The Red Bulletin CF 06/24

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TOURING

SPOILER ALERT

CĂ©line Zufferey est Ă©crivaine. Elle se passionne pour l’image et la mĂ©moire, et Ă©tait loin de se prĂ©occuper de sport, jusqu’à ce qu’elle dĂ©couvre les points communs entre sa pratique et celle des athlĂštes. P. 96

Lou Boyd souhaitait depuis longtemps interviewer la popstar sud-africaine

Moonchild Sanelly. « Elle a tellement de puissance, dit la journaliste anglaise. Son histoire et son parcours vers le succÚs sont vraiment inspirants. » P. 62

vit entre Zurich et Los Angeles, photographie des stars mondiales et des icÎnes du sport, dont Daniela Ryf. « Grùce à son engagement inflexible, il a été facile de capturer la dynamique des disciplines du triathlon dans cette série de photos. » P. 40

Nous vivons un automne merveilleusement colorĂ© – que ce soit sous

l‘eau ou au sommet d‘une paroi rocheuse. La photographe d‘escalade Claudia Ziegler nous emmùne dans des hauteurs vertigineuses (p. 26).

À NazarĂ©, au Portugal, le surfeur professionnel Nic von Rupp apprend Ă  surmonter sa peur des profondeurs grĂące Ă  l‘apnĂ©iste Morgan Bourc’his et dĂ©couvre mĂȘme l’aspect mĂ©ditatif de cette discipline (p. 52).

Au crĂ©puscule de sa carriĂšre, la triathlĂšte suisse Daniela Ryf se montre exceptionnellement ouverte et pleine de sagesse dans notre entretien (p. 40).

Enfin, le nom Moonchild Sanelly devrait te parler – la Sud-Africaine a, par exemple, dĂ©jĂ  produit des chansons avec BeyoncĂ© et Gorillaz (p. 62).

La Rédaction

Sandro Baebler

TOUJOURS PLUS HAUT, ENSEMBLE.

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8 Galeries

16 L’addition, SVP !

18 Hype-Check

Héros & héroïnes

Lily Gladstone 20

Comédienne

Oli France 22

Aventurier

Lee Jung-jae 24

Comédien

Art au sommet 26

Claudia Ziegler est l’une des photographes d’escalade les plus recherchĂ©es au monde. Pour nous, elle a constituĂ© un portfolio trĂšs personnel.

Plongée en apnée

Le grand blond du Grand Bleu

Lorsque le surfeur Nic von Rupp et l’apnĂ©iste Morgan Bourc’his se rencontrent sur la cĂŽte portugaise, le calme plane malgrĂ© les grosses vagues.

Musique

Moon Landing

Moonchild Sanelly a tracĂ© sa voie grĂące aux paroles de sa mĂšre, Ă  une belle confiance intĂ©rieure, et Ă  des lettres Ă  l’univers.

Bike Life

Prouesses mécaniques

Le motocross urbain sous un autre angle, avec un cascadeur des temps modernes : Facene. Portfolio

Triathlon

La tĂȘte dans le guidon 40

L’athlĂšte exceptionnelle Daniela Ryf rĂ©flĂ©chit ouvertement sur la pression, les joies et l’intensitĂ© d’une longue carriĂšre au sommet.

81 Voyage

85 Montre

86 Biohacking

87 Playlist

88 Accessoires

94 Agenda

96 On a Positive Note

98 Clap de fin

Moonchild Sanelly brille dans le ciel du ghetto-funk, et travaille étroitement avec de grands noms du milieu.

La main droite qui agrippe le bord de la planche, la main gauche qui caresse l’intĂ©rieur de la vague, le regard focus tournĂ© vers le bout du tube : le photographe Domenic Mosqueira a immortalisĂ© la surfeuse amĂ©ricaine de 18 ans, Caitlin Simmers, dans un moment magique au cours duquel la prĂ©cision et la dĂ©sinvolture sont palpables. Voici le portrait d’une athlĂšte dans la pleine expression de son style. domenicmosqueiraphoto.com

Teahupo’o, Tahiti À plein tube

Schmallenberg, Allemagne

Au-dessus du lot

Sur cette photo de Lorenz Holder, on voit la star du slopestyle Erik Fedko effectuer un saut depuis une plateforme de 24 mĂštres de haut au Green Hill Bikepark, pour son clip Above The Trees, en rĂ©alisant un flair parfait. Hors champ, douze personnes se sont activĂ©es pendant onze semaines pour construire ce tracĂ©, Ă  l’aide de deux camions de bois et 22 000 vis. Le rĂ©sultat est impressionnant. lorenzholder.com

Berlin, Allemagne

Sens dessus dessous

La star du skateboard Leandre Sanders dĂ©fie la gravitĂ©, littĂ©ralement la tĂȘte Ă  l’envers. La loi de la gravitĂ© ? Visiblement, elle ne s’applique pas Ă  lui. « Je ne comprendrai probablement jamais comment il a rĂ©ussi ce looping », dĂ©clare le photographe de 26 ans Mason Miller en commentant cette image prise dans le cadre de Red Bull Illume. « C’est pourquoi je prĂ©fĂšre prendre les photos et lui laisser le skate. » domenicmosqueiraphoto.com

Jakarta, Indonésie

Sous tension

Voici Queen Badraw lors du Red Bull Dance Your Style en IndonĂ©sie, capturĂ©e par Rosmadhany Rais. Cette sĂ©rie de concours de street dance all styles fait escale dans plus de cinquante pays. Du hip-hop Ă  la house, en passant par le locking et le popping, les danseur· euse·s doivent conquĂ©rir le vote du public. C’est ce dernier qui dĂ©cidera Ă©galement qui remportera la finale mondiale le 9 novembre Ă  Mumbai, en Inde. Instagram : @queenbadraw.scratch

Les infos sur la finale mondiale accessibles via le code ci-contre :

Zurich, Suisse

Choc des titans

Ce qui n’était qu’une blague Ă  la base est devenu l’un des Ă©vĂ©nements sportifs les plus spectaculaires de l’annĂ©e. En 2022, le NorvĂ©gien Karsten Warholm mettait le SuĂ©dois Armand « Mondo » Duplantis au dĂ©fi de s’affronter dans un sprint de 100 mĂštres. Le premier est coureur de 400 mĂštres haies ; le second, sauteur Ă  la perche ; les deux sont recordmen dans leur domaine. Le 4 septembre dernier, le duel a enfin eu lieu, sur la piste de la Diamond League. Le vainqueur ? Mondo, en 10,37 secondes. Karsten (10,47 secondes) a rĂ©alisĂ© son gage et endossĂ© le maillot de son adversaire pour ses Ă©preuves d’athlĂ©tisme.

Scanne le code ci-contre pour lire l‘histoire et voir la vidĂ©o de cet Ă©vĂ©nement invroyable : 100m to Settle it All!

Lara fait Ă  nouveau des siennes

Avec son top, son mini-short et sa soif d’aventure, Lara Croft s’apprĂȘte Ă  conquĂ©rir le monde du streaming avec une nouvelle sĂ©rie animĂ©e, dĂšs le 10 octobre.

3

personnages ont inspirĂ© le graphiste Toby Guard pour la conception du personnage de Lara Croft : Indiana Jones, l’hĂ©roĂŻne de BD Tank Girl et la chanteuse pop Neneh Cherry.

1 230

unes de magazines dĂ©diĂ©es Ă  l’aventuriĂšre, soit plus que n’importe quel topmodel humain — ce qui lui a valu une entrĂ©e dans le Guinness des records.

3 050

objets divers et variĂ©s constituent la collection Lara Croft de l’Espagnol Rodrigo Martin Santos, ce qui en fait la plus grande au monde.

3

actrices ont jouĂ© le rĂŽle de la jeune archĂ©ologue dans le reboot du film Tomb Raider, en 2018. Alicia Viander incarne Lara Croft adulte, Emily Carey est Lara enfant, et Maisy de Freitas l’ado.

Ă©pisodes composent la sĂ©rie animĂ©e Tomb Raider —The Legend of Lara Croft, diffusĂ©e en premiĂšre mondiale sur Netflix le 10 octobre 2024.

250 80 000

de dollars de recettes pour Lara Croft: Tomb Raider La production hollywoodienne est un succùs lors de sa sortie en 2001, et lance la carriùre d’Angelina Jolie, qui incarne alors la protagoniste casse-cou.

1968

c’est l’annĂ©e de naissance de Lara Croft, « nĂ©e » un 14 fĂ©vrier. L’aventuriĂšre apparaĂźt pour la premiĂšre fois dans un jeu vidĂ©o en 1996 : elle a alors 18 ans. Elle en aurait 56 aujourd’hui. 8

1

rue a Ă©tĂ© rebaptisĂ©e « Lara Croft Way » dans la ville anglaise de Derby, en 2010, car c’est lĂ  que Core Design, les dĂ©veloppeurs de Tomb Raider, avaient initialement Ă©tabli leur siĂšge.

99-46-84

C’étaient les mensurations de l’hĂ©roĂŻne dans le tout premier jeu vidĂ©o- elle devait cependant un tel tour de poitrine Ă  une erreur de programmation.

Le nouveau California L’aventure commence

Le camping-car le plus populaire de Volkswagen VĂ©hicules Utilitaires incarne depuis des dĂ©cennies une mobilitĂ© de camping exceptionnelle combinĂ©e Ă  une utilitĂ© quotidienne au plus haut degrĂ©. Le nouveau California perpĂ©tue cette tradition et l’associe Ă  des idĂ©es et fonctions innovantes, comme le tout nouveau concept Ă  3 espaces avec cuisine d’étĂ© et siĂšges flexibles. Le camping intelligent Ă  l’état pur. Montez Ă  bord et profitez pleinement du quotidien et de vos aventures.

Énergie verte

Le kit Swytch est censĂ© transformer n’importe quel vĂ©lo classique en e-bike en un tour de main. Est-ce que ça fonctionne vraiment ?

Notre expert high-tech Kirafn nous donne son avis.

Kirafin de son vrai nom Jonas Willbold, a 29 ans et divertit son 1,3 million de followers sur TikTok avec des formats humoristiques. En parallĂšle, il nourrit sa passion pour les produits et tendances technologiques.

L’objet

Le kit comprend une roue avant avec un moteur de 250 watts, un capteur de pĂ©dalage et une batterie, qui peuvent ĂȘtre montĂ©s sur n’importe quel vĂ©lo en trois gestes simples. Il suffit de tout connecter avec un cĂąble, et un vĂ©lo ordinaire devient un e-bike capable de rouler Ă  25 km/h.

La vague hype

Fini le pĂ©dalage fastidieux ?

C’est tentant. Pas Ă©tonnant que la communautĂ© cycliste s’emballe et poste une multitude de vidĂ©os sur ce kit. Rien que la vidĂ©o de @thejunglebadger a dĂ©jĂ  accumulĂ© 18 millions de vues.

L’avis

Les e-bikes sont souvent assez encombrants. Pas celui-ci. Le kit complet pĂšse, selon le modĂšle, entre 2,2 et 3,7 kilos. Quant Ă  l’autonomie, elle est correcte : la version la plus chĂšre atteint jusqu’à 90 kilomĂštres. Cependant, Ă  500 euros, elle n’est pas si bon marchĂ©.

Indispensable pour
 ... qui envisage depuis longtemps de passer Ă  l’e-bike mais ne veut pas se sĂ©parer de son vĂ©lo adorĂ©.

Superflu pour
 
 qui n’utilise son vĂ©lo que pour aller acheter les croissants le dimanche matin.

Lily Gladstone

Le film Killers of the Flower Moon a propulsĂ© l’actrice sous le feu des projecteurs.
Ses origines indigĂšnes jouent un rĂŽle inattendu dans ce succĂšs fulgurant. Mais en quoi ce patrimoine a-t-il changĂ© la donne pour elle ?

Non pas une seule personne mais une tribu entiĂšre d’autochtones amĂ©ricains a failli remporter l’un des Oscars les plus importants attribuĂ©s cette annĂ©e. En efet, si Lily Gladstone avait reçu la rĂ©compense pour le flm Killers of the Flower Moon, pour lequel elle Ă©tait nominĂ©e dans la catĂ©gorie meilleure actrice, la victoire aurait Ă©tĂ© cĂ©lĂ©brĂ©e au pluriel : « J’aurais gagnĂ© ce prix pour toute la communautĂ© tribale », tĂ©moigne l’actrice. Cet esprit de partage, trĂšs prĂ©sent dans les communautĂ©s indigĂšnes, contraste fortement avec celui des sociĂ©tĂ©s occidentales, plus portĂ© sur l’individualisme et l’épanouissement personnel.

L’union fait la force

« Bien sĂ»r, j’ai aussi une certaine ambition personnelle, prĂ©cise la jeune femme de 38 ans, mais je sais que si j’ai rĂ©ussi tout cela, c’est parce que je viens d’une communautĂ© qui m’a fait prendre conscience de mes points forts et qui m’a toujours encouragĂ©e Ă  poursuivre mon chemin. » Elle ajoute : « Quand tu grandis parmi les Blackfoot, tu apprends dĂšs l’enfance quelle est ta place dans le groupe et quel but tu y poursuis. Quand tu deviens adulte, tu sais exactement qui tu es, que le but de cette vie est de servir un plus grand ensemble, et de transmettre la culture de ta communautĂ© aux gĂ©nĂ©rations futures. »

C’est pourquoi, contrairement Ă  certains ou certaines de ses collĂšgues du grand Ă©cran, Lily Gladstone n’a pas choisi de partir conquĂ©rir New York ou Los Angeles pour faire carriĂšre dans le cinĂ©ma. « Je prĂ©fĂ©rais rester dans le Montana, dans ma communautĂ© et dans la rĂ©gion oĂč j’ai Ă©tĂ© heureuse », explique-t-elle. AprĂšs avoir

Focus

NĂ©e Ă  Kalispell, Montana (USA) ; Ăąge 38 ans ; la premiĂšre personne native amĂ©ricaine Ă  remporter un Golden Globe ; le 26 mars, elle est cĂ©lĂ©brĂ©e par la Blackfeet Nation Ă  l’occasion du « Lily Gladstone Day »

obtenu un Bachelor of Fine Arts Ă  l’universitĂ©, la jeune diplĂŽmĂ©e s’est lancĂ©e dans une premiĂšre carriĂšre de professeure de théùtre. Elle a donc commencĂ© Ă  enseigner l’art de la scĂšne au sein de sa propre communautĂ© indigĂšne. « Il Ă©tait important pour moi d’enseigner aux jeunes des techniques de théùtre qui leur permettraient de construire une nouvelle confance en eux. » Le concept du « théùtre de l’opprimĂ© », dĂ©veloppĂ© par le BrĂ©silien Augusto Boal, a Ă©tĂ© un des piliers sur lesquels s’est basĂ© son enseignement. « Tu peux y exprimer les traumatismes qu’une communautĂ© a vĂ©cus, et si tu y parviens, tu acquiĂšres un contrĂŽle sur ces traumatismes. Cela a quelque chose de trĂšs rĂ©parateur. »

Aux cÎtés de DiCaprio

Bien qu’elle n’ait pas voulu faire une grande carriĂšre Ă  Hollywood, elle s’est retrouvĂ©e aux cĂŽtĂ©s de Leonardo DiCaprio et de Martin Scorsese. Jusqu’alors, elle avait jouĂ© dans des productions indĂ©pendantes et n’avait Ă©tĂ© rĂ©compensĂ©e que pour son rĂŽle d’ouvriĂšre de ranch abattue dans Certain Women. Scorsese ne lui a pourtant pas immĂ©diatement dĂ©roulĂ© le tapis rouge. Initialement, l’actrice incarnait un personnage secondaire, dont la rĂ©plique tenait sur trois pages. Mais l’histoire a subi des modifcations consĂ©quentes par la suite. Le point de

vue dominant Ă©tant devenu celui des populations autochtones, Lily Gladstone s’est retrouvĂ©e projetĂ©e sur le devant de la scĂšne, et a fni par incarner la femme de DiCaprio. Et il n’a pas fallu attendre longtemps avant que son talent soit reconnu. DĂšs la premiĂšre du flm au Festival de Cannes 2023, la presse mondiale ne parlait que de l’extraordinaire force d’interprĂ©tation de l’actrice. Ce fut le dĂ©but du buzz.

La danse des gĂ©nĂ©rations À l’heure actuelle, on peut retrouver Lily Gladstone en tĂȘte d’afche de Fancy Dance. Le flm, qui met en scĂšne le quotidien d’une ado dans la tribu des SenecaCayuga, refĂšte mieux que nul autre le point de vue et les valeurs de l’actrice autochtone. Une scĂšne de danse illustrant le pow-wow, une rencontre culturelle d’indigĂšnes amĂ©ricains, en est le parfait exemple. Ici encore, l’esprit communautaire est de mise. « Nous dansons aussi pour ceux qui ne peuvent pas ĂȘtre prĂ©sents : pour les ancĂȘtres, pour les gĂ©nĂ©rations futures, pour les disparus, pour les vieux. C’est une cĂ©lĂ©bration de la vie, oĂč tu ressens le lien avec tous les autres. »

Ainsi, la carriĂšre de Lily Gladstone donne raison au dicton selon lequel le succĂšs viendrait prĂ©cisĂ©ment Ă  celles et ceux qui le poursuivent le moins. Au contraire, l’actrice nous confrme que la solidaritĂ©, la patience et la modestie sont les clĂ©s d’une rĂ©ussite assurĂ©e.

Loin de la dĂ©mesure et des folies du showbiz, la jeune femme conserve toujours une authenticitĂ© et une forte connexion avec ses racines. FidĂšle Ă  ellemĂȘme et Ă  ses origines, ni la renommĂ©e ni le prestige n’ont jamais Ă©tĂ© ses motivations pour exceller. Et la passion restera son moteur : « Il y a deux ans, j’ai travaillĂ© avec un collĂšgue canadien qui m’a rappelĂ© ce qu’est vraiment le mĂ©tier d’acteur : je fais ça parce que j’aime ça. Mais je n’en ai pas besoin. Ce dont j’ai besoin, c’est de ma famille et de ma passion, d’ĂȘtre heureuse. Et je ne peux pas ĂȘtre heureuse si je suis sĂ©parĂ©e des gens que j’aime. »

Instagram : @lilygladstone Fancy Dance, sur AppleTV Under the Bridge, sur Disney+

Texte RĂŒdiger Sturm
« J’aurais gagnĂ© le prix de la communautĂ© tribale. »
Lily Gladstone est étroitement liée à la culture indigÚne.

Oli France

L’aventurier

et chef d’expĂ©dition

anglais est en train d’écrire l’Histoire en voyageant du point gĂ©ographique le plus bas jusqu’au sommet des plus hautes montagnes sur les sept continents.

Des dĂ©serts aux jungles, des calottes glaciaires aux ocĂ©ans, l’aventurier anglais Oli France a traversĂ© 75 pays avant ses 33 ans. Son dernier dĂ©fi, The Ultimate Seven, verra le chef d’expĂ©dition et membre de la Royal Geographical Society devenir la premiĂšre personne Ă  voyager du point gĂ©ographique le plus bas au plus haut sur les sept continents, en n’utilisant que sa force musculaire. Cet exploit d’endurance s’étendra sur 24 000 km et vingt pays. France a terminĂ© l’étape africaine en septembre dernier, parcourant Ă  vĂ©lo 2 634 km de Djibouti Ă  la Tanzanie avant de gravir le Kilimandjaro. En mars, il a accompli la deuxiĂšme Ă©tape, parcourant Ă  vĂ©lo 5 774 km de la VallĂ©e de la Mort, en Californie, Ă  l’Alaska avant de grimper au sommet du Denali. Ensuite, il prĂ©voit une rando Ă  vĂ©lo de 2 400 km en Argentine, de la lagune salĂ©e Laguna del CarbĂłn suivie d’une ascension de 6 961 m de l’Aconcagua. Ici, il Ă©voque les hauts et les bas de la vie d’aventurier


the red bulletin : Comment as-tu transformĂ© l’aventure en carriĂšre ? oli france : J’ai grandi dans un milieu ouvrier, jouant au foot et au rugby. Je voulais passer chaque instant Ă  l’extĂ©rieur. J’ai dĂ©couvert l’exploration en participant Ă  un week-end d’escalade Ă  l’ñge de 17 ans. Pour la premiĂšre fois de ma vie, personne ne me disait de descendre ; on m’encourageait Ă  monter. Suite Ă  ça, j’ai Ă©tudiĂ© le leadership en plein air Ă  l’universitĂ©. J’ai rencontrĂ© des personnes partageant les mĂȘmes idĂ©es et j’ai passĂ© mes Ă©tĂ©s Ă  travailler au Moyen-Orient, en Afrique, en AmĂ©rique du Nord
 J’ai dĂ©veloppĂ© cette passion pour l’aventure.

Focus

Naissance Wigan (Angleterre) ; membre de la Royal Geographical Society ; au sommet du Denali il fait - 30 °C ; son sac Ă  dos contient 200 objets ; leçons de ses voyages : mĂȘme dans les endroits les plus sombres, il y a de la beautĂ©.

Tu as accompli des choses incroyables. The Ultimate Seven est encore un cran au-dessus. Comment est venue l’idĂ©e ? J’ai consacrĂ© la majeure partie de ma vie adulte Ă  l’aventure. Au fur et Ă  mesure, j’ai toujours eu de nouvelles idĂ©es. Certaines ont disparu, mais celle-ci, nĂ©e il y a une dĂ©cennie, est restĂ©e. Au dĂ©but, je pensais que c’était trop grand, trop effrayant, trop compliquĂ© logistiquement. Puis, en dĂ©veloppant mes compĂ©tences et mon expĂ©rience, je suis arrivĂ© au stade oĂč j’ai pensĂ© que je pouvais me lancer dans sept voyages vraiment audacieux, qui me mettraient au dĂ©fi de toutes les maniĂšres possibles.

Quel a Ă©tĂ© le plus grand dĂ©fi que tu aies rencontrĂ© jusqu’à prĂ©sent ?

Faire en sorte que les expĂ©ditions se rĂ©alisent est vraiment difficile. La partie en AmĂ©rique du Nord a Ă©tĂ© la plus grande et la plus coĂ»teuse que j’aie jamais organisĂ©e, ce qui signifiait convaincre beaucoup de gens de m’aider. Et cela m’a vraiment mis Ă  l’épreuve sur le plan physique. Trois jours aprĂšs le dĂ©but de l’expĂ©dition, mon corps Ă©tait en miettes alors que j’avais dix semaines Ă  tirer ! Je prenais des antidouleurs pour dormir. Je devais gĂ©rer les dangers et Ă©valuer les risques. J’étais assailli de doutes : « Est-ce que je vais y arriver ou est-ce que je vais dĂ©cevoir tout le monde ? »

Comment équilibres-tu les risques ?

Nous avons passĂ© trois semaines et demie sur le Denali, Ă  progression constante. Plus je m’élevais, plus les risques augmentaient, que ce soient les crevasses ou les avalanches. Il faut mettre son ego de cĂŽtĂ© et ignorer la « fiĂšvre du sommet ». En montagne, il existe des forces beaucoup plus puissantes que nous.

Qu’est-ce qui te motive ?

La question du « pourquoi » Ă©volue avec le temps. J’ai grandi avec un planisphĂšre accrochĂ© au mur, je voulais voir le monde. En me lançant dans le guidage, j’étais motivĂ© Ă  rencontrer le plus de gens possible. Avec The Ultimate Seven, je veux inspirer mes deux enfants. Sur le Denali, je ne me voyais pas leur dire : « J’ai essayĂ© quelque chose de trĂšs difficile, mais c’était trop compliquĂ©, alors j’ai juste abandonnĂ©. » Avoir cette conversation Ă©tait impensable.

Qu’est-ce que tu attends avec le plus d’impatience en AmĂ©rique du Sud ?

Ce sera une premiĂšre mondiale. DĂšs le premier jour, le dĂ©fi sera en fait d’arriver Ă  la ligne de dĂ©part. Le point le plus bas en AmĂ©rique du Sud est un terrain privĂ©, donc il pourrait y avoir des difficultĂ©s. Et le point le plus haut sera aussi le plus haut que j’aurai grimpĂ© de ma vie.

Quel conseil donnerais-tu aux futur·e·s aventuriers et aventuriÚres ?

Historiquement, les aventuriers viennent souvent d’un milieu Ă©litiste. J’étais vendeur de cuisines avant de me lancer dans les expĂ©ditions – je ne suis pas nĂ© avec une cuillĂšre en argent dans la bouche, et personne ne m’a pris par la main pour me guider dans la vie. Il y avait tant de raisons pour lesquelles je n’aurais pas dĂ» faire cela. Maintenant, je passe une partie de mon temps Ă  aller dans les Ă©coles et Ă  partager mon parcours. J’espĂšre que les jeunes pourront s’en inspirer et avoir la force et la conviction d’essayer. Personne ne vous soutiendra, personne ne croira en vous. La plus grande chose que vous puissiez faire est de croire en vous-mĂȘme. Si vous pouvez faire cela, vous pouvez accomplir de grandes choses.

Instagram : @oli_france

« J’étais vendeur de cuisines. Je ne suis pas nĂ© avec une cuillĂšre en argent dans la bouche. »

L’aventurier Oli France a pris un chemin peu frĂ©quentĂ©.

Lee Jung-jae

Lee Jung-jae Ă©tait dĂ©jĂ  une Ă©toile du cinĂ©ma en Asie avant que l’Occident ne le dĂ©couvre dans Squid Game. Voici comment un succĂšs planĂ©taire efface les diffĂ©rences culturelles.

La nouvelle sĂ©rie Star Wars, The Acolyte, a dĂ©marrĂ© en battant un record d’audience : 4,8 millions de spectatrices et spectateurs en seulement 24 heures se sont immergé·e·s, en juin dernier, dans le nouvel univers Star Wars, Ă©tablissant un beau record sur Disney+ cette annĂ©e. La sĂ©rie se dĂ©roule Ă  l’époque de la « Haute RĂ©publique », cent ans environ avant les Ă©vĂ©nements de La Menace FantĂŽme, le premier des neuf flms Star Wars, et 132 ans avant le classique La Guerre des Étoiles (1977). Dans cette sĂ©rie thriller/ mystĂšre, nous suivons le maĂźtre Jedi Sol dans ses enquĂȘtes. Au Festival de tĂ©lĂ©vision de Monte Carlo, l’acteur a troquĂ© son hoodie de Jedi contre un costume blanc haute couture. Avec sa cravate bien ajustĂ©e, il est sans conteste le maĂźtre Jedi le mieux habillĂ© de la galaxie. Cela peut ĂȘtre dĂ» au fait qu’il a commencĂ© sa carriĂšre comme mannequin, dĂ©couvert alors qu’il Ă©tait serveur dans un cafĂ© du quartier Gangnam-gu Ă  SĂ©oul (cĂ©lĂšbre grĂące au hit K-Pop Gangnam Style). Peu de temps aprĂšs, l’industrie du divertissement frappait Ă  sa porte. Depuis, il poursuit une carriĂšre forissante en CorĂ©e. En 2021, il a jouĂ© dans la sĂ©rie Ă  succĂšs Squid Game le rĂŽle de Seong Gi-hun, un joueur compulsif –NumĂ©ro 456 – et a attirĂ© l’attention du monde du cinĂ©ma occidental.

the red bulletin : Comment ta carriĂšre a-t-elle Ă©voluĂ© depuis Squid Game ? La sĂ©rie Netfix a-t-elle Ă©tĂ© un tremplin vers l’univers Star Wars ? lee jung-jae : Avant Squid Game, j’avais dĂ©jĂ  jouĂ© dans de nombreux flms et sĂ©ries tĂ©lĂ©visĂ©es, inconnus en dehors de

Focus

Né à Séoul, en Corée du Sud

AccÚs à la célébrité tardif

grĂące Ă  la sĂ©rie Netflix Squid Game, et la nouvelle sĂ©rie de Star Wars The Acolyte Âge 51 ans Penchant pour la mode ; il est ambassadeur de la marque Gucci Collectionneur d’Ɠuvres d’art IG @_jjlee ; 3,8 M de followers

la CorĂ©e. Squid Game a tout changĂ©. Du jour au lendemain, Hollywood avait les yeux sur moi. Leslye Headland, la crĂ©atrice et productrice artistique de la sĂ©rie The Acolyte, m’a voulu pour son projet. Et la deuxiĂšme saison de Squid Game va bientĂŽt sortir.

En quoi le plateau de tournage de Star Wars difĂšre-t-il des plateaux de tournage corĂ©ens ? Il y a peu d’histoires de science-fction dans notre culture. En ce qui concerne les plateaux, Hollywood et la CorĂ©e travaillent de maniĂšre similaire. Mais l’univers Star Wars fait exception. La conception des dĂ©cors, les costumes, les efets spĂ©ciaux, les accessoires – tout est surdimensionnĂ©. Le mythe Star Wars a commencĂ© dans les annĂ©es 70 et son cosmos a Ă©voluĂ© jusqu’à aujourd’hui. Surtout au niveau technique, les progrĂšs ont Ă©tĂ© rĂ©volutionnaires. Je dirais que c’est ce qui le difĂ©rencie le plus de l’industrie cinĂ©matographique corĂ©enne.

De plus en plus d’acteurs asiatiques font Ă©galement carriĂšre Ă  Hollywood... Les productions asiatiques me semblent populaires depuis longtemps aux ÉtatsUnis et en Europe. Autrefois, c’étaient

les flms japonais, chinois ou hongkongais. Depuis Squid Game, la CorĂ©e est in. Mais tout est fux. La vie est un fux dans lequel nous baignons tous. C’est un grand fux universel, en particulier via les rĂ©seaux sociaux. Ces derniers sont comme une loupe. Autrefois, seuls les cinĂ©philes connaissaient les grands flms asiatiques. GrĂące au web, tout se passe de maniĂšre plus globale. J’ai de la chance d’en profter. J’en suis reconnaissant. Il y a encore de nombreux trĂ©sors cachĂ©s dans le cinĂ©ma asiatique. J’espĂšre que nos cultures Ă©changeront davantage Ă  l’avenir.

Ton rÎle de maßtre Jedi « Sol » dans The Acolyte était ton premier rÎle en anglais. Est-il difcile de jouer dans une langue étrangÚre ?

TrĂšs difcile. Ma langue est habituĂ©e au corĂ©en (rires). Les muscles de ma langue ne voulaient pas s’adapter Ă  l’anglais. Chaque fois que je devais dire quelque chose, j’avais l’impression d’avoir un embouteillage dans la bouche. Ma langue se bloquait (rires). Mais je n’avais pas le choix. J’ai dĂ» apprendre en peu de temps Ă  parler cette langue Ă©trange sans m’essoufer. Pendant le premier mois de mon apprentissage, j’avais du mal Ă  dĂ©glutir et Ă  manger.

As-tu toujours Ă©tĂ© fan de l’univers

Star Wars ?

La premiĂšre fois que j’ai vu Star Wars –j’étais Ă  l’école primaire – j’étais secouĂ© et trĂšs Ă©mu. La grandeur de l’univers créé, l’histoire, les personnages, les designs –tout Ă©tait surdimensionnĂ©. Je suis devenu fan et j’ai vu chaque flm au cinĂ©ma. Mais je n’aurais jamais pu imaginer, mĂȘme dans mes rĂȘves les plus fous, faire partie de ce monde un jour.

Comment te transformes-tu en chevalier Jedi ?

Au dĂ©part, j’étais trĂšs nerveux. Le rĂŽle de Jedi est le Saint Graal des personnages de Star Wars. J’ai alors pris le parti de le rendre aussi humain que possible. Pas surdimensionnĂ©. Ni surpuissant. J’ai misĂ© sur la notion de « superpouvoirs contre humanitĂ© ». Mon Jedi devait montrer des Ă©motions. Le dĂ©f a Ă©tĂ© de savoir doser la part d’humanitĂ© et de rĂ©alisme que mon personnage pouvait adopter.

« La vie est un flux dans lequel nous baignons. »

Le CorĂ©en mise sur plus de connexions dans le cinĂ©ma Ă  l’internationale.

Claudia Ziegler Prises de vue

Texte Simon Schreyer
Photos Claudia Ziegler

DĂ©cembre 2016, premiĂšre ascension hivernale de White Magic (8b+), une voie sur la face nord du Kleiner Barmstein prĂšs de Salzbourg, ouverte par Alex Huber. Mich Kemeter lutte et tremble de froid : « Les prises Ă©taient minuscules et il faisait un temps glacial, c’était vraiment trĂšs dur. Contrairement Ă  nos calculs, les rayons du lever du soleil n’atteignaient pas la paroi mais illuminaient la mer de nuages en contrebas dans la vallĂ©e. Une vraie galĂšre mais de super photos », explique Claudia.

Plein air, lumiÚres naturelles et bonne humeur presque palpable sont la marque de fabrique de Claudia Ziegler. La photographe autrichienne a constitué un portfolio trÚs personnel qui réunit des alpinistes professionnels du monde entier en pleine action sur la roche.

La paroi ombragĂ©e d’Amalu, Ă  Tafraoute, est un point de mire parmi les falaises abruptes de l’Anti-Atlas marocain. Son granit tigrĂ© d’orange offre des conditions idĂ©ales. Ici, on voit Inbal Katznelson dans la voie Ninja Berber (7b), en 2019.

Inbal Katznelson photographiĂ©e en 2022 dans son pays natal, en IsraĂ«l. Comme il s’agit d’un instantanĂ©, la voie au second plan importe peu, l’objectif se focalise sur le jeu des ombres et des lumiĂšres sur le visage et l’expression d’Inbal. Une image en forme d’hommage aux peintures de la Renaissance.

Claudia Ziegler fait partie des trĂšs rares femmes dans le cercle fermĂ© des photographes d’escalade les plus convoitĂ©s au monde. Quelle a Ă©tĂ© sa premiĂšre passion, la photo ou l’escalade ? RĂ©ponse : « J’ai reçu mon premier appareil photo Ă  l’ñge de six ans, c’était un petit modĂšle rouge. La montagne, c’est venu bien plus tard, vers la vingtaine. »

Depuis, elle capture réguliÚrement les plus grands alpinistes du monde dans son objectif.

LibertĂ©, plein air, voyage : un triptyque essentiel dans le quotidien de cette Viennoise d’origine installĂ©e prĂšs de Salzbourg depuis une douzaine d’annĂ©es.

Et dans sa photographie ? « Pour moi, le plus important est l’aspect humain et les Ă©motions. L’autre thĂšme central est la lumiĂšre ainsi que les formes et les couleurs des rochers que je photographie. Il m’arrive souvent de choisir moi-mĂȘme la tenue des grimpeurs avant les sĂ©ances photos, pour crĂ©er une parfaite harmonie avec les tons du dĂ©cor. » claudiaziegler.com ; Instagram : @claudia.ziegler

En 2017, Claudia

(Ă  droite), dans la grotte d’Hayonim (IsraĂ«l) : « On n’escalade pas seulement les parois extĂ©rieures de la grotte en grĂšs, mais aussi les parois intĂ©rieures. Des voies ont Ă©tĂ© spĂ©cialement Ă©quipĂ©es et l’air y est plus frais. Pour photographier Rannveig sur la voie Samurai (7b), je suis descendue en rappel dans l’ouverture de sortie de la grotte, qui se rĂ©trĂ©cit vers le haut comme une cathĂ©drale. »

accompagne la grimpeuse norvégienne Rannveig Aamodt

D’origine lituanienne mais tyrolienne d’adoption, la grimpeuse et spĂ©cialiste de bloc Egle Kirdulyte s’est frottĂ©e aux Gorges du Verdon en 2015. L’escalade Ă©tant un sport trĂšs complexe, Claudia doit en connaĂźtre par cƓur les rĂšgles et les techniques pour en restituer fidĂšlement l’esthĂ©tique dans ses clichĂ©s. Son propre niveau d’escalade est de 8- sur l’échelle de cotation de l’UIAA (Union Internationale des Associations d’Alpinisme).

La grimpeuse Ă©gyptoitalienne Wafaa Amer en 2017 sur un bloc dans la forĂȘt de Ginzling, l’un des plus anciens secteurs de bloc du Zillertal (Autriche). Cette variante sur l’arĂȘte de la voie Leischtl n’est pas trop complexe (6c+), mais la photo renvoie parfaitement ce sentiment d’intense concentration dans la quiĂ©tude de la forĂȘt.

Regard vers le ciel : Ofer Blutrich pend comme un minuscule pantin en haut d’une grotte karstique creusĂ©e en forme de soucoupe Ă  Keshet (IsraĂ«l) en 2020. Depuis, l’escalade y a Ă©tĂ© interdite, comme dans beaucoup d’autres endroits du pays. Cette voie en surplomb, une 8a trĂšs exposĂ©e en suspension, est appelĂ©e « Icarus ». Ofer n’a plus que quelques mouvements Ă  faire pour atteindre enfin le sommet libĂ©rateur. « Il n’y a rien Ă  redire sur cette photo. Je l’adore », raconte Claudia.

Shauna Coxsey est une des meilleures grimpeuses britanniques de sa gĂ©nĂ©ration. Elle a remportĂ© la Coupe du monde de bloc en 2017 et coprĂ©sentĂ© les compĂ©titions d’escalade lors des Jeux olympiques d’étĂ© de 2024. Ce portrait de 2015 est tirĂ© du recueil photos de Claudia, The Young Savages : « Cette image me fait sentir toute l’ouverture d’esprit et la dĂ©contraction de Shauna, et les miennes par la mĂȘme occasion : je me sens trĂšs proche d’elle ! »

« Si je fais tout mon possible pour restituer au mieux ma vision concrĂšte d’une image, je prĂ©vois toujours des alternatives. S’accrocher trop fermement Ă  une idĂ©e ne rend pas toujours heureux, dans la photo comme dans la vie rĂ©elle. »
« Pour que les autres s’ouvrent devant ton objectif, il faut t’ouvrir toi aussi ! »

L’alpiniste sud-tirolien Simon Gietl (au premier plan) et son collĂšgue suisse Roger SchĂ€li viennent d’en finir avec une trĂšs longue voie sur l’üle grecque de Kalymnos, en 2016. On le sent bien dans l’expression corporelle et faciale de Roger, les deux compĂšres sont complĂštement Ă©puisĂ©s.

« MĂȘme si le soleil s’était dĂ©jĂ  couchĂ©, il faisait encore si chaud que les deux ont fini la descente en rappel sur les rotules », se souvient Claudia.

DES AIIILES POUR L‘HIVER.

NOUVEAU

STIMULE LE CORPS ET L’ESPRIT.

Iced Gummy Bear

SES PLUS BELLES ANNÉES

Texte Christof Gertsch
Photos Sandro Baebler Styling Patrick HĂ€usermann

Concentration maximale. Lors de notre sĂ©ance photo Ă  Zurich, la triathlĂšte d’exception Daniela Ryf ne se contente pas de passer en revue ses trois disciplines, elle dirige Ă©galement le programme d’échauffement.

« AVEC AUTANT DE SACRIFICES, JE VOULAIS LA VICTOIRE ENCORE PLUS FORT. »

Course Ă  pied, natation, cyclisme. Le triathlon est l’un des sports les plus exigeants qui soient, et nĂ©cessite une concentration et une discipline absolues.

Vision en tunnel : elle en avait besoin pour l’entraĂźnement rigoureux qui l’a propulsĂ©e au sommet mondial et qui l’y a longtemps maintenue.

« JE

REVIVRAIS BIEN LES DIX

DERNIÈRES ANNÉES : LES VICTOIRES, LES CÉLÉBRATIONS,

LA JOIE. MAIS JE NE VOUDRAIS PAS POUR AUTANT ACCOMPLIR

UNE SECONDE FOIS

TOUS

CES EFFORTS. »

the red bulletin : Vous souvenez-vous de votre toute premiĂšre course ?

daniela ryf : Bien sĂ»r, c’était en 1999 Ă  Zuchwil, dans le canton de Soleure. J’avais douze ans.

Avec ce que vous savez aujourd’hui, que diriezvous Ă  votre moi de l’époque ?

(Rires.) Rien, je pense. De toutes façons, le moi de l’époque ne m’écouterait pas. Je faisais ce que je voulais, je n’écoutais personne. Il y a peu, j’ai relu d’anciens cahiers d’entraĂźnement et me suis rendu compte que, dĂ©jĂ , ce que j’aimais le plus, c’était les dĂ©fs extrĂȘmes. Aller dehors et me donner Ă  fond – j’ai toujours eu ça en moi. Mais oui, il y a une chose que j’aurais bien aimĂ© savoir plus tĂŽt : que j’avais aussi le droit de prendre les choses Ă  la lĂ©gĂšre de temps en temps et d’en profter un peu. La question Ă©tant de savoir si j’aurais Ă©tĂ© aussi loin dans ce cas-lĂ ... Je n’en sais rien.

Votre carriĂšre de triathlĂšte s’étend sur un quart de siĂšcle. Pouvez-vous nous expliquer pourquoi vous avez continuĂ© si longtemps ?

En fait, la seule fois oĂč j’ai pensĂ© prendre ma retraite, c’était aprĂšs les JO de Londres en 2012. J’ai continuĂ© parce que je n’avais rien d’autre. Quand on a une alternative, c’est plus facile d’arrĂȘter. À cette Ă©poque, le triathlon, c’était toute ma vie. C’est quand j’ai commencĂ© Ă  suivre un cursus de Food Science & Management Ă  la Haute Ă©cole des sciences agronomiques, forestiĂšres et alimentaires de Zollikofen que les choses ont changĂ©. À partir de lĂ , j’ai su que j’avais un plan B si jamais ça devait s’arrĂȘter un jour.

La vie de triathlĂšte a-t-elle pu ĂȘtre trop difcile ?

Vers la fn, oui. Je revivrais bien, disons, les dix derniÚres années : les victoires, les célébrations, la joie. Mais je ne voudrais pas pour autant accomplir une

La devise de Daniela Ryf : « Y aller et tout donner. » Elle n’a pas changĂ© au cours de sa longue carriĂšre.

AprĂšs une piqĂ»re de mĂ©duse, loin d’abandonner, elle a rĂ©alisĂ© un record personnel !

« CURIEUSEMENT, C’EST À HAWAÏ QUE J’AI RÉALISÉ

MON MEILLEUR TEMPS, UNE FOIS LA PRESSION RETOMBÉE. »

seconde fois tous ces eforts. C’était une pĂ©riode intense. Chaque annĂ©e se divisait en trois phases : six mois tranquilles, trois mois de concentration et enfn les trois mois avant l’Ironman d’HawaĂŻ, qui Ă©taient loin d’ĂȘtre agrĂ©ables. J’étais comme dans un tunnel, sous tension, Ă  feur de peau, Ă  la limite. Je devais me mettre dans cet Ă©tat pour rĂ©ussir Ă  m’entraĂźner aussi dur qu’il le fallait. Et en mĂȘme temps, je me renfermais tellement sur moi-mĂȘme que cela me mettait une pression de dingue. Avec un tel niveau de sacrifce, je voulais d’autant plus dĂ©crocher la victoire.

La pression était-elle parfois trop forte ?

Oui, souvent. En mĂȘme temps, tout se passait bien. Curieusement, c’est Ă  HawaĂŻ que j’ai rĂ©alisĂ© mon meilleur temps, une fois la pression retombĂ©e.

En 2018.

C’est ça. C’est lĂ  que je me suis fait piquer Ă  l’aisselle par une mĂ©duse, juste avant le dĂ©part de la natation. Ça me brĂ»lait horriblement, je ne savais pas si c’était grave ou pas. J’ai quand mĂȘme commencĂ© Ă  nager, mais j’ai tout de suite Ă©tĂ© distancĂ©e par les meilleures.

J’hĂ©sitais Ă  laisser tomber. Dans ma tĂȘte, je me voyais dĂ©jĂ  en train de pleurer dans ma chambre d’hĂŽtel, déçue d’avoir abandonnĂ©. Alors j’ai continuĂ©. Je me suis dit : « Peu importe si je suis super lente, il faut que j’aille jusqu’au bout – pour moi, mais aussi pour tous ces gens venus Ă  HawaĂŻ pour me soutenir. » Je n’avais plus de pression, plus d’attentes. J’étais libĂ©rĂ©e.

Quand je suis sortie de l’eau, j’avais dix minutes de retard, mais j’ai pu me rattraper avec le vĂ©lo et la course Ă  pied. J’ai gagnĂ© en 8 h 26 min 18 sec, aucune femme n’avait jamais Ă©tĂ© aussi rapide avant cela.

Comment avez-vous gĂ©rĂ© la pression toutes les autres fois oĂč vous n’avez pas eu la « chance » de vous faire piquer par une mĂ©duse ? Quand la pression Ă©tait vraiment trop forte, je me forçais Ă  rĂ©aliser toute l’insignifance de ce que j’étais en train de faire. Ça peut paraĂźtre bizarre, mais ça m’a beaucoup aidĂ©e. Je mettais ma course en perspective avec ce qui compte rĂ©ellement dans la vie, et je me disais que ce que j’étais en train de faire, c’était du luxe.

Diriez-vous que la pression est une bonne chose ? Il y a deux types de pression. D’un cĂŽtĂ©, le climat de compĂ©tition, cette lĂ©gĂšre tension nerveuse, la poussĂ©e d’adrĂ©naline parce qu’on sait que ça va ĂȘtre un moment dĂ©cisif. C’est une bonne pression, elle envoie au corps et Ă  la tĂȘte le signal que quelque chose est en train de se passer. Mais Ă  cĂŽtĂ© de ça, il y a une pression trĂšs difĂ©rente. On la crĂ©e soi-mĂȘme, mais elle vient aussi des attentes du public. C’est une pression trĂšs pesante et je ne pense pas qu’il y ait du bon lĂ dedans. On peut peut-ĂȘtre la gĂ©rer plus ou moins bien, mais elle n’a rien de vraiment positif. Plus on arrive Ă  s’en libĂ©rer, plus on a de chances de rĂ©ussir.

Dans quelle autre discipline sportive auriez-vous aimĂ© faire partie de l’élite mondiale ?

(Rires.) Dans une discipline qui nĂ©cessite moins d’entraĂźnement. Mais la vĂ©ritĂ©, c’est que le triathlon est quand mĂȘme un sport assez gratifant : dĂ©jĂ , c’est une discipline honnĂȘte – plus on s’investit, plus le bĂ©nĂ©fce est grand. Et puis, on peut pratiquer le triathlon Ă  un niveau Ă©levĂ© plus longtemps que d’autres sports.

TRIOMPHE

L’incroyable athlĂšte a remportĂ© cinq fois l’Ironman d’HawaĂŻ, dont quatre victoires consĂ©cutives. Alors que beaucoup l’avaient dĂ©jĂ  relĂ©guĂ©e au second plan, Daniela Ryf est revenue en force.

2015

Huit courses, huit victoires : c’était le bilan de cette annĂ©e-lĂ . Daniela Ryf a surpassĂ© toutes les autres. MĂȘme si Ă  HawaĂŻ, elle Ă©tait tendue – plus qu’elle ne le serait jamais par la suite – parce que son entraĂźneur Brett Sutton lui avait dit, aprĂšs sa deuxiĂšme place l’annĂ©e prĂ©cĂ©dente, que si l’on ne gagnait pas Ă  HawaĂŻ lors d’une de ses premiĂšres participations, on n’y arriverait jamais. Sans compter qu’elle avait ses rĂšgles, ce qui s’accompagnait toujours de douleurs extrĂȘmes chez elle. Quand elle a franchi la ligne d’arrivĂ©e en tĂȘte, il y a surtout une chose qu’elle a ressentie : un profond soulagement.

2016 On dit qu’il n’y a rien de plus difficile que de rĂ©itĂ©rer un succĂšs. Daniela, bien que tenante du titre, ne pensait pas encore faire partie des meilleures du monde cette annĂ©e-lĂ . Elle allait devoir faire ses preuves Ă  nouveau. Mais au final, cette deuxiĂšme victoire Ă  HawaĂŻ a Ă©tĂ© « facile » – peut-ĂȘtre plus facile pour elle que pour n’importe qui d’autre. Avec prĂšs d’une demi-heure d’avance sur la deuxiĂšme, l’écart n’avait jamais Ă©tĂ© aussi grand.

2017

Trois victoires d’affilĂ©e : avant elle, seules la recordwoman Paula Newby-Fraser, ainsi que Natascha Badmann et Chrissie Wellington, avaient rĂ©ussi cet exploit. Pourtant, Daniela n’avait pas misĂ© sur la victoire. Toute la saison, elle avait souffert de douleurs dans le dos et Lucy Charles-Barclay, qui allait devenir sa principale rivale, lui avait jurĂ© une attaque en rĂšgle
 qui n’a finalement rien donnĂ©.

2018

Inoubliable : l’annĂ©e de la mĂ©duse. Une surprise de taille. Daniela a bouclĂ© l’Ironman d’HawaĂŻ plus rapidement qu’aucune autre femme avant elle, alors qu’elle pensait encore Ă  abandonner pendant la natation. C’est dire la douleur qu’elle ressentait aprĂšs s’ĂȘtre fait piquer par une mĂ©duse juste avant le dĂ©part.

2021 Sa derniĂšre victoire Ă  HawaĂŻ, ce n’est pas Ă  HawaĂŻ que Daniela l’a remportĂ©e, mais Ă  Saint George, dans l’Utah, oĂč le lĂ©gendaire triathlon s’est exilĂ© cette annĂ©e-lĂ  pour cause de Covid. En 2019, elle avait Ă©tĂ© malade Ă  HawaĂŻ et, pour la premiĂšre fois, elle n’avait pas rĂ©ussi Ă  se hisser sur le podium. Beaucoup Ă  l’époque avaient dĂ©jĂ  fait une croix sur elle, estimant que sa carriĂšre Ă©tait terminĂ©e. Cette cinquiĂšme victoire a donc Ă©normĂ©ment comptĂ© pour elle – elle a clouĂ© le bec aux sceptiques et aux mauvaises langues.

Y a-t-il un autre sport que vous maĂźtrisez bien ?

Avant, j’étais trĂšs bonne en ski, je n’avais peur de rien. Mais j’ai dĂ» arrĂȘter Ă  cause du risque de blessure.

Quel fut le moment le plus difcile de votre carriĂšre ?

RĂ©cemment, quand j’ai dĂ» dĂ©cider de tout arrĂȘter et d’avancer ma retraite, qui Ă©tait prĂ©vue pour la fn de l’annĂ©e. Je suis du genre Ă  vouloir aller au bout des choses. Je voulais une derniĂšre chance de tout donner et profter des derniĂšres courses. Mais je n’ai pas rĂ©ussi Ă  me dĂ©barrasser de cette infammation au bas de la colonne vertĂ©brale. Sur certaines sessions d’entraĂźnement, je me suis dit cinq fois que je ne rĂ©ussirais pas Ă  aller plus loin. Mais j’ai continuĂ©. Jusqu’à ce que je comprenne qu’il fallait que j’écoute mon corps.

Quel a été le plus beau moment de votre carriÚre ?

(RĂ©fĂ©chit longuement.) Je ne pourrais pas vous citer une compĂ©tition en particulier, ni une ligne d’arrivĂ©e plus que les autres. J’ai remportĂ© trop de victoires

« SE DEMANDER SUR QUOI ON PEUT FAIRE LE PLUS DE PROGRÈS, ET SE CONCENTRER LÀ-DESSUS. »

toutes difĂ©rentes pour cela. Mais si vous me demandez ce Ă  quoi je prĂ©fĂšre repenser, ce ne sont pas les mĂ©dailles, les coupes ou les prix. Ce sont les moments passĂ©s avec mes amis et ma famille le soir aprĂšs une course. AprĂšs avoir accompli quelque chose qui, non seulement, me faisait plaisir Ă  moi, mais aussi aux autres. J’ai vĂ©cu un de ces moments l’annĂ©e derniĂšre, aprĂšs l’Ironman de Roth. La prĂ©paration avait Ă©tĂ© difcile, je ne m’étais pas assez entraĂźnĂ©e Ă  cause d’une gastro-entĂ©rite. Si j’ai pris le dĂ©part, c’est uniquement parce que je ne voulais pas dĂ©cevoir ma mĂšre, qui avait dĂ©jĂ  planifĂ© ses vacances d’étĂ© autour de cette date. Et fnalement, tout s’est trĂšs bien passĂ©, j’ai mĂȘme remportĂ© la victoire – avec le meilleur temps mondial sur la distance de l’Ironman en plus. Le soir, on a cherchĂ© un endroit pour manger pour tout le groupe, mais les restaurants Ă©taient tous complets. Alors, on s’est fait livrer des pizzas et on s’est posĂ©s tous ensemble sur une aire de jeux. C’était gĂ©nial.

De quoi ĂȘtes-vous fĂšre ?

D’avoir rĂ©ussi Ă  faire en sorte que mon bonheur dans la vie ne dĂ©pende pas que du sport, et cela, en partie grĂące Ă  ma compagne, Jenny.

Comment savoir s’il faut abandonner ou si l’on peut encore continuer ?

(Rires.) Grande question. On pourrait Ă©crire un livre dessus. Je dirais que tant que c’est moins douloureux de continuer que de s’arrĂȘter, on peut persĂ©vĂ©rer.

Faut-il ĂȘtre insatisfaite pour se faire soufrir ?

J’ai toujours Ă©tĂ© Ă©tonnĂ©e par la briĂšvetĂ© de la sensation de joie aprĂšs une victoire. Y compris aprĂšs les grandes victoires. J’ai travaillĂ© pendant un an, j’ai remportĂ© l’Ironman d’HawaĂŻ – et j’ai peut-ĂȘtre Ă©tĂ©

« LES TRIATHLÈTES

ACCORDENT UNE

GRANDE IMPORTANCE

À L’OPTIMISATION DE SOI.

JE NE SUIS PAS CERTAINE

QU’IL FAILLE EN FAIRE

AUTANT DANS LA VIE DE

TOUS LES JOURS. »

vraiment heureuse pendant trois jours. Bien sĂ»r, c’est trĂšs gratifant Ă  long terme de remporter une Ă©preuve aussi importante, mais je me suis toujours retrouvĂ©e assez rapidement Ă  un stade oĂč je me disais : « Okay, maintenant il faut que je me remette au travail pour pouvoir encore m’amĂ©liorer. » Est-ce que c’était de l’insatisfaction ? Je ne sais pas. Je dirais plutĂŽt de l’envie. Je pense que le fait d’ĂȘtre profondĂ©ment satisfait de sa vie n’est pas incompatible avec la capacitĂ© de s’entraĂźner trĂšs dur. Mais pour ma part, j’ai constatĂ© que cela me demandait plus d’eforts de me faire soufrir quand j’étais heureuse.

Qu’est-ce qui vous a rendue le plus heureuse : l’entraĂźnement ou la compĂ©tition ?

L’entraĂźnement. Malheureusement, je n’ai jamais pu profter longtemps de cette agrĂ©able sensation d’avoir accompli quelque chose, parce qu’en tant que triathlĂšte, on doit s’entraĂźner trois fois par jour. Quand je rentrais de la natation, tout ce qui m’importait, c’était de manger le plus vite possible pour pouvoir ensuite me coucher le plus tĂŽt possible afn de rĂ©ussir Ă  enfourcher mon vĂ©lo le plus rapidement possible. Et ainsi de suite.

Comment s’entraüne-t-on à faire des choses pour lesquelles on n’a pas de talent ?

Ce n’est sĂ»rement pas vrai pour tout, mais d’une maniĂšre gĂ©nĂ©rale, je dirais que c’est dans les domaines que l’on maĂźtrise le moins que l’on a le plus de marge de progression. Cela peut aider de s’en souvenir.

Vaut-il mieux accentuer ses points forts ou améliorer ses points faibles ?

Laissez-moi vous poser une autre question à la place : est-on vraiment obligé de tout optimiser dans la vie ?

Bien sĂ»r, jusqu’à prĂ©sent, je vivais selon cette devise, les triathlĂštes accordent une trĂšs grande importance Ă  l’optimisation de soi. Mais je ne suis pas sĂ»re qu’il faille en faire autant dans la vie de tous les jours. Pour un Ironman, je dirais qu’on ne peut pas

vraiment se permettre d’avoir de faiblesse. Si on fanche dans une discipline, on est dĂ©jĂ  sur la touche Ă  peine la compĂ©tition commencĂ©e. En cas de doute, vu qu’on n’a gĂ©nĂ©ralement pas assez de temps pour tout, je dirais qu’il faut se demander sur quoi on peut faire le plus de progrĂšs, et se concentrer lĂ -dessus. Pour la plupart, ce sera un point faible. Mais pour d’autres, cela peut aussi ĂȘtre leur force.

Quelles sont les gens que vous admirez ?

Personne que je ne connaisse pas personnellement. Je n’ai jamais eu d’idoles, je n’ai jamais Ă©tĂ© du genre Ă  avoir des posters d’athlĂštes ou de pop stars dans ma chambre quand j’étais petite. J’ai aussi toujours eu du mal Ă  comprendre comment des gens qui ne me connaissent pas personnellement pouvaient m’admirer. Je me disais que je n’étais pas si exceptionnelle que cela, qu’il s’avĂ©rait que j’étais seulement un peu plus douĂ©e que les autres en natation, en vĂ©lo et en course Ă  pied. Moi, ce qui m’impressionne, ce sont plutĂŽt les gens de mon entourage, comme cette collĂšgue qui a une famille avec deux enfants – et qui, en plus, a lancĂ© une entreprise de ftness qui marche bien, et qui gĂšre tout cela Ă  merveille.

À quoi pensez-vous quand vous ne pensez plus à rien ?

Je n’en sais rien. Tout ce que je sais, c’est que ces moments sont extrĂȘmement rares. Mais ce sont les meilleurs moments. Je suis plutĂŽt du genre Ă  trop penser, mĂȘme pendant une Ă©preuve. Cela m’est rarement arrivĂ© d’entrer dans cet Ă©tat de fow absolu, oĂč tout se dĂ©roule de maniĂšre fuide, sans qu’il faille rĂ©fĂ©chir à quoi que ce soit. C’est Ă  vĂ©lo que j’y parvenais le plus facilement, quand je roulais vite et que mon corps savait exactement ce qu’il avait Ă  faire. Mais de toute façon, pour moi, le meilleur endroit pour entrer en transe, cela n’a jamais Ă©tĂ© un lieu de compĂ©tition. Ça a toujours Ă©tĂ© le dancefoor.

Qu’envisagez-vous de faire aprùs ?

J’ai beaucoup de projets en tĂȘte que j’aimerais rĂ©aliser, certains sont dĂ©jĂ  bien avancĂ©s. L’annĂ©e prochaine, je souhaite collaborer encore plus Ă©troitement avec l’application de ftness Muuvr. J’ai Ă©galement rejoint Humango, une application de coaching oĂč chacun peut se prĂ©parer Ă  un objectif personnel – par exemple, au Wings for Life World Run. En mars, j’organise une safari Ă  vĂ©lo au Kenya, oĂč nous collecterons des fonds pour ma fondation. La cerise sur le gĂąteau : je mets en jeu mon vĂ©lo de contre-la-montre de l’annĂ©e derniĂšre pour cela.

danielaryf.ch danielaryf-foundation.com

« Je suis trĂšs rarement entrĂ©e dans cet Ă©tat de flow oĂč tout se passe naturellement, sans que j’aie Ă  rĂ©flĂ©chir », dĂ©clare Daniela Ryf. Quand cela arrivait, c’était le plus souvent dans sa discipline favorite, le vĂ©lo.

Sous la planche

Texte Lisa Hechenberger
Photos Andre Carvalho

PLONGÉE EN APNÉE

Morgan

L’apnĂ©iste
Bourc’his (Ă  gauche) avec le champion de surf Nic von Rupp pour sa premiĂšre sĂ©ance d’apnĂ©e.

Légende du surf de grosses vagues,

Nic von Rupp se sent comme Ă  la maison au milieu des vagues immenses et pĂ©rilleuses. Mais ĂŽtez-lui sa planche et les choses se compliquent. En compagnie de l’apnĂ©iste professionnel français Morgan Bourc’his, le Portugais affronte son angoisse des profondeurs et redĂ©couvre ainsi son second chezsoi avec un regard et un calme rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©s.

Born to dare. Nic von Rupp (Ă  gauche) et Morgan Bourc’his se sont connus au GP de Formule 1 de Barcelone, lors d’un Ă©vĂ©nement organisĂ© par leur sponsor commun, Tudor Watch. Coup de foudre amical immĂ©diat pour ces deux amoureux de l’ocĂ©an.

Premiers secours. Le jet skieur professionnel Sergio Cosme est toujours aux cĂŽtĂ©s de Nic pour le sortir de la zone de danger aprĂšs un wipe-out (autrement dit une chute grave) et avant l’arrivĂ©e de la prochaine vague.

Nic a peu de temps pour respirer entre l’entraĂźnement, le surf et la production de contenu pour les sponsors et les rĂ©seaux sociaux !

PremiĂšres sessions d’apnĂ©e pour Nic dans la piscine de l’hĂŽtel

Arribas Sintra, situĂ© Ă  quelques mĂštres de l’ocĂ©an Atlantique.

« Il faut ĂȘtre en bonne santĂ© physique pour faire de l’apnĂ©e, mais au final, tout tourne

autour de la sĂ©rĂ©nitĂ© absolue. »

Morgan Bourc’his

Morgan prépare Nic au prochain workout et lui montre comment étirer les abdos obliques et latéraux.

S«i je ne suis pas remontĂ© dans cinq minutes, vous saurez que c’en est fini pour moi », plaisante le surfeur Nic von Rupp juste avant de se laisser glisser du speed boat dans les eaux froides de l’Atlantique. Un membre de son Ă©quipe lui demande s’il est nerveux. « Je ne sais pas..., rĂ©pond-il l’air Ă©trangement sĂ©rieux. Il y a beaucoup d’émotions qui se bousculent dans ma tĂȘte, lĂ . »

48 heures plus tĂŽt

Le soleil se lĂšve Ă  peine sur le village portugais de NazarĂ© mais on sent dĂ©jĂ  que la tempĂ©rature va monter en flĂšche. C’est dans la zone portuaire que se trouve l’entrepĂŽt de Nic, qui lui sert Ă  la fois d’espace de stockage, de bureau et d’atelier. Et c’est lĂ  aussi que se dĂ©roule la premiĂšre rencontre entre lui et le plongeur en apnĂ©e, Morgan Bourc’his, venu de France pour une sĂ©ance photo avec leur sponsor commun, Tudor Watch. Pour une plongĂ©e vraiment spĂ©ciale. Morgan est clairement impressionnĂ© par la dĂ©coration alentour, avec les planches de surf de Nic, de diffĂ©rentes tailles et modĂšles, celles que le Portugais d’origine germano-amĂ©ricaine et suisse utilise actuellement, et toutes les autres qui n’ont pas survĂ©cu Ă  la derniĂšre vague. À cĂŽtĂ©, des lycras multicolores ornent les murs, souvenirs de ses nombreux succĂšs, le plus rĂ©cent remontant au Biggest Wave Award 2023, lors duquel Nic a domptĂ© une vague de 27 mĂštres Ă  NazarĂ©, Ă  seulement un mĂštre du record du monde actuel.

EntraĂźnement au sec. Morgan pousse Nic Ă  ses limites. But de l’exercice : faire monter le rythme cardiaque et simuler une situation oĂč Nic est pris dans une grosse vague et doit retenir son souffle le plus longtemps possible malgrĂ© l’épuisement.

Le grand saut. Nic saute d’un tremplin de 3 mĂštres avec une ceinture de poids de 10 kilos pour augmenter l’impact Ă  la surface de l’eau. Les vagues elles-mĂȘmes sont parfois aussi dures que du bĂ©ton.

« Le surf, c’est bien plus qu’un sport. C’est un mode de vie, une maniĂšre d’ĂȘtre », explique Nic, Ă©ternel sourire aux lĂšvres, regard vert-azur brillant, saluant les pĂȘcheurs qui passent d’un signe amical de la main. Il a commencĂ© Ă  surfer Ă  l’ñge de neuf ans et signait dĂ©jĂ  ses premiers sponsors Ă  onze ans. « Ici, on profite de l’ocĂ©an Atlantique et de certaines des plus grandes vagues du monde, explique l’athlĂšte. Les gens du coin sont habituĂ©s aux conditions extrĂȘmes, ce qui explique pourquoi je me sens aussi Ă  l’aise dans les grosses vagues, selon moi. » Un sentiment de bien-ĂȘtre qui n’exclut pas un immense respect pour ces vagues massives et potentiellement mortelles. « Mes parents et ma petite amie ne sont jamais trĂšs rassurĂ©s quand je surfe. Mais ils savent que je suis prudent et que je prends mes

dĂ©cisions de maniĂšre trĂšs consciente. J’ai bien l’intention de vivre longtemps, et en bonne santĂ©. »

C’est pour cette raison que Morgan est ici. Passer le plus de temps possible sous la surface de l’eau, avec une seule inspiration, c’est la spĂ©cialitĂ© du Français de 47 ans. Dans le jargon, on appelle cela le CNF, pour Constant weight, no fins. Triple champion du monde de plongĂ©e en apnĂ©e, son dernier titre remonte Ă  2019, avec une marque personnelle de 91 mĂštres de profondeur. C’est cet art qu’il veut enseigner Ă  Nic.

« ForcĂ©ment, il ne s’agit pas que de retenir son souffle, quoique finalement
 » rigole Morgan, bien conscient des annĂ©es de travail acharnĂ© pour accomplir de telles performances et pouvoir, comme lui, survivre sept minutes et demie sous l’eau sans reprendre une seule fois son souffle.

« MĂȘme si j’ai grandi Ă  JouĂ©-lĂšs-Tours, loin de la cĂŽte, j’ai toujours eu une relation trĂšs spĂ©ciale avec la mer. J’ai eu la chance de beaucoup voyager avec mes parents, notamment en MĂ©diterranĂ©e. Ce sont des lieux qui sont restĂ©s gravĂ©s dans ma mĂ©moire. J’avais dĂ©jĂ  22 ans quand, au cours de mes Ă©tudes de sport, j’ai ressenti l’appel irrĂ©sistible de l’ocĂ©an. Et comme je voulais faire des recherches sur la physiologie cardiovasculaire en apnĂ©e, j’ai dĂ©mĂ©nagĂ© Ă  Marseille et suis devenu mon propre cobaye. »

L’heure H. Morgan Bourc’his donne ses derniers conseils. Une routine pour lui mĂȘme s’il ne s’en lasse jamais. Nic Ă©coute, l’air concentrĂ©. Le but fixĂ© : une plongĂ©e Ă  15 mĂštres.

Calendrier serré

L’objectif commun est clair : la toute premiĂšre sĂ©ance de plongĂ©e en apnĂ©e de Nic von Rupp, pour qu’il ait Ă  l’avenir moins peur et plus de contrĂŽle en cas de wipe-out (situation potentiellement mortelle oĂč un surfeur est projetĂ© violemment de sa planche et entraĂźnĂ© sous l’eau). « Sans planche, je ne me sens pas Ă  l’aise dans la mer, reconnaĂźt Nic. Je n’aime pas la profondeur, et l’une de mes plus grandes peurs est de manquer d’oxygĂšne. » Les futures sĂ©ances d’entraĂźnement avec Morgan sont censĂ©es le prĂ©parer Ă  cela. La premiĂšre a lieu sur place dans l’entrepĂŽt, avec quelques bases d’apnĂ©e comme le fait de respirer lentement et profondĂ©ment du ventre et les inspirations rapides et rythmĂ©es. « Certes, il faut ĂȘtre en trĂšs bonne forme physique pour faire de l’apnĂ©e, mais au final, tout tourne autour de la sĂ©rĂ©nitĂ© absolue. Plus on est serein, fluide et dĂ©tendu, plus c’est simple », confie Morgan Ă  Nic avec une zen attitude que bien des maĂźtres yogis lui envieraient.

Peu importe l’exigence du programme, des gestes furtifs (une tape amicale sur l’épaule, un compliment, une conversation animĂ©e) viennent rĂ©guliĂšrement souligner le respect mutuel entre les deux athlĂštes et le lien qui unit ces deux amoureux de l’ocĂ©an, chacun Ă  sa maniĂšre. MĂȘme quand Morgan (lui d’ordinaire si tranquille) hurle Ă  pleins poumons “Go! Go! Go!” lors d’une sĂ©ance intense au gymnase oĂč Nic sue Ă  grosses gouttes en pĂ©dalant fĂ©rocement sur un vĂ©lo elliptique. Ou encore lors de la « session statique dans l’eau », comme l’appelle Morgan, exercice assez curieux Ă  observer avec un Nic immobile, flottant sur le ventre dans la piscine, pendant que Morgan le tourne, le pousse et lui donne des instructions,

Sous pression

L’art de l’apnĂ©e exige une sĂ©rĂ©nitĂ© absolue, dans la tĂȘte comme dans l’eau. Par contre, le reste du corps s’agite dans tous les sens.

Pilote automatique

Des rĂ©flexes se dĂ©clenchent dĂšs que le visage est immergĂ© dans l’eau froide, avec, entre autres, diminution du rythme cardiaque et centralisation de la circulation sanguine (bloodshift).

ArrĂȘte ton cinoche « Il faut s’habituer au manque d’oxygĂšne, explique Morgan, sinon ton cerveau te rĂ©pĂšte sans cesse que tu vas mourir, et ton corps passe en mode panique et consomme encore plus rapidement l’oxygĂšne. »

Les poumons 
 se compriment Ă  mesure que la profondeur augmente. À environ 40 mĂštres sous l’eau, ils atteignent leur volume rĂ©siduel et ne peuvent plus se rĂ©tracter davantage.

Un pĂšre pour la mer. Aujourd’hui, Morgan ne participe plus activement aux compĂ©titions mais se consacre Ă  la protection des ocĂ©ans et des crĂ©atures qui y vivent en participant Ă  diffĂ©rentes expĂ©ditions de recherche et divers projets Ă  travers le monde.

Bol d’air. La bouĂ©e de Morgan permet aux deux athlĂštes de flotter Ă  la surface de l’eau avec un minimum d’effort lorsqu’ils remontent pour respirer et se reposer briĂšvement entre deux plongĂ©es, sans avoir Ă  retourner sur le bateau.

jusqu’à la tombĂ©e de la nuit et que les lumiĂšres de la piscine indiquent qu’il est temps de garder ses forces pour le lendemain.

M. Parfait et la maĂźtrise du souffle

Le moment est enfin arrivĂ©. Le speed boat quitte le port de Sesimbra, Ă  environ 160 km au sud de NazarĂ©, pour longer la cĂŽte vers l’Atlantique. Le maĂźtre zen semble avoir un objectif prĂ©cis en tĂȘte. « L’environnement est extrĂȘmement important pour le premier essai », prĂ©cise Morgan qui a l’habitude d’accompagner les novices pour leur premiĂšre plongĂ©e en apnĂ©e.

Une fois arrivĂ©s lĂ  oĂč l’eau est calme et le vent peu violent, Morgan commence Ă  gonfler une bouĂ©e presque aussi grosse qu’un pneu de voiture. Il enfile

« Jusqu’ici, toutes mes expĂ©riences sous l’eau Ă©taient brutales et violentes, mais lĂ  ça n’avait rien Ă  voir. C’était comme de la mĂ©ditation. »
Nic von Rupp

sa combinaison en nĂ©oprĂšne, attache des cordes, vĂ©rifie minutieusement ses palmes, ses ceintures de poids et son tuba. Ce n’est pas pour rien qu’on le surnomme « Monsieur Parfait ». Il tend un masque Ă  Nic, dĂ©jĂ  prĂȘt dans sa propre combinaison et visiblement moins bavard qu’à son habitude. Tous deux flottent dans l’eau Ă  quelques mĂštres du bateau, accrochĂ©s Ă  la bouĂ©e qui sert d’ancre de sauvetage et de point de repĂšre. Morgan donne les derniĂšres instructions. Par exemple, comment Nic peut se dĂ©barrasser de la ceinture de cinq kilos qui l’aide Ă  descendre, au cas oĂč il paniquerait. Et il lui rappelle le signe sans doute le plus important en plongĂ©e, ce cercle formĂ© en rĂ©unissant le pouce et l’index, synonyme que tout va bien. BientĂŽt, il ne reste plus d’eux que quelques bulles venant crever la surface de l’eau.

« C’est un truc de fou !, est la rĂ©action immĂ©diate de Nic lorsqu’il remonte Ă  bord une heure et demie plus tard suivi de prĂšs par Morgan. Jusqu’ici, toutes mes expĂ©riences sous l’eau Ă©taient brutales et violentes, mais lĂ , c’était complĂštement diffĂ©rent. C’était comme de la mĂ©ditation, on est complĂštement centrĂ© sur soi. Je n’avais jamais plongĂ© comme ça ! » Morgan rayonne aussi, car c’était Ă©galement sa premiĂšre expĂ©rience dans les eaux portugaises. Comme des gosses surexcitĂ©s, ils se racontent leur aventure, les poissons rencontrĂ©s et la grotte dĂ©couverte sous l’eau. Nic a atteint une profondeur de treize mĂštres.

« Je pense que j’aurais pu descendre encore plus bas, mais j’avais des problĂšmes de pression dans les oreilles », dit-il. Mais cela ne semble pas gĂącher sa joie. Il se tourne de nouveau vers Morgan et le prend dans ses bras. Et comme avant de plonger, les mots lui manquent, mais pour une tout autre raison. Il est sĂ»r d’une chose : « C’était peut-ĂȘtre la premiĂšre fois, mais sĂ»rement pas la derniĂšre. »

Instagram : @nicvonrupp ; morganbourchis.com

Ghetto Funk

La pĂ©tillante artiste sudafricaine, Moonchild Sanelly, a toujours su qu’elle Ă©tait une superstar et elle est en train de le prouver au monde entier.

Texte Lou Boyd
Photos Benedikt Frank Stylisme Toni-Blaze Ibekwe
Maquillage Yong-chin
Marika Breslin

Moonchild Sanelly n’avait encore qu’une vingtaine d’annĂ©es quand elle a fait de sa coiffure une marque dĂ©posĂ©e. Encore inconnue Ă  l’époque, la poĂšte, danseuse et musicienne sud-africaine nĂ©e Sanelisiwe Twisha rĂ©citait ses poĂšmes sur des scĂšnes ouvertes Ă  Durban la nuit, tout en Ă©tudiant la mode Ă  l’universitĂ© le jour. La jeune artiste, qui n’était pas encore une personnalitĂ© publique, Ă©tait dĂ©jĂ  bien dĂ©cidĂ©e Ă  protĂ©ger par copyright ses fameuses tresses en laine bleu saphir en les qualifiant lĂ©galement de moon mop (trad. serpillĂšre lunaire). Une dĂ©cision logique selon elle.

« J’étais consciente de mon pouvoir, dit-elle rĂ©trospectivement. Les gens me prenaient pour une dingue, mais je savais que j’allais devenir une star. Et je savais qu’on allait essayer de piquer mon truc avant que j’aie une chance de briller sous les projecteurs. Donc, non merci. » Comme elle s’y attendait, ces tresses caractĂ©ristiques et le visage qu’elles encadrent sont dĂ©sormais reconnaissables sur tous les continents.

Le “future ghetto-funk” est un genre qu’elle a ellemĂȘme inventĂ©, mĂ©lange d’influences locales comme l’amapiano (fusion de groove deep house, de jazz et de rythmes traditionnels sud-africains) et le gqom, sousgenre de la house, avec de l’électronique, de l’afropunk, de la pop et du hip-hop, sans oublier la touche personnelle de Sanelly, un brin de sexualitĂ© positive et un zeste de sa langue maternelle, le xhosa. « Je ne suis pas limitĂ©e par les Ă©tiquettes, dĂ©clare-t-elle. Mes rĂ©cits sont Ă©piques, quel que soit le genre. Donnez-moi un style et je vous raconterai une histoire. »

Avec Rabulapha!, son premier album sorti en mars 2015, Sanelly fait une entrée explosive sur la scÚne musicale. Douze morceaux électroniques chaotiques et expérimentaux qui lui valent une nomination pour le meilleur album alternatif aux 22e South African

« Les gens riaient quand je disais que je voulais travailler avec BeyoncĂ©. Qui rigole, maintenant ? »

Music Awards, et une place de choix sur la scĂšne gqom de son pays. Une sĂ©rie de singles, dont Buthi Madlisa (avec l’artiste hip-hop sud-africain Jay Cubed), Guestlist en 2016, ainsi que des collab sur les morceaux d’autres musicien·ne·s viennent renforcer son statut. Puis en 2019, Sanelly reçoit l’appel qui va changer sa vie. BeyoncĂ© la contacte et lui propose de coĂ©crire et chanter sur son prochain morceau, My Power, qui figurera sur la compilation The Lion King: The Gift. « J’ai bossĂ© dur sur ce morceau ! », rit-elle. Elle continue sa progression avec la sortie d’un EP (NĂŒdes) l’annĂ©e suivante, et d’un autre album studio (Phases) en 2022. DĂ©sormais, Sanelly attire l’attention des plus grands noms de l’industrie musicale et collabore sur des morceaux d’artistes comme Diplo, Wizkid, Ghetts ou encore Steve Aoki. « Moonchild est une future superstar mondiale », dĂ©clare Damon Albarn, fondateur de Gorillaz et leader de Blur, avant de l’inviter Ă  rejoindre la tournĂ©e mondiale de Gorillaz en 2022. Des collaborations qui ne sont pas le fruit du hasard dans la trajectoire de Sanelly. « Cela m’a aidĂ©e Ă  me faire un nom dans diffĂ©rents endroits du monde, dit-elle dans un sourire. C’est autant une question d’inspiration que de tirer parti de chaque opportunitĂ© qui nous est offerte. »

Au mois de juin dernier, elle s’est unie Ă  une autre artiste unique et charismatique, Rebecca Lucy Taylor, plus connue sous le nom de Self Esteem. Morceau pop plein de bruit et de fureur, Big Man est Ă©crit du point de vue du « bon petit ami ». Un succĂšs ajoutĂ© au weekend triomphal de Sanelly oĂč elle se produit neuf fois sur sept scĂšnes diffĂ©rentes lors du Festival de Glastonbury. À cela s’ajoute le single Scrambled Eggs (sorti en mai) et une apparition sur la chaĂźne YouTube ColorsxStudios (en juillet) qui la propulsent plus que jamais sous le feu des projecteurs. Un succĂšs surprise pour n’importe quel·le artiste mais pas pour Sanelly. « Je suis exactement Ă  ma place, estime-t-elle. La domination mondiale fait partie de ma liste. Je suis une superstar mondiale nĂ©e en Afrique du Sud. »

Le matin de sa sĂ©ance photo pour The Red Bulletin à Londres, l’inĂ©puisable Sanelly danse sur le plateau avec son manageur, danseur et ami Ashwin Abioye Bosman. ArrivĂ©e dans une longue robe dorĂ©e transparente et des sous-vĂȘtements noirs, ses tresses si

pour

Moonchild Sanelly et ses looks incroyables : la chanteuse sudafricaine photographiée à Londres en juillet
The Red Bulletin
C’est un personnage public sans tabous avec le goĂ»t de la sexualitĂ© positive.
Happy Place : en toute occasion, Moonchild Sanelly laisse libre cours à sa créativité.

reconnaissables rebondissent tandis qu’elle traverse le studio Ă  la rencontre de l’équipe de stylistes.

Au cours des heures suivantes, Sanelly sort de la salle d’essayage dans une sĂ©rie de tenues extravagantes, son Ă©nergie et son excitation ne faisant qu’augmenter au cours de la journĂ©e. « C’est ton moment de bonheur ! », hurle un membre de son Ă©quipe dans le studio pour taquiner Sanelly qui se tord, twerke, sautille et flirte devant la camĂ©ra, ne s’arrĂȘtant que pour se pencher parfois devant le moniteur et montrer son apprĂ©ciation des photos.

Un terreau fertile

En plus des rythmes pĂȘchus et entraĂźnants qui ont fait sa rĂ©putation, le troisiĂšme album studio de Sanelly, Full Moon, enregistrĂ© avec le producteur Johan Hugo (Mumford & Sons, Kano), dont la sortie est prĂ©vue dĂ©but 2025, proposera une facette plus personnelle, introspective et mĂ©connue de l’artiste sud-africaine ; son style typique entre bravades et textes espiĂšgles s’accompagnera de morceaux plus mĂ»rs et plus profonds.

Sanelly admet que cet album l’a terrifiĂ©e. « Ça m’a vraiment foutu la trouille de libĂ©rer ces Ă©motions. Je me suis laissĂ©e aller, j’ai acceptĂ© de ressentir toutes ces choses, un torrent de mots a surgi et j’ai enfin pu m’exprimer sans peur. »

Sanelly fait rĂ©fĂ©rence Ă  des expĂ©riences qui remontent au tout dĂ©but de sa carriĂšre et de son enfance. Elle grandit Ă  Port Elizabeth, ville officiellement connue sous le nom de Gqeberha depuis 2021 et situĂ©e dans la province du Cap oriental (Afrique du Sud). Elle est Ă©levĂ©e par sa mĂšre, chanteuse de jazz. « Ma mĂšre m’a appris Ă  briller et Ă  ne pas Ă©touffer mon pouvoir, dit-elle. Elle aimait et connaissait des personnes de tous les horizons, elle tenait un club de jazz oĂč toutes et tous se rĂ©unissaient. J’ai donc grandi au milieu de cette diversitĂ©, je cĂŽtoyais des couples de criminels et de flics, des enseignants pas encore sortis du placard, je connaissais tout le monde. »

Petite derniĂšre de la famille, Sanelly est plongĂ©e trĂšs tĂŽt dans le bain de la crĂ©ativitĂ©. Elle voit ses frĂšres et sƓurs, cousins et cousines faire carriĂšre dans la danse kwaito ou la production de hip-hop, un terreau propice Ă  une vie d’artiste, donc. « Ma mĂšre n’a jamais traitĂ© mes rĂȘves comme des lubies, explique-t-elle. Ces derniers temps, j’ai rĂ©alisĂ© que j’avais grandi dans un univers crĂ©atif privilĂ©giĂ©, entourĂ©e de personnes hautes en couleur, des artistes qui me disaient d’ĂȘtre moi-mĂȘme, de faire ce que je voulais et de croire en ma crĂ©ativitĂ©. Quand ma mĂšre me voyait suivre un groupe d’amis, elle me disait que je devais ĂȘtre une meneuse, quoi que je fasse. C’était une battante. » Puis tout change pour elle Ă  l’ñge de 17 ans. Sa mĂšre meurt

Top 5 des meilleures collab de Moonchild Sanelly

DJ MAPHORISA & SHIMZA feat. Moonchild Sanelly Makhe

Sorti en 2018, cet hymne gqom a solidifiĂ© la prĂ©sence de Sanelly sur la scĂšne de la house sud-africaine. Ne vous laissez pas tromper par le rythme synthĂ©tique et le clip vidĂ©o sur le dancefloor : ce morceau est porteur d’un profond message sur les agressions sexuelles et la culture misogyne.

BEYONCÉ feat. Moonchild Sanelly, Yemi Alade, Nija Charles, Tierra Whack, Busiswa Gqulu et DJ Lag

My Power

BeyoncĂ© s’est entourĂ©e de cinq magnifiques voix fĂ©minines noires (et du producteur gqom DJ Lag) pour ce morceau de l’album compilation

The Lion King: The Gift. Avec son rythme entraĂźnant et ses paroles sur la conscience sociale, l’émancipation et la solidaritĂ©, la chanson cĂ©lĂšbre le pouvoir intrinsĂšque de chaque femme noire tout en tirant la sonnette d’alarme sur les systĂšmes qui cherchent Ă  le leur retirer.

MAJOR LAZER

feat. Moonchild Sanelly et Morena Leraba Hands Up

PrĂ©sent sur l’édition Reloaded de l’album Music is The Weapon de Major Lazer sorti en 2020, le titre Hands Up fait la part belle Ă  la diversitĂ© et aux artistes internationaux· ales. Le refrain, avec les voix caractĂ©ristiques de Sanelly et du rappeur Morena Leraba ainsi qu’une prod solide de Diplo aux commandes, est repris en chƓur dans les clubs.

GORILLAZ

feat. Moonchild Sanelly With Love to An Ex Cette ode Ă  la libertĂ© et Ă  l’indĂ©pendance mĂ©lange parfaitement les univers sonores de Sanelly et de Gorillaz. En racontant l’histoire d’un ex qui refait surface, les vers de Sanelly expriment le besoin d’émancipation et d’en finir avec les relations toxiques ou rĂ©ductrices du passĂ©.

MOONCHILD SANELLY

feat. Ghetts Strip Club

Sorti en 2022, Strip Club est la 2e collab de Sanelly avec le rappeur Ghetts aprĂšs Mozambique, un titre qui rend un vibrant hommage aux strip-teaseuses et aux twerkeuses qui se battent pour survivre : « Viens dans le strip-club, viens voir les nanas danser, viens leur filer du fric. »

soudainement, et Sanelly perd le soutien qu’elle avait dans son foyer. Elle dĂ©cide de partir vivre seule Ă  Durban et poursuivre des Ă©tudes de mode. « Je me suis enfuie de chez moi Ă  19 ans pour ne jamais revenir. Je ne vais pas m’apitoyer sur ce manque de soutien de ma famille mais ils ne me verront jamais Ă©chouer. »

LivrĂ©e Ă  elle-mĂȘme dans la ville cĂŽtiĂšre, Sanelly poursuit des Ă©tudes de mode Ă  la Linea Academy tout en se faisant un nom sur la scĂšne hip-hop locale. Elle fait du slam et vit de la vente des vĂȘtements qu’elle confectionne. Alors qu’elle s’apprĂȘte Ă  partir Ă  Johannesburg avec l’équivalent de 30 francs en poche, elle apprend qu’elle est enceinte. Sanelly dĂ©cide qu’elle pourvoira Ă  ses besoins et Ă  ceux de sa fille sans renoncer Ă  ses ambitions artistiques.

Autant d’expĂ©riences qu’elle Ă©voque dans son nouvel album. Morceau inhabituellement doux et contemplatif, Falling permet au public de jeter un rare coup d’Ɠil sur la vulnĂ©rabilitĂ© et l’incertitude de Sanelly. “I’m scared of falling, scared of losing
 Bitch, I know

« Ma mĂšre m’a appris Ă  briller et Ă  ne jamais Ă©touffer mon pouvoir. »

“Future ghetto-funk”, un style aussi personnel que sĂ©duisant et son message sexuellement positif lui ont valu des Ă©loges et des fans dans le monde entier.

my family looking” (trad. J’ai peur de tomber, peur de perdre
 meuf, je sais que ma famille regarde), chante-t-elle. “It’s not my baby,’ that’s what he said. Kicked me out without a test. Had to find a house for kids, now I’m in it.” (trad. Il a dit que c’était pas son gosse, m’a jetĂ©e Ă  la rue sans faire de test, j’ai dĂ» trouver un toit pour mes gosses, et j’y suis arrivĂ©e).

Une chanson rĂ©vĂ©latrice dont Sanelly est trĂšs fiĂšre. « Écrire Falling faisait partie d’un certain processus, celui du pardon ; et je savais qu’il y aurait encore un processus par lequel j’allais devoir passer, celui du lĂącher prise. » On peut donc supposer que c’était un dĂ©fi d’écrire et d’enregistrer des chansons aussi personnelles. Mais Sanelly s’amuse de cette idĂ©e et balaie le concept du blocage de l’écrivain de ses doigts parfaitement manucurĂ©s. « Je vais Ă©crire une chanson tout de suite, dit-elle. Vous ne verrez pas souvent une autrice aussi rapide que moi. Je trouve toujours un moyen de finir ma chanson. Probablement parce que je raconte beaucoup de conneries, et que j’ai toujours des films et des histoires qui me trottent dans la tĂȘte. Mon esprit galope toujours tout seul. »

Autre morceau marquant de son nouvel album, To Kill a Single Girl (Tequila) fait ressortir une autre facette de l’histoire de Sanelly : son personnage public sans tabous et son goĂ»t de la sexualitĂ© positive. La chanson raconte une nouvelle relation qui lui a permis de transcender les stĂ©rĂ©otypes : « Je suis plus qu’un coup d’un soir, chante-t-elle, et il s’en rend compte. »

Safe sex et assertivité

Sanelly est dĂ©tendue et s’exprime ouvertement pendant l’interview, fait d’autant plus impressionnant que par le passĂ©, elle a Ă©tĂ© mal interprĂ©tĂ©e et conspuĂ©e par les mĂ©dias en raison de sa fluiditĂ© sexuelle et parce qu’elle dĂ©fendait la libĂ©ration sexuelle pour tou·te·s. En 2018, aprĂšs avoir Ă©voquĂ© le bien-fondĂ© des soirĂ©es safe sex lors d’une interview, on s’est mis Ă  dire qu’elle voulait ouvrir un bordel en Afrique du Sud. Le bruit s’est rĂ©pandu dans le monde entier et Sanelly a dĂ©couvert qu’on l’avait interdite de contracter des prĂȘts ou de louer des biens dans son pays d’origine pendant un an. « Ce sont les consĂ©quences de l’ignorance. Ce journaliste n’avait aucune idĂ©e de ce que sont rĂ©ellement ce genre de soirĂ©es. »

En fait, Sanelly parlait de quelque chose de trĂšs intĂ©ressant : « Je voulais proposer des soirĂ©es safe sex pour la communautĂ© noire, explique-t-elle. Un espace oĂč la forme, la taille ou le genre de ton corps n’a aucune importance, oĂč tu peux Ă©voluer librement sans avoir peur de te faire tripoter. Un endroit oĂč tout le monde comprend ce qu’est le consentement. Pour moi, c’est justement dans le genre d’endroits tolĂ©rĂ©s par la sociĂ©tĂ© (les boĂźtes classiques, ndlr) qu’on se fait enlever, mettre de la drogue dans les verres et la main aux fesses. Il y a encore trop de gens qui ignorent l’existence de ces espaces oĂč l’on peut se sentir en toute sĂ©curitĂ© quand on a un vagin. »

Cela lui a coĂ»tĂ© du temps et de l’argent, mais Sanelly n’a pas laissĂ© ces propos mal interprĂ©tĂ©s l’empĂȘcher de clamer sa conviction que ces espaces de libertĂ© sont plus que nĂ©cessaires. « Ce sont des endroits oĂč tu peux choisir ce qui te plaĂźt. Tu es libre. Tout ce que je voulais, c’était que ma communautĂ© apprenne

Entre dĂ©termination et manifestation, il y a un lien : celui de l’intention. Moonchild Sanelly a appris trĂšs tĂŽt Ă  compter sur elle, et Ă  se donner les moyens d’accĂ©der Ă  sa meilleure vie. Et sans jamais se dĂ©faire de son immense sourire.

que ces lieux existent et qu’ils peuvent y aller, parce que j’ai toujours Ă©tĂ© la seule fille noire dans ces espaces et je sais qu’il y a d’autres funky motherfuckers comme moi, tu vois ? » Alors qu’elle Ă©tait en SuĂšde pour l’enregistrement de son nouvel album, Sanelly a commencĂ© Ă  faire le buzz dans son pays d’origine, ce qui est malheureusement devenu une habitude pour elle.

« Je n’étais mĂȘme pas lĂ  et encore une fois, tout le monde en Afrique du Sud me traitait de prostituĂ©e, de pute et j’en passe, dit-elle en levant les yeux au ciel. Certains Sud-Africains pensent qu’en raison de mon homosexualitĂ© (Sanelly est sexuellement fluide et a frĂ©quentĂ© des hommes et des femmes par le passĂ©, ndlr), je baise comme je respire. Tout ça parce que mon corps m’appartient, que je remue mon cul et que je fais tous ces trucs, poursuit-elle. Je sais pertinemment que si j’associais ma semi-nuditĂ© Ă  la tradition, ce serait perçu diffĂ©remment. Il y en a d’autres qui remuent leur cul en Afrique du Sud, mais comme c’est associĂ© Ă  la musique traditionnelle, c’est autorisĂ©. Et moi, j’arrive

« Je ne suis pas limitĂ©e par les Ă©tiquettes. Mes rĂ©cits sont Ă©piques, quel que soit le genre. »

avec mon corps qui n’appartient qu’à moi et ils ne le supportent pas. Du coup, je me dis : “Allez vous faire foutre, bande de connards. Vous ĂȘtes des animaux et mon corps m’appartient.” »

C’est le ton qui fait la chanson

La manifestation est l’une des mĂ©thodes que Moonchild Sanelly utilise le plus pour Ă©crire ses morceaux et atteindre ses objectifs, autrement dit pour verbaliser un rĂ©sultat spĂ©cifique et demander Ă  l’univers de le lui fournir. Une technique qu’elle utilise depuis qu’elle est adulte. « Quand je n’avais plus un sou, que je m’étais enfuie de chez moi et que j’étais enceinte, je n’avais que mon carnet. J’ai commencĂ© Ă  Ă©crire des trucs du genre : “D’ici ce soir, je mangerai un morceau de custard slice” (une sorte de millefeuille, ndlr). J’ai compris que quand j’écrivais quelque chose, je finissais par l’obtenir avant la fin de la journĂ©e. Je me suis concentrĂ©e lĂ -dessus, je me suis mise Ă  rĂ©flĂ©chir, Ă  me dire : “Attends, et si je me mettais Ă  Ă©crire des trucs plus glorieux ?” Et c’est lĂ  que tout a commencĂ©. »

Elle exprime des souhaits plus ambitieux, Ă©crit qu’elle veut sortir un album, devenir une artiste mondiale, travailler avec BeyoncĂ©, Diplo et l’un de ses groupes prĂ©fĂ©rĂ©s, Gorillaz. Et peu Ă  peu, ces dĂ©clarations ont commencĂ© Ă  se rĂ©aliser. « Tes mots, c’est ta lettre d’amour Ă  l’univers, dĂ©clare Sanelly. Appliquetoi Ă  Ă©crire ta lettre, utilise les bons mots, et tout le reste viendra Ă  toi. Mets de l’intention dans ton discours. Tu peux avoir tout ce que tu veux. Et ceux qui n’y croient pas, qu’ils aillent se faire foutre. Ils ont tous ri quand j’ai dit que je voulais travailler avec BeyoncĂ©. Eh bien, qui est-ce qui rigole maintenant ? » Manifestation ou personnalitĂ© Ă  la force irrĂ©sistible ? Peu importe, Sanelly a dĂ©jĂ  parcouru un long chemin depuis ses dĂ©buts. Avec son nouvel album, une tournĂ©e europĂ©enne et le monde entier accrochĂ© Ă  ses lĂšvres, elle n’est plus la jeune fille de 19 ans sans le sou ni la jeune mĂšre Ă  la poursuite d’un rĂȘve. DĂ©sormais, elle est une reine de la pop de 39 ans avec trois filles dĂ©jĂ  ados, a accompli un tas de choses et s’apprĂȘte Ă  en accomplir encore plus. Sur le dernier morceau de Full Moon, Sanelly mĂ©dite sur le chemin parcouru jusqu’ici. “I was so young, in love, from home I ran, you took me in, for that I’m glad, so thanks” (trad. J’étais si jeune et amoureuse, j’ai quittĂ© mon foyer, vous m’avez accueillie et je vous en remercie), chante-t-elle Ă  son public.

« Si je lĂšve les bras au ciel, c’est parce que je suis fiĂšre de celle que je suis devenue. »

De tous ses triomphes, Sanelly explique que celui dont elle est la plus fiĂšre est d’avoir suivi la leçon de sa mĂšre de ne jamais Ă©touffer son pouvoir, autant pour elle que pour ses trois filles. « Si je devais mourir maintenant, j’aurais la certitude qu’à travers ma maniĂšre de vivre, elles ont grandi en sachant qu’elles peuvent croire en leurs rĂȘves. Quand je suis allĂ©e Ă  Johannesburg, je me suis dit que je n’allais pas me contenter d’apprendre Ă  mes enfants Ă  survivre, mais leur montrer comment gagner le gros lot, pour qu’elles sachent que tout est possible. J’ai financĂ© toute leur existence en vivant mes rĂȘves. Et personne ne peut les convaincre du contraire, parce que ce n’est plus un rĂȘve mais la rĂ©alitĂ©. » IG : @moonchildsanelly

Un Superman, debout sur la selle, en wheeling.

Aisance : casquĂ© sous sa capuche, Facene rĂ©alise un wheeling sur une voie fermĂ©e du Val-d’Oise. Ses skills Ă  motocross lui ont ouvert le monde du cinĂ©ma, entre autres.

Le flow urbain

Texte PH Camy Photos Chris Saunders
Ces pages sont le fruit d’une rencontre
entre un cascadeur mĂ©canique de talent, Facene, et un photographe animĂ© par les nouvelles expĂ©riences visuelles, Chris Saunders. Une collaboration pour le plaisir des yeux – et vous faire apprĂ©cier diffĂ©remment la Bike Life.

Venu de l’Est parisien, Facene, la trentaine, a trĂšs tĂŽt Ă©tĂ© attirĂ© par ces motos sur lesquelles des types issus des grands ensembles urbains faisaient des tricks, des moves incroyables, levant leurs roues, lĂąchant les mains, faisant entrer des engins dĂ©diĂ©s au cross, Ă  la terre, dans des dimensions plus bĂ©tonnĂ©es. Sur son histoire personnelle, il reste discret, seul lui importe le partage de sa passion pour le motocross. Pour lui, ce fut bien plus que faire comme d’autres dans son arrondissement (le XIXe, Ă  Paris). La moto l’intrigue, l’anime au point de devenir un mode de vie, l’emmenant vers des sphĂšres pros et une reconnaissance dans les milieux de la production audiovisuelle.

Ce « cascadeur mĂ©canique » participe Ă  de nombreux tournages pour des films, clips vidĂ©o ou pubs. « Avec mon mĂ©tier de cascadeur, je suis beaucoup Ă  l’étranger pour les tournages, explique-t-il. Quand je suis Ă  Paris, j’ai plein d’autres centres d’intĂ©rĂȘts dont les sports de combat et le football. J’aime voir ma famille, mes amis, faire plein de choses qui ne concernent pas forcĂ©ment mon travail ni la moto. »

Nous avons retrouvĂ© Facene sur un site de banlieue parisienne dont les voies ont Ă©tĂ© fermĂ©es pour notre utilisation exclusive et l’avons prĂ©sentĂ© au photographe Chris Saunders. Quelques heures d’un aprĂšs-midi d’aoĂ»t, les deux talents se sont apprivoisĂ©s et entendus pour produire les plus belles images, dans un mode rĂ©flĂ©chi, rigoureux. Leur but, vous faire apprĂ©cier l’esthĂ©tique et le talent d’un rider dont les images dĂ©filent souvent bien trop vite, que beaucoup de gens associent Ă  une discipline illĂ©gal qui s’apparente Ă  du rodĂ©o.

Pour Facene, rien n’est fait au hasard, et la sĂ©curitĂ© prime. Il est reconnu et sollicitĂ© en tant que performeur et cascadeur professionnel, dont les skills sont apprĂ©ciĂ©es par des productions parmi les plus rĂ©putĂ©es, en France et Ă  l’international. Au bout de quelques heures de shooting, Facene nous demande de stopper la production pour de bon, il ne souhaite pas poursuivre ses tricks. « Je pense que c’est important de connaĂźtre ses limites, dans tous les domaines, dĂ©veloppe-t-il. La maturitĂ© et la connaissance de mon corps font que je sais quand je ne dois pas dĂ©passer la ligne rouge. »

En bref : toutes les images que vous voyez ici ont été réalisées en contrÎle, en limitant les risques au maximum. Nous vous laissons apprécier les créations exclusives du duo Facene-Saunders, et vous dévoilons un peu plus le pilote, en ses propres termes.

GenĂšse

« Comme une majeure partie des riders, j’ai commencĂ© par le vĂ©lo. Les aĂźnĂ©s se baladaient sur leur roue arriĂšre. Nous, les plus jeunes, roulions aussi Ă  vĂ©lo, on voulait faire comme eux. Sauf qu’on poussait un peu le truc, on se donnait des dĂ©fis : manual (figure de BMX, ndlr), avec une main, longue distance en roue arriĂšre. J’ai tout de suite accrochĂ© Ă  la sensation d’ĂȘtre en Ă©quilibre sur la roue arriĂšre. Mais je me suis vite rendu compte que le vĂ©lo Ă©tait limitĂ©, de par son fonctionnement. C’était devenu trop facile, et ma soif de vĂ©lo s’est transformĂ©e en faim de dĂ©couvrir la moto. »

Kid fou de cross, Facene a poussĂ© son envie de perf jusqu’à professionnaliser sa pratique, au service de productions vidĂ©o dans le monde culturel.

Une passion

« J’ai grandi dans le nord de Paris, il Ă©tait rare de voir passer une moto en roue arriĂšre, mais je savais que ça existait. J’ai commencĂ© Ă  regarder des vidĂ©os de moto en gĂ©nĂ©ral. J’aimais beaucoup le pilote de MotoGP espagnol Carlos Checa, je ne sais pas pourquoi. Comme tout enfant passionnĂ© de moto, j’étais rĂȘveur et j’ai cherchĂ© Ă  savoir comment devenir pilote. J’étais dĂ©jĂ  trĂšs mature pour mon Ăąge. J’ai vite compris que c’était un mĂ©tier Ă©litiste, donc quasiment impossible Ă  atteindre. J’avais aussi dĂ©jĂ  vu des mecs faire des roues arriĂšre Ă  moto dans les clips amĂ©ricains, comme ceux de DMX, mais je n’arrivais jamais Ă  retrouver la page profil des riders. Je ne sais plus oĂč exactement, mais un jour j’ai entendu les mots “Bike Life”
 et c’est Ă  ce moment-lĂ  que j’ai dĂ©couvert ce mouvement amĂ©ricain, cette notion de trickser sur un motocross, en ville. J’ai tout de suite compris que j’avais dĂ©couvert ma vĂ©ritable passion. »

Taxiphone

« La connexion Internet Ă©tait trĂšs lente chez moi Ă  cette Ă©poque. J’allais beaucoup au taxiphone du quartier pour Ă©tudier leurs faits et gestes sur Dailymotion et YouTube. J’étais fan de la maĂźtrise et de l’assurance dĂ©gagĂ©es par Chino Mmg ou Lor Dev aux USA, des riders

FOCUS BIKE LIFE

La « Bike Life » motocross, inspirĂ©e des USA et pratiquĂ©e en ville, consiste en une pratique du motocross en zone urbaine. Les motard·e·s exĂ©cutent des tricks dans des zones publiques, sur des routes, parkings et espaces urbains. PopularisĂ©e via les rĂ©seaux sociaux, cette pratique attire par son cĂŽtĂ© spectaculaire et rebelle, mettant en avant la maĂźtrise technique et l’audace des riders et rideuses, malgrĂ© les risques. En France, Facene est l’un des rares pilotes Ă  avoir professionnalisĂ© et officialisĂ© cette pratique.

Griffe mode d’un ami, « ode Ă  la libertĂ© prĂŽnant le travail acharnĂ© pour atteindre cet idĂ©al ».

de Baltimore. Parmi les autres noms amĂ©ricains que je peux citer en rĂ©fĂ©rence, il y a WOWBOYZ, Meek Mill, DMX, 12 O’Clock Boys, Benmore, Wheelie Wayne
 Je me suis aussi aperçu qu’il y avait Ă©galement des Français dans le mouvement : DouDou Cross Bitume, Vinou L’bleufeur, Fromage Bavette. »

PremiÚre bécane

« Le prix des machines te refroidit, surtout quand tu es jeune. Je me suis dĂ©brouillĂ© pour m’acheter une mini moto au dĂ©but, mais j’ai eu la mĂȘme sensation que quand j’étais arrivĂ© Ă  bout du vĂ©lo : une frustration, par manque de puissance. J’ai achetĂ© de plus en plus gros, de plus en plus puissant. Ma premiĂšre vraie moto Ă©tait une YZ 125 de 2004 que j’ai achetĂ©e pour les piĂšces de base, en plusieurs cartons
 Sur l’annonce, elle Ă©tait en miettes. (rires) J’étais parti rĂ©cupĂ©rer ces piĂšces en RER avec un pote, le vendeur a eu pitiĂ© de nous voir repartir avec tout ça en direction du train ; il nous a raccompagnĂ©s chez nous en camion. Pour complĂ©ter, j’ai fait l’acquisition de plusieurs piĂšces quand j’avais un p’tit billet, chez un revendeur qui s’appelait Arnoroule. J’ai mis presque un an Ă  la remonter/rĂ©parer entiĂšrement. Je roulais avec Ă  la sortie des cours, tous les week-ends. C’est lĂ  que tout a commencĂ©. En 2014-2015, quand j’ai achetĂ© une MT-07 et rĂ©alisĂ© des tricks Bike Life sur une moto homologuĂ©e, c’est comme ça que je me suis fait connaĂźtre. Puis j’ai passĂ© un autre step avec ma chaĂźne YouTube. »

Apprendre

« Comme dans toute discipline, ce qui compte pour progresser, c’est l’entraĂźnement, mais comparĂ© Ă  d’autres, je me suis plus concentrĂ© sur l’exercice du flow que sur celui du trick pur. Apprendre certains tricks comme le no-hand, ça peut prendre des mois, et ça implique de nombreuses chutes. »

Busy

« Je travaille pour le cinĂ©ma, sur des shootings pour des marques de vĂȘtements, pour des produits moto. J’apparais dans des vidĂ©os en collaboration avec des Ă©quipementiers, je suis sollicitĂ© pour des interviews ou des publicitĂ©s pour des constructeurs moto. »

Les tournages

« Je suis cascadeur mĂ©canique, en auto et moto. J’ai performĂ© sur les films Athena, Vermines, Loin du pĂ©riph, Le dernier mercenaire, 3 jours max, Roqya et d’autres pas encore sortis. Aussi sur la sĂ©rie Lupin. Lors de ma premiĂšre journĂ©e sur un film, l’ampleur de l’organisation m’a surpris, et c’est sur Athena que j’ai pris le plus de plaisir, car c’était la premiĂšre fois qu’on me contactait pour rĂ©aliser ce que je sais faire de mieux. Les tournages m’ont beaucoup enrichi au niveau du travail d’équipe. Étant fan des belles images, j’échange souvent avec les cadreurs, le rĂ©alisateur, Ă  la pause du midi, sur les diffĂ©rentes techniques, et autres. Les tournages m’ont permis de dĂ©velopper ma patience, ma concentration, ma gestion du stress, ma rigueur, et plein d’autres points similaires. Chaque scĂšne, chaque film est diffĂ©rent. Je suis gĂ©nĂ©ralement prĂ©sent pour rĂ©aliser des cascades mais je m’intĂ©resse toujours au scenario, au caractĂšre du personnage de l’acteur que je double. Ainsi, je cerne l’énergie Ă  donner à ma cascade. »

« Je sais ce que je veux, ce qui marche et ne marche pas. »
Touch Ground, toujours en roue arriĂšre, avec une des deux mains qui touche le sol.
« Les tournages ont développé ma patience, ma concentration, et ma rigueur. »
Facene et une Yamaha YZ250F 2024 prĂȘtĂ©e pour le shooting.
Merci Ă  Seb Billault et Autos-Motos Saint-Dizier.

USA, Dakar


« Toute mon adolescence s’est rĂ©sumĂ©e Ă  dĂ©dier l’entiĂšretĂ© de mes Ă©conomies Ă  des motos. Je ne voyageais pas, je voyais ça comme une perte d’argent dĂ©diĂ© Ă  un plaisir Ă©phĂ©mĂšre. J’ai commencĂ© Ă  me faire connaĂźtre sur les rĂ©seaux sociaux, et des gens de diffĂ©rents pays : SĂ©nĂ©gal, BrĂ©sil, ÉtatsUnis, Italie, Angleterre
 m’envoyaient des invitations. Je me suis organisĂ© avec des pionniers du mouvement locaux de diffĂ©rents pays pour voir comment la Bike Life se pratiquait chez eux, en Californie, ou Ă  Dakar. Les États-Unis, c’est Ă  part ! C’est un must pour se frotter aux cracks du milieu. J’y suis allez plusieurs fois, c’était un voyage logique et un passage obligatoire pour moi. C’est la moto qui me fait voyager. Je ne suis jamais parti nulle part sans faire de moto. »

Émotion x plaisir

« Certains ont besoin de faire le vide pour faire le plein, moi c’est l’inverse. Il n’y a que sur une moto que je dĂ©connecte totalement. J’en ai fait toute mon enfance, il y a donc une Ă©motion, des souvenirs qui remontent. Quand je collabore avec un photographe, c’est diffĂ©rent du freeride pur. Avec une Ă©quipe de shooting, il y a toujours la pression de vouloir bien faire, de donner le max, c’est du travail. Quand je suis seul, je cherche juste Ă  prendre du plaisir. »

Déterminé

« Je sais ce que je veux, ce qui marche et ce qui ne marche pas. Ce qu’il faut que je renvoie en termes de photos, vidĂ©os. Je m’occupe moi-mĂȘme de la direction artistique de mes projets. C’est l’acquisition d’expĂ©rience qui fait que je fonctionne ainsi. »

Innover

« Quand j’ai commencĂ© la moto, les rĂ©seaux, la Fame et tout ce qui va avec ne m’intĂ©ressaient pas. J’ai eu des comptes Instagram et YouTube trĂšs tard, j’avais des comptes privĂ©s sur ces plateformes juste pour regarder ce que faisaient les autres dans ma discipline. Ce sont mes amis qui m’ont poussĂ© Ă  poster. À l’époque, en termes de vidĂ©o, hormis les AmĂ©ricains, je trouvais que personne n’innovait, personne ne postait de belles choses, de qualitĂ©, tout Ă©tait focalisĂ© sur la performance. Je me suis alliĂ© avec des amis qui Ă©taient dans l’image pour rĂ©aliser des vidĂ©os qualitatives. J’ai toujours Ă©tĂ© passionnĂ© par les camĂ©ras, la musique, l’image et sa technique : comment mettre en valeur un sujet, le jeu des lumiĂšres et tout ce qui va avec. J’ai beaucoup appris sur des documentaires de rĂ©alisateurs amĂ©ricains. Mon travail est venu tout accentuer niveau connaissances. »

Facene en No Hand : « Ôter les deux mains du guidon en restant en Ă©quilibre sur la roue arriĂšre. Trick compliquĂ© car difficilement rattrapable en cas de mauvais dosage des gaz ou manque de prĂ©cision dans le calage de l’angle, ou de gainage insuffisant. Mais l’un des plus beaux, car il est la dĂ©finition premiĂšre de la sensation ressentie grĂące Ă  cette pratique : la libertĂ©. »

Se démarquer

« La rue n’est pas obligatoirement l’endroit pour dĂ©buter. Un rider en apprentissage sera plus en sĂ©curitĂ© sur une zone dĂ©serte. Mais pour moi, le flow s’acquiĂšre dans la rue, avec les obstacles du milieu urbain. Ils font naĂźtre un flow naturel qu’un rider qui roule uniquement en zone dĂ©serte n’aura pas. En ne regardant qu’un seul run d’un rider, je sais te dire s’il a pour habitude de rouler en zone rurale ou urbaine. C’est trĂšs compliquĂ© d’évoluer en Bike Life, car ce milieu est officiellement illĂ©gal et trĂšs mal vu du grand public. La scĂšne a besoin d’ĂȘtre encadrĂ©e pour les jeunes qui aimeraient s’exercer en toute tranquillitĂ©. Je pense que la premiĂšre chose Ă  faire est de se dĂ©marquer, et c’est tout de suite ce que j’ai essayĂ© de faire, en Ă©tant crĂ©atif. Bien utilisĂ©s, les rĂ©seaux peuvent ĂȘtre un beau support pour transformer l’essai. »

Le motocross pro

« Je suis plus Sx que MxGP, c’est le seul sport mĂ©canique que je suis pleinement. Je vais voir des courses quand j’en ai l’occasion. J’échange avec des pilotes pros comme l’Italien Mattia Guadagnini ou le Portugais Hugo BasaĂșla, et d’autres. Ils m’envoient leurs maillots en dĂ©but de saisons. J’aime et respecte les pros en motocross. »

Vision

« J’ai envie de faire dĂ©couvrir quelque chose de diffĂ©rent, peut-ĂȘtre d’inconnu, ou sous un autre angle pour qui a dĂ©jĂ  entendu parler de la Bike Life. Mais faire changer les avis sur la Bike Life n’est pas mon objectif et ne l’a jamais Ă©tĂ©. Je veux juste faire entendre Ă  celleux qui possĂšdent une certaine ouverture d’esprit qu’il y a peut-ĂȘtre quelque chose d’intĂ©ressant Ă  voir derriĂšre tout type de personne, de passion, de mĂ©tier – mĂȘme si on n’y adhĂšre pas. Il n’y a pas que les routes classiques pour y parvenir. »

IG et YT : @facene_mmg

DÉJÀ PLUS RUSÉ QUE LES CONFIRMÉS ?

RED BULL DONNE DES AIIILES.

Voyage / Montre / Biohacking / Playlist / Accessoires / Agenda

SENTIERS DE MONTAGNE

En VTT au Colorado

VOYAGE/

DIAMANTS BRUTS

AprĂšs avoir sillonnĂ© tous les sentiers de vĂ©lo d’Europe, notre auteur s’embarque pour le Colorado, patrie spirituelle du sport de plein air aux États-Unis. LĂ -bas, il redĂ©couvre l’amour de son sport entre falaises gigantesques et dĂ©sert lunaire.

Au terme d’une ascension abrupte, le manque d’air au-dessus de 2 000 mĂštres irrite mes bronches. Mais dans cette rĂ©gion Ă  l’ouest du Colorado, c’est surtout la vue sur la vallĂ©e en contrebas et sur mon prochain objectif, la ville de Grand Junction, situĂ©e Ă  1,5 kilomĂštre, qui me coupe le souffle. Les gens du coin ont surnommĂ© ce parcours « Wineglass » (verre Ă  vin), car il dĂ©bute sur une roche lisse en forme de calice avant d’emprunter un sentier Ă©troit comme une tige.

C’est l’une des premiĂšres difficultĂ©s du RibbonTrail, un parcours de descente en VTT de 4,5 kilomĂštres (niveau diamant noir) qui fait partie des Lunch Loops, un rĂ©seau de sentiers qui encerclent la ville. Guide local et photographe, Devon Balet me met en garde : ici, on atteint vite les 100 km/h.

Le Wineglass sera mon dernier grand dĂ©fi de la journĂ©e. VoilĂ  cinq jours que j’explore le Colorado sur mon vĂ©lo. Ayant parcouru la plupart des sentiers et des routes du Royaume-Uni et d’Europe, il m’était difficile de refuser cette opportunitĂ© de dĂ©couvrir enfin le cƓur spirituel du VTT. Singletrails de granite, montĂ©es et descentes de montagnes enneigĂ©es, paysages dĂ©sertiques lunaires : le Colorado propose un condensĂ© de tout ce que les États-Unis peuvent offrir de meilleur, aucun autre endroit abritant une telle variĂ©tĂ© de sentiers.

Sommets gigantesques en vue

Le premier jour, je pars de la bourgade de Fort Collins, Ă  une heure au nord de Denver. De lĂ , je commence par sillonner les pistes Ă  l’ouest du Horsetooth Reservoir. Tout se passe bien au dĂ©part de mon excursion au bord de la riviĂšre : j’entame une ascension d’environ une heure, 500 mĂštres sur 5 kilomĂštres, assez technique mais gĂ©rable. Seule la section finale trĂšs accidentĂ©e me force Ă  descendre de selle pour pousser mon vĂ©lo. Mais heureusement, la beautĂ© du paysage Ă  l’ouest des imposants sommets du Front Range, la chaĂźne prĂ©-montagneuse des Rocheuses, attĂ©nue la douleur de mes efforts.

CHEVAUCHÉE SAUVAGE

L’auteur Charlie Allenby nĂ©gocie l’un des passages techniques compliquĂ©s du Horsetooth Reservoir.

« Singletrails de granite, parcours alpins enneigĂ©s, paysages dĂ©sertiques lunaires : un vĂ©ritable concentrĂ© de ce que les États-Unis peuvent offrir de meilleur. »

De nouveau dans le flow

C’est dans la descente du Wathen, une pente de 2 kilomĂštres classĂ©e diamant noir, parsemĂ©e de rochers de quartz scintillants et de virages Ă©levĂ©s et ondulants, que tout s’écroule, littĂ©ralement. Britannique de mon Ă©tat, je confonds les freins avant et arriĂšre sur ce vĂ©lo made in America, et fais deux chutes coup sur coup sur des racines glissantes.

Je termine cette descente Ă©troite et sinueuse en redoublant de prudence, le souffle court, le cƓur battant Ă  tout rompre. Je finis par atteindre le fond de la vallĂ©e et en profite pour reprendre mes esprits. Être crispĂ© sur le vĂ©lo n’aide pas sur un terrain aussi accidentĂ©, bien au contraire. Je dois retrouver ma sĂ©rĂ©nitĂ© et mon flow. Finalement, le reste de la journĂ©e se dĂ©roule sans accroc. AĂ©rien, impassible, j’enchaĂźne les descentes de

À FLANC DE ROCHE Allenby admire la vue depuis la falaise au dĂ©part du Ribbon Trail.
DESCENTE ENTRE LES PEUPLIERS Allenby slalome entre les troncs blancs.
« Mon dernier challenge : une section surnommĂ©e “Hospital Hill”. »

RESPIRER UN BON COUP

Allenby contemple les vignobles et les vergers de pĂȘchers de Palisade.

PICK-UP PARADISE

Pour se mettre dans l’ambiance, un coup d’Ɠil sur la route de Palisade suffit !

rochers en grÚs rouge de cette doubletrack flanquée de prairies.

Le lendemain, je traverse la ligne de partage des eaux continentales et continue vers l’ouest de l’État. Si le village de montagne de Snowmass est moins connu que la cĂ©lĂšbre station de ski d’Aspen, ses sentiers cyclistes surpassent largement ceux de son illustre voisine, avec des montĂ©es raides en lacet Ă  travers des forĂȘts de peupliers aux troncs blancs, et une vue dĂ©gagĂ©e dans toutes les directions depuis les crĂȘtes exposĂ©es. Les jumps du Deadline Trail, spĂ©cialement creusĂ©s pour les vĂ©tĂ©tistes, me permettent de retrouver ma confiance perdue Ă  Fort Collins.

MILE HIGH CITY

Avec une altitude moyenne de 2 074 mĂštres au-dessus du niveau de la mer, le Colorado est l’État le plus Ă©levĂ© des États-Unis. Des vols directs relient Zurich Ă  la capitale, Denver, surnommĂ©e « Mile High City » en raison de son altitude de 1 609 mĂštres. Une fois au Colorado, mieux vaut louer une voiture, mĂȘme s’il existe des correspondances depuis l’aĂ©roport principal.

Et soudain, le désert

Mon voyage se poursuit le long du tumultueux fleuve Colorado. Les sommets vertigineux laissent place Ă  des collines plates et Ă©tendues, la vĂ©gĂ©tation verdoyante Ă  un paysage dĂ©sertique et aride. Tel un mirage, les vergers de pĂȘchers de Palisade se profilent Ă  l’horizon, mais toute mon attention est fixĂ©e sur l’imposant sommet au sud de la modeste bourgade. Culminant Ă  3 454 mĂštres au niveau du Crater Peak, le Grand Mesa est le plus grand plateau au monde. C’est aussi lĂ  que se trouve le Powderhorn Bike Park et son impressionnante descente de Palisade Plunge, longue de 51 kilomĂštres.

C’est la premiĂšre fois que je roule sur du grĂšs, et ça n’est pas une mince affaire. Mon guide me recommande de garder constamment la roue avant en mouvement sur un Rock Roll de quatre mĂštres de haut, une roche ronde et escarpĂ©e en grĂšs que l’on ne trouve qu’ici. À chaque dĂ©fi relevĂ©, je sens une grosse montĂ©e d’adrĂ©naline. Dernier challenge : une section appelĂ©e « Hospital Hill ». Je repense Ă  tout ce que j’ai vĂ©cu au Colorado et dĂ©cide de finir Ă  pied. Pas besoin de nouvelles cicatrices, je sais dĂ©jĂ  que mon voyage restera
 inoubliable !

Charlie Allenby est un Ă©crivain londonien passionnĂ© de course Ă  pied, de cyclisme et d’aventures. Instagram : @charlie.allenby

MONTRE/ LA REINE

DES OCÉANS

Avec la Seascoper 600

CarbonTech, dernier modĂšle de la maison horlogĂšre Titoni, les athlĂštes, aventuriers et aventuriĂšres modernes vont s’offrir une plongĂ©e dans l’excellence.

La valve Ă  hĂ©lium situĂ©e sur le cĂŽtĂ© permet de relĂącher l’hĂ©lium lors de la remontĂ©e et empĂȘche ainsi une surpression dans le boĂźtier.

La marque Titoni, fondĂ©e il y a plus d’un siĂšcle par la famille Schluep, fait le pari de la perfection avec son premier modĂšle en carbone. Aussi robuste que lĂ©gĂšre, cette montre au design sportif Ă©quipĂ©e du mouvement manufacture T10 certifiĂ© COSC se distingue par une finition mate en carbone, une lunette rĂ©sistante aux rayures et une lisibilitĂ© optimale grĂące aux pigments luminescents SuperLumiNova pour toujours plus de fiabilitĂ© et de prĂ©cision. La Seascoper 600 est Ă©tanche jusqu’à 600 mĂštres, elle ravira autant les aventuriers et aventuriĂšres des fonds marins que les passionné·e·s de l’écologie avec son bracelet en plastique ocĂ©anique recyclĂ©. 2 850 CHF, titoni.ch

BIOHACKING/ PENSÉE ÉLASTIQUE

En quoi une bande Ă©lastique a son utilitĂ© Ă  la maison et ne sert pas qu’aux athlĂštes.

On devrait Ă©viter les anglicismes autant que possible, mais c’est impossible ici car nous parlons de flossing. Non, pas de la danse du fil dentaire, mais de l’effet presque magique d’une bande Ă©lastique de la largeur d’une main sur les articulations douloureuses.

J’ai essayĂ© rĂ©cemment la technique du flossing, lorsque mon genou droit s’est soudainement et fortement manifestĂ©. À tel point que faire un pas devenait presque impossible. Heureusement, un physiothĂ©rapeute expĂ©rimentĂ© m’a conseillĂ©. Il a palpĂ© mon genou, testĂ© quelques mouvements, dit « hum, hum », puis il a enroulĂ© et serrĂ© autour de mon genou la bande Ă©lastique qu’il avait apportĂ©e, si fortement qu’elle a coupĂ© la circulation. Il m’a ensuite fait faire quelques mouvements actifs et passifs pendant environ deux minutes, puis a retirĂ© la bande. RĂ©sultat incroyable : la douleur avait disparu. (Un grand merci Ă  Julian Gunkel pour son intervention salvatrice !)

Seulement deux minutes suffisent

Une bande Ă©lastique combinĂ©e Ă  quelques mouvements peut faire des merveilles pour aider nos articulations Ă  travailler. On peut l’utiliser en cas de douleurs aiguĂ«s, mais aussi Ă  titre prophylactique.

Pourquoi cette technique si simple fonctionne-t-elle aussi bien ? Probablement en raison de trois effets combinĂ©s.

PremiĂšrement, aprĂšs le relĂąchement de la bande, le sang afflue plus fort dans les tissus, amĂ©liorant ainsi l’apport en nutriments et favorisant l’élimination des dĂ©chets.

DeuxiĂšmement, la compression puis la libĂ©ration peuvent desserrer les adhĂ©rences dans les tissus, amĂ©liorant ainsi de maniĂšre significative la mobilitĂ© mĂ©canique de l’articulation.

TroisiĂšmement, une dĂ©sensibilisation des mĂ©canorĂ©cepteurs se produit. Comme lorsqu’on se masse fort la main aprĂšs s’ĂȘtre cognĂ©, la pression de la bande Ă©lastique couvre les signaux de douleur et peut entraĂźner un reset de la perception de la douleur dans le cerveau. Je l’ai moimĂȘme vĂ©cu, l’effet anesthĂ©siant a Ă©tĂ© durable.

ANDREAS BREITFELD est le biohackeur le plus connu d’Allemagne. Il fait de la recherche dans son laboratoire Ă  Munich. Pour simplifier, on peut dire que le biohacking regroupe tout ce que les gens font de maniĂšre autonome pour amĂ©liorer leur santĂ©, leur qualitĂ© de vie et leur longĂ©vitĂ©.

PLAYLIST/ COUPS DE POUCE

La musicienne anglaise NilĂŒfer Yanya, 29 ans, Ă©voque quatre chansons qui l’ont aidĂ©e dans l’écriture de son dernier album.

La musique de NilĂŒfer Yanya, cocktail d’émotions entre indie-pop, jazz et rock, n’a cessĂ© de faire grimper la chanteuse-autrice-compositrice anglaise plus haut sur l’Olympe de la musique depuis ses dĂ©buts, il y a dĂ©jĂ  huit ans de cela. Ses deux derniers albums ont Ă©tĂ© classĂ©s parmi les meilleurs de l’annĂ©e par le New York Times. Depuis, elle joue rĂ©guliĂšrement Ă  guichets fermĂ©s aux États-Unis, en Australie, en Asie et en Europe. En tournĂ©e en ce moment, elle se produira deux soirs de suite Ă  Paris, les 28 et 29 novembre, Ă  l’occasion de la sortie de My Method Acting Afin de livrer cet album, elle s’est coupĂ©e de toutes influences extĂ©rieures avec sa complice d’écriture Wilma Archer. Un retour Ă  l’essentiel. « Il faut du courage pour ne se fier qu’à son instinct », dĂ©clare-t-telle. Elle cite ici quatre titres qui l’ont guidĂ©e dans cette dĂ©marche.

niluferyanya.com

PJ Harvey

Rid of Me (1993)

« Je l’adore, elle est d’une telle simplicitĂ©. On entend un cliquetis sourd tout au long de la chanson. Il se passe tellement de choses, mais ce cliquetis ne change pas, et c’est ce qui fait la force de ce titre. J’ai l’impression que c’est ce que je cherche Ă  atteindre avec ma musique, mĂȘme si je ne sais pas exactement comment m’y prendre. C’est bon de savoir que de telles chansons existent. »

Kae Tempest

More Pressure (2022)

« J’aime toutes les chansons de Kae, mais surtout celle-lĂ . Le riff est dynamique, un vrai moteur. La derniĂšre fois que j’étais en tournĂ©e, je l’écoutais tout le temps Ă  l’hĂŽtel, pendant mes sessions de gym. J’ai dĂ©jĂ  vu Kae Tempest en live une paire de fois. Elle est toujours renversante. Je suis fan de son story telling aussi, c’est un peu ce que j’essaie de reproduire dans mes textes  »

Westerman

Easy Money (2018)

« Bien que plus trĂšs rĂ©cente, je l’écoute tout le temps. Westerman a une voix extraordinaire, et incroyablement old school. J’aime bien ces sonoritĂ©s alternatives indie, dans lesquelles il incorpore aussi des Ă©lĂ©ments folks. C’est Ă©trange de connaĂźtre personnellement l’auteur, et de ressentir l’Ɠuvre de l’artiste d’une maniĂšre complĂštement diffĂ©rente que la personne qu’on connaĂźt en privĂ©. »

Big Thief

Simulation Swarm (2022)

« Quand je travaillais Ă  mon dernier album avec Will, on se disait que ce serait vraiment top d’avoir un son homogĂšne sur l’ensemble de l’album. Et on s’est souvent inspirĂ© de cet album. Mais il est insaisissable
 C’est comme si tous les titres avaient la mĂȘme source. C’est Ă©patant quand des groupes arrivent Ă  faire ça. Peut-ĂȘtre parce qu’ils sont ensemble depuis longtemps et se comprennent instinctivement. »

AMOUR DE JEUNESSE Yanya NilĂŒfer a dĂ©butĂ© la guitare Ă  l’ñge de 12 ans. Depuis, elle a trois albums Ă  son actif.

Rédaction

Karin Boba, Paul Neusiedler

Photos Max Manavi-Huber

Conception du set & stylisme

Karin Boba

1/ Vision intelligente. Lunettes de soleil connectées légÚres avec caméra 12 MP, ultra grand-angle, et systÚme audio à cinq micros. Meta Wayfarer de Ray-Ban ; à partir de 312 CHF

2/ Avant-gardiste. Montre connectée performante Galaxy Watch Ultra avec processeur 3 nanomÚtres, capteur BioActive et technologie Galaxy AI. Samsung, 679 CHF ; samsung.com

Tenue/ Veste Retro Denali par The North Face, 220 CHF, casquette Roam 6 Panel de Mons Royale, 39,95 CHF 1/

1/ Pratique. Enceinte Bluetooth compacte pour l’extĂ©rieur avec tuner DAB+ et FM intĂ©grĂ©. Woodland Mini de Pure, 79,99 CHF ; pure-audio.com

2/ Cinématographique.

Caméra d'action robuste et étanche Insta360 X4 avec vidéos 360 ° en 8K. Effet perche à selfie invisible et stabilisation FlowState. ParticuliÚrement cool : montage assisté par IA. Insta360, à partir de 530 CHF ; insta360.com

3/ Belles performances. Smartphone pliable Galaxy Z Flip 6 avec nouveaux capteurs de 50 MP et 12 MP ultra grand-angle pour des prises de vue nettes et dĂ©taillĂ©es. À partir de 1 149 CHF ; samsung.com

4/ Radical. Casque audio robuste et flexible AirPods Max avec un excellent ajustement et une suppression active du bruit. Apple, 500 CHF ; apple.com

ULTRA SMART

Vingt objets hyper branchés et réconfortants (mention spéciale aux tourne-disques) pour amorcer la période pré-hivernale en douceur.

1/ Tout-en-un. SystĂšme hi-fi stĂ©rĂ©o parfaitement assorti Colourful Audio System, composĂ© d’une platine vinyle Debut Carbon Evo, des enceintes Speaker Box 5 S2 et de l’amplificateur stĂ©rĂ©o MaiA S3. Pro-Ject, 1 950 CHF ; project-audio.com

2/ Polyvalent. Appareil photo léger et compact OM System OM-5 avec capteur autofocus à 121 points pour une mise au point fiable. OM Digital Solution, boßtier, 1 299 CHF, téléobjectif

M.Zuiko Digital ED 100–400 mm F5.0–6.3 IS, 1 599 CHF ; objectif ultra grand-angle

M.Zuiko Digital ED 9–18 mm F4.0–5.6 II, 699 CHF ; omsystem.com

1a/ 1b/ 1c/ Productif.

L'installation de bureau Ă  domicile d'Elgato facilite la vie professionnelle.

1a/ Microphone avec extension de hauteur

Wave Neo pour une qualité audio haut de gamme.

À partir de 95 CHF

1b/ Webcam ultra fluide et ultra nette Facecam Neo pour la diffusion de vidéos en qualité HD Premium.

À partir de 95 CHF

1c/ Streamdeck convivial et compact avec 8 boutons personnalisables et 2 points tactiles Stream

Deck Neo pour gĂ©rer les rĂ©unions, la musique, les chats en direct, les applis et bien plus encore. À partir de 95 CHF ; elgato.com

2/ Compact. Smartphone pliable Samsung Galaxy Z

Fold 6 avec des performances similaires à celles d'un PC, caméra de 50 MP, fonctionnalités Galaxy AI et batterie longue durée. 1 829 CHF ; samsung.com

3/ Innovant. Casque de streaming/gaming léger

Virtuoso Pro avec conducteur en graphĂšne moderne et design ouvert. Elgato, Ă  partir de 164 CHF ; disponible sur corsair.com

1/ Endurant. Casque haut de gamme Dyson Ontrac avec une excellente isolation acoustique et un confort supplémentaire. Dyson, 499 CHF ; dyson.ch

2/ Polyvalent. Ordinateur de plongée et montre de sport GPS Suunto Ocean avec plus de 95 modes sportifs préconfigurés, cartes hors ligne, fonctions d'entraßnement, etc. Suunto, 799 CHF ; suunto.com

3/ Rockstar. Enceinte Bluetooth Fender × Teufel Rockster Cross avec un style vintage rock cool et un puissant son stĂ©rĂ©o. Teufel, 389 CHF ; teufel.ch 2/

Tenue/ Veste Windshell NSE × Yinka Ilori par The North Face, 152 CHF.

3/

3/ Haut de gamme. Smartphone avec caméra Zeiss Vivo V40, équipé d'un objectif grand-angle de 50 MP et de la technologie Aura Light, qui capture chaque instant quelles que soient les conditions d'éclairage. Vivo, environ 521 CHF ; vivo.com

4/ Portable. Le SoundBurger Audio-Technica AT-SB727 est un tournedisque Bluetooth portable au design rĂ©tro avec une autonomie de 12 heures. À partir de 218 CHF ; audio-technica.com.

1/ Dynamique. Casque OverEar Sonos Ace avec audio 3D, suppression active du bruit et environ 30 heures d'autonomie. Sonos, 499 CHF ; sonos.com

2/ Petit mais puissant. Enceinte innovante Apple HomePod mini avec audio Ă  360 °et d’infinies possibilitĂ©s d'utilisation. Apple, 99,35 CHF ; apple.com

AGENDA/ L’AUTOMNE À TA PORTE

Escalade, gaming et acrobaties sur planche : voici les prochains Ă©vĂ©nements Ă  ne pas manquer.

30

octobre au 2 novembre

Red Bull Dual Ascent

Le spectacle d’escalade au barrage de Verzasca revient cette annĂ©e pour sa troisiĂšme Ă©dition : 20 des meilleurs athlĂštes mondiaux s’affronteront en Ă©quipes de deux pour grimper le mur de 180 m de hauteur sur deux parcours identiques dans des duels palpitants. Les niveaux de difficultĂ© des six longueurs de corde varient d’un 6c Ă  un incroyable 8b. Les qualifications et les demi-finales auront lieu du 30 au 31 octobre. La finale se tiendra le samedi 2 novembre et sera diffusĂ©e en direct sur Red Bull TV. redbull.com/dualascent

31

octobre au 10 novembre

Digital Arts

Des artistes Ă  l’international se rĂ©unissent lors de ce festival dĂ©diĂ© aux contributions actuelles et socialement en lien avec la culture numĂ©rique. Expos, performances, ateliers, confĂ©rences et tables rondes au centre-ville de Zurich. da-z.net

11

au 13 octobre

Freestyle Roots

Des pros du freestyle du monde entier éblouiront le public avec leurs performances dans la Stockhorn Arena de Thoune. Des athlÚtes de BMX, snowboard et skate seront là, ainsi que des stars du break et du beatbox. Un retour aux sources. freestyleroots.ch

3 novembre

Velodux

Les passionné·e·s de cyclo-cross et de gravel se retrouvent Ă  Estavayerle-Lac pour deux Ă©vĂ©nements lĂ©gendaires : la course de Veldoux et le Gravelodux. Deux jours d’action et d’aventure autour du vĂ©lo dans un lieu historique garantis. velodux.ch

10 au 13 octobre

Hero Fest

Dans le cadre de la BernExpo, deux moments forts du gaming auront lieu simultanĂ©ment : le HeroFest, l’une des plus grandes conventions de gaming en Suisse, ainsi que la SwitzerLAN, la lĂ©gendaire LANparty avec plus de 2 000 personnes. herofest.ch, switzerlan.ch

18 et 19 octobre

Big Air Chur

Avis aux fans d’action, de sport et de musique : l’élite du ski et du snowboard mondial montrera son talent sur la plus grande rampe de freestyle de Suisse. L’atmosphĂšre est unique lors de cet Ă©vĂ©nement freestyle ultime. bigairfestival.com

25

octobre

Swiss Influence Award

À ne pas manquer : la cĂ©rĂ©monie de remise de prix de l’annĂ©e ! Les personnalitĂ©s les plus influentes du pays seront Ă  nouveau rĂ©compensĂ©es. Et cela dans des catĂ©gories Ă©tablies telles que la beautĂ©, le divertissement et les voyages, mais aussi dans des catĂ©gories Ă©mergentes comme le gaming et les podcasts. Nous t’offrons un programme pratique unique avec des discours d’ouverture et des ateliers animĂ©s par des expert·e·s du secteur, ainsi que des opportunitĂ©s de rĂ©seautage. Profite d’un aprĂšs-midi instructif. swissinfluence.ch/award

2

et 3 novembre

AlaĂŻa Bay Open

La compĂ©tition annuelle est la derniĂšre Ă©tape de l’Edelweiss Surf Tour, qui en comprend quatre en Suisse. L’évĂ©nement Ă  Sion marque la fin de la saison Ă  AlaĂŻa Bay, qui rouvrira au printemps 2025. En plus des catĂ©gories hommes, femmes et jeunes, deux nouvelles catĂ©gories sont introduites cette annĂ©e : Open Heroes – pour les surfeurs souhaitant se per fectionner dans un environnement moins compĂ©titif –et le bodyboard ! edelweisssurftour.ch

3

novembre

Red Bull Basement

As-tu une idĂ©e brillante qui pourrait amĂ©liorer le monde ?

Un esprit d’innovation qui n’a besoin que d’une opportunitĂ© pour se lancer ? C’est le moment idĂ©al pour agir ! Red Bull Basement recherche des idĂ©es et offre la chance de les prĂ©senter sur scĂšne. Les gagnant·e·s suisses reprĂ©senteront le pays lors de la finale mondiale Ă  Tokyo. L’équipe victorieuse gagnera une semaine de mentorat dans la Silicon Valley. redbull.com/basement

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De jeunes talents littĂ©raires de Suisse se livrent sur des sujets qui leur tiennent Ă  cƓur, en leur donnant un twist positif.

L’écrivaine

Céline Zufferey comme sportive de haut niveau

Je ne me suis jamais considĂ©rĂ©e comme une grande sportive. La preuve avec mon mĂ©tier : je suis Ă©crivaine. La plus grande partie de ma journĂ©e consiste Ă  rester assise face Ă  un ordinateur, et, bien que mes doigts s’activent beaucoup et trĂšs rapidement, mon nombre de pas par jour, lui, atteint parfois des scores inavouables. J’ai bien essayĂ© de troquer ma chaise de bureau confortable pour une gym ball, faire mes exercices de Pilates tout en cherchant la solution d’un paragraphe, je me sentais bien Ă©loignĂ©e de l’athlĂšte. Et pourtant


ces deux activitĂ©s ont de nombreux points communs, et les parallĂšles qu’il esquisse commencent, de mon cĂŽtĂ©, Ă  faire leur chemin – Ă  petites foulĂ©es.

Un jour, je tombe sur un livre de l’auteur

Haruki Murakami : Autoportrait de l’auteur en coureur de fond. Il y parle de sa passion pour la course Ă  pied, presque davantage que de son Ă©criture. Au-delĂ  de leur aspect complĂ©mentaire,

L’écriture est une affaire d’endurance. Pour mon premier roman, Sauver les meubles, j’ai Ă©crit pendant deux ans. Pour Nitrate, mon deuxiĂšme livre, il m’a fallu cinq ans. Des mois et des mois Ă  maintenir un rythme de travail de cinq jours par semaine, de 9 heures Ă  13 heures. On ne sait jamais combien de temps durera la traversĂ©e. Il faut se lancer, lĂącher le bord et croire qu’une rive existe bien de l’autre cĂŽtĂ©, que c’est vers elle qu’on se dirige. Il n’y a pas de ligne d’arrivĂ©e dans l’écriture, on ne sait jamais vers quoi on tend, cette ligne ne cesse de se redessiner, de se transformer : c’est nous-mĂȘme qui la crĂ©ons.

Sur le mur face Ă  mon bureau, j’ai affichĂ© l’illustration d’une funambule. Au centre, on la voit droite sur le ïŹl, solide sur ses appuis, un balancier dans les mains. Aux deux coins supĂ©rieurs de l’image, il y a un agrandissement de ses pieds, en Ă©quilibre sur la corde si ïŹne, qui avancent un pas aprĂšs l’autre. Pour moi l’écriture demande ça, de la souplesse et de la dĂ©termination : regarder droit devant, faire conïŹance Ă  son instinct pour rencontrer le ïŹl au prochain pas, savoir se rattraper, garder son calme.

C’est bien loin du clichĂ© romantique de l’écrivain alcoolique passant des nuits blanches Ă  griffonner dans sa mansarde sous les toits de Paris. Il n’y a pas de Muses, pas de magie, pas de secret : pour produire quelque chose de bon et tenir la longueur d’un livre, il faut le quotidien stable, contraignant et parfois monotone du sportif en entraĂźnement. Quand j’écris, je me couche tĂŽt, je me lĂšve tĂŽt, je m’enferme tous les matins dans mon bureau, tĂ©lĂ©phone sous silencieux. Je grignote des amandes Ă  10 h 30, me fais des repas Ă©quilibrĂ©s, sans oublier les Ă©tirements en ïŹn de sĂ©ance pour me libĂ©rer le dos. Ensuite les courses, le sport et le mĂ©nage que je fais l’aprĂšs-midi n’ont pour but que de me retrouver dans les meilleures conditions pour Ă©crire le lendemain.

L’immense libertĂ© qu’offre le mĂ©tier d’écrire implique une grande discipline. Je n’ai ni horaires ni deadlines, je me ïŹxe mes propres objectifs et peux mener des projets pendant des annĂ©es. Ça demande beaucoup de force de choisir de rester assise pendant quatre heures pour Ă©crire. Ça demande beaucoup de force de revenir tous les jours dans ce bureau, face Ă  cette feuille. Ça demande beaucoup de force de crĂ©er quelque chose qui, avant, n’existait pas, que personne n’a demandĂ© et qu’on construit de toute piĂšce. Ça demande beaucoup de force de se confronter au vide, jour aprĂšs jour, et de le combler avec des choses dont on n’a qu’une intuition impalpable.

Quand j’écris, je n’affronte ni chrono, ni adversaires, ni Ă©lĂ©ments extrĂȘmes, mais je poursuis le mĂȘme dĂ©sir que les sportifs : le dĂ©passement. Aller plus loin en Ă©criture, c’est me confronter Ă  l’incertitude et Ă  une sorte de conviction un peu folle : je ne sais pas ce que je cherche mais je me lance Ă  sa recherche.

Il s’agit d’ĂȘtre endurant et tĂȘtu, mais il faut aussi gĂ©rer l’échec comme le sportif surmonte la blessure ou la dĂ©faite. Je me souviens de pĂ©riodes oĂč j’avais l’impression d’avoir perdu mon chemin, les obstacles se succĂ©daient, plus rien n’était clair.

« Pour moi l’écriture demande ça, de la souplesse et de la dĂ©termination : regarder droit devant, faire conïŹance Ă  son instinct pour rencontrer le
ïŹl au prochain pas, savoir se rattraper, garder son calme. »

Ces moments de dĂ©couragement oĂč chaque mot est un effort pĂ©nible, oĂč les phrases sonnent faux, les enchaĂźnements manquent de ïŹ‚uiditĂ© et oĂč je m’essouffle. Il avait fallu rebrousser chemin, tenter de nouvelles stratĂ©gies, abandonner des personnages, tĂątonner dans l’obscuritĂ©. C’est lĂ  qu’on mobilise toute notre persĂ©vĂ©rance et notre crĂ©ativitĂ© pour rĂ©ussir Ă  considĂ©rer son travail sous un nouvel angle, le rĂ©inventer, lĂącher une prise sans ĂȘtre certaine de retrouver un autre point d’appui, mais ainsi parfois on trouve une nouvelle voie. Et puis, un jour, ça y est, le roman est terminĂ©. Le livre ne reprĂ©sente que le sommet de l’iceberg, soutenu par des mois, des annĂ©es de travail patient et acharnĂ©, tout comme une course, un match ne sont que le rĂ©sultat d’une implication et d’un dĂ©vouement quotidien. Et lĂ , quand on retourne dans les vestiaires ou quand on met le point ïŹnal, il faut faire face Ă  la redescente, au vide que laisse le travail accompli. Se reposer demande d’autres ressources : regarder son parcours avec bienveillance, savoir apprĂ©cier les petites choses et retourner Ă  la « vie normale ». Il faut souffler, apprendre Ă  se dĂ©tendre, Ă  se ressourcer aïŹn de pouvoir se relancer, plus tard, dans le jeu.

J’ai mis du temps Ă  considĂ©rer cette analogie entre le mĂ©tier d’écrivain et le sport de haut niveau. C’est que pendant longtemps j’ai considĂ©rĂ© mon travail comme non sĂ©rieux et me suis vue comme illĂ©gitime. Ce n’est qu’aprĂšs une pratique d’écriture de quinze ans que je m’autorise Ă  me voir comme une professionnelle, que je reconnais mes connaissances et mes capacitĂ©s techniques en littĂ©rature. Je perçois ma place et je m’y sens bien. Et c’est Ă  partir de lĂ , avec l’entraĂźnement, la pratique et la reconnaissance que j’ai derriĂšre moi, que je me sens prĂȘte Ă  embrasser mes curiositĂ©s, poursuivre mes interrogations de plus belle et donner tout l’espace Ă  mes dĂ©sirs de s’épanouir, en pleine puissance.

CÉLINE ZUFFEREY BasĂ©e Ă  Lyon, la Valaisanne nĂ©e en 1991 considĂšre que l’écriture consiste en 2 % de talent, et 98 % de labeur. LaurĂ©ate de deux prix littĂ©raires, elle a publiĂ© plusieurs nouvelles. Ses romans sont parus aux Ă©ditions Gallimard. zuffereyceline.com

9 questions Ă 

Raphael DĂ€hler

Le rider de MTB Street Trial et créateur de contenu de 23 ans, originaire de Winterthur, partage les choses (plus ou moins) importantes qui façonnent sa vie.

Si tu pouvais ĂȘtre un animal pour un jour, lequel choisirais-tu ?

Un Ă©cureuil. À 100 %. Ils sont petits, agiles et tellement adorables
 Et ils peuvent se faufiler partout. Ils ont un air un peu drĂŽle et peuvent faire des tours avec leur queue.

TOUT SOURIRE Environ 30 000 personnes suivent ses cascades sur les réseaux sociaux. @raphael.dahler

Une habitude agaçante ?

(AprĂšs une trĂšs longue rĂ©flexion 
) J’ai toujours un peu de mal Ă  estimer le temps. Je veux faire trop de choses en mĂȘme temps.

Ce que tu aurais aimĂ© savoir plus tĂŽt ?

Que ma formation en tant que serveur m’aiderait plus tard. Ça m’a permis de dĂ©velopper mes compĂ©tences sociales. Je ne l’avais pas rĂ©alisĂ© Ă  l’époque.

La pire couleur pour un casque ?

Rose néon. Les couleurs flashy en général.

N°1 actuel sur ta playlist ?

Harry Mack, un rappeur freestyle de Los Angeles.

Ce que tu emportes partout avec toi ?

Une clĂ© Allen ou un multitool. Et ma carte d’assurance maladie.

Ta blessure la plus grave ?

Une cheville fracturĂ©e. Je suis tombĂ© du mur sur la promenade du lac Ă  Zurich. J’ai passĂ© deux semaines Ă  l’hĂŽpital. Ça a mis six mois Ă  guĂ©rir. La plaque est restĂ©e en place pendant trois ans.

Tes hĂ©ros Ă  vĂ©lo ?

Danny MacAskill, Joacim Lundgren ; et Fabio Wibmer, aussi parce qu’il a un style de conduite vraiment unique.

Retour vers le futur ou voyage dans le passé ?

Je suis nĂ© dix ans trop tard. J’aurais adorĂ© vivre l’ñge dorĂ© du hip-hop des annĂ©es 90.

Elle est petite. Elle est puissante. Elle est arrivée.

L a nouvelle Volvo E X 30 100% électrique.

Notre S U V le plus compact Ă  ce jour sĂ©duit par ses per formances puissantes, son design innovant et l’empreinte carbone la plus faible de toutes les Volvo. Souvent, la petitesse s’accompagne de grandeur.

Essayez-la maintenant.

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