DO KRE I S VWAYAJ
, Revue haïtienne des cultures créoles #1 Voyage / Vwayaj, 2017
••• DIRECTEUR DE LA PUBLICATION Jean Erian Samson RÉDACTEUR EN CHEF Evains Wêche DIRECTION ARTISTIQUE Jean Erian Samson Samuel Suffren avec la participation d‘Hélène Bléhaut
•
MISE EN PAGE Pierre André Gilles, d‘après les pistes graphiques d‘Hélène Bléhaut COMITÉ DE RÉDACTION HAÏTI : Aljany Narcius
• •
•
•
Erickson Jeudy Guy Gérald Ménard Guy Régis Junior Junior Borgella Manno Ejèn Paul Moles Méleck Jean Baptiste Sterlin Ulysse
•
•
• •
LA RÉUNION : Catherine Panot ÎLE MAURICE : Michel Ducasse SEYCHELLES : Magie Faure-Vidot Vijay-Kumar
TRADUCTION Moles Paul RELECTURE Arnaud Delcorte Catherine Panot Fabian Charles Kévens Prévaris Marie Monfils Moles Paul Nicolas Christopher Babet Suzanne Dracius
• •
• •
•
•
•
SECRÉTARIAT DE RÉDACTION Darline Gilles Syndia Messalah Louis
•
COMMUNICATION ET DIFFUSION Aude Jeanne Hulot Samuel Suffren
•
ADMINISTRATION Mara Loiacono
••• ISBN : 978-99970-4-971-1 Dépôt légal, Bibliothèque Nationale d’Haïti : 17-09-585 © Association Vagues Littéraires © Les Editions des Vagues www.associationvagueslitteraires.org
Tessa Mars, Nan rara, Acrylique sur toile, 25.7 x 25.7’’ 2015
• Yv-Mari Séraline
, Revue haïtienne des cultures créoles #1 Voyage / Vwayaj, 2017
••• DIRECTEUR DE LA PUBLICATION Jean Erian Samson RÉDACTEUR EN CHEF Evains Wêche DIRECTION ARTISTIQUE Jean Erian Samson Samuel Suffren avec la participation d‘Hélène Bléhaut
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MISE EN PAGE Pierre André Gilles, d‘après les pistes graphiques d‘Hélène Bléhaut COMITÉ DE RÉDACTION HAÏTI : Aljany Narcius
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Erickson Jeudy Guy Gérald Ménard Guy Régis Junior Junior Borgella Manno Ejèn Paul Moles Méleck Jean Baptiste Sterlin Ulysse
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LA RÉUNION : Catherine Panot ÎLE MAURICE : Michel Ducasse SEYCHELLES : Magie Faure-Vidot Vijay-Kumar
TRADUCTION Moles Paul RELECTURE Arnaud Delcorte Catherine Panot Fabian Charles Kévens Prévaris Marie Monfils Moles Paul Nicolas Christopher Babet Suzanne Dracius
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SECRÉTARIAT DE RÉDACTION Darline Gilles Syndia Messalah Louis
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COMMUNICATION ET DIFFUSION Aude Jeanne Hulot Samuel Suffren
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ADMINISTRATION Mara Loiacono
••• ISBN : 978-99970-4-971-1 Dépôt légal, Bibliothèque Nationale d’Haïti : 17-09-585 © Association Vagues Littéraires © Les Editions des Vagues www.associationvagueslitteraires.org
Tessa Mars, Nan rara, Acrylique sur toile, 25.7 x 25.7’’ 2015
• Yv-Mari Séraline
DO KRE I S
DO KRE I S
Editorial Evains Wêche
P
roduits sociaux de la faculté du langage et ensemble de conventions nécessaires, adoptées par le corps social pour permettre l’exercice de cette faculté chez les individus (Saussure), les langues rapprochent les hommes, tout comme les passions avant elles. Sur les plantations, dans les mines, dans les ateliers, maîtres et esclaves ont dû communiquer, mais c’est en voulant se rapprocher de ses pairs que l’esclave a inventé le créole. Et depuis, toutes les fois qu’un homme ‘’prend langue’’ avec un homme en embrassant à pleine bouche les mots de l’autre, il crée créole. Le créole est la preuve que la diversité est féconde et que le salut des égarés n’est possible que dans cet ensemencement des lieux que l’écrivain Haïtien-Québécois Joël Des Rosiers appelle métaspora. Ainsi, les cultures créoles ont toutes les langues du monde pour s’exprimer. Et pour répondre à ceux qui lui demandent pourquoi elle n’écrit pas en créole, Emmelie Prophète souligne dans une entrevue inédite : on écrit dans la langue qu’on a appris à lire. Comme l’a bien compris le mouvement de la Créolité, il faut désaliéner (sens phénoménologique du terme) le créole, comme il a fallu désaliéner le nègre (Peau noire et masques blancs, Frantz Fanon, 1952). S’il existe une sensibilité créole, propre aux cultures de peuples, pour la plupart d’anciens colonisés, ayant forgé une langue au creuset de celle de l’envahisseur (dans notre cas le français) et de celles des colonisés (marcorix ou autres langues autochtones, fon ou autres langues africaines, espagnol, français, anglais, ou autres langues européennes), s’il existe une vision du monde créole, s’il existe une esthétique créole, s’il existe une vérité intérieure, une conscience commune créole, nous pouvons l’exprimer dans la langue qui nous convient le mieux, puisque les langues n’ont pas de peuple, ce sont les patries de tous. Les cultures sont beaucoup plus définies par leurs langages que par leurs langues. Ainsi Joël Des Rosiers découvre en Lautréamont, un poète Créole (personne de race blanche, née dans les pays tropicaux à colonisation européenne et esclavage africain1)! Ce qui nous amène à nous demander qu’est-ce qu’un Créole aujourd’hui ? Suffit-il de parler créole ? Suffit-il d’avoir pris naissance dans une ancienne colonie tropicale et d’avoir été nourri de cultures créoles ? En quoi Magloire St-Aude est-il un poète Créole ? Qu’est-ce qu’un artiste Créole ? Au-delà des problèmes de (re)définition du Créole, donc d’identité, persiste une constante : le créole naît de la rencontre. Donc, si je suis Créole par hasard, je peux aussi le devenir par choix. Proposons au monde cette alternative : devenir Créole ; illustrons-la sans être frappés d’exotisme ni de folklorisme, sans être aliénés. Car nous croyons, avec Hannah Arendt, que « le monde n’est pas humain pour avoir été fait par des hommes, il ne devient pas humain parce que la voix humaine y résonne, mais seulement lorsqu’il est devenu objet de dialogue » (Vies politiques, 1974). Et parce que, comme le souligne Glissant, les cultures créoles sont nées de la Traite, le premier numéro de la revue tourne autour de la thématique du Voyage. Les hommes ont toujours voyagé. Cette thématique a été mille et mille fois débattue, il est vrai. La 4ème édition du Congrès des Écrivains de la Caraïbe à l’hôtel Creole Beach au Gosier (Guadeloupe) lui a été consacrée en 2015. Eh, Oui ! Les Créoles forment une diaspora vieille de quatre siècles… et même plus, puisqu’ils sont nés de la rencontre des langues et des peuples. Les lieux que nous habitons sont « meublés d’odeurs, de goûts, d’un talisman, d’un nom » (Anne Michaels), ils sont devenus nos patries intimes. Réciproquement, ce que nous appelons mon pays peut aujourd’hui devenir la patrie d’un autre, étrange étranger, qui n’a apparemment rien à 1. Lautréamont, un poète créole pour le XXIe siècle, in Métaspora. Essai sur les patries intimes, Joël Des Rosiers, Triptyque, 2013
Hélène Bléhaut, Sanba Arena, Crayon de couleur, 2017
DO KRE I S
DO KRE I S
Editorial Evains Wêche
P
roduits sociaux de la faculté du langage et ensemble de conventions nécessaires, adoptées par le corps social pour permettre l’exercice de cette faculté chez les individus (Saussure), les langues rapprochent les hommes, tout comme les passions avant elles. Sur les plantations, dans les mines, dans les ateliers, maîtres et esclaves ont dû communiquer, mais c’est en voulant se rapprocher de ses pairs que l’esclave a inventé le créole. Et depuis, toutes les fois qu’un homme ‘’prend langue’’ avec un homme en embrassant à pleine bouche les mots de l’autre, il crée créole. Le créole est la preuve que la diversité est féconde et que le salut des égarés n’est possible que dans cet ensemencement des lieux que l’écrivain Haïtien-Québécois Joël Des Rosiers appelle métaspora. Ainsi, les cultures créoles ont toutes les langues du monde pour s’exprimer. Et pour répondre à ceux qui lui demandent pourquoi elle n’écrit pas en créole, Emmelie Prophète souligne dans une entrevue inédite : on écrit dans la langue qu’on a appris à lire. Comme l’a bien compris le mouvement de la Créolité, il faut désaliéner (sens phénoménologique du terme) le créole, comme il a fallu désaliéner le nègre (Peau noire et masques blancs, Frantz Fanon, 1952). S’il existe une sensibilité créole, propre aux cultures de peuples, pour la plupart d’anciens colonisés, ayant forgé une langue au creuset de celle de l’envahisseur (dans notre cas le français) et de celles des colonisés (marcorix ou autres langues autochtones, fon ou autres langues africaines, espagnol, français, anglais, ou autres langues européennes), s’il existe une vision du monde créole, s’il existe une esthétique créole, s’il existe une vérité intérieure, une conscience commune créole, nous pouvons l’exprimer dans la langue qui nous convient le mieux, puisque les langues n’ont pas de peuple, ce sont les patries de tous. Les cultures sont beaucoup plus définies par leurs langages que par leurs langues. Ainsi Joël Des Rosiers découvre en Lautréamont, un poète Créole (personne de race blanche, née dans les pays tropicaux à colonisation européenne et esclavage africain1)! Ce qui nous amène à nous demander qu’est-ce qu’un Créole aujourd’hui ? Suffit-il de parler créole ? Suffit-il d’avoir pris naissance dans une ancienne colonie tropicale et d’avoir été nourri de cultures créoles ? En quoi Magloire St-Aude est-il un poète Créole ? Qu’est-ce qu’un artiste Créole ? Au-delà des problèmes de (re)définition du Créole, donc d’identité, persiste une constante : le créole naît de la rencontre. Donc, si je suis Créole par hasard, je peux aussi le devenir par choix. Proposons au monde cette alternative : devenir Créole ; illustrons-la sans être frappés d’exotisme ni de folklorisme, sans être aliénés. Car nous croyons, avec Hannah Arendt, que « le monde n’est pas humain pour avoir été fait par des hommes, il ne devient pas humain parce que la voix humaine y résonne, mais seulement lorsqu’il est devenu objet de dialogue » (Vies politiques, 1974). Et parce que, comme le souligne Glissant, les cultures créoles sont nées de la Traite, le premier numéro de la revue tourne autour de la thématique du Voyage. Les hommes ont toujours voyagé. Cette thématique a été mille et mille fois débattue, il est vrai. La 4ème édition du Congrès des Écrivains de la Caraïbe à l’hôtel Creole Beach au Gosier (Guadeloupe) lui a été consacrée en 2015. Eh, Oui ! Les Créoles forment une diaspora vieille de quatre siècles… et même plus, puisqu’ils sont nés de la rencontre des langues et des peuples. Les lieux que nous habitons sont « meublés d’odeurs, de goûts, d’un talisman, d’un nom » (Anne Michaels), ils sont devenus nos patries intimes. Réciproquement, ce que nous appelons mon pays peut aujourd’hui devenir la patrie d’un autre, étrange étranger, qui n’a apparemment rien à 1. Lautréamont, un poète créole pour le XXIe siècle, in Métaspora. Essai sur les patries intimes, Joël Des Rosiers, Triptyque, 2013
Hélène Bléhaut, Sanba Arena, Crayon de couleur, 2017
DO KRE I S
DO KRE I S
voir avec nous. Haïti est aujourd’hui beaucoup plus un symbole pour le monde qu’une patrie pour bon nombre d’Haïtiens… qui semblent vouloir le fuir comme la peste et s’échouer par tous les moyens dans les aéroports américains (Brésil, Canada, Chili, États-Unis, Équateur, Mexique, etc.) Parlant de voyage, instinctivement nous pensons à l’Iliade et à l’Odyssée d’Homère, c’est-à-dire à ceux qui partent de chez eux et à ceux qui reviennent vers l’alma mater. Qu’en est-il de ceux qui nous viennent sous forme de missions spéciales de l’ONU (MINUSTAH), de professionnels de l’humanitaire (ONG) accourus à nos chevets, d’experts coopérants, « spécialistes de l’expertise, comme ils disent » (Jean d’Amérique) qui se proposent de renforcer nos capacités en gouvernance de système public, ou tout simplement de touristes en mal de sensations fortes et de dépaysement, et qui vont se mêler à nous, nous brasser, embrasser, nous embarrasser ? On oublie souvent que les gens habitent quelque part… Et parce que le voyage déplace l’espace et le temps, parce que sur la route on se révèle (à) soi-même, parce qu’un imaginaire du monde peut être très lié à l’immobilité, à sa digestion (Chamoiseau), le premier numéro de la revue DO KRE I S met en route une mécanique pour tenter de capter le côté créole du monde et le faire voyager. DO KRE I S se veut une plateforme permettant aux créateurs et scientifiques des cultures créoles de se
regarder, de se découvrir singuliers ou pareils, donc humains. Comme le jeu qui consiste à lancer et attraper un osselet en alignant et en ramassant à l’aveuglette quatre autres osselets lancés comme des dés au sol, nous proposons au lecteur un cheminement, le squelette de la revue. DO : comme dominos. Jeu d’idées qui se suivent de manière logique. Ici, le réel exploré (observé, expérimenté), étalé sur le dos dans des articles qui proposent un voyage à travers l’art contemporain d’Haïti. D’abord la question de l’autorité discursive sur cet art, puis l’exploration de certains mouvements comme Atis Rezistans, le réalisme merveilleux... KRE : parce qu’il faut creuser pour créer, même à partir du vide, du creux. Là, invitation au voyage au bout de l’imaginaire, où le réel perd pied et s’éclate en de nouvelles humanités dans des œuvres de fiction venues du monde entier. Ici et là quelques articles pour une nouvelle cosmogonie contemporaine valorisant mieux « ce lien de sang, de parenté et d’énergie » qui hante le Centre et la périphérie, les villes et les pays-en-dehors, lien que l’on pourrait retrouver aussi entre les pays développés et les pays dits en voie de développement, le Nord et le Sud, pour une nouvelle définition de la géopolitique du monde afin de sortir du chaos. I : comme dans Illustres. Portraits et entretiens de personnalités créoles les unes plus illustres que les autres : Antonio Joseph, le premier étudiant du mythique Centre d’Art de Port-au-Prince; Tessa Mars, maître du Mix Media; Mélanie Pérès, nouvelle voix mauricienne; Yannick Durhone, le street art comme une façon d’apprécier le lieu que nous habitons; Amanacer, hantée par Agwe. Et comme les petits brasseurs de la ville sont souvent plus illustres que les grands, Kolektif 2D donne à voir des photos très claires de nos compatriotes buscando la vida en République dominicaine, comme quoi entre partir et rester : problèmes. S : comme une marque du pluriel dans beaucoup de langues. Parce que nous sommes légion et qu’il faut un peu de tout pour faire un monde, vous y trouverez des notes de lecture, des récits de voyage, des comptesrendus d’évènements réalisés dans des régions créolophones du monde, des travaux sur les créoles et leurs expressions, etc. Si la voix de Karl Bègue s’élève pour une poésie créole à la Réunion, en Haïti celle de Manno Ejèn tente d’en définir les contours enroulés… DO KRE I S, les quatre faces de l’osselet autour duquel fléchit et s’étend le membre de la plupart des mammifères à quatre pattes. DO KRE I S, organe international charnière des cultures créoles.
Le créole témoigne à sa manière de l’humaine condition. Écoutons-le.
Frontières © K2D
DO KRE I S
DO KRE I S
voir avec nous. Haïti est aujourd’hui beaucoup plus un symbole pour le monde qu’une patrie pour bon nombre d’Haïtiens… qui semblent vouloir le fuir comme la peste et s’échouer par tous les moyens dans les aéroports américains (Brésil, Canada, Chili, États-Unis, Équateur, Mexique, etc.) Parlant de voyage, instinctivement nous pensons à l’Iliade et à l’Odyssée d’Homère, c’est-à-dire à ceux qui partent de chez eux et à ceux qui reviennent vers l’alma mater. Qu’en est-il de ceux qui nous viennent sous forme de missions spéciales de l’ONU (MINUSTAH), de professionnels de l’humanitaire (ONG) accourus à nos chevets, d’experts coopérants, « spécialistes de l’expertise, comme ils disent » (Jean d’Amérique) qui se proposent de renforcer nos capacités en gouvernance de système public, ou tout simplement de touristes en mal de sensations fortes et de dépaysement, et qui vont se mêler à nous, nous brasser, embrasser, nous embarrasser ? On oublie souvent que les gens habitent quelque part… Et parce que le voyage déplace l’espace et le temps, parce que sur la route on se révèle (à) soi-même, parce qu’un imaginaire du monde peut être très lié à l’immobilité, à sa digestion (Chamoiseau), le premier numéro de la revue DO KRE I S met en route une mécanique pour tenter de capter le côté créole du monde et le faire voyager. DO KRE I S se veut une plateforme permettant aux créateurs et scientifiques des cultures créoles de se
regarder, de se découvrir singuliers ou pareils, donc humains. Comme le jeu qui consiste à lancer et attraper un osselet en alignant et en ramassant à l’aveuglette quatre autres osselets lancés comme des dés au sol, nous proposons au lecteur un cheminement, le squelette de la revue. DO : comme dominos. Jeu d’idées qui se suivent de manière logique. Ici, le réel exploré (observé, expérimenté), étalé sur le dos dans des articles qui proposent un voyage à travers l’art contemporain d’Haïti. D’abord la question de l’autorité discursive sur cet art, puis l’exploration de certains mouvements comme Atis Rezistans, le réalisme merveilleux... KRE : parce qu’il faut creuser pour créer, même à partir du vide, du creux. Là, invitation au voyage au bout de l’imaginaire, où le réel perd pied et s’éclate en de nouvelles humanités dans des œuvres de fiction venues du monde entier. Ici et là quelques articles pour une nouvelle cosmogonie contemporaine valorisant mieux « ce lien de sang, de parenté et d’énergie » qui hante le Centre et la périphérie, les villes et les pays-en-dehors, lien que l’on pourrait retrouver aussi entre les pays développés et les pays dits en voie de développement, le Nord et le Sud, pour une nouvelle définition de la géopolitique du monde afin de sortir du chaos. I : comme dans Illustres. Portraits et entretiens de personnalités créoles les unes plus illustres que les autres : Antonio Joseph, le premier étudiant du mythique Centre d’Art de Port-au-Prince; Tessa Mars, maître du Mix Media; Mélanie Pérès, nouvelle voix mauricienne; Yannick Durhone, le street art comme une façon d’apprécier le lieu que nous habitons; Amanacer, hantée par Agwe. Et comme les petits brasseurs de la ville sont souvent plus illustres que les grands, Kolektif 2D donne à voir des photos très claires de nos compatriotes buscando la vida en République dominicaine, comme quoi entre partir et rester : problèmes. S : comme une marque du pluriel dans beaucoup de langues. Parce que nous sommes légion et qu’il faut un peu de tout pour faire un monde, vous y trouverez des notes de lecture, des récits de voyage, des comptesrendus d’évènements réalisés dans des régions créolophones du monde, des travaux sur les créoles et leurs expressions, etc. Si la voix de Karl Bègue s’élève pour une poésie créole à la Réunion, en Haïti celle de Manno Ejèn tente d’en définir les contours enroulés… DO KRE I S, les quatre faces de l’osselet autour duquel fléchit et s’étend le membre de la plupart des mammifères à quatre pattes. DO KRE I S, organe international charnière des cultures créoles.
Le créole témoigne à sa manière de l’humaine condition. Écoutons-le.
Frontières © K2D
DO KRE I S
DO KRE I S
SOMMAIRE
135 IL EST TEMPS DE NE PLUS SOURIRE AUX ÉTOILES
110 TESSA MARS
136 SI LOIN
132 SANPEK DE PATYATANN
142 WA SE KOUZEN M
138 LA KWIZINN LONTAN DE NOËL CHELVAN
145 PTI VWAYAZ
148 ANTONIO JOSEPH
146 ENKANTASYON
166 JOËL NANKIN
147 KREÒL
176 FRONTIÈRE(S)
Jean Erian Samson
Le Centre d’Art
Watson Charles
Jacques Achille
Christine Lucain
Jean Euphele Milcé
DO
Magie-Faure Vidot
10 RÉCITS DE LUTTES DE CLASSES
Comment commissaires et chercheurs “blancs’’ font autorité en ce qui a trait au discours sur l’art contemporain haïtien David Frohnapfel
36 LE CENTRE D’ART :
HISTOIRE ET RENAISSANCE Le Centre d’art, institution de référence pour les arts plastiques haïtiens depuis 1944
46 LAGÉ
66 LE RÉALISME MERVEILLEUX
Point de rencontre ou point d’achoppement, voyage au cœur de l’esthétique haïtienne. Sterlin Ulysse
82 DU MUSÉE AU COLLECTIF PLURIBUS UNUM ATIS REZISTANS Genèse et contradictions
47 KORAY
DOMINICANIE : ABSENCE ET DISCRIMINATION Léo D. Pizo Bien-Aimé
120 GASPIYAJ KI GENYEN NAN BLOKIS Stevens Azima
60 A BO DI
186 CARNET DES CHEMINS À LA SOURCE DE KREYOLOMOUNN
Nicolas Christopher Babet
KRE 21 FOLI PATI SE RÈV
Léo D. Pizo Bien-Aimé
26 PORTFOLIO PORTRAITS Umar Timol
35
LE TEMPS VAGABOND Sophie Boisson
40 ANTANANARIVO PORT-AU-PRINCE PAR LA LIGNE FIERTÉ D’HAÏTI Johary Ravaloson
45 LEKTÈ
Inéma Jeudi
191 KÉVENS PRÉVARIS
155 LÒT FAS PÒTOPRENS
196 NOU PRAN LARI A
Samuel Frantz Suffren
61 LES ANNEAUX D’ERZULIE
Karl Bègue
Jean d’Amérique
170 L’HOMME QUI MARCHE
75 LO PROMIÉ FOI KE MWIN LA VAVANG DANN
Arnaud Delcorte
PORT-AU-PRINCE MWIN TÉ SAMBOULÉ !
173 KOUT JE
Lolita Monga
Lovelie Milfleur
77 SOUVENIR MON LETAN YER
180 VWAYAZ
Georgette Larue
Venida Marcel
86 JEWÒM
181
Jean Dany Joa chim
89 YON SÈL MANMAN YON SÈL PITIT
106
LE GUIDE
IL EST INDIEN NOTRE OCÉAN, MAIS PAS SEULEMENT… Catherine Panot
Evelyne Trouillot
98
194 NOU INM FÉ RI LA BOUSH André Robèr
Suzanne Dracius
200 RUMEUR DE LA PIERRE Fred Edson Lafortune
Frankétienne
202 ÉLOGE DE LA PÉRIPHÉRIE Jack Beng-Thi
Catherine Boudet
115 ELEVENTH BRIDGE Guy Régis Junior
118 ET AINSI VOUS REJOINDRE Lisa Ducasse
I 32 MÉLANIE PÉRÈS Khalid Atchia
Yasmyn Camier
EMILY BAUMAN “AMANACER” Syndia Messalah Louis
128 SOMIN LANNUIT
78 YANNICK DURHONE
131 LE MONTREUR D’IMAGES
94 DORY SÉLÈSPRIKA
Cati Roman
59 IDÉES, IDENTITÉS ET ENJEUX
DANS LES LITTÉRATURES FRANCOPHONES INSULAIRES ET ARCHIPÉLIQUES Károly Sándor Pallai Note de lecture :
92 ANALYSE DE L’IDENTITÉ DANS LA POÉSIE SEYCHELLOISE CONTEMPORAINE
Károly Sándor Pallai Note de lecture:
Michel Ducasse
54
Bernard Grondin
Bergson Cardiff Laguerre
KREOL MORISIEN DE L’ALBATROS DE CHARLES BAUDELAIRE
126
Marie Flora Ben David
LES MOTS DU FRANÇAIS DANS SON CRIBLE MORPHOLOGIQUE
125 ZWAZO ALBATWÒS, TRADUCTION EN
51 JOSÉ MARIE-ROSE
ANT LESYEL EK LATER
48 QUAND LE CRÉOLE HAÏTIEN PASSE
Manno Ejèn
119 KÉNIA
Teddy Iafare-Gangama
S
113 SE KISA PWEZI ANWOULE YE?
109 POU OU
Guy-Gérald Ménard
Darline Gilles
157 MI RÈV IN WAYAZ
65 RÉCIT DES ÉTALS
MÛR À CREVER
Autoportrait
Illéus Papillon
Jean Marie Théodat
97
Kolektif 2D
150 RITYÈL POU YON INISYE, PORTFOLIO
Yv-Mari Séraline
MOUN LE SID
Yasmyn Camier
Nicolas Robert
Guy-Gérald Ménard
Barbara Prézeau Stephenson
100 L’EXPÉRIENCE DES MIGRANTS HAÏTIENS EN
James Noël
TiMalo
Louise Perrichon Jean
Le Centre d’Art
Jacques Achille
Yasmyn Camier
158 UNE POÉSIE CRÉOLE Karl Bègue
174 YON CHAWONY, TRADUCTION D’UNE
CHAROGNE DE CHARLES BAUDELAIRE Junior Borgella
183 PASSAGES
Émile Ollivier Note de lecture : Dieulermesson Petit Frère
DO KRE I S
DO KRE I S
SOMMAIRE
135 IL EST TEMPS DE NE PLUS SOURIRE AUX ÉTOILES
110 TESSA MARS
136 SI LOIN
132 SANPEK DE PATYATANN
142 WA SE KOUZEN M
138 LA KWIZINN LONTAN DE NOËL CHELVAN
145 PTI VWAYAZ
148 ANTONIO JOSEPH
146 ENKANTASYON
166 JOËL NANKIN
147 KREÒL
176 FRONTIÈRE(S)
Jean Erian Samson
Le Centre d’Art
Watson Charles
Jacques Achille
Christine Lucain
Jean Euphele Milcé
DO
Magie-Faure Vidot
10 RÉCITS DE LUTTES DE CLASSES
Comment commissaires et chercheurs “blancs’’ font autorité en ce qui a trait au discours sur l’art contemporain haïtien David Frohnapfel
36 LE CENTRE D’ART :
HISTOIRE ET RENAISSANCE Le Centre d’art, institution de référence pour les arts plastiques haïtiens depuis 1944
46 LAGÉ
66 LE RÉALISME MERVEILLEUX
Point de rencontre ou point d’achoppement, voyage au cœur de l’esthétique haïtienne. Sterlin Ulysse
82 DU MUSÉE AU COLLECTIF PLURIBUS UNUM ATIS REZISTANS Genèse et contradictions
47 KORAY
DOMINICANIE : ABSENCE ET DISCRIMINATION Léo D. Pizo Bien-Aimé
120 GASPIYAJ KI GENYEN NAN BLOKIS Stevens Azima
60 A BO DI
186 CARNET DES CHEMINS À LA SOURCE DE KREYOLOMOUNN
Nicolas Christopher Babet
KRE 21 FOLI PATI SE RÈV
Léo D. Pizo Bien-Aimé
26 PORTFOLIO PORTRAITS Umar Timol
35
LE TEMPS VAGABOND Sophie Boisson
40 ANTANANARIVO PORT-AU-PRINCE PAR LA LIGNE FIERTÉ D’HAÏTI Johary Ravaloson
45 LEKTÈ
Inéma Jeudi
191 KÉVENS PRÉVARIS
155 LÒT FAS PÒTOPRENS
196 NOU PRAN LARI A
Samuel Frantz Suffren
61 LES ANNEAUX D’ERZULIE
Karl Bègue
Jean d’Amérique
170 L’HOMME QUI MARCHE
75 LO PROMIÉ FOI KE MWIN LA VAVANG DANN
Arnaud Delcorte
PORT-AU-PRINCE MWIN TÉ SAMBOULÉ !
173 KOUT JE
Lolita Monga
Lovelie Milfleur
77 SOUVENIR MON LETAN YER
180 VWAYAZ
Georgette Larue
Venida Marcel
86 JEWÒM
181
Jean Dany Joa chim
89 YON SÈL MANMAN YON SÈL PITIT
106
LE GUIDE
IL EST INDIEN NOTRE OCÉAN, MAIS PAS SEULEMENT… Catherine Panot
Evelyne Trouillot
98
194 NOU INM FÉ RI LA BOUSH André Robèr
Suzanne Dracius
200 RUMEUR DE LA PIERRE Fred Edson Lafortune
Frankétienne
202 ÉLOGE DE LA PÉRIPHÉRIE Jack Beng-Thi
Catherine Boudet
115 ELEVENTH BRIDGE Guy Régis Junior
118 ET AINSI VOUS REJOINDRE Lisa Ducasse
I 32 MÉLANIE PÉRÈS Khalid Atchia
Yasmyn Camier
EMILY BAUMAN “AMANACER” Syndia Messalah Louis
128 SOMIN LANNUIT
78 YANNICK DURHONE
131 LE MONTREUR D’IMAGES
94 DORY SÉLÈSPRIKA
Cati Roman
59 IDÉES, IDENTITÉS ET ENJEUX
DANS LES LITTÉRATURES FRANCOPHONES INSULAIRES ET ARCHIPÉLIQUES Károly Sándor Pallai Note de lecture :
92 ANALYSE DE L’IDENTITÉ DANS LA POÉSIE SEYCHELLOISE CONTEMPORAINE
Károly Sándor Pallai Note de lecture:
Michel Ducasse
54
Bernard Grondin
Bergson Cardiff Laguerre
KREOL MORISIEN DE L’ALBATROS DE CHARLES BAUDELAIRE
126
Marie Flora Ben David
LES MOTS DU FRANÇAIS DANS SON CRIBLE MORPHOLOGIQUE
125 ZWAZO ALBATWÒS, TRADUCTION EN
51 JOSÉ MARIE-ROSE
ANT LESYEL EK LATER
48 QUAND LE CRÉOLE HAÏTIEN PASSE
Manno Ejèn
119 KÉNIA
Teddy Iafare-Gangama
S
113 SE KISA PWEZI ANWOULE YE?
109 POU OU
Guy-Gérald Ménard
Darline Gilles
157 MI RÈV IN WAYAZ
65 RÉCIT DES ÉTALS
MÛR À CREVER
Autoportrait
Illéus Papillon
Jean Marie Théodat
97
Kolektif 2D
150 RITYÈL POU YON INISYE, PORTFOLIO
Yv-Mari Séraline
MOUN LE SID
Yasmyn Camier
Nicolas Robert
Guy-Gérald Ménard
Barbara Prézeau Stephenson
100 L’EXPÉRIENCE DES MIGRANTS HAÏTIENS EN
James Noël
TiMalo
Louise Perrichon Jean
Le Centre d’Art
Jacques Achille
Yasmyn Camier
158 UNE POÉSIE CRÉOLE Karl Bègue
174 YON CHAWONY, TRADUCTION D’UNE
CHAROGNE DE CHARLES BAUDELAIRE Junior Borgella
183 PASSAGES
Émile Ollivier Note de lecture : Dieulermesson Petit Frère
11
10
RÉCITS DE LUTTES DE CLASSES David Frohnapfel
Comment commissaires et chercheurs “blancs’’ font autorité en ce qui a trait au discours sur l’art contemporain haïtien
L
es chercheurs européens, lorsqu’ils parlent d’Haïti en tant que blancs1, semblent toujours avoir deux réactions, différentes mais très liées. La première peut être résumée par les félicitations qu’ils reçoivent, telles que: “Waouh, vous avez vraiment vécu dans un pays dangereux comme Haïti pendant un an ?’’, “Je trouve splendide que vous travailliez sur l’art créé par les pauvres habitant dans les villes !” Les chercheurs, les artistes, les commissaires européens peuvent acquérir un capital symbolique immense par la seule décision de voyager en Haïti et de travailler sur les com1. Je n’utilise pas les termes “blanc’’ et “noir’’ comme des catégories biologiques mais comme des concepts culturels et politiques. Pour faciliter la lecture du texte, j’ai décidé de ne pas écrire ces termes à chaque fois avec des guillemets. Gloria Wekker, citant Ruth Frankenberg décrit la blancheur comme faisant référence à « un ensemble d’endroits qui sont historiquement, socialement, politiquement, et culturellement, produits, et, sont par ailleurs intrinsèquement liés à des relations de dominations dévoilées. La dénomination « blancheur » le déplace du statut non marqué et non nommé qui est en soi un effet de domination. » Wekker, Gloria: White Innocence: Paradoxes of Colonialism and Race, Durham and London: Duke University Press, 2016, p. 24.
Jean Francisco Silva, Atitude Gratitude, Acrylique sur toile, 24 x 30’’ / Photo © Pierre André Gilles
munautés noires marginalisées vivant dans la pauvreté. Certains chercheurs et commissaires encouragent activement ces récits héroïques. Le commissaire Donald Consentino par exemple décrit ses “expéditions’’ dans le marché touristique “Mache an fè’’ (Marché en fer) dans les termes suivants: To find [the artist] Pierrot Barra, you must elbow and shove your way into the Iron Market. These artists keep their shop deep inside this century-old marketplace, an infernal warren of stalls and ateliers covered by a wrought iron shed all tarted up with faux minarets and turrets, like a Disney version of Arabian Nights. Similarities with Fantasia end there however, since this castle of Haïtian commerce is located in the mud, filth and choking exhaust
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RÉCITS DE LUTTES DE CLASSES David Frohnapfel
Comment commissaires et chercheurs “blancs’’ font autorité en ce qui a trait au discours sur l’art contemporain haïtien
L
es chercheurs européens, lorsqu’ils parlent d’Haïti en tant que blancs1, semblent toujours avoir deux réactions, différentes mais très liées. La première peut être résumée par les félicitations qu’ils reçoivent, telles que: “Waouh, vous avez vraiment vécu dans un pays dangereux comme Haïti pendant un an ?’’, “Je trouve splendide que vous travailliez sur l’art créé par les pauvres habitant dans les villes !” Les chercheurs, les artistes, les commissaires européens peuvent acquérir un capital symbolique immense par la seule décision de voyager en Haïti et de travailler sur les com1. Je n’utilise pas les termes “blanc’’ et “noir’’ comme des catégories biologiques mais comme des concepts culturels et politiques. Pour faciliter la lecture du texte, j’ai décidé de ne pas écrire ces termes à chaque fois avec des guillemets. Gloria Wekker, citant Ruth Frankenberg décrit la blancheur comme faisant référence à « un ensemble d’endroits qui sont historiquement, socialement, politiquement, et culturellement, produits, et, sont par ailleurs intrinsèquement liés à des relations de dominations dévoilées. La dénomination « blancheur » le déplace du statut non marqué et non nommé qui est en soi un effet de domination. » Wekker, Gloria: White Innocence: Paradoxes of Colonialism and Race, Durham and London: Duke University Press, 2016, p. 24.
Jean Francisco Silva, Atitude Gratitude, Acrylique sur toile, 24 x 30’’ / Photo © Pierre André Gilles
munautés noires marginalisées vivant dans la pauvreté. Certains chercheurs et commissaires encouragent activement ces récits héroïques. Le commissaire Donald Consentino par exemple décrit ses “expéditions’’ dans le marché touristique “Mache an fè’’ (Marché en fer) dans les termes suivants: To find [the artist] Pierrot Barra, you must elbow and shove your way into the Iron Market. These artists keep their shop deep inside this century-old marketplace, an infernal warren of stalls and ateliers covered by a wrought iron shed all tarted up with faux minarets and turrets, like a Disney version of Arabian Nights. Similarities with Fantasia end there however, since this castle of Haïtian commerce is located in the mud, filth and choking exhaust
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Haïti est une idée. Une idée qui déclenche de fortes réactions émotionnelles. En tant qu’une des îles révolutionnaires de la région de la Caraïbe, l’idée d’Haïti constitue à la fois (1) une Mecque décoloniale de la résistance noire, (2) l’ultime incarnation de la victimisation du Tiers-Monde, (3) une île magique pleine d’une Altérité nostalgique, exotique et spirituelle. Colin Dayan décrit le La description de ce voyage au paradis ou processus qui a figé Haïti en une perception métaen enfer fait de Cosentino un héros de la myphorique3. Haïti en tant que métaphore oscille entre thologie grecque tel Orphée et illustre bien la deux pôles différents, mais intimement liés: (1) le dimension affective de l’engouement explorateur dénigrement et (2) l’idéalisation4. Ces deux points des commissaires visitant l’univers “subalterne’’ de vue ont en commun le fait qu’Haïti est pris dans haïtien. La quête de nouveaux talents artistiques son sens métaphorique à travers un processus de sublimation. Dayan explique plus loin “Nous devrions nous rappeler que les La quête de nouveaux talents deux processus, le dénigrement comme artistiques au Marché en fer devient l’idéalisation, déplacent l’élément humain.’’5 Mon principal sujet d’étude, les un récit héroïque de découverte artistes haïtiens de la récupération Atis Rezistans, ne se présentent généralement pour les commissaires suffisamment pas comme des créateurs individuels mais, braves pour pénétrer l’infernal. je le soutiens, s’inscrivent pleinement dans le prolongement du statut métaphoriau Marché en Fer devient le récit héroïque d’une que d’Haïti. Dans cette démarche, ils oscillent découverte pour les commissaires suffisamment entre les trois positions: (1) des résistants révolubraves pour pénétrer l’infernal “Paris des gouttionnaires décoloniaux, (2) des victimes d’un ordre tières’’ et ramener à la lumière, de nouveaux tanéolibéral agressif, et (3) une Altérité exotique lents artistiques “subalternes”. Mais ce point de et socio-économique. Atis Rezistans, en tant que vue a aussi un inconvénient. Haïti, constamment victime de l’ordre mondial capitaliste doit être présenté comme un État extrêmement pauvre, sauvé, en tant que groupe de combattants “subalvictime et affaibli, peut aussi jeter une suspicion ternes” de la résistance, doit être célébré, et en tant morale sur les chercheurs et les curateurs travailqu’Altérité exotique et socio-économique, doit être lant sur l’art haïtien – en effet produit par une des préservé avec attention de la menace constante de communautés noires les plus vulnérables. Cette l’assimilation occidentale afin de demeurer une suspicion morale peut amener dans une autre diAltérité “authentique’’. rection qui se traduit par les questions suivantes: L’histoire d’Atis Rezistans est généralement “Ne pensez-vous pas qu’il est très égoïste de votre racontée dans les présentations d’expositions, en part d’utiliser les histoires de personnes vivant mettant l’emphase sur leur situation socio-économique au profit de votre carrière académique?” “Est-ce en tant que groupe d’artistes vivant et travaillant qu’un chercheur privilégié blanc devrait vraiment dans un bidonville en Haïti. Les textes d’histoire travailler sur Haïti?’’ “Qu’en est-il de la hiérarchie de l’art que l’on trouve généralement peuvent qui existe entre vous et vos informateurs?’’ être résumés ainsi: ces artistes vivent dans une pauvreté abjecte dans un bidonville en Haïti; ils recyclent chaque jour des détritus qu’ils trans2. Pour trouver (l’artiste) Pierrot Barra, il faut vous frayer un chemin dans le Marché forment en œuvres d’art et sont inspirés par la en Fer. Ces artistes tiennent leurs étalages dans les profondeurs de ce marché centenaire, of downtown Port-au-Prince, a ramshackle city once described by a disgruntled visitor as the ‘Paris of the gutter’. Depending on your sensitivity to heat, light, touch, noise and smell – on whether these sensations, pushed to an extreme, excite or frighten you – a descent into the Iron Market is a trip to heaven or to hell.2
un labyrinthe infernal fait de halles et d’entrepôts couverts par un toit de tôle, orné de faux minarets et de tourelles, comme dans une version Disney des Milles et une nuits. Les ressemblances avec Fantasia s’arrêtent là, car ce château du commerce haïtien se loge dans la boue, la saleté et les effluves suffocantes du centre-ville de Port-au-Prince, une ville délabrée autrefois décrite par un visiteur mécontent comme le “Paris des gouttières“. Selon votre sensibilité à la chaleur, à la lumière, au toucher, au bruit et aux odeurs, et selon la manière avec laquelle ces sensations, poussées à l’extrême, vous excitent ou vous effraient, une descente au Marché en Fer est un voyage au paradis ou en enfer.
3. Dayan, Colin: What is a Metaphor a Metaphor for? Blog The Immanent Frame, 2010, http://blogs.ssrc.org/tif/2010/03/24/a-metaphor-for/. Last Accessed May 24, 2016. 4. Ibid. 5. Ibid.
religion vodou. Du fait de cette situation sociale marginale, les artistes ont toujours été perçus, à tort, comme isolés des réseaux établis de l’art contemporain de Port-au-Prince. Cependant, depuis le début des années 2000, la commissaire, artiste et critique d’art Haïtienne, Barbara Prézeau Stephenson et son institution d’art contemporain basée à Port-au-Prince, la Fondation AfricAméricA, ont aidé les membres d’Atis Rezistans à se connecter rapidement avec le réseau déjà existant des acteurs de l’art de Port-au-Prince. Mais l’importance du dialogue artistique entre les différentes classes dans le développement de l’art contemporain en Haïti est systématiquement réduit à un encart ou à une note de bas de page, dès lors qu’il s’agit de décrire Atis Rezistans dans les travaux académiques. Mon article aborde la question de la politique et préfère étudier l’histoire d’Atis Rezistans sans la contribution de ces structures locales issues des couches sociales élevées, mais en se focalisant plutôt sur leur pratique artistique au sein des créations artistiques du milieu populaire.
révèle un dysfonctionnement préjudiciable7 entre l’auditeur (public occidental) et l’intervenant (l’artiste noir haïtien). Nirmal Purwar décrit dans son ouvrage Space Invaders (2004) comment les individus racialisés des minorités sont fortement instrumentalisés par les institutions occidentales, et comment ceux-ci doivent porter le fardeau de la représentation du groupe entier 8. En tant que minorité “non-blanche” dans le milieu artistique occidental, l’expérience de Benjamin est révélatrice de ce fardeau qu’il doit porter en tant que représentant du “Tout” haïtien. S’il ne représente pas cette minorité correctement, ou au moins en accord avec les idées préjugées, et souvent stéréotypées de ce groupe social, il produit, je le soutiens, un “dysfonctionnement préjudiciable”9 et perd son crédit de sachant. La philosophe féministe Miranda Fricker montre dans son livre Epistemic Injustice (2008) que les paroles des minorités peuvent être écartées par les pratiques de ce qu’elles désignent par marginalisa-
Le dysfonctionnement préjudiciable
INJUSTICE ÉPISTÉMIQUE DANS LE montre que la perception de l’art MILIEU ARTISTIQUE PORT-AU-PRINCIEN Le plasticien et peintre Mario Benjamin haïtien est entièrement liée à ce que m’a décrit, lors d’une interview, son exGloria Wekker a dénommé périence en tant qu’artiste et commissaire d’expositions travaillant dans le le bon sens racialisé système occidental depuis les années 1990, avec les mots suivants: “ une fois tion épistémique. Elle fait une lecture épistémoloque les liens avec la pauvreté et le vodou sont gique qu’elle mêle à l’éthique et explique que la mis de côté, le public et les commissaires d’exmarginalisation épistémique s’opère lorsque le positions occidentaux commencent à être mal à préjugé de l’auditeur rend une personne “spécifil’aise et même suspicieux. Ils semblent ressentir quement inapte quant à ses capacités de témoin’’. une profonde déception vis-à-vis de la production Si un locuteur ne donne pas à voir l’idée spécifique artistique haïtienne qui ne colle pas avec leur idée 6 préconçue et préjugée de son interlocuteur, cette préconçue de ce qu’est Haïti.’’ A plusieurs reprises situation produira rapidement un dysfonctionneau cours de mes recherches en Haïti, j’ai pu réaliment épistémique. Cela entraînera un excès de ser à quel point la classe sociale d’où provenaient crédibilité ou un déficit de crédibilité. Aller à l’endes artistes et des curateurs haïtiens est explicitecontre de l’idée préconçue, préjugée, de ce qu’est ment “utilisée” par les commissaires occidentaux, réellement l’art haïtien, peut facilement générer les universitaires et les expatriés vivant en Haïti, un déficit de crédibilité et donc de la déception. pour diminuer leur crédibilité en tant qu’artistes Miranda Fricker explique plus loin sa thèse: haïtiens. Si Mario Benjamin ne colle pas au préjugé selon lequel la majorité des artistes haïtiens sont 7. Fricker, Miranda: Epistemic Injustice: Power & the Ethics of Knowing, Oxford: Oxford pauvres et marginalisés, il s’ensuit une profonde University Press, 2007, p. 20. déception vis-à-vis de son œuvre. Cette déception 8. Puwar, Nirmal: Space Invaders: Race, Gender and Bodies Out of Place, Oxford and New York 2004, p. 62.
6. Benjamin, Mario (February 2014): transcript of recorded interview conducted in English in Port-au-Prince.
9. Fricker, Miranda: Epistemic Injustice: Power & the Ethics of Knowing, Oxford: Oxford University Press, 2007, p. 20.
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Haïti est une idée. Une idée qui déclenche de fortes réactions émotionnelles. En tant qu’une des îles révolutionnaires de la région de la Caraïbe, l’idée d’Haïti constitue à la fois (1) une Mecque décoloniale de la résistance noire, (2) l’ultime incarnation de la victimisation du Tiers-Monde, (3) une île magique pleine d’une Altérité nostalgique, exotique et spirituelle. Colin Dayan décrit le La description de ce voyage au paradis ou processus qui a figé Haïti en une perception métaen enfer fait de Cosentino un héros de la myphorique3. Haïti en tant que métaphore oscille entre thologie grecque tel Orphée et illustre bien la deux pôles différents, mais intimement liés: (1) le dimension affective de l’engouement explorateur dénigrement et (2) l’idéalisation4. Ces deux points des commissaires visitant l’univers “subalterne’’ de vue ont en commun le fait qu’Haïti est pris dans haïtien. La quête de nouveaux talents artistiques son sens métaphorique à travers un processus de sublimation. Dayan explique plus loin “Nous devrions nous rappeler que les La quête de nouveaux talents deux processus, le dénigrement comme artistiques au Marché en fer devient l’idéalisation, déplacent l’élément humain.’’5 Mon principal sujet d’étude, les un récit héroïque de découverte artistes haïtiens de la récupération Atis Rezistans, ne se présentent généralement pour les commissaires suffisamment pas comme des créateurs individuels mais, braves pour pénétrer l’infernal. je le soutiens, s’inscrivent pleinement dans le prolongement du statut métaphoriau Marché en Fer devient le récit héroïque d’une que d’Haïti. Dans cette démarche, ils oscillent découverte pour les commissaires suffisamment entre les trois positions: (1) des résistants révolubraves pour pénétrer l’infernal “Paris des gouttionnaires décoloniaux, (2) des victimes d’un ordre tières’’ et ramener à la lumière, de nouveaux tanéolibéral agressif, et (3) une Altérité exotique lents artistiques “subalternes”. Mais ce point de et socio-économique. Atis Rezistans, en tant que vue a aussi un inconvénient. Haïti, constamment victime de l’ordre mondial capitaliste doit être présenté comme un État extrêmement pauvre, sauvé, en tant que groupe de combattants “subalvictime et affaibli, peut aussi jeter une suspicion ternes” de la résistance, doit être célébré, et en tant morale sur les chercheurs et les curateurs travailqu’Altérité exotique et socio-économique, doit être lant sur l’art haïtien – en effet produit par une des préservé avec attention de la menace constante de communautés noires les plus vulnérables. Cette l’assimilation occidentale afin de demeurer une suspicion morale peut amener dans une autre diAltérité “authentique’’. rection qui se traduit par les questions suivantes: L’histoire d’Atis Rezistans est généralement “Ne pensez-vous pas qu’il est très égoïste de votre racontée dans les présentations d’expositions, en part d’utiliser les histoires de personnes vivant mettant l’emphase sur leur situation socio-économique au profit de votre carrière académique?” “Est-ce en tant que groupe d’artistes vivant et travaillant qu’un chercheur privilégié blanc devrait vraiment dans un bidonville en Haïti. Les textes d’histoire travailler sur Haïti?’’ “Qu’en est-il de la hiérarchie de l’art que l’on trouve généralement peuvent qui existe entre vous et vos informateurs?’’ être résumés ainsi: ces artistes vivent dans une pauvreté abjecte dans un bidonville en Haïti; ils recyclent chaque jour des détritus qu’ils trans2. Pour trouver (l’artiste) Pierrot Barra, il faut vous frayer un chemin dans le Marché forment en œuvres d’art et sont inspirés par la en Fer. Ces artistes tiennent leurs étalages dans les profondeurs de ce marché centenaire, of downtown Port-au-Prince, a ramshackle city once described by a disgruntled visitor as the ‘Paris of the gutter’. Depending on your sensitivity to heat, light, touch, noise and smell – on whether these sensations, pushed to an extreme, excite or frighten you – a descent into the Iron Market is a trip to heaven or to hell.2
un labyrinthe infernal fait de halles et d’entrepôts couverts par un toit de tôle, orné de faux minarets et de tourelles, comme dans une version Disney des Milles et une nuits. Les ressemblances avec Fantasia s’arrêtent là, car ce château du commerce haïtien se loge dans la boue, la saleté et les effluves suffocantes du centre-ville de Port-au-Prince, une ville délabrée autrefois décrite par un visiteur mécontent comme le “Paris des gouttières“. Selon votre sensibilité à la chaleur, à la lumière, au toucher, au bruit et aux odeurs, et selon la manière avec laquelle ces sensations, poussées à l’extrême, vous excitent ou vous effraient, une descente au Marché en Fer est un voyage au paradis ou en enfer.
3. Dayan, Colin: What is a Metaphor a Metaphor for? Blog The Immanent Frame, 2010, http://blogs.ssrc.org/tif/2010/03/24/a-metaphor-for/. Last Accessed May 24, 2016. 4. Ibid. 5. Ibid.
religion vodou. Du fait de cette situation sociale marginale, les artistes ont toujours été perçus, à tort, comme isolés des réseaux établis de l’art contemporain de Port-au-Prince. Cependant, depuis le début des années 2000, la commissaire, artiste et critique d’art Haïtienne, Barbara Prézeau Stephenson et son institution d’art contemporain basée à Port-au-Prince, la Fondation AfricAméricA, ont aidé les membres d’Atis Rezistans à se connecter rapidement avec le réseau déjà existant des acteurs de l’art de Port-au-Prince. Mais l’importance du dialogue artistique entre les différentes classes dans le développement de l’art contemporain en Haïti est systématiquement réduit à un encart ou à une note de bas de page, dès lors qu’il s’agit de décrire Atis Rezistans dans les travaux académiques. Mon article aborde la question de la politique et préfère étudier l’histoire d’Atis Rezistans sans la contribution de ces structures locales issues des couches sociales élevées, mais en se focalisant plutôt sur leur pratique artistique au sein des créations artistiques du milieu populaire.
révèle un dysfonctionnement préjudiciable7 entre l’auditeur (public occidental) et l’intervenant (l’artiste noir haïtien). Nirmal Purwar décrit dans son ouvrage Space Invaders (2004) comment les individus racialisés des minorités sont fortement instrumentalisés par les institutions occidentales, et comment ceux-ci doivent porter le fardeau de la représentation du groupe entier 8. En tant que minorité “non-blanche” dans le milieu artistique occidental, l’expérience de Benjamin est révélatrice de ce fardeau qu’il doit porter en tant que représentant du “Tout” haïtien. S’il ne représente pas cette minorité correctement, ou au moins en accord avec les idées préjugées, et souvent stéréotypées de ce groupe social, il produit, je le soutiens, un “dysfonctionnement préjudiciable”9 et perd son crédit de sachant. La philosophe féministe Miranda Fricker montre dans son livre Epistemic Injustice (2008) que les paroles des minorités peuvent être écartées par les pratiques de ce qu’elles désignent par marginalisa-
Le dysfonctionnement préjudiciable
INJUSTICE ÉPISTÉMIQUE DANS LE montre que la perception de l’art MILIEU ARTISTIQUE PORT-AU-PRINCIEN Le plasticien et peintre Mario Benjamin haïtien est entièrement liée à ce que m’a décrit, lors d’une interview, son exGloria Wekker a dénommé périence en tant qu’artiste et commissaire d’expositions travaillant dans le le bon sens racialisé système occidental depuis les années 1990, avec les mots suivants: “ une fois tion épistémique. Elle fait une lecture épistémoloque les liens avec la pauvreté et le vodou sont gique qu’elle mêle à l’éthique et explique que la mis de côté, le public et les commissaires d’exmarginalisation épistémique s’opère lorsque le positions occidentaux commencent à être mal à préjugé de l’auditeur rend une personne “spécifil’aise et même suspicieux. Ils semblent ressentir quement inapte quant à ses capacités de témoin’’. une profonde déception vis-à-vis de la production Si un locuteur ne donne pas à voir l’idée spécifique artistique haïtienne qui ne colle pas avec leur idée 6 préconçue et préjugée de son interlocuteur, cette préconçue de ce qu’est Haïti.’’ A plusieurs reprises situation produira rapidement un dysfonctionneau cours de mes recherches en Haïti, j’ai pu réaliment épistémique. Cela entraînera un excès de ser à quel point la classe sociale d’où provenaient crédibilité ou un déficit de crédibilité. Aller à l’endes artistes et des curateurs haïtiens est explicitecontre de l’idée préconçue, préjugée, de ce qu’est ment “utilisée” par les commissaires occidentaux, réellement l’art haïtien, peut facilement générer les universitaires et les expatriés vivant en Haïti, un déficit de crédibilité et donc de la déception. pour diminuer leur crédibilité en tant qu’artistes Miranda Fricker explique plus loin sa thèse: haïtiens. Si Mario Benjamin ne colle pas au préjugé selon lequel la majorité des artistes haïtiens sont 7. Fricker, Miranda: Epistemic Injustice: Power & the Ethics of Knowing, Oxford: Oxford pauvres et marginalisés, il s’ensuit une profonde University Press, 2007, p. 20. déception vis-à-vis de son œuvre. Cette déception 8. Puwar, Nirmal: Space Invaders: Race, Gender and Bodies Out of Place, Oxford and New York 2004, p. 62.
6. Benjamin, Mario (February 2014): transcript of recorded interview conducted in English in Port-au-Prince.
9. Fricker, Miranda: Epistemic Injustice: Power & the Ethics of Knowing, Oxford: Oxford University Press, 2007, p. 20.