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SUISSE AVRIL 2018, CHF 3,80

HORS DU COMMUN

« ON S’HABITUE AU DANGER DE MORT » GESTION DES RISQUES, LEADERSHIP, ESPRIT D’ÉQUIPE VOLVO OCEAN RACE : CE QUE LES MARINS LES PLUS ENDURCIS ONT À NOUS ENSEIGNER


NOUVELLE FIESTA

Feel. Every. Fiesta. Moment. Plus d’informations sur ford.ch


ÉDITORIAL

Depuis le mois d’octobre, sept équipages sont engagés dans la Volvo Ocean Race, réputée être une régate pour les marins les plus coriaces. Nous nous sommes entretenus avec le navigateur britannique Ian Walker, skipper du Team Abu Dhabi et vainqueur de la dernière édition, en 2015. Donner le meilleur exemple, coacher son équipe, encaisser la fatigue… tout cela s’orchestre. La ­résistance mentale et physique s’apprend, l’ambition ­aussi. Comme il en témoigne page 52.

Nos envoyés spéciaux Jim Krantz (à gauche) et Florian Obkircher dans le désert californien, pour célébrer l’apocalypse avec les fans de Mad Max au festival Wasteland. Les toges leur servaient de ticket d’entrée, p. 70.

Sur la terre ferme, on suit l’envol de Mutaz Barshim, cet athlète spécialiste du saut en hauteur déterminé à dépasser la légende de la discipline, Javier Sotomayor (page 24). Et on trace dans le désert californien (page 70) pour ­rejoindre le Wasteland, un festival fou à l’ambiance Mad Max – et se mettre la tête à l’envers... Bonne lecture ! Votre Rédaction

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CONTRIBUTEURS NOS ÉQUIPIERS

THOMAS ULRICH

L’explorateur suisse a traversé ­l’archipel François-Joseph et l’océan Arctique de part en part. En 2007, le magazine National Geographic lui décerne le titre d’Aventurier de l’année. Sous sa casquette d ­ ’expert du pôle Nord, il organise des séjours dépaysants à l’extrême nord de la planète – ­accessibles à tout un chacun. Page 34, Thomas Ulrich explique comment se préparer pour une ­virée de 120 km sur la glace…

MAX SPRICK

Les entretiens et les reportages de notre rédacteur originaire de Munich (Allemagne) sont régulièrement publiés dans le quotidien ­bavarois Süddeutsche Zeitung et sont aussi depuis peu hébergés sur le site internet jetzt.de. À notre demande, Sprick s’est entretenu avec le navigateur britannique Ian Walker (page 52), skipper du team Abu ­Dhabi, vainqueur de la précédente édition et à nouveau en lice sur la Volvo Ocean Race.

THE RED BULLETIN

AINHOA SANCHEZ/VOLVO OCEAN RACE (COUVERTURE)

PRENDRE DES RISQUES MESURÉS


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SOMMAIRE avril

REPORTAGES

2 4 En vol

Cela fera 25 ans cet été que le record du saut en hauteur est à 2,45 m. À peine plus vieux que lui, le Qatari Mutaz Barshim veut lui rajouter au moins un centimètre. Possible ?

3 4 Visiter le pôle Nord

Cet explorateur suisse de la trempe d’Indiana Jones vous ­entraîne au bout du monde. Votre mission : suivre et obéir.

4 4 Conduite accompagnée

Honda et Scuderia Toro Rosso font équipe pour la nouvelle saison de Formule 1. L’occasion pour nous de tester la NSX.

5 2 Volvo Ocean Race

La victoire de cette course à la voile est surtout symbolique. Mais pour Ian Walker, elle vaut tout l’or du monde.

6 0 La ligne rouge

Ils la suivront du Rax en Autriche jusqu’à Nice, à ski et à pied, sur les sommets de la chaîne principale des Alpes. En 1971, une clique d’aventuriers avait essayé, et en avait bavé.

7 0 Apocalypse wow  !

Vous rêvez de devenir le héros de Mad Max ? Deux options : dégager Tom Hardy du casting, ou participer au Wasteland.

24 DE L’OR EN BARRE

Le plan de l’athlète Mutaz Barshim est simple. Aller plus haut que 2,45 m, ­record de hauteur qui, en fait, semble indépassable.

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BULLEVARD Un mode de vie hors du commun

12 Déjà que sur des skis, c’est une

vraie mission, alors en VTT...

14 Eva Green sur l’intérêt de

­ orter des masques quand ce p n’est pas carnaval 16 Sauter en parachute sans permis ? Bienvenue dans l’Idaho 18 Il ne manque qu’une c­ hicha ­intégrée à ce tank de luxe 19 Moby dit que... Bowie a été la rencontre musicale de sa vie 20 Pour devenir champion du monde de luge, restez à plat 2 2 Ces cyber lunettes vont vous faire douter de la réalité

GUIDE

Voir. Avoir. Faire. 82 Red Bull TV : sur tous terrains 84 Leur passeport ? Une canette ! 86 Hey, Brook ! Tu descends ? 87 Agenda : les événements à ne

pas rater

JIM KRANTZ, SHAMIL TANNA, VISUAL IMPACT/THOMAS ULRICH

88 Courez, car vous le pouvez 90 Matos : quatre roues à moi

70

96 Ours : ils et elles font le TRB 98 Makes you fly: un snow et un

bolide dans le désert... normal

DÉSERT INCLUS

Si la production du prochain Mad Max cherche des figurants, c’est au Wasteland Festival qu’elle devrait les recruter. On y est allés, et on a survécu.

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LE PÔLE EN HUIT ÉTAPES

Cinq jours de marche, 120 km à pied, par une température moyenne de − 40 °C… Cap ou pas cap ? THE RED BULLETIN 

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KHAKI X-WIND

AUTOMATIC SWISS MADE


BULLEVARD U N

ST Y L E

D E

V I E

H O R S

D U

C O M M U N

Janvier 2018 : Max Stöckl se prépare à descendre la Streif du Hahnenkamm (Autriche).

PHILIP PLATZER/RED BULL CONTENT POOL

CRASH TEST

MAX STÖCKL, pro du VTT, a affronté l’une des pistes de ski les plus dangereuses au monde avec deux objectifs : la descendre et battre un record. THE RED BULLETIN

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« TRÈS VIOLENTE EN SKI, LA STREIF EST PIRE EN VTT » « Je me suis dit que je ­devais tenter le coup à vélo. » Max Stöckl, 43 ans.

L

a célèbre descente du Hahnenkamm (trad. la crête du coq, un sommet des Alpes du Tyrol, accueillant la ­fameuse Streif, une piste de descente de Coupe du monde) est l’une des plus difficiles au monde : les skieurs qui s’y aventurent doivent parcourir sur 3,3 km l’un des flancs les plus raides du Hahnenkamm, offrant un dénivelé de 85 % par endroits, et des pointes de vitesse pouvant a ­ ller jusqu’à 145 km/h. Pourtant, en janvier dernier, ce n’est pas un skieur qui s’y est risqué, mais un pro du VTT. Max Stöckl, 43 ans, n’en est pas à sa première descente de la mort, lui qui a déjà battu en 2007 le record du monde de vitesse en vélo standard sur neige : 210 km/h, dans la ­Cordillère des Andes. Puis celui sur terrain sec, en descendant un volcan dans le désert de l’Atacama, au Chili. Mais il ­restait pour Stöckl l’ultime descente à accomplir, celle de tous les défis : la Streif du ­Hahnenkamm dans les Alpes de Kitzbühel. « Cela fait maintenant quinze ans que j’ai envie de faire cette descente, mais ­gagner la confiance du club de ski n’a pas été une mince affaire. Il a fallu d’abord leur prouver que je savais ce que

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je faisais. » L’autorisation a fini par arriver : l’Autrichien devient donc le premier cycliste à faire la descente sur deux roues, la bouclant en 3 minutes et 6 secondes, avec une pointe à 103 km/h. Pour le club, sans doute une pure ­tocade, mais pour l’équipe de scientifiques qui accompagne Stöckl, une véritable expérience sur le terrain : sous la combinaison de Stöckl est en effet installée toute une batterie de capteurs et de micros, qui enregistrent tout, des ondes cérébrales au souffle du sportif, en passant par son rythme cardiaque. L’objectif ? Étudier la réaction du corps humain face à la menace d’un choc violent. En pleine descente, alors que les freins ne fonctionnent plus, les chiffres s’emballent : « Pouls irrégulier, tension extrême des muscles... J’étais à 4 secondes de l’arrivée, mais tout mon corps s’était déjà préparé au choc final. » Si notre quadragénaire ­autrichien affiche une forme physique au-dessus de la moyenne, son vélo, en revanche, est tout à fait normal : un Mondraker Summum ­Carbon Pro Team – « celui que j’utilise pour mes sorties en été » explique Max Stöckl, qui dirige d’ailleurs l’équipe de Coupe du monde MS ­Mondraker MTB. Seuls rajouts : quelques vis de 15 millimètres pour améliorer la prise en main, et un garde-boue. « J’essaie de tout faire avec un VTT standard, parce que selon moi, c’est la seule vraie manière d’aborder le mountain bike. Il suffit d’aller dans le magasin du coin, et de se lancer. » La vidéo de la descente de Max Stöckl est sur redbull.com

DÉPART 1 665 m Karussell Mausefalle Steilhang

Alte Schneise Seidlalmsprung

Hausbergkante Querfahrt

Zielschuss

LE LONG DE LA STREIF 3,3 km de long, 860 m de dénivelé, des passages à 40,4 ° qui font s’envoler les skieurs : ne dompte pas la Streif qui veut. Le record est maintenu depuis 1997 par l’Autrichien Fritz Strobl qui l’a descendue en 1 min 51,58 sec, avec une moyenne de 106,9 km/h.

ARRIVÉE 805 m

THE RED BULLETIN


B UL L EVA R D

PHILIP PLATZER/RED BULL CONTENT POOL

WERNER JESSNER

« Certains passages sont si pentus que tu ne peux même pas les traverser avec des crampons. »

THE RED BULLETIN

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ans Casino Royal, et sous les traits de Vesper Lynd, elle induit James Bond (alias Daniel Craig) en erreur. Rebelote avec Johnny Depp dans Dark Shadows. Elle défie aussi le Diable et Dracula. Dans ses derniers films, Euphoria de Lisa Langseth et D’après une histoire vraie de Roman ­Polanski, Eva Green, 37 ans, continue de se frotter aux ­extrêmes. La fille de Marlène Jobert ne redoute pas les ­expériences au bord de la ­limite, au contraire, et c’est précisément pour cela qu’elle sait exactement comment se protéger de ceux (producteurs, vampires et autres ­perverses créatures) qui la bombardent avec leurs ­attentes démesurées, voire ­insolentes. the red bulletin : En en ­jugeant d’après les rôles ­extrêmes que vous jouez, vous semblez être quelqu’un de très courageux. eva green : En fait je suis ­timide. Vraiment ? Oui, et aussi très obsessionnelle. C’est mon moteur, c’est cela qui m’aide à combattre ma timidité, afin de réaliser ce que je souhaite intérieurement.

Où puisez-vous votre ­énergie lorsque vous ne jouez pas ? Dans les films, les livres, au musée. Je me nourris spirituellement. Je me ressource aussi dans la ­nature. Il y a beaucoup de p ­ etites îles en Bretagne, elles sont magnifiques, il y règne un climat de paix. Ou l’île ­Hallig Langeneß dans le nord de l’Allemagne. Elle n’est s­ ituée qu’à deux heures de route de Hambourg, et pourtant on a l’impression d’être à l’autre bout du monde. C’est l’endroit le plus surréaliste que j’aie ­jamais ­visité. Est-ce que ce sont les lieux où vous vous retirez pour trouver un peu de calme et de solitude ? Absolument. Comme mon ­appartement. C’est mon royaume. Je l’aménage moimême. En partie comme si c’était un décor de film. Une fois, j’ai même décoré une pièce dans le style Gladiator. Une autre à la mode chinoise, toute en rouge. Comment vous protégezvous quand vous devez quitter vos zones et vos lieux de confort ? Je porte différents masques, que je choisis selon la situation. Derrière ces masques, je m’autorise à être moi-même. Quand par exemple ? À chaque fois que des inconnus me bombardent avec leurs attentes étranges.

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Comment réagissez-vous, quand ça tourne mal ? Vous expliquiez dernièrement que vous aviez dû, vous ­aussi, vous défendre contre Harvey Weinstein ? Il faut dire non. Il faut expliquer clairement et simplement au vampire qu’il doit s’arrêter. Que faire quand on a face à soi quelqu’un qui prend un non pour un oui ? Un non est un non. C’est clair, c’est sans équivoque et sans ambiguïté : NON.

Eva Green

LA VÉRITÉ DERRIÈRE LE MASQUE Victime de sa timidité, Eva Green a plongé plus d’une fois dans les plus sombres abîmes de l’enfer. Elle a désormais une parade pour échapper à l’emprise des suceurs de sang qui l’entourent.

THE RED BULLETIN

RÜDIGER STURM

D

Qu’est-ce que ça vous ­apporte  ? Un tournage est l’occasion pour moi de décharger mes émotions. Après, je me sens vivante. Mes sens sont aiguisés, cela me donne une belle énergie.

Pouvez-vous nous donner un exemple ? Tout le monde connaît ça. Tout le monde connaît un ­suceur de sang dans son ­entourage.

ANDREW TESTA/EYEVINE/PICTUREDESK.COM

Et ce serait quoi, ce vœu intérieur ? Je m’intéresse au côté sombre de la vie. Mes rôles me permettre de satisfaire cette ­curiosité.


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Eva Green a un moyen imparable et éprouvé pour se protéger de ses contemporains trop insistants. THE RED BULLETIN

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TOM GUISE

Idaho, USA

Magic Valley

D SCOTT CLARK

Pour vous mettre au saut en tandem : ­tandembase.com Prendre un cours de BASE jump : ­snakeriverbase.com

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THE RED BULLETIN


Sensations

APRÈS VOUS !

Du BASE jump depuis un pont, sans permis, c’est possible dans l’Idaho. Il vous faut de l’audace, et être rodé à ce genre de saut en parachute.

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« Sarah est revenue faire un saut après une cheville cassée et la perte de deux de ses mentors en BASE », explique Clark. THE RED BULLETIN

e canyon de la Snake River (Idaho, USA) fut l’écrin de l’audace humaine en son temps. À l’est du pont ­Perrine qui l’enjambe, un vestige subsiste : la rampe utilisée en 1974 par Evel Knievel dans sa tentative (échouée) de lancement de sa fusée Skycycle X-2 au-dessus des gorges. Culminant à 148 m, Perrine est l’un des ponts les plus longs des USA, et surtout la seule structure du pays fabriquée par l’homme depuis laquelle le saut en parachute est autorisé sans permis, tout au long de l’année, suite à un assouplissement de la loi à la fin des années 1990. Avant cela, en 1987, les règles furent enfreintes une première fois par trois militaires : ils utilisèrent leur parachute T10 avec système d’ouverture automatique (SOA). Ci-contre, la parachutiste Sarah Watson en août 2014. « J’étais suspendu 5 mètres sous le pont, après le gardefou, ce qui est techniquement illégal, se souvient le photographe D. Scott Clark. J’étais plus nerveux que d’habitude pour cette descente en rappel. Je n’avais que 7 mètres d’une corde qui se terminait par un nœud. J’étais suspendu au-­ dessus de la rivière pendant que les BASE jumpers sautaient au-dessus de moi. J’aurais donné n’importe quoi pour avoir un parachute de secours. »  17


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Ripsaw EV3

VOLANT DE SÉRIE Un petit demi-million d’euros à claquer et vous kiffez les véhicules tape-à-l’œil ? Le Ripsaw EV3 est pour vous !

Avec ses deux portes latérales s’ouvrant comme des ailes, le ­Ripsaw 2e gén. a fait sensation dans le film Fast & Furious 8.

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clientèle de milliardaires en panne de frissons. L’un de ses plus gros clients serait le prince héritier de Dubaï, Cheikh Hamdan ben Mohammed Al Maktoum. Il en aurait commandé toute une flotte pour ses virées dans le désert. La troisième génération, Ripsaw EV3, existe en trois modèles (1, 2 ou 4 passagers) et se veut plus rapide que la version précédente (pointes à 120 km/h). Capable de grimper des côtes à 75 %, elle dispose de caméras thermiques et de recul, et le cockpit est à suspensions pour éviter de renverser sa coupe de champagne quand on sort la bête. Avec une apparition remarquée dans le dernier Fast & Furious (2017), cette Batmobile à chenilles est aussi une star de cinéma.

Un look extrême et futuriste : le Ripsaw se conduit pourtant comme une voiture, avec un volant.

Son délai de fabrication ? Pensez-y avant de commander l’EV3 en prévision de l’Apocalypse : 6 mois d’attente ! La fin du monde venue, vous vous consolerez en vous disant qu’un Ripsaw coûte six fois moins cher qu’une Aston M ­ artin Valkyrie. Une bonne ­affaire. ripsawtank.com

TOM GUISE

eoff Howe, créateur avec son frangin du Ripsaw EV, décrit son bébé de 3 500 kg comme « le char le plus rapide, le plus résistant et l’un des plus légers au monde ». Le plus luxueux aussi (400 000 €, sans option). Ces arguments ont évidemment séduit l’armée US qui a commandé dès 2001 l’un des premiers prototypes, sans savoir l’utiliser. Et pour cause, ce petit joujou sur chenilles, sorti des usines Howe & Howe ­Technologies, n’est pas une machine de guerre. Sans blindage, dépourvu de canon, le Ripsaw se conçoit avant tout tel un « véhicule tout-terrain de l’extrême » et se destine à une

RIPSAW

G

THE RED BULLETIN


Moby

« LES CHANSONS DE BOWIE M’ONT BOULEVERSÉ » 4 morceaux qui ont façonné la créativité du roi de la dance.

En 2018, Moby renoue avec ses racines musicales.

P

JONATHAN NESVADBA

FLORIAN OBKIRCHER

lus de vingt millions d’albums vendus dans le monde : Richard Melville Hall alias Moby est un musicien multi-instrumentiste au succès incomparable dans l’électro. Avec son quinzième album, Everything Was Beautiful, And Nothing Hurt, l’artiste de 52 ans revient vers ses premières amours comme on peut l’entendre sur les titres Porcelain et Why Does My Heart Feel So Bad? Il présente ici quatre titres qui ont façonné ses goûts musicaux dans ses jeunes années dans le Connecticut, et l’ont placé sur la voie de la renommée. moby.com

DAVID BOWIE HEROES (1977)

DONNA SUMMER I FEEL LOVE (1977)

GRACE JONES I’VE DONE IT AGAIN (1981)

JOY DIVISION ATMOSPHERE (1980)

« J’avais 13 ans la première fois que je l’ai entendue, elle m’a bouleversé, elle a changé ma manière de penser. Peu après, j’ai bossé pour me payer les disques de Bowie. Des années plus tard, lui et moi sommes devenus amis. Il m’a confié qu’avant de la transformer pour en faire une œuvre simple et futuriste, cette chanson n’était qu’une cover de Waiting For The Man du Velvet Underground. »

« Ça passait à la radio quand j’étais jeune. C’est un titre remarquable. Le génie tient au talent de Giorgio Moroder, son producteur, qui a réussi à créer une tension sexuelle avec une électro rudimentaire. La plupart auraient fait des rajouts – moi y compris –, mais ça aurait gâché le morceau. Pareil pour le texte : ce ne sont que dix mots, et pourtant, ces paroles sont d’une profondeur peu égalée. »

« Au début, je me suis forcé à ne pas l’aimer. Grace Jones était cool, mais ça, c’était gentil, rien à voir avec ses titres dub. J’ai grandi en banlieue, j’étais donc surtout exposé à de la musique genrée, masculine. Avec cette chanson, j’ai réalisé que le R&B et la soul faisaient ce que le punk rock que j’écoutais ne pouvait pas. Je ne savais pas d’où ça venait, mais ça m’a touché, j’en suis tombé amoureux. »

« À l’école, je me sentais plus proche de Ian Curtis via ses paroles que de mes amis. Ce que j’aime dans cette chanson, hormis son côté émotionnel, c’est le son. Dans les années 1970, on dissociait le rock et l’électro. On faisait soit l’un soit l’autre. Ce fut une révélation pour moi, ce groupe qui comprenait qu’on pouvait faire tellement plus avec un synthé et une boîte à rythmes qu’avec des instruments normaux. »

THE RED BULLETIN

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Roman Repilov

EN LÉVITATION La position du lugeur russe (ici pendant les préparatifs à la Coupe du Monde de luge 2017-18) laisse penser qu’il est en train de se reposer, et pourtant : c’est ce qui lui a permis, en jouant des épaules et du mollet, de lancer sa luge à 140 km/h pour gratter tous ses adversaires et ­remporter l’or à Lake Placid, NY (USA).

Ce cliché presque irréel de Repilov a été pris en octobre dernier à Sotchi (­Russie) par le photographe Denis Klero.

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THE RED BULLETIN


DENIS KLERO/RED BULL CONTENT POOL

TOM GUISE

B UL L EVA R D

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B UL L EVA R D

Ces images créées en réalité mixte sont envoyées sur la rétine.

Magic Leap Lightwear

« C’EST LA MORT DE LA RÉALITÉ »

L’ordi principal est un petit boîtier clippé à la ceinture, le Lightpack, aussi puissant qu’un MacBook Pro.

C

ouplée à un puissant mini-ordinateur et un contrôleur manuel, cette invention de l’Américain Rony Abovitz dépasse tout ce que nous avons vu jusqu’ici dans ce ­domaine. Les lunettes M ­ agic Leap Lightwear sont en effet conçues comme un o ­ rdinateur spatial, sensoriel (grâce à ses capteurs) et intelligent (grâce au programme de machinelearning) qui p ­ ermet de capter

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et de comprendre notre environnement. Les signaux sont ­envoyés directement sur la ­rétine, modifiant notre ­perception visuelle, pour une expérience 3D encore plus ­interactive. Équipé d’une ­mémoire cartographique, il se souvient de l’emplacement d’un objet quand vous retournez dans une pièce. Pour David Nelson, chercheur au M×R Lab (pour Mixed Reality) en Californie,

il s’agit d’une nouvelle étape dans l’interaction entre l’Homme et la machine : « C’est la mort de la réalité ! » Google a investi plus d’un milliard et demi d’euros dans la start-up, et les productions ­Lucasfilm développent des contenus Star Wars spécialement pour la Lightwear. On attend donc avec impatience de les chausser... avant la fin de l’année. magicleap.com THE RED BULLETIN

TOM GUISE

Plus fort que la réalité augmentée : les lunettes de réalité mixte ­modifient votre perception physique, spatiale et visuelle du monde.


LA NOUVELLE JAGUAR E-PACE

BEAUTIFUL FAST CARS.

La nouvelle E-PACE associe avec maestria les caractéristiques typiques de JAGUAR. La vision de Sir William Lyons, fondateur de JAGUAR, fonctionne en parfaite harmonie avec les éléments techniques et le design des JAGUAR actuelles et futures. Découvrez-la à l’occasion d’une course d’essai chez votre spécialiste JAGUAR. JAGUAR E-PACE à partir de CHF 39’500.–. jaguar.ch

THE ART OF PERFORMANCE E-PACE 2.0 Diesel, man., 150 ch (110 kW), consommation mixte: 4.9 l/100 km, 129 g CO2/km, équivalent essence 5.6 l/100 km, émissions de CO2 issues de la production de carburant: 22 g CO2/km, catégorie de rendement énergétique: B, prix de vente net recommandé CHF 39’500.–. Modèle illustré: E-PACE R-Dynamic 2.0 Diesel, man., 150 ch (110 kW), consommation mixte: 4.9 l/100 km, 129 g CO2/km, équivalent essence 5.6 l/100 km, émissions de CO2 issues de la production de carburant: 22 g CO2/km, catégorie de rendement énergétique: B, prix de vente net recommandé CHF 45’300.–. Moyenne de tous les véhicules neufs proposés en Suisse: 133 g CO2/km.


EN VOL 2,45 m en saut en hauteur : ce record absolu fêtera ses 25 ans cet été. À moins que… Le frêle Qatari MUTAZ BARSHIM a de bonnes chances de pulvériser cet exploit presque aussi vieux que lui. Texte STEFAN WAGNER Photos SHAMIL TANNA

Séance photos pour The Red ­ ulletin : Mutaz Barshim à la B Aspire A ­ cademy de Doha, son QG sportif au Qatar.

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he red bulletin : Monsieur Barshim, connaissez-vous la h ­ auteur exacte d’une cage de foot ? mutaz barshim : Évidemment, c’est 2,44 mètres. Un centimètre de plus que mon record personnel. J’y pense à chaque fois que je passe devant un terrain de foot quand je m’entraîne. Je fais 1,85 mètre et je dois me hisser sur la pointe des pieds pour toucher la barre : vous, vous voulez carrément sauter par-dessus ! Non, je veux battre le record du monde qui est de 2,45 mètres. Mon objectif, c’est de sauter 2,46 mètres. Mais cela fait vingt-cinq ans que personne n’a réussi à faire mieux que le Prince des hauteurs, le Cubain J­ avier Sotomayor (exploit réalisé le 27 juillet 1993 à S ­ alamanque, en Espagne, ndlr), vingt-cinq ans que les athlètes du monde entier essaient en vain de battre cette performance mythique. Beaucoup d’experts sportifs vous en croient capable. Et vous, vous y croyez ? Sauter 2,46 mètres ? Bien sûr, je sais que je peux le faire.

“What gravity, huh?” Ha ha ha ! Oui, c’est ma devise. Non mais sérieusement, lutter contre la pesanteur, ce n’est pas rien ! Chaque saut est une lutte contre la pesanteur, et chaque saut réussi, une victoire contre cette force. Le saut en hauteur ­relève d’ailleurs davantage du vol plané que du saut. On se sent vraiment voler, c’est une sensation magnifique. Moi, je me concentrerais plutôt sur l’atterrissage, et sur cette fichue barre qu’il ne faut surtout pas toucher. Seuls les débutants sont obsédés par la barre. Plus vous comprenez et maîtrisez ce sport, moins la barre apparaît importante. Ah bon ? C’est pourtant elle qui mesure vos performances. 26  



Non. Le secret, c’est d’essayer de sauter le plus haut possible, à chaque fois. Peu importe que la barre soit à 2,10 ou 2,30 mètres, ce qui compte, c’est la ­performance, le saut. Pas la barre. Oui, mais une barre à 2,10 mètres, ça doit être un peu ennuyant pour vous. Comme si on demandait à Usain Bolt de faire le 100 mètres en 13 secondes. Non, c’est très différent. Parce qu’une barre à 2,10 mètres, elle ne te met pas la pression, alors qu’une barre à 2,40 mètres, ça fait peur, ça te stresse... La technique du saut devient alors beaucoup plus difficile à appliquer. On est tenté d’essayer un truc différent de ce que l’on fait d’habitude, ce qui serait une grosse erreur. C’est devant un défi comme ­celui-là qu’il faut à tout prix éviter de se laisser submerger par l’adrénaline et la pression en essayant une technique que l’on ne maîtrise pas parfaitement. Ça me paraît difficile d’arriver à sauter 2,46 sans penser aux 2,46 mètres. Mon objectif, ce n’est pas la barre. Mon objectif, c’est d’amener le centre de gravité de mon corps, mes hanches puis mes pieds le plus haut possible. Ce qui est très simple à 2,10 mètres. Et beaucoup moins simple à partir de 2,30 mètres. Et forcément très difficile à 2,46. Lors d’un bon saut, ce n’est pas à la barre que tu penses, mais à toi, à ta technique et à tes capacités. Vous avez dit un jour que le saut en hauteur relève plus de l’art que de la performance sportive. “You need speed, but not too much, you need power, but not too much, you need to be flexible, but not too much.” (trad. « Vous avez besoin d’être rapide, mais pas trop, d’être puissant, mais pas trop, et d’être flexible, mais pas trop », ndlr) Votre conception de l’art est tout de même très... énigmatique. Pourtant, il s’agit bien d’un art. Comme tout art, c’est facile à comprendre, mais difficile à réaliser. Tout le monde peut courir, lever la jambe droite, lever

les bras, sauter, exécuter une rotation ­dorsale. Tout le monde peut prendre un pinceau, une toile, et la couvrir de peinture. Mais réussir un beau tableau, c’est une autre paire de manches. À ce niveau, le moindre détail compte. Pour l’art, il faut être créatif, c’est ­certain... mais pour le saut en hauteur ? Eh bien, comme vous le voyez, je suis assez grand, ce qui m’oblige systématiquement à contrôler mon équilibre et ma stabilité. Mais pas trop non plus, sans quoi je deviens trop raide. Il faut courir, savoir prendre son élan au bon moment, au bon endroit, bref... Tout est simple et en même temps extrêmement précis et nuancé. Comme un puzzle dont chaque petite pièce compte, ce qui rend le tout finalement très compliqué... et très stressant, physiquement et mentalement. Sauf que quand on vous regarde sauter, ça a l’air tellement facile. Oui (rires), tout le monde me dit ça. Pourtant, on a calculé qu’au moment de sauter, les chevilles, les genoux et le dos supportent une masse d’énergie qui correspond à dix fois notre poids normal. Et que plus tu maîtrises ta technique, plus la charge d’énergie libérée au moment du saut sera grande. Le saut, c’est comme une explosion. En 2014, vous vous blessez en réalisant la performance exceptionnelle (et votre record personnel) de 2,43 mètres. Trop d’énergie libérée ? Oui, cette fracture était due au stress. La pression avait été trop grande, et mon corps n’avait pas la solidité suffisante pour supporter 2,43 mètres. Quand j’ai réussi à sauter 2,40 à l’âge de 21 ans, ça faisait treize ans que personne n’avait franchi cette barre, et c’était quelque chose de complètement nouveau. Pour moi, cela voulait dire : davantage de repos, moins de compétitions et des entraînements plus ciblés. Un check-up complet toutes les quatre ou cinq compétitions. Des visites régulières chez le chiropracteur pour contrôler le mouvement des os. THE RED BULLETIN


« 2,40 mètres, c’est du stress, de la peur et des doutes. » « Le saut en hauteur, c’est un art, dit Barshim, c’est facile à comprendre, mais difficile à réaliser. »


Mutaz Barshim pendant l’entraînement : « La technique, rien que la technique, toujours la technique. »


« J’avais gagné onze centimètres en deux mois, la vache. »

Et ça, c’est uniquement l’aspect physique de la préparation. Parce que ce qui se passe dans ta tête, quand tu te retrouves devant une barre à 2,40 mètres, c’est dingue. Des milliers de pensées, de doutes, de peurs, « Qu’est-ce que je fais ici, comment je vais réussir ? » Mais au moment de s’élancer, il faut les virer de ta tête, toutes ces pensées, et les remplacer par « Je vais y arriver, je peux y arriver ». C’est un combat mental. Mais ça, les gens ne le voient pas, ils se disent que tout a l’air si facile, qu’il me suffit de placer la barre quelques centimètres plus haut, et hop. Ils ne savent pas ce que cela représente. Vous devriez être habitué à pratiquer ces hauteurs, avec tous ces entraînements ! Je m’entraîne deux fois par semaine, maximum. Et à chaque fois, je ne fais pas plus de dix sauts.

« Work hard, okay, mais surtout : work smart. Répéter dix fois un bon mouvement sera toujours mieux que répéter mille fois un mauvais mouvement. »

C’est tout ? C’est largement suffisant pour mon corps. Si je lui en demande trop, je risque la blessure, comme la dernière fois. Lors des entraînements, la barre estelle placée à 2,30 ou à 2,40 mètres ? Ni l’un ni l’autre, jamais aussi haut. Je ne m’entraîne pas à la hauteur, mais à la technique. Juste la technique et rien que la technique, dans ses moindres détails. Mais en compétition, c’est la hauteur qui compte ! Oui, je sais (rires) ! Le saut en hauteur reste une discipline tout de même assez cruelle : chaque compétition se termine sur un essai raté. Chaque victoire correspond finalement à une défaite. La hauteur qu’on n’a pas réussi à atteindre. On quitte le stade sur un échec, même en terminant sur la plus haute marche du podium. Oui, et cette idée me plaît beaucoup. Comment ça ? Évidemment. Imaginez que vous remportiez une victoire, et que vous n’ayez plus besoin de vous améliorer. Finie la compétition, finies les montées d’adrénaline. Nul. Alors que dans la discipline du saut en hauteur, même si vous avez établi un record, même si vous êtes couronné champion, il y a toujours dans votre tête cette dernière barre que vous n’avez pas réussi à franchir. Et ça vous travaille, ça ne vous lâche pas. L’échec, c’est l’étincelle



qui ravive ta motivation. Mieux vaut être satisfait à 99 % qu’à 100 %. C’est exactement ça qui me plaît dans ce sport. Battre le record du monde, cela veut dire être plus que le simple champion de sa discipline. Mais que faire ­lorsqu’on n’a pas vraiment envie de se ­surpasser pour remporter une compétition ? Tout cela paraît assez compliqué, mentalement. Ça l’est aussi. Moi, ce que j’aime, c’est quand la compétition est hyper serrée, quand mon adversaire me gratte un centimètre, et que je le rattrape au coup suivant. Lorsque j’ai fait 2,42 mètres à New York, c’est devenu le deuxième saut le plus haut de l’Histoire... Pendant quelques minutes, parce que mon adversaire a fait pareil tout de suite après, et a remporté la compétition, parce qu’il avait de meilleurs essais. Mais dans la semaine qui a suivi, j’ai réussi à sauter 2,43. Pourquoi ? Parce que je ne voulais plus perdre face à lui ! Alors qu’à Londres, j’ai gagné avec 2,35 mètres. J’aurais pu faire plus, mais il n’y avait plus de tension, plus de challenge. Tu ne peux pas te surpasser si tu es content de toi. Il faut toujours rester sur sa faim. Plus mes adversaires sont forts, plus ça me motive. Vous avez débuté dans le saut en hauteur assez tard, vers 16 ans. Ce serait aujourd’hui impossible pour un joueur de tennis, un footballeur ou un pilote automobile de commencer à cet âge. Oui, bien sûr, mais comme mon père pratiquait la course à pied, c’est ce que j’ai fait en premier. Je courais. Et de temps en temps, je sautais. Aujourd’hui, je sais que c’est ce qui m’a permis de garder la flamme. Si j’avais commencé le saut en étant gamin, à l’heure qu’il est, j’aurais peut-être déjà raccroché. Et puis je n’aime pas l’idée d’obliger un gamin à faire quoi que ce soit. Pourtant, si on veut devenir champion un jour, on n’a pas le choix, il faut ­commencer le plus tôt possible. Pas forcément : regardez-moi ! Oui, mais vous, vous êtes un enfant prodige ! Au contraire ! J’étais le plus maladroit de mon groupe de sport. Franchement, à 17 ans, j’étais un sauteur pitoyable. Les filles faisaient mieux que moi. Mais petit à petit, ce sport est devenu ma passion. J’étais tellement heureux quand je   29


r­ éussissais un saut. J’ai commencé à m’intéresser à la technique, à regarder des ­vidéos de sauteurs, mais je n’ai toujours fait que deux entraînements par semaine. C’est souvent ce que disent ceux qui ont atteint un niveau d’exception, dans n’importe quel domaine : la ­passion que l’on éprouve pour quelque chose nous permet de nous y consacrer plus intensément, et plus longtemps. Et nous aide à devenir excellent dans ce que l’on fait. Certes, j’ai commencé à me pencher sur la technique du saut en hauteur, et à étudier les comportements des athlètes, mais je n’ai toujours fait que deux entraînements par semaine. Difficile d’imaginer un sportif de très haut niveau avec un tel emploi du temps... Et pourtant. Si l’entraînement est bien fait, c’est largement suffisant. « Work hard, okay, mais surtout : work smart. » Répéter dix fois un bon mouvement, ça sera toujours mieux que répéter mille fois un mauvais mouvement. Ce n’est pas la quantité des entraînements qui compte, mais leur qualité. Moi, j’ai l’habitude de visionner une même vidéo cent ou deux cents fois, jusqu’à ce que je pige ce petit détail sur lequel on va travailler ensemble, mon coach et moi, pendant deux ou trois mois. Quand il s’agit de trouver ce petit morceau de puzzle sur lequel on va bosser pour améliorer l’ensemble, mon coach est un vrai génie. Il s’agit du Polonais Stanislaw ­Szczyrba, que l’on a fait venir expressément pour vous entraîner. D’ailleurs, il paraît que la première fois qu’il vous a vu, c’était lors d’un match de basket. Il est venu vous voir et vous a dit : « Toi, tu peux sauter 2,40 mètres ! » Oui, c’est vrai. À l’époque, je faisais 2,09 mètres maximum. Et puis arrive ce vieux Polonais de 65 ans et qui me dit que je peux faire 2,40 alors que cela faisait dix ans que personne n’avait réussi à sauter aussi haut. Je me suis dit que ce type était un taré. Et vous avez d’abord refusé de travailler avec lui… On n’arrêtait pas de se disputer. Je voulais sortir, profiter de la vie, j’arrivais tout le temps en retard aux entraînements. Et voilà qu’il arrive et qu’il se met à me prendre la tête pour le moindre retard, 30  

la moindre erreur. J’ai voulu le faire virer, au début. Et lui, de son côté ? Il a tenu bon. Il ne me lâchait pas, me répétait sans cesse : « Ne gaspille pas ton talent, tu peux accomplir de grandes choses. » Mais je ne le croyais pas. Son professionnalisme me gonflait. Et puis un jour, en 2009, alors que je voulais m’inscrire à la fac, il me lance : « Donne-moi deux mois. Accompagne-moi en Suède pour un camp d’entraînement et fais exactement ce que je dis pendant ces deux mois. Si après, tu veux toujours retourner à la fac, je te laisserai tranquille pour toujours. Mais donne à ta carrière cette dernière chance. » On y est allés, et j’ai fait ce qu’il a dit pendant deux mois : se coucher tôt, se lever tôt, manger sainement, tout ça quoi. Au début, je faisais 2,14 mètres. Au bout de deux mois, je sautais à 2,25. J’avais gagné 11 centimètres en deux mois, la vache ! Depuis, je fais tout ce qu’il me dit. Il a fait de moi un autre homme. C’est devenu mon deuxième père. Szczyrba a entre-temps dépassé les 70 ans. N’est-il pas un peu... dépassé face au monde sportif actuel ? D’une certaine façon, oui. Mais pour les aspects les plus importants de ma discipline, non, il n’est pas dépassé. Il y a cette nouvelle génération ­d’entraîneurs qui sortent de leurs écoles et qui connaissent par cœur

« Celui qui croit qu’un titre de champion du monde lui donne le droit d’être arrogant n’a rien compris à la vie. »


Barshim aura 27 ans le 24 juin. CV  : deux médailles olympiques (bronze à Londres en 2012 et argent à Rio en 2016), un titre de champion du monde à Londres en 2017, des médailles d’or aux Championnats du monde en salle 2014 et aux Championnats d’Asie en 2010 et 2014.


Voilà ce que représentent 2,46 m, l’objectif de Barshim. Pourtant, avec une taille d’1,88 m, le Qatari assure que « [son] corps est prêt pour 2,47 m ».


toutes les études en biomécanique ou en sciences du sport. Alors que lui déteste la paperasse ! Et les ordinateurs ! Il a également horreur de tout ce blabla théorique. Mais c’est un vrai génie. Quant aux programmes ­d’entraînement, c’est simple : il déteste. Depuis que je bosse avec lui, je n’ai jamais eu un seul programme. On n’en a pas besoin. Stanislaw sait toujours quoi faire. Et s’il me dit un jour : « Aujourd’hui, tu vas faire 10 fois 100 mètres de sprint » et que mes muscles me font mal, il a toujours une idée de rechange. Ou alors il me dit : « Pas grave. Fais-moi quand même 10 fois 100 mètres. » Bref, c’est un génie. Les athlètes de niveau mondial ont ­plutôt tendance à considérer leur coach comme un « employé » à leur service. Je suis la voiture, il est le pilote. On est une équipe, l’un ne fonctionne pas sans l’autre. Je dois aussi veiller à toujours lui donner les informations les plus précises possibles. Par exemple, ne pas dire : « J’ai mal au genou » mais décrire très exactement la douleur ressentie. Parce qu’il y a la douleur qui vous dit d’arrêter l’entraînement tout de suite, et celle qui vous indique que vous êtes sur le bon chemin. À la question de savoir ce que votre coach savait faire de mieux, vous avez un jour répondu : “He keeps my feet on the ground.” (trad. « Il garde mes pieds sur terre », ndlr) Le comble ! (Rires) Oui, pourtant c’est essentiel. Mon coach se comporte encore avec moi comme au premier jour, comme à l’époque où j’étais ce petit mec débile qui se goinfrait de cochonneries. C’est important de garder les mêmes liens avec sa famille, de conserver ses amitiés, de rester humble. Peut-être que je suis bon en saut en hauteur, mais tout ça ne représente qu’une part de ma vie. Et quand cette part disparaîtra un jour, que restera-t-il ? La façon dont tu te seras comporté avec les autres. Celui qui croit qu’un titre de champion du monde lui donne le droit d’être arrogant n’a rien compris à la vie. Pour nos photos, la barre n’est placée qu’à 1,90 mètre, mais vous teniez à faire le moins de sauts possible. Pourquoi ? Il faut rester prudent. Même si la barre n’est pas très haute, je dois toujours rester concentré et respecter scrupuleusement la technique. Si je saute trop souvent sans faire vraiment attention, je risque de prendre de mauvaises habitudes, THE RED BULLETIN 

« L’échec, c’est l’étincelle qui ravive ta ­motivation. »

incroyable. Moi, j’utilise la vitesse, la flexibilité. Là où les autres sautent, ­j’essaie de voler. Avez-vous rencontré Sotomayor ­personnellement  ? Oui, et j’étais nerveux à chaque fois. C’est mon idole. Considérez-le plutôt comme votre pire rival, ça vous motivera pour les 2,46 ! Il a vraiment eu peur que je lui pique son record, en 2014. Depuis, il a vraiment la trouille que je le détrône ! Mais c’est un type très gentil. Il m’a dit : « Si quelqu’un doit me battre, je veux que ce soit toi. »

Mutaz Barshim, figure de proue de la Aspire Academy, est aujourd’hui considéré comme le meilleur ­athlète de l’histoire du Qatar.

et il me faudra du temps pour « nettoyer » en quelque sorte ma technique. À bientôt 27 ans, vous entamez ce qui pourrait bien être la meilleure phase de votre carrière, avec trois grands ­objectifs devant vous : les championnats du monde au Qatar en 2019, les JO de Tokyo en 2020 et le record du monde, dont on dit que vous en êtes capable. Pas trop impatient ? Je crois que si tout va bien, je pourrai même y arriver cet été. Mon corps est prêt pour 2,47 mètres. Mais on parle là du plus haut saut jamais effectué, alors il ne suffit pas de l’attendre ou de l’espérer. Il faut le faire, c’est tout. Mais tu auras beau être dans la meilleure forme p ­ ossible, ça ne servira à rien s’il y a trop de vent, s’il pleut, si l’ambiance n’y est pas ou si tu sais que tu peux gagner avec un 2,35. 
 Combien de fois vous êtes-vous repassé la vidéo du fameux saut de Javier ­Sotomayor en 1993 ? Très souvent. Mais à présent, j’évite de regarder les autres sauteurs, parce que je n’apprends pas grand chose : les autres sautent avec beaucoup plus de force que moi. Surtout Sotomayor, il a une ­énergie

Imaginez que vous fassiez 2,46 mètres cet été, mais qu’un autre vous gratte un centimètre le même jour. Ce serait frustrant, pour vous ? Pas du tout, parce que j’aurais réussi à m’améliorer, et je saurais donc que je peux faire encore plus. Si j’arrive à passer de 2,43 à 2,46 mètres, pourquoi ­m’arrêter  ? Et si vous battiez vraiment le record absolu cet été ? Dans ce cas, ce serait plus difficile, après cela, de rester motivé. Le plus beau pour moi, ce serait finalement de battre le record du monde chez moi, à Doha, en 2019. Il paraît que vous n’exposez aucune coupe ni aucune médaille, chez vous. C’est vrai ? Oui, tout ça est bien rangé dans une armoire. Un jour, pour les besoins d’un shooting, j’ai même dû chercher ma médaille olympique pendant des heures, tellement je l’avais bien planquée ! Je ne veux pas voir mes trophées, j’en profiterai suffisamment quand ma carrière sera ­terminée. Pour l’instant, ils risquent surtout de me déconcentrer, de me rendre un peu trop satisfait de moi-même. Et si le record du monde vous échappe ? Pas grave. Le plus important, c’est que je me fixe cet objectif, et que j’essaie de toutes mes forces. Tant que je peux dire : j’ai tout fait pour y arriver, alors tout va bien. Peu importe si j’atteins mon objectif ou pas. Quelle que soit ma carrière, le pire serait de me dire, à la fin : j’aurais pu faire encore plus.

mutazbarshim.net   33


LE PÔLE NORD EN HUIT ÉTAPES 120 km de marche par − 40 °C pour traverser la b ­ anquise. Jusqu’au point le plus au nord de la planète. THOMAS ULRICH pense que vous en êtes capable. Êtes-vous prêt(e) ? Texte REINER KAPELLER  Photos VISUAL IMPACT/THOMAS ULRICH

À la queue leu leu : les expéditions au pôle Nord de Thomas Ulrich requièrent une certaine discipline.



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La banquise en guise de piste d’atterrissage : un Antonov An-74 dépose les participants à Barnéo.

homas Ulrich, 50 ans, aventurier, photographe et auteur né à Interlaken (canton de Berne) connaît le pôle Nord comme peu d’autres. Il s’est déjà rendu quinze fois au point le plus au nord de la Terre, et depuis 2007 il y emmène aussi des clients. Lors de ses expéditions « Last Degree » avec des personnes qui sont au mieux des sportifs amateurs, il prend l’avion depuis Spitzberg jusqu’à Barnéo – un centre de recherche russe flottant sur la banquise à 89 ° de latitude nord – et de là, part à skis sur la glace, 120 km par − 40 °C, jusqu’au pôle Nord géographique, sur le 90e parallèle. Ulrich assure que le projet est moins fou qu’il n’y paraît. Tentative d’approche du pôle en huit étapes.

PREMIÈRE ÉTAPE : ALLEZ EN FORÊT

« Tout le monde peut aller au pôle Nord, dit Thomas Ulrich. Tout ce qu’il faut savoir faire pour y arriver, c’est serrer les dents cinq à dix jours. » Pour pouvoir ­profiter de l’expédition sans en baver, il vaut toutefois mieux commencer à

s­ ’entraîner six mois avant. Deux à trois longues séances par semaine avec quatre à cinq heures de marche rapide sont idéales, explique Ulrich. Pour entraîner la musculature du tronc et du dos, il attache deux pneus à sa ceinture et les traîne derrière lui dans la forêt. « Les pneus s’accrochent, doivent être retournés et tirés par dessus des obstacles. Ça ressemble pas mal à ce qui nous attend sur la banquise avec nos traîneaux de 45 kilos. » Pas de pneus sous la main ? Vous pouvez vous entraîner différemment, en gravissant une montagne avec un sac à dos rempli de bouteilles d’eau. Arrivé au sommet, vous pouvez les vider. (Ou les boire.)

DEUXIÈME ÉTAPE : JETEZ-VOUS À L’EAU

Les conditions météorologiques au pôle Nord sont imprévisibles. Si tout va bien, les 120 km sont parcourus en cinq jours. Sinon, cela peut durer deux fois plus longtemps, à contourner des goulottes de glace sournoises et affronter des tempêtes polaires. Voilà pourquoi la forme mentale THE RED BULLETIN


Tant qu’on bouge, on n’a pas froid : voici la devise tout au long de l’expédition.

Le centre de recherche le plus au nord du monde est le dernier camp de base avant le raid.

Avant le départ de l’expédition, il faut faire le plein de carburant pour les réchauds à essence.

Chaque participant prépare et tire soi-même son traîneau d’environ 45 kilos.

est encore plus importante que la forme physique. Les revers de fortune peuvent survenir à tout moment avec la banquise qui dérive : « Lors d’une tempête pendant la nuit, il est possible de perdre plusieurs kilomètres en dormant, si le camp flotte dans la mauvaise direction. » Cela a beau être frustrant, il ne faut pas se laisser démoraliser. Voilà pourquoi il est vital d’apprendre à gérer des situations désagréables avant même de partir. « Avant mes expéditions, je me jette dans l’eau froide deux à trois fois par semaine. C’est très dur, mais c’est le but : se dépasser soimême, rester positif. Il y a une chose qu’il ne faut jamais oublier lors de cette expédition : chaque pas que nous faisons est un pas en avant. Voilà l’attitude à avoir. Pas à pas, heure par heure, jour après jour. »

TROISIÈME ÉTAPE : METTEZ TROIS PAIRES DE GANTS

− 40 °C, c’est tout à fait supportable avec le bon équipement. Une grande partie est mise à disposition par Thomas Ulrich, comme les tentes, les sacs de couchage, THE RED BULLETIN 

« Il faut serrer les dents cinq à dix jours. » Tom Ulrich en est convaincu : tout le monde peut ­atteindre le pôle Nord.

les tapis de sol et trois paires de moufles particulièrement chaudes, que vous mettez les unes sur les autres. Les participants apprennent à se servir de ce matériel lors d’un week-end de préparation en Suisse. Et si quelqu’un a quand-même froid en chemin ? « Tant que nous restons en mouvement, tout va bien. Si les doigts se refroidissent vraiment, il faut faire des moulinets avec les bras. » Le pôle peut même devenir cosy. « Si vous mettez le réchaud à fond dans votre tente, elle se transforme en sauna en dix minutes. Mais ne l’éteignez surtout pas car la température retomberait à − 30 °C en moins de deux. »

QUATRIÈME ÉTAPE : NE TRANSPIREZ PAS

La chose à ne vraiment pas faire au pôle Nord : transpirer. « Une fois, un de mes clients s’était bien trop couvert. Il avait littéralement de la fumée qui sortait du col. Et dès que le corps se refroidit, ça devient dangereux. » D’habitude, chaque participant a besoin de deux à trois jours avant de se rendre compte du nombre de   37


PRÉPARER VOTRE ­EXPÉDITION POLAIRE

Les infos les plus importantes concernant le voyage « Last Degree ».

PÔLE NORD

Barnéo

Spitzberg

Oslo via Zurich

Où commence l’expédition ?

À Oslo. Les participants s’envolent ­ensemble pour Spitzberg dans l’archipel de Svalbard, puis vers le centre de recherche de Barnéo, à bord d’un ­Antonov An-74. Enfin, un hélicoptère les emmène au niveau du 89e parallèle nord.

Qui peut participer ?

Tout le monde, avec un minimum de préparation et d’endurance. Lors de l’expédition organisée par Thomas Ulrich en 2006, le participant le plus âgé avait 69 ans et le plus jeune 15.

À quelle période de l’année ?

La station de Barnéo est reconstruite à neuf tous les ans pour un mois en avril, lorsque la banquise est la plus épaisse et que l’on peut y atterrir. Prochaines dates : du 31 mars au 14 avril 2019 et du 3 au 17 avril 2020.

Combien ça coûte ?

Cette aventure de 15 jours vaut 50 000 francs suisses par personne. L’usage de l’infrastructure à Barnéo et les vols vers l’Arctique constituent la plus grande part des frais.

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« Notre attitude ? Chaque pas que nous faisons est un pas en avant. » Les conditions au pôle Nord sont imprévisibles. Mais grâce au travail d’équipe et à la collaboration, il est possible de ­surmonter même de grands obstacles.


« Oubliez les sous-­ vêtements thermiques ­modernes.  » Ulrich ne jure que par la laine et porte du goretex par-dessus, ainsi qu’une grosse veste en duvet.


Il vaut mieux boire et manger à l’abri du vent, ­derrière un bloc de glace.

Attention à la crevasse : Ulrich décide si elle peut être traversée ou non.

Chaque participant dispose de 3 décilitres ­d’essence par jour pour le réchaud.

Thomas Ulrich prend les décisions, l’équipe suit ses traces.

« J’ai des fusées de détresse et je porte un Magnum sur moi jour et nuit. »

couches d’habits qu’il doit mettre idéalement. C’est le temps qu’il faut pour faire des essais et se changer en cours de route. « Il faut toujours être plutôt au frais, donc en marchant il faut au maximum tiédir. » Il est quasiment impossible d’éviter de produire de l’humidité, qui risque de geler, mais là aussi Ulrich a un conseil : « Oubliez les sous-vêtements thermiques modernes. La laine isole mieux et est touTHE RED BULLETIN 

jours plus chaude que les fibres synthétiques, même lorsqu’elle est humide. »

CINQUIÈME ÉTAPE : FAITES COMME THOMAS ULRICH

C’est très simple. Il suffit de faire tout ce que dit Ulrich. À six heures du matin, c’est parti : réveil, aller aux toilettes, lancer le réchaud, faire fondre de l’eau, manger du porridge en guise de petit-déjeuner, ranger la tente et charger le traîneau. Puis il faut suivre les traces d’Ulrich. Deux heures jusqu’à la première pause pour boire, puis encore une heure et demi avant de manger des aliments énergétiques : graisses, noix, barres de céréales, chocolat. Et ainsi de suite jusqu’au soir, pauses photos comprises. Puis il s’agit de monter à nouveau les tentes pour passer la soirée dans son sac de couchage. Après avoir ingurgité ses 5 000 à 6 000 calories par jour, on prépare son équipement, enlève la glace de ses habits, les sèche et on se couche. Le sommeil est vital, car Ulrich augmente progressivement les heures de marche de sept à dix heures par jour.

SIXIÈME ÉTAPE : SATISFAITES VITE VOS BESOINS

Au pôle Nord, il faut faire vite. Tandis qu’on peut simplement satisfaire ses petits besoins à l’aide d’un urinal qui permet de ne pas devoir quitter la tente pendant la nuit, il faut bien se préparer pour les gros besoins. Baisser les bretelles dans la tente, enfiler la veste en duvet par dessus et se précipiter derrière le prochain bloc de glace à l’abri du vent. Une propreté excessive est déplacée : « Pas question de s’essuyer comme à la maison. » Dans le pire des cas, cela pourrait mener à des gelures des mains. Et donc à un retour prématuré en hélicoptère.

SEPTIÈME ÉTAPE : ATTENDEZ-VOUS À DES VISITES

A priori, le pôle Nord est plutôt calme. Mais avec le réchauffement climatique des dernières années, le dégel de la glace de l’Arctique s’est décalé vers le nord. Par conséquent, il arrive que des ours polaires à la recherche de phoques remontent aussi très loin. Ulrich y est préparé : « J’ai des   41


fusées de détresse et je porte un Magnum sur moi jour et nuit. En outre, avant de dormir, je dresse une clôture de ­protection avec six bâtons en fibre de ­carbone autour du camp. Des capsules ­explosives se déclenchent en cas de contact et détonnent. » Il est peu probable d’en arriver à un rapport de force avec des ours polaires : «  La plupart d’entre eux n’ont encore jamais vu d’humains. Ils ne sont pas agressifs, mais curieux. Un coup de s­ emonce dans la glace suffit à les faire fuir. »

HUITIÈME ÉTAPE : CE N’EST QU’À LA FIN QUE TOUT EST TERMINÉ

Lors des derniers mètres avant d’atteindre le pôle Nord, les participants quittent les traces d’Ulrich et marchent les uns à côté des autres jusqu’au but : « Même si tout est plat ici, on a l’impression de se trouver sur un sommet. Le point le plus élevé de la Terre. Partout autour, c’est le Sud. » Mais l’expédition n’est finie qu’une fois que tout le monde s’est dit au revoir au ­Spitzberg. « Certains participants deviennent imprudents au pôle Nord et ne s’appliquent plus lorsqu’ils montent leur tente. Dans ce cas, j’ai vite fait de leur ­expliquer que l’histoire n’est pas encore terminée. Que nous sommes toujours en Arctique – et donc livrés à nous-mêmes. Il suffit d’un peu de mauvais temps pour retarder l’arrivée de l’hélicoptère de deux jours. Mais il y a toujours du gâteau pour tout le monde. »

LES PÉRIPLES LES PLUS EXTRÊMES DE THOMAS ULRICH

Depuis 1988, cet aventurier ­explore les régions les plus éloignées de la planète.

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atagonie, Groenland, ­Amériques, Tibet : Thomas Ulrich a voyagé de par le monde en mode explorateur. En 2006, il prévoit d’être le premier homme à traverser le pôle Nord seul et sans soutien, et de marcher ­depuis la Sibérie jusqu’au Canada. Son projet échoue, Ulrich manque de mourir et est sauvé à la ­dernière minute sur la côte sibérienne. Seulement un an plus tard, il retourne au pôle Nord et remporte sa plus grande victoire en compagnie du norvégien Børge Ousland : depuis le pôle Nord, ils marchent jusqu’à la terre FrançoisJoseph au nord de la plaine de ­Sibérie occidentale et sont les ­premiers à traverser l’archipel après plus de cent ans, parcourant 1 400 kilomètres à pied, en ski et en kayak. Pour cet ­exploit, le ­National Geographic lui décerna le titre d’Aventurier de l’année.

Envie de partir à l’aventure avec Thomas Ulrich ? Sur son site web, outre les voyages « Last Degree » au pôle Nord, il offre des traversées du Groenland en 25 jours. Toutes les infos sur : thomasulrich.com

« La plupart des ours polaires n’ont encore ­jamais vu d’êtres humains. Ils ne sont pas agressifs, mais curieux. » 42  



Surtout ne pas déraper maintenant : la traversée de 526 kilomètres du champ de glace Sud de ­Patagonie fait partie des expéditions les plus ­exigeantes qu’Ulrich ait accomplies.


Vite, dans la tente : lors de la première traversée du champ de glace Sud de Patagonie, en Amérique du Sud, Ulrich et son compagnon Børge Ousland ont dû affronter de violentes tempêtes.

Il y a quelqu’un ? Au Groenland, Thomas Ulrich et son compagnon autrichien Robert Miller sont passés près de la station r­ adar abandonnée DYE 2.

Rester cool quoi qu’il arrive : lors de son expédition en terre François-Joseph en 2007, Thomas Ulrich a rencontré pas moins de 40 ours polaires.



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COMME LES PROS

En 2018, c’est avec un moteur Honda que la Scuderia Toro Rosso entamera sa saison de Formule 1. Une raison ­largement suffisante pour s’offrir une petite sortie sur le Red Bull Ring en Autriche avec la NSX, ses quatre moteurs et ses 600 chevaux. Texte WERNER JESSNER  Photos KONSTANTIN REYER

La Honda NSX, un supercar à Spielberg : 120 cm de haut et 308 km/h en pointe de technologie hybride du genre racé.

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Avec 600 chevaux sous le capot, le risque de se planter dès le démarrage est assez élevé. Mais pas avec la Honda NSX. En mode Quiet, la Honda sort des stands sans aucun bruit, comme n’importe quelle voiture électrique lambda.

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Les designers ont donné libre cours à leur inspiration pour concevoir ce toit aérodynamique très caractéristique et les poignées affleurantes.


La confortable assise exige une position ramassée, mais on n’est pas aussi à l’étroit que dans la plupart des autres supercars.

C’est très certainement la seule voiture au monde avec laquelle un amateur peut rouler aussi vite, très très vite. 

C

osworth. Ferrari. Renault. En douze ans de Formule 1, la Scuderia Toro Rosso a roulé avec trois moteurs différents, et ils avaient tous une chose en commun : disponibles dans le commerce, ils étaient donc loin d’être à la pointe de la technologie. Des moteurs standard. Impossibles à intégrer parfaitement à la voiture. Et l’écurie junior de Faenza, en Émilie-Romagne, n’a jamais bénéficié d’un soutien d’usine, pas même lors de la sensationnelle victoire de Sebastian Vettel à Monza en 2008. Une performance parmi d’autres qui reflète l’excellence du travail accompli par la petite bande sous la direction de Franz Tost. De Vettel à Ricciardo, en passant par Verstappen et Sainz, c’est ici que de jeunes pilotes ont atteint le top de leur catégorie. En 2018, ce travail est enfin récompensé, puisque Toro Rosso devient une véritable équipe d’usine pour la première fois de son histoire. Et s’il y en a un qu’il faut remercier – indirectement – pour cela, c’est bien Fernando Alonso, qui n’est pas étranger à THE RED BULLETIN 

l’abandon par son écurie, McLaren, du moteur Honda, pas assez puissant et pas assez fiable au goût de l’Espagnol. Mais il y a une chose qui a peut-être échappé au champion du monde 2005 et 2006 : les progrès considérables accomplis par Honda au cours de l’année précédente. Selon certains, le moteur Honda serait déjà aussi puissant et aussi fiable que le moteur Renault qui a accompagné Toro Rosso en 2017. Ce ne serait pas la première fois que Honda aurait eu besoin d’un peu de temps pour être au top. Entre 2006 et 2008, Honda a son propre team. Cependant, les victoires se faisant attendre, le siège décide de revendre l’ensemble de l’écurie. Elle sera rachetée par Ross Brawn, le directeur technique, qui récupère par là même la monoplace dont la construction est achevée. En 2009, l’écurie termine championne du monde avec Jenson Button. La Honda n’est toutefois plus estampillée Honda, mais « Brawn GP ». Et c’est ainsi qu’à force d’impatience, Honda a laissé passer sa chance. L’année suivante, l’équipe est rachetée par Mercedes. C’est donc dans l’ancienne usine Honda que se forgeront dès lors les titres de champion du monde de la marque à l’étoile.   49


Honda est le plus grand fabricant de ­moteurs au monde et a fait de Senna et de Prost des champions du monde de F1. La Honda NSX vue du ciel : le constructeur précise ­sobrement que le passage de 0 à 100 km/h se fait « en moins de trois secondes ».


Depuis le Roadster S2000 de 1999, Honda a lancé une tradition : pour démarrer, plus besoin de clé, juste un bouton Start Engine à pousser.

On peut donc partir du principe que cette fois-ci, Honda fera preuve de la patience nécessaire qui lui permettra de récolter une bonne fois pour toutes les fruits de son retour en tant que motoriste en 2015. Quant à Toro Rosso, ce partenariat avec ­Honda leur donne pour la première fois la possibilité d’accéder gratuitement au sur-mesure au lieu de devoir se plier aux ­exigences d’un fabricant de moteurs. Honda est le plus grand fabricant de moteurs au monde et a fait d’Ayrton Senna et d’Alain Prost des champions du monde de Formule 1, tout comme Mick Doohan et Marc Márquez en ­MotoGP. Nul doute que Honda réussira à maîtriser la technologie hybride complexe du moteur de F1. Et en attendant, ils ont déjà réussi à concevoir la supersportive la plus phénoménale du moment : la NSX.

D

ans le stand n°30 du Red Bull Ring, nous attend un muscle car de seulement 120 centimètres, aux quatre moteurs, à commencer par un V6 de 507 chevaux à l’arrière. Ce dernier est directement secondé par un moteur électrique de 48 chevaux destiné à booster le moteur essence à bas régime. C’est le côté élégant des hybrides : de par sa conception, un moteur électrique sera d’autant plus puissant à bas régime. Pour les moteurs à combustion, c’est exactement l’inverse. En associant ces deux types de motorisation, on obtient de la puissance à tous les régimes. La voiture étant déjà équipée d’une infrastructure électrique à batteries centrales intégrées, c’est sur le train avant que sont venus se greffer deux moteurs électriques auxiliaires de 37 chevaux. C'est donc une transmission intégrale. D’un point de vue technique, c’est tout aussi prodigieux et compliqué que cela en a l’air. Mais ce qui est encore plus compliqué, c’est de rendre accessible quelque chose de compliqué. Maîtriser 600 chevaux sous le capot n’est pas donné à tout le monde. Le risque de se planter dès le démarrage est assez élevé. Mais pas avec la Honda NSX. Elle est équipée d’une boîte de vitesses à neuf rapports et fonction automatique. En mode « Quiet », on roule principalement en électrique comme avec n’importe quelle voiture électrique lambda. Silence impressionnant, avec un petit côté fantomatique. THE RED BULLETIN 

L’aérodynamisme de la NSX est extrêmement efficace, sans être ostentatoire. Pas besoin d’un énorme spoiler pour générer de la déportance sur cette auto.

Mais la NSX n’a pas dit son dernier mot. On tourne le gros bouton argenté sur la console centrale : mode « Sport+ ». Il y a des gens qui ne sont plus du tout les mêmes dès qu’ils sont sous le feu des projecteurs. Leur transformation est totale : posture, voix, mimiques, regard. La NSX est comme ça. Pour peu qu’on lui en donne l’occasion, elle devient une vraie bête de scène. Et le passage de 0 à 100 km/h, dont le constructeur précise sobrement qu’il se fait « en moins de trois secondes », ne perd en rien de sa ­vigueur. Mû par un système de propulsion complexe, l’aileron blanc file sur le Spielberg selon une trajectoire parfaitement linéaire qui ne nous donne même pas envie de nous offrir quelques frissons. Le compteur de vitesse digital affiche 235 km/h en trois points du circuit : avant les virages OMV, ­Remus et Rauch. Les données télémétriques de la Formule 1 ont enregistré une vitesse maximale d’à peine 100 km/h de plus en ligne droite pour 2017. D’autant plus impressionnant quand on sait qu’un moteur de ­Formule 1 doit faire avancer un poids de 772 kg, pilote inclus, tandis que pour les quatre moteurs de la NSX, pilote inclus ­également, cela se monte à 1,9 tonne. Encore plus spectaculaire : dans le virage étroit de Remus, la Honda ­affiche un peu moins de 70 km/h, quand la F1 est juste en-­dessous des 90 km/h. Mais comment fait-on pour passer de 235 à 70 km/h en 120 mètres et pour trouver très précisément le point de ­braquage ? La réponse, c’est du grand art : sûr, prévisible et spectaculaire. La NSX conserve toute sa stabilité, c’est comme si la direction lisait dans nos pensées, et dès que l’on rappuie sur l’accélérateur, on sent la voiture se placer subtilement sur une trajectoire parfaite sous l’impulsion des deux moteurs du train avant. Et sans crier gare, la force centrifuge est telle qu’on en a les joues qui se ­décollent. C’est très certainement la seule voiture au monde avec laquelle un amateur peut rouler aussi vite. Très très vite. Au bout de quelques tours à pleine vitesse, notre concentration et notre propension à freiner commencent cependant à faiblir, et on est de retour aux stands – en électrique, sans le moindre bruit. Le Red Bull Ring est désert, mais dans le stand n°30, quelques enfants nous attendent et nous réclament même un autographe. Mais pourquoi ? C’est la voiture qui assure, pas le pilote. Désolé, les petits gars ! scuderiatororosso.redbull.com   51


BRIAN CARLIN/VOLVO OCEAN RACE

Le départ de la Volvo Ocean Race 2017-2018 a été donné à Alicante, en octobre dernier.


VOLVO OCEAN RACE

« IL FAUDRAIT ­VRAIMENT ÊTRE FOU…   53


BRIAN CARLIN/VOLVO OCEAN RACE

Ici avec l’équipe Turn the Tide on ­Plastic, frappée par une vague le 4 janvier 2018 dans le Pacifique Sud.


… POUR NE PAS AVOIR LA TROUILLE » Le skipper britannique IAN WALKER a remporté en 2015 la Volvo Ocean Race, la course à la voile la plus difficile au monde. Et en 45 000 milles ­marins, il en a appris pas mal sur la vie. Texte MAX SPRICK   55


« DANS L’ÉQUIPE, ON PARLE OUVERTEMENT DE NOS ERREURS. ET ON SE RECONSTRUIT LES UNS LES AUTRES. »

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es vagues hautes comme des immeubles, causées par des tempêtes qui feraient passer à tout homme sain d’esprit l’envie de mettre un pied dehors. Un froid glacial qui fait geler les embruns sur la peau. Et le jour d’après, un grand soleil, une mer d’un calme plat, pas la moindre petite brise à l’horizon. La Volvo Ocean Race est considérée comme la plus difficile des courses à la voile autour du monde. Tous les trois ans, les voiliers quittent l’Europe pour l’océan Atlantique, longent ensuite le cap de Bonne-Espérance, puis se lancent à l’assaut de l’océan Indien dans le ­Pacifique Sud, avant de contourner le cap Horn pour remonter jusqu’en Amérique du Nord et enfin, retourner en Europe. Il leur faudra huit mois au total pour ­accomplir les 45 000 milles marins (environ 84 000 km) répartis en plusieurs étapes. Le vainqueur ne reçoit aucune récompense financière – et pourtant, tous les navigateurs professionnels rêvent de 56  



voir un jour leur nom gravé sur l’un des anneaux d’argent du trophée de la course. Depuis la dernière Volvo Ocean Race en 2015, le nom de Ian Walker est venu s’ajouter aux autres. En 1996 et en 2000, le Britannique a remporté l’argent aux JO, avant de participer à la Coupe de l’America ainsi qu’à sa première Volvo Ocean Race en 2008. Ses expériences en haute mer l’ont profondément marqué. C’est ce dont il nous parle aujourd’hui.

Un danger de mort permanent

« Je n’oublierai jamais ma première tempête dans l’océan Austral. C’était ma première Volvo Ocean Race, la première étape en direction du Cap. Je suis monté sur le pont pour prendre mon quart. Le vent soufflait à 40 nœuds et déversait des tonnes d’eau sur le pont, le bateau se soulevait et s’enfonçait, et je me disais que c’était un truc de malade. Nous avons fait tout notre possible pour garder le contrôle du bateau. N’importe quel navigateur sain d’esprit aurait tout fait pour se sortir de la tempête. Mais nous, nous sommes restés en plein dedans afin

de prendre le plus de vent possible dans la voile. Quand j’ai dû prendre la barre, je n’étais pas sûr d’en être réellement capable. Mais en tant que skipper, je ne pouvais pas dire : “Désolé, les gars, je flippe trop.” Alors, je me suis concentré sur ma respiration et sur mon rythme cardiaque pour me calmer. Et j’ai pris la barre. Il faudrait vraiment être fou pour ne pas avoir la trouille. En haute mer, ce qui fait peur, c’est l’inconnu. Les tempêtes, l’obscurité. Nous naviguons souvent à 30 nœuds dans une nuit noire d’ébène, nous n’avons pas de phares et aucun moyen de voir ce qu’il y a devant nous. Parfois, on se surprend à se dire : “Mais qu’est-ce que je fous là ?” Ce que nous faisons est bien plus dangereux que ce que la majorité des gens font pour gagner leur vie. Mais on est entraînés à ça, on est parfaitement équipés et on ne plaisante pas avec la sécurité. Dieu merci, il n’est encore jamais rien arrivé à un membre de mon équipe. On ne peut pas tout le temps penser à ce qui pourrait arriver, sinon on péterait les plombs. La voile, pour moi, c’est comme la conduite automobile : il y en a qui foncent sur les routes à 150 km/h sans avoir peur qu’un pneu éclate ou qu’une autre voiture a ­ rrive en face. C’est la même chose pour la voile : on s’habitue au danger de mort et avec le temps, on apprend à ne plus trop y penser. »

Motiver son équipe à dépasser ses limites jour après jour

« Chaque minute où on ne dort pas doit être mise à profit pour la poursuite de notre objectif commun. C’est un avantage de la Volvo Ocean Race : quand on participe, on a forcément envie de gagner. Dans la vie active, les gens ont des objectifs différents. Certains font leur travail par devoir, tandis que d’autres veulent à tout prix faire carrière. À bord, on a tous un seul et même objectif, et non des moindres. C’est cette motivation fondamentale que j’attends de la part de mon équipe. Je ne supporte pas les gens THE RED BULLETIN

MATT KNIGHTON/ABU DHABI OCEAN RACING/VOLVO OCEAN RACE, AMORY ROSS/VOLVO OCEAN RACE, KONRAD FROST/VOLVO OCEAN RACE

Ian Walker, 48 ans, a remporté en 2015 la dernière édition de la Volvo Ocean Race avec l’équipe Abu Dhabi.


Calme relatif : l’équipe Vestas au lever du soleil sur l’étape Sydney-Hong Kong.

Sous le pont : le ­skipper David Witt (équipe Sun Hung Kai) en plein rapport de positions.


« CERTAINS NE JURENT QUE PAR LA MUSIQUE POUR S’ENDORMIR. POUR MOI, LE MOYEN LE PLUS EFFICACE, C’EST ­L’ÉPUISEMENT.  »

Manger, c’est indispensable pour avoir de l’énergie, et quand on manque d’énergie, c’est toute l’équipe qui en pâtit. En outre, l’entraînement est décisif. Nous nous sommes entraînés pendant six mois, et ça a parfois été encore plus dur que la course en elle-même. Il n’y a pas l’excitation et la pression de la compétition, mais il faut quand même se donner à fond jour après jour. Et cela va de soi, le repos joue aussi un rôle essentiel dans tout ça. »

qui n’essaient pas de donner le meilleur d’eux-mêmes. Nous travaillons sur des périodes de quatre heures, quatre heures sur le pont, puis quatre heures de pause. À bord, tout le monde est fatigué en permanence, on a tout le temps faim et on est soumis à une pression énorme. Dans une telle situation, on pourrait tout à fait s’attendre à ce que ça parte en cacahuète. Sur mes bateaux, ça n’est arrivé qu’une seule fois. Deux membres de l’équipe se sont battus. En tant que skipper, je dois essayer de faire disparaître les différends et montrer la voie à suivre. Et si cela ne fonctionne pas, je dois éliminer la source de ces tensions. Au port suivant, j’en ai débarqué un des deux. »

Comment se repose-t-on dans des situations extrêmes ?

Comment être un bon leader ?

« CONSEIL AUX ­LEADERS : NE DEMANDEZ PAS À VOS GARS DES CHOSES QUE VOUS NE FERIEZ PAS VOUS-MÊME. »

« Je ne pense pas qu’il n’y ait qu’une seule manière de faire, chaque skipper a son style. Personnellement, je montre l’exemple, je ne demande pas à mes gars des choses que je ne ferais pas moi-même. Et je les incite à se concentrer sur l’essentiel : la ponctualité, des standards élevés, travailler plus dur que les autres – et assumer consciencieusement toutes leurs tâches, même les plus ingrates. Comme briquer le pont, par exemple. Je trouve cela extrêmement important d’écouter mes gars, je prends leurs commentaires très à cœur, cela me permet de réfléchir sur ce que je fais de bien et de moins bien. Un bon leader doit être en mesure de prendre des décisions. Même si ce n’est pas toujours facile. »

Comment gère-t-on les erreurs ?

« On dit toujours : “On apprend plus de ses défaites que de ses victoires.” Mais pour apprendre, il est aussi crucial d’avoir un regard honnête sur ses performances. Après avoir participé deux fois à la course sans résultat, nous nous sommes assis autour d’une table pour établir un plan d’action. Bien sûr, on ne peut pas planifier une victoire parce que la météo reste imprévisible, mais on peut optimiser la gestion des risques. L’objectif étant de s’exposer le moins possible aux éléments pouvant entraver notre victoire. Tout le monde fait des erreurs et, en haute mer, n’importe quelle erreur, si petite soit-elle, peut être fatale. Comme quand on expose sa voile à la tempête, par exemple, on risque de casser le mât ou de faire passer un membre de l’équipage par-dessus bord, c’est ce qui peut arriver quand on prend des risques inconsidérés. Quand quelque chose se passe mal, on se reconstruit les uns les autres, on parle de nos erreurs et de la manière de les éviter à l’avenir. Mais ça ne veut pas non plus dire qu’il faut faire le fanfaron quand tout se passe bien. Il faut savoir rester humble et se concentrer sur son objectif. J’ai toujours eu cette envie irrépressible de prouver que j’étais capable de gagner cette course. Quand j’ai gagné, l’une de mes premières phrases a été : “Dieu merci, je n’aurai plus jamais besoin d’y participer.” »

« À première vue, dormir dans les couchettes, cela semble impossible. Les parois ne sont pas isolées, il y a un bruit pas possible, il fait très froid et la houle te fait tomber de ton “lit”. Quand on a de la chance, on arrive à dormir deux heures d’affilée. Certains ne jurent que par la musique et les sagas audio pour s’endormir. Pour moi, le moyen le plus efficace, c’est l’épuisement. On en arrive à un point où on s’endort instantanément, peu importe qu’on soit balancé dans tous les sens. On n’a pas le choix de toute façon – le corps réclame sa dose de sommeil. »

Suivre la course en ligne : Instagram @volvooceanrace

Le tour du monde en huit mois : le trajet de la Volvo Ocean Race 2018 Jusqu’au 30 juin, sept équipages s’affronteront sur les mers et les océans de la planète. Toutes les infos et le suivi en direct sur volvooceanrace.com

11 10 12

Quel est le secret pour gagner la Volvo Ocean Race ?

« Là aussi, tout repose sur des basiques. Il faut manger et boire suffisamment, c’est essentiel. Faire attention de ne pas se blesser. Être en bons termes avec ses coéquipiers. Se tenir chaud quand ça caille et se rafraîchir quand la chaleur est insupportable. Il nous est déjà arrivé de perdre dix kilos chacun pendant une course. Maintenant, nous prenons notre alimentation très au sérieux – c’est une règle stricte, chacun doit veiller à ce que les autres mangent bien à chaque repas. 58  



9

2 1 65

8

3

1 Alicante 2 Lisbonne

4

3 Le Cap 4 Melbourne

5 Hong Kong 6 Guangzhou

7

7 Auckland 8 Itajaí

9 Newport 10 Cardiff

11 Göteborg 12 La Haye

THE RED BULLETIN


Sur le toit du Tyrol : les aventuriers alpins de 1971, en route vers Livigno, Italie. De gauche à droite : Hans Mariacher, Hansjörg Farbmacher et Klaus Hoi. Au fond : l’Ortles (3 905 m).

LA LIGNE ROUGE

RAX

Texte SIMON SCHREYER  Photos KLAUS HOI

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THE RED BULLETIN


Fin de l’hiver 1971. Quatre Autrichiens se lancent dans une aventure unique et sans précédent (jusqu’à maintenant) : la traversée à ski de la chaîne principale des Alpes. Ils graviront les sommets les plus hauts et les plus impressionnants de Vienne à Nice et parcourront en 40 jours près de 2 000 km pour 80 510 mètres de dénivelé positif. En mars 2018, des sportifs vont tenter de reproduire et de battre le record de cette randonnée à ski qui reste la plus longue de toute l’histoire de l’alpinisme : les sept athlètes internationaux sont dans les starting-blocks pour Red Bull Der Lange Weg. Et ne savent pas ce qui les attend. NICE

DU RAX STYRIEN À LA RIVIERA FRANÇAISE

Le trajet de Red Bull Der Lange Weg est le même que celui de l’équipe de 1971. Les sommets les plus marquants des Alpes se traversent skis aux pieds.

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Les membres de l’expédition de 1971 : Hansjörg Farbmacher, Hans Mariacher et Robert Kittl lors de la descente du mont Viso (3 810 m) dans le nord-ouest de l’Italie. Les températures élevées pour la saison maintinrent le risque d’avalanche au maximum.

La route du soleil : Mariacher, Farbmacher et Kittl, peu avant d’atteindre le sommet du Sonklarspitze (3 463 m) dans les Alpes orientales centrales de Stubai, entre l’Autriche et l’Italie.

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THE RED BULLETIN


L’équipe de 1971

Quatre montagnards rodés et un ­logisticien. Ces cinq hommes ont écrit l’histoire de l’alpinisme. ROBERT KITTL

«T

rois jours et trois nuits de neige sans interruption. Un vent violent souffle à l’horizontale sur le côté exposé des arbres et sur les hauteurs si propices aux avalanches. La neige nous fouette le visage en permanence », note Robert Kittl dans son journal en date du 28 mars 1971. Kittl (1934–2008) est un solide gaillard, un jusqu’au-boutiste et un amoureux de la nature. Guide militaire de haute montagne, ­l’Autrichien de 37 ans est à l’initiative d’un incroyable défi : la ­traversée à ski de la chaîne principale des Alpes. Le parcours, qui va d’est en ouest, passe par les sommets les plus hauts et les plus impressionnants des Alpes. Ce tracé n’a encore jamais été parcouru d’une seule traite à ski, même si certains prédécesseurs en ont déjà accompli quelques tronçons. Dans les années 1920, Ottorino Mezzalama part de Turin à la conquête d’un hypothétique Sentiero del Duemila (trad. le sentier des deuxmille, en référence aux 2 000 km qu’embrasse l’arc alpin). Puis, il y a la tentative de Walter Bonatti en 1956. Alpiniste d’exception en son temps, Bonatti suit toutefois le versant sud de la chaîne de montagnes, et pour lui, cette randonnée à ski de deux mois effectuée de la Slovénie jusqu’aux Alpes du Sud aux côtés de Lorenzo Longo et de deux autres compagnons, s’apparente plus à une promenade de santé. Kittl reprend cette idée et la transpose aux plus hauts sommets des Alpes, tant qu’à faire. Le défi consiste alors à déterminer s’il est possible de suivre un tracé aussi long à ski. Une sorte de chemin de Saint-Jacques de Compostelle en version ski-alpinisme, s’étendant d’une extrémité des Alpes à l’autre : du Wienerwald aux Alpes-Maritimes. En 1971, le facteur temps n’entre pas en ligne de compte, Kittl et ses compagnons estiment seulement qu’il leur faudra huit ­semaines. L’entreprise est non seulement un défi sportif de très haut niveau, mais elle a aussi une forte valeur culturelle. Le ski est le mode de déplacement le plus répandu et le plus emblématique dans la chaîne de montagnes centrale de l’Europe. Donc, quoi de mieux que de traverser l’ensemble de l’espace culturel des Alpes à ski ? La petite équipe est secondée par Alois Schett qui les retrouve aux points de rendez-vous convenus au volant du bus de ravitaillement et se charge d’organiser les hébergements en chalet et dans les locaux d’hiver des refuges. Téléphones portables, GPS, Google Earth, prévisions météo calculées par ordinateur, ski de randonnée moderne, tout cela ­relève encore de la science-fiction en 1971. Les skis de nos pionniers sont des commandes spéciales réalisées par l’entreprise Fischer : il s’agit de skis de fond en plastique, légèrement plus larges que la normale, avec des carres en aluminium et des peaux de phoque non collantes. Aux pieds, les athlètes sont équipés de chaussures de randonnée en cuir Rottefella avec un bec de canard sur le devant. C’est donc en télémark qu’ils accompliront le p ­arcours. Pour se réchauffer et se redonner des forces, les conquérants des Alpes emportent avec eux de très grands ­thermos de thé au miel et à l’hibiscus.

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Guide militaire de haute montagne, il est l’initiateur et l’organisateur de l’expédition. Il sait motiver ses troupes, et a soif de nouveaux horizons. Il fut directeur du centre d’entraînement de l’école militaire d’Ebelsberg, il meurt en mai 2008 à l’âge de 74 ans lors d’un accident sur le Dachstein.

KLAUS HOI

À 75 ans, Hoi est l’un des ­alpinistes les plus expérimentés d’Autriche. Ex-responsable de formation de l’association des guides de montagne et moniteurs de ski d’Autriche, ce spécialiste des faces nord au palmarès impressionnant a ouvert un grand nombre de voies difficiles sur le Dachstein.

HANSJÖRG FARBMACHER

Originaire du Tyrol, ­Farbmacher commence par se faire un nom en

tant que skieur de fond, avant de se spécialiser dans le biathlon. Entre 1963 et 1975, il participe à plusieurs Coupes du monde, ainsi qu’aux JO d’hiver d’Innsbruck. ­Policier de profession, il meurt à Sistrans en 1982, à l’âge de 41 ans.

HANS MARIACHER

Né en 1937 à Virgen, dans le Tyrol oriental, ­Mariacher est alors guide militaire de haute montagne et sous-officier.

ALOIS SCHETT

Né en 1937 à Villgraten, dans le Tyrol oriental, Schett s’occupe du ravitaillement de l’équipe lors de la traversée des Alpes au volant de son combi VW qui fait alors office de camp de base mobile. Ce guide militaire de haute montagne et sous-lieutenant s’illustre pendant l’aventure par ses talents de logisticien et sa bienveillance.

De gauche à droite : Farbmacher, Mariacher, Kittl, Hoi et Schett, peu avant le départ de l’expédition.

Vintage : c’est avec ces skis de fond que nos 4 Autrichiens se frayèrent un passage dans les Alpes en 1971.

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« Nous sommes comme des coureurs de haies dans un espace infini et sans ­aucune notion du temps. » KLAUS HOI, membre de l’équipe 1971 C’est le 21 mars 1971 que nos hommes se lancent au départ du ­Knappenhof à Reichenau an der Rax. Ils prennent tout d’abord la direction du Tauernpass, qu’ils atteindront six jours après. Leur périple les expose à toutes sortes de dangers, des avalanches aux flancs verglacés, en passant par les cartes obsolètes qui les mènent plus d’une fois dans des gorges impraticables ou au-devant de barrages infranchissables, sans oublier une météo qui inciterait le plus prosaïque des athées à se mettre à la prière. Mais nos quatre militaires de carrière ne se laissent pas abattre. « Inlassablement, nous marquons de nos traces les montagnes de la chaîne principale des Alpes, se rappelle Klaus Hoi dans ses enregistrements, nous sommes comme des coureurs de haies dans un espace infini et sans aucune notion du temps. » Ils arrivent au Großglockner (3 798 m) le 31 mars, mais ne peuvent malheureusement pas se rendre au sommet en raison de conditions météo défavorables. Pas équipés pour la glace, les quatre pionniers n’ont aucune chance sur les flancs verglacés balayés par la tempête. Ils passent ensuite par Matrei et Sankt Jakob dans la Valle Aurina, puis par Sterzing et Livigno. Le 8 avril, notre quatuor s’attaque au piz Palü (3 900 m) en Suisse. Un tronçon qui réserve aussi son lot de galères. Extrait du journal de Kittl : « À nos pieds, la descente vers Predoi en Italie. Je suis doucement la pente à coup de timides virages serrés. Je ne la vois pas, je la devine à peine… D’un coup, je réalise : c’est sur la glace raide d’un glacier que je suis en train de descendre ! Devant moi, c’est un pan de glace immaculé qui émerge du brouillard. Je hurle à mes camarades de changer de direction. Tenir sur de la glace à 45 degrés en ski de fond, impensable. Je ne sais même pas comment j’arrive à faire des

Farbmacher, Kittl et Mariacher au sommet de la corne accidentée du Rheinwaldhorn (3 402 m) en Suisse.

Farbmacher (à gauche) et Kittl dans le brouillard ­enveloppant l’Ankogel, en Carinthie (Autriche).

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THE RED BULLETIN

Col du Lunghin, 2 645 m

Piz Palü, 3 900 m

Col de Livigno, 2 315 m

Col du Stelvio, 2 758 m Piz Umbrail, 3 033 m

Sluderno, 883 m

Weißkugel, 3 739 m

Sonklarspitze, 3 463 m

St. Jakob-Lappach, 1 436 m Großer Möseler, 3 480 m

Dreiherrnspitze, 3 499 m

Kalserhöhe, 2 434 m

Hoher Sonnblick, 3 105 m Heiligenblut, 1 288 m

Böckstein, 1 100 m

Schmalzscharte, 2 444 m

Radeckscharte, 2 874 m

Taferlnock, 2 374 m

Seekarscharte, 2 022 m

Greifenbergsattel, 2 463 m Untertalbach, 869 m

Mödlinger Hütte, 1 523 m

Trawiessattel, 1 785 m

Hohe Veitsch, 1 981 m

Reichenau an der Rax Biskogel, 1 928 m

Illustration MANDY FISCHER

Biberwierer Scharte, 2 000 m

Le trajet de 2018 est calqué sur celui de 1971.

Passo di Valle Alpisella, 2 285 m

Des sommets à gravir


La caravane des Alpes en chiffres

Altitude, météo, ­distances, et temps écoulé… en 1971.

40

1 917

0

48

jours, c’est la durée de l’aventure : du 21 mars au 29 avril 1971.

virages. Un centimètre après l’autre, je me déplace horizontalement sur la glace en appuyant comme un forcené sur les carres. Tout à coup, je me sens glisser, je m’enfonce de plus en plus vite dans le brouillard et le vide en dessous de moi. C’est la fin... Puis, je ressens une douce pression. Un monticule de neige a stoppé ma chute. » Après avoir fait halte dans les stations de sport d’hiver de Saas-Fee et de Zermatt, les alpinistes mettent le cap huit jours plus tard sur la plus haute montagne de Suisse et le deuxième plus haut sommet des Alpes : la pointe Dufour (4 634 m) dans le massif du mont Rose, à la frontière italienne. Et quatre jours plus tard, Kittl, Hoi, Farbmacher et Mariacher se tiennent au sommet du point culminant de leur ­traversée des Alpes, le mont Blanc (4 810 m). Robert Kittl : « Une montagne majestueuse, qui inspire la sérénité et l’allégresse ; comme si elle n’avait jamais été témoin de véritables tragédies humaines. Le mauvais temps dans les Alpes autrichiennes, je considère un peu ça comme la référence de notre valeur athlétique maintenant, et suis certain que le chemin qu’il nous reste à parcourir pour atteindre la mer ne sera pas aussi difficile que ça. » Le chef de l’expédition se trompe : « Sur la traversée qui mène au refuge G ­ onella, je laisse passer deux avalanches et j’échappe de peu à la catastrophe. Nous nous réfugions dans l’abri bivouac, nous sentant pris au piège. Des avalanches risquant de se déclencher de toutes parts. La gelée du matin venue, nous serons de nouveau en sécurité. »

kilomètres, c’est la distance parcourue par nos intinérants, à pied et à ski.

kilomètres, c’est la distance moyenne ­parcourue par jour.

jour de repos.

415,5 heures de marches.

80 510

10 h 18

mètres de ­dénivelé positif au total.

heures de marche ­quotidienne en moyenne.

2 173

81

mètres de ­dénivelé par jour en moyenne.

kilomètres. Ce fût la plus longue étape entre ­Châteaudauphin et Entracque (­Italie), elle a duré 15 heures.

« Tout à coup, je me sens glisser, je m’enfonce de plus en plus vite dans le brouillard et dans le vide en dessous de moi. »

10

jours de très mauvais temps, 9 jours de ­mauvais temps et 21 jours de beau temps.

THE RED BULLETIN 

Nice

Col Saint-Roch, 991 m

Colle delle Finestre, 2 178 m

Colle del Mulo, 2 527 m

Monte Morfreid, 2 495 m

Col de Valante, 2 815 m

Col des Thures, 2 194 m

Col des Trois Frères Mineurs, 2 586 m

Col de Bramenette, 2 860 m

Refuge du Col du Palet, 2 600 m Col de la Leisse, 2 761 m

Col de la Seigne, 2 516 m

Mont Blanc, 4 810 m

Col du Malatra, 2 925 m

Fenêtre de Durand, 2 797 m

Tête de Valpelline, 3 802 m Col de l’Évêque, 3 392 m

Glacier du Gorner, 2 200 m

Pointe Dufour, 4 634 m

Britanniahütte, 3 030 m

Zwischbergenpass, 3 268 m

Orognapass, 2 461 m

Scatta Minoia, 2 599 m

Bedretto, 1 402 m Col de San Giacomo, 2 313 m

Passo del Tonale, 1 884 m

Rheinwaldhorn, 3 402 m Aquila, 779 m

ROBERT KITTL, chef de l’équipe 1971

  65


Les Autrichiens passent par le col de la Seigne (2 516 m), BourgSaint-Maurice et Châteaudauphin avant d’atteindre – épuisés, mais sains et saufs – la commune de Contes aux portes de Nice le 29 avril 1971. L’équipe arrive ainsi avec deux semaines d’avance sur son planning de départ. Les jours suivant leur arrivée, ils ont droit aux retrouvailles tant attendues avec leurs femmes, ainsi qu’à une cérémonie de bienvenue de la part de la fanfare militaire de Nice et à une démonstration d’escalade sur les falaises abruptes des célèbres Calanques.

Klaus Hoi casse la glace du Großglockner pour y faire des marches. Ils ont dû renoncer à ce sommet.

S

aut dans le temps : en mars et en avril 2018, les athlètes du Red Bull Der Lange Weg comptent suivre au plus près les traces de leurs prédécesseurs de 1971 (aventure des sommets jamais renouvelée depuis). Sept alpinistes d’exception venus des quatre coins du monde, dont trois femmes, ont été sélectionnés pour ce projet. Ils ont au moins déjà entendu parler les uns des autres, mais ne sont jamais partis en expédition tous ensemble. Leur point commun ? L’amour de la montagne et une véritable passion pour les défis hors du ­commun. Pour que le projet soit une réussite, il faut au moins que quatre d’entre eux rallient Nice en moins de 41 jours. Pour commencer, l’équipe du Red Bull Der Lange Weg prévoit de suivre le parcours initialement imaginé par Robert Kittl qui ­incluait le massif mort et le Dachstein. À l’époque, les pionniers avaient dû se rabattre sur un itinéraire plus au sud en raison d’une violente tempête de neige. Et l’ascension du Großglockner jusqu’au sommet, que les pionniers n’avaient pas pu effectuer, est également au programme. À moins que la météo ne vienne encore jouer les trouble-fête. En effet, ils n’auront pas le loisir d’attendre que le temps s’améliore. Afin de résister à la fatigue, les participants doivent avoir certaines prédispositions. À l’image de Janelle Smiley : « J’aime souffrir. Je suis douée pour ça. »

« Le projet est l’essence même de cette aventure. » MARK SMILEY, membre de l’équipe 2018 Le règlement du Red Bull Der Lange Weg stipule que tous les membres de l’équipe devront être réunis au départ et à l’arrivée de chaque étape. C’est un point essentiel. Et c’est ce qui transforme une compétition potentielle en une expédition où la dynamique de groupe et l’empathie de chacun seront mises à rude épreuve. Mais foncer bille en tête parce qu’on est au top de sa forme et de sa motivation, ce n’est pas forcément une bonne idée d’un point de vue logistique. Klaus Hoi de l’équipe de 1971 : « Cela ne sert à rien d’aller au-delà de l’arrivée de l’étape du jour, parce qu’en fin de journée, on se retrouvera forcément en pleine nature, là où le bus de ravitaillement ne pourra plus nous suivre. Les membres de l’équipe doivent donc se répartir les étapes harmonieusement et chacun doit les respecter à la lettre. Moi, en tant que participant, je me demandais surtout : qu’est-ce qui nous attend demain ? Quelles sont les difficultés de cette étape ? Et comment réussirai-je à les surmonter ? » Originaires de cinq pays différents, les sept athlètes de cette aventure à ski devront avant

66  



Alois Schett (à droite) et le camp de base sur 4 roues. Farbmacher et Mariacher se réchauffent au soleil.

Faits et chiffres sur Red Bull Der Lange Weg

Connaissez-vous le règlement ? Quel matériel les participants sontils a ­ utorisés à emporter ?

1 2

Départ : 17 mars 2018, Edlach an der Rax.

Tous les sommets et lieux traversés par l’équipe de 1971 sont au programme.

3

Les athlètes seront suivis par un véhicule d’assistance transportant le matériel et le ravitaillement (comme en 1971). Les alpinistes ne sont toutefois pas autorisés à utiliser des moyens de transport comme les remontées mécaniques, les téléphériques ou l’hélicoptère.

4

Les membres du groupe ne sont pas obligés de rester ensemble pendant l’étape. Mais ils doivent être tous réunis au départ et à l’arrivée de chaque étape.

5

Les membres de l’équipe sont seuls responsables de leur ­sécurité et des décisions à prendre en ce sens.

6

En tout, ils sont ­autorisés à parcourir un maximum de 64 kilomètres en voiture (comme en 1971).

7

Les membres de l’équipe ont le droit (comme en 1971) d’utiliser du matériel de pointe.

8

Les membres de l’équipe peuvent remplacer leur matériel à tout moment auprès du véhicule d’assistance.

9

Les membres de l’équipe doivent porter eux-mêmes le matériel et les provisions nécessaires à chaque étape.

10

Si l’objectif n’est pas atteint en 40 jours, les responsables du projet pourront mettre un terme à l’entreprise.

11

Pour que le projet soit une réussite, il faut au moins que quatre des sept athlètes rallient Nice en moins de 41 jours.

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Les challengers : 2018

Triathlon, alpinisme, trail : ce que les participants ont fait avant la ­traversée des Alpes. BERNHARD HUG, 44 ANS (SUISSE)

Spécialiste de course en montagne, trail et triathlon, Hug participe à 20 Ironman et termine dans le top 10 de plusieurs Coupes du monde de raid aventure. Hug est responsable de la section ski-­ alpinisme de haut niveau dans le Club alpin suisse.

TAMARA LUNGER, 31 ANS (ITALIE)

En ski-alpinisme, elle remporte le championnat italien à deux reprises. En ultra-trail, elle gagne la course Transalpine-Run avec Annemarie Gross (2014). À son palmarès : l’ascension du K2, du ­Manaslu et du Lhotse.

toute chose tenir compte de leurs différences personnelles et culturelles. À l’image de l’Italienne Tamara Lunger, qui évoque un de ses traits de caractère avec un sourire désarmant : « Mon point faible, c’est très certainement mon manque de patience. » Sans parler de son ambition démesurée, en témoigne son parcours jalonné ­d’ultra-trails et autres ascensions de 8 000 m. « C’est seulement pendant l’aventure que l’on saura ce que chacun des participants peut apporter à l’équipe », d’après Heli Putz. Originaire de Bad G ­ oisern, l’organisateur à l’initiative du projet est féru de montagne et de psychologie. C’est ça, le fil rouge du Red Bull Der Lange Weg : inciter les autres membres de l’équipe à donner le meilleur d’eux-mêmes en conservant une ambiance de camaraderie. Après tout, la cohésion était déjà l’élément clé de l’expédition de 1971. Extrait du journal de Robert Kittl de l’époque : « Mes compagnons dorment – et à leur pensée, la tempête au-dehors perd de son importance. Notre camaraderie et notre volonté commune forment un tout qui ­résiste aux tempêtes et nous permet de voir clairement notre ­objectif. Nous n’allons pas éviter les difficultés, mais y faire face. »

Ce trailer et ski-alpiniste termine 2e de la Südtirol Ultra Skyrace 2017 et du championnat Jennerstier, à Berchtesgaden. Photographe et réalisateur de talent, il immortalisera la traversée des Alpes 2018.

JANELLE SMILEY, 36 ANS (USA)

Triple championne des USA en ski-alpinisme, elle dirige l’entreprise Blue Square P ­ roductions qui propose des services de guide de montagne et tournage de films.

MARK SMILEY, 37 ANS (USA)

Féru de sorties extrêmes, ce photographe, cinéaste NURIA PICAS, et guide de montagne a, 41 ANS (ESPAGNE) entre autres, descendu le L’ultra-trail, une seconde Denali (6 190 m) à ski. Il a nature. Après un accident dirigé 7 expéditions interd’escalade en 1999, on nationales et 5 expédiprédit à Nuria qu’elle ne tions en Alaska. pourra plus courir. PourDAVID WALLMANN, tant, elle gagne des com- 27 ANS (AUTRICHE) pètes internationales Passionné de trail et de (Skyrunner World Series, ski-alpinisme, ce prof Ultra-Trail World Tour) et remporte le Schönleiten en 2017, la Hong Kong Trophy, le Gaissau Hin100, l’Ultra-Trail du tersee Trophy, le S ­ tubai Mont-Blanc et le Basic Trail et le Zugspitz Transgrancanaria. Trailrun Challenge.

L’équipe 2018, de gauche à droite : Bernhard Hug, ­Janelle et Mark Smiley, Tamara Lunger, Philipp Reiter, Nuria Picas. Absent de la photo : David Wallmann.

La progression du Red Bull Der Lange Weg à suivre dès le 17 mars sur : redbull.com/derlangeweg

68  



THE RED BULLETIN

SANDRA BIRKLBAUER/RED BULL CONTENT POOL

Hansjörg Farbmacher se jette à l’eau à Nice, après 40 jours dans la nature. Et sans déchausser les skis.

PHILIPP REITER, 27 ANS (ALL.)


Le défilé de voitures, point culminant du festival, quand les tribus de Wasteland partent à travers le désert, en hommage à Mad Max.

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APOCALYPSE WOW ! Costumes en ferraille pour une perdition hallucinée dans le désert façon Mad Max… Tous les ans, ils rejoignent la Californie pour fêter la fin du monde. Bienvenue au WASTELAND WEEKEND, le festival le plus déjanté de la planète. Texte FLORIAN OBKIRCHER Photos JIM KRANTZ


Températures allant jusqu’à 40 °C, tempêtes de sable, pas d’électricité, prochaines douches à 30 km : on ne vient pas au Wasteland Weekend pour jouer au bridge, mais les 3 500 participants adorent son ­atmosphère post-apocalyptique. Ce festival est unique en son genre car les costumes sont obligatoires pendant toute sa durée, même pour ceux qui y travaillent. La plupart des tenues sont librement inspirées des personnages de l’univers Mad Max ; l’an dernier, fin septembre, les War Boys (à droite), issus du Mad Max: Fury Road de 2015, avaient la cote.

72  



THE RED BULLETIN


« Ceci est une illusion utopique ; une version bidon et drôle de l’apocalypse. » Jared Butler, cofondateur du festival


Une voiture post-apocalyptique doit être rapide, agile, capable de transporter plein de monde et résoudre un tas de problèmes.

Vivid Vivka dans son costume en os de coyote et de raton-­ laveur, et médailles de la guerre de Corée.


« Le blues post-­ Wasteland ? La douche après le festival. » Vivid Vivka, sorcière des sables

« Même malgré notre look effrayant, dit Teena (ici à droite) dans son costume de guerrière qui pique, les Wastelandais sont probablement les ­personnes les plus sympas et les plus ­accueillantes qui soient. Et si tu as ­besoin de quoi que ce soit, tu peux demander à n’importe qui et il l­ aissera tout tomber pour t’aider. » THE RED BULLETIN 

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« Malgré leur look ­effrayant, les ­Wastelandais sont les personnes les plus sympas qui soient. » Teena, reine guerrière

Normalement, il s’occupe de piscines dans le New Jersey, mais cette semaine Jim (à gauche) est un leader spirituel – ou presque. En journée, le pasteur célèbre des mariages impromptus ; de nuit, il est le DJ et maître de cérémonie le plus demandé du festival. « La première fois que je suis venu, c’était en 2010, j’avais 40 ans, 30 kilos de plus, j’étais pâle et poilu. Mes amis m’ont encouragé à revenir l’année suivante en tant que Lord ­Humongous. C’est ce que j’ai fait ! » Désormais, l­ ’ancien tour manager du groupe de punk rock Misfits tient des d ­ iscours inspirants à ses compatriotes festivaliers en quête de sens. « Si c’était la fin du monde, nous pourrions tous contribuer d’une certaine manière. Nous avons perdu le contact avec la réalité. ­Wasteland offre la ­possibilité de trouver sa vocation. »

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THE RED BULLETIN


La tribu Death Guild ­Thunderdome installe une structure de 5 mètres de haut où l’on peut se battre comme dans Mad Max 3.

Deux hommes entrent, un homme sort. Les blessures sont rares, mais peuvent être graves. Nez cassés, foulures… pire : un testicule perdu.


Le FiFi Fury : une Plymouth Fury + un camion-benne GMC C5500 + un big-block de Chevrolet 454 + des ­mitrailleuses MG 34.

Les War Pigs et leur fameux croiseur terrestre bombardier B17 : 114 fausses armes à feu, 63 lames, 2 lance-roquettes, 2 lance-grenades. Lent, mais il décime tout à 360 °.


C

e matin à 11 heures, Paul était en costume pour un meeting avec un client du cabinet juridique où il travaille, dans le centre de Los Angeles. Cinq heures plus tard, il est méconnaissable : pantalon camo crade, torse nu, il porte des épaulières de foot américain et un collier clouté. Sur la tête, une paire de lunettes d’aviateur et un vieux casque militaire couronné d’une crête iroquoise tirée d’un balai rouge. Paul se tient sur la plateforme d’un camion en mouvement qui ressemble à une machine de guerre improvisée. Il brandit un semblant de lance, ­hurlant un cri de guerre... Ici, dans le désert de ­Mojave californien, à 50 km de la ville la plus proche, les guerriers occasionnels comme THE RED BULLETIN 

Paul sont majoritaires cette semaine. Lors du Wasteland Weekend, le festival post-apocalyptique le plus imposant du monde, ils sont 3 500, venus des quatre coins de la planète, réunis tous les ans pour cinq jours afin d’oublier leur quotidien et prétendre que la civilisation moderne est révolue. Fondé en 2010 pour quelques centaines d’accros aux films Mad Max, ce qui a commencé comme une grande fête pour fans est aujourd’hui une expérience immersive unique. À Wasteland, les ­costumes sont obligatoires. Les basiques pour une tenue post-apocalyptiques sont, semble-t-il, du cuir, des tenues de sport, du camouflage – le tout aussi crade que possible – et de la ferraille, avec ­laquelle les visiteurs se f­ abriquent tout un arsenal, comme des boucliers en jantes de roues et des mitrailleuses-tronçonneuses. De nombreux participants passent des mois à faire leur costume, et c’est la même chose pour les voitures au ­volant desquelles ils arrivent. Une centaine d’engins customisés, comme ce module-grue dunaire, ou un corbillard ­Chevrolet lourdement armé. Pendant la journée, ces véhicules font tourbillonner le sable sur les deux routes de terre qui traversent la ville de Wasteland, un terrain de 80 000 m² enceint de plaques de métal rouillées et de vieux pneus. Dans cette enclave, au sein de divers camps faits de tentes drapées de filets de camouflage et de draps couleur terre, une centaine de « ­tribus » se sont installées. Ces groupes de Wastelandais, qui portent des noms comme Dukes of the Nuke (trad. seigneurs du nucléaire) ou Northern Nomads (trad. nomades du Nord) fournissent – gratuitement – la plupart de l’infrastructure ­depuis ces camps. Il y a un ­cinéma et une bibliothèque, une station de radio (spécialisée en rock industriel) et un journal quotidien imprimé sur place ; il y a aussi plusieurs

Le cofondateur, Jared Butler, est acteur de doublage et scénariste. Il est à l’affiche de Blood Money.

bars improvisés, une scène qui crache du feu avec des spectacles de groupes de musiciens et un théâtre burlesque géré par les Nuclear Bombshells (trad. bombes à effet atomique). Et puis il y a l’endroit où tout le monde se ­retrouve tôt ou tard : le Last Chance Casino (trad. casino de la dernière chance). On n’y vient pas seulement pour jouer à la roulette, au blackjack ou pour miser sur une course de cafards : ce lieu de rencontre est en quelque sorte la banque du festival. « Nous n’utilisons pas d’argent du monde réel – ici tout tourne autour de capsules de bouteille », dit Crash, un colosse tatoué de partout avec une barbe impressionnante. C’est une idée que Wasteland

Pas de dollars ici, tout se paye en capsules de bouteille.

a reprise du jeu vidéo post-apocalyptique Fallout. Vos dollars ne valent pas grand chose ici : tout – des boissons aux dettes de jeu – se paye en capsules de bouteille oranges avec le logo du casino. Et pour obtenir cette monnaie, il faut divertir Crash. « Certaines personnes racontent des blagues, d’autres font des acrobaties. » De l’autre côté de la ville, le grand concours de costumes bat son plein. Mr Spike (alias Paul) présente fièrement son déguisement, auquel il a ajouté une énorme cape de fourrure. Lorsqu’on l’appelle, il danse sur la scène, au son de More Human Than Human du groupe de heavy metal White Zombie. Il s’incline lorsque ses concitoyens wastelandais applaudissent. « C’est ma semaine préférée de toute l’année, explique l’avocat. Je n’ai pas l’impression de porter un déguisement – ça, c’est lorsque je vais travailler tous les matins. Quand je suis ici, je suis vraiment moi-même. »   79


BESOIN D’UNE BONNE REMISE EN TRAIN POUR CETTE SEMAINE?

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guide Voir. Avoir. Faire.

24 mars

GRAEME MURRAY/RED BULL CONTENT POOL

CRANKWORX À ROTORUA

Conçu par une légende du freeride, feu Kelly McGarry, ce parcours de slopestyle en NouvelleZélande est l’un des plus fous au monde. La première manche du Crankworx World Tour, c’est en live sur Red Bull TV.

THE RED BULLETIN 

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GUI D E

Voir.

AU MAX SUR TOUS TERRAINS Au menu ce mois-ci : du VTT freeride dantesque en Nouvelle-Zélande et un jeune garçon dans une quête héroïque de sommets enneigés.

REGARDEZ RED BULL TV PARTOUT

Red Bull TV est une chaîne de télévision connectée : où que vous soyez dans le monde, vous pouvez avoir accès aux programmes, en ­direct ou en différé. Le plein de contenus originaux, forts et ­créatifs. Vivez l’expérience sur redbull.tv

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24 mars   LIVE 

CRANKWORX 2018 NOUVELLE-ZÉLANDE La course à la triple couronne est ­lancée. Pour l’ouverture du Crankworx World Tour 2018, l’élite du VTT freeride revient sur les sentiers luxuriants de Rotorua, parcours favori des vététistes au beau milieu des célèbres séquoias de la forêt de Whakarewarewa. La triple couronne représente le Graal ultime : pour se l’adjuger, l’élu doit remporter trois des quatre épreuves du Crankworx slopestyle de l’année. Vivez en direct le premier round de la compétition.

THE RED BULLETIN


mars / avril

Une musique triée sur le volet et des artistes influents. Au menu de ce mois…

Le rider américain Carson Storch lors du Crankworx 2016, à Rotorua.

Le Néo-­Zélandais Brook Macdonald sur le parcours de Rotorua en 2017.

THE RED BULLETIN 

BARTEK WOLINSKI/RED BULL CONTENT POOL, GRAEME MURRAY/RED BULL CONTENT POOL, DOM DAHER, JAANUS REE/RED BULL CONTENT POOL, MAX SCHIANO

31

mars au 8 avril*   LIVE 

XTREME VERBIER 2018

Pour sa 23e année d’existence, la finale épique de la plus difficile épreuve de freeride lance skieurs et snowboardeurs sur la face raide et accidentée du Bec des Rosses. (*fenêtre météo, dates de l’événement à déterminer)

THE FEDERATION SOUND

6 26

au 8 avril   LIVE 

RALLYE TOUR DE CORSE

Surnommé « le rallye des 10 000 virages », le 4e stop du championnat WRC 2018 emprunte une route sinueuse coincée entre la paroi de la montagne et le vide finissant dans la mer. La moindre erreur se paie cash.

mars   À

LA DEMANDE 

RUIN AND ROSE

L’écrivain et réalisateur Ben Sturgulewski et Matchstick Productions mettent en scène des skieurs parmi les meilleurs du globe dans une planète en voie de désertification. Et un jeune gars en quête de sommets enneigés.

14 mars  ON AIR 

DJ de Rihanna durant sa tournée mondiale, Max Glazer est une référence mondiale en reggae et dancehall. De Sean Paul à Vybz Kartel, il a travaillé avec tout le gotha du genre. Basé à New York, il se rend régulièrement en Jamaïque, histoire de maintenir un lien direct avec la culture et les sons en gestation. Dans son émission hebdomadaire (mercredi 19 heures GMT), ce vieux routier concocte une sélection de dubplates et d’interviews qui tuent.

ÉCOUTER SUR REDBULLRADIO.COM

  83


GUI D E

Faire.

can you make it?

« LA SEMAINE A SEMBLÉ DURER UN MOIS » En 2016, l’équipe Feel Alive! composée de Siim Silver ­Salumaa, Kaspar Rätsep et Georg Tulver l’a emporté. Voici les conseils de Georg.

THE RED BULLETIN : Quels sont les ­défis de Red Bull Can You Make It? GEORG TULVER : Le plus dur est de s’extirper de la ville sans un sou. L’usage de transports publics n’est pas autoGeorg Tulver est risé et faire du stop étudiant en sur les axes princi­Informatique. paux non plus. Nous sommes partis de Barcelone et le soir même nous n’avions parcouru que 100 km et avons passé la nuit dans les toilettes d’un site archéologique.

Ni argent, ni gadgets,seulement 24 canettes Red Bull en guise de cash. Le but : traverser l’Europe et atteindre Amsterdam en une semaine. Prêt(e) à relever le défi Can You Make It? 2018.

M

adrid, Budapest, Manchester, Stockholm et Rome sont les points de ­départ du Red Bull Can You Make It? 2018, un voyage d’aventure unique en son genre : des équipes de trois personnes se lancent munies d’un petit sac à dos contenant le strict nécessaire et 24 canettes Red Bull servant de monnaie d’échange contre un gîte, de la nourriture, un covoiturage ou même des billets d’avion !

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Après Paris en 2016 (précédente édition), les concurrents ont une semaine pour atteindre Amsterdam en empruntant un parcours jalonné de points de passage et d’épreuves à points obligatoires. L’objectif n’est pas tant d’être la première équipe à rejoindre Dam, mais de parvenir à relever les challenges imposés tout au long de l’aventure et cumuler le maximum de points. Il faudra de plus réussir à être l’équipe la plus populaire des réseaux sociaux. Contraintes : pas de recours à l’argent liquide ou la carte bancaire, ni aux smartphones ou à l’ordinateur et pas de potes qui jouent au taxi. Débrouille, spontanéité, esprit d’aventure, capacité d’improvisation, de négociation et persévérance dans la stricte légalité sont les maîtres-mots de ce trip inoubliable soutenu en France par le Night Show sur Fun Radio. Du 10 au 17 avril 2018, infos sur redbullcanyoumakeit.com et facebook.com/redbullcanyoumakeit

Contre quoi avez-vous troqué vos ­canettes  ? Contre du covoiturage essentiellement. En tout, une quarantaine de voitures au bas mot. La semaine de voyage a semblé durer un mois. Il nous arrivait des trucs en permanence. Qu’est-ce qui vous a le plus marqué ? Les gens qui venaient à notre aide toutes ­affaires cessantes. En tant qu’Estoniens, nous sommes assez fermés comparés aux Américains. Nous n’adressons pas facilement la parole aux étrangers. Ce n’est plus le cas pour nous. Des conseils pour les participants ? Voyager léger. Moins vous êtes chargé, mieux c’est. Dans mon cas, un petit sac d’ordinateur a suffi. Et emportez votre skate. Très pratique pour gagner du temps dans les villes !

Lauréats 2016 : l’équipe estonienne Feel Alive! (de la gauche : Georg Tulver, ­Kaspar Rätsep et Siim Silver Salumaa).

THE RED BULLETIN

LUKAS WAGNETER/RED BULL CONTENT POOL (2), ARMIN WALCHER/RED BULL CONTENT POOL (2), WERNER JESSNER LUIS VIDALES/RED BULL CONTENT POOL

OBJECTIF AMSTERDAM

La débrouille pour moteur : les canettes se troquent contre des tickets, des sauts en parachute ou une nuit d’hôtel 5 étoiles.

Et ensuite ? Le lendemain, un employé qui finissait une journée de 24 heures nous a payé un petit-déjeuner et emmenés. Un gars super.


P RO M OT I O N

must-haves

1

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4

1 SWATCH ACTION HEROES LIGNE DE FUITE

Le cadran noir à effet miroir dévoile un imprimé blanc et orange, des aiguilles en superluminova et une fenêtre de date et de jour à 3 heures. Le boîtier en plastique blanc mat arbore des rayures multicolores imprimées se poursuivant le long du bracelet en silicone blanc mat. Ce modèle de course est complété par un passant en silicone noir et une boucle en plastique noir mat. swatch.ch

THE RED BULLETIN 

2 ON – CLOUD X

Bienvenue en apesanteur : voici une chaussure ultralégère (188 grammes en taille 38) au design idéalement conçu pour tout sportif qui va de l’avant. La Cloud X est une version ­repensée de la Cloud (chaussure de course la plus achetée en Suisse en 2015 et 2016), à la semelle optimisée pour les athlètes pluridisciplinaires ou adeptes de plusieurs types ­d’entraînement. Atterrissage en ­douceur, ­propulsion explosive. on-running.com

3 ROCKY MOUNTAIN ALTITUDE POWERPLAY

Voici un vélo de montagne à pédalage assisté entièrement intégré qui s’inspire de la maniabilité et de la qualité de conduite légendaires de l’Altitude et y ajoute un système d’entraînement compact et puissant. Le nouveau système POWERPLAYMC a été conçu en parallèle avec le cadre, ce qui donne des bases très courtes, une cinématique de suspension optimisée, un centre de gravité très bas et un couple de moteur inégalé dans sa catégorie. Le résultat est un modèle électrique qui roule comme un vrai vélo de ­montagne. chrissports.ch

4 JACK WOLFSKIN VESTE BRIDGEPORT

La veste est fabriquée à 100 % à partir de matériaux recyclés sous le label TEXAPORE ECOSPHERE. Elle intègre aussi le concept Zero Waste, car les chutes sont réintégrées dans le circuit de production en upcyclant des bouteilles PET, lesquelles sont réutilisées dans la fabrication des tissus et des matériaux. Cette veste procure une ­excellente protection contre les ­intempéries et elle est respirante. La ­capuche amovible, les sept poches et le cordon qui permet de cintrer la taille complètent sa fonctionnalité. jack-wolfskin.ch

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Faire.

fitness

LES TRUCS DE BROOK Plus d’endurance, de puissance et d’équilibre.

Vélo de course « J’effectue l’essentiel de mes séances cardio sur un vélo de course Chapter 2 créé par un ­petit fabricant néo-­ zélandais. Chaque saison, je parcours plus de 5 000 km sur ce vélo. »

Surnommé le « Bulldog » pour son tempérament de tueur, le Néo-Zélandais spécialiste de la descente s’entraîne en revanche comme un félin.

Brook Macdonald, 26 ans, évolue en pro depuis ses 17 ans et son titre de champion du monde junior. En Nouvelle-Zélande, il dispose à l’année de conditions idéales pour le VTT. Pourtant, ce n’est pas en descente qu’il passe l’essentiel de son temps : Brook Macdonald : 2 100 Watt de rendement maximal sur ergomètre, soit l’équivalent de 5 ­vélos électriques  !

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Course de vélo. En hiver, Brook participe à des courses de vélo. « C’est bon de faire ses preuves dans une autre discipline. » Sa qualité de sprinteur et sa technique de pilotage sont autant d’atouts qui lui ont permis, lors d’une course de quatre jours, de se classer pendant deux jours parmi les dix premiers. « J’aime la lutte d’homme à homme. En descente, le chrono est l’adversaire principal. »

Lenteur et vitesse. Explosivité et puissance sont deux atouts. « Je fais des squats avec une barre de 100 kg. Je descends lentement et remonte rapidement. L’exécution doit être parfaite. Et elle l’est uniquement si vous êtes anéanti après la quatrième série. Les descentes en sprint sont tout aussi épuisantes. Une série de six à sept sprints de 20 secondes avec, à chaque fois, 20 secondes de récupération. Autant dire qu’à la moindre erreur vous finissez sur le nez. » Détente active en société. Après le l­ abeur vient le temps du repos. « L’étirement est un must. Après l’entraînement, le temps est mis à profit pour améliorer la souplesse et être ainsi moins sujet aux blessures, un aspect capital dans notre sport. Pour ce faire rien de tel que le yoga. Le temps passe plus vite, vous êtes ­coaché par des pros et bien entouré !

Altères courts « Mon pain quotidien en hiver. Plus le début de la saison approche, plus j’accumule du poids et de la masse ­musculaire. Sinon, la p ­ ratique du rameur constitue une e­ xcellente alternative. » WERNER JESSNER

LES SECRETS D’UNE PUISSANTE DESCENTE

Swiss ball « Ça n’a l’air de rien mais cette activité qu’on n’associe pas forcément à l’entraînement ou à la musculation permet pourtant de travailler ­efficacement les muscles profonds, proches du squelette, lesquels sont très importants pour la stabilisation du torse. »

THE RED BULLETIN

JAN KASL/RED BULL CONTENT POOL, GRAEME MURRAY

LA FORME DE BROOK MACDONALD

Qualités requises en descente : maîtrise physique, mental d’acier et ­puissance.


GU I D E

Faire.

mars / avril

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avril

RED BULL HOMERUN

Davos accueille la compétition de descente la plus folle de Suisse. Ouverte à tous les skieurs et snowboardeurs de plus de 16 ans, la course débute sur le Jakobshorn avec un départ façon Le Mans, pour une descente de 6,8 km (avec des sections en forêt !) à ­dévaler le plus rapidement ­possible et s’achève devant le ­célèbre Bolgen Plaza, la mecque de l’après-ski à Davos, où a lieu la s­ oirée d’après course. redbull.com/ch-fr/events/homerun

FABIAN WESTER/RED BULL CONTENT POOL, JASON HALAYKO/RED BULL CONTENT POOL

22

au 24 mars m4music Bien plus qu’un festival de ­musique, le M4Music, à cheval sur Lausanne et Zurich, attire des ­artistes suisses et internationaux comme Ibeyi, Jacob Banks, Stereo Luchs ou Yung Hurn. Interviews, Demotape Clinic et ateliers pour musiciens en herbe sont ­également au programme. Lausanne : 22 mars ; Zurich : 23 et 24 mars ; m4music.ch

6 THE RED BULLETIN

23

et 24 mars Hill Jam L’événement suisse de freestyle célèbre son dixième anniversaire sur l’aérodrome de Buochs. Au menu de l’édition 2018 : l’incontournable concours big air (ski et snowboard), des sessions de skatepark ouvertes à tous, et la nuit de concert Hill Jam avec à l’affiche Culcha Candela, Chiddy Bang, Visu et en prime un after sur trois étages, animé entre autres par DJ Rafik. hilljam.ch

6

au 8 avril Live is Life Trois jours, 17 groupes, 26 concerts sur monts et ­vallées : le nouveau festival de musique d’Arosa Lenzerheide, ce sont des concerts intimes d’artistes tels que Lo & Leduc, Seven, Dabu Fantastic et Klischée, dans des lieux ­paisibles et en haute montagne. Pop, blues, hip-hop et rock s’y côtoient. lenzerheide.com/de/topevents/live-is-life

au 8 avril Urban Bike Festival L’événement annuel phare des fans de vélos. Installé dans le quartier branché de Zurich-Ouest, le festival Urban Bike offre l’occasion de checker les derniers fixies, vélos pliants, cargos et autres ­vélos électriques et d’admirer les stars internationales en action telles que le coureur c­ ycliste Danny MacAskill ou le Français Matthias Dandois (photo), champion du monde de BMX Flatland. urbanbikefestival.ch

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GUI D E

Faire.

app run

« POUR NOTRE WHANAU »

Grâce à l’appli, courez partout pour la bonne cause.

Willem Jordaan, médecin néo-zélandais, administre l’App Run depuis Gisborne (Nouvelle-Zélande) et p ­ rédit plus de mille utilisateurs. Selon ce praticien, s’entraîner en groupe via une ­application présente ­plusieurs avantages.

Soutenir la ­motivation

Le sport permet de vivre mieux et plus longtemps. L’appli de votre smartphone invite à l’entraînement et permet de garder l’œil sur l’objectif, à savoir aider la recherche pour guérir la paraplégie.

Profiter de l’élan

Courir au sein d’un whanau (mot d’origine maorie désignant la f­ amille élargie) crée un effet multiplicateur en suscitant un élan positif qui p ­ rofite à tous.

Courez pour ceux qui ne le peuvent pas le 6 mai en participant, où que vous soyez, au World Run de Wings for Life. Et ce grâce à une appli qui est en passe de conquérir la communauté des runners.

Q

ue Melbourne (Australie), Rio de Janeiro (Brésil) ou Kakhétie (Géorgie) soient loin de chez vous importe peu ­désormais. Grâce à la Wings for Life World Run App, vous courez où vous voulez. Le plus grand événement mondial de course à pied prend encore plus d’ampleur avec le numérique. ­Téléchargez l’appli dès à présent et lancez-la le 6 mai 2018 où que vous soyez. La voiture balai est intégrée à l’appli smartphone, laquelle enregistre la position à laquelle vous êtes rattrapé(e) et vous intègre au classement mondial comme si vous courriez sur l’un des parcours officiels du World Run. Ainsi, pour peu que l’itinéraire emprunté soit malin, il est possible que le vainqueur

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2018 soit un coureur de l’App Run, une appli que l’on conseille d’utiliser en groupe, bien plus amusant qu’en solo. Des groupes de taille diverse se sont déjà constitués à travers le monde pour s’entraîner et participer ensemble à la course du 6 mai via la Wings for Life ­World Run App. Du Canada à la ­Nouvelle-Zélande (cf. ci-contre), d’Oslo (Norvège) à Guadalajara (Mexique), en passant par Rouen, la liste des ­applications partagées grandit et le ­réseau se densifie chaque année. On compte à ce jour, plus de cent trajets et/ou App Runs virtuellement disponibles, un nombre en constante progression. Autant dire qu’en 2018, vous aurez encore moins d’excuses pour ne pas participer à la course. Et bien sûr, tous les fonds collectés via l’application seront également ­reversés au profit de la recherche visant à ­soigner les ­lésions de la moelle épinière. L’appli elle-même est gratuite.

L’union fait la force

Retrouver la forme n’exige pas forcément de s’abonner à un club de gym. Vous pouvez aussi rejoindre votre whanau via l’appli pour échanger, bouger au grand air, et soutenir une bonne cause !

Un objectif solide

Le Wings for Life World Run App est le point d’orgue de la préparation commune. Chacun a hâte d’y être. Des objectifs partagés renforcent le lien au whanau.

wingsforlifeworldrun.com Téléchargez la Wings for Life World Run App pour participer.

Willem Jordaan est l’un des organisateurs internationaux du Wings for Life World Run App.

THE RED BULLETIN

HUGO SILVA FOR WINGS FOR LIFE WORLD RUN

L’ARRIVÉE EST DANS LA POCHE

Bon pour tous

Le format de Wings for Life World Run App laisse chacun libre de fixer son objectif selon son ­niveau. De plus, l’appli incite à la pratique du sport ceux qui pensent ne pas être taillés pour la compétition.


www.gims.swiss

#GimsSwiss


GUI D E

SAISON DE L’AUTO MODÈLES, TENDANCES, ÉVOLUTIONS, LA PÉRIODE DU RENOUVEAU TOUCHE AUSSI LE SECTEUR DE L’AUTOMOBILE. AVIS AUX AMATEURS. Texte WERNER JESSNER


MERCEDES CLS

LE STYLE EN PRIME

Cette 3e génération allie l’élégance du coupé à la fonctionnalité d’une berline quatre portes. La CLS inaugure un langage stylistique réduit à sa plus pure expression, et se hisse techniquement parmi le fleuron de la Classe S. Le véhicule peut par exemple, évoluer en totale ­autonomie pendant 30 secondes sans intervention du conducteur. Les moteurs sont aussi inédits affichant en diesel 286 chevaux et jusqu’à 367 chevaux en version essence avec en prime 22 chevaux supplémentaires via l’EQ Boost.  mercedes-benz.ch



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GUI D E FORD ECOSPORT

LE SON EN PLUS Attention aux détails et au look rajeuni. Le lifting ne concerne pas uniquement l’avant et l’arrière du châssis, l’intérieur ­bénéficie aussi d’une remise à niveau : écran central de 8 pouces, système multimédia à commande vocale, caméra de recul et, en option, un système audio Bang & Olufsen et le toit ouvrant.  ford.ch

TENDANCE N° 1 : LE CROSSOVER EST LA TENDANCE DU MOMENT. La frontière entre le break et le SUV tend à disparaître.

ŠKODA KAROQ

POUR LA POPULARITÉ Dans le segment très en vogue du SUV compact, le Karoq est un best-seller en puissance. Dimensions décentes, conduite confortable, garde au sol généreuse, des équipements intérieurs Skoda sympas, une transmission intelligente à quatre roues motrices et dès cet été, un tableau de bord entièrement numérique en option.  skoda.ch

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THE RED BULLETIN


TENDANCE N° 2 : LA NOUVELLE NE DOIT PAS FORCÉMENT ÊTRE PLUS VOLUMINEUSE QUE SA DEVANCIÈRE. En termes de volume, on touche à la limite du possible.

TOYOTA LAND CRUISER

LE SPÉCIALISTE DU DÉSERT Depuis 1951, le Land Cruiser sillonne les voies les plus impraticables du globe. Le modèle 2018 gagne 6 cm suite au remodelage de l’avant, tandis que les sièges ventilés gardent le dos sec quand au-dehors, c’est la fournaise. Un écran tactile de 8 pouces abrite un nouveau système multimédia et côté high-tech on appréciera entre autres, le système de sécurité précollision avec détection des piétons, le régulateur de ­vitesse adaptatif et une caméra à 360 °.  toyota.ch


RENAULT MÉGANE RS

DES PERFS EN VIRAGE É ­ TENDUES La version essence 1,8 litre de la sportive compact développe 280 chevaux et dispose de vertus déjà éprouvées par le modèle précédent : châssis avec essieu avant à pivots découplés et différentiel à glissement limité améliorant la traction et la propulsion – aussi, quatre roues directrices pour plus d’agilité. La télémétrie embarquée analyse chaque seconde, chaque virage mal négocié et ajuste la tenue de route. 

renault.ch

TENDANCE N° 3 : DES VOITURES DE PLUS EN PLUS INTELLIGENTES. Les systèmes embarqués seront bientôt en réseau.


GU I D E MITSUBISHI ECLIPSE CROSS

LE MEILLEUR DES DEUX MONDES Le coupé SUV : une position assise haute mais un châssis coupé sport aussi à l’aise sur piste que sur route. Dans sa version essence de 163 chevaux, l’Eclipse Cross propose une traction intégrale à commande électronique, une boîte automatique ou manuelle pour un poids total de seulement 1,5 tonne. Sa console centrale accueille un nouvel écran tactile pour ceux qui ne sont pas fans de la commande vocale. 

mitsubishi-motors.ch

TENDANCE N° 4 : NORMES DE CRASH TESTS : CASSE-TÊTE DES CONCEPTEURS. Les révolutions esthétiques se jouent aujourd’hui dans l’habitacle. JEEP GRAND CHEROKEE TRACKHAWK

TOUJOURS PLUS VITE

De 0 à 100 km/h en 3,7 s, 700 chevaux et 875 Nm. Accélérateur Launch Control, freins avant Brembo avec disques de 40 cm de diamètre pour un freinage d’une efficacité radicale. Intérieur carbone et sièges sport, compteur affichant une vitesse de pointe de 320 km/h, indicateur de force G, ­chronomètre, jantes en alliage noir, le tout embarqué dans ce 2,5 tonnes à transmission intégrale, of course.  jeep.ch

THE RED BULLETIN 

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Autour du monde.

THE RED BULLETIN WORLDWIDE

ALLEMAGNE FITNESS

Chaque mois, partout sur la planète, ils intègrent nos pages car ils nous bluffent : persévérance, dépassement, approche unique de la vie et ses challenges... Voilà les atouts d’un profil The Red Bulletin.

Trouvez la discipline de votre vie et la voie pour donner le meilleur de vous-même ! Cinq athlètes vous conseillent.

The Red Bulletin en e-paper sur redbulletin.com

“Like Burning Man, But More Badass” Apocolytic costumes, Thunderdome bouts, scrap-metal roadsters—every year, an army of Mad Max enthusiasts gather in the California desert to attend the WASTELAND WEEKEND. It‘s one way to celebrate the end of the world. Words FLORIAN OBKIRCHER

Photography JIM KRANTZ

One highlight is the car show, where the Wasteland tribes take their modified armored vehicles for a desert cruise in homage to the Mad Max films.

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ÉTATS-UNIS WASTELAND Cela fait un bail que l’on nous vend le Burning Man comme le festival le plus barré au monde. Après un tour au ­Wasteland, on se plaît à en douter.

« APRÈS UNE ERREUR, IL EST TROP TARD POUR SE RATTRAPER.  »

DEINE ACHT SCHRITTE ZUM NORDPOL 120 Kilometer bei minus 40 Grad durchs Polareis gehen. Ganz rauf bis zum nördlichsten Punkt der Welt. THOMAS ULRICH meint, du schaffst das. Bist du bereit? Text REINER KAPELLER Fotos VISUAL IMPACT/THOMAS ULRICH

Immer schön in einer Reihe gehen: Bei Thomas Ulrichs Nordpol-Expeditionen, hier im April 2015, ist ein gewisses Maß an Disziplin gefragt.

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SUISSE THOMAS ULRICH 5 jours de marche par − 40 °C : dépaysement garanti avec ce guide-explorateur.

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AUTRICHE MATTHIAS WALKNER Le motard de 31 ans est le ­premier Autrichien à remporter le Rallye ­Dakar sur deux-roues.

THE RED BULLETIN


avril

MENTIONS LÉGALES SUISSE

Rédacteur en chef Alexander Macheck

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THE RED BULLETIN Suisse, ISSN 2308-5886 Country Editors Pierre-Henri Camy, Arek Piatek

raisons de vivre Red Bull Air Race

Country Coordinator Christine Vitel

La France l’attendait depuis des années, le Red Bull Air Race s’installe à Cannes du 20 au 22 avril prochains et va faire tourner la tête des fondus d’aviation et de sports mécaniques d’un nouveau genre.

Country Channel Management Melissa Stutz

ARMIN WALCHER/ RED BULL CONTENT POOL

Texte PH CAMY & PATRICIA OUDIT

Vitesse, précision et esthétique aérienne : le Red Bull Air Race arrive en France.

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Responsable de la publicité Marcel Bannwart, marcel.bannwart@redbull.com

FRANCE AIR RACE Cannes lève les yeux au ciel et déroule le tapis rouge pour la première édition de Red Bull Air Race en France.

Contributions, traductions, révision Étienne Bonamy, Frédéric ­Fortas, Susanne ­Fortas, Suzanne Kříženecký, Audrey Plaza, Claire S ­ chieffer, ­Gwendolyn de Vries

ROYAUME-UNI TAHNÉE SEAGRAVE C’est en se rendant compte que s’amuser comptait plus que vaincre que la jeune étoile montante du downhill anglais a commencé à s’imposer. Les podiums, elle en rêve depuis ses 12 ans.

Abonnements Service des lecteurs, 6002 Lucerne Hotline : +41 (041) 329 22 00 getredbulletin.com, abo@ch.redbulletin.com

Rédacteur en chef adjoint Andreas Rottenschlager Directeur créatif Erik Turek Directeurs artistiques Kasimir Reimann (DC adjoint), Miles English Directeur photos Fritz Schuster Directeur photos adjoint Rudi Übelhör Responsable de la production Marion Lukas-Wildmann Managing Editor Ulrich Corazza Rédaction Stefan Wagner (Chef de service), Christian Eberle-Abasolo Maquette Marco Arcangeli, Marion BernertThomann, Martina de Carvalho-Hutter, Kevin Goll, Carita Najewitz Booking photos Marion Batty, Susie Forman, Ellen Haas, Eva Kerschbaum, Tahira Mirza Directeur commercial Franz Renkin Emplacements publicitaires Andrea Tamás-Loprais Solutions créatives Eva Locker (Dir.), Martina Maier, Verena Schörkhuber, Edith Zöchling-Marchart Management par pays & Marketing Sara Varming (Dir.), Magdalena Bonecker, Kristina Hummel Maquette marketing Peter Knehtl (Dir.), Simone Fischer, Alexandra Hundsdorfer Production Wolfgang Stecher (Dir.), Walter O. Sádaba, Friedrich Indich, Michael Menitz (Digital) Lithographie Clemens Ragotzky (Dir.), Claudia Heis, Nenad Isailovi c,̀ Maximilian Kment, Josef Mühlbacher Office Management Kristina Krizmanic, Yvonne Tremmel Informatique Michael Thaler Abonnements et distribution Peter Schiffer (Dir.), Klaus Pleninger (Distribution), Nicole Glaser (Distribution), Yoldaş Yarar (Abonnements)

LO IMPORTANTE NO ES GANAR

Para Andrés Rodríguez, el ultraciclismo debe practicarse con estrategia impecable.

Siège de la rédaction Heinrich-Collin-Straße 1, A-1140 Wien Téléphone +43 (0)1 90221-28800, Fax +43 (0)1 90221-28809 Web www.redbulletin.com

Es fácil decirlo para ANDRÉS RODRÍGUEZ, quien ganó el año pasado el Irish Ultra Challenge, pero lo hace con convicción. El número 34 del mundo de las carreras en bicicleta “superlargas” es capaz de pedalear por 4,800 kilómetros seguidos. ¿Su truco? “Entreno el aburrimiento”, entre muchas otras cosas más... Texto MARCO PAYÁN Fotografía MARCOS FERRO

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MEXIQUE ANDRÉS RODRÍGUEZ Son record : 4 800 km en 13 jours. Le Mexicain de 34 ans teste ses limites et n’accorde aucune ­attention ni à l’ennui, ni à l’accablement.

THE RED BULLETIN 

Direction générale Red Bull Media House GmbH, Oberst-Lepperdinger-Straße 11–15, A-5071 Wals bei Salzburg, FN 297115i, Landesgericht Salzburg, ATU63611700 Directeur de la publication Andreas Kornhofer Directeurs généraux Dietrich Mateschitz, Gerrit Meier, Dietmar Otti, Christopher Reindl

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Le plein d’action.

Le sandboarding n’est pas aussi cool que le snowboarding. Sauf si c’est le Polonais Wojtek Pawlusiak qui s’y colle. Le snowboardeur pro a emmené son compatriote, le pilote Jakub Przygonski, et sa Mini en voyage dans les dunes du golfe ­Persique. L’exercice a ­porté chance à Przygonski qui a ­terminé 5e au Rallye Dakar. Vidéo : win.gs/Dune-Freestyle

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« Ma planche accélérait avec une puissance de 340 ch. » Le snowboardeur pro Wojtek Pawlusiak, propulsé par le pilote de rallye Jakub Przygonski et sa Mini John Cooper Works Rally.

KIN MARCIN/RED BULL CONTENT POOL

Abu Dhabi, EAU

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Le prochain THE RED BULLETIN ­sortira le 8 avril 2018 THE RED BULLETIN


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The Red Bulletin Mai 2018 - CHFR  
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