HAÏTI : Arguens Jean Mary Barbara Prézeau-Stephenson Bergson Cardiff Laguerre Evains Wêche Florine Demosthène Garnel Innocent Guy-Gérald Ménard Guyodo Hérold Courtois Jean D’Amérique Jean Erian Samson Le Centre d’Art Mafalda Nicolas Mondestin Maksaens Denis Manuel Mathieu Michel Frederic DeGraff Murat Brierre Néhémy Pierre-Dahomey Ralph Allen Rafaël Lucas Sadrac Charles Simil Stanley Péan Sterlin Ulysse Stevenson Mervil Tessa Mars Valérie Noisette Watson Charles Werner Garbers Yves Déjean
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CONTRIBUTEURS
LA REVUE HAÏTIENNE DES CULTURES CRÉOLES
2 MIWA
ÎLE MAURICE : Ennri Kums Guihem Florigny Kovillina Durbarry Khalid Atchia Umar Timol LA RÉUNION : André Robèr Catherine Panot Christian Jalma Estelle Coppolani Jack Beng-Thi Judith Profil Karl Bègue Lolita Monga Teddy Iafare-Gangama MADAGASCAR : Pierrot Men GUYANE : Jean-Paul Leclercq Kristen Sarge Pierre-Olivier Jay Tian Sio Po MARTINIQUE : Cécile Césaire Lanoix Françoise Foutou Mikaël Saint-Honoré SEYCHELLES : Helda Marie Magie Faure-Vidot Vijay-Kumar GUADELOUPE : Cassandre Surinon Cocks Georges Gérard Théobald Philippe Bon Ronald Cyrille BELGIQUE : Eléonore Coyette Gaëtan Sortet Khalid El Morabethi BÉNIN : Lylly Houngnihin CANADA : Katel Le Fustec FRANCE : Adine Barak Annabelle Roussel Cati Roman Corentin Fohlen Florence Conan Guillaume Damry Hélène Bléhaut Nathalie Man Philippe Pons Sadio Diloo Bruce Clarke LIBAN : Murielle El Hajj Nahas
Prix : 16,50€
Peinture de couverture : Ronald Cyrille
Miwa
, Revue haïtienne des cultures créoles #2 Miroir / Miwa, 2018
Directeur de la publication Jean Erian Samson Redacteur en chef Evains Wêche Direction artistique Clémence Leconte Jean Erian Samson Samuel Suffren Graphisme Samuel Suffren Comité de rédaction HAÏTI Guy Gérald Ménard Guy Régis Junior Yanick Lahens Junior Borgella Aljany Zephirin Stephane Saintil Barbara Prezeau Stephenson Michel Frederic DeGraff Rafael Lucas Sterlin Ulysse LA RÉUNION Catherine Panot Lolita Monga Teddy Iafare-Gangama ÎLE MAURICE Michel Ducasse MARTINIQUE Nicole Cage GUADELOUPE Philippe Bon Gérard Théobald Didier Manette SEYCHELLES Maggy Faure-Vidot Vijay-Kumar FRANCE Adine Barak LIBAN Murielle El Hajj Nahas Relecture Adine Barak Catherine Panot Clémence Leconte Hélène Bléhaut Murielle El Hajj Nahas Traduction Evains Wêche Secrétariat de rédaction Max Vilaire Dortilus Communication et diffusion Sadrac Charles Laterit Productions Administration Marie Nerlyne Morel
Association Vagues Littéraires Les éditions des Vagues www.associationvagueslitteraires.org
◂Florine Demosthène, Wounds #9, Collage sur papier, 55cm x 76cm, 2018
Miroir pour briser les frontières de nos ghettos culturels…
Editorial Jean Erian Samson
Selon que l’on soit sur la côte ou sur la caravelle, les interrogations autour des cultures créoles sont formulées différemment :interrogations sur leur authenticité pour celui qui, se trompant d’Indes, débarque en conquérant ; interrogations sur leur densité pour celui qui, de la côte, constate les autres débarquer de leurs caravelles. L’authenticité, voilà un bien grand mot qui exige aux cultures créoles de brandir leur originalité, de témoigner de leur vraie part, de faire acte de non spoliation ; Madame veuillez nous prouver que cette djellaba que vous portez est bien une production de votre culture ; Monsieur, le vodou n’est pas une religion mais un ramassis de croyances hétéroclites1. Cette rhétorique policière est nourrie d’une appropriation privative des cultures qui ne cesse d’ériger des murs par-ci et des agents d’immigration par-là : à entendre ces propriétaires du monde, on pourrait croire qu’il n’y a qu’une seule manière de faire culture. Loin de cette logique stérile et de ses corollaires, on peut, dans une démarche autre, poser la question de la densité des cultures créoles. Il nous faut inventorier les us et coutumes, les faits et gestes, les manières d’habiter l’espace et le temps, qui ont forgé ce grand maelström que sont toutes ces cultures. Elles ont pour matrice la traite et la colonisation, mais aussi et surtout la lutte acharnée pour la liberté « nous avons choisi d’être libres, osons l’être pour nous-mêmes et par nous-mêmes… »2. C’est à cette entreprise que nous convie depuis deux ans la revue .
Cependant, cette insularité fermée qu’on leur colle au dos, réduisant l’horizon à un soleil et des cocotiers, les créoles la rejettent pour faire fenêtre sur le monde. Tout en affirmant que nous sommes producteurs de modes de vie, de symboles, de valeurs, de langues et de langages, nous nous proposons de mêler nos vies et de mettre nos perspectives en conversation avec tous. Parce que le repli bafoue les possibles. Parce que tout ghetto, créole ou pas, est un camp de concentration en devenir. Dans le premier numéro de , il était question de voyage. Non pas d’embarcation forcée ni de traite. Nous avions décidé d’entamer un voyage à travers l’imaginaire créole, et de caresser l’histoire à rebrousse-poil pour redessiner nos horizons et mieux nous inscrire dans le temps. Des contributeurs 1. Voir Les Fantoches de Jacques Roumain, notamment sa polémique avec le Père Foisset. 2. DESSALINES Jean-Jacques, L’acte de l’indépendance d’Haïti, 1er janvier 1804.
Ralph Allen, Autoportrait, Collage, 40x50 cm, 2013 ▸
d’une dizaine de pays, issus majoritairement de la même matrice culturelle, ont participé à ce périple, échangeant leurs cartes pour envisager la possibilité de réduire l’étendue des mers en vue de l’avènement d’un nous-monde. Ce deuxième numéro de la revue souhaite prolonger le même esprit : briser les frontières, escalader les murs. Il est consacré à la thématique du « Miroir ». Après le voyage, après les rencontres, nous sommes arrivés à l’évidence que l’identité est une narration permanente et qu’elle se construit dans la confrontation-échange-enchevêtrement avec l’autre. Trop souvent, nous avons refusé de regarder l’autre en face, de le voir miroir : l’enfer, c’est les autres. On était convaincus d’altérer notre essence à leur contact. N’en déplaise aux prophètes de la pureté, il n’y a pas d’identité sui generis ; « l’identité n’est pas ce qui caractérise notre réticence au changement mais plutôt ce qui définit notre manière spécifique de changer au contact des autres »3. Le miroir nous paraît être un instrument nécessaire à proposer au visage du monde. Miroir pour réfléchir. Refléter et renvoyer la lumière. Entraîner son raisonnement, sa mémoire. Miroir pour se voir et se recréer, mieux. Miroir pour (se) comprendre. Miroir pour briser les frontières de nos ghettos culturels. Étrangers, tous autant que nous sommes, le salut, c’est les autres. Ce nouveau numéro propose aux lecteurs des contributions denses et diversifiées. Il aborde le « Miroir » sur plusieurs angles articulés autour des rubriques intitulées « DO », « KRE », « I », et « S ». Ainsi, la partie « DO » concerne les auteurs qui s’inspirent, pour la plupart, du thème « Miroir » comme vecteur pour redécouvrir leur propre cheminement artistique, sa représentation mythologique, sa réflexivité entre peinture primitive et réalité quotidienne. Dans la série « KRE », l’aspect « Miroir » s’impose dans la création en tant qu’expression perceptive et poétique des réalités socio-culturelles des pays créolophones. « I » présente des personnalités et des lieux du monde artistique et littéraire des communautés créoles, tels que la chanteuse haïtienne Émeline Michel et le village de Kaw, un endroit mystérieux en Guyane dont l’histoire est peuplée de musiques et de tempérance. Enfin, la partie « S » invite les lecteurs à apprécier certains aspects didactiques et structurels du créole haïtien. Voilà toute une série de discours qui reflètent, avec le miroir comme prisme, la constellation ardente des cultures. Il s’agit là de reconnaître une certaine similitude en l’autre, en même temps qu’une capacité à se construire à partir de sa sensibilité propre. Il revient alors de préciser notre manière de réinterpréter les valeurs culturelles sous une double face :authenticité/altérité. Il nous faut par-dessus nos différences, revendiquer la culture comme un legs-monde, faire un pied de nez à son appropriation privative4 et clamer, non sans une once d’ostentation, que le créole préfigure l’avenir-monde.
3. DE BENOIST Alain, Nous et les autres, Problématique de l’identité, Krisis, 2007. 4. SARR Felwine, Habiter le monde - Essai de politique relationnelle, Mémoire d’encrier, 2018.
Manuel Mathieu, The crazy musicians, Techniques mixtes, 30x28 cm , 2018 ▴
Sommaire
128 Miroirs : quelques mythes et légendes du Bénin Lylly Houngnihin 155 Ochan pou pwof Yves Dejean Michel Frederic Degraff 156 Réflexions sur un projet d’académie du créole haïtien Yves Dejean
KRE 13 Geste du trait Sadrac Charles
DO 10 L' Art : un miroir de l'âme ? Cassandre Surinon 26 Miroirs et fabrications Pratique auto représentative par la performance (2008 /2018) Barbara Prézeau Stephenson
14 Fumée bleu-pourpre Stevenson Mervil 20 Alegria Annabelle Roussel 22 Reflets dans La Havane Philipe Pons 31 Rencontrer Sadia Diloo
36 L’effet miroir, l’improbable invisibilité Gérard Théobald
31 Anaïs, la belle câpresse Cécile Césaire Lanoix
52 Quand la peinture se fait miroir du roman dans l’Énigme du retour de Dany Laferriere Sterlin Ulysse
35 Par ad-hoc’s Guihem Florigny
68 Vœux devots, voix indociles Hélène Bléhaut 74 Armand Robin, poète traducteur Guillaume Damry 94 Lacaussade, reflets d’une poésie d’homme libre Karl Bègue 104 Nouveaux écrans, faux miroirs, vrais fantasmes culturels Philippe Bon 116 L’image joue-t-elle un rôle prépondérant dans l’efficacité du discours sensibilisateur ? Guy-Gérald Ménard
39 Poésie sans titre Jean Watson Charles 44 Souffle du verbe en burn-out Arguens Jean Mary 49 Le miroir Umar Timol 50 L'absence Nathalie Man 57 N’en déplaise au miroir Jean D’Amérique 58 Poésie sans titre Cati Roman 61 Futur délicat Khalid El Morabethi et Gaëtan Sortet
62 Mana et ses kaz kreyòl Texte de Kristen Sarge Photos de Jean-Paul Leclercq et Pierre-Olivier Jay 66 Lèrosoir dann fénoir eddy Iafare-Gangama 71
Miroir Estelle Coppolani
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Rev lapli Helda Marie
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Pour un chant vodou Navia Magloire
78 Je veux être l’ennemi public n° 1 de la littérature réunionnaise Christian Jalma
140 Tourisme humanitaire Corentin Fohlen 145 Nuits Mikaël Saint-Honoré 161 Ki lè n ap enstale ayewolit sou peyi a ? Garnel Innocent 162 Kilti pèp kreyòl yo Werner Garbers
I 40 Kaw : Aux rythmes de la tempérance Pierre Olivier Jay
82 Portfolio Pierrot Men
88 Ki sa yon lang aprann nou sou monn lan ? Wilbert Fortuné
90 La Maison du Potier (Extrait) Françoise Foutou
98 Le créole haïtien, le sel des émotions d’Émeline Michel Eléonore Amandine Coyette
92 Derrière le paysage... Le miroir oublié Jack Beng-Thi 97
Flanbe lakonsyans Léo D. Pizo Bien-Aimé
101 Bleuté Néhémy Pierre Nahomey 102 Lontan dans la baie, regarder derrière le miroir du temps Lolita Monga 109 Koméraj Cocks Geoges 114 Errance nocturne Murielle El Hajj Nahas 119 Pòtoprens pa nan bobin Evains Wêche 122 Le nez de clown ? Un soleil en plein visage ! Katel Le Fustec et Stanley Péan
110 Patrick Vilaire Le Centre d'Art 132 Roland Dorcély Le Centre d'Art 136 Kabar Lir la Kréolité Catherine Panot 146 Ennri Kums Kovillina Durbarry 148 Michel Ducasse Khalid Atchia
S 16 An n chante alfabè kreyòl la Michel Frederic DeGraff ak Mandaly Claude Louis-Charles
126 Amine Judith Profil
46 Adjanoumelezo, miwa reyalite ayisyen yo Rafael Lucas
139 Réflexion devant mon miroir Magie Faure-Vidot Vijay-Kumar
152 CareOf Publishing Adine Barak
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L’Art : un miroir de l’âme ? Cassandre Surinon
Thierry Tian Sio Po, Strange fruit n°2, fusain, cadres en bois, corde, acrylique sur toile, 215cm x 125cm, 2017 ▴
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L
e stade du miroir, concept inventé par Henri Wallon1, repris par Jacques Lacan2 et si cher à sa théorie, nous a permis de comprendre un aspect éminemment structurant pour la vie psychique du sujet. La compréhension par l’enfant que son reflet n’est autre qu’une image de lui est un pilier identitaire dans son développement. En effet, face à son reflet, l’enfant comprend qu’il est « un », qu’il est « je », qu’il est une unité propre séparée d’autrui. Cette découverte va se faire notamment grâce à l’autre. Si je vois le reflet de l’autre dans le miroir, c’est aussi qu’il s’agit de mon reflet dans ce même miroir. Sans reflet, je ne peux pas prendre conscience de mon individualité. Mon reflet me permet de me détacher de l’autre, je n’ai plus besoin du regard de l’autre pour avoir une perception de moi. Passé ce stade, le miroir devient alors un objet magique en soi : il nous met face à un paradoxe, il est à la fois moi et à la fois autre. Car comme mon reflet a beau être une image de moi et donc moi, il n’est qu’une image (comme toute image) incomplète de la réalité et donc incomplète de moi. Certains vous diront même qu’il n’est aucunement le reflet réel d’une personne. En effet, face au miroir, je modifie ma posture, je me fige et je m’embellis, ou, au contraire, je scrute les détails, les défauts me renvoyant une image erronée et négative de moi. C’est pourquoi je peux m’enfermer dans mon image, passer des heures face au miroir à tenter de rendre mon reflet le plus beau possible, afin que l’autre ait une image de moi parfaite, une image transformée, non totale, fausse, mais une image qui semble pourtant parfaite à ma subjectivité. À l’inverse, je peux faire de mon reflet mon tortionnaire en lui assignant le rôle de me dévoiler mes défauts, un bourreau qui me rappelle sans cesse ce qui ne va pas chez moi. Quoi qu’il en soit, le rôle du miroir est de me mettre à la place de l’autre, cet autre voyeur qui a la chance, ou la malchance, de me voir. Être face à moi, à mon reflet, me renvoie donc face à l’autre, face à ce qu’il perçoit de moi ou, plus exactement, ce que je pense qu’il perçoit de moi. Ainsi le miroir, la glace, le reflet apparaissent-ils comme une représentation de mon corps, une image de ma matérialité, tantôt cajoleuse, tantôt tyrannique. Et si l’art avait cette fonction de reflet de l’âme ? Et si, son rôle était de donner un reflet de ce qui ne se voit pas, de ce qui n’est pas dicible ? Car l’art peut être beau, peut enjoliver la réalité, il n’y a qu’à regarder les portraits tant plébiscités par nos ancêtres, il est presque impossible d’avoir deux portraits ressemblants de la même personne : ils ne sont que des représentations concrètes et subjectives de ce que l’on veut nous donner comme image du modèle, et ainsi, sont seulement des indications de l’importance que l’on accorde à cette personne. À l’inverse, une œuvre peut se vouloir sombre et vouloir faire ressortir la laideur de la réalité qu’elle décrit. Finalement, l’art comme le miroir, n'est que des reflets biaisés et orientés de ce que l’on veut voir pour le miroir, de ce que l’on veut montrer pour l’œuvre d’art. Mais, au-delà de cela, si l’œuvre était aussi un miroir inconscient, un miroir bien plus subtil sur lequel nous n'aurions pas réellement de contrôle ? Pourquoi est-ce si facile de reconnaître la « patte de l’artiste », le style d’un peintre ? d’un écrivain ? d’un compositeur ? Pourquoi est-ce si simple de distinguer les toiles de Philomé Obin de celles de Jean-Baptiste Jean, alors que ce dernier était l’élève du premier ? Il semble que la réponse soit justement dans le fait que l’œuvre est un reflet intime et profond de l’artiste. Si vous prenez les œuvres d’un artiste tout au long de sa vie, il sera assez simple de découvrir les différentes périodes de sa vie, sans même connaître l’artiste, vous pourrez voir à quels moments il y a eu des changements de direction, des périodes charnières dans sa biographie. Pourquoi, me direz-vous ? Pour la simple et bonne raison que face à une feuille blanche ou une toile, la personne n’a d’autre option que de projeter son individualité, son monde interne et ce, même lorsqu’elle essaye de copier la réalité ou une autre personne. Du moins, c’est le pari que font les théories psycho-dynamiques et qui semble se confirmer chaque jour. 1 . Les origines du caractère chez l’enfant, Henri Wallon 2 . J. Lacan réutilisera pour la première fois le terme de son ami Henri Wallon lors du congrès de l’Association Psychanalytique International (API) à Marienbad en 1936. Le terme sera repris dans la communication qui suivra ce congrès. Ensuite, il fera de ce concept, une notion pilier de sa théorie sur la fonction sujet.
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De même que face à un miroir, l’homme ne sait se détourner de son reflet, face à un espace de création, il ne sait se détourner de son monde interne. Donnez à trois personnes les mêmes cours de dessin, le même matériel et la même petite fille à dessiner selon la même perspective, vous aurez pour autant trois dessins complètement différents. Le premier se concentrera sur la lumière se reflétant sur le visage de cette petite fille et vous indiquera ainsi l’importance qu’il accorde à l’esthétique humaine. Le deuxième se concentrera davantage sur sa jolie robe et vous indiquera son attirance depuis tout petit pour les beaux habits, pour l’apparence. Le dernier s’appliquera sur le décor et vous affichera alors son incapacité à faire face à autrui. Certains l’embelliront, signe de leur optimisme, quand d’autres vous la rendront plus laide et insisteront sur ses défauts pour vous montrer la dureté de la réalité. Plus ils tenteront de cacher leur internalité en se fixant sur la petite fille, en justifiant leurs choix, en intellectualisant, plus ils projetteront les mouvements psychiques qui leur sont propres en se concentrant sur tel ou tel élément de la petite fille ou du décor. Les plus grands artistes l’avaient bien compris, c’est pourquoi ils s’évertuent à créer, à faire jaillir ce qu’ils ressentent en eux, oubliant la réalité avec désinvolture. Si la toile n’est qu’un reflet de notre inconscient, alors laissons-nous guider à la découverte de celui-ci ! Et c’est aussi pour cela que les plus grandes œuvres nous parlent tant, de même que nous comparons notre reflet à l’image que nous avons de l’autre, nous comparons notre image à ce que nous voulons que l’autre voit de nous. Notre monde interne se réveille face au reflet de l’âme de l’artiste, nous prenons conscience de nos mouvements inconscients. Et de même que le miroir est extrêmement structurant dans ma compréhension de mon individualité, l’œuvre d’art est extrêmement structurante dans la prise de conscience de mon internalité. Face au reflet de l’âme de l’autre, je prends conscience du reflet de mon âme et je peux alors comparer mon monde interne au monde interne de l’autre. Alors, de même que face au miroir, je me mets à la place de cet autre qui me voit, face à l’œuvre je pense à la place de l’autre qu’est l’artiste. Et comme face au miroir, j’accepterai, ou non, que mon interprétation n’est finalement qu’une image biaisée de ce que voulait montrer l’autre, l’artiste. Par conséquent, la rencontre de mon reflet interne m’autorise à extrapoler l’implicite d’une œuvre, à affirmer « c’est ça que dit l’artiste » comme, lorsque, face à mon miroir, je pense que « C’est ça que voit l’autre de moi ». Et de même que je dois accepter que ce que je regarde dans le miroir ne sera jamais que ce que voit mon propre regard, et non, ce que voit l’autre. Je dois comprendre que ce que je projette dans l’œuvre n’est qu’une interprétation qui m’est propre et non la vérité absolue de l’artiste. Ainsi l’art, en tant que miroir de l’âme humaine, et donc de l’invisible, devient universel. Face à un miroir, chaque personne aura son image propre qui sera à la fois sienne et autre. De même, face à l’œuvre d’art, chaque personne se retrouvera en présence de ses dynamiques internes qui sont à la fois siennes et à la fois autres, l’artiste étant en réalité le créateur de ces mouvements. Et à chaque personne de se reconnaître, de s’enfermer, de se torturer, ou non, dans ce reflet qui est fait d’elle. Bibliographie CAVALIER Winslow Nitza et GALANT Massalie Widley, Préphète revit dans nos écrits, Léogâne, Editions Rupture, 2017. LACAN Jacques, Le stade du miroir. Théorie d'un moment structurant et génétique de la constitution de la réalité, conçu personne en relation avec l'expérience et la doctrine psychanalytique, Communication au 14ème Congrès international de psychanalyse, Marienbad, International Journal of Psychoanalysis, 1937. LACAN Jacques, Le stade du miroir. Comme fondateur de la fonction du Je telle qu’elle nous est révélée dans l’expérience psychanalytique, Communication au 16ème Congrès de psychanalyse, Zurich, International Journal of Psychoanalysis, 1949. WALLON Henri, Les origines du caractère chez l'enfant. Les préludes du sentiment de personnalité, Paris, PUF, collection « Quadrige Le psychologue », 1983.
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Aujourd’hui est un nouveau jour La solidarité a enlevé le verrou de sa peur Je tends le cœur vers le soleil Cet or que l’alchimie a tant désiré En chaque mot, sur chaque lèvre Dans chaque souffle roule une vie Les étincelles l’emportent par mesure d’étonnement Que mon poème soit tranchant Comme la langue des herbes Et d’un coup de lame Épluche les vagues Chaque geste revendique une fresque Saisie au vol Ici la paupière tisse sa toile À l'affût d’étoiles en ébriété Il est venu le temps D’oser contre le temps D’aller par le chemin Où le miroir-monde Est notre phosphorescence Pousser la porte par le bout du pied Un doux coup de rame dans l’aube Le goût, l’odeur et la lumière Et quand l’horloge aura fini De méditer sur ses semelles Je couperai les herbes hautes Prendrai ces chemins épars Bitumés de pénombre D’étreinte et de pierres Je ferai de l’azur la chose la plus simple Du poète la folie du réel J’inviterai des nymphes À danser sous les lobes du soleil Sur le plancher Où brille l’or du tambour Le temps suit l’écho des voix Ce chemin sans détour suit Les lignes d’espoir.
Geste du trait Sadrac Charles