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The Red Bulletin CF 05/25

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SUISSE 3,80 CHF – 5/2025 ABONNE-TOI DÈS MAINTENANT getredbulletin.ch

HORS DU COMMUN

ALORS ON DANSE LES TALENTS SUISSES GLORY ET PAKISSI SUR LE POUVOIR ­FÉDÉRATEUR DE LA STREET DANCE

PLUS MAXIME CHABLOZ / KRISTEN STEWART / SARAH LEZITO /   FANNY WOBMANN / MOA BOMOLO


M3 T H E

TO UR ING


ÉDITORIAL & CONTRIBUTIONS

Jesús Leonardo

Photographe de mode basé à Madrid, Jesús a voulu refléter la vitesse de Sarah ­Lezito et sa présence avec une esthétique audacieuse et dynamique : « C’est l’une des sessions photo les plus palpitantes que j’aie réalisées dernièrement. » Page 48

Zoey Goto

MURIEL FLORENCE RIEBEN (COUVERTURE), NATHALIE LJUSLIN

La journaliste maintes fois récompensée (Rolling Stone, Esquire, Vogue, GQ) s’intéresse à la natation artistique à Los Angeles. Exit les sourires figés, et place aux athlètes masculins ! Page 70

Fanny Wobmann Pour notre chronique On A Positive Note, l’autrice raconte un été en f ­ amille et explore avec tendresse la place qu’un animal peut prendre dans une vie en quête d’apaisement. Page 96

T

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out le monde peut danser. C’est le message porté par nos deux street d ­ ancers suisses à la renommée internationale. Juste avant la grande finale mondiale du Red Bull Dance Your Style – qui aura d’ailleurs lieu en Suisse l’année prochaine – Glory et Pakissi nous transmettent la magie et l’universalité de leur art, et nous lancent même un défi, page 36 : pourquoi ne pas essayer nous aussi ? On n’a rien à perdre, et tout à gagner… comme trouver son propre style ! Peu importe la discipline : tout est affaire de sincérité et de passion. C’est ce qui anime aussi Maxime ­Chabloz. À 24 ans, le double champion du monde s’envole sur l’eau avec son kite en été et dévale la poudreuse en hiver. Entre ambition et légèreté, il nous raconte, sur le lac d’Uri, ­comment il entretient son équilibre, page 58. Bonne lecture ! La Rédaction

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CONTENUS Maxime Chabloz, kiteboarder et freeskieur, est double champion du monde.

Portfolio

Extérieur jour

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Corey Rich est un photographe d’action. Et ceci est son journal, témoignage d’un explorateur qui se donne entièrement. Danse urbaine

Passeport universel Il vient du hip-hop, elle du popping. C’est le rythme qui unit Pakissi et Glory. Dans notre sujet de une, il et elle nous invitent à entrer dans la danse.

Galerie L’addition SVP! Hype Check

83 Voyage 88 Playlist 90 Montre 92 Cuisine 94 Agenda 96 On a Positive Note 98 Clap de fin

Stunt

En roues libres Héros & héroïnes

Des studios hollywoodiens aux réseaux sociaux, Sarah Lezito gère sa moto sportive comme un BMX de flat.

Kristen Stewart 16

Glisse

Actrice

Avaion 18 DJ

Jamie Huser 20 Wakeboarder

Doublé gagnant 58 Peu sont capables de l’égaler : Maxime Chabloz excelle dans deux sports au niveau mondial. Mais comment fait-il ? Natation artistique

L.A. not so confidential

La natation synchronisée n’est plus : à l’ère de la Gen Z, un sport se réinvente. THE RED BULLETIN

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70 ROMINA AMATO

58 6 12 14

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Ce qui me guide ? La confiance et l’excellence. Et pour ma vision, je choisis Visilab. Marco Odermatt

Quadruple vainqueur du classement général de la Coupe du monde de ski alpin

Marco Odermatt porte des LUNETTES RAY-BAN META.


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GALERIE

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Goodwood, Angleterre

Toujours plus haut

Des enfants avec des cordes à sauter… Des chats en chasse… Van Hale…. L’impulsion de sauter est ­universelle. Et Kriss Kyle le sait mieux que quiconque. En 2019, le pilote de BMX a sauté avec son vélo depuis un hélicoptère sur le toit de l’hôtel Burj Al Arab, à Dubaï. Cet été, les plans de Kyle étaient plus terreà-terre – mais mentalement pas moins exigeants que de sauter en BMX par-dessus une Formule 1 lancée à vive allure. « Faire face à une F1 de front va à ­l’encontre de tout instinct, s’exclame-t-il. C’est le truc le plus fou que j’aie jamais fait ! »

DAN GRIFFITHS/RED BULL CONTENT POOL

DAVYDD CHONG

Instagram : @krisskyle

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Midyat, Turquie

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SAMO VIDIC/RED BULL CONTENT POOL, JASON HALAYKO/RED BULL CONTENT POOL

Un retour en force pour la freerunneuse turque Hazal Nehir : après une pause de deux ans et demi à cause d’une grave blessure au coude, elle a transformé les ruelles et les toits en pierre de deux des villes les plus architecturales de Turquie en scène de jeu. Avec une série de j­ umps, de flips, de spins et de drops, elle a traversé Mardin et Midyat, qui ­surplombent la plaine mésopotamienne depuis des millénaires. Le projet, baptisé Roof Rush, a été réalisé par la sportive de 31 ans en collaboration avec sa collègue française Lilou Ruel.

STEPHAN HILPOLD

Nouvel opus


GALERIE

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Enoshima, Japon

L’art du kick

Que ce soit avec une balle de tennis, de rugby ou, comme ici, un ballon de football, le Japonais Yu-ri Izu est un acrobate hors pair. Parfois, il jongle avec le ballon grâce à ses jambes et son torse sur une falaise surplombant l’océan, et d’autres fois, sur scène devant des milliers de personnes. Avec une performance apparemment sans effort et incroyablement rapide, il a récemment remporté le titre lors de l’Asia Pacific Freestyle Football Championship. Et ici ? Il montre ses tricks devant le coucher de soleil d’Enoshima. On apprend ainsi que même les freestylers du football ont une âme romantique. Instagram : @yuri_kamalio THE RED BULLETIN


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GALERIE

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Kitzbühel, Autriche

SAMO VIDIC/RED BULL CONTENT POOL STEPHAN HILPOLD

De l’émotion Les courses de ski de descente sont des montagnes russes émotionnelles : la tension succède à l’émerveillement, la fébrilité alterne avec des moments choc. Ce va-et-vient des émotions est capturé dans le film documentaire Downhill Skiers—Ain’t No Mountain Steep Enough, dans lequel le réalisateur Gerald Salmina a suivi pendant une saison une série de skieurs et skieuses de descente, dont la star montante Cyprien ­Sarrazin ainsi que les excep­tionnels Marco Odermatt et Dominik Paris. On voit ici ­Odermatt sur la Streif à Kitzbühel. Le réalisateur avait rendu hommage à cette piste légendaire il y a dix ans dans Streif – One Hell of a Ride. Plus d’infos : downhill-skiers.com THE RED BULLETIN


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L’ADDITION S’IL VOUS PLAÎT !

Girl Power Après l’énorme succès du culte rose et la naissance de son fils, Margot Robbie, 35 ans, revient sur grand écran dans la comédie ­romantique A Big Bold Beautiful Journey. Voici sa carrière en chiffres.

1 ,16

Le film Barbie a rapporté 1,6 milliard d’euros en 2023. Margot Robbie n’y a pas seulement joué le rôle principal : avec sa société LuckyChap Entertainment, elle a également produit le film.

8

À l’âge de 8 ans, elle obtient un certificat d’arts du cirque, spécialité trapèze en Australie.

36

Dans le film Once Upon a Time… in Hollywood, elle n’avait que 36 répliques. Cela lui a pourtant suffi pour briller aux côtés de Brad Pitt et Leonardo DiCaprio.

1

Lors de son audition pour Le Loup de Wall Street, ­Margot Robbie a donné une gifle (au lieu d’un baiser) à ­Leonardo DiCaprio. L’équipe a adoré. L’actrice a ainsi obtenu le rôle qui a lancé sa ­carrière.

354

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Au lycée, elle c ­ umulait trois jobs : femme de ménage, barmaid et ­préparatrice de sandwichs chez Subway. Plus tard, elle a même tourné une pub pour Subway comme mannequin.

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2:12

Le film publicitaire See You at 5 tourné par Margot Robbie pour Chanel N°5 dure 2 minutes et 12 secondes. Elle fut la dernière égérie engagée par Karl Lagerfeld pour Chanel.

5

De 2008 à 2011, Margot Robbie a incarné le ­personnage bisexuel de Donna Freedman dans 354 épisodes de la série australienne Neighbours.

Elle peut retenir sa respi­ ration sous l’eau pendant 5 minutes. Une compétence acquise pour le film d’action The Suicide Squad (2021).

GETTY IMAGES(3), PICTUREDESK.COM(2), ADOBE STOCK, SONY PICTURES

L’Australienne a été nommée 215 fois pour des récompenses de cinéma et en a remporté 36. Malgré trois nomi­ nations, elle attend toujours son Oscar.

HANNES KROPIK

TIM MARRS

215


IMBATTABLE SUR LES ROUTES SUISSES. Découvrez le Mercedes-AMG SL et nos autres modèles à transmission intégrale.

En savoir plus:


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HYPE CHECK

Kirafin

Le kart 3-en-1 Sur quatre roues, deux roues ou en simulateur de course : le Segway Gokart PRO 2 s’adapte à toutes les situations. Le test de notre expert tech.

Le buzz Rapide et transformable, une formule qui marche bien sur TikTok. La vidéo la plus populaire (54 millions de vues) est signée GOKARTKID 22.

Go ! Pour le sim-racing, fixe simplement la ­m anette sur le volant.

L’avis Pour les fans de karting qui aiment aussi jouer aux jeux vidéo : foncez ! Le fait qu’on puisse le transformer en Segway est bluffant. Par contre, je trouve que 2 000 €, c’est trop cher, sachant que le karting n’est pas spécialement mon kiff. BILAN

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À recommander à… … celleux qui veulent passer du karting au ­simulateur sans quitter leur siège. À éviter pour… … celleux qui sont ­immunisé·e·s contre la fièvre des courses.

SEGWAY GERMANY, ONSRA

L’objet En mode kart (jusqu’à 43 km/h !), en Segway ou en simulateur de course : avec ce véhicule électrifié, tu peux t’amuser de trois manières différentes. À ­l’arrière se trouve un Segway amovible. Via USB, tu peux connecter le kart à une console et lancer une course virtuelle.

de son vrai nom Jonas Willbold, 31 ans, divertit son 1,3 million d’abonné·e·s sur TikTok avec des formats humoristiques. En parallèle, il suit sa passion pour les produits et tendances tech. Pour nous, il passe les hypes actuels au crible.


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HÉROS & HÉROïNES

Kristen Stewart a fait du chemin dans le monde du septième art depuis la saga Twilight. Ses premiers pas derrière la caméra ont permis à l’actrice de découvrir toute la puissance de sa voix ­intérieure, sans un cri, tout en douceur. Texte Rüdiger Sturm Photos Ryan Pfluger/AUGUST

« Combien de fois m’a-t-on dit que je ferais mieux de me taire. » Propos assez surprenant de la part de Kristen Stewart, 35 ans, actrice adulée et mondialement célèbre depuis son adolescence et la franchise culte Twilight. Mais c’est justement là le problème, car on lui a rapidement collé cette étiquette d’idole des jeunes sur le dos. « J’avais l’impression que ce que je pensais n’intéressait personne. » Un problème qui ne touche pas uniquement les stars hollywoodiennes. « Ça arrive à tout le monde, cette impression que notre voix n’est pas entendue. C’est quelque chose de très destructeur. » Les femmes en font particulièrement les frais dans cette société franchement masculine. « On s’habitue à n’être qu’un réceptacle. On nous dit que faire ou comment agir, ce qui nous empêche d’être pleinement en harmonie avec nous-mêmes. » Mais Kristen a trouvé une échappatoire : « Certaines expériences sont comme des clés pour ouvrir sa propre conscience, que ce soit un livre, un film, une relation ou tout simplement une conversation qui permet de comprendre qu’il faut s’écouter soi-même, qu’on vaut quelque chose, que notre vie a un sens. Comme une clé pour ouvrir son propre château. »

Sa planche de salut

Pour Stewart, ce sera le récit autobiographique La mécanique des fluides (en anglais The Chronology of Water) de Lidia Yuknavitch, qui finit par donner un sens à sa vie après des années marquées par la maltraitance et l’autodestruction. « Ce livre m’a sauvé la vie », n’a pas peur d’affirmer Stewart, qui s’est acharnée huit années durant à adapter ces mémoires au ­cinéma. Elle a fait de ce projet son pre-

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Focus

Mariée à l’écrivaine Dylan Meyer A remporté de nombreuses distinctions, dont le César de la meilleure actrice dans un second rôle pour Sils Maria d’Olivier Assayas A mis en scène plusieurs courts-métrages et clips vidéos avant de réaliser La mécanique des fluides

mier long-métrage en tant que réalisatrice, effort récompensés par des réactions enthousiastes du public et de la critique lors de la présentation de son tour de force poétique en avant-première au ­dernier festival de Cannes. Mais à bien des égards, la genèse du film fut un apprentissage : s’exprimer et se trouver soi-même sont des processus que l’on ne contrôle pas totalement. Ainsi, la réalisatrice débutante a dû accepter que son projet soit quasiment « déchiqueté ». « Chaque jour, je devais dire adieu à des scènes et des plans tels que je les avais imaginés. Je devais constamment repartir de zéro. » Loin d’être une tragédie, ce sera plutôt une « aubaine » : « Si j’avais adapté mon scénario tel que je l’avais prévu, ce serait devenu un film ­prétentieux, ennuyeux, embarrassant et stupide. »

Plan B, plan C, plan D

Résultat : une prise de conscience qui s’adapte tout à fait à la vie quotidienne : « Il faut suivre le chemin qui se présente à nous, et ce n’est pas le chemin que l’on avait tracé. » Ce qui signifie également qu’il faut être préparé à l’échec et à assumer. Lors du montage, Kristen Stewart a l’impression d’avoir « perdu » son film.

Elle ne s’identifie plus à ce qu’elle voit. « C’était affreux. » Sa planche de salut ? Un « ego minuscule », qui lui permettra de faire preuve de détachement face à un éventuel échec. « Presque toute ma vie s’est déroulée sous les yeux du public, donc je me suis dit que je pouvais également présenter ce film, même si je courrais au désastre. » Ce qui ne sera heureusement pas le cas. Mais Stewart n’est pas du genre à se reposer sur ses lauriers. Le plus important pour elle, c’est d’ouvrir un dialogue : « Je suis super contente de pouvoir avoir toutes ces discussions grâce à mon film. J’ai envie d’approfondir ce dialogue. »

Travail d’équipe

Ce qu’elle a créé n’est pas un moyen pour elle de s’auto-congratuler mais de construire des échanges au niveau humain, un enjeu dont elle a saisi toute l’importance lors du tournage. Elle écrit à son ami Pablo Larraín, pour lequel elle avait joué Lady Di dans Spencer en 2021, lui confiant son manque d’inspiration. Il lui répond : « Tu dois créer un lien avec ton équipe, elle doit devenir ta famille, car sans elle, tu n’es rien. » Elle a ainsi noué une magnifique relation avec son directeur de la photographie, comme elle le rapporte : « En réalité, je suis quelqu’un de plutôt bruyant, qui impose sa volonté. Mais si tu hurles, tout le monde te regarde avec des yeux ronds et personne ne t’écoute vraiment. J’ai appris pendant ce film qu’il fallait parfois être très doux. C’est de cette façon que je me suis entendue avec tout le monde, même si le tournage était très stressant. Et mon chef ­opérateur est devenu comme un frère. » Cela reflète également une expérience qu’elle a faite à plusieurs reprises dans la vie pour mener ses projets à bien : « Pour accomplir quelque chose, il faut s’associer avec des gens qui partagent les mêmes idées. On naît dans une famille déterminée, on évolue au sein d’un certain cercle d’amis mais les années passant, on découvre avec qui on est vraiment sur la même longueur d’onde, et c’est là que les énergies se renforcent mutuellement. C’est dans ce genre d’environnement que je me sens la plus forte. Il faut s’associer avec les bonnes personnes, c’est une histoire de multiplication, pas de soustraction. »


« Si j’avais adapté mon scénario tel que prévu, le film aurait été pré­tentieux, ennuyeux et stupide… » Kristen Stewart sur les leçons tirées de ses débuts en tant que réalisatrice.

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HÉROS & HÉROïNES

Avaion a vite trouvé sa voie et l’a suivie obstinément. Aujourd’hui, le DJ fait partie des talents les plus prometteurs de la scène musicale ­internationale, avec un disque d’or. Texte Lisa Hechenberger Photo Thilo Lehnert

Quand on demande aux petits garçons ce qu’ils veulent devenir plus tard, les réponses sont rarement surprenantes : conducteur d’engins, policier, pilote. Mais si on avait posé la même question à Christopher Stein, le Bavarois aurait déjà répondu sans hésiter : DJ ! Dès l’âge de 6 ans, il prend des cours de piano, puis enchaîne avec le synthé, l’orgue et la guitare. Mais à l’époque, c’est l’immense chaîne stéréo dans la chambre de ses parents qui le fascine. « Un appareil énorme avec changeur de CD onze disques de chez Grundig, un truc qu’on ne voit plus aujourd’hui que dans les musées, raconte-t-il. Ils avaient une collection de CD impressionnante, avec pas mal de techno allemande et des hits dance des années 90. À chaque fois, je prenais un album et je l’écoutais en boucle. Mais je ne comprenais pas vraiment ces sons électroniques, et je me demandais tout le temps ce que c’était comme genre d’instruments. » Plus il grandit, mieux il comprend. « À 13 ou 14 ans, j’ai réalisé qu’on pouvait faire ça sur un ordi. Je regardais des vidéos sur YouTube, je t­ éléchargeais des logiciels et je me lançais. Et j’ai très vite compris que c’était exactement ce que je voulais : créer des morceaux complets moi-même et ne pas être seulement une partie de quelque chose avec un instrument. » Et aujourd’hui, à 28 ans, sous le pseudonyme d’Avaion, c’est précisément ce qu’il fait. Son nom d’artiste est d’ailleurs un clin d’œil à son enfance, puisque c’est le pseudonyme qu’il s’est inventé et qu’il utilisait quand il jouait à des jeux de fantasy à l’époque. Ressent-il ce besoin de vouloir tout faire seul ? « Oui, », déclare-

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Focus

Il s’y voyait déjà Ado, Avaion avait laissé un espace vide sur le mur de sa chambre pour y accrocher un disque d’or Il collectionne… les parfums ! Son préféré du moment est Oud Maracujá de la Maison Crivelli Il connaît le visage du DJ Marshmello

t-il en souriant. Et le son qu’il produit, c’est quel genre ? « On peut danser d ­ essus, c’est à la fois mélancolique et bourré d’énergie, c’est une manière d’amplifier ton humeur du moment, quoi. » Il nous conseille d’écouter les morceaux Sleepless ou Other Side pour se faire une idée : « C’est ma voix, ma prod, c’est moi tout craché. » Bien qu’il sache qu’il a trouvé le métier de ses rêves, il passe un bac pro et suit une formation de mécanicien industriel. « J’ai essayé de ne pas tout laisser tomber pour la musique… mais c’est évidemment ce qui a fini par arriver. Si j’avais investi cette énergie ailleurs, je serais peut-être devenu ingénieur… Mais en même temps, aujourd’hui, je me produis sur les plus grandes scènes, donc c’est pas si mal, au fond ! »

Savoir saisir les opportunités

C’est en 2021 qu’il décide enfin de mettre tous ses œufs dans le même panier. « La meilleure décision de ma vie. » Même si sa mère n’était pas forcément ravie, à l’époque, qu’il veuille se consacrer exclusivement à la musique. « Je viens d’un foyer assez conservateur, où la devise est d’étudier, travailler, construire une maison, mourir. Mais je ne me suis jamais vu poursuivre un cursus classique. » Quand sa mère assiste ensuite aux premiers ­festivals et qu’elle voit de ses yeux les

10 000 personnes du public se trémousser sur la musique de son fils, elle finit par comprendre. « Aujourd’hui, elle est ma plus grande fan », explique-t-il avec fierté. Avec Pieces, son premier hit (qui lui permet de signer chez Sony Music), il a déjà atteint le statut de disque d’or et de platine dans huit pays. À ce jour, il compte plus de dix millions d’auditeurs mensuels sur Spotify, des chiffres constamment à la hausse. Il ne fait plus ses enregistrements dans sa chambre d’ado mais dispose de son propre studio en Allemagne. Quant à son dernier single Save My Love, il est né d’un message reçu par hasard sur Instagram du DJ américain Marshmello. « Il m’a juste écrit : “Let’s work” et j’ai répondu : “Okay, let’s work!” », raconte Christopher. Après un appel FaceTime d’une heure, et plusieurs échanges créatifs, le morceau final était prêt ! La chanson est produite en à peine trois semaines, avec la participation de la chanteuse-autrice-compositrice ­britannique Ellie ­Goulding.

Garder le sens des priorités

Quand on lui demande si c’est une ­bénédiction ou une malédiction d’avoir trouvé sa vocation si tôt, Christopher Stein répond sans hésiter : « Une bénédiction absolue ! Bien sûr, c’est un peu stressant de chercher à atteindre quelque chose de très précis, mais cela a toujours été mon moteur. » Actuellement, il se considère encore au tout début de sa carrière. « J’ai beaucoup de projets, je travaille sur un deuxième album. Et j’aimerais me concentrer davantage sur mes propres shows. L’énergie dans une salle comble, quand le public est chaud, c’est juste dingue ! » Au final, le plus important pour ­Christopher dans ses morceaux, c’est de trouver la bonne vibe : « Le texte n’est pas si important à mes yeux. Ce qui compte, c’est que l’émotion transmise soit juste. Pour moi, la musique, c’est de l’amour ; elle permet de connecter le monde entier. Et je pense qu’en ce moment, on en a tous et toutes bien besoin. » Instagram : @avaion


« La musique, pour moi, c’est de l’amour. Et en ce moment, on en a bien besoin. » L’objectif du DJ et producteur Avaion, c’est de toucher le cœur des gens.

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HÉROS & HÉROÏNES

Jamie Huser écrit l’histoire sur un lac de montagne suisse en réalisant le plus long slide de tous les temps. Monté pour la première fois sur une planche à l’âge de trois ans, il est aujourd’hui l’un des meilleurs wakeboarders au monde. Texte Saskia Jungnikl-Gossy Photo Lorenz Holder

La 113e tentative est la bonne. C’est celle qui validera son record du monde. Jamie Huser, 21 ans, à l’aise sur un wakeboard depuis l’âge de 3 ans, s’élance sur un rail de 140 mètres et établit une nouvelle marque de référence dans le monde du wakeboard. Le Suisse originaire de Lachen, dans le canton de Schwyz, ­repousse ainsi les limites de ce qui est possible dans ce sport. Que Jamie Huser soit destiné à de grandes choses dans cette discipline fut évident très tôt. Son père dirigeait la première école de wakeboard d’Europe, sur le lac de Zurich, et à peine savait-il marcher que son père le posait déjà sur une planche. À 11 ans seulement, Jamie ­Huser remportait des compétitions de la ligue adulte ; à 14 ans, il était champion d’Europe et vice-champion du monde. Il a gagné sur la Pro Tour et a été élu Rookie of the Year en 2023 après avoir terminé la tournée à la deuxième place du classement général. Et plus sa carrière s’accélère, plus ­Jamie Huser cherche de meilleures ­conditions d’entraînement. Sur le lac de ­Zurich, l’espace se faisait rare : trop de bateaux de ligne et de plaisance, une distance minimale de 300 mètres du ­rivage, et trop de vent gênaient ses entraînements. Et puis, bien sûr, il y avait le froid…

Nouveau départ en Floride

À 15 ans, Jamie Huser s’installe aux ÉtatsUnis, à Orlando, en Floride – ­accompagné de sa mère et de sa petite sœur, tandis que son père et ses autres frères et sœurs font de nombreux allers-retours. « Nous savions que c’est ici que vivent la plupart

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Focus sur le recordman

Vitesse finale lors du slide du record du monde 34 km/h Planche Ronix Kinetic, ­longueur 150 cm Fixations RXT, taille 11

des professionnels de la discipline. Et si je voulais vraiment réussir, je devais vivre là-bas pour pouvoir m’entraîner. » Un jour, la famille achète une maison en Floride, qui devient ainsi le QG de Jamie Huser, qui ­réunit les conditions idéales afin qu’il se consacre à sa passion. Aujourd’hui, il s’exclame : « Je suis infiniment reconnaissant envers mes parents, car grâce à eux j’ai pu réaliser mon rêve. » Peut-être est-ce aussi pour cela qu’il a battu ce record en Suisse, là où il a grandi.

Bonne énergie : le jour du record

Le jour de la tentative décisive, il fait froid, mais le soleil brille et il y a peu de vent. Des conditions idéales. Même si Huser affirme : « À part la pluie, rien n’aurait pu m’arrêter. Tout allait bien pour moi. » Sa famille et ses amis et amies sont présents, l’ambiance est excellente, toute l’équipe se donne à fond. « Nous avons passé un super moment, déclare Jamie Huser. Personne ne m’a mis de pression ou ne m’a culpabilisé parce qu’on restait toute la journée dehors dans le froid. L’énergie était vraiment bonne. » Si bonne qu’il sent que le moment est venu : c’est aujourd’hui qu’il va réussir. Pour celles et ceux qui ne connaissent le wakeboard que de nom : ce sport nautique combine des éléments du ski nautique, du snowboard et du surf. On se tient debout, les pieds fixés sur une

planche spéciale, et l’on est tracté à la ­surface de l’eau – soit par un bateau à ­moteur, soit par un système de câbles. Et bien sûr, il existe des obstacles. L’un des plus difficiles : le rail, une barre étroite ou une structure posée sur l’eau, sur laquelle les riders glissent avec leur planche – comme des skateurs sur une rampe. Équilibre, précision et courage sont essentiels. Chaque rail est un défi. ­Plus il est étroit, plus il devient redoutable. En Cable Park, les sportifs et les sportives sont tiré·e·s par un téléski nautique ; les rails y mesurent entre 10 et 15 mètres, sont en plastique, solides, et relativement faciles à anticiper.

Un rail pas comme les autres

Le rail de Huser, lui, était différent – ou comme il le dit : « J’adore me lancer des défis et inventer des choses totalement nouvelles. » Son rail était en métal, froid, glissant, long de 140 mètres, posé sur un lac de montagne, à 2 000 mètres d’altitude, en Suisse. Un rail jamais tenté auparavant. « Je savais que l’équilibre serait le point clé, nous explique Jamie Huser. » Pendant des semaines, il s’est entraîné sur une slackline, sur de fines barres en salle, sur un pied, en faisant des pistol squats. Son épaule gauche, fraîchement opérée, devait particulièrement être renforcée. Il lui aura fallu réaliser 112 tentatives infructueuses pour affiner sa technique : sauter un peu plus à droite, augmenter ­légèrement la vitesse – et finalement atteindre les 34 km/h. « Je me répétais : reste calme, va au ralenti. Chaque petit mouvement fera la différence. » Difficile aussi de garder la bonne traction et une vitesse constante, d’autant que la tension du câble n’est pas la même au milieu qu’au début ou à la fin du rail. Et puis, il réussit. Lorsqu’il parvient enfin à parcourir le rail jusqu’au bout, tout retombe : « J’ai eu l’impression d’être libre. C’est une sensation que je n’oublierai jamais – et que j’espère revivre. » Un vœu qui a de grandes chances de se réaliser. Car Jamie Huser n’en est qu’au début d’une carrière déjà riche en succès. Que pourrait-il faire d’autre ? Comme il le dit lui-même : « Le wakeboard, c’est ma vie, mon métier. C’est ce que j’aime et ce que je fais depuis que je sais parler. » Instagram : @jamiehuser


« Reste calme, va au ralenti. Chaque petite manœuvre fera la différence. » Les mots de Jamie Huser à lui-même avant son record du monde.

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Jusqu’au bout ! Plonger tête la première ou escalader des falaises vertigineuses : le photographe Corey Rich n’hésite pas à mouiller sa chemise. Voici le journal d’un artiste vraiment engagé. Texte Karin Cerny Photos Corey Rich

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PORTFOLIO

Attention, ça grimpe !

L’endurance, c’est sa vie : l’Américaine Rebecca Rusch, légende du cyclisme extrême, se surnomme elle-même Queen of Pain. « Je la connais depuis près de trente ans, c’est une athlète exceptionnelle, dit Corey. Monter et descendre trente fois cette arche près de Moab, dans l’Utah fut un jeu d’enfant. Quant au shooting, de 4 heures du mat à la tombée de la nuit, ce fut une partie de plaisir comparé à son entraînement. » THE RED BULLETIN


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Au plus près de l’eau

Mais où est-il ? Pour cette photo de 2012, Corey s’était suspendu à une corde, juste au-dessus des flots déchaînés. Avec un drone, il n’aurait jamais pu s’approcher autant : « On était en pleine jungle mexicaine, au-dessus d’une cascade impressionnante. À tout moment, Dane Jackson, l’un des meilleurs kayakistes en eaux vives du monde, pouvait surgir dans mon cadre. J’adore quand je suis en plein cœur de l’action. » THE RED BULLETIN


PORTFOLIO

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Des clichés devenus légendaires : ses images font partie des grands classiques de la photo d’extérieur. Plus qu’un simple observateur à distance, Corey Rich est toujours au cœur de l’aventure – c’est ce qui donne à ses clichés cette magie palpable.

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Le pic du Cerro Torre et l’alpiniste David Lama : deux légendes, deux forces de la nature, une saga riche en rebondissements. Corey a accompagné l’alpiniste autrichien, décédé en 2019, à deux reprises en Patagonie. Cette photo date de 2012, juste avant que Lama réussisse la première ascension libre de la fameuse voie du Compresseur . « Je ne sais pas comment j’ai tenu la cadence avec David et son ami Daniel Steuerer. Quand les nuages se sont dissipés, j’ai puisé dans mes dernières forces pour capturer ce moment. C’était… unique ! »

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PORTFOLIO

Le photographe

L’Américain Corey Rich, 49 ans, est l’un des photographes d’aventure les plus réputés de sa génération. Dans son livre Stories Behind the Images, il raconte dans quel contexte ses clichés devenus cultes ont été réalisés. coreyrich.com

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Difficile de dire quel fut son premier coup de cœur : la photo ou l’escalade. À 13 ans, Corey Rich tient son premier appareil photo entre les mains… et passe chaque minute de son temps libre à grimper avec ses amis. « Je cultivais deux passions, mais indépendamment l’une de l’autre, alors j’ai eu l’idée de les réunir en devenant photojournaliste. Je voulais créer des images qui surprennent, qu’on n’avait encore jamais vues. » Dès le début, ses photos ne répondent qu’à une seule règle : raconter une histoire. Il a côtoyé les meilleur·e·s athlètes, gravi les plus hauts sommets, traversé des cascades, exploré des déserts sans fin – avec, toujours, des kilos de matériel sur le dos : « C’est une chorégraphie avec l’équipe. J’adore faire partie d’une expédition, et dégainer mon appareil au bon moment. » Son univers, c’est le sport extrême. Ses proches, ce sont les mêmes athlètes dont il photographie les exploits. Et son talent, c’est de s’engager à 100 % pour transmettre des histoires qui laissent sans voix. THE RED BULLETIN


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PORTFOLIO

Détaché du monde

« Dans ma carrière de photographe, j’ai vu les plus beaux endroits du monde. Certaines années, je suis parti en expédition presque pendant 300 jours. Pourtant, mon lieu favori sur cette planète, c’est celui où j’ai élu domicile : le lac Tahoe. Je suis heureux quand je rentre à la maison et que je peux être sur mes skis au lever du s­ oleil. Cette photo de Ming Poon, une pointure du snowboard, a été prise juste derrière chez moi ; elle a ensuite été utilisée pour une campagne publicitaire. »

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31 Symphonie de lumière

L’aventure peut aussi se vivre dans un décor de béton : « En 2019, j’ai réalisé un atelier à Woodward Tahoe, en Californie. J’ai kiffé les immenses fenêtres du bâtiment. On a attendu le moment parfait pour capturer cette symphonie lumineuse presque irréelle. Le pro du BMX Corey Martinez a tout de suite compris ce que j’avais en tête : capturer des ombres graphiques, et bien détourées. Quand on est sur la même longueur d’onde avec l’athlète, c’est du bonheur. »

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PORTFOLIO

« Quand mon cœur s’emballe et que la sueur me coule dans les yeux, c’est là que je suis le plus créatif, et que je réalise mes meilleures photos. » La beauté de l’effort

Cette image de 2012 a rendu Corey célèbre. Avec son ami grimpeur Justin Bastien, ils ont testé différents moyens de mettre en scène les mousquetons et les cordes dans le Hellgate Canyon, Montana. « Comme un bon vin, une bonne photo a besoin de temps. Souvent, c’est seulement quand je suis témoin des réactions d’un public à la vue d’une de mes images que je percute à quel point elle est spéciale. Comme celle-ci : les journaux se la sont arrachée. »

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PORTFOLIO

Trouver la faille

« La technique ne représente que 10 % de mon boulot. Le reste, c’est de la créativité, de l’optimisme – et un vrai t­ ravail d’équipe avec les ­athlètes. La grimpeuse Beth Rodden m’avait parlé de cette faille dans le parc national de Yosemite : elle savait que ce couloir ferait une super photo. J’ai utilisé un simple appareil compact Nikon, léger et pas cher. Quel soulagement de ne pas avoir à porter tout mon matos, pour une fois ! »

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DES AIIILES

POUR L‘HIVER. NOUVEAU

Pomme Fuji & gingembre

STIMULE LE CORPS ET L‘ESPRIT.


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DANSE « Ce n’est que quand je sais qui je suis que je peux poursuivre mes objectifs », dit ­Glory. Pour elle comme pour Pakissi, la danse est une vocation.

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DANSE URBAINE

Danser, c’est une forme d’expression universelle. Quand l’adrénaline monte, les barrières tombent. C’est à la portée de tout le monde… à condition d’essayer ! ­Glory et ­Pakissi, nos deux stars locales de la danse u ­ rbaine, te montrent comment trouver ton style et prendre ton e ­ nvol. Texte Pauline Krätzig Photos Muriel Florence Rieben

LIBRE THE RED BULLETIN


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ORIANA ZEOLI aka GLORY « Je viens d’une famille de footballeurs : mon père est Italien, ma mère Espagnole. » En 2021, Glory abandonne sa formation dans l’administration communale afin de se consacrer à la danse et part s’installer à Paris pour s’entraîner. Aujourd’hui, elle est devenue une star du popping. THE RED BULLETIN


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Deux artistes, deux styles et une mission : l’ambassadrice et l’ambassadeur de Red Bull Dance Your Style, Glory et Pakissi, nous parlent de la magie de la street dance – et te montrent en sept étapes comment la vivre toi aussi pour devenir une version plus épanouie de toi-même.

L

a magie de la danse, les artistes de street dance Glory et Pakissi l’incarnent à travers chacune des fibres de leur être. Malgré leurs différences, la virtuose du popping âgée de 27 ans et le freestyler hip-hop du même âge parlent le même langage sur le dancefloor – un langage sans paroles. Mais même en pleine discussion, Glory et Pakissi sont sur la même longueur d’onde, la preuve en est : la danse agit comme un catalyseur de transformation ultime vers une personnalité plus libre et plus épanouie. Suis le guide et vis une expérience inoubliable grâce à ces sept étapes qui t’aideront à te dépasser et à te rapprocher de toi-même.

STEP 1 : DÉTENDS-TOI

Comment ça, tu ne sais pas danser ? Bien essayé, mais parole de Pakissi, « tout le monde sait danser ». « Oui mais qu’est-ce que ça veut dire, savoir danser, au juste ?, rétorque Glory. Qui va évaluer cela ? Personne, à moins de participer à un battle devant un jury. En fait, le tout, c’est de le vouloir. Si tu en as envie, mets ta musique préférée et c’est parti. » Oui, mais en pratique ? Que fait-on avec ses bras ? « Le problème, c’est que les gens veulent toujours savoir tout faire tout de suite. La première étape, c’est de bouger, tout simplement. Il faut se lancer, c’est tout ! », encourage Pakissi. Petit à petit, on se met dans le rythme, rien que pour soi, tranquille à la maison, sans personne d’autre, portes verrouillées, rideaux fermés. Imagine que ton corps répond à la musique : avec des hochements de tête, des mouvements de jambes, des haussements d’épaules. Et on ne laisse pas pendre les bras ! Tu peux aussi t’inspirer de Pakissi quand il était petit : « J’ai regardé tous les clips de R&B des années 2000 sur MTV et MCM : Mario, Chris Brown, Usher. Des films comme StreetDance ou Step Up m’ont aussi beaucoup marqué. Je dansais tout seul dans ma chambre en les regardant ». Laisse-toi porter par le rythme, sois attentif au beat et aussi à ce que dit Glory : « Il y a un moment où les mouvements sembleront naturels, tu te sentiras totalement différent. La danse crée un lien très fort avec son corps, avec soi-même. » Allez, on se lance – le premier pas est souvent le plus difficile à franchir. Mais sans ce premier pas, tu n’auras rien du tout, et encore moins de magie. THE RED BULLETIN


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DANSE URBAINE STEP 2 : INVESTIS L’ESPACE

Danser, c’est révéler qui on est vraiment – ou qui on a envie d’être. Les personnes qui dansent disent souvent la même chose : « Sur le dancefloor, je deviens quelqu’un d’autre. » Parce que la danse fait ressortir des aspects de la personnalité que l’on occulte dans la vie de tous les jours, délibérément ou sans s’en rendre compte. « C’est aussi cela qui fait toute la force de la danse : elle nous permet de découvrir de toutes nouvelles facettes de nous-mêmes, explique Pakissi, fort de sa longue expérience. Moi, je suis plutôt d’un tempérament calme. Mais quand je danse, je peux oser, péter un câble ou devenir complètement dingue. Et il ne fait pas les choses à moitié : si, en dehors de la frénésie du hip-hop, il chille dans son sweat à capuche ou se planque sous sa casquette, sur le dancefloor, il se déchaîne avec une énergie incroyable. Glory, ce n’est pas la même histoire : sa personnalité débordante ne fait aucune distinction entre le quotidien et la danse : seuls ses mouvements impulsifs et rythmés, tantôt puissants, tantôt doux, varient quand elle pratique le popping. « En plus, il y a tellement de plateformes sur lesquelles je peux m’exprimer de différentes manières : dans un cypher, lors d’une session, en solo ou dans un crew. Pendant les battles, il y a aussi mon côté : “Regarde un peu ce que je fais” qui s’exprime. » Glory et Pakissi se sont révélés dans la street dance. Au fil du temps, tu découvriras le style qui correspond le mieux à ta personnalité et qui te permet de t’épanouir. Aujourd’hui, ce sera la house, demain ce sera peut-être le jazz. Grâce à la danse, on peut se réinventer à l’infini.

STEP 3 : ÉVACUE

La danse révèle toutes les facettes de notre être, mais pas seulement. Elle fait également remonter à la surface toutes les émotions pénibles que l’on refoule et qui nous pèsent. « Tout le monde a ses problèmes. La danse, ça permet de les évacuer.

« Tu peux recevoir du soutien du monde entier, mais le vrai appui, c’est toi qui te le donnes. » Glory et la danse, un art qui dépasse toutes les frontières. THE RED BULLETIN

Être vulnérable et sensible, ce n’est pas une faiblesse, bien au contraire, déclare Pakissi. Je me souviens d’un battle, c’était peu de temps avant le début du mouvement Black Lives Matter. En plein milieu, je me suis mis à penser à George Floyd, au genou du policier sur son cou, et la colère et la douleur qui m’ont envahi ont fait partie intégrante de ma danse. » Dans le public, personne n’a eu besoin de lire dans ses pensées pour les comprendre. La danse est l’un des langages les plus anciens qui soient, compris dans le monde entier, sans Google Trad, sans alphabet. C’est une délivrance pour les personnes qui n’ont aucun autre moyen d’exprimer leurs émotions, et pour les tempéraments calmes comme Pakissi. « Je ne parle pas beaucoup. En freestyle par contre, je suis très loquace, je raconte plein de choses : ce que je vois, ce que j’apprends, ce que j’entends, ce qui me passe par la tête, ce que je ressens. » Même quand, comme Glory, on aime parler et qu’on parle beaucoup, il n’y a pas de limites : « Quand je danse, je dis des choses que je n’arriverais pas à formuler avec des mots. Et je peux m’exprimer de manière encore plus intense, approfondir encore davantage les choses ».

STEP 4 : MONTRE-TOI

« La danse est une activité d’une honnêteté absolue. À condition de se l’autoriser », explique Glory. Une affirmation de soi. C’est extrêmement déstabilisant. Il faut du courage pour se montrer tel que l’on est. La réaction de beaucoup de gens, au début, c’est la peur, ou soyons honnêtes : la panique ! Là encore, rien ne sape plus la confiance en soi que de se heurter à des regards ou à des jugements critiques – qui ne sont que le fruit de notre imagination, la plupart du temps. « Avec mes moves, n’importe qui pourrait me prendre pour un mec bizarre. Mais ce n’est pas grave ! En plus, dans la communauté, on n’en a rien à faire des compétences de chacun et de chacune. Ce qui nous intéresse, c’est uniquement l’amour et la passion que vous mettez dans vos mouvements », explique Pakissi d’un ton rassurant, et Glory de surenchérir : « Avant chaque ­battle ou chaque représentation, je me demande toujours : “Mais qu’est-ce que je fous ici ?” » Facile à dire pour deux personnes dont le talent les a propulsés au rang de l’élite de la street dance. C’est le moment idéal pour reprendre son souffle et répéter la première étape : même en dehors de chez toi, personne ne s’attend à ce que tu sortes un air flair sur le parquet. Il y a un dicton qui dit : « Danse comme si personne ne te regardait » et il est peut-être un peu éculé, mais c’est quand même un conseil bon à prendre. Quand on danse, on n’a pas besoin de se contorsionner comme


« Danser, c’est être radicalement sincère. » Pour Glory, danser, c’est se révéler … et savoir faire preuve de courage.

Se montrer sensible et vulnérable et laisser parler ses émotions ? Pour Pakissi, c’est une force. THE RED BULLETIN


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« La danse est notre langage, c’est elle qui nous rapproche. » Pakissi voit ses mentors comme ses grands frères et pères de cœur : Stalamuerte, Tutur, D-Say et la légende suisse du hip-hop Mams.

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Avec ça, tu envoies !

Les tracks qui font vibrer Glory et Pakissi en jam session.

La playlist de Pakissi Central Cee Limitless Hamza Location Michael Jackson Do you remember Odeal Blame U Tays Encorps La playlist de Glory Jocelyn Brown Somebody Else’s Guy D’Angelo Lady Rosalía La Fama Michael Jackson Baby Be Mine Zapp & Roger Doo Wa Ditty (Blow That Thing)

Glory souhaite, comme Pakissi, transmettre et soutenir la communauté dance. THE RED BULLETIN


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POPPING Le style funk a fait son apparition à la fin des années 1960 sur la côte ouest des États-Unis. Grâce aux contractions et aux décontractions explosives et rythmées de ses muscles (appelées pops ou hits), l’artiste peut donner l’impression d’être en apesanteur ou télécommandé.

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Qui défie Pakissi dans un cypher doit se préparer à un ouragan de skills et d’énergie. Avec cette combinaison redoutable, le Suisse remporte depuis des années bataille après bataille. Membre du crew freestyle Street Madness, il fait sensation dans le monde entier lors des grands événements.

« La magie de la danse, on la crée soi-même. Mais quand on est à plusieurs, on peut la décupler ! » La danse selon Glory : une énergie à vivre seul·e et ensemble.

Glory sur le photo shoot : « C’est important de ne danser pour personne d’autre que pour soimême. Ne te compare pas aux autres. Et ne joue pas un rôle pour plaire à qui que ce soit. Même quand tu as un jury en face de toi. » Ne copie pas les autres, copie plutôt l’énergie du moment.

STEP 5 : VA CHERCHER DU RENFORT

« Ce que j’aime le plus dans ma pratique, c’est le partage ! », s’exclame Pakissi, qui n’a soudain plus besoin de musique pour s’exprimer. Aussi imbattables (ou presque) qu’il et elle soient en solo, lui et Glory ne sont pas totalement auto-­ centré·e·s. L’esprit de la danse, iels veulent le partager en transmettant leur énergie à d’autres à travers des représentations, des cours et des ateliers. C’est là que l’étape 4 prend tout son sens : maintenant, tu peux rejoindre une communauté vivante, faite de membres qui se motivent et ­s’encouragent mutuellement. « La magie de la danse, on la crée soi-même. Mais quand on est à plusieurs, on peut la décupler ! », s’exclame Glory avec enthousiasme. Et le phénomène

explose avec les réseaux sociaux. Des millions de personnes passionnées de danse se retrouvent sur des plateformes en ligne et exposent leurs talents au monde entier à travers des danses virales et des challenges de danse. La street dance est particulièrement prisée par la génération Z. « C’est génial de voir la danse prendre autant d’ampleur avec le numérique », estime Glory. Pakissi approuve : « C’est vraiment cool que, grâce aux réseaux sociaux, tout le monde ait la possibilité de danser ensemble. Peu importe les origines de chacun et chacune » – peu importe le sexe, le style, le niveau. Queer, immigré, excentrique, « différent » : tout cela n’existe pas dans la danse. La danse suscite un sentiment d’appartenance. Et ce sentiment, c’est sur le plan analogique qu’on le ressent le plus fortement : quand on est au même endroit, avec la même musique, sur le même rythme. Mais personne ne se fond dans la masse pour autant. Chaque personne bouge à sa manière, aucune séquence de pas, aussi synchrone soit-elle, ne ressemble à une autre. Et tout le monde veut être considéré comme un être à part entière.

STEP 6 : FAIS BIEN LES CHOSES

Pour pouvoir s’exprimer par le mouvement, il n’y a pas de vocabulaire à apprendre, mais des règles à respecter. « L’attitude, c’est la base, dit Glory. Il faut apprendre à comprendre la danse, toute la THE RED BULLETIN


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« Il ne s’agit pas de devenir le meilleur ni le plus cool, mais de profiter pleinement de l’instant. » Pour Pakissi, la règle est simple : « Donne chaque jour un peu plus que la veille. »

Red Bull Dance Your Style – Finale mondiale 2026 en Suisse Together to new heights. C’est la devise de Red Bull Dance Your Style qui rassemblera l’an prochain les meilleurs talents mondiaux de la street dance. Pour accéder à la sène, danseuses et danseurs devront s’imposer lors des sélections nationales. Les seize finalistes s’affronteront ensuite, à l’automne 2026, lors de la finale organisée en Suisse. Et le plus beau : c’est le public qui élira le ou la vainqueur·e ! Toutes les infos via le code ci-contre.

culture qui se cache derrière, son contexte. C’est important car on représente tout cela quand on danse. J’aimerais qu’il y ait une plus grande prise de conscience à ce sujet. C’est une question de respect, qui fait souvent défaut. Il n’y a pas longtemps, j’ai vu un groupe de filles blanches réaliser une choré sur un titre dans lequel le mot “nigger” revenaient à plusieurs reprises. Elles ne savaient même pas sur quoi elles dansaient. » Pakissi ne peut qu’approuver. Le respect est la base. « Sur le dancefloor, c’est la même chose que dans une conversation : il faut écouter avant de parler. Et regarder son interlocuteur dans les yeux. C’est la seule façon de vraiment aller vers quelqu’un et de créer une connexion, voire une proximité. »

STEP 7 : ACCROCHE-TOI

Peu importe ton niveau, c’est toi qui décides de ton rythme. Rien ne presse, car en danse, c’est le chemin qui compte. Glory a beau être ambitieuse, elle le sait : « Je veux devenir la meilleure version de moi-même, mais cela peut prendre une éternité. La danse est un processus sans fin : on ouvre une porte et derrière, il y en a vingt autres. Mais j’aime bien cette idée d’être “une élève pour toujours”. La danse me permet de progresser sans cesse, et je trouve ça super. » Dès le début, l’ambition de Pakissi a été supplantée par le plaisir que lui procure la danse : « Le but, ce n’est pas de devenir le meilleur ni le plus cool, mais de profiter du moment et de repousser ses limites, en donnant chaque jour un peu plus que la veille. Les grands objectifs ne sont réservés à personne. Tout le monde peut se dépasser. » Instagram : @pakissi_indigo und @gloryori

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PAKISSI SEMEDO ESTEVAO À l’école, il se sent à l’étroit : « Les profs m’avaient collé l’étiquette “différent” parce que j’étais turbulent, que j’inventais tout le temps de nouveaux mots et que j’avais une autre manière de communiquer.» Dès l’âge de 3 ans, Pakissi découvre la danse. Les cultures de ses parents (sa mère vient du CapVert, son père d’Angola) influent sur sa danse. C’est dans le hip-hop qu’il trouve son mode d’expression. THE RED BULLETIN


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EN ROUES LIBRES C’est sur l’ancienne base militaire située au PlessisPâté, à une heure au sud de Paris, que nous avons rencontré la figure incontournable du STUNT. Une icône française du motorsport, Sarah Lezito – de son vrai nom Sarah Vignot – rembobine les crash-cams de sa dernière cascade pour The Killer de David Fincher. Texte Marie-Maxime Dricot Photos Jesús Leonardo

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STUNT

24 heures de stunt avec Sarah Lezito, à 30 km de Paris, sur le site de l’ancienne base militaire de Brétigny-sur-Orge. THE RED BULLETIN


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STUNT

Quinze ans après ses premiers wheelings sur un quad entre deux rangs de pinot noir, la Champenoise est devenue l’une des stunteuses les plus sollicitées d’Hollywood, tout en régnant encore sur la scène freestyle moto.

Peu habituée à poser devant un appareil photo, Sarah Lezito s’est prêtée au jeu pour The Red Bulletin grâce aux codes appris sur les tournages hollywoodiens! THE RED BULLETIN


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Entre deux séries de photos indoor et outdoor, Sarah recharge ses ­batteries. THE RED BULLETIN


STUNT

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the red bulletin : Quand tu roulais en quad dans les vignes d’Épernay à 13 ans, t’imaginais-tu déjà un avenir professionnel sur deux roues ? sarah lezito : Pas du tout ! J’ai emprunté le quad de mon père alors que je n’avais pas l’âge légal. C’était un engin de balade tranquille, pas du tout sportif, mais j’ai vite essayé de lever la roue arrière ; alors la moto c’était la suite logique de mon enfance à faire des wheelings à vélo. Très vite je me suis dit : « Il y a trop de roues sur un quad, je veux une moto. » « Lezito » vient d’un diminutif familial. À quel moment est-ce devenu une ­véritable marque ? Quand les organisateurs des Stunt Games 2011 m’ont demandé sous quel nom m’inscrire. Je ne voulais pas voir « Sarah Vignot » sur l’affiche : trop scolaire. J’ai proposé Lezito. Depuis, c’est devenu mon nom sur les réseaux. J’ai cru comprendre qu’il devait y avoir un gain lors de cette compétition, dont tu n’as jamais vu la couleur, n’est-ce pas ? Absolument. À 15 ans j’ai acheté une ­Yamaha DT 125 : c’est la base solide de toute ma carrière, j’avais ensuite acheté en catastrophe une 500 cm³ pour cette compétition où on promettait une GSX-R 750… Sauf que l’organisateur est parti avec la moto. Le point positif c’est que ça m’a fait entrer dans le « gros cube ». Puis à 18 ans j’ai mis tout mon argent dans une CBR 600 RR et, depuis, je n’ai plus lâché.

APPRENTISSAGES & TECHNIQUE

DÉCLIC

Suivie par plus de 9,6 millions de personnes sur Instagram en 2025, elle vient de révéler sa nouvelle Kawasaki Ninja ZX-6R « 636 » millésime 2025. Entretien fleuve en forme de bilan à mi-carrière. Dans ton reel 2014 vs 2025 : The ­quality of my crashes, tu te moques de toi-même. Qu’est-ce que ces chutes t’ont réellement appris sur la gestion du risque ? Être transparente sur le fait que c’est la vie de tomber. Dans tous les sports, il y a énormément d’échecs avant la petite victoire. Si tu veux dépasser la limite, tu dois passer par cette case : la chute, le crash. Ça vaut pour tout : tu veux évoluer, crashtoi et recommence. Quant à la peur, c’est une alliée si tu la laisses parler en amont. Quand elle se manifeste, c’est trop tard. Tu viens de présenter ton « nouveau jouet : la 636 2025, après treize ans sur ce modèle ». Qu’est-ce qui fait que cette moto reste ta base idéale ? Le bloc 636 offre un compromis parfait entre couple à bas régime pour le stunt et allonge quand il faut taper des pointes pour le cinéma. La nouvelle version gagne un shifter up & down et surtout un ABS paramétrable – ça me sauve la vie quand je dois passer d’un stoppie à un pivot ­arrière sur sol mouillé. Comment trouves-tu ton équilibre entre stunt pur et des tournages à Hollywood ? Dans la première phase de ma vie je me disais : « Si je veux être forte en moto, je ne dois faire que de la moto, passer le plus de temps possible dessus – et oui, ça m’a permis d’énormément progresser. Mais, après Hollywood, j’ai rencontré d’autres cascadeurs ; j’ai ajouté muscu, escalade, gym… J’ai vu qu’un peu de complémentarité t’apporte énormément. Aujourd’hui, l’équilibre, c’est de continuer la moto, faire des activités fun (escalade, gym) pour que ça ne devienne jamais une corvée. THE RED BULLETIN


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m’ont dit ça. Je savais que s’ils m’appelaient, ce serait parce qu’ils avaient vraiment besoin de moi, car personne ne voudrait faire le truc, en fait. Et du coup, c’est là qu’il faut se poser des questions. Et pourtant, sur le papier, ce n’était pas compliqué. Il fallait juste faire une roue arrière derrière un camion. Bon, il s’avère que pour faire la roue arrière, c’était avec une S 1000 RR, soit l’une des motos de ­série les plus puissantes qui existent.

Sur cette photo, Sarah effectue un wheeling : une figure qui consiste à rouler sur la roue arrière de sa moto, toujours casque sur la tête.

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HOLLYWOOD BABY

Où se déroulait le tournage ? Quelles étaient les conditions ? C’était en plein hiver, dans le nord de l’Écosse, dans des conditions très froides. Et en plus de ça, sur le camion, il y avait un mec qui me jetait du feu avec un lanceflammes. Et du coup, le but, c’était que je reste le plus longtemps dans les flammes. C’était ça le but de la cascade. Et c’est trop WTF, quoi. Parce que, d’une part, je roule avec une moto donc la première chose à laquelle j’ai pensé, c’est l’essence et l’huile qui sont des produits inflammables. Ce n’est pas fait pour être dans le feu.

Te souviens-tu du moment où le coordinateur d’Avengers: Age of Ultron t’a choisie comme doublure de Scarlett Johansson ? J’ai toujours roulé dans mon coin et d’un coup, je me retrouve hors de ma zone de confort, à l’autre bout du monde, seule Française… et je ne parlais pas anglais (sauf ce qu’on apprend à l’école). On m’a lancée direct dans le grand bain : je doublais Scarlett Johansson. C’était fou et ­ultra stressant, mais super enrichissant. (Au moment où le coordinateur d’Avengers contacte Sarah, elle est en train de terminer son BTS œnologie. Elle pensait que tout cela n’était qu’une farce, ndlr.) Black Widow, The Batman, The Killer : quelle cascade t’a donné le plus de fil à retordre ? C’est un film qui s’appelle Bad Girl, qui n’est malheureusement pas sorti et dans lequel je devais faire un wheeling. Par contre, tout le film, on l’a fait. Toutes les cascades, on les a bien faites. J’étais blessée à ce moment-là, je sortais d’une opération du ligament croisé. Ils m’ont appelée parce qu’ils avaient vraiment besoin de moi. Et ça m’a inquiétée quand ils

J’imagine qu’ils ne se sont pas arrêtés là, n’est-ce pas ? Au fur et à mesure des entraînements, ils me disaient qu’ils ne voulaient plus que je porte un casque. Ce qui signifie que sans casque, j’ai besoin d’un masque en ­silicone qui imite le visage de l’actrice. Mais si je prends feu, le masque aussi, ­sachant qu’il n’y a pas de trou dans ce masque pour respirer. Seulement un petit tuyau pour respirer comme ça, qui allait sous le costume, un truc tout fin et inconfortable. Et il ne fallait surtout pas paniquer… Et je l’ai fait, il n’y a pas de soucis, je l’ai fait. Mais ce jour-là, je me suis quand même dit : « À un moment, ça fait quand même beaucoup de choses mises bout à bout qui font que le truc devient ultra dangereux. Et d’accord, c’est cool, c’est une bonne expérience. Mais à un moment, elle est à quel prix ma vie ? » Par ailleurs, tu as eu une commotion cérébrale sur The Killer en 2023. A-telle changé ta perception de la limite ? On peut faire des trucs de dingue sans qu’il n’arrive rien, et parfois un petit truc banal finit mal. Sur The Killer, une voiture a accroché mon cale-pied ; j’ai été éjectée, casque fissuré, perte de mémoire. Depuis, ça m’arrive de dire non, et c’est important.


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Liberté. C’est sur sa moto que Sarah s’épanouit le plus, comme un oiseau dans le ciel.

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Sarah Lezito porte son casque Red Bull à relief. Celui qu’elle sort pour les occasions spéciales ! THE RED BULLETIN


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Stylisme Melissa Bon Coiffure & maquillage Donia Ben Najeh

Le paradoxe du stunt : porter son casque sur les pistes mais pas sur les tournages… pour ­l’effet waouh !

Instagram : @sarahlezito

VIE DE CRÉATRICE

Tenue Body noir et pantalon en cuir couleur cognac : Bécane Paris ; jean : Weekday ; bottes et veste en cuir noire : propres à la styliste.

Ton Instagram réunit près de 9,6 millions de personnes ; qu’est-ce que cela change concrètement dans ton rapport avec les marques et productions ? Le rapport de force. Je ne vends plus ma prestation mais une audience qualifiée qui adore la moto et les coulisses des films. Une marque sait qu’une story backstage transforme plus qu’une pub classique. Du coup, j’impose mes conditions. 9,6 millions, c’est un chiffre énorme, ça change une vie parce que ça ouvre énormément de portes. Tu viens de signer en tant qu’athlète avec Red Bull ; qu’est-ce que cela ­signifie pour toi ? C’est un label « performance extrême ». Red Bull offre un écosystème. C’est aussi la liberté de proposer mes propres shows, à ma manière. Ma discipline est mal médiatisée ; avec Red Bull, il y a un sérieux qui s’ajoute, et ça va me permettre de réaliser des choses jusque-là inaccessibles. Quelle est la cascade que tu rêverais de réaliser si tu n’avais aucune contrainte de cadre et de budget ? Avant même le budget illimité, il y a une figure qui me hante : le kangourou 360. Très peu de riders la font. En réalité, très peu d’athlètes dans le monde parviennent à exécuter cette figure, tant elle exige du temps et un travail acharné. Impossible

de s’offrir une semaine de vacances et de reprendre ensuite : on perdrait la moitié des progrès patiemment acquis l’année précédente. La figure entraîne une fatigue physique considérable, des blessures et, surtout, des dégâts mécaniques : à chaque session, quelque chose casse. Il faut être obstiné au point d’y consacrer sa vie ; c’est un cycle sans fin : tenter, réparer, recommencer. Je n’ai pas encore réussi à la maîtriser ; j’ai tordu, puis brisé mes jantes, avant que le bras oscillant, le cadre ou les fourches ne cèdent à leur tour. Il faut prévoir des dizaines de milliers d’euros de pièces de rechange. Ce n’est pas la seule raison qui m’a freinée : j’ai aussi changé de projets. Mais, clairement, pour cette figure, il faut vivre exclusivement pour elle. À côté de ça, quand on a autant de ­visibilité sur les réseaux sociaux, on devient rapidement un rôle modèle malgré soi... et le stunt requiert de la pédagogie : comment transmets-tu les messages de sécurité de ta discipline à risque auprès des plus jeunes ? J’essaye de montrer ce que j’aurais aimé qu’on me montre à 10 ans. Je sais pourquoi je mets – ou pas – des protections. Quand je roule à 30 km/h sur mon spot, en tee-shirt, on me critique ; mais au cinéma on me félicite alors que je n’ai même pas de casque… Sur piste rapide, je suis en combi complète. THE RED BULLETIN


58 Sur un lac ou dans la neige, Maxime Chabloz, du canton de Nidwald, aime l’eau sous toutes ses formes.

L’EFFET CHABLOZ Texte Nina Treml

Photos Romina Amato

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GLISSE L’un ne va pas sans l’autre, et c’est justement ce qui l’a propulsé au sommet : Maxime ­Chabloz, professionnel suisse de kiteboard et de ski freeride, est champion du monde dans les deux disciplines. Le secret de son succès ? L’équilibre entre ambition et légèreté.

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Sans transition. C’est ainsi que Maxime Chabloz, 24 ans, passe d’un extrême à l’autre. L’été, il virevolte sur l’eau avec son kiteboard. L’hiver, il s’élance sur les pentes enneigées à ski. Dans les deux cas, il se frotte aux meilleurs. Le double champion du monde (freeride en 2022, kite freestyle en 2024) se confie sur l’art de la concentration et de s’entraîner moins pour obtenir plus.

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he red bulletin : Maxime, quel était ton rêve d’enfant ? maxime chabloz : Je rêvais de devenir pilote d’hélicoptère. J’ai toujours été fasciné par les airs. C’est probablement aussi la raison pour laquelle je me suis intéressé au kite, que mon père pratiquait avec ses amis. Parmi toutes les choses que les gens de mon entourage exerçaient, c’était ce qui se rapprochait le plus du vol. À 7 ou 8 ans, j’ai fait mes premiers essais et à 13 ans, j’ai participé à mes premières compétitions.

Maxime Chabloz passe des heures dans son atelier de Beckenried à bricoler sur son matériel de ski ou de kite.

Et cela ne t’a pas suffi ? Enfant, je faisais des courses de ski alpin et on m’a même proposé de m’entraîner pour la Coupe du monde. Mais ce n’était pas trop mon truc, je manquais de motivation, donc j’ai arrêté. Je n’ai jamais regretté le ski alpin. Ce qui m’a manqué, par contre, c’est l’hiver et les sensations que l’on a dans la neige. Quand j’ai découvert le Freeride Tour à 17 ans, j’ai tout de suite

su que j’avais trouvé chaussure à mon pied. Je m’y suis mis sérieusement en m’entraînant de manière ciblée. Mais ce n’était pas vraiment une nouveauté : quand on était gosses, mon père nous emmenait déjà dans la poudreuse mon frère et moi. On se lançait sur les pistes uniquement quand la neige était mauvaise. Pratiquer deux disciplines différentes est une chose, devenir champion du monde dans les deux en est une autre. D’où te vient cette exigence ? Je suis quelqu’un de très compétitif. J’ai du mal à me motiver et à m’éclater dans tout ce qui n’est pas lié à la compétition. Pas forcément à cause de la pression, mais plutôt du shoot de dopamine lié à la victoire et à la performance. C’est pour cela que je n’aurais pas pu me contenter de faire du freeride pour le plaisir en parallèle du kite. J’avais besoin d’atteindre certains objectifs. D’ailleurs, j’ai remporté le Junior World Championship en 2019 lors de ma première saison de compétition. Les multitalents sont souvent considérés comme des gens qui savent faire un peu tout mais rien parfaitement. Pourquoi cela ne s’applique pas à toi ? Je pense au contraire que cela s’applique parfaitement à moi, dans une certaine mesure. J’ai un profond respect pour les personnes qui se spécialisent et dominent leur discipline, ceux qui débarquent sur THE RED BULLETIN


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une compète et tout le monde est persuadé qu’ils vont gagner. Cela n’a jamais été mon cas, j’ai dû apprendre différemment. Mon talent réside surtout dans ma capacité de comprendre les choses rapidement et m’adapter en conséquence. Quand j’essaie quelque chose d’inédit, comme le foil, je ressens intuitivement ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas. Ensuite, je fais les corrections nécessaires pour m’améliorer. Tu veux dire qu’il y a déjà une autre carrière sportive à l’horizon ? (Rires) J’aime beaucoup le foil, mais je préfère me focaliser sur la conquête de nouveaux titres mondiaux dans mes disciplines. Mon objectif sportif est d’atteindre la postérité, pas d’être un triple champion du monde d’un jour tombé dans l’oubli. Quelles sont les exigences physiques et mentales de tes deux disciplines, en commençant par le freeride ? Pour le freeride, il faut des jambes bien musclées, un torse et un dos bien ­développés, et une bonne technique en tant que skieur ; c’est là que je suis bien content de posséder des bases solides

en ski alpin. Ensuite, au niveau des ­figures, il faut une certaine expérience en freestyle. Enfin, l’élément déterminant est de posséder une bonne air awareness, autrement dit une bonne perception de la manière dont on se déplace dans les airs. Mentalement, en freeride, on lutte contre la peur. Il faut apprendre à sortir de sa zone de confort, dépasser ses limites, tout en abordant la peur comme un élément positif. L’important est de savoir quand la surmonter, et quand l’écouter. Tu peux développer un peu plus sur cette peur ? La peur est un réflexe qui nous pousse à penser plutôt deux fois qu’une à certains trucs. Ce n’est pas tant une peur concrète de se blesser ou d’avoir un accident qu’une sensation désagréable qui s’empare de nous. Tout l’art consiste alors à décider en une fraction de seconde s’il vaut mieux écouter cette peur ou au contraire la dépasser. Et comment prends-tu cette décision ? Si, par exemple, je sens qu’un trick dans ce qu’on appelle une No-Fall-Zone, c’est-àdire une zone avec une pente extrême,

Petit moment de repos pour Maxime Chabloz. En bas, en compagnie de son père Patrick lors d’une session de kite.

des rochers ou des crevasses, est trop ­risqué, j’écoute ma peur. Dans tous les autres cas, j’essaie de la surmonter. Ton intuition t’a-t-elle déjà trompé ? Pas dans le sens où j’aurais mieux fait de ne pas dépasser ma peur. C’est plutôt l’inverse : parfois, je me dis après coup que j’aurais pu prendre plus de risques. Je suis quelqu’un d’assez prudent, même si ça ne se voit pas de l’extérieur. Tu n’as d’ailleurs jamais subi d’accident grave, n’est-ce pas ? Absolument. Je ne me suis jamais blessé, et pour moi, c’est presque un bragging right (droit de vantardise, ndlr). Et j’ai bien l’intention que ça continue ainsi. Et pour le kite, maintenant ? En freestyle, le kite est un sport complet. Tous les muscles sont sollicités. Parfois, je me dis même que si je me cassais un doigt, ce ne serait pas trop grave pour le freeride, je pourrais vite remonter la pente, mais en kite, le corps doit fonctionner à 100 %. Et la morphologie joue également un très grand rôle : trop grand, trop petit, trop lourd, ou trop léger : aucun de ces attributs n’est optimal. Ce que l’on recherche, c’est plutôt une constitution de gymnaste. Et comme pour le freeride, il faut une certaine air awareness. Le trampoline par exemple est une bonne manière de développer cette faculté. Et concernant la gestion de la peur ? La peur ne joue pas un très grand rôle en kite, mais par contre, je ressens beaucoup plus la pression de la compétition. En freeride, je reste très concentré sur moi et sur la descente, mais sur l’eau, je sens le poids des regards sur moi et je n’ai pas envie de décevoir. Est-ce que certaines expériences dans un sport complètement différent t’ont aidé dans tes disciplines de prédilection ?

Tout le corps en action sur le lac des QuatreCantons :« En kite freestyle, aucun muscle n’est laissé de côté. » THE RED BULLETIN


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« Je ne peux pas m’imaginer pratiquer un seul sport. Si je me concentre trop sur une seule chose, la pression devient trop forte. » De meilleures performances avec un temps d’entraînement réduit ? C’est ce que Maxime appelle « l’effet Chabloz ».

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Maxime a accumulé pas mal d’expérience en matière de gestion de la pression, ce qui lui permet de se concentrer sur « l’essentiel ».

Il est évident que le fait de participer à plus de compétitions que des athlètes pratiquant une seule discipline m’apporte un certain avantage. Le Kite World Tour ne compte parfois que trois ou quatre compétitions par saison, ce qui n’aide pas vraiment à développer une certaine routine. Le fait de participer à des compétitions dans deux disciplines ainsi qu’à des courses de ski depuis mon enfance m’a permis d’accumuler énormément d’expérience sur la manière de gérer la pression et de me concentrer sur l’essentiel. Que ce soit en kite ou en freeride, il y a sans doute des athlètes plus forts que moi techniquement, mais mon expérience en compétition m’offre un avantage non négligeable. As-tu un truc pour gérer la pression en compétition ? Pas vraiment. Parfois, quand je me pointe au départ d’une compétition de freeride, je me dis que je ne sais même pas vraiment comment skier, mais dès que je me lance, ces pensées s’effacent aussitôt. Il faut simplement avoir confiance en soi et se rappeler qu’on en est capable. Y a-t-il eu un moment où ta double ­étiquette freerider/kiterboarder a été particulièrement marquante ? Oui, j’ai déjà dû plusieurs fois manquer une compétition parce que j’étais déjà impliqué en même temps dans l’autre discipline. Mais cela ne m’a jamais vraiment porté préjudice, bien au contraire. J’appelle cela « l’effet Chabloz » : souvent, ­j’essaie quelque chose et ça ne fonctionne pas. Dans ce cas-là, je fais un break et je me concentre sur l’autre sport, et plusieurs mois plus tard, le truc passe soudain tout seul. C’est quelque chose qui a souvent fonctionné tout au long de ma carrière : au lieu de m’entraîner un mois d’affilée, comme cela aurait peut-être été le cas si je n’avais été que kiteboarder ou que freerider, j’ai fini par réussir un truc parce qu’entre-temps, j’avais pris pas mal de recul. Après, deux, trois séances d’entraînement suffisent avant la compétition pour obtenir de super résultats. THE RED BULLETIN

« J’arrive sur un spot et mon corps sait immédiatement quels tricks fonctionnent. En compétition, tout se passe alors en mode automatique. » Un exemple concret ? En 2023, je participais à une compétition de kite en Colombie, en pleine saison d’hiver. Comme je m’entraînais en parallèle pour des compètes de freeride, je suis arrivé sur le tard et je n’ai eu que quelques jours pour me préparer. Pourtant, ça s’est super bien passé. J’ai terminé deuxième. Par la suite, beaucoup m’ont dit que j’aurais peut-être pu gagner si je m’étais entraîné davantage. Mais je suis convaincu du contraire. Avoir moins de temps m’oblige à être plus concentré et à ne pas trop réfléchir. J’arrive sur un spot et mon corps sait immédiatement quels tricks vont fonctionner. En compétition, c’est


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LA CHASSE AU KIFF Quels spots choisir ? Maxime Chabloz nous dresse une liste de ses coins préférés.

POUR LE FREERIDE 4. Silvaplana Corvatsch

Une super station en altitude dans les Alpes qui fera le bonheur des freeriders. Le terrain est varié et j’y découvre encore de nouveaux spots.

5. Engelberg-Titlis

C’est là que j’ai grandi et c’est là que je passe encore aujourd’hui la plupart de mon temps en hiver. C’est un spot magnifique, avec de grandes lignes raides qui procurent un max de sensations.

2.

6. La Videmanette

3. 1.

5. 4.

6.

Home sweet home. Une petite ­station sympa du côté vaudois de ­Gstaad, avec une télécabine qui vous emmène 1200 mètres plus haut, et un terrain qui offre des lignes que presque personne ne connaît, bref, un vrai «secret spot» pour moi.

POUR LE KITE 1. Lac de Silvaplana

Un décor alpin de rêve et beaucoup de vent thermique en été. Le petit truc en plus : le camping au bord de la plage de kite, parfois je monte le mien juste devant la tente.

2. Lac d’Uri

Le vent est un peu plus faible, mais l’été, le thermique est souvent au rendez-vous l’après-midi. Je sais que j’aurais toujours assez de vent pour m’éclater.

FREDERIK KALBERMATTEN/RED BULL CONTENT POOL

3. Lac de Neuchâtel

Selon la direction du vent, je choisis le nord ou le sud du lac. Ici, oubliez le thermique. Par contre, on peut compter sur la bise ou sur un vent de sud-ouest. Et ce que je kiffe vraiment, c’est que grâce à la taille du lac, il y a beaucoup de vagues.

Maxime trace sa ligne et dévale la poudreuse fraîche avec style pendant le Red Bull Alpine Camps 2024 à Zermatt. THE RED BULLETIN


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Si tu devais choisir un sport, ce serait lequel? Et pourrais-tu envisager de pratiquer l’un sans l’autre ? Honnêtement, non. Je ne peux pas m’imaginer pratiquer un seul sport. J’ai besoin de varier. Si je me concentre trop sur un seul truc, la pression monte, et ça ne fonctionne plus. Mes plus grands succès, je les ai obtenus en combinant les deux, j’en suis intimement convaincu. Les athlètes qui ne pratiquent qu’un seul sport ont plus de temps pour se ­reposer. Cela ne te manque pas ? Pas vraiment. Ma copine est également ma vidéographe, donc on voyage ensemble. En été, je vois mes amis du kite, en hiver mes amis du freeride. Mes parents eux aussi pratiquent les deux sports. Et il me reste toujours quelques semaines de pause durant lesquelles je ne fais rien. THE RED BULLETIN

« Le trampoline est une bonne manière de développer son air awareness. » Quel conseil donnerais-tu aux jeunes qui ont plusieurs passions ? De foncer ! On n’est pas obligé de prendre une décision définitive à douze ans. C’est quelque chose de très propre au sport : on nous met souvent la pression très tôt, je l’ai vécu moi-même quand on voulait me pousser vers le ski alpin. Mais si on se force à faire quelque chose uniquement pour répondre aux attentes des autres, ça ne fonctionne pas. L’important, c’est de rester fidèle à son propre état d’esprit. Et si cela signifie poursuivre deux passions au lieu d’une, c’est forcément la bonne route à suivre. Instagram : @maxime_chabloz

Même si ce n’est pas flagrant, Maxime Chabloz est quelqu’un de prudent : il ne s’est encore jamais blessé. Ici lors d’un backflip sur le glacier du Corvatsch.

DOM DAHER

comme si tout se passait en mode automatique. Je subis beaucoup moins de pression, parce que je me dis que si ça ne fonctionne pas au poil, j’ai au moins une bonne explication pour cela.


Marco justin franjo alexis stefan Odermatt Murisier von allmeN monney Rogentin aleksander Cyprien Vincent dominik aamodt Kilde Sarrazin Kriechmayr paris From the makers of

feeL THe speed 22 octobre au cinéma


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KUNSTSCHWIMMEN

SHOW TIME THE RED BULLETIN


KUNSTSCHWIMMEN

NATATION ARTISTIQUE Les Aqualillies à ­l’entraînement à Los Angeles. La troupe s’est déjà produite dans des films et des clips d’Ariana Grande, de Justin Bieber et des Foo Fighters.

Texte Zoey Goto Photos Brian Lowe THE RED BULLETIN


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Un sport se réinvente : sous un autre nom – natation artistique plutôt que synchronisée – et avec l’aide de TikTok, des Foo Fighters, de Beyoncé & Co. Rencontre avec les pionnières de la discipline à Los Angeles.

K Kenny Gaudet et Claudia Coletti, sa partenaire de duo mixte, dans leur élément.

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enny Gaudet est nageur artistique. Mais ses blessures évoquent plus celles d’un boxeur professionnel. Un œil au beurre noir qu’il s’est fait en se tapant le genou dans le visage lors d’un « groupé » – le terme technique pour ce que nous appelons une position accroupie. Un talon qu’il s’est fracturé en heurtant la paroi en béton de la piscine. Les tibias qu’il s’est écorchés pour avoir trop forcé aux soulevés de terre. Toutes ces fois où il a failli perdre connaissance sous l’eau. Et puis, il y a eu le jour de la commotion cérébrale, quand son amie de longue date et partenaire de duo de l’époque, Claudia Coletti, est retombée de tout son poids sur sa tête lors d’un porté un peu trop ambitieux. « Le catch n’était pas évident », admet Claudia, avec un sourire d’excuse, allongée à quelques mètres de là sous le soleil radieux de Los Angeles. Si la natation artistique – discipline olympique officiellement dénommée « natation synchronisée » jusqu’en 2017 – évoque encore des sourires figés, des bonnets de bain à froufrous et des maillots à ­paillettes, il est temps de remettre les pendules à l’heure. Les clips d’Adele, Lizzo et Dua Lipa ont propulsé ce sport dans la pop culture, et le niveau de performance est devenu si extrême que rares sont les entraînements à se terminer sans hématomes.


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Une nouvelle esthétique branchée part à la conquête des podiums. THE RED BULLETIN


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Échauffement à sec : les Aqualillies répètent leurs mouvements juste à côté du bassin. THE RED BULLETIN


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En parallèle, la discipline repousse les limites de la diversité et de l’inclusion : en 2020, Beyoncé a intégré une séquence de natation synchronisée spectaculaire avec des nageuses noires dans la comédie musical Black Is King. Et ce qui était autrefois un domaine exclusivement féminin attire désormais des hommes, comme Kenny Gaudet. L’athlète américain de 20 ans veut être le premier homme à décrocher une médaille en natation artistique aux JO d’été de 2028, qui se tiendront justement ici, à Los Angeles.

Frustration, avant une décision qui change tout

Kenny Gaudet est originaire de Floride. Claudia ­Coletti est italienne, elle est née à New York et a grandi à Paris. Aujourd’hui, les voilà allongé·es au bord de la piscine rooftop du West Hollywood Aquatics Center, devant un décor qui n’a rien à envier aux clichés sur L.A. : une vue imprenable sur les collines de Hollywood. À l’horizon, derrière une mer de palmiers chétifs, le centre-ville brille tel un mirage d’acier et de verre. Au bord du bassin, une prof de méditation frappe sur un bol chantant pour marquer le début de la séance d’AquaGong de l’après-midi, une sorte de bain sonore méditatif dans la piscine. Le maître-nageur passe à côté, secoue la tête en souriant et marmonne : “This is so fucking L.A.!” Le parcours de Kenny Gaudet est bien loin du conte de fées hollywoodien. Il a cinq ans quand il accompagne sa sœur aînée à son entraînement de natation artistique, il s’y essaye lui aussi et décide de continuer. Plus tard, il se met au cheerleading. Ses choix en matière de sport font rapidement de lui un outsider : les parents de ses coéquipières râlent, les entraîneurs des autres clubs se moquent du garçon « qui fait des sports de filles » : « Ma coach de natation a subi toutes sortes d’agression simplement parce qu’elle m’avait intégré à l’équipe », se souvient Kenny. Mais pas question pour lui d’abandonner. Bien au contraire. À 13 ans, il écrit à Andrea Fuentes, entraîneure principale de l’équipe nationale américaine. S’en suit une invitation à un camp de sélection d’une semaine. « Avant, je m’entraînais six heures par semaine. Au camp, c’était six heures par jour. Et ça a été un vrai désastre, dit-il en riant. J’étais horriblement mauvais, totalement à la rue. Les autres étaient toutes plus fortes, plus endurantes, plus agiles que moi. Moi, je me cramponnais au bord du bassin, à essayer de reprendre mon souffle, et pendant ce temps, les filles glissaient dans l’eau avec élégance et sans effort. » Abandonner ? Encore une fois, ce n’est pas une option. « C’était exactement le déclic dont j’avais besoin. Cette semaine avait peut-être été une catastrophe, mais elle m’avait appris une chose : soit tu essayes vraiment et tu t’y mets à fond, soit tu laisses tomber. » En 2021, à l’âge de 16 ans, Kenny quitte la Floride pour la Californie afin de s’entraîner auprès de Bill May, le premier homme à remporter l’or aux championnats du monde de natation artistique en 2015.

C’est la reconnaissance ultime d’un véritable engagement professionnel. La vie de Kenny prend un tournant décisif à ce moment-là, et son sport aussi. Après le changement officiel du nom de « natation synchronisée » en « natation artistique » décidé en 2017 par la Fédération internationale de natation (FINA), la grande nouvelle tombe juste avant les Jeux de Paris 2024 : pour la première fois, jusqu’à deux hommes par équipe de huit allaient être autorisés : une avancée historique… en théorie. Parce que, dans la réalité des JO, les nageurs artistiques masculins sont restés sur le carreau. « Les équipes et les coachs ne voulaient pas prendre de risques, explique Kenny. Les hommes manquaient d’expérience soi-disant. Mais si personne ne se lance, les choses ne changeront pas. » Outre la compétition et de l’entraînement olympique, Kenny fait partie des Aqualillies – une troupe de spectacle aquatique glamour qui célèbre le ­Hollywood des années 1940 avec des bonnets de bain en latex. Cette troupe, on l’a vue dans des films comme Ave, César !, dans des séries comme La fabuleuse Mme Maisel et Glee ou encore dans des clips

Tamar Saunders est également au casting du film musical Black Is King de Beyoncé.

Depuis ses débuts, le sport oscille entre performance et spectacle. THE RED BULLETIN


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Sous contrôle : même la tête en bas, les athlètes gardent la maîtrise de la situation. THE RED BULLETIN


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Le défi : incarner la grâce, même lorsque l’oxygène vient à manquer et que les muscles brûlent.

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Succès fulgurant : Kenny Gaudet a commencé le natation artistique dès son plus jeune âge, en Floride. THE RED BULLETIN


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d’Ariana Grande, de Justin Bieber, de Lizzo et des Foo Fighters. Leur pendant 100 % masculin, les Aquawillies, fait régulièrement sensation aux pool partys des célébrités avec leurs saltos et queues de sirènes irisées.

Bonheur, équité et bonnets de bain

Au bord du bassin, huit Aqualillies féminines s’apprêtent à entrer en scène : sur la balustrade du balcon qui leur sert de barre de danse improvisée, elles s’étirent et se détendent avant d’entrer dans l’eau. Philicia et Tamar Saunders, les sœurs vues dans Black Is King, font partie de la troupe. La scène du film de Beyoncé, avec sa chorégraphie exubérante, entre costumes fuchsia virevoltants et lunettes de natation œil de chat, fait sciemment écho à Esther Williams, la reine de la natation des années 1940 et 1950, et à ses opulentes comédies musicales en ­Technicolor comme La Fille de Neptune ou La ­Première Sirène. Avec une différence notable cependant : à l’opposé de l’équipe d’Esther Williams, composée uniquement de nageuses blanches, celle de Beyoncé ne comportait que des nageuses noires. « C’était merveilleux de voir toutes ces femmes ­différentes aux couleurs de peau variées réunies dans l’eau », se remémore Philicia au sujet du tournage avec un groupe de nageuses américaines et une équipe junior jamaïcaine spécialement venue pour l’occasion. « Beyoncé s’est mise dans le bassin avec nous pour diriger les opérations, et on voyait à quel point c’était important pour elle qu’on se sente toutes à l’aise. » Black Is King a été un signal fort, mais le film a également mis quelques lacunes en évidence. « Lors du casting, il a été étonnamment difficile de trouver suffisamment de nageuses artistiques noires. C’est là qu’on s’est rendu compte du boulot qu’il y avait à faire. Il faut que l’on arrive à attirer davantage de jeunes athlètes dans ce sport et qu’on améliore le réseautage », déclare Philicia. Philicia et Tamar ont grandi à Los Angeles. Enfants, elles tombent par hasard sur les Synchro Swans : la première équipe afro-américaine de natation synchronisée des États-Unis s’entraîne alors dans la piscine où les deux sœurs passent leurs aprèsmidis. « On a vraiment eu de la chance », dit Philicia. En effet, les piscines publiques sont rares dans les quartiers défavorisés, majoritairement peuplés de personnes noires. « Et c’est encore plus rare de tomber sur un entraînement de natation synchronisée dans ces endroits-là. » Peu après, les sœurs Saunders rejoignent les Black Swans, une équipe de natation

artistique qui se produit lors d’événements tels que les célébrations du Juneteenth, la journée américaine commémorant la fin de l’esclavage. La diversité a longtemps été la grande absente de la natation artistique, mais Tamar est convaincue que les choses sont en train de changer. « Les parents me contactent pour savoir où trouver des maillots de bain adaptés à la couleur de peau de leurs enfants ou bien des bonnets de bain pouvant contenir des coiffures afro volumineuses ou des tresses sans les écraser, et comment protéger les cheveux bouclés ou frisés des dommages causés par le chlore de la piscine. Mes amies me demandent comment faire pour se lancer, dit-elle en ajustant ses lunettes. La natation artistique est devenue cool ! »

Les Aqualillies en plein échauffement sur le rooftop du West Hollywood Aquatics Center.

Kaléidoscope, IA et première scène de nu

« C’est magnifique de voir tant de femmes différentes ensemble dans l’eau ! »

Philicia et Tamar s’élancent dans le bassin avec les Aqualillies. Elles glissent toutes ensemble dans l’eau tel un banc de dauphins. En surface, les jambes battent à l’unisson, jusqu’à ce que toutes les athlètes émergent simultanément, comme mues par un signal silencieux. Allongées à plat sur le dos à la surface de l’eau, elles écartent les bras et les jambes pour ­former une étoile, évoquant la lente rotation d’un THE RED BULLETIN


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« Les hommes manquent d’expérience soi-disant. Mais si personne ne se lance, les choses ne changeront pas. »

Wynn. Puis, elle enchaîne avec O, le spectacle ­aquatique du Cirque du Soleil à l’hôtel Bellagio. Les décennies d’entraînement intensif – cinq heures par jour à la piscine en plus de l’école dès l’âge de 13 ans – portent leurs fruits dans ce monde prestigieux. « Il faut garder une certaine grâce, même si on souffre physiquement à cause du manque d’oxygène et des muscles en feu », explique-t-elle, ses cheveux blonds attachés en queue de cheval. À Las Vegas, Nadine Brandl s’est découvert un talent pour les illusions d’optique, et cela lui vaut des millions de vues sur TikTok. « O était extrêmement visuel. C’est là que j’ai appris à capter l’attention du public et à jouer avec les mouvements sous l’eau », explique-t-elle. Dans certaines de ses vidéos, la caméra tournée à 180 degrés donne l’impression qu’elle marche sur l’eau. « Beaucoup pensent que c’est un fond vert ou de l’IA, pas de vraies images. Je prends ça pour un compliment. J’utilise cette plateforme pour montrer aux gens que ces tricks, on peut les apprendre. » Tout est calme jusqu’à ce qu’une énorme éclaboussure arrosent les bords du bassin. Kenny Gaudet et Claudia Coletti peaufinent leur programme libre. Pour le final, Claudia plonge, se propulse vers le haut depuis les profondeurs et catapulte Kenny dans les airs telle une fusée humaine. L’athlétisme brut du personnage ne laisse personne indifférent : même le groupe AquaGong sort de sa méditation zen.

Pokémon, Marilyn et corps détruits

Kenny Gaudet, nageur artistique de 20 ans, veut devenir le premier homme à remporter une médaille olympique dans sa discipline.

Instagram : @aqualillies THE RED BULLETIN

kaléidoscope. La natation artistique a toujours oscillé entre sport et spectacle. Au début du XXe siècle, ­l’Australienne Annette Kellerman, surnommée « la pionnière de la natation synchronisée » par les historien·ne·s du cinéma, a fait carrière dans des films aquatiques olé olé. Sa prestation dans le film muet américian La Fille des dieux (trad. A Daughter of the Gods) de 1916 est entrée dans la légende : dans la toute première scène de nu à Hollywood, ses cheveux de sirène artistiquement drapés couvraient tout juste le strict nécessaire. Aujourd’hui, personne n’incarne aussi bien l’équilibre entre esthétique et athlétisme que la Viennoise Nadine Brandl. Tout en se balançant doucement dans l’eau, elle nous parle de sa première carrière : plus de 45 titres de championne d’Autriche, des participations aux Jeux olympiques de 2008 et 2012. C’est ensuite qu’elle entame un nouveau chapitre dans l’univers glamour des shows de Las Vegas. Pendant cinq ans, Nadine se produit dans Le Rêve, un show aquatique grandiose au complexe hôtelier

La séance d’entraînement est terminée pour Kenny. Pendant qu’il se sèche, notre regard se pose sur ses tatouages : des personnages d’Avatar, le dernier maître de l’air, de Dragons et de Pokémon lui ornent les bras. Mais son amour pour les personnages d’animation ne s’arrête pas là. Aux FINA Artistic Swimming World Series de 2022, Claudia et lui ont monté leur programme libre autour de L’Attaque des Titans, un anime japonais qui raconte la lutte post-apoca­ lyptique de l’humanité contre des monstres géants. « Le sujet est dense, explique Kenny en montrant une vidéo de son duo mixte sur son téléphone portable. Pour bien raconter l’histoire, nous avons poussé les figures acrobatiques à l’extrême. » Chaque rotation fait hurler le public, on se croirait à un concert privé de Taylor Swift. C’est la natation artistique moderne dans toute sa perfection, créative, esthétique, athlétique. Les moqueries d’autrefois, Kenny n’en entend presque plus. « Parfois, on nous demande si on est la troupe aux bonnets roses, comme ceux que portait Marilyn Monroe, dit-il en levant les yeux au ciel. Alors, je réponds : “Non, nous, on est plutôt du genre à propulser les gens dans les airs. À retenir notre respiration sous l’eau pendant 30 secondes, tout en formant des figures géométriques avec sept autres personnes. À détruire nos corps pour rester au sommet dans ce sport”. » Et à tout faire pour réaliser leur rêve d’une médaille olympique historique dans trois ans.


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Connectées : tel un banc de poissons, les athlètes se déplacent ensemble sous l’eau.

THE RED BULLETIN


AIIILES

AVEC ET SANS SUCRE.


KIRSTEN FRANK

PERSPECTIVES

Voyage / Playlist / Montre / Cuisine /  Agenda

SURFER EN ÉCOSSE

Au programme : vents violents et pluie glaciale THE RED BULLETIN


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PERSPECTIVES

VOYAGE/

LE CŒUR VAILLANT

Aux premiers jours d’automne, la courageuse Paulina Herpel part surfer dans les Highlands écossais, bravant des conditions météo peu ­réjouissantes. Elle nous dévoile ici ses meilleurs spots et raconte la magie de communier avec les éléments en cette saison. À vos combis !

Je vis à trois minutes de la plage, près de Klitmøller, le « Cold Hawaii » danois, véritable Mecque du surf où l’on ride les vagues 365 jours par an en combinaison. Pour moi, surfer dans des mers froides ou en hiver a donc un charme particulier : c’est plus brut, plus solitaire, plus sauvage. Bien sûr, mon activité de surfeuse me conduit souvent vers des pays plus chauds, mais j’essaie chaque année de m’offrir un trip en eaux froides. L’Écosse, j’en rêvais depuis longtemps. Mon compagnon est photographe et ne cesse de me parler de la beauté époustouflante de la nature là-bas. À l’automne, la lumière devient presque orangée, tempêtes et brouillards créent une atmosphère unique. Tout au nord, les vagues sont excellentes. Je connais évidemment beaucoup de surfeurs et de surfeuses, mais très peu qui soient déjà allés surfer en Écosse.

Le flux et le reflux

ÉCOSSE MYSTIQUE Selon la légende, la formation rocheuse de l’île de Skye, Old Man of Storr, représente un couple pétrifié par des géants. THE RED BULLETIN

DANIEL J. SCHWARZ, KIRSTEN FRANK

En été, il y a ces petites mouches piqueuses infernales. Une surfeuse restée jusqu’en septembre m’avait prévenue : elles sont redoutables, on se fait ­littéralement dévorer dès qu’on ouvre la portière du van. La saison froide nous semblait donc préférable, et c’est pour cela que nous sommes partis entre début octobre jusqu’à mi-novembre, à trois : mon compagnon et moi dans notre van, une amie dans le sien. Plus nous nous enfoncions dans les highlands, plus les gens se montraient accueillants. L’accent écossais fut presque le plus gros défi du séjour : avec les jeunes surfeurs ça passe. Avec les personnes plus âgées du coin, c’est chaud. Du Danemark, nous avons roulé vers la France, puis pris le ferry (sept heures de traversée) vers l’Angleterre, avant de remonter en van vers l’Écosse. Notre première session de surf, nous l’avons réalisée tout de suite après avoir passé la frontière : c’était une superbe expérience ! Mille fois plus belle que le « trailer park » voisin, où sont garés les vans qui sillonnent la région. On aurait dit une scène de la série Sex Education, quand Maeve vit dans un mobile home. Ensuite, nous avons longé la côte Est jusqu’à


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TERRE NOIRE La baie de Talisker (île de Skye) est prisée pour la randonnée… et par Paulina Herpel avec son longboard.

« Les écarts de marée sont dingues en Écosse : il faut se dépêcher de rentrer dans l’eau, au risque de rater les bonnes vagues. »

PAUSE PIQUE-NIQUE Curry aujourd’hui à Pease Bay, pizza demain.

Thurso East, à l’extrême nord-est, dans le comté de Caithness. Thurso est LA vague écossaise par excellence : quand la houle vient du nord-ouest, elle déroule une droite longue, presque parfaite, qui monte des hanches à deux fois la hauteur d’un homme. Mais quand nous y étions, pas de chance, la vague n’était pas au rendez-vous. Heureusement, d’autres spots dans le coin offraient de meilleures conditions. À Melvich par exemple, qui fut mon coup de cœur écossais : plages de sable, sessions magnifiques, eau limpide – mais un flux et un reflux extrêmes. Les écarts de marée sont impressionnants : il faut se jeter à l’eau dès que la houle est bonne ! Nous l’avons appris à nos dépens, en prenant trop de temps pour nous changer après le repérage : les meilleures vagues avaient disparu. Heureusement, nos premières journées THE RED BULLETIN


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PERSPECTIVES

Bons conseils Meilleure période De septembre à novembre, avec déjà de très belles vagues et des températures encore supportables (8 à 14 °C sur terre, 13 à 9 °C dans l’eau). Comment y aller En voiture par ferry depuis les Pays-Bas ou la France, ou via l’Eurotunnel depuis Calais. Ou en avion, puis en louant une voiture sur place.

THE RED BULLETIN

en Écosse furent magiques : soleil, bonnes vagues, collines verdoyantes, couleurs flamboyantes d’automne. Puis le vent s’est levé, parfois violemment. Nous avons ensuite roulé vers l’Ouest, direction l’île de Skye (cinq heures de route). La péninsule est un joyau : formations rocheuses comme l’Old Man of Storr ou les Fairy Pools, des bassins naturels reliés par des cascades. Là aussi, nous avons surfé, au prix de marches de trente minutes avec les longboards sous le bras, pour atteindre des criques isolées. Mais l’effort en valait la peine : sable noir à Talisker Bay, falaises claires en arrièreplan, moutons et vaches broutant

Nous voulions encore rejoindre les Hébrides, mais la mer trop agitée a rendu la traversée impossible. Quand les vagues étaient trop grosses ou le vent trop fort, nous partions en VTT dans l’arrière-pays : on y trouve de nombreux trails pour débutants et confirmés. Plus au sud, le vent a enfin faibli en fin de voyage et nous a offert quelques ­sessions inoubliables. Mes plus grosses vagues : environ deux mètres, pas géantes, mais pures et magnifiques. En cette saison, une combinaison 5 mm avec cagoule et chaussons suffit. Et si le soleil sort le bout de son nez, on peut même se passer des gants… Instagram : @paulinaherpel

MARC BAUMANN

PLAN B COMME BIKE Quand la mer était trop agitée, nous partions en VTT vers Poolewe, au bord du Loch Ewe avec ses plantes subtropicales qui poussent grâce au Gulf Stream.

Vague de grâce

DANIEL J. SCHWARZ

« Une aura romantique plane sur le pays, une douce mélancolie d’automne. »

­ aisiblement… une vraie carte postale. p Notre van est conçu pour assurer confort et autonomie grâce aux panneaux solaires, mais sous le ciel constamment gris d’Écosse, rien ne séchait. Les combinaisons sont restées mouillées tout le ­séjour, tout était humide. ­ Malgré l’absence de soleil, l’ambiance ne s’en faisait pas ressentir : la lumière diffusait une mélancolie automnale et une morosité presque romantique. Quant aux nuits, elles devenaient glaciales ! Dès la deuxième semaine, le vent s’est transformé en tempête. Autre défi de taille : alors que certains spots plus abrités n’étaient accessibles qu’à pied, il nous fallait marcher dans ces conditions météo peu rassurantes, nos longboards sous le bras.


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PERSPECTIVES

PLAYLIST/

ROYAL FRACAS Le chanteur de The Hives, Pelle Almqvist, s’autoproclame nouveau roi du rock. Il assied sa position, et sa couronne, avec un programme de choix. Voici sa playlist de souverain.

LONG LIVE THE KING Pelle Almqvist, chanteur et compositeur de The Hives, après six albums.

AC/DC

The Misfits

Little Richard

Beastie Boys

« J’ai entendu ce morceau pour la première fois à l’âge de 6 ans. Il m’a donné la ­sensation de faire partie de ceux qui aiment la musique cool. Tout simplement parce qu’elle est excitante et qu’on peut head-banger dessus. Il existe même une reprise faite par mon frère Nicholaus et moi, lui à la batterie, moi au chant. Du pur boucan ! »

« J’ai longtemps cherché un groupe qui ait un look aussi cool que Kiss, mais qui rocke aussi fort qu’AC/DC. C’est ce que j’ai trouvé chez les Misfits. Ils m’ont appris que dans un groupe, la musicalité n’est pas l’essentiel : c’est l’attitude qui compte. Ils écrivent aussi des chansons pop, mais se cachent derrière une imagerie d’horreur. Nous avons repris cette ­approche pour The Hives. »

« Enfant, je n’avais pas assez d’argent pour acheter des ­vinyles, alors je piochais dans la collection de mes parents. Lucille est un joyau, l’un des meilleurs morceaux que le rock des années 50 ait produit. Le morceau a un vrai beat punk, il est rapide, et Little Richard hurle à s’en ­arracher la voix. Il est le roi du rock’n’roll… du moins jusqu’au moment où nous avons repris le sceptre. »

« C’était un hit mondial, ­influencé à la fois par le punk et le hip-hop, et que tout le monde adorait ; malgré sa dureté et son côté crade. Les Beasties Boys ont trouvé une sorte de code secret. Et c’est exactement ce que nous voulions aussi : avoir une sonorité sauvage, mais susciter l’appréciation… et l’envie de nous écouter. Au fond, c’est ce à quoi chaque groupe devrait aspirer. »

THE RED BULLETIN

Astro Zombies (1981)

Lucille (1957)

Sabotage (1994)

MARCEL ANDERS

For Those About to Rock (We Salute You) (1981)

PAO DUELL

Pourquoi se contenter de peu quand on peut voir grand ? Cette maxime, le chanteur Per Almqvist alias « Howlin’ Pelle » la suit depuis déjà 32 ans, depuis qu’à 15 ans, il a fondé The Hives (qui signifie « l’urticaire »). Le quintette suédois joue un rock garage rugueux, sur des mélodies hymniques et avec une bonne dose d’assurance. Avec leur dernier album The Hives Forever Forever The Hives, les Scandinaves se montrent plus ambitieux que jamais : conquérir les classements mondiaux, mais aussi les salles polyvalentes de la planète. « Simplement parce que nous l’avons mérité », s’exclame Howlin’ Pelle. Pentent couronnés et drapés de velours. Et cela est mérité : leur son est tout simplement royal. En concert à Zurich le 28 octobre. thehives.com


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PERSPECTIVES

MONTRE/

DUR DE FAIRE MIEUX

La Rado Captain Cook High-Tech Ceramic Chronograph séduit par son design sportif et ses performances remarquables. Le parfait allié pour les amateurs d’aventure et d’élégance contemporaine.

THE RED BULLETIN

Si Rado est considéré comme le Master of Materials depuis plusieurs décennies, ce n’est pas par hasard. Voilà plus d’un siècle que la marque suisse ne cesse de repousser les limites du possible. Là où tant d’autres font le pari de la tradition associée à une esthétique rétro, Rado ­expérimente avec des substances issues des laboratoires : céramique haute-­ technologie, plasma, et alliage Ceramos. Le nom lui-même fait référence à cette vision : en espéranto, Rado signifie « roue » et ­représente donc mouvement, progrès et connexion.

SASKIA JUNGNICKL-GOSSY

Master of Materials : un garde-temps venu du futur, ou comment Rado ­redéfinit le design horloger avec la haute-technologie, le plasma et l’alliage Ceramos.


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À la loupe

L’art de la céramique haute-technologie

De la poudre au boîtier Un mélange de poudre d’oxyde de zirconium et de liants est versé dans le moule sous une pression de 1 000 bars.

PRÉCISION Le fraisage CNC façonne les boîtiers au micromètre près.

Le frittage C’est le processus suivant : chauffée à 1 450 °C, la poudre de céramique se transforme en une structure dense et solide.

La céramique high-tech se distingue par son toucher neutre. Voici comment la marque horlogère procède : d’abord, une poudre d’oxyde de zirconium ultrafine est frittée sous haute pression et à 1 450 °C pour donner naissance à un boîtier ultrarésistant et léger. Celles et ceux qui pensent que la céramique aute-technologie est fragile risquent d’être surpris : la céramique Rado est plus dure que l’acier et résistante aux rayures tout en gardant un contact soyeux au toucher. Dans le four plasma, la céramique blanche se transforme à 20 000 °C en une surface aux ­reflets métalliques. Un procédé tout droit sorti d’un film de science-fiction… Mais la recherche ne s’arrête pas là. Avec le Ceramos, un alliage de carbure de titane et de céramique, Rado élargit les possibilités esthétiques. Ce matériau combine la dureté de la céramique avec l’éclat du métal et peut être décliné dans différentes nuances allant du platine à l’or

rose, sans besoin de revêtement, fidèle à la devise de Rado : « Ce qu’on peut imaginer, on peut le réaliser. Et ce qu’on peut réaliser, on le met en œuvre. » Le tout est complété par du verre saphir, utilisé dans l’horlogerie depuis les années 60.

À fleur de peau

Autre caractéristique des montres Rado : leur confort au poignet. La céramique haute-technologie, en plus d’être légère et résistante, est aussi hypoallergénique et insensible aux variations de température. Une montre Rado procure ainsi une impression quasi aérienne et incarne une philosophie qui dépasse l’horlogerie, en alliant innovation et vision d’avenir. Une mesure du temps à l’image du XXIe siècle, à la fois technique, esthétique et sensorielle. Prix : 5 700 CHF ; rado.com

Compression minutieuse Le boîtier rétrécit, certes, mais conserve sa forme exacte. On obtient ainsi une dureté et une précision maximales.

La pureté du détail Lors d’un procédé chimique, le liant est éliminé de la pièce moulée pour ne laisser que la céramique comprimée. THE RED BULLETIN


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CUISINE/

SAVEURS ­SAUVAGES

Du jeune cuisinier de l’année au chef outdoor culte : Sandro ­Zinggeler renonce aux étoiles et montre combien de joie et de liberté se trouvent dans la simplicité. Réinventer la cuisine, c’est ce que fait Sandro Zinggeler. Sa carrière de chef étoilé semblait pourtant déjà tracée : après son apprentissage au Gasthof Löwen à Bubikon, il a cuisiné à l’Epoca de Flims, au Rigiblick et au Münsterhof à ­Zurich, ainsi qu’au restaurant trois étoiles Akelarre à Saint-Sébastien. À 18 ans, il est nommé Jeune cuisinier de l’année, puis sélectionné pour le prestigieux programme espagnol ICEX, qui ne retient chaque année que treize jeunes talents dans le monde entier. Le ciel étoilé semblait à portée de main. Mais Sandro Zinggeler a choisi une autre voie. À 24 ans, il a fondé sa propre entreprise et s’est lancé dans l’événementiel et le catering. Plutôt que les étoiles, il a choisi la liberté : celle de vivre sa passion sans pression. Aujourd’hui, il a atteint un statut culte en tant qu’entrepreneur, directeur créatif et chef out-

ÉPICURIEN Pour Sandro Zinggeler, un plat doit être simple et savoureux.

ESCAPADE GOURMANDE Fidèle allié de ses virées en pleine nature, le Lexus RZ électrique offre à notre chef tout l’espace dont il a besoin. THE RED BULLETIN

« J’ai toujours su que la cuisine serait ma vie, mais il fallait que je trouve ma voie. Cuisiner stimule tous les sens : on crée quelque chose avec ses mains, on se ­retrouve face à un résultat concret. Et il n’y a pas de juste ou de faux. Au final, ce qui compte, c’est le goût », dit-il. Ce qu’il n’aime pas ? « Tout est bon quand c’est bien cuisiné et qu’on trouve les bons ­accords. » Comment s’initier ? « Achète des légumes, fais-les mariner dans de l’huile et du sel, puis enfourne-les. Goûte comment les arômes grillés se développent, et la fois suivante ajoute des herbes. Tu verras qu’il en faut peu. »

PASCAL MORA, TINA STURZENEGGER

Plaisir des sens

SASKIA.JUNGNIKL-GOSSY

door. Il séduit le public avec les événements en direct de son agence culinaire créative Foocon, a une émission de télé et partage son univers avec plus de 30 000 personnes sur Instagram.


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PERSPECTIVES

« Tout a bon goût quand c’est bien cuisiné, et qu’on trouve les bons accords. » Sandro Zinggeler

Flûte aux champignons Ingrédients 4 pains à hot-dog moelleux 500 g de girolles 2 c. à soupe de beurre clarifié 1 échalote, pelée 1 gousse d’ail, pelée 1 dl de vin blanc 2 dl de crème 50 g de gruyère râpé Sel et poivre Un peu de ciboulette ciselée

Champignons marinés Ingrédients ½ c. à café de grains de poivre, de baies de genièvre et de graines de fenouil 500 ml d’eau 1 c. à soupe de sucre de canne 2 c. à café de sel 1 feuille de laurier ½ échalote, pelée ½ gousse d’ail, pelée 1 branche de romarin 250 ml de vinaigre de vin blanc 400 g de girolles nettoyées Préparation Faire chauffer à feu doux le poivre, les baies de genièvre et les graines de fenouil dans une casserole pendant 2 minutes, puis déglacer avec l’eau. Ajouter tous les ingrédients et porter à ébullition. Ajouter ensuite le vinaigre de vin blanc et les ­champignons, puis faire chauffer à nouveau rapidement. Verser le bouillon avec les champignons dans un bocal préalablement ébouillanté, fermer hermétiquement et laisser refroidir le bocal retourné, posé sur son couvercle. Conservés ainsi, les champignons se gardent facilement un mois au frais.

Préparation À l’aide d’un couteau, inciser un rectangle sur les pains et appuyer doucement pour former une cavité que l’on pourra garnir. Nettoyer les girolles et les couper en deux, ou en quatre si elles sont grosses. Faire chauffer une poêle sur la braise, puis y faire revenir les girolles avec l’échalote et l’ail hachés dans un peu de beurre clarifié. Saler, poivrer, puis déglacer avec le vin blanc. Laisser réduire d’environ 3/4 avant d’ajouter la crème. Faire réduire la sauce de moitié, puis incorporer le gruyère et la ciboulette. Badigeonner les pains de beurre clarifié et les faire griller légèrement sur la braise. Les garnir généreusement du mélange aux girolles. Ces pains peuvent aussi être garnis avec d’autres préparations en sauce, comme un chili con carne.

Cèpes sautés aux jaunes d’œufs Ingrédients 400 g de cèpes 1 c. à soupe de beurre clarifié De la fleur de sel 1 pincée de poivre noir 4 jaunes d’œufs Préparation Nettoyer les cèpes puis les couper en tranches. Faire chauffer une poêle en acier sur les braises et y faire revenir les cèpes dans le beurre clarifié. Assaisonner de fleur de sel et de poivre. Déposer ensuite les jaunes d’œufs sur les champignons encore bien chauds et les émulsionner avec une fourchette pour les lier aux cèpes. À déguster idéalement avec du pain blanc frais.

La cuisine moderne

Des astuces et techniques issues de la haute gastronomie, adaptées à la cuisine de tous les jours. « Je veux donner envie aux gens de cuisiner, de s’amuser, et de ne pas être trop dogmatiques. » En attendant, on peut déjà se plonger dans son premier ouvrage, Feuer und Glut (en allemand, non traduit), un hommage à l’imprévisibilité de la cuisine en pleine nature. Il y dévoile ses recettes favorites pour cuisiner en extérieur dont ces trois-ci. Réinventer la cuisine, en suivant son cœur, comme Sandro ­Zinggeler le fait déjà.

Instagram : @sandro_zinggeler THE RED BULLETIN


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PERSPECTIVES

AGENDA/

LA BELLE SAISON

Une ribambelle de beats et d’événements qui mettent de bonne humeur pour transiter vers l’automne.

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au 23 novembre

Silvaplana Rocks the Rail Du freestyle, des concerts live, des DJ sets et des spécialités culinaires surprenantes : tout ça (et bien plus encore) vous attend à Silvaplana pour la troisième édition du Winter Opening. Pour lancer la saison d ­ ’hiver sur le piz Corvatsch, un programme varié est prévu en plein centre du village. Voilà un weekend qui fera vibrer Silvaplana, sans aucun doute ! ­ silvaplana.ch

6

novembre

novembre

Red Bull 60 Seconds Live Devenu un méga-événement après avoir cartonné en ligne : les stars du rap suisse Jule X, EAZ, Soukey, Gigi, Loko & Drini, ainsi que XEN, présentent désormais leurs morceaux « Red Bull 60 Seconds » devant un public en live. Les artistes ont 60 secondes pour lâcher leurs punchlines et marquer un maximum les esprits. Le live-show ne se limite pas à la contrainte du temps : il s’agit aussi de relever de nouveaux défis. redbull.com/60secondslive

25

octobre

DPC Jam La finale mondiale du DPC JAM ­revient pour sa onzième édition au GZ Heuried à Zurich. Organisé par le crew D.POINT.C, le battle le plus attendu de la planète réunit les meilleur·e·s danseuses et danseurs du monde – parmi eux les Red Bull BC One Allstars Ami & Sunni. Avec un tel line-up, un spectacle unique de la scène streetdance est garanti. dpcacademy.ch THE RED BULLETIN

Lors de la finale suisse du Red Bull Tetris, les huit meilleurs joueurs et joueuses issu·e·s des qualifications s’affrontent en système à élimination directe pour décrocher le billet tant convoité pour la grande finale mondiale à Dubaï. Là-bas, ils représenteront la Suisse face à 60 autres nations. Et bien sûr, une after-party inoubliable est au programme ! redbull.com/tetris

6

et 7 novembre

Startup Nights Winterthur Le plus grand événement start-up de Suisse rassemble tout un écosystème : réseautage, apprentissage, croissance – par des ­entrepreneur· euse·s, pour des entrepreneur· euse·s. Une dose supplémentaire d’inspiration sera apportée par l’athlète olympique du décathlon Simon Ehammer, qui partagera son approche face aux défis.

DAFINA HAZIRAJ/RED BULL CONTENT POOL, MARTHA COOPER/RED BULL CONTENT POOL

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Red Bull Tetris National Final


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7

octobre au 6 novembre

Baloise Session Depuis quatre décennies, le Baloise Session réunit public et ­artistes dans des voyages musicaux qui bâtissent des ponts entre passé et futur et invitent à plonger dans différents univers sonores. Cette année encore, le public pourra profiter d’un line-up soigneusement choisi – en toute proximité et intimité – dans l’atmosphère unique de ce festival boutique en configuration « club-tables ». baloisesession.ch

29 et 30 novembre

Red Bull Open Ice Du hockey sur glace comme autrefois : en plein air, brut, sur petit terrain, avec deux cages de pondhockey et un seul puck – un règlement minimal pour un esprit sportif maximal. C’est ça, le Red Bull Open Ice. L’événement se tient cette année pour la troisième fois en Suisse. Le format est simple : matchs 4 contre 4, sans gardien, avec une durée de 17 minutes par rencontre.

1er

LORENZ RICHARD/RED BULL CONTENT POOL, ALAÏA

et 2 novembre

Alaïa Bay Winter Cup La finale de saison 2025 à Alaïa Bay approche ! Cette année, au cœur des Alpes suisses, on ne célèbre pas seulement les meilleur·e·s surfeurs et surfeuses : le contest s’élargit aussi aux catégories bodyboard et longboard. Au programme : des compétitions palpi-

tantes, des beats puissants et une ambiance inoubliable. Rejoins-nous pour fêter ensemble la fin de saison en grand, en très grand… bref, comme il se doit ! alaia.ch

Directeur de la publication Andreas Kornhofer Directeur de la rédaction Andreas Rottenschlager Responsable éditorial Stephan Hilpold Direction créative Erik Turek (dir.), Kasimir Reimann Maquette Marion Bernert-Thomann, Martina de Carvalho-Hutter, Miles English, Kevin Faustmann-Goll, Carita Najewitz, Tara Thompson Rédaction photo Eva Kerschbaum (dir.), Marion Batty (adj.), Susie Forman, Rudi Übelhör Gestion de la rédaction Marion Lukas-Wildmann Managing editor Ulrich Corazza Global content Tom Guise (dir.), Lou Boyd Publishing management Sara Car-Varming (dir.), Hope Elizabeth Frater Direction artistique commerciale Peter Knehtl (dir.), Lisa Jeschko, Martina Maier, Julia Schinzel, Florian Solly Direction des opé. éditoriales Sigurd Abele Direct to consumer business Peter Schiffer (dir.), Marija Althajm, Matteo Luciani, Melanie Schmid, Katharina Tirouflet, Yoldaş Yarar Management vente et projets spé. Klaus Pleninger Fabrication & production Veronika Felder (dir.), Martin Brandhofer, Walter O. Sádaba, Sabine Wessig Iconographie Clemens Ragotzky (dir.), Claudia Heis, Nenad Isailovic, Josef Mühlbacher Finances Žiga Balič, Simone Kratochwill, Tobias Steiner Business Digital Mathias Fritsch Managament de projet publishing Katrin Dollenz Assistante du mngt général Sandra Stolzer Directeur général Red Bull Media House Publishing Stefan Ebner Adresse de la publication Am Grünen Prater 3 1020 Wien, Autriche Tel. : +43 1 90221-0 redbulletin.com Propriétaire médias et éditeur Red Bull Media House GmbH, Oberst-Lepperdinger-Straße 11–15, A-5071 Wals bei Salzburg, FN 297115i, Landesgericht Salzburg, ATU63611700 Directeurs généraux Dietmar Otti, Christopher Reindl, Marcus Weber

THE RED BULLETIN Suisse ISSN 2308-5886 Rédactrice en chef Suisse Anna Mayumi Kerber Rédaction Lisa Hechen­berger, Christine Vitel Country Project Management Meike Koch Traductions & correction Willy Bottemer, Valérie Guillouet, Mael Le Ray, Claire Schieffer, Gwendolyn de Vries, Lucie Donzé (corr.) Ventes médias & partenariats Christian Bürgi (dir.), Marcel Bannwart, Lauritz Putze, Michael Wipraechtiger Abonnements getredbulletin.com, abo@ch.redbulletin.com Impression Quad/Graphics Europe Sp. z o.o., Pułtuska 120, 07-200 Wyszków, Pologne Publication conformément au §25 de la loi sur les médias Les informations sur le propriétaire des médias sont disponibles directement à l’adresse suivante : redbull.com/im/de_AT THE RED BULLETIN Allemagne ISSN 2079-4258 Rédacteur en chef Allemagne David Mayer Rédaction Lisa Hechen­berger Country project management Natascha Djodat THE RED BULLETIN France ISSN 2225-4722 Rédacteur en chef France Pierre-Henri Camy Rédaction Marie-Maxime Dricot, Christine Vitel Country project management Fabio Lazzetta THE RED BULLETIN Grande-Bretagne ISSN 2308-5894 Rédactrice en chef Grande-Bretagne Ruth McLeod Country project management Ollie Stretton THE RED BULLETIN Autriche ISSN 1995-8838 Rédactrice en chef Autriche Nina Kaltenböck Rédaction Lisa Hechen­berger Country project management Julian Vater THE RED BULLETIN USA ISSN 2308-586X Rédacteur en chef USA Peter Flax Rédaction Melissa Gordon, Nora O’Donnell Country project management Gizelle McBride

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ON A POSITIVE NOTE

Des talents de la littérature suisse se livrent sur des sujets qui leur tiennent à cœur, en leur donnant un twist positif.

En lien avec son animal : Fanny Wobmann explore la relation comme ­processus de guérison

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semelles. Le chien s’échappe dans la forêt, caracole sur les pentes caillouteuses, rentre crasseux et puant. On se bat pour qu’il reste couché sur la couverture qui lui a été attribué mais il continue de venir s’installer contre moi sur le canapé, sa tête posée sur mes genoux. De temps en temps, il part à la chasse aux mouches et bondit sur tout et tout le monde, y compris les lits et la table à manger. Les enfants adorent. Ils prennent soin de lui et il fait la même chose en retour, lèche les moustaches de chocolat, protège les excursions aux alentours de la maison, ne refuse jamais une session de jeu endiablée.

NATHALIE LJUSLIN

est l’été. La famille est réunie au ­ chalet, une ancienne bergerie rénovée, lovée au cœur d’un hameau valaisan : mes parents, mon fils, ma sœur, mes nièces, et Pull, mon chien. C’est les vacances, on est là pendant une semaine pour effectuer des travaux. On démolit le barbecue en pierre et on construit une nouvelle barrière pour la terrasse. Il pleut et il fait froid. On se replie dans l’espace de vie intérieur, trop petit pour tout le monde. Très vite, les vêtements humides s’éparpillent sur le parquet, s’entassent sur les rebords de fenêtres, on cherche son pantalon, sa culotte, sa brosse à dents. Le tapis de l’entrée se couvre de terre, les Lego se mélangent aux miettes sous la table, la sciure mouillée s’incruste sous les

KORNEL STADLER

C’


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Pull est arrivé dans ma vie il y a six mois, un matin de février. Mon fils exprimait son envie d’avoir un chien depuis plusieurs années, formulant sa demande régulièrement, de manière plus ou moins persuasive. Je la refusais systématiquement, même si cette perspective me titillait. Encore une de mes lubies, je me disais, le fruit de mon impulsivité, de mon insatisfaction caractéristique. Cette recherche parfois effrénée de bien-être, agir à tout prix pour me débarrasser, enfin, de la dépression qui me poursuit depuis mon adolescence. Prendre un chien : même combat que quitter mon amoureux, déménager, m’acheter des vêtements trop chers. Ça n’avait jamais aidé. Mais l’envie persistait. J’avais besoin de me sentir vivante. Alors je suis entrée dans le jeu, j’ai imaginé quelle race on pourrait adopter, comment on l’appellerait. On observait les chiens dans la rue et on se projetait. On avait les mêmes préférences pour les races douces et attachantes, comme les labradors ou les golden retriever. Mais je finissais toujours par rompre le charme en disant que non, vraiment, ce n’était pas une bonne idée, je n’avais pas les moyens, un mode de vie trop instable, enfermer un animal dans un appartement, c’était cruel et contre-nature, posséder un être d’une autre espèce, avoir un pouvoir sur lui, n’était pas éthique, le nourrir de viande, pas écologique. Jusqu’au jour où mon fils a fait des recherches : une race semblait parfaite pour nous, heureuse dans un appartement, facile à éduquer, affectueuse, joyeuse. On a ri de son nom : Cavalier King Charles, un chien de reine et de roi, un chien des côtes venteuses de l’Angleterre, qu’on aimait tant, un chien aux longues oreilles gaufrées, qui agrandirait notre toute petite famille. Je n’ai pas vraiment dit oui, mais je n’ai pas dit non. De sites d’élevage en numéros transmis par des connaissances, je suis tombée sur Madame M., fraîche propriétaire d’une portée de cinq mâles. Je l’ai appelée, le plus petit était disponible. Le prix de cette peluche tremblante était indécent, et hors de mon budget. Mais je savais qu’il était trop tard, j’avais pris ma décision. Au moment de l’annoncer à mon psy, j’étais anxieuse, inquiète qu’il me juge et me prédise des ennuis. Au contraire, il a félicité la nouvelle, parlé de pourcentages, de dopamine, de réduction du stress, d’activité physique et de confiance en soi. Après deux nuits sans sommeil parce que Pull ­geignait dès que j’éloignais ma main de son museau, j’ai pensé que ma vie était foutue, que cette adoption allait marquer mon entrée définitive dans la folie et la détresse. Après une semaine, je ne pouvais plus me passer de lui.

« Prendre un chien : même combat que quitter mon amoureux, déménager, m’acheter des vêtements trop chers. Ça n’avait jamais aidé. Mais l’envie persistait. J’avais besoin de me sentir vivante. »

Cette boule de poils doux pisse sur mon tapis, salit le nouveau canapé de mon amoureux, couine pour que je le porte après dix minutes de balade sur le goudron trop froid, me suit partout, même aux ­toilettes, se couche contre mon dos quand je fais une sieste, lèche mes larmes quand je pleure, cherche le contact quand je fais l’amour, emmêle sa laisse dans les pieds des chaises quand je travaille dans un café, attire les curieuses, les esseulés, les dragueurs, les paumées, les enfants, génère de l’amour, pour lui, pour les êtres qui l’entourent. Il m’accompagne, ­littéralement. Et c’est infiniment rassurant. La semaine de vacances passe en un clin d’œil. Le dimanche, je dis au revoir à mon fils pour un mois, il redescend en plaine avec mes parents pour rejoindre son père, avec qui il part en Norvège. J’ai l’habitude de le laisser pour les vacances, mais c’est rarement si long et ça reste douloureux. Malgré les années, je ne parviens pas à me débarrasser de la sensation pénible de subir la situation, de désirer un autre modèle familial, qui reste inatteignable. Et cette fois, la nouvelle copine de son père, ainsi que ses deux enfants, les accompagneront. Je me retrouve sans mon enfant, dans le chalet rangé qui paraît abandonné. Je m’affale sur le canapé. Pull tourne en rond en gémissant, à la recherche de son camarade de jeu. Je connais bien les émotions qui m’envahissent et je sais qu’elles devraient s’atténuer peu à peu. C’est une période où mon état est stable, où ma maladie est tenue à ­distance, en grande partie grâce à de fortes doses de médicaments. Mais je garde cette peur que ça ­s’incruste, que je perde le contrôle. Que l’abattement devienne un état, presque une identité. Je lève les yeux. Pull est installé sur le fauteuil en osier, enroulé sur lui-même comme un petit renard. Il me regarde de ses yeux globuleux, penche la tête sur le côté, curieux. Je lui souris, je me demande t­ oujours s’il est sensible aux expressions du visage. J’imagine que oui. Je vais caresser ses oreilles épaisses, piquées de graines récoltées dans ses courses forestières. J’enfile mes baskets, il comprend qu’on va sortir, pousse des jappements d’envie. La pluie s’est arrêtée, les sommets blancs surgissent au-dessus de la brume. Pull s’élance sur le chemin, ses pattes duveteuses font voler les aiguilles de mélèze et la terre autour de lui. Il grimpe, dévale les pentes, à la fois chamois, loup, chien de chasse, dahu. Je ris.

FANNY WOBMANN En 2026, elle ­publiera deux romans, ­intitulés Les sentinelles et Tiramisu. Elle poursuivra la tournée de sa pièce Devenir ourse et présentera l’ébauche d’un futur projet à la ­ Fête du théâtre neuchâtelois.

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CLAP DE FIN

10 questions à

Moa Bomolo Âgé de 29 ans, ce B-Boy fait partie des meilleurs danseurs de Suisse et séduit par son originalité. Il représentera le pays lors de la finale mondiale du Red Bull BC One cette année à Tokyo. VISION PLURIELLE Pour inventer de nouveaux moves ou pour nourrir sa passion pour l’architecture d’intérieur. Ce qui compte selon Moa Bomolo, c’est le style. IG : @moa.ya

Ce que tu aurais voulu savoir plus tôt ?

Combien il est important de voyager dans ce métier, pour faire la connaissance d’autres danseurs et s’intéresser à leur entraînement… J’étais très ancré dans la scène locale. J’ai élargi mon horizon tardivement.

La destination que tu as préférée ?

La Corée. Passionnante à tous les égards. Le niveau de danse est très élevé en Asie, et leur éthique de travail très différente.

Comment définirais-tu ton style ?

Flow et originalité. J’ai un style très personnel, j’emprunte pas mal d’éléments au break pour synthétiser mon caractère. Comment as-tu percé ?

Lève-tôt ou couche-tard ?

Un accessoire dont tu ne te sépares jamais ?

Plaisir ­coupable ?

Les bijoux en général, surtout les chaînes. Je sors presque jamais de chez moi sans bijoux.

Je suis un oiseau de nuit. Mais je n’ai aucun problème à me lever tôt aussi.

Je suis un gros dormeur.

Quel était le métier de tes rêves enfant ?

Archéologue ! Je voulais découvrir des artefacts historiques. Plus tard, mon arrière-grand-mère m’a inspirée : elle était architecte. Et puis, j’ai vu un film de danse, You Got Served, en 2004. C’est là que mon chemin s’est gravée dans la pierre.

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Quel est le premier move dont tu étais ­le plus fier ? Le Suicide sur le dos. C’était le move le plus stylé quand j’ai commencé. Mon move signature aujourd’hui : le Break Your Neck.

Tu étudies l’architecture d’intérieur. Pourquoi ?

Ce qui me fascine, c’est de créer une dramaturgie dans une succession d’espaces. Je vois aussi beaucoup de parallèles entre la danse et le design. C’est le lien entre l’espace et le corps qui m’intéresse : comment ils interagissent et s’influencent mutuellement.

JEAN-CHRISTOPHE DUPASQUIER/RED BULL CONTENT POOL, ADOBE STOCK

C’était lors de mon premier Switzerland National Cypher 2015, à Zurich, parce que j’ai réalisé quel potentiel je pouvais développer grâce à la danse.


À bloc vers la finale à Dubaï

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Qualifie-toi dès maintenant pour les World Finals de décembre – jusqu’au 31.10.25 !


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