dans une magistrale fluidité les trois s’entremêlent et se répondent. Du regard révélateur de l’assassin sur sa victime au regard amoureux d’Esposito superbement interprété par Ricardo Darín sur Soledad Villamid, du temo

(je crains) au te amo (je t’aime) sur le clavier d’une Olivetti, amputé de la lettre A, d’un amour violé et assassiné à un amour secret renaissant, les portes s’ouvrent ou se referment comme les dossiers des magistrats, le présent scrute le passé. Dans des pays où tant de personnes ont disparu, où bourreaux et victimes doivent cohabiter, la question de la mémoire se pose forcément. Ainsi l’avocate de Matar a todos de l’uruguayen Esteban Schroeder s’obstine-t-elle dans une fragile démocratie, 20 ans après les événements, à découvrir la vérité sur l’opération Condor. Ainsi dans le documentaire chilien de G. Berger Hertz Mi vida con Carlos, le fils part-il à la recherche de l’histoire de son père. La vérité fait mal mais elle guérit dit un personnage de Schroeder. Histoire, mémoire : l’âpre Dawson-Isla 10 de Littín reconstitue le calvaire des ministres et cadres d’Allende déportés dans une île à l’extrême sud du Chili après le coup d’état. Notons le très beau film de Luis Restrepo La pasión de Gabriel, chronique de la mort annoncée d’un prêtre dans un village déchiré entre guérillos et militaires, le

La pasión de Gabriel de Luis Restrepo

lumineux Espiral de Solano où les femmes d’un village mexicain reprennent peu à peu la maîtrise de leur vie, où Jésus sur sa croix est incarné par une bien jolie fille (mon dieu !). Sujets forts, mises en scène efficaces, jeunes réalisateurs prometteurs, courts et longs mêlés, le cinéma latino se porte bien et l’ASPAS a donné au public marseillais, cette année encore, souvent en primeur, le plaisir de le découvrir .

Palmarès : Colibri d’or et Prix du public : Mi vida con Carlos de Germán Berger Hertz (Chili). Prix du jury jeune : Espiral de Jorge Pérez Solano (Mexique). El Secreto de sus ojos arrive en 2e position, le public n’a pas voulu ajouter un colibri au Goya et à l’Oscar.

ÉLISE PADOVANI

Passions d’Aubagne C’est sous le signe de l’amour qu’était placée la soirée du 19 mars du Festival International du Film d’Aubagne avec deux films, Für Miriam et Universalove, suivis de la Nuit du Court Culpabilité, vengeance, désir animent Karen, professeur de math et Lukas, un de ses étudiants dont elle a tué la sœur dans un accident de circulation. La mise en scène tendue de Lars-Gunnar Lotz dans Für Miriam montre efficacement la confusion des sentiments, ici à son paroxysme. L’interprétation des deux acteurs, en particulier Franziska Petri, est remarquable. Dans Universalove, six courtes histoires d’amours passionnées, imaginées par Thomas Woschitz, s’inscrivent dans 6 métropoles. À Marseille, Julie tremble pour Rashid ; à Tokyo, Satoshi répare des ordinateurs en rêvant de son adorée qui ne sait même pas qu’il existe, pendant qu’au Luxembourg un père de famille tombe amoureux d’un jeune homme. À Rio, Maria s’éprend d’une star de télénovela qui comprend soudain la vacuité de son existence ; à Brooklyn, un chauffeur de taxi est en proie à la jalousie, et à Belgrade une livreuse de robes de mariée essaie de construire un couple. La musique de Naked Lunch, dense, parfois trop, relie le tout, et si les personnages

manquent un peu de profondeur, peutêtre à cause de la rareté des dialogues, on retiendra quelques superbes images, un ballet aquatique entre deux hommes, les rues de Luxembourg emplies de brume nocturne. On pense, bien sûr, à Babel d’Alejandro Gonzalez Inarritu, qu’on peut préférer ! Après cette mise en bouche, les courts-métrageophiles -et ils étaient nombreux !- ont pu passer cinq heures à déguster des histoires d’amour variées. Parmi les treize courts présentés, sept ont pour héros des adolescents, parfois très jeunes, qui découvrent le désir, les sentiments et leur confusion. Dans cette sélection, on retiendra Bretelles, Pudding et Herbes Hautes de Simon Lahmani : dans un parc surréaliste, sur un banc vert, défilent des anonymes qui confient leurs amours ou… leur mort ; C’est gratuit pour les filles de Marie Amachoukeli et Claire Burger, César du meilleur court métrage 2010 ; dans L’Echappée, Katell Quillévéré propose une variation autour d’un classique : l’attirance d’une jeune Lolita -superbement inter-

prétée par la jeune Pénélope Lévêquepour son professeur de piano qui lui préfère sa mère ! Le seul court métrage qui ne vienne pas de l’hexagone, Vivre encore un peu du Belge David Lambert, traite avec pudeur l’amour entre Nico, fils de boulanger et Pierre interprétés par Daniel Bajoit et JeanBastien Tinant qui ont également écrit et interprété la musique. ANNIE GAVA

Palmarès du 11e Festival international du film d’Aubagne Le Grand Prix de la meilleure musique originale a été attribué au Québécois Luc Sicard pour Un ange à la mer du Belge Frédéric Dumont. Le Grand Prix de la meilleure création sonore au compositeur allemand Marian Mentrup. Pour le court métrage d’animation, Never drive a car when you’re dead de Gregor Dashuber.

Für Miriam de Lars-Gunnar Lotz

Pour les longs métrages :Prix du Meilleur film : Für Miriam de LarsGunnar Lotz. Prix d’Interprétation féminine : Franziska Petri dans Für Miriam. Prix Spécial du Jury : Mal dia para pescar d’Alvaro Brechner. Pour les courts métrages : Prix Fiction : Scratch de Jakob Rorvik. Prix Documentaire : Changgo de Sandra Staffi. Prix Animation : Mei Ling de Stéphanie Lansaque et François Leroy. Prix Expérimental : Zeitriss de Quimu Casalprimi Suarez.


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CINÉMA

MAISON DE LA RÉGION | LATCHO DIVANO | LES VARIÉTÉS

Quatre hommes et un manoir Salle comble ce 6 mars dans les locaux tout neufs de la Maison de la Région pour la projection en avantpremière du téléfilm de Vincent Monnet, Au bonheur des hommes (diffusé sur M6, le 17 mars) en présence du réalisateur et des comédiens : Julien Boisselier, Philippe Lefebvre, Guy Lecluyse, Jean-Luc Couchard. Tournée entre Marseille et La Ciotat, soutenue par le Conseil Régional, cette comédie de 90’ met en scène quatre amis résolus à récupérer par tous les moyens (même les plus farfelus !) la maison hypothéquée héritée par l’un d’entre eux, Picha. Un mas provençal à faire fantasmer les parisiens, manoir où s’enracinent les souvenirs de leurs 20 ans dans les années 80, dont les images reviennent en contrepoint du récit. Entre jeunesse et âge mûr ces hommes portent la quarantaine des premiers bilans, âge où, père, on perd ses pères, et parfois ses repères. Chacun est devenu ce qu’il était. Marc, l’ado conquérant, est un directeur de com offensif, mari volage, surmené,

frimant dans sa voiture décapotable, et père défaillant d’un enfant trisomique. Fred, le gros garçon sympa dont on fait un copain mais jamais un amant, un prof de philo névrosé dissertant sur le désir et père tardivement révélé. Nicolas le gentil péroxydé planant, un petit fonctionnaire sage soumis à l’autorité de sa femme, père lâche à l’autorité contrainte. Picha, l’homosexuel fragile, renié par son père, fait fi du grotesque et vend courageusement des glaces sur la plage, déguisé en pingouin. C’est autour de lui que s’organise un scénario habile. La comédie utilise avec bonheur toutes les ficelles du genre -quiproquos, caricature- et s’achève sur un bouquet final où tout s’effondre pour mieux se reconstruire. De quoi est fait le bonheur de ces hommes ? Pas de dames en tout cas ! Retenons l’épouse de Nicolas, la redoutable Béa, ayatollah du bio, et, en second rôle l’acheteuse du mas, horrifique poupée-pétasse à petit chien devant laquelle le mari «se fait tout p‘tit». Le bonheur, c’est cette amitié fondatrice incarnée par le lieu à sauver,

Au bonheur des hommes de Vincent Monnet

cette solidarité grâce à laquelle le lâche trouve du courage, l’infidèle de la fidélité, le névrosé de la guérison. C’est drôle et tendre avec ce qu’il faut d’amertume pour donner au rire toute son humanité. ÉLISE PADOVANI

Il a choisi, Valentin ! Le 1er mars, au cinéma Variétés, l’association Les Têtes de l’Art a proposé au public marseillais de voir et de réfléchir aux Choix de Valentin. À l’issue de la projection, la réalisatrice, Marine Place a expliqué comment elle a trouvé celui qui est devenu le «personnage» principal de son documentaire. C’est lors d’une intervention dans un lycée qu’elle l’a rencontré, et a voulu dénoncer les conditions de vie des demandeurs d’asile en faisant le portrait de ce jeune Calaisien. Elle l’a suivi pendant une année, filmant ses joies, ses doutes, ses peines. En 2007, l’année du bac, Valentin est confronté à ses choix de vie. À dix-sept ans, il va au lycée, suit ses cours comme les autres et le soir, il rejoint la «jungle» où transitent des centaines de réfugiés, venus d’Irak, d’Iran, d’Afghanistan, leur distribuant couvertures et nourriture, devenant le confident de certains. Que fera-t-il de sa vie? Quel sens à tout cela ? On pense, bien sûr, à Welcome de Philipe Lioret et même si image et son ne sont pas aussi soignés que dans cette fiction, on ne peut que féliciter Marine Place, qui a travaillé avec peu de moyens, de nous avoir permis de rencontrer ce jeune, généreux, sensible et engagé. On ressort du film avec l’envie de croiser des milliers de «Valentin» !

Nomades et roms Du 26 mars au 10 avril se tiendra à Marseille la troisième édition de Latcho Divano, le Festival des Cultures Tsigane, qui se décline en expositions, conférences, concerts (voir p 11) … et films. Le 30 mars à 20h, au cinéma Variétés, une Carte Blanche est donnée à Tony Gatlif qui nous propose un documentaire de Raphaël Pillosio, Des Français sans Histoire : un film sur les traces de ces citoyens français, internés parce que nomades, dans des camps durant la deuxième guerre mondiale. A 22h, ce sera Les Princes de Tony Gatlif, l’histoire d’une famille de gitans vivant dans une cité de transit qui va un jour reprendre la route… Le 6 avril à 20h, une soirée documentaire avec un court métrage d’Andrew Kötting, Diddyköy, suivi de Clejani de Marta Bergman et Frédéric Fichefet : une collection de petits portraits de musiciens dans un petit village roumain dévasté par le chômage et la misère. Enfin, Terrains d’entente de Christian Delebarre propose d’aller à la rencontre des gens du voyage pour apprendre à reconnaître leur culture et leur identité. A.G.

ANNIE GAVA

Des français sans histoire de Raphaël Pillosio

Les choix de Valentin © Delphine Lermite

09 52 72 89 28 www.latcho-divano.com


GTP

MUSIQUE

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Très orthodoxe Le Grand Théâtre de Provence accueillait l’Ensemble Accentus sous la direction de Laurence Equilbey, pour un programme religieux a cappella : extraits des Vêpres op. 37 et Liturgie de Saint Jean Chrysostome de Rachmaninoff, d’après des chants religieux orthodoxes anciens. Laurence Equilbey imprime une grande homogénéité : phrasé velouté, attaques précises d’où se détachent les merveilleuses notes graves des basses. L’écriture est homophone, de style choral, peu de passages fugués mais de belles lignes mélodiques comme les Alléluia plus mobiles avec finales en pianissimo. L’écriture est souvent modale, aux couleurs archaïques. Oh vierge Marie, le Seigneur est avec toi: tenues et grandes descentes, figuralisme d’un Dieu qui se rapproche des humains. Pour La liturgie de Saint Jean Chrysostome on retrouve la prédominance des graves, alors que le

chant des Chérubins, soprani sur un fil, descend en paliers jusqu’à l’Alléluia qui passe à toutes les voix pour se désagréger dans un decrescendo sublime. On retiendra les interventions expressives du ténor Romain Champion, de l’alto Marie-Georges Monnet et le timbre pur de la soprano Sylvaine Davené, motif sur lequel le chœur, à bouche fermé, magnifie, dans une prière intérieure, la mère de Dieu. Une veine subitement plus populaire : Louez le Seigneur des cieux rappelle les origines du compositeur, mélodie balancée sur un motif fugué. Le final, fortissimo, est une prière collective puissante : Que le nom du Seigneur soit béni dès maintenant et à jamais ! Un intense moment de polyphonie russe. YVES BERGÉ

Ce concert a été donné le 6 mars Laurence Equilbey © Marthe Lemelle

Le quatuor, une identité Diva d’hiver nationale ?

Quatuor Ysaÿe © Gérard Rondeau

Le Quatuor Ysaÿe, nom emprunté au grand Eugène, avait affuté ses archets pour s’attaquer au bloc d’outre Rhin : Beethoven, Brahms, Schubert. Deux allemands entourant le petit génie autrichien : un véritable tour de Franz ! Et le viennois prit la tête du peloton. Son quatuor en Sib majeur, le menuet excepté, léger et frivole, posa une magnifique chape de plomb sur le public du GTP. L’andante avec ses harmonies marmoréennes, quasi hiératiques fut d’une cruelle beauté : un Schubert comme on l’aime, intime. Puis le quatuor en do mineur de Brahms, tout en déséquilibre, anguleux, insaisissable, d’un bleu acier, sans concession à la virtuosité, mit un terme à la première partie. Encore sous le choc de ces deux pièces, on sentait se profiler à l’horizon l’ombre du maître de Bohn. Le quatuor Ysaÿe, jusqu’alors tout en intériorité, se transcenda dans le Quatuor n°8 ! À tous crins, les mélodies pétillantes, saillantes, zébrèrent la salle ! L’avatar du roi des Huns avait refranchi le fleuve : là où Beethoven passe le genre ne repousse pas ! CHRISTOPHE FLOQUET

Le quatuor Ysaye s’est produit au GTP le 16 mars

Piano virtuose

Superbe concert ! Bertrand Chamayou interprétait avec de subtils pianissimi une remarquable fluidité du jeu, un César Franck (Prélude Choral et Fugue) tout en finesse, ainsi que Cinq variations de Luciano Berio, partition aux rythmes complexes, comme sculptée dans la matière sonore… Et puis, il y eut Franz Liszt, notes perlées, jeu aérien, arpèges, gammes, chromatismes, staccatos, trilles… le flux musical s’exacerbe, déborde de l’instrument comme un trop plein d’âme. Les années de Pèlerinage trouvent ici une interprétation qui transcende l’impressionnante virtuosité ; Bertrand Chamayou a su rendre les accents tourmentés, la gravité sombre, l’épanouissement serein d’une harmonie retrouvée… La Suisse, avec l’allegretto grazioso de Au bord d’une source, l’Orage, la Vallée d’Obermann, nous entraînent dans un voyage où

On n’a pas l’occasion d’entendre souvent, sur scène, le plus beau cycle de Schubert. Le Voyage d’hiver est un sommet du romantisme, union intime de la poésie et de la musique. Vingtquatre poèmes chantés en allemand tracent un voyage imaginaire fondé sur la souffrance du souvenir, l’espoir et la solitude, où s’enchevêtrent aussi les trois thèmes lyriques que sont la nature, l’amour et la mort. Ces sont des interprètes masculins qui ont marqué l’histoire du cycle : Fischer Dieskau, Hans Hotter ou Matthias Goerne aujourd’hui… En fin de carrière, la soprano Barbara Hendricks lance un double défi : séduire un large public avec une œuvre peu populaire, et imposer son registre vocal dans ce répertoire. Un théâtre comble et une assistance enthousiaste répondent positivement au premier. La diva a su habilement mettre en espace sa prestation avec

des jeux de lumière, de rideaux mouvants au gré de légers souffles, de projections de paysages hivernaux… Maniant les langues, elle offre en préambule une traduction des premières strophes des poèmes avant de les chanter dans la langue de Wilhelm Müller. On sent une vraie conviction de la part de l’artiste dans ce cheminement énigmatique et funèbre. Quant au registre de soprano… l’équilibre des résonances de poitrine et de tête est rompu, alors qu’il se réalise «naturellement» chez un baryton. D’autant que certains sons, trop ouverts dans le haut médium, sortent du timbre et que l’emploi abusif du «sprechgesang» dans le grave nuit à la ligne de chant… JACQUES FRESCHEL

Le Voyage d’hiver a été chanté au GTP le 23février

Bertrand Chamayou © Laure Vasconi

les souvenirs se mêlent aux références littéraires de Sénancour ou de Byron. L’Italie s’inspire de la statuaire avec le Pensero (hommage à Michel Ange), puis se glisse à Venise et Naples, Gondoliera, Canzone, Tarentella, s’empare de thèmes populaires ou connus, La Biondina dans Gondoletta de Peruchini, le chant du gondolier, l’Otello de Rossini… Ce pianiste généreux offre au public qui l’acclame trois rappels éblouissants, Liszt, bien sûr, adaptant Chopin, Schumann, Liszt nocturne, Liszt des Cloches de Genève enfin. Une soirée d’exception! MARYVONNE COLOMBANI

Ce récital a été donné au GTP le 2 mars, et le 28 février (Franck, Liszt) au Méjean, Arles


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MUSIQUE

CONCERTS

Au cœur du romantisme Cécile Auclert raconte les amours tumultueuses de Georges Sand et Frédéric Chopin. En maniant les belles marionnettes de Frédérique Souloumiac, avec des inflexions en polonais, et en s’appuyant sur le talent de ses deux complices, les jeunes Mélanie Gadenne, piano et Xavier Chatillon, violoncelle. Tous deux impulsent l’élan romantique essentiel au récit, la musique comme un écho, une respiration : ils sont Solange et Maurice, les enfants de Sand. Le 4e Prélude et la Polonaise Brillante op3 évoquent l’arrivée d’un piano Pleyel dans le salon du château de Nohant : très beau toucher de la pianiste et jeu fluide et passionné du violoncelle. Puis Paris, leçons particulières, la phtisie, les rencontres : Delacroix, Balzac, la liberté de Sand qui collectionne les amants. Nous nous laissons porter par ces aventures romanesques, bercés par

les sublimes mélodies du compositeur, par le timbre chaud de la comédienne, par sa lecture imagée, rythmée, expressive, malgré quelques accrocs, entre lecture et récit. On entend aussi le Nocturne op 72 n°1 dont la mélodie au violoncelle est l’âme de Chopin qui pleure: les deux musiciens sont comme transfigurés… puis la Valse op 64 n°1 à l’arrivée de la sœur polonaise, dernier souvenir heureux d’un Chopin qui meurt à 39 ans : sa Marche Funèbre est le souffle émouvant de ce personnage au romantisme décidément tragique. YVES BERGÉ © X-D.R

Chopin et Sand : Des étés de sauterelles a été joué à Gebelin le 12 mars

Quinte royale Après que le président Bernard Camau a révélé le programme de la saison prochaine (voir p.50), les Solistes de Chambre de Saint-Pétersbourg entament le magnifique op.57 de Chostakovitch. Ce véritable quintette constitué (piano et quatuor à cordes) rend à cette œuvre sa dimension tragique, ses contrepoints classiques, ses déchirures et ses sarcasmes grinçants, ses contrastes envoûtants, avec une rigueur métronomique, puissance et invention, lyrisme et somptuosité sonore. Après la pause, les Russes enfoncent le clou avec le fameux Quintette op.44 de

Schumann composé un siècle auparavant. Violoncelle olympien, violon cristallin, alto vibrant, piano créatif… l’ensemble est au service du chant et de la forme, de la poésie propre à l’univers de Schumann : un classique tourmenté alternant des scansions nerveuses et des pages festives. Gageons que la Société de Musique de Chambre de Marseille nous réservera encore, après 90 ans d’existence, d’autres belles soirées ! J.F.

Ce concert a eu lieu le 17 mars à l’Auditorium de la Timone Lydia Kovalenko et Igor Uryash © X-D.R.

Que du bonheur ! Quel privilège que d’écouter ce concert d’exception, donné par le Trio Smetana ! Jitka Čechová au piano, souveraine… fluidité, précision du jeu, maîtrise des tempi ; Jan Páleníček au violoncelle, acrobatique ; Jana Vonášková-Nováková au violon, avec une rondeur et une profondeur des sons, que ce soit dans les graves ou les aigus, de Trio Smetana © X-D.R.

toute beauté. Pourtant le programme n’était pas d’une exécution facile ! Le Trio en si bémol majeur de Beethoven, avec un piano qui module comme une harpe, puis le Trio en sol mineur de Smetana, bouleversant, enfin le Trio op. 90 «Dumky» de Dvorak, dans lequel la mélodie mélancolique trouve des variations endiablées, les registres s’enchaînent avec la grâce et la spontanéité de la vie même. Avec générosité, le trio offrait au public enchanté trois bis : le «gypsy» trio de Haydn, troisième mouvement, un rondo enjoué, tournoyant, où les musiciens semblent s’amuser et communiquent leur plaisir du jeu au public ; une petite pièce théâtrale et lyrique du compositeur Tchèque, Josef Suk ; et le troisième mouvement du troisième Trio de Martinů, superbe ! MARYVONNE COLOMBANI

Ce concert était donné au Jeu de Paume le 10 mars, dans le cadre de la programmation des Concerts d’Aix

Chants du monde

De Moscou à New York, mélodies populaires et savantes ont côtoyé chants traditionnels et standards de jazz, interprétés avec passion par le Chœur de femmes de l’Opéra d’Avignon (direction Aurore Marchand, accompagnementbrillant de Florence Goyon-Pogemberg). Parmi cette diversité musicale, deux coups de cœur : pour El Vitro, chant populaire anonyme andalou, au rythme soutenu, et pour la mélodie Chanarcato du compositeur argentin Guastavino dont la mélancolie a fait rêver à de lointains horizons. Pour terminer, en bis, un «tube» de jazz de Georges Shearing, Lullaby of Birdland, a remporté le succès prévu. Mais il est dommage que la salle du foyer de l’opéra, trop petite, oblige ces belles voix à quelque retenue ! C.R.

Apér’opéra, Avignon, le 20 mars


Fougue romantique Le 23 février dernier, le troisième concert de la neuvième saison des Moments Musicaux de Carry, offrait un superbe concert piano-alto. Outre le fait que la salle de l’Espace Fernandel a le mérite de présenter de jeunes artistes de la région, on ne peut que les féliciter du remarquable choix effectué. Jeunesse et talent ici se conjuguent. Sensible et délicate approche du Schumann des Contes de Fées, complicité dans l’exécution de la Sonate en fa mineur de Brahms (avec une belle transposition de la

clarinette à l’alto), pianissimi éthérés de l’alto, emportements expressifs des deux musiciennes, la première partie du concert présentait ainsi un travail accompli et de qualité. Mais la deuxième partie du concert fut littéralement éblouissante. Il semblait que l’allegretto de la Sonate pour Alto et Piano de Chostakovitch avait été écrit pour elles ! L’archet échevelé d’Aurélie Deschamps, virtuose et labile jusque dans les doubles cordes, transporte les auditeurs dans un univers passionné, tandis que l’ultime Sonate de Chopin pour violoncelle et piano (transcrite aussi pour l’alto) s’anime sous les doigts d’Emilie Vaute, en de magnifiques chromatismes. Les amples phrasés, la profondeur des sonorités, la richesse expressive des deux (très!) jeunes artistes, tout concourait à nous faire vivre un moment musical d’exception. Bravissimae ! MARYVONNE COLOMBANI

www.moments-musicauxde-carry.fr

© X-D.R

Tout aux bois Il est des soirs où vraiment, ceux qui restent à la maison pour regarder la télé ont décidément tort ! Le spectacle offert le 27 février au château de Trets est de ceux-là qui vous décident à braver un froid certes vif, mais oublié grâce à un concert d’une vivacité, d’une légèreté et d’un intérêt rares. Il est vrai que former un trio avec deux hautbois et basson est étonnant. Nous n’en sommes pas à un a priori près : vous auriez appris mille choses sur ces bois qui furent d’abord… des os, ou des fagots ! Rassurez-vous, il ne s’agissait pas d’un cours: anecdotes, morceaux à énigmes, (devinez à quel film appartient tel ou tel air!), reconstitution acoustique du Vieux-port de Marseille, Ferry Boat, sirènes, gabians, tout y est ! À côté du Parrain, L’échelle de soie de Rossini, une sonate du baroque italien Geminiani, puis, le baroque français de Boismortier, une délicate sérénade de Mozart (n° 5), les superbes 5 conversations pour deux hautbois du contemporain R. R. Bennett, deux tangos de Piazzola, bouleversants… Virtuosité, ampleur des sons, tout contribuait à la qualité de l’ensemble. Les musiciens, complices, Marc Badin (hautbois et hautbois d’amour), Patrice Barsey (hautbois et cor anglais), Hervé Issartel (basson) nous entraînent dans leur exploration éclectique de la musique de toutes les époques. C’est léger, brillant, spirituel. «Travailler avec cette formation, c’est mission impossible !» ironise l’un d’entre eux… On rit, on écoute, et on sait qu’il a tort… MARYVONNE COLOMBANI

Le Trio Besozzi se produisait à Trets le 27 fev


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MUSIQUE

LYRIQUE

Rossini champagne ! Après The Saint of Bleecker Street, le théâtre lyrique de la place Reyer offre un nouveau succès au public marseillais Coproduction de seize maisons d’opéra, Le Voyage à Reims, mis en scène par Nicola Berloffa, n’en finit pas de triompher sur les scènes françaises. Avant d’achever son périple, la jeune troupe s’est arrêtée sur la Canebière pour y récolter de nouveaux lauriers. Il faut dire que les chanteurs, depuis deux ans, sont rompus aux difficultés techniques et scéniques de l’opus. C’est un vrai bonheur ! Située dans un hôtel thermal art-déco, l’intrigue initiale (les préparatifs d’un départ de nobles européens pour le sacre de Charles X) se dilue rapidement dans une mise en scène fantaisiste et décalée : l’ambiance est à la fête, les numéros s’enchaînent avec la maestria d’une vraie direction d’acteurs. On n’est pas loin du pastiche et de

l’esprit de l’opérette ! À la différence que la partition est un vrai défi bel cantiste, exigeant une parfaite maîtrise du souffle, des vocalises et de l’articulation virtuose, un fin dosage de la puissance et des aigus sûrs ! Dans cet exercice, la distribution du 12 mars n’a pas connu de faille, avec pour fers de lance Oxana Shilova soprano au timbre somptueux, Kleopatra Papantheologou superbe mezzo, un baryton théâtralement irrésistible dans son «Catalogue de Nations» avec accents Marco di Sapia, un ténor «di grazia» ravissant Alexey Kudrya (Libenskof) et une belle basse au rôle court mais convaincant Patrick Bolleire. Les Chœurs et l’Orchestre de l’Opéra dirigés par Jérôme Chabreyrie se sont montrés à la hauteur de l’évé-

© Christian DRESSE 2010

nement : rien moins que la création de l’opus (reconstitué en 1984 par Claudio Abbado) dans la cité phocéenne !

Le Voyage à Reims a été chanté à l’Opéra de Marseille du 11 au 14 mars

JACQUES FRESCHEL

Création lyrique à Toulon Lorsque, en 1947, Kurt Weill créa Street scene à l’apogée d’une carrière couronnée de nombreux succès, il fit une œuvre très innovante. À l’époque aucun autre compositeur n’était allé aussi loin dans le mélange des genres ; à l’écoute aujourd’hui, ce qu’il qualifia lui même de «chef-d’œuvre» ressemble à un savant croisement entre l’opéra traditionnel (tragique et comique) et le music-hall, mâtiné d’influences parmi lesquelles on reconnaît pêlemêle Wagner, Puccini, Stravinsky, le blues et Broadway. Cherchait-il à prouver que le genre lyrique pouvait se renouveler malgré le recours à un sujet tragique habituel, énième variation autour du thème de l’amour impossible ? La création française du 12 mars à Toulon fera sans doute grand bruit, tant elle réunissait toutes les conditions pour ravir un public

© Olivier Pastor

en quête de cette nouveauté que les scènes lyriques françaises des années 50 ont ignoré. L’ensemble s’est révélé très convaincant tant sur le plan scénique que musical. Le choix de couleurs vives dans les décors, l’éclairage et les costumes

offrait un contraste saisissant avec l’apparente noirceur du sujet. La mise en scène dynamique d’Olivier Benezech soufflait un vent de liberté dans l’espace confiné et statique des décors représentant le lieu unique du drame. Transcendée par un orchestre jouant une musique aux timbres riches et colorés parfois teintés de blues et de swing, aidée par la direction lumineuse et électrisante du chef Scott Troman, la distribution vocale ne souffrait pas le moindre reproche à l’image du remarquable et rafraîchissant chœur d’enfants du Conservatoire porté par des solistes aux qualités vocales indiscutables (L. Alvaro, E. Ferrari, R. Hughes, S. Lemoine, L. Craig...). ÉMILIEN MOREAU

Street scene a été créé à Toulon du 12 au 16 mars

Conte de printemps

La Cerentolina © X-D.R.

On ne présente plus l’histoire de Cendrillon, et si dans le livret de J. Ferretti il n’est plus question de pantoufle égarée mais de bracelet offert en gage d’amour, le charme du conte demeure : le coup de foudre entre le prince Don Ramiro et Angelina (la Cenerentola), les deux sœurs terribles, la ressemblance entre l’inconnue du bal et Cendrillon… Créé à Rome en 1817, cet ouvrage donne le rôle principal à une tessiture grave (alto ou mezzo colorature). Les opéras de Rossini présentent une écriture vocale très ornée, et ici peut-être plus qu’ailleurs le rythme verbal est remarquable, les «bavardages», arias et ensembles (quintette du 1er acte et sextuor du second) montrent l’extrême dextérité que nécessite l’écriture rossinienne. Le

père des trois sœurs (Frank Leguirenel), dans un rôle bouffon, a enthousiasmé le public par son exubérance vocale et théâtrale, et Karine Deshayes, venue jouer Roméo il y a quelques mois, a offert un autre aperçu de son talent en interprétant avec charme le rôle titre. Du début à la fin du spectacle, les chanteurs ont triomphé des difficultés du bel canto, se jouant des acrobaties vocales et théâtralisant leur partition à merveille ! CHRISTINE REY

La Cenerentola de Rossinia été jouée les 21 et 23 mars à l’opéra d’Avignon


CONCERTS

MUSIQUE

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Passe de trois à Nîmes a bien intégré les procédés de timbre et de rythme du XXe siècle et a concocté une œuvre tout en contraste : chromatismes, rythmique tranchée, tapis aigu de cordes, trio et fugatos de cuivres pour conclure sur un solo incisif de percussions. Dans une ville jamais bien loin de ses passions hispanisantes, l’œuvre contemporaine était encadrée par Adios Nonino pour bandonéon (Cesar Stroscio) et orchestre d’Astor Piazzola et le Concerto pour Guitare (Léonardo Sanchez) et orchestre de Villa-Lobos, et conclue par un Hommage à Liège pour bandonéon, guitare et orchestre de Piazzola. Une programmation heureuse et éclectique.

Au-delà des réputations justifiées et parfois surfaites de formations internationales ronronnant souvent dans une programmation monotone, rappelons le nombre de créations emblématiques jouées par des ensembles, parfois plus modestes, mais qui révèlent les Schubert et autre Beethoven de leur temps… Le théâtre et la ville de Nîmes perpétuent cette tradition et nous présentaient donc en création mondiale Poèmes en proses inspirée par Baudelaire et composée par le Madrilène Carlos Duque. À la baguette, Lionel Duffau, qui dirigeait l’orchestre de Nîmes regroupant majoritairement des professeurs du conservatoire. Duque (électro-acousticien)

PIERRE ALAIN HOYET

L’épopée de Néron

© E. Bartolucci

Les Paladins, dirigés par la main ferme et élégante de Jérôme Correas, présentaient le Couronnement de Poppée de Monteverdi avec une formation de cordes seules, remarquables dans chaque intervention, distillée avec fougue ou délicatesse, pour l’accompagnement du recitar cantando ou dans les airs à vocalises. Le livret de Busenello permet à la mise en scène de Christophe Rauck d’opposer deux plans : ce qui est vu/ce qui caché, fond de scène drapé, lieu des intrigues. Poppée, Valérie Gabail,

belle voix de soprano, use de toutes les subtilités du langage baroque pour être couronnée par Néron (Maryseult Wieczoreck), à la voix assez raide dans les passages récités, mais qui s’épanouit dans les ornements superbement maîtrisés. Cette gémellité vocale dégage une sensualité troublante : sublime duo Pur ti miro, pur ti godo, chef-d’œuvre de contrepoint et de tuilage baroques. La voix du philosophe Sénèque (Vincent Pavesi) s’impose par de très beaux graves compensant des aigus qui se brisent... Magnifique performance de Damien Guillon, très beau timbre de contre-ténor, doublant, depuis la scène, Paulin Büngen, jouant (extinction de voix) Ottone. Son amoureuse, Drusilla, ravissante Dorothée Lorthois, nous émeut par son timbre velouté, tandis que le disprezzata Regina d’Ottavia (Françoise Masset) femme bafouée, est un moment de grande tragédie. Et la nourrice Arnalta est volcanique en servante en talons aiguilles !, très belle prestation de Jean François Lombard ! Les costumes apportent une fraîcheur contemporaine amusante, et les clins d’œil -vespa sur fond de Colisée- donnent aux prologues mythologiques une saveur de dolce vita particulière, qui brise un peu la succession d’airs très ressemblants (l’opéra s’invente !). Un beau spectacle sur les jeux, les enjeux, les caprices, les complots amoureux, l’ambiguïté sexuelle : quelle modernité ! YVES BERGÉ

Le Couronnement de Poppée a été joué aux Salins le 9 mars

Guitare symphonique Il y a des œuvres que l’on écoute plusieurs fois avec une émotion intacte : c’est le cas de la 5e symphonie de Schubert, interprétée avec brio par l’O.L.R.A.P. dirigé par Pascal Rophé, chef invité dont la direction concise et dynamique a permis la réussite du concert. Mais c’est au guitariste Emmanuel Rossfelder que l’on doit les plus beaux élans de cette soirée : son interprétation du Concerto d’Aranjuez de Rodrigo (1939) lui a valu un triomphe. Dès les premières mesures son jeu tout en finesse, en élégance et en virtuosité a transcendé cette œuvre

Léonardo Sanchez © X-D.R.

Ce concert a eu lieu au Théâtre de Nîmes le 3 mars

très entendue et conquis le public ; le second mouvement, pleinement lyrique et passionné, a procuré un trouble rare, plongeant les auditeurs dans un état d’envoûtement quasi-religieux ! Une véritable ovation fut faite à ce talentueux aixois qui n’a pas hésité, sous les rappels pressants, à venir jouer deux pièces, dont des variations de Paganini, qui donnèrent encore l’occasion d’admirer sa virtuosité. CHRISTINE REY

Ce concert a eu lieu le 4 mars à l’Opéra d’Avignon

Plaisir d’orchestre Comme chaque mois, l’Opéra de Marseille a proposé un concert symphonique ambitieux. La transition parut naturelle entre le sarcasme de la Jazz Suite de Chostakovitch, rendu à merveille par l’interprétation sautillante de l’orchestre et la direction décontractée de Cyril Diederich, et le lyrisme mélodique du Concerto pour Piano de Grieg : Jean-Philippe Collard nous livra alors une performance remarquable, mettant l’accent sur les sonorités populaires norvégiennes ! Mais l’enchaînement sur le célèbre poème symphonique de Richard Strauss Ainsi parlait Zarathoustra fut plus délicat et laissa le public un peu déconcerté par moments. La symbolique de l’œuvre et son expressivité ne purent pas être complètement mises en valeur par l’orchestre. Question d’effectif, d’habitude de ce répertoire si particulier? L’importance des parties solistes et de la répartition de l’action de part et d’autre de l’orchestre implique des pupitres dialoguant avec plus de ductilité. Le tout fut cependant très bien mené, et la prestation d’ensemble de l’orchestre, en phase avec la fantaisie évidente du chef, fit plaisir à voir. SUSAN BEL

Ce concert a eu lieu le 26 février à l’opéra de Marseille Jean-Philippe Collard © Raudel Romero


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MUSIQUE

CONCERTS

Initiative singulière de l’ensemble Musicatreize qui présentait à la Bibliothèque Départementale le 12 mars le conte musical Un Retour, pour l’instant inachevé Dans la série des 7 contes musicaux initiée en 2006, Un retour d’Oscar Strasnoy est une œuvre encore inachevée. Sans doute plus pour longtemps, étant programmée au Festival d’Art Lyrique l’été prochain à Aix-en-Provence ! L’idée d’un work in progress expliquée par le chef Roland Hayrabedian est finalement une réussite, entre rencontre et découverte. La présence du compositeur franco-argentin et du metteur en scène Thierry Thieû Niang, bien que les extraits fussent présentés en format concert,

donnaient un intérêt majeur à l’exécution, accompagnée d’explications bienvenues. Composée d’après la nouvelle d’Alberto Manguel, l’œuvre en gestation évoque l’environnement sonore contemporain d’un pays mystérieusement inconnu: celui d’un héros de retour après trente ans d’asence. Faisant la part belle aux percussions variées et colorées et à la luminosité des deux pianos (quatuor Face à face), l’orchestration réverbère cette clarté en miroir au duo de trompette et trombone (Matthias Champon et Thomas Callaux), fil conducteur du tissu instrumental. Le chœur minimaliste fait glisser tour à tour un soliste face à l’excellent baryton Hugo Oliveira, dont nous saurons la véritable destinée dès le mois de juillet prochain !

Un Retour © X-D.R.

Work in progress

FRÉDÉRIC ISOLETTA

Femmes baroques Le 13 mars la Conférence inaugurale de Mars en Baroque donnait la couleur d’une manifestation musicale mettant les femmes à l’honneur : pas si fréquent ! Benito Pelegrín, écrivain, musicologue, nous éclaira sur la religieuse mexicaine Sœur Juana Inés de la Cruz. Quelle femme ! La dixième Muse au service du vice-Roi d’Espagne à Mexico où elle devient l’ornement de la Cour, cette femme cultivée, très convoitée, entre au couvent, choix mystérieux : Dieu, l’être aimé, le seul au-dessus des hommes, si médiocres ? Refuge contre un père qui ne l’avait pas reconnue ? «Je me fis religieuse pour assouvir le désir que j’avais de mon salut.» Agnès Audiffren prête son timbre magnifique, sa voix chaude et si sensuelle de comédienne aux sonnets sulfureux de cette religieuse qui entretient, au Couvent, une relation avec la vice-Reine : «Être femme et être loin, à l’amour n’est point de frontière.» Féministe avant l’heure ! «Qui résiste est ingrate, qui cède est légère.» Un récit étonnant !

Voix de femmes La soirée se poursuivait à la Chapelle SainteCatherine, par voyage dans le temps et l’espace : de la création du monde à l’amour, la mort, la guerre, hommage aux femmes !, des textes (Sapphô, Marie Cardinal, Hélène Cixous, Asssia Djebbar…) dits par Nancy Huston : elle caresse les mots, les effleure, dans une absence de rythme qui trace comme un Nancy Huston © John Foley

Vivaldi nouveau !

Agnès Mellon © X-D.R.

chemin linéaire, inexorable. Claudio Magris : «même maintenant que tu cries et que tu pleures l’amour perdu, en vers bien cadencés qui évoquent l’écoulement des eaux et le bruissement des feuilles ou en vers libres et sauvages comme les klaxons dans la rue, qui sait ce qu’il en sort ?» Agnès Mellon, soprano (homonyme de notre photographe…), interprète des chants judéo espagnols, sépharades et mélodies baroques, s’investissant entre intériorité plaintive et exaltation passionnée, mais avec des fragilités dans le médium et des passages en voix de poitrine systématiques dans le grave qui, s’ils donnent une belle couleur dans la musique judéo espagnole, paraissent peu opportuns dans le sublime lagrime miei de Barbara Strozzi. Freddy Eichelberger accompagne ce récit de son organetto, orgue portatif médiéval, et apporte toute sa science du continuo dans les pièces pour clavicythérium : superbes Variations de Cabezon sur le chant du Chevalier. Il soutient, improvise, magicien des timbres de ce beau voyage. Y.B.

Avec le magnifique et méconnu concerto pour violon «per Signora Chiara», dédiée à une violoniste talentueuse de la Pietà où œuvrait Vivaldi, les Femmes de Méditerranée, du nom de la thématique du festival, étaient doublement honorées : l’interprétation d’Amandine Beyer fut scintillante ! Vinrent ensuite les célébrissimes Quatre Saisons où l’ensemble italien Gli incogniti sut alterner précision diabolique et dynamique exaltante sous la direction de la merveilleuse soliste. Chants d’oiseaux subtils harmonieusement mariés à un véritable son d’ensemble (clavecin, violoncelle, théorbe, 2 violons et alto), l’interprétation fait cœur avec une tradition baroque, dévoilant mille détails sous les voutes de la chapelle SainteCatherine. Pour ces concerti dont la renommée a franchi les siècles et les frontières, dans des exécutions souvent loin de l’idéal du prêtre roux, cette version est sans aucun doute une des plus réussies. À retrouver sur disque, chez ZigZag www.zigzag-territoires.com. F.I.

Amandine Beyer © X-D.R.


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La Grim expérience Concert One Shot explosif et éthéré le 11 mars avec deux duos surprenants Pour cette soirée à forte affluence, Jean-Marc Montera a eu la bonne idée d’inviter son complice depuis une vingtaine d’années, le fougueux batteur et percussionniste Ahmad Compaoré. Accroché à sa guitare à effets, le maitre des lieux eut tout le loisir de la laisser parler, et interférer les percées quasi tribales d’une batterie au bord de la rupture. Se jetant parfois littéralement sur son instrument, l’insatiable batteur est un spectacle à lui seul, régulé avec maitrise par la distorsion des six cordes pour un duo volcanique. Après tant d’émotion, le duo Gianni

Gebbia (saxophone) et Eiko Ishibashi (voix, piano, flûte traversière, électronique) ne pouvait tomber mieux. Entre le saxophoniste italien et la chanteuse multiinstrumentiste japonaise, on ne peut parler de complicité tant une fusion viscérale s’opère entre les deux artistes. L’invitation au voyage au cœur d’un univers velouté et impalpable prend effet dès les premières notes. Du clavier, la délicate Eiko déroule des mélodies circulaires aux harmonies ineffables, juste assez pour soutenir ses textes aux accents d’haïkus zen, et laisser le

© Pierre Gondard

champ libre aux mélopées de son acolyte. Aux confins d’une pop planante, le duo complète à merveille une soirée commencée sur les chapeaux de roues et conclue à

quatre pour le plus grand bonheur d’un public aux anges. FRÉDÉRIC ISOLETTA

Rires et Chansons Dans le cadre des lundis du conservatoire le Palais Carli a ouvert ses portes au Chœur Contemporain et son chef Roland Hayrabedian Le choeur contemporain © X-D.R.

Chœurs des Malmarié(e)s de Dallapiccola, discourant sur le bien fondé de l’union maritale. Toujours a cappella, les Nonsense de Petrassi d’après Lear s’avéraient également très réussis. Curieux et inventifs, les Trois poèmes élastiques de Constant d’après Cendrars (respectivement sur Chagall, les couleurs et Léger, acolyte du poète à ses heures) surprirent un auditoire conquis par l’accompagnement de l’orgue de barbarie, tenu par Jean-Marc Puigserver. Les sons inouïs échappés des tuyaux de l’instrument à roulette et à manivelle ne pouvaient que nourrir l’imaginaire invraisemblable du propos poétique !

La musique dite classique peut-elle être un peu moins sérieuse ? Il est des idées reçues qui méritent d’être enterrées : même si au XXe siècle la musique savante peut paraître sévère, nombre d’œuvres rebelles échappent à la règle ! Pour preuve, le programme concocté par Roland Hayrabedian pour le Chœur Contemporain oscille entre le rire burlesque, le rire jaune et le rire intime. Le Burleske de Kagel offre en pâture l’excellent saxophoniste Joël Versavaud à des pupitres vocaux n’hésitant pas à l’imiter, s’essayant même au langage bouche fermée, aux bisous et aux sifflements ! La dérision, au demeurant plus acrimonieuse s’invite alors au travers des deux

FRÉDÉRIC ISOLETTA

(Con)fusion des genres fameux Cold song de Purcell à la Mort de Didon, réorchestrés, fantasmés, falsifiés… On ne sait plus qui joue quoi, qui chante, elle ou lui, ce qui relève du geste baroque ou de la facture moderne. En parallèle, la mise en scène (Olivier Pauls) établit des ponts entre ces deux univers contigus, pousse les artistes à se surpasser dans les intentions de leur personnage et les pièces ardues qu’ils interprètent. Avec quel talent la soprano Brigitte Peyré transcende la Sequenza III de Berio, le contre-ténor Alain Aubin crève le plateau en «grande folle» conférencière burlesque, tandis qu’impassible, Jean-Bernard Rière fait soupirer, claquer, crisser sa contrebasse… C’est drôle, sans se prendre au sérieux… mais très sérieusement fait ! JACQUES FRESCHEL

Desperate singers : Requiem pour Klaus Nomi a été joué le 20 mars au Théâtre des Salins à Martigues

© Agnès Mellon

Pas sûr qu’il existe ailleurs un groupe qui, dans le domaine de la musique contemporaine, réussisse comme l’ensemble Télémaque ! Peut-on, du reste, vraiment parler de musique contemporaine, tant Desperate singers dépasse le cadre du récital traditionnel ? Pourtant cela en est ! Oser afficher un programme d’opus de Berio, Olga Neuwirth, Eugene Kurz, R. Murray Schafer, composés entre 1966 et 1998 ? Tout au plus aurions-nous, au fond d’une petite salle, quelques dizaines d’entre-soi et quelques curieux prêts à en découdre avec les dissonances, glissandos grinçants, multi-harmoniques, pizzicatos percutés et autres cris propres au langage musical d’aujourd’hui ! Là, le miracle se produit : pas un seul fauteuil libre! Quelques 600 personnes, captivées par la «folie» proposée, retiennent leur souffle à l’écoute des partitions les plus pointues. Sur scène, un orchestre déjanté de musiciens travestis s’agite ; leur chef (Raoul Lay), grimé en Klaus Nomi, semble exhumé du cercueil où le sida l’avait muré en 1983. On suit une espèce de Voyage d’hiver cauchemardesque, du


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MUSIQUE

CONCERTS

JAM* aux docks !

Goran Bregovic © X-D.R.

Après quelques éditions riches en rencontres, s’aventurant dans une programmation de plus en plus variée, Amnésie Internationale emporte aujourd’hui tous les suffrages, réunissant maturité et entrain dans un même festival. Sans enjeu ni mot d’ordre, cette fiesta arménienne a pris de sérieuses proportions et réussit à faire passer un message tout en gardant le sourire. Organisé par les *Jeunesses Arméniennes de France autour d’un sujet lourd, la reconnaissance du génocide du peuple arménien. Rendre hommage à ces victimes dans une fête est d’une ambition aussi nette que la couleur dominante de l’affiche musicale qui a rassemblé ce 6 mars dernier les locaux Nevchehirlian, Poum Tchack et Sayon Bamba : récompensée lors du dernier Bab El Med par Amnésie internationale, elle montre ses progrès avec cette nouvelle prestation et l’aisance affichée d’une très grande artiste, qui nous livre entre ses morceaux les raisons de sa présence, elle qui est naturellement touchée par la situation récente de son pays, la Guinée. Goran Bregovic est lui «en pays conquis», et n’a pas de mal à tenir la tête d’affiche, tant le public semble concerné par ses délires Balkan Dance. Certes, il cache ses accents de modernité derrière un entrain magique, et ajoute des boîtes à rythmes préenregistrées derrière un orchestre typique de noces

et banquets, ici dans une formation réduite. Il a pourtant signé là un de ses plus beaux concerts, et levé son verre pour bénir une salle qui avait vraiment besoin que l’on se penche sur sa couverture sonore: c’est chose faite, après maints travaux et questionnements. Cette amélioration technique (particulièrement l’isolation du sol de la Mezzanine) très nette nous promet d’autres bons moments en perspective, mais a permis à cette soirée d’Amnésie Internationale de devenir un rendez-vous majeur qui restera dans nos mémoires ! X-RAY

Sayon Bamba © X-D.R.

Z comme Zébrées Dans la tumulte de Bab El Med, on entendra jaser sur la date mal choisie des Nuits Zebrées de Radio Nova, qui tombe le même jour que Papa Wemba et plein d’autres : dommage que l’animal à rayures soit présent sur les deux affiches un même soir… Même si le calendrier tombe mal, le troupeau rassemblé à l’Espace Julien ce 26 mars sera massif, réunissant les habitués de ces soirées où l’on n’entre que sur invitation (à gagner à l’antenne de la radio sponsor ou à retirer à l’Espace Julien). Après avoir présenté sur scène The Do, Beat Assaillant, Jamalski et notre Inspecta’ marseillais en 2008, invité Laurent Garnier en 2009, et fait connaître Hugh Coltman et Mekanik Tentatik cette même année, le Chinese Man © X-D.R.

Zèbre suit toujours la ligne de programmation de l’antenne, pointue mais jamais lassante : comme par exemple, Gush et leurs délires a cappella, ou Kid Francescoli, un des marseillais à avoir eu la chance de passer régulièrement sur leurs antennes. De plus, en bon chef de troupeau, il sait rallier à la bonne cause certains malchanceux, comme Victor Demé et sa guitare qui n’étaient toujours pas venus à Marseille, malgré deux tentatives infructueuses. Son disque et sa musique ont rencontré l’élan qu’avait connu Cesaria Evora, et possèdent la même touche soyeuse et solitaire. Pour remuer son auditoire affamé, la bête a ramené dans son galop deux poids lourds du son, Rocé et Chinese man. Le premier apporte la griffe hip hop soignée et musicale recherchée sur leurs ondes depuis un moment, le deuxième nous piétinera les dancefloors avec ses mixes funky dévastateurs, ce que ce trio d’Aixois pas du tout chinois a l’habitude de faire en Live comme sur disque (avec les deux volumes sortis de leur «Groove session»). Juste une halte pour ces nuits zébrées, avant de repartir à la capitale et sur les routes de toute la France. Mais on ne s’en ira pas sans un mix des DJ résidents pour clôturer le show «de façon bordélique et chaleureuse» : mais c’est qu’ils se plaisent ici, ces zèbres-là… X-RAY

Nuits zébrées de Nova le 26 mars à partir de 19h30 Espace Julien, Marseille www.lesnuitszebrees.com

World Tour

3 nuits, 30 concerts, 2000 professionnels : Babel med Music s’installe au Dock des Suds du 25 au 27 mars pour accueillir l’ensemble du monde économique et culturel de la «world music». Côté concerts du beau monde, mélange heureux de groupes internationaux et locaux, grands noms et artistes plus confidentiels : le 25 mars se succèderont Vieux Farka Touré, Angélique Ionatos et Katerina Fotinaki, Christina Rosmini, Wesli… ; le lendemain Papa Wemba, Lo Cor de la Plana, Gevende… ; le dernier soir place à Haoussa, Urbanswing Soundsystem, Fanfaraï ou Skaidi. Mais Babel Med s’attache aussi à mettre en place des débats indispensables, où l’on parle des petits lieux de la diversité qui jouent un rôle essentiel dans la diffusion et la transmission des musiques et cultures du monde (le 25 de 10h à 12h), des pratiques émergentes des festivals éco-responsables (le 25 de 14h30 à 16h), du cas des musiques du monde dans la révolution numérique (le 26 de 16h à 17h30) ou encore des rôles des fondations culturelles dans la création et la diffusion du spectacle vivant (le 27 de 15h à 16h30)… 04 91 99 00 00 www.dock-des-suds.org


Mickey parade Avec le temps bat son plein, Mickey[3d] fait le sien En préambule au très attendu stéphanois, la première partie était assurée par Cécile Hercule, aux faux airs de Camille. Carton plein et accroche directe avec un public, même s’il préfère parfois attendre le clou de la soirée au bar. Voix douce et planante, l’insouciante Cécile se le met bien vite dans la poche avec sa scie musicale et ses chansons qui parlent de tout, des hommes, de l’amour. Et Mickey dans tout ça ? La pleine forme! Un nouvel album qui sonne très bien (La grande évasion), et une présence scénique qui, sans recours à trop d’artifice, dispense une chaleur qui rend l’Espace Julien ardent comme la braise. La guitare en bandoulière et le verbe haut, le voilà lancé dans des histoires pas possibles, mais comme il le dit lui-même

Mickey 3D © X-D.R.

avec une pointe de dérision : «c’est pas du Bénabar» ! Et tout y passe, du presque ancestral La France a peur à l’improbable Footballeuse de Sherbrooke, Mickey[3d] ne fait pas dans la dentelle. Son de qualité et rythmique endiablée, le quatuor communie avec toutes les générations présentes, ce qui prouve le pouvoir de séduction d’un groupe aux contours tout simples, mais tellement efficaces. FRÉDÉRIC ISOLETTA

Le champignon de la chanson

Ben jam in B

iolay ©

X -D .R.

Il a fallu du flair pour programmer dans le Festival Avec le Temps le futur gagnant aux victoires de la Musique, au sein d’une poignée de pousses plus ou moins vertes du rayon Chanson Française. Entre ceux qui ont trempé leur pain dans la pop et le people, et les autres dont on est sans nouvelle depuis longtemps, notre territoire est presque vierge de vrais artistes qui se démarquent musicalement de leurs concurrents. Benjamin du Top français, il n’en est pourtant pas à ses débuts, et les nombreux hits qui ont coulé dans sa carrière, toujours accompagné d’une certaine dépendance pour la bibine, ont façonné un personnage dérangé mais pas dérangeant, une anti-star tranquille, qui a drainé ce soir là un public fervent, le concert se déroulant à guichets fermés. Même si on a senti peu de plaisir, de passion chez ce millier de fans, restant statique devant une telle débauche d’énergie... Les arrangements musicaux sont de toute beauté (sons de harpe et piano bastringue, lourde basse, effets de batterie à la Indochine), mais le public apprécie avec retenue, sans oser goûter à ces décalages modernes. Il faut dire que l’attitude farouche et les prises de risque vocal ne rendent pas toujours abordable le registre du chanteur. Les textes parlent d’amour blessé, de paternité gâchée (Ton héritage) ou d’espoir déçu, parcourent la vie et la mort, images floues qui tombent du ciel, toujours en négatif. Mais dans l’ombre de Bashung ou de Gainsbourg, le lâcher prise reste minimum, et la lecture de notes aimantées sur le frigo (Brandt Rhapsodie) est facile : le groupe évolue hors des sentiers battus, mais avec un gps (gadget de programmation et de samplers) ! Ce délire est répété, sans l’improvisation aventureuse nécessaire à tout voyage musical… X-RAY


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MUSIQUE

CONCERTS

Jazz physique Premier concert du début du mois des fous : Mars ! Un de ceux que l’on stockera dans le corps, au rayon des bons souvenirs pincée sous ses doigts, la contrebasse de Mauro Gargano fascine l’oreille, notamment dans le second morceau du set Deep Song. Quant à Rémi Vignolo, il a trouvé l’instrument qui permet à son corps d’exulter : la batterie. Il a composé toutes les musiques, nourries par ce 4tet inventif. Tous avaient écouté Miles Davis avant d’entrer en scène. Espérons qu’une trace de ce concert sera enregistrée ! DAN WARZY

Aqdmik Orkestra de Rémi Vignolo Quartet a eu lieu le 4 mars 2010 au Cri du Port www.myspace.com/remivignolo

Impros hors des sentiers battus L’auditorium du Pharo était comble pour le concert en solo de Brad Mehldau. Un pianiste de jazz au répertoire très éclectique et avec une discographie importante : une quinzaine d’albums dont la série Art of the Trio ou des ré-interprétations de musiques pop-rock telles que Radiohead, Oasis, les Beatles, Chico Buarque... Il a également composé des musiques de films dont Eyes Wide Shut, de Kubrick, et joué en duo avec le saxophoniste Joshua Redman, dans les CD Timeless Tales et Moodswing. Un grand piano à queue trône au milieu de la scène et Brad Mehldau commence par improviser : ce n’est qu’au bout de quelques pérégrinations sur le clavier que nous reconnaissons un thème. On se rend compte qu’une mélodie surgit par fragments dans

son jeu démonstratif d’inversion où la mélodie saute main droite, main gauche, parcourant toute la tessiture. L’improvisation le ramène vers la structure de base, la forme initiale, comme dans un laboratoire d’expérimentation. Ces bribes sont ensuite incorporées à la musique comme en train de se faire, excitant le sentiment de déjà vu, rappelant des souvenirs à peine identifiables C’est que Brad Mehldau utilise des chemin aux détours constamment différents, témoins de son talent exceptionnel. Un concert magnifique ! D.W.

Ce concert a été donné le 12 mars au Palais du Pharo dans le cadre du programme du Théâtre de la Criée Brad Mehldau © Thomas Reisæter

Rémi Vignolo © Armel Bour

Un sax qui vient du froid Dmitry Baevsky a 34 ans et son parcours est déjà long. Adolescent, il entre au Mussorgsky College de musique de Saint Petersbourg, et dès 1996 il arrive à New York pour compléter sa formation musicale à la New School University. Il rencontre sur son chemin de grands jazzmen dont il se nourrit ou subit les influences : Charlie Parker et Sonny Rollins notamment ! Le 18 mars les spectateurs arrivent en nombre et le Cri du Port s’en trouve réchauffé. Dmitry Baevsky au saxophone alto est accompagné de Joe Cohn à la guitare, de Mathias Allamane à la contrebasse et de Joe Strasser à la batterie. Le 4tet en complets-vestons gris vieillots attaque pourtant le concert à un rythme soutenu. Des standards comme Tangerine sont revisités. Sous le jazz aux formes académiques, le saxo développe un phrasé rapide, agrémenté de pauses destinées à ne pas saturer la lisibilité mélodique. La guitare virtuose de Joe Cohn est en dialogue ou en soutien du sax, contrepoint jubilatoire. Les trois s’expriment sans faillir, dans un grand professionnalisme. DAN WARZY

Ce concert a eu lieu le 18 mars 2010 au Cri du Port Le second CD de Dmitry Baevsky est dans les bacs depuis février. Some other Spring / Label Rideau Rouge Records / Harmonia Mundi

Dmitri Baevsky © Tory Williams

C’est à la batterie que Rémi Vignolo, pourtant contrebassiste, a choisi de partager sa musique. Son 4tet parisien est intercontinental : Ricardo Izquierdo aux saxophones est originaire de Cuba, Mauro Gargano à la contrebasse est italien, et Gregory Privat au piano vient de la Martinique. Chacun des musiciens a marqué un moment fort du concert : des ballades comme Olinda au mi persistant, finissant en déchaînements, des compositions de forme standard (Thème/Improvisation-solo/Thème) où apparaissent l’énergie du pianiste, extraordinaire de fulgurance, et l’emballement soudain et limpide du saxophoniste, dans des élans semblant surgir de fléchissements des genoux… On sourit de plaisir et les poils se hérissent ! Frottée par l’archet ou

Sorcière au Moulin ZIBELINE était encore à fouiner du côté du Moulin à Jazz pour le concert de Marion Rampal. L’ambiance y était très chaleureuse comme à l’accoutumée. S’accompagnant à l’orgue à soufflet indien, la chanteuse, qui a grandi, nous a fait la surprise de l’ajout de quelques morceaux nouveaux… À déguster bientôt sur galette ? DAN WARZY Ce concert a eu lieu le samedi 13 mars au Moulin à Jazz de Vitrolles


49 AIX Pasino : Linda Lemay (25/3), Adamo (26/3), Francis Lalanne (16/4) 04 42 59 69 00 www.casinoaix.com/fr Théâtre et Chansons : Et toi tu marcheras dans le soleil de et avec Isabelle Bloch-Delahaie accompagnée par Mathieu Ravera au piano (27 et 28/3), Michel Melchionne (24/4), Chansons Bouts de crayons (25/4) 04 42 27 37 39 www.theatre-et-chansons.com

ARLES Cargo de Nuit : Soyez Early (26/3), PacoVolume (27/3) 04 90 49 55 99 www.cargodenuit.com

AUBAGNE Théâtre Comœdia : Trio Salque (27/3) 04 42 18 19 88 www.aubagne.com

L’Escale : Spiky the machinist, Kabba Massagana (26/3), Phosphène, Tribeqa (27/3), Nasser, Gaspard la nuit (2/4), HK & les saltimbanques, Ben Mazue (9/4), Oai Star, Dissonant nation (10/4) 04 42 18 17 17 www.mjcaubagne.fr

AVIGNON Théâtre du Bourg Neuf : Un jour Elsa avec le guitariste Cyril Achard et Véronique Ebel (24/4) 04 90 85 17 90 www.bourg-neuf.com

Les Passagers du Zinc : Revolver, Oh! Tiger Mountain feat Kid Francescoli (27/3), soirée Grôôôhh tome #1 (2/4), Ez3kiel vs Hint, Vuneny (22/4), Micky Green, Lyre le temps (23/4) 04 90 89 45 49 www.passagersduzinc.com

BERRE L’ÉTANG Forum des jeunes et de la culture : ciné musique Turquie avec Maliétès (25/3), Alcaz (23/4) 04 42 10 23 60 www.forumdeberre.com

BRIANÇON Théâtre du Cadran : Les Buffardins (30/3) 04 92 25 52 52 www.theatre-le-cadran.com

HYÈRES Salle Familia : The Young Folks (17/4) 06 36 70 72 87

ISTRES L’Usine : Pony Pony run run (27/3), Olivia Ruiz (2/4), Et si Didier Super était… (16/4), Danakil (17/4) 04 42 56 02 21 www.scenesetcines.fr

MARSEILLE Cabaret Aléatoire : Michael Mayer, Jennifer Cardini, Seb Bromberger (2/4), Wild Beast, Andromakers (3/4), French Cow Boy, Paco Volume, Mina May (9/4), Das Pop, You !, Music is not fun (10/4), Speech Debelle, So ? Mash ! (11/4), Black Joe Lewis (15/4), Mc Youthstar, United Fools, Las Patas Arriba (16/4), Brian Jonestown Massacre, The Rockandys (21/4), Phosphène, Mile Caro & Franck Garcia, Alexkid, Noapyra (24/4) 04 95 04 95 09 www.cabaret-aleatoire.com

Dôme : M, Ariane Moffatt (25/3), Âge tendre et Têtes de bois (26/3), De Palmas (27/3), Florent Pagny (30/3), African Footprint (3/4), Rihanna (21/4), Mika (23/4)

La Machine à Coudre : Antonio Negro et ses invités (26/3), Nitwits, Zeanus Fletchers (27/3), Motocross (31/3), The last killers (2/4), Farouche Zoe, Belles et des clochards (3/4) 04 91 55 62 65 www.lamachineacoudre.com

La Mesón : Tablao flamenco La Rubia (3/4), La Rubia et Kathak (16/4), carte blanche à David Walters (23 et 24/4) 04 91 50 11 61 www.lameson.com

04 91 50 66 09 www.lembobineuse.biz

Espace Julien : Soma, Asyl, Royal Spleen (25/3), Les Massiliades (27/3), Hypnos (31/3), Les gitans dhoad du Rajasthan (1er/4), Les Fatals Picard (2/4), Double Nelson (8/4), Without Sense, Schizophrenic tour (9/4), Thee Silver Mount Zion (14/4), Amel Bent (16/4), Luke (22/4) 04 91 24 34 10 www.espace-julien.com

Intermédiaire: Musical Youth crew & Friends (26/3), Connect sound & M.I.D.I (27/3), The end party (28/3), Kutz crew (28/3), Dj Faze & Mr Lips & Mc Kmeleon (30/3), Dj PH vs Dj Rebel (31/3) 04 91 47 01 25 www.myspace.com/intermediaire

L’Affranchi : Ministère des affaires populaires (26/3), Salif (3/4), Youssoupha (10/4), No One is innocent (16/4), Sat l’Artificier (23/4) www.l-affranchi.com

04 42 50 10 85 www.myspace.com/espacedoun

SAINTE-MAXIME Le Carré : Robin McKelle (17/4) 04 94 56 77 77 www.carreleongaumont.com

SAINT-LAURENT-DE-CARNOLS Communauté de Communes de Valcézard : ZoB’ (26/3) 04 66 82 69 41

Le Paradox : Lfab (25/3), Dj Format, Selecter the Punisher (27/3), Who’s Mike (30/3), Les Mecs Biens (31/3), Jugando (3/4), 04 91 63 14 65 www.leparadox.fr

PUYLOUBIER Salle des fêtes : Vis à Vies (24/4) 04 42 66 34 45 www.visavies.com

Agend’jazz Grand Théâtre de Provence, Aix 29/4 Stacey Kent à 20h30 Moulin à Jazz, Vitrolles 27/3 Arthur Kell 4tet à 21h 24/4 Raphael Imbert – New York Project à 21h

04 91 12 21 21 www.marseille.fr

Embobineuse : PenelopeX, Pierre Chiffon vs Barry Wet, Rature (25/3), Gary Lucas & Sylvain Vanot (26/3), Miss Tetanos, Drone Juice, From Nowhere (27/3), Mötöcröss, Manqia Margot (2/4), Spectrum, Deschamps, Bdubd (3/4), TV Ghost, Binaire (14/4), The Rocket Family Show, Won Kinny White, Barry Wet & Bim Johnson, Le Karaodeoke, Fujikkkoon (17/4), Electronicart, Dj Bloody (22/4), Ghédalia Tazartès

ROGNES Espace Doun : Nosfell (2/4)

Rébellion

Crée il y a 3 ans à l’initiative du batteur marseillais Ahmad Compaoré, le concept Musique rebelle poursuit sa route et s’installe au Cabaret Aléatoire le 17 avril. Au programme: musique alternative, impros, jam session, slam, beat box, Dj set… avec, pour ne citer qu’eux (la liste est longue !), Ahmad Compaoré, Raphaël Imbert, Christophe Leloil, Christian Brazier, Marion Rampal, Papet Jali et Gari du Massilia Sound System, Manu Théron, Jean-Marc Montera… mais aussi des installations et des performances telles celles d’Ivan Chabanaud et Gaël Cobert (vidéo, traitement numérique + projection vidéo danse flamenca/contemporaine par Sarah Moha), de Céline Gauthier et Marc Hernandez, membres du collectif La Force Molle (performance peinture/vidéo) + Tabarnark/L’Art en Live (Hugues Viellot, régie technique) ou du plasticien Etienne Rey ; et des expositions de photos, peintures et créations de vêtements… Toute la révolte en 6 heures ? Musique rebelle – Round 8 Le 17 avril de 20h à 2h Cabaret Aléatoire La Friche la Belle de Mai 04 95 04 95 09 www.cabaret-aleatoire.com

Cri du Port, Marseille 1/4 Halferty-Zenino Irish Jazz Project à 20h30 22/4 Raphael Imbert – New York Project à 20h30 29/4 Fabien Mary 4tet à 20h30 Cité de la Musique - La Cave, Marseille 29 et 30/3Jazz et musiques actuelles, 21h et 20h30 30/3 Jam-session avec les enseignants, «Jazz en Scène» à 21h 19/4 Christian Bon trio, «Jazz sous influences» à 21h Cité de la Musique – La Magalone, Marseille 2/4 Prisca Davila&Simon Bolzinger, A dos pianos vamos à 20h30 Le Paradox, Marseille 26/3 Muleketu à 22h 6/4 Djezziré à 20h Jazz Club Music’Cale – l’Inga de Riaux, Marseille 26/3 Audrey Fougeret 4tet 2/4 Alert O Jazz trio 9/4 Peggy Quetglass trio 16/4 Africa Express 23/4 Fabienne Zaoui e beijo accustico Jazz à Porquerolles – Théâtre Denis, Hyères Leçon n°3 – «Thelonious Monk» 06 31 79 81 90 www.jazzaporquerolles.org


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MUSIQUE

AU PROGRAMME

Découvertes printanières Le festival de printemps du GMEM (voir p 10) débute avec un opéra moderne programmé en collaboration avec le Théâtre Massalia : inspiré d’un texte datant de 1895 Le Concile d’amour, tragédie céleste en 5 actes d’Oskar Panizza associe effectivement voix et instruments à des marionnettes et machineries. Musique de Michel

Le concile d'amour © Jef Rabillon

Musseau et mise en scène de Jean-Pierre Larroche (le 17 avril à 20h30 et le 18 avril à 17h Cartonnerie / Friche de la Belle de mai). Suivent ensuite un chapelet d’Installation, cinéconcert, spectacles chorégraphiques, récitals et concerts à retenir… avec une production impliquant des formations de la région : celui associant l’ensemble Musicatreize, le Chœur Contemporain, l’Orchestre des Jeunes de la Méditerranée P.A.C.A. consacré à une création d’Alexandros Markeas et Maurice Ohana (le 23 avril à 20h30 au Ballet National de Marseille)… En attendant la suite !

Grimm musical Le conte La mort marraine, mis en musique par Raoul Lay, poétique et puissant, aux harmonies inquiétantes, tendrement dissonantes, poursuit sa belle aventure sur les scènes régionales. Les têtes blondes et leurs parents aixois découvrent, pour deux soirées, la comédienne Julie Cordier dans cet étrange récit aux nombreux degrés de lecture, accompagnée des instruments virtuoses de l’Ensemble Télémaque. AIX. Le 25 mars à 14h30 et le 26 mars à 19h au Théâtre du Jeu de Paume (à partir de 8 ans) 04 42 99 12 11 - www.ensemble-telemaque.com © Agnès Mellon

JACQUES FRESCHEL

MARSEILLE. Festival Les musiques du 17 avril au 1er mai GMEM 04 96 20 60 10 - www.gmem.org

Requiem loufoque C’est le 5e des contes édités par Actes Sud, et commandés par Musicatreize. Bruno Mantovani livre une partition riche en tensions et suspensions, progressant obstinément au rythme du récit, colorée, alliant de multiples textures de cordes à des percussions foisonnantes, où la clarinette, grinçante et rieuse, semble pour une large part s’approprier l’aspect insolite de l’opus. Le «conte» imaginé par Hubert Nyssen est loufoque en effet: un «visiteur» entre dans une boutique pour acheter une gravure qu’il pense être celle que Beethoven possédait et qui évoquait pour lui L’enterrement de Mozart… La conversation s’engage entre un vieux «vendeur» à moitié sourd et le client bégayant… et tourne à l’absurde ! C’est que le boutiquier garde

l’image en souvenir de feu son chien Aristide, paralytique et «disciple d’Aristote» ayant imaginé «un monde sans collier, sans niches et sans bâtons» (ouf !). La scénographie de Jeanne Roth suggère plusieurs niveaux de lecture : des «Trois dames» à l’Initiation maçonnique, du «Rêve» lacanien aux éternelles interrogations, évoque avec dérision l’inaccessible objet du Désir, l’irrépressible attrait du Mystère... J.F.

ARLES. Le 20 avril à 20h30 Théâtre 04 90 49 56 78 - www.lemejan.com

Colorature, grazia e buffa ! Parmi la soixantaine d’opéras de Donizetti, Don Pasquale fait partie de ceux, comme L’Elixir d’amour ou Lucia, qui n’ont jamais quitté le répertoire. Cet opéra bouffe a été conçu, en 1843, pour l’un des meilleurs quatuors belcantistes de l’époque. Son aspect comique et léger ne doit pas faire oublier les embûches acrobatiques de la partition, des coloratures aériennes de Norina (Daniela Bruera) aux gracieuses lignes et contreut de ténor d’Ernesto (Francesco Marsiglia), de la basse de caractère Don Pasquale (Carlo Lepore), archétype du barbon berné de la commedia

dell’arte, au baryton corsé du Docteur Malatesta (Guido Loconsolo). Bien chanté, l’opus est un feu d’artifice réjouissant et festif. Cette production toulonnaise est mise en scène par Jean-Philippe Delavault et dirigée par Giuliano Carella. J.F.

TOULON. Les 20, 23 avril à 20h et le 25 avril à 15h. Opéra 04 94 92 70 78 www.operadetoulon.fr

Double concert L’O.L.R.A.P. dirigé par Jonathan Schiffman est de service pour deux soirées en la cité papale. La phalange vauclusienne accompagne le violoncelliste Marc Coppey dans le Concerto n°1 de Haydn et celui de Ligeti (le 2 avril à 20h30) avant la soprano Michelle Cannicioni et la mezzo Carolina Faria dans le célèbre Stabat mater de Pergolèse (le 9 avril

à 20h30). Où l’on entend aussi, respectivement la 8e symphonie de Beethoven et la 3e de Philip Glass!

Il canto vero C’est en 1846 qu’Attila fut créé à La Fenice, après Nabucco et quelques années avant la fameuse trilogie : Rigoletto, Le Trouvère et La Traviata. Outre que la fibre patriotique italienne s’y exprime (particulièrement à Venise alors sous domination autrichienne), tout l’art de Verdi éclate déjà dans les grands airs et ensembles de l’opéra. Le beau chant triomphe, puisant la largeur de ses phrasés au creux de poumons surdimensionnés : car le succès de l’ouvrage repose essentiellement sur les qualités de la distribution. À sa tête, le rôle-titre est écrasant. On se souvient de Boris Christoff ou Samuel Ramey dans le personnage du Hun (comme José van Dam venu à deux reprises sur la Canebière). C’est la grande basse russe Askar Abdrazakov qui en assume la charge. Le reste du quatuor vocal est à la hauteur avec la soprano Sylvie Valayre, le baryton Vittorio Vitelli et le ténor Giuseppe Gipali. Dans cette version mise en espace (Yves Coudray) personne ne peut «tricher»… et on aime ça à Marseille ! J.F.

MARSEILLE. Les 27, 30 mars et 1er avril à 20h, le 4 avril à 14h30. Opéra 04 91 55 11 10 www.marseille.fr

J.F

AVIGNON. Opéra Théâtre 04 90 82 81 40 – www.avignon.fr

SylvieValayre © X-D.R


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Falsetto princier

Étoile tragique

On ne présente plus Philippe Jaroussky, l’un des contre-ténors actuels les plus talentueux. C’est avec l’ensemble L’Arpeggiata dirigé par Christina Pluhar qu’il se présente sur le grand plateau aixois pour un programme conçu autour de musiques italiennes du XVIIe siècle de Monteverdi, Caccini ou Rossi…. De quoi ravir les aficionados du chant baroque ! Mais il faudrait sans doute cesser de s’en référer aux «envolées mélodiques des castrats qui font se pâmer les foules et s’évanouir les dames» (programme du GTP) pour se contenter, sans fantasmer, de l’art singulier de Jaroussky. Cet artiste se suffit à lui-même, et la réalité des castrats était tout autre (voir p 53) !

Anna Caterina Antonacci est une bête de scène. Formidable Cassandre dans Les Troyens de Berlioz au Châtelet en 2003, on a suivi la soprano dans le spectacle Era la notte

imaginé par Juliette Deschamps, au fil des Lamentations baroques les plus désespérées. Cette tragédienne dans l’âme récidive avec la même metteuse en scène pour une nouvelle performance en solitaire intitulée Altre stelle (décors de Nelson Wilmotte et costumes de Macha Makeïeff). La chanteuse incarne Phèdre, Armide, Médée ou Didon… sur des musiques de Rameau, Gluck, Cherubini ou Berlioz. Elle est accompagnée par l’Orchestre Les Siècles dirigé par François-Xavier Roth. Bref : à ne pas manquer !

J.F Anna Caterina Antonacci © Pascal Victor

AIX. Le 26 mars à 20h30 au GTP 04 42 91 69 69 www.legrandtheatre.net

Flèche du Parthe Le dernier concert de la saison de la Société de Musique de Chambre de Marseille affiche le Trio Atos (piano, violon, violoncelle) dans deux fameux opus : l’Archiduc de Beethoven et le Trio n°2 en mi bémol de Schubert. Trio Atos © Gela Megrelidze 2008

On attendra le mois de novembre 2010 pour entamer le prochain programme (qui vient d’être annoncé) concocté par l’équipe de Bernard Camau. On attend les venues de Jean-Claude Pennetier (les deux concertos de Chopin avec quatuor !), Emmanuel Strosser ou le retour du Quatuor Modigliani… entre autres ! J.F

MARSEILLE. Le 30 mars à 20h30 à la Faculté de Médecine. Adhésions Espace culture 04 96 11 04 60

Sainte chapelle Pour sa 25e édition, la Semaine Sainte à la chapelle arlésienne du Méjan a pris un peu d’avance…. Après Jaroussky et Nuria Rial (le 24 mars), c’est avec Céline Frisch et son Café Zimmermann baroque que l’on prend le petit déjeuner dominical (des Rameaux !) au son de Concertos, Suite et Sonate de Bach (le 28 mars à 11h). Ce sont enfin Les Solistes de Lyon,

Sacré Duke

dirigés par Bernard Tétu et accompagnés par Marie-Josèphe Jude au piano, qui interprètent (cette fois le jeudi saint !) le Stabat Mater de Dvorák (le 1er avril à 20h30). J.F.

ARLES. 25e Semaine Sainte u 24 mars au 1er avril. 04 90 49 56 78 - www.lemejan.com

Duke Ellington © X-D.R

J.F.

AIX. Les 30 mars et 1er avril à 20h30 au GTP 04 42 91 69 69 www.legrandtheatre.net

Pénitence et jubilation 20h30 / Cathédrale St-Sauveur à Aix). «Année Campra» : Conférence illustrée A. Campra et la Provence (le 25 mars à 18h30 / Cité du Livre à Aix et 26 mars à 18h30 / Chapelle SteCatherine à Marseille –entrées libres) Concert-Lecture : Deux grands motets d’André Campra en re-création (le 30 mars à 19h / Temple de la rue de la Masse à Aix – entrée libre). J.F.

Depuis près de 20 ans, le Festival de Musique Sacrée de Guy Laurent explore les deux temps forts de la période pascale ayant inspiré nombre de compositeurs baroques : Méditation, Pénitence, Passion pour la SemaineSainte et Résurrection, Jubilation pour Pâques. Aux programmes donc : Méditations Françaises, Trois Leçons & Répons de Louis Archimbaud (recréation) et Stabat Mater de Sébastien de Brossard (le 31 mars à 21h / Eglise du St-Esprit à Aix et le 1er Avril à 20h30 / Eglise St-Cannat des Prêcheurs à Marseille). Grands motets festifs, Magnificat & Usquequo Domine d’André Campra (re-création), In furore de Vivaldi et Concerto pour orgue de Händel (le 4 Avril à 16h30 / Eglise Notre Dame du Mont à Marseille et le 6 Avril à

Festes d’Orphée 04 42 99 37 11www.orphee.org © Festes d'Orphée

Anches baroques Marc Badin & Philippe Barsey (hautbois), Hervé Issartel (basson), Christine Lecoin (clavecin) et Jean-René Da Conceiçao (contrebasse) forment le quintette baroque de l’Ensemble Besozzi qui se produit régulièrement sur les scènes régionales (voir p.41). On retrouve les musiciens sous les ors du Grand Foyer art-déco de l’opéra municipal dans un programme de Sonates pour deux hautbois, basson et basse continue de Jan Dismas Zelenka (1679-1745).

J.F.

J.F

MARSEILLE. Le 23 avril à 20h30 à l’Eglise Saint-Michel 04 91 55 11 10 - www.marseille.fr

MARSEILLE. Le 17 avril à 17h Opéra 04 91 55 11 10 www.marseille.fr

Ensemble Besozzi © X-D.R.

Le Festival de Musique Sacrée débute par Duke Ellington : Concert Sacred Music dirigé par Didier Huot, avec au piano Franck Pantin, la soprano Faby Médina, le baryton Marc Thomas, le Chœur et le Big Band de l’Orchestre de l’Opéra de Marseille.


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MUSIQUE

AU PROGRAMME Bloody opera

Tubiste prodige Certains instruments semblent voués «naturellement» au rôle de solistes comme le violon et le piano. Mais depuis un siècle, ceux qui se planquaient discrètement au fond de l’orchestre sortent peu à peu de l’ombre, grâce à des compositeurs qui écrivent pour eux, et souvent aussi grâce à la personnalité d’interprètes d’exception (on pense par exemple à l’importance de Youri Bachmet dans la promotion du violon alto). Gageons que le jeune Thomas Leleu fera de même pour le pachydermique tuba, instrument semblant jusqu’il y a peu condamné au sempiternel enchaînement tonique/dominante de la pompe orchestrale. On connaît mal les capacités étonnantes du plus grave des cuivres. Il faut donc aller entendre ce jeune

prodige dans le Concerto en fa mineur (1954) de Ralph Vaughan Williams et découvrir une création symphonique de Jean-Philippe Vanbeselaere (commande de la Ville de Marseille). D’autant que l’Orchestre Philharmonique joue également les irrésistibles Danses symphoniques de West Side Story et ses inoubliables standards Tonight, Maria, America…

«One Shot»

Deux pianos

Bruno Chevillon à la contrebasse suivi d’un Trio «ultra contemporain» (le 25 mars) et une pléiade d’étonnants «musicos» : Chewbacca, Nikki Louder et Hexenbrutal (bigre !… le 9 avril).

Alexandra Lescure et Michel Boudoncle dans Brahms, Milhaud, Moussorgski…

MARSEILLE. À partir de 20h30 Impasse Montévidéo 04 91 04 69 59 www.grim-marseille.com

Live Lyrinx David Galoustov (violon) et Caroline Sageman (piano) : Intégrale des Sonates de Beethoven (1re partie). Silence de rigueur ! On enregistre ! MARSEILLE. Le 26 mars à 20h. Théâtre de la Criée 04 91 54 70 54 www.theatre-lacriee.com

Golgotha 1 Le Chœur Régional Paca chante Les Sept Paroles du Christ en Croix de Joseph Haydn avec le Quatuor à Cordes d’Aix, Eduarda Melo (soprano), Eugénie Danglade (alto), Luc Default (ténor), Ulrich Studer (basse) sous la direction de Vincent Recolin. AIX. Le 26 mars à 20h30 Cathédrale 04 42 17 42 20 www.choeurpaca.fr

Trio Salque Le violoncelliste François Salque en appelle aux univers de l’accordéoniste Vincent Peirani et au guitariste Samuel Strouk pour un croisement des genres. AUBAGNE. Le 27 mars à 21h ois88 Salque © Nicolas Tavernier Théâtre Comœdia 04 42 Franç 18 19 www.aubagne.com

Massacre pour 5 chanteurs, 9 instruments et électronique d’après Christopher Marlowe, Massacre à Paris (1593). La nuit de la Saint-Barthélemy sert de cadre à cet opéra de Wolfgang Mitterer avec «orchestre «anti-symphonique«, captation vidéo retransmise en direct, collages sonores…» NÎMES. Le 1er avril à 20h Théâtre 04 66 36 65 00 www.theatredenimes.com

MARSEILLE. Le 10 avril à 20h Opéra 04 91 55 11 10 www.marseille.fr

EGUILLES. Le 27 mars à 20h30 Salle Georges Duby 06 82 68 31 60

Viva Vivaldi ! Cinq Concerti de Vivaldi et la Sonate «La Follia» avec Sharman Plesmer au violon, et Christian Mendoze à la flûte. MARSEILLE. Le 28 mars à 16h30 Med’s (12 rue St-Jacques) 04 91 54 76 45

D’amore Philippe Jaroussky (contre-ténor), Nuria Rial (soprano), l’ensemble L’Arpeggiata (dir. Christina Pluhar) interprètent un programme conçu autour du «théâtre amoureux» de Monteverdi. GAP. Le 28 mars à 17h. Théâtre La Passerelle 04 92 52 52 52 www.theatre-la-passerelle.eu

Golgotha 2 Le quatuor à cordes «Opus 16» interprète Les sept dernières paroles du Christ de Haydn. SAINTE-ANNE DU CASTELLET. Le 28 mars à 17h Eglise, libre participation

Les Buffardins Autour de Frank Theuns (flûte traversière), Martin Bauer (viole de gambe) et Laurent Stewart (clavecin) pour Haendel, Bach, Vivaldi, Marais… et Boismortier, Blavet, Hotteterre, Dieupart… BRIANÇON. Le 30 mars à 20h30 Le Cadran 04 92 25 52 52 www.theatre-le-cadran.eu

Orgue & trompette Récital de Romain Leleu et Mathias Lecomte aux claviers : Bach, Haendel, Fauré, Escaich… MARSEILLE. Le 9 avril à 20h30 Eglise des Chartreux Espace culture 04 96 11 04 61

Massacre © Marthe Lemelle

JACQUES FRESCHEL

Lyrique La soprano Cécile Limal accompagnée au piano par Marion Liotard chante K. Weill, Liszt, Wagner, Tosti, Donizetti, Verdi. MARSEILLE. Le 1er avril à 20h Auditorium de la Fondation Hôpital Saint Joseph 04 91 54 76 45

Hommage L’association «Orgue plus» rend hommage à Robert Coinel, compositeur et directeur du Conservatoire de Martigues, disparu le 25 novembre dernier. Le quintette de cuivres Mistral propose la création de sa dernière œuvre «dans les souffles étésiens». AIX. Le 5 avril à 17h Cathédrale, entrée libre 04 90 77 16 00 www.orgueplus.net

Baryton ? Mozart était baryton : récital de Dominique Denis accompagné au piano par Laurence Beyer. AIX. Le 17 avril à 20h30 Chapelle des Oblats 04 86 91 66 87

Trio Jérôme Christophe (saxophone), Diana Ligeti (violoncelle) et Véronique Pelissero (piano) jouent Beethoven, Piazzola, Schumann et Brahms. CARRY-LE-ROUET. Le 20 avril à 20h45 04 42 45 09 85 www.moments-musicaux-de-carry.fr

Mikhail Rudy L’Orchestre de l’Opéra de Toulon dirigé par Giuliano Carella joue Les Hébrides (La Grotte de Fingal), Ouverture en si mineur, opus 26 de Mendelssohn, les Danses symphoniques de Grieg et accompagne le pianiste russe dans Rachmaninov et son célèbre Concerto pour piano n°2 en ré mineur. TOULON. Le 22 avril à 20h30 Palais Neptune 04 94 92 70 78 www.operadetoulon.fr JACQUES FRESCHEL


DISQUES

MUSIQUE

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Masculin/féminin ? La question du genre fascine l’homme du XXIe siècle. C’était le thème du Festival d’Île de France où un spectacle comme Desperate Singers (voir p 45) rendait hommage à Klaus Nomi, figure pop-rock androgyne des années 80 et confronte des registres vocaux voisins, féminin et masculin. Un contreténor comme Philippe Jaroussky, ou récemment la mezzo-soprano Cecilia Bartoli, surfent sur la vague porteuse d’un engouement public pour des voix qui, dans l’absolu, leur ressemblent peu… et dont objectivement on ne sait pas grand chose. Il faut pouvoir démystifier la voix des castrats et dissiper la confusion qu’engendre par exemple le terme «sopraniste». Tout d’abord, les grands castrats comme Farinelli, étaient rares. Peu réunissaient les qualités qui sont aujourd’hui attribuées à tous. Ces «stars» du baroque devaient leur succès à un travail persévérant depuis l’enfance, davantage qu’à leur physiologie propre. On n’oublie pas aussi le prix payé par des innocents pour réaliser des rêves d’adultes ! Ce souci

humaniste n’était pas de mise alors et la castration, passée dans les mœurs du sud de l’Italie, bénéficiait de multiples légitimations religieuses, sociales… Sous l’influence des idéaux maçonniques et avec l’avènement des Lumières, la pratique de la castration sera vigoureusement condamnée à la fin du XVIIIe siècle. Mais qu’en est-il, comme le précise un médecin de l’époque de «l’usage de castrer les enfants pour que, même parvenus à l’âge adulte, ils conservent une voix aiguë et de grande ampleur.» L’opération avait un effet sur la place du larynx qui gardait une position haute, grandissait moins (comme les cordes vocales) et ne s’ossifiait pas, alors que les cavités de résonances croissaient comme la capacité pulmonaire. On imagine donc une sorte de voix d’enfant, plus timbrée et puissante, souple, au souffle long… Quant aux «sopranistes» d’aujourd’hui, ce sont des contre-ténors qui (ayant parfois connu une mue «légère») ont travaillé leur voix de tête et possèdent des facilités pour aborder

des sons aigus. On associe parfois ce terme à des garçons sopranos… Mais ni les uns ni les autres ne sont des castrats ! JACQUES FRESCHEL

Sacrificium Cecilia Bartoli DVD Decca L’Univers des Castrats Coffret 2CD + 1DVD Virgin

Belle meunière Barbara Hendricks gère sa fin de carrière avec l’intelligence qui a défini son cheminement artistique. Elle se produit accompagnée d’une formation jazz, chante la mélodie française, le Lied allemand, des pages baroques… À l’inverse de sopranos aux moyens déclinants s’entêtant sur des standards d’opéra, la diva, consciente de ses possibilités vocales actuelles, sert des répertoires qui conviennent à ses cordes, sans tomber dans la

facilité. Ainsi, les cycles Die schöne Müllerin de Schubert ou le Voyage d’hiver, dont on découvre la présentation filmée d’un spectacle vu à Aix (voir p.39), sont généralement chantés par des hommes. Elle les livre avec une conviction qui l’honore.

Schubert Barbara Hendricks CD + DVD Arte Verum

J.F.

Univers Cythère En 1968, année d’agitation étudiante et ouvrière, a eu lieu The Golden Globe, la première course autour du monde en voilier. En avril, mois d’Aphrodite née dans les eaux de Cythère, sortira le dernier CD de Christian Brazier, contrebassiste de jazz, intitulé Circumnavigation. Un gros navire à quai est représenté sur la jaquette, rien à voir avec le frêle Joshua, voilier du circumnavigateur Bernard Moitessier. Le lien entre tout ça ? La mer, la liberté! Ce disque de la maturité, à la musique simple et apaisée, évoque l’immensité bleue. Le jazz de

Christian Brazier est très mélodique et s’ancre dans nos têtes comme par une imprégnation alchimique. C’est une invitation à chanter avec le piano de Perrine Mansuy ou la trompette de Christophe Leloil. Jean-Luc Di Fraya est à la batterie et voix et instille à bon escient la respiration et le rythme de la navigation. Un excellent moment d’écoute ! Le quartet sera en concert le 20 mai au Cri du Port. Ne le manquez pas !

Circumnavigation Christian Brazier Quartet Label CELP Musiques

DAN WARZY

Strange disque Nos trublions marseillais refusent d’être étiquetés dans le style unique des «musiques manouches». Annoncer en troisième album cet hommage à Billie Holiday est étonnant, mais ici rien n’est repris ni répété, tout est confondu et extrapolé. En évitant l’écueil de l’hommage qui n’apporte rien de plus, Billie se garde d’être un disque de Jazz, il dérange et questionne. On a du mal à retrouver le feeling original, malgré la voix féminine (Natalia M. King) sur certains titres sur des rythmes rock péchus, voire country, pour une reprise de You Rascal you qui ne figure pas dans le répertoire de Billie. Mais l’alchimie peut aussi se révéler parfaite, sur I’ll never fail you par exemple, ou lorsque chacun des

musiciens se transporte dans le même rêve. Déboule alors une nostalgie grisante (Our Love), une odeur de crumble chaud qui s’accoquine au violon grapellien, ou une guitare lascive sur les notes à peine évoquées des grands succès de la chanteuse, de Travelin’ light à Lover come back to me. Fin janvier, ils ont présentés sur scène cette création, à Aix et Marseille, et l’on se risquait parfois à deviner le craquement de vieux vinyles, ou les pas de cette triste solitaire s’éloignant de la Romance originelle. Comme quoi, pour suivre la trace d’une artiste si complète, mieux vaut s’en détourner... X-RAY

Billie Poum Tchack


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LIVRES

ART

La fosse aux lions

«L’éclat strident des instruments trop proches déchire en lambeaux agressifs et coupés les uns des autres l’orage symphonique déchaîné.» Ces mots d’Elie Faure illustrent la symbolique sonore de la première guerre mondiale, longtemps ignorée quant à son volet musical. Pourtant véritable portail culturel du XXe siècle, elle décèle bien des secrets levés par le côté novateur de l’ouvrage collectif La Grande Guerre des musiciens paru aux éditions Symétrie. Sous la direction de S. Audoin-Rouzeau, E. Buch, M. Chimènes et G. Durosoir, les quinze contributions s’attachent à décrypter et expliciter un univers sonore qui reste très peu connu. Les marches militaires, le nouvel environnement sonore incroyablement «bruyant» du front, les instruments des soldats, les chansonniers, les concerts, le patriotisme,

l’alternative esthétique des compositeurs face au désastre ; l’intérêt musicologique majeur de cette publication comble un vide avec pertinence et légitimité tant tout reste à faire dans ce domaine. Centré sur la France, cette étude ne délaisse pas pour autant la dimension internationale, notamment du côté britannique. La musique du champ de bataille comme celle plus déridée des pratiques musicales à l’arrière trouve enfin un écho à l’égal de ce champ musicologique précieux, jusque là quasiment inexploré. FRÉDÉRIC ISOLETTA

La Grande Guerre des musiciens Editions Symétrie, 45 euros

La ligne verte Visionnaire mais tellement réaliste, l’architecte belge Luc Schuiten se prête au jeu d’un monde de demain imaginaire et naturel. Dessinateur de talent, le bruxellois évoque des villes de son pays à travers différentes perspectives futuristes et évolutives, prônant une relation nouvelle entre l’homme et son environnement naturel. Les jardins verticaux comme «un moyen de cicatriser les blessures infligées au tissu urbain», les ornithoplanes à ailes battantes (engin aérien à énergie solaire), la cité des habitarbres… l’utopie verte foisonne et découle librement d’un coup de crayon soigné proche de l’univers de la BD. Des transports à la capitale belge dans cent ans en passant par la ville onirique Lotus City, Schuiten rêve tout haut de formes d’organismes vivants comme matériaux de

construction, offrant comme ne suite logique aux racines de l’art nouveau… Vegetal City publié aux Editions Mardaga fourmille d’intérêt sur un sujet majeur, véritable préoccupation architecturale et urbanistique. Présenté en français, anglais et néerlandais, ce beau livre se lit et se regarde avec attention et délectation, laissant le champ libre à l’imaginaire foisonnant d’un archi-créateur hors norme. FRÉDÉRIC ISOLETTA

Vegetal City Luc Schuiten Ed Mardaga, 29 euros

Arpentons notre territoire ! Ni guide de voyage, ni encyclopédie, ni livre de classe ; plutôt un carnet de notes, un recueil, un album ? Un peu tout cela à la fois : Mémoires de paysages de Véronique Barrau nous promène dans la nature, par les sentiers, sur les sommets, au bord des précipices ou dans les étoiles ; 74 sujets classés par ordre alphabétique, de arcs-en-ciel à volcans en passant par estuaires, glaciers, soleil, tremblements de terre… Chaque sujet est développé sur deux pages : à gauche, dans le cercle d’un vieil objectif d’appareil photos, une photo-couleur du sujet, la définition du dictionnaire, l’évocation de légendes liées au phénomène, des dictons, l’évocation de certaines croyances ou superstitions ; à droite, un montage à partir de vieilles photos, de notes manuscrites au crayon, d’extraits de presse du début du XXe siècle. Le tout créant une atmosphère

Comme un roman

Après Armstrong, Chet Baker, Billie Holiday, Miles Davis ou Sinatra, l’écrivain, ex-journaliste de France Musique (Le jazz est un roman) Alain Gerber trace le portrait romancé du guitariste Django Reinhardt. De son vrai nom Jean-Baptiste Reinhardt, ce gitan, symbolisant avec Stéphane Grappelli le jazz français, né en Belgique en 1910 et mort en 1953 à Fontainebleau, créa le premier ensemble de jazz français n’utilisant que des instruments à cordes (trois guitares, une contrebasse et un violon) : le Quintette du Hot Club de France. «Un jour, sans le faire exprès, un Gadjo découvrit l’Amérique, Maintenant, c’est l’Amérique qui s’apprête à découvrir Django.»

un peu surannée, soulignée par la jaquette du livre qui reproduit un vieil appareil à soufflets, comme ceux qui ont permis de conserver la mémoire des paysages et des phénomènes naturels. Les paysages ont changé au cours de l’histoire humaine, tant à cause de l’érosion naturelle que des activités des hommes. Nos ancêtres craignaient les montagnes, les océans et les forêts, adoraient le soleil. Pour survivre ils ont vaincu leurs peurs, puis ont façonné le paysage : son histoire est la nôtre. CHRIS BOURGUE

Mémoires de paysages Véronique Barreau éd. Plume de carotte, 35 euros

C’est autour de son voyage aux États-Unis durant l’hiver 1946-47 que se focalise le récit, bourré de références et alimenté par l’imaginaire poétique de l’auteur. À lire comme on écoute un chorus de ballade : ses phrasés, son swing… JACQUES FRESCHEL

Insensiblement (Django) Alain Gerber Éditions Fayard 19 euros


LITTÉRATURE

LIVRES

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Quel est ton Démon ? Une épigraphe de Tolstoï, des références précises à son dernier roman Hadji Mourat, Thierry Hesse se situe délibérément dans la lignée de la grande littérature russe, façon Guerre et Paix, même si sa modestie lui fait dire de Démon que ce n’est qu’«un petit roman russe». De fait, le narrateur Pierre Rotko inscrit dès le prologue son histoire et celle de sa famille dans l’Histoire : «Avant, pendant, après la guerre qui a détruit l’Europe et la moitié du monde il y a environ soixante ans. Cette guerre qui m’a conduit en Tchétchénie…» Ce faisant il entraîne le lecteur à sa suite, de Paris à Grozny et à Stavropol, des années noires de la Shoah par balles aux massacres caucasiens, de Staline à Poutine. Cela cahote dur sur les chemins obscurs de la mémoire des peuples et des individus ; il faut s’accrocher. Mais quel voyage ! On en revient bouleversé, comme réchappé de la tourmente, et sans doute un peu moins ignorant. FRED ROBERT

Démon Thierry Hesse éd. de l’Olivier, 20 euros

Il y avait eu Le Cimetière Américain en 2003, subtile rencontre entre le fait divers vosgien, l’intime du monde, et la phrase, nécessaire, pourvoyeuse d’émotion intelligente; premier roman, ô surprise, tout y était déjà. Rentrée 2009, Démon, frôlé par le Goncourt et le Renaudot, poursuit sa route à l’abri des «grosses» récompenses. Le théâtre des opérations s’est élargi; nous voici face à la conscience et aux mots d’un journaliste, correspondant de guerre, chroniqueur de catastrophes naturelles et familiales, de l’Afrique au Caucase, des années 20 à nos jours. Thierry Hesse embrasse tout et bien étreint, frontalement; il ne manque malheureusement pas un bouton de guêtre à cette fresque éthico-didactico-romanesque conçue comme un feuilleton serré entre rappels et anticipations. Le lecteur, pris dans l’ivresse du détail, se débat, légèrement suffoquant sous l’autorité de la nomenclature. Respect et chapeau bas devant le travail d’un «honnête homme» du XXIe siècle, mais la banalité du Mal a peut-être besoin d’un tout petit plus de malice pour s’entrapercevoir... MARIE-JO DHÔ

Mossoul, Conakry, Kurde et les autres C’est à ces «vous, multiples tu» qu’Emmanuel Darley donne la parole dans son roman polyphonique, ironiquement intitulé Le Bonheur. À tous ces gens qui travaillent et vivent «dans cet ici qu’avant [ils nommaient] là-bas». Qui font «tout comme il faut», quitte à y perdre leur nom et jusqu’au souvenir de leur pays d’origine. Qui sont venus ici, dans ce qu’ils nomment le «pays bonheur». À quel prix ! Cet ouvrage percutant a un intérêt stylistique évident. Avec ses voix multiples et sa syntaxe minimale, hachée menu comme le flot des migrants et leurs espoirs déçus, chaotique et bancale comme une langue qu’on apprend, le texte s’élabore au plus près de ceux qu’il évoque, dans une oralité finement reconstituée. Darley écrit beaucoup pour le théâtre et cela se sent. Sa construction aussi est remarquable ; organisée en 3 temps, Ici, Chemins et Là-bas, comme une remontée aux sources de l’exil. Ainsi le lecteur suit-il les exodes

à rebours, en partant d’une réalité que tout Européen connaît, même s’il ne veut pas toujours la voir. Squatts ou foyers, boulots précaires et sous-payés, mépris, racisme et arrestations, telle est la vie ici de ceux qu’on nomme les «clandés». Mais pour eux, cette existence, c’est encore du bonheur, après les enfers qu’ils ont traversés. L’enfer des périples clandestins, à pied, dans des camions ou sur des barques de fortune, payés à prix d’or à «messieurs passeurs» et souvent échoués sur les barbelés de pays bien gardés. Et avant cela, l’enfer de là-bas, pavé de misère quotidienne, de guerres et de régimes liberticides. Un voyage bouleversant chez les toujours damnés de la Terre. FRED ROBERT

Le Bonheur Emmanuel Darley Actes Sud, 18 euros

Le tourbillon de la vie

La mort. La disparition. Celle d’un chat. Celle d’un homme. Et la vie aussi, qui continue vaille que vaille, pour les humains comme pour les animaux. Pour les «quelques spécimens de notre zoo terrien» que Charles Berberian a mis en vignettes et en pages dans Sacha. D’un roman l’album a l’épaisseur narrative. Multiplicité des points de vue, récits dans le récit, par l’intermédiaire de rêves, de lectures ou de flashbacks, scénario et personnages élaborés, cette histoire se développe en constellation, avec une écriture très contemporaine, allusive, déroutante, concrète pourtant. Le dessin épouse avec bonheur les volutes du récit, proposant une riche palette de registres et de traitement de la page, preuve, s’il en était besoin, des superbes couleurs que peut offrir le noir et blanc ; particulièrement dans les passages oniriques et dans certaines pleines pages. Lucide, cruel souvent, ce

roman graphique dont le personnage éponyme, Sacha, meurt dès les premières vignettes, ne cesse de surprendre, d’appuyer là où ça fait mal : la précarité, l’exclusion, les nouveaux pauvres, la solitude dans les grandes villes, le deuil… Mais il le fait comme Berberian dessine, tout en finesse. Avec beaucoup d’humour aussi et un sens aigu de la dérision. On sourit aux duos de l’oiseau philosophe et de son improbable compagnon mi-chien mi-chat, aux aphorismes de comptoir du premier, aux angoisses existentielles de l’autre. Contrepoints ironiques aux humaines tragédies ? FRED ROBERT

Sacha Charles Berberian éd. Cornélius, coll. Raoul, 18 euros


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LIVRES

LITTÉRATURE

Plus près encore révolte de Pippo devant l’hypocrisie morale de notre société, surtout celle de son «pays de merde», l’Italie, étouffé par les media, le poids de la religion et ses règles d’éducation rigides. Il évoque avec émotion son ami, décédé du sida, sa douleur et sa renaissance quand il a décidé de se consacrer au théâtre du Corps, ses rencontres avec des êtres différents comme Bobo, sourd-muet, qu’il a enlevé à son asile d’aliénés ou Gianluca, le trisomique si lumineux sur scène. Entre deux citations de Pasolini, Brecht, Walt Whitman, Emilie Dickinson, ces pages reliées qu’il faut ouvrir sont comme des confidences au lecteur.

Actes Sud vient de publier un livre qui rassemble une trentaine d’articles publiés par Pippo Delbono de 2004 à 2009 dans divers journaux. Le livre est composé de pages doubles, pliées, que le lecteur est containt de découper s’il veut «voir» ce qui est au milieu. Surgissent alors des mots et quelques dessins hâtifs indéchiffrables ; il faut se munir d’un miroir pour accéder à des indications de mise en scène ou de costumes, réflexions qui sont autant de signes d’humeur. L’écriture-script, au crayon à papier, livre des notes de travail en italien, sur le spectacle alors en préparation La menzogna (voir Zib’ 26). Pas de dialogues, plutôt des impressions fugitives et souvent violentes. Au fil des pages, des photographies prises avec un téléphone portable : paysages, gros plans sur des visages de statues ou d’humains. Les textes, courts dans l’ensemble, témoignent de la

CHRIS BOURGUE

Regards Pippo Delbono éd. Actes Sud, 38 euros

Paroles nocturnes

qui jouait si bien Chopin, se précise -et l’amour toujours aussi fort de la mère pour lui, parti depuis 30 ans ! Peu à peu l’histoire de David, le petit «mulot» caché, maltraîté et finalement livré par de bons citoyens du village, est révélée dans toute sa noirceur écoeurante. Et le père qui n’a pas supporté. La langue de Jouanneau coule sans ponctuation -ou si peu- et on le suit le souffle court dans ces paroles vives dont la musicalité demeure longtemps après avoir refermé le livre…

Joël Jouanneau vient de publier un texte à deux voix, celles d’une mère et de son fils qui se revoient après sept ans de rupture et de silence. Un texte théâtral qui revendique la filiation classique des trois unités : la rencontre a lieu en une nuit et essaie sans y parvenir vraiment d’éclaicir les malentendus. Quelques pans d’obscurité tombent néammoins, peu à peu, au fil des mots. La force de ce texte vient de ce qu’il n’est pas seulement un dialogue ; sans joutes verbales les deux paroles se croisent, et laissent aussi surgir les pensées et les réactions des personnages dans des monologues qui éclairent davantage que les échanges, difficiles, emplis d’ellipses et de suspensions. Et voilà que peu à peu mémoires intime et collective se mêlent, le passé ressurgit, passé sombre des années de l’Occupation. Le personnage du père, ce Verschuern au regard bleu

CHRIS BOURGUE

Mère & Fils Joël Jouanneau éd. Actes sud Papiers-9,50 euros

Culture trilingue La manifestation Amazir (homme libre en berbère) autour des cultures du Maghreb a débuté le 27 février à la médiathèque de Cavaillon. Après la conférence de Benamar Mediene sur Kateb Yacine à la Scène Nationale le 18 mars, deux films consacrés à l’écrivain algérien (dont un exclusif) sont diffusés en continu jusqu’à la fin de la manifestation. Tous les jours, l’artiste Abdou Amri, qui intervient régulièrement en milieu carcéral ou auprès des primo-arrivants, divulgue son art de la calligraphie. Les scolaires, familles, groupes d’alphabétisation, Ecole du respect (association de quartier) s’initient à cet art gratuitement. Formé à Fez, l’espiègle calligraphe manie le qualam comme un virtuose, en créant lui-même ses couleurs végétales. «La calligraphie arabe a la liberté d’utiliser la belle écriture. Même un analphabète trilingue (franco-arabo-berbérophone ndlr) peut apprendre !» Il consacre une exposition en hommage au poète Mahmoud Darwich dans le hall. Le 26 mars, venez rencontrer le poète touareg Hawad (ses œuvres graphiques sont également exposées) et le 27 écoutez la conteuse Aïni Iften. DELPHINE MICHELANGELI

Amazir, Cultures du Maghreb Médiathèque la Durance, Cavaillon Du 27 février au 3 avril 04 90 76 21 48 www.cavaillon.com

Oeuvre de

Hawad

© X-D .R

Calligraphie © X-D.R


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Des bribes et des débris

Héloïse, seule dans sa chambre, attend. Casa nostra de Sabine Tamisier écrit cette attente. Un monologue comme un passage en revue de tous les espoirs, de toutes les peurs de la jeune fille. L’écriture est ponctuée de slaches, comme autant de hoquets, d’hésitations ; avec des effets de graphie (majuscules, minuscules, italiques). De mise en page aussi ; le texte se voit avant de se lire. Les mots s’organisent dans l’espace, telles des bulles de pensée, des bribes, entre phantasmes et cauchemars, souvenirs et anticipation. Seule dans sa chambre, Héloïse attend, «bien rangée» sur son lit. En apparence… Sauver les apparences, c’est ce que tentent les personnages de Sad Lisa. Faire ses devoirs, savourer des endives au jambon, partir travailler à l’aube, s’occuper du bébé, la famille Middlewest joue à faire comme si. Sauf que la mère Lisa ne parle plus, que Franck le père boit de plus en plus et que Lucy, leur adolescente de fille, a bien du mal à maintenir un

semblant de normalité dans ce foyer en friche, comme l’est le jardinet devant la maison. Un drame a eu lieu, qui a réduit cette famille en miettes. La pièce est d’ailleurs structurée en 15 débris, morceaux d’une existence à la dérive, cernée de fantômes et de chansons tristes qui trottent dans les têtes. La langue, concise, syncopée, va à l’essentiel, sans fioritures ni faux-semblants. Elle épouse le quotidien et lui confère une vraie tension dramatique, que les lectures publiques de l’auteure exaltent. FRED ROBERT

Casa nostra a été publié en mars 2009 au sein de la revue Nioques (éd. Le Mot et le Reste, 15 euros) ; Sabine Tamisier en donnera lecture samedi 27 mars à la médiathèque Marcel Pagnol d’Aubagne (entrée libre). Sad Lisa est édité aux éd. Théâtrales, 11,50 euros.

Marseille, 1930-2013 «Marseille est ma ville, et la France mon pays, parce que je veux bien.» Gabriel Audisio Les éditions Jeanne Laffitte rééditent dans la collection Marseille, Méditerranée deux portraits complémentaires du Marseille des années 30. À mi-chemin de l’exercice autobiographique et de l’essai, Marsiho, d’André Suarès, et Jeunesse de la Méditerranée de Gabriel Audisio sont des récits de voyage en terre familière. Ils nous convient à une déambulation dans les rues d’une ville dont on reconnaît les figures incontournables, du joueur de boules au ruffian, la toponymie avec sa litanie des saints, de Saint Antoine à Saint Julien, et la saveur des mots disparus, celle des nervis et des marlous. Pourtant jamais ces deux ouvrages ne cèdent au pittoresque complaisant ni au folklore pagnolesque. Le dialogue qu’ils entament ressuscite plutôt l’esprit d’une époque, entre NRF et Cahiers du Sud, dont la tenue à la fois académique et vivifiante est quelque peu oubliée. Puissante et sexuée, à la fois féconde et virile, la ville selon Suarès est à l’image de son beau nom, Marsiho, et de l’un de ses personnages emblématiques, la cagole du grand lupanar, ingrate et dévoratrice, ni méchante ni bonne, ou bien les deux alternativement. La langue de Suarès est magnifique : elle a quelque chose d’aristocratique et de fané, et elle est ample aussi, rude, sanguine et parfois féroce. Le livre de Gabriel Audisio s’oppose en partie à

celui de son aîné. Pour le premier, Marseille est une extrémité de la Provence, pour le second, elle est le premier maillon d’une chaîne bordant la Méditerranée, qui tel un continent liquide, la relie à Alger, à la Corse, à la Sardaigne, à Tunis. L’un porte un regard sans concession, plein d’un amour rageur ; pour l’autre Marseille personnifie le beau rêve d’une unité méditerranéenne. Pour l’un Marseille est une ville sans art et sans mémoire ; l’autre y voit la chance d’échapper aux poncifs néoclassiques, et d’arracher la ville à la domination, qu’on dirait aujourd’hui ethnocentriste, de son héritage gréco-romain pour une vision cosmopolite, débarrassée des idéologies identitaires et nationalistes. L’un et l’autre se rejoignent pourtant dans l’évocation d’une nature organiquement liée à la ville : l’immensité marine et la sensation recommencée d’un départ, la lumière crue et tragique, «les matins de pierre dure» quand le vent souffle. Si l’utopie méditerranéenne s’est évanouie avec la montée des fascismes et les guerres de décolonisation, elle est ressuscitée aujourd’hui en opportunité culturelle, ou du moins touristique. Le regard des années trente sur notre actualité fait alors parfois réfléchir, ou sourire : «ces villes, désormais lasses de leur rutilante pouillerie, excédées de s’entendre traiter, Marseille de négresse et Naples de

proxénète, ne vont-elles pas tomber dans la superstition de la morale et de l’hygiène, la tyrannie du ripolin ?» ; Audisio et Suarès auraient-ils aimé se promener sur la rue de la République aujourd’hui ? AUDE FANLO

Aux éditions Jeanne Laffitte : André Suarès, Marsiho, 10 euros et Gabriel Audisio, Jeunesse de la Méditerranée, 12 euros. À lire aussi, dans la même collection : François Prieur, La Vénus perdue, 12 euros.


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LIVRES

RENCONTRES LITTÉRAIRES

D’une saison l’autre Pierre Michon © Fanny Pomarède

Lectures en bus

Dimanche 28 février, 15h00, place Castellane. L’ancien bus RTM customisé de l’association Aérograff accueille les passagers (nombreux) du premier Transit, un projet original de «rencontres à destination inconnue», avec un embarquement par mois, un itinéraire et un équipage artistique à chaque fois renouvelés. Pour cette édition augurale, sous la houlette du chauffeur Alexandre Tabakov et de l’hôtesse Laure Humbel, Sara Vidal et Pierre Guéry ont donné à bord la lecture de 2 de leurs nouvelles. Faire voyager le public dans les textes en même temps que dans la ville, l’idée est séduisante. D’autant que Les nids d’alcyons de Sara Vidal évoque les tribulations

Les rencontres littéraires de la BDP sont comme la mode et les catalogues de VPC. Fin février, Ecrivains en dialogue a clôturé sa saison automnehiver avant d’entrer, début mars, dans un cycle printemps-été prometteur. Fin de saison 3 dans «la ronde des hommes». Dans la tourmente plutôt. Emmanuel Darley, romancier et dramaturge, avait invité Thierry Hesse à dialoguer sur les guerres et les errances contemporaines qui sous-tendent leurs derniers ouvrages (voir p 57). Essayer de comprendre pourquoi l’histoire est une série de catastrophes, pourquoi «le monde continue quand même», voilà ce qui les pousse tous deux à écrire. Souvent à partir de photos ou de documents journalistiques, «devenus obsédants». À l’arrivée, ce sont deux voix très différentes qu’ils font entendre, et que les lectures de Raphaël FranceKulhmann ont permis d’apprécier. Souffle épique et nostalgie familiale dans Démon ; oralité théâtrale et

FRED ROBERT

www.biblio13.fr www.adaal.fr

autant que le vieux bus. Mais pour ce qui est du récit de Sara Vidal, tout en nostalgie et en poésie, sans doute une lecture moins bringuebalante aurait-elle été bienvenue. Restent donc quelques détails techniques à régler, le son entre autres, et les prochains Transits devraient rouler…

d’un T-shirt d’Europe en Afrique (et retour), et que le Week-end avec Hellènes de Pierre Guéry se passe pour l’essentiel à bord d’un bus puis d’un hydroglisseur. Alors pourquoi pas les lire dans l’autobus en route pour l’Estaque et Corbières ? Les vues du port et de la mer offriraient un parfait contrepoint aux phrases lues. Sauf qu’il n’en alla pas tout à fait ainsi. Le texte de Pierre Guéry, plein de clins d’œil et de jeux de mots, truffé d’oralité et d’absurdité cocasse, passa aisément l’épreuve de la lecture en bus. Les changements d’allure et les coups de frein semblaient s’accorder aux ruptures de tons, comme par un fait exprès. Et le performeur, en casquette et vareuse de marin, vibrait

FRED ROBERT

Prochain rendez-vous en avril, pour un Transit indien Renseignements : aerograff@live.fr

Nouveau Comptoir

albums et en induisent le format, l’ambition littéraire également, qui irrigue les grands romans graphiques. Malgré le bruit ambiant (le Longchamp Palace attire des foules tous les soirs pour l’apéritif), c’est avec un vrai plaisir qu’on a écouté les deux complices. On regrette juste que le public ait été si clairsemé. Sans doute faut-il que les habitués prennent l’habitude de ce nouveau lieu. Ceux qui regretteraient d’avoir raté cette soirée pourront l’entendre sur Radio-Grenouille, dimanche 28 mars à 14h00.

mènent une véritable réflexion. En débat, la terminologie (BD, roman graphique, comics ?), les contraintes économiques et éditoriales qui pèsent sur certains

FRED ROBERT Charles Berberian © C. Beauregard

Après moult pérégrinations, le Jeudi du Comptoir a trouvé un nouveau lieu d’accueil. C’est désormais au Longchamp Palace que se tiendront, chaque trimestre, les rendez-vous littéraires et radiophoniques organisés par Libraires à Marseille et animés par Pascal Jourdana. Pour ces retrouvailles, deux invités étaient venus parler de leur passion commune pour ce qu’ils appellent le «récit visuel». Joseph Ghosn, longtemps chroniqueur BD aux Inrockuptibles, vient de publier une passionnante et foisonnante anthologie, Romans graphiques, 101 propositions de lecture des années 60 à 2000 (aux éditions marseillaises Le Mot et le Reste, voir Zib’27). Charles Berberian est auteur. Créateur avec son compère Dupuy de Monsieur Jean et d’Histoire d’un album, il travaille aussi en solo ; son dernier roman graphique, Sacha, récemment paru chez Cornélius, le prouve brillamment (voir p 55). Tous deux ont évoqué avec éloquence et érudition une forme d’expression qui leur est chère et sur laquelle ils

polyphonie dans Le Bonheur. Même sans printemps à l’horizon, la saison 4 s’est ouverte dans l’allégresse d’une rencontre mémorable autour de Denis Guénoun et Pierre Michon. La foule venue les écouter attendait sans doute qu’ils évoquent leurs dernières parutions (voir p. 59, et Zib 29 !). Eh bien, pas du tout, ou si peu… Loin d’un dialogue convenu, ce qu’ils ont offert au public a été inattendu. Et magique. À partir du texte de Michon Le ciel est un très grand homme (in Corps du roi) et de la pièce de Guénoun Ruth éveillée, dont le jeune Stanislas Rouquette a proposé une belle lecture, c’est Victor Hugo en personne qui s’est invité à la BDP. La voix superbe de Michon a réveillé Booz endormi. Les souffles de la nuit flottaient sur Massilia…

Prochain Jeudi du Comptoir, le 6 mai à 18h30 au Longchamp Palace, Marseille


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Lectures à l’œil

Chez les jeunes libraires d’Histoire de l’œil les rencontres se suivent sans se ressembler… Robert McLiam Wilson a fait une Escale très remarquée à la librairie. Roi de la digression et de l’anecdote décalée, cet «écrivain à éclipses», comme l’a souligné Pascal Jourdana, pratique couramment l’humour anglais, bien que natif de Belfast, et le français avec un accent so cute ! L’assistance était sous le charme de l’auteur précoce (il n’avait alors guère plus de 20 ans) des Dépossédés. Un ouvrage à (re)lire absolument en ces temps de précarisation, d’autant qu’il est désormais disponible en poche. Wilson en parle comme d’un échec ; son récit passionnant, entre documentaire et roman, est loin d’en être un. Il dit beaucoup sur les désastres sociaux

engendrés par la politique thatchérienne et nos dirigeants seraient bien inspirés d’y jeter un œil. Sabine Tamisier, elle, se réjouit que sa pièce Sad Lisa (voir p.56), écrite en 2003, vienne d’être publiée aux éditions Théâtrales. Alors, pour fêter l’événement, elle en a offert la lecture intégrale ; toute seule au lutrin, accompagnée parfois de la chanson de Cat Stevens (c’est d’elle qu’est née l’idée de la pièce). La jeune femme douce, presque timide, vaut vraiment d’être entendue. Ce qu’elle lit, elle le joue, le fait sonner. Les personnages s’incarnent dans une langue qui claque. Le fil dramatique se tend… Autre bonne nouvelle : récompensée en 2009 par le Prix d’écriture théâtrale de la ville de Guérande, la pièce sera créée fin 2010 à Strasbourg. Espérons qu’on pourra l’applaudir aussi dans la région ! FRED ROBERT

L’Argentine à l’honneur

Laura Alcoba © C. Helie Gallimard

Tel sera le fil rouge de l’édition 2010 du festival CoLibris, organisé du 22 au 25 avril par l’association Des Auteurs aux Lecteurs, en partenariat avec Solidarité Provence/Amérique du Sud et Libraires à Marseille.

Pour sa 1re édition, en mars 2009, ce festival de rencontres, lectures et débats autour du livre latino-américain avait trouvé un public nombreux, avide de découvrir la culture sudaméricaine contemporaine, souvent méconnue car peu traduite. Il s’agit cette année de pérenniser la manifestation et de l’ouvrir encore davantage aux professionnels des deux continents, afin de favoriser la traduction et la diffusion des œuvres. Après une avant-première au Collège des Traducteurs à Arles et la soirée d’inauguration à la BMVR Alcazar, les rencontres auront lieu sous chapiteau au cœur de la ville. L’Academia de Tango argentino accueillera également le public en journée et en soirée. CoLibris se tiendra cette année après les Rencontres du cinéma sud-américain, que l’ASPAS vient d’organiser sous le signe du «polar» (voir p.37). Il se déroulera néanmoins en écho avec elles, grâce à la présence de l’auteur de romans «noirs» Ernesto Mallo, grâce aussi à un partenariat renouvelé entre les deux associations, dont les vœux se rejoignent.

L’ADAAL comme l’ASPAS souhaitent ne pas se borner à présenter des écrivains ou des réalisateurs, mais apporter une aide concrète à la reconnaissance de leurs œuvres. FRED ROBERT

Depuis le 10 mars, on peut voir le programme complet ainsi que les photos et un choix de livres des auteurs invités dans la vitrine du 7 rue de l’Olivier (Marseille 5e) www.adaal.fr

Regards méditerranéens C’est une invitation au voyage en bonne et due forme que propose cette année la manifestation Lire Ensemble organisée par l’Agglopole Provence du 16 au 30 avril

Les meilleurs travaux seront récompensés lors de la soirée de clôture, le 30 avril. Consultez vite le détail du foisonnant programme sur www.agglopoleprovence.fr ! DOMINIQUE MARÇON

Lire Ensemble Agglopole de Salon de Provence 04 90 44 85 85 www.agglopole-provence.fr

photo d'alain Sauvan

La dune dans la valise par la cie l’Epicerit), des jeux (celui de la Bouqala par l’association La Baraka, ou les Voyajoueurs en Méditerranée de l’association de La cabane à jeux), des expositions (Voyage au Port de la Pointe d’Alain Sauvan, Regards sur le Maroc par l’association de la bibliothèque et l’AMACCA), rencontrer des auteurs… Outre les propositions artistiques, trois concours de nouvelles permettent aux habitants de l’agglopole de se confronter à l’écriture active : le premier, sur le thème général Voyageurs en Méditerranée, est ouvert à toute personne n’ayant jamais publié ; le second, sur le thème Une bouteille à la mer, est ouvert aux collégiens et lycéens qui peuvent envoyer ou déposer dans l’une des bibliothèques

Regards sur le Maroc

Un voyage en Méditerranée bien sûr, une thématique qui égaille ses propositions sur les communes du territoire au travers de témoignages, de contes, de lectures, d’ateliers… Lors de l’inauguration au Théâtre Armand de Salon-de-Provence, les comédiens improvisateurs de la Ligue d’Improvisation française proposeront leurs talents sur le thème retenu cette année (le 16 avril, gratuit, réservation au 04 90 56 00 82). Puis, au gré de vos promenades, vous pourrez assister à des représentations théâtrales (L’homme-pain par la cie Kartoffeln, Saint-Exupéry et petit prince par le Théâtre des Trois Hangars), de nombreux contes de tous pays (Algéria de miel et de braise ou Contes juifs et arabes par Catherine Gendrin,

participantes leur bouteille customisée ; le troisième, une nouveauté, se déroulera dans les écoles primaires où les enfants réaliseront des cartes postales.


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RENCONTRES

Libraires du sud – 04 96 12 43 42 Rencontre avec Claude Gudin Histoire naturelle des sens (éd. du Seuil, 2010) et Crevette (éd. Ovadia). Le 26 mars à 19h à la librairie Le Lièvre de Mars (Marseille) ; rencontre avec Michèle Gazier pour La Fille (éd. du Seuil, 2010). Le 26 mars à 19h à la librairie de l’Horloge (Carpentras) ; rencontre avec Franz-Olivier Giesbert pour Un très grand amour (éd. Gallimard, 2010). Le 27 mars à 15h, à la librairie Le Lézard amoureux (Cavaillon) ; rencontre avec Jean-Richard Fernad pour Grands vins de Provence (éd. Autre Temps, 2008). Le 26 mars à 19h à la librairie Charlemagne (Toulon) ; rencontre avec Alain Refalo, professeur rebelle, pour En conscience, je refuse d’obéir, résistance pédagogique pour l’avenir de l’école (éd. des Ilots de résistance). Le 20 avril à la librairie l’Orange Bleue (Orange) ; exposition Claude Prouvé, Dessins : l’héritage du trait de l’Ecole de Nancy, discussion à 19h00 avec Marc Barani et Claude Prouvé : Faire œuvre sur une œuvre. Le 2 avril à la librairie Imbernon (Marseille). AIX-EN-PROVENCE Galerie La Non-Maison – 06 24 03 39 31 Lecture de Une légende des yeux de Renaud Ego (Actes Sud, 2010). Le 3 avril à 19h. Lecture autour des photographies de Marco Barbon, dans le cadre de l’exposition Chronotopies du 22 avril au 22 juin. Le 22 avril à 18h. Cité du Livre – 04 42 91 98 88 Rencontre avec Yvan Pommaux, auteur/illustrateur jeunesse. Le 31 mars à 16h à la bibliothèque Méjanes. APT Vélo Théâtre – 04 90 04 85 25 11e édition des Cris poétiques : deux poètes, Virginie Poitrasson et André Ughetto, liront leurs textes sur scène. Le 2 avril à 20h30. ARLES Muséon Arlaten – 04 90 93 58 11 Le musée est fermé pour rénovation jusqu’en 2014, mais se promène lors d’ethno’balades : A la découverte du métier de berger transhumant d’hier et d’aujourd’hui avec Patrick Fabre, directeur de la Maison de la Transhumance ; randonnée dans la réserve naturelle des coussouls de Crau. Le 18 avril de 11h à 16h. Dans le cadre du printemps des poètes, atelier d’écriture avec le lycée Pasquet, l’association Magma et le Musée, le 27 mars à partir de 19h au Cloître Saint-Trophime. Atelier Archipel – 06 21 29 11 92 Exposition de Pierre Bourquin. Jusqu’au 28 mars. Peintures et installation vidéo de MarieChristine Beguet, du 4 au 25 avril. EYGUIÈRES Association Marque-Page – 04 90 57 89 31 Du rififi dans les Alpilles : rencontres d’auteurs autour du thème Enquêtes et énigmes. Le 28 mars.

AU PROGRAMME

GAP Association Fahrenheit 451 – 04 92 50 33 48 Histoire de Lire : rencontres avec des illustrateurs, ateliers, contes, expositions autour du thème Métiers insolites. Jusqu’au 30 mars. LA GARDE Médiathèque Municipale Louis Aragon – 04 94 08 99 61 Table ronde sur La création artistique animée par Philippe Granarolo (écrivain et philosophe), avec Elian Bachini (photographe), Barre Phillips (musicien), Christophe Forgeot (poète et auteur dramatique), Thierry Hamy (calligraphe, peintre et sculpteur) et Bernard Vanmalle (plasticien et compositeur). Le 26 mars à 18h30. MARSEILLE ABD Gaston Deferre – 04 91 08 61 00 Dans le cadre des étonnants archivores, voyage en «FonsColombie» avec Nicolas Mémain : double exploration de l’environnement urbain des ABD avec les archives sur l’architecture des alentours et en se baladant dans le quartier de l’Arenc, le 27 mars de 10h30 à 17h30. Table ronde sur Les Italiens dans la résistance en France 1939-45 avec Grégoire GeorgesPicot, historien, responsable de l’association Groupe Marat, Marseille, Jean-Louis Panicacci, historien, maître de conférences à l’université de Nice et Gianni Perona, historien, professeur ordinaire à l’université de Turin et membre du département d’histoire sociale, le 30 mars à 18h. Rencontre Des écrivains en dialogue : Décaler le réel avec Fatos Kongoli et Jacques Jouet, le 20 avril à 18h30. Les Têtes de l’art – 04 91 50 77 61 Place à l’art sur les places de Marseille : des artistes de toutes disciplines investissent la place Victor Hugo, 3e ardt. (le 17 et le 18 avril, de 7h à 21h30), la place des Halles Puget, 2e ardt. (le 17 et le 18 avril de 10h à 19h), la place du lycée Thiers, 1er ardt. (le 17 avril de 10h à 19h) et la place Jean Jaurès, 5e ardt. (le 17 avril de 17h à 21h30, le 18 avril de 10h à 14h et de 17h30 à 21h30). CIPM – 04 91 91 26 45 Les 20 ans de l’Affiche, revue murale de poésie. Jusqu’au 27 mars. Exposition des photos d’Alix Cléo Roubaud Si quelque chose noir & autres photographies, du 2 avril au 15 mai. La Cité - 04 91 53 95 61 En écho à la reprise de Nous ne nous étions jamais rencontrés, La Cité invite Philippe Lacadé, psychanalyste dont les travaux interrogent la façon dont se vit s’exprime l’adolescence, pour une soirée-rencontre le 27 mars à 20h30 et une conversation sur le thème Adolescents et professeurs, comment s’entendre, le 28 mars de 10h à 12h30 et 14h30 à 17h.

BMVR Alcazar – 04 91 55 56 34 Hommage à Jean-Claude Izzo : - exposition de photographies enrichie de documents de travail de l’auteur et d’objets personnels, jusqu’au 17 avril, salle d’exposition. - exposition d’une cinquantaine de photographies de Daniel Mordzinski et des textes de J.-C. Izzo, jusqu’au 17 avril, bibliothèque Castellane. - Projection du documentaire de Jean-Laurent Feurra La Schkappa ou l’échappée belle de Jean-Claude Izzo, le 1er avril à 16h à l’auditorium, suivie d’une rencontre avec le réalisateur. Conférence de Jean-Pierre Olivier de Sardan, anthropologue, sur Les effets négatifs de l’aide humanitaire et de l’aide au développement, le 27 mars à 15h, salle de conférence. Dans le cadre du festival Latcho Divano, projection-débat en salle de conférence : documentaire de John-Paul Lepers Qui a peur des Gitans ?, le 31 mars à 9h, et conférence sur le thème Quelle place peut-on donner à cette communauté dans nos villes et dans notre société?, le 31 mars à 14h. Institut Culturel Italien – 04 91 48 51 94 Rencontre avec le comédien et metteur en scène italien Toni Servillo à l’occasion de La trilogia della villeggiatura au Toursky (voir p22), en présence de Sergio Escobar, directeur du Piccolo Teatro de Milan et Angelo Curti, président de Teatri Uniti de Naples. Le 31 mars à 18h30. Passage & Co – 04 42 29 34 05 Balades littéraires avec Sabine Günther : Marseille, ville des exilés. Le 28 mars. Raging Bulles – 04 91 94 29 13 Rencontres critiques autour de la BD. Six albums sélectionnés, quatre chroniqueurs, un animateur. Le 25 mars et le 22 avril à 20h. Échange et diffusion des savoirs – 04 96 11 24 50 Conférence de Serge Latouche, économiste et philosophe : La décroissance est-elle la solution de la crise ? Le 25 mars à 18h45 ; conférence du philosophe Olivier Mongin, Ce n’était pas une crise de plus… Le 22 avril à 18h45. MANOSQUE Librairie Poivre d’Âne – 04 92 72 45 08 Rencontre/débat avec Claude Sérillon pour son livre Les Mots de l’actu (éd. Marabout, 2009). Le 25 mars à 18h. OUEST PROVENCE Association Ville Lecture – 04 42 55 70 60 10e édition de Lire et Grandir, jusqu’au 27 mars.

PERTUIS Bibliothèque municipale – 04 90 79 40 45 Rencontre/débat avec Yvan Pommaux, auteur, illustrateur jeunesse. Le 27 mars. PORT-DE-BOUC Médiathèque Municipale Boris Vian – 04 42 06 65 54 Conversation autour de Ouvrière (éd. de l’Aube, 2002) de Franck Magloire. Le 25 mars à 14h. Conférence sur les écrivains russes du XXe siècle avec Louis Martinez, écrivain et traducteur. Le 30 mars à 18h30. SAINT-RÉMY Musée Estrine – 04 90 92 34 72 Exposition La nature morte sur le chemin de l’abstraction de Estève, jusqu’au 13 juin. Conférence sur l’abstraction lyrique en France d’Elisa Farran, directrice scientifique du musée. Le 9 avril à 18h. SAINTES-MARIE-DE-LA-MER Domaine départemental du Château d’Avignon – 04 90 97 58 60 Le château rouvre ses portes : le week-end des 17 et 18 avril, portes ouvertes de 10h à 18h pour redécouvrir les pièces récemment restaurées, tandis que les pelouses sont investies pat l’association La Cuisine : concert de Jody Staelen (le 17 à 16h et le 18 à 14h), concert du philharmonique de la Roquette (le 18 à 16h), jeux… SIMIANE Office Municipal de la Culture – 04 42 22 62 34 Destination Tunisie, par l’association Omnibus avec un voyage en 3 étapes : deux ensembles photographique et sonore, Ouleb Bou Saad et Tisseuses de Samuel Keller, un court métrage documentaire de Michael Zeider, Le village de Hedi et un espace de jeu interactif, Au pied du Djebel Orbata… Du 10 au 20 avril. SIX-FOURS-LES-PLAGES Le Rendez-vous des idées – 04 94 07 00 27 Café philo animé par Y. Stalloni sur Carmen, un mythe moderne. Le 1er avril à 19h30, maison du Patrimoine, Le Brusc. Association Matriochka – 04 94 74 95 11 Conférence de l’écrivain José Lenzini sur L’Algérie de Camus. Le 3 avril à 20h30, maison du Patrimoine, Le Brusc. Conférence-projection Les oiseaux de Camargue par Michel Bouillot. Le 17 avril à 20h30, Conférence sur Howard Hawks par Cécile Lang. Le 23 avril à 19h, Espace Jules de Greling, Le Brusc.


ABD | QUINSON

HISTOIRE

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La table ronde du 2 mars aux ABD parlait xénophobie et exclusion, autour de l’immigration italienne. Pour démontrer que la liaison entre tension économique et xénophobie n’est pas mécanique

L’invention de la xénophobie Tout d’abord, Isabella Felici nous conduisit au travers des aspects de la xénophobie ordinaire. Spécialiste de la langue italienne, elle mit en avant comment, au détour d’une conversation, d’une phrase anodine, pouvait surgir la stigmatisation. Pour elle, l’accumulation de l’insignifiance pousse, par effet cumulatif autant que par habitude, à des comportements à caractère agressif. L’exemple des noms d’oiseaux, du quolibet à l’insulte, montre la construction du rejet ce qui est étranger, ce qui vient du dehors et provoque la peur. Des mots qu’elle évoque, on retiendra «cacou», un diminutif péjoratif de François, Francesco ! Enzo Barnaba intervient comme défricheur du drame d’Aigues-Mortesi de1893 et comme Italien s’interrogeant sur une histoire à double face, de part et d’autre des Alpes. Prêchant pour une histoire bi-nationale, Enzo Bernaba insiste sur les relations diplomatiques entre les deux pays. Il nous éclaire ainsi sur la version italienne des événements, sur la façon dramatique et exaltée dont ils sont rapportés : le journaliste de la tribune de Milan envoyé sur les lieux est surpris de ne pas rencontrer «un tueur sanguinaire» en lieu et place du maire de Nîmes, héraut nationaliste pour l’heure. Il nous laissera aussi bon nombre de gravures sur le travail dans les salins et sur les protagonistes du drame.

Un discours raciste Cette allocution ouvrait évidemment la porte à Gérard Noiriel. Celui-ci engagea son exposé sur un de ses axes de recherche favori : comprendre ce qu’est le national. Pour lui l’identité est constituée de multiples facteurs, et le racisme est un élément du processus d’exaltation de la population. En réalité l’équation «plus on est pauvre, plus on est raciste» est un paravent pour les élites : dans le prétoire d’Aigues-Mortes il n’y a que les petits, pas les attiseurs de braises ! En fait, depuis 1880, la République invente le discours sur l’immigration. Les classes privilégiées, désormais ralliées au régime, utilisent l’argument national comme outil de domination. En ce qui concerne Aigues-Mortes, les migrants italiens, spécialisés dans le ramassage du sel, travaillent très dur pour gagner de quoi vivre pour l’année. Mais avec la crise économique, il faut embaucher des Français pour apaiser la requête nationaliste. Aux salins, ce sont les trimars: des chômeurs sans résidence attestée, qui divaguent sur l’ensemble du territoire français. S’ils ne possèdent pas de travail, ils risquent la relégation (depuis 1885), autrement dit le bagne. La première rixe n’est qu’une confrontation virile, mais bien vite la dimension idéologique l’emporte. Les habitants d’Aigues-Mortes se joignent aux trimars dans une grande communion nationaliste. Voilà le résultat du discours entêtant sur la fierté nationale. Un enchevêtrement de différents éléments locaux et nationaux enchaîne xénophobie et exclusion. Que la

justice ait finalement relaxé tout le monde, que des pauvres bougres soient morts, laissant la honte et la culpabilité planer sur les marais, n’empêche pas le triomphe du national de s’accompagner de crispation morbide et d’injustice. Si la crise a frappé, c’est le discours qui a fourni la lame! RENÉ DIAZ

Approches Cultures et Territoires, cycle Le temps des Italiens, Bibliothèque départementale Gaston Defferre, Marseille i Le 16 août 1893, dans les salins, une bagarre oppose ouvriers français et italiens. Les violences gagnent la ville, les habitants poursuivent les transalpins, drapeau tricolore en main, faisant officiellement des dizaines de morts et de blessés.

Tract rédigé par la Ligue de la patrie française. J. Berjont, De l'envahissement des étrangers en France - La Provence italienne - 1903. Bibliothèque Nationale de France

Le bœuf, la maison et l’alphabet L’écrit fait tellement partie de notre paysage, que l’on ne se pose plus de questions sur son existence… L’exposition consacrée à La naissance des alphabets, au Musée de la Préhistoire de Quinson, reconstitue pour nous, objets, cartes, schémas, arbres généalogiques, à l’appui, la passionnante histoire de l’écriture. Chacun, dans cet ensemble foisonnant de précisions, peut trouver un intérêt, un parcours, soit en suivant les grandes lignes avec les titres et les tableaux de synthèse, soit en empruntant un rythme plus lent, pour savourer toutes les informations. L’histoire commence avec l’écriture, nous dit-on. Or, 400 seulement possèdent une écriture sur les 6000 langues recensées ! 5600 peuples heureux et sans histoire ? Les différents principes dominant les types d’écriture sont expliqués, hiéroglyphique, logographique, syllabique, consonantique, phonétique… Sont

présentés aussi les sens de l’écriture. Pourquoi écrit-on de gauche à droite ou de droite à gauche ? Au départ, l’écriture a pris toutes les directions possibles, verticalement, horizontalement, mêlant droite, gauche, boustrophédon, reprenant alors le sens des sillons d’un champ, l’araire traçant tours et détours… En fait, ce sont les Etrusques qui ont été les premiers à pratiquer en Italie l’écriture, d’abord encore de droite à gauche, comme les Phéniciens et les Grecs (oui, vous avez bien lu, les Grecs!) pour fixer le sens de la graphie de gauche à droite, système qui a connu le développement que vous connaissez! Bizarrement, la simplicité n’a pas toujours primé. Ainsi, si les Hyksos ont probablement inventé l’écriture alphabétique, les hiéroglyphes égyptiens ont dominé pendant des siècles… C’était le support de la langue des vainqueurs ! Saviez-vous aussi que la première

lettre de l’alphabet, alpou (Cananéen), aleph (phénicien), alpha (grec)… désignait au départ une tête de bœuf ou de taureau ? La représentation stylisée de celle-ci donne la première lettre ! Et le bet ? et bien, c’est la maison ! Palette du roi Narmer célébrant la victoire du roi égyptien sur le nord

Vous rencontrerez aussi la déesse Hathor, maîtresse de la turquoise, des dizaines d’histoires, sans oublier les jeux !… et la nostalgie de certains passés, «qu’il était doux de boire dans la coupe de Nestor» nous murmure l’inscription d’une coupe délicate. Une exposition ? Une véritable mine d’informations. Notre approche de l’histoire en sort transformée ! MARYVONNE COLOMBANI

La Naissance de l’alphabet sur les rives de la Méditerranée Exposition mise en place par L’Association Alphabets, Nice www.alphabets.org Jusqu’au 30 avril Musée de la Préhistoire, Quinson (04) 04 92 74 09 59 www.museeprehistoire.com


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SCIENCES

CPPM

Atlas © CERN

Il nous appartient en les captant de lire dans leur éternelle mémoire l’histoire de l’espace et du temps Zibeline : Pouvez-vous présenter le CPPM à nos passagers zibeliniens ? Éric Kajfasz : Le CPPM a pour objet l’étude des particules qui sont les briques les plus intimes de la matière. Les connaître et les apprivoiser permet d’appréhender la constitution de l’univers mais aussi d’en connaître l’évolution dans le temps, de former des hypothèses sur sa naissance (le big-bang) et son devenir (son expansion ?). Cet aspect cosmologique de la physique des particules est consubstantiel à la mise en évidence de ses composants élémentaires et à l’étude de leurs interactions. En effet ces connaissances interrogent les lois fondamentales de la physique telles que la question de la nature intrinsèque de la gravité (l’interaction réciproque des objets physiques, par conséquent leur masse, ndlr). Notre travail relève tout à la fois de la physique théorique fondamentale, et d’un versant expérimental essentiel. En effet pour approcher l’infiniment petit il faut mettre en place un appareillage énorme mais aussi hautement sophistiqué, rassemblant la pointe de pratiquement toutes les hautes technologies. Micro-électronique, mécanique de précision, nouveaux matériaux, modélisations mathématiques, informatique lourde sont nos outils quotidiens d’investigation. Cela doit représenter un équipage important… Important en effet en nombre, en technicités et talents, mais surtout et peut-être essentiellement en passion pour notre tâche. Le CPPM compte non moins de 40 chercheurs dont 10 enseignants chercheurs à l’Université de la Méditerranée [U2] et 30 chercheurs de Atlas horizontale © CERN

Le Campus Universitaire de Luminy est le port d’attache d’un imposant bâtiment, sorte de vaisseau spatial, le Centre de Physique des Particules de Marseille [CPPM]. Zibeline en a rencontré le pilote, Éric Kajfasz, pour une croisière aussi vertigineuse que passionnante dans l’univers, de l’infiniment petit à l’infiniment grand. Que diriez-vous d’embarquer ?

Noblesse des particules l’IN2P3 (Institut National de Physique Nucléaire et Physique des Particules) du CNRS, en dehors, évidemment, de la cohorte de chercheurs stagiaires, de doctorants et collaborateurs du monde entier qui y séjournent. C’est aussi un staff technique de très haut niveau dans tous les secteurs des hautes technologies. 72 Ingénieurs, Techniciens et Administratifs [ITA] du CNRS et 3 de U2. Il va de soi que le CPPM ne peut être qu’en très forte interaction avec les structures internationales de la discipline en particulier le CERN (Centre Européen de la Recherche Nucléaire) à Genève. Nous y participons, entre autres, à la fabrication et la mise au point de capteurs de particules pour le LHC (Grand collisionneur de hadrons) sur l’expérience «de beauté» LHCb ainsi que sur l’expérience ATLAS qui sera le plus grand détecteur de collisions proton-proton jamais construit (46 m de long pour 25 m de haut, ndlr). Il va de soi que l’ensemble de nos activités nous voue à une importante tâche de formation par et pour la recherche. Dans notre domaine qui évolue très vite la formation de la relève est vitale pour maintenir son dynamisme et son imagination, d’où l’important nombre de thèses soutenues.

De bien gros moyens pour piéger un bien petit gibier ! Est-ce vraiment raisonnable ? En fait nous ne modélisons les particules élémentaires que par leurs effets expérimentaux. Ils nous permettent de décrire et d’expliquer tous les phénomènes macroscopiques observables. Il reste bien des questions non résolues en physique. La mise en évidence de nouvelles particules est la quête des physiciens pour trouver une cause aux phénomènes encore inexpliqués. Pour l’instant, par exemple, il n’y a pas de théorie quantique de la gravitation validée, en particulier expérimentalement. Les projets «Virgo» en Europe et «Ligo» aux États-Unis tentent de détecter des ondes gravitationnelles, phénomènes prévus par la théorie de la Relativité Générale, arrivant de l’univers en provenance de «catastrophes astrophysiques» suffisamment fortes pour que nous parviennent leurs effets. La recherche du «boson de Higgs» est une quête pour tenter d’expliquer la nature de la «masse» des particules élémentaires ; celle-ci est en relation avec la gravitation. Si la théorie du big-bang implique qu’à l’origine autant de matière que d’anti-matière a été créée, ces deux entités auraient dû s’annihiler l’une l’autre depuis. On se questionne alors sur l’«asymétrie» qui fait que la Antares horizontale © Coll. ANTARES, Lorette Fabre


63 trinos cosmiques. Ces particules nous arrivent des plus lointaines et anciennes catastrophes cosmiques (supernovae, microquasars…). Elles ont la propriété de n’interagir que très faiblement avec la matière, ce qui les rend difficilement observables mais contribue à leur trajectoire parfaitement «rectiligne». Cependant, si elles traversent un amas dense de matière, la probabilité d’une collision augmente. Certains des neutrinos se transforment alors en «muons» -une particule de la même nature que l’électron mais 207 fois plus lourde- qui, eux, sont détectables dans l’eau par la lumière qu’ils y émettent. ANTARES est donc une sorte de forêt de détecteurs de lumière très sensibles (900) enfermés dans des sphères de verre, les «yeux» d’ANTARES, sous forme de 12 chapelets de 450 m de haut immergés à 2500 m de profondeur au large de Toulon. C’est le globe terrestre qui constitue le premier composant actif du capteur. En la traversant, un petit nombre de neutrinos va entrer en collision avec de la matière et se muer en «muons» qui vont émettre le long de leur parcours dans l’eau abyssale des photons qui pourront être captés. Comme la transformation des neutrinos en muons change très peu leur trajectoire, on va pouvoir relever la direction de leur provenance et cartographier sur la voute céleste les phénomènes cosmiques émetteurs de neutrinos. Ce projet qui a nécessité la mise en place de systèmes de communications très performants entre le fond de la mer et la surface permet de développer en synergie avec d’autres disciplines scientifiques des projets de recherches très diversifiés ; par exemple, des études de zoologie, de biologie et d’environnement marins ou encore de sismologie.

Haute resolution Atlas © CERN

Au Programme

matière, contrairement à l’anti-matière, n’a pas complètement disparu (NDLR : pour notre plus grand bonheur !) de notre univers. Seule la recherche des particules élémentaires est susceptible d’apporter des réponses sur la nature de cette asymétrie et par voie de conséquence de se représenter le monde «d’avant le grand basculement». Le propos n’est pas exempt de poésie, mais le savant voit-il le monde comme nous ? On est ébahis par la beauté de l’univers. Il existe un ordre dans ses phénomènes. Les mathématiques permettent de mettre cet ordre, de simplifier leur infinie complexité. La théorie est le modèle de ce que l’on voit, une empreinte du réel dans nos consciences. Elle permet de prévoir une expérience, son résultat et ainsi sa propre généralisation par la vérification des hypothèses dans la reproductibilité. En fait tous les modèles de la physique se construisent par simplification du monde, la «symétrisation» en est un outil représentatif essentiel. C’est à partir de celle-ci que nous décrivons toutes les interactions que nous appelons «électromagnétiques, fortes, faibles…». Ces interactions et les particules qu’elles forment sont pour l’humanité les meilleurs messagers du début des temps. Photons, neutrinos, protons,… nous arrivent du fin fond de l’univers porteurs de son histoire. Ils se sont percutés, mués, mutés, transformés au gré de leur infini voyage. Il nous appartient en les captant de lire dans leur éternelle mémoire l’histoire de l’espace et du temps. Mais quelles applications à ce rêve ? Bien proche de nous, au large de la Seyne-sur-Mer, le télescope sous marin ANTARES, auquel le CPPM a largement contribué, permet de détecter les neu-

PROPOS RECUEILLIS PAR YVES BERCHADSKY

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V’la l’printemps… pas gnan-gnan ! Du 6 au 24 avril, le printemps des chercheurs 2010 refleurira les allées Marseillaises de la culture scientifique et technique. Les gracieuses plates-bandes des Alpes-Maritimes, un peu plus tardives, verront leurs pépinières corticales pointer du 18 au 29 mai. Une 4e édition de ces floralies printanières, «… festival scientifique original et tout public animé par des chercheurs qui présentent euxmêmes leurs travaux et leurs découvertes. Il est l’occasion de découvrir, dans le cadre d’ateliers pratiques, de démonstrations et de conférences, toute la richesse et la vitalité de la recherche en région PACA.» Un bouquet parfumé dont le Zibelscient folâtre trouvera tous les détails du programme sur le site : www.printempsdeschercheurs.fr

Un cycle bien de saison Le cycle de conférence sur la biodiversité organisé par l’IRD (Institut de Recherche sur le Développement) continue, avec une conférence au titre perturbant, Des perturbations à haut risque ! Dans la salle de Conférences de la Bibliothèque de l’Alcazar le 26 mai de 17 à 19h, Jean-François Guégan, épidémiologiste, directeur de recherche à l’IRD et enseignant chercheur à l’École des Hautes études en Santé publique nous montrera comment la diffusion d’agents pathogènes (virus, bactéries, parasites..) est souvent liée à des modifications de l’environnement et à une perturbation des équilibres naturels, ce qui devrait nous permettre de mieux comprendre les multiples et complexes interactions entre environnement et santé humaine. www.ird.fr/toute-l-actualite/evenements-etmanifestations

Nanos, y’en a pas mars ! Dans le cadre de ses conférences «grand public 2010», le CPPM (voir ci-contre) propose à Philippe Dumas, professeur à l’Université de la Méditerranée – CINaM de nous nano-titiller sur le thème : Les nanos sans tabou ni trompette. Exposé donné le 27 mars à 10 heures en entrée libre et gratuite dans la limite des places disponibles et, s’il vous plaît, «précédée d’un café» au Centre de Physique des Particules de Marseille, Luminy. 04.91.82.72.00 http://marwww.in2p3.fr/IMG /pdf_programme_conf2010.pdf


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PHILOSOPHIE

Breton l’affirmait : il y a longtemps que l’idée de beauté s’est rassise pour que l’artiste réponde enfin à une exigence impérieuse de révolte. Pourtant ils ne s’entichent pas tous de cette idée... Sans le beau et sans la révolte que reste-t-il à l’art ? Tout ça

LE BEAU

Le Beau , suite ou fin ? plus dans une chose naturelle, qui est faite au hasard. Voilà le premier gros défaut du père Kant. Et pas le moindre, puisqu’on le raille souvent à ce sujet ; ceci dit ça fait 206 ans qu’il s’en balance, d’avoir trop aimé les petits oiseaux. La deuxième défaillance de la théorie esthétique de Kant est plus philosophique, et donc pardonnable. En voulant tout à la fois éviter l’écueil du rationalisme de l’idée de beau (le beau c’est comme ça et pas autrement), de son subjectivisme et encore plus son sensualisme (chacun ses goûts), Kant délaisse l’œuvre ; on le comprend car il n’en connaît guère. Sa théorie du beau se concentre en fait sur le sujet qui fait l’expérience du beau, sur les sentiments à partager que cette expérience procure. Est ignoré le contenu formel, matériel et spirituel de l’œuvre. Et ce n’est pas passé inaperçu pour le grand Hegel qui n’a rien épargné à Kant !

pour dire qu’il fallait une suite à notre beau d’il y deux mois et que c’est pas fini j’y reviendrai sûrement

Esprit vs Nature, victoire par KO

Il est toujours très commode de s’arrêter lors d’une explication philosophique à Kant comme nous le fîmes puisque le bonhomme pensait avoir répondu à tout ; il avait même dans La critique de la raison pure résolu les trois grandes questions existentielles: que sont l’âme, dieu, le monde ? Alors le beau, pensez, fastoche ! C’est juste un sentiment tout à fait légitime que l’on éprouve. Légitime car ce sentiment serait quasi objectif. En disant «c’est beau» j’ai l’espoir et la prétention que tous les hommes s’accordent avec moi. Kant faisait donc l’exploit d’arracher l’idée de beau justement à son idéalité l’harmonie, la perfection des proportions, etc, d’une norme quoi, antique et classique- tout en la sauvant du relativisme. Démonter l’idée reçue que tous les goûts sont dans la nature et que des goûts et des couleurs on ne discute pas, fallait le faire, chapeau. Il faut donc rendre grâce au philosophe de ce tour de force théorique, qui n’est

Les œuvres d’Hegel fourmillent d’uppercut et de divers crochets du droit (plutôt du gauche) à ce qu’il est convenu d’appeler certaines niaiseries kantiennes. Le rossignol est la plus célèbre. Dans son Esthétique il règle donc comme il faut son compte à la prétendue supériorité des productions de la nature sur ceux de l’art : «D’après l’opinion courante, la beauté créée par l’art serait bien au-dessous du beau naturel, et le plus grand mérite de l’art consisterait se rapprocher, dans ses créations, du beau naturel. |…] Mais nous croyons pouvoir affirmer, à l’encontre de cette manière de voir, que le beau artistique est supérieur au beau naturel, parce qu’il est un produit de l’esprit. […] La plus mauvaise idée qui traverse l’esprit d’un homme est meilleure et plus élevée que la plus grande production de la nature et cela justement parce qu’elle participe de l’esprit et que le spirituel est supérieur au naturel.» Point n’est besoin d’en rajouter ; si quand même : on saura par la suite, grâce à Oscar Wilde, que notre

Gustave Courbet, La femme dans les vagues, 1868, Metropitan Museum of art

pas si dépassé que ça. Rien n’est en effet plus agaçant que quelqu’un qui ne trouve pas comme moi ce Caravage beau : depuis que j’ai lu Kant, je ne réponds plus à cet insensé et insensible à Caravage «chacun ses goûts» mais «tu n’y comprends rien». Ça soulage (du verbe soulager, n’y voyez aucune allusion à Pierre, qui prend un s). Alors que fait-on après Kant… ? Pas simple puisqu’il a tout dit ! Ne faisons pas traîner ce suspens insupportable et ramenons tout de même le grand chinois de Königsberg à ses aberrations. Déjà, constatons que le philosophe n’aurait jamais pu apprécier le martyre de saint Matthieu, d’abord parce que les musées n’existaient pas encore et surtout parce que ce monsieur ne sortait jamais de son bled prussien.

Et les œuvres, mon cher Kant ? Ce n’est pas pour l’anecdote que je raconte ça. En fait Kant n’avait que peu d’intérêt et de goût pour l’art. Quand il parle de musique il s’arrête au chant du rossignol ; pour lui il n’y a en effet rien de plus beau que la beauté naturelle ; elle est l’expression parfaite de la finalité sans fin : on croirait que ce truc à plume a été fait exprès pour chanter et que l’on s’en ravisse. Or il n’en est rien : en bons spinozistes on sait que dieu n’a pas fait le monde pour les yeux (ou plutôt ici les oreilles) et les désirs des hommes. Est donc beau ce qui semble n’avoir point été fait exprès, ce dont on n’aperçoit pas la cause productrice. Cela peut valoir pour une œuvre, dont le génie résiderait dans sa part mystérieuse ; mais encore


65 Van Gogh, Souliers de bois. Huile sur toile, Van Gogh Museum d'Amsterdam (Rijksmusem), 32,5 x 40,5 cm, 1889

Pourquoi bavarder est le dernier opus de la collection Pourquoi si bien dirigée par Vladimir Biaggi. Pourquoi ce pourquoi ? Pour discourir sur les causes, et sur la finalité

Tu peux toujours causer notion du beau naturel dépend du beau artistique et qu’en fait ce n’est pas l’art qui imite la nature mais l’inverse ; les produits de la nature ne sont beaux qu’en tant que nous avons été préparés par l’art à les juger tels quels : «ce que nous voyons, et comment nous le voyons, dépend des arts qui nous ont influencés… Il n’est personne, aujourd’hui, de vraiment cultivé, pour parler de la beauté d’un coucher de soleil. Les couchers de soleil sont tout à fait passés de mode. Ils appartiennent au temps où Turner était le dernier mot de l’art.»

L’art exprime Mais la principale innovation de Hegel est son intérêt au contenu expressif de l’œuvre d’art ; une œuvre en tant qu’expression d’une conscience humaine dit quelque chose de l’esprit de l’homme et plus particulièrement de son époque de production. L’artiste devient l’exécutant (sans le savoir) d’une objectivité collective de l’esprit. Pour Hegel l’œuvre d’art a un contenu de vérité et là réside son intérêt. Ce n’est plus à notre émotion qu’elle doit s’adresser mais à notre intelligence. Et l’humanité peut noter dans son journal : Iéna, 1804, beauté supprimée ! Pas si vite. Même si, bien avant, le laid avait fait son apparition dans le champ du beau classique, notamment avec les nains et les bouffons de Velasquez par exemple, le social va aussi s’y incruster avec la liquidation par Hegel du sentimentalisme en art. Entendons-nous bien: ce qui est fini, c’est la spontanéité du jugement de goût kantien. Avec Hegel le goût doit être éduqué et l’œuvre d’art est un produit de vérité. Alors dans le cours du XIXe siècle les artistes vont concourir à une éducation plus proprement sociale du goût. Ne sera beau que ce qui est vrai. Et voilà Courbet, le socialiste et le communard, comme s’il fallait ça pour peindre enfin une femme dans sa réelle splendeur. Le beau peut ainsi devenir tout simplement l’humain, le simple, jusqu’à cette simple paire de sabots de Van Gogh. N’en est-on point là dans l’art contemporain ? S’y efface encore plus, dans la même geste réaliste Hegel, portrait de Schlesinger, 1831 entamée un siècle plus tôt, la part d’invention de l’artiste au profit de sa part d’intervention sur la matière ou l’industriel afin qu’il y ait art. Et pourquoi beau ? Décidément il y aura nécessité d’un troisième épisode, sur Marcuse et Adorno, pour cerner encore cette beauté qui s’échappe… RÉGIS VLACHOS

Pour le coup la belle analyse de Daniel Liotta nous invite au cœur de l’ouvrage à cette réponse si communément langagière, que nous renvoyons souvent à la face de notre interrogateur quand il nous demande pourquoi : parce que, et c’est comme ça ! C’est un peu la réponse au pourquoi du bavardage, une forme de finalité sans fin : nous bavardons pour le plaisir de bavarder. Et ce livre, qui est un livre de philosophie, éclaircit cette mystérieuse réponse redondante : il nous explique ce plaisir sans autre fin que lui-même par l’idée d’énergeia au livre X de l’Éthique à Nicomaque d’Aristote. Il est donc des activités, comme celle de bavarder, dont la réalisation de la fin, tel un jeu, ne signifie pas l’arrêt de l’activité : sa finalité ne se réduit pas à une utilité extérieure et récréative. Philosophie on vous disait, avec son passage obligé : le bavardage est-il du même ordre que la doxa, la fameuse opinion décriée par la tradition philosophique ? Le bavardage ne cherche pas à mimer la raison, à se prendre au sérieux même dans ses prétentions explicatives : quand je dis «la forme de l’eau on la sait quand ça gèle», l’ambition explicative est plombée par un absurde (revendiqué ?). Tout comme cette autre brève «moi j’suis pas difficile j’aime rien». Mais l’auteur préfère (justement ?) Ionesco à ces brèves pour rappeler que le surréel est à portée de mains dans le bavardage de la vie de tous les jours. On peut ainsi comprendre qu’il est des bavardages qui valent plus que d’autres, l’auteur précisant avec Deleuze qu’il est un danger pire pour la pensée que l’erreur : la soumission au banal. Et là on peut se demander si le sidérant bavardage médiatique, ou universitaire, est banal, ou s’il est autre nom de ce silence qui occulte la réalité du fonctionnement du monde. On vous laisse alors découvrir les belles analyses sur Joyce et Lacan, entre autres, dans cette jolie enquête philosophique, ainsi que les paragraphes conclusifs qui répondent à la question : qui a autorité pour qualifier ce discours de bavardage ? Un perspectivisme de bon aloi est-il la clé de ce qui est bavard ? RÉGIS VLACHOS

Pourquoi bavarder ? Daniel Liotta Ed. Aléas, coll Pourquoi ?, 12 euros



Zibeline n°28