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juillet 2013

magazine sponsorisÉ

Un magazine hors du commun

− 2 196 mètres Krubera, dans la gueule du gouffre

endless

summer

Le surf dans tous ses états


BE SPECTACULAR


INFORMATIONS AU 01.39.50.30.20.

spectacular-eyewear.com


le monde de Red Bull

Juillet 66

rallyes orphelins

Qui sera le patron de la prochaine décennie ? The Red Bulletin est parti à la recherche du successeur de Loeb. Pas simple.

heure d’été

Depuis quelques mois déjà, votre montre s’est ­accoutumée à cette heure estivale. Mais la chaleur, elle, a joué à cache-cache. Du coup, en ce mois de juillet, on a comme une furieuse envie de se jeter à l’eau. ça tombe bien, vous n’avez plus qu’à trouver un board et l’élément marin vous emballera au fil de l’eau et de ces pages. D’abord, emboîtez le pas de l’Australien Julian Wilson, du hawaïen John John Florence et du ­californien Kolohe Andino, trois futurs maîtres des tubes. Ensuite, choisissez votre spot dans notre galerie de photos. The endless summer surfait Michael Hynson à la fin des années 60. Oui, espérons que l’été ne compte pas ses jours. Bonne lecture ! Votre Rédaction 4



Julian Wilson fait partie de ces ­nouvelles stars du surf professionnel.


le monde de Red Bull

SPÉCIAL SURF

d’un coup d’Ailes

Photo de Une : Brian Bielmann. Photos : McKlein, Graham Shearer, Ryan Miller/Red BUll Content pool, Arturas Artiusenka, KIT ENGWALL, justin polkey, Mauritius

08 photos

Tour du monde des plus belles vagues sur les plus beaux spots

Bullevard 15 18 19 20 22 24 26

40 brelan d’as

The Red Bulletin vous invite à découvrir les trois stars de demain

80 Il y a une vie après Sandy Récit saisissant sur la côte est des états-Unis près d’un an après le passage de l’ouragan Sandy

énergisant monde  L’art en folie énergisant France  Fête du mois dans la tête de...  Hugh Jackman Kainrath  Joli coup de crayon Mon corps et moi  Ryan Sandes formule magique  Flyboard le bon numéro  Impensables !

reportages 28 Fast and furious Fous du volant au Mexique

40 Vagues à l’âme  

Ces surfeurs ont les dents longues

48  Krubera-Voronja

48 au fond du gouffre

Krubera est une cavité qui s’enfonce à plus de 2 000 mètres. Reportage exceptionnel dans les entrailles de la terre.

92 un club qui envoie

Gros plan sur le Dante’s, au cœur de la dernière ville US top tendance. Dans l’Oregon, Portland affiche sa différence.

Deux kilomètres sous terre

58 Cœurs de Lions Ils paient leur tournée 66 Cherche patron Qui sera le prochain Loeb ?

74  Jérémy Ferrari

Nouvelle star des planches

78  Thomas Dold La bonne marche

80 Surfer après Sandy Voyage sur la côte est des USA

Action !

22 Sandes se met à nu

Ryan Sandes est un trailer sud-africain de 31 ans qui n’a pas froid aux yeux. Ce mois-ci, c’est lui qui enlève le haut. the red bulletin

90 Joli voyage

à la découverte de la Croatie en ­grimpant des falaises et en sautant la tête la première dans la grande bleue.

90 92 93 94 95 96 98

voyages  Un été en Croatie CLUbbing  Portland Conseils de pro  Dany Torres Ma Ville  Berlin se dévoile musique  La playlist de Dom Maker focus  Gros plan sur l’actu française dans le rétro  Casse-tête

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contributions Le quatuor du mois THE RED BULLETIN France Publication & édition Red Bull Media House GmbH Directeur de la publication Wolfgang Winter Directeur d’édition Franz Renkin Directeur de la rédaction Robert Sperl

Daumantas Liekis

Tomasz Gudzowaty Juriste de formation, Gudzowaty glisse rapidement vers la photographie. Le Polonais s’essaie aux différentes disciplines avant de trouver sa voie dans le photojournalisme en noir et blanc. Régulièrement récompensé, il a pour thème de prédilection la marginalité avec la particularité de couvrir un sujet en douze photos, pas une de plus. Pour The Red Bulletin, il signe les clichés du reportage À la vie, à la mort, au Mexique, que vous trouverez en page 28.

Cole Louison Les dégâts causés par Sandy, en octobre 2012 s’élèvent à 80 Mds $. L’ouragan a détruit 10 km de bord de mer et affecte la vie des surfeurs de New York. « Nous y sommes retournés six mois plus tard, les gens brûlaient encore des arbres et des planches pour nettoyer les lieux », raconte le reporter-surfeur de Brooklyn, Cole Louison, auteur de The Impossible, la grande histoire du skateboard qui revient sur les origines du surf. « Tous avaient une histoire à raconter. »

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Le KruberaVoronja, gouffre le plus profond du monde, n’est pas le premier fait d’armes du journaliste spécialisé dans la nature et les sciences. Le parcours du Lituanien inclus Tchernobyl et Fukushima, autres matières premières à ­histoires... Mais dans le Krubera-Voronja, c’est en tant que biologiste, son autre casquette, que Liekis répertorie les animaux endémiques présents dans les ténèbres de cet environnement hostile. à découvrir, page 68.

Directeurs artistiques Erik Turek & Kasimir Reimann Rédacteur en chef photos Fritz Schuster Responsable de la production Marion Wildmann Rédaction Alexander Macheck (Directeur adjoint de la rédaction), Christophe Couvrat (Rédacteur en chef France), Ulrich Corazza, Werner Jessner, Florian Obkircher, Arek Piatek, Ioris Queyroi, A ­ ndreas ­Rottenschlager, Stefan Wagner, Daniel Kudernatsch (Tablette), Christoph Rietner (Tablette) Traductions & relecture Étienne Bonamy, Susanne Fortas, Frédéric P ­ elatan, Christine Vitel Maquette Miles English (Directeur), Martina de Carvalho-Hutter, Silvia Druml, Kevin Goll, Carita Najewitz, Esther Straganz Booking photos Susie Forman (Directrice création photos) Ellen Haas, Catherine Shaw, Rudi Übelhör Reprographie Clemens Ragotzky (Directeur), Karsten Lehmann, Josef Mühlbacher Fabrication Michael Bergmeister Production Wolfgang Stecher (Directeur), Walter O. Sádaba, Christian Graf-Simpson (Tablette) Impression Prinovis Ltd. & Co. KG, 90471 Nuremberg Service financier Siegmar Hofstetter, Simone Mihalits Marketing & management international Barbara Kaiser (Directrice), Stefan Ebner, Stefan Hötschl, Elisabeth Salcher, Lukas Scharmbacher, Sara Varming

Brian Bielmann Pourquoi photographier du surf ? Brian Bielman se veut taquin : « Pour passer un max de temps sur la planche. » Ses amis décrivent Bielmann comme un vieux briscard à la cool attitude. ça tombe bien, il faut garder son calme lorsqu’on photographie des stars de la discipline comme Julian ­Wilson en action sur des vagues monstres (en couverture). L’Américain a-t-il un cliché préféré ? « Sans hésiter, Pipeline à contrejour. » Disons qu’on est plutôt d’accord avec lui.

« Six mois après Sandy, les gens ­brûlaient des arbres et des planches pour nettoyer les lieux » cole louison

Marketing & concept graphique Julia Schweikhardt, Peter Knethl Ventes & abonnements Klaus Pleninger, Peter Schiffer Publicité Cathy Martin, 07 61 87 31 15 ou cathy.martin@fr.redbulletin.com Emplacements publicitaires Sabrina Schneider Assistantes de rédaction Manuela Gesslbauer, Anna Jankovic, Anna Schober IT Michael Thaler Siège social Red Bull Media House GmbH, Oberst-Lepperdinger-Straße 11–15, 5071 Wals près Salzbourg, FN 297115i, Landesgericht Salzburg, ATU63611700 Siège de la rédaction France 12 rue du Mail, 75002 Paris, Téléphone 01 40 13 57 00 Contact redaktion@at.redbulletin.com Web www.redbulletin.com Parution The Red Bulletin est publié simultanément dans les pays suivants : Afrique du Sud, Allemagne, Autriche, Brésil, États-Unis, France, Grande-Bretagne, Irlande, Koweit, Mexique, ­Nouvelle-Zélande, Suisse. Les journalistes de la SNC L’Équipe n’ont pas pris part à la réalisation de The Red Bulletin. La SNC L’Équipe n’est pas ­responsable des textes, photos, illustrations et dessins qui engagent la seule responsabilité des auteurs. Dépôt légal/ISSN 2225-4722

the red bulletin


SPÉCIAL SURF Th e B ox , Au str ali e

point break

Ici, Kieren Perrow surfe The Box, spot situé sur la côte sud ouest du pays. Les vagues cassent vers la droite sur une eau peu profonde. The Box, c’est quoi ? Une montée abrupte, des tubes rapides et de larges lips. Comme leur nom l’indique, les lips forment l’enveloppe du tube recherché par le surfeur. Il est conseillé de s’y engouffrer rapidement au risque de se retrouver aplati comme une planche contre le corail, situé à peine quelques dizaines de ­centimètres sous la surface de l’eau. Plus sur www.twitter.com/kierenperrow Photo : Russel Ord

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N ouvelle- galle s du su d, AUSTR ALI E

point de vue La preuve par l’image. « Faire le canard » signifie plonger sous la vague et éviter d’être écrasé par le mur d’eau. Sur ce cliché, Belinda Baggs nous montre la voie. Connue pour sa maîtrise du longboard, l’Australienne affiche un esthétisme qui se distingue du big wave, plus brutal. Baggs affectionne le noseriding qui consiste à avancer à petits pas vers le nez de la planche au moment où elle se met à descendre la vague. « L’idée de vivre sans la mer est pour moi une source d’angoisse perpétuelle », avoue-t-elle. On la comprend. Plus sur www.vimeo.com/57337399 Photo : Ben Moon

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Wai m e a Bay, Hawaï

point de départ C’est le 7 novembre 1957 sur une côte sauvage au nord de l’île de O’ahu qu’a débuté la saga des vagues géantes. à leur tête, l’Américain Greg Noll. Il faut attendre 1974 pour assister à la première compétition de surf pro sur ce même spot où la hauteur des vagues peut atteindre huit mètres. Ici, un groupe de surfeurs est aux prises avec des déferlantes gigantesques lors du Quiksilver Contest de 2010. Avec plus ou moins de réussite comme le montrent les planches abandonnées en pleine mer. Plus sur www.brianbielmann.wordpress.com Photo : Brian Bielmann

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Bullevard Énergisant… à petites doses !

Autos volantes L’idée de la voiture volante est aussi ancienne que la voiture elle-même. Ce rêve est censé devenir réalité en 2015. Retour sur les étapes marquantes.

Basses en ville ! Le sound system s’expose à Paris à grand renfort de décibels, jusqu’au 25 août.

Photos : Getty images (2), Terrafugia, lyle owerko/say watt, beth lesser/say watt, chris bateman/say watt (3), katie callan

Aéroplane de Curtiss (1917) Glen Curtiss construit cette voiture dotée d’ailes. Elle ne volera jamais.

ConvAirCar (1946) Ce prototype effectue 66 volstests concluants. Un crash met fin à tout espoir de production.

Un sound system, c’est deux platines, un ampli et d’assourdissantes enceintes mobiles parfois grandes comme une maison. Cette mode voit le jour dans les rues de la Jamaïque pendant les années 50. Rapidement, elle devient l’un des instruments majeurs de la culture underground en réponse aux clubs inaccessibles et le moyen de diffusion d’un style musical ­marqué par la prédominance de basses allant du ska jusqu’au dancehall, en passant par le dub et le reggae. À Paris, la Gaïté Lyrique consacre une grande ­exposition, Say Watt?, à ce phénomène socio-culturel. Au menu, photos et illustrations jamaïcaines d’époque, projection du docu-fiction Babylon qui ­retrace les débuts de la scène sound system de Londres. Mais aussi des débats menés par le commissaire de l’exposition Seb ­Carayol et des ateliers qui vous apprendront comment fabriquer votre propre sound system. Sans oublier des sculptures d’artistes à base d’enceintes et des concerts où les basses ne manqueront pas de vous masser le ventre. Si, si. Plus sur www.gaite-lyrique.net

Piasecki AirGeep (1962) L’armée US le développe pendant des années, mais le concept est jugé inopérant.

Terrafugia TF-x (2009) La 1re voiture volante à décollage vertical et moteur hybride sera disponible en 2015.

the red bulletin

L’expo Say Watt? à Paris : des débuts en Jamaïque jusqu’au vélo-sono (en bas).

Instantané

arrêt sur images

Faites-nous partager votre univers trépidant en envoyant vos clichés à : phototicker@redbulletin.com Les meilleurs photos seront tirées au sort. Le ou la gagnant(e) repartira avec la gourde suisse SIGG siglée The Red Bulletin.

Erzberg

La pluie et la neige ont compliqué la tâche des participants de Red Bull Hare Scramble sur un parcours déjà difficile à la base. Samo Vidic

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Ces rachats du Web 2.0 qui valent des milliards.

Instagram : le plus rapide Après 551 jours d’existence, ce logiciel de partage de photos est racheté un milliard de dollars par Facebook en avril 2012.

Chris Burkard, vainqueur de Red Bull Illume 2010, le plus grand concours de photo de sport.

Images en puissance L’américain Chris Burkard, 27 ans, se souvient très bien du jour où il réalise la photo qui va assurer sa postérité : « La lumière, le vent, la houle… Tout était parfait, comme si la nature s’était laissée aller à l’harmonie, le temps d’un instant. » Avec son Nikon D700, il saisit le surfeur brésilien Gabriel Medina sur une vague émeraude du Chili. La photo gagnante de Red Bull ­Illume 2010, le plus grand concours au monde de photo de sport d’action. Fin août, l’édition 2013 réunira 50 juges internationaux pour l’élection du successeur de Burkard. L’art de la photo est-il accessible ? « Un iPhone ou une ­caméra GoPro suffit à quiconque veut capturer le monde. C’est une évolution positive. » Comment réussir une photo ? « Il faut des années d’apprentissage pour ­savoir appuyer au bon moment. Analysez vos photos ratées pour progresser. »

skype : le plus gros En 2011, eBay cède à Microsoft pour 8 milliards de dollars ce leader de la téléphonie par Internet, acheté 2,5 milliards en 2005.

Plus sur instagram.com/chrisburkard et redbullillume.com

pinterest : le prochain ? Le réseau social de partage de photos, dont la valeur est estimée à 2,5 milliards de dollars, ­excite la convoitise des grandes firmes.

chute libre Anna Bader, plongeuse allemande, nous parle d’apesanteur, de la Jamaïque, de ­modèles et de la peur de plonger de 20 m de haut. Le 14 juillet a lieu en Italie, au Lac de Garde, la 4e étape de Red Bull Cliff Diving World Series. À cette occasion, la bourgade de Malcesine inaugure la 1re compétition ­féminine jamais organisée. Anna Bader, 29 ans, est l’une des favorites. the red bulletin : Qui y a-t-il de fascinant dans le plongeon de haut vol ? anna bader : Le corps à corps avec la force d’apesanteur. Où se trouvent les meilleurs spots ? En Suisse, en Thaïlande et à Majorque. Pour moi, tout a commencé au Rick’s Cafe à Negril, en Jamaïque. Depuis le récif juste devant le pub, les locaux plongent directement dans une eau turquoise.

Quelle sensation procure une chute libre à 90 km/h ? En l’air, la vitesse n’est pas ­perceptible. Je me sens comme en apesanteur. Avez-vous peur parfois ? Les forces à l’œuvre au contact de l’eau sont énormes et la moindre erreur fait mal. La peur est une bonne conseillère. La surmonter exige une grande concentration, si elle devient trop grande elle vous paralyse. Quels sont vos modèles masculins ? Orlando Duque est le meilleur au contact de l’eau. Gary Hunt a été le premier à réaliser la vrille alors qu’Artem Silchenko est le spécialiste du plongeon renversé, l’une de mes armes favorites. Plus sur www.annabader.com

Anna Bader sculpte l’apesanteur.

PHOTO GAGNANTE

Calgary

À l’occasion de Red Bull Rocks & Logs, la ville canadienne a vécu son 1er cross-enduro urbain. John Evely

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Bakou

Daniel Bodin, le freestyler suédois en snowmobile, apprécie l’hospitalité locale lors de Red Bull X-Fighters Jam. Denis Klero

Puerto del Carmen

La chaleur, le vent et l’altitude font de l’Ironman de L­ anzarote une compétition redoutée. Gines Diaz the red bulletin

Photos : carlo cruz/red bull content pool, andrea de maria/red bull content pool, tobias kresse

Cher payé


Bullevard

Le style bleu de ­l’expo de Milan

Red Bull Collective Art crée une œuvre à travers le monde. Un cadavre exquis géant ? C’est possible ! Des artistes du monde entier ont donné libre cours à leur imagination. Des créations se sont succédé pour donner vie à une œuvre longue de près d’1,3 km. La France l’a accueillie le 6 juin dernier, à Nantes. L’événement proposait aussi de posséder une partie de l’ouvrage sous forme de carte et de trouver la suite auprès d’une tierce personne ce soir-là. Plus sur www.redbullcollectiveart.com

Miss Kittin sera à Cannes cet été.

Électro beach En sept éditions, les Plages Electroniques ont démontré qu’il y avait une place sur la Côte d’Azur pour une programmation exigeante et innovante. Les Plages Electroniques revendiquent une identité forte. Après Vitalic et son « VTLZR » en ouverture le 3 juillet dernier, place à la soirée du 17 qui célébrera Pendulum, Gramatik, Son Of Kick et My ET vous feront voyager. Les filles seront à l’honneur le 30 juillet avec Magda, Miss Kittin, Nastia et Chloé. Plus sur www.plages-electroniques.com

Londres « Taxi ! » Que serait un séjour à

Londres sans une virée dans un black cab ? Red Bull Soapbox Race, Daniel Lewis

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Hassan Mouti dans ses œuvres à La Rochelle.

Silchenko première

L’élite du plongeon de haut vol avait rendez-vous pour la 5e année consécutive en France. Et pour la 4e fois à La Rochelle. Devant plusieurs dizaines de milliers de spectateurs et au terme d’une compétition à couper le souffle, Artem Silchenko remporte la première étape de Red Bull Cliff Diving World Series 2013. Il devance les britanniques Gary Hunt, triple vainqueur du championnat, et Blake Aldridge, victorieux de l’étape qualificative en janvier, en Australie. Décevants, les Français Hassan Mouti et Cyril Oumedjkane terminent respectivement 10e et 11e. On ne peut rêver plus beau spot pour lancer la 5e édition de la prestigieuse compétition de plongeon de haut vol. S’élancer de la plateforme installée à 27,5 mètres sur l’historique Tour Saint-Nicolas qui surplombe le port de La Rochelle est toujours un moment particulier que les plongeurs affectionnent. L’événement a tenu toutes ses promesses avec une qualité de sauts très élevée. ­Cinquième après un premier jour de compétition particulièrement venté ­(rafales à plus de 50 km/h), Artem Silchenko, très en confiance, reprend la tête du classement dès le lendemain. Le plongeur russe entame cette ­nouvelle saison sur les chapeaux de roue. Plus sur www.redbull.fr

Johannesburg I.D.A. présente sa chorégraphie déjantée lors de Red Bull Beat Battle en Afrique du Sud. Craig Kolesky

Osaka Josh Sheehan exécute un saut s­ pectaculaire devant la tour du soleil.   Red Bull X-Fighters, Jason Halayko the red bulletin

Texte : Christophe Couvrat Photos : Alessandro Dealberto/Red Bull Content pool, Romina Amato/Red Bull content Pool, Picturedesk.com

Nantes la joue collectif


Bullevard

Dans la tête de...

hugh jackman

L’Australien à l’instinct animal et au charme ravageur enchaîne les films d’action et les comédies ­musicales. Chanteur en mandarin ou super-héros musclé, il garde sa part de mystère.

C’est pas chinois

Le Beau et la Bête

Hugh Michael Jackman naît le 12 octobre 1968 à Sydney. Dans les années 90, il se fait remarquer en Australie et en Angleterre, sur des scènes musicales. Il interprète, notamment à Melbourne, le rôle de Gaston dans La Belle et la Bête et donne tout sur scène.

Ver revanchard

Enfant, Hugh est un petit maigrichon, surnommé « le ver de terre ». Pour acquérir la carrure de Wolverine, il suit un régime strict : 6 000 calories avalées quotidiennement en 8 heures, suivies de 16 heures de diète. Il soulève 143 kg en développé-couché.

Jardin secret

texte: Toby Wiseman. illustration : lie-ins and tigers

Jackman est l’homme le plus charmant d’Hollywood. Et il sait préserver sa vie privée. Durant le tournage des Misérables, il se passe en boucle la musique de Godsmack. « Pendant ces scènes dans les montagnes, j’avais dans la tête Cryin’ Like a Bitch! »

Les critiques sont partagées pour son rôle de patron de night-club à Shanghai dans Snow Flower and The Secret Fan, sorti en 2001. Pour cette brève apparition, il a passé plusieurs mois à apprendre une chanson en mandarin.

Loup solitaire

Élu plusieurs fois « homme le plus sexy de la planète », Jackman garde la tête froide. « Je me pince tous les jours en pensant à ma chance de jouer Wolverine. Je suis beaucoup plus solitaire et introverti que vous ne pouvez l’imaginer. »

Griffes éternelles

Sept Wolverine, c’est autant que Sean Connery dans James Bond. Entre 1937 et 1958, Mickey ­Rooney a joué Andy Hardy dans 16 films. Le Japonais Shintaro Katsu a tenu le rôle de Zatoïchi, un masseur et sabreur aveugle, dans 26 films de 1962 à 1989.

L’art de s’emballer

Petit écran, gros flop

Après le succès de The Office aux États-Unis, voilà en 2007 Viva Laughlin, remake de Blackpool, un mélodrame musical créé par la BBC. Hugh Jackman en est l’acteur et le co-producteur. C’est un fiasco. Aux USA, la programmation s’arrête après 2 épisodes sur les 8 prévus. Un seul sera diffusé en Australie.

the red bulletin

Jackman sera bientôt à l’affiche d’un thriller réalisé par le Québécois Denis Villeneuve. « J’ai été emballé par le projet. J’ai adoré travailler avec Denis. Il est comme Christopher Nolan (réalisateur américain de Memento, The Dark Knight et Inception, ndlr). Même ­vision, même dynamisme. »

The Wolverine : le combat de l’immortel Plus sur www.thewolverinemovie.com

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illustration : dietmar kainrath

Bullevard

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RED BULL

L A T R O P GAMES

ET DE COURSE T R O P S E D X U LES MEILLEURS JE

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Bullevard

MON CORPS ET MOI

Ryan Sandes

Chaque année, le trailer sudafricain de 31 ans court ­l’équivalent d’un Paris-Pékin. Le froid est sa seul crainte et le sommeil son allié.

VOIX INTÉRIEURe 

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De longues phases de repos sont capitales. Je dors huit à neuf heures par nuit. Au ­réveil, mon pouls est à 47 pulsations par minute et passe r­ apidement à 200 en effort intense. Mais la mesure de mon pouls n’est pas une ­obsession, je préfère être à l’écoute de mon corps.

Plus sur www.ryansandes.com

EN THÉRAPIe 

Pour les courses dites de « longue distance », avoir un poids léger est un gros avantage. Mais le corps a aussi besoin de réserves en graisse. Avec mon 1,78 mètre, mon poids de course oscille entre 66 et 68 kilos. Après 161 kilomètres de course, je perds un à deux kilos.

Je cours 800 heures par an, soit un total de 8 000 km et 300 000 mètres d’altitude. L’entraînement sert surtout à perfectionner ma technique de course. Je la travaille deux fois par semaine avec un coach et un spécialiste en kinésiologie. Les séances régulières de physiothérapie et de chiropractie m’aident à soulager mon dos, lequel est très ­sollicité.

CONVULSIONS 

2 c’est pas le pied J’ai connu pas mal de blessures : une fracture de fatigue, une inflammation du tendon rotulien, une tendinite ou ­encore une entorse des ligaments de la cheville. À chaque fois, la guérison prend trois à quatre semaines. C’est un problème car l’autre pied est bien plus mis à contribution.

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Mes chaussettes de contention m’épargnent les crampes, sauf lors de mes marathons extrêmes en ­Antarctique. À − 20 °C dès qu’on s’arrête de courir, la température du corps chute rapidement. Les muscles tremblent et des crampes apparaissent.

the red bulletin

texte : ulrich corazza. Photo : justin polkey

1  STOCK DE RÉSERVe

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Bullevard

vite fait, bien fait

Sportifs vainqueurs et parcours victorieux aux quatre coins de la planète.

Texte : Christophe Couvrat. Photos : Teddy Morellec (2), Getty Images (2), Ryan Miller, Sebas Romero/Red Bull Content pool. Illustration : dietmar Kainrath

Festif. Baris K (en haut) envoie du son lors de Red Bull Music Academy Stage.

RBMA embrase La Villette

Le Sud-Africain Jordy Smith remporte er son 1 titre sur le ­circuit ASP hors de ses bases. C’était face au ­brésilien Adriano de Souza lors du ­Billabong Rio Pro.

Fin mai, Paris a vibré à l’occasion de Red Bull Music Academy Stage. Un soleil printanier montre enfin ses rayons sur le Parc de la ­Villette. Les cœurs se réchauffent. L’air se remplit soudain des ­saveurs orientales de Baris K. Un set dépaysant entre guitares, ­percussions et nervosité orientale qui colle tout le monde dans l’ambiance. Mais c’est Gary Wilson qui sait le mieux profiter des rayons : gants jaunes et perruque sur la tête, l’excentrique fils ­spirituel de Frank Zappa livre un show psyché-rock, bariolé et un peu zinzin qui ravit tout le monde. Seul, Space Dimension Controller prend la suite pour répandre son galactic funk sur la prairie. Ça danse dans l’herbe, le funk se tord, s’enroule autour des ­platines et des arbres. Tout semble revivre sous les breaks psychés du Controller. L’immense Daphni – aka Dan Snaith, planqué ­auparavant sous le pseudo de Caribou – continue d’éveiller esprit et corps, avec la bénédiction du soleil : un set inventif, physique et cérébral, orienté dancefloor. Hyper attendu, TNGHT, le duo mené de front par Hudson ­Mohawke et Lunice débarque en grande pompe. L’ambiance est hypnotique, ça groove sur les impeccables productions des deux lascars qui redoublent d’inventivité, tendent leurs mix pour mieux secouer les danseurs. Jesse Boykins III attrape un micro et rejoint le duo. C’est sauvage et chaud, rond et hypnotique, tout simplement parfait pour clôturer ce dimanche soir. Dehors, il fait déjà nuit. Gros sons, plein de soleil et expériences azimutées, Villette Sonique a une fois de plus fait la différence avec une programmation audacieuse. Et une fois de plus, Red Bull Music Academy Stage aura permis de saisir la crème de héros en devenir.

Lors du GP de France, au Mans, l’Espagnol Dani Pedrosa, 6e temps sur la grille, a été l’auteur d’une ­remontée fantastique pour s­ ’imposer en Moto GP.

Grâce à un birdie au ­quatrième trou de playoff, le golfeur Matteo Manassero devient, à 20 ans, le plus jeune vainqueur du BMW PGA Championship à Wentworth.

Triple or aux X-Games de Barcelone ! Ronnie Renner (USA/photo) triomphe en MX Step Up, le Brésilien Pedro Barros au Skate Park et l’Américain Garrett Reynolds en BMX.

Plus sur www.redbull.fr the red bulletin

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Bullevard

Formule magique

jumbo-jet

Décollage. Le Français David ­Goncalves prend son envol lors des qualifications à une étape de Coupe du monde, dans la baie de Doha.



Texte : Thomas Schrefl. photo : getty images. Illustration : Mandy Fischer

S’élever dans les airs en utilisant la force d’un jet d’eau ? Découvrez les dessous du système de propulsion du Flyboard grâce à un physicien éclairé*. l’engin Une turbine de jet-ski, un tuyau de raccordement, quatre buses directionnelles : voilà l’engin qui, d’après son inventeur, permet de « plonger comme un dauphin et de voler comme un oiseau ». La force de l’eau expulsée vers le bas doit être supérieure à la pesanteur. La pesanteur de la plateforme et du pilote s’obtient à partir du produit de la masse totale et s’exerce vers le bas : FPe = –(mPi + mPl), où mPi et mPl correspondent à la masse du pilote et de la plateforme, et g à l’accélération de la pesanteur. L’eau est pompée vers le haut dans le tuyau à une vitesse v¹, puis déviée par un système de tuyauterie. Elle ressort par les buses à une vitesse v². La plateforme exerce une force sur l’eau, FE, et la dévie vers le bas. C’est ainsi que varie la quantité de mouvement de l’eau. La force correspond exactement à la variation de la quantité de mouvement. À chaque force correspond une force équivalente qui s’exerce en sens inverse. C’est cette force, FPl, qui maintient la plateforme en équilibre. Afin d’estimer le nombre de litres d’eau par seconde qui doit être expulsé pour soulever la plateforme et le pilote, il faut mettre en parallèle la force de pesanteur, la variation de la quantité de mouvement de l’eau et le temps. La variation de la quantité de mouvement est le produit de la masse de l’eau qui entre en contact avec la plateforme par unité de temps et de la variation de la vitesse de l’eau. On obtient ainsi l’équation : − (mPi + mPl)g = E(v² – v¹). Comme précédemment, g correspond à l’accélération de la pesanteur. La quantité d’eau pénétrant dans la plateforme en une seconde est notée E et est le produit de la masse volumique de l’eau, de la vitesse et de la surface de la coupe transversale de l’admission A¹. La plateforme reçoit E = r v¹ A¹ litres d’eau par seconde. Autrement dit, la vitesse de l’eau au niveau de l’admission est v¹ = E/(r A¹). Ici, r correspond à la masse volumique de l’eau. La surface totale de la coupe transversale des quatre buses, A², étant inférieure à celle de l’admission, l’eau ressort par les buses plus rapidement qu’elle n’est pompée, soit à une vitesse de v² = – v¹(A¹/A² ). En résumé, prenons une masse totale de mPi + mPl = 100 kg, une surface d’entrée de 80 cm² et une surface totale de 50 cm² pour la coupe transversale de l’ensemble des buses. Cela donne 55 litres d’eau/seconde qui ressortent par les buses à une vitesse de 40 km/h pour faire planer le pilote et le board ­pendant à peine une seconde. l’inventeur C’est en imaginant un mélange de « jet-ski, de wakeboard et de kitesurf » que le Français Franky Zapata a fabriqué, en 2011, le Flyboard. L’an dernier, son compatriote Stéphane Prayas a remporté la première Coupe du monde de cette jeune discipline, dans laquelle les juges notent les figures freestyle. Plus sur www.zapata-racing.com et youtube.com, mot-clé : Flyboard * Le professeur Thomas Schrefl enseigne à l’Université des sciences appliquées de Sankt Pölten (Autriche) et à l’Université de Sheffield (Angleterre). Konrad Holzner, son collaborateur, est étudiant en 8e semestre (physique/activité physique et sport) à l’Université de Salzbourg.

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Bullevard

chiffres du mois

Champions inattendus Un tireur à l’arc aveugle ? Un sumo svelte ? Un sauteur de haies épileptique ? Oui, ça existe. Florilège de sportifs aux carrières étonnantes, voire improbables.

1,60

Tyrone Bogues, grand par le talent

Un sumotori japonais pèse au minimum 150 kilos. Pavel Bojar n’est pas japonais mais tchèque, et ­affiche seulement 98 kilos. En 2000, après une 3e place au championnat du monde junior, il intègre une école japonaise. Il y reçoit un nom de combattant : Takanoyama. Malgré ses gabarit et poids moyens, il gravit les divisions pour évoluer aujourd’hui au sein de l’élite sumotori japonaise.

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Jan Mølby a des problèmes de poids d’une autre nature. Le ­milieu de terrain danois traîne un surplus d’une dizaine de kilos qui le freine pour évoluer au-delà de la ligne médiane. Pourtant, dans les années 90, Big Jan ­devient une légende à Liverpool où il joue douze saisons. Avec 42 penaltys, il est toujours le plus prolifique marqueur de penos de l’histoire du club.

La trajectoire de Tyrone Bogues, parti du ghetto de Baltimore pour atterrir en NBA, est héroïque. Mais ce qui rend Muggsy unique, c’est sa taille : 1,60 mètre, qui fait de lui le plus petit joueur à avoir foulé les parquets NBA. Sa recette du succès ? « Depuis l’enfance, on me répète qu’il faut mesurer deux mètres pour jouer en NBA. Je n’en ai pas tenu compte, tout simplement ! » Dai Greene

Manoel dos Santos alias Garrincha

Pavel Bojar

699

Seulement 1/10e à l’œil gauche et 2/10e à l’œil droit, Im DongHyun est aveugle. Un handicap ? Pas pour cet archer sud-coréen. À l’occasion des derniers JO de Londres, il bat le record mondial de la discipline, avec un score de 699 points. Dong-Hyun, 27 ans, sait reproduire un tir à l’identique grâce à l’extraordinaire mémoire musculaire de sa main.

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Garrincha est considéré comme le meilleur ailier droit de tous les temps. Pourtant, c’est un miraculé. Le Brésilien naît en 1933 avec une jambe arquée et un ­genou rentrant. Le médecin qui l’opère lui glisse : « Fais du foot, ça te musclera les jambes. » Le futur ailier de Botafogo remporte les Coupes du monde 1958 et 1962 où il finit meilleur buteur (quatre réalisations).

Dong-Hyun à Londres 2012

400 Dai Greene est épileptique. Mais en 2011 à Daegu en Corée du Sud, le Gallois devient ­champion du monde du 400 m haies. Plus étonnant ­encore, il décide de stopper son traitement : « Les comprimés avaient un impact négatif sur mes performances. » Et pour réduire le risque de crise, l’athlète de 27 ans trouve une parade : « Un sommeil régulier et pas d’alcool. » the red bulletin

texte : arkadiusz piatek. photos : corbis, getty images (4), imago

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Big Jan Mølby


Red Bull France SASU, RCS Paris 502 914 658 © Volkswagen / Kräling

LA ROUTE EST ENCORE LONGUE ?

RED BULL DONNE DES AIIILES. Pour votre santé, pratiquez une activité physique régulière. Rendez-vous sur www.mangerbouger.fr


L’UNIQUE RèGLE DES CIRCUITS SAUVAGES EST D’ÊTRE LE PLUS RAPIDE. au mexique, LES PILOTES ENGAGENT leur vie pour gagner. reportage. Texte  : Rogelio Rivera Photos  : Tomasz Gudzowaty 29


les dEUX BRAS du starter SE RABATTENT, LES « mad mex » peuvent lâcher les chevaux.

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Armando Cerda (à g.) et Miguel ­Romero, deux fous du volant, s’apprêtent à monter à bord de leur Dodge Charger 1968.

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« lE DUEL ne fait pas que M’OPPOSER À UN RIVAL. iL DRESSE AUSSI MES PEURS FACE À MOI » Joaquín Dépannage ­disponible 24h/24. On les appelle les v­ ulcanizadoras, réparateurs de pneus de ces carritos.


L

es cinq millions de véhicules qui encombrent quotidiennement les rues de Mexico transforment la mégalopole en un immense parking sans issue. Un chaos permanent qui condamne la circulation à une congestion généralisée. D’ailleurs, il n’est pas rare de voir les ­automobilistes emprunter les rondspoints en sens i­ nverse. Dans ce cas, la place de l’étoile à Paris aux heures de pointe fait pâle figure. À la périphérie de la capitale mexicaine s’étendent des lieux oubliés de tous, où des pilotes d’un autre genre se donnent rendez-vous et reconquièrent le temps d’une cavalcade folle ces espaces perdus. Au volant de voitures débridées à l’extrême, dans des parkings abandonnés et des entrepôts délabrés, ils grillent le sens interdit des règles, dopés par l’adrénaline et les sensations fortes. Il y a là de belles américaines des années 1960 et 1970 qui feraient le bonheur des collectionneurs. « Je suis accro à la vitesse, lâche Joaquín, speed junkie d’une vingtaine d’année à la gueule d’ange. J’étais déjà fan de ces courses, bien avant d’avoir mon permis de conduire. Tous les week-ends, mes potes et moi venions discrètement y assister. » La violation de l’interdit, la fascination pour la mécanique ou encore la fuite du quotidien expliquent l’attrait exercé par ces courses. Comme la garantie d’une fête totale. Joaquín précise : « On se retrouve pour faire la bringue, écouter de la musique, boire de la bière, faire de nouvelles connaissances et draguer les filles. » Une grande fête que seules les ­patrouilles de police ont le pouvoir de ­ruiner. Joaquín : « Dès que les sirènes se font entendre, on décampe au plus vite. Mais la plupart du temps, ils viennent sans sirène et tous feux éteints. Dans ce cas, on ne peut rien faire... » Face à ces courses sauvages, la police mexicaine est intraitable. Les voitures 34

OBJET DE TOUS LES désirs, LA VOITURE EST dopée, BICHONNÉE, cajoléE


ROUTES IMPROBABLES, ­PARKINGS, ­E NTREPÔTS : PLUS L’ENDROIT EST ABANDONNÉ, MIEUX C’EST.


Mécano de son état, Hugo Loyo (en bas à gauche et en arrière-plan) s’affaire sur une Dodge Charger 1970. José Alberto Eleuterio, l’un des plus jeunes pilotes (18 ans), attend que la ­voiture soit prête.

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Les tracés des courses sont une suite d’infractions au code de la route

sont saisies, les conducteurs entôlés. Elle a bien essayé de mettre à disposition des lieux sans danger pour les conducteurs et les spectateurs. Peine perdue. Le jeu du chat et de la souris avec la police fait ­partie intégrante de ces épreuves. Inlassablement, les discussions entre Joaquín et ses amis tournent autour des mêmes sujets : la vitesse, l’alcool, les accidents, la vie, la mort. « Une fois, un pote a emprunté la voiture de son père pour une course. Très vite, il y a eu un accident. La voiture était bonne pour la casse et mon pote a échappé à la prison uniquement parce que l’un de ses oncles a graissé la patte à la police. » Mais ce jour-là, Joaquín et son ami ont surtout eu beaucoup de chance de s’en tirer avec seulement quelques bleus.

I

ci, une aile enfoncée cause plus de mal qu’une blessure physique. C’est que ces fous du volant consacrent non seulement tout leur temps à leur voiture, mais aussi tout leur argent. L’entretien d’une Ford Mustang 1969, d’une Chevrolet C10 1970 ou d’une ­Plymouth Valiant Hardtop 1966, performante en course et admirée des spectateurs exigeants, est une chose onéreuse. Joaquín confirme : « Sans argent, pas de vitesse. La vitesse de mes voitures est toujours proportionnelle à l’investissement financier. » Ici, on ne court pas pour l’argent mais pour gagner le respect des autres. Il en va ainsi depuis toutes ces années, dans cette arrière-cour, qu’ils soient adolescents ou quadras endurcis, les coureurs relèvent le défi pour une seule et unique raison : être le meilleur. « Beaucoup me demandent pourquoi j’aime ces courses, dit Joaquín. Je réponds toujours pour les mêmes raisons qu’un pilote professionnel : repousser les limites. » Il poursuit d’un ton grave : « Le duel ne fait pas que m’opposer à un rival. Il dresse aussi mes peurs face à moi. » Mais Joaquín ne recule devant rien. « Ma petite amie est consciente qu’être avec moi, c’est accepter ma passion pour la vitesse. ­Depuis peu, elle ne m’accompagne plus aux courses. Elle dit que tôt ou tard, quelqu’un devra identifier mon corps à la morgue. Je lui réponds que seuls une chaise roulante ou un cercueil m’empêcheront de courir. Jamais je n’arrêterai la course. La vitesse est ma drogue et rien ni personne ne pourra m’en priver. » Plus sur www.gudzowaty.com

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SPÉCIAL SURF

La

nouvelle VAGUE Le surf pro, en pleine mutation, a misé sur de jeunes stars pour élargir et diversifier son public. Le surfeur nouveau est un professionnel entraîné, sérieux, spectaculaire sur la planche et un aimant à contrats lucratifs en tout genre. Texte : Stuart Cornuelle

Swell. Julian Wilson envoie du gros à ­Bocas del Toro, au Panama.

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Photo : Kirstin Scholtz/getty images


Retour dans l’Oregon. Julian Wilson a fini sa séance et file à la douche. Il est venu s’entraîner pendant deux semaines dans le QG sportif de l’un de ses sponsors pour préparer le premier rendez-vous du ­circuit mondial de l’ASP, l’association des surfeurs professionnels. Au programme, un entraînement quotidien avec parfois deux séances par jour. Entre deux sessions, il participe aux réunions des designers où les mérites techniques du short de surf extra-élastique sont aussi disputés qu’un ride sur la vague. Le soir venu, il reste seul à l’hôtel. Il ne boit que de l’eau, dort beaucoup et mange diététique. Ici, il est en voyage d’affaires. « Maintenant, les gars s’entraînent très dur, raconte-til. Les surfeurs pros d’aujourd’hui consentent à tous les efforts pour réussir. Il ne reste pas beaucoup de temps pour toutes ces fêtes qui ont donné au surf l’image d’un sport pour lequel tu te balades autour du monde en prenant du bon temps et en étant payé pour ça. Aujourd’hui, si tu fais des choses comme ça, 42



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photos : Kirstin Scholtz/Getty Images, Graham Shearer

des kilomètres de la côte et de toute planche de surf, Julian ­Wilson est malgré tout en nage. Dehors, il pleut sur l’Oregon, comme souvent dans le nord-ouest des États-Unis. Dans le gymnase vide, il se donne pour retourner un gros pneu de tracteur. Dans un coin, un entraîneur fixe les gestes de l’Australien de 24 ans. ­Wilson retourne encore ce pneu haut de deux mètres puis enchaîne les exercices en saisissant les poignées d’un speed bag et termine par une séquence de sprints sur des marches d’escalier. Bienvenue sur le campus de la marque à la virgule, construit dans la grande banlieue de Portland pour accueillir l’élite sportive mondiale. Si pour vous le mot « surf » suggère la plage et certainement pas un ­décor de gymnase en pleine campagne pluvieuse, vous devez vous demandez de quoi on cause. Les exercices pliométriques pour les jambes et la recherche de puissance sont aussi des termes qui ne collent pas à l’image idéalisée du surfeur insouciant. Du moins, ces mecs-là n’en ont rien à faire. ­Pourtant, c’est pour ça que Wilson sue dans son gymnase. Pour changer votre façon de voir le surf. L’an dernier, l’Australien a amassé près de 230 000 euros de gains sur le circuit ASP pro, sans compter de juteux contrats publicitaires. Il fait partie de cette génération pour laquelle le surf n’est pas qu’une affaire de culture. Aujourd’hui, on parle de carrière sportive et d’une industrie qui brasse des millions de dollars. Son essor est mondial. En Islande, au Maroc ou au Brésil. Les équipementiers du surf sont tous cotés en bourse. Les gamins au talent prometteur ne sont pas scolarisés, ils sont instruits à la maison comme les graines de pop-stars. L’Hawaïen John John Florence, petit prodige devenu pro, a des sponsors depuis l’âge de 6 ans. Certains se voient offrir des bolides avant même d’avoir l’âge de les conduire. Mais, malgré toutes ces marques d’intérêt, le surf est loin de rassembler comme d’autres sports, même ceux de la glisse comme le skateboard ou les disciplines sur neige. Il y a bien eu quelques pics d’audience, mais, après un demi-siècle, la popularité du surf n’a jamais quitté son petit monde c­ ôtier. ­Wilson et ses pairs pourraient changer tout ça. Pour coller à leur sport, on dira qu’ils surfent sur une nouvelle vague qui va changer comme jamais leur discipline, la rendre plus accessible au grand p ­ ublic grâce aux nouveaux médias et aux techniques de management, booster son côté spectaculaire et trouver l’argent pour assurer le marketing des jeunes stars. Des surfeurs comme Florence, le Californien ­Kolohe Andino, le Sud-Africain Jordy Smith et le Brésilien Gabriel Medina pourraient vous inoculer ­rapidement le virus du surf.


Julian Wilson

Credit:

né le : 8 novembre 1988 Résidence : Coolum Beach, Queensland, Australie pile : Avant de se consacrer totalement au surf qui a fait de lui une star, Wilson a été champion ­d’Australie ­junior de longboard à 14 ans. Face : Ambassadeur de la lutte contre le cancer du sein, Wilson utilise en compétition des planches roses pour sensibiliser le public et récolter de l’argent pour la fondation.


John John Florence né le : 18 octobre 1992 Résidence : Honolulu, Hawaï, USA Pile : Il est l’aîné de trois frères, tous surfeurs professionnels. Face : à 13 ans, John John devient le plus jeune surfeur à participer aux qualifications du Triple Crown of Surfing. Six ans plus tard, en 2011, il en est le plus jeune vainqueur.


Photos : ASP/Robertson, Kirstin Scholtz/getty images

la bagarre a été si rude pour faire signer Jordy Smith que Nike aurait demandé à Tiger Woods ­d ’appeler le Sud-Africain pour ­a rracher son accord

t’es vite largué. » Le professionnalisme, un mot désormais inscrit dans le vocabulaire de l’élite mondiale du surf, explique la rapide ascension du sport. Les sempiternelles histoires de rivalité entre concurrents, les gueules de bois, les nuits sans sommeil, ces planches qu’on récupère in extremis le matin de la compétition… datent d’un autre âge. Un passé étranger aux pros d’aujourd’hui pour qui la préparation et la condition physiques sont primordiales. « La prochaine génération sera sérieuse encore bien plus tôt, affirme Florence, tout juste 20 ans. Plus on est jeune, plus on peut travailler tôt l’entraînement et le mental. » Désormais, à chaque étape de l’ASP World Tour, il est devenu normal de voir entraîneurs, managers, agents et cameramen s’agiter autour d’un pro à chaque ride. Et c’est valable pour tous les surfeurs. Sur les sites de compétition, on trouve des swiss balls et des vélos ergonomiques pour s’échauffer, une table de massage et un coin pour se restaurer. « C’est un peu moins le bazar aujourd’hui », reconnaît Peter Jasienski. Le ­directeur de la communication de Hurley travaille avec Wilson, ­Andino et Florence. « Ils ont conscience de leur influence sur le public. Voilà la grosse the red bulletin

différence. » Le résultat est immédiat : un surf tranchant, un look affiné et une image améliorée. Tout ce qui plaît à l’industrie du surf, celle qui finance tout. Le professionnalisme, après tout, n’est qu’un symptôme dont l’argent est la cause. Il y a deux ans, l’Américain Dane Reynolds, l’un des noms du circuit, a prolongé de six ans son partenariat avec Quiksilver pour plus de 17 millions d’euros. Un contrat digne des stars du sport US. La surenchère en la matière est devenue monnaie courante pour les meilleurs surfeurs. En 2007, la bagarre a été si rude pour faire signer Jordy Smith que Nike aurait demandé à Tiger Woods d’appeler le Sud-Africain pour arracher son accord. Il y a quelques années, les revenus mondiaux du business du surf atteignaient 4,5 milliards d’euros. On prévoit le double en 2017. Loin de ces considérations économiques, l’ambiance rustique de cette salle de musculation de l’Oregon prend tout son sens. Si les surfeurs ont commencé à se comporter en sportifs professionnels de haut ­niveau, ce n’est pas par hasard. Aujourd’hui, une ­victoire finale dans l’ASP Tour se chiffre en millions de dollars, sans parler des retombées publicitaires dodues. « Même si le contexte économique est difficile pour les entreprises, il n’y a jamais eu autant d’argent dans le surf, constate Florence, qui entame sa seconde année complète sur le circuit. Pas seulement pour les surfeurs mais dans les événements et chez les sponsors. » Un phénomène qui ne concerne que l’élite du circuit. « Selon moi, Wilson, Andino et Florence représentent le surf moderne, reprend Jasienski. Tout cet investissement sur eux s’explique d’abord parce qu’ils voient ça comme une carrière professionnelle. Ils sont à l’aise avec les médias, ils songent à leur i­ mpact sur la jeunesse et sont devenus des marques commerciales. » Ils ont fait leur trou tout simplement, ce qui est loin d’être facile. Car il faut trouver les meilleures salles d’entraînement, des coaches expérimentés, ­savoir sourire et se méfier de tous les pièges qui se présentent. Les marques ne sont pas là pour filer de l’argent au premier talent venu, elles ne peuvent pas se le permettre. Les 17 millions d’euros de Dane ­Reynolds ont fait les gros titres, mais Quiksilver a déjà retiré son engagement dans la marque de teeshirts Summer Teeth, dessinés par Reynolds l’an ­passé. Comme pour d’autres, après une sévère renégociation à la baisse. Billabong recherche désespérément le retour à l’équilibre financier après la baisse de son action boursière. Analog Clothing, propriété de Burton Snowboards, s’est séparé brutalement de toute son équipe et a quitté en octobre dernier le monde du surf. Nike a lui aussi mis un terme à son engagement. Le business souffre dans ces périodes difficiles et la crise a montré que le cœur de marché restait encore réduit. Les grandes marques de surf se sont développées en touchant une clientèle non surfeuse et urbaine, grâce au développement de boutiques franchisées et de grandes enseignes. Pour autant, sans réaliser les ventes escomptées. La crise économique mondiale a identifié le problème : les goûts des consommateurs sont une chose, l’acte d’achat en est une autre. Les deux ont mis la pression sur le secteur, juste au moment où ce sport semblait 45


Ko l o h e Andino

Photos : Brian bielmann/Red Bull Content pool, Ken Steinhardt/Corbis

Né le : 22 mars 1994 Résidence : San Clemente, Californie, USA Pile : Dino, son père, a été surfeur pro dans les ­années 80-90. ­Vainqueur d’un championnat des États-Unis en 1990, il est nommé ­espoir de l’année en 1991. Face : Kolohe est ­surnommé « brother » par ses parents après la naissance de sa jeune sœur. Un surnom toujours vivace dixhuit ans après.


prêt à franchir un palier. Pour le ventre mou du milieu professionnel, ce fut une mauvaise nouvelle. Cette situation a mis en lumière la petite élite du surf, les vraies idoles qui dopent le produit. Des surfeurs comme Wilson, Andino et Florence sont devenus « leur propres marques commerciales ». Ils savent se vendre. Le savoir-faire et le faire savoir. Rappelez-vous. Au Japon, en 2007, Wilson a ­marqué l’histoire. Ce jour-là, il attaque une vague moyenne et part sur la gauche. Il décolle et fait demitour en l’air les mains agrippées aux bords de sa planche, les pieds dans le vide, avant de se redresser proprement et d’achever son ride. Une figure inédite, le « sushi roll », comme la surnomme Wilson, est née. La vidéo enflamme la planète surf. Aussi incroyable que le mouvement, son écho se répand à toute berzingue grâce aux photos en ligne et à YouTube. Pour le plus grand bien de la promotion du surf moderne. C’est l’un des premiers coups d’éclat de cette nouvelle génération, sa signature technique. Cela fait déjà six ans. Depuis, l’évolution technologique a profilé le matériel, apporté plus de vitesse, de légèreté et une grande fiabilité. Aujourd’hui, un surfeur peut disputer un ride, et même toute une manche sans se mouiller les cheveux. Grâce à un équipement vidéo bon marché et l’avènement des réseaux sociaux, tout le monde peut tourner des images. Le buzz est instantané. La changement de cap s’est précisé deux ans après l’apparition du sushi roll. En 2009, Jordy Smith passe son rodeo flip (un tour complet en l’air) dans les vagues indonésiennes. Instantanément, le Web s’affole. Cette figure est présente dans Done, le courtmétrage de John John Florence réalisé l’an passé, une compilation de ses meilleurs rides. Le genre de projet qui, auparavant, n ­ écessitait une équipe de tournage et le soutien de quelques sociétés pour être produit et distribué. Maintenant, un surfeur et son cadreur suffisent. Julian Wilson et Kolohe Andino ont leur caméraman attitré. Les deux complices ont créé des blogs qu’ils alimentent en vidéos inédites, avec des images toutes chaudes de la veille. Jamais les fans n’avaient eu accès à ce qui se fait de mieux en surf. « Plus de gens suivent le surf aujourd’hui qu’à mes d ­ ébuts, assure Wilson. En Australie, ça revient en force. On le voit à la télé. Et c’était plutôt sympa l’an dernier pendant l’US Open de voir chaque jour sur ESPN pas mal d’images de surf, comme le Top 10 des meilleurs rides. Les smartphones sont aussi incroyables, ils permettent aux gens de rester en contact avec tout ce qui se passe et de se tenir au courant. C’est de plus en plus facile pour les gens de nous suivre. » Wilson aborde là un point essentiel. Cette nouvelle donne permet d’attirer des millions de spectateurs comme à l’US Open, en juillet, le long de la plage californienne de Huntington. Car le meilleur du surf ne se regarde pas dans les blogs et les magazines, mais lors des compétitions que le gros barnum de l’ASP contribue à faire découvrir à de nouveaux adeptes partout dans Voyez ce trio de choc en action sur l’appli pour tablette ­totalement gratuite siglée The Red Bulletin ! the red bulletin

Au Japon en 2007, Wilson a marqué l’histoire. Une figure inédite, le « sushi roll », est née le monde. « Les surfeurs sont de plus en plus concernés par la mise en place d’un spectacle de qualité, analyse Gabriel Medina. Ça passionne le public et amène de nouveaux fans. » Et grâce à un nouvel a ­ ccord conclu l’an dernier, on va découvrir autrement les compétitions. En effet, en octobre 2012, une nouvelle société, ZoSea Media, a acquis les droits d’images et de retransmission de l’ASP et a annoncé ses ambitions pour r­ énover et dynamiser le circuit mondial. Pour la première fois, une seule équipe, composée d’anciens de MTV, de Time Inc. et de la NFL produira et diffusera les compétitions. L’objectif est de rendre le surf spectaculaire et facile à suivre pour le fan de sport devant sa télé. Un casse-tête depuis des années. « Maintenant, c’est aussi une affaire de proximité, c’est ça le gros problème, résume Jasienski, dont la société H ­ urley parraine en septembre le Hurley Pro à Trestles en Californie. Si vous n’êtes pas sur la plage, comment partager l’énergie et l’enthousiasme qui s’y dégagent, que vous soyez surfeur ou non ? Les accros du surf, ceux qui vivent sur la côte, ils sont dans le bain. Mais là, on parle de faire connaître le sport, la compétition, cette énergie, cette histoire. » ZoSea Media a du pain sur la planche. Julian Wilson : « Pour être franc, je ne pense pas qu’on puisse suivre la compétition en direct à la télé comme un match de basket ou de foot. C’est trop imprévisible avec les vagues, la météo… Mais s’ils proposent une offre alléchante des événements à la télé en montrant les meilleures vagues et comment tout se passe, je pense qu’on obtiendra une grosse audience. » Par conséquent, des rentrées publicitaires plus importantes. L’action de ­ZoSea devrait soulager les marques de surf qui, aujourd’hui, versent plus d’1,5 milliard d’euros à l’ASP pour parrainer une étape. Au lieu de ça, ZoSea et d’autres marques de dimension internationale vont entrer dans la danse avec des budgets incomparables. Retour à la compétition en juin 2012. Wilson, Andino, Florence et les meilleurs surfeurs du moment étaient aux Fidji, sur l’île de Tavarua pour le Volcom Fiji Pro. L’étape avait disparu du calendrier en 2009, faute d’avoir trouvé un sponsor. Cette question cruciale a été réglée l’an dernier avec la ­signature d’un contrat de trois années avec la marque Volcom. Un million de téléspectateurs ont pu admirer sur ESPN les sushi rolls de Julian Wilson. Sans perdre une miette du show. C’est la voie à suivre pour une discipline en mutation qui veut passer de la confidentialité médiatique au prime-time. Une nouvelle génération de stars est en train de marquer son territoire alors qu’une foule de fans passionnés prend possession des plages. Le temps est venu de s’intéresser au surf. C’est le moment de prendre la bonne vague. Suivez les sur @kolohe_andino, @johnjohnflorenc et @julian_wilson

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Voyage au centre de la terre U n e e x p é d i t i o n i n t e r n at i o n a l e d’ u n e s o i x a n ta i n e d e s p é l éo l o g u e s a b at t u en août dernier le record mondial de p r o f o n d e u r . T h e R e d Bu l l e t i n é t a i t à leurs côtés, en Abkhazie, pour s’enfoncer à − 2 196 mètres, dans le cœur d u g o u f f r e d e K r u b e r a - V o r ON j A . Photos : Artūras Artiušenka

photo additionnelle : STEPHEN ALVAREZ/ National Geographic Stock

Texte : Daumantas Liekis

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C

e matin d’été, le même appel radio fait écho dans les tentes plantées à l’entrée du gouffre de Krubera-Voronja, l’Everest des grottes. « Appel à toutes les stations, signalez-vous ! » D’habitude à cette heure, les spéléologues affamés se rassemblent autour de la table du petit-déjeuner. Ils se racontent en anglais, en russe, en espagnol et en arabe les rêves de leur dernière nuit et discutent du planning de la journée. La soixantaine d’explorateurs est originaire d’une dizaine de pays. Aujourd’hui, l’odeur de la malchance a remplacé celle du thé. Il règne un silence assourdissant où ne perce que la voix tremblante de Vytautas Gudaitis, l’officier de liaison, en train de répéter son message d’alerte. On est en Abkhazie, République sécessionniste de la Géorgie située au bord de la Mer Noire, à une centaine de kilomètres de Sotchi. Installé sur un plateau du massif de ­l’Arabika à plus de 2 200 mètres d’altitude, le camp est en ­bataille. Le chapiteau sous lequel tous ont leurs habitudes au réveil gît au sol, en loques. Les tentes de réserve sont déchirées, les provisions sont éparpillées façon puzzle. Quelques spéléologues tentent de recouvrir la cuisine roulante avec une bâche, tandis que d’autres étendent des sacs de couchage pour un brin de séchage. Mais la plupart d’entre eux, désemparés, sont assis autour de Vytautas, le visage défait entre leurs mains. La tempête a fait rage la nuit dernière. Le vent, la pluie ont coupé toutes les liaisons avec 50

Ramper Le gouffre de KruberaVoronja ne révèle ses secrets les plus profonds qu’à contrecœur. En descendant, pas de dômes, pas de halles comme dans les autres cavités. Seulement des parois étroites.


AV E C S E S C H E M I N É E S E T S E S P U I T S , LE GOUFFRE EST HOSTILE. IL N’Y A QUE DES CHAMBRES ÉTROITES ET DES ROCHERS ACÉRÉS. ICI, L’ H O M M E N ’ E S T PA S L E B I E N V E N U .


les stations souterraines. Le cauchemar des spéléologues. Les fortes précipitations provoquent des chutes d’eau qui s’engouffrent à l’intérieur de la cavité et font monter le niveau des lacs souterrains. Malgré la corde de sécurité, le courant a peut-être emporté quelqu’un.

D

ans les sombres profondeurs, ­l’expédition essaie de battre un nouveau record, à plus de 2 191 mètres, les stations d’alimentation souterraines – seul abri des spéléologues sous terre – sont peut-être inondées. Là-haut, la marche jusqu’au massif de l’Arabika est déjà éprouvante. À l’arrière d’un camion, il faut supporter, plusieurs heures durant, le cahotage d’une route de plus en plus étroite jusqu’aux collines karstiques du Caucase. Les ânes d’un berger, qui vit ici en été, attendent au bout du chemin. Ils transporteront les tonnes de provisions et d’équipements jusqu’au camp d’altitude, le dernier point à la surface avant de pénétrer dans le gouffre le plus profond au monde. Le chemin sous terre est encore plus éprouvant. À pied ou accrochés à la corde, les aventuriers doivent se frayer un passage, en grimpant, en rampant ou en plongeant, pour se rapprocher de quelques centimètres du cœur du monde. Des abîmes s’échappe un message libérateur pour Vytautas Gudaitis : « Tout va bien. L’orage a seulement arraché les lignes téléphoniques. » Loin d’être spectaculaire, l’entrée du gouffre de Krubera-Voronja s’ouvre, béante, entre des plantes herbacées et des fragments de roche. Un trou dans le karst de quatre mètres de diamètre, pareil à la gueule ouverte d’un monstre camouflé, nommé d’après le spéléologue russe Alexander Kruber (1871-1941). Découverte en 1960 par des spéléologues ­géorgiens, cette cavité forme un système karstique d’un demi-kilomètre carré de surface. Des puits, des couloirs et des ­cheminées s’enfoncent en méandres sur plusieurs kilomètres. Souvent, les fissures rendues savonneuses par l’eau sont si étroites qu’il faut avancer à quatre pattes. Puis le chemin se radoucit et s’ouvre sur de vastes espaces. Des paysages lunaires souterrains, entremêlés de lacs et de chutes d’eau, mais bloqués par des siphons, ces zones remplies d’eau gelée. On est à 2 191 mètres sous terre. Le fond du gouffre se trouve à peine au-dessus du niveau de la mer et pourtant il est déjà sous l’eau. Peut-on descendre plus loin ? C’est ce que veut déterminer le projet Call of the Abyss dédié aux activités de recherche opérées depuis 2000 dans le

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Dormir Loin d’être spectaculaire, l’entrée du gouffre de Krubera-­ Voronja, nichée sur le plateau karstique d’Orto-Balagan, s’ouvre béante entre des plantes h ­ erbacés et des ­fragments rocheux.

gouffre de Krubera-Voronja. La précédente expédition, menée par des Ukrainiens en août 2007, s’enfonçait pour la première fois aussi loin, l’exploit inégalé en négatif rivalisant avec l’ascension d’un sommet. Sur le chemin de la descente, des camps attendent les spéléologues avec des tentes, des zones de cuisson, des toilettes. Ainsi que des réserves de nourriture, de pétrole et de gaz pour les réchauds, des bouteilles d’oxygène pour les plongeurs, des piles pour les lampes et les lampes frontales, et des médicaments. L’expédition actuelle dispose de sept camps ; le plus éloigné, le Camp Rebus, se situe à 1 960 mètres sous terre, à quelques jours de marche. Étape par étape, les spéléologues se frayent un ­chemin vers le bas, avec un seul objectif, l’assaut réussi des profondeurs. Toute l’expédition repose sur une

Préparation En termes d’équipement et de logistique, l’exploration de grottes équivaut à faire de l’alpinisme, à la différence près que les spéléologues se dirigent dans l’autre sens.


Vue mer depuis la cavité Le gouffre de Krubera-Voronja est le plus profond au monde. Il s’étend d’un plateau en Géorgie jusqu’au niveau de la mer. Krubera-Voronja 2 256 m 0m 2 200 m – 100 m 2 100 m La profondeur actuellement explorée du gouffre de ­Krubera-Voronja, découvert en 1960, est de 2 196 m. Le massif karstique abrite d’autres ­systèmes de grottes qui sont néanmoins beaucoup moins profonds.

– 200 m 2 000 m – 300 m 1 900 m

– 340 m

– 400 m 1 800 m – 500 m 1 700 m

Moldavie

– 600 m

UKRAINE

1 600 m

RUSSie

– 740 m

ROUMANIE BULGARIE

– 700 m 1 500 m

MER NOIRE

– 800 m 1 400 m

GéORGIE

– 900 m

TURQUIE

1 300 m – 1 000 m 1 200 m – 1 100 m 1 100 m – 1 200 m

– 1 200 m

  

1 000 m – 1 300 m

MER NOIRE

900 m – 1 400 m 800 m

illustration : Sascha Bierl

Le point actuellement le plus profond du gouffre, ­atteint le 10 août 2012,   se trouve à seulement   50 m au-dessus de la Mer Noire, distante de 13 km. Des spéléologues soupçonnent l’existence d’une liaison directe entre la ­cavité et la mer.

à titre de comparaison, la Tour Eiffel mesure 324 mètres.

– 1 500 m 700 m – 1 600 m 600 m – 1 700 m 500 m

– 1 710 m

400 m 300 m – 2 080 m

200 m 100 m

– 2 196 m 0m

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organisation précise que le responsable, Jurij Kasjanow, applique avec rigueur. Sans son autorisation, il est par exemple interdit de descendre en rappel dans la ­cavité. Chaque soir à une heure prédéfinie, les groupes qui travaillent dans le gouffre, à l’instar des biologistes à la recherche de formes de vie inconnues, doivent fournir, par radio ou via le téléphone disponible dans le gouffre, un compte-rendu sur le travail accompli ainsi que sur les éventuels problèmes rencon54



trés. S’ils ne le font pas, ils sont portés ­disparus et une équipe de sauvetage se met immédiatement à leur recherche. Tout aussi méticuleusement, Jurij Kasjanow compose les « groupes d’assaut » en charge du transport. Connues pour être d’excellentes alpinistes, des femmes venues de République de Bachkirie forment le groupe Le miel des Bachkirs. L’équipe Poing de fer, elle, se compose de spéléologues très expérimentés en charge de la préparation de l’accès

au sol sous-marin du gouffre pour les plongeurs et de la descente de tous les équipements lourds. Le troisième groupe, Les Lituaniens, est le plus important. Ces plongeurs chevronnés assisteront le Russe Gennadij Samochin lors de l’assaut du record. Gennadij Samochin, 42 ans, se consacre à la spéléologie depuis 25 ans. Cet Ukrainien maigre et barbu vit en Crimée et travaille à l’université Vernadsky de Simferopol. D’après ses calculs, il passe cinq mois the red bulletin


E N a o û t 2 0 0 7 , G E N nA D I J S A M O C H I N A FA I L L I S U C C O M B E R à L’ I S S U E D E S A P R E M I È R E T E N TAT I V E D E R E C O R D .

Profondeurs Avant de s’installer dans leurs bivouacs souterrains, les spéléologues doivent descendre péniblement tout l’équipement.



par an sous terre. Au cours de l’expédition ukrainienne menée cinq ans auparavant, Gennadij Samochin a atteint le précédent record de profondeur de 2 191 mètres. Pour venir à bout des derniers mètres, il a dû plonger dans le siphon Dva Kapitana, « Deux Capitaines », où il a failli y rester. Avant son retour des entrailles de la Terre, il avait encore à vaincre trois passages étroits. C’est sûrement dans le dernier que sa combinaison de plongée s’est déchirée, laissant l’eau gelée entrer au contact de sa peau. Pour prévenir tout risque d’hypothermie, Samochin a réduit les paliers de décompression nécessaires à évacuer de son organisme l’azote crée pendant la plongée. Il est remonté à la surface du siphon plus d’une demi-heure à l’avance, ce qui lui a valu de sévères troubles visuels. L’azote accumulé dans les petites bulles de gaz a fini par obstruer les capillaires qui alimentent le tissu cérébral et oculaire. Mais Gennadij Samochin ne vit que pour la spéléologie. Dans le camp de surface, il passe chaque minute de son temps libre à mettre au point son parcours, à se renseigner sur

la topographie. Et il ne parle que de grottes, même pendant les repas. Samochin veut repousser le record de profondeur. Mais il insiste sur la complexité de son projet, car il le sait : pour descendre dans les abîmes de la Terre, il a besoin d’une équipe de confiance. Et il doit parfaitement répartir ses forces. Afin de ne pas mourir de froid inutilement dans les bivouacs des stations souterraines, il ne descend dans la cavité de Krubera-Voronja que si le chemin est bien préparé. Il n’est pas anxieux. « La peur serait un avant-goût de la mort », déclare-t-il avant de poursuivre son dîner.

P

our s’en faire une idée, il suffit de passer l’entrée du gouffre. Plus on s’en approche, plus on sent l’humidité et le froid qui remontent de ce trou de l’enfer. Impossible de voir quoi que ce soit, l’obscurité absorbe même la lumière de la lampe frontale. Descendre en cordée, c’est d’abord s’enfoncer dans le néant, la caverne KruberaVoronja est un trou sans fond. Son environnement est hostile avec ses cheminées 55


et ses puits, ses chambres et ses rochers acérés. Ici, l’homme n’est pas le bienvenu. Longueur de cordage après longueur de cordage, l’air devient glacial. La lumière du soleil n’est plus qu’une brume au-dessus de la tête. Puis, c’est le noir absolu. Après un moment d’acclimatation à environ 250 mètres de profondeur, un premier passage étroit attend les spéléologues qui se termine en une vaste salle aux prodigieuses parois. Emil, l’un d’eux, raconte son plaisir indéfectible à évoluer dans ce monde intérieur : « Chaque fois que je descends dans la cavité, je me sens chez moi. Mes problèmes disparaissent, mes peines s’envolent. Je peux vraiment me détendre. » Mais les pensées positives ne sont peutêtre qu’une mesure de précaution. Dire du mal du gouffre, c’est risquer la malédiction comme les spéléologues se plaisent à le raconter. Car ils croient que la cavité se vengera et les punira s’ils laissent derrière eux des déchets ou arrachent des minéraux des parois. « Éprouver du respect, voire un peu de crainte, est peut-être une bonne chose, explique aussi Aidas Gudaitis, le responsable du groupe lituanien. Tant que cette crainte ne se transforme pas en panique, elle est une bonne frontière entre la raison saine et les décisions idiotes. »

Plus tard, il s’est avéré qu’elle avait secrètement lu ses SMS avant la descente et constaté qu’il la trompait. Déboussolée, Else a même voulu quitter le camp. « 1 600 mètres : Aidas souffre d’une otite et d’une cystite. Jurij Kasjanow le prie de rejoindre le camp de surface, mais il s’y refuse. » Aidas Gudaitis dirige le groupe lituanien qui doit progresser jusqu’au passage sous-marin Dva Kapitana. Son otite lui interdit de plonger, mais rien ne freine l’ambition d’Aidas qui ignore toutes les mises en garde et poursuit la descente.

« 1 960 mètres : Camp Rebus, le camp le plus profond du monde. Troisième ­semaine. Première tentative de plongée de Gennadij Samochin ». L’équipe est au comble de la motivation, bien que personne ne sache si la météo va s’améliorer. La nuit, le camp souterrain vit au rythme du ronflement de l’eau qui monte dans le siphon. Difficile de ne pas être pris d’angoisse. Le 10 août en fin d’après-midi, un a ­ ppel radio se propage : « Nous avons b ­ attu un nouveau record mondial ! Le gouffre est

étroit Les volumineuses ­combinaisons de ­protection et le ­matériel rangé dans des sacs étanches font constamment ­obstacle à une ­progression optimale et rapide dans l’abîme.

P

lus les équipes s’enfoncent dans l’abîme, plus leurs journées sont monotones. Au programme : fixation des cordes de sécurité, transport du matériel, contrôle de l’équipement. Manger, boire et dormir. Et ce, à toute heure du jour ou de la nuit, peu importe la météo. Jurij Kasjanow doit d’ailleurs les informer des conditions météorologiques par radio. Plus leur séjour sous terre se prolonge, entrecoupé de pauses pendant lesquelles ils s’amassent autour des réchauds sous leurs toiles de tente, plus leurs messages et leurs notes sur les entrailles de la Terre sont fébrilement attendus au-dehors. « 700 mètres : Aleksej est malade. Probablement l’estomac. Il dit qu’il se sent mal et va constamment aux toilettes. Est-ce lié à l’eau souillée ? » Pourtant Aleksej, surnommé Ljoscha, est l’un des membres les plus robustes et les mieux préparés du groupe. C’est aussi une mauvaise nouvelle pour Jurij Kasjanow : le transport des ressources dans la cavité s’en trouve profondément ralenti. « 1 400 mètres : Else est malade. Serait-ce un chagrin d’amour. Elle est couchée dans son sac de couchage et pleure sans arrêt. » Else fait partie du groupe Le miel des Bachkirs et participe à l’expédition avec son ami. Ils sont ensemble depuis plusieurs années. 56



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Record En août 2012, Gennadij Samochin plonge vers le nouveau record mondial en traversant une partie immergée du gouffre. Il atteint 2 196 mètres de profondeur, repoussant ainsi de 5 mètres ­l’ancienne marque.

S A M O C H I N N E C O M P T E PA S S ’A R R Ê T E R À 2   1 9 6 M È T R E S . L e g o u f f re K r u b era V oron j a D É b O U C H E certainement BEAUCOUP pLUS LOIN DANS LA MER NOIRE.

plus profond de cinq mètres ! » Certains espéraient faire encore mieux, mais Gennadij Samochin vient de risquer sa vie pour gagner ces quelques mètres. Afin de ne pas reproduire les incidents qui ont failli le tuer en 2007, il utilise cette fois un autre mélange de gaz. Avec une ­visibilité limitée à deux largeurs de main, la traversée du siphon est un exercice d’équilibre, au milieu de poissons et de crabes aussi blancs que des fantômes. Gennadij Samochin doit the red bulletin

abandonner les bouteilles de remplacement avant que des sinuosités et des saillies rocheuses ne freinent sa progression. Il réussit à sortir des « Deux C ­ apitaines » alors que son manomètre indique qu’il lui reste à peine suffisamment d’air dans ses bouteilles d’oxygène. Lorsqu’il remonte à la surface, son calculateur de plongée ­affiche − 52 mètres, soit 2 196 mètres de profondeur. Est-ce le fond de Krubera-Voronja ? Le bout du gouffre ? Gennadij Samochin secoue la tête. Il est convaincu que les Dva Kapitana mesurent une dizaine de kilomètres et débouchent dans la Mer Noire. Mais comme le siphon est extrêmement étroit (environ 100 × 60 centimètres) et

peu pentu (sur 40 mètres de plongée horizontale, il n’est descendu que de 5 m), le plongeur veut utiliser un recycleur à sa prochaine tentative pour vérifier son hypothèse. En recueillant l’air expiré et en l’enrichissant à nouveau en oxygène, cet appareil permet d’allonger les temps de plongée de trente minutes à plusieurs heures. Pour battre son record, Gennadij Samochin repartira peut-être du point de départ. S’il trouve une entrée plus élevée dans le karst, le gouffre sera automatiquement plus profond. Et le spéléologue a déjà ­repéré une grotte qui devrait convenir, Malenkij Princ, « le Petit Prince », à 100 mètres de celle de Krubera-Voronja. Plus sur redbull.fr

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les rois lions Tous les quatre ans, les Lions britanniques ­d éfient l’hémisphère sud. Cette année, ils étaient 37 à s’attaquer à l’Australie, sur ses terres, dont Owen Farrell et les Gallois Jamie Roberts et George North. Entretien décalé avec un sacré brelan de gueules d’anges. Texte : PAUL WILSON Photos : maria ziegelböck

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george north

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ailier, pays de galles & Northampton Il a 21 ans depuis avril, mais émarge déjà parmi les grands finisseurs avec douze essais en 31 apparitions sous le maillot gallois. Lorsqu’il a marqué le douzième l’hiver dernier, au Stade de France, son père n’a pu s’empêcher de jaillir de son siège pour aller embrasser le fiston sur la pelouse. Son transfert vers les Scarlets de Northampton et l’annonce de sa relation avec la perle du cyclisme sur piste britannique, la double championne du monde ­Rebecca James, tout aussi galloise et jeune que lui, ont encore accru sa notoriété. ›››

Photo additionnelle : action image

rthur Shrewsbury, un joueur anglais de ­cricket, excellait en bonnes idées. Après trois déplacements en Australie sous le maillot de l’Angleterre, ce jeune homme décide d’organiser en 1888 une tournée promotionnelle en faveur du rugby vers l’Australie et la Nouvelle-Zélande, d’une sélection composée de joueurs des équipes d’écosse, d’Angleterre, d’Irlande et du Pays de Galles. Si aucun testmatch ne se joue cette année-là, c’est pourtant l’acte fondateur d’une tradition vieille de 125 ans qui, aujourd’hui, affiche la santé d’un événement au retentissement international. Les chiffres ne plaident pas en faveur de cette équipe des Lions britanniques et irlandais qui se déplace en Australie pour la première fois depuis 2001. Les Lions n’ont plus remporté une tournée d’été depuis celle de 1997 en Afrique du Sud. Face aux Wallabies, même s’ils restent sur un échec (deux défaites en trois test-matches) en 2001, ils sont sur un ­ratio positif de six victoires (1899, 1904, 1950, 1959, 1966 et 1989) pour deux défaites (1930, 2001). à l’heure où nous m ­ ettons sous presse, les ­rencontres n’ont pas débuté. En revanche, North, Farrell et Roberts avaient envie de ­parler avant de prendre l’avion pour les ­antipodes. On leur a dit OK, on a écouté, une bière bien fraîche dans la main.

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FARRELL dion rem unt parle de NORTH qui alit dereri« Un mec brillant, bus, soloresun joueur fantastique. cient quo berToute équipe quiodit a envie chil et, apid de gagner quam a besoin d’un harunt joueur comme lui » dolo ten


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OWEN FARRELL

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demi-d’ouverture, saracens & angleterre Il fait partie de ces Lions qui ont à peine 21 ans, comme North ou l’Écossais Stuart Hogg. Il touche son premier ballon ovale à 13 ans puis débute en sélection à 20. La nouvelle arme fatale du XV de la Rose est le fiston ­d’Andy Farrell, l’ex-légende du rugby à XIII devenue ­international anglais à XV. Son père entraîne les lignes arrières de la sélection anglaise, un poste qu’il occupera aussi cet été dans le staff des Lions. avez-vous ­imaginé que vous ­porteriez un jour le maillot des Lions ? Tous les joueurs répètent : « Je suis concentré sur le prochain match. » Mais, si on le dit tous, c’est parce que c’est vrai. On ne peut décemment pas penser aux Lions quand tout notre esprit est tourné vers le prochain match de championnat ou la prochaine échéance internationale. Et si on ne fait pas cet effort permanent, on peut être certain de n’être jamais appelé chez les Lions. Du coup, je n’y ai jamais pensé jusqu’à l’annonce des 37 sélectionnés. Tout ce qui m’importait, c’était les matches qu’il me restait à jouer, même si cette sélection est le plus grand honneur qu’on puisse faire à un joueur britannique. la sélection a donc ruiné vos projets de vacances ? Tant que la saison n’est pas ­finie, un joueur pro de rugby

ne planifie jamais vraiment ses vacances. On ne sait pas ce qui nous attend, entre une tournée comme celle-ci ou le besoin de se remettre d’une blessure. Lors d’une tournée, comment la pression en dehors du terrain se manifeste-t-elle ? Il faut répondre à toutes les sollicitations des médias et cela requiert beaucoup de concentration. On ne fait pas vraiment de media training. Quelqu’un nous briefe rapidement avant les interviews. Nous avons eu quelques infos sur la façon d’utiliser Twitter, mais ça reste du bon sens. Je ne tweete pas tout ce que je fais dans une journée. De toute façon, je ne suis pas le genre de mec à raconter à tout le monde qu’il va aller se coucher. Et je ne pense pas que beaucoup de rugbymen soient comme ça. êtes-vous dur avec vous-même ? Je dois l’être pour devenir meilleur. Je dois viser la ­perfection dans le jeu même si je sais que cela n’existe pas. Il est nécessaire que je sache pourquoi j’ai pris telle décision, ou pourquoi je n’ai pas pris la bonne décision. Avant un match, je trouve qu’une équipe ne se prépare pas ­suffisamment et qu’elle étudie trop peu son adversaire. L’équilibre entre ce à quoi ­s’attend un joueur et ce qu’il vit réellement sur le terrain est crucial. the red bulletin

Photos additionnelles : getty images (2)

the red bulletin : Ça représente quoi pour vous d’être un Lion britannique ? Quand on grandit, on n’a d’yeux que pour l’équipe nationale et, pour moi, l’objectif était de jouer pour le Pays de Galles. C’est une fois qu’on est international qu’on comprend la puissance de cette équipe réunifiée et ce qu’elle représente. C’est une vraie ­distinction que de jouer pour les Lions. Tous ces joueurs ­issus des quatre nations sont unis pour former une “super équipe”. C’est aussi un voyage à l’autre bout du monde pour y défier ce qui se fait de mieux dans le rugby mondial. Porter le maillot des Lions est un ­gigantesque honneur. Aujourd’hui, les ailiers ont-ils plus de pression que les autres joueurs ? Si un ailier ne marque pas d’essais, on peut entendre dire qu’il a fait un match médiocre. Mais le jeu du trois-quarts aile a radicalement changé, maintenant on doit aller ­chercher le ballon, franchir la ligne d’avantage, mettre la tête dans les rucks. Beaucoup croient qu’on est juste là pour marquer des essais, pourtant nous travaillons tellement sans b ­ allon… On appelle ça le ­boulot ingrat ; peu de ­spectateurs le voient.


ROBERTS évoque FARRELL « Un super partenaire, sans aucun doute. J’espère que nous jouerons souvent ensemble sous le maillot des Lions et que nous gagnerons »


NORTH au sujet de ROBERTS « C’est un mec ­f ormidable, un grand joueur qui bosse beaucoup. On a s­ ouvent fait équipe ensemble pour le Pays de Galles et c’est le pied d’être avec lui sous le ­m aillot des Lions »


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jamie Roberts

trois-quarts centre, pays de galles & Racing metro

interview de john smit : steve smith. Photos additionnelles : imago, getty images

En mars dernier, deux jours après avoir aidé le Pays de Galles à battre l’Angleterre lors du Tournoi des VI ­Nations, ce joueur de 26 ans a pris place dans un amphithéâtre pour l’examen final de ses études de médecine. En août prochain, le Dr Roberts jouera pour le ­Racing Metro mais avant son arrivée en France, il ­dispute cette tournée des Lions, la seconde pour lui. En 2009, il éclaboussait de sa classe celle perdue en Afrique du Sud en décrochant le titre de MVP. Ça change quoi d’être un Lion vétéran ? J’ai un autre état d’esprit. La première fois, en 2009, j’étais l’un des jeunes de l’équipe, un visage neuf. Cette année, je fais partie de ceux qui ont connu au moins une tournée. C’est la quatrième de Brian O’Driscoll, la troisième pour Jenkins et O’Connell. C’est à nous d’établir les normes, de veiller sur les nouveaux. Ce que j’aime avec les Lions, c’est l’apprentissage de choses ­inédites avec de nouveaux joueurs et entraîneurs. L’atmosphère d’un match avec les Lions est-elle particulière ? Les Lions se réunissent tous les quatre ans et les rendezvous face à une même sélection ne se produisent que tous les douze ans. Il y a dans les

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sélections australienne, néozélandaise et sud-africaine des joueurs de grand talent qui n’auront jamais affronté les Lions. Pour les joueurs comme pour le public, l’attente est forte. Alors, oui, c’est un match international, mais il représente bien plus que ça. En terme d’efforts, que signifie un départ en tournée ? C’est une sorte de retour à l’ère amateur. Même si nous sommes tous professionnels et même si jouer au rugby est notre métier, il y a quelque chose qui me rappelle cette époque révolue. Tout est organisé au poil, bien sûr, mais s’entraîner avec des joueurs d’autres nations, boire quelques bières avec eux après le match, tout ceci me rappelle des choses qui ont toujours existé chez les Lions. comme la colocation… (Il coupe.) Oui ! Il est interdit de partager sa chambre avec un joueur de son propre pays (avant d’éventuels forfaits, la liste des 37 Lions retenus comptait 15 Gallois, 10 Anglais, 9 Irlandais et 3 Écossais, ndlr). Les noms sont tirés au sort. Je pense que je suis un bon colocataire : j’aime discuter et j’aime quand c’est bien rangé. J’apprécie aussi sortir et partir à la découverte des alentours, plus encore là-bas en Australie. Quand je suis chez moi, je préfère rester au calme et regarder la télé, mais là... On va jouer au golf, aussi. Je n’ai rien oublié de la tournée en Afrique du Sud. En fait, je ne fais rien de dingue, je suis un mec tout à fait normal. Comment allez-vous occuper votre temps maintenant que vous avez fini vos études de médecine ? Je vais commencer à ­apprendre le français.

Smit, mémoire vive

John Smit, capitaine des Springboks champions du monde 2007, a mené l’Afrique du Sud à la victoire, deux ans plus tard, face aux Lions. Flash-back.

« Juste après notre sacre mondial en 2007, l’objectif principal était la tournée des Lions de 2009. Ce qui fait la beauté de ces tournées, c’est qu’on ne les accueille que tous les douze ans. Quand nous étions ­gamins, nous avons tous vu à la télé le drop de ­Jeremy Guscott qui avait fait basculer la rencontre de 1997 en leur faveur. Nous avions certes le devoir de remporter la tournée suivante, mais c’était avant tout un privilège. Nous l’avons donc abordée avec le plus grand sérieux. En général, le style de jeu d’une équipe de rugby dépend de son entraîneur, mais pour une équipe du Royaume-Uni, il y a quelques règles intangibles : l’occupation du terrain, un jeu au pied efficace, la solidité de la défense et du pack. Cette équipe des Lions est difficile à analyser puisqu’elle n’existe que tous les quatre ans. Nous nous étions donc concentrés sur qui pourrait constituer leur première ligne et, à partir de ça, nous ne nous sommes plus occupés que de notre équipe et de notre préparation. Lors du premier test, il y a eu quelques sacrés ­moments : les mêlées, tout ce peuple vêtu de rouge autour du Kings Park Stadium qui faisait courir une ambiance inouïe dans une enceinte qui a déjà la réputation d’être bouillante. Et, bien sûr, qui pourrait oublier le coup de pied de Morné Steyn qui nous offre la victoire à la dernière minute du deuxième test-match ? Quel souvenir ! Malheureusement, nous n’avons pas eu l’occasion de rencontrer les Lions avant la fin du troisième test, ce que j’ai trouvé un peu décevant. Après les matches, nous les invitions à boire une bière dans notre ­vestiaire, mais ils refusaient à chaque fois. » Entre 2000 et 2011, Smit a porté 111 fois le maillot des Boks dont 83 fois en tant que capitaine – deux ­records nationaux. Il met un terme à sa carrière de joueur à l’âge de 35 ans, alors qu’il évoluait aux Saracens d’Owen Farrell. L’armada du RC Toulon est passée par là. Smit est ensuite revenu au pays où il occupe le poste de directeur général des Sharks de Durban. 65


t n e s ab

ébastien S r a p e é n i m o es ennie d Aprè s u ne déc ion nat du monde de s rally p s Loeb, le Cham ’un nouveau leader pour le e, t est orphelin d .The Red Bulletin a mené l’enquê venir a n n é e s à ion du rallye de

à l’occas , e c è r G n e , n i u j t u b dé tvala. a L i t t a M i r a J r a p é t l ’ A c r o p o l e r e m p oP hro t o s   : M c K l e i n ner Texte   : We rn e r J e ss




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Sans faute. Sébastien Ogier et Volkswagen ­Motorsport affichent leur ambition commune en tête du Championnat du monde.

En l’an 0 après Loeb, en l’an I après les frères Solberg et en l’an II après Kimi Räikkönen, il est nécessaire de marquer un temps d’arrêt pour regarder quels sont les nouveaux maîtres de la scène WRC, les rois de l’asphalte, les disciples de la neige, les prophètes de la terre. À l’heure où le grand roi, le pulvérisateur de records est à un rallye du terminus de sa carrière, le rallye de France marquera le 6 octobre prochain la fin de l’époque Loeb, la fin aussi d’une domination sans partage, comme le monde du sport n’en a jamais connue et n’en connaîtra pas de si tôt. Lorsque l’Alsacien, 39 ans aujourd’hui, se lance en WRC, Tommi Mäkinen, ­Carlos Sainz, Richard Burns ou Colin McRae en 68



étaient les superstars. Pour g ­ agner, il ­fallait une Mitsubishi ou une Subaru ou, plus tard, une Peugeot, tant que le c­ harismatique Finlandais Marcus ­Grönholm était au volant. Puis Sébastien Loeb arrive et remporte neuf titres ­d’affilée avec ­Citroën, une écurie qui jusqu’alors ne s’était fait r­ emarquer que lors de la ­victoire de Pauli Toivonen à Monte-Carlo en 1966. Tous ceux qui ont vu Loeb au volant de sa puissante Xsara, puis de sa magnifique C4 et enfin de sa mignonne DS3 sont d ­ evenus les témoins d’une grande époque. À ceux qui affirment que seuls les pilotes Scandinaves peuvent gagner le Rallye f­ inlandais des 1000 Lacs, Loeb démontre le contraire en le remportant à trois reprises. Le retrait du « meilleur ­pilote automobile du monde » d’après ­Michael Schumacher, ouvre de gigantesques perspectives pour ce sport grandiose. Tout un tas de questions se posent. Éléments de réponse au rallye de Grèce gagné le 2 juin dernier par Jari-Matti

­ atvala, pour sa première victoire avec le L team allemand Volkswagen, leader du classement mondial des constructeurs. Cette course iconique du calendrier, ­organisée pour la 59e fois sur les sentiers poussiéreux et empierrés entourant l’isthme de Corinthe, est traître jusqu’au dernier de ses 1 052 kilomètres. Les spectateurs aiment y regarder les spéciales du week-end le long du parcours. Ils sont des milliers à respirer la poussière, à recevoir les pierres lancées par les roues arrière. Ils font des grillades, apportent des drapeaux, des appareils photo, dorment sur place et ne laissent pas échapper leur passion viscérale pour la course automobile. Chaque année, la vitesse des voitures bruyantes et colorées les surprend de the red bulletin


L e r a l l y e d e l ’A c r o p o l e est une épreuve unique.

C’était la 59e édition

­ onheur. Crise économique, chômage, b mauvaise humeur ? Pas ici, pas maintenant. Tous mettent un képi VW, un t-shirt Ford et prennent part à cette fête géante qui relègue au second plan les problèmes inhérents à un quotidien difficile.

Gladiateurs

Depuis la nuit des temps, l’homme se cherche des héros. Mais avant d’accéder à l’héroïsme, il faut endurer les échecs, au moins à court terme. C’est le cas par exemple, du Français Sébastien Ogier, ­actuel Siegfried en croissance de l’équipe Volkswagen, élevé chez Citroën pour battre Loeb et endurci l’an dernier au ­volant d’une Skoda S2000 de deuxième catégorie. Au terme du 6e des treize ralthe red bulletin

Leader après la 1ère journée en Grèce, E ­ vgeny ­Novikov est à surveiller.

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Sueurs froides. Mikko Hirvonen n’a pas ­(encore) le self control de Loeb.

lyes de la saison, il domine le classement ­général avec trois victoires. Ici en Grèce, les pilotes vénèrent deux spéciales : l’étape de Kineta à Pissia et ses 47,7 impitoyables kilomètres, et la suivante, à Kineta, qui se tient de nuit. Les phares des 4×4 sont loin de pouvoir ­arracher tous les secrets des sentiers ­muletiers grecs. On attend une vitesse moyenne de 90 km/h sur une route qui briserait un camion. Tout le monde compte sur un coup de maître de Sébastien Ogier, qui s’est élancé en premier. En grand favori. Mais les choses ne se passent pas comme prévu. Au bout de dix minutes à peine, la VW Polo R WRC du Gapençais n’accélère plus. C’est la fin 70



de la partie. À Loutraki, les mécaniciens de l’assistance constatent que le bouchon du réservoir à baïonnette s’est ouvert. Surprenant. Un défaut idiot, mais décisif pour le gain du rallye. Les nuits sont noires en Grèce, mais soudain, tout le monde est clairement éveillé. Le roi de la nuit et du lendemain matin s’appelle Evgeny Novikov. À ses côtés se trouve une copilote de génie, l’Autrichienne Ilka Minor. Après avoir guidé parfaitement le Norvégien Henning ­Solberg, elle dispute en Grèce son premier rallye de Championnat du monde. « Nous sommes enfin parmi les nôtres », apprécie-t-elle dans la pénombre de la zone d’assistance, en tétant son Powerbar

Les nuits sont noires en Grèce, mais soudain,

tout le monde est clairement éveillé

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Salade grecque. Poussière, cailloux et trous béants partout, tout le temps.



Gel. Ce soir-là, le record du plus jeune pilote vainqueur d’une spéciale est tombé. ­Evgeny Novikov est passé par là, en s’enfonçant dans la première nuit en leader incontesté. Mais le lendemain matin, une pierre cachée lui arrache un disque de frein, puis une conduite de frein, une jante, une roue et un amortisseur. Rien que ça. Catastrophe ? Non ! Aucun pilote n’obtiendra autant de meilleurs temps lors de la spéciale. Mais ce ne sera pas suffisant pour l’increvable Moscovite. En théorie, Mikko Hirvonen, dauphin de Loeb l’an dernier chez Citroën, aurait dû s’emparer du trône délaissé. En Grèce, ses roues avant tirent la gueule dès la première spéciale. En raison de ce problème technique, il reste prudent avec l’accélérateur. Jusqu’à présent, le meilleur de sa génération sur le papier avec quinze victoires en WRC est loin de remplir le rôle pensé pour lui : la défense de la couronne mondiale de Citroën Sport. Le Finlandais de 33 ans n’est pas Loeb et jamais il n’en a été aussi éloigné que cette saison. Justement celle qui devait compter. Dans un rallye, tout ne se joue pas au niveau de l’accélérateur. La voiture doit devenir un prolongement du corps du pilote, positionnée instinctivement sur la route caillouteuse au centimètre près, à 160 km/h et en ayant une confiance aveugle en son copilote. Sébastien Ogier y parvient à merveille, comme son coéquipier, le Finlandais de 28 ans, Jari-Matti Latvala. S’il était un ­porteur d’eau chez Ford, ce dernier semble enfin avoir trouvé son cocon chez Volkswagen. Jost Capito, le calme patron du team allemand, lui laisse une grande 71


liberté d’action : « Chez nous, tous les ­pilotes ont le droit de gagner ». Après les problèmes techniques d’Ogier, la pression de l’équipe s’est concentrée sur Latvala en Grèce et celui-ci s’en est sorti. Royalement. Sur les pistes très abîmées, un ­fragment de roche ou un trou peuvent se cacher dans tous les coins, et c’en est fini du rallye. Mais si l’on perd trop de vitesse, on devient de la nourriture pour les adversaires qui fusent et grappillent aussitôt le moindre relâchement aux temps intermédiaires. À son ­retour triomphant au parc d’assistance, Latvala remercie tout le monde et embrasse tous les membres de l’équipe. Il a le droit, il a gagné. Même les mécaniciens d’Ogier et ceux de son jeune 72



coéquipier, le Norvégien Andreas Mikkelsen, ont droit à une virile accolade. La transformation en l’espace d’une ­demi-saison d’une équipe efficace en une troupe à battre, c’est le mérite de Jost ­Capito, le patron. L’armada VW Motorsport a rompu avec l’éternelle domination de Citroën. Trois victoires en six rallyes. Pour l’instant, elle est leader aux classements ­pilotes et constructeurs. Plus de la moitié de l’équipe, souvent dominatrice sur le ­Dakar, a réussi la transition en WRC. Les nouveaux techniciens viennent du monde entier et apportent une touche de couleur au « crew de Hanovre ». Cette ­saison, Capito espère « se battre jusqu’au bout pour décrocher l’un des deux titres

Un fragment de roche ou un trou ­p e u v e n t

se cacher dans tous les coins, et c’en est fini du rallye

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photos additionnelles : werner jessner (2)

Travelling. Les fans s’en donnent à cœur joie. Tracer le talentueux norvégien ­Andreas Mikkelsen, c’est déjà toute une aventure.


mondiaux, pilotes ou constructeurs ». Latvala ne dit pas autre chose : « J’ai terminé un paquet de saisons dans le top 3 du classement ­général des pilotes, mais je n’ai encore jamais gagné le titre mondial des constructeurs. C’est l’objectif de ma saison. Le reste, ce sera du bonus. »

Nouvelles règles

Inéluctable. Les vaillants héros de cette épopée grecque 2013 : ­Jari-Matti Latvala et Miikka Anttila. En tête de classement du Championnat du monde, on retrouve le duo français ­Sébastien OgierJulien Ingrassia (en haut à gauche).

La saison prochaine, les constructeurs auraient pu mettre au départ de nouvelles voitures améliorées. Volontairement, VW y a renoncé, consciente des problèmes de ses adversaires. Comme futur secteur d’activité, Citroën lorgne plutôt la scène des voitures de course. Ford, hors course, n’éveille plus que l’intérêt personnel de Malcolm Wilson, le patron du partenaire M-Sport. Et si Hyundai intègre la scène, il serait de bonne guerre de lui donner la chance de commencer d’égal à égal. Car une chose est claire : la WRC, cette grandiose série en direct, tourne actuellement au ralenti, en manque de vitesse médiatique. Par exemple, Jari-Matti Latvala peut marcher dans la rue sans être reconnu. Et ce, dans nombre de pays européens. Il le dit lui-même : « Je suis un extraterrestre quand je pars en vacances en Californie. » Le Finlandais rêve d’une diffusion planétaire en direct. En tout cas, au moins le dimanche. Il faut qu’en coulisses, on travaille à l’élaboration d’une présentation adéquate. C’est que le Championnat du monde des rallyes est une affaire de premier ordre. Actuellement, quelque 50 millions de téléspectateurs le regardent. Depuis que Red Bull Media House a repris les droits avec Sportsman Media Group, ce chiffre tend à doubler à court ou à moyen terme. La Fédération internationale automobile (FIA) et la Française Michèle Mouton, directrice du WRC, s’affairent actuellement à repenser le Championnat du monde. Plusieurs pistes et questions sont ouvertes. Pourquoi ne pas organiser une journée marathon sans assistance ? Comment mettre le mieux en valeur les spéciales les plus suivies ? Que faire le dimanche ? Et pourquoi pas un shoot-out lors de la dernière ­spéciale ? Les pilotes arrivés premier et ­second se disputent la victoire, le troisième et le quatrième, la dernière marche du podium et ainsi de suite jusqu’au 10e rang. Les idées sont posées sur la table, discutées, rejetées. Une époque ­captivante attend le WRC. à suivre. Plus sur www.wrc.com Retrouvez le rallye de l’Acropole en son et en images sur l’appli pour t­ ablette The Red Bulletin à télécharger gratuitement.

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e F rrari met la

gomm e

Après un Casino de Paris, un Olympia et une tournée en province comme à l’étranger à guichets fermés, Jérémy Ferrari , anticonformiste de naissance et roi de l’humour noir, voit la vie en rose. Son spectacle « Allelujah bordel ! » défriche le traditionnel one-man show. Portrait d’un serial flingueur, dans la droite ligne de ­Coluche et Desproges. T E X T E : C h r i s t o p h e C o u v r a t P H O T O S : Fa b i e n B r e u i l

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C

et homme-là n’a rien de glamour. Natif du quartier de Manchester à Charleville-­ Mézières, Jérémy Ferrari met un pied dans la vie par cette contradiction splendide : « Je n’aime pas le foot, j’ai horreur de ça ! » Fils unique de petits commerçants, le trublion des Ardennes comprend assez vite que l’enseignement commun à tous n’est pas fait pour lui. Non, ce n’est pas l’inverse. « À 16 ans, j’ai arrêté l’école car je n’étais pas intégré. J’étais trop introverti et j’avais beaucoup de mal avec l’autorité. » Gamin, Ferrari évolue avec le frein à main. Il reste dans son coin, peste contre la pensée unique, inculquée sur les bancs de l’école et refuse d’être sur la même longueur d’ondes que son prof de français. Par principe. « Un jour, on nous a ­demandé notre avis sur la peine de mort, se souvient-il. Pour nous convaincre, il y the red bulletin


Gueule de l’emploi. ­Jérémy Ferrari tire à vue. Il dit : « J’ai ­honte de vivre une époque où on est en train de débattre du mariage homo. Les politiques sont plus focalisés à ­vouloir le pouvoir que de s’en occuper. »

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avait deux textes, celui d’un gars pour et les écrits d’un écrivain contre, en l’occurrence Victor Hugo. On était déjà en train de nous diriger, de nous dire ce vers quoi on devait tendre ! J’ai pris un gros marqueur, j’ai écrit que j’étais contre et j’ai réclamé un 20/20. J’ai quitté l’école une semaine après… »

À

16 ans donc, exit les Ardennes. F ­ errari monte vers la capitale. Paris, la ­ville lumière mais pas vraiment la grande vie. L’ado révolté enchaîne les boulots, tous petits, de serveur à agent de sécurité au Stade de France, en passant par livreur, groom, déménageur ou téléconseiller auprès d’un opérateur de téléphonie mobile. Il gagne trois francs six sous et parvient à conserver un semblant d’énergie pour se produire sur scène, le soir venu, devant « quatre personnes » où il rode deux spectacles, dont un sur les femmes battues. Il a 17 ans. C’est que le néo-Parisien tire à vue depuis belle lurette avec cette langue bien pendue, et aime dégainer à l’encontre de la pensée unique et chloroformée distillée aujourd’hui. Ferrari a le verbe facile et les mots en balles à blanc : « Je crois que je m’ennuie. Je recherche toujours des sensations. Petit, je contredisais les gens. Ça m’amusait et ça allait avec mon état d’esprit, reconnaît-il. Les injustices me mettent en colère. Les Noirs, les Arabes, les homos je n’en ai absolument rien à faire. Je me moque qu’ils soient gays, blacks ou autres. Les handicapés ne me font pas de peine. “Arrêtez de vouloir faire de la peine pour qu’on donne de l’argent !” Pas besoin de ça pour sensibiliser les gens à des causes. Je ne vais pas m’excuser de ne pas être malade. Prenez Guillaume Bats (humoriste atteint de la maladie des os de verre et proche de Ferrari, ndlr), il va bien, vit très bien et ne se laisse pas aller ! Attention, c’est vraiment mal me connaître que de me traiter d’homophobe ou de raciste. Ça me fait de la peine. Ce spectacle est le meilleur moyen de lutter contre le racisme et les extrémismes religieux. » Le traditionnel trio salade verte-tomate-mozza avalé sur le pouce, les Grands Boulevards du centre de Paris en fond ­sonore, Ferrari ne ronronne pas et passe la cinquième, tout droit dans la chicane : 76



« Ce qu’on raconte dans les livres d’histoire n’a rien à voir selon le pays où l’on se trouve. C’est scandaleux ! Ça arrange les gouvernements en place. Le meilleur moyen d’être proche de la vérité, c’est d’être toujours en train de la chercher. » Les années passent et les portes se ­ferment sur cette personnalité extravertie et ses textes dispensés en rafales. Les ­patrons de théâtre, en province comme à ­Paris, refusent de l’afficher : « J’ai toqué à toutes les portes. » Son arrogance en prend un coup, la notion de travail devient évidente. Trop visionnaire ? On lui ­balance à double tour un cinglant : « non, avec ce spectacle, tu ne réussiras pas » ! Et puis, un jour, le déclic, grâce à Ruquier et à son émission de télé. Ferrari en avait perdu la foi. « Ça a mis un nom sur ce que je faisais, reconnaît-il. Mais je ne ­voulais pas que les gens viennent pour m’entendre parler de ma première relation sexuelle,

Bête de scène. Ferrari voit rouge : « J’ai très envie d’y aller, je ne tiens pas en place. Les gens ont payé, il faut leur donner de l’exceptionnel tous les soirs. Souvent, je repense à ces moments de galère que j’ai connus lorsque j’avais 18 ans. »

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« Dieu ne se fout jamais de la gueule du monde. Il demande juste à Abraham de lui sacrifier

son fils Isaac sur un

barbecue pour véri fier si Abraham le craint »

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surtout que c’était avec mon oncle et qu’il n’était pas consentant... » Un soir, il improvise un café-philo chez lui avec Jean-Rémy, un de ses meilleurs potes. Ferrari aime débattre avec JR, cet ancien colocataire qui lui inculque l’amour de Platon et Aristote. « La contradiction est une culture nécessaire, avouet-il. Les références à la mythologie, comme la boîte de Pandore dans l’Ancien Testament, sont des connexions avec la ­Bible.  » Dans Allelujah bordel !, juifs, ­musulmans, chrétiens en prennent pour leur grade. Ferrari se balade avec le ­Coran, la Torah ou la Bible sous le bras entre les rangées de spectateurs, dissèque et pose ces ouvrages sur scène pour que chacun puisse vérifier ses dires à la fin du spectacle. Morceau choisi : « Dieu ne se fout jamais de la gueule du monde, ­balance l’Ardennais. Il demande juste à ­Abraham de lui sacrifier son fils Isaac sur un barbecue pour vérifier si Abraham le  craint. »

La saillie verbale, Ferrari aime ça. Aujourd’hui, à 28 ans, il en joue et le ­public en redemande. « C’est grâce aux gens que je fais partie de ce monde, justifie-t-il. On ne peut pas rire de tout mais c’est ­justement pour ça qu’il faut le faire. L’humour noir est très populaire, quels que soient les âges. » Militant-né de la c­ uriosité et des livres, Ferrari ne redoute qu’une seule chose. Ce satané esprit de masse : « Si je devais choisir une religion, ce serait le bouddhisme mais ça m’angoisse de faire partie d’un groupe, dit-il. Quand des gens font le même truc ensemble, ça me fait peur. J’ai des lacunes dans plein de domaines, mais au moins j’ai l’esprit libre. » Et un bonheur retrouvé. Celui de Muriel et Fabrice, ses parents, victimes de la faillite de leur épicerie dans les Ardennes. « Un magasin discount a ouvert en face. On leur a tout pris, après 25 ans de travail. On a vidé leur compte. Je leur ai acheté une maison dans le Sud. Je leur dois bien ça. » Divin, comme action.

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rencontre

En avant, marches ! Thomas Dold est le grimpeur d’escaliers le plus titré au monde. Cet allemand de 28 ans pense comme un moine Shaolin, ne jure que par les bananes et explique comment se passer définitivement d’un ascenseur. Texte : Andreas Rottenschlager 

J’ai grandi à Steinach, un village de trois mille habitants en Forêt-Noire. À 17 ans, j’ai intégré l’équipe d’Allemagne de course en montagne, à dix-neuf ans j’ai participé à ma première course d’escalier à Vienne, dans la tour du Danube. Beaucoup de coureurs de montagne ont des difficultés avec les marches. Moi, je préfère quand l’escalier est bien raide. Lors d’un marathon, les spectateurs galvanisent les coureurs, en montagne on est seul face à la nature. Pour une course d’escalier, il n’y a aucune contrainte météo : pas de vent, pas de pluie, pas de chaleur. En course, mon pouls est à 185 et mes jambes sont lourdes. À l’arrivée, je me sens vidé, presque amnésique, comme si quelqu’un avait rebooté mon cerveau. J’admire les moines Shaolin. Ils n’accordent aucune importance aux biens matériels de notre monde, ils vont à l’essentiel. Si vous dites à un Shaolin : « Cette technique ne fonctionne pas. » Il vous répondra toujours : « Tout fonctionne à la base. » Longtemps, on a pensé qu’il était impossible de briser une barre de fer sur une tête. Aujourd’hui, même monter des marches est devenu trop pénible. Je connais des banquiers à Francfort dont les bureaux se trouvent entre le 50e et 60e étage du Messeturm (la tour du centre des congrès, ndlr) et qui prennent les escaliers pour récupérer leur commande de pizzas. Soit 200 mètres plus bas. Quiconque, sans bien sûr s’enfiler chaque jour une bouteille de vodka et deux paquets de cigarettes, peut le faire. Cela pourrait même ­devenir un jeu au bureau, avec une prime à la clé pour le premier qui monterait cinquante étages dans la semaine. En 2004, la victoire dans la tour du 78



Photos : Alexander Schneider

­ anube m’a échappé de 695 millièmes D de seconde, au profit de l’Autrichien Markus Zahlbruckner. Il a empoché le billet d’avion pour New York et moi, un camion miniature et des gâteaux salés. Dans ces moments-là, on réalise l’importance des détails pour la gagne. L’efficacité est mon obsession. Je fais attention à tout : les coûts, le temps et les ressources.

« Si Bolt concourrait face à moi, il ne dépasserait pas le 20e étage » Un chèque de 6 649 dollars attend le vainqueur de la montée de la tour ­Taipei 101, à Taïwan. Après la déduction d’impôts et un taux de change défavorable, il reste 3 000 euros. Ces récompenses servent à financer les déplacements. Même si la plupart du temps je remporte l’épreuve, je suis obligé de ­garder mon boulot de consultant en

­ arketing pour m’en sortir. m J’ai remporté huit fois d’affilée la course dans l’escalier de l’Empire State Building. Si Usain Bolt concourrait face à moi, il ne dépasserait pas le 20e étage. Il serait à bout de souffle ou il se prendrait les pieds dans les marches. Sa fréquence de foulées est incroyablement rapide mais la difficulté dans la course d’escalier est de poser le pied toujours au même endroit. La longueur de la foulée doit rester identique à celle des marches, même lorsque l’effort devient ­insoutenable. Avant la course, je prends du muesli avec de l’eau et des ­bananes. Après la course, du jus d’orange et du miel contre la toux, provoquée par la sécheresse de l’air dans la cage d’escalier, souvent étroite et oppressante. Ma formule gagnante, c’est le deux à deux. Quand on monte une seule marche à la fois, on avance en staccato, alors que grimper trois marches à la fois impose un mouvement trop brutal. Mais deux à deux, c’est comme voler sur un plan incliné. Pendant mon entraînement, j’écoute très fort de la musique très rythmée. Autant dire que les ballades ne font pas partie de ma playlist. Par contre en course, je n’écoute pas de musique. Un lecteur MP3 au bras, c’est 20 grammes de plus à porter. J’ai déjà atteint tous les objectifs que je m’étais fixés. Du coup cette année, je choisis mes courses. En février, j’ai remporté la course dans le bâtiment le plus élevé du Qatar : 1 304 marches en 6 minutes et 32 secondes. Quand je m’aligne sur une course, c’est pour gagner. Maintenant, la deuxième place n’est plus envisageable. D’où ma devise : « All in ! » Plus sur www.thomasdold.com the red bulletin


Au quotidien, Thomas Dold – ici à l’entraînement au Park Inn Hotel de Berlin – est consultant marketing.

Date et lieu de naissance 10 septembre 1984 à Wolfach, Allemagne Taille, poids 1,78 m ; 71 kg Palmarès 8 fois vainqueur du Empire State ­Building Run Up ; 6 fois vainqueur du Sky Run Berlin Hobby La course à reculons (il détient le record du monde du 10 km, en 40 min et 58 sec)


SPÉCIAL SURF

sur la route de

sandy

Le 29 octobre 2012, l’ouragan Sandy dévastait les côtes new-yorkaises et la plage de Rockaway qui unissait une large communauté de surfeurs. Aujourd’hui, ces derniers affichent leur fierté de participer activement à la reconstruction de leur coin de paradis. Reportage sur la côte est des états-Unis. Texte : Cole Louison Photos : Benjamin Lowy

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photo additionnelle : Spencer Platt/Getty Images


teve Stathis est assis devant son magasin de surf détruit, à deux pâtés de maisons de l’océan Atlantique, à l’angle de Beach 92nd street et de Rockaway boulevard. Pourtant, il lâche : « Ici, nous aimons les ouragans car ils apportent de grosses vagues. C’est la différence entre nous et les gens normaux. » À l’intérieur, son fils, sa petite-fille et de vieux copains de surf sont autour d’une table improvisée au ­milieu des gravats, des outils et à côté d’un générateur bourdonnant. Huit mois ont passé depuis le fracas de la tempête, mais le magasin est toujours privé d’électricité. Le Wall Street Journal a écrit que Sandy avait transformé Rockaway et sa péninsule de 18 kilomètres de long située dans le Queens, à New York, en un tas de gravats. Avant la catastrophe, cette plage publique, la seule de surf de la Grosse Pomme, attirait chaque jour quelque trois cents passionnés. Steve Stathis ne passe pas inaperçu dans la rue. Après le cyclone, on le voyait constamment dans les journaux et émissions télévisées. La presse locale l’a suivi comme son ombre. Les poils de sa barbe sont presque tous blancs, il est grand et bronzé, a le torse d’un surfeur et la démarche fluide et puissante, typique du sportif aquatique. Il parle avec un fort ­accent du Queens, abrège les voyelles 82



et avale les r. Le vent froid qui vient de l’océan transporte l’odeur du sable salé et le « boum ! » des pistolets de scellement, alors que la reconstruction est en marche. Steve Stathis est assis dans le soleil de printemps, la chemise ouverte. Il est le fondateur et le président des Graybeards, une organisation locale qui a déjà collecté plus d’un million de dollars pour les victimes du cyclone. Il est un des premiers à avoir surfé le break. Aujourd’hui, il est une légende vivante d’une scène créée un demi-siècle plus tôt par les hommes assis près de lui : Jimmy Dowd, Dennis McClean et John Roberts. « Rockaway est une communauté de conspirateurs étroitement liés entre eux, explique Steve Stathis en sortant. Quand nous étions ados, nous devions faire attention à ce que nous faisions. Il y avait toujours quelqu’un pour nous prendre sur le fait et nous dénoncer à nos parents. » Mais les choses ont bien changé. « Quand j’ai commencé, nous étions peut-être une dizaine dans l’eau. » Le surf n’est pas né dans le Queens, pas plus qu’en Floride, en Californie ou à Hawaï. Tout a probablement commencé il y a 3 000 ans dans l’actuelle Polynésie française. C’est au cours du XVIe siècle que des pêcheurs ont amené à Hawaï la pratique du he’enalu ou « glisse sur vagues ». En 1907, un Hawaïen, George Freeth, se rend à Los Angeles, où une immense foule célébrait l’inauguration d’une section locale du Pacific Electric Railroad (réseau californien de transports en commun). Il y présente l’art du surf, une première sur la côte du continent américain. À l’instar du skate, le surf a d’abord ­séduit la Californie, florissant presque au même moment en Floride, avant de se

Héros. Steve ­Stathis est ­catégorique : « Ici, nous aimons les ouragans car ils apportent de grosses vagues. C’est la différence entre nous et les gens normaux. » Sandy a fait plus de 120 morts et endommagé 650 000 maisons. Au total, la facture s’élève à plus de 80 milliards de dollars de dégâts dans huit États américains.  

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« L’océan attire la communauté de Rockaway comme un aimant » Sandy a détruit la majeure partie des 10 km de promenade de Rockaway. Sur la plage, seule une rangée de ­piliers en béton a été épargnée.

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r­ épandre partout. Mike Tabeling, un ­historien et ancien surfeur professionnel a découvert que les gens pagayaient sur des planches devant Virginia Beach dans les années 20, mais ils ne surfaient pas. D’après un rapport, un Californien ­nommé Tom Blake, qui ressemblait au ­futur président John F. Kennedy, a fait en 1934 des démonstrations de surf à New York et dans le New Jersey. Les Graybeards du magasin de surf boarders surfent à Rockaway depuis six décennies et ils en sont convaincus : avant la fin des années 50, ici dans la banlieue de New York, il ne se passait rien sur les vagues. Selon eux, Rockaway doit sa première scène de surf à d’anciens soldats de la guerre de Corée (1950-1953), originaires de New York. Ils ont ramené leur nouvelle passion de l’étranger, décidés à la vivre chez eux. 83


Désastre. Une partie de Rockaway est déblayée, mais la reconstruction est loin d’être finie. Sur les maisons, les panneaux de contreplaqué font l’effet d’énormes rustines claires.

Malgré de petites vagues et la température froide de l’eau (4,5 °C), contre laquelle ils essayaient de se protéger avec deux bonnets de bain et des pulls imbibés d’huile. Quelques années plus tard, à une centaine de kilomètres à l’est de New York, un village tranquille de pêcheurs s’est mué en un haut lieu secret du surf. ­Dennis McClean a été l’un des premiers surfeurs de la côte est à être sponsorisé par Hobie, le légendaire fabricant californien de surfs. Et il a surfé Rockaway « pendant environ deux ans », avant de ­retrouver r­ égulièrement sur les vagues le noyau dur des surfeurs, dont faisaient partie John Roberts et Steve Stathis. « En quelle année ? Hmmmm », fouille-t-il dans sa mémoire, son bonnet d’hiver enfoncé jusqu’aux sourcils. « C’était l’année où je voulais jouer au baseball dans la Little League, mais je n’ai pas été accepté. La scène du surf était très réduite. Elle se ­limitait à mon frère Dee et à quelques autres gars. Un de mes amis m’a prêté son pop-out board, une planche fabriquée en série entourée d’un joint. Apparemment, je ne m’y prenais pas très bien. Un des types les plus âgés m’a dit que je devais avancer sur la planche. C’est ce 84



Exploit. Lorsque la marée a emporté une ­voiture, Jimmy Dowd et ses deux amis ont enfilé des combinaisons, ­suivi la voiture à la nage et sauvé l­ es trois passagers en les extirpant par le toit ouvrant.

que j’ai fait et j’ai eu la vague suivante. Et voilà ! » Ici, tout le monde a une histoire à ­raconter sur ses débuts dans le surf. Qui a fini par déterminer toute leur vie. « Je ne pourrais tout simplement pas imaginer ne plus surfer », raconte Michelle Cortez, une séduisante artiste d’une vingtaine d’an-

nées née à Manhattan. Elle est arrivée de Williamsburg en 2011 et n’en est plus repartie depuis. Elle glisse : « Le surf a pris les commandes. » Tous racontent leurs histoires de surf à Rockaway, et nombre de récits évoquent une effrayante évidence : les cyclones ­apportent de grosses vagues et, avec elles, the red bulletin


« Après Donna, Faith et Gloria… nous étions heureux d’entendre : Sandy arrive ! » autant de plaisir à surfer. « Chaque année, les autorités veulent nous évacuer, raconte Steve Stathis. À chaque fois, nous leur r­ épondons : « Nous sommes restés l’an dernier. » Et nous ne partirons pas cette fois non plus. » Et d’ajouter : « Nous nous sommes habitués aux cyclones : Donna en 1960, Faith en 1966 et Gloria en 1985. Nous étions heureux d’entendre : Sandy arrive ! » Sandy a ­apporté des vagues ­gigantesques. Des double headers, hauts comme deux hommes, ont balayé R ­ ockaway quarante-huit heures avant la tempête. Ces vagues géantes ont attiré un nombre incroyable de surfeurs, ainsi qu’une armée de policiers. Le dimanche 28 octobre 2012 à 16 heures, le maire de New York, Michael Bloomberg, a ordonné l’évacuation complète de la zone A. Soit les côtes des quartiers de Lower Manhattan, Williamsburg, Red Hook, Staten I­ sland et Rockaway. « C’est pour votre propre sécurité, a-t-il déclaré. Vous devez partir. Ceux qui restent le font à leurs risques et périls. » Michelle Cortez et ses voisins ont décidé de rester malgré les recommandations. Avec une dizaine d’amis, ils se sont retrouvés au deuxième étage de l’immeuble en briques de l’autre côté de la rue. Le soir, ils ont mangé ensemble et campé sur place, heureux de leur « soirée cyclone ». Le vent s’est renforcé. Steve Stathis regardait la tempête depuis un bar en Floride où il était en vacances. Sa femme Kathy devait le rejoindre deux jours plus tard. Plusieurs heures avant que la tempête ne frappe, elle lui a envoyé par e-mail une ­vidéo de sa petite-fille, Charlotte : « Nous nous trouvons en plein cœur du terrible cyclone Sandy », disait-elle face à la caméra. Dans la 91e rue, au deuxième étage, l’ambiance à la « soirée cyclone » battait son plein. Le lendemain matin, personne ne ­devant aller travailler, tout le monde the red bulletin

Vie. Lente reconstruction de Rockaway (ci-­dessus). Steve Stathis avec sa camarade de surf Mary Leonard (tout en haut) : « Chaque ­année, les autorité veulent nous évacuer. À chaque fois, nous leur répondons : Nous sommes restés l’an dernier. Et nous ne ­partirons pas cette fois non plus ! »

s’amusait, buvait de la bière et écoutait les p ­ révisions météorologiques. La tempête devait atteindre la côte à 21 heures. Mais le temps s’est gâté dès 17 h 30. Terriblement. « Soudain, l’ambiance de la soirée est retombée, se rappelle Michelle Cortez. Tout le monde est rentré chez soi. » Elle voulait aller voir son chien. En sortant dans la rue, l’eau lui montait jusqu’aux genoux. Et il restait plusieurs heures avant la marée haute. C’était la pleine lune. Elle s’est mise à courir dans la rue, a fait son sac dare-dare, débranché toutes les prises chez elle et attrapé son chien. Devant la véranda, l’eau montait désormais jusqu’aux hanches. « À ce moment, j’ai pris conscience que j’avais com-

mis une erreur et qu’une catastrophe était sur le point de se produire. » Une quinzaine de personnes ont passé la nuit dans l’appartement du deuxième étage. Le claquement des fenêtres était effrayant, elles devaient résister à des vents de 180 km/h. À un moment, quelqu’un a vu passer un 4×4, trois jeunes hommes à son bord. Jimmy Dowd, le propriétaire de la fabrique d’équipements de surf St. James, et deux amis ont immédiatement enfilé des combinaisons en néoprène, nagé jusqu’à la voiture et sauvé son trio de passagers en les extirpant par le toit ouvrant. À 2 heures du matin, un transformateur a explosé à côté de l’immeuble et plongé le groupe dans l’obscurité. Toutes les dix minutes, Michelle Cortez envoyait un SMS à sa mère, jusqu’à ce que son téléphone s’éteigne. Au même moment, Steve Stathis lisait un message de sa femme : « Nous allons mourir. » À 5 h 30, Michelle Cortez et un ami ont tenté une sortie. 85


Portraits. Michelle Cortez (à droite), John ­Roberts (en haut, à gauche), Paul K ­ adish (ci-­dessous), tous ­témoins et ­victimes du cyclone.

Dans le hall d’entrée, une cinquantaine de centimètres de sable recouvraient le bas de l’escalier. La cour intérieure était jonchée d’éclats de verre et de canapés, le 4×4 s’était encastré dans l’entrée. « Nous sommes sortis et avons dit d’une même voix : “La promenade de la plage a disparu.” Des choses terribles s’étaient passées. Mais la disparition de la promenade… » C’est l’anéantissement d’un symbole. Ce chemin plébiscité par les habitants du quartier est l’une des i­ nnombrables victimes de Sandy qui a provoqué un total de 80 milliards de d ­ ollars de dégâts. ­Rockaway a été l’une des zones les plus ­sinistrées, où les dommages causés ont été chiffrés à quelque 150 millions de dollars. Steve Stathis : « La promenade était l’artère vitale de notre communauté. Et maintenant, elle n’existe plus. » Rockaway a attendu l’aide de l’État pendant quatre jours. Mais dès le lendemain de la tempête, des gens se frayaient 86



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« Ils pédalaient 25 à 30 kilomètres et déblayaient toute la journée. Maintenant, il faudra les appeler helpsters »

un chemin au milieu des ruines pour s’entraider. Des voisins organisaient des trocs sur la partie de la promenade rejetée par les flots. Ils formaient des points de rassemblement, notamment devant la maison de Michelle Cortez. Ils y accrochaient des listes de tous les produits de première nécessité à fournir d’urgence. Des voisins apportaient des provisions aux personnes âgées et à celles qui étaient bloquées chez elles. Des gens transportaient du matériel sur leur dos, de maison en maison. Toute la matinée, Dan Sullivan a pagayé sur sa planche dans le voisinage, à la recherche de chiens et de chats à sauver. « Ici, les surfeurs n’ont pas une bonne réputation, avoue-t-il. Mais sans nous, beaucoup de gens seraient morts à l’heure où je vous parle. » Depuis, une grande partie de ­Rockaway a été déblayée, mais pas reconstruite. La plupart des voitures et des maisons détruites, ainsi que la promenade ont été enlevées. Seuls les stigmates de la tempête géante sont restés. Des the red bulletin

marques sur les murs montrent le niveau atteint par l’eau, l’herbe des pelouses a été arrachée tout comme le revêtement des maisons. La ville semble avoir été ­brutalement passée à la brosse. Dan Sullivan et la plupart des habitants racontent qu’ils ont d’abord attendu l’aide de l’état, qui, lorsqu’il est intervenu, s’est montré bien timide. Cinq jours après Sandy, aucun téléphone portable ne fonctionnait, et il n’y avait toujours pas l’eau courante. L’aide de l’Agence fédérale des situations d’urgence (FEMA) est arrivée le 8 novembre. Six semaines plus tard, la plupart des habitants était toujours privée d’électricité et devait faire face à un nouveau problème : la moisissure. En raison de l’absence de rues et de transports publics, les premiers auxiliaires bénévoles arrivaient à vélo et tractaient des remorques de provisions. Parmi eux, Steve Stathis a reconnu pas mal de résidents de Williamsburg, qui remplissaient son magasin en été. « Ils pédalaient 25 à

30 kilomètres, déblayaient toute la journée et rentraient chez eux à vélo le soir, raconte-t-il. Maintenant, il faudra les ­appeler “helpsters” (du nom de la communauté des hipsters, très tendance à ­Brooklyn, ndlr) » Mike D, un membre des légendaires Beastie Boys, était l’un d’entre eux. Il a grandi dans l’Upper West Side, mais vit désormais avec sa femme et leurs deux enfants à Brooklyn. De temps en temps, il surfe à Rockaway. Le week-end qui a suivi Sandy, il y a retrouvé son ancien ami ­Robert McKinley, qui a fondé The Surf Lodge à Montauk, sur Long Island. Les dons et les bénévoles ont été nombreux. Mais les repas chauds étaient rares. Aussi, avec l’aide d’un autre ami, ils ont aménagé un stand à l’angle de la 45e rue et de Channel Drive, où ils faisaient griller du poulet. Très vite, les files d’attente ont grandi. Robert McKinley a trouvé un vieux camion de la chaîne de restaurants canadiens Swiss Chalet, et voilà que naissait le Rockaway Plate Lunch Truck ! Le logo de Swiss Chalet trônait encore sur le camion, en plus du mot « frais ». Il n’y avait pas de pancarte « Open », mais un panneau en bois sur lequel était écrit : « Salut Rockaway, venez manger ! » Aux alentours d’Halloween, la station de collecte de Michelle Cortez affichait un succès tel qu’elle a réquisitionné une maison vide de l’autre côté de la 96e rue. Pour la garnir d’outils, d’allumettes, de couches, de produits d’entretien, de conserves et de bouteilles d’eau. La station de collecte s’est rapidement transformée en un centre d’approvisionnement classique, avec une distribution gratuite de repas chauds, un chapiteau pour se réchauffer et un bon nombre de bénévoles chargés de ravitailler le voisinage. Et avec son propre nom : Smallwater. À quelques pâtés de maisons de là, Jimmy Dowd observe depuis son balcon un groupe de travailleurs occupés sur l’extrémité sud de la promenade à moitié restaurée, sous laquelle il enfilait ses a ­ ffaires de bain quand il était enfant. « L’océan attire à lui la communauté de Rockaway comme un aimant, confie-t-il. Et nous sommes comme des bouts de métal qui s’accrochent à lui. Il nous fait rester ici. Il poussent les gens à venir sur la plage. » Le « boum ! » des pistolets de scellement ­résonne dans le lointain. Le vent caresse la mer calme. « Il n’y a pas de vagues aujourd’hui, dit Jimmy, mais ce devrait être mieux demain. » Prolongez l’histoire des surfeurs de la plage de Rockaway dans l’édition gratuite pour tablette siglée The Red Bulletin.

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TON MOMENT. HORS DU COMMUN

TÉLÉCHARGEMENT GRATUIT


Dany Torres, légende du FMX, garde la forme en pratiquant le padel en page 93.

Quoi de neuf en juillet ?

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Chute à l’arrière

Escalade pure sur la côte croate

photos : mauritius images, shutterstock

Voyages, page 90

La Croatie ­ ropose un p décor de rêve pour les fous de psicobloc.

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Action !

voyages

« Ne jamais r­ egarder en bas », conseille le pro de la grimpe. Notre photographe, assuré, l’a quand même fait.

trio de choc avant de ­splitter de split

BEST OF ­POISSONS Split est un paradis pour les amateurs de poissons. Le resto chic Nostromo est proche du marché local. Plus rustique, le très apprécié Konoba Matejuska.

L’escalade en ­psicobloc Deep Water Soloing L’ESCALADE EN CROATIE, SANS SÉCURITÉ ET À MAINS NUES SUR LES ROCHERS GLISSANTS. L’INÉLUCTABLE FINAL  : UN SAUT DANS LA MER MÉDITERRANÉE. tout un programme. Ce n’est pas sans raison qu’on l’appelle le deep-water soloing ou psicobloc. L’escalade se fait à des hauteurs vertigineuses avec un minimum d’équipement : pas de mousqueton, de corde ou de casque. Seulement un peu de magnésie sur les mains est autorisée pour une meilleure prise. Et la mer comme tapis de protection. Avec plus de mille îles et falaises, la Croatie est le spot idéal. « Cette activité devient dangereuse au-delà de dix mètres de hauteur, avertit Daniel Piccini, instructeur de blocs. La sécurité est un facteur extrêmement important car le deep-water soloing est une forme d’escalade complètement différente. Même des professionnels doivent s’y habituer. » Le grimpeur Gary Duke s’est exercé avec Daniel ­Piccini à Split. « C’est incomparable… De l’­adrénaline pure, décrit l’Anglais de 31 ans. Ce que j’aime ? Ne pas être assuré en continu et l’absence de cordes. C’est ­tellement libérateur de pouvoir se concentrer uniquement sur le bloc. » Avant une sacrée descente. « À 15 mètres de hauteur, je savais que la seule façon de redescendre était de sauter. Une idée angoissante mais qui apporte son lot de sensations fortes. » Plus sur www.avantura.biz

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best of fête La journée, vous pouvez vous reposer sur la plage isolée de Kasuni. Pour une ambiance festive, le club Jungla vous promet de belles soirées sur la promenade de la plage de Split.

Conseil d’initié Fiez-vous à un expert

« Prenez un guide, conseille Gary Duke. Il connaîtra les marées et veillera à ce que les grimpeurs ne s’exposent pas au danger. Un bateau doit être prêt en cas d’urgence. Une dernière chose : ne regardez jamais en bas ! »

Le saut « Leçon n°1, apprendre à sauter correctement, recommande Daniel Piccini. Sauter dans l’eau est difficile et dangereux. Au début, il faut s’exercer à basse altitude et dans des eaux profondes. Si vous êtes à l’aise, vous pouvez vous concentrer sur ­l’escalade et essayer de plus haut. »

residentadvisor.net

BEST OF TOUR DE L’HORLOGE Montez les 200 marches de la Tour de l’horloge de la cathédrale Sveti Duje. Une vue ­imprenable vous ­attend sur la vieille ville et les rochers que vous aurez gravis en deep-­water ­soloing. www.inyour pocket.com

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texte : ruth morgan. photos : ricardo alves/red bull content pool, mauritius images, getty images, shutterstock, istock photo

konobamatejuska.hr


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© Jörg Mitter

LI K E WHAT YOU LI K E

TON MOMENT.

HORS DU COMMUN


Action !

clubbing

Prêtes à mordre. Les danseuses du Dante’s rugissent en cage.

show time b r e la n d ’ a s

the Shins Chouchous du rock alternatif, The Shins ont délaissé les plateaux paumés d’Albuquerque pour se poser à Portland. Avec leurs albums Chutes Too Narrow et Wincing the Night Away. www.theshins.com

Portland, Oregon le cabaretspectacle Sinferno enflamme chaque dimanche soir le Dante’s. Cracheurs de feu, go-go danseuses, karaoké accompagné en live par un groupe… Le Dante’s, un monument des nuits de Portland, offre tout ça mais accueille aussi des groupes rock et reggae, des brass bands de la NouvelleOrléans. Ou les musiciens du Pink Floyd Cover Band. « Je ne crois pas qu’il existe un établissement sur la côte ouest qui puisse rivaliser », jure Stephen Santoro, le ­co-propriétaire et manager du Dante’s. Et si tout ça ne suffit pas à résumer l’excentricité du club, sachez qu’un des artistes réguliers s’appelle Nik Sin, un gars de petite taille plus connu sous le nom de Mini-Marilyn Manson. Dante’s 350 W. Burnside Street Portland, Oregon 97209 www.danteslive.com

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Au Dante’s, le cabaret c’est la vie, des cracheurs de feu aux ventriloques.

jeans & stac h m o u Stephen Santoro, le patron du Dante’s, raconte son club.

La clientèle « Portland est devenue une ville branchée. Dans le public on va trouver côte à côte   des cheveux longs,   des grosses moustaches   et des jeans serrés. » Les boissons « J’essaie de garder les   prix au plus bas parce que moi aussi, je déteste payer 10 $ pour une vodka-­ pamplemousse. » La nourriture « À la carte, on a toujours nos pizzas maison, comme la New York Pizza. On ouvre tous les jours à 11 heures   du matin et beaucoup   de gens viennent en manger une part à midi. »  

Sleater-Kinney Bien sûr, ces trois filles sont originaires de l’état de Washington. Mais Carrie Brownstein, co-fondatrice du groupe et de la série, définit Portlandia comme l’émission qui résume le mieux Portland. wwwifc.com

Decemberists Les irréductibles leaders du courant indie folk se sont rôdés dans les bars de la banlieue de Portland. Ils viennent de réaliser leur 1er album dans les studios d’Hush Records. decemberists.com

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texte : ann donahue. Photos : KRISTOPHER ENGWALL (5), Annie Beedy, Autumn Dewilde, Subpop.com

Burn Baby Burn


Action !

conseils de pro

Torres a bon dos

Texte : Ruth Morgan. photos : naim chidiac/red bull content pool, dan busta/red bull content pool, shutterstock. illustration : heri irawan

FMX DANY TORRES, LE ROI ESPAGNOL DU MOTOCROSS FREESTYLE, AIME SA ­B ÉCANE ET PARIS HILTON. IL ÉVITE LA SALLE DE MUSCULATION MAIS PREND SOIN DE SON DOS.

Aérien. Torres volant vers la victoire lors d’une étape d ­ ubaïote de Red Bull X-Fighters.

à 26 ans, le champion de Red Bull X-Fighters 2011 affiche sa relation à la peur sur un de ses tatouages : « Là où certains voient le danger, je vois le plaisir. »

Depuis 2002, Dany Torres virevolte dans les airs. Malgré de graves blessures aux mains et aux jambes, l’Espagnol de 26 ans ignore la peur. Sa devise ? « Prendre du plaisir dans ce qu’il fait. » Torres ne suit pas un programme d’entraînement strict : « Je préfère passer mon temps sur deux roues, en FMX, motocross ou sur un VTT. » Trois fois par semaine, il enchaîne pendant près de quatre heures une multitude de tricks, tel le « Paris Hilton flip » (un backflip avec un ciseau des jambes au-dessus du guidon). ça donne envie... Vous ne trouverez pas non plus le vicechampion 2013 de FMX dans une salle de musculation, bien qu’il dise en avoir une. Pour le physique, le jeune Andalou privilégie les exercices de renforcement et d’étirement du dos et des jambes.

GARD ER LE BALLON « Les contorsions sur la bécane et le choc de l’atterrissage sont supportés avant tout par le dos. Ces quatre exercices – dix séries chacun – visent à renforcer les lombaires. »

1

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Poser les hanches sur le ballon de gymnastique, s’appuyer sur les mains, le dos bien droit et faire des battements de jambes.

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Joindre les deux jambes et faire des mouvements de bas en haut (celles-ci ne doivent pas toucher le sol ni être soulevées trop haut).

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pad el ti m e le truc de torres

avoir le BON GESTE

« Le padel se pratique principalement en ­Espagne et en Amérique du Sud. C’est un sport très physique qui se situe entre tennis et squash. Il améliore les réflexes et la mobilité, tout en assurant ma forme physique. »

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Prendre appui au sol sur les orteils, poser les mains derrière le dos et faire des tractions lentes avec le buste.

S’allonger sur le ballon puis soulever simultanément le bras droit et la jambe gauche. Maintenir la position trois secondes. Puis alterner.

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Action !

city Guide

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kreuzberg Gernot Bronsert, 34 ans, né à Rüdersdorf près de Berlin, est musicien, DJ et possède son propre label.

LES AILES DU ­D É S I R

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5 maj eu r Le top à Berlin

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en avion Aérodrome de Strausberg. Acrophobes s’abstenir. À bord d’un Cessna 172, une balade aérienne d’une heure au-dessus de Berlin et du Brandebourg. 269 € pour trois personnes, pilote (!) et place avec hublot inclus. Réservations sur www.aeroworx.de

disques en Europe. J’y ai travaillé pendant des années. Un endroit qui a influencé mes goûts. Un paradis qui va de la techno au dub.

« Sauce à l’ail ­épicée et sans ­oignons  » Berlin Des bars pour aventuriers, des ­boutiques pour les blasés du shopping, des k­ ebabs pour les noctambules  : Gernot Bronsert du duo électro Modeselektor nous entraîne à travers sa ville. Berlin est la capitale mondiale de la musique de club. Ici, les rois de la nuit s’appellent Modeselektor, dont les fans vont de Björk au leader de Radiohead, Thom Yorke. C’est à la fin des années 90 que Gernot Bronsert et Sebastian Szary investissent le milieu ­underground de leur ville, à coups de live aux basses démentielles. Une épopée racontée dans We Are ­Modeselektor, nouveau docu sur le duo disponible en DVD. « Le personnage principal c’est la ville », dit Bronsert qui, entre ses concerts à travers le monde, passe le plus de temps possible à Berlin où justement il nous invite à le suivre. Plus sur www.modeselektor.com

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1 Civilist

Brunnenstraße 13 Mon fournisseur en fringues. Idéal pour le shopping éclair. C’est une charmante petite ­boutique de skateurs qui aiment l’art et ont des liens avec l’édition de magazines.

4 Il Casolare

Grimmstraße 30 Un restaurant italien à Kreuzberg tenu par des punks cocos. Les serveurs, piercings stretchés et dreadlocks, y sont imbuvables. Mais les pizzas sont excellentes, et on y mange le meilleur ragoût de sanglier de la ville.

Flakturm Humboldthain. Les murs de cette tour de béton datant de la Seconde Guerre mondiale sont aujourd’hui des murs d’escalade d’un ­niveau de difficulté élevée. Au sommet : une vue imprenable sur les quartiers Mitte et Wedding.

en ascenceur

2 All in One

Rosenthaler Straße 43 La nuit, on finit inévitablement par passer devant ce snack. Tant mieux car ils servent les meilleurs kebabs. Prenez-le avec la sauce à l’ail épicée et sans oignons.

3 Hard Wax

Paul-Lincke-Ufer 44 Un des meilleurs magasins de

5 Kumpelnest 3000

Lützowstraße 23 Un bar d’aventuriers. C’est une ancienne maison close. La scène hardcore s’y donne rendez-vous à 5 heures du matin et s’en donne à cœur joie une partie de la matinée.

Fernsehturm de Berlin. Avec ses 368 mètres de hauteur, « Alex » est le bâtiment le plus haut d’Allemagne. Gernot recommande chaudement l’endroit pour un premier rendezvous galant : « Emmener une fille aussi haut n’est jamais anodin. »

the red bulletin

photos : ragnar schmuck, tom haslinger (4), shutterstock, sz-photo, ddpimages

en escalade


Action !

musique

1 King Krule

Rock Bottom

Dominic Maker, 26 ans, la moitié de Mount Kimbie.

« L’avenir appartient à King Krule ! » playlist TECHNO ET POP PSYCHÉDÉLIQUE ONT INSPIRÉ LE 2 e ALBUM DU DUO ÉLECTRO MOUNT KIMBIE. En 2010, la sortie du premier ­album de Mount Kimbie Crooks & Lovers crée un véritable choc. Les morceaux allient fragilité à agressivité des basses, beats électros et sons éthérés. La presse spécialisée y voit un nouveau genre, le post-dubstep. Pour leur 2e opus, Kai Campos et Dominic Maker reviennent avec un son plus affûté. Ce dernier nous révèle ici les morceaux qui les ont bercés pendant l’enregistrement de Cold Spring Fault Less Youth. Plus sur www.mountkimbie.com

g r o s s e cAI SSE LE GADGET MUSICAL DU MOIs

photos : getty images (2), picturedesk.com

The Vamp Ce petit cube est un ampli bluetooth, capable de ressusciter vos vieilles enceintes. Il suffit de le brancher à celles-ci via sa prise jack. Il ne vous reste plus qu’à e­ nvoyer la musique depuis votre ­smartphone. www.paulcocks­ edgeshop.com

the red bulletin

King Krule, un type incroyable, est le seul ­artiste guest sur l’album. Le son de sa voix puissante et grave fait penser à un chanteur de bar, corpulent et d’âge mûr. Pourtant, ce jeune homme fluet aux cheveux roux a 19 ans. C’est aussi un parolier hors pair. Pas de doute, il fera bientôt partie des grands. L’avenir appartient à King Krule !

LE ­RE N D E ZV O U S D ES GÉANTS Jay-Z et Justin ­ imberlake en T tournée commune

Trois infos pour b ­ riller lors du concert.

2 John Maus Hey Moon

Cette chanson date, mais en studio nous l’écoutions en boucle. C’est dire ! Les compositions de Maus ont un son très personnel : ses morceaux sont à la fois dilués et puissants, empreints de simplicité et très mélodieux. Je trouve sa façon d’associer les voix masculines et féminines dans Hey Moon très inspirée.

jay-Z a engagé pour la tournée son propre rouleur de cigares afin d’offrir ce qu’il y a de mieux aux invités backstage. ça va fumer et sentir bon.

3 James Blake Overgrown

Avant sa carrière en solo, il nous accompagnait en tournée. Aujourd’hui, nous nous croisons par hasard au gré des voyages, comme il y a un an dans un train pour Londres. Il m’a fait écouter ce morceau car il avait des doutes. Je lui ai dit : « Ce ­morceau est dément ! » Il a même fini par devenir le titre de son album.

4 Actress Hubble

Kai et moi, nous adorons Actress. Sa musique très dépouillée et hypnotique est censée faire danser mais la chose est quasi impossible. C’est une musique à vous rendre claustrophobe. Une fois, je me suis endormi sur ce morceau de 8 minutes en faisant des rêves bizarres. Actress est l’un des musiciens électro les plus sous-estimés de notre époque.

5 Tame Impala

Why Won’t They Talk

Généralement, il me faut du temps pour apprécier un nouvel album, mais avec Lonerism de Tame Impala, ce fut tout l’inverse. Des morceaux géniaux, une production tip top. Un son psychédélique dont seuls ces ­Australiens ont le secret. Ce morceau est pour beaucoup dans notre envie de faire ce nouvel album.

justin timberlake a eu l’idée de cette tournée en voyant Elton John et Billy Joel ensemble sur scène, l’un interprétant les morceaux de l’autre. Justin le pompeur.

kanye west est très ami avec Jay-Z. Mais il goûte peu l’infidélité de son ami avec Timberlake. Il l’a fait savoir lors d’un concert en se moquant de leur tube Suit & Tie. Plus sur www.justin timberlake.com

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Action !

focus

en bref La sélection, en bonne ­compagnie

12 vendredi

Jazz en ­pinède La 53e édition de l’incontournable rendez-vous du jazz sur la côte démarre avec Keith Jarrett. De quoi donner le ton à dix soirées à la noble programmation, dont les Australiens de Hiatus Kaiyote le 15. 12-21.07, jazzajuan.com

9

vendredi

L’été c’est foot Plus de deux mois d’abstinence, et ça repart. Vous avez déjà oublié le titre du PSG ? La saison qui commence a un look vintage avec les retours de Monaco et Nantes. 09.08, France

21.07, Paris

Sous les sunlights

La 21e et dernière étape de cette 100e édition du Tour devrait boucler la course en beauté. Pour le traditionnel final sur les Champs-Élysées, installé depuis 1975, les coureurs partiront de Versailles en fin d’après-midi pour rejoindre la capitale en début de soirée. Paris réserve sa nuit et sa plus belle avenue pour ce show cycliste. Du jamais vu. www.letour.fr 27.07-11.08, La Rochelle 3.07-4.11, Paris

Lichtenstein en grand 13.07-28.07, Vaison

Emportés par la danse La scène du théâtre antique de la cité vauclusienne s’offre à toutes les formes de danse. www.vaison-danses.com

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Près de 130 tableaux et sculptures, dont certains dessins exposés pour la première fois en France, retracent l’œuvre de l’artiste le plus emblématique du pop art américain du siècle dernier. Une occasion rare de retrouver le travail de Roy Lichtenstein inspiré de l’imagerie populaire. www.centrepompidou.fr

La CharenteMaritime en pole Le 470, dériveur mythique de la voile française, fête ses 50 ans cet été en accueillant les championnats du monde de sa catégorie sur le plan d’eau rochelais. Plus de 200 équipages sont ­attendus pour une quinzaine qui ­réserve animations, célébrations et expositions en plus de la ­compétition (3-10 août) pour marquer l’anniversaire. Un joli programme à découvrir au cœur de l’été. www.srr-sailing.com

13 Samedi

Tour ovale à Marmande Les 504 m du ­circuit ovale en herbe de Marmande (Lot-et-Garonne) accueillent la 3e manche du championnat du monde moto long track. 10 000 fans en tribune. 13.07, Marmande

the red bulletin

Texte : Christophe Couvrat. Photos : getty images, jc carbonne/vaison danse, centre pompidou, ddpimages

Wiggins absent, un boulevard s’offre à Froome cette année.


SUCRES.

RED BULL.

Red Bull France SASU, RCS Paris 502 914 658

CALLORIES.

RED BULL ZERO CALORIES. Pour votre santé, pratiquez une activité physique régulière. Rendez-vous sur www.mangerbouger.fr


dans le rétro

Billy et Bobby, qui avaient l’habitude d’ingurgiter une anguille électrique avant chaque représentation, appelèrent leur forme d’art révolutionnaire « B-Boying ». Le headspin, le table dance ainsi que la combinaison peu pratiquée aujourd’hui de ces deux techniques (photo) sont aussi des inventions des frères Baker.

the red bulletin numéro 22 sera disponible le 14 août 98



the red bulletin

photo : roger viollet/getty images

Casse-tête Les origines du B-Boying ne remontent pas aux années 70 comme le pensent avec conviction certains historiens. Originaires de Baltimore, les frères Billy et Bobby Baker (en action ici) s’appelaient « The B-Boys » et s’exerçaient déjà à un type de danse rythmique hautement artistique en juin 1913.


Pour plus d’informations, rendez-vous sur www.infiniti.fr

THE PULSE RACES* * Votre pouls s’accélère


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The Red Bulletin July 2013 - FR  

Brelan d’as - The Red Bulletin vous invite à découvrir les trois stars de demain.

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