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du 20/05/10 au 17/06/10 | un gratuit qui se lit

Adieu Zarafa Le foot contre le livre?


Politique culturelle Théâtre et histoire La culture en danger

4, 5 7

Festivals Marseille, Châteauvallon Gageron L’Alhambra, AFLAM, Flâneries d’art Festival du livre de la Canebière Musiques, arts de la rue Musique BJCEM, Minoterie, Bernardines GMEM

8 9 10 11 12, 13 14 16 18

Théâtre Les Bernardines, La Criée LAM, Festival de théâtre amateur, Bancs publics Daki Ling, Vitez, ATP Aix Avignon Arles, Cavaillon, Port-de-Bouc Port-Saint-Louis, Vitez, Sirènes et midi net Au programme

20 21 22 23 24 25 26, 27

Danse BNM MOD, Ballet d’Europe Le Merlan, Château-Arnoux, Pavillon Noir, Canebière

28 29 30 31

Musique Symphonique, Sacrée Musique de chambre Spectacles Musique du monde Chanson, métal Jazz Au programme

32, 33 34, 35 36, 37 38 40 41 42 à 45

Jeunesse Martigues, Draguignan Aubagne, Vitrolles

46 47

Éducation Télémaque en collège, compagnie Skappa Le printemps des lycées, la Criée

48 9

Spectacles Théâtre de Nîmes, GTP, théâtre de Grasse, PôleJeunePublic 50 La Friche, la Colonne, Forum de Berre, Théâtre Durance, Vélo Théâtre 51 Toursky, Gymnase, Salins, PôleJeunePublic, Massalia 52 Théâtre de Fos, la Criée, Simiane 53 Au programme 54, 55 Livres 56 à 58

Livres Arts, littérature Rencontres littéraires

60, 61, 62 63, 64, 65

Philosophie Réalisme politique, livre

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Sciences et techniques Livre, Au programme

67

Patrimoine Pont du Gard, Quinson, les Baux, les Saintes

68, 69

Cinéma Les rendez-vous d’Annie, Cannes Panafricain Portrait d’Alain Cornu, Festival Reflets Les Variétés, l’Alhambra, Pascal Kané

70 71 72

Arts visuels Fondation Van Gogh, CAC Istres Printemps de l’art contemporain, Musée Cantini Musée d’art de Toulon, les arts éphémères Au programme Rencontres /Adhérents

73 74 75 76, 77 78, 79

Cocktail ou apéro ? Voilà que ces derniers jours la télé tout entière semble descendue ici pour adouber les héros de deux épopées majeures : le Festival de Cannes, et l’Olympique. Stars et tapis rouge d’un côté, bleu azur et liesse populaire de l’autre. Le mistral dans les cheveux ne se ressemblait pas, ébouriffant pour les uns, déplaisant pour les autres. Il faut dire que les caméras ne traquaient pas les mêmes, braquées sur les foules au Vieux-Port, tournées vers les acteurs sur les marches. Deux «people» d’étoffe diverse, avers et face d’une même médaille, rassemblés aux pieds des miroirs aux alouettes qui seuls aujourd’hui font scintiller la gloire et l’argent dans les yeux des petites gens. C’est que tous les médias convient au rêve commun : qui oserait dire qu’il faudrait ne pas inciter à ces rassemblements ? Régulièrement ils mettent à sac le bien public, les commerces, et nécessitent de grandes manœuvres onéreuses des forces de l’ordre (Cannes aussi d’ailleurs, et des subventions). La destruction de la girafe de livres fleure l’autodafé : elle symbolisait la reconquête du centre-ville par la culture populaire. Les supporters de foot veulent-ils la mort de la lecture ? Rien n’est moins sûr, l’acte est marginal. Et puis ailleurs d’autres foules se pressent, invitées sur Facebook à un gigantesque apéro chips and bière. Mobilisées pour rien ? Il faut voir. Dans les salles de spectacles, de concerts, durant la nuit des musées, la fête des voisins, lors des salons du livre, de la BD, aux spectacles de rue, la foule aussi est là, débordante, inattendue, même lorsqu’il vente et que le printemps tardif semble jouer contre le plaisir du plein air. Seules les urnes et les mobilisations sociales ne rassemblent plus, surtout pas les classes populaires, surtout pas les jeunes, dominés par le sentiment d’avoir été grugés, d’être au dehors. Car ces rassemblements sont violents et sentent la révolte. S’en prennent aux forces de l’ordre, manient le fumigène, hurlent contre le pouvoir central -Paris, on t’encule- même quand l’OM gagne contre Bordeaux. Cela tient de la revanche, conséquence d’une oppression ancienne, et de l’affirmation des valeurs multiculturelles et populaires d’une ville. Valeurs qui séduisent d’ailleurs bien au-delà de la cité, et ont concouru au succès de la candidature à la Capitale Culturelle Européenne. Le foot contre la culture ? Non, mais clairement contre le pouvoir. Il faut simplement, aujourd’hui, que les artistes ne soient pas perçus comme une classe caviar-cocktail enrubannée de laque pour se dérober aux effets du vent qui se lève. AGNÈS FRESCHEL

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POLITIQUE CULTURELLE

THÉÂTRE ET POLITIQUE

Pour un nouveau Le théâtre de la Minoterie organisait, en collaboration avec l’association Approches, Cultures & territoires (A.C.T.), une après-midi théâtre et politique. Au centre, l’historien Gérard Noiriel, venu dans le cadre de son spectacle, Chocolat, participer à une rencontre-débat

Avant d’entamer l’échange, l’auteur se présenta et expliqua sa démarche et son projet. Il affirma s’inscrire dans une démarche ancienne : celle d’un enseignant, investi depuis toujours dans l’expression théâtrale. Désireux de sortir de la tour d’ivoire où se tiennent, pour cause d’objectivité, les chercheurs en sciences sociales, il lui paraissait indispensable de se coltiner au vivant !

Entraîné par l’historienne Madeleine Rebérioux dans le champ culturel, son expérience débute lors des mouvements de grèves qui agitent la Lorraine des années 80. Intervenant sur les ondes d’une radio locale, il en déduit la nécessité de concevoir la pratique de l’historien au contact de la société environnante. D’ailleurs, constate-t-il, il n’est pas d’objet historique majeur qui ne soit issu des tressaillements du social : ce sont les mouvements associatifs qui ont fait surgir les nouvelles interrogations des sciences sociales (les femmes, les immigrés..). Pour lui, le laboratoire de l’historien c’est la rue!

Fondateur À partir de ce préambule s’esquisse pour l’auteur sa relation au théâtre, comme la trajectoire de ses recherches d’universitaire. Pour avancer sur son chemin, Gérard Noiriel participe à la fondation de la Cité nationale de l’Histoire de l’Immigration. Il s’agit de créer là un lieu de mémoire et de débat, un lieu de rencontre qui confronte les expériences des historiens, des militants associatifs et des artistes. Mais cette expérience ne peut se prolonger. La mise en place du ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale le conduit à démis-

Théâtre esthétique, théâtre militant Ayant clos son exposé introductif, Noiriel se mit à l’écoute de la salle. Les questions furent nombreuses. Elles permirent de préciser ou d’éclairer les opinions de l’auteur. Florilège ! Brecht ? Il apparaît évidemment comme un précurseur : c’est lui qui a ouvert la voie d’un théâtre militant, opposé à un simple esthétisme. En fait, ce qui est déterminant aujourd’hui, c’est le rapport du théâtre à la recherche scientifique. Il doit échapper au cadre universitaire car le théâtre n’est pas seulement une technique ou une esthétique : il est aussi civique. Au lieu de fournir un spectacle clos sur luimême, une sorte de boite noire, le théâtre décide d’éclairer les éléments du récit par une intervention critique sur la production même de l’histoire racontée, comme le faisait d’une autre manière le théâtre brechtien. Et, par renversement, l’événement ou la destinée historiques sont complétés (on remplit les vides de l’histoire) par une fiction réaliste au vu des connaissances sur le sujet. Cette élaboration plausible permet, par le truchement du récit inventé, la réflexion du spectateur. Elle permet aussi l’appropriation par le public de l’histoire, de son histoire ! Déplorant la vision ministérielle de l’efficacité de la recherche, limitée à la seule fourniture d’une expertise auprès des entreprises, Gérard Noiriel défend cette activité créatrice comme parfaitement compatible avec les obligations et les préoccupations d’un chercheur. Si le théâtre doit raconter des histoires, il permet, comme dans un ouvrage scientifique, de présenter des hypothèses. La frontière entre l’art et la science s’efface. La dimension sociale du chercheur réapparait car le théâtre est un lieu irremplaçable pour créer du lien social, pour réhabiliter et développer la culture populaire.

Le financement et l’évolution de l’institution II existe dans le milieu théâtral, comme dans le champ historique, des représentants dominants, liés nommés ou approuvés par les institutions. Ceux-ci mettent, au travers de leur identité créatrice, une distance de plus en plus grande avec le politique et le social alors que les dominés (les «bricoleurs d’avenir») s’aventurent encore, eux, dans ces domaines. Ce jeu est encore compliqué par une constante : si les artistes sont à même de définir l’artistique, la tendance fait que ces professionnels s’adressent avant tout aux professionnels -c’est vrai aussi des universitaires. Cette tendance ne peut qu’entrer en contradiction avec le principe de démocratisation. En France, la tension se fait jour avec le financement par l’État du théâtre public, après 1945. S’avance alors le problème de la légitimité et de la destination des subventions. Le principe de la transparence est incontournable ! Il faudrait aussi établir des critères, mais sur quelles bases ? Comme le bailleur a le dernier mot, il faut revenir sur la notion de culture.

Ce que n’est pas la culture Avant tout, il faut affirmer qu’elle ne peut être définie comme une expression de soi. Elle doit être au service des citoyens, et non conçue comme une entité abstraite. Quant à la démocratisation, le théâtre ne concerne que 6% d’ouvriers : les politiques volontaristes ne peuvent effacer le résultat d’une domination sociale et culturelle.

Que faire ? Eviter de penser à une démocratisation verticale (c’est le cas aujourd’hui avec une diffusion, comme une dilution, des sphères éthérées vers le populaire). Il faut recourir à une diffusion horizontale, en élargissant les publics du côté des milieux

artistiques, de l’enseignement et de l’action culturelle. Résoudre cette équation n’est pas simple car le contexte actuel, fait d’insécurité financière, ne pousse évidemment pas à l’innovation. Faut-il dès lors, en se gardant de donner prise au credo libéral de la réduction des dépenses, remettre en cause le ministère de la Culture ? L’institution ne pèse-telle pas dans le sens de l’immobilisme?

L’avenir ? Il semble passer par la diffusion au travers de réseaux, par la mise en place d’une sorte de monde collaboratif. Il faut inventer de nouvelles relations avec les gens, créer des espaces de visibilité pour les expériences innovantes. Plus on renforcera les liaisons entre ceux qui tirent dans le même sens et plus la résistance face aux contingences et aux pesanteurs se développera. Gérard Noiriel conclut et témoigne ; son projet ne consiste pas à vouloir éliminer les autres modes du théâtre mais à y trouver une petite place. Si cela débouche sur un nouveau genre, tant mieux ! Pour celui qui ne peut s’empêcher d’être un universitaire citoyen, l’essentiel comme le disait Brecht, c’est la place de la connaissance. R.D. © François Fogel


POLITIQUE CULTURELLE

théâtre

sionner et à interrompre ses expériences culturelles : la promotion d’une identité nationale à fonction d’exclusion ne pouvait être compatible avec sa démarche scientifique et civique. Dès lors l’expérience de Gérard Noiriel s’inscrivit dans l’association DAJA (http://daja94.free.fr), réunion d’auteurs et artistes, mais aussi de chercheurs en sciences sociales, d’enseignants et de travailleurs sociaux. L’idée du spectacle Chocolat allait en naître.

Une nouvelle voix ? Ce spectacle, conçu comme une conférence-théâtre, a pour sujet l’histoire du premier clown noir, longtemps oublié, en France. Dans ce cadre, le rôle que se fixe l’historien est de donner des éléments informatifs et contextuels. Il élabore ainsi une critique de la société, en référence à Brecht. Il donne une dimension civique à son intervention car il défend et diffuse la science, tout en se démarquant du rôle d’expert dans lequel le confinent les média, le transformant en suppôt des élites. Il veut participer à la diffusion de la connaissance dans un large public, en faire un élément de formation citoyenne. Le système est fondé sur l’association et la mise en commun des expériences

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et des opinions du savant, du comédien et du dramaturge. L’élaboration dialectique permet alors de progresser, non vers un consensus, mais vers une meilleure expressivité. Gérard Noiriel déplore la perte de cet idéal de la discussion depuis la déliquescence du marxisme et l’appesantissement d’un pouvoir libéral dans un cadre social de plus en plus individualiste. Cette expérience théâtrale est aussi un engagement social. L’effort pour promouvoir la science dans un public large, celui de transformer la perception des gens au travers d’une histoire romancée mais réaliste, est conçu comme une œuvre éducative. Mais c’est aussi une trajectoire à double sens, car l’auteur veut établir une relation dialectique avec son public : il débat. Il charge aussi une sociologue d’analyser la réception du spectacle. Cette situation lui parait identique à celle rencontrée dans l’université, où la question de quelle formation pour quel public est tout aussi essentielle. RENÉ DIAZ

À lire : Théâtre, histoire et politique ed Agone (voir Zib’22)

Chocolat, un théâtre coloré dans sa propre catégorie. Aux témoignages de reconnaissance du clown envers ces êtres, le conférencier rajoute ses commentaires sur la société du temps. Il découvre un monde qui se cache derrière les rideaux de la scène. Rafael, Chocolat, est le sujet d’une peinture de cirque. Le tableau, projeté sur le châssis, nous le montre surmontant un cheval mais sa face est celle d’un singe. Lautrec n’a pu, ou n’a © François Fogel

Des caisses, grosses et petites, alignées en demicercle. À gauche, debout, l’acteur conférencier, à droite, encerclé comme dans un bastion, le musicien. Au milieu, de petites lumières insérées dans le sol délimitent un cercle, la piste. Au fond, clôturant l’espace, se dresse un châssis autour d’un drap blanc, l’écran, au travers duquel filtre la réalité dissimulée de Chocolat, l’auguste. Le conférencier entame son propos. Jeux de lumières et voilà Chocolat en scène. Saynète courte, une histoire de passager et de train. Qui prendra place, et quel sera son sort. C’est Footit qui distribue les sièges et les claques. C’est Chocolat qu’on moque et qu’on bat ! Musique et images complètent le propos. Tandis que Chocolat regagne l’envers du décor, l’historien explicite. Qui est donc ce «nègre» qu’on exhibe pour rire, ce clown ridiculisé et battu ? Rafael de Leios revient témoigner : dans les plantations de Cuba, il apprend la souffrance, le désespoir. Il apprend l’esclavage et l’état de chose. Amour, haine, destinée qui échappe! Mais notre homme n’abdique pas, il prend la fuite. Il abandonne ce monde d’hommes qu’on mutile, qu’on dégrade, il fuit vers l’Europe et la terre de la Révolution. Et c’est justement en 1889, lors des festivités du centenaire de la Révolution, qu’il rencontre son futur acolyte : Footit. Le conférencier s’est immiscé dans le récit. Il raconte la France de l’Affaire Dreyfus, la France coloniale du Noir et du Blanc. Le musicien se laisse aller, lui, à une marseillaise déglinguée, mais saisissante. Images projetées sur le drap blanc, intervention de Chocolat, musique, commentaire, tout s’enchaîne pour poursuivre le récit. Notre clown noir fréquente Montmartre, il se lie avec Marie, sa femme, une blanche, dont l’humanité et l’amour contrastent avec ceux des «opportunistes» récemment installés dans leur République. Chocolat fait aussi la rencontre de Toulouse-Lautrec, peintre génial mais homme infirme, curiosité aussi

pas voulu, échapper au préjugé. Et voilà notre ancien fugitif ravalé au rang de bête ! Dans cette France bousculée par l’affaire Dreyfus (1894-1906), le duo avait encore sa place. Mais les valeurs évoluent. Les injustes accusations contre le capitaine ont provoqué un changement de mentalité : plus question de rire du préjugé racial. Alors l’équipage artistique tangue et s’échoue, il ne fait plus recette. Footit se retire nanti, mais Rafael n’a plus rien. Il reparaît devant nous, épuisé, navré, désobligé. Il a tenté une carrière de comédien mais on ne le lui a pas vraiment permis. Il lui reste la solitude -Marie est morte- et la misère, retour narquois à la case départ. Il meurt quasi-seul, à Bordeaux, en 1917. Le rideau qui tombe clôture le spectacle mais pas l’intervention : elle se poursuit par un échange entre les acteurs et le public, qui demande des précisions, interroge sur les situations, sur les objectifs poursuivis. On change de posture et c’est là une volonté consubstantielle à cette expérience théâtrale. Le public s’approprie le spectacle. Il voudrait plus de gravité ou plus de rire, il voudrait plus d’explication... Et l’auteur, lui, écoute, enregistre, note pour pouvoir tenir compte de l’échange. Le mélange des genres est surprenant, il désoriente. On ne sait plus qui de Marcel Mankita l’acteur ou de Gérard Noiriel le conférencier tient le premier rôle. On se laisse bercer ou surprendre par l’intervention musicale, instrument sensible de la scène qui se déroule. On apprécie les images qui défilent. Spectacle complet, spectacle engagé mais surtout spectacle émouvant, original, qui témoigne et qui instruit, qui révolte et qui apaise. Une voie pour le théâtre ? R.D.

Chocolat s’est joué à la Minoterie le 24 avril


LA DÉFENSE DE LA CULTURE

POLITIQUE CULTURELLE

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Rester debout Défendre l’Art et la culture. C’est le mot d’ordre d’une profession rassemblée le 6 mai, salariés et employeurs ensemble…

Chacun a pris la mesure, au cours des dernières années, des difficultés croissantes : la réforme du régime des intermittents a paupérisé artistes et techniciens, et la baisse des subventions, en particulier de l’État, a d’ores et déjà ralenti l’activité de la plupart des lieux de spectacles, et fait disparaître les compagnies les plus fragiles -qui ne sont pas forcément les moins intéressantes, mais les plus jeunes, les plus pointues, les moins dociles, ou les moins repérables dans un monde culturel replié de désarroi. Mais aujourd’hui la menace va plus loin, et prend des allures de mise à sac : la deuxième révision générale des politiques publiques (RGPP2) et la réforme des collectivités territoriales font craindre, une à une et dans leur combinaison, un coup d’arrêt définitif de la création. «Pour ne pas ajouter le chaos à la crise», l’ensemble des syndicats* se mobilise et demande au gouvernement des réponses et des garanties.

les directions régionales du ministère, de geler, voire de diminuer de 5% les subventions des théâtres et scènes nationales, de déconventionner un certain nombre d’établissements et de festivals, de «rationaliser» le réseau des établissements d’enseignement artistique, et de geler tout label ou conventionnement nouveau… Ce retrait de l’État aboutit d’ores et déjà à un appauvrissement évident des formes proposées aux publics, qui souvent éclatent de misère. Mais il a aussi des conséquences indirectes très graves, puisqu’il donne presque tout pouvoir aux réels subventionneurs : les collectivités locales. Celles-ci, qui sont plus directement sujettes aux pressions de proximité, mettent aujourd’hui franchement le nez dans les programmations des lieux

Drôles de Révisions ! La RGGP1 est en route depuis 2006 dans tous les domaines qui relèvent de la dépense publique d’État (éducation, santé et administration publiques, police et défense…). Si les coupes sombres ont généralement des effets désastreux, elles restent sans commune mesure avec celles à l’œuvre au Ministère de la Culture (et de la Communication, mais il y a un certain danger à associer ces deux termes) : la Région PACA rappelle par exemple que la dépense de l’État envers les compagnies conventionnées est passée en 4 ans de 2.5 millions à 1.6 million d’euros, soit une diminution de 36%. Aucun autre secteur n’est attaqué ainsi. D’autant que la destruction n’en est qu’à sa première étape: François Fillon a clairement demandé au Ministère de la Culture (et de la Communication) de poursuivre et amplifier la réduction des dépenses pour répondre à la RGPP2, notamment par «la reconfiguration du secteur muséal» et «la réforme des modalités d’intervention de l’État dans le secteur du spectacle vivant». Il est ainsi question de supprimer des orchestres, de recentraliser

culturels. Imposant dans «leur» salle et «leurs» musées des manifestations de leur choix, et/ou obligeant les artistes à légitimer leur travail en l’accompagnant d’actions sociales (ce qui peut être très bien, mais n’est pas a priori leur boulot). Nombre de directeurs de lieux déplorent les pressions qu’ils subissent de la part des Élus, sensibles au moindre mécontentement de spectateurs/consommateurs qui n’ont pas forcément raison de récriminer (la création ne saurait obéir à la garantie commerciale du «satisfait ou remboursé»…). La situation est donc extrêmement préoccupante. Mais le pire semble à venir.

Domaine réservé La réforme des collectivités territoriales, Départements et Régions, leur retire la compétence générale et les recentre sur leurs missions particulières. La culture n’en fait pas partie. Les

collectivités, maintenant qu’elles ne perçoivent plus la taxe professionnelle, vont dépendre presque exclusivement de versements compensatoires de l’État : les régions et les départements, s’ils demeurent, se verront retirer toute autonomie, et seront contraints de restreindre leurs interventions à leurs missions obligatoires (les établissements scolaires, les routes, le RMA, l’Allocation aux Personnes Agées…). Ce qui leur interdit de fait de mener une politique, culturelle ou non d’ailleurs. Le 6 mai, à l’occasion de la conférence de presse du Festival de Marseille, l’intersyndicale du spectacle a demandé des éclaircissements, rappelant que Nicolas Sarkozy a promis de conserver la compétence culturelle aux collectivités territoriales, alors que le texte voté au parlement ne garantit en rien ce maintien. Patrick Mennucci précisa clairement le danger : «Sur 400 millions alloués dans la région PACA à la Culture, 250 millions sont dépensés par les collectivités territoriales. Retirer aux Départements et aux Régions la possibilité d’intervenir dans ce domaine aboutirait à la mort du secteur.» Renaud Muselier réagit lui aussi clairement, donnant rendez-vous à l’intersyndicale : «Il faut vraiment apaiser les inquiétudes inutiles, et je m’engage à relayer votre parole auprès du Parlement pour que soient levés les malentendus, et les rumeurs qui circulent au sujet de cette réforme, que j’ai votée.» Une passe d’armes rassurante ? Tant que la Culture demeurera un enjeu politique (et non de simple Communication), les professionnels pourront faire entendre leur voix sans trop la dévoyer ! AGNÈS FRESCHEL

* CGT spectacle, CGT Culture, CGC, FO de l’audiovisuel, Syndeac, Synavi, Fedurok Syndicats de l’édition, du cinéma, des scènes publiques, du théâtre itinérant, des professionnels de l’Art contemporain, des Arts de la rue, des musiciens d’orchestre, des musiques actuelles…


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FESTIVALS

MARSEILLE | CHÂTEAUVALLON

15 ans de créations Le Festival de Marseille s’annonce, ce qui est toujours un événement

Depuis 15 ans la manifestation débute aux prémisses d’un été de Festivals, avant les géants que sont Avignon et Aix, dans une Région qui consacre beaucoup (trop ?) de ses subsides culturels aux manifestations estivales. Avec ses 13 000 places mises à la vente et ses 1 680 000 euros de budget (dont 67% de subventions de la Ville de Marseille, 12% de la Région, 3% de l’État et rien du département), le Festival pourrait passer pour une manifestation municipale, et élitiste. Il n’en est rien, et depuis 15 ans Apolline Quintrand veille à concocter une programmation d’une grande exigence qui ouvre Marseille à des esthétiques contemporaines du spectacle, interroge le public, fasse débat, et permette à la création d’éclore, puisque la majorité des spectacles programmés sont co-produits (fait rarissime dans les festivals!). Tout ceci en privilégiant la danse mais en restant pluridisciplinaire, et en gardant une place pour la création régionale tout en accueillant de grands artistes internationaux. Un équilibre qui cette année encore semble atteint, même si, sur le papier -mais on ne peut juger que sur pièces-, le programme semble un brin décevant: pas de théâtre, peu de musique, des formes en cours… Quelques points forts cependant: la présence, grâce à la Japan foundation, de nombreux artistes Japonais, depuis un duo de Teshigawara qui l’an dernier avait fasciné le public, jusqu’au travail sur Barthes de Shiro

Onde de choc, Ginette Laurin © Ginette Laurin

rendu à Merce Cunningham par Foofwa d’Imobilité, Jérôme Bel et Jonah Bokaer. Rendez-vous donc à la Salle Vallier qui redevient un lieu de spectacles, grâce au Festival et au BNM (voir p. 28).

Takatani, jeune directeur de Dumb Type ; la dernière création de Joseph Nadj, inspirée d’une fable de sa ville natale ; deux pièces de Ginette Laurin, magnifique chorégraphe québécoise qui ouvrira le festival en musique, avec Steve Reich interprété par l’OJM (direction Georges van Gucht), puis le terminera avec sa dernière création sur une musique de Michael Nyman ; deux cartes blanches, à Marseille Objectif Danse et au GRIM, qui promettent de belles soirées expérimentales et ouvertes ; Christophe Haleb pour une création et une reprise; et un hommage qui sera

AGNÈS FRESCHEL

Festival de Marseille Du 17 juin au 6 juillet 04 91 99 02 50 www.festivaldemarseille.com

Pour tous les sens et les goûts Dédié aux écritures contemporaines et aux formes innovantes, le CNCDC Châteauvallon renoue avec la tradition estivale et lance son Nouveau Festival 2010. Entre découvertes, retrouvailles et stars XXe : Ravel et Albeniz (17 juillet). De la musique, encore, imbibée d’une bonne dose de théâtre comme Omar Porras et William Ospina en ont le secret (18 et 19 juin) avec leur poème épicomusical Simon Bolivar… Si le théâtre n’est pas dominant au Nouveau Festival 2010, Châteauvallon Alonzo King © Marty Sohl

Le Nouveau Festival 2010 (3 juin-31 juillet) est un concentré de théâtre, de danse et de musiques avec, été oblige, plus de têtes d’affiche qu’à l’accoutumée. Et toujours cette ouverture au monde qui permet de véritables découvertes venues d’Iran, d’Afrique du Sud, de Colombie, d’Inde, des États-Unis, d’Espagne. La musique y tient une place prépondérante -comme un fil naturel et historique- avec les chants a capela de Mahotella Queens suivis d’un concert du trompettiste Hugh Masekela et d’une jam session (4 juin). Rencontre entre l’Inde du Nord et la GrandeBretagne à l’occasion de la création du collectif Sizero Tabla Experience aux sonorités singulières (19 juin). Les inconditionnels du jazz et plus particulièrement de Ron Carter, présent l’été dernier pour un hommage à Miles Davis, le retrouveront en trio avec Russel Malone et Mulgrew Miller (9 juillet). Jazz toujours, mâtiné de musique traditionnelle iranienne, à l’issue d’une résidence de l’Ensemble Shanbehzadeh et du trio Matthieu Donarier : un dialogue musical inédit qui aboutira à la création de Zâr (23 juillet). Comme Châteauvallon aime à traverser les continents, il ne craint pas non plus de quitter les rivages des musiques du monde pour ceux de la musique classique ; sans aller jusqu’à la contemporaine, mais en invitant Katia et Marielle Labèque autour d’un programme début

frappe fort avec la mise en scène de Jean-Baptiste Sastre présentée en avant-première du Festival d’Avignon, La tragédie du roi Richard II de Shakespeare (16 juillet). Tandis que L’Incroyable compagnie ouvre le bal avec son opéra clownesque Ô Carmen (3, 4 et 5 juin). Question danse Châteauvallon n’hésite pas à faire le grand écart entre les Ballets de Monte-Carlo (25 et 26 juin), les étoiles et solistes de l’Opéra de Paris (23 et 24 juillet), les chorégraphies d’Alonzo King (20 juillet), Hervé Robbe (25 et 26 juin) et les formes courtes de Julie Dossavi et Kubilai Khan Investigations (20 juillet). Jusqu’au bouquet final des Nuits flamencas de Juan Carmona (30 et 31 juillet). Une programmation éclectique, donc, à la fois pointue et populaire, qui devrait piquer la curiosité des plus classiques et satisfaire les plus iconoclastes. M.G.-G.

Nouveau Festival 2010 du 3 juin au 31 juillet CNCDC Châteauvallon, Ollioules 04 94 22 02 02 www.chateauvallon.com


GAGERON

Artistes en liberté Au cœur de la vaste commune d’Arles, au Mas du Grand Arbaud, à Gageron, est organisée pour la 5e année consécutive par l’association Cultures Nomades une exposition d’art contemporain axée sur la création in situ. L’art au cœur du paysage pour être exact, dans le cadre particulier de la Camargue que les artistes sélectionnés sur dossier en février, et qui viennent de tous les horizons, ont pu appréhender lors d’une résidence de création d’une dizaine de jours. Les œuvres exposées du 15 mai au 15 juillet sont donc toutes créées pour l’occasion, le thème de la lumière étant cette année au centre de toutes les réflexions : lumière du jour, de la nuit, artificielle ou naturelle, avec en prime une dualité possible jour-nuit, les œuvres étant visibles durant deux nuits. Seront donc visibles les travaux d’Elodie Tanguy (NaCl), Pascale Planche (Le retour des lucioles), Flavie Cournil (Alouettes-alouettes),

Philippe Domergue (L’Île solaire), Guillaume Corentin (Interaction), Hugo Verlinde (Univers îles), Pierre Laurent (NaCl), Thierry Godet (Sunrise) et Made (Fils de vie), des œuvres à n’en pas douter réalisées «en interaction avec le lieu et paysage». À noter qu’un Prix sera attribué à la meilleure réalisation, sur décision de l’association assistée par un jury de professionnels, le 27 mai à 19h. In Situ 0.5 Exposition du 15 mai au 15 juillet Mas du Grand Arbaud, Gageron 04 90 49 89 10 http://culturesnomades.org

Colonnes de sel d'Isabelle Barruol, oeuvre exposée lors de In Situ 04 © X-D.R

FESTIVALS

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FESTIVALS

L’ALHAMBRA | AFLAM | FLÂNERIES D’ART

Cannes à Marseille

Art bucolique

La Quinzaine des Réalisateurs est une manifestation née à la suite des évènements de Mai 68 au Festival de Cannes, pour protester contre l’éviction d’Henri Langlois de la direction de la Cinémathèque Française. «Les films naissent libres et égaux entre eux : il faut les aider à le rester» déclara Pierre Kast, cinéaste et fondateur de la Quinzaine. L’Alhambra Ciné Marseille accueille douze longs métrages issus de cette sélection, permettant au public de découvrir ces œuvres présentées lors du Festival de Cannes, mais pas toujours reprises, comme celles de la sélection officielle, dans les salles. Au programme donc quatre films français dont le premier long de Katel Quillévéré, Un poison violent ; Pieds nus sur les limaces de Fabienne Berthaud, en ouverture, avec Ludivine Sagnier et Diane Kruger ; un documentaire de Florent de la Tullaye et Renaud Barret, Benda Bilili, (Au delà des apparences). Il y aura aussi Evelyne qui aime Albert, qui aime Arthur, qui aime la fille qui fait l’actrice, qui aime… dans Le Petit tailleur de Louis Garrel ; des arrestations de clandestins dans Illegal du Belge Olivier MassetDepasse ; un vieux berger des montagnes de Calabre dans Les Quattro volte de Michelangelo Frammartino. Cleveland vs Wall Street du Suisse Jean-Stéphane Bron raconte l’histoire d’un procès qui aurait dû avoir lieu… et dans All good friends de l’Irlandaise Alicia Duffy, Dara tombe amoureux de Bella. Deux films d’Amérique latine, La Mirada invisible de l’Argentin, Diego Lerman et Somo los que hay du Mexicain Jorge Michel Grau. ZedCrew de Noah Pink dresse le portrait de trois jeunes hommes qui espèrent réussir comme rappeurs en Zambie, et The light thief d’Aktan Arym Kubat nous emmène avec un électricien au Kirghiztan.

Quatre ans après le lancement des Flâneries d’art dans les jardins aixois par la comédienne Andréa Ferréol, il semble que peu de jardins résistent encore à la tentation de marier art et nature. Le temps d’un weekend, les espaces privés et publics, les musées et même les traverses transforment leurs «allées» en galerie à ciel ouvert et en lieux de rencontres inédites. Sur le parcours, accompagné par des musiciens classiques et des chanteurs, on découvrira une batterie d’œuvres et l’on croisera également leurs auteurs : c’est là toute l’originalité de l’opération que de permettre au public cette proximité avec les artistes… Deux stars comme Hervé di Rosa (Pavillon de Vendôme) et le sculpteur Jean-Michel Othoniel (à l’Atelier Cézanne pour une œuvre créée en l’honneur du peintre) entraîneront dans leur sillage pas moins de 22 artistes. Toutes disciplines confondues : de la peinture à la fresque, de la sculpture à la création de bijoux et même l’art culinaire, en fonction des coups de cœur d’Andréa Ferréol qui a poussé la porte de leurs ateliers avant de les inviter. Ce qui a pour effet de composer une programmation éclectique, ouverte à tous les courants et totalement subjective. Au détour d’un bosquet donc, ou à l’ombre d’un mur végétal, les amateurs éclairés et les simples curieux (21000 visiteurs en 3 ans) pourront converser, s’initier aux techniques (comme la sculpture sur fer auprès de Myriam Paoli) ou découvrir une palette de matières (taffetas et bois chantourné chez Charlotte Gaveau)… Bref, saisir l’univers de chacun.

Pieds nus sur les limaces © Christophe Henry-Le Bureau

Un vrai tour du monde en cinéma, sans les ors, les clichés et les bousculades de la Croisette. ANNIE GAVA

Alhambra Cinémarseille Du 25 au 30 mai 04 91 03 84 66 www.alhambracine.com

Et juste après… Le 4 juin, à partir de 18h 30, l’Alhambra souffle ses vingt bougies et vous invite à un bal sur la scène devant l’écran, sur la musique de Roberto Tricarri et de son orchestre de huit musiciens juste avant la projection de Playtime de Jacques Tati. Et le lendemain, on continue la fête avec Monsieur Tati en suivant la tournée «à l’américaine» du facteur pour un vrai Jour de fête. Des réjouissances en perspective… Il est conseillé de prendre ses places à l’avance !

S’embarquer pour un voyage au Maroc, c’est ce que nous propose AFLAM en partenariat avec la Cinémathèque de Tanger. Deux tables rondes, l’une à l’Alcazar autour de «Tanger et les artistes» le 27 mai à 18h, après la projection du film d’Yves de Peretti, Une fenêtre à Tanger, réalisé pour l’exposition Le Maroc de Matisse ; l’autre aux ABD, le 2 juin sur «Tanger et le cinéma» après Paris sur mer de Munir Abbar. Et, bien sûr, des projections : au cinéma Variétés, plus d’une quinzaine de films, courts et longs métrages, Fissures de Hicham Ayouch

réalisés entre 1938 et 2009. En ouverture, le 28 mai à 20h30, Fissures, qui raconte la rencontre de trois marginaux en quête d’amour et de délivrance, sera projeté en présence de son réalisateur, Hicham Ayouch. Sera présent aussi, le 3 juin, Jilali Ferhati pour son film Tresses qui évoque un drame dans une famille modeste d’un quartier populaire de la ville. Le 30 mai, à 20h30, Emmanuel Ponsart du Centre International de Poésie de Marseille présentera Le festin nu de David Cronenberg, inspiré du roman écrit par William Burroughs, entre 1954 et 1957 alors qu’il résidait à Tanger. Dans l’après-midi, ne ratez pas le beau court métrage de Michael Dreher, Fair Trade, qui fait réfléchir sur l’adoption. Et ceux qui voudraient revoir Pierre Brasseur sur grand écran le pourront le 29 à 20h30 dans l’Homme de la Jamaïque de Maurice de Canonge. La programmation présentée à Marseille se poursuivra à la Cinémathèque de Tanger en 2011. Alors, entre rêve et réalité, cinémas marocains et français, bon voyage à Tanger ! A.G.

Tanger Rêvée Du 27 mai au 4 juin 04 91 47 73 94 www.aflam.fr

Flâneries d’art dans les jardins Les 12 et 13 juin, Aix-en-Provence Exposition Hervé di Rosa au Pavillon de Vendôme jusqu’au 20 juin et Jean-Michel Othoniel à l’atelier Cézanne jusqu’au 14 juin www.aix-en-œuvres.com Détail Monaco, Jean-Michel Othoniel © Luc Castel

Passer le détroit

M.G.-G.


FESTIVAL DU LIVRE DE LA CANEBIÈRE

FESTIVALS

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Avé les accents de la mer

Après le festival CoLibriS fin avril, les tentes et les stands vont à nouveau investir le cœur de Marseille pour 3 jours d’un Festival du Livre de La Canebière éclectique et convivial La 1re édition s’intitulait Les Bouquinades. Ce terme, amusant, rappelait les sardinades et autres tapenades régionales, et avait finalement assez peu de rapport avec une fête de la lecture et de l’écriture, quoiqu’on puisse aussi engloutir des bouquins ! La manifestation, qui se rôdait, naviguait entre têtes d’affiche à gros tirages et animations plus intimistes, et louvoyait entre le commercial et l’associatif. L’équipe organisatrice, coordonnée par Cécile Silvestri de l’association Couleurs Cactus, a choisi pour cette 2e édition de recentrer son propos et de privilégier ce qui lui tient le plus à cœur : «accompagner TOUS les publics à la lecture, la littérature et l’écriture pour une meilleure connaissance de l’autre et un mieux-vivre ensemble.» Une entrée populaire donc, et non populiste, dans la culture, avec un ancrage fort sur le solide réseau des associations du quartier et de la ville. Et des propositions variées, pour permettre à tous, petits et grands, d’être acteurs et pas seulement spectateurs, ou consommateurs de livres et de propos : cette fête du livre se veut surtout une célébration du plaisir d’écrire, et d’échanger. La manifestation sera inaugurée vendredi 11 juin en fin de matinée en présence de sa marraine Edmonde

Charles-Roux, figure emblématique de la ville, et de Patrick Mennucci, maire du 1er secteur. Et puis ce seront 3 jours d’un festival littéraire, visuel et musical aux accents de la mer et sous la protection bienveillante de Zarafa la girafe de livres, qui fait désormais partie intégrante des allées de Meilhan et tente de rendre à la Canebière sa dimension culturelle. Le vendredi après-midi sera destiné aux scolaires mais, dès le début de soirée et jusqu’au dimanche après-midi, tous les publics seront invités à voir des films ou des expositions, à écouter des contes et des concerts, à échanger des livres, à participer à des rencontres avec des auteurs, éditeurs et libraires de la région essentiellement, à des ateliers d’écriture ou d’illustration, bref à s’emparer des mots, des images et des sons. Et pour que tous les sens soient à la fête, goûters en chansons, ateliers culinaires, apéros littéraires ou musicaux et pique-nique dominical géant ponctueront de leurs saveurs méridionales et métissées ces jolis jours de juin.

Zibeline partenaire On imagine aisément pourquoi notre journal est heureux de s’associer à ce festival. À Zibeline aussi nous défendons l’idée d’une culture pour tous, échangée dans un esprit d’émulation festive. C’est pourquoi nous participerons activement aux nouveaux concours proposés cette année. À celui de La Bonne Nouvelle de La Canebière, qui récompensera la meilleure nouvelle écrite sur le thème des Accents de la mer. Au concours

© X-D.R

d’illustration de La vague et le rocher d’Hélé Beji, en partenariat avec Libraires à Marseille. Vous pourrez également vous initier à l’écriture journalistique (chroniques de livres, reportage) sur notre stand. La nouvelle et l’illustration lauréates, ainsi que les meilleurs reportages et chroniques seront publiés dans notre numéro du 16 juin… À vos stylos ! FRED ROBERT

Le 2e Festival du Livre de la Canebière se déroulera du 11 au 13 juin. Le concours de La Bonne Nouvelle de la Canebière est ouvert à tous jusqu’au 22 mai. Sur le thème Les Accents de la mer, il s’agit d’écrire une nouvelle courte (12000 caractères maximum) à envoyer à la mairie du premier secteur. Voir modalités sur notre site www.journalzibeline.fr ou au 06 98 72 29 07


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MUSIQUES | ARTS DE LA RUE

FESTIVALS

Fort de Bouc ! sher (5/6), le tout rythmé par des joutes provençales (5/6 à midi). Pour un festival qui, en plus de ses qualités musicales, se révèle toujours très convivial : ouverture à 19h30, 10 euros pour la soirée, et gratuit aux moins de 12 ans accompagnés !

Les 4 et 5 juin il va falloir longer la côte bleue et stopper à Port-de-Bouc pour un Festival des Agglos plein de vitalité et de fraîcheur en ce printemps qui se fait un peu attendre. 9e édition et une programmation qui fait déjà saliver, avec entres autres le rock surréaliste de Raoul Petite (4/6) et la fanfare ska rock jazz de Ceux qui marchent debout (5/6) pour faire vibrer le site magique de l’Anse Aubran. Deux jours à sentir la mer au son assourdissant des Dissonant Nation et de l’hybride punk rock disco de Skip The Use (4/6), avant le pape du funk français Juan Rozoff, l’expérimental reggae d’Izmo Dub Box et les funky Selecter The Puni-

FREDERIC ISOLETTA

Les Agglos Les 4 et 5 juin Port-de-Bouc www.festivaldesagglos.com

Raoul Petite © Juliette Gueiko

Mondialiser La Ville de Gardanne transforme son centre-ville aux rythmes et couleurs des cinq continents : deux jours durant, Arts et Festins du monde met à l’honneur l’artisanat et la restauration de tous les pays, avec, cette année, un éclairage spécial sur les États-Unis. Au menu, parcours découverte des

Histoires d’Amériques, animations Far West, expos sur des motos et voitures américaines, concerts rock et country avec Home Cooking, New Orleans avec la fanfare Gugus Band, gospel avec le Joyfully Gospel et, last but not least, le Rock and Blues American Show ! Sans oublier la fête-kermesse de

Le grand Sault Qu’on se le dise, qui dit rural ne désigne pas forcément un désert culturel. La preuve par trois avec le 3e festival Sons dessus de Sault qui se tiendra dans le Vaucluse les 29 et 30 mai. Avec des valeurs comme le partage, l’écoute, la découverte, la proximité et l’action pédagogique, c’est un rendez-vous artistique protéiforme à ne pas manquer. Les traditionnelles et attendues petites formes permettent aux musiciens de groupes programmés de se rencontrer et d’entamer de véritables échanges musicaux. Le 29 les détonants Quelques Bratsch © X-D.R.

Peuples en parade qui défilera en préambule, le 19 mai, les repas et le marché artisanal en plein air… Arts et Festins du monde Les 21 et 22 mai Centre-ville de Gardanne 04 42 51 79 00

Découverte fiers Mongols revisitent Led Zeppelin façon fanfare (11h30, gratuit). Viennent ensuite les Dithyrambe, improbable duo où l’aphorisme Baroque is not dead rappelle étrangement le punk! (14h, gratuit). Puis la déambulation Dans les rues de 14h à 19h avec l’atelier l’Artisan des Vents, la libraire éphémère Sans Paradis Fixe, le Philharmonique d’occasion et ses sérénades à louer et les surprises décalées ! De quoi s’occuper pour aussi découvrir les petites formes pour deux rencontres étonnantes (16h et 18h30) avant d’écouter The Great Melting Poets (place de l’église 4/6 euros). De quoi être paré pour les concerts du soir : les festifs Bratsch, Mazalda & Dunumba, Le Grand Bal-Bœuf avec scène et piste de danse ouverte, rien que ça… (Salle polyvalente, 21h. 10/12 euros). Et dimanche ? Le Lit (10h 4/6 euros) pour un univers excentrique, La Grande Déjambulation (11h gratuit) pour un immense cortège, encore et toujours Les petites formes (14h et 16h gratuit) rythmées par Dans les Rues (14h à 18h gratuit, mêmes artistes que la veille), Chin Na Na Poun sous la houlette de Manu Théron (17h30 4/6 euros), avant Le Grand Apéro Final avec La Farfan de Gohu et un immense bœuf collectif pour Le grand Déchiffrage (18h30 gratuit). Pas de quoi s’ennuyer !

Sons du Lub’ Le 23 mai 06 14 75 45 59 http://arcensola.free.fr

X iboa © -D.R

Son dessus de Sault Les 29 et 30 mai Sault (84) 06 29 05 41 99 www.pharealucioles.org

F.I.

ior L Melch

FRÉDÉRIC ISOLETTA

Situé entre Pertuis et Manosque, Beaumont de Pertuis est un village du Vaucluse. Le festival Son du Lub est à découvrir avec notamment les Drunksoul, Melchior Liboa et Madjahpol, mais aussi Leda Atomica et Poum Tchack : de quoi faire un petit tour musical dans le Luberon. Mais ce qui compte avant tout c’est la très importante 6e édition de la Bourse aux instruments qui rythmera les trois scènes et les 19 concerts. Initiative à découvrir pour les collectionneurs et les passionnés de musique, le tout gratuitement grâce à la volonté de l’association Arc en Sol soucieuse de développer des activités culturelles en milieu rural. Un moment d’échanges et de rencontres à ne pas rater.


FESTIVALS

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Olé !

Transhumance Métal Gagnant commune

A.F.

La Folle Histoire des arts de la rue du 20 au 24 mai Saint Rémy 04 96 15 76 30 www.cg13.fr http://follehistoire2010.karwan.info/

Nous sommes en 2010 après J-C, toute la Gaule est occupée par le rap. Toute ? Non, un petit local d’irréductibles gaulois résiste encore et toujours à l’envahisseur ! Avec une accroche pareille de la part des résistants métalleux les choses sont claires non ? Alors, et ceci pour 5 euros, rendez-vous les 4 (dès 17h) et 5 juin (dès 18h) au Local de la Penne-sur-Huveaune pour la Local Fest IV afin d’organiser l’encerclement du Rn’B et consorts dans un

F.I.

Festival Flamenco du 18 au 22 mai Théâtre Toursky, Marseille 0820 300 033 www.toursky.org

déchainement de bons groupes de métal qui enchantera les adeptes et fera vibrer l’étonnement des néophytes. F.I.

Local Fest IV Les 4 et 5 juin Local, Penne-sur-Huveaune www.myspace.com/lelocalmetal

Les joutes de Pentecôte Le festival de Correns, les Joutes Musicales du Printemps, organise sa 13e édition du 21 au 23 mai. Une trentaine de concerts organisés par Le Chantier, centre de création des nouvelles musiques traditionnelles et musiques du monde. L’oxymore entre nouvelles et traditionnelles semble fécond, puisqu’il rassemble entre autres A Filetta, la Cie Montanaro, François Rossé, Annie Ebrel, JeanMarc Montera, The Samurai et le trio Chemirani. Le paradoxe d’un éclectisme de choix est au rendezvous dans le Var, et ce depuis 1997 ! Chant Corse, d’Irlande, de Sicile, percussions persanes, musique occitane inclassable, sons de Bulgarie, d’Iran,

sans parler de l’incroyable rencontre entre un piano et une cornemuse, Correns parie sur une composition et une transmission orales de la musique. Pour le week-end de Pentecôte, il n’y a pas à hésiter si vous voulez allier découverte et verdure sur un site incroyablement beau, pour des moments uniques festifs ou intimistes (théâtre de verdure, fort Gibron, salle la Fraternelle, église, place du village). F.I.

Les joutes musicales de Correns du 21 au 23 mai 04 94 59 56 49 www.le-chantier.com

Miqueu Montanaro © Y. Page

La Folle histoire des arts de la rue finit sa folle tournée en un feu d’artifice… et de moutons ! Après avoir mis en mouvement Saint-Cannat, Mallemort, Velaux et les Pennes-Mirabeau, les cinq compagnies vont marier leurs arts, leurs danses, leurs musiques et leur théâtre dans les rues de Saint-Rémy, pour des petites formes qui vont se succéder à un rythme de plus en plus rapide, et culminer à la Pentecôte… lorsque traditionnellement les moutons traversent la ville provençale pour gagner les pâturages d’été. Escarlata circus, Les Grooms en fanfare, les saynètes de Kumulus, la danse de rue de la cie Pernette et de Retouramont résisteront-elles aux moutons ? Trois jours de fête à ne pas manquer : profitez-en, c’est férié !

cle Leyenda personal (21 et 22 mai à 21h). Devenu incontournable, ce festival attaché à un lieu cher aux marseillais est toujours un grand moment de danse.

Joaquin Grilo, Leyenda © flaco

Le théâtre Toursky accueille du 18 au 22 mai le VIe Festival Flamenco sous couvert du XXe Festival Mai-Diterranée. La Compania Mara Martinez pour Hijas de Eva entre sensualité, émotion et virtuosité par la jeune prodige du flamenco (18 et 19 mai à 21h et 19h), une soirée cinéma avec Farruquito y Famillia, meilleur film flamenco en 2008 (20 mai à 21h) et la Compania Joaquin Grilo (un des grands nom du flamenco) pour son nouveau specta-


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FESTIVALS

MUSIQUE

Têtes d’affiche Le magnifique village médiéval de

Piano jubilé

C’est au pied de l’illustre montagne Sainte-Victoire, peinte par Cézanne, au cœur Biot, perché au-dessus de la Riviera du village du Tholonet qu’a lieu la 4e édition du festival Autour des Claviers près de Sophia Antipolis, a une vie cette année le bicentenaire de sa naissance?). Leur culturelle riche d’événements…

Sarah Lavaud © Yannick Coupernec

Vie de Chopin nous plonge de sa Pologne natale à Paris, dans sa liaison avec George Sand à Nohant, aux Baléares (et Marseille !), au cœur du romantisme (le 30 mai à 18h30 à l’église). Les Britanniques Thomas Gould (violon) et Alasdair Beatson (piano) interprètent la fameuse Sonate «à Kreutzer» de Beethoven, tout en reliant le chefd’œuvre à la nouvelle éponyme et postérieure de Tolstoï. Le duo joue aussi la virtuose et ardente Sonate en fa mineur de Prokofiev (Soirée russe le 6 juin à 18h30 à l’église). La jeune et talentueuse pianiste Sarah Lavaud choisit des Nocturnes et Mazurkas de Chopin et livre également les huit pièces passionnées des Kreisleriana op.16 de Schumann (on se souvient qu’il est né aussi en 1810 !). Une Promenade de Chopin à Schumann (le 13 juin à 18h30 à la nouvelle salle de Palette). À entrée libre !

Le moins que l’on puisse dire, c’est que son Festival des Heures Musicales affiche des solistes de premier plan. Pour la 27e édition, Liliane Valsecchi annonce, sur la côte d’Azur, deux Russes parmi les plus grands pianistes actuels : Nikolaï Lugansky (en clôture du festival le 24 juin) et Boris Berezovsky (à deux pianos avec Alexeï Petrov le 9 juin). Chopin est à l’honneur avec deux grandes Dames du piano français : Brigitte Engerer (et le récitant JeanYves Clément le 23 mai) et Anne Queffélec (le 15 juin) pénètrent l’âme et la vie du poète romantique du clavier. Les frères Capuçon, à leur tour, présentent des récitals avec piano : si Gautier ouvre les festivités au violoncelle en compagnie de Gabriela Montero (le 18 mai), Renaud et son violon chantent Brahms ou Bartok avec Khatia Buniatishvili (le 4 juin). On n’oublie pas également la soirée Gospel donnée par Marcel Boungou And the Gospel Move Singers (le 28 mai).

JACQUES FRESCHEL

J.F.

4e festival Autour des claviers du 30 mai au 13 juin Le Tholonet 04 42 96 96 96 www.autourdesclaviers.com

Le parrain de la manifestation provençale, FrançoisRené Duchâble, retrouve son compère le comédien Alain Carré pour un voyage mêlant littérature, correspondance, biographie et musique en hommage à Frédéric Chopin (faut-il rappeler que l’on célèbre

27e Festival des Heures Musicales de Biot du 18 mai au 24 juin Concerts à 21h Église de Biot (06) 04 93 65 78 00 www.biot.fr Khatia Buniatishvili © Julia Wesely

Soave sia il vento… juin). Le Chœur Régional Provence Alpes Côte d’Azur (direction Michel Piquemal) chante, au son du cor, des pièces de Michael Haydn, Brahms, Schumann, Schubert, Mendelssohn (le 13 juin). Avec Gershwin, le clarinettiste Frédéric Cellier donne sa Soirée Jazz (le 19 juin), quand la manifestation s’achève avec l’Orchestre d’Harmonie de la Musique de l’Air de Paris dirigée par le LieutenantColonel Claude Kesmaecker pour des musiques de film, et le Concerto pour 4 cors de Robert Schumann (le 20 juin). J.F.

© X-D.R

À quelques lieues d’Avignon, dans la cité de Morières, le Festival des Vents met à l’honneur, comme son nom l’indique, les cuivres et les bois, flûte à biseau, trompe à embouchure ou autre doudouk à anche… ainsi que toute machine musicale aimant à prendre l’air ! L’idée originelle est issue d’une tradition de fabrique, dans la commune vauclusienne, d’anches doubles (pour hautbois, cor anglais basson…) à partir de roseaux. Et le but avoué par l’Amicale créatrice du festival, est de donner l’idée, le goût, au plus grand nombre d’amateurs de pratiquer ces instruments. Eric Sombret, cor solo à l’Orchestre Lyrique de Région Avignon Provence et professeur au Conservatoire de musique d’Avignon programme cette saison quatre événements. En ouverture, le trompettiste virtuose Bernard Soustrot joue Vivaldi accompagné par l’Orchestre des Solistes Français dirigé par Paul Rougé (le 12

Festival des vents Du 12 au 20 juin à 21h15 Centre culturel Folard, Morières-les-Avignon 06 22 28 48 88 www.festivaldesvents.com

Été espéré ! Le Festival estival qui anime la région Toulonnaise depuis 60 ans débute dès le 12 juin à la Tour Royale (sauf repli nécessaire à l’Opéra ou à l’église St-Jean Bosco en cas d’intempéries) avec le pianiste Cédric Thiberghien et l’Orchestre de l’Opéra de Toulon (dir. Wolfgang Doerner) dans un programme Chopin, Mozart et Beethoven. (à 21h30, 04 94 92 70 78). Ce sont ensuite des Sonates romantiques de Weber, Schumann et Beethoven qui résonnent sous les doigts

de la violoniste Isabelle Faust et du pianiste Andreas Staier (le 14 juin à 21h30). J.F.

Festival de Musique de Toulon et sa Région jusqu’au 29 juillet Tour Royale, Toulon 04 94 18 53 07 http://musiquetoulon.pagespro-orange.fr


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FESTIVALS

BJCEM | MINOTERIE | BERNARDINES

Jeunes et précieux De retour de Skopje les jeunes créateurs ont présenté des spectacles divers Notre Dallas que la Cie L’Individu peaufine et améliore (à voir bientôt le Diable en bouche, voir p. 24) clôturait une série de représentations théâtrales, musicale et dansées aux réussites diverses.

Jouer contre soi La Cie la Parenthèse est vraiment agaçante. On l’a vue bourrée de talent inventer un Boléro époustouflant de brisures et d’ironie, puis s’égarer dans une théâtralité datée dans d’autres pièces, et revenir de ses erreurs en replongeant dans la danse avec bonheur. Sélectionnée pour partir à Skopje avec L’heure du bain, pièce courte, intime, centrée sur les gestes, voilà qu’elle présente à Marseille, sur le plateau du Gymnase, une création bâclée, formée de 5 solos successifs entrecoupés de saynètes identiques, et accompagnés par un guitariste insupportable qui ne connaît que 5 accords et est capable de les répéter en boucles pendant d’interminables minutes. Les inter-

prètes cherchent l’intime mais ne le trouvent pas, dansent mal pour la plupart, présentent un objet non fini. Il faut être sacrément vaniteux pour vouloir créer en quelques jours et avec peu de moyens un spectacle chorégraphique de deux heures ! Mais la vanité n’a jamais tué le talent, pourvu qu’on en revienne.

Sous la peau Le nom de sa compagnie créée en 2004 est déjà tout un programme : Post Partum, après la naissance… C’est de l’évolution du corps, de son épanouissement au monde, de son confort que Jean-Baptiste Bonillo veut nous parler. Il le fait de façon surprenante. D’abord il écrit sur un tableau des phrases qui évoquent les entraves du corps, puis il remplit les blancs laissés entre les lignes. Une bande son lancinante accompagne le noir qui envahit la scène. Le danseur revient caché par le tableau sur roulettes et traverse la scène, on ne voit que ses jambes nues, puis une 3e

Parenthèses © Agnès Mellon

et une 4e jambes, des mains surgissent sur les côtés effaçant le texte. Les 4 jambes avancent sur un rythme très lent en parfaite symbiose comme un même corps, même taille, mêmes fesses, on devine pourtant que le second corps qui disparaît ensuite est féminin. Le danseur se retrouve seul, une voix lénifiante donne des conseils pour reprendre possession de son corps, le ressentir de l’intérieur.

Très beau moment ensuite : le corps de Jean-Baptiste Bonillo est comme occupé par une petite image qui naît au niveau de son diaphragme et va grandir jusqu’à envahir tout son espace ; le corps d’une femme se calque sur le sien, l’un est le Palimpseste de l’autre... et inversement. CHRIS BOURGUE ET AGNÈS FRESCHEL

Géométrie variable : 1res figures Arrêt[er] le gaspillage ne suffit plus à donner un sens aux ardeurs civilisatrices du théâtre des Bernardines ; voici venu le temps de déjouer les habitudes, libérer les horaires, multiplier les rendezvous hors piste : programme ambitieux et louable qui, en association avec La Minoterie, prend la forme d’une carte blanche donnée au metteur en scène Xavier Marchand et à ses invités. Le premier volet a vu se succéder dans une impeccable maîtrise des lieux et des moments sept ou huit pièces courtes, des brunchs, un auteur mort de longue date (Beckett et son Premier Amour), un autre depuis peu (Raymond Federman et le Crépuscule des Clochards), deux bien vivants (Pascal Omhovère et Noël Casale) aussi acteurs de leur propre fiction... un homme à l’harmonica que l’on retrouve çà et là... On y rencontre donc des personnages plutôt humbles ou carrément en marge, comme les clochards de Federman qui dialoguent vivement en parcourant le monde autour de leur pupitre ; l’amitié, le temps qui file, les chaussettes à partager, toutes conversations célestes dont la drôlerie et la mélancolie reposent sur les ressources expressives des deux comédiens en manque de rythme à la première.

et le social, le singulier et le collectif avec une grande justesse ; on rit beaucoup et ce n’est pas tout ! Il est plus difficile en revanche de tenir tous les fils de Reprise d’un triomphe qui mêle plusieurs niveaux de fiction, personnages à double ou triple fond (Hubertus Biermann, par lui-même déjà si présent -alias Gunther- alias Dean Martin...), récits enchâssés et formes diverses d’un aimable désenchantement intemporel (Bastia, l’été prochain) qui ralentissent et anesthésient un peu la réception, jusqu’à ce que l’irruption tonitruante de l’idiot du village-capitaine d’industrie Ulysse/Pascal Omhovère, de retour dans sa patrie vienne Le crépuscule des clochards © Fabrice Duhamel réveiller tout le monde !

Les quatre saisons -en trois comédies et un drameet les mille et une voix de Noël Casale sont aussi bien réjouissantes : dans une unité absolue de lieu (Bastia et nulle part ailleurs) se reconstruisent des pans de vie réelle ou rêvée dans des pensions de famille ou des meublés ; la langue corse, jaillissant naturellement à tous les moments de particulière intensité, constitue littéralement une part de dramaturgie ; l’auteur/acteur/metteur en scène, tout à la fois Jean-Jojo, Annonciade, Tino Rossi (oui oui), son fils et tant d’autres dans Forza Bastia produit une énergie virevoltante qui brasse l’intime

MARIE-JO DHO

À venir Le Hors Piste des Bernardines et de la Minoterie se poursuit avec une programmation et des horaires complexes du 18 au 22 mai. Avec à nouveau Pascal Omhovère et Noël Casal, mais aussi Suzanne Joubert, Haïm Menahem et Alain Fourneau. Et Xavier Marchand !


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FESTIVALS

GMEM

Moments rares Depuis quelques années le festival du GMEM parvient à rassembler 7 à 8000 spectateurs pour venir écouter de la musique contemporaine. La recette ? Des formes croisées et un prix attractif Une journée de festival Le 23 avril. Rendez-vous à midi trente au musée Cantini pour un solo époustouflant de clarinette. Horaire peu commun très agréable qui meuble la pause repas du centre ville et prestation décapante d’Alain Billard, soliste de l’Ensemble Intercontemporain. Avec comme œuvre la plus ancienne le Dialogue de l’ombre double de Boulez composé en 1985, le ton contemporain est donné. La pièce, dont le titre est emprunté au vocable du Soulier de satin de Claudel met en scène l’instrumentiste et son double préalablement enregistré et diffusé par un dispositif électroacoustique. Singulière, cette correspondance intérieure se diffuse dans l’espace sans affrontement et se tuile dans une fluidité intimiste. L’étonnante virtuosité du soliste trouvera un autre terrain de jeu avec Windex d’Ivan Fedele, explorant les limites timbriques de l’instrument à l’image des multiples aspects du vent. Spectaculaire seront les deux dernières pièces du concert avec tout d’abord Trace V de Martin Matalon, pour clarinette et dispositif électronique en temps réel, ce qui rend la performance spatialisée et réactive. L’important travail effectué sur bande et la complémentarité avec l’instrumentiste laissait présager une fin explosive avec Art of metal II de Yann Robin pour clarinette contrebasse et toujours live électronique. Avec un instrument entièrement en métal (même le bec construit pour l’occasion) et des sonorités travaillées inouïes crachées des baffles, le résultat fut dantesque. Ajoutons à cela la maîtrise d’Alain Billard, soufflant, parlant, hurlant dans son bec et offrant des sons paroxystiques, quasiment indéfinissables.

Mythes et sacrifice En soirée au Ballet National de Marseille, l’ensemble Musicatreize, le Chœur Contemporain et l’Orchestre des Jeunes de la Méditerranée PACA dirigés par Roland Hayrabedian. En ouverture, la création d’Alexandros Markeas Dionysos, le vin, le sang pour douze voix et dispositif électro-acoustique. La disposition scénique des 12 solistes attablés évoquant la Cène face au chef, assis également, contribua à l’évocation du vin dans tous ses excès, d’Anacréon à Molière (du rire aux larmes en passant par la colère). Markeas, à la recherche d’une vocalité nouvelle inspirée du chant traditionnel méditerranéen, s’inscrit certainement dans une filiation subtile avec Maurice Ohana. Son Llanto por Ignacio Sanchez Mejias sur des textes de F. Garcia Lorca à la mémoire du célèbre matador, est une des pièces

Thierry Thieu Niang © Agnès Mellon

que les ensembles de Roland Hayrabedian ont enregistrée avec bonheur il y a 7 ans. Bien défendue par les jeunes musiciens même si on n’y retrouvait pas le souffle du disque, cette cantate associant un chœur féminin, un récitant (Olivier Boudrand), un baryton (Job Tomé) et un clavecin (Jean-Marc Aymes) se rapproche de la déploration et des sonorités ibériques, l’étonnante utilisation du clavecin, martelé, évoquant les guitares. Les mots se fondent habilement dans le tissu orchestral, Ohana jouant davantage sur l’aspect phonétique que sémantique, cherchant lui aussi des voies nouvelles au cœur du siècle dernier. Une journée comme on en redemande!

il donnera simplement non une lecture de ces œuvres, mais comme une illustration, discrète, en coin de page, de quelques éléments perçus ça et là dans les partitions. Avec Stéphanie Auberville il suit parfois le rythme, plus souvent les lignes, plus souvent encore les émotions et étonnements que ces pièces suscitent en chacun d’eux. Très simplement, tandis que la violoniste virtuosissime Saori Furukawa enchaîne les difficultés de For Aaron Copland (Feldman), Anthème (Boulez), la Sequenza (Berio) pour finir sur les 10 minutes d’harmoniques de Waka Pleats (Tomoyuki Hisatome). Au Zenith, son exploit. Autour, des satellites modestes.

Danser la musique

En conclusion du festival, le 1er mai, le concert du Trio Paj (Michel Portal à la clarinette et au bandonéon, Roland Auzet aux percussions et Pierre Jodlowski aux «machines») a rempli sans peine les objectifs pourtant ambitieux fixés par ses musiciens. Des sonorités familières issues du jazz, mais également du tango (choix de tempi et de semblants de métriques plus langoureux) et d’autres recoins de notre imaginaire musical (plus populaire ?) furent savamment entremêlées, appuyées par des ostinatos électroniques et un recours fréquent aux questions-réponses, les petites poussées de la clarinette se mélangeant souvent à leurs propres échos et à leur anticipation. Le tout fut porté par un sens de la tension/détente visiblement rodé, et captivant. Reste la promesse de cette «nouvelle sorte de langage» chère à Michel Portal, entre improvisation et musique savante, qui interrogerait notre rapport ambigu à la modernité. Peut-on parler de renouveau stylistique simplement en rassemblant, même fort brillamment, les apports et trouvailles des XXe et XXIe siècles ?

Il est rare que les chorégraphes contemporains osent danser sur la musique des compositeurs «savants» de leur temps. La Compagnie Mossoux-Bonté a pris un parti minimal en accompagnant les musiques planantes de Scelsi et Giya Kancheli d’une danse voltige faite des mêmes cercles lancinants, des mêmes répétitions, variations, duplications et changements de direction : trois corps féminins suspendus, identiques, tournent, posant parfois le pied au sol comme les sons profonds de Scelsi lancent discrètement leurs attaques pour laisser planer, longtemps, leurs résonnances… Dans Khoom cependant la musique varie ses timbres, passant du petit ensemble (Musique Nouvelles, dirigé par Jean-Paul Dessy) au solo, et variant ses effets sinon ses dynamiques. La danse des trois femmes reste quant à elle sur se belle idée de départ, hypnotique et fascinante, puis soulevant un peu le cœur comme dans un manège dans lequel on resterait trop longtemps. Alors on ferme les yeux et on écoute la profondeur des sons… Plus radical le pari de Thierry Thieû Niang : les œuvres qu’il choisit de danser sont des monuments… Il le sait, et ne relève pas le défi de les circonscrire :

En toute liberté

SUSAN BEL, FRÉDÉRIC ISOLETTA ET AGNÈS FRESCHEL


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THÉÂTRE

LES BERNARDINES | LA CRIÉE | LE GYMNASE

Petits arrangements avec le désir Tout est question de désir. Mais est-ce chez l’homme ou la femme qu’il s’émousse en premier lieu ? C’est à cette question que se proposait en son temps de répondre Marivaux dans La Dispute. Un couple de nobles cruels, curieux de connaître la nature de l’homme, a enfermé dès leur naissance et séparément des enfants des deux sexes ; les jeunes gens sont «libérés» à l’adolescence et mis en présence. Les dés sont jetés ! Nadia Vonderheyden a monté cette pièce avec les élèves-comédiens de l’ensemble 18 de l’ERAC, l’école d’acteurs de Cannes. Elle y a associé La contention, écrit par Didier-Georges Gabily pour en être une suite, mais qu’elle a choisi d’éclater à différents

latoires du spectacle, avec ravissements, petits cris, halètements, dans lesquels excellent ces jeunes comédiens. Jalousies et tromperies s’enchaînent à l’épreuve d’une séparation forcée : le bon sauvage n’est pas meilleur que le civilisé, le cœur humain n’est pas fidèle. Gabily rappelle que la férocité de nos contemporains n’a rien à envier à nos ancêtres cannibales. Fin d’une grande noirceur pour un spectacle qui fait basculer Marivaux vers Sade. © Didier Grappe

moments de la pièce de Marivaux. Le début plonge le spectateur dans un univers glauque où évoluent des nobles désoeuvrés et masqués en quête de séductions. Mais le Maître tue sa

est discrète, et repose sur un décor naturaliste, mais écrasant, et des comédiens qui naviguent habilement dans les sub-tilités d’un texte juxtaposant dialogues réalistes et soliloques fantasmés. Glaçant, juste ce qu’il faut pour vous donner envie de fuir à jamais la compétitivité économique… A.F.

Push up a été joué à La Criée du 27 au 30 avril © Inès Dufay

Sales caractères Goldoni sait peindre à merveille les caractères déviants, qui se plongent sans l’aide de personne dans des situations impossibles. Les Amoureux mettent en scène deux jeunes gens qui s’aiment mais ne savent que se faire du mal, lui étant aussi hystérique qu’elle… L’oncle aussi est un barbon de comédie, puissamment versatile, obséquieux et avare, comme il se doit. Seul le hasard et tout l’effort d’auxiliaires raisonnables pour© Pidz

Crimes de l’amour a été joué aux Bernardines du 20 au 24 avril

Scapin en farce

Misère affective C’est le lot dissimulé des cadres supérieurs à La Défense, cœur économique et financier d’un système capitaliste en déroute… Push up de Roland Schimmelpfennig est une pièce cruelle, désespérante parce qu’elle brise les rêves d’ascension sociale, et réjouissante parce qu’elle met définitivement à bas l’idéal sale du gagnant. Dans les sphères supérieures, làhaut, au dernier étage, on ne baise plus, on crève de jalousie, de solitude, et on compense son renoncement à la vie sociale en regardant du porno, en jouissant de ses promotions, en s’enfonçant dans ses obsessions, en regardant avec soulagement les autres tomber, vieillir, grossir. Les femmes s’habillent comme on passe une armure, ces hommes ne savent pas aimer, partager, converser même, et tous vivent dans la peur constante de stagner, d’être lourdés, dépassés. L’entreprise n’est qu’un immeuble où le ridicule tue, où l’on vit en apnée, sans autre idéal que de grimper les étages. Un monde sans désir, sans valeur et sans vie qui n’est que le reflet perverti d’un idéal délétère. La mise en scène du jeune Gabriel Dufay

CHRIS BOURGUE

maîtresse Hermiane et déclenche une dernière dispute avec son cadavre. Le plateau s’éclaircit ensuite pour les scènes des découvertes des jeunes gens qui sont parmi les moments les plus jubi-

Omar Porras connaît à merveille les jeux de masque. Il travaille depuis des années, avec sa troupe de comédiens surdoués, à fabriquer une théâtralité qui s’assume, joue de ses ficelles et de ses plaisirs, maquille, exagère, chante, fait le clown, l’acrobate, surprend, émerveille, dévoile… Coloré et saturé de fantaisie, son Scapin révèle une fidélité au texte qu’on n’attendait pas chez un metteur en scène qui a trahi avec bonheur aussi bien Brecht que Lorca, Cervantes ou Molière. C’est qu’il a trouvé dans Les Fourberies de Scapin une farce parfaite : la mécanique comique de Molière n’en finira jamais de susciter le rire, pourvu qu’elle soit jouée à la bonne vitesse. Mais le metteur en scène retrouve aussi en Scapin la quintessence de sa figure favorite : celle du valet qui domine ses maîtres et tire les ficelles. La compagnie d’Omar Porras, qui s’appelle le Teatro Malandro, pratique un art populaire et subversif dans ses finalités, mais aussi dans son inspiration… Un regret, infime ? que la subtilité sentimentale des longues tirades sur les rencontres amoureuses l’ait ennuyé : il les parasite et les ridiculise (avec succès) alors que leur fraîcheur élégiaque n’est pas ridicule, et peut sonner vrai… AGNÈS FRESCHEL

ront les mener au mariage, même si on doute de leur possibilité de bonheur ! La pièce est savoureuse et drôle, légère, enlevée, et Gloria Paris en propose une lecture tapageuse, déconnectée de la Venise du XVIIIe siècle et plongée dans notre réel : Fulgenzio et Eugenia ressemblent à des petits bourgeois adolescents, longue mèche sur l’œil et dégoût affecté, qui se trémoussent sur du rock. La transposition fonctionne, même si on y perd un peu en rythme, et en subtilité : si Gloria Paris a, dans sa traduction, réactualisé la langue, les rapports entre les personnages restent dominés par les conventions du XVIIIe siècle, et ne cadrent pas avec la mentalité de notre époque. Les comédiens, formidables d’énergie physique, ne parviennent pas toujours à faire coller les deux lignes divergentes, ce qui occasionne quelques temps morts. Oubliés dès que ça redémarre ! A.F. Les Amoureux ont été joués au Gymnase du 4 au 8 mai

Les Fourberies de Scapin ont été jouées au Gymnase du 20 au 24 avril © Marc Vanappelghem


LAM | FESTIVAL DU THÉÂTRE AMATEUR | BANCS PUBLICS

THÉÂTRE

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Cabaret militant Léda Atomica Musique, depuis plus de 10 ans, relie théâtre populaire, musique, cabaret et toutes les formes généreuses de l‘art. Ils ont concocté un spectacle iconoclaste pour un public qu’on sentait très complice ; pour entrer dans l’ambiance, une volée d’encensoir, suivie d’une note tenue à l’orgue : la cérémonie peut commencer ! Bref rappel de la création du monde -parodie de la Bible- avec, parmi l’énumération des êtres vivants, l’insertion du Yorkshire et des fraises Tagada. «Dieu trouve ça beau!», et dans un dernier effort il crée... l’argent. Car c’est du capitalisme, des banques, des plus-values, de la bourse, et de la crise dont il est question dans le texte de Phil G., qui fait le lien entre les chansons réalistes ou humoristiques, clin d’oeil aux années 30 avec 2 chansons de Jules et Julien, 50 avec Vian et Piaf,

60 avec la vache à 1000 francs de Jean Poiret… toutes très bien interprétées, et intelligemment relookées. Jubilatoire ! Les arrangements de Phil Spectrum et Jean Sallier Dolette sont pleins d’inventivité, et les deux comédienneschanteuses usent avec malices du décalage : ah ! la choucroute magnifique de Marie Démon et les chaussures kitsch de Danielle Stéfan ! Une leçon d’économie décapante ! CHRIS BOURGUE

Crashcashocac, mes Patrick Rabier, s’est joué au Marie-Jeanne du 23 au 25 avril. À noter : le spectacle sera repris le 3 juillet à Marseille au festival des Arts de Passage à Emmaüs, et au Centrte culturel Louis Aragon de Septèmes-les-Vallons le 21 mai (04 91 96 31 00). © LAM

Fête à la Grimace !

© X-D.R.

Les comédiens amateurs du Théâtre de la Grimace d’Aix-en-Provence sont ambitieux et courageux : ils n’ont pas eu peur de monter un spectacle terrible qui parle d’un crime, l’inceste, qui vient d’ailleurs enfin d’être reconnu comme tel par nos autorités judiciaires. Cette troupe a choisi de monter Festen d’après le film danois de Thomas Vinterberg qui fait date en la matière. La scénographie est intelligente, isolant certaines scènes par des lumières, les acteurs sont tous très engagés dans des rôles pas faciles et une langue crue. Le sombre règlement de comptes a lieu dans une famille honorable, à l’occasion de l’anniversaire du père, et l’addition est salée ! La mise en scène est de Claire Prati, seule professionnelle de l’équipe, elle avait

commencé une pratique bénévole avec la troupe puis finalement elle est engagée pour faire les mises en scène. Bravo à cette équipe d’amateurs qui n’a pas choisi la facilité ! CHRIS BOURGUE

Festen s’est joué au Parvis des Arts le 30 avril dans le cadre du Festival de Théâtre Amateur À noter : Après la pluie de Sergi Belbel par une troupe amateur de Paris au collège Izzo le 21 mai. 04 91 61 15 37

Inquiétante étrangeté © Didier Nadeau

La création de Terra Cognita est l’aboutissement d’un projet de longue date, qui repose sur un rapport réel qui s’est construit dans le temps. Julie Kretzschmar et Guillaume Quiquerez ont rencontré Alger par hasard, en allant d’abord là-bas pour un spectacle sur l’Algérie. Mais Terra Cognita les a ramenés à Marseille avec un autre désir : il s’agissait pour eux d’essayer d’adopter le regard de l’autre, de voir ce que signifie vivre à Marseille pour chacun. Pas uniquement ce qu’être un immigré à Marseille veut dire. Avec Samir El Hakim, Eric Houzelot et Sharmila Naudou, ils ont fabriqué un objet violent dans ce qu’il met en jeu : Alger et Marseille apparaissent comme des villes qui se ressemblent, se frottent, et rejettent, excluent, définitivement,

l’une comme l’autre. Parmi ceux qui quittent Alger aucun ne parvient ici à trouver une place. Terra Cognita aborde les choses très simplement, en racontant des histoires vraisemblables, sans jouer au documentaire, mais en inventant des paroles directes qui s’énoncent comme des témoignages successifs. Et racontent la difficulté d’obtenir un visa, la violence des regards, la position de clandestin, les mots qui rabaissent. Situations qui gagneraient à plonger dans une théâtralisation plus radicale. A.F.

Terra Cognita a été créé aux Bancs Publics du 20 au 24 avril


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THÉÂTRE

DAKI LING | ATP (AIX) | VITEZ

Proserpine fait son show interpellations les plus trash, à danser avec elle. Elle, elle était sur scène, loin, dans son truc. Le son exécrable du premier soir n’a pas arrangé les choses. On avait beau tendre des oreilles meurtries, rien à faire, on perdait les des paroles. Bref, la déception. D’autant plus forte qu’on avait tant aimé les premiers spectacles de cette clowne extraordinaire, à l’agressivité cathartique et aux sketches désopilants. S’il te plaît, Proserpine, redeviens celle que nous aimons. Et tes couplets sur la décrépitude du couple, sur la mort, sur le temps qui détruit tout, viens donc plutôt nous les cracher de près. FRED ROBERT

Prozband, le spectacle a été présenté sous chapiteau les 7 et 8 mai, dans le cadre du Festival Tendance Clown (5e édition) qui se poursuit jusqu’au 23 mai. 04 91 33 45 14 www.dakiling.com

Prozband © X-D.R

Après une performance réjouissante et déjantée sur le parvis de l’Opéra (voir p.25), rendez-vous avec l’Apprentie Compagnie sous le chapiteau Gardens pour Prozband, le spectacle. La scène ressemble à celle d’un concert de rock. Un groupe de quatre musiciens, Les Pistoleros, accompagne Proserpine herself, qui joue de la voix et accessoirement du concertina. Pendant une heure, titres et parodies musicales s’enchaînent, ponctués de quelques brefs échanges avec le public. La diva, tenue skaï et léopard, moumoute noire sous les aisselles et soutien-gorge doré, «s’éclate» : elle ne cesse de le crier. Dommage que ce soit toute seule ou presque ! Qu’elle ait envie de «faire un truc olé olé avant de mourir» comme elle l’a déclaré, on peut le comprendre. Après tout, la musique entre dans la tradition du clown. Mais qu’elle oublie son public en route, on n’en est toujours pas revenu ! Ils étaient pourtant là, ses fans, prêts à l’acclamer, à subir ses

Fantaisie en émois mineurs «Un orage serait bien beau, ici...» Un titre au conditionnel fatigué, expression d’un désir discret et néanmoins intense, tiré sans emphase de La Promenade de Robert Walser, écrivain suisse de langue allemande mort dans la neige, la nuit de Noël 1956 après 23 ans d’internement... Une officine à deux bureaux, quintessence de toutes les administrations désuètes et éternelles où œuvrent modestement les poètes de Kafka à Pessoa lorsqu’ils sont de retour de leurs merveilleux vagabondages...

Trois employés à pas grand chose : ranger, classer, bailler, rêver peut-être dans leur chemise à carreaux, et une accompagnatrice en coin si effacée devant son petit clavier... Un art de jouer à rebours de la représentation dans l’intelligence sidérante d’un texte marqué par une ingénuité dérangeante et un minimalisme actif... Marie José Malis met finement en scène l’inquiétante étrangeté des joies simples du marcheur, narrées tour à tour par chacun des acteurs sous le regard dévorant des autres : elle sait dire la puissance

d’émerveillement devant le monde seule capable peut-être de le transformer, ce monde, l’air de rien ! Affronter et habiter vraiment le décalé entre les paroles ailées et la lumière crue de l’administration, lui donner ses lettres de noblesse sans ironie, faire chanter à gorge déployée des lieder de Schubert accompagnés d’un doigt au synthétiseur, sortir la bannière de la CGT 66 du placard et l’y remettre, manger un sandwich ou remonter un pantalon qui tient mal à la taille participent du même art poétique qui mêle le travail et la

rêverie, la mélancolie et l’exaltation. Tout cela émeut profondément, inquiète un peu «...il est déjà tard et tout est sombre...» et rappelle discrètement que l’homme est bien un roi sans majesté... MARIE JO DHO

Un orage serait bien beau ici a été présenté au Théâtre Vitez, Aix, les 27 et 28 avril

Sade par Mishima : double peine © Anne Gayant

D’abord un mot sur la mise en scène proposée par les ATP d’Aix au Pavillon Noir : Jacques Vincey réussit une forme tout à fait surprenante, six femmes jouant sur un vaste échiquier symbolique une partie dont elles sont les pions magnifiques, caparaçonnées dans des robes sur roulettes et dominées par d’immenses perruques rigides, toupies d’un destin qui les dépasse et dont le manipulateur est absent. Madame de Sade, sa mère, sa sœur, les acolytes prude ou perverse sont sublimes dans leur irréaliste jeu de marionnettes féroces. Mais pourquoi faire ? Le texte de Mishima sur le «Marquis de Sade vu par les femmes» est traversé de magnifiques fulgurances d’écriture, mais trimballe un discours très limite… Il n’est pas question de faire ici le procès d’un auteur hyper nationaliste qui écrivit des romans sublimes de culpabilité et de désir d’illumination, mais se suicida après avoir fomenté un coup d’État visant à rétablir l’autorité de l’Empereur. Cependant que nous raconte son histoire ? Si Sade représente la liberté absolue, on est en droit de se demander pour qui. Ses écrits, franchement ennuyeux la plupart du temps, contiennent effectivement quelques diatribes bien pensées (et sacrément bien écrites) sur la société

d’Ancien Régime. Mais enfin ce n’est pas ce qu’il a fait de pire, ce régime en fin de course, que d’emprisonner un homme qui, sans doute, a fouetté à mort plusieurs prostituées, et violé nombre de femmes. Ou au moins fait l’apologie du viol, puisqu’on n’a pas de preuve formelle qu’il l’ait pratiqué. Comprendre la littérature de Sade, cette plongée sans retenue, fantasmée, vers le fond noir des désirs, vers ce Don Juanisme de la douleur où Valmont ferait figure de niais, est une chose. Mais l’homme ? Et puis imaginer cinq femmes qui se pâment en évoquant la sodomie ou le plaisir de dégoutter le sang est un brin ridicule : lorsqu’on se targue d’adopter un point de vue féminin, peut-on vraiment imaginer ainsi leur plaisir ? D’ailleurs comment Mishima le pourrait-il ? C’est à lui, qui se fit photographier en Saint Sébastien à la chair transpercée, que cette Madame de Sade ressemble. Les femmes ne sont pas des homosexuels masochistes. AGNÈS FRESCHEL

Madame de Sade a été jouée le 10 mai au Pavillon Noir dans le cadre de la programmation des ATP d’Aix


AVIGNON

THÉÂTRE

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Gueule de bois Voilà une troublante excursion dans le chaos de fin de siècle que nous propose le metteur en scène/scénographe Alain Timar dans Simples Mortels, sa création 2010. Adapté du roman de Philippe de la Genardière (Actes Sud), ce «voyage» raconte la dislocation d’une famille dans la débâcle de l’humanisme occidental. Timar s’est focalisé précisément sur le récit, accablant, des années 90 en conservant «la sombre litanie des désastres accumulés» que vont nous distiller quelques survivants. C’est un gros Blues, voire gueule de bois, des années 90 qui nous est offert ! Une crise de croissance interprétée à l’imparfait, et en didascalies, par Paul Camus, Yaël Elhadad, Nicolas Geny, Roland Pichaud et Claire Ruppli (un peu désorientés dans l’imposant décor apocalyptique qui leur ravit la vedette). Ils nous tendent un miroir amèrement dépressif de notre société postmoderne.

aussi la lumière, qui s’élève au rythme de leur progression dans l’espace, et parviennent miraculeusement, malgré quelques longueurs et errements insolites, à composer dans ce marasme une partition surprenante. Leurs voix se font écho, leurs corps se croisent, se frôlent et s’interrogent au ralenti, les vieux réflexes se réveillent et comme lorsqu’on regarde une image tridimensionnelle, nous apparaît un ballet virtuel diablement composé. Une mécanique des corps dans la mécanique du monde qui nous fait espérer, un peu, des lendemains qui chantent. DELPHINE MICHELANGELI © Valerie Suau

De la chute du mur à l’effondrement des tours jumelles, des guerres ethniques ou religieuses au capitalisme triomphant (et le taux de suicide, la mutation des femmes, le clonage, la

sacro-sainte information…), ils racontent le déclin de notre humanité, cherchant visiblement les traces d’une vie passée. Sous fond de symphonie Brucknérienne, les acteurs cherchent

Simples Mortels s’est joué au Théâtre des Halles (Avignon) du 27 au 30 avril et sera repris lors du Off

Prescriptions mondaines peu timide lors des premières représentations, a l’œil qui frise délicieusement et compose un personnage amusant/amusé qui rend savoureuses ces règles de bienséance. Elle a trouvé une mécanique de diction et un phrasé rapide qui ajoutent à la beauté de l’écriture. Ce «savoir-vivre» d’un «autre temps», qui pourrait parfaitement être dicté par Nadine de Rothschild, peut-il faire de quiconque un «être respectable» ? En y regardant de plus près, ces mondanités ridicules ne sont pas loin des prescriptions de notre époque d’apparence, et de formules toutes faites. Ça ferait presque froid dans le dos. DE.M.

Les Règles du savoir-vivre dans la société moderne a été joué le 30 avril et 1er mai au Théâtre du Balcon © X-D.R

La cie On est pas là pour se faire engueuler, menée par Laetitia Mazzoleni et Noam Cadestin metteurs en scène et acteurs en alternance, fonctionne de la ville à la scène sous le mode de la fusion. Ce drôle de nom de scène emprunté à la poésie de Vian et au culot de Coluche leur porte chance. Après avoir reçu l’aide du fonds de diffusion du Off en 2009 avec La Vieille dame qui fabrique 37 cocktails molotov par jour de Visniec, ils offrent un nouveau spectacle réussi. Laetitia Mazzoleni interprète très justement Les règles du savoir-vivre dans la société moderne de Jean-Luc Lagarce, une des rares pièces drôle, caustique, d’un auteur à l’écriture généralement pathétique. Ici, «il s’agit de connaître et d’apprendre, dès l’instant déjà si mondain de sa naissance, à tenir son rang et respecter les codes qui régissent l’existence.» Convenances, manières et protocole, aussi détaillés que définitivement obtus, sont ainsi énumérés de la naissance au deuil. La comédienne, bien qu’encore un

Un égoïste raffiné égoïste par sa famille et ses amis, nous entraîne dans l’écriture de sa prochaine pièce et nous fait le coup du Malade Imaginaire. Enfants, ex-femme, maîtresse, © Christophe Olinger

Poursuivant une collaboration artistique entre le théâtre luxembourgeois et avignonnais, les 11 acteurs du Théâtre des Capucins ont investi le Chêne Noir pour jouer la dernière comédie de Jean Anouilh, créée en 1981 avec Bernard Blier. Le Nombril nous parle du statut d’auteur de théâtre, et Jean Anouilh s’y dissimule à peine derrière les traits du personnage principal Léon, incarné par Marc Olinger au sommet de sa forme. Cette pièce grinçante redonne à Anouilh sa place d’auteur important du répertoire français qui, même s’il est admis dans le prestigieux cercle des édités de la Pléiade et reconnu pour son incontournable Antigone, n’en demeure pas moins exclu des cercles universitaires. Ce Léon, goutte au pied et cigarette au bec, profondément reconnu comme

ami d’enfance, médecin, tout son petit monde gravite autour de sa plume et de son chéquier, qui lui permet d’acheter son calme et une relative tranquillité. «Je suis un égoïste raffiné, je passe ma vie à m’occuper des autres.» Une vraie mère nourricière! La mise en scène très traditionnelle de Claudine Pelletier et le décor boulevardier respectent scrupuleusement cette comédie délurée et drôle, dans laquelle, à travers un canevas quasi pirandellien, Anouilh règle une part de ses comptes avec «l’intelligentsia». DE.M.

Le Nombril s’est joué au théâtre du Chêne Noir du 22 au 25 avril


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THÉÂTRE

ARLES | CAVAILLON | PORT-DE-BOUC

L’humour a bon dos

Saga familiale

© Jean-Louis Fernandez

rencontre amoureuse. Un «Tournez manège» imposé, drôle certes, à prendre au second degré, mais quelque peu pathétique. À l’image de cette habitante, très gênée de se voir imposer la lecture d’un texte cru («baise-moi encore, oui baise-moi…»), de cette autre obligée de choisir «l’homme qui lui tape le plus à l’œil», ou encore de cet homme qui doit faire la parade du poulpe (il avouera s’être senti surtout «plouc»). Pas de problème pour ceux qui aiment faire du «testing» façon cirque, moins supportable pour les autres.

Yannick Jaulin s’est lancé dans l’écriture de La bête à deux dos après avoir lu La stratégie du caméléon de Jean-François Bouvet, où «toutes les stratégies du vivant pour séduire, se cacher et tout ce qui fait l’adaptation à la vie» sont évoqués. Programmée aux Nomade(s) de la Scène Nationale, l’énergique Angélique Clairand a donc mené dans les villages du Vaucluse une séance de coaching amoureux devant des petites jauges de spectateurs qu’elle utilise pour en faire les «otages» de sa démonstration. Si la complicité créée par la comédienne est effective, le texte drôle et documenté, son talent pour l’improvisation évident, le spectacle dérape rapidement vers le style «camping des Flots Bleus». Tout le monde joue le jeu bien sûr et s’amuse, bien obligé, mais certaines situations tiennent plus de l’art d’animer un groupe de vacances que du théâtre. «Comédienne en phase de reconversion professionnelle», devenue cochère de l’amour et le public son groupe de travail, elle crée donc une vraie/fausse séance collective de

DE.M.

La Bête à deux dos ou le coaching amoureux s’est joué aux Nomade(s) de la Scène Nationale du 27 au 30 avril

À noter : La bête à deux dos est programmé à Gap, au Parc de la Pépinière, dans le cadre du Festival Cité Cirque ( voir p 54).

Complément d’objet «Que venez-vous chercher ici ?», «Pourquoi êtes-vous venu à La Mourre ?» Ils s’invectivent les uns les autres, se scrutent et se jaugent, ne savent pas forcément pourquoi ils participent à ce jeu très spécial de La Mourre au cours duquel les étiquettes feront le moine, à moins que ce ne soit l’habit… Bref, avoir quelques minutes l’illusion que l’on peut s’affranchir La mourre © Milan Szypura

des étiquettes que l’on nous colle sur le dos ou au contraire conforter l’opinion des autres en adhérant complètement à l’image… Et comme un négatif qui viendrait se greffer sur le jeu, comme s’il existait un double pour chacun dans un monde parallèle, un deuxième spectacle vient s’intercaler, physique, visuel, où chacun effectue, sous le regard des autres, des figures avec différents agrès, répétitives et hypnotiques, saisissants tableaux qui éloignent un temps les participants du jeu et de leurs étiquettes. Une fois encore la liberté est au cœur du travail de la compagnie la Scabreuse, éternelle quête qui interroge le libre arbitre et l’assignation sociale, avec humour et finesse, et dont La Mourre nourrit les questions en laissant le public face à ses réponses… DOMINIQUE MARÇON

La Mourre a été jouée le 29 avril au Théâtre d’Arles

Des portes s’ouvrent -3, alignées en fond de scène-, claquent, ils rentrent, sortent, sautent, gestes bizarres et répétés jusqu’à prendre sens, tandis qu’un guitariste rock solitaire va nous conter l’histoire d’une famille un peu barrée, par bribes parlées et musicales. Tous les personnages sont là, simplement visibles dans une encoignure ou traversant le plateau jusqu’au mat sur lequel les figures ne vont pas tarder à s’enchaîner, lumineux moments hors du temps où se fabrique cette histoire familiale. Tout le travail de la cie Hors Pistes se base sur le cirque, un travail du corps et de l’espace qui prend ici une dimension plus importante puisque mélangée à de la danse, à de la musique, impulsant au spectacle un rythme particulier qui permet d’alterner les souvenirs, les flashs, et d’aborder des thèmes chers aux artistes tels la mémoire, le rapport de l’homme au travail (en l’occurrence une chaîne automatisée qui pourrait bien rendre fou), la solitude, le pouvoir… Les saynètes s’enchaînent avec une énergie folle, les portes donnent le ton, laissant à chacun le soin d’interpréter les portés, les sauts, les performances à la barre, et l’histoire se déroule, des années 60 à nos jours, curieusement familière et pourtant bien particulière ! DO.M.

Coma Idyllique a été joué le 7 mai au théâtre du Sémaphore, à Port-de-Bouc dans le cadre des Nuits Circulaires © Lucie Dufranc


PORT-ST-LOUIS | VITEZ | SIRÈNES ET MIDI NET

THÉÂTRE

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Tribu Levinienne poético-rock Voilà une pièce jubilatoire, d’une énergie fulgurante, entre performance ultra distinguée et métaphysique palpable, hautement recommandée par les temps qui courent. Habilement monté par la comédienne metteur en scène Agnès Régolo, qui signe la première pièce de sa nouvelle Cie Du Jour au Lendemain, Que d’Espoir de Hanokh Levin risque bien de devenir le petit bijou à ne pas rater. Agnès Régolo a réussi à rassembler musique et théâtre en une tribu hétérogène et non dissociée de talents confirmés, complices et inclassables, autour de la langue «coup de poing» de l’auteur israélien. Les musiciens du Collectif Inouï (Nicolas Chatenoud, Guigou Chenevier, Frédéric Giuliani, Guillaume Saurel) plongent sans peur ni reproche au cœur du théâtre, s’immergeant avec délectation dans les mots et les notes de ce cabaret expressionniste, tiré des textes courts et chansons de Levin. Les comédiens (Catherine Monin, Nicolas Geny, Kristof Lorion) se fondent et se démultiplient de tout leur corps dans la musique live, en partie issue du Bal Inouï qui revisite des morceaux des Résidents à Robert Wyatt (grandiose). Le résultat est rock, généreux, drôle, cynique, burlesque, hargneux mais toujours tendre, et la dépense qui s’en dégage combinée à la prose Levinienne ressemble à l’effet que procure cette dernière : elle électrise. On plonge avec ces «créatures de scène» dans l’absurdité du

© Delphine Michelangeli

monde au cœur de la domination politique et sociale. Et au cœur de l’humanité. Un coup de fouet et surtout du très bon théâtre qui donne les contours d’un paysage vraiment singulier, magnifiquement éclairé par Erick Priano. DE.M.

Que d’Espoir s’est joué au Théâtre des Halles, Avignon, du 13 au 16 mai et au théâtre de la Colonne, Miramas, le 18 mai À noter Que d’espoir sera joué le 20 mai au Théâtre Vitez, Aix 04 42 59 94 37 http://theatre-vitez.com

Création en cours «Bienvenue dans l’espace mental de Daniel Meynard!» L’invitation est lancée dès l’entrée du Citron Jaune par les membres de la compagnie 3 points de suspension qui présentent-là une étape de leur travail Nié qui tamola, L’œil voyageur. Nous sommes en Afrique, une Afrique singulière que dévoile un dispositif original et foisonnant : un itinéraire d’œuvres diversement exposées invite le public à «se documenter» ; accrochées aux murs ou posées sur le sol, elles forment un puzzle intelligent, du simulateur de

marchandage au grand jeu des origines (remarque percutante selon la réponse que vous apportez à la question «je suis africain parce que…») en passant par une fenêtre qui pleure ou un cabinet de curiosité sénégalais des plus curieux, dont le sens n’apparaîtra pleinement que plus tard… une fois digéré le spectacle hilarant et très documenté qui narre les péripéties politiques de la «Françafrique». De de Gaulle à Sarkozy, petits et grands personnages de l’histoire coloniale et postcoloniale défilent, au cours du

spectacle durant lequel on assiste à une dénonciation sans concession des politiques menées depuis une cinquantaine d’années. Une «sortie de chantier» plus que prometteuse dont on attend avec impatience la prochaine apparition… DO.M.

Nié qui tamola a été visible le 27 avril au Citron Jaune à Port-Saint-Louis-du-Rhône

Au feu et tous aux abris ! C’est rouge, pétaradant, enflammé… Le numéro proposé par l’Apprentie Compagnie à midi net est un hommage aux clowns anciens, perruques orange et maquillage blanc, qui grimpaient à la grande échelle avec d’immenses chaussures et des tuyaux d’incendie capricieux. Aux fenêtres les cris lyriques des victimes potentielles, des fumigènes, des explosions de bombes aux confettis… sur le parvis un défilé de camions rouges à bretelles, du saut à bascule, des acrobaties claudiquantes, et des tartes à la crème, de la mousse de neige sur les maigrichons palmiers qui survivent là… C’est tapageur, et joyeux, et simple, drôle comme les bonnes surprises sans prétention,

mais réglé au millimètre pour qu’aucun passant de s’éclabousse, et que tous s’éclatent !

On ne s’improvise pas pompier a eu lieu le 5 mai à midi net sur le parvis de l’Opéra de Marseille

A.F. © Daniel Simon

À venir Soto ni Deru, la dernière sirène avant l’été, sera proposée par Kubilaï Khan Investigation. Une création sur le flux urbain, et comment le corps y inscrit son intimité. Cinq danseurs, perturbés par trois musiciens, entre deux sirènes. Le 2 juin à midi Parvis de l’Opéra, Marseille 04 91 00 81 28 www.lieuxpublics.com


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THÉÂTRE

AU PROGRAMME

Vian’s Show ! Entraînés Jérôme Savary retrouve l’esprit revue pour rendre

Alpes diverses Angela Konrad met en scène les étudiants des

hommage à Boris Vian, écrivain touche-à-tout de génie, symbole de l’esprit jazz qui régna sur SaintGermain-des-Prés. Avec juste ce qu’il faut de nostalgie et toute la folie retrouvée de l’époque, Savary a plongé dans les chansons et les petits textes poétiques, mais aussi dans les romans, pour y trouver un écho à son propre univers. Une revue pas comme les autres, avec cinq comédiens-chanteurs, et six musiciens.

cursus Théâtre et Musique de l’Université de Provence pour un spectacle sur les Alpes bavaroises, inspiré de l’esprit de l’opérette L’Auberge du Cheval Blanc, et des affres précipiteux d’Elfriede Jelinek… Deux visions pour le moins contrastées des sommets enneigés !

Beau babil nouveau

© X-D.R.

Une Trompinette au Paradis Du 25 au 29 mai Le Gymnase, Marseille 0820 000 422 www.lestheatres.net

Au Joyeux Tyrol Du 8 au 13 juin Les Bernardines, Marseille 04 91 24 30 40 www.theatre-bernardines.org

Comme toutes les années, le théâtre des Ateliers conclut sa saison par des présentations publiques de sa compagnie d’entrainement. L’occasion bien sûr de prendre la mesure d’un travail pédagogique de grande qualité, et de découvrir de jeunes comédiens. L’occasion aussi de plonger dans l’univers d’un auteur : les Ateliers ne conçoivent pas leur formation sans l’établissement d’une relation profonde entre auteur et comédiens. Cette année, ce fut Joël Jouanneau qui leur donna la main. Alain Simon les dirige pour interpréter Les dingues de Knoxville. Les dingues de Knoxville La cie d’entrainement Du 3 au 16 juin à 21h Les Ateliers, Aix 04 42 38 10 45 www.theatre-des-ateliers-aix.com

© Brigitte Enguerand

Les Nouvelles brèves de comptoir sont arrivées ! JeanMarie Gourio et Jean-Michel Ribes livrent leur nouvelle fournée de saynètes autour d’un blanc, ou d’un p’tit noir. De l’aphorisme qui frappe l’imaginaire à la formule cassante qui cloue le bec, en passant par de plus longues circonvolutions, et des échanges étonnés, émus ou vifs, les répliques de ces piliers de comptoir fusent et désopilent, parlant simplement de l’époque, avec juste ce qu’il faut de caricature et de couleur. Pour finir la saison en légèreté, et parler de la crise autrement !

Leçon d’amour Les Fausses Confidences sont sans doute le chef- Irréel Avec les musiciens de la fanfare le S.N.O.B. (Service de d’œuvre de Marivaux. Celui où l’on voit la naissance du sentiment amoureux, le renversement des stratégies de domination, le basculement de la noblesse vers des intérêts d’argent. Les personnages et les dialogues y sont ciselés avec le plus fin des couteaux, et offrent aux comédiens des rôles de rêve. Didier Bezace, qui sait rendre dans l’espace les relations de pouvoir et de prédation, y dirige Pierre Arditi et Anouk Grinberg… Aux Salins, qui accueillent la programmation exilée de la Criée en leurs murs… Une navette est prévue, gratuite sur réservation, dans la limite des places disponibles. Les Fausses Confidences Du 2 au 5 juin Les Salins, Martigues 04 91 54 70 54 www.theatre-lacriee.com

nettoyage des oreilles bouchées), Ulik parcourt les rues pour offrir un défi de taille : leur Glisssssssssendo surprend les yeux et les oreilles ! Avec un répertoire éloigné des brass-bands traditionnels, basé plutôt sur des compositeurs contemporains, les musiciens jouent sur des instruments de musique extravagants aux formes inédites tout en glissant, comme par magie, parmi les spectateurs, vêtus de costumes noirs dignes de derviches tourneurs. Leurs silhouettes apparaissent et disparaissent avec grâce et magie tandis que dure leur Fugue musicale. Glisssssssssendo Le 21 juin à 11h et 22h Théâtre de Cavaillon 04 90 78 64 64 www.theatredecavaillon.com

Sombre Librement adapté de l’œuvre de David Peace par la com-

Dévorant La jeune et talentueuse cie L’individu poursuit sa

pagnie Fraction, Swan est tiré de la tétralogie Red Riding Quartet qui a pour cadre la ville de Leeds et la région du West Yorkshire, et se déroule de 1974 à 1983. La mise en scène de Jean-François Matignon s’attache au personnage de Clare, jeune fille de 13 ans retrouvée morte en 1983, sorte de petit chaperon rouge qui aurait rencontré l’Enfer en allant voir sa grand-mère, ou serait simplement tombé au cœur d’un vaste réseau de corruption qui mêle policiers, politiciens, industriels, journalistes et voyous.

route, forte du succès de Notre Dallas, et reprend Le di@ble en bouche, une histoire de relation anthropophage consentie... L’écriture de Charles-Eric Petit, parfois trop labile, ne manque ni de souffle, ni de personnalité, ni d’énergie, et touche juste là où les trentenaires ont mal de notre siècle. Thomas Cérisolaet Guillaume Clausse ne manquent pas non plus de ces talents multiples qui font les très bons comédiens… © Brigitte Enguerand

Le di@ble en bouche Du 3 au 5 juin Bancs Publics, Marseille 04 91 64 6000 http://bancspublics.free.fr

Explorant les rapports entre fictions et mensonges, récits fondateurs et arts en création, le 3bisf propose une longue soirée festive autour des mythes et de la création contemporaine. Avec un solo d’Anne-Marie Chovelon, le Lit de mars, une conférence de Jean-Pierre Raffaelli, une performance théâtrale chantée par Miriam Palma sur un texte de Lina Prosa, une vidéo… Comme toujours au 3bisf l’événement sera précédé d’ateliers (les 8 et 9 juin) et on pourra se restaurer sur place. Mito ! Le 11 juin 3bisF, Aix 04 42 16 17 75 www.3bisf.org

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Les Nouvelles brèves de comptoir Du 1er au 12 juin Le Gymnase, Marseille 0820 000 422 www.lestheatres.net

Créer, mentir

Swan Du 3 au 5 juin Théâtre des Halles, Avignon 04 90 85 52 57 www.theatredeshalles.com


27 Jubilatoire

© J. L. Fernandez

Dans une volonté de «mise en condition réelle», le Théâtre de l’Unité adapte Oncle Vania de Tchekhov et le joue à la campagne. C’est donc en plein air, à Lavalduc, non loin de Fos, que se déploiera la pièce, un espace ouvert qui est l’«un des parti pris le plus innovant de la mise en scène» comme le disent Jacques Livchine et Hervé de Lafond. Le texte du dramaturge russe s’inscrit dans un contexte dont les deux metteurs en scène démontent les mécanismes, des personnages secondaires ou fantômes jusqu’aux traditions russes qui émaillent le spectacle, samovar et bortch compris… Oncle Vania à la campagne Les 11 et 12 juin à 20h Lavalduc Théâtre de Fos 04 42 11 01 99 www.scenesetcines.fr du 24 au 26 mai Plateau de Roquevignon Théâtre de Grasse 04 93 40 53 00 www.theatredegrasse.com

Dépaysant Au Macumba, improbable Salle des fêtes où règne Madame Gravotta, se croise tout un monde de chanteurs, danseurs, musiciens pressés d’en découdre avec la scène. Macha Makeïeff et Jérôme Deschamps retrouvent-là l’univers qui colle si bien à leur peau, parodique et émouvant, au cœur d’un microcosme où chacun est toujours un peu à côté de sa vie mais heureux. Que les fidèles de la compagnie se rassurent, la pièce s’inscrit parfaitement dans le répertoire connu et habituel qui est leur marque de fabrique. En plus musical ! Salle des fêtes Les 27 et 28 mai Théâtre de l’Olivier, Istres 04 42 56 48 48 www.scenesetcines.fr © Marc Enguerand CDDS


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DANSE

BNM

Le Ballet

National n’en finit pas de danser… Après son programme à l’Opéra de Marseille, un autre à Danse en avril (Aubagne), Métamorphoses aux Salins, une tournée en Italie, la carte blanche de ses danseurs, un [Mac] envahi lors de la nuit des musées… le BNM va danser la dernière création de Frédéric Flamand dans une Salle Vallier rééquipée… À ne pas manquer ! À l’Opéra on a pris plaisir à revoir la pièce de Lucinda Childs, à l’écriture précieuse et au rythme précis, épatant surtout dans le mouvement rapide… Les deux créations étaient moins intéressantes pour des raisons différentes : Eric Oberdorff, qu’on a vu plus inspiré, semblait avoir conduit ses danseurs hommes vers un univers assez convenu ; quant à la pièce d’Olivia Grandville, elle débutait avec génie -ah ces filles en survêt traversant sur pointes la scène- puis se perdait un peu en longueurs, et en références drôles, mais pas exemptes, bizarrement, de clichés féminins (importance du déguisement, de l’habillage/déshabillage, de l’échevelé…). Mais il était évident ce soir-là que le Ballet de Marseille avait subi une transformation, amorcée depuis un an : finis les manques d’impulsion, de dynamique, et les décalages fréquents d’une troupe qui ne parvenait plus tout à fait à danser ensemble. Les nouveaux danseurs ont visiblement impulsé une énergie nouvelle, reprise avec bonheur par les plus anciens qui les canalisent…

À chat perché La dernière pièce de Frédéric Flamand en témoigne également. La vérité 25 fois par seconde a montré au Théâtre de Chaillot un Ballet en plein essor. La chorégraphie est en effet fondée sur les qualités individuelles des interprètes, qui offrent de très beaux duos ou moments solitaires qui témoignent de leurs personnalités. Ils font également preuve d’une grande cohésion qui permet des ensembles parfaitement réglés, et d’une généreuse ampleur. Mais l’intérêt de cette création réside dans son propos. Accompagnée par une musique omniprésente, la pièce repose sur une scénographie sans effets tapageurs, toute en finesse : comme dans le Baron Perché dont il

La vérité 25x par seconde © Pino Pipitone

tin dans un monde fou d’Angelo Vergari, originalité pleine d’humour de Malgorzata Czajowska, duo sensible de Marcos Marco, interrogations douloureuses de Gabor Halász. Mais aussi un travail sur la couleur et les différences avec Noir et blanc du bielorusse Anton Zvir et celui de Nahimana Vandenbussche, danseur d’origine burundaise dont la peau noire joue avec la farine dont il s’enduit le corps. Enfin la chorégraphie déjantée de Martin Harriague joue sur le dépaysement japonais en envahissant la scène de 25 poupées en plastique à l’image de la fameuse Kitty, héroïne «mignonne» et mièvre qui fait fureur chez les ados. Comme quoi une Ouverture peut mener loin !

Masculin

BNM à l'Opéra © Agnès Mellon

s’inspire, Flamand conçoit un monde terre à terre répétitif et factice, où l’illusion règne, projetée sur des écrans qui mentent en désaxant l’image, en emmêlant captations immédiates et enregistrées. Un Œil énorme surveille le tout, et les buissons d’échelle conçus par Wei Wei séparent le bas du haut, qui semble un ciel inatteignable vers lequel personne n’osera s’échapper, ou dont les jeunes barons ne pourront plus descendre. Une pièce où la rotation domine pour mieux brouiller les repères et dont on sort presque étourdi.

C’est à un jeu très viril, intitulé Super Man Project, que Yasuyuki Endo invitait au [Mac] lors de la nuit des musées. Si l’interprète du Ballet demeure toujours aussi fascinant lorsqu’il danse, majestueux et ouvert comme un sphinx épanoui, sa proposition contenait beaucoup de maladresses, quelques très belles idées, et des moments éblouis. Les maladresses ? Des bananes qui sortent des slips, d’interminables vidéos dont une course travestie dans les couloirs du BNM, une juxtaposition de saynètes n’ayant rien à faire ensemble, et par-dessus tout un spectacle frontal mal pensé dans l’espace, offert à un public nettement trop nombreux dans cette configuration. Les trouvailles pourtant -la danse scotchée au sol, les corps à corps athlétiques, les costumes souples et colorés, la belle masculinité de cinq interprètes visiblement très bien guidés- laissent le spectateur en attente d’une proposition plus resserrée ou plus accomplie, sans vidéo maladroite, et dans une salle de spectacle… CHRIS BOURGUE ET AGNÈS FRESCHEL

Ouverture à 360° Lors de la Carte Blanche aux danseurs au Grand Studio, leurs 9 pièces courtes ont fait preuve de liberté, et d’un plaisir à chorégraphier les uns pour les autres, à mêler leurs esthétiques et leurs cultures. Le résultat est décapant ! Énergie et maîtrise les animent tous, avec des atmosphères très différentes. Travail plastique et réflexions sur le couple de Marion Zurbach et Martin Harriague, images désarticulées du pan-

À venir La Vérité 25 fois par seconde Salle Vallier, Marseille Du 8 au 12 juin 04 91 32 72 72 www.ballet-de-marseille.com


MOD | BALLET D’EUROPE

DANSE 29

Remue méninges En ces temps de disette des concepts, la programmation de MOD fait du bien par où elle passe, posant de fondamentales questions même si on n’aime pas toujours les réponses ! Avec Appaix d’abord, à la Minoterie et aux ABD, puis avec Yvonne Rainer. En attendant Meredith Monk, pas moins !

Diptyque et variations Paul Verlaine aimait les vers qui boitent sans peser ni poser... ne pas compter douze mais onze et respirer la joie du suspens... Les jeunes interprètes du groupe Coline, issu des classes de formation professionnelle de La Maison de la Danse d’Istres, interprétaient donc en impair et sans le moindre faux pas la pièce pour eux chorégraphiée par Georges Appaix, Dodeca ou presque... Le titre à l’oreille sautille et affiche une liberté assumée ; nulle désinvolture pourtant dans cette prestation serrée, impeccable et d’une lisibilité revigorante : les danseurs livrent le temps d’un parcours sur plateau des fragments d’autobiographies imaginaires parlées (on y est souvent Suisse, tendance Chameau; on pense à Godard-le-Fou), scandées par le geste, emportées par la course, scindées et traversées par l’irruption de l’autre, toujours interrompues donc et toujours à remettre en mouvement ; les Inventions de Bach dans leur précision didactique, légèrement déréglées par le souffle de Glenn Gould et le doigté d’Olivier Renouf semblent jaillir de l’énergie de chacun. Avec émotion on y reconnaît les matériaux qui ont construit l’histoire de La Liseuse : générosité de la transmission et intelligence de l’assimilation. L’exercice est parfaitement réussi ! Georges Appaix aime-t-il Paul Verlaine ? Quand notre danseur, en aparté troubadour, chante sur sa guitarejouet, défiant Fauré et Debussy, nul ne doute plus de sa malignité. À ce moment délicat, la salle de lecture de la BDP se remet à peine des perturbations savamment orchestrées par le sextet (voir plus haut): le spectateur a d’abord foulé aux pieds un seuil de livres couchés, mosaïque ironique, avertissement sans frais ;

assis à la table de travail, il a vu s’agiter de sombres employés en quête de sens (où ? à quel endroit ? du pied de la lettre à l’échelle des mots ?), passer à vive allure un hippocampe vibrant du feuilleté de toutes ses pages ; un peu perdu dans ce wonderland rempli de bruissements (la langue de Flaubert croise celle de Ghérasim Luca / les livres finement animés par Jean Pierre Larroche se rebellent / les danseurs ont les mots aux fesses et se glissent partout dans les oreilles), il a goûté à la délicieuse frustration qui fait tendre le cou dans toutes les directions : autant en emporte la vue et tant pis pour l’ouïe (ou l’inverse) !

En perspective Croiser Yvonne Rainer a de quoi déboulonner quelques attentes du spectateur de danse. Parce que son style affirmé, dansé, refuse la torture du corps, le trop tendu trop placé trop sec trop vite que l’on voit chez le danseur contemporain comme chez le classique. Mais elle ne sombre pas non plus dans le rien, le minimal, l’esquisse (qui n’est autre que l’envers du trop-tendu-trop…). Ses quatre danseurs tranquillement laissent leurs corps divers dire toute la gamme des joies d’être, dans un relâché qui n’est pas avachi ou morbide mais expressif, suggestif, humain, simple comme des gestes quotidiens que vous ne feriez pas, pourtant. Dans Spiraling down elle parle de cela, du corps, qu’on endurcit ou pas, qu’on aime ou pas, qui a un vécu, une forme. Ros indexical questionne de surcroît la place du public. En s’attaquant au Sacre et en rappelant combien, il y a près d’un siècle, il avait fait scandale ; en imposant un univers où les danseurs répondent, quand ils le veulent, aux élans de la musique et non à l’argument; en introduisant des perturbations lumineuses, puis en théâtralisant une intervention de spectateurs préparés. À l’heure où le public se comporte souvent en consommateur insatisfait, et trouve parfois des échos auprès des pouvoirs publics, il est bon de rappeler que les grandes œuvres du passé ont souvent été accueillies par des

Europe poursuit sa route Comme chaque été le Ballet de Jean-Charles Gil multiplie les événements et les créations en Provence et en Europe. Avec une première étape le 10 juin, à La Friche : l’occasion pour le chorégraphe de présenter son projet sur l’eau, qui le conduira jusqu’en 2013 au terme d’une recherche, déjà bien Comme un souffle de femme © J.-C. Verchère

entamée, sur la fluidité et la sensualité. Témoin ce Comme un souffle de femme, ballet en deux trio mixtes qui, sur des musiques de Theodorakis, laisse voir comment des corps différents s’emparent de la même partition chorégraphique pour donner jour à des interprétations très dissemblables. La soirée verra aussi la création de Extra-vaganza, sur la musique de Vivaldi, référence des danseurs classiques. Un duo d’une belle étrangeté avait été créé en 2008, intégré à Folavi. Jean-Charles Gil prolonge, et monte tous les mouvements de la Stravaganza, concerto mythique, avec six de ses excellents interprètes. Comme un souffle de femme. Extra-vaganza Ballet d’Europe Le 10 juin La Friche, Marseille 04 96 13 01 12 www.balletdeurope.org

Yvonne Rainer, Spiraling down © Paula Court - Courtesy of Performa

scandales peu pertinents… Ouvrir son esprit à des formes inhabituelles, revendicatrices dans leur propos ou dans leur radicalité, redevient urgent. MARIE-JO DHO ET AGNÈS FRESCHEL

À noter Marseille Objectif Danse poursuit sa programmation avec Meredith Monk du 4 au 6 juin à La Friche 04 95 04 96 42 www.marseille-objectif-danse.org


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DANSE

MERLAN | CHÂTEAU-ARNOUX | PAVILLON NOIR

Pour qui sont tous ces cerfs ? Le Belge Jan Lauwers et sa Needcompany ont présenté au Théâtre du Merlan le dernier volet de la trilogie Sad Face Happy Face consacrée aux tragédies contemporaines. Une maison des cerfs dans la lignée des créations de cette troupe éclectique et polyglotte, qui associe théâtre, musique et danse dans des décors ahurissants et avec une belle énergie. De fait, hormis quelques-uns qui ont quitté la salle, le public a été conquis et a réservé aux artistes un accueil des plus enthousiastes. Cela peut se comprendre. Ce spectacle en trois temps, né d’un drame personnel, la mort en Yougoslavie du frère d’une des danseuses, repose sur de réelles performances d’acteurs sinon de danseurs et offre, outre sa singularité même, des moments de magie. Durant l’acte central, sorte de mise en abyme, La maison

des cerfs, havre inquiétant au milieu des bois, apparaît comme le lieu de mémoire de toutes les catastrophes humaines et de toutes les grandes œuvres dramatiques. L’intrigue rappelle les tragiques grecs, les comédiens et danseurs, affublés d’oreilles postiches et de costumes mi-tulle mi-fourrure, évoquent des elfes shakespeariens. Et lorsqu’enfin, dans un décor d’hécatombe, les cerfs sont débités en morceaux et servis à table, que morts et vivants se retrouvent autour du repas de Noël puis qu’ils entonnent le choral final, un brin consensuel, on s’aperçoit qu’on a été pris. Il n’y a pas à dire, Jan Lauwers sait y faire pour entraîner le spectateur. Reste à savoir vers quoi. Le propos, que le premier acte, situé dans les vestiaires de la compagnie, est censé exposer, part tous azimuts. On ne sait

© Agnès Mellon

plus où regarder, qu’entendre. Est-ce pour pallier cela qu’un livret de 10 pages, pas moins, est distribué aux spectateurs ?

La maison des cerfs a été présentée au Merlan du 22 au 24 avril.

FRED ROBERT

La planète s’affole Ça démarre dans un lavomatic et ça finit derrière des paravents en bois dentelé. Entre les deux ? Un spectacle sans queue ni tête, à croire que sentir le propre rend fou ! Des étendages désarticulés bougent seuls, des corbeilles en plastique attaquent © Agnès Mellon

entre la ronde des faunes et la cour des miracles : gnomes tordus, ils éructent, crient, rient jusqu’à s’en faire péter les cordes vocales. De cette folie qui n’a rien de Surréaliste (pauvre Breton !) ni d’absurde (Ionesco en resterait muet), on en sort naufragé, vaincu par tant de vacuité. Et si ce n’était la Needcompany, dont on avait plébiscité La chambre d’Isabella, on s’interrogerait sur les intentions réelles de This Door is too small (for a Bear) : que cache donc cet «ours» débridé et voyeur derrière son costume de clown ?

les acteurs-danseurs-chanteurs et des planches se déhanchent ; les objets parlent avec des hommes à tête d’ours. Et après ? Deux danseuses en poupées glacées enrobées d’une mini robe en lamé transforment la laverie en champ de bataille : chacun vaque à ses occupations (euh, lesquelles ?) dans un désordre indescriptible. Ils avaient annoncé «un spectacle surréaliste imprégné d’humour absurde» imaginé par la chorégraphe Grace Ellen Barkey, on a droit à une représentation tape-à-l’œil, racoleuse et terriblement ennuyeuse. Et quand les corps dansent, leur maladresse feinte exaspère et leur gestuelle outrancière frise le ridicule : la pauvreté du langage chorégraphique laisse pantois. Ensuite ? Une fois le plateau débarrassé de ses scories (la laverie n’est plus la métaphore d’un paradis blanc ou d’un bordel…), les corps dessinent une partition qui oscille

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI

This Door is too small (for a Bear) a été joué les 28 et 29 avril au Merlan

Dancité

© Jean-Jacques Mahé

Le 30 avril, le Théâtre Durance présentait ses urbanités chorégraphiques à son public enthousiaste. Anthony Egéa, talentueux chorégraphe de la Compagnie Rêvolution basée à Bordeaux, présentait son Urban Ballet, poésie chorégraphique en quatre strophes créée en 2008. Une écriture subtile, précise et sensuelle qui semble s’affiner avec le temps. Le débat avec la troupe, à la suite du spectacle, permet au public de vérifier les causes de ses impressions premières : la volonté d’une architecture du geste aussi solide que rigoureusement bâtie sur des fondations musicales puissantes et amples (Stabat mater de Vivaldi, Boléro de Ravel, composition de Xenakis puis de Franck II Louise) ; une harmonie nerveuse et vive entre les corps et l’âme du groupe, hydre à dix têtes ondulante et foisonnante ; une

émouvante osmose entre ceux qui créent et ce qui croît en l’œuvre collective ; le geste chorégraphique ample et aérien de la danse de rue allié à la précision horlogère d’une danse contemporaine aux accents très classiques. L’émotion seule est portée par les performances physiques époustouflantes. «…Quand on reste sur la scène durant plus d’une heure, à un moment c’est l’esprit qui prend le pas sur la fatigue du corps…» Une abnégation qui permet à un public subjugué de savourer un vrai moment esthétique… pour un rêve d’évolution qui emporte vers des sommets d’émotion. YVES BERCHADSKY

Urban Ballet a été dansé au Théâtre Durance de Château-Arnoux (04)


Woza, Welcome, Bienvenue Musique et diaporama en guise de mise en bouche, Via Katlehong Dance plonge derechef le spectateur en Afrique du Sud. Il ne quittera plus le township de Katlehong, dont le groupe est originaire, jusqu’aux dernières mesures de Woza, épuisé par le rythme d’enfer mais totalement réjoui. Woza, par son énergie de tous les mouvements, son sourire un peu figé et sa générosité, atteint en une fraction de seconde les cœurs sensibles au chaos festif, aux rituels et à la danse parfois incantatoire. Costume traditionnel pour l’un, jean et basket pour l’autre, complet-veston digne d’un Sapeur (mouvement ancré à Brazzaville, Kinshasa et Paris…) pour le troisième… Salutations tonitruantes, palabres éternelles, rumeurs et chants mêlés : on se croirait au marché un jour de grande affluence ou lors des préparatifs d’une cérémonie… Par tableaux successifs -qui font de Woza une revue plutôt qu’un spectacle- la troupe alterne scènes de groupe, parade, musique afro-jazz et standards © John Hogg américains. Parfois elle s’offre une petite pause avec un solo nostalgico-langoureux et un duo amoureux à l’humour poussif. Bref, Woza est un mixte entre Johannesburg et Broadway ! Qu’importe… cet «exotisme» séduit d’autant plus que Via Katlehong Dance modernise la pantsula (style de vie de la jeunesse rebelle des townships dans les années 60 incluant mode, musique et danse), lui apporte sa touche personnelle en l’associant aux gumboots, aux claquettes et à la musique traditionnelle. Une musique de bottes en caoutchouc symbole de fête et de protestation. MARIE GODFRIN-GUIDICELLI

Woza a été interprété du 27 au 30 avril au Pavillon noir, Aix

Comme à Amsterdam mais… L’art discret de Christine Fricker interroge le quotidien. En mettant ses danseurs en vitrine, sur la Canebière de surcroît, elle interroge sans tapage, simplement en faisant surgir l’incongru, notre regard dans la ville. Que ses interprètes soient une très belle jeune femme, un homme plus ténébreux ou une dame moins jeune, tous sont captivants parce qu’ils se livrent sans démonstration. Regardent ou non les

passants, miment ou non des gestes réels, répètent ou non des boucles. Comme toujours l’incongruité arrête les passants, suscite des questions On peut regarder ? Ils vendent un truc ? C’est un spectacle ? et des remarques épatées Ben dis donc la vieille elle est plus en forme que moi, des rapprochements amusés On se croirait à Amsterdam, mais en plus habillé ! Jusqu’au bourru qui passe en pestant. Lui aussi, finalement, ça l’a ému. A.F.

Inventaire des corps mouvementés a été créé dans les vitrines de l’Espace Culture, 3 fois par jour, du 7 au 11 mai


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MUSIQUE

SYMPHONIQUE

L’Empereur s’habille en tailleur Obérons rapidement la sempiternelle 5e symphonie de Beethoven et les insipides Quatre psaumes de Schütz de Betsy Jolas pour nous focaliser sur l’axe principal du concert proposé à Salon dans le char-

Brigitte Engerer © Anton Solomoukha

mant théâtre à l’italienne Armand : à savoir, le concerto L’Empereur par Brigitte Engerer. Seule face à son Steinway, à la sonorité métallique et agressive, et à l’orchestre de Cannes, au pupitre des vents particulièrement désertique, la concertiste de renom s’attaqua au monument de Beethoven. Bien soutenue par l’ensemble dirigé par Philippe Bender, la pianiste nous fit oublier la piètre qualité de l’instrument alternant passages robustes et dynamiques avec des arabesques perlées d’une rare beauté. Le second mouvement, longue dentelle mélodique en opposition au rondo final destructeur nous permit d’admirer toute l’étendue de la palette de jeu d’Engerer : trilles cristallines, virtuosité sans faille, emprise totale sur l’orchestre… du grand art ! un face à face monumental entre l’œuvre et l’interprète: impérial !

Succès symphonique

CHRISTOPHE FLOQUET

Ce concert a eu lieu à Salon le 28 avril et aux Pennes-Mirabeau le 27 avril

Cordes d’exception ! Les grandes scènes nationales n’ont qu’à bien se tenir ! c’est en Avignon que se sont produits trois immenses artistes : Frank Braley, Gautier Capuçon et Laurent Korcia rêver en interprétant avec fougue le Concerto op.26 de Max Bruch, pages virtuoses dont tous les jeunes violonistes connaissent le lyrisme. L’orchestre, placé sous la baguette de Jérôme Pillement, a dignement soutenu le soliste qui s’est vu bissé plusieurs fois par le public. Le concert s’est achevé par la Symphonie «l’Horloge» de Haydn, chaudement applaudie. Le prochain concert symphonique (11 juin) sera encore placé sous le signe des cordes puisque c’est l’immense virtuose russe Vadim Repin qui viendra interpréter un Concerto de Prokofiev.

Le 4 mai, Frank Braley et Gautier Capuçon ont joué pour un concert organisé par le Rotary Club : la soirée s’est ouverte sur les Variations H378 de Martinu -à la place de l’Arpeggione de Schubert programmée- et, outre une Sonate de Schumann et des Variations de Beethoven, c’est dans l’opus 119 de Serge Prokofiev que l’intensité émotionnelle a été la plus forte. Créée en 1949 par le Grand Rostropovitch, l’œuvre envoûte immédiatement : au piano, Frank Braley a su dévoiler sa virtuosité tout en laissant Gautier Capuçon (et son superbe violoncelle, un «Goffriler» de 1701) séduire une salle déjà sous le charme de l’artiste qui avait interprété avec talent le Concerto opus 104 de Dvorak en février 2009. Le public, électrisé par tant de passion, a longuement rappelé les artistes qui ont rejoué avec générosité. Le 6 mai, ce fut au tour de Laurent Korcia -qui joue le «Zahn», un «Stradivarius» de 1719- de nous faire

CHRISTINE REY

Mikhaïl Rudy © X-D.R Laurent Korcia © Andres Reynaga

Frank Braley © King Records

Gautier Capuçon © M. Tammaro

Le dernier concert de la saison de l’Orchestre de l’Opéra de Toulon, en collaboration avec le Festival de Musique de Toulon et sa Région, a attiré du monde au Palais Neptune le 22 avril dernier. C’est qu’au pied du Faron on avait envie d’entendre le pianiste Mikhaïl Rudy dans Rachmaninov et son 2e concerto. Le Russe, fort à l’aise dans l’expression sombre de l’âme slave, rompu aux traits virtuoses travaillés depuis le Conservatoire Tchaïkovski, a fait preuve de cœur et de puissance dans ce morceau de bravoure. L’ensemble n’a pas manqué de générosité, malgré une acoustique déséquilibrée, quelques accrocs et flottements dynamiques entre le piano et l’orchestre. Au programme, on a également apprécié une belle interprétation de la trop rare Symphonie de Bizet. Ce chef-d’œuvre de la littérature symphonique française, écrit par un tout jeune homme, fut servi par une direction vibrante (Giuliano Carella) et un solo de hautbois à élever l’âme, livré avec finesse et goût par la dernière recrue de la phalange varoise : Guillaume Deshayes. JACQUES FRESCHEL


MUSIQUE 33

Le quinzième festival de musique sacrée poursuit sa route jusqu’au 28 mai… Souffle romantique

Jean-Philippe Lafont © X-D.R.

Elias est une fresque lyrique magistrale. Mendelssohn l’a composée (il n’y manque que peu d’atouts scéniques pour en faire un opéra) en se souvenant de Bach et des oratorios de Haendel. C’est du Livre

des Rois qu’est tiré le livret d’Elias. Durant deux heures et demie les voix sont très sollicitées. Dans l’acoustique délicate de l’église St Michel, où les pupitres choraux ont tendance à se dissoudre dans la réverbération, le Chœur de l’Opéra de Marseille a montré sa brillante maîtrise technique. Sans économie, déployant un chant puissant, il a, d’une seule voix, articulé le texte à souhait dans les grands chorals, les contre-points variés, tout en préservant le souffle inhérent aux phrasés romantiques. On souligne le travail rigoureux effectué en coulisse par la phalange phocéenne et son chef Pierre Iodice. Pour les quatre principaux solistes, Maurice Xiberras avait fait appel à des talents de dimension internationale : Jean-Philippe Lafont et sa déclamation puissante, le charme vocal de Kimy Mc Laren, le timbre sombre de Qiu Lin Zhang et le ténor lumineux de Gilles Ragon, soutenus par la direction experte de Friedrich Pleyer à la tête de l’Orchestre Philharmonique de Marseille, ont donné toute sa dimension à cet opus qui manquait depuis quinze ans à l’affiche du festival. JACQUES FRESCHEL Hasmik Papian © Zaven Khachikyan

Vibrations polyphoniques L’église Saint-Michel accueillait le 11 mai l’orchestre lyrique de Région Avignon Provence et le Chœur Régional PACA dirigés par Michel Piquemal, dans deux œuvres majeures: Pauken Messe (Messe dite des timbales) de Haydn et Lauda Sion op.73 de Mendelssohn. Le chœur, intense dans l’immense crescendo du Kyrie soutenu par les timbales, et recueilli dans un Benedictus planant, suit un chef précis, libérant un lyrisme communicatif : vigoureuse fugue du Credo et Agnus Dei impressionnants, croches régulières des cordes sur des roulements de timbales et les accents jubilatoires des cuivres. Dans le quatuor soliste, on retiendra l’engagement lumineux de Sandrine Eyglier, soprano expressive au timbre ample. Le ténor Vincent De Rooster et le baryton Ulrich Studer assurent correctement des parties moins exposées. Jacqueline Mayeur, mezzo-soprano, colore son timbre chaud, proche du contralto. L’OLRAP est homogène, cordes veloutées et interventions solides des vents. Le Lauda Sion, salvatorem (Sion, acclame ton sauveur), traduction musicale de la transsubstantiation du pain et du vin en corps et en

sang, de Mendelssohn, prouve la science du compositeur dans le domaine de la musique religieuse. Dessinée en traits larges fortement orchestrés, elle dégage un romantisme alternant rythmes vifs -châtiment du jugement dernier (sumit unus)-, motifs apaisés (Bone pastor) ou le magnifique choral chœur/soprano (sit laus, plena, sit sonora). YVES BERGÉ Orchestre de l'OLRAP © Stephan Caso

La classe ! Le Festival de Musique Sacrée c’est aussi des concerts gratuits organisés dans des églises de divers quartiers de la ville par les élèves avancés des classes du Conservatoire. Le 9 mai à St-Julien, on a pu ainsi apprécier de beaux airs et ensembles vocaux interprétés avec talent et goût par de jeunes chanteurs de la classe d’Isabelle Vernet. La professeure, nouvellement arrivée dans la cité phocéenne pour

Sacrément théâtral

prendre la succession de Claude Méloni a assuré une forte présence pour soutenir ses élèves. Elle a dirigé et présenté ses «protégés» avec un enthousiasme communicatif. Des chanteurs pleins d’avenir qui furent accompagnés rituellement (et au cordeau !) par la pianiste Marie-France Arakélian ! J.F.

Le Requiem de Verdi est une immense fresque en sept parties qui commémore l’anniversaire de la disparition du poète Manzoni et fait preuve d’une maîtrise parfaite du sens liturgique, d’une écriture magistrale, entre drame et aspiration sacrée. L’opéra de Toulon avait invité le chef Bruno Aprea, survolté, imprimant toute la palette de nuances exigée par la partition. Le quatuor soliste était de haute tenue : la soprano Hasmik Papian, domptait à merveille une redoutable tessiture, avec un Liberame me superbe ; la mezzo-soprano Elisabetta Fiorillo, aux graves imposants, donnait au Lacrimosa de belles couleurs plaintives ; le ténor Antonio Gandia, à la ligne de chant superbe, fut lumineux dans l’Ingemisco, la basse Marco Vinco noble et imposant dans le confutatis maledictis. Les chœurs de l’opéra, placés sur quatre rangées en haut de scène, étaient très convaincants dans les passages pianissimi planants, salva me, ou reprenant l’Agnus Dei des solistes, paliers a cappella, sur un fil, avec contrechants des bois, comme dans l’étonnant Dies Irae aux attaques décidées, leitmotiv puissant. Leur disposition, très en hauteur derrière les trois rangées de vents et les timbales, ne servait cependant pas la projection. L’orchestre de l’opéra donnait toute son énergie dans un Dies Irae tonique et on appréciait les nombreuses interventions des vents ; quelques décalages dans le début du Sanctus n’empêchèrent pas la fugue de s’imposer de façon rayonnante. Verdi au sommet de son art, entre Aïda et Otello, laisse une œuvre d’une immense poésie, pleine de force et d’espérance : liberame, Domine ! On pouvait aller en paix après cette interprétation généreuse et intègre. YVES BERGÉ

Le Requiem de Verdi a été chanté les 14 et 16 mai à l’Opéra de Toulon


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MUSIQUE

MUSIQUE DE CHAMBRE

Du lyrisme à la joie L’ensemble vocal Musicatreize poursuit son cycle de concerts dans l’auditorium de la bibliothèque départementale Temps et espace habitent ce programme : temps de la mort en valeurs longues, temps de la fête en rythmes incisifs. Un voyage acoustique aux dispositions pertinentes : Trois Etudes hongroises de Ligeti, Quatre chants populaires hongrois de Bartok, Madrigalkomödien de Peter Eötvös et les Eight sacred and profane lyrics songs de Britten. Le lyrisme de Britten impose de grands intervalles, des entrées par paliers en appels douloureux, en crescendos saisissants. Les fins de phrases pianissimi de la Prière à la Vierge sont magiques, et dans Si je connais l’amour le solo de Kaoli Isshiki au chromatisme chaloupé plane sur les nappes du chœur aux attaques parfaites. La direction de Roland Hayrabedian, expressive, entraîne ici un bel engagement. Les Études de Ligeti sont plus agressives dans leurs polyrythmies, et les chants populaires de Bartok se révèlent d’une grande difficulté : ambitus large, métrique des Balkans, textes sombres sur le prisonnier, la fuite, dissonances acerbes. Plus ludiques, les Comédies madrigalesques d’Eötvös : Insetti Galanti (Insectes galants), que Gesualdo utilisa dans ses Madrigaux, évoque des ébats de moustiques, regorge de jeux vocaux, fait un clin d’œil à l’opéra, et donne lieu à une merveilleuse alchimie des timbres : le chef devient cocasse et l’ensemble vocal semble enfin relâché ! Le Madrigal du mariage, d’une folle théâtralité, évoque la joie de vivre au moment des photos, occasion d’ironiques arrêts sur images.

© Guy Vivien

Chaque voix s’amuse, se répond, dans une allégresse vocale tourbillonnante. Un moment très jubilatoire ! YVES BERGÉ

Ce concert a eu lieu le 7 mai à la Bibliothèque départementale Gaston Defferre

Zin’q à six

Une musique sculptée

MARYVONNE COLOMBANI

Dana Ciocarlie © X-D.R.

La belle salle de l’Oustau Calendal de Cassis, située idéalement sur la jetée qui sépare le port de la mer, accueillait ce soir-là, le 27 avril, pour la fin de la saison, un concert tout d’harmonie et de passion. Dana Ciocarlie au piano et Sébastien Van Kuijk au violoncelle (un superbe instrument de François Fendt, fin XVIIIe) ont offert à un public averti une exécution virtuose et inspirée d’œuvres de Mendelssohn et de Schumann, dont l’anniversaire est occulté par celui de Chopin cette année… Une complicité de huit années était rendue sensible par le jeu des deux artistes. Si les variations concertantes de Mendelssohn mettaient en valeur la virtuosité des deux instrumentistes, et Romance sans paroles la fluidité du clavier, la 2e sonate en ré majeur (op 58) soulignait l’ampleur du jeu arpégé du piano, la souplesse et le lyrisme jusque dans les pizzicati du violoncelle. Les passages de Schumann, Märchenbilder, Quatre Phantasiestücke (op. 12 et op. 78), sont à la fois brillants et sensibles dans une esthétique de la surprise sans cesse renouvelée. Le sublime ici devient évidence tangible. Le public demande rappels sur rappels et les artistes accordent le bonheur de la Romance sans Paroles et la pièce inachevée Albumblat de Mendelssohn. On sort de là réconciliés avec le monde, une mer tendre offre un miroir uni au beau lever de lune sur les falaises… Exceptionnel.

L’arrivée en trombe sur la scène du foyer des six musiciens (Laurent Cabaret et Julien Lucchi aux trombones, Thomas Leleu au tuba, Eric Laparra de Salgues au cornet, Denis Cartier Million à la trompette et Bernard Pereira aux percussions) et l’entonnement hâtif naturel du célèbre gospel Just a closer walk, suivi de la Danse du sabre d’Aram Khachaturian, a su donner à un public complice le ton de ce dernier concert de musique de chambre de la saison. Programme éclectique donc, quoique cantonné à des pièces tonales, interprété avec théâtralité et humour (le Duo des chats de Rossini s’avéra tout simplement délicieux, et la Danse des heures de Ponchielli vivifiante), et une musicalité indéniable. Plus à l’aise dans le folklore (espagnol ou balkanique) que dans un répertoire plus «sérieux» (l’adaptation de la Nuit sur le Mont Chauve tombait un peu à plat), la bande des Zin’q n’a cependant pas hésité à resituer les compositeurs, à remercier l’opéra de l’importance qu’il aura accordée aux cuivres cette année (en rappelant la prestation acclamée du tubiste Thomas Leleu au dernier concert symphonique) et à présenter tour à tour les membres du quintette (+1) dans la bonne humeur. Le résultat a très vite conquis le public, qui a exigé deux bis ; amusés, les musiciens ont à plusieurs reprises rejoué à la cadence finale, en la réduisant peu à peu, jusqu’à ne tonner que le dernier accord. Un joli teint cuivré pour préparer l’été ! SUSAN BEL

Ce concert a eu lieu le 15 mai au Foyer de l’Opéra de Marseille


MUSIQUE 35

Caprices de Diva grognements de chien (Fido Fido) ou des mâchonnements évocateurs (Le vieux chameau du zoo)… On en oublierait presque les splendeurs de son soprano aérien, les virtuosités déployées, si l’on n’entendait, comme en clôture du spectacle, un irrésistible pastiche technico-délirant d’air d’opéra signé Isabelle Aboulker (Je t’aime). On vire du rire aux larmes avec Reynaldo Hahn ou Canteloube, on reconsidère le cante jondo de Falla et Turina et l’on fredonne à l’unisson les «standards» de Poulenc (Les Chemins de l’amour) ou Satie (Je te veux). Un concert où s’harmonisent, grâce à une gestuelle plastique au millimètre, le burlesque, l’émotion et le respect des œuvres.

La soprano a le don de revisiter le format classique du récital. Une habile mise en espace, un Steinway bordé de plantes vertes, l’appui d’accessoires et de percussions mobiles servent un talent scénique horsnorme. Son personnage de poupée rouquine tragico-loufoque, pince sans rire, déclenche l’hilarité comme à d’autres instants, habitée par une émotion vraie, tire les larmes… En prime, les musiciennes font découvrir un répertoire peu connu du XXe siècle, enchaînement de mélodies françaises, ibériques ou américaines inouïes. Il faut les voir, parées d’un déguisement de cow-boy et de plumes sioux, interpréter de Vieilles chansons américaines de Copland, jouer de bruitages et d’appeaux, lunettes «tournesol» au pif, déclamer quelque Satie version Dada ! Chez Rosenthal, la chanteuse introduit, avec un naturel confondant, des

JACQUES FRESCHEL

Des ors dans Beethoven Christian Ferras. En trio classique avec piano, l’équilibre cordes/clavier est souvent aléatoire, et l’équation parfois impossible à résoudre selon l’acoustique du lieu. Si la balance a penché du côté du piano au début du Trio op.70 n°2 de Beethoven, on a ensuite, grâce à l’écoute et la cohésion des artistes, saisi le rigoureux travail de chambriste réalisé en amont, apprécié le lyrisme chaleureux du violoncelliste Xavier Chatillon, les couleurs diaphanes et subtiles du violon comme les majestés d’un clavier symphonique.

La villa Magalone constitue un bel écrin pour apprécier la musique de chambre. Au pied du double escalier encadrant son vaste hall, surplombé de staff et de dorures, le public a formé un ample arc de cercle autour du piano. Un instrument certes assez médiocre, mais dont Marie-France Arakélian a su tirer profit en réalisant des prouesses. Son jeu toujours clair, égal et précis a fait écho au style fin et chatoyant du violoniste Yann Le Roux-Sédes. Dans la célèbre Sonate «A Kreutzer» de Beethoven, la disciple de Barbizet a dû se souvenir avec émotion du duo que formait autrefois son maître avec

JACQUES FRESCHEL

Aimez-vous Brahms ? Fidèle à leur tradition de qualité, les Moments Musicaux proposaient le 20 avril au public habitué des mardis de Carry un plaisant et judicieux parcours au cœur de la musique romantique allemande. Au trio en si bémol majeur, œuvre de jeunesse de Beethoven, succédaient deux pièces de Schumann, dont les 3 Fantasie stücke, une œuvre de maturité du maître, avant l’un des chefs-d’œuvre de Brahms, le trio en la mineur opus 14 écrit au sommet de sa carrière musicale.

Diana Ligeti © Claire Mouginot

Dès les premières mesures du Beethoven, le trio composé de Diana Ligeti au violoncelle, Véronique Pelissero au piano ainsi que du très jeune Jérôme Christophe au saxophone laissait percevoir sa qualité, faisant alterner avec fougue l’exaltation romantique avec le recueillement et la pudeur intérieure des thèmes joyeux ou nostalgiques aux réminiscences bucoliques. L’instrument à vent semblant se jouer de la délectation morose et des accents languissants de l’adagio. Après l’éblouissant duo piano clarinette du premier morceau de Schumann, les Fantasie stücke, mêlant le fougue et l’ardeur du piano à la retenue, à la générosité ample du violoncelle : les artistes ont littéralement mis le feu par la grâce de leur maestria et de leur complicité totale. Mais c’est avec le trio de Brahms que le concert allait atteindre l’apothéose, la rondeur et la chaleur du saxophone lui conférant une modernité rare, alliée à la clarté d’un jeu intelligent, tout en nuances, d’une extrême finesse de l’ensemble des musiciens. Une piquante Romance sans paroles de Mendelssohn venait remercier le public de la longue ovation amplement méritée. JEAN-MATHIEU COLOMBANI

Patricia Petibon © Stephanne Charpentier

Quelle fantaisie déployée par Patricia Petibon et sa pianiste-complice Susan Manoff le 5 mai au théâtre du Jeu de Paume !


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MUSIQUE

SPECTACLES

À la sauce italienne

CHRISTOPHE FLOQUET

Don Pasquale s’est donné à l’Opéra de Toulon du 20 au 25 avril

© Opéra de Nice

Au faîte de son art lorsqu’il composa Don Pasquale en 1842, Donizetti, grand compositeur italien à la mode, était un homme brisé, affecté par la perte de sa fille et de sa femme quelques années auparavant. Le personnage central de la pièce, Don Pasquale, homme d’un certain âge, va se retrouver au cœur d’un complot ourdi par son «ami» le docteur Malatesta… Derrière une rhétorique parfaitement huilée, Donizetti dépassa le monde trivial de la farce et dépeignit avec justesse des portraits d’une grande humanité historiés d’une légère mélancolie ; tous les sentiments humains furent explorés avec grande justesse dans une partition marquée d’une profonde maturité. Le rôle, superbement soutenu par la voix chaude et ronde de la basse, Carlo Lepore, vint ici s���opposer à la légèreté et la frivolité de la soprano, la jeune italienne Daniela Bruera. Le personnage d’Ernesto, bien évidemment ténor, composé pour l’occasion par Francesco Marsiglia, compléta ce triangle adultère. Le public ne s’y est pas trompé, marquant son enthousiasme sous une salve drue d’applaudissements. En cette journée quasi estivale, Toulon fleurait bon les parfums d’Italie !

No trouble in thy breast Didon et Enée est un bijou baroque, miracle de concision, devant lequel on s’incline. Le public ne s’y est pas trompé, remplissant les travées de l’église SaintLaurent, le 15 mai, soir de mistral, nuit des musées et de hourras footballistiques. Quelle bonne idée a eu Rémy Littolff de monter le chef-d’œuvre de Purcell ! Sa direction, taillée au millimètre, a poli son diamant, dosé les contrastes et les respirations, fait briller ses facettes : de l’hystérie des sorcières à la chute mortuaire, des ballets festifs aux chaconnes douloureuses, de la «chasse» obstinée à la froide annonce du messager… Soutenu par un ensemble instrumental de haut-vol (Quatuor Opus 16 et Julien

Ferrando au clavecin), le Chœur Phocéen s’est montré particulièrement impliqué, en place et précis pour des interventions finement mesurées. Karine Magnetto a campé une Didon noble et émouvante avec, pour sommet, le fameux air When I am laid et ses déchirants Remember me ! à tirer des larmes. Le plateau de solistes, judicieusement distribué, a contribué à rendre à l’œuvre sa sobriété tragique : Jean-Christophe Born (Enée) ténor tout en majesté, Laury Littolff (Belinda) aérienne et claire à souhait, Ambre Monray, sombre et inquiétante magicienne… Une version de concert chaleureusement applaudie. JACQUES FRESCHEL

Une Égypte vivante Cette production de l’opéra de Nice est une réussite. Verdi y est servi par un orchestre et un plateau homogènes, des lumières magnifiques et mise en scène subtile. Indra Thomas, soprano américaine, campe une Aïda très engagée, voix égale dans tous les registres, pianissimi d’esclave torturée Numi Pièta succédant aux imprécations fortissimo d’amoureuse passionnée Ritorna vincitor. Radamès est le coréen Jeong-Won Lee, voix solide de lirico spinto, parfois éclatante; cependant, l’attitude est figée et l’absence de nuances entraîne des duretés dans les passages diminuendo. La mezzo russe

Elena Manistina est une Amnéris étonnante: voix chaude, présence grandiose. Amonastro, Carlos Almaguer, roi déchu, magnifique baryton au timbre d’airain. Jean Teitgen, roi puissant et sobre, Nicolas Courjal, valeureux © X-D.R.

Ramfis. Décors, costumes et lumières étonnantes nous dévoilent des scènes où le blanc domine ; contrastes saisissants sur les appuis de bleus et doré : une esthétique remarquable. Le ballet est expressif et chatoyant, les chœurs de l’opéra de Nice se joignant à ceux d’Avignon et des pays du Vaucluse pour un beau travail, dans les passages triomphaux comme dans les invocations aux dieux, plus subtiles. La direction du jeune chef Rani Calderon est précise, enthousiaste, dégageant un lyrisme sensible sans emphase : l’orchestre dévoile de belles couleurs. Une intelligente mise en scène de

Paul-Emile Fourny où l’on voit bouger la société égyptienne, les artisans façonnant des colonnes, peintres, teinturiers, musiciens, avec bien sûr, le Nil, les pharaons, les dieux, mais le drame s’y déroule dans une Egypte vivante. Sans anachronisme inopérant... YVES BERGÉ

Aïda de Verdi s’est joué à l’Opéra Théâtre d’Avignon les 25 et 27 avril


MUSIQUE

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Mixer sans folie La meilleure surprise : les Indes Galantes de Rameau devient un super tube pop-rock, une danse des sauvages endiablée avec Paul et Louise. La 7e symphonie de Beethoven garde une couleur trop classique. Dans la sublime mélodie de Fauré Après un rêve, Rosemary, très sensuelle, dialogue avec claviers, cordes frottées et chœurs en nappes. Ce projet ambitieux permettait d’espérer un feu d’artifice. La richesse mélodique et harmonique des musiques au programme sont un trésor pour des remix pop, rock, électro, qui peuvent puiser dans le beat essentiel du baroque et jouer sur les boucles caractéristiques des musiques électroniques aux possibilités inouïes. Mais le résultat manquait d’audace et de folie, de sons qui décoiffent, de mix plus appuyés, plus osés. Un mariage somme toute conventionnel !

L’idée ? Laurence Equilbey se transforme en Iko, s’adjoint les chœurs et l’orchestre Private Domain accompagnés d’artistes «électro» et chanteurs «pop». Ensemble ils revisitent, arrangent et transforment des opus classiques de Bach, Mozart, Schubert, Beethoven, Rameau ou Monteverdi, avec l’aide de Para One, figure de l’électro française, Murcoff, électro expérimental, Marc Collin, musicien Nouvelle Vague, Paul et Louise, couleur pop et Rosemary Standley, de Moriarty, craquante dans ses interventions vocales, et de trois ordinateurs pour les sons échantillonnés. When I was laid (Didon et Enée) de Purcell devient, avec la basse obstinée à la guitare électrique, une chanson d’un bel effet. Death and maiden d’après Schubert, reste original : thème du Lied chanté par un chœur trop figé, l’ensemble instrumental jouant les variations du quatuor à cordes sur sons échantillonnés. Le lamento della ninfa (Monteverdi) reste émouvant, Rosemary répondant au chœur (Miserella) sur pulsations rock aux guitares.

YVES BERGÉ © X-D.R

Le Grand mix s’est joué le 23 avril au GTP

Question d’espace Le Flâneur de Jean-Louis Clot, opéra créé il y a quatre ans lors du festival du GMEM, a été repris au Gyptis dans une version qui lui va bien : un concert, simplement mis en espace, qui laissait toute sa place à l’écoute, et à l’imaginaire. Il y est question d’un promeneur qui passe de pays en allégories, de rencontres en retrouvailles, de quêtes aventureuses en rendez-vous tacitement convenus. L’espace dramaturgique y est ductile, à la fois référencé et rêvé, affectif, littéraire. La mise en scène et en voix du

foules, l’intimité… Là-dessus les lignes vocales des solistes viennent, presque étrangères, imprimer leur lyrisme qui semble une parole intérieure. Avec modestie, et une grande musicalité. Une très belle reprise !

quatuor d’interprètes -un banc, un pupitre, presque rien- laisse justement place à tous les espaces imaginables, présents, comme il se doit, dans la musique… Car aucun instrument n’accompagne cet opéra : simplement une bande, faite de conversations inidentifiables, de chœurs, de sons concrets et de synthèse qui, diffusés et spatialisés, lui donnent non seulement son épaisseur sonore, mais aussi une grande richesse évocatrice, comme documentaire, qui fait vivre les halls de gare, le bord de mer, les

AGNÈS FRESCHEL

Le Flâneur a été recréé par Alain Aubin, Marie Prost, Felicitas Bergman et Laurent Grauer le 5 mai au Gyptis, dans le cadre de la programmation du GMEM

C’est un opéra miniature qui était repris au Théâtre d’Arles le 20 avril sous la baguette de Roland Hayrabedian dirigeant Musicatreize en formation resserrée accompagné d’un ensemble instrumental: clarinette, guitare, percussions, trio à cordes avec contrebasse et piano. Sur scène, trois sopranos commentaient l’action comme un chœur grec antique, à l’exemple du Requiem aeternam introductif, chanté recto-tono après le quatuor en sol mineur avec piano de Mozart jouant le rôle d’ouverture. Un glissement subtil opéré par le compositeur Bruno Mantovani nous amenait donc dans la musique du XXIe siècle afin de décrire le coup de cœur d’un passant devant une gravure de L’enterrement de Mozart exposé par un vieillard antiquaire et donnant son nom à cet opéra. Inscrit dans le cycle des Sept contes de Musicatreize, le livret de cette commande lyrique a été écrit par Hubert Nyssen à

partir d’une nouvelle qualifiée de «conte baroque». Souvent cocasse, cette pochade donne à l’éditeur arlésien l’occasion de dériver sur les évocations loufoques de notre boutiquier, mélangeant le souvenir d’un chien philosophe au travers de quiproquos basés sur les assonances et les jeux de mots faisant parfois référence à l’univers Lacanien dans un monde qui oscille entre Kant et Kafka. Dans un décor fait de volumes sobres et mobiles, et mis en scène par Jeanne Roth, la musique illustre ce beau babil en créant des effets d’atmosphères musicales basés sur des modes de jeu contemporains, du trémolo aux longues trames de sons tenus en passant par les envolées d’une clarinette volubile. Sans fulgurance notoire, cette création de 2008 a néanmoins le mérite de la concision (1h avec le prologue) et de l’équilibre dans un discours musical varié et novateur. P.A HOYET

© Yves Petit

Nyssen ni fulgurance


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MUSIQUE

MUSIQUE DU MONDE

À l’heure où les émissions de cuisine fleurissent sur les petits écrans, Peter Hens nous donne un cours de gastronomie musicale, à consommer sans modération aucune, à l’image de ce spectacle sans temps mort, rapide, enlevé, dans lequel l’artiste s’amuse visiblement, jongle avec les mots, pratique l’esprit d’escalier, concaténation, échos farfelus et autres mignardises… Les passages musicaux s’enchaînent avec la même verve, jonglant entre les styles et les époques, effectuant des rapprochements saugrenus : Michael Jackson, Schubert, Verdi, The Queen…. Chorégraphies hilarantes, acrobaties vocales (la voix change de registre avec une aisance déconcertante), tout est réuni pour faire rire, mais avec un souci permanent de qualité. Le piano,

mené avec humour par Yves Gourmeur, complice, permet de nombreuses fantaisies… les deux musiciens se relaient sur un même morceau en tournant sur le tabouret du piano, le tempo ne varie pas ! Mimiques, appels, mésententes feintes lorsque violoncelle et clavier doivent duettiser… Le public aussi participe. Peter Hens réussit même à faire chanter Le temps des cerises… et ça finit dans une débauche de lumières, feux d’artifices, parodie des scènes à grand spectacle, Aïda en chœur… C’est bon comme un gâteau à la crème chant-chantilly ! MARYVONNE COLOMBANI

La Framboise Frivole s’est jouée au Toursky les 29 et 30 avril

© Johan Jacobs

Une recette fruitée

Îles quotidienne, processions, mariages, travaux des femmes. Sur scène, quatre chanteuses aux voix superbes, accordées entre elles par une joyeuse complicité. Berceuses, chansons d’amour, de travail, Teatro Actores Alidos © X-D.R.

Dans le cadre de Mai-Diterranée, un double concert était donné le 11 mai au Toursky. Sardaigne et Corse étaient à l’honneur, avec des voix de femmes : les chants donnés en concerts le sont traditionnellement par les hommes, et la polyphonie est une chasse gardée masculine… On retrouvait avec plaisir la voix de Jacky Micaelli, nuancée et vibrante, qui se dévoilait avec grâce lorsqu’un simple bourdon l’accompagnait. Dommage que l’équilibre des voix n’ait pas été assuré dans les passages polyphoniques où certaines voix oubliaient toutes les nuances et même la justesse, et où la terza recouvrait parfois tout le reste. Scénographie, enjouement, vivacité, caractérisaient en revanche le groupe des femmes sardes, Laras de Coraddu, Lèvres de Corail… Projetés en fond de scène, des images en noir et blanc de la vie

de deuil, comptines réarrangées, et c’est toute le Sardaigne qui s’offre à nous, jusque dans les objets qui se transforment en instruments de musique… Les tambours, frottés ou frappés, donnent une tonalité particulière. Un homme les accompagne, Orlando Mascia, il ne chante pas, mais joue avec un bel entrain de l’orgue diatonique, de la guimbarde, mais surtout d’une étrange flûte, une clarinette polyphonique en roseau composée de trois tuyaux d’inégales longueurs, la launeddas, au son proche de celui de la cornemuse… On a même droit à une démonstration de danse au rythme endiablé. Quelle légèreté ! MARYVONNE COLOMBANI

L’esprit de Cordoue Dans un monde où l’intolérance religieuse refait surface, il est bon se replonger dans la richesse de cette époque… l’Espagne médiévale métissée est apparue comme un modèle de convivencia, quand

Musulmans, Chrétiens et Juifs échangeaient leurs arts et respectaient leurs pratiques. Françoise Atlan, imprégnée de ses racines judéo-berbères, nous a plongés dans la beauté et les contours de ses Françoise Atlan © X-D.R.

mélodies aux riches couleurs d’Al Andalus : merveilleux voyage, conte des mille et une odeurs, mélismes, ornementations dans les modes les plus complexes et les plus raffinés. Programme articulé autour de chansons séfarades, arabo-andalouses. Une berceuse en mode persan hijaz, une de Salonique en hommage à l’errance des juifs, bijoux finement ornés ; Cette terre qui est la mienne est aussi la vôtre, chant de Grenade, où Françoise Atlan improvise; un chant mystique en arabe dans la tradition de Fès (Allahou ya Alamou) ; une romance judéo-espagnole qui relate l’histoire de Moïse recevant la mission de délivrer les juifs du joug du Pharaon, un chant arabo-andalou El Boulboul : la chanteuse passe d’un registre à l’autre sans à coups, fins de phrases en écho, sans laisser retomber le souffle, en faisant vibrer simplement les cordes pour une ligne de chant parfaite. Un art vocal unique et rare aux odeurs de citronniers, d’orangers, des rangées d’oliviers, jardins fleuris de roses, de jasmins. Splendeurs de l’Alhambra ! YVES BERGÉ

Ce concert a eu lieu le 16 avril au temple d’Aix-en-Provence


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MUSIQUE

CHANSON | MÉTAL

Jeu de Massacre Le 21 avril, The Brian Jonestown Massacre investissait le Cabaret Aléatoire, entraînant les amateurs de rock teinté de références ironicodécalées au cœur de l’univers directif du groupe californien

Quand Anton Newcombe monte sur scène et entame une tournée, il joue pour ses fans et uniquement pour eux. Il n’est pas question de séduire les curieux, venus nombreux au Cabaret Aléatoire constater que le nouvel album n’est même pas en promotion. Les Brian Jonestown Massacre investissent donc la scène de la Friche et ne font pas

The Brian Jonestown Massacre © X-D.R.

Renan et Benoît

dans la demi-mesure : pas moins de 8 musiciens, organisés autour de la mascotte au tambourin Joel Gion dont l’endurance de l’avant bras est à reconnaître et saluer. S’ensuivent deux heures d’un concert rigoureux où les morceaux s’enchainent -dans un relatif brouhaha acoustique parfois, à distance d’un public partagé entre la ferveur des fans et le retrait mesuré des simples amateurs. Le jeu de scène, réduit à sa plus simple expression, rappelle que les musiciens du BJM ne sont là que pour jouer. Qu’on se le dise ! Anton Newcombe, excentré et de profil, n’a de regards que pour son groupe qui, lui, concède un frontal stoïque à la fosse scandant compulsivement le nom adulé du leader intouchable. À défaut d’un «merci», il répond par le choix de ses morceaux, anciens, populaires et attendus pour la plupart. Il n’en reste pas moins que le concert alterne ambiances planantes d’un rock psychédélique travaillé et élans pop californiens sentant plus clairement le Frisco originel. Le groupe terminera son concert comme un devoir bien fait, sans un merci pour l’auditoire, lequel aura su se contenter du cadeau de ces deux heures rares. Demandait-on autre chose ? PASCALE FRANCHI

La Fare en Feu !

En ce 29 avril au Dock des Sud, Renan Luce et Benoît Dans ce petit village provençal a eu lieu le 30 avril un concert métal éclectique Dorémus ont fait chanter Marseille Ne lui dites plus que son style musical rappelle étrangement celui de Renaud, Benoît Dorémus l’a trop entendu. À l’occasion de la sortie de son second album en mai 2010 : 2020 (Capitol /EMI), le chanteur débarque fraîchement pour, en une trentaine de concerts, assurer la première partie de Renan Luce. Autre jeune et remarqué artiste français actuel, ses chansons sont néanmoins plus légères que son compagnon de soirée. Au Dock ses textes s’enchaînent sur une musicalité tantôt pop, tantôt plus douce, devant un parterre de fans avertis de tous âges, et notamment de très jeunes auditeurs venus en nombre pour le très médiatisé Renan Luce, mais tout heureux de découvrir cette très bonne première partie. Benoît Dorémus enchante : Bilan carbone, T’as la loose ou encore Deux pieds dedans racontent un peu l’histoire de chacun d’entre nous. Une guitare, une voix, des questions plus ou moins graves sur fond de refrain joyeux : telle est la signature du nouveau venu. Un album qui se laisse écouter, en attendant sa tournée (à lui tout seul) qui débutera à l’automne 2010. Pour la suite, je vous laisse deviner l’aura que dégage désormais l’artiste phare de cette soirée et la ferveur qui accompagne chacun des titres du nouveau chanteur à la mode, applaudi comme il se doit par une foule dense et bon enfant. SONIA ISOLETTA

Renan Luce © Jean-Baptiste Mondino

Avec une moyenne d’âge avoisinant les quinze ans et les tee-shirts Spliknot ou Linkin Park, la relève est là, nombreuse, devant la Maison des Jeunes de La Fare les Oliviers. Cloneshop et Jackface, qui avaient pour tâche de chauffer la salle, ont rempli leur rôle, certes sans réinventer le métal, mais correctement. Le temps d’évacuer tout le monde, d’aérer, et l’Esprit du Clan s’installe pour une ambiance hard-core/metal, avec un groupe réputé pour ses shows très «in-your-face» et sa proximité avec le public. Il manque un des chanteurs ce soir, mais celui restant ne va pas faire pâle figure, mêlant jeu de scène hxc, discours très «unity-bon esprit» et voix bien «tough». Côté musique ça envoie, mélangeant le métal, le hxc et quelques rythmiques hip-hop. C’est enfin aux Black Bomb A de lancer les hostilités et c’est pour eux que la foule se masse et que les mains se lèvent... et c’est parti pour une heure de folie pure! Comme à leur habitude, les BBA desservent un show à l’énergie communicative qui sent la sueur, le rock’n’roll, la bonne humeur et le chaos. Le groupe alterne les tubes du nouvel album et certains titres datant de la première heure, sans oublier le très apprécié Oh Marry que le public entonne en chœur ! Même les meta-

Black Bomb A © Toon

leux old-school se laissent prendre par la rafale BBA, se demandant encore comment les chanteurs tiennent avec une telle décharge d’énergie sans jamais faiblir vocalement ! C’est pro et péchu, le duo de choc établit le contact entre scène et fosse avec une facilité déconcertante. Les musiciens ne sont pas en retrait pour autant, alternant avec autant de hargne que d’aisance riffs bien lourds et moments plus punk’n’roll et sautillants. Le set se termine avec l’excellent Tales from the Oldschool, et la fosse déchaînée achève en ovations ce qui lui restait de vertèbres et de voix. HUDGARD


JAZZ

MUSIQUE

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Be and Hard Fabien Mary est un trompettiste normand qui vient de fêter ses 32 ans. Il est récompensé par un Django d’Or Jeune Talent en 2003 et devient Révélation instrumentale lors du Festival de jazz à Juan-les-Pins en 2004. Depuis il vit et travaille à New York… La formation pour ce concert est le 4tet composé de Mourad Benhammou à la batterie, Samuel Hubert à la contrebasse et Hugo Lippi à la guitare. Le rythme est enlevé, à la façon des premiers bopeurs, Charlie Parker ou Dizzy Gillespie. Les longues phrases rapides à la trompette sont ponctuées de pauses attendues, pour laisser respirer la musique, le souffleur, mais aussi le public, sollicité à une écoute attentive. La guitare inventive fait défiler de

puissance et finesse, encourageant chaque musicien de petits cris, imprimant une cohésion brillante et une écoute manifeste. Kenny Dorham, Benny Golson, Cole Porter, Thad Jones, Oscar Pettiford sont magnifiés, entièrement revisités mais avec une adulation extrême. Alors be-bop, hardbop qu’importe ! C’est l’histoire du jazz qui s’enrichit! DAN WARZY

Fabien Mary © Armel Bour

constants changements harmoniques, plaquant des accords à la clausule des grilles. La contrebasse est précise,

véloce, explorant la totalité de sa tessiture, tout en bas et tout en haut du manche. La batterie est là, en

CD en 2003 Twilight / en 2005 Chess / Four and Four en 2008 Label Elabeth www.elabeth.com www.fabienmary.com Ce concert a eu lieu au Cri du Port le 29 avril 2010

Entre deux mondes Marjolaine Reymond est une chanteuse au parcours musical complexe, passée par Berio, Kagel, Stockhausen, Messiaen ou Cage. Sa musique est le fruit de ce rapport entre le répertoire contemporain et l’improvisation que permet le jazz. Des textes, en anglais, sont dits ou chantés, poèmes d’Alfred Lord Tennyson, Thomas Lodge ou Emily Dickinson. Deux micros nourrissent le son, et elle s’est entourée pour ce concert d’une section rythmique batterieMarjolaine Reymond © Gérard Tissier

contrebasse (Yann Joussein et Xuan Lindenmeyer). Tous deux, très à l’écoute, savent rester discrets au besoin lors de séquences vocales improvisées allant de la transe hypnotique vers d’autres climats très changeants, entre paroxysme et apaisement. L’apport du vibraphone, ici instrument central, joué par David Patrois, contribue à la création d’atmosphères oniriques. Les titres des pièces sont évocateurs : Les Cupidons Glacés, Vénus Transfert, Carnaval des Elfes. Une soirée singulière donc pour le public du Moulin à Jazz qui a fait preuve, comme à son habitude, d’une grande qualité d’écoute. DAN WARZY

Circonvolutions de l’Ecuyère a eu lieu le 8 mai à Vitrolles CD’s : Chronos in USA Kapitaine Phoenix Collectif, 2008 Eternal Sequence, Kapitaine Phoenix Collectif, 2005 www.marjolainereymond.com

Ballade d’un exilé Le Cri du Port donne décidément à entendre des musiciens français qui sont partis à la Mecque du jazz. Le quartet de Jérôme Sabbagh (saxophones soprano et ténor) est assurément New-Yorkais et composé de musiciens au beau pedigree. On retrouve Joe Martin à la contrebasse, le même qui a participé au dernier CD de Raphael Imbert NY Project, Jochen Rueckert à la batterie et un guitariste très recherché, Ben Monder. La musique de Jerôme Sabbagh est originale, d’une profusion de sources telles que la pop music, la musique araboandalouse, et aussi le jazz sous toutes ses formes. Electric Song est une ballade à la couleur très rock, guitare et saxophone saturés. L’univers improbable et féerique de Contine donne l’impression de voir un ogre géant qui se ballade dans une forêt sombre et

profonde (son de cathédrale du saxo, batterie frappée avec de grosses boules et accords de guitare à l’envers). Les lignes mélodiques sont simples et riches à la fois. La liberté d’improvisation est accordée à chacun des musiciens. Un bon concert qui gagne en complicité. Les décalages horaires de voyages transatlantiques doivent y être pour quelque chose ! D.W.

Cds One Two-Three Bee Jazz 2008 / Pogo-Bee Jazz-Sunnyside 2003 / North Fresh Sound New Talent 2004. Ce concert a eu lieu le 6 mai 2010 au Cri du Port à Marseille

Les elfes aux bois L’église de Simiane Collongue se bat pour rassembler les fonds nécessaires à la réfection des ses orgues. Le concert du 25 avril était donné dans ce cadre généreux. Un ensemble remarquable par sa composition proposait un florilège de suites irlandaises, de tangos et de morceaux plus classiques (Fauré, Bach, Satie). L’originalité de l’orchestre : trente clarinettes… oui, trente ! Toutes les tailles de cet instrument sont représentées. Le nom de cette formation atypique, L’arbre D’ébène, reprend une symbolique expliquée par la responsable du groupe, les basses, comme les racines, l’harmonie pour le tronc, les branches, en contre-chant, le feuillage, la mélodie… Étrangement, le son perçu varie selon les univers abordés, cornemuse, accordéon… Le passage des tangos est particulièrement réussi, saveur d’un bal populaire sous les voûtes sonores de l’église qui a connu le rythme entraînant des suites irlandaises. Le chef d’orchestre, Christian Richard, dirige avec passion, rattrape les parties… On a le plaisir de la découverte de ses propres compositions, qui ont le charme de l’atmosphère de Michel Legrand… Le Trio Zelf lui prête alors ses voix. Ce groupe dynamique, composé de trois jeunes femmes, interprète avec humour une série de chants, qui vont du Poinçonneur des Lilas au Poulailler song, mettant en valeur un joli tempo jazzy dans lequel les trois complices excellent. Elles arrivent avec une inébranlable bonne humeur à surmonter les problèmes liés aux câbles et à l’espace qui brouille les harmoniques. Une après-midi musicale bien agréable, dont on retiendra l’enthousiasme et la fraîcheur. MARYVONNE COLOMBANI


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MUSIQUE

AU PROGRAMME

AIX Salle du Bois de l’Aune : Raoul Petite, Under Kontrol, Subliminal Sanctuary, Stentor, Mushroom (22/5) 04 42 59 30 13

Pasino : Opérette Trabucco Il était une fois les comédies musicales (30/5), Air (12/6) 04 42 59 69 00 www.casinoaix.com/fr

Théâtre et Chansons : Jean Vasca (29/5), Hombeline (12 et 13/6) 04 42 27 37 39 www.theatre-et-chansons.com

ARLES Cargo de Nuit : Poum Tchack (22/5), Féloche (28/5), Hindi Zahra (5/6) 04 90 49 55 99 www.cargodenuit.com

AUBAGNE L’Escale : Kabba Massa Gana (29/5) 04 42 18 17 17 www.mjcaubagne.fr

AVIGNON CDC Les Hivernales : l’atelier des Hivernales chante Nino Ferrer (25 au 29/5) 04 90 82 33 12 www.hivernales-avignon.com

Les Passagers du Zinc : Carte blanche à Dj Zebra (21/5), Max Romero & The Charmax, Conquering Sound (27/5), Soirée de soutien au label T-Rec avec Tue-Loup et Redeye (28/5), Apéro concert Dub Welders (3/6), Behind the illusions, Khat, Spëculons, Papaya Cake (4/6) 04 90 89 45 49 www.passagersduzinc.com

BERRE L’ÉTANG Forum des jeunes et de la culture : Concert de Batucada et de musiques brésiliennes, projet réalisé avec les écoles de Berre l’Etang dans le cadre des itinéraires musicaux (28/5 à la Salle polyvalente) 04 42 10 23 60 www.forumdeberre.com

HYÈRES Théâtre Denis : Original Folks, Starboard Silent Side (22/5), Antoine Hervé (12/6) 04 94 35 38 64

Mad Map Le Nomad’Café propose des rendez-vous de qualité dans son accueillante salle du boulevard de Briançon. La chanteuse Madjo, dans un style folk chanson française et a cappella est programmée le 21 mai à 20h30. Un véritable univers intimiste à découvrir et qui sera précédé en première partie de Plume. Le 27 mai, c’est Z.E.P, comprenez Zone d’Expression Populaire, qui se fera entendre au Nomad dans le cadre du Festival Artéfada, petite bombe artisanale prête à exploser dans ce temps d’échange, de découverte et d’expérimentation. La soirée se déroulera en deux temps : 20h30 pour le micro ouvert «Viens Tchatcher» animé par le Collectif des Pavillons Noirs et l’1consolable pour se laisser ensuite entraîner à 22h par Z.E.P, nouveau projet du M.A.P, Ministère des Affaires Populaires ! F.I. Nomad’Café 0491624977 www.lenomad.com

ISTRES L’Usine : Finale Tremplin découverte 2010 (28/5) 04 42 56 02 21 www.scenesetcines.fr

MARSEILLE Cabaret Aléatoire : Get the blessing, Minimal orchestra (20/5), Breakbot, Boombass, Jackson (21/5), Red Bull Manny Mania, Poni Hoax (22/5), Cocorosie (27/5), En attendant les plages ( 28/5), Festival Geek & Music (29/5), soirée now future (5/6), Raul Midon (7/6), Gizelle Smith (10/6), Camo & Krooked, Disaszt, Body & Soul, Gunston feat. Pulla, C.Kel & John E. Boy (11/6) 04 95 04 95 09 www.cabaret-aleatoire.com

Centre Edmond Fleg : Soirée de clôture de l’Espagne des trois cultures avec un spectacle de contes judéoespagnol avec Djoha, voix parlée, voix chantée de Angèle Perla Saül et Sylvie Cohen (27/5) 04 91 08 53 78 www.horizontesdelsur.fr

Cité de la musique : Pour un printemps avec N. Bauffe et J. Raynaut (26/5 à l’auditorium), Quartier Sud (27/5 à l’auditorium), Ensemble Dulcisona (28/5 à La Magalone) 04 91 39 28 28 pages.citemusique-marseille.com

El Ache de Cuba : Sandra Goboy (21/5), Va Fanculo Night and day (22/5), Sylvie Paz et El Tchoune (28/5), Kazou (29/5) 04 91 42 99 79 www.elachedecuba.com

Embobineuse : Melted Men, Baseck, Nomex, Dj Tronc (21/5), Marvin, Slutspurt (25/5), Secret Chiefs 3, Fat 32, Congo for Brums (28/5) 04 91 50 66 09 www.lembobineuse.biz

Espace Julien : Micky Green (20/5), Milow (21/5), La finale Emerganza (22/5), Noa et Mira Awad (23/5), Pierpoljak (26/5), Terez Montcalm (27/5), Emmanuelle Seigner (4/6), Yvi Slan (4/6), Beenie Man & the Caution band (15/6), Duval MC (16/6), Ed Mudshi (18/6) 04 91 24 34 10 www.espace-julien.com

L’Intermédiaire: Lady Palavas (20/5), Dj Kafra et guest (21/5), Dj Phonic et guest (22/5), Synopsis (26/5), Drum to Tek (28/5), Organik (29/5) 04 91 47 01 25 www.myspace.com/intermediaire

L’Affranchi : Casey (22/5), Les Solos de la Scred, Mysa, Kalash (28/5), Ysaé (29/5), Soprano, la Swija, Carpe Diem, Mino, Révolution Urbaine (4/6), Big Twins of Infamous Mobb, Mr Bars, Sabotage 16’s, Just Music (12/6) www.l-affranchi.com

La Machine à Coudre : No-Guts-No-Glory, Lazy Bones, Menpenti (21/5), Antonio Negro et ses invités (27/5), Diego Pallavas, Koit Electric Nymphonic, ETC (28/5), Ich bin dead, Keith Richards Overdose (29/5), Zodiac Killers et guests (31/5), Bombardiers, Out of the order (5/6), Jack Dope’n’noise, Gilbert et ses problèmes (12/6) 04 91 55 62 65 www.lamachineacoudre.com

La Mesón : Akosh S. & Gildas Etevenard (21 et 22/5), Ahamada Smis (3/6), Tablao Flamenco Ana Vidal et Laura Dubroca (5/6), Harragas (6/6), Terca-Feira Trio (12/6) 04 91 50 11 61 www.lameson.com

Leda Atomica Musique : Ciné Concert Nosferatu, eine Symphonie des Graens (4/6 au Musée du Terroir marseillais, à Château Gombert)) Réservations au musée provençal au 04 91 68 14 38 www.musee-provencal.fr

Le Paradox : Fat Freddo & Teddy Flint (21/5), La Cumbia (22/5), Dj Djel aka Diamond Cutter (23/5), The Glasses (25/5), Beatbox free session 4 (26/5), Jigsaw tribute to Marillion (27/5), Katalaï (28/5), Djezziré (1er/6), Marabout Fonk System (5/6) 04 91 63 14 65 www.leparadox.fr

SALON-DE-PROVENCE Portail Coucou : The Host, Rescue Rangers (21/5) 04 90 56 27 99 www.portail-coucou.com

AGENDJAZZ ARLES Chapelle du Méjan 18 au 22/5 15e Edition de Jazz in Arles 04 90 49 56 78 - www.lemejan.com

HYÈRES Jazz à Porquerolles, Théâtre Denis 12/6 Antoine Hervé, Leçon de Jazz n°4 (Keith Jarrett) 06 31 79 81 90 - www.jazzaporquerolles.org

MARSEILLE Cri du Port 20/5 Christian Brazier 4tet 04 91 50 51 41 - www.criduport.fr

Cité de la Musique, L’Auditorium 27/5 Quartier Sud 7/6 Samenakoa fanfare 14/6 Jazz made’n Cité (concert des profs) Cité de la Musique, La Cave 31/5 Jazz en Scène (Jam Session) 7/6 Pierre Fenichel 4tet 04 91 39 28 28 http://pages.citemusique-marseille.com

La Mesòn 52, rue Consolat 13001 21 et 22/5 Akosh S et Gildas Etevenard (Ethno-jazz) 3/6 Ahamada Smis Trio à20h 5/6 Tablao Flamenco Ana Vidal & Laura Dubroca 12/6 Terca Feira Trio (Choro-Jazz Brésil) 19/6 La Mal Coiffée & Hos Ayas (OccitanieMongolie) 04 91 50 11 61 - www.lameson.com

Théâtre Toursky 29/5 Patshiv (Fanfare Vagabontu & Taraf Traio Romano) Bal Tzigane 0820 300 033 - www.toursky.org Jazz Club Music’Cale, l’Inga de Riaux 21/5 Camion-Pizza 4tet 27/5 Serge Dupire trio 28/5 Jean Charles Parisi trio 4/6 Thierry Maucci 11/6 Alert’O’Jazz 18/6 Faroa 06 07 57 55 58 - www.inga-des-riaux.fr

VITROLLES Moulin à Jazz 23/5 Christophe Marguet 4tet 21/6 Fête de la Musique dès 20h Les durs à cuivre & Docteur Lester Brass Band 04 42 79 63 60 - www.charliefree.com

SALON IMFP 95 18/5 Mario Canonge et Michel Zenino 20/5 Douce France invite Olivier Ker Ourio 25/5 Didier Del Aguilla Alain Richou Quartessence feat Domingo Patricio 1/6 Pierre Camas 4tet 15/6 L’IMFP fête son quartier - Entrée gratuite 04 90 53 12 52 - www.imfp.fr


MUSIQUE

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C.N.I.P.A.L.

Le plus bôô…

Diva

Derniers récitals du Centre National d’Insertion Professionnelle d’Artistes Lyriques. De jeunes voix de demain à suivre !

Immuable Vincent Scotto pour une opérette locale chérie sous nos tropiques (parfois tristes…) ! Un de la Canebière est mis en scène par Jacques Duparc avec une distribution foisonnante dirigée par Didier Benetti.

La formidable mezzo soprano Béatrice Uria-Monzon est accompagnée au piano par Jean-Marc Bouget dans un programme alliant Bellini, Pergolèse, Falla…

MARSEILLE. Les 20 et 21 mai à 17h15 04 91 18 53 18 TOULON. Le 27 mai à 19h - 04 94 92 70 78 AVIGNON. Le 29 mai à 20h30 - 04 90 82 81 40

En bateau Croisière musicale en Méditerranée initiée par le violoncelliste Dominique de Williencourt avec Roger Muraro, Caroline Sageman, Emmanuel Rossfelder, l’Orchestre Santa Cecilia dirigé par Georges Prêtre… Eve Ruggieri et Olivier Bellamy… Du beau monde ! BARCELONE, MALTE, TUNIS, ROME… du 24 au 31 mai 01 44 50 58 58 www.europe-art.com

AVIGNON. Le 29 mai à 20h30 et le 30 mai à 14h30 Opéra Théâtre 04 90 82 81 40 - www.avignon.fr

Baroque L’ensemble vocal Opus 13 et l’Orchestre de Chambre de Toulon et du Var annoncent un concert de musique baroque, la Missa Votiva de Zelenka et l’Ode pour l’anniversaire de la Reine Anne de Haendel. AIX. Le 30 mai à 18h Chapelle du Sacré-Cœur le 5 juin à 21h à l’Eglise du Saint-Esprit 04 42 28 62 95

Installation

Rossini et tournedos

Dans le cadre de l’Odyssée de Martigues, Champ harmonique est installé sur le littoral (site des Laurons) sur 1000 m2. Une symphonie de Pierre Sauvageot pour auditeurs-marcheurs et 500 instruments étonnants : tambours vibreurs, moulins-glockenspiels, sifflets-bambous, hélices-sirènes, boîtes à musique giratoires, épouvantails balinais, tepees chromatiques, graals pentatoniques, arcs sonores, arbres à flûtes, zoophones, cannes à pêche à la crotale…

Lucile Pessey (soprano) et Amandine Habib (piano) concoctent un menu «Pour oreilles et papilles» autour d’opus de Rossini, musicien et éminent gastronome, «célébrant les petits pois, les noisettes, les hachis ou les hors- d’œuvre»…

MARTIGUES. Du 26 mai au 6 juin 04 42 44 32 26 www.odyssee-martigues.org

Restauration Daniel Roth organiste à Saint-Sulpice joue sur l’instrument de 1847 nouvellement restauré de l’église Notre-Dame du Mont. MARSEILLE. Le 27 mai à 18h30

Dernière Le spectacle burlesque à la gloire des musiques du monde de l’ensemble de percussions Symblêma (dir.Frédéric Daumas) achève, pour cette saison, son voyage régional... CABRIÈS. Le 28 mai à 20h30 Salle la Bergerie de Trébillane. Tout public - Entrée libre : réservation conseillée au 06 09 89 50 36 04 86 31 62 73 - www.symblema.com

Nouvel orgue Christophe Guida (titulaire à la tribune du Sacré Cœur à Marseille) donne un récital dans le cadre de l’inauguration du nouvel orgue de l’église Saint-Antoine de Padoue. CUGES-LES-PINS. Le 29 mai (inauguration à 18h et récital à 20h)

Trompette et orgue Le trompettiste Gérard Occello est accompagné par Chantal de Zeeuw dans Bach, Vierne… MARSEILLE. Le 29 mai à 20h30 Eglise Notre-Dame du Mont Espace Culture 04 96 11 04 61 (Marseille Concerts)

MARSEILLE. Le 5 juin à 19h Station Alexandre 04 91 00 90 00 - www.station-alexandre.org

Piano et chant Le pianiste François-Frédéric Guy et la mezzosoprano Sophie Koch interprètent des airs de Thomas, Donizetti, Berlioz (Nuits d’été, Damnation, Les Troyens) Massenet (Werther)… AVIGNON. Le 8 juin à 20h30 Opéra Théâtre 04 90 82 81 40 – www.avignon.fr

Intégrale Beethoven David Galoustov (violon) et Caroline Sageman (piano) achèvent leur cycle d’enregistrements en public (pour le label Lyrinx) de l’intégrale des Sonates pour violon et piano (n° 7 8 & 10) de Beethoven sur le Vieux-Port. MARSEILLE. Le 8 juin à 19h. Théâtre de la Criée 04 91 54 70 54 - www.theatre-lacriee.com

Cours d’Espagne Luis Fernando Perez et Jean-François Heisser (pianos) en compagnie du Quatuor Arriaga interprètent de la musique espagnole de Granados, De Falla, Albéniz Turina et Mompou. Concerts à 19h aux Jardins de l’Hôtel Imperator et à 21h dans le Cour de l’Hôtel Boudon NÎMES. 4e édition de Musique sur cour les 8 et 9 juin à 19h et 21h et le 10 juin à 21h 04 66 36 65 10 - www.theatredenimes.com

Violon tsar Le grand violoniste russe Vadim Repin interprète le 2e concerto de Prokofiev en compagnie de l’Orchestre Lyrique de Région Avignon Provence qui joue également la 1ère symphonie de Nielsen et un Adagio pour cordes de Tanguy. AVIGNON. Le 11 juin à 20h30 Opéra Théâtre 04 90 82 81 40 - www.avignon.fr

MARSEILLE. Le 16 juin à 20h30 au Théâtre du Gymnase 0 820 000 422 (Marseille Concerts)

Électro-comique Lucie Prod’homme est ses Acousmonautes présentent un concert commenté de musique de chambre électronique. L’humour du son : une pléiade d’opus désopilants ! MARSEILLE. Le 18 juin à 18h30 – Urban Gallery 04 91 37 52 93

Choristes Les Petits Chanteurs de la Major accueillent leurs homologues de Saint Marc qui, il y a quelques années, ont gravé la B.O. du film Les Choristes (dir. Nicolas Porte et Rémy Littolff). MARSEILLE. Le 20 juin à 16h30 Eglise Saint-Laurent Entrée libre 06 27 03 78 34 www.pch-major.fr

Cocktail lyrique Après Bizet était une femme, Jonathan Soucasse (piano) et Cathy Heiting (diva) livrent leur deuxième opus «lyrico-déjanté» mis en scène par André Lévèque. Opéra Molotov mêle Puccini aux ballades de jazz ou à la variété décalée. Explosif ! PERTUIS. Le 21 mai à 20h30 04 90 79 56 37 www.theatre-pertuis.com

J’ay pris amour Voyage dans l’Europe baroque avec l’Ensemble Dulcinosa : Anne Périssé (soprano) et Jean-Paul Juchem (baryton) et au continuo Anne Garance et Isabelle Chevalier. MARSEILLE. Le 28 mai à 20h30 Villa Magalone 04 91 39 28 28 http://pages.citemusique-marseille.com LES PENNES-MIRABEAU. Le 12 juin à 20h30 Eglise St Blaise 04 42 02 51 51

Blanc Cassis Festival Le verre musical au Clos d’Albizzi : l’ensemble Mescolanza joue des musiques médiévales (le 23 mai à 18h30) et Jaroslaw Adamus (violon baroque) et Jean Paul Serra (claviers) nous font remonter Aux origines du violon (le 29 mai à 18h30). CASSIS. Clos d’Albizzi - Ferme Saint-Vincent 06 60 56 44 21 www.organo-forte.fr

Orgue et Orchestre Vivaldi, Bach, Paganini avec le quatuor Opus 16, Georges Minassian (flûte), Alex Boghossian (guitare) et Thomas Girard aux tuyaux. MARSEILLE. Le 13 juin à 17h Eglise de Montolivet (Entrée libre) 04 91 87 09 65 http://orguemontolivet.free.fr


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MUSIQUE

AU PROGRAMME

Miroirs du temps présent Raoul Lay et l’Ensemble Télémaque mettent en regard deux œuvres. L’une est magistrale : un monument de la musique de chambre du XXe siècle ! Le Quatuor pour la fin du temps de Messiaen fut écrit pour clarinette (Linda Amrani), piano (Hubert Reynouard), violon (Yann Le Roux-Sèdes) et violoncelle (Guillaume Rabier) alors que le musicien était prisonnier au Stalag VIII-A de Görlitz en 1941 (voir p.48). Son langage regorge d’expression lyrique, de puissance mystique, puise son inspiration dans l’Apocalypse de Saint Jean : c’est une sorte d’allégorie sonore du combat de l’Esprit contre la matérialité du Présent.

L’autre opus, Preludium, Postludium and Psalm (2007) de la compositrice hollandaise Hanna Kulenty est quasiment inconnu sous nos latitudes. L’accordéoniste Jean-Marc Fabiano et le violoncelliste Guillaume Rabier en assurent sa «Première française». Une œuvre qui questionne, comme chez Messiaen, les notions de couleur et de fusion des timbres instrumentaux. MARSEILLE. Le 29 mai à 19h30 au Théâtre des Bernardines 04 91 24 30 40 - www.theatrebernardines.org

En fin de Contes Mai baroque

MARSEILLE. Antti Puuhaara le 11 juin à 19h aux ABD Gaston Deferre 04 91 00 91 31 - ww.musicatreize.org

Orphée en juin Le Chœur de Dames chante Charpentier & Port Royal (le 26 mai à 20h30 à Marseille – Eglise St-Laurent). Le Chœur mixte trace un tableau de L’esprit français, du Moyen-âge à nos jours (le 28 mai à 20h30 à Aix – Église du St Esprit et le 1er juin à 20h30 à Marseille – Eglise St-Laurent). L’ensemble instrumental

Le contre-ténor Alain Aubin est accompagné par Jean-Paul Serra au pianoforte dans des Lieder de Mozart et des Romances inédites d’un compositeur métis, contemporain de «Wolfi», maniant aussi bien le violon que l’épée : le Chevalier de Saint-Georges est le fils d’une esclave et d’un noble, qui l’a élevé dans l’esprit des Lumières. Un concert-lecture intitulé Amadeus & le Don Juan noir à découvrir, d’autant que la plupart des partitions sont inédites ! J.F.

MARSEILLE. Le 4 juin à 20h30 à la Villa Magalone ARLES. Le 5 juin à 20h30 au Temple Réformé 09 51 16 69 59 - www.baroquesgraffiti.com

JACQUES FRESCHEL

Ensemble Télémaque © Agnes Mellon

Le dernier Conte du cycle initié par Roland Hayrabedian (voir p.37) pourra être entendu en juin dans sa version musicale. «Antti Puuhaara est un mélange de cycle choral et de mélodrame inspiré d’une légende finlandaise» écrit le compositeur finnois Tapio Tuomela, qui cosigne aussi le livret avec Erik Söderblom. Un «univers magique où se mêlent géants, devins, fille-oiseau et sorcière» sur un mythe héroïque et une musique interprétée par l’ensemble Musicatreize, à découvrir avant la création scénique qui sera imaginée par Aurélie Hubeau et Damien Caille Perret en novembre 2010 au Théâtre du Gymnase… J.F.

Fleurons et fleuret

Dernier volet du Mai en musique à Lenche avec l’ensemble BaroquesGraffiti (dir. Jean-Paul Serra) : après des transcriptions autour de thèmes communs à Zoroastre de Rameau et La Flûte Enchantée de Mozart (le 21 mai à 20h30), des opus pour viole de gambe de Marin Marais (le 22 mai à minuit)… On assiste à des représentations «miniatures» de la tragédie-lyrique Zoroastre mise en scène par Renaud Marie Leblanc avec fresque et projections (les 26 et 27 mai à 19h et le 28 mai à 20h30). Un mois baroque qui s’achève par un récital de flûte à bec par Marine Sablonnière dans C.P.E. Bach (le 29 mai à minuit : c’est pas du pipeau !) .J.F. MARSEILLE. Mai en Musique au Théâtre de Lenche jusqu’au 29 mai 04 91 91 52 22 www.theatredelenche.info

joue un florilège de la Provence baroque (le 3 juin à 20h30 – Chapelle de La Baume-les-Aix) et l’ensemble vocal Lucien Bass met en regard Josquin des Prez & le XXe siècle (le 17 juin à 20h30 à Aix – Oblats).J.F. Les Festes d’Orphée 04 42 99 37 11 - www.orphee.org

La Ciofi dans Ophélie On sait combien Shakespeare a constitué un modèle pour les romantiques. Ambroise Thomas (1811-1896) est un musicien français qui a marqué la production lyrique au XIXe siècle. Il est hélas aujourd’hui un peu délaissé, même en ses propres terres… comme tant d’autres des ses pairs : Adam, Auber... Ce compositeur a trouvé dans Hamlet une source d’inspiration qui a définitivement scellé sa notoriété internationale (après Mignon, son second chef-d’œuvre). L’Opéra de Marseille a la bonne idée de produire ce bijou lyrique en faisant appel à l’équipe qui fut saluée dans Maria Golovine en 2006. C’est Vincent Boussard qui met en scène le drame nordique «pris dans les canons du siècle romantique» ; les décors sont signés par Vincent Lemaire, les costumes

de la main de Katia Dufflot, le tout éclairé par Guido Levi. Tête d’affiche internationale, se produisant sur les plateaux les plus prestigieux, c’est la soprano Patrizia Ciofi qui interprète, pour la première fois de sa carrière, le rôle aérien d’Ophélie. Elle est entourée d’une distribution royale emmenée par la mezzo Marie-Ange Todorovitch (Gertrude) ou le baryton Franco Pomponi invité pour le rôletitre. L’Orchestre et les Chœurs de l’Opérasont dirigés par Nader Abbassi. J.F.

MARSEILLE. Hamlet du 26 mai au 6 juin à l’Opéra 04 91 55 11 10 http://opera.marseille.fr

Passions sacrées Le Festival de Musique Sacrée se poursuit à St-Michel avec les Corses d’A Filetta. L’éminent groupe polyphonique emmené par Jean-Claude Acquaviva imagine un programme construit autour de la Passion du Christ et plus généralement de l’idée de la mort. Des chants sacrés issus de la tradition orale ou des créations originales fondent une sorte de liturgie originale (Passione le 21 mai à 20h30). La manifestation s’achève avec le Nisi Dominus, le Laudate pueri de Vivaldi et le douloureux Stabat mater de Pergolèse, expression baroque de la douleur de la Mère au pied de la Croix chantée

par les voix entremêlées de Pascale Beaudin (soprano) et Marie-Ange Todorovitch (mezzo). L’Orchestre Régional de Cannes PACA est placé sous la direction de Philippe Bender (le 28 mai à 20h30). Sans oublier Les plus beaux Airs Sacrés  à l’église des Olives le 21 mai à 16h et à la Basilique du Sacré-Cœur le 26 mai à 20h30 par les élèves du Conservatoire Pierre Barbizet. J.F.

MARSEILLE. 15e Festival de Musique Sacrée jusqu’au 28 mai 04 91 55 11 10 - www.marseille.fr A Filetta © Boccalini


Chapelle du Méjan invite un pianiste puissant et virtuose. Zhong Xu joue des extraits des Années de pèlerinage (Italie : Sonetti del Petrarca etSuisse:Vallée d’Obermann) de Liszt, la Sonate n°3 op.58 en si mineur de Chopin et la Sonate n°28 op.101 de Beethoven (le 4 juin à 20h30). Deux jours après, en matinée, on entend Stéphanie-Marie Degand (violon), Miguel Da Silva (alto) et Henri Demarquette (violoncelle) dans le Divertimento en mi bémol majeur K.563, avant que le pianiste chinois les rejoigne pour le Quatuor en mi bémol majeur op.47 de Schumann. (le 6 juin à 11h). J.F

ARLES. Chapelle du Méjan 04 90 49 56 78 - www.lemejan.com

H. Demarquette © Eric Larrayadieu

Mandarin merveilleux Pour ses deux derniers rendez-vous, la

An die Musik Klaus Weise est un grand chef, spécialiste en particulier de la musique allemande. Gageons qu’il insufflera à l’Orchestre Philharmonique de Marseille, une flamme passionnée vitale dans les fameux Prélude et Mort d’Isolde (Tristan und Isolde), l’Ouverture et Bacchanale (Tannhäuser) de Richard Wagner et la Symphonie alpestre, op.64 de Richard Strauss. J.F.

MARSEILLE. Le 12 juin à 20h à l’Opéra 04 91 55 11 10 - www.marseille.fr

Père & fille Si Bernard Foccroulle dirige depuis 2006 le festival d’Art Lyrique d’Aix-enProvence, on n’oublie pas qu’il est (avant tout ?) un éminent organiste ayant enregistré, entre autres, l’intégrale de l’œuvre pour orgue (chez Ricercar) de JeanSébastien Bach sur des B. Foccroulle © Johan Jacobs instruments historiques. Visiblement, le musicien a eu quelques tuyaux au pays de Cézanne, puisque c’est à la tribune de SaintJean de Malte qu’il mêle les jeux du buffet de l’orgue au coffre de sa soprano de fille Alice qui émerveille dans Schütz, Buxtehude, Purcell… et Bach (le 26 mai à 20h30). Le dernier récital de la saison des Concerts d’Aix réunit deux jeunes pianistes : l’aixoise Célimène Daudet et Emmanuel Despax autour d’un programme Chopin (le 6 juin à 20h30 dans la Cour de l’Hôtel de Ville). J.F.

AIX. Concerts d’Aix 04 42 63 11 78 www.concertsdaix.com


CAHIER JEUNESSE MARTIGUES | DRAGUIGNAN

Martigues sur tous les fronts

biodiversité en Méditerranée, programme donc une conférence (Tortues, requins et cétacés… pouvons-nous les protéger ?), une table ronde sur Les espèces migratoires face aux embûches qui jalonnent leur voyage et une expo du CESTmed d’une dizaine de panneaux traitant des tortues marines, ainsi que deux spectacles événements. Champ Harmonique et L’Odyssée de Bigsi, spectacle déambulatoire du plasticien scénariste Thierry Pierras sur la tortue Caouanne, espèce migratoire protégée en Méditerranée, créé à la demande de l’association pour l’Animation des maisons de quartiers de Martigues. Bigsi, immense automate de 10 mètres de long devrait faire sensation lors du défilé avenue Louis Samut

phié… À voir et à réentendre, quand le jour se lève, en plein soleil, quand la nuit apaise les derniers souffles de la mer : au festival d’Oerol plus de 10000 visiteurs n’en sont pas revenus. Ou plutôt : y sont revenus souvent ! DO.M. ET A.F.

L’Odyssée de Martigues Champ Harmonique du 26 mai au 6 juin 04 42 44 32 26 www.odyssee-martigues.org

Faire chanter le vent

Durant toute la durée de l’Odyssée Pierre Sauvageot, compositeur lunaire et néanmoins directeur inspiré de Lieux Publics, installe 500 éoliennes sonores sur la longue bande de terre de la Pointe de Bonnieu - après le pont, tout juste entre l’Étang, le ciel et la mer. Un endroit où les vents s’emmêlent souvent les pinceaux. L’idée : faire entendre les sons produits par ces souffles dans des instruments construits tout exprès, depuis le moulin à deux, trois ou cinq tons, jusqu’aux épouvantails balinais, en passant par des hélices, des sirènes, des gongs, des arbres à flûtes… Tout y est prévu, composé aléatoirement mais pas par hasard : selon la force et la direction des vents les percussions, accordées ou non, déclinent leurs modalités. Les éoliennes sont aussi sublimes, belles de leur ferraille et de leur artisanat, et le parcours est soigneusement chorégra-

Chant harmonique «work in progress» Perschelling’s Oerol Festival (NL) juin 2009 © F. Broyelle

Bigsi © X-D.R

Exit l’Odyssée des lecteurs, biennale consacrée aux livres et aux auteurs ! Mais bienvenue à une plus vaste Odyssée : la manifestation martégale s’ouvre plus largement sur le métissage culturel, la biodiversité et l’environnement et dure plus longtemps, tout en investissant pleinement la ville et ses alentours. L’Odyssée, dont le concept originel est de «construire avec et pour le plus grand nombre des parcours, des espaces culturels et artistiques pluridisciplinaires» prend place dans le cadre de Marseille capitale européenne de la culture 2013 autour de deux axes forts : «Martigues, la Méditerranée, le monde» et «Babel Martigues, ailleurs comme ici». La manifestation, engagée entre autres dans la sauvegarde de la

le 29 mai à 21h. En clôture, le 5 juin à 21h à la Halle, le spectacle Punjabcaravan : c’est le fruit d’un travail qui mêle musique et danse, mené conjointement par Eric Fernandez, Souad Massi, Dj Ravin et les musiciens et danseurs du conservatoire, les associations culturelles de danse et de musique de la MJC. Ce n’est pas tout puisque la quinzaine sera émaillée, dans divers lieux de la ville, de récits de voyages, de projections, de débats, d’un parcours urbain sur l’immigration et le refuge, de contes…

ça bourdonne ! Un p’tit porté, Cie Prise de pied © X-D.R

Théâtres en Dracénie essaime ses Petites formes de cirque depuis Draguignan jusqu’au Muy, Ampus et Trans-en-Provence (10, 11, 12 juin). Pas un espace public n’échappera à la déferlante ! Places et parkings, jardins et boulodromes sont «réquisitionnés» pour accueillir Prise de Pied, Dare d’Art, L’Aimant et Begat Theater, quatre compagnies et autant de visages de la création circassienne actuelle. Il faudra bien trois jours pour découvrir les acrobaties de la Cie Prise de Pied qui, dans Un p’tit porté, explore les émotions de jeunes parents, de la naissance de leur enfant jusqu’à ses premiers pas. Poétiques en diable, Saïlen Rose et Benoît Heliot ont l’art de danser avec un parapluie et un accordéon, et même un landau… Le duo d’acrobates Gréta et Gudulf qui marie l’humour et la voltige aérienne avec un sacré sens du rythme, de la répartie et de l’apesanteur ! Il faut avoir le cœur bien accroché… Antoine Le Menestrel (Cie Lézards bleus) qui n’a rien trouvé de mieux que la danse

escalade pour conquérir le cœur de sa belle : alors quand Folambule-Roméo cherche sa Juliette aux balcons des façades, sachons garder les pieds sur terre. Quant au Begat Theater, le spectateur devra pénétrer, seul, dans sa boîte à histoires où l’attendent Les Demeurées : la Varienne, l’idiote du village, celle qui perçoit la vie autrement, sa fille Luce et l’institutrice, Mlle Solange… Ah, la, la, quelle expérience : intime, déroutante, sonore et imagée ! Attention, décollage imminent… M.G.-G.

Petites formes de cirque du 10 au 12 juin Théâtres en Dracénie, Draguignan 04 94 50 59 50 www.theatresendracenie.com


AUBAGNE | VITROLLES ÉVÉNEMENTS

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Quand la rue s’enflamme Cie Carabosse Chez Cocotte © Sylvie Monnier

Le rendez-vous traditionnel des arts de la rue aubagnais Chaud Dehors s’annonce aérien, clownesque, enflammé… et transformera, durant deux jours, le centre-ville d’Aubagne. Ouverture des festivités le 4 juin avec le Filoscope des frèresThonessen de la cie Carabosse (visi-ble le lendemain également),un «manège» aérien sur lequel les 3 zigotos accrochent de fabuleux tableaux animés, véritables pépites poétiques qui forment un journal intime pour le moins original… Une autre de leurs fantaisies, un peu plus tard dans la soirée, devrait réjouir petits et grands : Chez Cocotte est une machine, un théâtre à vapeur et soupapes sorti tout droit de l’imagination de Cocotte, vrai-faux cheminot retraité… Et pour clore cette première salve, les clowns de La Industrial Teatrera sèmeront leur optimisme, le nez Rouge de l’amour remplaçant progressivement le nez bleu du désastre dans un spectacle inspiré d’un poème de Palau I Fabre. Le lendemain dès 18h sur le cours Foch, entraîné par Roger le Montreur, le public s’initiera à la danse avant de participer au Ballet du

Montreur, poétique et festif. Plus intimiste, mais tout aussi poétique, We meet in Paradise de la cie Théâtre Fragile, fable humaniste et touchante sur l’asile, le déracinement, l’accueil… En fin de soirée la cie Entre Terre et Ciel proposera un voyage envoûtant au pays du feu et de la danse avec Neige de feu, spectacle étonnant créé et joué par Lara Castiglioni.

Rendez-vous Chaud Dehors les 4 et 5 juin Centre-Ville Théâtre le Comœdia, Aubagne 04 42 18 19 88 www.aubagne.com

La fête des pitchouns Dans le parc du domaine de Fontblanche à Vitrolles, Festi’Pitchou propose aux enfants et aux familles des moments conviviaux (goûter collectif), ludiques (manèges à pédales) et artistiques (fanfare Samodiva et théâtre de marionnettes).Au programme : Latypique compagnie et sa célèbre Mémère  ! dans sa caravane pliante, Kartoffeln avec Mon ange gardien, le Théâtre Chignolo qui perpétue la tradition du Guignol lyonnais dans Le déménagement fantastique et Fluide corporation qui offre aux tout-petits dès 18 mois un Blou Baladou tout doux… Festi’Pitchou mercredi 9 juin à partir de 14h Domaine de Fontblanche, Vitrolles 04 42 02 46 50


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ÉDUCATION TÉLÉMAQUE EN COLLÈGE | COMPAGNIE SKAPPA

Zone sensible : la qualité comme exigence

Telemaque © Yves Berge

Dans le cadre des actions initiées par le Conseil général envers les collégiens, l’Ensemble Télémaque a proposé une lecture du Quatuor pour la fin du temps d’Olivier Messiaen à des élèves de 3e du collège Vieux Port. Comment des élèves en Zone d’Éducation Prioritaire allaient-ils entrer dans cette œuvre difficile ? Le professeur d’éducation musicale, Anne Ligonnière, avait remarquablement préparé ses classes pour une écoute et une participation parfaites. 1941 : quatre musiciens, prisonniers dans un stalag, créent avec des instruments médiocres et la complaisance d’officiers mélomanes, ce quatuor.. C’est tout l’art de Raoul Lay, chef de Télémaque, de captiver l’auditoire, entre récit, interprétation et

analyse. Il énonce les quatre facettes du style Messiaen : doctrine catholique, rythme, son-couleur, chant des oiseaux. Les musiciens sont de merveilleux complices de ce jeu permanent entre l’art et la pédagogie souriante. Hubert Reynouard, piano, nous envoûte par sa générosité, dans les passages lyriques fortissimo et une sensibilité à fleur de peau dans des pianissimi suspendus (Vocalise pour l’ange qui annonce la fin du temps). Le violoncelliste Guillaume Rabier explique les sons harmoniques, effleure les cordes, les fond en de grands glissandi (Fouillis d’arc-en ciel, pour l’Ange qui annonce la fin du temps). Épreuve du souffle, temps suspendu  : Abîme des oiseaux à la clarinette solo de Linda Amrani, très expressive,

Nature vivante

Nouvelle action éducative du Conseil général 13, à destination des plus jeunes des collégiens, et d’un grand raffinement : la compagnie Skappa a présenté une installation IN 1 et un spectacle sur le thème de la nature autonome, résistante au béton, créatrice de poésie et de voyages. L’installation visible ce jour-là au collège Longchamp par une classe de 6e est celle des bottes. Le dispositif en est simple : deux bottes de jardin sont posées au sommet de trois petites marches de bois et une dizaine de

évoque la terre (longues tenues) et les oiseaux (traits virtuoses). Louange à l’éternité de Jésus est un voyage du pianissimo au fortissimo, et le violoncelle signe un legato pour la fin des temps  ! L’énorme unisson Danse de la fureur, pour les sept trompettes, est saisissant. Le chef demande aux élèves de reproduire un rythme : très concentrés, ils comprennent mieux à la deuxième écoute. Puis le débat s’installe : pourquoi le choix de cette œuvre ? Combien d’heures de travail sont nécessaires pour monter ce quatuor ? La Louange à l’immortalité de Jésus pour violon et piano est un lent abandon, extatique, magnifié par les deux artistes, accords au piano accompagnant l’élévation finale du violon de Yann Le Roux-Sèdes, élégiaque et mélancolique. Quatre musiciens exceptionnels, un chef conteur et musicien, ont conquis des adolescents attentifs et admiratifs. Élever l’écoute en défendant des choix difficiles est tout à l’honneur de l’Ensemble Télémaque qui poursuit son travail de recherche et de création, sans le distinguer de la diffusion et de la démocratisation. Puisse cette séance annoncer d’autres vibrations pour ces collégiens ! YVES BERGÉ

Cette séance pédagogique a eu lieu au collège du Vieux Port (Marseille), de Saint-Chamas et de Berre L’étang du 27 au 30 avril À noter : Le Quatuor pour la fin des temps sera joué aux Bernardines le 29 mai (voir p 44) www.ensemble-telemaque.com

au technicien et l’on rentre dans le spectacle sans s’en apercevoir. Elle lui demande de régler la lumière, puis elle dessine une fenêtre sur le mur tendu de papier. L’image d’un arbre qui agite ses feuilles est alors projetée. Le doigt de la comédienne se déplace sur le mur et un rayon de lumière le suit créant l’illusion que la lumière vient de son doigt. C’est une leçon de «rajdinage» qui commence, terre et boutures sur fond de musique jazzy. Le personnage dessine de plus en plus fébrilement, les lignes se croisent, les

spectateurs s’assoient en demi-cercle en face. Une bande-son s’élève tandis que la lumière baisse, les yeux s’habituent à la pénombre et - l’on croit rêver - quelque chose se met à sortir très doucement des bottes, des ombres se projettent sur le mur. Peu à peu on voit que ce sont des fleurs qui grandissent et s’épanouissent, puis regagnent l’intérieur des bottes. Fin de cet instant magique. Certains enfants ont senti le parfum des fleurs ! IN 2 a lieu dans la salle d’arts plastiques. Au début Isabelle Hervouët s’adresse

taches de couleur s’étalent, les papiers se déchirent ou se superposent. Un jardinier, maître du monde végétal, occupe tout le mur. Le dessin se mélange aux graphismes projetés. Chants d’oiseaux, bruits légers de l’eau qui goutte, histoire du temps qui passe et du temps que l‘on compte. CHRIS BOURGUE

IN 1 et IN 2 sont joués jusqu’au 21 mai dans les collèges Longchamp, Pont de Vivaux et Romain Rolland (Marseille)

In 2 , Skappa ! © Christophe Loiseau


PRINTEMPS DES LYCÉENS| LA CRIÉE ÉDUCATION

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Printemps effervescent Alors que les intempéries avaient empêché son bon déroulement l’an dernier, le Printemps des Lycéens et des Apprentis de la Région PACA a réussi sa 18e édition

forts de ce Printemps ; pour la radio 10 minutes d’antenne. En tout 33 lycées ont été primés. Dans une ambiance excellente, un concert avec DJ et VJ, video-jockey, a animé la soirée tandis que dans la journée un orchestre, l’Impérial Kikiristan, faisait résonner ses cuivres. Le tout sous le soleil et le long du canal avec vue sur la vieille ville de Martigues…

Cette manifestation existe depuis 1992 et en 2000, sous l’impusion de Michel Vauzelle, les pays du pourtour méditerranéen y ont été invités pour favoriser les rapprochements de leurs adolescents, mettre en valeur leurs forces créatrices et œuvrer pour la Paix. En 2006, la manifestation s’est ouverte aux autres Régions de France. Ainsi le cercle s’est agrandi : 3000 jeunes, 450 enseignants, 146 établissements publics et privés, 15 centres d’apprentissage, 7 régions françaises, 16 pays comme le Liban, Israël, l’Égypte, l’Albanie... dont les délégations viennent d’établissements sélectionnés généralement dans les lycées des capitales.

CHRIS BOURGUE

Le Printemps des Lycéens et des Apprentis a eu lieu les 6 et 7 mai

Int grer

Citoyen... et festif !

Les groupes sont totalement pris en charge par la Région (transport, hébergement, restauration) et du matériel professionnel est mis à leur disposition. Chaque établissement peut proposer plusieurs projets pour des groupes de 6 à 10 élèves, chacun sous la responsabilité d’un enseignant. Après l’ouverture par le grand défilé des étendards, les épreuves se sont déroulées durant 2 jours. Au programme théâtre, arts de la rue, danse, musique, mode, vidéo, et des défis Sports de printemps. Mais aussi performances en direct en arts plastiques avec matériel fourni, identique pour tous, et présentation

Printemps des lyceens et des apprentis © Valerie Tersen

de projets citoyens à but humanitaire, civique ou environnemental. Radios et journaux ont aussi leur place : les lycéens exposent la maquette de leur projet et réalisent les reportages du Printemps avec interwievs, photos, restituant la mémoire des instants

Valérie Tersen, professeure d’une classe du CAP Nouvelles chances au lycée Ferdinand Revoul à Valréas, accompagnait ses élèves avec un projet citoyen : «Les élèves de cette classe sont sortis de 3e sans orientation et avec un niveau faible. On leur propose une remise à niveau encadrée par un projet pédagogique fort qui les remotive. Il s’agit d’une action de solidarité intitulée Ne laissons personne sur le bord du chemin. Nos élèves correspondent avec des mineurs en centre de détention, font des animations pour des malvoyants, des enfants malades... La Région aide ce type de projet dans le cadre d’une Convention Vie Lycéenne et Apprentie (CVLA)». Leur sélection pour participer à ce Printemps leur aura peut-être donné le coup de pouce dont ils ont besoin, pour s’intégrer en intégrant l’autre. C.B.

Vive la politique ! La Grenouille et l’architecte est un travail réjouissant qui rend hommage aux élus locaux de tous les bords, à partir des actes de divers conseils municipaux, introduits par quelques extraits de la République de Platon : les élus défendent-ils leur conception du bien général, ou leurs intérêts propres ? La réponse de Thierry Roisin est généreuse, appuyée sur les comptes-rendus de débats, et quelques confidences – une fois par an, entre des centaines d’invectives et de réclamations, on reçoit une ou deux lettres de félicitations... La comédie, alerte, se détache du ton documentaire pour jouer une polyphonie… à laquelle tous les élèves de troisième du collège Gaston Defferre ont assisté. Préparés par leurs professeurs et le metteur en scène, leur écoute fut particulièrement attentive, et ils nous ont livré leurs impressions : Plusieurs thèmes importants de la vie des citoyens sont abordés avec une grande justesse, sans porter de jugements  : diverses opinions sont données, le côté positif et le côté négatif de la démocratie, de la politique actuelle, laissant ainsi le spectateur libre de

J’ai trouvé cette pièce très active même si le début ressemble à une leçon de philosophie  ; la suite est marrante. ANTOINE Cette pièce est drôle alors que le sujet n’est pas censé être drôle. Ils nous font découvrir un conseil municipal d’une autre manière. CORALIE  Le rapport public-acteurs est une dynamique importante dans cette création. Les gradins en fond de scène me donnaient l’impression d’être dans une assemblée. Je me suis alors sentie plus impliquée et j’avais envie de participer au débat et de donner mon La grenouille et l’architecte © Éric Legrand avis. RAPHAËLLA Le plateau à roulettes avec le sable et les projections enrichissent la pièce. MARC C’était la première fois que j’allais au théâtre avec de véritables spectateurs. MATHIAS J’ai vraiment apprécié d’aller réellement au théâtre, même si je pensais être dans une plus grande salle. Sans le collège je n’y serais sans doute jamais allée. LÉA

réfléchir à ces notions fondamentales. MATHILDE ET MARINE J’ai été surprise que les acteurs puissent jouer plusieurs rôles. J’étais perdue dans les personnages. Je ne comprends pas qu’une femme puisse jouer le rôle d’un homme. MYRIAM Que les acteurs jouent plusieurs rôles apporte de l’originalité à l’œuvre. MATHILDE ET MARINE Pour moi, ce n’est pas du théâtre, les acteurs étaient comme des musiciens. ANNA 

La grenouille et l’Architecte a été joué du 21 au 24 avril à La Criée


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SPECTACLES NÎMES | GTP | GRASSE | LE REVEST

Envoûtant

Le rêve parfois sur scène se matérialise. C’est ce qui se passe lors de Flowers in the mirror par la troupe de l’Opéra du Sichuan de la ville de Chengdu, dans la superbe mise scène de Charles et Vincent Tordjman. Le court livret précise l’importance de l’œuvre, inspirée d’un roman qui fait partie des grands classiques de la littérature chinoise de la dynastie Qing (1644-1911), mais c’est à la magie extraordinaire du spectacle que l’on est le plus sensible. Le décor jongle avec les reflets, la mise en scène travaille les espaces, joue sur les profondeurs, l’artifice théâtral se transforme en objet même de théâtre… Les modulations des voix, les intonations, les phrasés nous emportent dans un autre monde, tout de subtilité, de décalages infimes… Les costumes participent de la fête, dans leur chatoiement, leur variété, leur infinie complexité. Le conte de la déesse des fleurs bannie puis réconciliée avec le monde des immortels est charmant, et garde cependant au-delà du merveilleux une vision critique du monde des mortels, prenant les allures du conte philosophique… Quant aux saluts, c’est un autre spectacle offert au public que ces virevoltes, ces acrobaties gymniques époustouflantes, ces cracheurs de feu (on comprenait alors le vide des premiers

Histoires de chant

Repetition Fleurs dans le miroir © X-D.R

rangs!), et cet art des masques, qui se transforment le temps d’un battement de cils… On côtoie le merveilleux ! M.C.

Flowers in the Mirror a été joué le 4 mai au Théâtre de Nîmes et les 7 et 8 mai au GTP

François Kerdoncuff, la cantatrice entre en scène, précédée de son chant. Clair obscur, robe longue rouge, impressionnante… mais une connivence quasi immédiate s’instaure avec le public. La diva se raconte, ses routes, ses tours de chant, elle prend une pause, grâce à nous. La robe laisse la place à un costume plus commode, dans lequel on peut bouger, jouer… rappeler des souvenirs d’enfance, depuis la savoureuse chanson du bébé de Rossini où les  «pipi caca» s’en donnent à cœur joie, jusqu’à La Fontaine revisité par Offenbach (impossible d’oublier la cigale et la fourmi après cela !), ou Prévert qui nous entraîne autour du monde «en sortant de l’école»… Une interprétation enjouée, juste, sans faux effets, une voix qui ne bouge pas malgré les difficultés, et une magnifique articulation qui rend compréhensibles les passages vocaux même les plus délicats ! Le voyage

Chante moi une histoire 2 © X-D.R.

Le 9 mai dernier, un public jeune, très jeune, était assemblé au GTP pour assister à Chante-moi une histoire. Accompagnée avec finesse au piano par

musical s’appuie avec intelligence sur de petits objets, livres cartonnés qui s’ouvrent sur de merveilleuses architectures de papier : les animaux naissent ainsi sur le piano, une valise s’ouvre sur un voyage qui s’anime… Une veste et un chouchou dans les cheveux, l’aventure est à nos portes ! La cantatrice reprend sa robe de travail, remercie le public du bonheur de cette récréation… Agnès Mellon reçoit un succès mérité : elle a captivé pendant une heure le plus terrible et le plus exigeant des publics : les enfants ! MARYVONNE COLOMBANI

Le récital d’Agnès Mellon s’est déroulé le 9 mai au Grand Théâtre de Provence

«Calme, calme… Patience, patience» répète inlassablement la voix off aux quatre compères en camisoles enfermés entre 5 blocs de bois, grands et encombrants, et 12 boîtes. C’est que ces hommes au crâne rasé, quasi interchangeables, pourraient devenir fous s’ils n’y prenaient pas garde  ! Heureusement, ils rivalisent d’inventivité - question de survie - et s’ingénient à déborder du cadre pour être heureux. Comme dans un jeu de quilles, tout ici est question d’équilibre, d’abord entre leurs tempéraments bien trempés (le facétieux, l’angoissé, l’incrédule, le naïf) ensuite dans leurs corps qui grimpent aux arbres, échafaudent des installations périlleuses, jouent au chat et à la souris, jonglent avec des boules en bois. Le ballet des Argonautes est si minutieusement orchestré et sa partition exécutée avec la précision d’un métronome que rien ne peut enrayer la machine : pas un mouvement du corps, pas un déplacement d’objet, pas même une fausse

Pas perdus © A.Chaudron

Fantaisie hypnotique note de violon (les jongleurs acrobates sont aussi musiciens !). Alors d’où vient cette folie absurde qui déclenche l’hilarité ? De l’interprétation muette et joyeuse, de la fantaisie de l’histoire, du comique des quatre bâtisseurs, de la réjouissance de leurs performances. Chacun teste les limites de l’autre, adopte une allure désinvolte ou fait mine d’être en colère quand le bon ordonnancement des choses est en péril. Gare à celui qui pousse un peu trop la farce ! Mais tout est bien qui finit bien et le quatuor parvient à s’accorder : ce n’est pas la composition pour 1 violon à 4 mains qui dira le contraire… M.G.-G.

Pas perdus a été donné les 21 et 22 avril au Théâtre de Grasse et les 26 et 27 avril au PôleJeunePublic au Revest


LA FRICHE | MIRAMAS | BERRE | DURANCE | APT SPECTACLES 51

Naissance des émotions

CHRIS BOURGUE

la 1ère fois en contact avec «la toujours seule» et toute bleue, Ilka. Et c’est un grand trouble qui les saisit : Léon se sent tout léger et tout à l’envers, et il

s’envole comme un ballon! Puis vient la petite fille modèle, Ma, tout en rose et diadème, sollicitée pour compter jusqu’à 100 et qui pique une colère

Au fin fond de l’univers Accueillis par de drôles de spationautes silencieux, sous un dôme éclairé muni de grandes fenêtres, les petits spectateurs étaient prêts à décoller, à aller voir de plus près ce qui se passe dans les étoiles, dans cette soucoupe étrange, quand la lumière du jour s’éteint… Sur les murs et par les hublots, des jeux d’ombres, magnifiques apparitions colorées, qui laissent présager d’un voyage lointain. À des annéeslumières de la terre, une petite planète se laisse approcher : là, hors du temps, vit un drôle de petit bonhomme, Ploum, marionnette manipulée dans le noir qui se déplace sur son parapluie et dont on savoure les sauts en apesanteur pour attraper les étoiles, jouer au ballon ou échapper au monstre glouton dévoreur de planète… Et

terrible. Pour finir le petit Louis a peur du noir et ne veut pas dormir... Spectacle qui apprend à nommer les émotions sur fond de musique électroacoustique et de voix d’enfants enregistrées. Chaque histoire est soulignée de comptines et certains enfants des trois classes maternelles présentes le 30 avril chantonnent en repartant… Création sensible pour enfants sages... ou pas !

Leon, Li, Louis © Veronique Lesperat-Hequet

Éric Goulouzelle construit ses figurines dans l’atelier du Tas de sable à Amiens, lieu de création, de formation autour de la marionnette, créé par Sylvie Baillon, metteure en scène, également formatrice à l’ENSAM de CharlevilleMézières. Pour Léon, Li, Louis une commande a été passée à Valérie Deronzier sur le thème des peurs et des émotions enfantines. Résultat : trois histoires de 15 minutes qui s’enchaînent, chacune dans une tonalité différente. Les marionnettes sont manipulées à vue par leur créateur et Élisa Voisin devant un décor très sobre  : des arbres blancs découpés derrière lesquels se cache le jeune Léon avant de partir à l’école où il retrouve ses copains, figurines colorées en ribambelles. Ce jour-là il rentre pour

Léon, Li, Louis, par la Cie Ches Panses Vertes, s’est joué du 24 avril au 4 mai au Petit Théâtre de la Friche Belle de mai

Une histoire criminelle…

rencontrer celle qui, comme lui, habite un bout d’univers, celle avec qui il pourra flotter encore longtemps au milieu des étoiles. Revenus sur terre, les enfants, presque déçus de reconnaître un environnement familier, purent apprécier un nouveau lever de soleil (malgré la pluie !). Formidable ouverture sur l’imaginaire concoctée par la compagnie Le Clan des songes, qui, par des silences et des images, permet un véritable voyage bien loin de la terre… DO.M.

La Nuit s’en va le jour a été joué au théâtre de la Colonne le 28 avril et au Forum de Berre le 5 mai

La nuit sen va © JL Sagot

Dans son grand livre illustré, le Vélo-Théâtre a ouvert la page à la lettre L comme loup et M comme maison. Et sur la couverture, il a écrit en grosses lettres noires, bien épaisses, «Et il me mangea». On pense immédiatement au Petit Chaperon rouge, bien sûr, sauf que sa version est inédite, sombre, cruelle et si décalée ! Le loup a une queue de loup (la tristesse de Charlot Lemoine Et il me mangea © X-D.R. hurlant à la mort arracherait des larmes à un macchabée !) ; la maison de mère-grand est là, mais réduite à une maquette ou dessinée sur du calque à partir d’un rétro projecteur (la compagnie excelle dans le théâtre d’images). Et le Petit Chaperon rouge est méconnaissable : il a pris un sacré coup de vieux avec ses cheveux gris et son pas traînant, égrenant ses souvenirs (le filet de voix monocorde de Tania Castaing dit toute la détresse de la violence vécue). Et puis, dans cette maison qui devient «le théâtre de nos peurs», il y a un drôle de personnage : un factotum muet qui manigance, épie, et qui, à ses heures perdues, se fait passer pour un lapin. Excellent José Lopez dont c’est la première apparition sur scène. Dehors, le loup rôde ; dedans, la petite fille se souvient. Et tout se mélange : la metteure en scène Francesca Bettini et ses complices déstructurent l’histoire, inventent des personnages, transforment le loup en victime et le Petit Chaperon rouge en bourreau. Un comble ! Mais qui a mangé qui ?… Admirablement éclairée, ingénieuse dans sa forme (théâtre d’ombres, papiers déchirés, accessoires miniatures), la nouvelle création du Vélo-Théâtre raconte modestement une histoire bestiale. Et livre un dernier message subliminal : soyez courageux, sortez la nuit ! M.G.-G.

Et il me mangea a été créé au Théâtre Durance les 22 et 23 avril, et au Vélo-Théâtre à Apt les 25 et 26 avril


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SPECTACLES TOURSKY | GYMNASE | SALINS | PÔLEJEUNEPUBLIC | MASSALIA

Extra-ordinaires voyageurs Voyageurs immobiles © Pascal Francois

artifices poétiques, sacs plastiques, prothèses, chapeaux, bandelettes), le spectateur n’offre aucune résistance. Le théâtre visuel et esthétique de Philippe Genty l’embarque aussitôt vers des terres inconnues, des contrées désolées, vers un Eden enchanteur, à bord d’une barque chancelante ou d’une montgolfière légère, légère… Le spectacle prend appui sur des situations réelles, un imaginaire collectif, des contes familiers et des chansons populaires avant de s’offrir de beaux dérapages contrôlés pour dire que la vie est joyeuse et la haine le clignotant rouge avant la fin du monde…

Philippe Genty est-il jamais retombé sur terre ? Ou préfère-t-il vivre entre deux océans, deux déserts, sans se détacher de ses voyages rêvés ou réels ni des paysages traversés aux quatre coins du globe… Il en fait même la matière de son spectacle, Voyageurs immobiles, prolongement de Voyageur immobile créé en 1995. Là où il était question d’un seul personnage prisonnier de ses propres voyages intérieurs, voici qu’une horde d’ombres errantes le rejoint. Semblables et pourtant distinctes. Et leur chevauchée improbable, leur quête d’absolu ne font que commencer à travers des mers déchaînées, des déserts blancs comme neige, lunaires, ou noirs comme la surface des lacs. Face au déploiement de décors majestueux, aux dialogues surréalistes, à la combinaison magique entre acteurs et marionnettes, à la débauche d’accessoires insolites (masques,

M.G.-G.

Voyageurs immobiles a été donné les 22, 23 et 24 avril au Toursky

6 milliards et moi et moi

Mitraillés par une avalanche de chiffres et de noms propres, seuls des élèves aguerris à l’économie, la culture, la religion, le social, la diplomatie, la démographie pourront tirer le meilleur parti de cette leçon de géopolitique intelligente et instructive. Et dépasser les trouvailles ludiques et visuelles du spectacle pour en saisir tout l’enjeu : depuis le premier homme sur la terre, la guerre fait rage, et l’avenir est incertain. Bombes atomiques, réchauffement climatique, exploitation des richesses, contrôle des voies d’accès… la compagnie Notoire est en alerte et avise la jeune génération de l’état du monde : adultes de demain, réveillezvous ! MARIE GODFRIN-GUIDICELLI

Le Globe a été joué les 11 et 12 mai au PôleJeunePublic au Revest et au Théâtre Massalia les 18 et 19 mai

Le Globe © T. Burlot

Le vrai du faux Les adaptations des contes des Grimm par Olivier Py ont un côté clinquant, factice et grosses ficelles absolument réjouissant. Tapageurs, parlant trop fort, exagérant les effets, les comédiens adoptent la distance du clown, avec clins d’œil au public, à l’actualité, en glissant pardessous, avec délectation, un discours subtil sur l’amour, la vérité cachée, la révélation. La langue est toujours aussi belle, regorgeant d’aphorismes, illuminée de trouvailles poétiques posées comme négligemment dans les tirades. Quant aux décors ils empilent des portes, dévoilent leurs envers, exhibent leurs machineries. C’est rouge, violet et noir, lumineux, énergique, dévoyé, provoc et trans juste ce qu’il faut pour que les enfants ne se choquent pas, et que les parents rigolent, mystique et sublime juste assez pour titiller un peu l’âme, sans trop agacer les matérialistes. Une esthé-tique du factice qui montre que la vérité ap-parente n’est qu’un reflet trompeur, que l’illusion est partout prête à vaincre, que rien n’est plus profond et véritable que ce que l’on croit faux. Excepté le faux des musiLes contes de Grimm © Agnes Mellon

Annoncé pour un public à partir de 6 ans, Le Globe de Thierry Bedard met la dragée haute : il faut être âgé d’au moins 10 ans pour comprendre «un certain état du monde, et un certain désastre dans nos relations avec le monde». Si la scénographie et l’interprétation sont admirables, il est inimaginable de croire que de jeunes enfants peuvent retenir une once d’information sur la théorie de l’incertitude de Kant et la pensée co-constructiviste d’Edgar Morin ! Excepté les intervalles comiques de la conférence, l’interactivité ponctuelle avec la salle, les globes en plastique qui font pschitt quand ils crèvent et le vrombissement d’images stroboscopiques, ils décrochent immédiatement et le calme est bien difficile à retrouver… Dommage car le duo de choc maître de conférence et assistant fonctionne à merveille jusque dans la caricature : rigidité professorale pour l’un, esprit lunaire pour l’autre et facéties pour les deux.

ciens, qui franchement, dans La Vraie Fiancée, arrache les oreilles… AGNÈS FRESCHEL

La Vraie Fiancée et L’eau de vie ont été joués au Gymnase du 27 au 29 avril et aux Salins (Martigues) les 6 et 7 mai


THÉÂTRE DE FOS | LA CRIÉE | OMC SIMIANE SPECTACLES

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Commedia del mondo Réunir sur une même scène autour d’un même propos deux théâtres aussi éloignés par la géographie et l’esthétique que celui de la commedia dell’ arte et l’opéra chinois, relève d’une double gageure, concilier deux univers et deux langues. Cette improbable

entente s’est produite sur la scène de Simiane. Le Théâtre des Asphodèles, dans une mise en scène inventive et drôle de Luca Franceschi, réussit brillamment cet impossible pari. Les huit comédiens, chinois et européens, font un jeu du décalage des Arlequin navigue en Chine © X-D.R

langues. Inénarrables instants de doublage, de traduction simultanée, de dialogues dans lesquels les phrases créent un tissu musical qui ajoute à la force comique des personnages. L’argument repose sur l’intrigue classique des amours contrariées, tous les personnages de la comédie sont là, de l’ingénieux Arlequin au vieux barbon bougon et au Matamore, marin en l’occurrence… Bien sûr, il y a les amoureux, la douce princesse chinoise enlevée, et l’amoureux rêveur qui poétise. Tout concourt à une magistrale réussite  : le jeu traditionnel des masques et les prestations acrobatiques époustouflantes de l’Empire du Milieu, un langage des signes comme universel, une connivence entre les acteurs et le public, avec un jeu dans et hors du théâtre : les comédiens se griment, se bousculent pour aller endosser un rôle, hurlent qu’ils ne sont pas encore prêts… L’art est vraiment le ciment des peuples. M.C.

Arlequin navigue en Chine a été joué à l’OMC Simiane le 24 avril

Au fil de l’eau

C’est à un beau voyage dans l’espace et le temps, à bord de l’Hirondelle et la Mésange, que nous ont conviés Fotokino et la Criée en proposant le film d’André Antoine, restauré par la Cinémathèque française. On nous avait prévenus : datant de 1920, le film est projeté en 18 images/seconde, ce qui crée un scintillement… ce fut un éblouissement ! Accompagnés brillamment à l’accordéon diatonique de Marc Perrone, les spectateurs se sont promenés au fil de l’eau, le long des berges de l’Escaut. Quittant les péniches pour les rues d’Anvers, ils ont suivi le cortège de l’Ommegank qui fêtait ses 25 ans en compagnie du marin, Pierre van Groot et de sa femme, Griet, de la jeune Marthe «en âge d’être mariée» et de son prétendant, Michel, le «poisson

d’eau douce» qui navigue en eau trouble. Ils y ont vu des chars tirés par des chevaux, dont celui de Rubens ; ils ont franchi ponts et écluses, quitté la Criée pour le marché aux poissons de Tamise, assisté au dur travail de halage et à la savoureuse séance de photos-truquages. Ce film, poétique et documentaire à la fois, qui raconte une histoire de contrebande, d’amour et de trahison, a permis aux spectateurs de s’évader pendant 80 minutes de Marseille pour les Flandres et le Nord, et de découvrir qu’André Antoine, figure historique du théâtre, fut un réalisateur hélas mésestimé !

Marc Perrone © X-D.R.

L’Hirondelle et la mésange a été projeté le 30 avril à La Criée

ANNIE GAVA

Au fond du trou La Metamorphose © Stephane Vallet

Une forme allongée dans la pénombre remue, sorte de mue gémissante qui n’a pourtant rien d’un insecte… Dans cet univers souterrain où se meuvent des ombres menaçantes, un homme émerge, titubant, les gestes imprécis. Les minutes puis les heures passent sans qu’il parvienne à se dresser. Dans la nuit Gregor Samsa, insecte modèle qui travaille d’arrache-pied pour rembourser les dettes de son père et faire vivre sa famille s’est transformé en être humain. C’est ainsi que le théâtre Mu s’empare de l’œuvre de Kafka, inversant les rôles en rendant humain celui par qui le scandale arrive. La scénographie renforce encore la situation, la famille de Gregor étant représentée par des marionnettes de plus de 2 mètres, manipulées à vue, fragiles et magnifiques. Mais

alors que le texte de Kafka s’attache à rendre réaliste et tangible le sentiment de l’absurde, la mise en scène d’Yvan Pommet se focalise sur la métamorphose et ses conséquences sur le microcosme familial, et dans une moindre mesure social, de façon essentiellement visuelle, reléguant le texte à une portion congrue. C’est dommage, la pièce perd de son intensité, laissant le spectateur au seuil du terrier… DO.M.

La Métamorphose a été jouée le 23 avril au Théâtre de Fos


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SPECTACLES AU PROGRAMME

En piste !

Insolite

Rate-Rattrape-Rate © Martin Wagenhan

M.G.-G.

La compagnie Ecla Théâtre, qui propose depuis longtemps des spectacles conçus pour le public jeune, revisite-là un classique du répertoire, Les Fourberies de Scapin. Si le texte est bien celui de Molière, la mise en scène d’Antoine Herbez privilégie la farce, lorgnant vers la fête, la liberté, l’humour et la sensualité avec force cascades et gags visuels qui font de la pièce une comédie moderne. Les Fourberies de Scapin Compagnie Ecla Théâtre dès 9 ans jeudi 27 et vendredi 28 mai 9h30 et 14h30 Auditorium de Vaucluse, Le Thor 04 90 33 97 32 www.auditoriumlethor.com

Jolis courts de mai vendredi 28 mai Et Toc !, 18h,Théâtre des Doms Et Doc ! 21h, Utopia Et Hop ! à partir de minuit, Utopia Cinéma Utopia,Avignon 04 90 82 65 36 www.cinemas-utopia.org Théâtre des Doms,Avignon 04 90 14 07 99 www.lesdoms.eu

Rêveries

Auteur, compositeur, interprète, Robinson poursuit son exploration de la vie quotidienne des enfants avec une nouvelle formule magique, titre de son quatrième album : Ailleurs sera demain ! Un programme que le chanteur propose avec ses musiciens Marc Hévéa (chœurs, claviers, accordéon, guitare et percus) et Bruno Perren (chœurs, guitare et banjo). Robinson dès 4 ans vendredi 21 mai 18h30 Espace Robert Hossein, Grans 04 90 55 71 53 www.scenesetcines.fr

Hommage

Tout l’art du théâtre de marionnettes à gaine au service de l’un des maîtres du théâtre, Antoine Vitez. À partir de quelques-uns de ses écrits théoriques, de ses lettres et poèmes, le Théâtre aux Mains nues compose Vitez en effigie comme une esquisse, «une expérience de théâtre/récit» et signe un magnifique hommage à l’art de l’acteur tel que Vitez le concevait. Vitez en effigie Théâtre aux Mains nues spectacle présenté dans le cadre du Printemps sous le signe de la marionnette dès 11 ans jeudi 3 et vendredi 4 juin 20h Théâtre Massalia, Marseille 04 95 04 95 70 www.theatremassalia.com

Cauchemar blanc d’après Moebius, réal. Mathieu Kassovitz

De l’Art et du cochon

Vitez en effigie © Emmanuelle Corson

Roublard

Goma Gom samedi 29 mai 21h Office municipal de la culture, Simiane 04 42 22 62 34 www.omcsimiane.com

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Cité cirque Festival de cirque et de théâtre de rue jusqu’au 1er juin Gap et Hautes-Alpes 04 92 52 52 52 www.theatre-la-passerelle.eu www.theatre-le-cadran.eu

Le collectif Et Doc !, le cinéma Utopia et le Théâtre des Doms font la fête aux courts toute une nuit ! L’occasion de découvrir trois séries de films et rencontrer Louis Héliot (Centre Wallonie Bruxelles à Paris) et le réalisateur Christophe Lemasne (Annie de francia). Au programme, une sélection de courtsmétrages belges, une séance long-court proposée par l’association Cinambule et pour les noctambules, une séance «C’est provoc !». À l’heure des entractes, tout le monde est convié à apporter son piquenique… le plus «long» possible.

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Cité cirque n’a pas fini de faire son festival dans les Hautes-Alpes ! L’aventure se poursuit en compagnie de Dominique Rousset et Claude Broyasse qui font la tournée des Excentrés avec leur théâtre forain Domi et Claude (jusqu’au 25 mai, dès 7 ans). Ou l’art de transformer l’espace d’une caravane en haut lieu de parodie. À Gap, Mathurin Bolze continue sur sa lancée et présente à La Passerelle, après Ali avec Hedi Thabet, son tout dernier succès : Du goudron et des plumes (20 et 21 mai, dès 12 ans). Tandis que déboulent en fanfare, sur le parking du Quattro, la troupe du Théâtre Dromesko et sa ménagerie pour Arrêtez-le monde, je voudrais descendre (du 25 mai au 1er juin). Un univers insolite où se côtoient hommes et animaux et se succèdent situations cocasses, ballet d’amoureux, mariages improbables, anges musiciens encagés et malades perfusés à la vodka… Bouquet final avec la compagnie Pré-O-Ccupé/Nikolaus et son Raté-Rattrapé-Raté qui jongle avec les mouvements du corps, les numéros de clown et la parole (28 et 29 mai, dès 7 ans). Attention, ratages et chute de balles annoncés !

Trop court !

Que peut-on faire avec quelques chambres à air ? Vous et moi sans doute pas grand chose, mais les Chapertons, eux, inventent un dompteur de cirque et ses phoques, un couple de pingouins délurés, un circuit de Formule 1, des poulpes et… Véritable ode au pneumatique, Goma Gom est un monde à part dans lequel les trois clowns espagnols se passent de paroles au profit d’un humour visuel dévastateur !

Laurence Janner décape les Trois petits cochons de leur vernis hollywoodien pour revenir à la source du conte populaire anglo-saxon qui fait des petits porcins de vrais animaux. Mais chut, surprise, d’autant qu’elle en profite pour faire couler beaucoup… d’argile  ! Changement de registre avec Comment Wang-Fô fut sauvé, la plus célèbre des nouvelles orientales de Marguerite Yourcenar. Là, la poésie et le rêve l’emportent qui nous promènent de l’univers du vieux peintre Wang-Fô à celui du jeune empereur, qui ne connaît du monde que son dessin, et veut tout en comprendre… Trois petits cochons dès 3 ans les 26 et 29 mai, les 2, 5, 9 et 12 juin 14h30 reprise en septembre Comment Wang-Fô fut sauvé dès 6 ans les 16, 19 23 et 26 juin 14h30 Badaboum théâtre, Marseille 04 91 54 40 71 www.badaboum-theatre.com


55 Percuasif !

Western

Toute la réussite de Parce qu’on va pas lâcher repose sur la combinaison équilibrée du step (percussion corporelle dont Onstap a fait sa marque de fabrique), du slam et du théâtre. Sur l’histoire simple d’enfants de cités racontée en dialogues imagés. Et sur la complicité entre Hassan Razak et Mourad Bouhlali qui jouent de leur corps comme d’une batterie et parviennent, avec une économie de moyens, à ferrer l’émotion du public par leur énergie et leur présence généreuse.

Confrontée à une pièce du répertoire classique, la compagnie Vol plané se plaît à mettre le Malade Imaginaire en abyme, jouant à le jouer, et passant sans transition de la farce à sa férocité, de la scène à la violence d’un ring contemporain : quatre acteurs, pas de décor ni de costumes, pas de lumières ni d’artifices, tel est le parti pris du metteur en scène Alex Moati pour dénoncer à son tour l’imposture de la médecine face à un malade obsessionnel… et en bonne santé !

Ali Baba et les 40 voleurs © X-D.R.

Parce qu’on va pas lâcher Cie Onstap jeudi 2 mai20h30, Paluds de Noves vendredi 21 mai 20h30, Morières-les-Avignon samedi 22 mai 20h30, Châteauneuf-de-Gadagne Théâtre de Cavaillon 04 90 78 64 64 www.theatredecavaillon.com

Jouer au malade

Descendance

Il était une fois… les fables de La Fontaine revues et corrigées par William Mesguich, à mi-chemin entre l’univers des Monty Python et celui de Tim Burton ! Ironie de la mise en scène, La Fontaine est sur le plateau en chair et en os, maître de cérémonie de ce ballet du genre animal qui ressemble tant à celui des humains avec ces drôles de bêtes déguisées en hommes et ces drôles d’hommes déguisés en bêtes… En plus sa langue n’a pas pris une ride et continue de faire rire à travers une galerie de personnages au lisse plumage ou au tendre langage.

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Il était une fois… les fables William Mesguich dès 5 ans mercredi 19 et samedi 22 mai 15h La Criée, Marseille 04 91 54 70 54 www.theatre-lacriee.com

Tellement vrai

Avec un talent qui n’a que faire de l’âge, le Groupe Grenade (les danseurs ont entre 8 et 13 ans !) s’est emparé avec succès du roman réaliste de Dickens sur l’enfance maltraitée. Sous la houlette de Josette Baïz, ils revisitent chaque étape de la vie d’Oliver Twist, son parcours jalonné de petits bonheurs et de grandes souffrances, en autant de tableaux expressifs. Dans un langage chorégraphique caractéristique du travail de Josette Baïz depuis 20 ans, ils offrent un spectacle saisissant de vérité. Oliver Twist Groupe Grenade dès 8 ans vendredi 28 mai 19h30 Théâtre des Salins, Martigues 04 42 49 02 00 www.theatre-des-salins.fr

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Qui n’a jamais entendu «Sésame, ouvre-toi…» ? Si Ali Baba est dans tous les esprits avec son flot d’images, La Cordonnerie en donne une version toute personnelle dans L’Histoire d’Ali Baba et de quarante voleurs exterminés par une esclave. Prenez un endroit désertique, abandonné de tous, et deux frères qui travaillent dans une vieille station-service : l’un se nomme Cassim, l’autre Ali Baba… Le tout donne un ciné-concert fantasque où la bande son et les bruitages joués en direct par les musiciens commentent et accompagnent l’action d’un film muet réalisé par Samuel Hercule.

Le Malade imaginaire Compagnie Vol plané dès 11 ans les 27, 28, 31 mai et 1er juin en tournée dans les collèges (représentations ouvertes aux familles) Théâtre Massalia, Marseille 04 95 04 95 70 www.theatremassalia.com

La Cigale, La Fontaine © X-D.R.

L’Histoire d’Ali Baba et de quarante voleurs exterminés par une esclave Cie La Cordonnerie dès 6 ans mardi 8 juin 19h30 PôleJeunepublic, Le Revest 04 94 98 12 10 www.polejeunepublic.com

Initiatique

Tel Ulysse qui dut parcourir le monde, Odyssée et Bernie, deux enfants, vont voyager dans le temps et dans le monde, rencontrer des artistes et des savants pour devenir adultes… Grégoire Callies déroule le fil de la grande et de la petite histoire pour bâtir un parcours initiatique en trois parties, avec la complicité du marionnettiste Yeung Faï qui mêle tradition des marionnettes à gaine chinoise et imagerie européenne. Pour dire que tout s’accomplit aussi dans l’amour, l’amitié, l’art, la pensée, bref, dans tout ce que l’homme sent et ressent. La Petite odyssée (trilogie) Grégoire Callies et Yeung Faï spectacle présenté dans le cadre du Printemps sous le signe de la marionnette dès 8 ans du 10 au 12 juin Théâtre Massalia, Marseille 04 95 04 95 70 www.theatremassalia.com

Oliver Twist, Groupe Grenade © Leo Ballani

Planant

Peter Pan n’a qu’à bien se tenir, Alexis Moati et ses acteurs ne lui laisseront pas une minute de répit ! Sur le plateau encombré de canapés de récupération, la famille Darling s’apprête à vivre de drôles d’aventures en compagnie de l’éternellement jeune Peter Pan, de la fée Clochette et du capitaine Crochet… C’est que la compagnie Vol plané aime le théâtre -qui le lui rend bien-, sait raconter des histoires et tirer les meilleures ficelles de l’illusion théâtrale. Peter Pan où le petit garçon qui haïssait les mères Cie Vol plané dès 8 ans Après le Théâtre de l’Olivier à Istres et la captation par Arte, le spectacle sera présenté le 11 juin 14h30 et 19h à L’Astronef, Marseille 04 91 96 98 72 www.ch-edouard-toulouse.fr/-Le-Theatre-del-astronef-.html


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LIVRES

Un projet qui déchire

La vocation principale de Libraires à Marseille est de proposer des manifestations autour du livre, des rencontres avec les auteurs. À destination d’un public adulte mais également des plus jeunes. Elle organise ainsi chaque année le Prix du livre jeunesse Marseille. En partenariat avec l’ACELEM (Association culturelle d’espaces lecture et écriture en Méditerranée), elle est aujourd’hui à l���origine d’un tout nouveau projet, Au tour de l’album, qu’elle entend bien pérenniser. Libraires à Marseille a choisi Sara, auteure et illustratrice réputée (pas moins de 18 publications en une quinzaine d’années), organisé sa résidence à Marseille et coordonné les actions. L’ACELEM a mis à disposition les locaux et le personnel de son espace lecture. C’est pendant les vacances de printemps que s’est déroulé le premier temps de ce projet, qui vise à favoriser l’accès au livre d’enfants de quartiers défavorisés et à stimuler leur imaginaire. Une vingtaine de lecteurs de 8 à 12 ans ont participé aux ateliers de création animés par Sara et se sont initiés à sa technique de prédilection, le papier déchiré. Durant cette première étape, les jeunes stagiaires ont créé des histoires selon cette technique, avec des contraintes de couleurs (3 maximum) et de personnage (un poisson rouge). Leurs travaux, scannés, seront réunis en un recueil et présentés lors de la 2e session, pendant les vacances scolaires d’octobre. Au programme : une sortie sur le Vieux-Port (que la plupart des enfants du quartier de la Solidarité ne connaissent pas bien) suivie d’une création graphique et une grande fête pour l’inauguration du nouvel espace lecture de l’ACELEM (Edouard Vaillant, dans le 3e ardt), avec exposition des œuvres réalisées par les enfants. Un projet, qui, outre qu’il favorise la rencontre du jeune public avec un auteur et son œuvre, l’amène à pousser les portes de lieux dédiés à la lecture… et à y revenir !

Rencontre avec l’auteure et illustratrice Sara © X-D.R

Multiplication des histoires Le travail de Sara est passionnant. Dans ses nombreux albums elle déploie les histoires, presque sans mots, avec juste quelques papiers déchirés et un choix volontairement limité de couleurs. La beauté primitive des compositions parle à tous, petits et grands. De désir de liberté, d’amitié, de solidarité, de deuil et de solitude aussi. Sara met en scène les émotions qui la traversent avec une grande économie de moyens et une force de suggestion peu commune, renforcée par des cadrages très cinématographiques. Chaque lecteur, quel que soit son âge, peut plonger dans les pages pour y inventer SON histoire, se rencontrer soi-même. Parfois aussi l’album, sans texte, s’accompagne d’un DVD et d’une lettre en post-scriptum. C’est le cas pour À quai réalisé dans une gamme colorée très série noire. Ainsi, le livre propose trois entrées dans cette histoire d’amitié entre un chien jaune et un capitaine de navire. Trois points de vue. Car y a-t-il jamais une seule version de l’histoire ?

F.R.

À lire de Sara : Eléphants, Éd.Thierry Magnier, 17 euros ; Nu et À quai, Seuil jeunesse, 15 et 24 euros, ainsi qu’une superbe sélection de quelques Métamorphoses d’Ovide aux Éd. Circonflexe.

FRED ROBERT

Mémoire des origines

Les trous de mémoire ne sont pas pleins de vide ! Ils peuvent être emplis de souvenirs cachés, en attente, prêts à surgir à la première occasion. C’est le cas de celui dont parle Annie Agopian dans un album très sensible qui lui a été commandé pour marquer le 95e anniversaire du génocide arménien du 24 avril 1915. À l’occasion de la banale demande de renouvellement des papiers d’identité de sa mère à une fonctionnaire municipale, le jeune narrateur découvre le nom de son grand-père paternel et son lieu de naissance : Kharpout, Asie Mineure. Sa mère lui explique alors des mots étranges comme «naturalisé» ou «apatride», puis lui raconte le mariage de son grand-père arménien avec sa grandmère, née dans un petit village bien français. La mère retrouve des livres, écrits dans une langue inconnue

avec de vieilles photos, des articles de journaux jaunis… L’auteure suggère, fait ressentir, ne rentre pas dans des explications trop précises, mais la date du

génocide et le nombre de morts sont marqués sur deux pages noires. Son livre raconte entre les lignes, s’appuie sur les dessins d’Alfred, précis, cernés de noir, parcourus de grands à-plats souvent orangés, puis d’une pluie d’étoiles à la fin pour montrer que la vie est là, avec ses plaisirs simples, son goût de miel et son parfum d’épices. CHRIS BOURGUE

Le trou Annie Agopian et Alfred Éd. du Rouergue, 16 euros


LIVRES

Noms de non !

Actes Sud junior propose aux adolescents une collection revigorante, qui a tout pour séduire à commencer par son titre : Ceux qui ont dit non. Sous cette bannière sont réunies des biographies romanesques de personnages historiques exemplaires par leur engagement combatif. Ces figures charismatiques, célèbres ou oubliées, permettent d’aborder dans leur actualité des sujets polémiques laissés de côté par les manuels d’histoire, de la violence carcérale à la torture en Algérie. Ainsi de Louise Michel, petite institutrice de province devenue activiste anarchiste, égérie de la Commune de 1871 et mythe énigmatique d’une sorte de vierge laïque ayant épousé la cause ouvrière. Ainsi de Simone Veil, rescapée d’Auschwitz, devenue ministre de la santé, identifiée à la loi de 1975 qui porte son nom, et légalise en France l’avortement contre l’hostilité des conservateurs

et des religieux. Tout oppose ces deux femmes : la première est une femme du peuple qui a passé le plus clair de sa vie devant des juges et en prison pour avoir fomenté le désordre public ; la seconde est de l’autre côté, issue de la bourgeoisie et de la haute magistrature, aujourd’hui académicienne. Mais l’une et l’autre partagent l’expérience de la déportation, et une détermination infaillible qui les fait agir, et qui donne aux questions de société qu’elles incarnent un visage à la fois touchant et impressionnant. La volonté pédagogique louable de l’entreprise conduit parfois à une simplification narrative qui échoue à donner une vraie consistance aux personnages, et à des dossiers historiques d’accompagnement sché-matiques.

Des histoires pour bien grandir

La collection Benjamin des éditions Actes Sud ravit par la diversité et la qualité des ouvrages proposés. Format agréable, papier épais, capable de subir les assauts gourmands des lecteurs en herbe, caractères larges, mais pas trop quand même, on n’est plus des bébés  !, mise en page aérée, illustrations délicieuses, cultivant la simplicité et la clarté… Les thèmes abordés ne se contentent pas de reprendre les grands topiques de la littérature enfantine. Certes, il y des contes, reprises traditionnelles, comme Le bateau qui marchait sur la terre et sur l’eau de Alain Le Goff, qui s’apparente au Baron de Munchausen (le héros pauvre, obtiendrat-il la main de la belle princesse  ? une série de personnages hauts en couleur vient à la rescousse…) ; mais la vie quotidienne des enfants est aussi mise en scène : véritable guide pour les parents, Mathilde et les petits papiers apprend, sous la plume toute de nuances de Béatrice Fontanel, à accepter la réalité particulière de son enfant, à trouver une entente, à concilier une passion avec la vie commune, à transformer l’objet de litige en complicité. Et que dire du morceau de choix de ce conte à rebrousse conventions La princesse qui

n’aimait pas les princes de Alice Brière-Haquet ? Rares sont les livres pour enfants qui abordent l’homosexualité… Sa prose brillante et légère mêle les échos des histoires de nos enfances à des reprises enflammées de Racine «Elle la vit, elle rougit, pâlit à sa vue»… il y a du Phèdre dans l’air, et une mise à mal des tabous avec une subtilité et une vivacité confondantes… Un régal et pas seulement pour les petits ! MARYVONNE COLOMBANI

La photo sans cliché

Dernier né de la collection À petits pas, La Photo propose aux enfants de mieux découvrir cette image qu’ils croient connaître. De la camera obscura au laboratoire numérique, Laura Berg explique les étapes qui ont conduit à la photo d’aujourd’hui. Les enfants y verront le daguerréotype, la chronophotographie, l’autochrome ; ils réfléchiront à la photo en tant qu’art, à son utilisation dans les domaines scientifiques ; ils comprendront la différence entre l’argentique et le numérique, les processus en œuvre dans la prise de photos ou le développement, les métiers qui s’y rattachent, les droits et devoirs des photographes professionnels.

Quelques jeux et activités permettent de tester les connaissances ou de les mettre en pratique et d’aborder les notions de cadrage, de composition de l’image. Dommage que les seules images soient les dessins de Vincent Bergier ! Quelques photographies auraient permis de former le regard…

ANNIE GAVA

La photo à petits pas Laura Berg et Vincent Bergier Actes Sud junior, 12,00 euros

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Mais cela n’enlève rien à l’originalité et à la générosité de cette entreprise salutaire, qui rappelle aux adolescents l’éternelle jeunesse, et la nécessité renouvelée, de l’esprit de révolte. AUDE FANLO

Louise Michel «Non à l’exploitation» Gérard Dhôtel Simone Veil «Non aux avortements clandestins» Maria Poblete Actes Sud junior, 7,80 euros

La princesse qui n’aimait pas les princes Alice Brière-Haquet, Lionel Larchevêque Mathilde et les petits papiers Béatrice Fontanel, Marc Boutavant Le bateau qui marchait sur la terre et sur l’eau Alain Le Goff, Rémi Saillard Actes Sud junior collection Benjamin, 7,50 euros


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LIVRES/DISQUES

For childrens ?

On dira qu’Universal ne se casse pas la tête pour cette nouvelle collection Musique pour les enfants. Format des plus sommaires, sans notice, ni livre illustré, pas de narration : juste de la musique compilée par thème  ! On est loin des efforts accomplis par les labels spécialisés qui pensent et articulent leur production destinée à la jeunesse avec soin, et détails attrayants. Le principal atout de la major est de pouvoir puiser dans un fonds d’une qualité exceptionnelle et d’une diversité insondable… Le slogan défendu est «Faites découvrir à vos enfants la musique que vous aimez !». Sur les trois galettes disponibles, on comprend aisément le choix des œuvres réunies dans Classics for kids  (480 2249) avec les variations symphoniques de The Young Person’s Guide to the Orchestra de Britten, les Jeux d’enfants de Bizet, Les Chidren’s Corner de Debussy (par Alexis Weissenberg) et L’Apprenti sorcier de Dukas. Le fonds de Deutsche Grammophon est constitué d’orchestres et chef prestigieux : Maazel, Levine…

Énigme de Jade

Dans l’insupportable chaleur de l’été à Pékin, une petite fille se promène avec son grand-père… Un coin d’ombre, un banc, le grand-père raconte une histoire… du temps où les dragons vivaient encore en Chine, un temps de légendes… Le village du petit Bao est riche, très riche, grâce à l’exploitation du jade. Mais un dragon vient ruiner les villageois par ses exigences. Bao trouvera-t-il le héros capable de chasser le dragon ? Même si dès la rencontre avec le moine, l’on se doute de la conclusion, le récit ne manque pas d’intérêt. Les épreuves que le petit Bao affronte le feront grandir, n’est-ce pas le but de tous les contes initiatiques ? Un charmant petit ouvrage, fragment précieux de jade, qui s’efforce de déchiffrer le monde

La qualité artistique du florilège de standards de jazz assemblés autour du thème berceur Lullaby (531 4522) n’est pas à remettre en cause, hors quelque choix au goût contestable, mais il semble parfois un peu tiré par les cheveux d’anges ! La majeure partie de ce répertoire n’est pas à proprement parler destiné aux séraphins… Cependant «papa & maman jazzy» se plaisent à partager avec bébé des «classics» de Sarah Vaughan, Armstrong, Bill Evans, Miles Davis … Il en va de même pour le disque consacré exclusivement à Ella Fitzgerald Miss Ella’ Playhouse (531 4949) : on est sous le charme des vieux enregistrements s’étalant de 1937 à 1966, mais pas sûr que l’indication «De 1 à 4 ans» convienne réellement à tous les titres  ! Rien n’empêche d’essayer ? Swing avant toute ! JACQUES FRESCHEL

Musique pour les enfants Collection Universal

énigmatique des apparences et de nous affranchir de nos dragons.

Bao et le dragon de jade Pascal Vatinel, Peggy Adam Actes Sud junior, Cadet, 7 euros

L‘eau toute douce

Les enfants ignorent la plupart du temps ce qui se cache et vit dans les rivières. Une boîte à trésor propose une démarche originale pour découvrir le monde aquatique et les petites bêtes qui la peuplent. La boîte de carton renferme 3 livrets. D’abord un dépliant explique comment faire des prélèvements avec une épuisette dans les cours d’eau pour juger de leur propreté et de leurs habitants, larves, vers, escargots. Puis un récit de vacances de Luis Espinassous entraîne les jeunes lecteurs à la suite de quatre enfants qui construisent cabane et radeau, et bravent le danger d’une crue. Enfin une brochure, rédigée par Frédéric Lisak, explique le cycle de l’eau, de la source à l’estuaire, présente la faune et la flore des ripisylves. Le tout complété par le 1er trésor d’une collection future, un bout de bois rongé par un vrai castor, auprès duquel on propose aux enfants de ranger coquillages, sables et cailloux ! Ils pourront aussi

Binômes

M.C.

fabriquer un bateau en bois à hélices avec l’aide d’un adulte. L’ensemble, ludique et pédagogique, est joliment illustré de dessins et personnages confectionnés dans du carton par Christian Voltz. CHRIS BOURGUE

La boîte à trésors : la rivière Éd. Plume de carotte, 16,50 euros Dans la même collection : La forêt

La comédienne Mathilda May (née Haïm) est une danseuse émérite (1er prix au CNSMD de Paris), également chanteuse et passionnée de musique classique depuis l’enfance : elle est «tombée» dans le spectacle avec un père dramaturge et une mère danseuse et chorégraphe. Avec une nouvelle collection, Le coffret des musiciens, la belle artiste veut faire partager aux enfants sa passion pour la musique. L’idée est, à partir de faits réels, d’associer deux personnalités, l’une historique ou littéraire, l’autre musicale. Le récit, lu par l’actrice, est accompagné de bruitages et extraits d’opus (CD) alors que le «pitchoun» tourne les pages d’un livre illustré. Les deux premiers ouvrages associent, en plein romantisme, Chopin & Sand et Lully & d’Artagnan au siècle du Roi-Soleil. J.F.

Livres + CD aux Éd. Bleu nuit (dès 6 ans)


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LIVRES

ARTS | LITTÉRATURE

L’ai-je d’esprit Depuis Phare de la Mariée, première étude du Grand Verre par Breton en 1935, combien d’exégèses suscitées par l’œuvre de Marcel Duchamp ? Avec cette biographie filmée, Fabrice Maze réussit une grande œuvre, vraiment. Il nous permet de suivre l’anartiste dans la transformation radicale de son art vers une esthétique novatrice et intransigeante, de Jeune homme et jeune fille dans le printemps (1911) à Étant donnés… conçu à partir de 1946 et seulement dévoilé après sa mort survenue en 1968, selon le souhait de l’artiste. Riche de nombreux documents d’époque, films et témoignages exceptionnels ce documentaire, en deux DVD et un livret sous coffret, suit une chronologie en trois chapitres entre France et États-Unis principalement, complétée par une série d’entretiens avec des proches (hommages en contre-

partie desquels manquent les contradicteurs). Jeux de découverte scientifique enfantins et jeu d’échecs, recherche de la quatrième dimension, principe de hasard, l’Almanach Vermot côtoyant Nietzsche et Stirner, calembours et contrepèteries, détournement d’objets banals, théorie de l’infra-mince ont constitué un fonds de pensée complexe chez Rrose Sélavy qui estimait qu’en art «le choix est la chose principale.» Et l’on sait l’influence de cette pensée sur l’art jusqu’aujourd’hui. Iconoxydable et passionnant ! CLAUDE LORIN

Marcel Duchamp, Iconoclaste et Inoxydable Editions Seven Doc, coll. DVD Phares, versions fr., angl., esp., 270 min., 23 euros

Marseille, ville de cinéma

En 1995, paraissait le n°173 de la revue Marseille, dirigée par Pierre Echinard, consacré au cinéma. En avril 2010, quiconque s’intéresse au 7e Art lira avec enthousiasme le n°228 de cette même revue à l’iconographie soignée, et à la superbe couverture rouge. De l’architecture des salles aux projets en cours, en passant par les tournages, l’exploitation et la diffusion, sans oublier les cinéastes qui ont marqué Marseille, c’est à un tour de ville que nous convient les auteurs, cinéphiles compétents et passionnés. Daniel Armogathe, directeur de la Cinémathèque, y évoque les premières années du cinéma à Marseille, et les courtes bandes comiques de Feuillade et son héros, Bébé, puis Bout-de-Zan dans les années 1910, l’histoire des Studios Paul Ricard, des Films du Soleil ou de l’INAMéditerranée. Le «château» de Pagnol va devenir la Maison des cinématographies de la Méditerranée. Mais qui connaît le passé de cette bastide érigée au XVe siècle, appelée la Buzine par féminisation de Buzens, son propriétaire? Georges Reynaud nous en conte l’histoire jusqu’à son rachat en 1941 par Marcel Pagnol qui voulait en faire une cité du cinéma !

Architectes, historiens, universitaires se succèdent pour rappeler que Marseille, où se déroulent annuellement quelque 200 tournages, est une vraie ville de cinéma, même si, comme le souligne Jeanne Baumberger, la situation du cinéma «Art et Essai» y est très fragile, et paradoxale. Certains films ne passent pas à Marseille : bon nombre de cinéphiles ont dû aller à Aix voir le dernier film de Jane Campion ! Heureusement, le dynamisme d’une dizaine d’associations de cinéphiles amène à Marseille «une quantité impressionnante de films et de réalisateurs», organisant tout au long de l’année ces rencontres et festivals qui font la richesse de l’offre cinématographique. Au moment où sortait le n°173 disparaissait René Allio. Pierre Murat lui rend hommage dans ce numéro, et son film, le très émouvant L’Heure exquise a été projeté le 8 avril au CRDP. Le n°228 salue la mémoire d’un autre cinéaste, Paul Carpita, disparu récemment. Les pages tournent, marquées d’étranges analogies… ANNIE GAVA

Revue Marseille, 8 euros

Et Alger ferme les yeux sur le reste Dans l’Algérie des années 2000, Djo, commissaire à la retraite, reprend du service pour régler une dette, se mettant du même coup sur le dos une affaire opaque et sanglante. Autant le dire tout de suite, l’énigme de ce court roman très noir, La prière du Maure, est moins importante que l’atmosphère générale et que le côté politique, très descriptif. Et c’est heureux, car l’auteur, Adlène Meddi, qui n’est autre que le rédacteur en chef d’El Watan Week-end à Alger, connaît son affaire. C’est là la force de ce roman, qui lorgne aussi vers le documentaire et la chronique politique, et se nourrit également de réalité et fiction. Sous couvert d’une enquête sur la disparition d’un jeune homme, Djo, réactivant ses réseaux policiers, journalistiques et amicaux, va se retrouver mêlé à une lutte sans merci au

sein des forces censées représenter la loi. Et l’on se retrouve plongé au cœur de conflits bien réels, de secrets politico-militaires qui éclabousseront jusqu’aux pays étrangers… Personne n’est à l’abri de ces turbulences, et l’on suit, au fil de chapitres de plus en plus courts et angoissants, le sombre destin des protagonistes dans une Alger qui n’est plus «la blanche» mais bien celle où certains doutent «de l’existence de l’aurore», et dans laquelle Djo est «un mort qui s’est peut-être oublié chez les vivants.» DO.M.

La prière du Maure Adlène Meddi Ed Jigal, polar, 15 euros


LIVRES

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Indian saga En 2006, Le chemin des âmes a révélé le talent de Joseph Boyden. De l’épopée de deux jeunes Indiens Cree pendant la 1re guerre mondiale, un objet est l’écho dans le deuxième grand roman du Canadien, Les saisons de la solitude. Il s’agit du vieux fusil rapporté d’Europe par l’un des héros, père et grand-père des deux protagonistes principaux de ce nouvel ouvrage. Si la carabine joue évidemment son rôle d’arme dans le récit, elle tient sans doute une autre place, plus symbolique ; comme un lien entre les deux romans et une figure concrète de la transmission, thématique centrale de ces saisons de la solitude. Quel héritage laisser à ses enfants quand on habite une réserve au bord de la baie James, que la plupart d’entre eux ne rêvent que de fuir pour un sud moins rude, plus opulent, Montréal, New York ? Quelles traditions de chasse leur enseigner quand ils préfèrent les fastfoods et les supermarchés et qu’on n’est plus «rien

que des hommes et des femmes devenus vieux et fatigués qui n’ont plus la force de lutter pour ce qu’ils aiment» ? Boyden ne fait pas de grands discours mais la fiction qu’il imagine est éloquente : deux monologues alternent de chapitre en chapitre, celui de Will plongé dans le coma et celui d’Annie, sa nièce, qui vient lui parler chaque jour sur les conseils de l’infirmière. Deux voix, deux itinéraires mouvementés, deux personnages forts de leurs fragilités mêmes. Au chevet de son oncle, la jeune femme comprend que sa place est parmi les siens, tout près de la Moose River, et que la beauté cree n’a que faire des sunlights. Une belle histoire de famille, de peuple et de grands espaces. FRED ROBERT

À noter : Joseph Boyden fera escale dans deux librairies du département, le 26 mai à Gardanne (librairie Aux vents des mots) et le 27 à Marseille (librairie l’Attrape mots).

Les saisons de la solitude Joseph Boyden Albin Michel, 22,90 euros

Fragments Titre énigmatique que celui-ci, Le Londres-Louxor… ça sonne comme un voyage, une promesse d’exotisme et d’aventures… Le prologue (n’est-ce pas théâtral ?) nous détrompe bien vite, avec son sous-titre, Note sur l’architecture du bâtiment, et l’entrée en matière sans équivoque, «Le Londres-Louxor est un ancien cinéma parisien.» Un autre cinéma Paradiso ? Non, ce n’est pas encore cela. Après un prologue tout à fait fantastique -disparitions inexpliquées, lieux chargés de mystère- se développe un roman étrange, aux voix multiples, aux points de vue fragmentaires. La plume oscille entre intériorité et détachement. Véritable métaphore de l’écriture, le texte détruit ses personnages, les reconstruit, fait intervenir des êtres inquiétants qui semblent se nourrir de l’essence même de ceux qui leur tombent entre les mains : les Vieilles, Parques contemporaines, viennent prélever des échantillons d’ADN ; le patron du cinéma brouille les pistes ; les échos de la guerre, la diaspora bosniaque, tissent une fine enveloppe à l’intrigue. Que sont devenus les tableaux volés de

la fondation Bührle dans laquelle Ariane, la sœur de Esme, le personnage principal, a travaillé ? Qui est vraiment Esme ? Prête-nom d’un écrivain, évanescente dans une blondeur fabriquée, fragile et pâle, retrouvera-t-elle sa sœur, et prendra-t-elle enfin consistance ? Ce roman attachant pratique une esthétique magistrale de l’effacement. Ainsi le critique littéraire devient analphabète en tombant amoureux ! Une musique sourd curieusement de cette écriture profondément originale… MARYVONNE COLOMBANI

Vulgarisation ou encyclopédie ? Les ouvrages sur la danse contemporaine ne sont pas légion, hors quelques monographies. Philippe Noisette, critique de danse aux Echos, aux Inrockuptibles et à Danser, publie un ouvrage généraliste intitulé sobrement La Danse contemporaine, dans la collection Mode d’emploi de Flammarion. L’ouvrage est attrayant par ses couleurs, sa maquette, son prix aussi, raisonnable, et ses photos pleine page très nombreuses illustrant avec soin le propos. En tenant lieu parfois, tant elles sont parlantes. Mais il n’échappe pas aux aléas du genre : comment choisir, lorsque l’on veut balayer tout un art, seulement 6 précurseurs, 30 chorégraphes marquants, et une dizaine de dates-clefs ? Son livre hésite donc entre l’ambition d’être un ouvrage consultatif de référence -ce qu’il réussit par endroits- et celle de constituer une porte d’entrée pour néophyte. Les premières parties, intitulées C’est quoi ? puis Quel intérêt ? et Ne dites plus… combattent quelques

préjugés mais, parce qu’elles gadgetisent les tendances, ne semblent pas s’adresser au même lectorat que la suite, plus pointue, de l’ouvrage. Un deux en un préjudiciable ! AGNÈS FRESCHEL

La Danse contemporaine mode d’emploi Philippe Noisette, photos Laurent Philippe Flammarion, 24,90 euros

Londres-Louxor Jakuta Alikavazovic Editions de l’Olivier, 16,50 euros


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LIVRES

LITTÉRATURE

Si belles, si seules... Trois univers se côtoient sans se rencontrer dans un petit immeuble de Madrid en 1960. Trois voix, trois styles différents, trois femmes. L’une, Evita Perón, est morte depuis 8 ans ! On ne le sait pas tout de suite, on le comprend au détour d’une phrase, d‘une allusion ; fantôme ou bonne fée, elle assiste à la vie de son exmari en exil avec sa nouvelle femme. Elle s’adresse à lui comme s’il pouvait l’entendre, lui parle de ses étranges rapports avec son embaumeur (morte d’un cancer à 33 ans, son corps a réellement été embaumé, puis enlevé et caché). L’autre femme célèbre et bien vivante dans la sensuelle beauté de ses 38 ans est l’Américaine Ava Garner, déjà pas mal alcoolique, installée à Madrid; elle se confie et raconte ses débuts au cinéma, ses amours, à la jeune sœur de sa voisine. Sous forme d’un long monologue, écrit en courts paragraphes

commençant par des minuscules et s’enchaînant sans point, comme des vagues. La jeune fille, Carmina, ne lui répond jamais, refuse de boire mais écoute avec elle tous les disques de Frank (Sinatra !). La dite Carmina, quant à elle, écrit son journal ; elle y raconte un rendez-vous amoureux raté et ses souvenirs d’enfance. Le tout se passe sous les yeux d’un jardinier qui remplit le petit jardin de fleurs exclusivement blanches à la demande d’Ava. Tant de blancheur isole de la vie et des amours véritables. Laura Alcoba l’écrit sans nostalgie, avec une cocasserie certaine. CHRIS BOURGUE

Jardin blanc Laura Alcoba éd. Gallimard,13,90 euros

Des mouches et des hommes Volantes, entêtantes, obsédantes, les mouches ressemblent à des notes de musique. Comme elles, elles accompagnent l’existence des hommes, l’inspirent; parfois même elles donnent un léger coup d’aile au destin. De ce parti pris original est né Fly Blues. Tel est le titre du thème inspiré à un trompettiste de jazz par l’absorption inopinée d’un de ces diptères indiscrets. C’est aussi celui de l’album scénarisé par Carlos Sampayo, dessiné et colorisé par son complice Oscar Zarate. Un hommage du tandem argentin au musicien Kenny Dorham (1924-1972), et plus largement au jazz, à la musique et à tous les autres arts. Le récit, mené par le chœur des mouches, se fonde sur le motif central de Fly Blues, chaque épisode adjacent y tenant sa partition jusqu’au flamboyant chorus final, comme dans une session de jazz. C’est d’ailleurs de cela qu’il est question au cœur de l’histoire, de l’enregistrement du morceau, malgré toute une série d’obstacles et d’imprévus, comme autant d’improvisations sur le

thème. En contrepoint, une sanglante affaire de meurtres filmés en direct et vendus sur Internet. Sampayo a conçu une intrigue de série noire, chaotique, heurtée, dont les dessins expressionnistes de Zarate accentuent la violence. Pourtant, l’impression générale est celle d’une énergie communicative, qui anime tous les personnages de créateurs mis en scène dans cette BD inspirée. Musiciens, réalisatrice de films d’animation, écrivain, leur enthousiasme explose en un feu d’artifice de couleurs éclatantes. Comme une métaphore de la puissance de l’art et des joies de la création. FRED ROBERT

Fly Blues Sampayo et Zarate éditions Dupuis, 18 euros Les auteurs de l’album étaient présents à Marseille pendant le festival CoLibriS

Du coq à l’âne Tout commence par une histoire de panda. Ce préambule alléchant introduit un livre étonnant qui tient à la fois de l’encyclopédie naturaliste désuète et de la chronique journalistique. Chaque vendredi sur France Culture, Marc Kravetz esquisse le portrait d’un animal qui illustre l’actualité. C’est cette revue animalière qu’il publie, agrémentée de petites notices techniques et de croquis réalisés par les élèves de l’Ecole d’Estienne. Ce bestiaire fantaisiste aux illustrations naïves a le charme des recueils de mirabilia de l’antiquité qui déclinaient avec émerveillement l’inépuisable diversité de la nature. Avec ses stars, tels le springbok qui symbolise l’histoire sud-africaine, le renard de feu, héros de Kung Fu Panda et emblème de Mozilla, ou encore Snowball, le cacatoès qui swingue sur You tube. Avec ses divas capricieuses, comme Delores, pieuvre trop prude, et avec ses parias, comme Xiguang l’élé-

phant héroïnomane. On se promène dans ce livre comme dans un cabinet de curiosité aux dimensions de la planète, réunissant de petits apologues d’un nouveau genre, à la fois ludiques et désenchantés, qui retraceraient en filigrane une histoire darwinienne à rebours, où l’évolution des espèces buterait inlassablement sur la bêtise de l’homme qui les décime. AUDE FANLO

Portraits d’animaux Marc Kravetz Editions du sonneur, 15 euros À noter : Marc Kravetz sera présent pour des Escales en librairie le 17 juin au Lièvre de Mars (Marseille) et le 18 juin Au poivre d’Âne (La Ciotat).


RENCONTRES LITTÉRAIRES

LIVRES

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Livres, débats et milongas… Le festival CoLibriS a commencé sous la pluie, il s’est terminé dans une chaleur estivale. Mais 5 jours durant, l’ambiance est restée muy caliente Pour ces 3e journées du livre latinoaméricain à Marseille l’Argentine était à l’honneur. Alors, forcément, le centreville et particulièrement le quartier Réformés-Canebière ont vibré au son langoureux et sensuel du tango. La démonstration de danse initiée lors de la soirée d’ouverture à la BMVR Alcazar s’est poursuivie à l’Academia del Tango, durant deux soirées festives très réussies. Dans ce lieu chaleureux, on a pu admirer les évolutions des élèves de l’école de tango, tandis qu’Oscar Zarate croquait au fusain le bandonéoniste qui aurait pu les accompagner et que, plus tard dans la nuit, le romancier Ernesto Mallo récitait des paroles de milongas à la langue bien pendue. Les trottoirs de Buenos-Aires ou presque…

… chapiteau là L’accordéon gémissait également sous la tente dressée près du kiosque des Mobiles, pour ponctuer les rencontres

© X-D.R

Tango-ci…

© X-D.R

littéraires qui s’y tenaient et inviter les badauds à passer la tête, ce qu’ils n’ont pas manqué de faire. Est-ce un effet de la suavité du castillan d’outre Atlantique ? Est-ce parce que les auteurs invités avaient tous de l’humour (même pour évoquer l’exil ou la dictature), des anecdotes pétillantes à raconter et de la chaleur humaine à revendre ? Quien sàbe ? Chacun avait envie de rester là, sur son pliant, à les écouter parler de leurs parcours souvent compliqués, qu’ils évoquaient avec légèreté. De leur passion commune pour la littérature aussi, qu’ils savaient partager. Des invités captivants, des lectures, un

beau choix de livres à faire dédicacer puis à déguster tranquillement chez soi (merci aux librairies Prado-Paradis et L’Ecailler pour leur sélection et leurs conseils), CoLibriS 2010 a été une vraie réussite. Et lorsque la dernière chanson du jeune (et fort talentueux) groupe toulousain LiuBila a été chantée, qu’il a fallu se séparer, tout plier, tout ranger, on a senti flotter un vrai regret que ce soit déjà terminé.

CoLibriS s’est déroulé du 21 au 25 avril à Arles puis à Marseille. À lire : James Canon ; Dans la ville des veuves intrépides, paru au Livre de Poche. Eugenia Almeida ; L’autobus et La pièce du fond ; édités chez Métailié.

FRED ROBERT

L’histoire comme un récit

Laurent Mauvignier © Hélène Bamberger

Quelle excellente formule que celle d’Ecrivains en dialogue, qui permet d’authentiques rencontres avec des auteurs remarquables ! Le public est invité à entrer dans leurs mots au fil de leur conversation, avec ce que cela suppose de spontanéité (apparente au moins), de digressions, de formules comme des perles. On les approche aussi par les extraits que les lecteurs professionnels font résonner. On les rencontre enfin durant le débat qui clôt chacun des entretiens. Et lorsque les deux invités se connaissent et s’apprécient (cela fait partie des principes de base), qu’ils sont brillants (c’est fréquent), les soirées à la BDP ne sont rien moins que magiques. Ce fut le cas, une nouvelle fois, début mai, grâce à Laurent Mauvignier et à Yannick Haenel. Acuité théorique, vaste culture, profondeur des interrogations et, en même temps sensibilité et modestie, les deux amis -naguère corésidents à la Villa Médicis- ont décidément beaucoup en commun. Et une parenté dans l’appréhension et la transmission d’une mémoire tue, refoulée. Qu’il s’agisse de la guerre d’Algérie dans Des hommes ou de la Shoah au travers de Jan Karsky, «l’histoire s’est emparée de nos voix narratives» dit Haenel, qui voit là le signe d’une nécessité générationnelle, qu’on retrouve d’ailleurs dans Zone de Mathias Enard

Jardin blanc de Laura Alcoba et Flyblues, de Sampayo et Zarate (voir p 60)

ou dans Démon de Thierry Hesse : celle de la confrontation au récit de l’histoire et aux choix narratifs à faire pour «écrire ce qu’il est impossible de dire». Haenel vise à «faire parler le silence de Karsky», Mauvignier à «incarner des inconnus», les appelés anonymes ; dans les deux cas, des témoins qu’on n’a pas pu ou pas voulu entendre, auxquels les deux romans donnent superbement voix. Les lectures de Michel Bellier et de Raphaël France-Kuhlmann ont souligné la singularité et la force de ces deux écritures d’aujourd’hui, qui sondent l’opacité du monde pour tenter, par la fiction, de le comprendre. FRED ROBERT

À lire : Laurent Mauvignier, Des hommes, éditions de Minuit ; 17,50 euros. Yannick Haenel, Jan Karsky, éditions Gallimard ; 16,50 euros. À venir : Écrivains en dialogue, le 8 juin à 18h30 à la Bibliothèque départementale Gaston Defferre pour Des corps et des voix, un dialogue entre Marie-Hélène Lafon et Xavier Bazot. Des auteurs aux lecteurs 09 81 65 26 44 www.adaal.fr


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LIVRES

RENCONTRES LITTÉRAIRES

Nobel âme

Vivre ensemble

Grosse affluence au Portail Coucou, à Salon, où avait lieu la clôture de la 5e édition de Lire Ensemble le 30 avril. La manifestation prenait fin après quinze jours de spectacles en tous genres (théâtre, lectures, ateliers, balades littéraires…) sur le thème du voyage en Méditerranée. Des résidences d’auteurs se sont déroulées en amont de cette quinzaine, en février et mars, avec les auteurs Régine Detambel et Patrice Favaro, et les illustratrices Françoise Malaval et Ursi Schmidt, et de nombreux ateliers y furent menés, avec à la clé créations de carnets de voyage, illustrés ou pas, en accordéon, avec peu ou beaucoup de mots… Le rendu de ces ateliers étaient visible un peu partout ce soir-là, exposés et consultables par tous, tandis que les

Musée Würth France Erstein © José Da Cruz

Pour la première édition de la manifestation nationale À vous de lire initiée par le ministère de la culture, les Écritures Croisées invitent le romancier, dramaturge, metteur en scène et peintre Chinois Gao Xingjian, qui reçut le Prix Nobel de littérature en 2000 «pour une œuvre de portée universelle, marquée d’une amère prise de conscience et d’une ingéniosité langagière, qui a ouvert des voies nouvelles à l’art du roman et du théâtre chinois.» L’artiste, déjà invité en 1995 lors de la parution de son roman La Montagne de l’Âme (éditions de l’Aube, 1999), revient présenter le travail de création entrepris depuis l’attribution du Nobel et évoquer ses projets futurs, que ce soit en littérature, peinture ou cinéma. La Montagne de l’Âme sera le fil rouge qui rythmera les quatre jours durant lesquels se dérouleront les lectures publiques dans différents lieux de la ville, librairies, galeries, bibliothèques... À noter le temps fort programmé le mercredi 26 mai, à 18h à

auteurs et les apprentis auteurs étaient présents pour en parler. Moments chaleureux où chacun put donner son ressenti, raconter sa «grande aventure», ou, comme pour Régine Detambel, dire l’aide «à mettre en voix une parole qui a du mal à se dire…» et ce que cela représente. Certains élus présents prirent aussi la parole, et notamment Georges Virlogeux, Viceprésident d’Agglopole Provence, délégué à la culture et Maire de Lançon, pour qui «la culture permet, entre autres, d’intégrer un territoire et d’apprendre à se connaître», ce qui rend Lire Ensemble si pertinent. Aussi conclut-il, emballé par le succès de cette quinzaine, «Il faut continuer !». Personne n’en doute, d’autant que le tournant pris cette année laisse présager

Ces dames en noir

la Cité du Livre, avec la rencontre prévue entre Gao Xingjiang, Noël Dutrait, professeur de langue et littérature chinoises à l’Université de Provence et Guy Astic, directeur des éditions Rouge Profond et enseignant de lettres modernes et de cinéma au lycée Paul Cézanne d’Aix, et la projection, le même soir, de La Neige en août, épopée lyrique créée à Taipei en 2002 d’après un livret, une mise en scène et des décors de Gao Xingjiang. DO.M.

À vous de lire Du 25 au 29 mai Les Écritures Croisées, Aix 04 42 26 16 85 www.citedulivre-aix.com

d’un futur riche de rencontres et de productions littéraires ! À noter que cette production sera rassemblée sous forme d’Actes qui se trouveront dans les bibliothèques du territoire, et que les nouvelles primées sont consultables dès à présent sur le site d’Agglopole Provence (www.agglopole-provence.fr). DOMINIQUE MARÇON

Lire Ensemble s’est déroulée du 16 au 30 avril sur le territoire d’Agglopole Provence

Pia Petersen © Jean-Jacques Le Berre

Quatre femmes de la région. Quatre auteures de polar, mais pas seulement, accueillies, à l’initiative de l’Écrit du Sud et de Bruno Richard, pour une table ronde animée par Patrick Coulomb. Quand le roman s’habille de noir, joli titre pour cette rencontre avec Annie Barrière, Joëlle Gardes, Sylvie Cohen et Pia Petersen, qui a été l’occasion d’interroger le genre et les frontières, souvent poreuses, qui délimitent les littératures «noire» et «blanche», comme on les nomme en référence aux célèbres collections des éditions Gallimard. De fait, les quatre invitées ne voudraient sous aucun prétexte être enfermées dans un cadre strict. L’une, Pia Petersen, écrit des romans très noirs édités dans une collection blanche. L’autre, Sylvie Cohen, publie des «mélos déjantés». Annie Barrière, entrée dans le narratif par le polar, est en train d’écrire un roman tout court. Quant à Joëlle

Gardes, linguiste, grammairienne, longtemps directrice de la fondation Saint John Perse, elle s’essaie depuis peu au policier ; avec un tel bonheur qu’elle est en train de finir son 2e ouvrage du genre. Quatre façons de flirter avec le noir. Mais pour toutes, la conviction que ce genre mésestimé offre des territoires féconds à l’imagination, et qu’il permet, par la confrontation avec le mal, de poser les questions cruciales. FRED ROBERT

Cette rencontre a eu lieu le 30 avril à l’Espace Ecureuil À venir : Rencontre le 4 juin à la BMVR Alcazar avec Didier Daeninckx. www.lecritdusud.com À lire : Joëlle Gardes, Le Charognard, éd.du Rocher. Pia Petersen, Une livre de chair, Actes Sud. Tueuse d’Annie Barrière, BD par Damien May, aux éditions Des ronds dans l’O.


LIVRES

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Quelques ponts transatlantiques Du 24 avril au 2 mai s’est déroulé à Cassis le 22e Printemps du Livre, événement majeur de l’actualité littéraire de notre région qui a su, au fil des ans, attirer un public de plus en plus nombreux -l’entrée des rencontres est gratuite- et le guider vers des débats de qualité. Refusant d’être une foire aux livres de plus, et revendiquant sa volonté d’être un lieu de questionnement affirmant «la passion d’écrire telle un pont tendu entre deux rives», cette 22e édition avait pour thème les rapports ambigus France-Amérique.

Les livres La séance inaugurale, en présence de nombreuses personnalités dans la cadre féérique de l’hôtel des Roches Blanches, permettait au Président d’honneur du jury, Patrick Poivre d’Arvor, de récompenser l’essai sur Madame de Staël de l’historien Michel Winock et, à ce dernier, d’évoquer le rôle prépondérant de cette femme romantique qui tenait salon et faisait l’opinion, égérie adulée mais honnie d’un Napoléon misogyne qui la redoutait et la réduisit à l’exil. Femme, la notoriété l’a placée dans l’ombre de Chateaubriand et de Benjamin Constant, même si elle a fait découvrir aux lecteurs français les grands romantiques allemands, le Sturm und Drang, Goethe et Schiller, à travers son De l’Allemagne notamment. Les Rencontres qui devaient se dérouler à Fondation

Camargo ont dû être déplacées en raison des intempéries à l’Oustaou Calendal, en présence de l’équipe de la librairie Préambule. Animées avec fougue, pertinence, irrévérence parfois, par Serge Koster et Olivier Spire, elles ont été suivies par un public fervent. Au fil des débats ? La Révolution américaine revisitée avec Johnny Bel-Œil de Jérôme Charyn, histoire d’un soldat Noir et borgne pendant la guerre d’indépendance, d’un traître attachant, sorte de pendant de Fabrice del Dongo, héros d’un roman à la fois noir et burlesque où se côtoient horreur et humour dans un savant mélange des genres que n’auraient renié ni Laurence Sterne ni Shakespeare, soulignant le rôle majeur joué par les «éternels oubliés» de l’hagiographie officielle et de la «vision mythologique» des historiens de la guerre d’indépendance ; L’Amérique aux multiples facettes, celles des Femmes et des Noirs, avec Quitter le monde de Douglas Kennedy qui souligne avec bonhomie le challenge difficile que constitue pour un auteur l’adoption d’un point de vue féminin dans une œuvre; puis Science sans frontières avec Tout le monde doit connaître cette histoire, cosigné par le professeur Jean-Claude Chermann et le journaliste Olivier Galzi. Le découvreur du virus du SIDA, spolié du Prix Nobel au profit de deux de ses «confrères», s’interrogeait avec humour sur le hasard et la nécessité qui l’ont conduit à devenir

Nuit des sorcières Étonnant de reprendre un tube de Johnny pour une soirée poésie Retiens la nuit… Mais il s’agit de la nuit des sorcières, la plus longue, et puis la poésie peut aussi glisser de subtiles provocations… Le 30 avril, à Barjols, devant l’étroite vitrine du célèbre ZIP 22, une petite foule s’attroupait, attendait en bavardant la tombée du jour. Au crépuscule, une voix d’enfant

s’écrie «ça commence !» et la magie peu à peu s’éveille… De l’obscurité de la pièce apparaissent les ramures d’une forêt imaginaire, branches torturées aux couleurs d’arc-en-ciel, parmi lesquelles d’étranges marionnettes passent, têtes aux yeux énormes, chevelures dansantes… les sorcières hantent le paysage crée par Günter Vossiek. Pour lui, il s’agit de la forêt Installation de Günther Vossiek © Charles Gros

chercheur en vitro virologie -les vocations scientifiques peuvent-elles s’amplifier en fonction d’une chute en Vespa ?-, et sur les conditions octroyées en France aux chercheurs, qui conduisent à utiliser un pot-au-lait pour transporter le ganglion d’un malade qui permettra la découverte du virus. Un être peu rancunier qui continue d’affirmer que «la recherche ne saurait être qu’internationale» et persévère, sans guère d’aides officielles, dans sa recherche obstinée d’un «badge», étape essentielle pour un hypothétique vaccin.

Les Arts Au Centre culturel de Cassis, un hommage cinématographique était rendu à Clint Eastwood. La musique était également de la partie avec un programme Mozart. L’Orchestre de l’Opéra de Toulon Provence Méditerranée, sous la direction impeccable du jeune chef Alexandre Piquion, commençait avec le concerto pour violon en sol majeur, interprété avec sensibilité et virtuosité par Laurence Monti, violoniste solo de l’Opéra. Le concerto pour clarinette et orchestre en la majeur, avec un Michel Portal souverain, tendait un autre pont transatlantique entre les délicatesses classiques et le jaillissement enfiévré du jazz. Et dans la Symphonie en La Majeur l’orchestre déchaînait l’assistance pour un ultime tabac ! JEAN-MATHIEU COLOMBANI

du Brocken dans le massif du Harz. C’est là que se tenait le sabbat des sorcières de Faust. Lieu mythique, et doublement : comme il est situé en Allemagne de l’Est, Günter, vivant de l’autre côté du mur, ne pouvait s’y rendre. Inaccessible, la montagne restait pour lui «virtuelle et mystérieuse». Le montage musical de Heiner Rath et Michel Baré accordait un caractère surréaliste à cette performance. Les visages des spectateurs se reflétaient dans les vitres, participaient aussi de cette création, animée par ce jeu mouvant de miroirs. Une version psychédélique de la forêt de nos inconscients, Brocéliande et Merlin ne sont pas loin… Une lecture de poème suivait, avec, bien sûr, entre autres poèmes, l’évocation de la Nuit de Walpurgis de Verlaine, du Roi des Aulnes de Goethe… Le troisième mouvement de la soirée s’articulait autour du concours de balais, présentation enjouée, pleine de fantaisie, d’originalité, d’ingéniosité. Comment choisir entre le «balai-niversaire», le balai qui fait tomber les murs, le balai de celles qui furent brûlées parce qu’elles ne balayaient pas avec, le balai danseur, le balais timide? Esprit bon enfant, plaisir de partager les mots… Autre facette de l’édition poétique affirme Éric Blanco, le directeur de la Zip et des éditions Plaine Page. La performance sur scène participe de la publication. Qui a dit que la poésie moisissait dans les antres perdus des bibliothèques ? En voici un magistral et vivifiant contre exemple ! Succès : Retiens la nuit... a été repris le 14 mai. MARYVONNE COLOMBANI


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PHILOSOPHIE

RÉALISME POLITIQUE | LIVRE

Idéalisme du bouclier fiscal : Platon est-il de droite ? Il est de coutume de considérer les opinions de gauche comme un idéalisme : elles projetteraient sur le monde des notions abstraites de justice auxquelles la réalité opposerait une résistance farouche. À l’inverse, les idées de droite sont de coutume qualifiées de réalisme puisque opposant à cet idéalisme la dure réalité des faits : il y a des riches et des pauvres on n’y peut rien changer ; toute politique doit donc soutenir l’effort des premiers à faire travailler les seconds. Or la fiscalité de droite est un idéalisme. Qu’entendons-nous par-là ? qu’elle considère ses idées indépendamment de la pratique : elle soutient que la baisse des charges des entreprises et les économies d’impôts des riches seront réinvesties dans le circuit de production, même si cela s’est toujours avéré faux. Cet idéalisme est soutenu par un autre que la droite manie : la liberté, qui se réduit en fait à la possibilité de s’enrichir quand on est déjà riche. Toute analyse montrant que cette définition réductrice de la liberté ne profite qu’à une minorité n’entame en rien les principes. Ainsi pour la droite le droit se substitue à la réalité. Puisque la liberté est principe de droit, peu importe qu’elle n’existe pas dans les faits. Cet idéalisme est en fait plus absolu que l’idéalisme radical de Platon. Celui-ci posait que les idées existaient indépendamment de la réalité matérielle : s’il n’y avait pas d’homme ou d’arbre, l’idée d’homme ou d’arbre existerait bel et bien.

Idem de l’idée de justice dont l’absence d’exemple pratique n’implique en rien l’inexistence de l’idée. À tout le moins y a-t-il chez Platon une définition concrète de la justice, qui est que chacun reste à sa place. Ce qui est, dans les faits, le fondement de l’ordre social de droite.

La justice est affaire de réalisme

À l’inverse le réalisme considère qu’une idée n’a aucune existence indépendante de la réalité ; c’est le vieux débat d’Aristote contre l’idéalisme platonicien. On peut connaître ce monde par nos expériences et notre réflexion. La connaissance est donc toujours une connaissance de la réalité telle qu’elle est, et la science consiste justement à généraliser à partir de nos observations. De même la pensée de gauche s’enquiert de la réalité de l’expérience pour définir et construire théoriquement autour de cette enquête. Les débats concernent alors l’analyse contradictoire de l’expérience et des rapports de force réels, et non idéals. Un réalisme philosophique et politique se doit de revendiquer une fiscalité élevée, garante d’un état protecteur faisant fonctionner un système par répartition, des services publics forts, condition pour qu’une société fonctionne à peu près correctement. Les riches ne doivent pas payer parce que c’est idéalement juste, mais parce que le fonctionnement social, d’après les expériences réelles, se portent mieux à l’aune d’une fiscalité élevée. La justice est affaire de réalisme. La fiscalité n’est qu’un angle d’attaque parmi d’autres montrant qu’une politique de gauche est dans ses fondements réaliste et une politique de droite idéaliste. Ainsi la gauche qui accepte le libéralisme est idéaliste, et non réaliste comme elle voudrait le faire croire. RÉGIS VLACHOS

Recherche objective Tout peut-il être objet de science ? La réponse négative, soucieuse d’humanisme, a l’avantage de balayer les dangers fascistes d’une mise en équation de l’action humaine. Il n’empêche que la science pourrait permettre à divers champs de la pensée, de l’histoire à la philosophie, de produire des discours plus rigoureux. Parmi les divers critères de la démarche scientifique, le souci des faits est indiscutablement la première exigence : il serait inconcevable qu’un scientifique ignore telle découverte majeure, alors que l’on admet qu’historiens et philosophes puissent ignorer des faits. Les sciences humaines reproduisent souvent la pensée dominante, et le monde intellectuel semble davantage soumis aux assauts de la propagande que la population. L’exigence d’objectivité, consubstantielle du combat émancipateur, est la principale préoccupation de l’œuvre de Chomsky et de son dernier livre, choix d’articles sur la nature humaine, la vérité et la liberté. S’appuyer sur la science pour définir la nature humaine permettrait en effet d’en finir avec certaines balivernes, comme la méchanceté ou le besoin d’un chef. Chomsky s’appuie donc, dans un premier long article, sur les acquis de la linguistique, sa spécialité. Le langage est tout à la fois une clé et un modèle pour une étude sur la nature

humaine : étudier le langage c’est étudier un système de contraintes formelles. L’étude de ces contraintes présente un triple avantage: mettre à jour les principes objectifs de ce qui semble résister à l’enquête scientifique de l’homme ; comprendre qu’il n’y a pas d’actes créatifs aux infinies possibilités sans un système de contraintes formelles ; en finir avec l’idéologie de la malléabilité infinie de l’homme, qui ouvre la voie à la négation du principe constituant cette nature humaine, et qui est la liberté. Sur cette dernière question et comme toujours avec Chomsky, l’enquête philosophique va de pair avec l’attention minutieuse aux faits. L’homme a-t-il besoin d’être gouverné ? Les préjugés concernant le besoin du chef et de soumission ignorent les faits pour conforter la pensée dominante : l’auteur rappelle les nombreuses expériences de coopératives ouvrières dont l’efficacité était telle qu’elles durent être renversées. Par une analyse de la politique anarchiste en Espagne en 1936, il montre l’efficacité pratique des politiques d’émancipation et leur supériorité d’adéquation avec l’idée de nature humaine, à l’opposé du capitalisme de soumission qui est présenté comme allant de soi. On peut conclure avec Bouveresse dans son indis-

pensable préface que toute recherche objective en philosophie, histoire, dans le domaine des sciences humaines, mène à des conclusions radicales. La vérité est donc bien une question de courage ! R.V.

Raison et liberté Sur la nature humaine, l’éducation et le rôle des intellectuels Noam Chomsky Préface de Jacques Bouveresse Agone, 25 euros


LIVRE | AU PROGRAMME

SCIENCES ET TECHNIQUES 67

Technique ? T’es chnoque ! Souvenez-vous, chers Zibelecteurs, les temps héroïques où unies Sciences et Techniques naviguaient sur l’onde longue de cette rubrique. Hélas, vers le 22e mois de son histoire, Techniques tomba à l’eau, alors que les Sciences resplendiSSantes survécurent. Le plus surprenant est d’avoir ignoré le naufrage. Pourtant c’était en conscience que nous avions embarqué les techniques à la proue de notre rubrique ! Heureusement, fin 2009 parut le très érudit ouvrage de Robert Halleux, Directeur de Recherches au Fonds National Belge de la Recherche Scientifique et Professeur à l’Université de Liège. Le Savoir de la main, savants et artisans dans l’Europe pré-industrielle, blasphème au culte de la déesse Science, est en effet le premier ouvrage qui analyse de façon approfondie les rapports épistémologiques et historiques entre sciences et techniques. C’est la lecture de ce travail (que pourraient vouer aux gémonies beaucoup de mandarins) qui nous fit prendre conscience de la disparition du mot «technique» dans le titre de notre rubrique culturelle. «De l’Antiquité à la Révolution Industrielle, ce n’étaient pas les mêmes gens qui écrivaient des livres et qui pratiquaient les métiers, les uns étudiaient la nature, les autres la transformaient. Entre eux il semble exister une

cloison imperméable. En réalité, la faute en est aux historiens des sciences et historiens des techniques qui depuis longtemps se tournent le dos.» Pauvres historiens! N’y a-t-il pas plus généralement une division -osons le mot- de classe entre ceux qui définissent le travail et ceux qui le font, le pratiquent ? Cette division entre «intellectuels» et classe productive remonte en effet à la plus haute antiquité. Le mépris de la tête pour les bras et… ses mains. Et pourtant, comme le dit si bien Aristote : «Anaxagore dit que l’homme est le plus raisonnable des animaux parce qu’il a des mains.» Notre civilisation spectaculaire revient sur les acquis du matérialisme en refaisant marcher le monde sur sa tête, en replaçant la définition imaginaire des choses avant la forme de leurs pratiques. Alors tant pis si on nous brûle, tout ce que j’ai appris c’est dans le rapport dialectique entre ma pratique technique [manuelle] et la théorie enseignée. Je tiens ce que je sais de ce que j’étudie en écho à ce que je fais. Mais lisez donc ce livre qui écrit bien mieux que moi ce que je pense si haut, et Madame la Rédactrice en Chef… je vous en conjure, rétablissez La Technique à côté de sa sœur et amie La Science pour le plus grand honneur et bonheur de la Culture zibelinienne.

Le savoir de la main Robert Halleux Armand Colin, 22,20 euros

YVES BERCHADSKY

Au Programme Bio : divers cités

Institut de Recherche pour le Développement, Marseille 04 91 99 92 00 www.ird.fr

Charisme éthique hospitalière Le 29 mai de 9h00 à 18h00 à la Bibliothèque de l’Alcazar, les premières Conversations de Salerne, rencontres méditerranéennes autour du thème l’humain à part entière, Humanisation et médicalisation en Méditerranée. Au cours de cette journée organisée par de nombreux centres hospitalo-universitaires du pourtour méditerranéen, on débattra à coups de bâton interrompus sur l’histoire et l’actualité de la tension existant depuis toujours entre humanisation et médicalisation. Ces rencontres tenteront de faire pencher le balancier

vers un équilibre dont l’homme serait la mesure. Elles interrogeront la création et la culture comme contribution à restaurer le malade dans sa complétude, sa singularité et sa sensibilité face son enfermement dans la souffrance et les contraintes thérapeutiques. Une

manifestation qui donne l’occasion à l’Assistance Publique-Hôpitaux de Marseille de débuter un partenariat solide avec Marseille Provence 2013. Entrée libre dans la limite des places disponibles. Réservation recommandée. Conversations de Salerne AP-HM, Marseille 04 91 38 29 73 www.ap-hm.fr

Conversations de Salerne, illustration / Sabine Allard

Le cycle organisé par l’IRD dans le cadre de l’année de la biodiversité se poursuit avec deux nouvelles conférences présentées dans la salle de conférence de la Bibliothèque de l’Alcazar de 17h à 19h à Marseille. Le 26 mai Des perturbations à haut risque ! par Jean-François Guégan, épidémiologiste. Et le 5 juin Voyage au cœur des récifs coralliens par Pascale Chabanet, biologiste marine.

Laser à quoi ? Plusieurs laboratoires marseillais du CNRS dégainent leur pisto-laser entre la Bonne Mère et la Faculté SaintCharles à l’occasion des 50 ans de la mise au point de cette technique. La Société Française de Physique et la Maison des Sciences organisent plusieurs manifestations destinées à un large public. L’événement «laser» sera de mesurer la vitesse de la lumière par des «tirs» de rayon laser vert entre le centre scientifique de St-Charles et la Bonne Mère les 4, 11, 18 et 25 juin de la tombée de la nuit à minuit. Des animations seront proposées sous le trajet du laser au niveau du Vieux-Port, du cours Estienne d’Orves et du parvis de la gare Saint-Charles. www.cnrs.fr/50anslaser


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PATRIMOINE

PONT DU GARD | QUINSON | LES BAUX | LES SAINTES

Nature, Provence et Curieuse conjonction direz-vous… Provence et nature, cela semble aller de soi, mais voilà que notre région va chercher aux antipodes de quoi faire voyager votre été ! Les lieux patrimoniaux se parent de fêtes à venir, de rénovations, de derniers coups de pinceau avant le début de la saison… pariant que chacun, d’humeur plus ensoleillée, prendra le temps de se promener, de s’aérer le corps et l’esprit… Nos pas nous

ramènent vers les lieux aimés pour leur beauté, leur intérêt, d’autant que la saison nouvelle s’enrichit d’activités, d’expositions inédites. Ainsi, les retours n’impliquent aucune monotonie…

Nature, art et pyrotechnie

Le Pont du Gard invite à une découverte de la nature sauvage et apprivoisée

© S. Barbier - A. Baie

Avec «les petites histoires de la garrigue», et des promenades guidées au cours desquelles vous êtes initiés aux vertus des plantes. Le 6 juin est d’ailleurs une date à retenir, avec (à 14h30) un atelier qui présente les plantes destinées à la teinture et à l’écriture à l’époque romaine. On peut même emporter le nuancier que l’on aura fabriqué à cette occasion (activité familiale et instructive n’est-ce pas ?). Le point fort du mois de juin sera cependant le spectacle donné par le Groupe F, Le pont dans tous ses états (les 4, 5, 11, 12, 18 et 19 juin). Chorégraphies, musiques, feux d’artifice, flammes, lumières, vidéo, seront au rendez-vous pour évoquer le pont dans ses différentes formes, tel qu’il a été, tel qu’il est, tel qu’il sera ou tel qu’il aurait pu être… Bien sûr, les musées archéologiques pour les grands et les enfants donnent une idée plus rationnelle et tout autant passionnante de l’histoire du monument, et il serait ridicule de se priver de la visite ! À celle-ci, ajoutez la remarquable exposition temporaire (du 28 juin au 3 octobre) ayant

Cathédrale australienne La cathédrale d’images des Baux-de-Provence a choisi cette année de nous emporter dans un long voyage dans les mers du Sud. De la mer naissent des mondes de couleurs et de formes extraordinaires, magnifiés par les reliefs de la carrière des Baux. La mangrove établit le lien entre l’eau et la terre, zone intermédiaire où tout reste possible… puis la cité fantôme de Litchfield se dresse, protégeant de ses formes impressionnantes les grottes aux peintures rupestres. Un nouveau monde, et pourtant si ancien, se dessine alors, celui des aborigènes, danses, rites, et ces œuvres aux lignes entrelacées si évidentes et complexes, du «dreaming art»… chaque signe devient symbole, et retrace les débuts du monde, par la magie du Dreamtime, le temps du rêve… C’est là que le Serpent Arc-en-ciel laisse ses œufs, énormes rochers, abandonnés comme un jeu de billes géantes en plein désert… Puis une autre civilisation s’installe, le bateau du capitaine Cook accoste… la ville moderne de Sydney apparaît avec son opéra, le jazz, les explosions de la nouvelle année… mais sur les murs modernes survivent les dessins primitifs, marque indélébile d’une histoire qui a tant de mal à s’écrire… Les réalisateurs de ce remarquable montage (sons et images), Jean Charbonneau et Dong Wei, ont recherché avant tout à composer «un voyage au temps des rêves», un «retour aux sources», un hommage au peuple

aborigène. Un moment de magie et de liberté… Lieu ouvert, la cathédrale d’images accueillera le 18 juin l’un des concerts du festival des Alpilles créé aux Baux en 2002, celui de John Illsley, ex Dire Straits and his Band. Date à retenir, le 26 juin, avec l’embrasement de la citadelle des Baux… Le site magnifié par une fête où les Mireille et ses tambourinaires s’en donnent à cœur joie ! M.C Australia Les Baux-de-Provence 04 90 54 38 65 www.cathedrale-images.com Uluru © X-D.R.

pour thème Casanova forever. Reprenant le tempérament esthète du personnage, Rüdiger Schöttle, galeriste et artiste allemand, a eu l’idée d’une œuvre multiple composée de quinze réalisations juxtaposées de 15 artistes dont lui-même. Chaque pièce est disposée à différentes hauteurs. L’ensemble constitue un nuage dans lequel le spectateur peut se promener. Une projection clôt cet itinéraire particulier… M.C Le Pont du Gard 0820 903 330 www.pontdugard.fr

Miroir de nature… Bienvenue au château ! Le domaine du Château d’Avignon a rouvert ses portes

Attention, ne le cherchez pas à Avignon, il se situe en Camargue (seul inconvénient : les moustiques !) sur la route des Saintes-Maries-de-la-Mer. Classé au titre des monuments historiques en 2003, il a connu une importante restauration de ses planchers, restitué dans son intégralité au public, sa visite guidée dure 1h30. Le domaine et le château forment un tout harmonieux dans lequel se tissent de subtiles correspondances. La nature se glisse dans les motifs de la décoration intérieure, les plantes osent leurs volutes dans la trame des tapisseries, échos muets au paysage savamment orchestré du parc dans lequel la nature est mise en scène avec art. Cette idée de la nature et de ses représentations se retrouve dans l’exposition D’après nature qui durera du 26 juin au 31 octobre : 27 artistes et designers livreront leur vision de la nature croisant leurs œuvres dans un parcours qui établira des liens entre le dedans et le dehors, une perception contemporaine de nos relations avec notre environnement. Le 5 juillet à 16 heures, on aura le privilège de rencontrer le sculpteur américain Richard Nonas pour une séance de dédicaces. Précédant cette exposition, une autre, du 15 mai au 13 juin, Espacés, lui servira de préambule (20 étudiants des Beaux-Arts de Nîmes travaillent sur le thème de la nature habitée, et sont confrontés aux conditions réelles liées à la topographie, au climat…). J’oublie les thés de l’après-midi, les journées patrimoine, les concerts, les spectacles, les sorties consacrées à la biodiversité… Un domaine départemental d’une richesse remarquable, un cadre superbe, une étape de choix ! Château d’Avignon 04 90 97 58 60 www.cg13.fr


Australie Sciences, rêve et beauté

A deux pas des lacs et des gorges du Verdon, le musée de la préhistoire de Quinson s’évade aussi en Australie, et présente 60 000 ans de culture Aborigène Cette nouvelle exposition temporaire, entièrement bilingue anglais/français, (du 15 mai au 15 décembre) est conçue en partenariat avec l’ambassade d’Australie en France, le Muséum d’Histoire Naturelle de Toulon et du Var et le Musée du quai Branly. La culture des Aborigènes, malgré les massacres liés à l’arrivée des Européens au XVIIIe siècle est «la plus ancienne culture vivante durable du monde» ! Animée par une volonté d’exhaustivité, l’exposition s’articule autour de trois pôles : scientifique ; artistique (art contemporain des aborigènes) ; ethnologique. Les datesclé permettent au visiteur de se situer dans le mouvement de l’histoire. Une étude des mythes fondateurs explique la pensée aborigène, la composition de cette société. Depuis le «temps du rêve», où les géants primitifs donnent PP@Q16-1309_26guloiVpan-facsimile naissance au monde, tout s’orchestre : le rêve crée le lien entre le passé, le présent et le futur. Certains personnages sont institués gardiens des rêves et des lieux où ils sont nés… appréhension mystique du monde qui instaure une relation particulière entre l’homme et la nature : plus encore que du respect, c’est la reconnaissance d’un esprit de la matière elle-même. Les peintures représentent les rêves et conduisent à des interprétations… dont chacun peut ressentir la désarmante beauté. Objets, panneaux, photos, accordent, exposent scientifiquement l’histoire géologique, biologique et anthropologique. Du boomerang à la ceinture d’écorce, de l’herminette au propulseur (Crocodile Dundee n’est pas loin !), les instruments du quotidien racontent la vie des «habitants des origines». Les animaux naturalisés, comme le dingo, l’ornithorynque, l’échidné, l’émeu, le koala et le kangourou, ont pratiquement disparu de la surface du monde… Le travail du cinéaste australien Jeff Doring apporte des témoignages sur la pensée des Aborigènes, leur interprétation du temps des rêves, et sur l’origine des tribus du nord de l’Australie. Une exposition alliant peintures rupestres et créations contemporaines, qui accorde une unité, un sentiment de la permanence et de l’évolution tout à la fois. Exceptionnel et passionnant ! M.C Musée de la Préhistoire, Quinson 04 92 74 09 59 www.museeprehistoire.com


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CINÉMA

LES RENDEZ-VOUS D’ANNIE | CANNES

Jusqu’au 1er juin l’Institut de l’Image à Aix rend hommage à Éric Rohmer, rédacteur en chef des Cahiers du cinéma, et fondateur avec Barbet Schroeder des Films du Losange, l’un des piliers de la Nouvelle vague même si son ton, plus littéraire, d’un naturel un peu faux et si juste, sentimental toujours, était sensiblement différent de ceux de Chabrol, Truffaut et Godard. Huit de la trentaine de longs métrages qu’il a réalisés seront présentés : trois des six Contes Moraux, La Collectionneuse, Le Genou de Claire, Ma Nuit chez Maud ; quatre des six Comédies et Proverbes, La Femme de l’aviateur, Pauline à la plage, Les Nuits de la pleine lune, Le Rayon vert ainsi que Perceval le Gallois, d’après l’œuvre de Chrétien de Troyes. Le 25 mai à 18h30, Charles Tesson, critique de cinéma, fera une conférence sur l’œuvre du cinéaste récemment disparu.

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Institut de l’Image, Aix 04 42 26 81 82 www.institut-image.org

Du 26 au 30 mai se tiendra à La Ciotat le Festival du Premier Film, destiné à faire connaître les tout premiers films de jeunes cinéastes. Au programme de cette 29e édition, 9 longs métrages en compétition pour le Lumière d’Or, attribué par un jury présidé par la comédienne Agnès Soral, 9 courts, un hommage à Georges Lautner et une sélection du film du patrimoine, restaurés. De nombreux invités, réalisateurs, dont Georges Lautner, acteurs, producteurs, seront présents dans le berceau du cinéma. Association La Ciotat Berceau du Cinéma 04 42 71 61 70 www.berceau-cinema.com

Le 2 juin à 17h, au théâtre de la Minoterie, à Marseille, le club Cinétilt propose Cour(t)s-y-vite!, deux programmes de courts métrages sélectionnés par une douzaine d’enfants de l’école La MajorCathédrale, Alexandra, Anaïs, Angelina, Assad, Asmata, Faïnou, Haïtem, Hafoussoiti, Halima, Melvin, Myrième, Tatiana et Younès, qui ont visionné, tous les mardis soirs, pendant six mois, une cinquantaine de films. Ils proposent ici leurs préférés. Association Tilt 04 91 91 07 99 http://cinetilt.blogspot.com

Le 27 mai à 20h, l’association Cinépage propose, au cinéma Le Prado, Bug, réalisé en 2006 par William Friedkin : Agnès vit seule dans un motel désert. Elle est hantée par le souvenir de son enfant kidnappé et redoute la visite de son ex-mari, un homme violent récemment sorti de prison. Agnès s’attache peu à peu à un vagabond excentrique, Peter. Leur relation tourne au cauchemar lorsqu’ils découvrent de mystérieux insectes capables de s’introduire sous la peau.

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Cinépage 04 91 85 07 17 www.cinepage.com

Bug de William Friedkin © Anthony Friedkin

Le genou de Claire d'Eric Rohmer

Les mardis de la Cinémathèque proposent le 25 mai Top Hat de Mark Sandrich, une des comédies musicales signées RKO, quatrième et délicieuse collaboration du couple Fred Astaire et Ginger Rogers. Le 1er juin, ce sera Le Salaire de la peur de Clouzot, avec Yves Montand, Charles Vanel et des camions pleins de nitroglycérine sur de cahoteuses routes mexicaines… Ces séances débutent à 19 heures.

Le 27 mai à 20h30, dans le cadre de la rencontre littéraire Gao Xingjian, dix ans de création après le prix Nobel organisée par Les Écritures Croisées, l’Institut de l’Image propose la projection de La Neige en août, (sous-titres anglais), une épopée lyrique en deux actes, dont les livret, mise en scène et décors sont de Gao Xingjian. Celui-ci présentera le film. Un écrivain, indifférent aux turbulences du monde, voudrait entendre une chanson, La Neige en août, chantée par une belle femme, le double plein de sensualité de la nonne Trésor Infini chez qui Huineng est venu livrer du bois et auprès de qui il s’initie au bouddhisme… Institut de l’Image, Aix 04 42 26 81 82 www.institut-image.org

Institut de l’Image, Aix 04 42 26 81 82 www.institut-image.org

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La Cinémathèque de Marseille, CRDP 04 91 50 64 48 www.cinememoire.net

Partant du constat que le plus souvent, aujourd’hui, on voit les grands classiques sur des écrans télé ou des ordinateurs, Télérama associé à l’Association française des Cinémas d’Art et d’Essai, l’Agence pour le Développement Régional du Cinéma et l’Association des Distributeurs de Films du Patrimoine propose le festival Les Éternels de Télérama. Du 2 au 8 juin, l’Institut de l’Image présente 5 films parmi les 25 : Les Vacances de Monsieur Hulot de Jacques Tati ; L’Invasion des profanateurs de sépulture de Don Siegel ; Le Fanfaron de Dino Risi ; La Vie privée de Sherlock Holmes de Billy Wilder et Soldat bleu de Ralph Nelson.

Le 3 juin à 18h30 au cinéma Le Mélies, en collaboration avec le Réseau Santé Ouest Étang de Berre et l’Équipe de Prévention en Santé Mentale du C.H. de Martigues, aura lieu une projection-débat : Ils ne mouraient pas tous mais tous étaient frappés de Marc-Antoine Roudil et Sophie Bruneau, un documentaire qui dénonce magistralement les souffrances endurées au travail.

Du 16 au 22 juin se tiendra la onzième édition de Regards sur le cinéma israélien au cinéma Variétés à Marseille. Films, rencontres avec des réalisateurs invités et une soirée de musique à La Mesón. 04 91 53 40 46 www.judaicine.fr

Cinemelies, Port-de-Bouc 04 42 06 54 45 www.cinemeliesportdebouc.com Le salaire de la peur de Henri-Georges Clouzot

Un autre Cannes Du 21 au 25 avril, s’est tenue à Cannes la 7e édition du Festival International du Film Panafricain : un programme alléchant avec une cinquantaine de films, des expos, des concerts… Si les films sont bien là et certains réalisateurs aussi, cette manifestation n’a pas vraiment trouvé son public. Le samedi soir, après la projection du film de Frances-Anne Solomon, A Winter Tale, qui aborde les problèmes de la drogue et de la violence dans la communauté de Parkdale à Toronto, les deux chanteurs de Manbouss ont mis beaucoup d’énergie pour animer la salle du Miramar, remplie au tiers. Il est vrai que les projections des films se font en DVD, avec les risques que

cela comporte, et que les horaires ne sont pas toujours respectés. Heureusement, la convivialité du Président, Eitel Basile Ngangue Ebelle, et de ses collaborateurs de l’Association Nord-Sud Développement est communicative, et fait oublier ces disfonctionnements. Le Jury présidé par l’écrivaine Léonora Miano a récompensé Finding Lenny de Neal Sundstrom, Harlem à Montmartre de Dante J. James pour les longs métrages, Door to Door d’Ida Akesson pour les courts. Il a attribué le «Dikalo de la paix» à Balles et Armes à Feu de Francesco Cafua. A.G.


PORTRAIT D’A. CORNU | FESTIVAL REFLETS

CINÉMA 71

Des films d’aujourd’hui pour penser demain C’est avec conviction que Michèle Philibert a ouvert le festival Reflets, le 5 mai, au Cinéma Variétés, devant une salle comble, remerciant tous ses partenaires grâce auxquels le festival, qui n’a pu se tenir en 2009, a pu repartir d’un bon pied cette année. Et le public s’est embarqué dans une belle Alfa Roméo, rouge, pour un voyage d’Italie au Maroc avec Shakira, un travesti, couturier qui part aider Zina à se «recoudre» une virginité. Corazones de Mujer de Kiff Koosof aborde des sujets encore tabous dans certains pays : mariage arrangé, virginité obligatoire, travestisme, homosexualité ; l’image gagnerait parfois à être plus sobre, mais l’histoire est tantôt touchante tantôt drôle et les comédiens jouent juste, surtout Aziz Ahmeri. Le lendemain, le voyage s’est poursuivi à Londres dans le sillage de Greek Pete, un «escort boy» séducteur et ambitieux, qui rêve d’une

nomination aux «World Escort Awards» de Los Angeles. Andrew Haigh a su approcher avec sensibilité et lucidité ces garçons qui ont trouvé ce «métier» pour se sortir de leur milieu. Puis la salle, en très grande partie masculine, a laissé place à un public essentiellement féminin pour la comédie de Jamie Babbit. The Itty Bitty Titty Committee raconte les péripéties d’un groupe de féministes lesbiennes, le CIA (Clits In Action), qui a décidé de mener des actions spectaculaires pour lutter contre le machisme et la société patriarcale. On se laisse porter par une musique tonique et des scènes légères, ce qui n’est pas désagréable après le film précédent. La soirée s’est terminée par une carte blanche à Bernard Latarjet, ex délégué général de la Cinémathèque française, aujourd’hui Directeur de Marseille-Provence 2013, avec la projection du Satyricon de Federico

The Itty Bitty Titty Committee de Jamie Babbit

Fellini, une adaptation de Pétrone. Comme s’il l’écrivit «la variété prévient l’ennui»; au Variétés, avec Reflets, nul ne s’ennuie. ANNIE GAVA

NOM : Alexandre Cornu

Profession : producteur Signes particuliers : aime écouter et accompagner Les images ? Alexandre Cornu y est tombé dedans tout petit ! Dès cinq-six ans il fréquente les plateaux, jouant dans des publicités. Plus grand, toujours très attiré par ce milieu -il s’est pourtant promis de ne pas suivre les traces de son père Jacques-Gérard-, c’est un peu par hasard qu’il se retrouve dans la production de films. Après avoir fait son service militaire à l’ECPA et avoir acquis les bases théoriques pour devenir assistant réalisateur à l’ESEC, en 1987, il fonde avec des amis, à Avignon, une société de production, Les films du tambour de soie, dont le nom vient d’une œuvre théâtrale de Mishima, avec l’envie de produire des films «hors cases». Il est le seul à savoir taper à la machine : c’est lui qui montera les dossiers, qui aidera à la réécriture et cherchera les financements, permettant ainsi de passer de l’intention d’un film, quelques lignes sur une feuille blanche, à un vrai projet cinématographique. C’est lui. Dès lors, Alexandre réalise que c’est une grande responsabilité, un vrai travail. Il suit des stages de formation professionnelle et rencontre des producteurs, tels Jacques Bidou, un de ses «maîtres». «Avant tout, il faut savoir écouter, ne pas prendre la place du réalisateur ; il faut l’aider à aller jusqu’au bout de son projet artistique. Il faut aussi lui permettre de trouver l’argent, donc être un fin stratège auprès des chaînes de télé,

par exemple, sans que le film y perde son âme !» Si une chaîne prend le projet, on a 90% de chances d’obtenir l’aide à l’écriture ou au développement, ce qui permet à l’auteur de continuer à travailler, de commencer les repérages. Alexandre Cornu © X-D.R

«Je suis le porte-voix : je peux dire en quatre phrases ce qu’est le film. Le réalisateur qui, souvent, n’a pas assez de distance, peut être long, voire confus.» Ce travail est un vrai travail d’équipe, et quand ça marche, c’est sur du long terme : Alexandre Cornu a travaillé plusieurs années avec JeanPaul Fargier ou Alain Bergala. Il vient de produire le troisième film de Lise Gabelier. Si d’abord il a produit des courts métrages de fiction, très vite il leur a préféré le documentaire. En 1993, à Marseille, associé à Dominique Gibrail, il a développé une ligne dirigée vers le film sur l’Art, en partenariat avec les Musées nationaux. Aujourd’hui, il travaille en collaboration avec Muriel Sorbo. Pour la chaine Voyage, dans la série des Villes Mythiques, il a produit Alger et Palerme ; en projet, Istanbul, Katmandou et Djibouti. Le long métrage d’une réalisatrice qui vient du documentaire et va traiter en fiction un sujet personnel qu’elle avait abordé dans son premier court, il y a dix ans, est aussi en préparation. Des projets dont il parle avec passion. «Le film dont je suis le plus fier ? Le prochain, bien sûr !» ANNIE GAVA


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CINÉMA

LES VARIÉTÉS | L’ALHAMBRA | P. KANÉ

Le poids des fantômes Marseille, 1941. Le seul port français encore ouvert sur l’espoir d’échapper aux nazis. Des centaines de juifs anonymes, d’artistes célèbres, d’apatrides, d’opposants politiques mis sur la liste noire de la Gestapo, transitent dans les petites pensions des vieux quartiers. Louis Polonski, étudiant la médecine depuis plusieurs années en France, attend sa mère et ses deux sœurs que son oncle doit faire sortir de Pologne, pour s’embarquer vers l’Argentine. Les inserts de leur arrestation dans le ghetto de Lodz ne laissent pas d’espoir au spectateur. Mais Louis fait disparaître dans sa poche la lettre confirmant l’échec de la tentative, et apparaître devant lui le trio de femmes toutes en robes et chapeaux, encombrées de valises sans poids, tendres et insupportables, le

reproche prompt à leurs lèvres violemment rougies. Louis n’a pas été «un bon fils», «un bon frère» : ingrat, il les a oubliées. Pascal Kané signe ici un film étrange, flottant entre réalisme et fantastique sans le budget de ses ambitions. Avec son directeur de photographie Wilfrid Sempé, il théâtralise une ville kafkaïenne gagnée par l’ombre, l’éclaire comme un tableau d’Edward Hopper, joue sur les contrastes et la pâleur lunaire du visage de Louis incarné par l’excellent Rudi Rosenberg. Les yeux très bleus du jeune homme semblent errer avant de se poser sur la belle et pragmatique Rosa (Fanny Valette), chanteuse de revue dont il tombe amoureux. Dessillant à jamais ses paupières, elle le sauve de sa folie. Très documenté, convoquant les figures historiques

Je ne vous oublierai jamais de Pascal Kané

de Varian Fry, de Sylvain Itkine -homme de théâtre, de cinéma, incroyable initiateur d’une coopérative de friandises autogérée-, je ne vous oublierai jamais est avant tout une œuvre personnelle inspirée du roman familial

du réalisateur qui y «objective» ses propres fantômes, la culpabilité des survivants de la Shoah et leur deuil impossible. ÉLISE PADOVANI

Entre les murs d’Algérie «Recherchez le savoir, et s’il le faut, jusqu’en Chine». C’est de ce hadith du Prophète Mahomet que le documentariste Malek Bensmaïl a puisé son titre, La Chine est encore loin, mais aussi saisi l’occasion d’un état des lieux de la transmission du savoir en son pays, l’Algérie. Et si le constat peut paraître amer, le ton lui ne souffre d’aucun pessimisme. Prenant pour centre névralgique de son film une classe de l’école d’un petit village chaoui, berceau de la révolution algérienne, Bensmaïl et son cinéma d’observation mettent en lumière les blocages d’une société. Tiraillée entre un passé colonial étouffant, la place grandissante de l’enseignement coranique et une politique d’arabisation aveugle qui piétine langues et cultures régionales, ici le berbère, la jeunesse

algérienne et son système éducatif semblent être dans une impasse. Mais là où certains clôtureraient leur propos devant tant d’obstacles, Bensmaïl laisse sa caméra filmer, évitant soigneusement la caricature ou la recherche de coupables. Et face aux somptueux décors des montagnes des Aurès, aux sourires et à la malice de ces enfants, à l’abnégation de leurs deux professeurs, à la fierté d’un peuple aussi, il ne peut que sauter d’un pied sur l’autre, et nous avec, entre juste inquiétude et fol espoir. «La société algérienne est bloquée… mais il y a une énergie» semblait résumer Malek Bensmaïl lors de la présentation du film au cinéma Variétés, organisée en partenariat avec AFLAM. REMY GALVAIN La Chine est encore loin de Malek Besmaïl

Jeux de miroirs Projeter dans la même soirée Suite parlée de Joël Brisse et Marie Vermillard et Nénette de Nicolas Philibert, quelle drôle d’idée ! Et quel rapport établir entre un documentaire animalier sur la célèbre orang-outan du Jardin des Plantes, filmée derrière la vitre épaisse de sa cage, et 23 souvenirs enfouis, racontés par 23 comédiens assis seuls face à une caméra ? Selon Jean-Michel Frodon, présent ce mercredi 26 avril à l’Alhambra, une même réflexion sur le hors champ, l’invisible, le trouble ; une même volonté d’inviter le spectateur à fabriquer ses propres émotions sans les lui imposer ; un même travail sur la représentation. Ainsi à partir d’un dispositif apparemment simple -absence de contrechamp, frontalité des plans, disjonction entre son et image-, Nénette envahitelle l’écran de son grand corps sculptural et roux dont on ne sait ce qu’il sent et du mystère de ses yeux dont on ne sait ce qu’ils voient. Indifférente, absorbant ou renvoyant infiniment la projection de nos fantasmes. De même sur fond uni, sans décor, à distance de confession, les interprètes de Suite parlée, front à la caméra, font-ils naître, hors cadre, en chacun de nous, de petits films intimes. Shirin d’Abbas kiarostami saisissant le visage de spectateurs devant un écran complète la proposition articulée à une exposition photos sur le même thème, prévue pour le vingtième anniversaire de la réouverture du cinéma de St Henri. Mettre en résonance des univers cinématographiques aux démarches communes: le projet de l’Alhambra rappelle ici que la richesse d’un film vient aussi de ce qu’en font ses récepteurs. ÉLISE PADOVANI


FONDATION VAN GOGH | CAC ISTRES

ARTS VISUELS

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Entre ses murs Renouvellements à la tête de la Fondation Van Gogh, et nouvel accrochage Un certain sentiment de la maison guide la fondation, en écho au projet du peintre de fonder une maison d’artistes en Arles : «Il y aura pour loger quelqu’un la plus jolie pièce d’en haut que je chercherai à rendre aussi bien que possible, comme un boudoir de femme, réellement artistique.» 

Chez moi Pour cette première exposition depuis les changements survenus au sein de l’Association pour la Fondation Van Gogh*, sa nouvelle directrice Mary Gruber a confié le commissariat à une structure externe, Le Factotum, spécialisée dans les projets culturels. «Avec Nathalie Vo, nous avons conçu une sélection subjective d’œuvres en correspondance avec le désir d’une maison d’artistes, un véritable lieu où s’établir qu’avait rêvé Van Gogh pour Arles» précise Justine Flandin. Exit les évènements dramatiques comme l’oreille coupée pour une présentation apaisée. Nous retrouvons les éléments de la mythologie van-goghienne : la chambre (la photo amusée de Fiodor Cyriel Buis, une vision plus littérale de Larry Rivers), le fauteuil (un César arachnéen), la chaise (un David Hockney un peu ostentatoire), les sobres brodequins (Lucien Clergue), la combinaison des deux (Fernando Botero), la pipe, mais aussi la lumineuse couleur (Jan Voss, Jean-Jacques Surian) ou l’écriture (le palimpseste pictural en filigrane de la chaise par Jean-Paul Pancrazi en correspondance avec l’importante littérature du Hollandais). Plusieurs œuvres s’échappent de la représentation ou de la picturalité pour nous y ramener autrement.

de gauche à droite Cesar, Botero, JP Pancrzai, D Hockney © J Flandin

L’étonnante condensation en une seule touche quasi achrome de Lee Ufan contraste avec l’image récurrente du Vincent vibrant de couleurs. En photographie, certaines propositions ouvrent d’autres champs distanciés : le corps et la nature en sereine communion (Arno Mikkinen), le flux animiste du végétal (Lu Lubroth), l’éblouissement (Bernard Faucon). Obstinément énigmatique la lampe torche de Jasper Johns. Devant être sous peu restitué à ses ayants droit, le Bacon sera remplacé par un Rauschenberg.

Pour un renouveau

Marc Brunier-Mestas, Une valse à 3 temps, installation murale pour le Cac Istres, 2010 © Zibeline/C Lorin

La technique ne fait pas tout. Au CAC d’Istres Marc Brunier-Mestas réinvente la tradition et le métier de graveur pour s’évader hors cadre sur les murs

CLAUDE LORIN

Pour la saison estivale, un accrochage renouvelé est prévu en attendant les projets annoncés. Plusieurs axes sont envisagés comme l’ouverture à la jeune création, des résidences d’artistes, le développement de partenariats et médiations : ainsi le travail déjà engagé par la jeune artiste Pauline Fargue avec les élèves en classe d’arts plastiques du collège Saint Charles. Le déplacement de la fondation dans les

De la page au mur

murs libérés par la Banque de France a été confirmé par le maire, Hervé Schiavetti, le jour du vernis-sage. Choix nécessaire en regard des contraintes du Palais de Luppé dont une partie du financement sera apportée par Luc Hoffmann, président de l’as-sociation, dont la famille est désormais à Arles avec le projet des Ateliers Sncf via Maja Hoffmann, sa fille, et la Fondation Luma. Vincent devrait se sentir comme à la maison. Verrat-il un jour en Arles une de ses œuvres entre ses murs ?

Le sentiment de la maison jusqu’au 27 juin Fondation Van Gogh, Palais de Luppé, Arles 04 90 49 94 04 *création d’une nouvelle association, l’AACFV (association pour l’aide à la création de la fondation Van Gogh)

Comment extirper la gravure de la catégorie des arts graphiques et de sa restrictive connotation technique  ? Formé à ce média traditionnel et maîtrisant ses arcanes, Marc BrunierMestas renouvelle le genre en pratiquant principalement la linogravure, appliquée sur papier mais aussi carton ondulé ou planches de cagettes. Rappelant Frans Masereel ou Ernst Ludwig Kirchner et les expressionnistes allemands, il cultive un regard critique et distancié sur son époque, sarcastique et cocasse. Cette Valse à trois temps rythme les trois étages du musée en commençant par le premier temps, celui de l’enfance. Surprise : la gravure intègre l’objet et devient tridimensionnelle, naïve et amusée. Dans l’esprit Dada ou surréaliste, voire comme dans certaines formes de poésie contemporaine, l’image et le mot s’interpellent  et ouvrent le champ libre à l’interprétation. Un portrait mi-humain mi-canard se redouble de l’inscription «C. A. N.» deux fois : pense-t-on au

coin-coin de la cane, au frenchcancan ou au récent «Yes we can» ? Autant d’ouvertures possibles mais la plupart du temps l’image se passe de l’écrit. Le travail de Marc Brunier-Mestas se joue de ces procédés à significations multiples avec une grande économie de moyens. Chaque image nécessite alors une attention particulière comme dans cette série d’environ sept cent cinquante formats 8x8cm, conçue sur «le principe d’une idée/une image par jour, à quelques uns près». Il reste deux étages à parcourir d’un œil et des deux autres. CLAUDE LORIN

Une valse à trois temps Marc Brunier-Mestas jusqu’au 30 juin Centre d’art contemporain intercommunal d’Ouest Provence, Istres 04 42 55 17 10 www.ouestprovence.fr


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ARTS VISUELS

PRINTEMPS DE L’ART CONTEMPORAIN | MUSÉE CANTINI

Deux musées dans la ville It's like a jungle..., Matthieu Clainchard, Friche Belle de Mai/Triangle (vue partielle), 2010 © Zibeline/C.Lorin

Le Printemps de l’art contemporain confirme avec cette deuxième édition le bien fondé et la nécessité d’une telle initiative

contemporaine, que plaquer la recette Bilbao ou Metz à Marseille serait une ineptie pour une excellente raison : la cité phocéenne possède deux musées, le [mac] et un autre éclaté dans la ville, porté par des initiatives singulières, professionnalisées mais non normalisatrices, par lesquelles sont passés des artistes confirmés. Une dynamique spécifique dont on doit tenir compte pour l’avenir.

En rassemblant à La Friche une foule croissante de visiteurs, la soirée d’inauguration a donné un signe fort quant à la montée en puissance de l’évènement. Sur le toit terrasse le groupe Dunes proposait une installation visuelle et sonore un peu aride, dans la galerie la questionnante expo de Matthieu Clainchard et invités, à la Cartoucherie la stupéfiante performance Squelette de Fouad Bouchoucha, aux Grandes Tables on pouvait voir ou revoir les vidéos Inferno de Marie Bovo en buvant un verre et échanger ses impressions. Lesquelles ne manquaient d’évoquer la place de l’art contemporain dans la seconde ville de France, sa fragilité, mais aussi l’incroyable désir renouvelé d’y survivre après la disparition des galeries Pailhas, VF galerie, Athanor, RLBQ en sursis, l’arrivée de nouvelles Saffir, GAD, La 3e Rue, Rétine le Lieu, et le [mac] en apnée. On pouvait entendre qu’un musée ne peut fixer à lui seul la création

C.L.

Court circuit Quartier Longchamp-Belle de Mai : Wilson Trouvé présente trois œuvres à la galerie Porte-Avion dont une réalisée in situ (Black canvas), fruit de d’une « recherche de l’épure avec une économie de moyens». Par choix, non par défaut. Avec Reflecting girl et Baroque broken lines, l’ensemble, d’une belle ampleur, résulte de sa volonté de s’épancher «au-delà des genres convenus de la peinture et de la sculpture». Rue Consolat, au Buy-Sellf Art club, Yann Géraud introduit sa pièce monumentale White Spirit / Peinture noire par ce texte prononcé par les esclaves au moment de leur conversion au catholicisme : «Oui

White Spirit/Peinture noire, Yann Geraud, Buy-Sellf Art Club 2010 © X-D.R

de toutes mes forces je renonce». Puis invite à circuler entre 1 sculpture grillagée et 4 peintures sur bois qui font écho à la circulation de la pensée, à l’affrontement entre White et Black, à la domination de la matière sur la pensée. En résonance avec sa performance-lecture poétique et sonore, Anne Karwala installe à la Galerie Où sa Vitrine poésie Part(s) & qui donne à lire au passant, dans un entrelacs de graphes et de surimpressions, l’accroche INDIFFÉRENCE CERTAINE en lettres majuscules. Seule la galerie Smp a fait le choix de l’accrochage collectif avec 10 artistes dans Son Filetage mord dans la matière et sa tête tient l’assemblage #2. Et voilà le travail. Un titre chausse-trappe pour s’interroger sur «le bricolage dans l’art, une résurgence de la culture ouvrière ?» et développer discours théoriques et approches ludiques du bricolage. M.G.-G.

Le Printemps de l’art contemporain, Marseille www.marseilleexpos.com

Maintenance permanente Les musées français assurent trois missions principales : collectionner, conserver, diffuser. Le musée Cantini s’acquitte de ce dernier point avec une présentation abondante d’œuvres dignes d’intérêt, mais sans grande âme. Afin de profiter de la période couverte, du Fauvisme à César, on aurait apprécié diverses médiations spécifiques - en plus des visites commentées et ateliers habituels, et du papier d’accompagnement format A4 - mettant en évidence l’importance de certaines œuvres dans la collection (Jardin d’ocre léger d’Olivier Debré), leur compréhension dans le mouvement artistique d’appartenance (les Dufy précubistes) et l’histoire de l’art plus généralement. Ainsi les pièces du groupe Gutaï ne peuvent à elles seules signifier toute leur démarche ; il aurait fallu rappeler le moment où la

Arman, Tubes de gouaches-azurs, 1968 © Jean Bernard

Le musée Cantini propose un nouvel accrochage de ses collections pour patienter jusqu’à la rentrée

villa Air-Bel à Marseille est le refuge de nombre de surréalistes lors de la seconde guerre mondiale ; et montrer comment les créations majeures (Klein) s’inscrivent dans les avant-gardes… Le choix est ample, mais le propos patrimonial est sans surprise. En situant notre attente entre un passé mémorable et un lendemain qui devrait chanter en 2013, exiget-on trop des Musées de Marseille ? L’exposition de rentrée célèbrera le centenaire de la naissance de l’écrivain et poète surréaliste Jacques Hérold. Son ouverture coïncidera avec la date de naissance de l’artiste le 10 octobre 1910. Argument, espérons-le, de bel augure ! CLAUDE LORIN

Picasso, Dubuffet, César… Musée Cantini, Marseille 04 91 54 77 75 www.marseille.fr


MUSÉE D’ART TOULON | LES ARTS ÉPHÉMÈRES

ARTS VISUELS

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Fascinations d’Orient Un an après sa réouverture, suite à des travaux de ravalement des façades et des sculptures de la galerie vitrée, le Musée d’art de Toulon poursuit la valorisation de sa collection d’art moderne et contemporain L’Algérie et l’Egypte, Vincent Courdouan et ses contemporains provençaux est le deuxième rendez-vous du Musée d’art de Toulon avec sa collection, après Paysage vidéo qui inaugurait ses habits neufs. Selon un principe simple : faire dialoguer ses œuvres avec les prêts de fonds privés et publics. Du coup Courdouan n’est plus seul (le musée lui avait consacré une rétrospective de premier plan en 2000), mais accompagné d’artistes fascinés par l’Orient. Notamment Félix Ziem son contemporain qui, comme lui, a effectué deux voyages, l’un en Algérie l’autre en Égypte, à quelques années d’intervalle. «Des artistes si proches et si différents qu’il était intéressant justement de rapprocher» explique Brigitte Gaillard, Conservatrice du Musée d’art. À l’heure où l’on fête le bicentenaire de sa naissance à Toulon, le Musée a choisi de valoriser ses talents de paysagiste tout en montrant sa différence avec l’École de Marseille. Car entre ses dessins et pastels datés du jour de ses voyages, et ses huiles réalisées postérieurement en atelier, son approche de l’Orient diffère : l’une vécue, en prise directe ; l’autre rêvée, imaginaire, voire

Vincent Courdouan, Le canal Mahamoudieh, collection Musée d'art de Toulon © X-D.R

fantasmée… L’exposition invite ainsi à des allers et retours : d’un tableau à un dessin de Courdouan qui représente parfois la même scène (Le canal Mahamoudieh à Alexandrie, entre autres) ; et d’un artiste à l’autre autour d’un même sujet, comme La Caravane vue par Huguet qui opte pour une palette chromatique vive tandis que Lauret privilégie un camaïeu gris-beige. Une démarche qui démultiplie les angles de vue sur les canons du 19e siècle, les thèmes en vogue (petits métiers, fantasia, marchés, felouques, mosquées), les variations subtiles des techniques (huiles sur toile, sur bois, sur papier). Et, surtout, révèle une vision sublimée de l’Orient par les artistes occidentaux de cette époque.

L’Algérie et l’Egypte, Vincent Courdouan et ses contemporains provençaux jusqu’au 27 juin Musée d’art, Toulon 04 94 36 81 07 Le Musée d’art lance un avis de recherche aux collectionneurs en vue d’une exposition consacrée à François Nardi (1861-1936) en mars 2011…

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI

En pleine lumière enfants, déficients visuels et étudiants en cours préparatoire au concours d’entrée en école d’art). C’est dire si Les Arts éphémères sont une formidable émulation auprès des participants qui

Oeuvre de Marianne Petit, Atelier public La Sauvagère © X-D.R

Au cœur du Parc de Maison Blanche (Marseille 9e), le festival Les Arts éphémères rassemble les propositions plastiques issues des Ateliers publics de l’ESBAM et les œuvres des artistes sélectionnés* par Thierry Ollat, directeur adjoint du [Mac]. Un dialogue vivifiant qui offre une plus grande visibilité à la pratique amateur - 600 personnes inscrites en 2010 - et une vitrine originale à la création contemporaine marseillaise. D’autant que toutes ces œuvres ont pour socle commun la thématique «Les parts de l’ombre : matérialités et fictions». À l’heure des derniers préparatifs, les ateliers sont une ruche bourdonnante où chacun s’affaire à passer de la maquette à la réalisation grandeur nature ! Sur 11 ateliers disséminés dans la ville, 7 participent au festival sous la houlette des artistes-enseignants  : Pierre-Louis Albert, Pierre Archita, Bernard Briançon, Françoise Buadas, Pierre Chanoine, Christiane Parodi et Gilles Traquini. Si leur approche pédagogique repose sur la pratique artistique et la sensibilisation esthétique, chacun développe son univers, apporte sa propre couleur, initie à des techniques différentes selon une méthodologie personnelle. De cette diversité naissent au bout du compte, et l’exposition en est un révélateur, autant de propositions artistiques que de stagiaires (adultes,

redoublent d’énergie et de motivation pour finaliser leurs projets. Mais au-delà, remarque Christiane Parodi qui encadre les ateliers La Sauvagère et cours Lieutaud, «le travail en atelier allie plaisir et rigueur, crée du lien social, de la convivialité et un vrai sens du partage entre des hommes et des femmes de tous âges et de toutes conditions». Sur le site de Maison Blanche, installations, livres-objets, peintures sur bâches, performances et sculptures se révèleront au public à la lumière d’une manifestation qui interroge, plus largement, la part de l’ombre dans l’art. MARIE GODFRIN-GUIDICELLI

(*) Boris Chouvellon, Gilles Desplanques, Olivier Grossetête, Caroline le Méhauté, Aymeric Louis, Yazid Oulab, Laurent Perbos, Géraldine Py & Roberto Verde, Solange Triger, Lionel Scoccimaro, Sandro Della Noce. Les Arts éphémères du 20 mai au 9 juin 04 91 14 63 26 Ateliers publics de l’ESBAM 04 91 82 83 11 www.esbam.fr


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AU PROGRAMME Art et économie La CCI Marseille Provence lance son 3e Concours artistique, sur le thème de l’économie du territoire, renouant avec la tradition de commandes aux artistes (peintre, sculpteur, plasticien, photographe, vidéaste) tout en constituant sa collection d’art contemporain. Les postulants devront faire preuve d’inventivité pour évoquer le monde du travail, les nouvelles technologies ou le patrimoine économique et culturel… À la clef, une exposition au Palais de la Bourse le 24 septembre et, pourquoi pas, l’acquisition de l’œuvre par la CCI ? M.G.-G.

CCI Marseille Provence, Marseille Projet à déposer avant le 7 juin 2010 www.ccimp.com Dragibus, Laurent Perbos, l’un des lauréats 2009 © X-D.R

10 bougies design ! L’exposition Siège social aux Archives municipales de Marseille en 2000 marquait le top départ du Centredesignmarseille. 10 ans après, il fête son anniversaire autour de 3 événements : l’exposition de peinture d’Enrico Freitag en binôme avec la ligne design Italesse (vernissage mardi 18 mai 18h) ; SpiringSpirit, une cueillette design à petits prix alliant arts de la table et gourmandises (28 et 29 mai) ; et enfin, l’inauguration du 3e Débarquements d’idées sur la plage du Prophète avec l’installation d’une «bibliothèque de plage» (6 juin). M.G.-G.

Les 10 ans du CDM, Marseille 04 91 54 08 88 www.designmarseille.org

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Éphémères durable B. Chouvellon, G. Desplanques, O. Grossetête, C. Le Méhauté, A. Louis, Y. Oulab, L. Perbos, G. Py & R. Verde, S. Triger, L. Scoccimaro… et les ateliers amateurs de l’Esbam, le festival s’étoffe et combine promotion de l’art contemporain, transmission des savoirs pour pérenniser le projet au-delà de 2013. C.L Festival des Arts Ephémères 2e édition du 21 mai au 9 juin Bastide et parc de Maison Blanche, Marseille 04 91 14 63 26

Robert Blanc /L’âge d’or. N°1 «Le Banquet» Papier arches marouflé sur caisson médium balsa, encre de chine - 90 x 90 x 3,3cm

Pont flottant, croquis, 2010, Olivier Grossetête © X-D.R

Traces Suite au succès public de Traits…confidentiels en 2008, Arteum invite quatorze artistes à fourbir leurs armes graphiques pour servir cet art du geste et de la trace en pleine renaissance. Car selon Cy Twombly, «chaque trait est habité par sa propre histoire». C.L. Traits…particuliers du 2 juin au 17 juillet Musée d’art contemporain Arteum, Châteauneuf le Rouge 04 42 58 61 53 www.mac-arteum.net


ARTS VISUELS

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SM’ART

et ça repart Qu’est-ce qui fait courir les artistes et le public  à SM’ART ?

L'atelier au Paradou,1992 © X-D.R

Il dirait le Sud Pierre Alechinsky fera les beaux jours d’Aix. Le musée Granet brosse un large panorama constitué des œuvres liées à ses nombreux séjours dans le Midi de la France : les travaux à l’encre, huiles, estampages, céramiques, ouvrages de bibliophilie, dessins, aquarelles… Chez Alain Paire livres et lithographies réalisés avec les éditions Fata Morgana. C.L. Alechinsky, les ateliers du Midi du 5 juin au 3 octobre Musée Granet, Aix 04 42 52 88 32 www.museegranet-aixenprovence.fr Pierre Alechinsky et les éditions Fata Morgana du 5 juin au 31 juillet Galerie Alain Paire, Aix 04 42 96 23 67 www.galerie-alain-paire.com

M.G.-G. Little Buxy Rosso Pop dans l'entreprise À Juste titres © X-D.R

Sculptures silencieuses Difficile de passer à côté de ce Parcours de ville en compagnie du sculpteur vauclusien Jean-François Coadou qui déploie dans trois lieux aixois la puissante matérialité de son œuvre. Et, pour mieux appréhender la «face nord» et la «face sud» de ses objets, la galerie Alain Paire propose, en collaboration avec les Écritures croisées, une lecture d’extraits de La montagne de l’âme de Gao Xingjiang par Jean-François Coadou, Odile Solomon et Alain Paire (vendredi 28 mai 19h). M.G.-G.

Parcours de ville Jean-François Coadou jusqu’au 29 mai Galerie Alain Paire, Aix 04 42 96 23 67 Jardin de Colette Delmas, Aix 06 10 07 62 35 jusqu’au 28 août Atelier Cézanne, Aix 04 42 21 06 53

150 artistes ont rendez-vous au Domaine de la Baume à Aix-enProvence pour le 5e SM’ART créé par Christiane Michel, agent artistique et commissaire d’exposition. Depuis leur inscription sur le site du salon, leur candidature a été passée au filtre du comité de sélection* qui leur a octroyé un stand, moyennant finance, car SM’ART est une initiative exclusivement privée. Tandis que 12 000 visiteurs sont HENG, Street Art Risen © X-D.R attendus sur 4 jours ! Un succès qui s’explique par sa double fonction, à la fois tremplin et vitrine, et son double positionnement, public et professionnel. Car la volonté des organisateurs est claire : présenter un ensemble éclectique de mediums et de tendances pour offrir à tous les publics - éclairé ou néophyte - un vaste panorama de la création actuelle. Ce qui a l’heur de leur plaire puisque 638 ventes ont été conclues en 2009  ! C’est aussi pour beaucoup d’artistes une rampe de lancement auprès des galeristes qui viennent en repérage et faire leur marché : reconnus par leurs pairs, certains voient leur carrière décoller constate Christiane Michel… Un salon, somme toute classique, qui s’enrichit de temps de réflexion ouverts à tous, notamment sur le mécénat et la défiscalisation qui avait réuni 140 chefs d’entreprises lors de son premier coup d’essai en 2001. Cette année, il réapparaît dans le programme, accompagné d’un deuxième débat sur les droits d’auteurs et les droits de reproductions qui intéressent autant les professionnels que les familles qui ont dans leurs armoires des trésors enfouis… Enfin, pour répondre à une démarche «citoyenne», SM’ART poursuit son action humanitaire  et accompagne en 2010 l’association Mécénat Chirurgie cardiaque «Enfants du monde» et Sourire à la vie de Marseille.

Equation, Jean François Coadou, sculpture en métal © X-D.R

SM’ART du 4 au 7 juin Domaine de la Baume, Aix-en-Provence www.salonsmartaix.com

(*) Comité de sélection composé «d’un homme de lettres, d’un philosophe, de deux collectionneurs, d’un critique d’art, d’un néophyte et de Christiane Michel»


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RENCONTRES

Libraires du sud /Libraires à Marseille 04 96 12 43 42 Itinérances littéraires : rencontre avec Kéthévane Davrichewy pour son ouvrage La Mer noire (Sabine Wespieser éditeur, 2010) le 26 mai à 18h30 à la librairie Actes Sud (Arles), le 27 mai à 19h à la librairie La Mémoire du Monde (Avignon) et le 28 mai à 19h à la librairie Aux Vents des mots (Gardanne) ; rencontre avec David Vann pour son roman Sukkwan Island (Ed. Gallmeister, 2009) le 8 juin à 18h à la librairie Le Lézard amoureux (Cavaillon), le 9 juin à 19h à la librairie l’Odeur du temps (Marseille), le 17 juin à 18h30 à la librairie Le Petit pois (Manosque) et le 18 juin à 18h à la librairie la Carline (Forcalquier). Escales en librairies : rencontre avec Joseph Boyden le 26 mai à 19h à la librairie Aux Vents des mots (Gardanne) et le 27 mai à 19h à la librairie L’Attrape mots (Marseille) ; rencontre avec Lionel Naccache le 10 juin à 17h30 à la librairie Prado Paradis (Marseille) et le 11 juin à 18h30 à la librairie Goulard (Aix) ; rencontre avec Marc Kravetz le 17 juin à 19h à la librairie Le Lièvre de Mars (Marseille) et le 18 juin à 18h30 à la librairie Au Poivre d’Âne (La Ciotat). AIX-EN-PROVENCE Cité du livre – 04 42 91 98 88 La nuit du conte, carte blanche à Catherine Zarcate, Sam Cannarozzi et Victor Cova Correa. Le 21 mai de 20h à 23h. Conférence de Jacques Mény, Président des Amis de Jean Giono, vice-président de la Fédération nationale des maisons d’écrivains et des patrimoines littéraires sur Les maisons d’écrivains, lieux de culture vivante. Le 28 mai à 18h30. Les Écritures croisées – 04 42 26 16 85 Rencontres avec les écrivains coréens Shin Kyung-Sook, Hwang Sok-Yong, Lee Seung-U et Kim Young-Ha, animées par Jean-Claude de Crescenzo. Le 4 juin à 18h. Librairie Book in Bar – 04 42 26 60 07 Rencontre dédicace avec David Vann pour son livre Sukkwan Island (éd Gallmeister, 2009), le 10 juin à 17h30 ; rencontre avec Reginald Marsh-Feiley pour son livre autobiographique A Poor Lookout, le 27 mai à 17h30. Festival Seconde Nature – 04 42 64 61 00 Festival pluridisciplinaire qui présente créations Mensuel gratuit paraissant le deuxième jeudi du mois Edité à 28 000 exemplaires imprimés sur papier recyclé Edité par Zibeline SARL 76 avenue de la Panouse | n°11 13009 Marseille Dépôt légal : janvier 2008 Directrice de publication Agnès Freschel Imprimé par Rotimpress 17181 Aiguaviva (Esp.) photo couverture ZARAFA © Agnès Mellon Conception maquette Max Minniti Rédactrice en chef Agnès Freschel agnes.freschel@wanadoo.fr 06 09 08 30 34

AU PROGRAMME | ADHÉRENTS

sonores, visuelles, plastiques, multimédia… Du 2 au 12 juin. APT Association Le goût de lire en pays d’Apt – 04 90 04 05 97 2e édition du salon du livre en pays d’Apt sur le thème Voyage en salon : rencontres avec des éditeurs et des auteurs, stands de livres, ateliers, lectures… Du 26 au 29 mai. ARLES Muséon Arlaten – 04 90 93 58 11 Le musée est fermé pour rénovation jusqu’en 2014, mais les activités continuent hors les murs : projection-rencontre avec Le Temps des carnavals, film de Pierre Willemin, le 3 juin à 18h30 à la médiathèque d’Arles ; exposition Jours de fêtes aux ABD Gaston Defferre, du 26 mai au 23 décembre. Atelier Archipel – 06 21 29 11 92 Exposition de Jany Garbouge-Floutier et Laura Jonneskindt, Livres autrement : plus de 200 livres pliés (sculptures) de J. Garbouge-Floutier et des macrophotographies de L. Jonneskindt. Du 6 au 27 juin. Le Méjan – 04 90 49 56 78 Correspondances amoureuses du Moyen Âge à nos jours, lecture par Marie-Christine Barrault et Charles Gonzalès. Le 25 mai à 20h30. Palais de Luppé – 04 90 49 94 04 Exposition Le sentiment de la maison, collection d’art contemporain dédiée à Vincent Van Gogh. Jusqu’au 27 juin. Galerie Voies Off – 04 90 96 93 82 Exposition Rhodanie : photographies de Bertrand Stofleth du 20 mai au 20 juin. Vernissage le 20 mai à 19h. Conférence-projection autour de l’expo au Musée départemental de l’Arles Antique le 19 mai à 18h30. BAUDUEN Editions Parole – 04 94 80 76 58 Soupes aux livres organisées à Puget-ville le 5 juin à 17h30, La Palud-sur-Verdon le 12 juin à 18h30, le 18 juin à 18h30 à Bergemon et le 26 juin à 18h30 à Cannes à 18h30. Rendez-vous le 22 mai à partir de 18h à la librairie Regain de Reillanes (04) pour une lecture à plusieurs voix de Rosentahl, une enfance australienne de Juliet Schlunke ; le 23 mai à la 21e foire bio de Signes (83) avec Le pain, le

Secrétaire de rédaction spectacles et magazine Dominique Marçon journal.zibeline@gmail.com 06 23 00 65 42 Secrétaire de rédaction Jeunesse et arts visuels Marie Godfrin-Guidicelli m-g-g@wanadoo.fr 06 64 97 51 56 Société Chris Bourgue chris.bourgue@wanadoo.fr 06 03 58 65 96

levain et les gènes, livre de François Roddier qui donnera une conférence sur Qu’est ce que l’évolution ? de 14h à 15h30 ; le 27 mai à Salernes (83) pour présenter Le cahier rouge du maquis à l’occasion de la projection du film de Walter Bassam Retour en résistance ; et le 20 juin au salon du livre de Sainte-Cécile-les-Vignes (84) pour la sortie du livre d’Agnès Pastourel Presque encyclopédie de la vigne et du vin. ENSUES-LA-REDONNE Médiathèque municipale – 04 42 45 72 87 1er Salon du livre : rencontre avec des auteurs, spectacle de contes avec Marie Ricard, conférence de Maurice Gouiran, en présence d’André Fortin, Jean Contrucci, Pierre Grafféo et Philippe Carrese (sous-réserve) sur le thème Marseille, terre de polar ?. Le 29 mai. 2e édition de la Foire aux livres. Le 30 mai à 14h30. FORCALQUIER Association Forcalquier des livres – 04 92 75 09 59 L’art de mai avec l’artiste Phet Cheng Suor : exposition de peinture, installations et livres d’artistes, atelier de fabrication de livre d’artiste sur le thème de l’herbier et Pique-nique partageur et bavard (le 23 mai à 12h, jardin du Couvent des Cordeliers). Du 21 au 24 mai. Librairie La Carline – 04 92 75 01 25 Rencontre avec l’éditeur Michel Foissier et Pierre Lieutaghi, préfacier du livre L’Autre face du monde (Éd. Propos 2) sur le peintre Pierre Humbert. Le 27 mai à 19h. Association Apérilivres – 04 92 74 53 52 Festival Impressions d’arts sur le thème L’or des femmes : chemins de la création au féminin. Le festival vise à montrer la richesse et la diversité de la création féminine. Du 11 au 13 juin. ISTRES CEC Les Heures Claires – 04 42 41 15 74 2e édition de Ivres de livres, salon du livre jeunesse sur le thème Raconte-moi une histoire autrement : rencontres avec auteurs et illustrateurs. Du 3 au 6 juin. LA CIOTAT Librairie Au Poivre d’Âne 04 42 71 96 93 Rencontre avec Patrick Gérard pour son livre

Musique et disques Jacques Freschel jacques.freschel@wanadoo.fr 06 20 42 40 57

Histoire et patrimoine René Diaz renediaz@free.fr

Frédéric Isoletta fredisoletta@gmail.com 06 03 99 40 07

Polyvolantes Maryvonne Colombani mycolombani@yahoo.fr 06 62 10 15 75

Cinéma Annie Gava annie.gava@laposte.net 06 86 94 70 44

Delphine Michelangeli d.michelangeli@free.fr 06 65 79 81 10

Élise Padovani elise.padovani@orange.fr

Arts Visuels Claude Lorin claudelorin@wanadoo.fr 06 25 54 42 22

Philosophie Régis Vlachos regis.vlachos@free.fr

Livres Fred Robert fred.robert.zibeline@free.fr 06 82 84 88 94

Sciences et techniques Yves Berchadsky berch@free.fr

Je n’ai jamais été vieille ! (éd. L’Harmattan). Le 20 mai à 18h30. L’ISLE-SUR-LA-SORGUES Espace associatif municipal – 04 90 38 67 81 Trace de poète : Un dialogue entre poésie, philosophie, musique et arts plastiques. Du 1er au 14 juin. MARSEILLE Association Apatala c/o Mille Bâbords – 04 91 90 89 21 Dans le cadre des Ciné rencontres qui auront lieu du 7 au 27 juin prochain, l’association Apatapela, en partenariat avec Film Flamme, recherche quatre jeunes de 18 et 25 ans, souhaitant participer à un atelier de réalisation en 16mm, ainsi qu’à tout un programme de rencontres autour du cinéma avec des jeunes gens venant du Chili, de Bolivie, du pays basque espagnol. Ils pourront ainsi s’initier à l’image et au son durant trois semaines. Le film réalisé sera proposé à la diffusion auprès de différentes structures afin de valoriser le projet et le travail des jeunes et inciter d’autres structures à développer de nouvelles formes de coopération sud/sud entre les jeunes. Théâtre La Criée – 04 91 54 70 54 Collecte de livres pour les enfants de la Timone organisée à l’occasion du spectacle Il était une fois… les fablesmis en scène par William Mesguich. Thème retenu : contes et fables du monde. Les livres neufs (pour des raisons d’hygiène) collectés seront mis à la disposition du Centre scolaire de l’Hôpital de la Timone Enfants et profiteront à tous les enfants hospitalisés. Jusqu’au 29 mai dans le hall du théâtre. La Baleine qui dit «Vagues» - 04 91 48 95 60 2e édition des Oralies, festival des contes voyageurs et 10e édition du Salon du livre de contes: signatures, spectacles… Du 21 au 23 mai. CRDP – 04 91 14 13 40 2e édition du salon des éditeurs avec les principaux éditeurs scolaires et jeunesse. Le 26 mai de 9h à 18h. Dernière rencontre culturelle du CRDP organisée en partenariat avec l’OCCE et le théâtre Massalia : carte blanche à Joël Jouanneau qui lira 2 textes inédits, Mon Eden Cinéma et Le Colibri des Andes, suivie de la projection du film Les Amantes d’après l’œuvre d’Elfriede Jelinek. Le 20 mai.

Marie-Jo Dhô dho.ramon@wanadoo.fr Maquettiste Philippe Perotti philippe.zibeline@gmail.com 06 19 62 03 61 Ont également participé à ce numéro : Dan Warzy, Yves Bergé, Susan Bel, Pierre-Alain Hoyet, Aude Fanlo, Christophe Floquet, christine rey, Jean-Mathieu Colombani, Rémy Galvain, Hudgard, Sonia Isoletta

Photographe : Agnès Mellon 095 095 61 70 photographeagnesmellon.blogspot.com Directrice commerciale Véronique Linais vlinais@yahoo.fr 06 63 70 64 18 Attachée commerciale Nathalie Simon nathalie.zibeline@free.fr 06 08 95 25 47


Librairie l’Odeur du temps – 04 91 54 81 56 Lecture d’extraits de Abonder de et par Antoine Dufeu. Le 27 mai à 19h. Librairie Histoire de l’œil – 04 91 48 29 92 Lecture d’extraits de ses textes par Alain Jugnon. Le 29 mai à 19h. Montévidéo – 04 91 37 14 04 Soirées Manifesten : lectures de Petit traité de scissiparité de Henri-Pierre Jeudy et Maria Claudia Galera (le 21 mai à 20h) et Comme un fracas, une chronique de et par JacquesHenri Michot (le 21 mai à 21h) ; présentation de Pour une pensée-action, vivre et agir contre du collectif Contre-Attaques / perspective 1 : Michel Surya (le 28 mai à 18h), lecture de Duo de duo (le 28 mai à 20h) et de La poétesse et Lettres de Sainte Catherine de Sienne par Liliane Giraudon et Robert Cantarella (le 28 mai à 21h30). ABD Gaston Deferre - 04 91 08 61 00 Ecrivains en dialogue : Rencontre avec MarieHélène Lafon et Xavier Bazot sur le thème Des corps et des voix en partenariat avec l’assciation Des auteurs aux lecteurs. Le 8 juin à 18h30. Galerie Montgrand – ESBAM– 04 91 33 99 11 Documents sonores, exposition réalisée dans le cadre d’une résidence de Pierre-Yves Macé avec les étudiants. Du 26 au 29 mai. Editions Parenthèses – 04 95 08 18 20 A l’occasion de la parution du livre de Patrick Williams Les quatre vies posthumes de Django Reinhardt, Parenthèses et Émouvances proposent Django Reinhardt, une fiction ?, sur des textes de Patrick Williams et avec la guitare de Raymond Boni. Le 28 mai à 18h. Espace Ecureuil – 04 91 57 26 49 Conférence organisée par l’association Science Technologie Société Histoire des neurosciences. Le 25 mai à 18h30. Horizontes del Sur – 04 91 08 53 78 8e édition du festival L’Espagne des trois cultures : danse, expositions, concerts, rencontres littéraires, théâtre, cinéma avec des artistes venus du Maroc, de Catalogne, de Murcie, d’Algérie… Du 21 avril au 27 mai. Association Bulle It – 04 91 94 29 13 Rencontres critiques autour de la BD : six albums sélectionnés, quatre chroniqueurs, un animateur. Le 27 mai à 20h. CIPM – 04 91 91 26 45 Rencontre avec Pascal Quignard pour son livre Lycophron et Zétès (Gallimard, 2010). Entretien et lecture d’extraits avec Alain Veinstein. Le 28 mai à 19h. Exposition de Jean-Pierre Bertrand De ce qui se fera – De ce qui sera fait, du 21 mai au 27 juin. Vernissage le 21 mai à 18h30. BMVR Alcazar – 04 91 55 56 34 Rencontre/débat par Didier Daeninckx et Jean-Paul Delfino sur La part de l’homme dans le polar avec les Cahiers de l’Ecailler. Le 4 juin. Conférence de Dominique Cardon, sur les nouvelles technologies de la relation : Nos «amis» sont-ils vraiment des amis ?. Le 8 juin à 18h30. Conférence de Jean-François Guégan, épidémiologiste, sur Des perturbations à haut risque : pour mieux comprendre les multiples et complexes interactions entre environnement et santé humaine. Le 26 mai à 17h en salle de conférence.

Conférence proposée par l’Assistance Publique-Hôpitaux de Marseille sur L’humain à part entière : humanisation et médicalisation en Méditerranée. Le 29 mai à 9h30. Association Lumin’Arts – 06 27 81 37 00 Festival Etang d’Arts : «La Planète comme toile de fond, l’Art comme moyen d’expression», tel est le propos de ce festival qui mêle danse, cirque, arts de la rue, théâtre, cinéma, musique, et un village d’artistes et artisans qui présentent leurs produits et œuvres d’art plastique. Les 21 et 22 mai. Altermundi – 04 91 08 53 99 Exposition d’Annaïg Dumarais, créatrice de mobilier en carton. Du 21 mai au 30 juin. Vernissage le 21 mai à 18h. Institut Culturel Italien – 04 91 48 51 94 Rencontre autour de la présentation du livre La pêche du thon rouge en Tunisie de Luc Corso. Le 26 mai à 18h.

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Le Greffier de Saint-Yves (Marseille 1er) MARTIGUES Musée Ziem - 04 42 41 39 50 Conférence de Sylvie Thorel-Cailleteau, professeur de littérature à l’université Charlesde-Gaulle, Lille 3, sur Le paysage dans la pensée symboliste. Le 20 mai à 17h30. NÎMES Compagnie La Poudrière – 06 61 96 62 79 La cie La Poudrière s’associe au Théâtre de Nîmes et au Théâtre le Périscope pour recevoir l’auteure Sabine Tamisier du 26 au 29 mai : le 26 mai chez l’habitant à Nîmes (résa 04 66 76 10 56), le 28 mai avec l’ATP de Nîmes à Saze (résa 04 66 67 63 03) et le 29 mai à 18h30 avec le théâtre de Nîmes dans la Cour de l’Hôtel Boudon (résa 04 66 36 65 10). ORANGE Théâtre Antique et Musée – 04 90 51 17 60 Conférence avec Jean-Claude Golvin, architecte DPLG et directeur de recherche au CNRS, sur Le théâtre dans l’Empire romain dans le cadre de l’exposition Voyage au cœur des Théâtres Antiques de la Méditerranée. Le 22 mai à 15h. SAINT-RÉMY Musée Estrine – 04 90 92 34 72 Exposition La Réalité retrouvée, la jeune peinture, Paris, 1948-1958. Du 19 juin au 12 septembre. VEYNES Mairie – 04 92 57 24 23 15e Printemps du livre de jeunesse sur le thème Dis Mamie, c’était comment avant ?. Du 20 au 22 mai. VILLENEUVE-LEZ-AVIGNON La Chartreuse – 04 90 15 24 24 Lecture de textes par Bruno Allain et Matéi Visniec et présentation du travail en cours de 2 cies, En vie par la cie migratori K merado / Sébastien Derrey et Avec Vannina maetri par la cie comme ça / Muriel Piqué. Le 20 mai à 18h30.

Le Gymnase Vous offre 10 invitations par soir pour Les nouvelles brèves de comptoir de Jean-Marie Gourio mes de Jean-Michel Ribes le 1er juin à 20h30 le 2 juin à 19h le 3 juin à 20h30 Réservations : journal.zibeline@gmail.com

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Le Vélo Théâtre (Apt) Vous offre 2 invitations par soir pour le spectacle Le T de n-1 cie les Ateliers du spectacle le 8 juin le 9 juin 04 90 04 85 25 L’institut culturel italien vous offre 3 adhésions annuelles d’une valeur de 32 €, cette «carte adhérent» vous donnera accès à tous les services de l’Institut, médiathèque et programme culturel. Demande par mail : iicmarsiglia@esteri.it ou au 04 91 48 51 94

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La Pensée de Midi Vous offre 3 exemplaires de De l’humain, nature et artifices 3 exemplaires de son numéro d’anniversaire Histoires d’un 20 janvier par mail : chris.bourgue@wanadoo.fr



Zibeline n°30