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un gratuit qui se lit

N째60 - du 13/02/13 au 13/03/13


Politique culturelle

Profiter de l’élan

Éducation artistique, Marseille ville jeunesse CAC Musiques actuelles, Point de Bascule

La Capitale culturelle fait son office au-delà des espérances ! Il est réjouissant de voir à quel point le public se mobilise, son formidable appétit de fête, de cirque, d’expositions ! Marseille Provence, territoire culturel, ce n’était donc pas une galéjade… Le succès populaire du week-end d’ouverture, des portes ouvertes au Mucem, des concerts à l’Opéra de Marseille ne tarit pas, et les théâtres, le J1, les musées sont combles. Un bonheur ? Quelque chose semble en route, qui n’abolit pas les inquiétudes… Car hors du territoire de Marseille Provence les équipements culturels, à Cavaillon ou Gap, sont en grande difficulté. À Marseille même on ne sait ce que deviendra le Gyptis, comment seront financés le fonctionnement de la Friche, de la Minoterie, de la Criée. Si la baisse des budgets culturels, Capitale oblige, est moins sensible qu’ailleurs, les compagnies manquent dramatiquement de moyens de productions, et retardent ou annulent leurs créations. Car la programmation des nouveaux équipements va reposer sur un recours massif à des entreprises privées, qui n’ont aucune raison de financer la création. La privatisation de l’espace public est déjà à l’œuvre, et tandis que des boutiques de luxe s’installent dans le triangle d’or marseillais pour y vendre des sacs vides et des diamants étincelants, les journaux se meurent, le livre décline, et les œuvres de l’esprit sont méprisées. Comment alors profiter de l’élan ? Si la population est au rendez-vous, a cette soif de partager, découvrir, rencontrer, il faut l’amener vers des formes plus ambitieuses, non marchandes, qui donnent à réfléchir, émerveillent mais ouvrent aussi des portes, ménagent des accès à tous tout en préservant le temps de la recherche, de la composition, de la création d’œuvres et de concepts. Le plus gros échec de l’année capitale serait de dévoyer la notion même de culture. De faire venir David Guetta au Parc Borély avec les subsides de la Ville de Marseille, par exemple ! La véritable création musicale, théâtrale, scientifique, coûte cher. Et a peu de retombées médiatiques, donc politiques. Mais là se joue le progrès possible de l’humanité. Son émancipation intellectuelle, sa vraie richesse, sa révolte et sa liberté.

Les Hivernales, Greli Grelo Mare Nostrum, Mars en baroque Entretien avec Macha Makeïeff, Fotokino Lignes de faille, Made in Friche, Avec le temps

AGNÈS FRESCHEL

4, 5 6

Événements 8 9 10 11

Critiques Théâtre La Criée, Gymnase, Gyptis Bernardines, Lenche, Toursky Martigues, Châteauvallon, Toulon, Avignon Jeune Public Massalia, La Criée, Ouest Provence Danse Aubagne, Silo Musique KLAP, ABD Gaston Defferre GTP, Musicatreize Opéra Toulon, Marseille, Avignon Cité de la Musique, Poste à Galène

12 13 14, 15 16 17 18 19 20 21

Au programme Théâtre Jeune public Danse Musique

22 à 26 27 28, 29 30 à 37

Rencontres

38, 39

Livres Rencontres Littérature Arts Idées CD

40 à 43 44 à 46 47 48 49 50 à 53 54 à 58 60 61 62, 63 64 66

Cinéma Arts visuels Conférences Rencontres Histoire Philosophie Sciences Cahier central Marseille-Provence 2013 Le Pavillon M Les expositions Cirque en Capitales

II IV à VII VIII à XII

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Éducation artistique et cultu Vincent Peillon et Aurélie Filippetti ont enfourché un cheval de bataille commun !

04 P O L I T I Q U E C U L T U R E L L E

Tandis que l’un veut réformer les rythmes scolaires et faire entrer dans les préoccupations scolaires et périscolaires la pratique des arts et l’enseignement de leur histoire, la ministre de la Culture a organisé une vaste consultation sur l’éducation artistique et culturelle. Un rapport en est déjà issui qui pointe la richesse des expériences menées, mais aussi l’extrême difficulté d’offrir à tous les enfants un parcours artistique qui lui permette de fréquenter et pratiquer les arts… les membres du comité soulignant avec pertinence que l’offre culturelle s’adresse souvent aux mêmes. D’autres embûches sont soulevées, plus ou

moins explicitement, dans ce rapport, qui souligne l’impossibilité d’uniformiser l’expérience artistique, la place mal définie de la culture scientifique (savoir ou questionnement épistémologique ?), et le danger sous-jacent d’obliger les artistes à orienter leur travail vers une transmission qui va parfois à l’encontre des impératifs de la création. Cette consultation se poursuit actuellement par un Tour de France, dont on espère qu’il fera remonter vers le ministère l’excellence de certaines expériences menées en région PACA (voir p 8, 10, 16, 18, 56 et 61 !), et n’aboutira pas au parachutage d’initiatives uniformisées obligatoires. Cependant, l’essentiel dans notre territoire n’a pas besoin d’une consultation pour sauter aux yeux : les enfants manquent cruellement de lieux de pratique, la vie associative est sous perfusion et les lieux d’éducation populaire

sont mourants. À cause d’un manque de subsides publics, et d’une répartition catastrophique des équipements sur certains territoires, comme les quartiers nord marseillais. À cause aussi d’un abandon progressif par les comités d’entreprise de leurs ambitions culturelles. À cause surtout d’une lente aliénation des esprits par les médias audiovisuels qui cassent l’entreprise culturelle de l’école, et dépendent du MCC : lorsque les chaînes publiques cesseront de traiter la culture en fin de journal et en la confondant avec le divertissement et la vie des stars, le MCC aura fait l’essentiel du travail…

Construire avec les enseignants Un autre écueil, de taille, au projet de la ministre de construire un projet artistique et culturel pour chaque élève, repose dans l’état actuel de l’enseignement artistique en temps sco-

Transmettre, à tous, sans langue Lors du 29e colloque national Éducation et devenir, une table ronde abordait la complexité des problématiques de transmission de l’art auprès des populations scolaires Les intervenants apportaient leur contribution par des témoignages, concernant dans un premier temps les pratiques artistiques en milieu scolaire avec des rapports d’expérience. Dominique Raybaud pour le Théâtre du Centaure dont la spécificité est de travailler en osmose avec les chevaux, en fabriquant des comédiens hybrides, présentait le travail

effectué avec des enfants des Quartiers Nord de Marseille. Elle expliquait le travail en amont avec les associations, et le Théâtre du Merlan, pour effectuer la rencontre ; puis les liens tissés avec les scolaires, le rôle de passeur des acteurs, et le principe du surgissement. Car le centaure ne cherche pas l’apprentissage du savoir, mais plutôt un

choc, et parie sur le fait de désarçonner les élèves pour qu’ils se reconstruisent ensuite. Un petit film bouleversant d’émotion était alors projeté, 40 juments et leurs poulains au galop dans une cité, avec les enfants qui courent avec eux, illuminés de sourires radieux... Réenchanter le réel, une première étape, qu’il ne faut pas laisser ensuite s’effacer ! Céline Jolivet pour le Ballet Preljocaj parle de la sensibilisation des publics, s’appuyant sur une expérience d’ancrage territorial en Pays d’Aix, et des interventions de la maternelle à l’université. Qui comportent trois axes : la rencontre des artistes et des œuvres, la pratique artistique (les intervenants se situent sur ces deux axes) et le savoir qui est dispensé par les enseignants. Ainsi le Groupe d’intervention dansée (GUID) présente des extraits du répertoire de Ballet, sensibilise, sort des salles traditionnelles ; le Pavillon Noir ouvre ses portes à des visites, à de nombreuses séances scolaires adaptées, commentées, préparées ; et les danseurs participent aux enseignements spécialisés en Lycée. Mais Céline Jolivet insiste surtout sur l’importance des enseignants, interlocuteurs essentiels, qui seuls savent évaluer les impacts, les

appropriations des uns et des autres, et seuls peuvent les cadrer, les organiser, rendre effectives les rencontres. Puis Loïc Bastos pour Les Suds à Arles explique comment le festival s’ancre sur le territoire avec 40 stages autour du festival : si ce grand événement estival des musiques du monde effectue un travail considérable avec les éducateurs sociaux, et se préoccupe du lien intergénérationel, il intervient également en milieu scolaire, avec des projets à l’année, en particulier en SEGPA (classes d’enseignement adapté pour élèves en difficulté en collège). Il déplore que la réussite des projets dépende trop souvent du volontarisme des équipes éducatives, affirme qu’il est impossible de produire un bon travail avec une classe de 30, et défend aussi une politique qualitative et non quantitative.

La culture dans les territoires Peut-on alors, puisque cette transmission ne peut être de masse, toucher tous les élèves de façon égalitaire ? Le premier problème évoqué est celui des équipements culturels, et des transports. Claude Fiaert, conseiller général des Alpes de Haute-Provence, évoque la spécificité de son


relle laire. Dispensé à l’école primaire et maternelle par des enseignants très rarement épaulés par des intervenants extérieurs, au collège par des professeurs très bien formés mais dans des conditions que chacun sait impossible (on n’enseigne pas l’art à des groupes de 25 à 30 élèves, à moins de vouloir les dégoûter à vie de la flûte à bec et de l’art contemporain), l’enseignement artistique disparait au lycée en dehors des sections spécialisées, ou des rares options proposées aux sections générales. Pire, les classes qui auraient le plus besoin sans doute du contact avec l’art en sont exclues : SEGPA (enseignement adapté en collège), lycées professionnels (en dehors des lycées agricoles), lycées technologiques ne bénéficient d’aucun enseignement artistique, et d’aucune possibilité de pratiquer un art. Il est clair d’ailleurs que le peu d’enseignement artistique au collège ne vise pas à la

pratique : sans instruments, sans matériel, avec des élèves assis à leur bureau dans le cadre de salles inadaptées comment pratiquer la musique, la danse, le théâtre, comment sortir les arts plastiques de l’espace plan de la feuille pour en faire toucher la matière et le volume ? Le remède préconisé ces dernières années dans l’Éducation Nationale est le recours magique à … l’Histoire des Arts. Nécessitant beaucoup moins de moyens, praticable en classe entière, c’est la panacée ! Sauf que celui qui aime les arts sait intimement qu’il y a accédé en jouant, en dessinant, en dansant au moins un peu lui-même… ce que le temps scolaire ne actuellement donner, que le périscolaire ne fournira pas sans moyen (Le ministère de l’Éducation nationale veut-il en mettre ? ), et que le «hors scolaire» dispense pour l’heure très inégalitairement, à ceux qui

en ont les moyens, et l’habitude familiale. De plus, actuellement, aucun horaire supplémentaire n’est affecté à l’enseignement de l’Histoire des Arts en collège, qui ampute donc les heures d’enseignement artistique, d’EPS, d’histoire ou de lettres selon la bonne volonté des enseignants, en plus des programmes… Les seules classes qui y accèdent sont donc déjà celles qui n’ont pas de difficultés avec l’enseignement disciplinaire. Il serait certainement plus efficace, pour dispenser une éducation artistique et culturelle de qualité, de repenser d’abord ses modalités d’enseignement en classe, avec les enseignants, en écoutant enfin le B.A.BA de leurs besoins… AGNÈS FRESCHEL 1

www.culturecommunication.gouv.fr/Politiquesministerielles/Consultation-education -artistique-et-culturelle

de bois département de 165 000 habitants, un territoire diffus qui a une histoire industrielle. Une politique ambitieuse de développement culturel est à l’œuvre, en particulier dans la Communauté de Moyenne Durance qui compte 15 000 habitants. Elle repose avant tout sur des équipements, des lieux où initier les rencontres avec les artistes (Théâtre Durance, médiathèque, cinéma), des lieux de pratique artistique (écoles de musique, de danse…), un soutien volontariste au milieu associatif, et des actions de médiation qui favorisent l’accès aux spectacles. Ainsi au théâtre Durance des passionnés développent des actions avec les établissements scolaires, ménageant des rencontres avec les artistes, des projets danse, cinéma, des ateliers avec Sonia Chiambretto en résidence d’écriture… Claire Antognozza, adjoint au maire de la ville d’Arles et déléguée à la culture, évoque une autre situation d’éloignement de la culture : la pauvreté. À Arles, comme à Marseille, 52% de la population n’est pas imposable. Un travail important s’effectue entre la Mairie, l’éducation nationale, la DRAC, les autres partenaires. La mission de la mairie est de poser la question de l’égalité dans la répartition égale, voire volontairement ciblée envers les populations éloignées, des propositions culturelles, qui ont trop tendance à se porter vers les élèves déjà proches de la culture. Laurent Lucchini, proviseur du Lycée Victor Hugo, établissement dit «prioritaire», insiste sur la grande pauvreté de l’hypercentre de Marseille : sur les 20 000€ alloués par l’État au Lycée, 14 000€ sont attribués au fond social, et il reste peu pour financer les actions culturelles. D’où l’importance des partenariats

passés avec le secteur culturel : la Friche de la Belle de Mai offre ses salles pour la pratique artistique, les projets européens, régionaux, le dispositif des PAM, les partenariats avec les associations, les places de concert et de spectacles offertes par nombre de compagnies et de lieux permettent seules d’offrir une véritable vie culturelle aux élèves. Laurent Lucchini souligne également le rôle des chefs d’établissements, qui est de faciliter la tâche des enseignants, très sollicités, en prenant en considération le temps important qu’ils consacrent à l’organisation de l’activité culturelle : ces activités, «chronophages et énergivore pour les enseignants qui ont le courage de s’investir» «instaurent un climat de confiance et apportent de vraies bouffées d’oxygène». Qu’il faudrait pouvoir rémunérer et prendre en compte dans les horaires de travail des enseignants ? On attendait beaucoup de la conclusion de Chantal Ohanessian, déléguée académique à l’éducation artistique et culturelle. Les problèmes de spécificité de la transmission artistique, de la pratique, de l’égalité territoriale, la question du temps de travail pour les enseignants avaient été remarquablement évoqués par les intervenants. Mais la déléguée académique s’est livrée à un exercice langue de bois remarquable, formulant un discours abscons qui n’évoquait aucune des problématiques soulevées, oubliant ce que signifie le terme colloque, et empêchant par la longueur de son discours toute discussion avec la salle… Une attitude qui augure bien mal de la capacité d’écoute et de changement de la hiérarchie de l’Éducation Nationale ! MARYVONNE COLOMBANI

La table ronde du 19 janvier du colloque Culture(s) à l’école : un enjeu pour l’égalité était animée par Agnès Freschel


Le monde et l’actuel 06 É V É N E M E N T S

Depuis trois ans la Région PACA édite, avec l’Arcade, quelque temps avant Babel Med, une compilation promotionnelle de musiques actuelles qui permet de donner une visibilité aux groupes aidés par son Conseil Artistique à la Création (Cac). Cette année cette compilation gratuite, distribuée dans les marchés nationaux des arts vivants, rassemble 29 titres de musiCompile CAC 2012 ques actuelles, auxquels s’ajoutent 28 groupes de musique du monde. Cet outil promotionnel, de qualité, s’ajoute aux dispositifs convergents que la Région met en place pour soutenir et professionnaliser ces musiques. Ainsi Cécile Helle, vice-présidente déléguée à la culture, soulignait «l’importance d’un réseau présent dans tout le territoire, où autour des musiques des choses se tissent entre pratique et diffusion, et mutualisation des équipements». En effet la région PACA soutient à la diffusion 15 structures conventionnées, plus quelques lieux nouveaux, subventionne une dizaine d’équipements de répétition labellisés, 3 centres de formation professionnelle… Ces aides s’augmentent d’un soutien massif aux festivals comme Marsatac ou Babel Med, et en 2013 de l’opération Le Monde est chez vous (voir Zib’58).

Pertinence et efficacité ? Cette approche structurée d’un monde artistique qui l’est peu, et chemine parfois directement de l’underground rebelle aux industries culturelles médiatiques, introduit un critère qualitatif qui facilite la sortie de l’anonymat et de la précarité économique, et doit en principe s’arrêter lorsque l’entreprise artistique est devenue médiatique et rentable. Mais le CAC, qui dispose d’une enveloppe de 300 000 € annuels pour 57 groupes aidés, soit une moyenne de 5200 € par groupe, ne peut évidemment pas suffire à les produire : cette aide est pourtant devenue un apport indispensable dans un secteur en crise où le disque meurt, et où les artistes bankables tendent de moins en moins la main aux émergents, tout en monopolisant les affiches des festivals, des scènes musicales voire généralistes… Le rapprochement entre Musiques du monde et Musiques actuelles est une idée pertinente, puisqu’on y retrouve les mêmes caractéristiques : une quasi absence de femmes, en dehors de quelques-unes qui chantent, mais ne jouent pas (voir p 64) ; des harmonies et des rythmes pas très inventifs, mais des paroles et des propos qui portent, et des émotions… On s’étonne toutefois de trouver parmi ces groupes aidés les mêmes qui devraient depuis des années être sortis de ces dispositifs transitoires pour faire place à la véritable émergence : Juan Carmona, Françoise Atlan, voire Archie Shepp (si si, avec Raphaël Imbert et Manon Rampal..) devraient pouvoir se passer du soutien du CAC… mais le contexte

économique amène à retrouver d’année en année Lo Cór de la Plana, la Fanfare Vagabontu, Paratge, Sam Karpiénia, Ottilie [B], Ahamada Smis, Christophe Leloil ou Nicolas Cante. Ce qui permet une compilation régionale d’une sacrée qualité ! Avec ce double disque on en découvre d’autres aussi, qui bientôt on l’espère n’auront plus besoin du CD du CAC pour être entendus ! AGNÈS FRESCHEL

Disparition/ apparition Il fut question, durant la conférence de presse, de la fermeture du Grenier à sons à Cavaillon, une des 16 structures convention-nées Lieu de Développement de Musiques Actuelles. Les subventions auparavant allouées à cette scène, fermée pour cause d’arrêt brutal de subventionnement de la Ville de Cavaillon, sont reportées par la Région, l’État et le Conseil Général 84 sur une nouvelle scène de musiques actuelles (SMAC) de territoire qui regroupe La Gare Coustellet, Akwaba à Châteauneuf-de-Gadagne et Freesson. Le Vaucluse ne perd donc «que» la subvention de la Ville de Cavaillon, qui coupe aussi les subsides de la Scène nationale, et décidément ne mise pas sur la culture pour sortir un électorat massivement FN de ses horizons étroits… A.F.

Disparition/structuration Le Point de Bascule, lieu délicieusement atypique à Marseille, porté par une équipe de bénévoles écolos plus gauchistes qu’anars, va mal. Dans cette très belle double salle voutée qui ne vit que de ses adhésions, les artistes se produisent comme chez eux, les associations se rassemblent, la marchandise de récup circule comme la parole, et des moments formidables, politiques, se vivent. Mais jusqu’alors le Point de Bascule n’obéissait pas aux normes des salles, n’acquittait Francois Pecqueur, responsable du Point de bascule, pas ses droits, ne rémunérait pas les artistes sinon à lors d'un vrai-faux proces à Monsanto © X-D.R la recette… ce que lui reprochent des collectivités qui ne veulent pas subventionner une association aux pratiques libertaires intéressantes, mais peu légales. Or le Point de Bascule, acculé économiquement, a fait aujourd’hui de vrais efforts de structuration : il serait plus que dommage que ce lieu alternatif bascule hors de la viabilité… lui qui ne demande pas grand-chose, sinon de parvenir à payer son loyer ! A.F. Vous pouvez d’ailleurs soutenir le Point de Bascule ici, en adhérant ! www.lepointdebascule.fr

Apparition/ contestation

Comment ! La Ville de Marseille a attribué à Adam Concerts 400 000 € pour faire venir David Guetta au Parc Borély cet été ? Cette confusion entre culture et événementiel, et entre intérêt privé et subsides publics, est emblématique des dérives des industries culturelles. Les tourneurs qui font venir des artistes bankables en retirent un large bénéfice économique : 23 000 places, à 50 € de moyenne, sont mises en vente, soit 1,15 million d’euros, sans compter l’exclusivité de la vente aux buvettes… Ils n’ont aucune raison de recevoir de l’argent public… Si l’été marseillais manque de fête et de concerts, et si Adam concerts a parfaitement le droit de faire venir la star musicale française la mieux payée du show biz, quel est donc l’intérêt culturel de cette musique pauvre à pleurer, qui de plus n’a aucun besoin des subsides publics pour générer des bénéfices indécents, au vu des difficultés économiques des vrais artistes ? A.F.


tité culturelle, le chorégraphe catalan Pere Faura qui joue avec des titres de journaux dans Diari d’accions (1er mars à Sorgues) et Thomas Ferrand pour «une version hallucinée du Dom Juan de Molière» dans Mon amour (2 mars au GiraSole).

Des textes à danser Rondoni Maisonneuve © Nicolas Michel

08 É V É N E M E N T S

En résistance La semaine de la danse prend ses quartiers d’hiver autour d’Avignon Ancien interprète de Bagouet, Fabrice Ramalingom présente la pièce punk jubilatoire My Pogo (27 fév au Thor). Retrouvailles avec l’américain Jonah Bokaer qui interroge dans Le Syndrome d’Ulysse (25 fév à Sorgues) sa double iden-

DELPHINE MICHELANGELI

Les Hivernales, Avignon, Vaucluse, La Chartreuse, Aix, Marseille du 23 fev au 2 mars 04 32 76 05 32 www.hivernales-avignon.com

Sonnez «greli grelo» au Vélo ! Organisé par le Vélo Théâtre, le festival pour toute la famille débarque dans les communes du Pays d’Apt. Neuf jours de théâtre, musique, danse, par des compagnies d’ici, de France, d’Italie ou de Belgique, installées dans les quartiers ou sous chapiteau, à tout petits prix : la belle affaire ! Pour débuter en fanfare cette 6e édition, un Bal Sucré Salé avec L’Unité Spéciale des Kamikazes Urbains Libres : accordéons, clarinettes, violons, cornet à piston… feront danser petits et grands (1er mars). Avec Molin-Molette, les enfants vivront une expérience clownesque avec un duo chercheur qui élève des ressorts et fabrique du silence (1er et 3 mars). Lionel Romieu et Jean-Philippe Barrios dévoileront leur cuisine interne dans le spectacle musical Yorg-itsa (4 et 5 mars). Le Teatro de La Grenouille... Cie Vélo Théâtre © X-D.R

Pour la 35e édition des Hivernales, le Centre de Développement Chorégraphique relève le défi des contraintes économiques et étend le festival sur le territoire régional. Face à la baisse des crédits, le directeur Emmanuel Serafini, en préambule d’un programme axé sur la Méditerranée, lance un «appel à résister», inquiet de sa pérennité. Malgré ce contexte, le festival continue d’inventer des formes, invite par dizaine les danseurs sur les plateaux, rend des hommages, présente 4 expositions, crée des partenariats intelligents… pour 36 rendez-vous à la découverte de chorégraphes de notre région et du bassin méditerranéen, auxquels se rajoutent 15 stages, dans des formules plus flexibles (et moins chères) sur 2, 4, 8 jours. Dont : une classe quotidienne de Nina Dipla, la danse verticale avec Antoine Le Ménestrel, un atelier mené par Dominique Dupuy. Le 23 fév, c’est avec le Marathon Bagouet que le ton sera donné. Le Palais des Papes recevra dans trois de ses sublimes salles danseurs confirmés et jeune génération pour interpréter ses pièces (le groupe Coline, Annabelle Pulcini, l’école cannoise Rosella Hightower, l’ENSD de Marseille, Christian Ubl et Edith Christophe). À la Chartreuse, Christian Bourigault reprendra F. et Stein, pièce emblématique, tandis qu’Angels Margarit et Thomas Hauert y offriront un voyage dans From B to B (1er mars).

Dominique Dupuy revient pour deux versions d’Acte sans paroles de Beckett, avec le circassien Tsirihaka Harrivel (24 fév au Chien qui Fume). Dans le bel écrin de l’Opéra Hervé Koubi reprend Ce que le jour doit à la nuit, créé au Pavillon Noir aixois d’après le roman de Yasmina Khadra (23 fév). Nouveaux partenariats avec le KLAP à Marseille qui accueille Laurence Rondoni et Sandrine Maisonneuve, qui travaillent à partir des métamorphoses d’Ovide avec 14 danseurs égyptiens (25 fév, navettes Avignon/Marseille); et un Focus sur trois chorégraphes israéliennes au Pavillon Noir d’Aix et (28 fév, 1er mars, navettes). C’est à partir d’Ingres et de la pensée de Fatima Mernissi, qu’Héla Fattoumi et Eric Lamoureux questionnent, dans Masculines, la féminité d’une rive à l’autre (26 fév à Cavaillon). À Morières danse et marionnette esquissent un pas

de deux dans Krafff, à voir en famille (1er mars). À Avignon, huit danseurs se succéderont dans Précipitations (28 fév à Benoit XII) et une création partagée au théâtre des Doms avec Bloom Studio 1 et 2 (24 et 25 fév). Au CDC ? Tomeo Vergés se dévoilera dans Anatomia publica, entre saccades et interruptions (1er mars). Dans John, Ambra Senatore approfondit la gestuelle masculine (27 fév au CDC). Sans oublier les productions : Office du Tourisme par Michaël Allibert (24 et 25 fév), Carnets de route de Samir El Yamni (le 26), un «tea-time» à La Mirande par Robin Decourcy et le Ballet de l’Opéra d’Avignon (26 fév au 2 mars), un solo et un duo d’Alain Michard et Mustafa Kaplan (1er et 2 mars), une «danse de jubilation orgiaque» avec Memento Mori de Pascal Rambert (24 fév). L’artiste grecque Patricia Apergi clôturera la manifestation mêlant énergie et humour corrosif dans D.opa (2 mars à Benoit XII).

Piccione déposera dans A Pancia in Su sa douce poésie autour du quotidien, des peurs et des désirs (4, 5 et 7 mars). Dans C’est aujourd’hui demain, la Cie bout d’ôm de Charlotte Smither invitera au dialogue sur la perception du temps entourée de trois personnages renversants (6 au 8 mars) et dans I see you, les belges du Kabinet K offriront un diptyque pour deux enfants, deux personnes âgées et deux chorégraphes (8 et 9 mars). Expérience sensorielle avec La grenouille au fond du puits croit que le ciel est rond, nouvelle création maison du Vélo Théâtre, pour un spectacle-parcours dans les souvenirs de Monsieur Brin d’Avoine (7 au 9 mars) et du 4 au 9 mars, les enfants (dès 2 ans) suivront les péripéties de Louise/Alice dans C’est dans la poche. En avant-goût du festival, le 20 fév, le Cinémovida d’Apt propose un ciné-goûter animé avec Malin comme un singe, trois films empruntant à la peinture et au théâtre d’ombres chinoises. DE.M.

Festival Greli Grelo Pays d’Apt du 1er au 9 mars 04 90 04 85 25 www.velotheatre.com


Les formes de la Méditerranée

Interzone, Extended © M. Guillerot

Mare Nostrum, temps fort dévolu à des propositions théâtrales et musicales des pays du pourtour de la Méditerranée, s’installe durant tout le mois de mars aux Salins. Pour commencer, le 5 mars, après une résidence à l’Étang des Aulnes, Interzone crée Extended, un voyage musical qui s’imprègne de la culture musicale de chacun des membres de la formation : Serge Teyssot-Gay (guitare) et Khaled Al Jaramani (oud), créateur du duo originel, Carol Robinson (clarinette), Ibrahim Maalouf (trompette) et Keyvan Chemirani (zarb)(et le 15 fev à la scène nationale de Cavaillon). Le 8 mars, Que la noce commence, adaptation et mise en scène, par Didier Bezace, du film de Horatiu Malaele Les noces silencieuses, invite à vivre une noce bousculée dans la Roumanie de 1953 à la mort de Staline… Le 12 mars les

Invisibles de Nasser Djemaï s’inviteront sur scène, ces Chibanis, travailleurs immigrés dont la France était devenue le pays, mais qu’ils habitent en retraités fantômes. Dans la salle du bout de la nuit, transformée en bateau pour l’occasion, le Groupe Maritime de Théâtre joue Jeunesse, le récit de l’odyssée de Judée, de tempêtes en catastrophes sur un vieux raffiot, voyage initiatique de l’adolescence vers l’âge adulte (le 13 mars). Puis Jean-Claude Berutti, artiste associé au Théâtre cette saison encore, continue son exploration de l’œuvre d’Etel Adnan : après Jenine, lu dans le cadre de Mare Nostrum l’an passé, il met en scène Un crime d’honneur, récit d’un des souvenirs de jeunesse d’Etel Adnan (le 15 mars). Le lendemain, le contrebassiste catalan Renaud Garcia-Fons entraine le public dans son Solo, en faisant par-

tager «une musique sans frontières ni limites de style, une musique qui érige des ponts entre le jazz, le classique et les folklores du monde méditerranéen, oriental et latin». Enfin, en clôture le 26 mars, les Ensembles Jacques Moderne et Concerto Save donnent à entendre un répertoire d’Histoires Sacrées, avec au programme des œuvres de Giacomo Carissimi et Domenico Mazzocchi, pour clôturer Mars en baroque (voir ci-dessous). DO.M.

Mare Nostrum du 5 au 26 mars Théâtre des Salins, Martigues 04 42 49 02 00 www.theatre-des-salins.fr

C’est le voyage qui a façonné la musique occidentale, fait circuler la composition, et fabriqué cet art unique reposant sur une science neuve de l’harmonie. Âge d’or ? Il est passionnant en tous les cas de se pencher sur cette circulation d’un langage qui a sans doute fait naître la première pensée européenne, en tant que système et langage communs… sans parler des genres naissants de l’opéra (Héroïnes de Rome avec des airs de Scarlatti, Porpora et Haendel le 16 mars aux ABD), de l’oratorio (Histoires sacrées le 26 mars aux Salins) et de la musique instrumentale sans voix (Kenneth Weiss dans les Variations Goldberg le 17 mars au Temple Grignan). Cette circulation musicale et ces naissances de formes seront au cœur de la 11e édition de Mars en Baroque, en partant de l’Italie. Edition riche, qui bénéficie du label MP2013 et du mécénat de la société générale, débute à Saint Victor avec Sandrine Piau et Concerto Soave, n’oublie pas de faire une place de choix aux jeunes instrumentistes, solistes ou ensembles, et se clôture avec les ensembles Jacques moderne

et Concerto Soave, la voix inoubliable de Marià Cristina Kiehr, et Jean-Marc Aymes au clavecin. Entre temps 13 lieux auront été visités pour des concerts bien sûr, mais aussi des films (Le couronnement de Poppée et Le Casanova de Fellini les 5 et 6 mars aux Variétés)et des conférences (voir p 32), et, pour mieux comprendre l’origine de la musique baroque, une rencontre entre le luth et son cousin méditerranéen (Saïd Chraïbi, oud, le 22 mars à la Criée, Paul O’Dette, luth, le 23 mars au Temple Grignan), et une plongée dans la musique polyphonique du XVIe siècle (Lassus et la polyphonie franco-flamande par l’ensemble Vox luminis le 9 mars à Saint Laurent). Un voyage, on vous dit ! AGNÈS FRESCHEL

Mars en Baroque Du 5 au 26 mars Marseille, Martigues 04 91 90 93 75 www.marsenbaroque.com

Sandrine Piau © Antoine Le Grand - naive

Voyage baroque

09 É V É N E M E N T S


Dans le Baba !

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Macha Makeïeff © France Keyser

É V É N E M E N T S

Les Mille et une Nuits, indissociables pour Macha Makeïeff de son rêve marseillais, étaient dès l’origine au cœur de son projet de Criée. À un mois de la création, alors que les répétitions battent leur plein, elle nous explique pourquoi Ali Baba…

Zibeline : Pourquoi ce conte d’ailleurs et d’un autre temps vous fait-il rêver ? Macha Makeïeff : Il porte le bruit du monde d’aujourd’hui, de la poésie de Marseille, avec sa fantaisie et son fracas. Ali Baba est habité d’une sorte d’innocence qui lui ouvre les portes de la métamorphose, et cet Orient, tragique et sensuel, me parait pouvoir répondre à mon désir de théâtre pour tous. Cet Orient-là est pourtant très littéraire… Oui, mais il parle à tous, tout le monde connaît Ali Baba à sa manière, les enfants, les érudits… il y a une empathie particulière avec cette histoire. Comme tous les contes il dégage une puissance symbolique qui nous rassemble, mais Ali Baba a aussi des caractéristiques pasoliniennes. Il y a des mauvais garçons, cela parle d’un monde qui change, de l’effraction de la richesse dans une existence de pauvre, des échanges marchands… Avez-vous conservé une structure narrative enchâssée ? Oui, le récit est dit par Shéhérazade comme dans les Mille et une nuits, puis elle se transforme en Morgiane et mène ensuite la danse dans Ali Baba.

Avez-vous théâtralisé le récit, la narration ? Tout à fait, je me suis beaucoup amusée à écrire des dialogues, sur mesure pour mes acteurs qui ont des accents, des façons de parler particulières. Le récit est en trois langues, Arabe, Français et Perse ? Essentiellement en Français, pour la lisibilité, mais je voulais que ces trois langues parlent par instants. Quels mondes sont évoqués par les décors, les costumes ? Les accessoires sont très réels, le décor est fabriqué à partir de fragments de la réalité concrète mais la métamorphose surgit, et l’étrange folie d’Ali… On pourrait croire que tout est hallucinatoire, qu’il rêve tout cela. Aujourd’hui au théâtre toute la magie est possible, il y a un vrai bonheur de la fiction, et on ne s’en prive pas ! ENTRETIEN RÉALISÉ PAR AGNÈS FRESCHEL

Ali Baba du 13 au 29 mars La Criée, Marseille 04 91 54 70 54 www.theatre-lacriee.com du 5 au 7 avril Théâtre Liberté, Toulon 04 98 00 56 76 www.theatre-liberte.fr

Apprendre la vie La bibliothèque de l’Alcazar accueillait le 24 janvier une rencontre intitulée Le livre et l’enfant, regards sur 40 ans de littérature jeunesse dans le monde arabe. Autour de Mathilde Chèvre (éditrice du Port à Jauni, maison d’édition bilingue), deux auteurs : Samah Idriss (Beyrouth) et Walid Taher (Le Caire). La responsable de l’Île aux livres à la BMVR Anne-Marie Faure le déplore : «dans les bibliothèques, on méconnaît la littérature arabe, on se rabat sur des traductions», faute de diffuseurs comme l’Oiseau Indigo, capable de donner à voir sa diversité. Pourtant, se pencher sur son évolution donne à réfléchir. À la fin des années 60, on lisait aux enfants arabes des récits de guerre, dans lesquels le héros miniature triomphait de l’ennemi par la ruse. Comme partout dans le monde, la jeunesse n’était considérée que comme «une argile à façonner idéologiquement».

En France selon les périodes, on trouvait bien dans les manuels scolaires des problèmes d’arithmétique comptant les «boches», ou les «dépenses inutiles» des ouvriers, sans même parler des fillettes promises à un avenir matrimonial exclusif peuplant les publications pour enfants. Aujourd’hui, on subit des collections roses pour les filles et bleues pour les garçons, proposant un cliché comme référence universelle ! De la différence très politique entre éducation et formatage... Plutôt que d’influencer ces petits pour en faire de futurs adultes normés, ne pourrait-on leur suggérer des ouvrages qui développent l’esprit critique et leur permettront de prendre des décisions éclairées ? Samah Idriss en témoigne : «Au Liban, l’école considère mon travail comme impur car il mélange la langue littéraire et le dialecte. Pourtant, mes livres sont les plus vendus dans le pays, offerts aux enfants par une partie de la

population plus ouverte.» Son expérience le démontre : les choix de chacun comptent, en matière d’intelligence collective. GAËLLE CLOAREC

À venir Pour fêter ses 10 ans, Laterna Magica déploie sa programmation consacrée aux arts de l’image toute l’année 2013. Jusqu’au 17 fév, le studio Fotokino accueille une bibliothèque éphémère consacrée à la littérature jeunesse dans le monde arabe. Chaque 1er samedi du mois de mars à décembre, un «temps festif» ouvrira d’autres expositions, cartes blanches à un artiste avec ateliers à la clé. Sans compter les surprises hors-les-murs, à la Criée, au Waaw, au Lièvre de Mars ou au J1. Marseille 09 81 65 26 44 http://fotokino.org


© Pierre Grosbois

Sans faille aucune Une passerelle s’est créée entre l’écrit, la littérature, et le théâtre. Comme une évidence, Catherine Marnas a adapté, et mis en scène, le roman fleuve de Nancy Huston, Lignes de faille, pour en faire une œuvre théâtrale en tout point remarquable. Elle a respecté et mis en évidence la construction du roman, le découpage en quatre parties, quatre géné-

rations au sein d’une même famille dont on remonte l’histoire de 2004 à 1944. Et sa particularité, l’histoire étant racontée par des enfants de 6 ans. Comme dans le roman, le trait n’est jamais forcé, et le propos jamais enfantin. Tous détiennent une partie d’une vérité implacable qui ne sera dévoilée qu’à la toute fin, après soixante ans d’une saga qui

Toujours Ferré Le Festival Avec le temps, qui se déroulera à Marseille du 16 au 27 mars, rend cette année hommage à Léo Ferré. À la bibliothèque de l’Alcazar, une exposition de photos d’Hubert Grooteclaes, véritable biographie en images de celui qui fut le photographe attitré de l’artiste (du 5 au 30 mars), ainsi qu’une conférence par Colette Brognard, écrivain, amie et biographe de Ferré, Léo Ferré sous un autre regard (le 19 mars à 16h). Le cinéma Les Variétés programme lui la projection de Léo Ferré – Sur la scène, film du récital intimiste que donna le chanteur à l’Olympia en 1972, accompagné au piano par Paul Castanier, compagnon des débuts (le 18 mars à 20h). Et pour compléter ce tour d’horizon, un concert : l’Espace Julien accueille, en partenariat avec Le Cri du Port, Marcel Kanche & I.overdrive trio pour un bal underground qui se réapproprie les chansons de Ferré, avec guitares rock saturées, batterie jazz et trompette entre autres (le 21 mars à 20h30). À noter que vous avez l’occasion de coupler projection et concert pour un prix très attractif… Festival Avec le temps du 16 au 27 mars Divers lieux, Marseille www.festival-avecletemps.com

mêle petite et grande Histoire, l’intime et le politique. Et qui remonte aux mythes qui fondent une histoire familiale, à partir de cette faille insondable de la deuxième guerre mondiale. Sur le plateau nu, une table et quelques chaises rendent compte de l’unité de temps, des maquettes dont le volume illustrent les lieux de l’action sont manipulées comme des jouets, des projections vidéos sur le sol imagent les propos, tandis qu’une bande son particulièrement bien ajustée vient souligner le récit. Tout dans la mise en scène de Catherine Marnas est juste et pertinent, de la fluidité de la narration à l’utilisation de l’espace. Mais ce qui force l’admiration c’est le jeu des comédiens, si intelligemment dirigés : avec une grande maîtrise des dialogues et de la narration, ils passent de l’insouciance d’une vie d’enfant à l’inquiétude, d’une bouleversante prise de conscience au désespoir ou à l’angoisse, traversant les personnages et les âges avec une prodigieuse aisance, et une force émotionnelle peu commune. Jamais le temps n’aura paru si court au théâtre… DOMINIQUE MARÇON

Lignes de faille a été joué au Théâtre d’Arles les 8 et 9 février

À venir du 5 au 10 mars La Friche La Belle de Mai, Marseille 04 95 04 95 95 www.lafriche.org

La Friche en folie ! Les Made in Friche, parcours qui rythmeront l’année capitale une fois par mois, proposent le temps d’un week-end conférences, expositions, ateliers, concerts et spectacles. Un programme riche et intense, qui satisfera tous les goûts et tous les âges, proposé par les frichistes, compagnies et associations résidentes. Côté arts visuels, l’exposition Lumière et Silence et la conférence de l’atelier Ferdinand permettront de comprendre la complexité d’un projet d’architecture. L’installation Aire numérique, pour sa part, propose de nombreuses projections captivantes. Des ateliers Bad Trip seront organisés pour l’exposition Psykémétal/Psykémental ?, l’occasion de réaliser un logo et une pochette de disque

délirante et survoltée ! Dans le cadre de Cirque en Capitales, des représentations de Carnages, la dernière création de François Cervantes, sont au programme (voir p X). Le réalisateur JeanJacques Jauffret théâtralise son cinéma avec No signal [?help]. Côté médias, vous pourrez assister en direct aux émissions et concerts de Radio Grenouille. Et pourquoi pas finir par une agréable balade en pousse-pousse dans la Belle de mai ? A.-L.R.

Week-end Made in Friche #2 Du 16 au 17 février La Friche, Marseille 04 95 04 95 95 www.lafriche.org

11 É V É N E M E N T S


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Danse Delhi d’Ivan Viripaev tourne et retourne autour de la question de la souffrance, et de la mort. De la catharsis aussi, artistique. Comment réagir à Delhi face à la misère absolue ? dans une salle d’attente d’hôpital quand on vous annonce la mort de vos parents, que l’homme que vous aimez ne vous aime pas, que celle que vous avez quittée s’est suicidée, que votre cancer est revenu ? Hystérie, insensibilité, déni, méchanceté, larmes, ce n’est pas tant l’attitude immédiate, toujours inattendue, que Danse Delhi expose, mais ce qu’il faudrait en faire, de cette douleur, de cette mort des autres. Si la danseuse sait la sublimer en créant une œuvre -en se

servant du malheur pour construire son bonheur lui reproche sa mère-, les autres pataugent, entre l’empathie à laquelle ils ne parviennent pas, et la culpabilité qu’ils refusent d’assumer ou qui les ronge… Une fois encore l’écriture dramatique de Viripaev épate : il nous fait toucher du doigt notre rapport à la mort dans une structure étoilée, sept variations qui se reprennent en partie et changent de motifs, toujours exposés avec une limpidité jamais morbide, sensible à tout instant. La mise en scène de Galin Stoev qui pourrait être clinique dans ce décor blanc d’hôpital révèle au contraire l’humanité des personnages, portés par des comé-

© Elisabeth Carecchio

Transmuter la souffrance

diens formidables, précis, drôles par instant, habités toujours jusque dans leurs répétitions mécaniques. Le duo russe en est à sa 4e collaboration, et on se souvient en particulier d’un Oxygène bouleversant et asphyxiant. Depuis ces premiers textes écrits et portés à la scène leur double écriture théâtrale évolue, passe du cri rauque et rock face public à une forme hyper

¡Arriba El Cid ! Le Cid en fanfare et caravane congés-payés, ça décoiffe ! Remis à la sauce franquiste avec généraux médaillés et bornés, à l’ombre des remparts du château-fort des Croisades, le spectacle imaginé et conçu par Philippe Car et Yves Favrega garde la trame cornélienne et les alexandrins, tout en jouant sur une piste circulaire qui évoque un manège enfantin. Le mélange des genres est décapant ! C’est en petite voiture et chauffeur que se font les déplacements sur le champ de bataille et Rodrigue ne manie pas trop bien l’épée. Cependant tout y est. Les grands moments attendus de la pièce de Corneille sont donnés et repris à voix basse dans la salle où les spectateurs se souviennent des textes ânonnés en classe : «Percé jusques (z) au fond du coeur...», «Rodrigue as-tu du coeur... ?», sans oublier «Nous partîmes cinq cents... !». L’intrigue est resserrée, les cinq comédiens nous réjouissent, passant d’un rôle à l’autre en tours de passe-passe, chansons et musique avec Histoire d’un amour de Dalida ! L’atmosphère est typiquement espagnole avec Rodrigue en

construite qui joue de cycles, brise et reconstruit le quatrième mur, sait naviguer entre les affres du drame, le frisson de l’instant bouleversant, et l’éclat de rire… Sur un thème aussi âpre, c’est un exploit ! AGNÈS FRESCHEL

Danse Delhi a été joué à La Criée, Marseille, du 5 au 9 février

Forcer le destin matador, mais la muleta rouge est détournée et sert de paravent pour le changement de costume de Chimène (merveilleuse Valérie Bournet !). L’art du détournement fait d’ailleurs toute la saveur comique d’un spectacle toujours malicieux, qui rappelle l’unité de temps en indiquant l’heure régulièrement… et la futilité des règles d’honneur en répétant : «Tout ça pour une gifle !». CHRIS BOURGUE

El Cid est joué au Gymnase, Marseille, jusqu’au 16 février

À venir du 20 au 23 fév Le Cratère, Alès 04 66 52 52 64 www.lecratere.fr du 2 au 6 avril Théâtre de Grasse 04 93 40 53 00 www. theatredegrasse.com © Agnès Mellon

le 30 avril Théâtre de Fos 0810 006 826 www.scenesetcines.fr et en juillet 2013 au Festival Off à Avignon… Exposition La Caravane du Cid, sur le processus de création du spectacle, à la Maison de la Région, Marseille, du 1er février au 9 mars www.voyagesimaginaires.fr

Pour sa dernière mise en scène en tant que directrice du Gyptis, Françoise Chatôt a choisi de continuer son voyage en Shakespeare et de monter Macbeth, la plus noire de ses tragédies sans doute, traversée de sang, de folie, d’errements, de «bruit et fureur». Mettre en scène ce bijou brut n’est pas aisé, et Françoise Chatôt a su avec une vraie simplicité se mettre au service du texte : vidéo au lointain, pas de décor sinon sonore (travail discret et fin d’Alain Aubin qui ambiance simplement la tragédie), le plateau est nu, découpé à l’avant scène pour ouvrir sur des profondeurs qui seront sondées, jusqu’aux tréfonds… Les rênes sont donc confiées aux comédiens, qui s’en emparent avec une aisance inégale, et pas tous sur le même ton. Ainsi le couple Macbeth et sa Lady (Philippe Séjourné et Agnès Audiffren), dont on connait à la fois le talent et la complicité, a du mal à s’harmoniser sur scène, et on ne sait ce qui les domine. Les déplacements de groupe sont malhabiles et les trois sorcières, séduisantes et jeunes, ont un côté héroïc fantasy trop appuyé. Qu’importe, le destin avance, les subtilités du texte s’entendent, et la grossière erreur de Macbeth qui croit devoir plier son destin, et oublie de le lire à l’aune du bien et du mal. Plusieurs centaines de personnes sont venues durant ces trois semaines écouter un texte majeur que la plupart n’avait jamais entendu, dans un quartier plus que populaire. Preuve qu’il serait irresponsable de le fermer après 2013 ! AGNÈS FRESCHEL

Macbeth a été créé au Gyptis, Marseille, du 22 janvier au 9 février


«Forget me not» (Ne m’oublie pas !), ce sont les derniers mots que ce chevalier anglais adressa à sa bien-aimée, envoyant sur le rivage la fleur pour laquelle galamment il se noyait. C’est ainsi que naquit le myosotis. Philippe Genty donne cet appel en titre de son dernier spectacle. L’étrangeté se déploie dès la première image : un personnage entre sur scène, en robe longue, entame un chant lyrique… se retourne enfin vers les spectateurs, il s’agit d’une chimpanzé de taille humaine qui nous regarde. De son chant naissent des figures qui peu à peu s’animent. Chacune porte avec elle son double, marionnette de même taille, au visage identique. La danse les unit, laisse

naître le trouble : qui est vivant dans cet étrange ballet ? Les corps souples se plient, s’élancent, se mêlent, se séparent, s’emportent, s’alanguissent, virevoltent, hésitent. Puis une large toile, comme un sac immense laisse émerger nos personnages, se met à tournoyer avec lenteur, remodelant l’espace, valse mélancolique et langoureux vertige. La magie se poursuit en un conte d’hiver où l’imagerie naïve se teinte d’humour. La troupe danse, patine, chante avec un enthousiasme et une fraîcheur délicieuse. La force du spectacle selon Philippe Genty et Mary Underwood tient au fait qu’il s’agit de la transcription dansée de leurs rêves. À cela s’ajoutent

© Pascal Francois

Myosotis

des souvenirs, et la réussite du travail avec la jeune troupe norvégienne qui interprète au millimètre cette belle partition visuelle. Autre manière de replonger dans l’univers onirique et sensible de Philippe Genty, un ouvrage paraîtra en mai 2013 chez Actes

Sud, évoquant les conditions et les inspirations diverses de ses œuvres. MARYVONNE COLOMBANI

Ne m’oublie pas a été joué les 1er et 2 février au Théâtre Toursky, Marseille

Corne de brume Comment un petit employé de «maison de commerce» de Lisbonne qui regardait la mer sans trop s’approcher du bord du quai at-il pu composer une Ode Maritime aussi puissante et singulière dans son bouillonnement verbal ? Éternel mystère de l’homme -au pluriel pour Fernando Pessoa écrivain éclaté en hétéronymes divers- et de l’œuvre signée ici Alvaro de Campos, pseudo ingénieur-mécanicien de la marine jeté dans une houleuse modernité à qui la mer ouvre les routes de l’esprit. Ivan Romeuf, pieds nus sur les planches et droit dans ses jeans relève tranquillement le défi sans boire la tasse ; une scénographie assez juste (scène et murs comme un tableau noir sur lequel subsistent des fragments du texte à la craie / lumière mobile, discrète) offre une

immersion dans le texte que la voix porte peut-être trop sagement ; suivre fidèlement les fluctuations des affects turbulents qui montent et démontent le poème permet de garder l’oreille attentive du public mais gomme en même temps l’étrangeté sidérante de cette confession extrême où lyrisme et masochisme ne sont pas rimes de hasard. Romeuf n’est pas seul sur scène ; le saxophoniste Jean-Jacques Lion, invité à lui tenir compagnie dans sa grande tenue de dame (?) noire lusitanienne («corps de femme qui jadis fut mien») anneau de pirate à l’oreille, souffle, éructe et beugle trop souvent dans les paroxysmes de la voix, écrasante sirène de bateau qui noie tout. On patiente alors, confiant, certain que le silence va revenir et lorsqu’Ivan Romeuf lit «le ralentissement du © X-D.R

volant» assis sur un petit banc, lunettes sur le nez dans un coin de la scène, on goûte à nouveau le spectacle... MARIE JO DHO

Sur le Quai / Ode Maritime de Fernando Pessoa mise en scène et en jeu par Ivan Romeuf a été créé du 22 janvier au 2 février au Théâtre de Lenche, Marseille

Fantaisie boréale Ce que l’on voit d’abord c’est la glacière en plastique orange vif posée sur le plateau nu ; c’est elle qui donne le ton et la température ambiante par suggestion elliptique et subliminale : nous sommes donc dans les plaines enneigées du Grand Nord, voire sur la banquise, quand marseille objectif DansE et les Bernardines nous convient à une «promenade en pays proche» ! Un homme seul -mais les oreilles de sa chapka lui donnent déjà une tête de chien- arpente et dessine l’aire de jeu (volet 1 : Sous nos pas) en un prologue un peu énigmatique où il est question de théâtre puisqu’il est finement dit que dans cette comédie apparaîtront «des défunts» ; quelque peu égaré, que peut-il faire d’autre que raconter des horreurs sanglantes de cauchemar ou courir jusqu’à épuisement ? Le guitariste Alexandre Maillard en cowboy-bûcheron électrise brillamment la course folle d’Arnaud Saury et c’est le noir... Réchauffement avec le volet 2 : Paradise et les fesses fermes de Séverine Bauvais (le «vrai» chien c’est elle) qui frétillent de dévouement pour son maître : burlesque et tendre ; le texte ? on ne sait plus tant les corps pourtant modestes dans leurs déplacements dérisoires (déployer en vain un poster de paysage de neige / se caler l’un contre l’autre) suffisent à déposer une petite couche d’anxiété sur le rire qui affleure en permanence ; Séverine Bauvais danse des yeux et ce joli bricolage dit beaucoup sur la solitude glacée. On se réjouit de savoir qu’il y aura encore du travail, une suite et même un épilogue qui donnera à ces Mémoires du Nord la pointe de cohérence qui fait encore défaut. M.J.D.

Mémoires du Nord, projet en cours de la Compagnie Mathieu ma fille Foundation, a été donné au théâtre des Bernardines, Marseille, les 1er et 2 février

13 T H É Â T R E


Je suis venu te dire…

14 Clôture de l'amour, photo de répétition © Marc Domage

T H É Â T R E

Service minimum Tous les ingrédients semblaient réunis pour faire de La maladie de la famille M. un festin. Le texte et la mise en scène sont du dramaturge, comédien, cinéaste et traducteur italien Fausto Paravidino, dont l’œuvre est jouée à La Colline et au Centquatre à Paris. Et sa pièce a été plébiscitée en 2008 par le bureau des lecteurs de la Comédie Française qui, à présent, la joue en tournée. Trop de dates ? Lassitude ? Le manque d’entrain des sept comédiens était perceptible et donnait à la représentation au Théâtre Liberté un faux air de «Au théâtre ce soir» avec plateau-télé. Pierre-Louis Calixte, dans le rôle du médecin narrateur, n’est pas parvenu à lier la sauce tandis que chacun restait crispé dans son jeu, presque autiste, endossant les tics de son personnage. Seul le père de famille, interprété avec justesse par Christian Blanc, donnait chair à l’amertume du veuf despotique, démuni face à ses enfants devenus adultes, en prise aux tourbillons de l’amour et aux doutes. Dans un décor en trompe-l’œil juxtaposant habilement l’espace intérieur (la salle à manger) et extérieur (le jardin et son arbre mort), la mise en scène se réduisait à des chassés-croisés permanents et à des mises au noir de la salle. La banalité des mésaventures sentimentales, servies par des dialogues et des situations tout aussi banals, apparentent cette maladie à un vaudeville plutôt qu’à une tragédie shakespearienne. M.G.-G.

La maladie de la famille M. a été joué les 31 janvier et 1er février au Théâtre Liberté, Toulon

Clôture de l’amour ressemble à un long râle d’amour et de haine. Stan annonce brutalement à Audrey qu’il la quitte et que sa décision est irrévocable. Rien d’exceptionnel jusque-là : les histoires d’amour finissent mal en général... Sauf que Pascal Rambert a composé deux monologues d’une heure chacun lancés au visage de l’autre comme un uppercut ! Le choc est fatal, Audrey puis Stan s’écroulent face contre terre, seconde après seconde, corps asséchés, recroquevillés, anéantis par la

douleur, comme une chambre d’écho au verbe éructé. À la déflagration des mots. Rien ne pouvait présager de l’ampleur du tsunami sentimental, de la violence sourde de la logorrhée devenue explosive : «C’est la guerre… j’ouvre le feu» ! La langue de Pascal Rambert, saluée par le Grand Prix de littérature dramatique 2012, invective, violente, déchire, ausculte, crucifie ; elle n’oublie rien, n’excuse rien, ne tient rien à l’écart. Ni les bassesses de l´âme ni les souffrances physiques. Stan et Audrey ne sont pas épargnés. Pour faire entendre cette musique âpre, toute de fiel et de miel, il fallait deux acteurs au cœur bien accroché : Stanislas Nordey et Audrey Bonnet, dépositaires de la pièce écrite pour eux, sont magnifiques de justesse, capables de conjuguer un déchainement inouï de fureur avec un parfait self-control des nerfs. Dans cette lutte psychique à l’issue fatale, ils se livrent à une mise à mort boxée, feignent le dialogue (la partition du texte est si habile !), dynamitent leur histoire d’amour. Quand l’un parle, l’autre non ; ils sont déjà des étrangers. MARIE GODFRIN-GUIDICELLI

Clôture de l’amour a été joué les 1er et 2 février à Châteauvallon, Ollioules

Dynamique Manga ! Dorian Rossel a souhaité repousser les frontières du théâtre avec cet ovni qu’est Quartier lointain. Ce petit bijou est le fruit d’un travail de recherche intense en matière de scénographie : transposer au théâtre le manga de Jirô Taniguchi, l’un des plus vendus du monde, relevait du défi à l’ingéniosité. Le metteur en scène y réussit, avec humour et délicatesse, et retranscrit toute la complexité du rythme, de l’univers, et des émotions du dessin japonais. Prix du meilleur scénario au festival d’Angoulême en 2003, Quartier lointain raconte l’histoire d’un homme de 48 ans qui se retrouve soudainement dans la peau de l’adolescent de quatorze ans qu’il était. Tout en gardant sa conscience d’adulte, Hiroshi est emprisonné dans ce corps d’enfant. Le public est alors plongé dans deux espaces temps subtilement délimités. En arrière plan, l’univers du cocon familial, coloré et

lumineux de l’enfance du héros est joué sur une scène cloisonnée et rectangulaire. On reconnaît tout de suite la forme de la vignette du manga ! Dorian Rossel n’oublie pas le côté stylisé du dessin japonais qu’il retrouve grâce aux objets, à la musique et aux cadrages dynamiques proposant même des vues plongeantes. Tout comme dans la succession des vignettes, le rythme est soutenu et la mise en scène regorge d’astuces. Preuve en est avec la rapidité des acteurs, qui alternent sans cesse les rôles sans jamais déstabiliser le spectateur. Petits et grands peuvent se laisser guider sans crainte dans l’univers drôle et fantastique du manga ! ANNE-LYSE RENAUT

Quartier lointain a été joué le 31 janvier au théâtre des Salins à Martigues © Mario del Curto


Temps d'arret © De.M

Le Fest’hiver des Scènes d’Avignon a offert de lumineuses découvertes. Avec souvent peu de moyens, de temps, les compagnies régionales sans lieux fixes ont prouvé leur vitalité, grâce au soutien des théâtres qui assument, en les diffusant, leur rôle de passeurs. La danse a ouvert le festival au théâtre Golovine avec Temps d’arrêt. Une pièce très physique dans laquelle Miguel Nosibor questionne sa pratique, s’agite, tremble, ralentit la course du temps et suspend ses mouvements pour interroger sa mémoire

et son identité. Très technique et véloce, le danseur hip hop tout en fluidité (et en pectoraux) se bat contre lui-même au rythme des images projetées, entre le temps des racines et celui de la société consumériste. Un solo alliant force et fragilité qui étourdit par son exécution syncopée, voire déshumanisée, et entame de façon hypnotique cette 5e édition. Solo également (ou presque) au Chêne Noir, avec le formidable Solal Bouloudnine dirigé par Alexandra Tobelaim qui réussit

Level 4 no elevator © De.M

Lumière sur les créations maison

dans Italie-Brésil 3 à 2 à nous maintenir en apnée autour du récit (singulièrement) truculent du match mythique de 1982. Conteur émérite, commentateur passionné ou supporter attendrissant : un spectacle «ballon d’or» ! Moins subtil mais tout aussi bouillonnant, au Balcon, la Cie Miranda a présenté son Odyssée burlesque. Sous le regard de Zeus et d’un Ulysse dédoublé (version slip Athéna ou toge plus classique), la troupe plurielle chante, joue, rit, farfouille à la régie, au décor, tape sur des tambours et monte le son pour une version cartoon tragi-comique du mythe d’Homère. Ce sont les femmes, dont une Pénélope redoutable d’énergie et un trio de filles ultras moulées de simili cuir, qui font tourner en show glamour le monde d’Ulysse, simple mortel. Un cabaret musical-new-burlesque qui fourmille d’idées, mais oublie parfois de respirer. Les deux créations de ce festival trop court, après un accueil en résidence, ont également tenu leurs promesses. Dans Level 4 no elevator, aux Halles, Nicolas Gény réussit le tour de force d’intégrer, sans nous perdre, trois scénographies complémentaires, une commande de texte et de musique, tout en dirigeant la magistrale Sophie Mangin dans un équilibre parfait. Si les diagonales poétiques de l’auteure Laura Tirandaz renferment quelques redondance et résolution sibyllines, cette traversée conceptuelle dans la vie nuageuse d’une femme offensée, de l’enfermement paranoïaque à l’ouverture -douloureuse- au monde, mêle les fils d’univers visuels inventifs qui font sens et dépassent les mots. «Tu crois qu’il suffit de fermer une fenêtre pour que le monde disparaisse ?» questionne en boucle cette femme en suspension… Étrange correspondance avec le texte de Perec, dans la pièce de la Cie Hanna R. au Chien qui Fume, portée adroitement par Régis Royer. L’Homme qui dort [comment le réveiller ?] de Linda Blanchet combine intelligemment témoignages vidéo de militants engagés au récit, dur et glacial, d’un jeune adulte qui renonce au monde. Mais à l’inverse, ici la scénographie est inexistante, les lumières encore peu exploitées, l’occupation de l’espace indécise. Seul ce corps qui «coule comme du sable» progresse vers la transparence et l’oubli, hors du système, loin des «monstres», préférant devenir «la pièce manquante du puzzle» par peur du cynisme du monde, jusqu’à ce que... Une audace de croisement passionnante, entre renoncement au monde et engagement citoyen, qui mérite un traitement plus approfondi. DELPHINE MICHELANGELI

Le Fest’hiver des Scènes d’Avignon a eu lieu du 29 janvier au 2 février

RetrouveZsur notre site ces critiques théâtre et découvreZles autres ! - Tempête sous un crâne à la Criée -Soirée transfert à la Criée -4.48 psychose aux Bernardines -Karl Marx , le retour au Lenche -Le voyage d’Alice en Suisse à Rousset -J’avais un beau ballon rouge au théâtre du Jeu de Paume - Dans le tourbillon de l’amour à Trets

- La place royale à Nîmes - La contrebasse à Grians -Ana Non au Chien qui fume -My God au théâtre des Carmes -Roméo et Juliette à Châteauvallon

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Gulliver envahit Lilliput Swift - Cie Skappa © Gaelle Cloarec

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Pour grandir ? Cinq filles, cinq soeurs. La plus âgée pourrait être la grand-mère de la plus jeune. Elles jouent dans ce qui est plus une prison qu’une habitation. Leurs déplacements semblent constituer un rituel. L’une d’elle porte un fusil. Courent-elles un vrai danger ? Peu à peu on comprend qu’elles attendent leur père. Existe-t-il seulement ? Elles l’imaginent devant elles et répondent à des questions que l’on n’entend pas. Cette image de l’homme est doublée de l’évocation du Prince qui pourrait venir et d’un fiancée éconduit qui sonne à la porte et laisse un bouquet. De toute façon, comme elles disent : «Y’en n’a pas pour tout le monde des maris !» Pas de mère, ni de frère non plus, malgré le titre de la pièce. Étrange univers donc, né de la volonté des quatre actrices adultes de jouer ensemble. Le texte de Philippe Dorin est écrit sur mesure et nous

plonge, avec la complicité de la metteuse en scène Sylviane Fortuny, dans une atmosphère de rêve et de conte, de comédie aussi. Car on s’amuse, on joue aux cartes en trichant, on chante, des choses bêtes où «garçon» rime avec «cornichon»… on rêve d’amour aussi en dansant entre sœurs sur du Polnareff... Il y a de grands moments ! Mais le propos n’est pas clair et la fin survient brutalement, sans qu’on comprenne où partent les grandes sœurs alors que la plus jeune reste seule avec sa poupée. Dorin et Fortuny avaient habitué à une poésie plus lisible… CHRIS BOURGUE

Soeur, je ne sais pas quoi frère a été joué les 29 et 30 janvier au théâtre Massalia, Marseille, le 8 février au Théâtre Liberté, Toulon et le 12 février au Théâtre de Cavaillon © Chris Bourgue

La compagnie Skappa ! et associés a entamé à la Criée sa trilogie sur le thème du voyage en rendant hommage à Jonathan Swift. Les Aventures de Gulliver, ouvrage original paru en 1726, tenait déjà plus du conte philosophique que du livre pour enfants... Aussi la mise en scène d’Isabelle Hervouët, avec Paolo Cardona seul sur le plateau et baragouinant dans un sabir mâtiné de mots anglais, perd un peu les bambins de 2 ans venus voir la pièce. Mais pour ceux qui connaissent déjà l’histoire, et les adultes qui les accompagnent, c’est un régal. La façon extrêmement inventive dont les vidéos de Christophe Loiseau, les lumières et les décors s’articulent au conte lui donne une saveur toute particulière : on aime l’ombre géante de l’acteur escaladée par les Lilliputiens munis d’échelles, ce cheval -un Houyhnhnms ?- apparaissant sur le panneau de droite et filant vers celui de gauche en foulées élégantes, le ventilateur soufflant dans les voiles en plastique d’un rafiot miniature... On aime même les monceaux de bouteilles d’eau minérale qui jonchent la scène et abreuvent le naufragé, car dans chacune on imagine un petit rouleau de papier, jeté à la mer, chargé d’espérance. GAËLLE CLOAREC

Swift ! était à l’affiche les 15 et 16 janvier à la Criée, Marseille À noter les très belles photographies de Paolo Cardona, Moments, miroirs et autres réflexions exposées au même moment à la Criée.

Correspondances et élévation Les Élancées, ce sont 17 spectacles et 48 représentations d’acrobaties, de chorégraphies et de magie en 10 jours dans les 6 communes de Ouest Provence. Le festival des Arts du Geste est l’occasion pour les spectateurs de découvrir des spectacles de danse présentés pour la première fois en France comme Constelaciones. Dans cette création, la cie Aracalandanza revisite les peintures des surréalistes et les transforme en chorégraphies étincelantes. Les tableaux s’enchaînent harmonieusement, comme le peintre qui manie son pinceau, et les danseurs s’entremêlent et déambulent sur cette toile d’un soir qu’est la scène du théâtre de l’Olivier. Une ingénieuse connexion se crée alors entre les pas de danse, les changements de costumes et le jeu de lumière. Pionnier espagnol de la danse pour le jeune public, Enrique Cabrera enchante par l’élégance éclatante de sa mise en scène… Les tout-petits ont pu également s’initier à la danse grâce au spectacle Bigus l’Alchimiste, au théâtre de Fos. Cet apprenti alchimiste accompagné de son double explore l’espace, les gestes du quotidien et les quatre éléments naturels dans un laboratoire imaginaire. «Relier les idées aux gestes» grâce à «la mise en place de symboles», tel est le message que veulent transmettre Hervé Maigret et Stéphane Bourgeois. Apprentissage pour les petits ou redécouverte pour les grands, ce spectacle révèle à quel point le corps peut être un «moteur d’expression». Enfin, le public a pu assister, sous un chapiteau à Miramas, à une histoire d’amour de haute voltige ! Entre désaccords et passions corporelles, le couple formé par l’impressionnant porteur Victor Cathala et la magnifique Kati Pikkarainen mêlent prodigieusement performances acrobatiques, amour et humour. Pour le meilleur et pour le pire raconte leurs moments de tendresse et leurs disputes à travers des portés audacieux et des chorégraphies virevoltantes aussi sublimes que périlleuses. Des mises en scènes astucieuses, de l’émotion et du talent, un joyeux mélange proposé une fois encore par le festival des Arts du geste, qui se poursuivra on l’espère au-delà de 2013, et retrouvera l’esprit aventureux qui présida à ses premières éditions, sans perdre sa volonté plus récente de s’adresser aux tout-petits. ANNE-LYSE RENAUT

Constelaciones a été joué le 8 février au Théâtre de l’Olivier à Istres Bigus l’Alchimiste a été joué le 9 février au Théâtre de Fos Pour le meilleur et pour le pire a été joué du 8 au 10 février sous chapiteau à Miramas Le festival se poursuit jusqu’au 17 février


Sous l’eau au Silo

les travées. Sans décor et en costumes de ville, Anne Foucher et Jaime Flor cherchèrent le corps de l’autre à force d’esquives, d’arabesques, d’envols et de tourbillonnements nerveux. Avec cette espèce de maladresse feinte qui fait de chaque rapprochement un instant précieux. Touchante de grâce et d’aplomb, Aurélie Berland prit le contrepied des figures classiques imposées par Vivaldi et Mozart pour s’abandonner dans de fébriles déhanchements, oscillations, et vibrations intérieures. Après un tel séisme, Aurélie Bertrand, Anne Foucher, François Ben Aïm s’engagèrent sans retenue dans une vague ondulante, bondissante comme dans un long mouvement ininterrompu.

AGNÈS FRESCHEL

H2O a été dansé le 8 février au Silo, Marseille, et est programmé au GTP, Aix, le 6 mars et le 4 mai aux Salins, Martigues

M.G.-G.

Prochain Temps 2 Danse du 9 au 13 avril à Aubagne et La Penne-sur-Huveaune

© Agnès Mellon

Les Temps Danse du théâtre Comoedia se suivent mais ne se ressemblent pas. En ouverture, la compagnie aubagnaise Virevolte présenta un pot pourri déconcertant de ballets classiques interprétés par des amateurs, en alternance avec un jeune duo du Royal Danish Ballet dont on retiendra la fraicheur réjouissante. Heureusement le deuxième temps fort permit d’oublier vite cette déconvenue ! Place à l’une des révélations du Festival Off d’Avignon 2011 : la compagnie CFB 451 et sa Valse en trois temps entêtante. La présence des frères Christian et François Ben Aïm étant trop rare dans la région, on but jusqu’à la dernière goutte cette heure de pur plaisir. On se laissa emporter par le tourbillon de la valse qui, dans un ordre jamais prédéfini, se joua en duo puis en solo puis en trio, entrecoupée de brèves irruptions comiques dans

Valse en trois temps © Marc Munari

L’effet papillon

Le 8 février marque pour le Ballet d’Europe l’aboutissement d’un projet de longue date, d’ampleur et d’importance. H2O Mémoires de l’eau est en gestation depuis plusieurs années, parce que Jean-Charles Gil travaille sur la fluidité du mouvement, et sur le dialogue entre breakdance et danse classique, depuis longtemps, et que depuis trois ans diverses étapes de travail ont montré au public un cheminement qui aboutit aujourd’hui. Tout y est : un vrai décor, complexe et beau -fait d’une vague, de lumières, de projections de particules, d’un masque de Victoire et de vidéos subaquatiques- fait naître une vraie magie, à laquelle on ne peut reprocher, peut-être, qu’un peu trop de pénombre  ; les costumes collent parfaitement aux corps, laissant voir leurs mouvements ; la musique électronique sait s’emparer de sons concrets glougloutants, mais hélas n’échappe pas à l’agressivité de certains sons de synthèse et à la sur-scansion binaire. Malgré cet écueil la pièce s’est affinée et affirmée depuis l’avant-première lors du Forum de l’eau, où elle était déjà épatante : les danseurs, toujours aussi virtuoses, savent dans la première partie faire groupe anonyme, dans la seconde laisser surgir leurs individualités. Les breakdancers entrent superbement dans les chorégraphies de groupe, auxquelles leur art les habitue peu, tout en laissant pétiller la scène de leurs sauts périlleux. Et surtout, le propos général de la pièce s’éclaire : rencontre matérielle entre des atomes pour former molécule d’eau, ou entre des danses de technique différente qui fusionnent, la première partie, métaphore de l’intégration qui n’arase pas, plonge à présent dans la mémoire commune du fleuve antique, parle des statues du Rhône retrouvées. Ainsi SisQo, le Danseur du Rhône, opère une synthèse qui n’oppose plus les gestuelles, mais retrouve la danse que toutes les rives de la Méditerranée ont un jour partagées, en des temps hellénistiques…

RetrouveZsur notre site ces critiques danse et jeune public et découvreZles autres ! - Lieux Public Sirène «Horizondelles» - Ucellini au Lenche - Impermanence/les Hivernales à Cavaillon -Weepers Circus au PôleJeunePublic

- Divine/gloria aux Hivernales -El Djoudour/Abou Lagraa au GTP - Les chemins de la danse à Nîmes

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17 D A N S E


Corpus Fictif © Agnes Mellon

18 M U S I Q U E

Contemporaine hilare et soldat d’enfer Depuis près de 20 ans Télémaque rend accessible des œuvres difficiles d’accès, en gommant les a priori rebutant d’ordinaire des publics qui ont connu des expériences négatives au contact de la musique contemporaine. Le 25 janvier, aux ABD Gaston Defferre, le pari est osé, surtout en matinée lorsque les musiciens se présentent devant un public de scolaires de 8 à 18 ans. Au programme, des œuvres radicales des années 60-70. Pas de ces opus chantants dans lesquels l’auditeur peut se reposer sur une mélodie suave et des harmonies consonantes… Non ! La Sequenza III de Berio expose tout un vocabulaire explorant les limites de la voix de femme, du grave à l’aigu, du cri au râle, du souffle au rire… quand les Récitations d’Aperghis mettent en forme des répétitions, jeux de mots, accumulations délirantes à la Perec. Mais d’emblée le public est conquis, malgré l’atmosphère énigmatique qui se noue entre les musiciens/personnages. Leur talent et l’habile mise en scène d’Olivier Pauls font une partie du chemin qui conduit à l’adhésion. Au demeurant, c’est grâce à la présence hardie, la maîtrise technique, les atouts de comédienne de Brigitte Peyré, soprano au sommet de son art, que l’entreprise réussit. Les jeunes rient, participent activement, suivent du regard et de l’oreille les multiples intentions portées aux textes par la chanteuse, répètent spontanément en chœur un refrain hallucinant… Et lorsque les instrumentistes donnent des percussions (Christian Bini et Gisèle David) dans RRR de Kagel, quand le souffle cuivré de Gérard Ocello (trompette) se mêle aux inflexions de la soprano dans des duos de Max Lifchitz, l’attention ne retombe pas. C’est gagné ! Clou d’un spectacle rare, les jeunes assistent,

en première mondiale, à une création de Thierry Machuel, compositeur au programme du baccalauréat en 2013 : Je resterai debout dans la lumière. Cet opus connaîtra un prolongement pour chœurs, représenté fin mai dans la nouvelle salle que Télémaque inaugure à l’Estaque (Pole Instrumental Contemporain). Le soir, le même spectacle est joué : ce Corpus fictif qui invente sa propre forme. L’atmosphère y est au départ plus tempérée, pour une acuité d’adultes… mais Brigitte Peyré et les musiciens sont si déchainés que pendant la

Sequenza des rires irrépressibles fusent, enflent… et ne cesseront plus ! Le public sage de la musique contemporaine a fait péter ses verrous grâce à la loufoquerie retrouvée de partitions des années 70, irrévérencieuses, mais jouées aujourd’hui comme des messes grises. Là leur comique éclate, sans perdre une miette de la précision musicale, mais en retrouvant le «corpus» et la «fiction» qui en font enfin une matière vivante… Le 26 janvier place à L’histoire du soldat. Télémaque y revient après l’avoir souvent intégré à ses programmes mais sa version 2013 du conte musical, par sa mise en scène intimiste, rend au chef-d’œuvre du siècle dernier sa fausse légèreté. Une configuration fidèle à la version «chambriste» et à la volonté initiale de Stravinsky et Ramuz, pour un spectacle qui renoue avec l’esprit du théâtre de tréteaux. La musique suit et commente les péripéties de Joseph, victime malgré lui d’un pacte faustien. Quand le jeune militaire en permission troque son modeste violon contre un livre magique, c’est en réalité son âme qu’il concède à cet inconnu aux démoniaques arrière-pensées. Récitants habités par leurs personnages respectifs -le soldat, le diable et le narrateur-, Renaud-Marie Leblanc (qui signe également la mise en espace) et Brigitte Peyré donnent littéralement vie au texte de Ramuz. Créée au lendemain de la Grande guerre, L’histoire du soldat, derrière la fable naïve, interroge sur la notion de bonheur, le sens de la richesse, les effets du temps et de l’éloignement. Des questionnements pimentés par une partition primesautière, rythmiquement très virtuose et mélodiquement colorée, interprétée avec subtilité et lyrisme, sur des tempi plus que risqués, qui passent comme sans effort : Télémaque a joué cette Histoire plus de 50 fois… JACQUES FRESCHEL ET THOMAS DALICANTE

Émergence de la matière Pour sa 2e édition, Reevox, temps hivernal du GMEM dédié aux expériences électroniques, a offert un terrain d’expression à une génération héritière des Pierre originels : Schaeffer & Henry. Cinq «élèves» de la classe de musique électroacoustique du Conservatoire de Marseille dirigée par Pascal Gobin sont passés à la console de mixage, pour diffuser, spatialiser sur haut-parleurs leur matériel sonore. Si les trames profondes, vagues ondoyantes et orgue diffracté de Lucien Gaudion évoquent Les Poulpes, Abysses de Viviane Riberaiga, polyphonies de mots devinés, chuchotés, itératifs, affiche un discours plus engagé sur la cruauté urbaine. Dans cette pléiade trentenaire, une jeune artiste n’attend point le nombre des ans : à 17 ans, Juliette Lay mêle sons concrets et synthétiques pour une féminine Psychée, corde vibrante métamorphosée au gré d’impacts sourds, scratch et ondulations… Le geste minimaliste de Nicolo Terrasi pénètre la voie

osseuse avec ses infra-graves, avant d’hausser son continuum ?Verrà la morte e avrà i tuoi occhi ? (d’après Pavese) vers des fréquences effilées… Peut-être aussi qu’à force d’errements, pas à pas contrôlés, de Loïse Bulot et son énigmatique Ma’iàn, aurons-nous deviné une voie scintillante, fugace… Dans le concert suivant la voie est là : Pôm Bouvier écrit une Théorie des cordes qui explore le son de l’intérieur, comme une matière cellulaire qui enfle et évolue, construisant un discours et ouvrant des mondes, épais et lumineux, qui s’effondrent et se reconstruisent. On oublie de chercher d’où provient le son, son origine et comment il se trafique, pour y plonger… JACQUES FRESCHEL

Ces deux concerts ont eu lieu au KLAP, Marseille, le 6 février


couplés alternaient avec une choralité rigoureuse et précise. Un beau moment d’émotion au croisement des musiques, des mots et des terres !

Orients divers Orchestre Philharmonique de Radio France © JF Leclerc

Méditerranée au présent Durant cinq jours de Présences, Festival que Radio France a décentralisé à Aix à l’occasion de MP2013, le public a découvert toute une palette d’œuvres contemporaines On ne dira pas que Nubes, la création de Marco-Antonio Perez-Ramirez, dédiée à Pierre Soulages et inspirée de ses monochromes, est passée inaperçue. Mais malgré une écriture massique maîtrisée, beaucoup ne retiendront que les mots d’Albert Camus, si douloureux parfois. Car le 24 janv le concert Camus méditerranéen confrontait la création et le répertoire contemporains à la force d’une écriture riche de poésie, et porteuse d’idées. Sous la conduite d’Ernest Martinez-Izquierdo, l’Orchestre et le Chœur de Radio France illuminaient et coloraient le texte de Retour à Tipasa sur une musique d’Henri Tomasi (voir p 49). Dans La Peste, le timbre de Robin Renucci a paru cotonneux et flûté à côté de celui de Stéphane Freiss, remplaçant au pied levé Michael Lonsdale. La musique du catalan Roberto Gerhard, nécessitant un effectif pléthorique (170 inter-

prètes !), fut dense, figurative et pleine d’émotion. Il en fallait des ressources pour épouser le poids de ces mots ! Éprouvante comme l’agonie de l’enfant jusqu’à son râle perceptible dans l’orchestre, l’orchestration de cette œuvre intense trouvait un écho ingénieux dans le traitement des voix. Chuchotements, hauteurs indéterminées, rythmique libre et textes

Après la Méditerranée européenne, Présences se dirigeait vers L’Orient de Maalouf & El Malek, le 25 janv. Nul ne songerait à remettre en cause les qualités d’instrumentiste du saxophoniste de jazz, ni de l’incontournable Ibrahim Maalouf, chantre de la trompette à quart de ton ; en atteste l’improvisation délicieuse proposée en guise de bis. Mais quand ces deux interprètes se muent en compositeurs le bât blesse ! Quand on a à disposition des outils tel que le Philharmonique, la Maîtrise de Radio France et Musicatreize, il est indigent de proposer une œuvre, Les sept fils d’Hanna de El Malek, d’une telle médiocrité ! Oscillant entre une musique de film de série B et un avatar de Philip Glass, cette pièce, interminable, cumule tous les mauvais clichés de la musique «classique». Le concerto pour trompette, Point 33, du musicien franco-libanais, ne s’affirmera pas comme une référence du genre mais s’apparente à une véritable composition, où l’on retrouve de vieux gestes de musique démantibulée de Chostakovitch, des séquences de musique répétitive assez abouties

et un véritable travail sur le temps emblématique de la culture orientale. Malheureusement, le manque cruel de trame harmonique laisse l’auditeur sur un sentiment plus que mitigé, malgré le talent des musiciens, bien peu aidés par la direction pour le moins singulière de Léo Hussein. Deux créations sur le thème de l’Orient qui ne laisseront pas un souvenir impérissable ! En clôture de l’événement, Voix interdites d’Ahmed Essyad (voir p 49) a enfin célébré un beau mariage entre Occident et Orient, tradition et modernité (le 26 janv), alors qu’une nouvelle création de Zad Moultaka a mis une nouvelle fois à l’honneur un pionnier de la diffusion des musiques d’aujourd’hui : Roland Hayrabedian, à la fête avec Musicatreize et le Chœur contemporain (le 27 janv). FRÉDÉRIC ISOLETTA ET CHRISTOPHE FLOQUET

Indispensable collectif ! À l’écoute du concert donné le 8 février par l’ensemble Musicatreize dans la salle du même nom, on se dit que, décidément, Roland Hayrabedian dispose d’un magnifique instrument ! Il joue de ses douze voix comme un organiste tire ses jeux, un pianiste manipule son clavier, d’un geste ferme, souple, précis, libre… Sans son insolite volonté, il y a un quart de siècle, de créer un «outil» dédié à la musique vocale contemporaine en région, nombre d’œuvres n’auraient vu le jour, comme la douce Duerme (berceuse) d’Edith Canat de Chizy, créée pour l’occasion, page joliment enluminée de percussions. Maurice Ohana et son Swan Song, éclatant d’assurance parce que les chanteurs, depuis des lustres, ont fait de ce «requiem onirique» un standard, seraient peut-être restés dans les placards de l’histoire musicale ? En 1970, seules quelques voix parisiennes (à l’O.R.T.F. principalement) étaient en mesure d’interpréter la longue Danaë de François Bernard Mâche, d’assumer la modernité de son langage ; aujourd’hui Musicatreize ensemence naturellement

l’opus quarantenaire d’une «pluie d’or» toute de crépitements chuchotés ! Au sein du chœur, de surcroît, de formidables solistes gardent leur réserve, jusqu’à ce qu’un soir l’un deux manifeste Musicatreize © Guy Vivien son talent, sa présence, comme Xavier de Lignerolle, ténor tout-terrain qui a fait du Chant intime de Zad Moultaka un lamento à la force expressive «frappante» ! JACQUES FRESCHEL

19 M U S I Q U E


Au nom du père Dialogues des carmelites © Frederic Stephan

Décapitées

20 M U S I Q U E

Pour la nouvelle production des Dialogues des carmélites de Francis Poulenc à l’Opéra de Toulon, les metteurs en scène avaient choisi de situer l’action du drame dans une intemporalité paradoxale. Exit donc la Terreur : ils ont préféré mettre l’accent sur la vie spirituelle de ce groupe de religieuses marquée par l’épure, en les faisant évoluer dans un décor très sobre mais chargé de symboles où dominait le blanc magnifié par un habile jeu de lumières et de projections de photos. À la baguette, Serge Baudo, habitué incontesté du répertoire français, a su mettre en valeur les somptueuses orchestrations du compositeur jusqu’au sublime Salve Regina final au message visuel très explicite. Dans cette distribution majoritairement féminine, les hommes tiraient leur épingle du jeu, en particulier les deux ténors titulaires des rôles du chevalier de la Force et de l’aumônier et surtout l’excellent Laurent Alvaro qui donnait beaucoup de profondeur et de dignité au Marquis de la Force. Les dames étaient dans l’ensemble à la hauteur de leurs rôles. Virginie Pochon incarnait une Constance lumineuse. Angeles Blancas Gulin donnait tout son sens au rôle de Mme Lidoine, devenant face aux épreuves terribles une grande Prieure, prête à tout pour protéger «ses filles». Belle prestation aussi de Sophie Fournier qui habitait avec beaucoup d’autorité et de sobriété Mère Marie. Nadine Denize, forte de sa longue et belle carrière, était quant à elle une fascinante Mme de Croissy à la fois autoritaire et hautaine mais qui, face à la mort, perdait toute sa dignité. Seule Ermonela Jaho, belle chanteuse, semblait vocalement à contre-emploi avec un timbre sans doute trop corsé pour incarner la fière mais frêle Blanche de la Force…

Dès l’ouverture du rideau retentit un motif tranchant, deux «brèves» incisives suivies d’une «longue» fracassante, qu’en scansion poétique dérivée du grec on nomme «anapeste»… C’est le nom d’un père absent qu’on entend-là, tout aussi grec parmi les rescapés de Troie : «Agamemnon !». Assassiné par l’adultère Clytemnestre et son amant Egisthe, ce père ainsi nommé est tout entier présent dans l’esprit, l’âme et le corps d’Électre, fille vouée à la vengeance. Moins de deux heures plus tard, lorsqu’aux ultimes mesures résonne ce nom-même, martelé par l’impressionnante masse orchestrale, après que l’héroïne a succombé d’une crise hystérique, valse fantasmagorique au bout de sa transe, on chavire avec elle… Seule, Chrysothémis appelle en vain le secours du bras meurtrier : «Oreste !». Le fatum antique accompli, le frère a sombré dans la folie ! Elektra c’est un chef-d’œuvre qui attrape à la gorge, fouille dans le ventre d’obscurs tabous que les mots ne suffisent à dire… et que la musique justement exprime. Avec quelle force expressive ! Elektra c’est un choc qu’on prend en pleine face, comme l’Europe en 1909 quand, à Vienne, circulent des idées neuves sur la pulsion de mort, le sens des rêves et le refoulé, l’hystérie, l’inceste et les complexes… Si Richard Strauss et Hofmannsthal puisent dans la famille malade des Atrides, n’est-ce pas (inconsciemment ?) pour donner corps à ce qui demeure l’une des découvertes majeures du siècle dernier ? Il faut aller voir la production de l’Opéra de Marseille, pour la mise en scène intelligente de Charles Roubaud et les décors en perspective, verticale déformée et saisissante d’Emmanuelle Favre, pour la découverte d’une magnifique soprano, Ricarda Merbeth, portant l’émotion à son comble, double positif de sa sœur inhumaine, à l’image du rôle-titre qu’assume brillamment Jeanne-Michèle Charbonnet… Pour Marie-Ange Todorovitch, mère tranchante comme les cris d’horreurs qui zèbrent l’espace lorsque la lame pénètre sa chair… pour le grave somptueux de Nicolas Cavallier… et la direction experte de Pinchas Steinberg ! JACQUES FRESCHEL

Elektra jusqu’au 16 fév Opéra de Marseille 04 91 55 11 10 http://opera.marseille.fr

ÉMILIEN MOREAU

Inhumaine condition Wozzeck (1925) est une œuvre majeure qui peut surprendre, aujourd’hui encore, par sa modernité, son esthétique expressionniste

magnifiée par un langage presque exclusivement atonal. Plongeant, dès l’ouverture, le drame dans une atmosphère glauque et surréaliste © Cedric Delestrade-ACM Studio

(un jeune enfant armé d’un pistolet, un champ dévasté, une fourgonnette J9, un échafaudage…), Mireille Larroche met en scène l’inhumanité de Wozzeck, soldat/ paria, perdu et désœuvré, rattaché à la Vie par la présence sensible de Marie, la mère de son enfant, mais aussi par celle de ce gosse, omniprésent jusqu’au coup de poignard mortel, la mort de l’antihéros dans un décor désaffecté et enfumé… Illustration de l’absurdité du monde à un tournant de son histoire ? De l’insupportable pression sociale et du «vivre fou» au risque de tuer ? En Avignon, l’opéra de Berg interrogeait autant le passé de l’entre-deux-guerres que le présent des no man’s land périurbains.

Seule la présence poignante de l’enfant (Robin Gornay en alternance avec Pauline Lestrelin), alignant d’une main joueuse de vieilles chaussures volées par son père à des passants, laisse entrevoir, au final, une pâle lueur d’espoir dans un champ de désolation et de poubelles fumantes. Côté musique, si la performance de Barbara Ducret dans le rôle de Marie fut indéniable, Andreas Scheibner dans le rôle-titre, n’a guère séduit. Dans une salle aux deux tiers pleine, l’OLRAP dirigé par Pierre Roullier fut applaudis… sans rappel… à cause peut-être (on l’espère !) de l’impact dramatique et musical du chef-d’œuvre. CHRISTINE REY


Le Cor de la Plana © X-D.R

Marseille et Naples au chœur Le Còr de la Plana et Assurd ont uni leurs voix pour une création dédiée aux deux cités qui leur sont chères

Dans le cadre de MP2013, la Cité de la musique propose Cantates du monde-Marseille, porte du Sud. Une série de concerts qui repositionne Marseille en tant que ville accueillant le monde, et une invitation forcément plaisante pour les cinq Provençaux du Còr de la Plana et le quatuor féminin du sud de l’Italie nommé Assurd. Réunir Marseille et Naples le temps d’un spectacle, jouer sur les caractéristiques communes aux deux ports méditerranéens sans verser dans la caricature, c’est le défi relevé par la création Ve Zou Via, fusion temporaire de deux groupes singuliers qui puisent dans les musiques traditionnelles pour en tirer des sonorités d’aujourd’hui. Ve Zou Via, c’est aussi un clin d’œil au Vésuve, à travers un répertoire explosif, provocateur et d’insoumission dont une

inoubliable reprise de Bambino aux effets «stupéfiants». Percussions en tous genres, castagnettes, accordéon ou guitares dont la chitarra battente, typique de l’Italie méridionale, accompagnent les prouesses vocales d’une association complice et turbulente mais qui n’a rien de mafieux ! De la sérénade à la farandole en passant par des chants sacrés, les ritournelles de Manu Théron, Enza Pagliara et de leurs comparses sont le reflet de territoires rugueux et d’histoires laborieuses. Des chants de peuples vivants, en bouillonnement constant, interprétés avec ce qu’il faut de fraîcheur et de désinvolture. THOMAS DALICANTE

La création VeZouVia a été jouée le 19 janvier à la Cité de la musique de Marseille

Virtuoses du sampler le spectateur qui aime voir un show unique a probablement été déçu... En revanche, il aura apprécié la mise en bouche haut de gamme d’Hugo Kant qui ouvrait la soirée. Le pluri instrumentiste aixois proposait en première partie un dj set agrémenté de nom-

breuses improvisations à la flûte traversière et aux claviers. Une belle fusion jazz/electro/hip hop. KEVIN DERVEAUX

Les JukeBox Champions et Hugo Kant se sont produits le 1er février au Poste à galène, Marseille

JukeBox Champions © X-D.R

Le duo JukeBox Champions jouait le 1er février au Poste à galène, à Marseille. Ce projet réunit sur scène Blanka et Fade, deux beatmakers (compositeurs d’instrumental hip-hop) qui ne sont sans doute pas étrangers à vos oreilles. Blanka est un DJ et producteur marseillais membre du collectif La Fine Equipe. Fade est le producteur du trio hip hop A State Of Mind (ASM) qui a enflammé plus d’une fois le public marseillais (récemment à Marsatac 2012). Littéralement propulsé par leur EP éponyme en 2012, ils sont choisis cette année par Adidas pour illustrer une campagne publicitaire…. JukeBox Champions est le fruit de la collaboration de deux passionnés de funk, de soul et de hip hop, la réunion de deux accrocs du bidouillage visuel et sonore. Armés de MPC, de platines et de nombreuses autres machines, les deux alchimistes offrent une prestation live impressionnante ! Ils utilisent leurs samplers comme des instruments, jouent les rythmes et les mélodies en temps réel, en synchronisation avec des vidéos projetées derrière eux. Une performance millimétrée qui demande du travail en amont : ce set ultra calé laisse peu de place à l’improvisation. À la spontanéité ?

RetrouveZsur notre site ces critiques musique et découvreZles autres ! - Nicolas Kœdinger Trio au Roll’studio - Patchwork dreamer au Cri du Port -Korcia joue Tomasi - L’enfant et les sortilèges au Jeu de Paume -Quatre jours à Paris à l’Odéon

-Haendel/britten François-Xavier Roth au Jeu de Paume -Quatuor Hagen, Duo Rigutto, Nikolaï Lugansky, Sextuor Ophélie Gaillard au GTP -Alina Pogostkina à l’Opéra de Toulon - Orchestre du pays d’Aix - Ahmad Jamal au GTP - Bach en Balles à St-Maximin

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21 M U S I Q U E


femme se noyer dans la Seine. Une chute physique qui provoque en lui une prise de conscience morale autant qu’une déchéance sociale. La mise en scène de Raymond Vinciguerra donne à entendre et comprendre le récit introspectif de Camus, porté par le jeu brillant de Philippe Séjourné, et les images projetées représentant son trajet mental.

© X-D.R

La Chute Meilleurs souvenirs... Cooking with... Jean-Baptiste Clamence a laissé une jeune Il y a la Martine originale, éminente scientifique, autodidacte, et son clone, réussi après treize essais… Entourée de son double et de toute une communauté de clones ratés, Martine confère sur la relation de l’homme avec le monde par le prisme de la nourriture. Clara Le Picard, qui a écrit et met en scène, et Irina Solano mènent tambour battant cette conférence délirante. Cooking with Martine Schmurpfs du 20 au 22 fév Les Bernardines, Marseille programmation hors les murs de La Minoterie 04 91 90 07 94 www.minoterie.org

du 12 au 16 mars Le Gyptis, Marseille 04 91 11 41 50 www.theatregyptis.com

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Louise Michel Marie Ruggeri a conçu son spectacle à partir

A U P R O G R A M M E

Les vacances annuelles durement obtenues, passées à Grado, station balnéaire de la côte adriatique, ne s’avèrent pas être aussi idylliques que prévues pour Anna et Karl. Difficile de faire coïncider rêve et réalité, lorsque cette dernière correspond à une existence soumise dans laquelle le travail a pris le dessus sur les désirs… Le texte de Franz-Xaver Kroetz est mis en scène par Gilles David. Meilleurs souvenirs de Grado du 26 fév au 12 mars Le Lenche, Marseille 04 91 91 52 22 www.theatredelenche.info

© Francois Mouren-Provensal

Jean la chance Le «chef de troupe» Jean-Louis Hourdin met en scène la pièce de jeunesse inachevée de Brecht, dans laquelle Jean, paysan benêt et naïf, rentre chez sa mère après sept ans de bons et loyaux services. En chemin il perdra son sac d’or et parviendra au terme de son voyage les mains vides mais heureux, acceptant sans mot dire, et les excusant, les vilenies subies.

La Domination.... © X-D.R

T H É Â T R E

Sunderland Comédie sociale à l’anglaise, Sunderland, écrite

le 13 mars Théâtre Comoedia, Aubagne 04 42 18 19 88 www.aubagne.com

No Signal [?Help] Le metteur en scène Hubert Colas, artiste

du 13 au 16 fév La Friche La Belle de Mai, Marseille 04 95 04 95 78 www.lafriche.org

le 8 mars Théâtre Comoedia, Aubagne 04 42 18 19 88 www.aubagne.com

par le français Clément Koch, et mise en scène par Stéphane Hillel, a tout d’un film de Ken Loach : cité industrielle noyée de pluie, l’usine de poulet fermée pour cause de grippe aviaire, chômage, matchs de foot arrosés de bière… Pour pouvoir conserver la garde de sa petite sœur, suite au décès de leur mère, Sally a besoin d’argent. Va naitre alors un projet insensé…

le 15 fév Le Toursky, Marseille 0 820 300 033 www.toursky.org

associé à l’ERAC, et Jean-Jacques Jauffret, auteur et réalisateur, créent avec les élèves de 3e année-ensemble 20 No Signal [?Help], «une étrange rencontre entre le théâtre et le cinéma». «L’histoire de No signal [?Help] prend langue et image dans les chemins sinueux du désir d’une jeune génération aux prises avec le monde qui l’entoure. Comment vivre ce que l’on perçoit du désir d’autrui s’il ne se tourne pas vers nous ? Aimer, être aimé. Comment se saisir de ses propres désirs, de son plaisir ou de sa peine face à ce que l’on ne comprend pas encore ?» explique Hubert Colas.

de la correspondance et des mémoires de la légendaire Louise Michel ; il met en lumière l’intimité d’une femme face à ses doutes et ses blessures, pour «montrer ce personnage hors du commun, cette personnalité complexe, animée jusqu’à son dernier souffle par la quête d’un monde meilleur, plus juste, plus équitable, comme elle ne cessera de le proclamer […]». Christian Belhomme l’accompagne sur scène pour la partie musicale.

© Patrick Berger - ArtComArt

De la forme très particulière de domination qu’est la domination masculine selon Pierre Bourdieu, aux extraits de mythes et de contes kabyles analysés par Tassadit Yacine-Titouh, Jeremy Beschon tire un spectacle qui «expose de manière ludique une domination que l’on pense d’ordre naturel, alors que celleci est d’ordre culturel.» (voir p 64). La domination masculine le 4 mars Le Lenche, Marseille 04 91 91 52 22 www.theatredelenche.info


Entreprise de...

L’écran de fumée © Theatre du Maquis

À la mort du père, Frédéric et sa sœur Louise transforment leur maison de famille pour en faire un refuge qui accueille les meurtris de la vie. Dans les montagnes de leur jeunesse vont se confronter les idéaux et les possibles, l’onirique et le réel, la révolte et le raisonnable. Hugues Chabalier met en scène son texte sur un impossible eldorado. Entreprise de recueillement le 7 mars Théâtre Vitez, Aix 04 42 59 94 37 www.theatre-vitez.com

le 5 mars Théâtre La Colonne, Miramas 04 90 58 37 86 www.scenesetcines.fr

La distance... © Christophe Raynaud de Lage

A U P R O G R A M M E

création basée sur cette célèbre tragédie qu’est Médée. Infanticide et exilée, cette héroïne de l’héritage antique explore les frontières entre l’humain et l’inhumain. Alliant le théâtre et l’art numérique, cette adaptation moderne du Collectif 8 met en exergue cet être fascinant et provocant, égaré dans univers surnaturel et fantastique.

La Locandiera

Pour ses 30 ans, le théâtre du Maquis nous offre un cabaret vidéo-musico-théâtral animé par son dynamisme, sa folie. Gloire au mensonge, qui permet aux rêves d’exister, loin des réalités sombres du quotidien. Trêve exigée pour cet anniversaire, du mensonge, de l’illusion, du bonheur, de la fête, de la comédie musicale, enfin ! Avec les saltimbanques du théâtre du Maquis, et leur vivifiant décalage, qui se rit des codes de représentation guindés à la mode… le 14 fév Salle Emilien Ventre, Rousset 04 42 29 82 53 www.rousset-fr.com

T H É Â T R E

le 8 mars Cinéma 3 Casino, Gardanne 04 42 65 77 00 www.ville-gardanne.fr

Le malade imaginaire La compagnie l’Entreprise plonge la mémoire de ses comédiens dans le passé pour explorer «la mémoire des corps comme on déchiffrerait un livre en [eux]». Ainsi revivent des personnages qui font partie de leur histoire, pour faire se rencontrer tous les lieux et toutes les époques.

Super heureux ! Elle et Lui sont voisins de palier, ne se connaissent pas  ; ils se rencontreront bien sûr -Lui ayant un besoin urgent de préservatif ira le lui demander à Elle-, et développeront une relation basée dans un premier temps sur des petits mensonges et des déclarations fallacieuses. Une comédie contemporaine mise en scène par Jean-Claude Berutti. le 8 mars Salle des fêtes, Venelles 04 42 54 93 10 www.venelles.fr

le 9 mars Salle culturelle, Simiane Collongue 04 42 22 62 34 www.simiane-collongue.fr © cie de l'esquisse

La distance qui nous sépare le 12 mars Théâtre Vitez, Aix 04 42 59 94 37 www.theatre-vitez.com

Franck Biagiotti part dans sa mise en scène d’un lit à baldaquin surdimensionné. La scénographie qui en découle laisse au texte de Molière toute sa saveur, portée avec talent par les comédiens de la Cie de l’Esquisse. Les éléments chantés et dansés s’inspirent quant à eux de l’univers de Tim Burton. Le résultat est remarquable d’allant, de verve. L’ultime pièce de Molière, ainsi accessible à tous, ne se laisse pourtant jamais aller aux effets faciles.

© Marcel Hartmann

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Médée Paulo Correia innove et propose une nouvelle

Dominique Blanc interprète Mirandolina, cette sulfureuse aubergiste dont tous les hommes tombent sous le charme. Sauf un ! Ce Chevalier, misogyne, qui s’est juré de ne jamais tomber amoureux, encore moins d’une femme de classe sociale inférieure. Ils se détestent. Fière et téméraire, la belle hôtesse déploie tous ses atouts contre cet homme à l’ego surdimensionné. Avec humour et malice, les personnages de Goldoni se piègent puis s’égarent… le 12 mars Théâtre de l’Olivier, Istres 04 42 56 48 48 www.scenesetcines.fr du 25 au 27 mars Théâtre de Nîmes 04 66 36 65 10 www.theatredenimes.com les 21 et 22 mai Théâtre de Grasse 04 93 40 53 00 www.théâtredegrasse.com


Le jour des meurtres… Scappa via !

Blanche, Aurore...

Dans le cadre de ses actions nomades dans les quartiers, le Sémaphore accueille une petite forme théâtrale créée par le Dynamo Théâtre et mise en scène par Joëlle Cattino, d’après Une femme seule de Franca Rame et Dario Fo. Un monologue drôle et touchant, une confession décalée sur la condition de la femme. le 4 mars Centre social Jacques Brel, Port-de-Bouc 04 42 06 59 85

© X-D.R

le 5 mars Médiathèque Boris Vian, Port-de-Bouc 04 42 06 65 54

La nouvelle création de la Cie Eclats de Scènes, en co-production avec le théâtre des Carmes qui accueille la première représentation, se plonge dans la dernière des pièces de jeunesse de Bernard-Marie Koltès. Une langue fulgurante, des scènes qui s’entrechoquent, des répliques qui s’inversent pour un drame réduit à son essentiel. La tragédie condensée en un jour se resserre sur les couples Gertrude/Claudius et Ophélie/Hamlet et explore, entre amour et politique, les questions de l’identité, la sexualité, le pouvoir et les liens familiaux. La condition humaine !

Blanche, Aurore, Céleste du 7 au 9 et du 14 au 16 mars Théâtre des Halles, Avignon 04 32 76 24 51 www.theatredeshalles.com

Les amours de... Après la version rap de Timon d’Athènes, Razerba Ben Sadia-Lavant réitère avec Les amours de Desdémone et Othello. La pièce de Shakespeare devient explosive. La jalousie destructrice d’Othello, la combativité de Desdémone, la fourberie de Iago, autant d’émotions exacerbées par les rythmes intenses de la musique orientale et électrique de la chanteuse Sapho et du musicien Mehdi Haddab présents sur scène. Les amours de Desdémone et Othello les 12 et 13 mars Théâtre de Nîmes 04 66 36 65 10 www.theatredenimes.com

Va jusqu’où...

© X-D.R

© N. Vucher

Sous la houlette d’Alain Timar, la comédienne Camille Carraz incarne Blanche, sortie de l’imagination de Noëlle Renaude. Un personnage insaisissable qui bricole son destin et raconte, confesse, se trompe et nous trompe sans doute aussi. Entre lucidité et naïveté, Blanche ne cesse de brouiller les cartes et offre au metteur en scène scénographe (après les succès précédents : Rhinocéros, Ma Marseillaise, Bonheur titre provisoire) une nouvelle création qu’il appréhende avec bonheur.

Le jour des meurtres dans l’histoire d’Hamlet les 8 et 9 mars Théâtre des Carmes, Avignon 04 90 82 20 47 www.theatredescarmes.com

le 6 mars Centre social Nelson Mandela, Port-de-Bouc 04 42 40 05 61 www.theatre-semaphore-portdebouc.com

C’est une écriture à trois voix –la turque Sedef Ecer, le français Michel Bellier et le belge Stanislas Cotton-, trois horizons artistiques différents, qui rythment cette odyssée féminine des rives de la Turquie jusqu’à la Mer du Nord. Un spectacle qui interroge «la place de la femme dans l’immigration d’aujourd’hui. Et donc, à fortiori, sa place dans nos sociétés», en mettant en perspective la notion d’«identité européenne». Va jusqu’où tu pourras le 8 mars Théâtre Le Sémaphore, Port-de-Bouc 04 42 06 39 09 www.theatre-semaphore-portdebouc.com

25 A U P R O G R A M M E T H É Â T R E


A U P R O G R A M M E T H É Â T R E

chanson du groupe punk les Clash pour nommer cette comédie musicale et sociale ? Neuf caissières rêvent d’une autre vie. Cette société de consommation que ces bonnes mères de famille alimentent tous les jours les dégoute et les ennuie. La révolution est lancée  ! Il faut monter le casse du siècle pour s’évader de ce quotidien si pesant. Les rythmes effrénés du rock’n’roll et de la danse viennent soutenir l’action et l’engagement de ces femmes audacieuses et enthousiastes.

ombre au tableau, le cocon familial ne pourra se construire sans le départ de son colocataire et meilleur ami, Seb. Commence alors une cascade de quiproquos et de petits mensonges joyeusement orchestrés par Vincent Delboy. Une pièce drôle et conviviale sur le thème de l’amitié.

© Jean-Francois Gaultier

Qui aime bien... Enceinte et fiancée, Nanie est aux anges. Seule

37 pièces de Shakespeare en 3 heures, le tout interprété par un seul homme. C’est le défi que s’est fixé cet homme aux multiples talents : comédien, magicien, musicien, et acrobate, Gilles Cailleau n’a peur de rien. Poésies, illusions et émotions ne font qu’un lorsque l’artiste s’élance dans les airs en tenue de roi, se transforme en cracheur de flamme effrayé par le feu, ou encore en magicien attristé par ses propres apparitions. Virtuose, émouvant, et si drôle !

Lost in the supermarket le 8 mars La Passerelle, Gap 04 92 52 52 52 www.theatre-la-passerelle.eu

Qui aime bien trahit bien le 26 fev Croisée des arts, Saint-Maximin 04 94 86 18 90 www.st-maximin.fr

Le tour complet du cœur du 8 au 16 fev Parc des Troènes, La Valette-du-Var 04 94 23 62 06 www.lavalette83.fr © X-D.R

Cyrano de Bergerac Intrépide et courageux, ce Cyrano mis en scène La fille à marins par Dominique Pitoiset. Sa référence est l’acte Même sans avoir le pied marin, il est difficile de II, scène 6 : «La tirade des «non, merci !» est une véritable ode à la gloire de l’indépendance, de l’autarcie, au risque de la solitude.» C’est Philippe Torreton qui a la charge de transmettre l’ardeur d’un Cyrano audacieux, qui s’impose une éthique sans concession.

© X-D.R

le 6 mars Châteauvallon, Ollioules 04 94 22 02 02 www.chateauvallon.com

Des jours et des... Cette photographie de Robert Capa représente une «fille à soldats» humiliée dans l’une des rues de Chartres à la fin de l’occupation allemande. Cette femme tondue porte dans ses bras l’enfant qu’elle a eu avec un allemand. Elle ne sera pas exécutée mais condamnée. À partir de faits réels, Daniel Benoin a souhaité reconstituer la vie émouvante de Simone pendant cette époque dévastée. Des jours et des nuits à Chartres les 8 et 9 mars Théâtre Liberté, Toulon 04 98 00 56 76 www.theatre-liberte.fr

La vie est un rêve

le 12 mars Le Forum, Fréjus 04 94 17 73 70 www.aggloscenes.com

ne pas se laisser bercer par les chansons envoûtantes des bords de mer. La douce mélodie de l’accordéon allié à la voix charmeuse de Nina Savary est un véritable appel à l’abordage soigneusement imaginé par Jérôme Savary. Un spectacle musical savamment rythmé par les tours de magie de Julien Maurel. le 9 mars Croisée des arts, Saint-Maximin 04 94 86 18 90 www.st-maximin.fr

Forever Young C’est une histoire universelle et bouleversante mise en scène par Jean-François Matignon. La vie, la mort, les rencontres, les liens familiaux, toutes les adversités et les moments de joie sont réunis dans cette pièce bouillonnante d’émotions. La fluidité et la finesse du jeu des acteurs de la Compagnie Fraction sont renforcées par un décor judicieusement minimaliste.

© Pierre Grosbois

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Lost in the... Le tour complet... Pourquoi Philippe Malone a t-il choisi une

© Hugues Lagarde

C’est l’une des œuvres emblématiques du théâtre baroque que Jacques Vincey a choisi de revisiter. Écrite en 1635 par Pedro Calderon de La Barca, cette pièce transporte dans un monde mouvant habité par des êtres incertains. La compagnie Sirènes habite l’onirisme froid habilement créé par un roi pour sauver son royaume. Le risque : ne plus distinguer la frontière entre l’imaginaire et le réel, et voir disparaître son libre arbitre… le 5 mars Théâtre en Dracénie, Draguignan 04 94 50 59 59 www.theatresendrecenie.com

les 7 et 8 mars Théâtre de Grasse 04 93 40 53 00 www.theatredegrasse.com © Guy Delahaye


Petites sirènes Les habits neufs... «Le monde de l’enfance nous rejette, celui des

Le Nez dans... Quatre personnes vivent dans une armoire.

adultes semble compromis, plein d’arrangements, il n’y a qu’une issue : l’absolu.» Cette interprétation libre inspirée de l’œuvre de Hans Christian Andersen, mise en scène par Alexis Moati, traite de cette période cruelle qu’est l’adolescence. La compagnie Vol Plané interprète cette petite sirène en pleine métamorphose, qui n’a ni nom, ni identité, perdue dans ce chemin sinueux qu’est le passage de l’enfance à l’âge adulte. Une nouvelle création pour une compagnie de notre région, pleine de talent, et de la juste irrévérence qui permet de revisiter nos histoires… À partir de 11 ans.

Elles doivent organiser leur journée, se divertir et trouver des moments d’intimité. Un spectacle sans parole, où les gestes prennent de l’importance dans un petit monde qui s’organise comme le grand. La cie du Dagor donne vie à cet univers onirique, dans lequel chacun s’épanouit à sa manière mais aussi ensemble grâce l’instauration de rituels… Mais si l’un d’entre eux venait à sortir de l’armoire ? Le Nez dans la serrure le 5 mars Le Rocher, La Garde 04 94 08 99 34 www.ville-lagarde.fr

le 8 mars Théâtre Durance, Château-Arnoux 04 92 64 27 34 www.theatredurance.fr

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© X-D.R

Les souffleurs... La voix suave de la conteuse Ambre Oz et les

© X-D.R

Le jardin sous la lune C’est une invitation aux rêves et à la magie que

du 2 au 6 mars Le Massalia, Marseille 04 95 04 95 70 www.theatremassalia.com © X-D.R.

Les souffleurs de rêves du 11 au 14 mars La Passerelle, Gap 04 92 52 52 52 www.theatre-la-passerelle.eu

J E U N E P U B L I C

Les habits neufs de l’Empereur du 19 au 21 fév PôleJeunePublic, Le Revest 04 94 98 12 10 www.polejeunepublic.com

Dans le ventre...

© Lucas Durey

propose par la cie Praxinoscope. Un voyage à la découverte d’un monde féérique où la nature se fait reine et guide de tous les sens. La végétation répand une odeur mystérieuse, les mots de Marcelle Delpastre ensorcellent ce petit espace de liberté, quand soudain… des sculptures fantastiques jaillissent ! Combien d’autres secrets la vie organique pourrait-elle encore cacher ? À partir de deux ans.

Un empereur vaniteux souhaite qu’on lui fabrique un habit extraordinaire qui lui confère le pouvoir de n’être vu que par les seuls purs d’esprit et de cœur. Deux serviteurs décident de prendre l’empereur à son propre jeu et de ne fabriquer que… du vide ! Symbolisés par de drôles de carafes en cristal, les personnages de la compagnie Graine de Malice dénoncent avec humour et originalité l’obéissance aveugle de ces hypocrites au pouvoir en place.

mélodies en arabes, en hébreu ou en bambara du musicien Christophe Lasnier rythment avec légèreté et gaieté le surprenant voyage d’Alice. La petite fille s’apprête à partir à l’école lorsqu’elle perd son parapluie. Une mésaventure qui se transforme en une aventure étourdissante. Le spectateur est emporté dans cette épopée ponctuée de rencontres des plus extravagantes ! À partir de 6 ans.

© Aurélien Marquot

La paille, le bois ou la brique, chacun des trois petits cochons a construit sa maison à sa façon. Les danseuses de la cie Didascalie font de même : à chacune son style mais aussi sa faiblesse. C’est alors que le loup apparaît, chamboule leur quotidien, les déstabilise, les perturbe. Sous son air féroce et inquiétant, il est peut-être le seul capable de leur donner un second souffle, voire une nouvelle force. À partir de 6 ans. Dans le ventre du loup du 12 au 13 mars PôleJeunePublic, Le Revest 04 94 98 12 10 www.polejeunepublic.com

A U P R O G R A M M E

L’avare Dans cette adaptation libre de la cie Tabola Rassa, Harpagon ne recherche plus de l’argent mais de l’eau. Une comédie où les acteurs représentés par des robinets, tubes, tuyaux… dénoncent avec humour et ingéniosité un thème aussi grave que la pénurie de ressources naturelles. Fort de son succès, ce théâtre d’objet a été joué plus de 500 fois dans le monde entier par Olivier Benoît et JeanBaptiste Fontanarosa. le 12 mars Théâtre Durance, Château-Arnoux 04 92 64 27 34 www.theatredurance.fr


Don Quichotte... © TNC

Mr et Mme Rêve Standards Entre réel et virtuel, danse et théâtre, MarieClaude Pietragalla et Julien Derouault s’inspirent de l’œuvre de Ionesco pour un étrange voyage dans le quotidien absurde d’un couple. Utilisant comme partenaire de scène un avatar interactif en 3D, ils opposent au monde théâtral l’évanescence du mouvement. Un théâtre de danse au cœur de l’irréalité virtuelle.

Créée au théâtre de Chaillot, la pièce de José Montalvo revisite la grande tradition burlesque et offre une version loufoque de Don Quichotte, décalant le roman de Cervantès dans un univers urbain où se mêlent théâtre, danses classique et contemporaine, flamenco et hip hop. Le comédien Patrice Thibaud incarne le chevalier errant rocambolesque, accompagné par treize danseurs talentueux dans une fable chorégraphique, métissée et surréaliste.

res Vives qui poursuit son questionnement sur les minorités et opprimés avec une nouvelle pièce chorégraphique hip hop, sur le parcours de cinq clandestins en France. Un hymne à la diversité, où le corps utilise le geste comme verbe.

le 12 mars Théâtre de Cavaillon 04 90 78 64 64 www.theatredecavaillon.com

les 8 et 9 mars Théâtre de l’Olivier, Istres 04 42 56 48 48 www.scenesetcines.fr

Don Quichotte du Trocadéro du 14 au 16 fév La Criée, Marseille 04 91 54 70 54 www.theatre-lacriee.com

La cuisine de Pan Avec la compagnie Chute Libre, la cuisine de-

les 20 et 21 mars Théâtre de Nîmes 04 66 36 65 10 www.theatredenimes.com

© X-D.R.

© Jerome Tisserand

L’expérience Harmaat, la pièce de Fabrice Lambert explore l’interaction entre intensité lumineuse, physique, musicale. La lumière, signée Philippe Gladieux, prolonge le geste pour un dialogue complexe dans un «espace scénique aussi malléable que la chair vivante». le 8 mars Théâtre d’Arles 04 90 52 51 51 www.theatre-arles.com © Alain Julien

du 14 au 16 fév Les Bernardines, Marseille 04 91 21 30 40 www.theatre-bernardines.org

le 5 mars Théâtre de Briançon 04 92 25 52 42 www.theatre-du-brianconnais.eu

Solaire Habitée par les corps en mouvement de la Cie

Sad Songs

En collaboration avec Marseille Objectif Danse, les Bernardines accueillent la nouvelle création pour deux interprètes de et par Thierry Baë, qui signe également la musique. Avec Corinne Garcia, pour faire tomber les masques, il dresse «l’inventaire de l’homme multiple, chargé de masculin, féminin, violence, douceur…» Car Thierry Baë sait se cacher pour mieux apparaître, dans le corps des autres, ou juste derrière eux…

vient lieu du chahut provoqué par six danseurs hip hop qui manient contorsions et performances physiques, assaisonnées de musiques électro et classique. Un quotidien revisité appétissant !

Lac

© Angela Sterling

D A N S E

Huit danseurs hip hop composent une «population» et s’emparent de la symbolique patriotique du drapeau tricolore pour tordre les limites des «territoires imaginaires dans lesquels le poétique absorbe le politique». Dessinée par le chorégraphe engagé Pierre Rigal, la pièce pose avec intelligence la question du formatage et de l’uniformisation.

Parmi nous Sortie de résidence de la compagnie Mémoi-

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© Pierre Grosbois

les 8 et 9 mars Le Toursky, Marseille 0 820 300 033 www.toursky.org

Lac, épure du titre originel, pour la «recréation» chorégraphique de Jean-Christophe Maillot, écrite en 2011 en collaboration avec l’écrivain Jean Rouaud, dans les décors d’Ernest Pignon-Ernest, sur la musique du Lac des cygnes. Mythique, mais «Comment garder vivant ce répertoire ?». Tout en gardant l’argument du ballet, Lac offre un spectacle aux codes nouveaux, d’une grande poésie, portée par les merveilleux danseurs des Ballets de Monte Carlo. les 16 et 17 fév Théâtre Le Forum, salle Gounod, Fréjus 04 94 17 73 70 www.aggloscenes.com


Micro Wu-Wei Concert rock ? Opéra microscopique ? Créatures musicales  ? La pièce du chorégraphe performer Pierre Rigal met en espace des «bêtes de scène», emportées par la transe, qui composent un corps à corps charnel avec les instruments. Une expérience énergique qui démontre la poésie du rock. En partenariat avec le Ballet Preljocaj et les ATP d’Aix. © Cie Yohann Bourgeois

les 7 et 8 mars Pavillon Noir, Aix 04 42 26 83 98 les 29 et 30 mars Théatre de Grasse 04 93 40 53 00 www.theatredegrasse.com

Les Quatre Saisons de Vivaldi sont revisitées par onze acrobates chinois et huit musiciens du Balkan Baroque Band, sous la direction de l’acrobate Yoann Bourgeois. La traduction littérale de Wu-Wei, qui est une notion du taoïsme, serait la «non-action» ; non pas la passivité, mais la disponibilité qui permet la fluidité de l’action en harmonie. Pour une véritable chorégraphie circassienne en relation avec les saisons, dans leurs jaillissements et leurs attentes.

© Pierre Grosbois

Ex Nihilo En résidence au KLAP, la compagnie Ex Nihilo propose au public une «découverte dansée» d’un travail en cours. Jean-Antoine Bigot, chorégraphe et plasticien, accompagné par le danseur Rolando Rocha, expérimentent des pistes de travail sur la relation danse et peinture. le 15 mars KLAP, Marseille 04 96 11 11 20 www.kelemenis.fr

Junior Ballets Organisée par la Ville de Cannes et l’école supérieure de danse de Cannes Rosella Hightower, la 5e rencontre internationale réunit le CJB (Cannes Jeune Ballet) et d’autres ballets juniors (Paris, USA, Allemagne) qui vont partager leur technique, culture et sensibilité pour découvrir et comprendre les différents univers artistiques et pédagogiques. du 20 au 23 février Théâtre de la Licorne, Cannes 04 97 06 44 90 www.madeincannes.com

le 9 mars Le Carré, Sainte-Maxime 04 94 56 77 77 www.carreleongaumont.com le 22 juin Châteauvallon, Ollioules 04 94 22 02 02 www.chateauvallon.com

Un point c’est tout La culture numérique peut tisser des liens avec la création vivante. Un point de départ simple, un fond noir, un point blanc, deux «conférenciers», Adrien Mondot et Claire Bardainne. Entre les spécialistes des formes virtuelles, avec son logiciel eMotion et la plasticienne, se fonde un véritable show multimédia, où tablettes numériques et capteurs sensoriels construisent un univers virtuel. De l’art ? sans conteste, qui se découvre une nouvelle enfance, dans ce jonglage résolument contemporain. le 16 fév Théâtre Liberté, Toulon 04 98 00 56 76 www.theatre-liberte.fr

Sirène La cie Attention Fragile, Gilles Cailleau à sa tête, © N. Sternalski

revisite la vie de Dalida, la faisant naitre «de l’éclosion d’une caravane, un jour de mars tout juste après-midi, pour annoncer la fin de l’hiver et le début des paillettes […]» Pour accompagner cette naissance une girafe, une petite fille dresseuse de vieillards, un coiffeur réducteur de tête… le 6 mars à 12h Parvis de l’Opéra, Marseille 04 91 03 81 28 www.lieuxpublics.com


AIX. Le 14 fév à 12h30 et 18h30. Musée des Tapisseries 06 79 71 56 50 www.baroquesgraffiti.com/ MARSEILLE. Le 15 fév à 18h & 20h30. Villa Magalone 04 91 39 28 28 www.citemusique-marseille.com

Mille et une nuits 30 A U P R O G R A M M E M U S I Q U E

Les mille et une nuits © Nathaniel Baruch

Un long voyage à la découverte de l’orient onirique de la belle Shéhérazade… Les premières traductions françaises de ces contes remontant au début du XVIIIe siècle, Louise Moaty ancre son spectacle dans un décor baroque résonant au clavecin, flûtes et violes de l’ensemble La Rêveuse et des musiques de Lully, Marin Marais, Rameau ou Charpentier… AIX. Les 14 et 15 fév à 19h. Théâtre du Jeu de Paume 08 2013 2013 www.lestheatres.net

5e de Mahler

La Symphonie et son fameux Adagietto, magnifié par les plans de Visconti, est dirigée par Mikko Franck, l’un des meilleurs jeunes chefs actuels, en remplacement de Myung Whun Chung (souffrant) à la tête de l’Orchestre Philharmonique de Radio-France. AIX. Le 15 fév à 20h30. Grand Théâtre de Provence 08 2013 2013 www.lestheatres.net

L’Arlésienne

La musique de Bizet, Marche des Rois ou Farandole, expliquée aux bambins et dirigée par Frédéric Lodéon au pupitre de l’Orchestre Philharmonique de Radio-France. AIX. Le 16 fév à 11h. Grand Théâtre de Provence 08 2013 2013 www.lestheatres.net

Cinq voix

Un nouvel ensemble vocal : Bénédicte Pereira (soprano), Madeleine Webb (mezzo), Daniel Marinelli (contre-ténor), Luc Default (ténor) et Hervé Audoli (basse), accompagnés par Frédéric Isoletta (continuo) dans de beaux Madrigaux de Monteverdi et Gesualdo… Entrée libre… comme la participation aux frais. MARSEILLE. Le 16 fév à 16h. Temple Grignan

Musique municipale

L’Harmonie municipale d’Aubagne invite des élèves du Conservatoire à les rejoindre pour un concert dirigé par Alain Négrel. AUBAGNE. Le 17 fév à 17h. Théâtre Comoedia 04 42 18 19 88 www.aubagne.fr

Quintettes à vent

7e édition du Concours Henri Tomasi organisé par l’Institut des Instruments à Vent de Marseille et la Cité de la Musique. MARSEILLE. Du 18 au 22 fév. Villa Magalone Remise des prix et concert des lauréats le 23 fév à 14h30 04 91 39 28 28 www.citemusique-marseille.com 04 91 39 29 02 http://ifiv-marseille.blogspot.fr

Tremplin jeunes chanteurs

Participation de lauréats des principaux concours nationaux et internationaux de chant. AVIGNON. Le 19 fév à 20h30. Opéra Entrée libre sur réservation au 04 90 82 81 40 www.opera-avignon.fr

De Dowland à Solano

Un trio, musiciens issus de l’ensemble C Barré, Thomas Keck (guitare), Vincent Beer-Demander (mandoline) et Eva Debonne (harpe) traversent les siècles aux sons de leurs cordes pincées… MARSEILLE. Le 20 fév à 20h. Salle Musicatreize 04 91 00 91 31 www.musicatreize.org

Roland de Lassus

L’ensemble Concerto Soave dirigé par JeanMarc Aymes interprète Prophéties des Sibylles, Motets et Chansons du maître de la Renaissance. MARSEILLE. Le 22 fév à 20h. Salle Musicatreize 04 91 00 91 31 www.musicatreize.org

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Les Sonates de l’opus 2 de Vivaldi par l’ensemble Baroques-Graffiti (dir. Jean-Paul Serra)

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Roux vénitien

10e de Chosta

Après les représentations d’Elektra (voir p20), c’est l’Orchestre Philharmonique de Marseille (dir. Pinchas Steinberg) qui occupe le plateau de l’Opéra pour la Symphonie n°10 de Chostakovitch, jouée après la mort de Staline en 1953 et dans laquelle d’aucuns trouvent des allusions figurative à l’oppression et la fin du dictateur. MARSEILLE. Le 23 fév à 20h. Opéra 04 91 55 11 10 http://opera.marseille.fr

Un soir de réveillon

Une charmante opérette exhumée du Marseillais Raoul Moretti, musicien qui connut dans les années 30 une gloire comparable à celle de Vincent Scotto. MARSEILLE. Les 23 et 24 fév à 14h30. Théâtre de l’Odéon 04 96 12 52 70 www.marseille.fr Rencontre à l’Alcazar avec les chanteurs et les gens de scène Le 16 fév à 17h. Salle de conférence 04 91 55 90 00 www.bmvr.marseille.fr

Laurent Naouri

Le baryton français propose un beau programme autour des mélodies de Ravel et Ibert dédiées au mythe de Don Quichotte. Avec aussi Rachmaninov et Poulenc (Calligramme). Elena Filonova l’accompagne au piano. ARLES. Le 3 mars à 11h. Méjan 04 90 49 56 78 www.lemejan.com

Laurent Naouri © X-D.R

Alcazar Memories

Paul Lay (piano), Isabel Sörling (chant) et Simon Tailleu se souviennent des belles heures du musical-hall à Marseille, autour de répertoires et standards de jazz entendus à l’Alcazar, mâtinés de compositions originales. En partenariat avec Marseille Concerts. MARSEILLE. Le 5 mars à 20h. La Criée 04 91 54 70 54 www.theatre-lacriee.com


32 A U P R O G R A M M E M U S I Q U E

La grande Sonia propose davantage que des récitals pour violoncelle ! Si l’artiste mêle, à fleur de cordes, Aperghis à Bach, Schumann à Granados ou Krawczyk, c’est pour chanter encore les musiques de la terre et la mer, du vent et des peuples, leurs croyances, Dieux, cris et pleurs… Après ses beaux Chants Juifs et Chants d’Est, elle pose son archet sur la scène aixoise pour une création Odyssée pour violoncelle et chœur imaginaire, rehaussée d’une scénographie (Romain Pellas) toute de sable et de pierres. Enrobé d’une bande-son (Franck Rossi), son instrument, suave et profond, chante la Méditerranée, matrice chaleureuse et poignante des refrains égyptien, berbère, byzantin, corse, syrien, andalou… AIX. Du 5 au 7 mars à 20h30. Théâtre du Jeu de Paume 08 2013 2013 www.lestheatres.net

Mars en baroque

Un évènement musical attendu au printemps depuis une douzaine d’années à Marseille ! De beaux concerts (voir p 9), mais aussi des conférences très prisées à l’image de celles à l’Alcazar sur L’Opéra italien par Patrick Barbier (le 5 mars à 17h. Salle de conférence) et sur les Peintres et musiciens pré-baroques par Marie-Paul Vial (le 9 mars à 17h. Salle de conférence). En présence des musiciens de Concerto Soave et Jean-Marc Aymes aux claviers, des chanteurs du CNIPAL… Pour joindre les sons à la parole ! MARSEILLE. Du 5 au 26 mars Concerto Soave 04 91 90 93 75 www.concerto-soave.com L’Alcazar : 04 91 55 90 00 www.bmvr.marseille.fr

Mozart/Schubert

Laurence Equilbey dirige son nouvel Insula Orchestra qui joue sur instruments classicoromantiques. Au programme la 5e symphonie de Schubert ou le fameux 23e concerto mozartien avec Kristian Bezuidenhout au pianoforte. AIX. Le 7 mars à 20h30. Grand Théâtre de Provence 08 2013 2013 www.lestheatres.net

D’une lune à l’autre

L’ensemble contemporain Yin dans un dialogue musical et poétique fait de croisements et correspondances qui traversent l’ailleurs et le temps… Entrée libre MARSEILLE. Le 7 mars à 20h30. Auditorium Cité de la Musique 04 91 39 28 28 www.citemusique-marseille.com

Fantôme

«…un léger roulement, et sur la peau tendue qu’est notre tympan»… Benjamin Dupé visite le thème littéraire d’Orphée au moyen d’une composition musicale pour sons électroniques. Le spectateur/auditeur est immergé dans un espace acoustique mêlant voix et instruments mécaniques, objets sonores en mouvement dans un cocon de sons et lumières. Comme dans une boîte à illusions, le sable prend l’empreinte des pas, des objets s’enclenchent, et les sons enregistrés mêlent leurs sons au trouble des objets fantômes… À découvrir dès 12 ans (plusieurs séances par jour dont scolaires) ! MARSEILLE. Du 7 au 13 mars. Théâtre du Merlan 04 91 11 19 20 www.merlan.org

© Agnès Mellon

Thomas Leleu

L’Orchestre Philharmonique de Marseille a la chance de posséder en ses rangs (on espère pour longtemps !) un tubiste de génie qui rend grâce et puissance, swing et fantaisie virtuose au pachyderme des cuivres. Du haut de ses 25 ans, Thomas Leleu sort du rang (comme il le fait de plus en plus depuis sa «Victoire de la Musique» en 2012) pour une création mondiale, commande de la Ville de Marseille à John Galliano : Fables of Tuba. Le tubiste joue également une pièce concertante pour son instrument : Convergences de Jean-Philippe Vanbeselaere, dans un programme qui affiche la 2e symphonie de Sibelius (dir. Tarcisio Barreto Ceballos). MARSEILLE. Le 8 mars à 20h. Auditorium du Pharo 04 91 55 11 10 http://opera.marseille.fr Rencontre à l’Alcazar avec Thomas Leleu autour des deux œuvres pour tuba de Galliano et Vanbeselaere. Le 23 fév 2013 à 14h. Salle de conférence 04 91 55 90 00 www.bmvr.marseille.fr Thomas Leleu © X-D.R

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Sonia Wieder-Atherton © Mondino

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Wieder-Atherton

Boquet & Jousselin

Pascale Boquet (luth) et Catherine Jousselin (soprano) : Du mignard Luth - fantaisies, chansons et danses françaises et italiennes de la Renaissance. BAUX-DE-PROVENCE. Le 24 fév à 16h30. La Citerne 04 95 04 30 28 www.ciehenriagnel.com

Follies

Né à 1930 à New York, Stephen Sondheim est une star outre-Atlantique. En France, le compositeur/l ibrettiste est peu connu, hors quelques aficionados du genre. Le cinéaste Alain Resnais est de ceux-là : il fit appel à lui en 1974 pour la B.O. de Stavisky. Les curieux auront peut-être observé que la majeure partie des épisodes de Desperate Housewives empruntent leur titre à ses chansons… C’est Oscar Hammerstein (The sound of music) qui prend le jeune Stephen sous sa protection et lui ouvre les portes de Broadway. Tout avait commencé pour Sondheim par un succès planétaire, puisqu’il avait signe les «lyrics» de West Side Story (1957) sur lesquelles Leonard Bernstein imagina ses mélodies inoubliables... Les succès s’enchaînent ensuite, de Gypsy (1959) à Follies (1971), joyau de la comédie musicale américaine mettant en scène une troupe de music-hall et ses souvenirs lors d’une dernière soirée dans un théâtre en démolition… On y chante, on y danse, on y rit et pleure : du grand spectacle pour une création en France (mise en scène Olivier Bénézech), à l’image de A little night music (1973) ou Sweeney todd (1979) joués pour la première fois à Paris au Châtelet en… 2010 et 2012 ! TOULON. Les 8, 9 mars à 20h et le 10 mars à 14h. Opéra 04 94 92 70 78 www.operadetoulon.fr Et pour s’initier… Une compilation (inédite jusqu’en 2010) de près de 80 titres de Sondheim est parue chez Sony music dans un Coffret 4 CD 82796-94255-2

L’Histoire de Babar

Autour de l’œuvre de Poulenc et de La Boite à joujoux de Debussy… pour les chouchous, dès 4 ans ! Avec Laurence Ferrari (récitante), Renaud Capuçon (violon) et Jérôme Ducros (piano). AIX. Le 9 mars à 15h et 19h. Théâtre du Jeu de Paume 08 2013 2013 www.lestheatres.net

Trio d’anches

Jean-Claude Latil (hautbois), Didier Gueirard (clarinette) et Frédéric Baron (Basson) composent un programme alliant quelques classiques de Mozart et Beethoven à des Trios d’anches, fleurons de la musique française signés de Sauguet, Ibert ou le Concert Champêtre de Tomasi (voir p 49). MARSEILLE. Le 9 mars à 17h. Foyer Opéra 04 91 55 11 10 http://opera.marseille.fr


AVIGNON. Le 9 mars à 17h. Foyer Opéra 04 90 82 42 42 www.opera-avignon.fr

Musicatreize

Invité aux Matins sonnants de l’Opéra de Marseille et du GMEM, le chœur dirigé par Roland Hayrabedian mixe ses voix à un dispositif sonore électronique pour des pièces d’Alexandros Markeas et Zad Moultaka (Cadavres exquis).

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MARSEILLE. Le 10 mars à 11h. Foyer Opéra Réservation GMEM 04 96 20 60 10

A U P R O G R A M M E M U S I Q U E

© Guy Vivien

L’Heure exquise

Reprise par la Troupe Lyrique Méditerranéenne de leur florilège «déjanté» d’airs d’opéras et d’opérettes, imaginé autour de l’histoire de «trois amis voleurs, mais gentlemen» qui s’invitent chez un marquis pour commettre leurs larcins… et séduire des belles ! EGUIERES. Le 10 mars à 15h. Théâtre Grenier de l’Alcazar 06 60 36 99 09 www.troupe-lyrique.com

Le pianiste aux 50 doigts

Les moyens pianistiques de Georges Cziffra étaient exceptionnels ; «paranormaux» disaient certains… Et la vie de ce Hongrois est un véritable roman qui témoigne d’une histoire à la fois intime et générale du XXe siècle. Pascal Amoyel, fleuron du piano français, lui rend hommage et se souvient de l’homme et artiste qu’il connut adolescent dans un spectacle, où il mêle récit et musique, mis en scène de Christian Fromont. AUBAGNE. Le 10 mars à 17h. Théâtre Comoedia 04 42 18 19 88 www.aubagne.fr

Orgue

Benoit Dumon joue Bach et ses prédécesseurs. CASSSIS. Le 10 mars à 17h30. Eglise St-Michel 06 09 24 16 52

Quatuor Parisii

Les fameuses cordes françaises interprètent les Quatuors de Debussy et Franck ainsi que celui du Marseillais Georges Bœuf. MARSEILLE. Le 12 mars à 20h. Auditorium de la faculté de médecine www.musiquedechambremarseille.org Espace Culture 04 96 11 04 60

Bernard d’Ascoli

Séance de rattrapage pour ceux qui ont manqué le beau programme du pianiste à la SMCM, autour du thème de l’eau (Debussy, Ravel, Schubert, Liszt, Chopin). Un formidable musicien issu de notre région ! CARRY. Le 12 mars à 20h30. Espace Fernandel 04 42 44 64 01 www.moments-musicaux-de-carry.fr

Mozart à Paris

Baroques-Graffiti : Sharman Plesner (violon), Anne-Garance Fabre dit Garrus (violoncelle) et Jean-Paul Serra (clavecin) pour des Sonates parisiennes. MARSEILLE. Le 13 mars à 15h (enfants sur réservation dgac-jeunessealcazarbmvr@mairie-marseille.fr) et 17h (adultes) L’Alcazar. Entrée libre. 04 91 55 90 00 www.bmvr.marseille.fr AIX. Le 14 mars à 12h30 et 18h30. Musée des Tapisseries 06 79 71 56 50 www.baroquesgraffiti.com/ MARSEILLE. Le 15 mars à 18h & 20h30. Villa Magalone 04 91 39 28 28 www.citemusique-marseille.com

Baroques-Graffiti © X-D.R

Alexandros Markeas

L’ensemble Musicatreize dirigé par Roland Hayrabedian présente un programme vocal autour du compositeur. MARSEILLE. Le 13 mars à 20h. Salle Musicatreize 04 91 00 91 31 www.musicatreize.org

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Récital des jeunes chanteurs du CNIPAL.

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«Apér’Opéra»

Bertrand Chamayou

Le pianiste français joue le Concerto «L’Empereur» de Beethoven en compagnie de l’Orchestre Symphonique de l’Opéra de Toulon (dir. Giuliano Carella) qui interprète également Fauré (Suite Masques et Bergamasques) et Hindemith (Symphonie «Mathis le Peintre»). TOULON. Le 14 mars à 20h30. Opéra 04 94 92 70 78 www.operadetoulon.fr

L’heure du Thé

Récital des jeunes chanteurs du CNIPAL. MARSEILLE. Les 14 et 15 mars à 17h15. Foyer Opéra Entrée libre dans la limite des places disponibles. Réservation au 04 91 18 43 18

La trahison orale

© Pierre Gondard

Une pièce mythique de théâtre musical, signée Mauricio Kagel, d’après les Evangiles du Diable (fables, prières, formules magiques, contes populaires recueillis par Claude Seignolle), une scénographie d’Hubert Colas, Bernard Bloch (récitant) et des musiciens emmenés par Jean-Marc Montera et ses infernales cordes pincées… MARSEILLE. Les 14 et 15 mars à 20h30. Théâtre du Gymnase 08 2013 2013 www.lestheatres.net 04 91 04 69 59 www.grim-marseille.com

L’Ospedale immaginario

Ce «concert privé» donné par l’ensemble baroque Les Bijoux Indiscrets (dir. Claire Bodin) nous transporte à Venise au temps où les établissements, hospices pour jeunes filles, résonnaient aux musiques de Porpora, Vivaldi… Un voyage au cœur d’une histoire fantasmée avec la comédienne Véronique Dimicoli, dans le cadre du festival Présences Féminines. TOULON. Le 15 mars à 20h30. Théâtre Liberté 04 98 00 56 76 www.theatre-liberte.fr


les reproduise en une fresque d’acier Tous 2013 qui sera installée le 31 décembre. Les têtes de tout un chacun s’affichent en guise de propos… Faites plutôt un tour dans l’espace réservé aux différents Musées de Marseille, qui changeront régulièrement les pièces exposées, de même que de nouveaux artistes occuperont les cimaises tous les mois. À ne rater sous aucun prétexte : les quatre cabines olfactives de Stéphan Muntaner dans lesquelles, installé sur un grand fauteuil, on peut entendre les cris des goélands, les bruits de la ville, et respirer ses parfums de pastis ou de lavande.

À prolonger et partager !

À l’étage supérieur la salle Grand‘Rue a accueilli en janvier le Conseil régional ; en février c’est le tour de la Chambre de commerce ; suivront les villes d’Arles et Aubagne, le Conseil général, MPM... Chaque collectivité mettra en avant ses atouts et ses projets. L’Office du Tourisme y renseigne aussi le public, proposant conseils et réservations. Durant toute l’année des rencontres avec les artistes, les organisateurs des manifestations artistiques, des mini-spectacles et des animations sur la place ponctueront les journées. Un aspect de médiation et de facilitation souligné par Olivier Gineste (directeur de la Communication de la Ville) qui lors du lancement a insisté sur le rôle moteur de ce pavillon. On déplore d’autant plus son aspect éphémère ! le Pavillon M ne désemplit pas ! Les touristes et les marseillais s’y pressent, s’attardent pour s’inscrire aux expositions et aux spectacles de Cirque en capitales, littéralement pris d’assaut ! La demande débordante risque de faire beaucoup de déçus, qui resteront à la porte. Une solution ? prolonger la vie du Pavillon M et de MP2013… ou multiplier encore les propositions !

Les ecrans du Pavillon M © Chris Bourgue

Le Pavillon ? On M !

II

CHRIS BOURGUE ET ANNE-LYSE RENAUT Rideau de perles de bois peint par Natalia Bikir © Chris Bourgue

Pavillon M tous les jours de 10h à 19h accès libre www.pavillon-m.com

Sur la place Bargemon, le Pavillon M se présente comme la vitrine de la Ville de Marseille et de la programmation de Marseille Provence 2013. Un grand «M» l’annonce, entouré de cette forme hexagonale typique des tomettes de terre rouge chères aux Marseillais. Armature en bois et parois transparentes, la structure scénographiée par Philippe Malta valorise les 3000 m2 du bâtiment, qui dessine comme une vague éphémère. À l’intérieur, on est accueilli par les rideaux de perles de bois pare-mouches astucieusement peints par Natalia Bikir, puis images et vidéos animent l’espace. Tout d’abord un mur d’eau de 30m de long sur le thème des 7 merveilles de Marseille. Le visiteur peut déclencher à chaque étape des petits films sur le territoire. Belle entrée en matière pour d’autres découvertes au niveau inférieur. D’abord une fresque en mapping vidéo présente en 12 étapes les mutations de la ville de 2600 avant J-C à 2016 ! Puis dans l’hémicycle un écran en triptyque de 120 m2 propose un parcours dans les transformations urbaines de Marseille sur la musique conquérante de la Symphonie du Nouveau monde de Dvorak. À la sortie un chemin, construit par les œuvres Entre-mer, entre-terre de l’artiste Chantal Viroulaud et les caissons lumineux de Jean-Christophe Lett, guide les amateurs de cuisine pour lesquels des anonymes livrent sous forme d’hologrammes plusieurs recettes traditionnelles locales. Plus loin, touristes et marseillais s’intéressent aux vidéos des archives de l’INA sur le patrimoine historique et culturel de la ville ; on peut y voir, entre autres, la destruction définitive du Pont Transbordeur en 1945. L’accès est ouvert à tous puisqu’un système vidéo pour malvoyants et malentendants a été mis en place, et qu’un ascenseur relie les deux niveaux. Encore un cliché participatif ? Des opératrices prennent des photos des volontaires de profil, pour que Talma


Prendre le large

© Carolle Benitah

L’Atelier du Large est gratuit et ouvert 7 jours sur 7 de 12h à 18h 1er épisode jusqu’au 18 mai, reprise le 11 octobre J1, Marseille 04 91 88 25 13 www.mp2013.fr

Arriver au J1, c’est déjà prendre le large : à gauche comme à droite sont amarrés les plus gros ferries du port, notamment le Bonaparte récemment remis à flots, et derrière c’est la mer, à perte de vue. L’Atelier du large a judicieusement été installé là où les visiteurs de l’exposition Méditerranées croiseront les convives des Grandes Tables, dans un espace privilégié, lumineux, hospitalier, ouvert sur la grande baie de Marseille. Selon Nathalie Cabrera, Chargée de mission Actions de participation citoyenne au sein de MP2013, l’objectif était «le plus de brassage public possible», le pari «travailler sur le commun : trouver ce qui peut intéresser tout le monde». Et ils ont été menés à bien : le weekend, on se bouscule aux ateliers de Fotokino, et les trois galeries d’exposition attirent énormément de monde. À l’entrée, une cabine de photomaton argentique est temporairement hors d’usage, après avoir été prise d’assaut : 2 € les quatre photos en noir et blanc qualité supérieure, c’est autre chose qu’un cliché blafard pris au néon par un appareil numérique ! Juste à côté, la visite commence par les dessins d’enfants de la Galerie des

Quais, piochés dans l’énorme fonds d’archive de l’association Arts et Développement. Mises en valeur par un remarquable travail d’encadrement (celui de Guy Charbonnier, de l’atelier Art 7 à Sète), les oeuvres retenues par Vanessa Notley sont surprenantes, et ne détonneraient pas dans un salon d’art contemporain. Le 19 février, elles seront remplacées par une autre exposition, consacrée au patrimoine gitan, réalisée en partenariat avec le Museon Arlaten. Un peu plus loin, une salle de projection qui diffuse des vidéos d’archives : Joseph Camusso a filmé Marseille dans les années 50, et tout l’amour qu’il portait à sa ville vous saute aujourd’hui aux yeux avec la même fraîcheur. Mais la part belle est réservée à la photographie, «la forme artistique la mieux partagée» selon Nathalie Cabrera. La Galerie des Chercheurs de midi expose les images collectées depuis avril 2012 sur le site de MP2013 : pour l’heure, c’est la série Paysages (là où l’on vit), puis ce sera celle des Usages (comment on vit), et enfin les Personnages (avec qui l’on vit). 6000 clichés ont déjà été réunis, et l’on peut encore participer jusqu’en mai en envoyant ses photographies préférées, datées, titrées et légendées. Sur les murs, une mosaïque colorée, à dominante de bleu : «Un bateau au bout de la rue… c’est vraiment ce que je ressens de cette ville. On peut entrer dans ce projet de différentes manières, sans hiérarchie. Il y a des aspects presque savants (le travail sur la série par exemple), et d’autres très familiers, comme le mur de couchers de soleil, ou le fait de pouvoir repérer l’endroit où l’on habite sur une immense fresque urbaine.» En toute fin de parcours, 5 plasticiens ont étudié la photographie de famille jusqu’à en extraire le meilleur et le pire des liens du sang. C’est l’exposition Se/ce souvenir de la Galerie La Jetée, où se côtoient les destins factices de Sylvie Meunier, et les troublantes broderies rouges sur tirage sépia de Carolle Benitah. Voilà bien notre Méditerranée, dont la lumière est soulignée par la part d’ombre. GAËLLE CLOAREC

Le paradis perdu de la Méditerranée Cadavres exquis, Suite méditerranéenne jusqu’au 13 avril Musée Granet, Aix-en-Provence 04 42 52 88 32 www.museegranetaixenprovence.fr

IV

Chaque artiste invité au musée Granet a apporté un peu de sa culture, de son vécu et de son histoire, et la petite musique de la Suite méditerranéenne n’en finit pas de trotter dans la tête. Il faut dire que la partition a été composée par 15 artistes de 14 pays de l’euroméditerranée et qu’elle a des airs de Cadavres exquis… L’exposition aixoise réussit à instaurer un dialogue collectif tout en révélant des identités uniques. Chaque œuvre est le reflet du vivre ensemble dans une Méditerranée convulsive. La plus déstabilisante est sans doute celle composée par Sigalit Landau (Israël) : dans sa vidéo de la cueillette des olives, conçue comme une sorte d«’intifada d’olives» ou de «guerre essentielle», elle fait passer le chant pastoral pour un bombardement ! L’agitation des arbres secoués par les gaules, les fruits tombant au sol, le moteur des machines agricoles, les gestes répétitifs des hommes ; le rythme de l’image s’accélère, le bruit devient clameur assourdissante.

C’est Apocalypse now ! La sculpture de Diana Al-Hadid (Syrie) fait trembler les murs de la tour de Babel en creusant ses parois comme une ruche, la forme évoquant une vision apocalyptique de l’Arche de Noé. À moins qu’il ne s’agisse de l’annonce «d’une chute funeste pour le destin humain» ? Pour dire la violence historique, Ilias Poulos (Ouzbekistan) a choisi la monumentalité de la fresque photographique et la fragmentation des visages des belligérants de la guerre civile grecque au lendemain de la deuxième Guerre mondiale. Juxtaposition d’images éclatées en mille morceaux qui, comme une mise en pièces de la réalité, signifient que tout peut arriver… L’installation-vidéo de Lia Lapithi (Chypre) est d’une autre tonalité, légère et sensuelle, c’est un tableau vivant placé sous le signe d’Aphrodite. Au cours d’un banquetperformance filmé et reconstitué in situ, 17 femmes sont assemblées autour de l’artiste pour évoquer, entre deux mets, les délices de l’amour et de la jouissance. L’amour


Murmures des murs...

C’est un champ de ruines. Elles jonchent le sol du Centre de la Vieille Charité dans un ordonnancement strict : ce sont les vestiges de l’histoire grecque et romaine photographiés entre 1991 et 2012 par Josef Koudelka, Prix Robert Capa en 1969 pour ses photos du Printemps de Prague. Après Exils, La mission photographique de la Datar, La mission Transmanche, le Triangle noir sur les mines de Charbon en Europe centrale, le photographe tchèque s’est lancé dans une exploration des paysages sans commune mesure, sillonnant 19 pays du pourtour méditerranéen et plus de 100 sites archéologiques. Syracuse, Pétra, Delphes, Athènes, Pompéi, Volubilis pour les plus connus... une «épopée» physique (Josef Koudelka arpente les sites déserts de l’aube à la tombée du jour), géographique et historique dont les traces photographiques sont exemplaires. Transcendés par son viseur, les pierres ont une âme, les arêtes érodées ont une histoire, le souffle de la vie disparue glisse entre les colonnes disjointes et les chapiteaux écornés. Les ruines deviennent une stupéfiante scène de théâtre

à ciel ouvert où les ombres et les lumières jouent à cache-cache. «C’est une transfiguration des décombres en espérances» pour Bernard Latarjet, commissaire de l’exposition. En aucun cas archéologue, Koudelka se défend de faire des photos d’architecture, d’archéologie ou des photos documentaires. Car son travail est ailleurs, dans la quête du paysage, de son histoire, dans la captation d’une disparition de l’homme inexorable… La sobriété de la muséographie colle parfaitement avec la monumentalité majestueuse des ruines, avec les formats des photographies souvent étirées à l´horizontale comme pour pousser les limites du cadre et nous donner à imaginer l’invisible. Une impression redoublée lorsque l’on découvre le très bel ouvrage écrit par Koudelka et Erri De Luca, Théâtre du temps, déplié comme un accordéon sans fin.

Delphes, Grece, 1991 © Josef Koudelka, Magnum Photos

Vestiges 1991-2012 Koudelka en écho à l’exposition Le trésor des Marseillais Jusqu’au 15 avril La Vieille Charité, Marseille 04 91 14 59 18 www.culture.marseille.fr

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI

Sigalit Landau, Soil Nursing, 2012 © Sigalit Landau

ici fait lien entre les générations et les cultures. Le phrasé musical de Fabrizio Corneli (Italie) emprunte au clapotis aquatique sa couleur bleue pour nous faire franchir une frontière invisible ; scénographie allégorique faite d’ombres spectrales instables, monde dématérialisé et muet avec lequel nous devrons composer… Avec Bouchra Ouizguen (Maroc), c’est la musique du corps qui se fait lancinante. Déjà plébiscitée pour Madame Plaza, la chorégraphe apparait cette fois «dure comme la pierre du désert» dans lequel elle s’est laissé filmer. Sa performance place le spectateur au cœur de son environnement créatif : «là où s’origine le geste». Ainsi va l’exposition qui, note après note, fait entendre tous les points de vue, tandis que le catalogue fait circuler la parole des écrivains, poètes, philosophes, ethnologues, chercheurs et psychanalystes pour que le jeu du Cadavres exquis se poursuive. MARIE GODFRIN-GUIDICELLI

V


© Claude Lorin-Zibeline

Agnès par hasard «C’est la vie de patachon !» Les Bouches-du-Rhône. Agnès Varda jusqu’au 17 mars Galerie d’art du conseil général, Aix www.mp2013.fr www.cg13.fr

VI

C’est sur ces mots qu’Agnès Varda nous a quittés, s’embarquant dans un vélo-taxi pour suivre le parcours d’art contemporain. Après deux heures de conversation à bâtons rompus pendant lesquelles elle a parlé en toute simplicité de son travail, de ses choix artistiques, du rôle du hasard et de la rencontre. «J’aime cette galerie du cours Mirabeau : les expositions y sont gratuites. C’est sympathique de penser qu’on peut y revenir, revoir une œuvre qu’on aime. Il y a eu 7000 visiteurs en 10 jours !» Dès les premiers pas dans l’exposition on entend La Marche des rois mages de Bizet et on voit, projetées, des images aériennes du Rhône sur lesquelles apparaissent puis s’évanouissent des bouches roses, telles des pétales flottant au fil de l’eau, qui chantent. «Ce ne sont pas que des bouches féminines, précise Agnès Varda, 50 % sont des bouches d’hommes, dont deux de mes petits-fils ; je voulais des bouches bien dessinées, pas comme les miennes qui ne sont qu’un trait… Au moment où Véronique (Traquandi, commissaire de l’exposition ndlr) m’a proposé d’exposer les Bouches-du-Rhône, je me suis dit  qu’il n’y avait qu’à mettre des bouches dans le Rhône.» Derrière cette littéralité, d’apparence simpliste, se cachent les principes mêmes du travail d’Agnès Varda : la rencontre, le temps, le souvenir, le hasard, les chaînes analogiques qu’ils constituent ensemble. Ainsi La Marche des Rois qui vient de son aïeule marseillaise est interprétée par une chorale de La Ciotat où elle a aussi

photographié un groupe de gens sur le quai de la gare, clin d’œil bien sûr au film de Louis Lumière. Ses choix de lieux de photo procèdent du même principe de plaisir. «À Paris, j’ai acheté une dizaine de cartes de Marseille et avec mon crayon j’ai entouré les noms qui me plaisaient, La Rose, La Pomme, Le Cabot, Le Panier… Des noms rigolos non ? Je me suis rendue sur place avec des roses, des pommes. Je trouvais des gens à qui je proposais d’entrer dans mon projet. Regardez, ces jeunes au métro La Rose, ils reflètent la diversité de Marseille. Ils sont beaux. C’est un groupe éphémère, juste les gens qui se trouvaient là à ce moment précis mais tout ce qui rassemble, regroupe, est intéressant.» Dans le triptyque Amélie et les majorettes une photo argentique en noir et blanc est encadrée de 2mn30 d’images en couleur, un portrait à volets vidéo reprenant le dispositif entrepris à Sète en 2011. Le spectateur est placé dans un entre-deux image fixe/image mobile, cinéma/photographie, où toute image devient souvenir, tout souvenir se fixe, dans des temporalités différentes, introduisant du passé partout, démultipliant les niveaux de narration. Un deuxième triptyque, Achille et Paris du Cirque Phocéen, est le fruit du hasard. «Je suis tombée sur ce cirque à Plan de campagne et j’ai été très touchée par le travail de ces jeunes, qui s’appliquaient. Ils font partie du spectacle et ont conscience qu’ils le font bien.» C’est aussi le hasard qui avait amené Agnès Varda, en reportage en 1956 à la Cité radieuse, à capter l’instant décisif cher à Cartier-Bresson sur la terrasse du Corbusier. «C’était comme si les gens se mettaient en place. Ces personnages m’intriguaient. Je me suis souvent demandée qui étaient ces gens et ce qui s’était passé avant et après.» Ce questionnement donne naissance en 2007 à un petit film : dans un décor ressemblant à celui de la photo, les six personnages d’autrefois agissent. «Mais rien n’est certain. On pourrait imaginer d’autres scenarios Ce qui est important, c’est de savoir que c’est l’imagination qui gouverne, pour celui qui regarde aussi.» Elle est retournée au Corbusier en 2012, y a rencontré par hasard des femmes qui prenaient un café sur la terrasse ; leur a proposé de se rassembler et les a photographiées. «…plantées comme des santons, citoyennes radieuses sur la terrasse de la Cité radieuse.» 56 ans plus tard il s’agit toujours pour la cinéasteplasticienne d’aller à la rencontre des autres, faire en sorte que la vie quotidienne devienne tout à tour théâtrale, poétique, merveilleuse, amusante… en toute simplicité, sur les plages du temps. ANNIE GAVA ET CLAUDE LORIN © Annie Gava


L’odyssée de Nicolas Rubinstein Le Projet Télémachus de Nicolas Rubinstein est la première escale varoise de l’itinéraire d’art contemporain Ulysses conçu par le Frac Paca. Une figure odysséenne qui l’a enthousiasmé mais dont il a préféré le fils, Télémaque, resté dans l’ombre du héros, ce père absent... «Je me sens très proche de Télémaque» confesse l’artiste qui a imaginé un projet grandiose en trois temps et trois salles comme pour symboliser les âges de la vie, les passages à l’état adulte. «Il faut que Télémaque abandonne l’histoire de ses parents pour démarrer la sienne, il faut qu’il quitte sa mère et Ithaque» explique Nicolas Rubinstein dont la proposition plastique dépasse l’illustration du thème d’Ulysse pour opérer des questionnements contemporains sur l’hérédité, la mémoire, la transmission du malheur, la construction de soi, l’apprentissage. Et l’absence du père. Des thèmes déjà prégnants dans son œuvre qui prennent ici la forme d’une scénographie spectaculaire, burlesque et inquiétante. Le parcours est initiatique, métaphorique et autobiographique ; il débute par une série de dessins de cerveaux ailés et de têtes de mort, dont un sur son installation avec l’inscription : «Y’a pas Ulysse, hélas ! C’est là qu’est l’os...». Le plafond de la deuxième salle est prisonnier d’une structure en résille rouge, toile d’araignée géante d’où s’échappent des cerveaux suspendus à un fil. Tandis qu’une horde de cerveaux à queue de souris se répand sur le sol, certains éventrant de vieilles valises et un piano à queue. Dans la dernière salle, encerclant quatre colonnes, la résille rouge emprisonne un cerveau géant et deux mâchoires de requin, seuls «vestiges» d’une matière qu’il affectionne particulièrement, l’os, «choisi comme symbole de vie et de mémoire», longtemps la base de son vocabulaire. À chaque fois la sculpture dévore l’espace, la première par

Nicolas Rubinstein, Le projet Telemachus, 2012 © Nicolas Rubinstein

jusqu’au 14 avril Centre d’art Sébastien, St-Cyr-sur-Mer 04 94 26 19 20 www.saintcyrsurmer.fr/sebastien

fragmentation, la seconde par obstruction, et impose au visiteur un déplacement, un contournement : il lui faut lever les yeux au ciel, faire attention où poser ses pas, différencier ses points de vue. Bref, vivre son propre voyage. MARIE GODFRIN-GUIDICELLI

Politique de la chaise vide L’installation de Barthélémy Toguo, dont l’œuvre est reconnue pour la dénonciation des atteintes faites aux migrants, constitue une des étapes du projet Ulysses conçu par le FRAC PACA. L’artiste propose dans la continuité de Road to exil ou Climbing down, une version remaniée et augmentée de Redemption (Manchester, 2012) pour la chapelle arlésienne. Nous retrouvons deux grandes chaises géantes (en bois exotique), des accumulations de baluchons, des tampons de bois brut surdimensionnés (gravés en creux et à l’envers) auxquels s’ajoutent une bonne centaine de chaises et des tables en pin naturel made in Ikéa (Sainte Anne est patronne des menuisiers). Une multitude d’impressions issues de ces tampons sur papier blanc recouvrant les murs des bas-côtés délivrent différents messages ou formules administratives. Dominant, le duo de chaises inaccessibles pour le commun inflige une hiérarchisation avec le parterre labyrinthique. Le dispositif suggère un trio symbolique sur les enjeux entre pouvoir, sacré et fonction sociale : chaises(foule) / chaires(prêtre) / trônes(roi) mais peuplé de criantes absences. Vide d’âmes,

l’église au culte désaffecté semble éluder son rôle de refuge aux déshérités. Si on attribue volontiers une portée universelle à l’œuvre de Toguo, on se demande finalement qui est dépossédé dans cette chapelle réaffectée désormais à la culture. Le migrant ou le visiteur ? Un indice peut-être : l’unique tampon lisible à l’endroit est dédié la figure artistique locale considérée comme

insensée, exclue de la communauté de l’époque, mutilée par désespoir et aujourd’hui aubaine de l’industrie culturelle. Van Gogh’s ear has been found out révèle Toguo cyniquement. Bonne nouvelle envers l’émigré à la recherche d’un refuge artistique idéal ? On peut trouver une réponse dans Des hommes vivent ici (voir p 46), peut être. CLAUDE LORIN

Dérive(s) jusqu’au 10 mars Chapelle Sainte Anne, Arles 04 90 49 39 85 www.fracpaca.org

Barthélémy Toguo, Dérive(s), installation, châpelle Sainte Anne, Arles, projet Ulysses FRAC PACA 2013. Vue partielle. © photo C. Lorin-Zibeline

VII


Dans tout le territoire le premier temps fort spectaculaire de MP2013 remporte un succès dépassant les attentes : Cirque en capitales surprend et séduit

Tricot suédois Le 26 janvier, lors de la dernière représentation de knitting peace, une création de la compagnie suédoise Cirkus Cirkör, le CREAC affiche complet. Pendant que le public s’installe, une jeune fille mi-elfe, mi-page, toute de blanc vêtue, tricote avec ses bras, du coton. Les mailles se forment, la pelote se dévide jusqu’au bout. Puis d’un geste rapide, son travail fini, la tricoteuse tire un fil, dénouant le maillage qui coule sur le sol. La lumière a baissé. Le rideau se lève. Le spectacle commence. Époustouflant ! Pendant une heure et demie, les corps des acrobates vont s’inscrire dans un dispositif qui se fait et se défait, sans jamais lâcher le fil d’une métaphore visuelle se déclinant avec virtuosité. Cordon ombilical qu’on sort du ventre des poupées de laine, fils qui se croisent, se nouent, se tordent, fil de funambule devenant archet de violon, résillesréseaux, boucles qui se densifient dans des drapés-jungles où se suspendent les trapézistes, cocons géants qui les accouchent. Pelotes-mondes qui roulent sous le pas dansant des félins équilibristes ou se

font nids-carapaces. Corde frémissante de l’échelle dont les nœuds se dénouent au fur et à mesure que l’acrobate la gravit. Chaque tableau invente une écriture nouvelle de mailles et de lignes qui s’effacent ou se combinent. Fragilité, force du lien. À l’arrière de la scène, au milieu des voilages et des tombés de laine, une tour noire, du haut de laquelle un barde mène la danse frottant, grattant les cordes de ses instruments, frappant les touches d’un xylophone. Rock celtique qui emballe la chorégraphie ou chant profond pénétrant toutes les fibres des tricots. Quelques taches de rouge dans la douceur du camaïeu de blancs apparaissent dans la dernière partie du spectacle. Incarnation ? En voix off on entend les réponses de gens interrogés sur leurs aspirations. Tricoter la paix ensemble et donner le meilleur d’eux-mêmes semblent être parmi celles majeures de ces artistes qui à la fin de la représentation lancent aux spectateurs une longue écharpe, hommage de laine à la paix, au patient ouvrage qui tient chaud et rend heureux ELISE PADOVANI

cie cirkus cirkor kintting peace © Johan Stomberg

Dernières nouvelles des Colporteurs Présenté du 24 au 27 janvier à l’Espace chapiteau des Sablettes, La Seyne, Le bal des intouchables sera joué du 9 au 23 février au Parc Chanot, Marseille, dans le cadre de la programmation du Gymnase

VIII

Au bal des intouchables, seuls les artistes dansent. On reste au bord du tapis avec des fourmis plein les jambes… Le propos est sincère et la technique saisissante ! Mais la succession de mini performances poétiques, qui entrecroisent habilement cirque, théâtre et musique, reste à l’état de puzzle, et le spectacle, à la première, laissait entrevoir sa fragilité. Est-ce sa dimension trop personnelle qui plaque Icare au sol et nous empêche de voler avec lui ? Immobilisé dans un fauteuil roulant depuis un accident en 2000, Antoine Rigot, co-fondateur de la compagnie Les Colporteurs avec Agathe Olivier, convoque ici la peinture de Bacon (la beauté et la force des corps aux visages mutilés) et le roman de Beckett (Le Dépeupleur) pour questionner le handicap, la marche, l’exclusion. Au cœur de l’arène, seul au milieu des corps en mouvement, quelle place reste-t-il à l’humain rejeté à la marge ? Marionnette ou pantin, il lui faut réapprendre à lever les pieds, à se mettre debout quand il ne sait plus que danser avec sa chaise... Heureusement l’humour dédramatise la situation, comme les échappées belles de la jeune troupe de fildeféristes, danseurs-acrobates, trapézistes et musiciens-funambules qui l’accompagnent dans son apprentissage, sous les

Le bal des intouchables, Les Colporteurs © JP Estournet

moqueries parfois. Dans le chapiteau aux allures de cage aux oiseaux, les voltigeurs-colporteurs parviennent à nous faire décoller, dans les derniers tableaux vivants qui serrent le cœur et brouillent les yeux. MARIE GODFRIN-GUIDICELLI


Point de suspension Charmant ce circus tour in the city dans les traces de l’éléphant rose du Merlan ! Trois lieux élus pour la solennité de leur portique dorique et leur poids d’imaginaire social marseillais : de l’amphithéâtre des Sciences Naturelles de la Fac Saint Charles (1911) à la Société Marseillaise de Crédit (1865) en passant par le Temple de la rue Grignan (1825), le cirque va se nicher loin des tremblants chapiteaux ! Être assis dos bien droit sur les banquettes dures de l’université rend plus intenses les révélations sur la «jubilation» promises par la conférence-empêchée (genre plaisant fondé sur la déception !) conçue et menée par Camille Boitel qui réinvente le duo de clowns pour l’occasion avec comparse muet et vampirisé. Bien sûr on rit : parodique, satirique et surtout boulimique tant le plaisir semble être du côté de ceux qui font rire ! Cap sur l’Eglise Réformée et la soupe de lentilles, réconfort des aventuriers descendus depuis la gare : devant le grand crucifix blanc qui se détache du mur, Chloé Moglia présente son corps découvert (ceci est mon...) suspendu par la tension en force de ses muscles, tendons et autres parties nerveuses dans des postures insensées : écorchée encore vive, temps arrêté, à la limite du déboîtement comme les omoplates que l’on surveille avec anxiété, silence troué de sons métalliques, espace mental en cours d’élaboration... extrêmement troublant d’autant que le visage paisible et même rayonnant nie toute souffrance ! Chloé Moglia inventerait-elle le Saint-Supplicien ? Dernière station : la majestueuse verrière de la SMC dont la hauteur donne la mesure du portique qui y est dressé. Ce qui se passe au ras du sol n’est pas visible au delà du 3e rang et donc il n’en sera pas rendu compte ! Ils sont deux (au diable l’embryon d’histoire et l’illustration musicale de Nevcheherlian) et c’est lorsqu’ils font simplement duo que le spectaculaire se double vraiment d’émotion : la prouesse physique des artistes coupe le souffle littéralement au trapèze utilisé comme

© Pierre Thepenier

piste d’envol, au mât arpenté avec l’assurance de l’horizontalité ou dans la roue Cyr où les corps glissent, se plient et emportent l’espace avec eux... Ils s’appellent Le Flaouter et Maillot ; leur compagnie est basée à La Réunion et ils sont très beaux. Le Merlan proposait aussi en sa salle de revoir L’Immédiat, spectacle créé en ses murs par la bande à Boitel, qui depuis a fait le tour des scènes européennes et a donné son nom à la compagnie. Tout s’y écroule toujours avec autant d’incroyable frénésie, chaque appui s’effondrant dès qu’on y touche, les corps échappant à la pesanteur et les objets se dérobant. Hilarant, inquiétant aussi… La pénombre et l’incroyable foutoir qui envahit la scène apparentent la bande de clowns acrobates à des marginaux célestes. Quelques numéros, qui ne cherchent pas à se faire applaudir, restent hallucinants… d’autres ont un peu perdu en rythme. Qu’importe, une nouvelle forme est là, indéniablement.

L’Immédiat s’est joué du 29 au 31 janvier, Circus Tour in the City a été proposé du 1er au 3 février par Le Merlan, Marseille

MARIE JO DHO ET AGNÈS FRESCHEL

Drôle d’Eros La démarche de Cahin-caha est intéressante, et réussie par endroits : Rose veut «oser l’Eros» et emprunte très largement ses numéros au cabaret de même couleur, cherchant une forme hybride qui revigore le numéro de cirque ; ainsi Gulko transforme Monsieur Loyal en meneur de revue, qui sait cependant jouer du fouet comme un jongleur ; Pierre Glottin exécute de brillants exercices d’équilibre, masochistes, au-dessus d’une planche à clou ; et les deux cordélistes, Fanny Austry et Manuelle Haeringer, jouent de leur nudité sans abandonner la virtuosité de leur art : leurs numéros de corde gémellaire, de corde volante, de tissu aérien, sont épatants. Mais érotiques ? Le strip-tease sur un trapèze ballant donne le frisson du risque quand elle lâche la corde pour faire passer les manches… mais demeure fort peu sensuel ! Les corps de cirque dans l’effort, transpirants, musculeux et souffrants, ne font pas frissonner de désir… Du coup l’Eros ici n’est que l’évocation de la sexualité, plus ou moins zoophile, exhibitionniste ou sadique, et non l’éveil du plaisir. Peut-être des lumières, une musique, des décors et costumes plus soignés permettraient-ils l’esthétisation nécessaire au propos ? Tel quel, Rose relève de la pochade, talentueuse et inattendue, mais n’invente pas tout à fait un cirque érotique.

Rose a été créé au CREAC, Marseille du 7 au 11 février

Rose, cie Cahin Cahan © JP Estournet

AGNÈS FRESCHEL

IX


Installer la magie

Le silence du monde, installation magique, compagnie Monstre(s) © Etienne Saglio

Dans Le soir des Monstres, Etienne Saglio s’était intéressé aux liens entre le cirque et la magie. Avec Le Silence du monde, il réitère et bouleverse les codes de la magie grâce à une installation fascinante et surprenante. Comment ? En faisant tout simplement disparaître le magicien ! Entre magie et arts plastiques, le jongleur-manipulateur a réussi à supprimer non seulement le présentateur, mais aussi la scène, les sièges et les coulisses ! La durée du tour de magie n’appartient qu’au spectateur. Dès l’entrée dans cette salle obscure, toutes les barrières entre le réel et la magie tombent. Les seuls repères possibles sont ses petits modules poétiques. Le public est plongé dans cet univers rempli d’objets

mystérieux, hors du temps et du réel. Sous le halo de lumière, une cloche de verre emprisonne une petite forme cotonneuse jouant avec son ombre, des petites figurines en papier dansent un tango interminable et des cordes étranges s’entrelacent infiniment tels des serpents. Le spectateur voyage à son rythme et en toute liberté au milieu de ses objets ludiques, immobiles ou mobiles, à l’allure parfois très rapide et parfois très lente. Le Silence du monde invite petits et grands à vivre une expérience unique en dans un tout autre rapport au temps, à l’espace et aux objets. Magique ! ANNE-LYSE RENAUT

Nouveau souffle Ils nous cueillent d’entrée de jeu, délicatement, à l’image de ces ampoules progressivement allumées par deux Augustes mystérieux et silencieux, qui s’en vont délimiter la piste, une arène pour tout dire, au cœur de laquelle cirque et théâtre forain vont se confronter. En scène des artistes hors pair : Titoune, Bonaventure et Mads du Cirque Trottola et Nigloo et Branlotin du Petit Théâtre Baraque, unis par une amitié de longue date et l’envie de réunir leur univers, burlesque et expressionniste. Tout dans Matamore surprend, de la mise en scène des numéros portés, clowns, voltige, jonglage- à leur contenu. Car la complémentarité des artistes permet une liberté de ton qu’ils déploient sans retenue dans leur tour de piste singulier et

minimaliste : des déclamations incessantes d’un monsieur Loyal englué dans ses prises de conscience peu compréhensibles mais irrésistibles aux numéros d’équilibre vertigineux, en passant par le jonglage d’un cow-boy avec ses pistolets, la voltige maitrisée, toujours gracieuse, de Titoune au bout des bras de Bonaventure, la scène drôlissime de clowns grincheux et vieillissants (ah ! Boudu !)… et des numéros d’une poésie renversante, comme celui qui fait faire à un pantin plus vrai que nature des figures sur une barre fixe manipulée à vue. Enfin, Bonaventure, Matamore fier et indétrônable, redescend sur terre. Et nous avec. DOMINIQUE MARÇON Matamore © Yves Glorian

Pour un nez Soir après soir, les spectacles de François Cervantes emplissent la Cartonnerie de la Friche. Avant d’accéder à la salle, un petit crochet vers l’armoire ouverte sur la gauche, bien fournie de documentation sur ses précédentes œuvres, achève de nous renseigner sur sa popularité. Pour préparer Le Prince Séquestré, il a travaillé avec Hassan El Geretly et Boutros Raouf Boutros-Galhi, tous deux hommes de théâtre égyptiens. Sur scène, une palissade, un lampadaire, et un plot en béton. Se noue entre les acteurs un dialogue mystérieux centré sur un 3e personnage, et habité par la peur «du dehors», où l’on entend de vagues rumeurs de guerre civile. Avoir une maison, un abri, un ami, telle est la grande affaire de ces inadaptés au grand nez, clowns sans domicile fixe. Entre fantasme et dures réalités, rien n’est Carnages © J. Hierholzer - C. Raynaud de Lage

X

tranché à la fin de la représentation. Ce grand dadais à la voix molle qui entretient des relations conflictuelles mais très affectives avec son geôlier figure-t-il un Prince Séquestré en chacun de nous ? L’appréhension face au monde extérieur est aussi au cœur de Carnages, où un théâtre désaffecté accueille une troupe dépareillée de clowns affreusement grimés. Les deux personnages emblématiques de la cie l’Entreprise sont arrivés là au gré de leurs divagations : on prend plaisir à retrouver Arletty (Catherine Germain), sa démarche inimitable de bambin, et sa façon cavalière de dominer le pauvre Zig (Dominique Chevallier). Ils font peu à peu connaissance avec les occupants du lieu, occasion de scènes jouissives, poursuites et couinements compris, flingue au clair et humour décapant. Clou de l’action, un chien passe de l’état de serpillière à celui de bestiole bien vivante, et si la prestation ne connaissait pas quelques passages un peu verbeux, on passerait une heure du tonnerre, entre grincements de dents et franche rigolade. GAËLLE CLOAREC


Dada

Le Silence du monde a été joué du 26 janvier au 3 février au Théâtre d’Arles et sera joué du 20 au 23 février à La Criée, Marseille

Iconoclaste au possible, la Cie Camille Boitel unie aux musiciens du Surnatural Orchestra, nous entraîne dans un univers déjanté, loufoque, fragile aussi, où la futilité devient l’essentiel. La Machinajouer s’appuie sur un décor simple, un long paravent jaune, mur sur lequel sont ménagées portes et trappes placées en hauteur ou au ras du sol comme de larges chatières. Deux spectateurs sont aux commandes, l’un dirige les acteurs, l’autre les musiciens. Quelques mots simples animent les comédiens, «entrée», «plus dense», «beauté», «sommeil»… la liste est longue ! le résultat souvent désopilant est toujours original. Dans un esprit tout aussi irrévérencieux, le Cabaret Calamiteux : «Ne venez pas, par pitié ne venez pas !» lance la lettre d’introduction. On reprend les mêmes joyeux lurons, déguisés cette fois en femmes fatales, du tailleur rose à la robe longue cramoisie. Les spectateurs sont installés au comptegoutte autour de tables, sur des coussins, dans un lit, tandis qu’un piano

joue. On vous sert de minuscules verres d’eau, des assiettes douteuses… les numéros s’enchaînent, chaotiques, le présentateur demande à être lynché à coups d’écorces d’orange, la chanteuse réaliste perd ses faux ongles, les acrobates s’emmêlent, un tromboniste en chaussures de ski joue en dépit du bon sens, le rideau de scène se coince…On rit beaucoup, le «spectacle» s’achève en fanfare, un concert-bal suit, les musiciens s’en donnent à cœur joie, les gens dansent, courent, se retrouvent dans la «boite» construite à partir du décor de la Machinajouer. Du bonheur ! MARYVONNE COLOMBANI

La Machinajouer a été programmée les 2 et 3 février par Le Merlan, Marseille, les 8 et 9 février au Bois de l’Aune, Aix, sera joué le 14 février au Bois de l’Aune, Aix, et le 15 février à La Galerie, Fuveau le Cabaret Calamiteux a été joué les 8 et 9 février au Bois de l’Aune, Aix, et est programmé le 14 février au Domaine de Fontblanche, Vitrolles et le 15 février à La Galerie, Fuveau Cabaret Calamiteux © l'immediat

Matamore a été joué au Théâtre d’Arles du 16 au 30 janvier, et s’installe au Théâtre Massalia, à Marseille, du 9 au 20 février

Carnages est joué jusqu’au 23 février à La Friche, Marseille, Le Prince séquestré a été joué du 5 au 10 février à La Friche

Étude du mouvement À Bas bruit de Mathurin Bolze met en scène trois artistes (Mitia Fedotenko, Elise Legros, Cyrille Musy) venus d’histoires différentes et qui, chacun, ont contribué à construire le spectacle à partir de récits de marcheurs, de films… particulièrement Jaguar de Jean Rouch qui évoque la marche de trois personnages du Niger au Ghana. Initiatique, À Bas bruit est fait de fragments de scènes, dans une esthétique du surgissement qui vise à l’appréhension d’une totalité. Les acrobaties, malgré leur grande difficulté, ne cherchent pas le spectaculaire : une roue de hamster à taille humaine, un tapis roulant, abritent la marche, celle du promeneur, celle des gens pressés, ou mieux encore des flâneurs… marche immobile, sautillante, disloquée jusque dans la chute, marche de la danse, de la pensée qui se construit, s’articule, se dessine, s’analyse. On se rencontre, se séduit, se chahute, on se dispute, on s’étreint. Marche de la condition humaine. Les travaux sur le mouvement de Marey ou de Muybridge au XIXe ne sont pas loin. Les différents niveaux de l’espace scénique sont habités par la projection d’extraits de films ou d’images diffractées. Elles éclosent au gré des supports que les comédiens leur offrent, comme si elles leur préexistaient. Mathurin Bolze préfère «laisser l’interprétation libre», «les images parlent, je n’aime pas beaucoup les expliquer, elles perdraient il me semble leur mystère poétique». La magie qui habite ce spectacle n’appartient à aucun genre, et dessine les contours d’une expression nouvelle qui sait transporter le public.

À bas bruit - Cie Mpta Mathurin Bolze © Christophe Raynaud De Lage

A bas bruit a été joué du 1er au 3 février au Bois de l’Aune, Aix, et les 6 et 7 février salle Emilien Ventre, Rousset

MARYVONNE COLOMBANI

XI


État d’urgence

Le collectif AOC a donné sa toute dernière représentation de Autochtone le 1er février à Port-de-Bouc

Autochtone © Rhaissa Montera

La réalité du monde n’est qu’ombre, violence, soumission, consommation à tout-va et besoins mercantiles… Si par extraordinaire vous n’en aviez pas conscience, le collectif AOC est là pour vous remettre en mémoire, en sons et en images ce qui ne saura plus vous échapper. Le trait est certes appuyé, mais le propos frappe, d’autant plus fort qu’il est appuyé par un rock joué en direct par l’américain Jules Beckman, Monsieur Loyal des plus original, grand ordonnateur d’un monde chaotique qui n’en finit plus de se déliter. Car sur la piste, chorégraphiés par Karin Vyncke, des êtres sont jetés sur le sol, balancés au milieu d’objets de récup hétéroclites, des personnages sont guidés par leur nez en carotte, une travailleuse à la chaine débite du chou rouge de façon hystérique, quand d’autres, en costume de ville, se croisent sans but, tels des pantins désarticulés… Tout est prétexte à des prouesses physiques époustouflantes, au mat chinois, sur le trampoline, à la corde ou au trapèze, seul ou à plusieurs. Les numéros s’enchainent, toujours portés par une musique pertinente, une partition rythmique qui fait se mouvoir les corps plus ou moins violemment. Et au milieu de cet état d’urgence des instants de grâce surviennent, tel le numéro de femmechrysalide le long de sa corde, ou la femme-accordéon suspendue dans les airs qui accompagne la voltige d’un trapéziste solitaire. De quoi apaiser la fureur de ce monde déliquescent. DOMINIQUE MARÇON

C’est le grand soir ! Soirée de gala a été joué les 8 et 9 février au Théâtre des Salins, Martigues

Ils viennent du nord et n’ont pas froid aux yeux ! L’équipe du Prato de Lille menée par le fantasque Gilles Defacque a charmé le public de Martigues par ses sketchs et ses acrobaties fulgurantes. Cirque, théâtre ou encore music-hall construisent ensemble un moment Soirée de gala © Bruno Dewaele

familial et vraiment convivial. Car dès le début, le public est invité à participer à cette Soirée de gala et à entrer dans la fiction : la scène se passe en pleine guerre, et l’association qui dirige ce music-hall veut remonter le moral des habitants. C’est aussi l’occasion de présenter les derniers venus dans la troupe et leurs nouveaux numéros. Une secrétaire délurée et son brave directeur tentent de mener de front leur spectacle, et leur scénario se construit tant bien que mal autour du tournage d’une scène de crime pour un film muet : l’enquête d’un commissaire empoté puis sa reconstitution en direct. On admire l’art de jouer la scène dans la scène, on rit de voir chacun de ces rescapés de guerre vouloir absolument montrer son talent au détriment de la représentation… C’est alors qu’apparaît un pilote de chasse blessé volant par la seule force de ses bras, puis une femme enceinte déambulant majestueusement sur une corde ou encore une aveugle habile sur une barre acrobatique ! La troupe aussi talentueuse qu’illuminée de joie est soutenue par l’orchestre du Tire-Laine et ses rythmes effrénés. L’univers burlesque de Gilles Defacque reste atypique, empreint de clown et de théâtralité, ouvrant sur des acrobaties célestes… ANNE-LYSE RENAUT

XII


04 42 59 69 00 www.casinoaix.com

Seconde Nature : Claro Intelecto live + Jack de Marseille Dj (15/2), Guillaume & The Coutu Dumonts + Anticlimax & L’Amateur (22/2)

36 A U P R O G R A M M E M U S I Q U E

04 42 64 61 01 www.secondenature.org

Théâtre et Chansons : Et toi, tu marcheras dans le soleil… (8 au 10/3) 04 42 27 37 39 www.theatre-et-chansons.com

ARLES Cargo de nuit : Hyphen Hyphen (15/2), Les Décaféinés (19/2), Dj Click Band (22/2), Arnaud Cosson (7/2), Les Doigts de l’homme (8/3) 04 90 49 55 99 www.cargodenuit.com

AUBAGNE Comoedia : Bidule jazz band (6/3), le Pianiste aux 50 doigts (10/3) 04 42 18 19 88 www.aubagne.fr

L’Escale : Cathy Heiting & Jonathan Soucasse (21/2), Dubmood (1/3), Bionic Man Sound + Gappy Ranks + Redd Man + Kabba Massa Gana (2/3), Liz Cherhal + Zoo Animal Quar-tet + Oda la Lune (8/3), KSR +Demi-portion + Crevards de la Plaine (9/3) 04 42 18 17 18 www.mjcaubagne.fr

AVIGNON Hauts Plateaux-La Manutention : «But what about the noise of… John Cage ?» par Loïc Guénin et Lê Quan Ninh (16/2) 09 51 52 27 48 www.collectif-inoui.org

AJMI : Jam Session #5 (21/2), Edward Perraud & Synaesthetic trip (22/2), Conférence avec Alan Douglas-Le producteur (28/1), Rémi Charmasson 5tet (1/3), Film Les Mains Bleues (7/3), Bruno Tocanne trio (8/3), Film Les Fils du vent (10/3), Jam Session #6 (14/3), Trio Cook Lab (15/3) 04 90 860 861 www.jazzalajmi.com

Passagers du Zinc : Atypic festival avec Deluxe + Les Tritons Maltés + The Electric Fingers (15/2), Carte blanche à l’Atelier Coopératif Artistique avec Ubikar + Futur + L.O.B (22/2), Yaniss Odua + Métisson

04 90 89 45 49 www.passagersduzinc.com

Théâtre du Bourg-Neuf : Raphaël Larie (16/2) 04 90 85 17 90 www.bourg-neuf.com

BEAUMONT de PERTUIS Salle Codonel : V.I eilles P.ies (15/3) www.arcensolasso.fr

BERRE L’ETANG Forum de Berre : Big Daddy Wilson Isaya (15/2) 04 42 10 23 60 www.forumdeberre.com

BRIANÇON Théâtre du Briançonnais : Fatoumata Diawara (15/2), Boubacar Traoré (8/3) 04 92 25 52 42 www.theatre-du-brianconnais.eu

CAVAILLON Scène Nationale : Interzone Extended avec Serge Teyssot-Gay et Khaled Aljaramani (15/2), Rodolphe Burger dans Le cantique des cantiques (8/3) 04 90 78 64 64 www.theatredecavaillon.com

CHÂTEAU-ARNOUX Théâtre Durance : Devin Seddiki trio (9/3) 04 92 64 27 34 www.theatredurance.fr

CHÂTEAUNEUF-DE-GADAGNE Akwaba : Ben Pearce + Dimm + Boris Ange + Odeon (16/2), Kas Product + Phyltre (23/2), Class’Eurock 2013 sélections du Vaucluse (5/3), The Hillbilly moon explosion + Pasteur Guy + Juliette Dragon et ses élèves (8/3) 04 90 22 55 54 www.akwaba.coop

DRAGUIGNAN Théâtres en Dracénie : Interzone Extended avec Serge Teyssot-Gay et Khaled Aljaramani (8/3) 04 94 50 59 59 www.theatresendracenie.com

Le Bucéphale : The Host (22/2) 04 94 70 89 78 www.bucephale-cafe-cultures.fr

GARDANNE Maison du Peuple : The Hyènes + Soma (2/3) 04 42 65 77 00 www.ville-gardanne.fr

ISTRES L’Usine : Cali (14/2), Tremplin découverte métal (22/2), rock (23/2) et chanson (1/3), Parabellum + Président Kingkong (2/3), Black

rebel motorcycle club (13/3) 04 42 56 02 21 www.scenesetcines.fr

LA CIOTAT Atelier Jazz Convergences : Bœuf Jazz (23/2) 04 42 71 81 25 www.jazzconvergences.com

LA GARDE Théâtre du Rocher : Big Daddy Wilson (14/2) 04 94 08 99 34 www.ville-lagarde.fr

LA SEYNE SUR MER Fort Napoléon – ArtBop : Marc Campo 4tet (15/2) 04 94 09 47 18 www.ot-la-seyne-sur-mer.fr

LE THOR Auditorium de Vaucluse : Trio Joubran (8/3), Grupo Compay Segundo (14/3) 04 90 33 97 32 www.auditoriumjeanmoulin.com

Sonograf’ : Carvin Jones (21 et 22/2), Neal Black & The Healers (9/3) 04 90 02 13 30 www.lesonograf.fr

MARSEILLE Cabaret Aléatoire : Dj Premier + La Méthode (14/2), Kendrick Lamar (18/2), Big Sean (25/2), Kid Koala (10/3) 04 95 04 95 09 www.cabaret-aleatoire.com

Cité de la Musique : D’une lune à l’autre avec l’ensemble contemporain Yin (7/3), Radio Babel (8/3), Jazz & Gospel (11/3) 04 91 39 28 60 www.citemusique-marseille.com

Creuset des Arts : Magikadémie (16/2), Roi de la Tchatche (10/3) 04 91 06 57 02 www.creusetdesarts.com

Cri du Port : Laurent Mignard Pocket 4tet (14/2), Christian Brazier 4tet Nouvelle Vague (7/3), Sylvain Riflet (14/3) 04 91 50 51 41 www.criduport.fr

Dan Racing : Acid Clouds + Killboy powerhead (15/2), Papa Rooster + The Depools (16/2), Not That Crazy + Slave’s Sound + Forteetoo (22/2), The Waddles (23/2), GB3 + DaBF (1/3), Der Tod + Elenyah + The Cluster one (2/3), Jbam (8/3), Ram3 (9/3) 06 09 17 04 07 http://guitarjacky.free.fr

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Pasino : Kaas chante Piaf (13/2), Voca people (7/3)

(1/3), Mathieu Boogaerts + Maissiat (8/3), Mai Lan + Emilie Gassin (9/3)

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04 42 99 12 00 www.lestheatres.fnet

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AIX Jeu de Paume : Leçon de jazz d’Antoine Hervé – Keith Jarrett (8/3)

Dock des Suds : Vitalic (16/2), Marseille Dub Station 22 (2/3), We are together (9/3) 04 91 99 00 00 www.dock-des-suds.org/

Equitable Café : Conjunto Mazj (2/3), Balèti 4 violons (8/3), Swing Café jam session (16/3) 04 91 47 34 48 www.equitablecafe.org

Espace Julien : Trio Charrier Rossi Tamisier invite Frédéric Bargeon-Briet (15/2), Les Massiliades avec Danger + Scarecrow + Azad Lab + So?Mash! (16/2), Lianne la Havas (24/2), Longchamp Blaster (28/2), BB Brunes (5/3) 04 91 24 34 10 www.espace-julien.com

Espace Musical Culturel des Accates : Scène ouverte (15/2), Nadine Cohen 4tet (21/2), André Toboso (23/2), Roy Jazz (9/3), Jacques Argenti (10/3), Andy Thus Machine & Lizzy Gayle (14/3), Scène ouverte (15/3) 04 91 44 92 41 www.espace-musical.net

Grim : Oh ! Tiger Mountain + Ww.Lowman & Thousand (22/2) 04 91 04 69 59 www.grim-marseille.com

Inga des Riaux : Alert’o Jazz (15/2), Phocea Trio (22/2), M&M’s (28/2), Beattitude Trio (1/3), Juste un Swing (8/3), Rémi Abram 4tet (15/3) 06 07 57 55 58 www.inga-des-riaux.fr/music.html

Kawawateï : Chansons d’Amour de Bagdad à Grenade (15/2), Nova Zora (16/2), Les Aventures de Slim (22/2) 06 60 13 15 84 www.mains-libres.org

Latté : Kalliroï Raouzeou & JM Dos Santos (14/2), Karine BonnafousFenichel-Florens trio (15/2), Le Hot du Panier & Mady Rougey-Alcaz (16/2), Mathieu Pirro chansons (21/2), Bebop & Beyond LéoTrio (22/2) 09 82 33 19 20 www.lattemarseille.com

Nomad Café : Breakestra (17/2), RPZ (9/3) 04 91 62 49 77 www.lenomad.com

La Machine à Coudre : Arun Tazieff + Black Relics (14/2), Farouche Zoé + Canebière pression (15/2), Shaddy and the vemps + Last gun shot (16/2), Berline 033 + Drive with a dead girl (18/2), Antonio Negro et ses invités (21/2 et 7/3), Keith Richards Od + Accelerator (22/2),


La Meson : Carte blanche à Sam Karpienia (15 au 17/2), Atelier chansons françaises avec Mathieu Ravera (22 et 23/2), Sylvie Paz & Diego Lubrano (8/3), Tablao Flamenco avec Juan Aguirre (9/3) 04 91 50 11 61 www.lameson.com

Le Bicok : Cesar Swing (1/3), Begue Fall (2/3), Two step (8/3), Maria (9/3), Be Kind rewind (10/3) 04 91 94 50 48 www.lebicok.com

Le Dôme : The Jacksons (13/3), Michel Sardou (6/3), Stars 80 la tournée (7/3), Lil Wayne (11/3), Kook & the Gang (14/3) 04 91 12 21 21

Le Gymnase : Andy Emler MegaOctet (6/3) 08 2013 2013 www.lestheatres.net

Le Moulin : Macadam Bazar + Ric (15/2), Tremplin Class’Eurock (20/2), Les trois accords (23/2), Wax Tailor (14/3) 04 91 06 33 94 www.lemoulin.org

Le Poste à Galène : Savage Republic (13/2), Blazing war machine + The Omega (15/2), Revolution urbaine (22/2), Colorful (1/3), Mai Lan (7/3), The lost fingers (8/3), Biga Ranx (9/3) 04 91 47 57 99 www.leposteagalene.com

Le Silo : Le Quatuor (14/2), Voca People (6/3) 04 91 90 00 00 www.silo-marseille.fr

L’Embobineuse : Lunatic Toys + Hoax Hoax (16/2), Corpus Diavolis + Udyr + Malepeste (1/3), H.O.Z. + Chateau Brutal (2/3), La Colonie de vacances + Sound of Mars (9/3) 04 91 50 66 09 www.lembobineuse.biz

Rouge : Henri voit Rouge : Jazz Oratorio (24/1), La Y Ka 4tet (14/2), Oriental Fusion (21/2), William Galison 5tet (22/2), Duo Catherine Vincent (28/2), JP Trotobas Trio (7/3), Isabelle Castaldi 4tet (14/3) 04 91 07 00 87 www.jazzaurouge.musikmars.com

Roll’ Studio : L.Rom Jazz fusion (9/2), Afrika Express (16/2), Chollus Trio (23/2), Trio Alamel (2/3), Nafas (9/3) 04 91 64 43 15 ou 06 86 72 83 96 www.rollstudio.fr

Station Alexandre : Compagnie Arteco (22/3) 04 91 00 90 04 www.station-alexandre.org

Toursky : Opéra Molotov (6/3) 0 820 300 033 www.toursky.org

MARTIGUES Théâtre des Salins : Interzone Extended avec Serge Teyssot-Gay et Khaled Aljaramani (5/3) 04 42 49 02 00 www.theatre-des-salins.fr

MAUBEC La Gare : Fatoumata Diawara (22/2), Dupain (9/3), The Red Rum Orchestra + Hugh Coltman (14/3) 04 90 76 84 38 www.aveclagare.org

MIRAMAS Théâtre la Colonne : Camille (8/3) 04 90 50 05 26 www.scenesetcines.fr

NIMES Paloma : Cali (15/2), Bionic Orchestra (20/2), Petite Noir + Mykki Blanco + Mekanik Kantatik + Bionic Orchestra (21/2), Freak Out Riot Tour (23/2), Mono (26/2), Local Heroes #5 (1/3), Ornette + Woh Lab Dj’s (2/3), La colonie de vacances (8/3), Peter Doherty (9/3) 04 11 94 00 10 www.paloma-nimes.fr

SAINTE-MAXIME Le Carré : Queens of Venus Madday (1/3) 04 94 56 77 77 www.carreleongaumont.com

SALON-DE-PROVENCE Portail Coucou : The H.O.S.T + The Hyenes (1/3), Carrément blues (7/3), Tremplin Class’Eurock (9/3) 04 90 56 27 99 www.portail-coucou.com

SETE Scène Nationale : Surnatural Orchestra (15/2) 04 67 74 66 97 www.theatredesete.com

TOULON Oméga Live : Gallon Drunk + Hound Mouth + Molly Gene (15/2), Tremplin Class’Eurock (16/2), Slam poésie (8/3), Guillaume Perret & the Electric Epic (15/3) 04 98 070 070 www.tandem83.com

VENELLES Salle des fêtes : Pauvre Martin (9/3) 04 42 54 93 10 www.venelles.fr/culture

VITROLLES Moulin à Jazz : Gebhart Ullmann’s Basement Research (16/2), Pierrick Pedron Kubick’s Monk (2/3) 04 42 79 63 60 www.charliefree.com

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04 91 55 62 65 www.lamachineacoudre.com

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Oriental Fusion (23/2), Commodore + Calva (27/2), Cosmonauts (1/3), Nicolas Dick et Virgile Abela + L’Oeillere (8/3)


R E N C O N T R E S

Itinérances littéraires : avec Jeanne Benameur autour de son roman Profanes (Actes Sud) le 12 fév à 19h à la librairie Actes Sud (Arles), le 14 fév à 19h à la librairie l’Orange bleue (Orange) avec Thomas Vinau pour son ouvrage Bric à brac hopperien (Alma) le 24 fév à 11h à la librairie Le Carré des mots (Toulon), le 14 mars à 19h à la librairie Histoire de l’œil (Marseille) avec Yassaman Montazani autour de son roman Le meilleur des jours (Sabine Wespieser éditeur) le 7 mars à 19h au Forum Harmonia Mundi (Aix) et le 8 mars à 18h à la librairie Masséna (Nice) Escales en librairies : avec Catherine Cusset autour de son dernier livre Indigo (Gallimard) le 14 mars à 18h à la librairie Voyage Au Bout de la nuit (Saint-Rémy) et le 15 mars à 17h30 à la librairie Prado Paradis (Marseille) AIX Fondation Saint-John Perse – 04 42 91 98 85 Apollinaire et la Méditerranée : exposition qui fête le centenaire d’Alcools, jusqu’au 23 mars. Librairie Goulard – 04 42 27 66 47 Rencontre avec Robert Vigouroux et Serge Scotto autour de leur livre Les Silences rompus (La Part Buissonière) le 13 fév à 18h. Rencontre avec Pierre-Emmanuel Danan pour son livre Une histoire de l’allumette (Ref.2C.) le 15 fév à 17h30. Rencontre avec Boris Cyrulnik pour son ouvrage autobiographique Sauve-toi, la vie t’appelle (Odile Jacob) le 22 fév à 18h.

GUDGI Galeries d’Aix – www.gudgi.org Inauguration de PAPer’ART PROJECT : conférence par François Cheng, de l’Académie Française, sur L’avenir du papier dans le monde en devenir, le 19 fév à 18h à La Cité du Livre. Conférence par Anne Mailloux sur Les papiers et les encres dans les documents d’archives médiévales, le 13 fév à 18h30 aux Archives Départementales. 3bisf – 04 42 16 17 75 Atelier Objet-action animé par Caroline Le Mehauté, tous les jeudis de 13h30 à 16h30. Atelier Urbanité Idiotopique (construction d’une ville imaginaire où se croiseront tous les fantasmes de chacun) animé par Benjamin Marianne, tous les mardis de 14h à 16h30. ALLAUCH Musée – 04 91 10 49 00 Exposition Figures du mythe, Kachina et tissus précolombiens : collection et créations de l’artiste perpignanais Claude Parent-Saura. Jusqu’au 25 mai. ARLES Atelier Archipel – 06 21 29 11 92 Exposition des œuvres d’Amandine Artaud, Chutes, jusqu’au 10 mars. Association du Méjan – 04 90 49 56 78 Hommage à Henry Bauchau : exposition Henry Bauchau et Lionel, parcours de création, du 1er au 24 mars ; rencontre-lecture avec Myriam Wathee-Delmotte pour son essai Henry Bauchau, sous l’éclat de la Sibylle (Actes Sud), le 1er mars à 18h30 ; lecture, par Frédéric Dussenne, de Boulevard périphérique, le 1er mars à 20h30. BARJOLS Zone d’Intérêt poétique – 04 94 72 54 81 5e édition de Un max’ de poésies : exposition, lectures, atelier de poésie, résidence d’écrivains… Du 24 fév au 2 mars à Saint-Maximin-laSainte-Beaume. BRIGNOLES Le Bazar du Lézard – 04 94 86 01 63 Exposition des dessins et peintures de Jérémie Eyraud, et des sculptures d’Ivan Mathis, du 13 fév au 1er avril. CABRIES Avant Cap – www.plan-de-campagne.com Exposition des œuvres de Pascal Marcel, jusqu’au 28 fév. CAVAILLON Médiathèque La Durance – 04 90 76 21 48 2e édition de Esprit Bulle, manifestation sur la bande dessinée avec exposition, dédicaces et stands, concert… jusqu’au 2 mars. ESPARRON Mairie – 04 94 80 47 83 2e édition du Salon du livre sur le thème Du texte à l’image : rencontres avec les auteurs, concours, remise des prix de la nouvelle 2012… Le 24 fév.

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A U P R O G R A M M E

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Libraires du sud /Libraires à Marseille - 04 96 12 43 42 Rencontres : avec Perrine Griselin, en partenariat avec la cie Jeux de mains jeux de vilains et le théâtre Isle 80 le 13 fév à 19h à la librairie Mémoire du monde (Avignon) avec Patrick Mouton pour Marseille, 1720 la Grande Peste en 12 Questions (Gaussen) le 14 fév à 18h30 à la librairie Apostille (Marseille) avec Elisabeth Martinez-Bruncher pour son livre La Petite cuisine (L’Harmattan) le 14 fév à 18h30 à la librairie La Carline (Forcalquier) avec Olivier Decosse le 15 fév de 14h à 16h à la librairie Prado Paradis (Marseille) avec Jean Maltese pour son livre Itinéraire ; du Souk à la télévision (Editions Persée) le 16 fév de 10h à 12h30 à la librairie Charlemagne (Fréjus) avec Minna Sif autour de son roman Massalia blues (Alma édituer) le 16 fév dès 11h à la librairie Maupetit (Marseille) avec François Hulbert pour son livre En finir avec l’organisation centralisée du territoire : 40 ans d’exception, ça suffit ! (L’Harmattan) le 16 fév dès 16h à la librairie Maupetit (Marseille) avec Thierry Galibert autour de son livre Le mépris du peuple : Critique de la raison d’État (Sullivre) le 23 fév dès 16h à la librairie Maupetit (Marseille)

HYÈRES Médiathèque municipale – 04 94 00 11 30 Conférence par Daniel Aranjo, professeur à l’Université du Sud Toulon-Var, Prix de la critique de l’Académie française 2003, sur Saint-John Perse et ses musiciens, le 19 fév à 17h30. LA VALETTE Espace d’art Le Moulin – 04 94 23 36 49 Exposition Cadere / la barre de bois rond et ses avatars, conçue par Hervé Bize, du 15 fév au 27 avril. MANE Salagon, musée et jardins – 04 92 75 70 50 Exposition Un loisir érudit. Le Marquis François de Ripert-Monclar, photographe amateur (1844-1921), du 16 fév au 30 juin. MANOSQUE Centre Jean Giono - 04 92 70 54 54 Exposition littéraire et artistique Centre Jean Giono, 20 ans de création : rétrospective qui rend hommage aux artistes contemporains qui ont su faire approcher les territoires intérieurs de l’écrivain aux visiteurs. Jusqu’au 31 mars. MARSEILLE ABD Gaston Defferre - 04 13 31 82 00 Exposition César et les secrets du Rhône, jusqu’au 24 mars. Autour de l’exposition : lecture jeune public par Louiza Bentoumi et Stéphanie Louit sur La Naissance d’Aphrodite, le 13 fév à 14h et Protis m’a dit / Arion et les dauphins le 20 fév ; lecture jeune public par Jean-Marc Fort de Le navire Argo / Ulysse et les périls de la mer le 27 fév à 14h ; conférence par Jean-Luc Martinez, directeur du département des antiquités grecques, étrusques et romaines, musée du Louvre, César ou pas César ? L’art du portrait dans l’Antiquité romaine, le 5 mars à 18h30. Hors cadre, les coulisses du musée : exposition de photos de Gilles Rondeau, jusqu’au 24 mars. Réfugiées à Marseille pendant la seconde guerre mondiale, lecture d’archives et d’extraits du roman Transit d’Anna Seghers par Clémentine Célarié, le 11 mars à 18h30. Conférence par Yvan Gastaut, maître de conférences à l’Université de Nice Sophia Antipolis, sur Histoire et représentations des immigrés en Provence au XXe siècle le 12 mars à 18h30. Espaceculture – 04 96 11 04 86 Expositions : Marseille et ses voiles de Robert Tomassian, photographies sur bâche, jusqu’au 23 fév ; Les sonnettes marseillaises, photographies d’Eric Breitbart, jusqu’au 23 fév. Rencontres : Cocteau et Desbordes, La voix du sang, présentée par Pierre-Marie Jonquière et Robert Badani, le 21 fév à 17h ; La mémoire de l’exil – Approches artistiques avec Ulrich Fuchs, dir. artistique de MP2013, Olivier Moulai, réalisateur audiovisuel, Elise Olmedo géographe, et Fredo Valla, documentariste, le 22 fév à 17h30 ; La mémoire de l’exil – Approches artistiques II, dans le cadre


Échange et diffusion des savoirs - 04 96 11 24 50 Conférences à 18h45 à l’Hôtel du département : -Ni rêve, ni cauchemar, la mondialisation comme devenir par Jacques Lévy, géographe : «afin d’appréhender ce phénomène de mondialisation, il convient donc d’abord de la banaliser pour le rendre comparable et donc pensable.» Le 14 fév. -L’avenir de la justice internationale par Tzvetan Todorov, historien et essayiste : «quelle justice peut contraindre les Etats, et notamment les plus puissants parmi eux ?» le 7 mars.

Tzvetan Todorov © E. Fougere - VIP Images Corbis

J1 - 04 91 88 25 13 Spectacle Chacal, la fable de l’exil par la cie Manifeste Rien, dans le cadre de MP2013, suivi d’une rencontre avec Tassadit Yacine-Titouh, anthropologue, en lien avec l’exposition Méditerranée. Le 16 fév à 15h30. À la gitane : exposition du Muséon Arlaten hors les murs sur le quotidien des gitans arlésiens, du 19 fév au 17 mars.

ESADMM – 04 91 82 83 10 Journées portes ouvertes : visites des ateliers, performances, rencontres, projections, concerts… Les 9 et 10 mars. Les épreuves du concours d’entrée auront lieu les 13, 14 et 15 mai, la date limite d’envoi des dossiers est fixée au 5 avril. FAI AR – 04 91 69 74 67 Panorama des chantiers qui clôture les 18 mois de cursus de la 4e promotion de la formation supérieure : présentation publique des recherches artistiques de 14 chantiers, du 12 au 16 mars. Planète Emergences – planetemergences.org Femmes de Marseille : racontez-moi votre histoire : exposition photographique et sonore orchestrée par Bernard Pesce, du 7 mars au 6 avril aux loges de la Bastide St Joseph (Marseille, mairie du 13/14). Couleurs Cactus – 09 54 20 15 85 Atelier d’écriture mis en place par la mairie du 1er secteur intitulé Vu d’ici, ouvert à tous à partir de 16 ans. Ce sera l’occasion de déambuler dans les quartiers Dugommier, St Charles, Belsunce mais aussi sur la Corniche ou vers les Catalans. La restitution finale aura lieu pendant le 5e festival du Livre de la Canebière. Le 23 fév à 10h30 au Centre Dugommier. Road Art Gallery – 04 91 52 32 56 Exposition La Vie géométrique par Claverie X Zorg, jusqu’au 10 mars. Maison de vente aux enchères Leclere – 04 91 50 00 00 Conférences présentées par Jean-Noël Bret, à 18h : La Provence des rois de France. 1481 – 1789, par Régis Bertrand, historien, le 25 fév ; 2013. La renaissance des musées de Marseille par Christine Poullain, directrice des Musées de Marseille, le 11 mars. MARTIGUES Musée Ziem – 04 42 41 39 60 Exposition Résonnances, jusqu’au 21 avril. SAINT-CHAMAS Office de tourisme – 04 90 50 90 54 Exposition de Fabrice Nesta, Figures abstraites, du 8 mars au 28 avril. TOULON Théâtre Liberté – 04 98 00 56 76 Dans le cadre du Théma #8 Frères et sœurs, le hall du théâtre accueille l’exposition de photos de Gilles Favier, jusqu’au 30 mars. Maison de la photographie – 04 94 93 07 59 Exposition L’Opéra en coulisses, photo d’Olivier Pastor, du 16 fév au 13 avril. TRETS Maison de la culture et du tourisme – 04 42 61 23 78 19e édition de la Journée des écrivains de Provence : rencontres et dédicaces avec Gilles

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La Marelle – 04 91 05 84 72 Dans le cadre de Cirque en capitales, cycle de rencontres À l’air livre : rencontre avec François Cervantes, auteur, metteur en scène et directeur de la cie L’Entreprise, présentée par Pascal Jourdana : François Cervantes interroge la place du corps dans l’écriture, le rapport de l’auteur au collectif, la relation au réel, l’articulation de l’écrit avec les autres disciplines artistiques… Le 17 fév à 11h aux Grandes Tables de La Friche.

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de l’Atelier européen de Grundtvig, le 23 fév à 15h.

Ascaride, Frédérique Banzet, Charles Bottarelli, Jean-Pierre Cassely, Jean Darrig, Marie-Françoise Delarozière, Raphaële Frier, Christian Maria, Pierre Mérendol, Robert Monetti, Martine Pilate, Sophie Rigal-Goulard, Serge Scotto... Le 10 mars. VITROLLES Cinéma Les Lumières – 04 42 77 90 77 Festival pluridisciplinaire Polar en lumières : projections-rencontres avec Massimo Carlotto, écrivain et scénariste, et Marco Tullio Giordana, réalisateur, concert de Gari Greu, théâtre avec Don FaccioMacco de Gilles Azzopardi… Jusqu’au 17 fév.

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CONCOURS

Dans le cadre de la manifestation Lire Ensemble, la Communauté d’agglomération Agglopole Provence lance un concours de nouvelles ouvert aux adultes sur le thème Gens d’ici et d’ailleurs. La date limite d’envoi des manuscrits est fixée au 1er mars (Agglopole Provence – Service culture, Concours Lire Ensemble adulte, 281 Bd Maréchal Foch – BP 274, 13666 Salon-deProvence). Dans le cadre du 29e rendez-vous des jeunes plasticiens, du 17 mai au 8 juin, l’association Elstir – Passerelle pour l’art lance un appel à candidature ouvert aux artistes plasticiens de toutes disciplines, sans limite d’âge et ayant moins de 10 ans de pratique. Le dossier de candidature, téléchargeable sur www.elstir.fr et www.saint-raphael.fr, est à adresser au Service culturel – pôle exposition – Sophie Bergeron – Hôtel de ville 83700 Saint-Raphaël avant le 30 mars.

Le CAUE13 lance un appel à candidature pour le Grand Prix départemental de l’architecture, de l’urbanisme et du paysage : peuvent être présentées toutes opérations réalisées dans les Bouches-du-Rhône depuis moins de 3 ans pour l’architecture et moins de 6 ans pour le paysage et l’urbanisme. Les inscriptions et l’envoi des documents peuvent se faire sur www.caue13.fr, par la poste ou sur grandprix1.13@caue13.fr avant le 18 mars.

Le recrutement de la 5e promotion de la formation supérieure de La Cité des Arts de la rue FAI AR est ouvert, la date limite de dépôt des candidatures est fixée au 31 mars. Téléchargeable sur www.faiar.org

A U P R O G R A M M E R E N C O N T R E S


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Zibeline : Comment l’idée de créer ensemble ces deux librairies est-elle venue ? Damien Bouticourt : L’équipe de MP2013 avait fait appel à l’association Libraires à Marseille (dont les trois libraires font partie, ndlr) afin d’organiser la vente des catalogues des expositions qui auraient lieu dans le cadre de l’année capitale. Très vite il a été question d’ouvrir les deux librairies ; et très vite le nombre des libraires intéressés s’est réduit à trois, nous. Nous avons alors décidé de créer une entité commune, qui permet de dépasser l’idée de concurrence, et nous situe quelque part entre le commercial et l’associatif. Nadia Champesme : À La Friche, il y avait depuis longtemps un projet de librairie sur le site. Le nouveau directeur, Alain Arnaudet, y tenait aussi. Comme Histoire de l’Œil collabore très régulièrement avec les structures résidentes, je l’ai contacté et on a décidé de créer une librairie qui ressemblerait au lieu. On espère qu’on pourra la financer grâce aux subsides recueillis au J1. Quels sont vos objectifs ? Quel est votre intérêt ? DB et NC (en chœur et en riant) : L’aventure humaine ! NC : Plus sérieusement, nous nous sommes associés dans ce projet assez unique, mais nous sommes tous les trois différents dans nos structures, nos choix, nos orientations. C’est cette mise en commun de nos savoir-faire, de nos expériences singulières qui est passionnante. DB : Être à trois permet aussi d’être plus forts face aux distributeurs : Maupetit apportant sa caution de «grosse» librairie, la «petite» librairie est mieux prise en considération. Trois semaines après l’ouverture, quel est votre premier bilan ? DB : Pour l’instant, c’est une fréquentation essentiellement marseillaise. Au J1, il y a beaucoup plus de monde qu’à La Friche, particulièrement le week-end. Et on vend surtout des livres, sur Marseille, la région, beaucoup de livres de photographie aussi. La librairie du J1 permet d’ailleurs la mise en avant massive d’éditeurs locaux comme Parenthèses, Le bec en l’air, Jeanne Laffitte… qui ont ici l’occasion de présenter et de vendre leur fond. Cela modifie nos relations commerciales avec ces éditeurs et crée une véritable synergie entre eux et nous. NC : La Salle des machines de La Friche connaît une fréquentation tout à fait honorable pour une ouverture. La librairie est idéalement située, tout près de la billetterie. On vend surtout des ou-

Salle des machines La Friche © Damaris Bentz J1 © Damien Bouticourt

L I T T É R A T U R E

Depuis le 12 janvier deux nouvelles librairies ont ouvert à Marseille. La Salle des machines s’est installée à l’entrée de La Friche. Cette librairie pérenne offre un large choix d’ouvrages en lien avec les expositions présentées dans ce lieu de création contemporaine et avec les artistes qui y résident ; une sélection plus généraliste y est également proposée. La deuxième s’est ancrée dans le bel espace du J1 ; cette librairie boutique accompagnera la programmation du lieu durant toute l’année 2013. On doit ces deux nouvelles machines à lire aux trois libraires qui se lancés dans cette aventure unique : Roland Alberto (l’Odeur du temps), Damien Bouticourt (Maupetit) et Nadia Champesme (Histoire de l’Œil). Zibeline a rencontré deux d’entre eux.

Machines à lire vrages pointus en architecture et en art. La jeunesse et le street art se vendent bien aussi. Comment vous organisez-vous pour gérer à la fois vos librairies et les deux nouvelles ? DB : On a créé huit emplois à temps partiel, trois à La friche, cinq au J1, et on y va finalement assez peu nous-mêmes. Avez-vous des projets de manifestations dans ces librairies, comme dans les vôtres ? NC : Bien sûr ! Dans le cadre du wee-kend Made in Friche des 16 et 17 février prochains, la Salle des machines proposera un atelier pour les enfants, à partir d’images projetées de Bruno Munari. Et en mars, elle accueillera Arno Bertina à propos de son nouveau livre à paraître dans la collection Collatéral du Bec en l’air. Damien Bouticourt, vous avez aussi un autre gros chantier en cours…

DB : Effectivement. J’ai obtenu début janvier la concession de la librairie boutique du MuCEM. Un espace de 330 m2, une dizaine d’employés et une sélection de 20 000 titres en lien avec la Méditerranée que j’ai confiée à Molly Fournel (de feue la librairie Regards, de la Vieille Charité ndlr) car c’est son rayon. Plus que quatre mois pour tout faire, jusqu’à la ligne de papeterie et aux produits dérivés… PROPOS RECUEILLIS PAR FRED ROBERT

La librairie de La Friche est ouverte du mardi au dimanche de 11 à 19h ; celle du J1 tous les jours de 12 à 18h Made in Friche les 16 et 17 février


La mer, l’OM et les lycéens

Maylis de Kerangal © X-D.R.

«Madame, quand vous serez morte, vous pensez qu’on vous lira encore ?» «Madame, sans être impolie, s’il n’y a pas de message dans vos livres, à quoi ça sert de les lire ?» «Vous avez déjà sauté de la corniche dans la mer ?» Dominant les petits rires étouffés Maylis de Kérangal répond méthodiquement et avec doigté aux mots parfois maladroits des élèves, nés d’une curiosité spontanée, et aborde en douceur des notions comme la postérité de l’œuvre ou les subtilités du réalisme... Un Prix Médicis dans la classe «c’est classe» jubile Simon en essayant avec d’autres d’obtenir une dédicace pour son Corniche Kennedy, malgré les réticences éclairantes et gentiment pédagogiques de l’auteure ! Quittant le bord de mer «à peine arpenté mais un si beau théâtre à ciel ouvert» pour le 12e arrondissement, Maylis de Kérangal avec une tranquille assurance fait à plein ce week-end là son métier d’écrivain à Marseille : rencontrer de jeunes lecteurs au lycée de La Fourragère, de plus vieux au J1, puis aller au Stade Vélodrome, semble relever du même mouvement tout comme écrire des romans, appartenir au comité de rédaction de la revue Inculte et rendre sa copie hebdomadaire au journal La Marseillaise dans le cadre des Mystères de la Capitale, série de feuilletons initiés par MP2013 ! Après sa résidence d’écriture à la Commanderie, Maylis de Kérangal avoue malicieusement au

journaliste Pascal Jourdana être «une intermittente du foot» sensible à l’empreinte imaginaire de ce sport dont elle s’étonne qu’il n’ait pas plus de place en littérature. Et le titre donné aux 4 épisodes en cours de parution, loin de refroidir les curiosités, témoigne de ce déplacement du regard qui sans nier le mythe le distille et le transforme ; ces Fervents qui vont se croiser dans le temps et l’espace éphémères du roman-feuilleton n’honorent ni les mêmes dieux ni les mêmes lieux : Agnieska la novice polonaise (pas Anelka n’est-ce pas ?) débarque au couvent de la Serviane

Quand l’Arche fait escale au Lièvre Sergio Aquindo, dont le trait n’est pas sans évoquer les planches des encyclopédies anciennes. Le texte s’est construit à partir d’un extrait que Senges offre en prélude et qu’il attribue à Giordano Bruno. Si les questions concernant le nombre d’animaux que pouvait abriter l’Arche ont été de vraies questions, que des gens très sérieux se sont posées

MARIE-JO DHO

La lecture-rencontre avec Maylis de Kérangal animée par Pascal Jourdana a eu lieu le 19 janvier dans le cadre de MP2013 en partenariat avec La Marseillaise et Libraires du Sud Le roman-feuilleton est lisible sur l’édition internet de La Marseillaise www.lamarseillaise.fr

autrefois, la réponse que le prélude apporte est tout aussi blasphématoire que les écrits de son auteur prétendu. De cette hypothèse loufoque (et zoophile) Senges s’empare pour une de ces variations qu’il affectionne, autour de «quatre-vingtdix-neuf espèces classées dans le plus beau désordre». Où l’on découvre comment Noé fit l’amour avec la baleine, le lièvre (tiens donc) et même la mangue ! Quatre-vingtdix-neuf fragments, dont chacun joue avec ceux qui précèdent ou qui suivent, créant des effets de contrastes ou d’échos. Un texte en forme de liste, dans l’esprit des bestiaires.

Avec à l’habitude des sources scientifiques sérieuses, que la fiction vient décaler, comme un jeu nécessaire pour éviter les livres «gravés dans le marbre». Deux temps de lecture par l’auteur ont permis de savourer l’humour et la subtilité de ces petits textes «animaliers». FRED ROBERT

Pierre Senges était au Lièvre de mars (Marseille) le 29 janvier et au forum Harmonia Mundi (Aix) le 30 janvier

À lire Pierre Senges au Lievre de Mars © L.P.

Pierre Senges était tout récemment l’invité des Escales en Librairies ; à Marseille, la rencontre eut lieu au Lièvre de mars, ce qui était tout indiqué pour évoquer son dernier opus, Zoophile contant fleurette, qui revisite de façon jubilatoire l’histoire de l’Arche de Noé (le brave patriarche devenant ici le zoophile dont il est question dans le titre). Cet écrivain fort peu académique, auteur d’une quinzaine de livres qui mêlent allègrement les genres et distillent une érudition décalée, a tenu tout d’abord à rendre hommage à l’éditrice de Cadex ; c’est elle qui lui a proposé d’entrer dans sa collection «texte au carré», consacrée à des textes courts dont les auteurs choisissent eux-mêmes le préfacier et l’illustrateur. Dans le cas présent, Stéphane Audeguy, qui donne un plaisant avant-goût du livre, et

(ses Filles du Cœur de Jésus, son jardinier anarchiste-assassin et ses querelles de voisinage avec l’OM) tandis que Cosmo campe littéralement sur les bords de la pelouse sacrée... C’est avec plaisir et aisance, semble-t-il, que la commande est honorée : l’écriture fractionnée à l’intérieur de la continuité, l’espace restreint du feuillet invitent à une certaine «réforme» de l’écriture et en tout cas à une évolution de la langue au fil des épisodes, vitalité et remises en question qui ne lui sont pas étrangères. À la fin de la rencontre dans le territoire flottant du J1, après avoir évoqué la nécessité de se «déboiter» et de «lever ses propres mythographies», l’auteure toujours souriante affirme modestement que «la fiction est le moyen de se construire soi-même à partir de l’altérité», et se prête sans réticence apparente cette fois à une nouvelle séance de dédicaces... Belle connaissance du terrain, madame !

Zoophile contant fleurette (éditions Cadex, 12 €) mais également La réfutation majeure, disponible en poche (Folio)

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© Assia Blanc-Boekholt, Elles eurent beaucoup d'enfants… et se marierent, Le Bec en l'air

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Deux mamans Elles n’eurent pas tant d’enfants que ça… mais furent quand même très heureuses Myriam Blanc croit aux vertus de l’exemple. C’est sans doute ce qui l’a poussée, en 2005, à écrire Elles eurent beaucoup d’enfants… histoire d’une famille homoparentale, un des premiers témoignages sur le sujet. Qui évoque entre autres le choix de l’Insémination Artificielle avec Donneur, peu fréquent car la procédure

est compliquée et onéreuse. Qui pose aussi toutes les autres questions des homos qui deviennent parents. Un récit alerte, sensible, drôle, comme en témoigne la «petite chronologie lesbienne, homoparentale et subjective» qui clôt l’ouvrage. Au moment où la loi sur le mariage pour tous est discutée à l’assemblée,

Voix en miroir Comment les écrivains entrent-ils en amitié ? Question intéressante à laquelle les Écrivains en dialogue donnent quelques réponses. Cette fois c’est Laurence Tardieu qui a eu un coup de cœur pour l’écriture de Camille Laurens. Pourquoi ? «Son œuvre me percute, sa langue m’atteint», dit-elle. Elle avoue s’être trouvée dans une sorte d’hébétude à la lecture de Philippe, le premier livre totalement autobiographique et terriblement douloureux où Camille Laurens en 1995, racontait la perte de son enfant. Elle y a ressenti l’expérience du deuil et trouvé les mots pour comprendre sa propre douleur, la mort de sa mère et le silence de son père. C’est ainsi que le désir d’écrire La confusion des peines (voir p. 45) s’est peu à peu imposé, celui d’aller au plus près de la vérité, au plus près de la chair des mots. Chacune retrouve dans l’autre la solitude, l’impuissance, la douleur. Toutes deux affirment ne plus pouvoir ni vouloir «raconter des histoires». Camille Laurens préfère parler d’«écriture de soi» plutôt que d’autofiction. Pour autant ni l’une ni l’autre ne tombe dans la déploration ou le sentimentalisme fade. Elles savent garder une fermeté et même un certain humour, surtout Camille Laurens qui manie le

Laurence Tardieu © Francesca Mantovani

L I T T É R A T U R E

le livre vient d’être réédité sous le titre Elles eurent beaucoup d’enfants… et se marièrent. Dans une introduction d’une trentaine de pages qu’elle a ajoutée au texte originel, Myriam Blanc dresse le bilan de sept années de bonheur familial avec Astrid «sa chérie» et leurs deux filles, Augustine et Assia, âgées aujourd’hui de 12 et 11 ans. Que les cassandres se rassurent, ces presque adolescentes élevées par deux mères ont l’air d’aller très bien ! Une famille heureuse, donc. Et qui le serait plus encore si elle était enfin «reconnue comme une vraie famille». Car là est la question essentielle, sur laquelle l’auteure est revenue lors de la rencontre organisée à la librairie L’Histoire de l’œil. Interrogée par son éditrice Fabienne Pavia, elle a redit son attente d’une nouvelle loi sur la famille, qui tienne davantage compte des réalités. Celle qu’elles ont fondée, Astrid et elle, repose «sur l’amour exclusivement et non sur la génétique». Le donneur, dont elle souligne la générosité, n’est pas un père ; il n’y a pas de place pour lui dans la cellule familiale. De fait celle-ci ne s’est pas construite sur une absence, les filles connaissent depuis toujours l’origine de leur naissance et vivent très naturellement avec leurs deux mamans. Être une famille homoparentale, «nous n’y

pensons pas à chaque minute de notre vie», répète Myriam Blanc. Quant à se marier, elle reconnaît en riant qu’il est «curieux d’être obligée d’en passer par là» mais «pourquoi pas nous ?». Et puis surtout, le mariage, un symbole fort pour les enfants, leur permettra d’adopter leurs filles. À l’image de son livre, cette femme généreuse figure l’homoparentalité heureuse, et n’érige pas son expérience en modèle : elle veut juste la faire partager. Pour que cessent l’ignorance et la peur qui engendrent une haine dont elle a souffert ces derniers temps... FRED ROBERT

Elles eurent beaucoup d’enfants… et se marièrent Myriam Blanc Le Bec en l’air, 14 €

Camille Laurens © Helie Gallimard

son livre. Toutes deux revendiquent la portée universelle de leurs écrits, évoquent Proust qui affirmait que l’intime tend à l’universel, que c’est là qu’il prend tout son sens. Chacune nous propose des extraits de ses romans. Leurs voix sonnent juste et se rejoignent. Et résonnent en nous. calembour avec délectation. Chacune a une dynamique personnelle, une voix. Laurence Tardieu raconte d’ailleurs que dans son enfance elle avait l’impression de ne pas sortir sa voix ; c’est par l’écriture qu’elle l’a trouvée : en regardant son père dans les yeux et en lui offrant

CHRIS BOURGUE

Cette rencontre a eu lieu le 18 janvier aux ABD Gaston Defferre, Marseille. Modérateur : Pascal Jourdana de l’association La Marelle


L’universitaire Robert Lefort qui l’interrogeait ce jour-là l’a très justement défini comme un écrivain voyageur. De fait, Christian Garcin n’en finit pas de parcourir la planète. Avec une prédilection pour les «bouts du monde». Tout juste revenu de Patagonie, il a déjà d’autres destinations en tête, d’où il rapportera sans doute carnets, notes et personnages, en vue d’un prochain roman. Mais les lieux qui, pour lui, ont le plus «appelé la fiction», ce sont les immensités de l’est et du sud de la Russie. Ces confins désertiques russes, proches de la Mongolie et de la Chine, on les retrouve dans le récit qu’il a écrit avec Eric Faye (En descendant les fleuves-Carnets de l’Extrême-Orient russe, Stock), mais également dans ses trois derniers romans, La piste mongole, Des femmes disparaissent et Les nuits de Vladivostok (voir p. 46). Celui-ci, tout récemment paru, lui a été inspiré par un voyage

Christian Garcin © Herve Thouroude

L’Est le vrai

FRED ROBERT

L’un, sans l’autre J.B Pontalis © Hélie Gallimard

en Sibérie. On y rencontre à nouveau Zuo Luo (version chinoise de Zorro), un détective du Sichuan qui vient en aide aux jeunes filles vendues par leurs familles. Un personnage «intensément romanesque» quoique issu de la réalité, comme beaucoup d’autres chez Garcin, tel Oleg, qui a traversé la Russie à pied (9 000 kms en deux ans ! prénom fictif mais authentique fait divers), ou les chamanes de l’île d’Olkhon-sur-Baïkal… Cela fait du monde dans ce roman, qui convoque également Balzac, Cervantès, Dostoïevsky et bien d’autres encore. Garcin est friand de cette prolifération, ainsi que du mélange des genres et des récits enchâssés. Il revendique «la dissémination comme principe de construction», et un traitement particulier du temps, que l’on remonte, un temps cyclique, plié comme celui des chamans, car ce sont «tous les temps qui se mêlent en nous lorsque nous écrivons». Lors de cette passionnante rencontre, l’écrivain a aussi insisté sur la notion de «mécanique de la fiction», qui se met en œuvre et dépasse le romancier, comme l’écrivait déjà Blanchot. Ce «mécanisme de l’écriture qui parfois en sait plus que l’écrivain lui-même» n’a pourtant rien à voir avec une quelconque écriture automatique. Garcin se montre très soucieux de l’architecture de ses textes, comme de la langue dont il veille à suivre la logique rythmique et poétique, au point de choisir certains noms de personnages en fonction de leur insertion sonore dans la phrase ! Un guide de choix pour un voyage au bout des mots.

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Dans Borges, de loin, Christian Garcin livre des pages lumineuses sur l’œuvre de l’écrivain argentin, mais cherche aussi dans les labyrinthes borgésiens l’indéfinissable familiarité, connivence pourrait-on dire, qui le relie à la fois à Borges et à sa propre écriture. Il renouait ainsi en 2012 avec la collection L’un et l’autre, où avait été publié son premier manuscrit Vidas, et recevait, son éditeur J.-B. Pontalis à ses côtés, le prix Roger Caillois. J.-B. Pontalis est mort le 15 janvier dernier. Figure emblématique des éditions Gallimard, romancier et psychanalyste illustre, le fondateur de la remarquable Nouvelle Revue de Psychanalyse, était un passeur formidable : entre les auteurs qu’il éditait, autant qu’entre les frontières perméables et fécondes de la littérature et de la psychanalyse, de la fiction et de l’inconscient. Et c’est bien cette circulation, d’un auteur à l’autre, d’un éditeur à un auteur, d’un lecteur à un auteur, qui fait la vraie vie littéraire, ou pour reprendre une métaphore borgésienne, le cercle littéraire. Non pas tant la sociabilité des prix et des rencontres, que la continuité souterraine entre des œuvres, l’intimité profonde qui fait qu’on reconnaît des œuvres et qu’on s’y reconnaît, les filiations mystérieuses et les «souvenirs circulaires» entre des hommes et des livres. AUDE FANLO

Christian Garcin était invité à la librairie Maupetit le 26 janvier

Borges, de loin Christian Garcin L’un et l’autre, Gallimard, 20 €

RetrouveZsur notre site ces critiques rencontres et découvreZles autres ! - Brahim Hadj Slimane à la librairie Transit, Marseille www.journalzibeline.fr - Serge Halimi aux ABD, Marseille - Mauvignier/preljocaj à la Cité du Livre, Aix

L I T T É R A T U R E


De corps en corps

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Comme ses contemporains, au moment de mourir, Ramiro Olivares a eu le choix. Après l’état dit «de flottement» qui maintient l’activité cérébrale au sein d’un modèle informatique et permet de préserver les «entités individuelles», certains continuent de flotter sur internet (on peut facilement communiquer avec eux), d’autres conservent leurs corps originel (ils sont considérés comme malades), d’autres encore refusent la procédure (ceux-là n’entrent même pas dans les statistiques). Mais la plupart des morts préfèrent migrer vers un nouveau support; on appelle cette opération «brûler» un corps. Ramiro, un des premiers de sa génération, l’a fait: il avait encore un certain nombre de choses à régler sur Terre. C’est ainsi qu’au début du récit, le narrateur se retrouve dans le corps rebondi d’une femme (ce ne sera d’ailleurs pas sa dernière migration). Ramiro/Rama cohabite donc désormais avec ses petits-enfants, dont il devient le confident ; son fils Théo, bien plus âgé que lui et

sénile, le prend pour sa grand-mère ; il dialogue souvent avec Véra, sa fille morte restée en flottement… On l’aura compris, Les corps de l’été, du jeune Argentin Martin Felipe Castagnet, est un roman d’anticipation. Composé de douze chapitres courts, eux-mêmes subdivisés en paragraphes numérotés, comme autant d’éléments d’un puzzle que le lecteur recompose au fil du texte, le récit est rapide, quasi factuel, ce qui en accentue le caractère fantastique. Cette fiction un brin délirante interroge avec pertinence la condition humaine actuelle -c’est le rôle de toute bonne littérature d’anticipation-, et en particulier les notions de genre et de famille. Pour ce bref roman qui secoue énergiquement le cocotier généalogique et met la mort au tapis, l’auteur a reçu le Prix de la Jeune Littérature Latinoaméricaine 2012. La présente édition, bilingue, permet de le lire en VO.

Les corps de l’été Martin Felipe Castagnet Éditions de la MEET (Maison des Écrivains Etrangers et des Traducteurs), collection Les bilingues, 15 €

M.F. Castagnet est en résidence à La Marelle Villa des auteurs jusqu’au 25 février. En prélude au festival CoLibris, qui se tiendra cette année du 24 au 30 avril, il sera présent le 12 février à la rencontre organisée au studio AKDmia à partir de 19h, autour des fictions de l’imaginaire en Argentine.

FRED ROBERT

www.villa-lamarelle.fr

Plongée en eaux sombres Xavier-Marie Bonnot se plaît à faire voyager ses lecteurs. Le pays oublié du temps (2011) les conduisait jusqu’en Papouasie par le biais d’une intrigue très ethnographique avec meurtres rituels sur fond de trafic d’objets d’arts premiers et d’anciennes histoires de famille. Un voyage dans le temps autant que dans l’espace finalement. Car Bonnot est passionné d’histoire (et même titulaire d’un doctorat), ce qui explique sans doute pourquoi chacune des enquêtes de son flic récurrent, Michel de Palma, est une plongée dans le temps, et l’occasion pour le lecteur de découvrir des époques et des civilisations lointaines. Avec Premier homme, on retrouve avec plaisir l’érudition de l’auteur ainsi que le personnage attachant du Baron. On plonge avec délices et frissons à la poursuite d’un meurtrier psycho-

pathe jusqu’aux âges premiers de l’humanité, lorsque les chamanes du paléolithique dessinaient sur les parois des grottes aujourd’hui immergées. Une histoire de préhistoire, de crimes et de folie donc. Qui se teinte de nostalgie : pour le Baron, à quelques semaines de la retraite, cette ultime enquête est une façon de «boucler la boucle». L’affaire commence en effet par un étrange accident de plongée dans la grotte sous-marine Le Guen ; à l’endroit même où le Baron a failli être tué par Paul Autran (alias Premier Homme) dans Première empreinte, premier roman de Bonnot (2002) et première apparition du flic mélomane. Dix ans plus tard, de Palma se retrouve confronté à cet adversaire à la fois terrifiant et attachant, à ses démons personnels aussi. À l’issue d’une traque éprouvante, il est temps pour lui de tirer

sa révérence. Signe que Bonnot veut changer de héros ? F.R.

Premier homme Xavier-Marie Bonnot Actes Noirs chez Actes Sud, 22 €

Mémoire externe Le dernier ouvrage d’Anne-Marie Garat, Programme sensible, nous fait entrer dans la conscience d’un personnage nourri de mythes, ancien interprète international, devenu traducteur professionnel. Son nom déjà convie à la quête, Jason. Divorcé, il a quitté le bel appartement de Vincennes pour un deux pièces de la banlieue parisienne. Cet espace étroit lui ouvre paradoxalement d’autres univers : il est attentif au monde qui l’entoure, ses voisins, la plupart sans-papiers à la merci de rafles, mais surtout, depuis que sa fille, Alix, lui a installé Google Earth, il parcourt le monde (inter-argonaute ?), se faisant «l’effet de l’astronaute en orbite dans la stratosphère»… Il survole la planète, retrou-ve les lieux de son passé, abusant des travellings optiques, avec la tentation de Big Brother qui «en chaque internaute, sommeille». Itinéraire qui par ses aléas le replonge dans son enfance oubliée, en Estonie, bien avant la chute du mur de Berlin, au

cœur des révoltes paysannes et de la mort des proches. Seule Dee, sa vieille tante, pourrait évoquer ce passé, mais, sénile, sa mémoire est fragmentaire, incertaine. Entre ces souvenirs, l’actualité tragique, Fukushima, le réchauffement climatique, son divorce, de vieux films, il arpente les divers degrés de la réalité, où l’inconscient se mêle. Dans ce «vertige métaphysique» l’imagination devient l’objet même du roman. L’ordinateur dépasse le statut d’objet, de médiateur même, pour devenir un personnage grâce à sa «plasticité synaptique», et sa capacité de récupération dont nul humain ne dispose : sa «mémoire externe» ! L’écriture romanesque s’adapte à l’hétéroclisme des sources évoquées, varie son vocabulaire, l’image de styles divers, et les temps, les lieux, les sensations, les émotions se catapultent à plaisir. Un entrelacs qui place cette œuvre à la frontière des genres poétique et romanesque, construisant

une mythologie contemporaine à bord de nouveaux vaisseaux. MARYVONNE COLOMBANI

Programme sensible Anne-Marie Garat Actes Sud, 19,50 €


Sauver sa peau Le livre de Laurence Tardieu retrace un cheminement qui va de la sidération à la libération. Histoire aussi d’une réconciliation : d’une fille avec son père, mais aussi d’une jeune fille avec son enfance et ses désirs de femme. Tout cela passe par la nécessité absolue dans laquelle elle se trouve de comprendre et de briser le silence, au sens littéral, à savoir celui de mettre enfin des mots sur les situations et les sentiments. Le récit autobiographique dévoile peu à peu, avec des allers-retours du présent au passé, la particularité de la relation de Laurence et son père, dans le respect et l’affection, mais aussi dans l’inexprimé.

Car ce père brillant s’est trouvé condamné en 1996 pour corruption, au bout de quinze années à un poste important de la Générale des Eaux. Au même moment sa femme est atteinte d’un cancer. Soudain l’univers de la famille se craquelle, mais rien ne sera dit. Laurence évoque cette «matière lourde, poisseuse» qui l’étouffe, ce monstre qui l’entraîne dans un trou. Des années plus tard elle décide de briser le silence par l’écriture de ce livre en train de se faire sous nos yeux, bravant l’interdiction de son père d’étaler leur histoire. Dans les dernières pages Laurence et son père sont fictivement face à face ; elles sont écrites

À la mort à la vie

Pour ses quatre-vingt-dix ans, Octave Lassalle s’offre un drôle de cadeau : «une équipe pour la vie» car «pas question qu’on me colle n’importe qui pour s’occuper de ma carcasse quand il sera trop tard pour choisir.» L’ancien chef de service cardiologie, qui est aussi un ancien chasseur, a toujours su anticiper et organiser. Alors, pour accompagner sa fin de vie, il a sélectionné sur annonce quatre personnes, trois femmes et un homme. Ils se relaieront auprès de lui dans la grande demeure, chacun à des horaires précis, et disposeront d’une clé de la maison et d’une chambre. La réunion de ces quatre personnes très différentes est la dernière aventure de la vie d’Octave. Une façon pour lui d’attendre la mort en vie. Car, de fait, son existence change, portée par l’énergie de «ces quatre-là». Grâce à eux, le vieillard va enfin pouvoir tirer un trait sur son passé douloureux. Grâce à lui, les quatre autres vont reprendre, chacun à sa manière, le fil de la vie. La maison elle-même va renaître de cette étrange cohabitation. Le nouveau roman de Jeanne Benameur, tout en sensibilité et jamais mièvre, est un hymne au désir sous toutes ses formes. Il est aussi action de

Fauviste

Une tentation d’écriture crue en larges aplats, violente, semble animer Minna Sif dans Massalia Blues. La parole des personnages hauts en couleur issus du lumpen même plus prolétarien est rapportée par la narratrice, écrivain public aux abords de la Poste Colbert à Marseille. Défilent les misères, les destins écorchés, les vieillards abandonnés dans leur pus, les prostitué(e)s, les petits dealers, les marchands de sommeil. Émerge Brahim, «clochard céleste» qui pousse son caddie dans les bas quartiers, et refuse de se rendre à la préfecture pour demander ses papiers. Il se raconte, évoque son enfance de l’autre côté de la Méditerranée, nous fait croiser son père qui a perdu son pied à la guerre, sa mère, qui insulte le feu qui ne veut pas prendre, Leïla, la putain aux canines d’or… Note bleue, idées noires d’une musique faite pour chanter les douleurs de la vie, ce Blues tisse des mots sur ces trajectoires humaines. Le style travaillé au corps cherche à rendre par un

grâces : à la beauté de la nature, à l’art, à l’homme surtout. Dans cette espèce de paradis retrouvé, entre essences rares, haïkus et portraits du Fayoum, c’est la vie qu’il s’agit de sauver. Malgré le doute, malgré la mort. Les cinq «profanes» embarqués dans cette histoire s’emploient de toutes leurs forces à faire palpiter «le sacré, le vif de la vie», sans recourir à un dieu quelconque. «Rien que des hommes et des femmes.» Une émouvante profession de foi… en l’humanité. FRED ROBERT.

Profanes Jeanne Benameur Actes Sud, 20 €

vocabulaire riche, émaillé d’expressions, de truculence, ce monde déshérité. Mais on n’y croit pas, les personnages parlent une langue trop littéraire, les images fortes s’épuisent dans leur enchaînement systématique. On a l’impression de ne pas progresser dans ce roman qui sans doute aurait gagné à être allégé, à ne pas chercher des trouvailles de style, mais à raconter plus simplement une histoire forte, hélas plus vraisemblable que la langue qui la rapporte. MARYVONNE COLOMBANI

dans un flux large et prenant de phrases amples, juxtaposées, allant jusqu’au bout du souffle, pour effacer la honte et trouver le goût de la vie. CHRIS BOURGUE

La confusion des peines Laurence Tardieu Stock, 16 € Laurence Tardieu était aux ABD avec Camille Laurens pour Écrivains en dialogue (voir p. 42)

Stèles

D’abord un chiffre, inaugural, obsédant, glissé partout, sous toutes ses formes comme une note insistante dans une sonate pour piano : le 29 qui accompagne chacune des «visions dans l’exil» du titre, ouvre et ferme chaque chant, le scande et sans doute le fonde dans la terreur des «29 trépassés» «29 victimes» «cataclysme des 29» ou «sacrifice des 29». Le poète algérien Brahim Hadj Slimane semble fixer un nombre et l’arrêter comme l’allégorie définitive du malheur, de la décennie noire et de la litanie arithmétique des morts. 29 corps se confondent avec l’écriture et la typographie du poème tout en colonnes de mots dressés. Dans sa préface, véritable guide de lecture, Bernard Noël évoque un «Hermès verbal» : borne placée aux carrefours et surmontée de la tête du messager des dieux, constituée au départ d’un empilement de pierres déposées par les passants. Le lecteur reconnaît là sa nécessaire contribution à l’élaboration d’une «vision» (davantage du côté de l’instantané et de la saisie du réel que du soufisme visionnaire) qui ne prend forme que dans le ressassement, le va-et-vient de la navette qui trame une figure qui apparaît doucement ou reste sous-jacente. Le matériau s’accumule : références, noms de personnes et de personnages (au milieu de tant d’autres Jean Sénac et Scipion l’Africain), mythe, légende, histoire, la Bakhta de Cheb Khaled, le raï ou les feuilletons oranais. Et cela s’élabore en vers libres souvent courts, ciselés et elliptiques, qui laissent le lecteur dans l’exil et le conduisent à ne se saisir que ce qui fait sens, c’est-à-dire l’éternel algérien : mer, soleil, sang, sacrifice et couteau... Appauvrissement immérité sans doute, mais comment faire pour entrer dans un lyrisme si lacunaire ? MARIE JO DHO

Massalia Blues Minna Sif Alma Éditeur, 18€

Vingt-neuf visions dans l’exil Brahim Hadj Slimane / dessins d’Abdellaziz Zodmi La courte échelle / éditions transit, 9 €

45 L I V R E S


Zorro est de retour ! «Le monde est plié comme peut l’être un tissu : les points les plus éloignés d’une nappe, d’une pâte feuilletée ou d’un drap pliés peuvent être directement voisins en franchissant l’épaisseur de la coupe.»

46 L I V R E S

«Zuo Luo», Zorro chinois, traque un malfrat au compte des mafias chinoises et russes, en compagnie de son auteur -un jeune chinois qui a écrit un livre sur lui à son insu dans un précédent roman de Christian Garcin- et de l’un de ses lecteurs français, rencontré à la suite d’une succession de méprises. Ils sont aidés par un russe solitaire qui a parcouru 9 000 kilomètres à pieds, un ancien figurant de nanars ninja et une ravissante prostituée coréenne. Mais dans cette intrigue policière subtile et maîtrisée à l’humour impeccable, la logique minutieuse du scénario relève

moins des mobiles et des preuves que de la mécanique mystérieuse des coïncidences et des simili-tudes, dans «les mondes pliés de la fiction et de la réalité» (voir p 43)... Elle nous emmène dans des entre-mondes vides et pleins, qui sont les points de convergence de niveaux de réalités qui s’imbriquent et se superposent : Vladivostok, entre Russie, Chine et Corée, où cohabitent les traces des guerres sino-russes et le langage standardisé des serveuses -enjoy your drink !- ; une île au trésor, dont les morts ensevelis tissent un lien mystérieux entre les personnages ; l’année 1937, point commun incongru entre une vieille chamane d’Irkoutsk, un mafieux lettré, Blanche-neige et quelques autres catastrophes historiques tragiquement banales. Autant de mondes dilatés dans des échelles de temps et d’espaces différentes, et qui sont des points de passages que le lecteur,

éconduit par le sentiment d’une totalité qui lui échappe, empruntera avec délectation, pour peu qu’il se prête à l’art consommé des visions chamaniques, du tao, ou des fictions ironiques… AUDE FANLO

Les nuits de Vladivostok Christian Garcin Stock, 20,50 €

Un de Manosque L’Association des Amis de Jean Giono vient de sortir le n° 6 de sa revue qui clôture l’année 2012, année gionienne (voir Zib’56). Une revue annuelle qui s’attache à publier des textes rares et inédits de l’auteur, mais aussi des témoignages, documents iconographiques, correspondances, articles critiques autour de son oeuvre gigantesque... Ce dernier numéro réserve bien des surprises ! Ainsi on lira une présentation et des commentaires de La flûte enchantée pour le Festival d’Aix de 1958 ; Giono, comme le rythme de sa prose l’indique mais pas forcément ses thématiques, écoutait des flots de musique, surtout Mozart. Un inventaire de sa discothèque montre son omniprésence et l’absence des Romantiques, des Modernes et de la musique française. Giono aimait à dire que la musique

l’aidait à trouver «inconsciemment des architectures littéraires». Elle occupe une place particulière, directe, dans Un de Beaumugnes : c’est grâce à son harmonica qu’Albin libère Angèle de sa prison et de son silence au cours de trois nuits de musique (communication d’Andrée Lotey). Des peintures retracent quelques épisodes de l’amitié de Giono et du peintre Eugène Martel dont le neveu, Charles, photographe, a immortalisé les promenades sur le plateau d’Albion. On appréciera les dessins que Paul Lemagny pour la réédition de Regain en 1947 et on lira aussi avec émotion les souvenirs d’Élise, l’épouse. On le comprend, les amis de Giono sont encore loin d’avoir épuisé les documents inédits du Paraïs, la maison de Giono !

Revue Giono n° 6, 2012-2013 Association des Amis de Jean Giono 04 92 87 73 03

CHRIS BOURGUE

Le chant des livres Pour Francine Zubeil, chaque livre se concrétise «après un long travail de maturation». Philadelphie Philadelphia, conçu lors d’une résidence à la Maison Dora Maar à Ménerbes en avril 2010, est sorti de presse en novembre 2012. Gris pâle, couverture plastifiée, papier tramé, il ressemble à un long travelling d’images et de mots : «J’ai écrit dans le train au retour de Philadelphie vers NY après avoir vu la Mariée mise à nue… de Marcel Duchamp. Ce sont les impressions de ce que j’ai vu dans et à travers les fenêtres du train.» On le feuillette indifféremment de gauche à droite ou de droite à gauche car l’alternance de pages blanches, d’images floutées et de phrases sibyllines écrites en rouge et gris est propice au vagabondage. D’autant que l’incision du texte laisse apparaître comme une cicatrice au dos de la feuille, mince comme du papier à cigarettes. L’œil fait donc une pause, se saisit de ces «hiéroglyphes» avant de poursuivre son exploration…

Semblable à un cahier de dessins et de broderies (la tranche est réellement cousue), Mythologie intime est le prolongement de l’exposition de Christine Millerin à l’Atelier Archipel (Arles) en juin 2012. L’artiste y dévoile ses recherches autour du textile, dessins au crayon, pastels : un vrai canevas, de fil en aiguille. Certaines pages sont saturées, presque noircies, d’images, de lignes, de photos, de traces, de matières ; d’autres respirent à pleins poumons, à peine «entachées» de brisures de lignes grises. Mythologie intime est vierge de toutes informations qui pourraient parasiter notre immersion dans l’œuvre : pas une ligne sur l’artiste ou sur son travail, pas de texte critique ni d’index bibliographique. Seules quelques phrases écrites à la première personne servent de fil rouge : «Ils écrivent et tissent une mémoire sensible, une mythologie intime, celle d’un monde retrouvé…» MARIE GODFRIN-GUIDICELLI

Philadelphie, Philadelphia Francine Zubeil

Mythologie intime Christine Millerin

Livres d’artistes publiés par La Fabrique sensible, Arles


Non-lois dans la jungle Calais. Sangatte. Migrants. Demandeurs d’asile. Chasse aux sans papiers. Répression des humanitaires. Squat, Jungle… La presse s’en fit l’écho. 2002 : «fermeture» de Sangatte, ratiboisé. Dix ans après ? Les problèmes restent d’une criante actualité. À partir de 2009 Marion Osmont s’est rendue de nombreuses fois à Calais. Sa maîtrise de l’amharique (langue sémitique usitée en Ethiopie) et les contacts noués sur place et avec ce pays lui ont permis de partager le sort de plusieurs de ces indésirables. En 2010, à son retour d’Ethiopie et du Soudan, elle propose à deux migrants rencontrés à Calais de raconter leur parcours. L’ouvrage s’organise sans marquer la différence en deux parties principales. D’une part deux histoires

individuelles, d’Ammanuel restituée principalement à travers son propre récit et d’Haroon dont témoigne une importante série de photographies prises à Calais. À ces témoignages effroyables succèdent les contributions apportées par des acteurs sociaux et humanitaires. Des représentants du GISTI, Migreurop, Salam, Elus Hospitaliers, Médecins du Monde, Amnesty International permettent de comprendre le parcours de ces hommes vivant dans les jungles calaisiennes et ouvrent plus largement sur les questions de migration, de politique et droits nationaux, eu ropéens et internationaux, démontrent l’inanité de dispositifs comme les accords de Dublin II ou l’Eurodac. Des Hommes vivent ici se lit dans la perspective abordée par Europa inch’allah de S.

Mangriotis, à propos des migrants installés dans le port grec de Patras, chez le même éditeur (Zib’ 45). L’histoire continue, insupportable. CLAUDE LORIN

Des hommes vivent ici Marion Osmont Images Plurielles, 25 €

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Le roman-photo d’une vie Pierre-Jean Amar n’en est pas à son premier recueil de photographies ou traité de l’histoire de la photographie. Mais La nature, le corps et l’ombre est unique car il retrace 50 ans de sa vie. Moins riche iconographiquement que l’exposition (voir p. 58) à la Cité du livre à Aix -120 reproductions contre 230 tirages exposés-, l’opus s’accompagne d’un texte de Jacques Terrasa, professeur d’arts visuels hispaniques à l’université d’Aix-Marseille. En 2001, son regard critique accompagnait déjà le livre Aurélien (éd. Filigranes) consacré aux vingt premières années du fils de Pierre-Jean Amar. Ici l’auteur évoque la gestation de l’œuvre, les techniques de labora-

toire, l’isolement du photographe, son itinéraire personnel à l’ombre d’une mère dépressive (voir Zib’25), sa révélation à l’art de l’argentique qui le poussa vers la création, mais également vers l’enseignement et l’étude… Il éclaire la transformation «d’un être touché par la photographie» qui fréquenta Willy Ronis, le plasticien Louis Pons ou encore le psychothérapeute Noël Salathé dont il fit de saisissants portraits. Ce sont 50 ans de travaux personnels, de recherches formelles, de commandes, d’inventaire du paysage et des natures mortes. Et 50 ans de contemplation. À l’instar de ces gargouilles à tête d’oiseau et de singe photographiés à Notre-Dame de Paris en

1962 qui, en ouverture du portfolio, fixent d’un œil perplexe les toits de la capitale. MARIE GODFRIN-GUIDICELLI

La nature, le corps et l’ombre Pierre-Jean Amar Le Bec en l’air, 35 €

Surréaliste invisible

L’histoire de l’art s’écrit aussi par les femmes ! Au côté des figures emblématiques d’André Breton, Max Ernst ou Marcel Duchamp les éditions TFV-Aube poursuivent avec la collection Phares la découverte d’artistes moins illustres ayant travaillé pourtant dans l’aura du groupe surréaliste. Encore moins connue que Leonora Carrington (voir Zib’47) mais comme cette dernière et nombre d’artistes européens, dont les surréalistes, Alice Paalen, puis Rahon, (1904-1987) a constamment mené de front création poétique et peinture. Celle qu’Éluard avait baptisée l’abeille noire avait trouvé refuge au Mexique à la fin des années trente, et a construit son œuvre dans un

syncrétisme d’univers mythiques ou merveilleux puisés dans le magique régional (Franche-Comté, Bretagne), les mythologies des grandes civilisations (Inde, Mexique, Indiens d’Amérique du nord), la préhistoire (Altamira), le conte (par connivence avec l’héroïne de Lewis Carroll). «L’invisible nous parle et le monde qu’il dépeint prend la forme d’apparitions ; il éveille en chacun de nous la soif du merveilleux et nous montre le chemin pour y retourner, celui de la grande conquête de l’enfance qui se perd lorsqu’on nous impose un système d’éducation rationnel.»

Alice Rahon, L’abeille noire Dominique et Julien Ferrandou Édition TFV-Aube Elléouët-Breton, DVD

C.L.

City Life François Grether, Grand Prix de l’Urbanisme 2012 s’impose comme un lauréat sensible aux convenances urbaines de l’humain in situ, loin d’une standardisation monotone et impersonnelle. Agrémenté de nombreuses illustrations couleurs, l’ouvrage, sous la direction d’Ariella Masboungi, s’articule autour des réalisations et projets de l’architecte-urbaniste (ZAC Lyon Confluence, Berges de la Maine à Angers, ZAC

de Clichy Batignolles…), successeur du paysagiste Michel Desvigne. L’hommage rendu au géographe iconoclaste Marcel Roncayolo vient corroborer la ville sur mesure, slogan sous forme de pensée unique mais applicable à chaque projet, du moment qu’il épouse les contraintes et organisations du site. Une publication explicite ! FRED ISOLETTA

La ville sur mesure François Grether Parenthèses, 14 €

L I V R E S


Premier XXe

48 L I V R E S

Difficile de réunir au sein d’un même ouvrage la totalité d’un vingtième siècle musical plus que pléthorique ? Guillaume Kosmicki et les éditions Le Mot et le Reste s’en sont chargés. En attendant le second volume qui couvrira les années soixante à nos jours, Musiques Savantes, de Debussy au mur de Berlin (1882-1962), offre de multiples portes d’entrées à tous les amateurs curieux et mélomanes soucieux de parfaire leurs connaissances. Articulé en cinq grandes parties introduites par un préambule historique, l’ouvrage fonctionne par entrées présentant œuvres remarquables, emblématiques ou indispensables à la compréhension d’une époque, d’un courant

artistique. Avec ce type de lecture ludique et ingénieuse, la multiplicité des musiques dites savantes ne s’impose pas comme un kaléidoscope complexe mais comme un puzzle sonore facile à composer et à comprendre. Une belle réussite. FRÉDÉRIC ISOLETTA

Musiques savantes Guillaume Kosmicki Le Mot et le Reste, 23 €

Le danger des liaisons Pierre-Ambroise Choderlos de Laclos a publié Les Liaisons Dangereuses en 1782. Militaire de carrière et homme d’un seul livre (mais un chefd’œuvre), il a marqué la littérature par ce roman épistolaire de stratégie amoureuse. Dans son étude, Biancamaria Fontana aborde sa façon unique de traiter la complexité tragique des motivations sentimentales. Cependant l’essentiel de son propos porte sur la dimension politique et idéologique de l’ouvrage : il est question de liberté, de sujétion, de morale et de religion. Probablement athée, Laclos semble considérer la foi comme une crédulité malsaine. Il est aussi attentif à la condition féminine : un an après la publication de son roman, il exposait clairement dans un essai que l’éducation ne suffirait pas à changer le sort des femmes, qu’il leur faudrait une révolution... Le personnage de la Marquise

de Merteuil est particulièrement intéressant, et à plusieurs niveaux : elle a dû se battre pour atteindre une relative indépendance, pourtant lorsqu’elle domine, elle aussi veut régner sur des esclaves. Reste à méditer la conclusion de Laclos : «Notre raison, déjà si insuffisante pour prévenir nos malheurs, l’est encore davantage pour nous en consoler.» GAËLLE CLOAREC

Du boudoir à la Révolution. Laclos et les Liaisons dangereuses dans leur siècle Biancamaria Fontana Agone, 20 €

Cerner la violence

La collection Savoirs à l’œuvre reprend les cycles de conférences Échange et diffusion des savoirs à l’Hôtel du Département 13, rassemblant en un volume la thématique d’une année. Dans ce recueil, c’est la période 2008-2009 : Emprises de la violence, regards sur la civilisation contemporaine qui nous est présentée. Le plaisir de retrouver sur papier le texte des interventions passées n’enlève rien à celui d’assister en direct au cycle en cours ; au contraire, les deux sont complémentaires, et stimulent l’envie d’aller plus avant dans la réflexion, de se procurer certains des ouvrages cités en bibliographie. On peut voir ce «florilège» de conférences comme on tiendrait un paquet de cartes en mains, pour mieux comprendre la brutalité de l’hyperconsommation (avec Jean-Pierre Lebrun ou Dany-Robert Dufour), la mise en place insidieuse d’un appareil de surveillance (Jacques

Donzelot) ou les conséquences terribles de l’appauvrissement du langage. Lorsque le linguiste Alain Bentolila nous dit l’importance de la grammaire «libératrice, subversive» pour articuler ses pensées et «ne pas se faire avoir», quand Bernard Stiegler nous livre le mot de Kant sapere aude (ose savoir), tandis que Marcel Gauchet conclut en suggérant que «rien de ce qui est facile n’est intéressant», ils aiguisent notre envie de les suivre sur les chemins du savoir… G.C.

Emprises de la violence Parenthèses, 18 €


Tomasi reconnu ? Henri Tomasi (1901-1971) a longtemps souffert d’une réputation de «musicien du passé», lui qui, chef d’orchestre, connaisseur de l’équilibre et des timbres instrumentaux, n’a pas abandonné la prééminence de la mélodie. Il en fallait moins pour être mis au ban dans la France des Trente Glorieuses ! Son importante production, diverse, connait depuis quelques années (grâce au combat que mène Claude Tomasi, son fils, pour sa redécouverte) un intérêt grandissant. Les enregistrements qui fleurissent en sont la preuve. Ce sont les pièces concertantes qui sont les plus connues, à l’image de son Concerto pour violon joué récemment au Silo par Laurent Korcia et l’Orchestre Philharmonique de Marseille (voir www.journalzibeline.fr). Un nouveau disque du label Indésens, fidèle soutien du compositeur corse né à Marseille, présente ses Concertos pour trompette & trombone datant de 1949 et 1957. On y entend deux excellents solistes Eric Aubier (trompette) et Fabrice Millischer

(trombone) secondés par l’Orchestre d’Harmonie de la Garde Républicaine. Au fur et à mesure de son évolution, Tomasi, d’un tempérament profondément libre, «anarchiste de cœur» et plutôt marxiste, a «rejoint son temps» en écrivant des pièces engagées qui témoignent des événements du siècle. On entend aussi Noces de Cendres, dénonciation en forme de ballet (1952) de l’absurdité de la guerre. Chez Ad Vitam Records on s’attache à des opus qui attestent de son engagement humaniste et de son lien avec des auteurs contemporains : Le Silence de la mer, drame lyrique sur les mots de Vercors (1959), Symphonie du Tiers monde inspiré d’Aimé Césaire (1967) et Retour à Tipasa, cantate avec récitant sur le texte d’Albert Camus (1966) : une œuvre lumineuse qui vient d’être représentée au Festival Présences de Radio France au Grand Théâtre de Provence (voir p. 19).

CDs Henri Tomasi Indésens INDE050 www.indesens.fr Ad Vitam Records AV 121115 www.advitamrecords.com

49 C D

JACQUES FRESCHEL

Correspondances Sobrement intitulé Tina, le nouvel album du duo marseillais Catherine Vincent est né en hommage à la militante révolutionnaire et photographe Tina Modotti, pour un voyage à la fois musical, épistolaire et poétique. Les chansons de Catherine Estrade (à la basse, l’harmonium indien, les percussions et surtout au timbre de voix clair, suave et soyeux) et Vincent Commaret (guitares acoustique et électrique, voix) laissent la part belle à la correspondance de la photographe. Chantés en français, anglais,

espagnol et italien, ils font écho à ceux d’un autre photographe à travers son journal mexicain, Edward Weston. Balades et chansons à textes nous plongent dans un univers intimiste, tantôt mélancolique et/ou rock’n’roll, mais toujours pulsé et soucieux de mettre en valeur les correspondances qui unissent ce très bel opus aux voyages, aux combats et à l’itinérance de la muse militante.

L’alto voyageur

L’Étranger

From scratch Guillaume Roy www.emouvance.com

Voilà une merveille qui ravira les amateurs d’opéras français oubliés ! C’est à Montpellier, au Festival de Radio France en 2010, qu’on a représenté cet Étranger, composé par Vincent d’Indy d’après Ibsen, opus contemporain de Pelléas, proposant à sa manière une alternative au wagnérisme tentaculaire. L’histoire de ce pêcheur étranger, récoltant plus de poissons que ses congénères, suscitant leur jalousie malgré sa générosité, aimé de Vita qui sera emportée avec lui par une déferlante, est chanté par un formidable couple lyrique, et marseillais : Cassandre Berthon et Ludovic Tézier. Le tout dirigé par celui qui est devenu, depuis, le directeur musical à l’Opéra de Marseille : Lawrence Foster ! J.F.

2 CD Accord Universal 481 0078

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KEVIN DERVEAUX

FRED ISOLETTA

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Fervent défenseur de la musique improvisée, le label marseillais émouvance présente le nouvel opus solo de l’altiste Guillaume Roy. From scratch est un album brillant, capture d’instants de création enregistrés sur deux séances à un an d’intervalle. Onze titres où Guillaume Roy sublime la poésie qui l’habite, fait naître onze sentiments différents de son alto parfois rageur et incisif, parfois mélancolique ou langoureux. Le musicien explore son instrument qui frotte ou sonne, à contremploi ou dans le son, pour «saisir l’éphémère, juste un état particulier, trouver l’état… être libre».

Tina Catherine Vincent Musicast distribution

Mystérieuse fusion Voix interdites est un opus d’Ahmed Essyad créé en 2005. À l’occasion de sa récente reprise au Festival Présences à Aix au GTP (voir p. 19), le label L’empreinte digitale propose un enregistrement de ce cycle pour voix et musique de chambre. C’est l’ensemble Accroche Note qui grave trois poèmes soufis d’Hussein Mansour Al-Hallaj (857-922). La soprano Françoise Kubler interprète des textes qui accomplissent une fusion spirituelle entre le corps et l’âme, traitent de l’effacement du moi et du détachement… Une large place est laissée au septuor instrumental qui alterne des musiques arabes, des inflexions «jazz», des solos instrumentaux de facture contemporaine, cherchant une symbiose entre orient et occident, tradition et modernité.J.F. CD L’empreinte digitale ED13234 www.empreintedigitalelabel.fr


Le complexe de Jo(caste) «Poussez, poussez, tout va bien se passer !». Le film commence en voix off sur ces paroles rassurantes d’un gynécologue et le halètement canin d’une parturiente. Suit l’image de quatre angelots sur fond bleu. Et par une brutale ellipse, on se retrouve 40 ans plus tard, à Milos dans les Cyclades. La matriarche Jo (Nicole Garcia) la soixantaine dynamique et épanouie débarque sur l’île pour organiser son festival de théâtre annuel. Prétexte pour réunir sur le sol grec toute sa tribu : sa mère, ses quatre angelots devenus hommes, ses brus et ses petits-enfants. Las ! Crise oblige, ledit «festival» a été annulé et la maigre subvention de Culture France engloutie dans l’installation d’un tout à l’égout. Jo n’étant pas du genre à se

Tu honoreras ta mère de Birgitte Rouan © Stéphane Sartorious-Ad Vitam

50 C I N É M A

soumettre à un destin contraire à son désir, met tout son monde à contribution pour créer un nouveau spectacle. Ce ne sera plus vraiment Oedipe-roi mais une fête dionysiaque. Et il faut voir pour le croire l’exquise Emmanuelle Riva, une granny-pythie aux sombres prophéties, peindre en bleu et rose des phallus géants de carton tout en chantant l’Internationale et téléphoner aux Dieux de l’Olympe sur son portable ! Pour explorer les rapports mère-fils, Brigitte Roüan s’amuse avec la mythologie grecque, caricature, décline, répète de façon trop appuyée parfois, les motifs de l’inceste, du fratricide, du matricide, passant d’une génération à l’autre (NTM comme injonction œdipienne par excellence !). Jo (caste), hortator de galère, aurige céleste, gardienne de mirador, tragédienne imprécatrice au haut de la terrasse-rempart de la villa squattée, mère caressante, poule et louve, dévouée et casse-pied (Oedipe n’a-t-il pas les pieds enflés ?) reste la figure centrale du film, à honorer deux fois selon le commandement du titre, Laïos le père ayant depuis longtemps été éliminé. Mais le scénario sait prendre en compte chaque personnage avec sensibilité et justesse. Les ados, fils des fils qui secouent pour la première fois le cordon tenu par leurs génitrices et les quatre fils de Jo tous différents. Le «premier de cordon» aîné responsable (Eric Caracava), le puîné sarcastique et flambeur (Patrick Mille), le troisième de la série, nounours roux qui ne cesse de chuter (Michaël Abiteboul) et le benjamin solaire, séduisant comme une icône Chanel (Gaspard Ulliel). Casting et direction d’acteurs impeccables pour cette comédie sympathique, à aller voir en famille car chacun y reconnaîtra quelque chose de soi ou des siens. ÉLISE PADOVANI

Le film Tu honoreras ta mère et... ta mère de Brigitte Roüan est sorti en salles le 6 février

Femme fatale Une femme, veste longue ouverte sur son corps nu, fume et manipule de l’argent dans une chambre puis donne rendez-vous à un homme à l’hôtel Kon Tiki. On ne saura que plus tard les raisons de ce rendez-vous. En effet, Good Bye Moroccco, le dernier film de Nadir Moknèche ne suit pas une narration linéaire et le spectateur est longtemps en interrogation sur les motivations et relations des personnages, en particulier celles de Dounia Abdallah (Loubna Azabal). Divorcée, ayant perdu la garde de son enfant, elle vit avec un architecte serbe (Rasha Bukvic) à Tanger et dirige un chantier immobilier, où sont découvertes des tombes chrétiennes du IVe siècle, ornées de fresques dont une orante, une femme en prière. Une aubaine pour

elle qui, voulant faire quitter le pays à son fils, va se lancer dans un trafic de pièces archéologiques. La disparition d’un ouvrier clandestin nigérian, Gabriel (Ralph Amoussou), qui a des rapports avec le directeur du cinéma de Tanger (Grégory Gadebois) va tout bouleverser, y compris ses rapports avec Ali, son chauffeur, ami d’enfance (Faouzi Bensaïdi). Dans ce film noir, le passé resurgit sans cesse dans le présent : la fresque, la photo de l’enfance de Dounia et Ali enfants, l’ex-mari, le corps de Gabriel, mettant les personnages sous le poids de la fatalité tragique. À travers le personnage de Dounia, la «femme fatale», Nadir Moknèche amène le spectateur à s’interroger sur le statut de la femme, sur les rapports de classe, sur les tabous autour du

mariage interreligieux, tout naturellement, sans didactisme. La photographie d’Hélène Louvart restitue à merveille l’atmosphère du film noir : la moiteur, le brouillard, et la lumière blanche de Tanger. Un film réussi. ANNIE GAVA

Le film a été présenté en avant-première au cinéma Les Variétés le 1er février, en collaboration avec AFLAM, suivi d’un débat animé par Tahar Chikhaoui, critique de cinéma. En salles depuis le 13 février. Les Variétés 09 75 83 53 19 www.cinemetroart.com Goodbye Morocco de Nadir Mokneche


Movies qui mouvent

Tuk tuk de Kiye Simon Luang

L’exil et le royaume Frêle, flottant dans un vêtement trop grand, se balançant d’un pied sur l’autre comme pour chercher un appui, les phrases tout aussi suspendues que le corps, Kiye Simon Luang est venu présenter en avant-première à l’Alhambra, ce 24 janvier, son dernier film Tuk tuk, un moyen-métrage distribué par la désormais «frichiste» Shellac sud/Film flamme et produit par Thomas Ordonneau. Né au Laos en 1966, accueilli à 10 ans par une famille française, le réalisateur n’est retourné dans son pays que 17 ans plus tard et n’en finit pas de dire, film après film, avec pudeur et délicatesse, l’exil et le retour. Ce dernier opus prend la forme d’un road movie. Hèk (interprété par Kiyé lui-même), revenu au pays natal après 35 années passées en France, entreprend avec son frère de transporter les cendres de leur père jusqu’au village natal de ce dernier. Moyen de locomotion prisé en Asie, le tuk tuk, emblème des laotiens selon Kiyé, pour la souplesse de conduite qu’il exige sur des routes-pistes défoncées et le détachement zen qu’il nécessite pour souffrir son inconfort, devient une allégorie du film. Modeste et ambitieux (jamais un voyage dans les montagnes ne serait possible avec cet engin !), jouant sur le concret du documentaire et la liberté d’une fiction, allant son train par sauts successifs le long d’un trajet-trajectoire parfois elliptique, Tuk tuk entraîne les spectateurs dans un Laos intime, pays d’origine universel. Un «quelque part» auquel tous aspirent. La silhouette de Hèk en costume noir, improbable dans ce contexte, voulu «comme un coup de pinceau dans l’image», la caresse de la mère sur les cheveux de son fils, les corps des frères endormis, le rire de l’ivresse, le partage des repas. Peu d’informations sur ces personnages définis comme «la mère», «le petit frère», une française de hasard croisée à l’aéroport, qui s’affirment par l’évidence seule de leur présence dans le champ, sans bavardages. Le cinéma comme royaume fictif «où chacun peut apporter son histoire» a conclu Kjié Simon Luang, avant d’engager le public à aller goûter dans le hall, le plat national du Laos, un laap géant.

Le groupe artistique Les Pas perdus, «association nomade adepte des jeux de mots et des couleurs vives» proposait le 29 janvier aux Variétés une «soirée mouvementée», relevée au jus de gingembre offert en fin de projection. Mouvementée, la soirée ne le fut -et c’est heureux- qu’au travers des trois «movies» proposés. Tous trois témoignant d’une belle énergie créative pour faire «bouger» le monde et, sous des dehors farfelus, d’un sacré travail ! La balle au bond, réalisé par le plasticien Guy-André Lagesse dans le cadre du projet Footsak, enchaîne dix micro-fictions nées des échanges autour du ballon rond avec des africains rencontrés pendant la préparation de la Coupe du monde de 2010, en Afrique du sud. D’Alger à Durban, d’un shoot sahraoui impossible devant des poteaux en perpétuel mouvement, se transformant en tir à balles réelles à la fabrication d’un ballon froufroutant créé à partir de sacs plastique glanés dans les buissons, en passant par les extravagants maquillages et costumes des supporters, se dessine une Afrique effervescente, inspirée, inventive. Là où les ancêtres mènent la danse, un film «plus ou moins» de l’architecte Doung Answaaar Jahangeer et du même Lagesse, se définit comme un «walk movie». Marche des deux réalisateurs entre les squats de Cato Manor et le centre de Durban. Entre passé ségrégationniste et présent post apartheid, des écrans s’ouvrent dans les murs, les ancêtres apparaissent, disparaissent dans le ciel ou le caniveau. Subtilité des impressions croisées, des superpositions, dynamisme de la ville entre visible et invisible. La promenade du jardin des souhaits bricolés de Catherine Terrier et de Lagesse, autodocumentaire sur l’expérience du groupe dans l’ancienne cité minière de Bruay-La-Buissière, se dit «une œuvre de presque rien et de pratiquement tout». Accoucher les habitants de la région devenus «des occasionnels de l’art» de réalisations plastiques visuelles et sonores abouties, libérer les regards sur ce lieu traversé de souvenirs, faire surgir dans le paysage un art brut qui transforme, bouleverse, étonne jusqu’aux auteurs eux-mêmes des projets, orchestrer avec humour, bonhomie, respect, les idées de chacun, créer un jardin commun cultivé de désirs, d’histoires, d’émotions. Un parti-pris poétique drôle, émouvant, optimiste et jubilatoire ! E.P.

Cette soirée a marqué le lancement des réalisations du groupe artistique Les Pas Perdus dans le cadre de MP2013. À suivre sur www.lespasperdus.com

ÉLISE PADOVANI

RetrouveZsur notre site ces critiques cinéma et découvreZles autres ! - ÉCRANS VOYAGEURS À MARTIGUES www.journalzibeline.fr - RENCONTRES DE MANOSQUE - POLAR ET LUMIÈRES À VITROLLES

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Les Lumières, Vitrolles 04 42 77 90 77 www.cinemaleslumieres.fr www.ecransvoyageurs.fr

Les Écrans d’Aflam Le 14 fév à 14h et 19h à la Maison de la Région, Les Écrans d’Aflam proposent Nous sommes ici, un documentaire d’Abdallah Yahya. Après la révolution du 14 janvier, un groupe de jeunes chanteurs de rap Tunisiens essaye de faire entendre sa voix à partir des chansons qui expriment la souffrance quotidienne des gens. En parallèle, des lycéens cherchent à atténuer cette souffrance, en prenant une initiative qui dépasse leur environnement étroit, et leur permet de prouver leurs existences comme acteurs positifs de la société. Entrée libre. Aflam, Marseille 04 91 47 73 94 www.aflam.fr

Musique [s], on tourne ! Le 16 fév à 18h au Polygone Étoilé, dans le cadre de Musique [s], on tourne !, Peuple et culture, en partenariat avec l’Association Française des Anthropologues, propose d’explorer la Mégapole avec deux films : We don’t Care About Music Anyway de Cédric Dupire et Gaspard Kuentz, vision kaléidoscopique de Tokyo, confrontant musique et bruit, sons et images, représentation et réalité, fiction et documentaire ; puis Saudade do Futuro de Marie Clémence et César Paes, le São Paulo des repentistas nordestins. Peuple et Culture, Marseille 04 91 24 89 71 www.peuple-culture-marseille.org We don’t Care About Music Anyway de Cedric Dupire et Gaspard Kuentz

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Une fois que tu es né de Marco Tullio Giordana

Du 12 au 17 fév au Cinéma Les Lumières, 3e escale des Écrans Voyageurs, en présence de Marco Tullio Giordana. Seront présentés plusieurs films du réalisateur italien : Pasolini, mort d’un poète, Une Fois que tu es né, Les Cent pas, Une Histoire italienne, Nos meilleures années ainsi que son dernier opus, Piazza Fontana. Le 16 fév à 18h15, discussion avec Jean Gili, rédacteur de Positif et Marco Tullio Giordana qui présentera sa Carte Blanche, La Règle du jeu de Jean Renoir.

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Écrans Voyageurs 3

Afrique et émancipations Si puo fare Le 19 fév à 14h au Cinéma du Merlan, dans le cadre du cycle Afrique et émancipations, Aflam propose 3 courts métrages algériens : Goulili de Sabrina Draoui, Cousines de Lyes Salem et Garagouz d’Abdenour Zahzah. Aflam, Marseille 04 91 47 73 94 www.aflam.fr

Garagouz d’Abdenour Zahzah

Cinémathèque Les Mardis de la Cinémathèque proposent à 19h le 19 fév, à l’Espace Cézanne du CRDP, Baby Doll d’Elia Kazan avec Carroll Baker, le 26 ce sera Carmen Jones le film musical d’Otto Preminger avec Dorothy Dandridge, Harry Belafonte, Pearl Bailey. Le 5 mars, Casque d’or de Jacques Becker avec Simone Signoret, Serge Reggiani, Claude Dauphin, Raymond Bussières ; enfin le 12 mars, Le Cheval d’orgueil de Claude Chabrol, adapté du récit de Pierre Jakez Hélias. Cinémathèque de Marseille 04 91 50 64 48 www.cinemathequedemarseille.fr

Les minots, au Château

Vent de folie à la ferme d’Abdollah Alimorad, Ahmad Arabani et Aviz Mirfakhrai

Du 20 fév au 2 mars à 14h30 et à 16h, La Buzine propose une programmation dédiée aux enfants. Le Gruffalo, dessin animé de Jacob Schuh et Max Lang, Le Kid et Le Cirque de Charlie Chaplin, Vent de folie à la ferme d’Abdollah Alimorad, Ahmad Arabani et Aviz Mirfakhraï, Le petit monde de Bahador d’Abdollah Alimorad, Ali Asghar-zadeh et Behzad Farahat, Le défi de Bianca Li. La Buzine, Marseille 04 91 45 27 60 www.chateaudelabuzine.com

Le 26 fév à 18h, à l’Institut Culturel Italien, projection de Si puo fare de Giulio Manfredonia, avec Claudio Bisio, Anita Caprioli, Giuseppe Battiston… Nello, homme d’affaires milanais qui vient de perdre son travail, se retrouve à la tête d’une coopérative d’anciens malades mentaux transférés après que l’État italien a clos les hôpitaux psychiatriques du pays en application de la Loi Basaglia. En fervent partisan de la dignité dans le monde du travail, Nello encourage les membres de la coopérative à apprendre un métier et invente pour chacun d’eux un rôle remarquablement adapté à leurs capacités. ICI, Marseille 04 91 48 51 94 www.iicmarsiglia.esteri.it

Kino Fada Kabaret Le 28 fév à 20h au cinéma Les Variétés, séance spéciale Kino Fada Kabaret, programmée dans le cadre de Marseille 2013 Off : projection de films écrits, tournés et montés durant le Kino Kabaret du 16 au 22 février. Les Variétés, Marseille www.kino-fada.fr/kino-fada-kabaret-2013

L’Odyssée du cinéma grec Du 6 au 26 mars, dans le cadre d’Escales d’Ulysses, l’Institut de l’image propose L’Odyssée du cinéma grec avec les films de Théo Angelopoulos, Le Voyage des comédiens, L’Apiculteur, Le Pas suspendu de la cigogne, Le Regard d’Ulysse… ainsi que Stella femme libre de Cacoyannis, Canine de Yórgos Lánthimos, Attenberg d’Athina Rachel Tsangari. Institut de l’Image, Aix 04 42 26 81 82 www.institut-image.org

Bus 678 Le 8 mars, à l’occasion de la Journée Internationale des Femmes, Art et Essai Lumière propose, au cinéma Lumière, Les femmes du bus 678 de Mohamed Diab. Le film sera présenté par Jeanne Baumberger, responsable de programmation de Sous le Signe d’Averroès et sera suivi d’un débat. Trois femmes aux vies totalement différentes, s’unissent pour combattre le machisme et les attouchements impunis qui sévissent au Caire dans les rues, dans les bus et dans leurs maisons… Art et Essai Lumière, La Ciotat 04 42 83 20 57. www.artetessailumiere.fr/ Les femmes du bus 678 de Mohamed Diab


Écrans Voyageurs 4 Les 9 et 10 mars au cinéma Le Méliès, Escale 4 des Écrans Voyageurs en présence de Rabah Ameur-Zaïmeche, accompagné d’Elise Domenach, rédactrice de Positif. 4 longs métrages du Bled Number On de Rabah Ameur-Zaimeche réalisateur né à Beni Zid (Algérie) seront présentés : Wesh wesh, qu’est-ce qui se passe ; Bled Number One ; Dernier maquis ; Les Chants de Mandrin. Le Méliès, Port de Bouc 04 42 06 29 77 www.cinemeliesportdebouc.fr www.ecransvoyageurs.fr

Classe de neige Le 14 mars à 20h Cinépage, en partenariat avec le Cinéma Pathé Madeleine, propose La Classe de neige de Claude Miller, adaptée du roman d’Emmanuel Carrère, Prix spécial du jury au festival de Cannes 1998. Dans une classe de neige, Nicolas, un enfant grave, fragile et perturbé, est assailli de souvenirs douloureux et de fantasmes parfois terrifiants. Il entraîne peu à peu son ami Hodkann dans sa dérive mentale en lui racontant de terribles histoires… Cinépage, Marseille 04 91 85 07 17 www.cinepage.com

Nous sommes ici Le 14 mars à 14h et le 15 mars à 19h30, dans le cadre du cycle Afrique et émancipations, Aflam propose Nous sommes ici, un documentaire du réalisateur tunisien Abdallah Yahya. Aflam, Marseille 04 91 47 73 94 www.aflam.fr

Sud-américain Du 15 au 23 mars se tiendront à La Friche les 15e Rencontres de cinéma sud-américain, autour du thème Errances et racines : 45 films inédits dont 9 El callejon de los milagros de Jorge Fons longs métrages et 12 courts en compétition. Invité d’honneur, le réalisateur mexicain Jorge Fons qui présentera son film El callejón de los milagros adapté du roman de l’écrivain égyptien Naguib Mahfouz. Une rétrospective sera consacrée à Juan Pablo Zamarella, réalisateur argentin. ASPAS, Marseille 04 91 48 78 51 http://aspas-marseille.org

Léo Ferré Le 18 mars à 20h au cinéma Les Variétés, à l’occasion du Festival Avec le temps (voir p. 11) projection du Récital Leo Ferré, Sur la Scène... Olympia 1972 : chansons connues (Avec le Temps, Pépée, Vingt ans, Les Poètes...), chansons méconnues ou rares (Les Souvenirs, Rotterdam, Les Étrangers, La Fleur de l’Âge, Vitrines). Les Variétés, Marseille 09 75 83 53 19 www.cinemetroart.com

Récital Léo Ferré, Sur la Scene


Femmes en noir Les encres sur toile de jute de Sophie Degano exposent les souffrances des femmes, leur courage face aux guerres, déportations, viols, exils… Hommage à toutes ces femmes du Rwanda, du Kosovo, de Sierra Leone ou de Syrie, son travail graphique et pictural met en lambeaux leurs corps meurtris et déchire l’espace de la feuille. Mais son «expressionnisme» n’est jamais désespéré. M.G.-G. Sophie Degano jusqu’au 23 février Galerie Françoise Estran, Marseille 6e 04 88 04 59 38 www.galeriefrancoiseestran.com Femme en noir, encre de chine sur toile de jute, 102 x 175cm, Sophie Degano © Sophie Degano

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Hélène et Rachel Theret D’énigmatiques paysages, des silhouettes d’arbres vaporeuses dans les photographies de Rachel ; des textures raffinées, des matières organiques dans celles d’Hélène. Les sœurs Theret, connues pour leurs portraits depuis le début des années 70, transcendent leurs photographies en visions poétiques saupoudrées de lumière. Des paysages et des objets, leurs regards ne retiennent que l’essentiel. M.G.-G. jusqu’au 30 mars Les Chantiers de la lune, La Seyne 04 94 06 49 26 www.leschantiersdelalune.com

A R T S V I S U E L S

Sans titre © Helene et Rachel Theret

Photographes voyageurs Ella Maillart et Nicolas Bouvier avaient en commun l’amour des voyages initiatiques, une curiosité du monde, le goût des expériences nomades. Tous deux, décédés, sont les témoins d’un monde disparu mais jamais oublié grâce à leurs œuvres photographiques et littéraires. Avec eux, la galerie du Théâtre inaugure une collaboration avec le Musée de l’Élysée à Lausanne qui détient les fonds photographiques de ces deux artistes et amis. M.G.-G. Le Monde pour horizon Ella Maillart jusqu’au 2 mars L’œil du voyageur Nicolas Bouvier du 12 mars au 4 mai Théâtre La Passerelle, Gap 04 92 52 50 20 www.theatre-la-passerelle.eu

Nomade avec son aigle, 1932 © Ella Maillart

© Cyril Hatt et Eve Maillot

180 degrés L’illusion est totale ! Cyril Hatt et Ève Maillot ont investi Territoires partagés d’une manière singulière : l’un, sculpteur-photographe, en reconstituant à l’échelle 1 une cuisine et ses objets ; l’autre en emprisonnant les matières ou les déchets (bananes, feuilles de salade, torchon, serviette jetable…). Un premier temps fort qui annonce un cycle très prometteur autour de la cuisine dans l’art contemporain. M.G.-G. Cyril Hatt & Ève Maillot jusqu’au 30 mars Galerie Territoires partagés, Marseille 6e 09 51 21 61 85


L’Âge noir Avec cette série, Pierre Pellizon poursuit son travail singulier où la terre cuite prête forme à la tragédie humaine : «L’Âge noir est un travail sur les charniers et le lien qui nous unis, celui de la mort. Aucun corps n’est seul, ils sont tous emmêlés comme un ultime acte d‘amour..!» L’ensemble présenté est constitué d’une trentaine d’œuvres récentes complété de plusieurs pièces en bronze de la galerie. C.L. Pierre Pellizon, sculptures jusqu’au 16 mars Galerie Sordini, Marseille 04 91 55 59 99 www.galerie-sordini.com

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Pierre Pellizon, L'Âge noir © Christophe Iliou

SIAC

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Amateurs éclairés ou néophytes, passionnés et collectionneurs de toutes tendances, la 13e édition du Salon International d’Art Contemporain présentera comme à l’accoutumée les multiples modes d’expression artistiques à travers près de cent cinquante exposants dont les lauréats du Prix Public 2012 Yann Letestu dans la catégorie peinture et Vincent Magni pour la sculpture. Inauguration le 8 mars à 10h, vernissage à 18h. C.L. du 8 au 11 mars Parc Chanot, Marseille www.siac-marseille.com

Miami Face of Geisha 2013 © MILA

Femmes ! Pour la Journée Internationale de la Femme, Reg’Art s’engage auprès d’Amnesty International et en profite pour s’ouvrir au regard des hommes bienveillants pour une exposition commune. Vernissage le 8 mars à 18h, visites guidées les 9 et 10 à 16h. Débat La violence faite aux femmes, le 9 à 17h. Pour le droit des femmes et contre l’ignominie partout dans le monde et à Aubagne : mobilisation ! C.L Reg’Art sur les violences faites aux femmes les 8, 9 et 10 mars Salle du Bras d’Or, Aubagne 04 42 18 17 17 http://regart-aubagne-8mars.over-blog.com Marius Millo pour Reg'Art 2013 © Marius Millo

Rifle, Arroyo Grande 2012 © Caroline Chevalier

Vent d’Hiver Bien qu’installés dans un modeste estanco, les Comptoirs Arlésiens de la Photographie proposent depuis 2011 une programmation d’auteurs remarquable. À découvrir en ce début 2013, deux séries inédites de Caroline Chevalier, Wild Horse/CA 2012 et celle que Sophie Zénon vient de réaliser en Italie. Quant à Faustine Ferhmin elle présente une sélection de son travail très remarqué sur le Marais Poitevin. C.L. jusqu’au 21 mars CAP, Arles 06 07 78 94 71 www.comptoirsarlesiens.com

A R T S V I S U E L S


XYZT, Champ de vecteurs © Laurence Fragnol

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A R T S V I S U E L S

Point final «Arpenter un espace numérique luxuriant, toucher du doigt des algorithmes, éprouver la matière de la lumière», tel est le projet de XYZT, Les paysages abstraits qui emprunte son titre aux mathématiques. X Horizontalité, Y Verticalité, Z Profondeur, T Temps : quatre lettres qui servent à positionner un

point dans l’espace. L’argumentaire de Claire Bardainne et Adrien Mondot est parfaitement huilé et leurs dispositifs interactifs ou immersifs, au design graphique minimaliste, sont accessibles à tous : «Tout est à vue, on n’est pas des magiciens.» Mais quelle déception quand on les expérimente !

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI

Exposition Futuréalismes au musée Granet en 2010 (voir Zib’36) 2 Exposition au Centre de la Vieille Charité en 2003 1

XYZT, Les paysages abstraits jusqu’au 3 mars Hôtel des arts, Toulon 04 94 91 69 18 www.hdatoulon.fr

Effeuillons au Panier Le Préau des Accoules s’est transformé en musée-jardin. Des fleurs s’y épanouissent sur des vêtements, des céramiques, des peintures ou se faufilent sur les murs. Dès l’entrée dans la superbe salle d’architecture néo-classique, les enfants sont accueillis par des fleurs géantes dont ils démonteront avec délice pétales, coeur ou étamines. Partout des motifs fleuris, sur des vases, des chaussures, des vêtements ; on apprécie la parenté entre un caraco provençal du XVIIIe siècle et une veste de Christian Lacroix, on s’amuse d’une tenue balnéaire des années 60 comme d’un bonnet chinois brodé qui protège le bébé des mauvais sorts. L’enfant découvre les variétés et les couleurs des fleurs, les cycles de la vie, du bouton à la flétrissure, et apprend la notion de symbole. Il s’initie aussi à la décoration en composant des frises à l’aide de magnets, et apprend à reconnaître les parfums grâce à des essences naturelles cachées dans des arrosoirs. Sur un livret illustré qu’il gardera, il pourra dessiner un bouquet, compléter une liste d’expressions dans lesquelles les fleurs ont le premier rôle, s’amuser du pot aux roses ou rougir comme une pivoine ! Ludiques et pédagogiques, les expositions

du Préau sont préparées minutieusement par une équipe soucieuse d’exploiter, pour les enfants, les richesses des Musées de Marseille. Promesse tenue ! CHRIS BOURGUE

Exposition, Un peu, beaucoup, passionnement © Francois Moura

A U P R O G R A M M E

On est très loin des effets visuels et sonores produits par l’Electronic Show de Naziha Mestaoui et Yacine Aït1 qui réalisait la fusion entre la matière et l’immatériel, ou de l’installation Méditations Méditerranée du Studio Azzurro2 qui proposait un voyage sensible à travers cinq paysages instables… Issu du spectacle vivant, le duo d’artistes défend l’idée du «numérique vivant» dans cette exposition conçue «comme la traversée d’une nature revisitée». Avec des haltes, des horizons, et plusieurs territoires. Là encore, Nicole et Robert Corsino avaient montré la voie lors d’une expositionmanifeste au [Mac] de Marseille… en 2001 ! Dans leurs spectacles, leur démarche, identique, mêle étroitement interprètes munis de capteurs électroniques, images numériques, création sonore. Resté sur votre faim, vous pourrez en tenter l’expérience le 16 fév au Théâtre Liberté avec Un point c’est tout, «show multimédia poétique exploitant les immenses possibilités des univers virtuels».

Un peu, beaucoup, passionnément… jusqu’au 26 mai Le Préau des Accoules, Marseille 04 91 91 52 06 www.marseille.fr


Karim Ghelloussi, Sans titre (Au desert j'ai du me rendre), 2012 2013 © X-D.R.

Ondes de chocs Deux générations, quatre pratiques, des origines multiples : un quatuor improbable est devenu réalité grâce à la galerie Martagon à Malaucène et la galerie du Château de Servières à Marseille qui ont œuvré ensemble. Étrangement les voix des artistes résonnent dissonantes et euphoniques à la fois car chaque salle, conçue comme une mini-exposition personnelle, laisse entrevoir une échappée belle vers l’autre. Il en résulte une fluidité qui nous fait circuler comme un aimant entre les œuvres. Entre chien et loup commence avec les inventaires et les objets d’Akram Lee saupoudrés dans l’espace avec délicatesse, subtil travail qui pourrait faire l’effet d’une bombe ! Dans 100 ml, l’alignement de flacons transparents, à priori inoffensifs, est accompagné d’une liste des possibles contenus interdits par l’aviation civile à tout le moins explosifs… Oubliant la métaphore, Akram Lee pose discrètement dans les recoins de petites bombes à retardement, comme d’une main de fer dans un gant de velours. En écho, d’apparence tout aussi fragile, le dessin mural réalisé par Jérémie Delhome dévoile une autre facette de son talent de coloriste : les impressions

tamponnées composent une mer bleue froissée, volatile. Bel aperçu d’une série d’empreintes exposées plus loin, où l’on retrouve les formes compactes habituellement peintes, ici légères comme des plumes. Comme lui, le néo-zélandais Bill Culbert offre une installation in situ, à la luminescence «brutale», née du contraste entre 10 néons et 10 vieux guéridons servant de support. Une fois cette allée sculptée traversée et le passage par les coulisses, on tombe nez à nez avec le groupe sculpté de Karim Ghelousssi (Au désert j’ai dû me rendre) : assis, en marche, visages muets, corps lourds, les boat-people ne sont pas prêts de disparaître. C’est un coup de massue en pleine face : le temps est souvent incertain entre chien et loup. MARIE GODFRIN-GUIDICELLI

Entre chien et loup jusqu’au 23 mars Galerie du Château de Servières, Marseille 4e 04 91 85 42 78 www.chateaudeservieres.org


Nicolas Clauss, Ilots, installation 2012, version pour casques et 3 écrans, composition musicale Uriel Barthelemi. © C. Lorin/Zibeline

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Vertiges Chez Seconde Nature quatre installations de Nicolas Clauss se jouent de la déconstruction, du hasard et de la narration. Plasticité, samples visuels et sonores, algorithmes : vertiges ! Dans la suite de Nam June Paik et avec l’avènement du numérique nombre d’artistes de tous bords retravaillent à l’envi images et son. Sans renier ses fondements de plasticien c’est ce à quoi s’emploie depuis plusieurs années Nicolas Clauss avec la complicité du musicien Uriel Barthélémi, avec prolongements improvisés et performances participatives. On avait pu voir Ilôts et Fès lors des précédents Instants Vidéo. Tandis que Fès condense une scène quotidienne en de multiples micros évènements

répétitifs incitant à scruter faits et gestes individualisés dans une foule, à l’autre bout, les trois écrans d’Ilôts nous plongent dans un maelström plastique et sonore, revisitant le genre du paysage et de l’errance jusqu’à des abstractions fulgurantes sans cesse renouvelées. Deux créations viennent tempérer la sensation de vertige bien que leur dispositif impose des volteface fréquentes. In Amarcord, inspiré du film de Fellini, dédouble une séquence pour extraire la plasticité, des détails, une

Nicolas Clauss e video, 2013 © d' Entraves, dyptiqu rait ext me ram tog Nicolas Clauss, pho

narration renouvelée très esthétique. Avec Entraves, l’écriture aléatoire répétitive sur de grands formats en vis-à-vis soulignent une étrange proximité avec le corps de deux danseurs et leur identité rendue inquiétante. Soirée performance/improvisation le 12 à 20h.

Nicolas Clauss/Vidéographies jusqu’au 15 mars Seconde Nature, Aix 04 42 64 61 01 http://secondenature.org

CLAUDE LORIN

De l’argentique à l’i-phone La Déesse Mère, 1979 © Pierre-Jean Amar

«Toutes les photos sont d’époque, que du vintage, mais je suis aussi pour la modernité !» s’exclame Pierre-Jean Amar à propos de sa rétrospective qui inclut des tirages numériques. Pour ses 50 ans de création, le photographe a extrait de ses archives quelques beaux spécimens : micro-pays, pays et paysages des années 60 à 80 (c’est la vision rapprochée des choses et non pas le panoramique qui l’intéresse), portraits graphiques d’artistes et d’amis (dont celui, impressionnant, de François Nourrissier), nus féminins à partir des années 80, époque marquée par la naissance de son fils qui le poussera vers la voie de la photographie familiale et intime. Une autre série rarement exposée, consacrée aux commandes de photographies d’architecture et de patrimoine, démontre la perfection des cadrages qui ne doivent rien au hasard. Aujourd’hui commissaire de son exposition, Pierre-Jean Amar s’offre la liberté d’introduire son récit par une proposition composée d’autoportraits enfant, jeune, en

famille, avant d’ouvrir sur de plus vastes horizons. Comme ces Inondations marquées par les intempéries, photos sauvées des eaux mais maculées de moisissures et de bactéries ; ces rares photos en couleurs d’affiches de métro déchirées, clins d’œil à Villeglé. Et, tout aussi inattendus, ces tirages noir et blanc colorisés au moment du tirage à l’image irréelle. Ouvrages et vidéo complètent ce parcours dont on admire l’éclectisme des sujets et l’unité formelle : toutes les photographies sont traversées par une lumière solaire qui irradie les objets, les paysages, les corps et les visages. MARIE GODFRIN-GUIDICELLI

La nature, le corps et l’ombre (titre d’un ouvrage publié aux éditions le Bec en l’air) jusqu’au 2 mars Cité du livre, Aix 04 42 91 98 88 www.citedulivre-aix.com


Optimisme désespéré

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Jean-François Bayart l’annonce d’entrée de jeu : «J’ai une position critique vis-à-vis de l’interprétation néo-libérale de la globalisation, mais je ne me fais pas que des amis chez les alter-mondialistes, car je dis que ce n’est pas une simple aliénation : on y participe tous.» Puis il réclame de la nuance : tout le monde n’est pas mondialisé de la même manière, selon qu’on vit à la Défense ou en Ardèche, à Pékin ou en Arizona. Il récuse l’idée que l’État est la victime des marchés : selon lui, l’État-Nation est le produit de la globalisation, tout comme les «identités», et le communautarisme. Un exemple irrévérencieux ? Le terroir gastronomique : «Le camembert n’est pas issu de la «normanditude» comme aurait dit Ségolène Royal, mais de la possibilité de le vendre massivement aux Halles de Paris.» Une illusion s’écroule, là où l’on pensait avoir connu le pire en découvrant une publicité McDonalds pour le hamburger au foie gras. De la nourriture, il passe au poil : «Politiquement très intéressant. Les islamistes ont une vision très précise de ce que doit être la pilosité.» Puis aux attentats

suicides, «une technique du corps inventée par les Tamouls, qui s’est globalisée.» Et à la lutte contre les narcotiques : «L’herbe devrait coûter moins cher que les radis, on aurait moins intérêt à la cultiver.» Charmant orateur, déployant son humour avec générosité, ce qui ne l’empêche pas de présenter une vision lucide de la situation. À la question du public, «Êtes-vous optimiste ou pessimiste ?», il répond avec un sourire «Un ami graphologue m’a dit que je suis un optimiste désespéré, comme Louis XVI. Les choses vont vraiment très mal. Ce qui est désespérant, c’est notre bêtise collective.» Selon lui, le rôle des sciences sociales est de dissiper quelques idées reçues. Par exemple celle-ci : la mondialisation est censée uniformiser, alors qu’en réalité elle clive. GAËLLE CLOAREC

La conférence Globalisation, culture matérielle et individu a eu lieu le 24 janvier à l’Hôtel du Département 13 dans le cadre d’Échange et diffusion des savoirs

La Liberté guide nos pas À l’invitation d’Approches, Cultures & Territoires, le Lycée Saint-Exupéry accueillait le 7 février l’historien Michel Vovelle pour une conférence intitulée L’an II des Révolutions : France 1793, Monde arabe 2013. Remonter jusqu’à ce XVIIIe siècle où l’on est passé de la monarchie à la République, et faire entrer en résonance cette période avec les printemps arabes du XXIe siècle, voilà qui promettait d’être passionnant. Cependant d’entrée de jeu, l’orateur a prévenu des «avantages, ruses, et risques» de l’analogie. La Révolution Française est «la 1ère dans le temps d’ambition et de portée universelle, ce qui est positif pour les uns et lui a été reproché par les autres. En tous cas elle proposait un modèle élaboré de rupture, de subversion violente, politique, économique, sociale et culturelle». Depuis, les mouvements populaires d’insurrection partout dans le monde ont quel-

que chose à voir avec les droits de l’homme tels qu’ils ont alors été formulés. Que ce soit lors des insurrections arabes, ou lorsque la contestation «fait un retour sur la rive européenne, dans le contexte des crises qui taraudent l’Europe méridionale». En bon penseur familier de la grille d’interprétation marxiste, Michel Vovelle reproche aux Indignés leur manque de cadre conceptuel, leurs mots d’ordre flous : «Ils veulent juste «changer le monde».» Et revient inlassablement à l’importance des rapports de force en présence, soit dans les pays arabes le poids de l’armée et l’influence des Frères Musulmans. En insistant sur l’imprédictibilité des phénomènes révolutionnaires. Lorsqu’un membre du public lui demande «Qu’est-ce que la Révolution Française en juillet 1791, 25 mois après le début ?», il répond : «Nous sommes alors au cœur de ce que François Furet appelle «l’année heureuse»... Oui, sous réserve d’inventaire ! Car ça bouillonne depuis les provinces, tout le Sud Ouest est en feu, il y a des affrontements ouverts entre les deux confessions, c’est une poudrière. Alors on peut dire qu’en 91 la Révolution est terminée, mais...» Mais le sort des révolutions ne se joue pas en deux ans, et nul ne peut prédire à quoi aboutira l’histoire qui se construit aujourd’hui en Tunisie et en Égypte. GAËLLE CLOREC

Eugene Delacroix, La liberte guidant le peuple

Bayart © X-D.R. Jean-Francois

Derrière l’ordinateur Elle était mal partie, cette conférence du 29 janvier : l’intervenante principale, malade, a annulé sa venue. De plus, prévue initialement dans une salle de l’IEP d’Aix-en-Provence réquisitionnée au dernier moment par le débat Maryse Joissains/Patrick Mennucci sur la Métropole, elle a dû se replier dans une partie des bâtiments où il n’était pas possible de diffuser les éléments multimédias prévus. Elle y a aussi certainement perdu une bonne partie de son public, attiré par le spectacle de ces deux «bêtes» politiques. Tout cela n’aurait cependant pas été rédhibitoire, si les membres du collectif organisateur Technologos, une fédération nationale créée l’an dernier, n’avaient pas eu recours pour remplacer Hélène Tordjman à Christian Araud, maîtrisant manifestement mal son sujet : Défier l’algorithme, reprendre le contrôle de la cité. À tel point que finalement, on se demande s’il ne valait pas mieux que peu de monde assiste au débat, dans la mesure où cette thématique cruciale mérite d’être approchée autrement qu’à la va-vite. C’est dommage car leur cycle de conférences (les prochaines portant sur la crise de la gouvernance et celle des valeurs) semblait prometteur. C’est dommage surtout parce que leur objectif : prendre du recul par rapport à la technique, et derrière elle, la science, est on ne peut plus pertinent. Il est à espérer que les interventions à venir se feront dans de meilleures conditions. GAËLLE CLOAREC

www.sciencespo-aix.fr


L’an passé, les Rencontres Déconnomiques 1ère édition taquinaient gentiment la traditionnelle réunion juillettiste du Cercle des Economistes à Aix-en-Provence. Il faut dire que lorsque ces derniers quittent leur Faubourg Saint-Honoré, ils le font avec un aplomb irritant d’experts en terrain conquis. Que leur reprochent les Déconnomistes ? Principalement d’aveugler les citoyens par un discours répercuté inlassablement au service de l’oligarchie financière, laquelle les rétribue grassement pour leurs services. Ce 16 janvier, le Théâtre Toursky réunissait donc une ribambelle de Déconnomistes en nez de clown, prêts à en découdre pour «vider leurs salles au profit des nôtres» lors de l’édition prochaine, qui aura lieu cette année du 4 au 7 juillet. Après la projection du documentaire de Vincent Lucas sur les précédentes Rencontres, comme une mise en bouche au son des cigales, c’est le film de Gérard Mordillat, Le grand retournement, qui était programmé. Une avant-première idéale pour cette soirée de lancement, en présence du réalisateur et de Frédéric Lordon (auteur de la pièce dont le scénario est adapté). Le long métrage faisant rejouer en alexandrins la crise de 2008 par une galerie d’acteurs magnifiques (Jacques Weber, François Morel, Edouard Baer…) a enthousiasmé le public marseillais, non moins que l’intelligence avec laquelle ces deux hommes justifient leurs choix artistiques et politiques. Car s’il est bon d’entendre dire

Ce système périt sous trop de déshonneur

Équipe des Rencontres Déconnomiques avec Frederic Lordon et Gérard Mordillat © Gaëlle Cloarec

clairement que nous vivons tous prisonniers du discours néo-libéral, il est meilleur encore de l’entendre en vers : «Utiliser la langue aristocratique met en évidence le ridicule de ce que l’on veut nous imposer. L’alexandrin a cette vertu insoupçonnable d’affûter notre capacité d’écoute et au-delà notre esprit critique, car il est compréhensible par tous, mais demande de l’attention.»

Le grand retournement, sorti le 23 janvier, n’est pas diffusé à Marseille. Il reste la possibilité de le voir à Aix, au cinéma Mazarin.

GAËLLE CLOAREC

Les ados ont l’espoir au coeur ! ment et dérapages de son adolescence dans les années 80, en banlieue parisienne. Laurent Mauvignier déclare qu’il faut avoir un sens aigu de l’observation pour capter certains détails ; son récit glacial vient

dans la France rurale des mêmes années. On le voit, les récits des unes et des autres prennent racine dans le vécu plus ou moins proche, et à des degrés divers. Les lycéens ont aussi questionné les

lui ouvrant les yeux, lutter contre l’indifférence. La question de l’espoir interpelle les ados ? C’est ras-surant... et on leur emboîte volontiers le pas ! CHRIS BOURGUE Prix litteraire lyceens © C.B.

Le Théâtre Liberté de Toulon a accueilli le dernier Forum des lycéens et des apprentis de la Région PACA pour cette année scolaire. Toujours nombreux et enthousiastes les élèves ont posé des questions pertinentes qui étonnent parfois les auteurs... Cette fois étaient présents trois auteurs de BD (dont deux couples scénariste/dessinateur) et trois auteurs de fiction dont deux romancières. Apparemment pas de lien particulier entre leurs oeuvres. Mais à y regarder de près les lycéens y ont vu des parentés. Tout d’abord, ils se sont montrés intéressés par le processus de création des oeuvres, ce qu’ils appelent «inspiration». Pour certains il y a de toute évidence l’impact de l’Histoire et de la politique comme L’art de voler qui retrace la vie d’un jeune paysan espagnol au sein de la guerre civile et du franquisme, et Zahra’s paradise qui plonge le lecteur au sein de la répression sanglante à Téhéran en 2009. Si Antonio Altarriba déclare qu’il avait un devoir de mémoire envers son père, Amir revendique son appartenance au peuple iranien. La BD de Gilles Rochier est davantage centrée sur le quotidien puisqu’il y évoque les désoeuvre-

L’art de voler Antonio Altarriba (scén.) & Kim (dessin) Denoël Graphic, 23,50 € Zohra’s paradise Amir (scén.) & Khalil (dessin) Casterman TMLP-Ta mère la pute Gilles Rochier 6 pieds sous terre, 16 € Les trois lumières (voir Zib’57) Claire Keegan Sabine Wespieser

d’un fait divers parmi tant d’autres. L’irlandaise Claire Keegan évoque la colonisation anglaise et le poids du catholicisme qui ont asphyxié les couches pauvres de la société tandis qu’Anne Percin dénonce les conventions et les fractures sociales

auteurs sur l’existence ou non d’un message dans leurs productions. Si Laurent Mauvignier a catégoriquement répondu que «s’il y en a un c’est à (son) corps défendant», les autres se sont montrés plus nuancés, désirant responsabiliser le lecteur en

Le premier été (voir sur le site) Anne Percin Le Rouergue, 16 € Ce que j’appelle oubli (voir Zib 57 & p. 41) Laurent Mauvignier Éd. de Minuit, 7 €

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Les métamorphoses de Lascaux est un ouvrage passionnant, et tout à fait abordable ! Zibeline a demandé à son auteur, Pedro Lima, de lui parler des habitants de Lascaux, et Cosquer…

Il y a 20 000 ans… 62 H I S T O I R E

Les hommes du paléolithique ont tout inventé des techniques picturales actuelles. Mieux : ils furent aussi chimistes, astronomes et même… soucieux d’écologie avant l’heure ! L’oubli de ces génies, inventeurs de la première culture européenne, dans les célébrations de MP2013, est regrettable !

Il y a 20 000 ans, des tribus d’Homo sapiens, installées dans des abris sous-roches situés au pied des falaises qui bordent la rivière Vézère, dans l’actuelle Dordogne, ont orné de magnifiques peintures les parois d’une caverne aux dimensions harmonieuses, baptisée Lascaux lors de sa redécouverte en 1940 par quatre adolescents périgourdins, en pleine tourmente mondiale. Depuis 70 ans, les scientifiques ne cessent de s’émerveiller, et avec eux tous ceux qui ont eu accès à la cavité ou l’admirent à travers ses reproductions (photographies, films, fac-similés), face au génie de ces maîtres de la préhistoire, lors de la période appelée Solutréo-magdalénien. Gravure, peinture, représentation du mouvement et de la perspective, ces peintres et dessinateurs avaient tout inventé des techniques picturales qui sont, aujourd’hui encore, enseignées dans les écoles des beaux-arts. Un savoir-faire magistral, qu’ils ont également appliqué dans la grotte Cosquer décorée il y a 27 000 ans. Pour exemple les membres de certains animaux, aurochs ou chevaux, sont représentés en exploitant la technique de l’anamorphose, volontairement déformés lorsqu’ils sont vus de face pour retrouver leurs justes proportions lorsqu’on les regarde du centre de la salle. Autre «truc» employé à Lascaux par les créateurs préhistoriques : l’emploi du flou pour figurer l’arrière-plan d’un animal peint, alors que les parties du corps situées, dans la réalité, plus près de l’observateur, conservent leur netteté… Le peintre paléolithique savait donc retranscrire ce que son œil percevait… comme le mimera également, 20 000 Diverticule Axial Lascaux II © Philippe Psaila

ans plus tard, le support photographique. Quant à la stupéfiante représentation du mouvement animal sur les parois par juxtaposition ou superposition d’images successives (membres, têtes, cous dans des positions différentes), elle a fait l’objet d’une théorie remarquable, et un ouvrage préfacé par Bertrand Tavernier, qui réconcilie artistes contemporains et pré-cinéastes de l’âge de pierre… qui avaient même inventé un ancêtre de la caméra, sous la forme d’un disque de pierre sculpté sur ses deux faces générant l’illusion du mouvement grâce au phénomène neurobiologique de persistance rétinienne. Ce savoir-faire, permettant aux artistes de représenter magistralement des animaux comme bondissant sur la paroi, nous apparait d’autant plus extraordinaire que le support sur lequel ils travaillaient, une paroi rocheuse, était la plupart du temps sinueuse, aux reliefs très tourmentés... et mal éclairée. «Nous n’avons rien inventé», a ainsi pu déclarer le maître andalou Pablo Picasso lors de sa visite, dans les années 1940, dans le sanctuaire paléolithique périgourdin. Les chefs-d’œuvres de Lascaux, aujourd’hui protégés derrière une lourde porte de bronze, sont transmis au grand public grâce à des versions successives, et de plus en plus perfectionnées, de fac-similés faisant appel à la sensibilité d’artistes contemporains aidés de techniques de pointe (3D, fraisage numérique…). La récente exposition Lascaux, présentée à Bordeaux, a ainsi attiré plus de 100 000 visiteurs en trois mois. De quoi raviver les regrets face à l’absence, sur le territoire marseillais à l’occasion de la Capitale européenne de la Culture, d’une restitution de la grotte sous-marine Cosquer, menacée, de plus, par la lente montée des eaux. Ce qui aurait constitué un hommage mérité à ces hommes, inventeurs de la première culture européenne.

Résolument modernes ! En réalité, les Paléolithiques furent les premiers modernes. Ainsi, les tribus de chasseurs-cueilleurs qui ont occupé le continent européen au cours de longues migrations, de l‘Oural à l’Atlantique, entre -40 000 et -10 000 ans, furent certainement les premiers hommes à posséder une connaissance intime de leur milieu naturel, fait de toundras sèches et froides, au point d’y puiser les ressources nécessaires à leur survie et à la permanence de pratiques sociales élaborées, avec un mode d’exploitation que l’on pourrait qualifier de raisonné. Exemple avec le prélèvement de faune, essentiellement du renne et des mammifères herbivores, qui a conduit les tribus d’Homo sapiens, descendantes de nomades venus de l’est de l’Europe et précédemment d’Afrique, à suivre le gibier au cours


À lire Les métamorphoses de Lascaux l’atelier des artistes de la préhistoire à nos jours Pedro Lima (textes) et Philippe Psaïla (photographies) Synops, 27,90 € www.synopseditions.fr

L’Europe de la culture est née il y a 36 000 ans Pedro Lima La revue des deux mondes, avril 2012 La préhistoire du cinéma, Origines paléolithiques de la narration graphique et du cinématographe Marc Azéma, préface de Bertrand Tavernier Errances, 2011

Nouvelle aventure du Musée de Quinson en partenariat avec le Préhistosite de Ramioul en Belgique ! Ferme les Yeux pour voir © Prehistosite de Ramioul

PEDRO LIMA

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de ses migrations saisonnières. Cette chasse itinérante obligeait les hommes à disposer de systèmes de mesure du temps, leur permettant d’anticiper les changements de saisons annonciateurs des déplacements animaux, fonction vraisemblablement remplie par des plaquettes de taille réduite, gravées et sculptées de nombreuses encoches et cupules, certainement marqueurs de phases lunaires et de décomptes diurnes, correspondant à nos calendriers modernes. Une fois l’animal chassé, l’ensemble de son anatomie était exploitée, pour des utilisations très variées : viande bien sûr, mais aussi cordages (tendons), vêtements (peaux), instruments de musique (os), parures (dents et vertèbres), éclairage et liant pictural (graisse), pinceaux (poils)... Quant aux artistes, ils avaient également inventé les premiers rudiments de la chimie minéralogique, puisqu’ils étaient capables, par une cuisson contrôlée des pigments d’ocre prélevés au sol, d’en faire virer la teinte originale, obtenant par exemple des violets ou des rouges à partir de jaunes, comme le font encore aujourd’hui les ocriers provençaux dans leurs fours. Inventeurs d’une culture homogène millénaire, qui fut la première à tout l’échelon européen, parfaitement adaptés à un milieu dont ils connaissaient la moindre ressource, les nomades du paléolithique supérieur nous rappellent que l’humanité actuelle s’est construite sur la base de migrations incessantes et complexes. Une leçon brûlante, alors que des frontières ne cessent de s’ériger, sur les terres et dans les esprits.

Des yeux au bout des doigts

Après Neandertal l’Européen de l’an dernier, l’exposition proposée depuis le 1er février propose des savoirs savants concernant la vie quotidienne des hommes du mésolithique (des chasseurs de 9 000 à 5 300 ans av. J.-C. Mais aussi une approche radicalement différente, voire déconcertante : Ferme les yeux pour voir la Préhistoire. Le musée est le lieu où l’on ne touche pas, ici, les mains guident cette «visite» où l’on ne voit pas ! Après avoir lu les panneaux d’introduction, on pose un bandeau sur les yeux, un casque audio sur la tête, un boitier en collier, et l’on suit la rampe composée de tubes pvc. À intervalles réguliers une balle de tennis nous arrête, et l’on envoie nos mains en face de nous. Elles découvrent les objets, les explorent. Les matières, les sensations qu’elles produisent, accompagnées par les sons déclenchés dans les boitiers, nous invitent à une reconstitution mentale que vient corroborer ou rectifier le commentaire explicatif. On devine par les formes le porte-bébé, la botte de cuir, la

«table de cuisson», le harpon, l’arc et sa flèche, la nasse, les bois de cerf ou… un appareil photo en fin de parcours ! et un texte écrit en Braille. On vous apprend succinctement à reconnaître les groupes capables de contenir jusqu’à six points, base de l’alphabet. L’exposition est ouverte aux scolaires (à partir de 8 ans, il est nécessaire de mesurer une certaine taille pour tout atteindre !) le matin, à tous les publics l’aprèsmidi. Les enfants manifestent parfois une certaine appréhension, ils n’ont pas l’habitude de découvrir avec leurs mains, ont un peu peur. Ils sont invités en fin de parcours à découvrir les photographies des objets puis à un retour sur l’exposition avec leurs yeux pour un commentaire plus précis, un partage des sensations et des connaissances. Pédagogique à plus d’un niveau, celui de la connaissance, de la concentration, de la construction mentale, de la découverte du handicap, cet itinéraire atypique incite à être attentif aux autres ; le travail sur les sens pousse à l’empathie. La mise en place d’une telle exposition demande une réflexion approfondie non seulement sur les savoirs, mais la manière de les transmettre en tenant compte du handicap particulier de la vue. Cette expérience devrait devenir norme et s’étendre au parcours muséal dans son ensemble explique Caroline Luzi, l’archéologue médiatrice de l’exposition. «Le Musée est un petit laboratoire de la vie en société, s’y croisent toutes les contraintes, toutes les postures. Il est impératif de prendre conscience du rôle sociétal important des musées, ils établissent un lien entre scientifiques et grand public. La collectivité rend au citoyen ce qu’il lui donne. Le musée a une utilité sociale, politique, citoyenne, il est un lien privilégié d’expression.» Une splendide mission ! MARYVONNE COLOMBANI

Ferme les yeux pour voir la Préhistoire jusqu’au 12 mai Musée de la Préhistoire, Quinson 04 92 74 09 59 www.museeprehistoire.com

63 H I S T O I R E


64 P H I L O S O P H I E

On n’a pas attendu Pierre Bourdieu pour analyser la domination. «Comme la force est toujours du côté des gouvernés, les gouvernants n’ont rien pour les soutenir que l’opinion» constatait David Hume en 1752 dans son Essai sur les premiers principes du gouvernement. Il suffit de remplacer gouvernants et gouvernés par domi-nants et dominées pour que la modernité de Hume saute aux yeux. En revanche l’implacable sexisme des plus grands peseurs est un invariant dans l’histoire, Olympes de Gouges exceptée évidemment ! Les préjugés sexistes et aussi racistes sont les plus imprégnés dans les mentalités, parce que véhiculés depuis des millénaires comme des vérités. En revanche les inégalités sociales et la croyance en dieu(x) ont souvent été attaquées, analysées, depuis la condamnation de Socrate par exemple. Venons-en aux femmes. En nous demandant d’abord, puisqu’elles sont assez grandes et nombreuses pour se défendre, pourquoi un homme (andros1) s’intéresse à leur domination. Tout comme le combat pour le mariage gay il est des causes aux apparences particulières qui en fait dégagent des possibilités d’émancipation pour l’humanité entière : le combat pour l’égalité n’est pas seulement un combat de principe, il ouvre la voie à des formes de vie meilleures. Que serait une société où tous pourraient théoriquement se marier ? Une société où la femme serait l’égale de l’homme ? Une société où la bêtise et les truismes, prétendues vérités d’évidence, reculeraient. Plus de sexe faible, plus de «un papa une maman»… Car qu’est-ce que la domination masculine telle que les hommes (anthropos) la vivent ? C’est l’androcentrisme, les principes masculins posés comme base sociale. Soit la dévolution à la femme de tâches familiales supplémentaires et ingrates. Soit encore le plafond de verre pour les diplômées et le plancher collant pour les sans diplômes, qui font qu’elles n’accèdent jamais aux directions et occupent massivement les emplois les moins payés. L’androcentrisme c’est aussi attendre des femmes qu’elles parlent moins et moins fort, qu’elles n’interrompent pas, qu’elles s’intéressent à la santé et l’éducation mais pas à la politique et aux idées, à moins de renoncer à leur féminité… Mais il s’agit là des structures visibles ; l’apport de Bourdieu dans la sociologie est l’insistance sur le symbolique : tout comme dans la reproduction des classes sociales ce n’est pas tant la richesse transmise qui cause la reproduction des inégalités, mais l’invisible, à savoir le capital culturel : c’est la manière dont les parents parlent à la maison, et dont les représentations sociales prolongent les clichés qu’elle véhicule, qui détermine la position des enfants.

L’ordre symbolique

Dans l’ordre de la domination masculine, la véritable violence symbolique est son intériorisation par les dominants, c’est-à-dire par les hommes qui ne peuvent vivre

Rosie la riveteuse, 1943, J. Howard Miller

À l’heure où le cinéma et le théâtre choisissent la domination masculine comme thème et titre, une mise au point s’impose

Andros,

ça c’est fort de... autrement leur relation aux femmes, et par les dominées, c’est-à-dire les femmes, de l’ordre androcentrique hérité depuis des millénaires : Andros va jouer à la pétanque et sa femme débarrasse. Normal, se dit-il, elle n’aime pas la pétanque ; normal se dit-elle, je nettoie mieux que mon andros, c’est naturel. Comme dans le combat contre l’homophobie, l’ennemi principal est toujours l’illusion que la Nature existe. Rien n’est moins naturel aux hommes (anthropos) que le naturel. C’est une grille de référence produite par les hommes (andros ?). On y a mis des valeurs, le fort-le faible, et Spinoza a très vite vu qu’on l’avait personnifiée : Deus sive natura, la nature ou dieu, c’est la même chose. Ainsi le corps des femmes sert de support à des procédés de légitimation de la violence symbolique. Le regard croit voir dans le corps féminin des éléments objectifs comme l’intériorité, l’absence (de pénis), la pénétration, la fragilité… Les descriptions médicales du Moyen Âge, des tapisseries, décrivent le vagin comme un phallus inversé ; le corps ainsi construit devient une légitimation de comportements «naturels», des positions sociales, protectrices, sexuelles. La violence symbolique est alors cette relation de causalité circulaire : visiblement, le dominant est dominé par sa domination, ne peut en sortir, et la domination n’est possible qu’avec la complicité de la dominée. Pourquoi en est-on là ? Par la déshistoricisation : mot barbare qui exprime le rejet de l’histoire pour la transformation de l’arbitraire social en naturel prétendu. La

domination masculine ne va pas de soi ; par delà le très subjectif droit du plus fort démonté par Rousseau, objectivement, il semble que ce soit la femme qui ait le pouvoir suprême : celui de mettre au monde l’humanité. D’où cette violence des hommes à leur égard, pour masquer ce privilège ou le faire passer pour une tare. Ainsi depuis des siècles cet ordre de domination doit se reproduire artificiellement ; comme le disait Hume pour les gouvernants, l’androcentrisme s’appuie sur les institutions, l’opinion, l’État, l’École pour se recommencer sans cesse. «Ce sont ces forces, et non l’unité domestique à laquelle s’attaque un certain féminisme, qu’il faut neutraliser pour libérer les forces de changement» expliquait Bourdieu. L’égalité doit se poursuivre par la loi, et dans les institutions. RÉGIS VLACHOS 1

Le mot homme en français, trop ambigu, confond le mâle et le genre humain ; on emploiera donc ici andros et anthropos


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La maison de la Région accueillait les 31 janvier et 1er février un colloque organisé par l’IRD : les sciences sociales et la diffusion des savoirs dans l’espace public. La première matinée était consacrée aux formes de diffusion du savoir (ouvrages, muséographie) puis aux enjeux politiques de la communication scientifique. Les retours d’expériences très divers des intervenants -anthropologues, géographes- ont permis de faire émerger des questionnements communs sur la médiation scientifique dans l’espace public. Les scientifiques ont aujourd’hui une responsabilité sociale et politique et disposent d’une image d’experts leur permettant de constituer des lobbies très efficaces. Ils semblent investis d’une nouvelle fonction d’interface et de vulgarisation qui se traduit par le souci d’associer les bénéficiaires de la recherche à la définition même des problématiques de recherche. Cependant, quel que soit l’utilisateur final des connaissances produites par la communauté scientifique, une communication efficace est indispensable pour rendre ces informations compréhensibles et accessibles. Dès lors, une série de questions émerge : certains registres de la science échappent-ils à la possibilité de vulgarisation ? Y a-t-il une utilité à diffuser auprès d’un large public tous les résultats de la recherche, même appliquée ? Le scientifique lui-même peut-il jouer ce rôle de médiateur ? Cette mission est-elle reconnue par l’institution ? Des organisations de transfert de technologies (publiques ou privées) doivent-elles exister, dotées de médiateurs capables d’interpréter, de transcrire et de transmettre ces informations ? Tous ne se sentent pas l’âme de passeur de «réalité complexe», de démystificateur s’adressant au profane ou aux décideurs et tout reste à inventer en la matière… Car il ne s’agit pas de résumer mais de réécrire. Le message doit être clair, validé, disponible et réutilisable par des non-spécialistes. Il eût d’ailleurs été intéressant d’entendre sur le sujet, en plus des scientifiques, des professionnels de la médiation scientifique, voire de la médiation culturelle… La tâche est ardue mais c’est justement le défi que s’est lancé l’association Les Petits Débrouillards, associée à des organismes de recherche publique, qui propose des Bars des sciences chaque deuxième mardi du mois jusqu’en mai : petits débats critiques autour d’un verre au Point de Bascule (voir p. 6). Ce projet est né d’une volonté de susciter le débat autour des fondamentaux de la science, de dénouer la complexité des sciences et des technologies, et de replacer le citoyen au centre des choix de société. Prochains rendez-vous le 12 février : Médecine(s) : des alternatives? et le 12 mars : En marche vers les changements (globaux). CHRISTINE MONTIXI

Les Bars des sciences sont organisés par Les Petits Débrouillards PACA, le collectif CorteX, l’IDEP (CNRS, EHESS, AMU) et l’Institut Pythéas (CNRS, AMU, IRD), au Point de Bascule à Marseille, de 18h30 à 20h30 les 2e mardis du mois

Mensuel gratuit paraissant le deuxième mercredi du mois Edité à 32 000 exemplaires imprimés sur papier recyclé Edité par Zibeline SARL 76 avenue de la Panouse | n°11 13009 Marseille Dépôt légal : janvier 2008 Directrice de publication Rédactrice en chef Agnès Freschel agnes.freschel@wanadoo.fr 06 09 08 30 34 Imprimé par Rotimpress 17181 Aiguaviva (Esp.) photo couverture El Cid de Philippe Car Agnès Mellon 095 095 61 70 photographeagnesmellon.blogspot.com

AGENDA

Les chercheurs médiateurs publics ?

AIX-EN-PROVENCE Pendant les vacances, du 18 février au 1er mars, séances de planétarium tous les soirs à 18h, suivies d’observations de la Lune et de Jupiter. Planétarium www.aix-planetarium.fr

ARLES Le 14 février à 20h30, Café des sciences Les secrets de la grotte Cosquer avec Luc Vanrell, responsable scientifique de la Grotte. Café Malarte, 2 bd des Lices

AVIGNON Le 13 février à 20h30 En amour sommes-nous des bêtes ? La biochimie de l’amour, avec Moustafa Bensafi, chargé de recherche au Laboratoire de neurosciences sensorielles de l’université Lyon 1, et Pierre Clément, universitaire retraité. Restaurant Françoise, 6 rue Général Leclerc

BORMES-LES-MIMOSAS Exposition Les inventions de l’évolution, jusqu’au 24 février, par l’association de diffusion de la culture scientifique Mer Nature et le Muséum d’Histoire naturelle de Toulon et du Var. Musée Arts et histoire, Vieux Village

CAVAILLON Le 13 mars, dans le cadre du festival Sciences et Fictions, l’association Pesco Luno propose une après midi astronomique avec observation du soleil et balade à la découverte d’une comète.

MARSEILLE Comprendre la Matière noire et l’énergie noire dans l’univers Cycle Les rencontres de l’université : conférence le 19 février à 17h30, par Arnaud Chapon, chercheur en postdoc au CPPM. Jean-Louis Pons, l’aimant des comètes, dans le cadre du cycle Si Marseille m’était contée : conférence le 22 février à 17h. Né en 1761, et embauché comme Ancien concierge de l’Observatoire, Jean-Louis Pons s’est intéressé au travail des astronomes ; il a construit sa propre lunette, et a ainsi découvert... 37 comètes ! Par Michel Marcellin, chercheur au Laboratoire d’Astrophysique de Marseille. BMVR Alcazar www.bmvr.marseille.fr

Le plan cancer, 10 ans déjà, conférence le 12 mars à 18h15 en partenariat avec le Cancéropôle PACA. Intervenants : Dominique Maraninchi, directeur général de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé, et Catherine Cerisey, blogueuse. Maison de la Région 61, La Canebière

SAINT-MICHEL L’OBSERVATOIRE Le 15 février à 21 h, observation de l’univers lointain. À partir de 12 ans, durée 3h. Tarif : 29 €, sur réservation au 04 92 76 69 69 Centre d’astronomie www.centre-astro.fr

Office du tourisme 04 90 71 32 01 www.pescoluno.phpnet.org

RetrouveZ Zibeline et vos invitations sur notre site

www.journalzibeline.fr Secrétaires de rédaction Dominique Marçon journal.zibeline@gmail.com 06 23 00 65 42

Musique et disques Jacques Freschel jacques.freschel@wanadoo.fr 06 20 42 40 57

Delphine Michelangeli d.michelangeli@free.fr 06 65 79 81 10

Frédéric Isoletta fredisoletta@gmail.com 06 03 99 40 07

Arts Visuels Claude Lorin claudelorin@wanadoo.fr 06 25 54 42 22

Dan Warzy danwarzy@free.fr

Livres Fred Robert fred.robert.zibeline@free.fr 06 82 84 88 94

Kévin Derveaux kdx1@hotmail.fr Cinéma Annie Gava annie.gava@laposte.net 06 86 94 70 44

Élise Padovani elise.padovani@orange.fr

Marie-Jo Dhô dho.ramon@wanadoo.fr

Philosophie Régis Vlachos regis.vlachos@free.fr

Marie Godfrin-Guidicelli m-g-g@wanadoo.fr 06 64 97 51 56 Maquettiste Philippe Perotti philippe.zibeline@gmail.com 06 19 62 03 61

Polyvolantes Chris Bourgue chris.bourgue@wanadoo.fr 06 03 58 65 96 Maryvonne Colombani mycolombani@yahoo.fr 06 62 10 15 75 Gaëlle Cloarec ga.cloarec@gmail.com

Directrice commerciale Véronique Linais vlinais@yahoo.fr 06 63 70 64 18 La Régie Jean-Michel Florant laregie@gmx.fr 06 22 17 07 56

Collaborateurs réguliers : Yves Bergé, Émilien Moreau, Christophe Floquet, Thomas Dalicante, Pierre-Alain Hoyet, Clarisse Guichard, Christine Montixi, Anne-Lyse Renaut


Zibeline n°60  

Toute l'actualité culturelle de février/mars 2013 en région Paca. Spécial MP2013

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