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Journal de rue

L’ENTREVUE Marjolaine

Mars 2017

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L’ÉDITORIAL H

En une très courte période, je suis parti d’un état d’abstinence (et non de sobriété) à m’enfoncer encore plus creux dans le trou d’où je m’étais à peine sorti. Tout comme le sauveteur de plage en très mauvaise forme physique qui se noie en tentant de sauver la personne en péril, l’homme en faible forme spirituelle et émotive que j’étais s’est noyé en tentant de sauver ces femmes en perdition. J’ai voulu sauver le monde et me suis moi-même perdu. J’ai dû m’avouer un jour que je devais moi-même d’abord me sortir de mon état d’autodestruction et de victimisation afin d’atteindre une certaine stabilité émotive bien avant de penser à aider qui que ce soit. Ça aura pris encore quelques années avant que je puisse atteindre ce niveau de relative stabilité et un certain degré de sobriété. Aujourd’hui, exaucé de mes obsessions et de mes comportements saboteurs je peux enfin aider. Aider étant le mot à utiliser avec prudence et modération. Tout au plus, je peux tenter d’accompagner celui ou celle qui le demande, celui ou celle pour qui la souffrance a atteint son seuil de tolérance, dif-

férent pour chacun. Comme souvent j’entends dire, on souffre à la mesure de notre égo. Une chose est claire, nul ne peut « aider » celui ou celle qui n’en est pas rendu là, celui ou celle qui semble-t-il doit aller encore plus loin dans son chemin obscur, incompréhensible pour l’observateur. Cela dit, mon impuissance devant la force de croisière des différentes trajectoires de vies de certains reste indéniable. Comme si aucune puissance connue ne pouvait les modifier. Comme si malgré les apparences, malgré mes idées préconçues et tous mes efforts, certaines trajectoires ont leur raison d’être et semblent devoir être vécues selon un présumé plan encore inaccessible à la rationalisation. Comme si ces trajectoires ne peuvent être redirigées par une intervention humaine que si le plan initial le permet et par conséquent, que si l’individu qui suit cette trajectoire est enfin mûr et le permet lui-même.

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umblement, je peux partager avec vous, avec sincérité, que deux de mes épisodes de situation d’itinérance que j’ai vécue (2005 et 2007) ont été à la suite d’attentats sincères de sauver des membres de la gent féminine de cette même situation. Bien au-delà de mon faible et mon respect intrinsèque pour les femmes en général, j’ai un faible et un respect profond et authentique pour les dames qui ont à se prostituer pour survivre, quelle qu’en soit la raison apparente superficielle.

CHRISTIAN GOSSELIN / ÉDITEUR

Alors on fait quoi avec ceux et celles qui semblent complètement être en perte totale de maitrise de leur vie ? On les accompagne dans leur cheminement, aussi incompréhensible cela puisse paraitre à nos yeux. On les accepte dans leur douleur, dans leur rage, dans leurs comportements, dans leur mépris pour la vie. On les nourrit positivement. Sans présumer que quiconque doit subir les méfaits et les abus d’un proche en situation de crise, une seule option reste viable au progrès de celui-ci, de près ou de loin, on l’aime inconditionnellement, tout simplement.

SOMMAIRE 4 - L’ENTREVUE 9 - ELLES 13 - LE MOT DU CRIO 16 - LES BILLETS DE C 23 - L’HABITATION

6 - LE PORTAIL VOUS PRÉSENTE

8 - L’ACTUALITÉ

10 - DOSSIER SPÉCIAL

12 - ITINÉRANCE ET DÉFIS CONNEXES

14 - MODE DE VIE SAIN

15 - ART DRUE

18 - UN JOUR J’...

20 - ENJEUX

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L’ENTREVUE

4

CHRISTIAN GOSSELIN

Marjolaine

M

arjolaine est née à Buckingham. Elle est l’ainée d’un frère et d’une sœur. Une famille aimante, mais « rock’n roll ». Selon elle, dans les années ‘80 cette petite ville manque d’intérêt pour la culture et l’ouverture d’esprit en matière de sujets controversés comme l’homosexualité et l’itinérance laisse à désirer. « Mais ma mère est une super flyée » me dit-elle le sourire aux lèvres. « Elle aussi c’est une artiste et elle travaillait à l’époque en relation d’aide, justement en itinérance au Gîte Ami. Mon père travaille à l’étranger, surtout en Afrique. Il nous fait gouter des fruits exotiques et nous parle de différentes cultures. À la maison, aucun sujet n’est tabou. » Les deux parents sont issus de familles dysfonctionnelles, mais ils réussissent avec honneur à briser beaucoup de cycles dans la façon d’éduquer leurs enfants.

un an plus tôt l’approche. Marjolaine ne sait pas c’est quoi du slam. Elle assiste aux prestations, elle aime bien, elle tente le coup et gagne ce concours. Puis elle remporte le championnat de l’Outaouais, en 2009 celui du Québec, pour enfin aller nous représenter au Championnat du monde en France où elle gagne la 2e place. Un peu plus tard, elle présente son texte « Comme une rivière Richard » au Dépanneur Sylvestre où Richard Desjardins y offre un spectacle de collecte de fonds intime. Richard est profondément touché par la prestation de Marjolaine. Il l’invite en première partie de son spectacle à la Salle Jean-Despréz, puis au Centre National des Arts d’Ottawa. C’est lors de ce deuxième spectacle qu’il annonce publiquement

À la petite école, Marjolaine est très performante, première de classe. La littérature est sa force. Elle gagne des concours et des prix à répétition. Elle se sent accomplie et les professeurs apprécient sa marginalité. Sa mère lui enseigne des chansons de Félix Leclerc et de Jean Lapointe, ce qui la distingue des autres lors de spectacles. Aux prises avec des enjeux de santé mentale depuis quelques années déjà, c’est au secondaire, à Thurso, que les choses se corsent pour Marjolaine. Très intense, très assoiffée et habitée d’une curiosité extrême, elle parcourt les antipodes du prisme, autant dans la lumière la plus éclatante que dans l’obscurité la plus effrayante. Elle se souvient d’être tout le temps en train de créer avec tout ce qui lui tombe sous la main, mais elle ne semble pas trouver chaussure à son pied pour combler ce besoin de création pressant. Elle se pose la question « Vraiment, c’est juste ça, c’est ça qui m’attend ? » Elle écrit alors « C’est juste ça » qui fera plus tard partie de sa pièce de théâtre « Taram ». Mais sa soif artistique n’est pas rassasiée du tout. C’est sa mère, une pure « self-made woman », qui l’initie à la littérature qui lui ouvre la voie. Elle observe avec amertume ses pairs au cégep étudier en art général et se dit « zut, je ne suis pas une artiste, je ne peux pas m’inscrire en art ». Marjolaine vagabonde ainsi entre les différents médiums artistiques, ce qui selon elle lui épargne la folie. C’est l’écriture qui devient l’exutoire parfait pour cette artiste passionnée. En 2006, elle gagne un concours de poésie à Sherbrooke. Une porte s’ouvre. En 2007, elle récite un texte sur la scène du Théâtre des Quatre Sœurs dans la Petite-Nation. Le fondateur de la ligue de slam créée

En parallèle, Marjolaine écrit sa pièce Taram jouée au théâtre du Trillium suivi de son recueil Au Plexus. Elle jouit alors d’une grande visibilité médiatique et Taram gagne le Prix Rideau pour artistes en émergence, dramaturgie. Avec deux tournées en théâtre et un film à son actif, elle peut finalement s’afficher ouvertement comme auteure. Marjolaine se veut une artiste qui pousse les balises et les limites du cadre. « Ma désobéissance et mon irrévérence peuvent enfin s’exprimer à leur maximum. Je ne vais tout de même pas me confiner dans des alexandrins, tout de même. J’essaie des choses, mais je n’invente rien. Cette tendance existe depuis longtemps, mais en underground. Je tente de la remonter en surface, vers le populaire. Ça n’a rien de vulgaire, au contraire, c’est juste plus transparent et surtout plus accessible à tous, au camionneur ou à la coiffeuse. C’est ça la culture. » Marjolaine s’intéresse à tout ce qui est non professionnel. Elle ajoute : « Lors d’une prestation, le “mistakist” art, tout ce qui peut être fait à partir d’une erreur ou d’une mauvaise maitrise d’un médium peut faire des miracles. Tu mets un non-acteur dans une pièce ou un non-chanteur ou un non-musicien dans un groupe et tu obtiens des bijoux inimitables par des professionnels. »

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« Fais tes valises Marjolaine, on part en tournée. »

Selon elle, ce qui l’a beaucoup aidée à se démarquer dans le mode de la poésie est le simple fait de ne pas avoir elle-même beaucoup lu de poésie avant d’écrire. Ça lui a permis de demeurer totalement authentique, non influencée. « C’est l’urgence de l’expression qui m’intéresse », dit-elle.


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Marjolaine manifeste une grande admiration pour la chanteuse Safia Nolin, pour sa capacité à se dévoiler dans toute son anxiété et sa vulnérabilité. « Ce sont des attributs vrais qui ne doivent pas être cachés. Il est admirable de pouvoir se présenter au rand public dans toute son authenticité avec candeur. Sur scène, d’utiliser avec brio la spontanéité de l’erreur, du phare qui tombe par terre, que le public l’accepte sans demander à être remboursé. On veut de plus en plus voir l’humain sur scène, audelà de la prestation parfaite. » Marjolaine travaille actuellement sur une pièce qui sera présentée à l’automne 2017 au théâtre Trillium intitulée « MILF » (mother I would like to fuck- selon la notion pornographique). Elle y explore l’état de mère comme étant une finalité, le choc entre la vie de mère et la sexualité. À voir absolument. Malgré ses insécurités financières, Marjolaine est totalement dans la gratitude. On cogne maintenant à sa porte pour lui offrir d’écrire. « Je ne manque de rien, mes enfants vont bien, je pratique le métier que j’aime à fond, j’ai une belle visibilité et j’ai la reconnaissance de mes pairs. À travers la santé précaire de ma fille lors de ses deux premières années d’existence où nous avons voyagé sans cesse entre le foyer et l’hôpital, le lâcher-prise est pour moi vital. Tout comme la maladie mentale qui me guette, je dois d’abord l’accepter. Je crois que c’est à la société d’être plus flexible envers la fragilité mentale et non à nous de s’adapter. Pour ma part, cette colère qui m’habite toujours est manifestée par l’art. Au lieu de lancer des cocktails Molotov, j’écris. » En ce qui concerne l’itinérance, Marjolaine m’avoue avoir elle aussi des idées préconçues, mais elle sait les reconnaitre et ne pas s’y identifier. Certains ont des trajectoires atroces et il est important d’adopter une ouverture d’esprit sans limites lorsqu’on est confronté à des situations de misères qui dépassent notre

entendement. Elle nomme un dénominateur commun dans notre approche globale à adopter en tant qu’être humain, l’amour. « Quiconque est mal aimé et rejeté pour qui il est en ce moment même avec ses forces et ses défis, comment peut-il lui-même s’accepter et aimer autrui en retour ? » Les trois valeurs premières de notre artiste locale, la famille, la compassion et l’ouverture d’esprit. « Un dernier mot Marjolaine ? » « Un médium artistique, nonobstant le talent que tu crois posséder ou non, est un moyen de sortir de ton ostie de corps oppressant et d’aller exister dans un poème, une toile ou tout simplement ailleurs. D’être tout ce que tu veux, de dire fuck you à tout ce que tu veux ou merci à tout ce que tu veux, indépendamment de ton état premier. »

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LE PORTAIL VOUS PRÉSENTE

AGIR

encourage plus de femmes à se présenter en politique municipale en 2017 L

’Assemblée des groupes de femmes d’interventions régionales (AGIR) est un organisme communautaire régional qui existe depuis 25 ans. Il travaille contre toutes les formes de violence, de discrimination, de marginalisation ou d’exclusion à l’égard des femmes dans la région de l’Outaouais. AGIR est une table de concertation composée de quarante-trois membres, dont des organismes communautaires œuvrant exclusivement avec les femmes dans des champs diversifiés tels que la violence, la pauvreté, l’immigration et l’employabilité, ainsi que des membres individuels, dont des élues de la région. Le travail d’AGIR consiste à : - favoriser des moments de concertation, d’analyse, de réflexion et de mobilisation avec ses membres pour défendre les droits et intérêts des femmes de la région ; - effectuer des études et des recherches ainsi que des analyses régionales sur la situation des femmes ; - siéger au sein de différentes instances du développement social afin de sensibiliser les milieux socioéconomiques et politiques aux conditions de vie des femmes et d’atteinte l’égalité entre les femmes et les hommes ; - travailler en collaboration avec des organismes nationaux pour améliorer les conditions de vie des femmes ; - réaliser des projets visant à augmenter la participation des femmes dans les instances décisionnelles et, notamment, dans la gouvernance municipale. AGIR considère que le développement régional et local est porteur d’une amélioration des conditions de vie des femmes. C’est un premier palier et un endroit privilégié pour que les femmes prennent part aux décisions qui concernent leurs vies et celles de leur famille. C’est pourquoi, depuis quelques années, ses efforts sont concentrés sur les élections municipales. AGIR encourage les femmes à s’engager sur le plan politique en offrant de la formation et en réalisant des outils d’accompagnement destinés aux femmes qui désirent se présenter comme candidates.

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Cette année, c’est le 5 novembre qu’auront lieu les élections municipales. AGIR fait appel aux femmes intéressées par la politique active et les encourage à présenter leur candidature. En effet, la moitié de la population étant composée de femmes, il est nécessaire que cette réalité soit reflétée dans les instances décisionnelles. De plus en plus de femmes réussissent à franchir les barrières qui les empêchent de se présenter en politique. Cependant, du chemin reste à faire pour atteindre la parité dans les instances décisionnelles. C’est pourquoi AGIR soutiendra les femmes qui se présenteront en politique municipale. Des opportunités de réseautage et des outils de soutien seront mis en place pour les accompagner dans le processus. Toute l’information sera disponible sur le site www.agir-outaouais.ca ainsi que sur la page Facebook www.facebook.com/agir.outaouais à compter du mois de mars 2017. L’atteinte de l’égalité réelle et effective entre les femmes et les hommes est un enjeu toujours très actuel. Certes, du progrès et des gains importants ont déjà été obtenus : on revient de loin en ce qui a trait aux droits des femmes et à l’égalité ! Cependant, nous ne pouvons pas nier qu’il reste encore du travail à faire pour atteindre l’égalité de fait. Le travail de collaboration et de partenariat, la solidarité et les actions dans nos communautés sont les meilleurs moyens de faire avancer positivement les changements sociaux. L’égalité entre les sexes est le plus beau cadeau qu’une société puisse s’offrir. Ensemble, travaillons pour atteindre l’égalité.


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L’ACTUALITÉ

MÉLODIE PELLETIER

Investissement de 148 millions de dollars à Ottawa contre l’itinérance L

e gouvernement de l’Ontario investira 148 millions de dollars à Ottawa d’ici 2020 pour lutter contre l’itinérance. La députée d’Ottawa-Vanier, Nathalie Desrosiers, en a fait l’annonce en janvier dernier. L’argent provient d’un fonds provincial de 632 millions de dollars servant à aider les familles ontariennes à conserver leur logement. Selon le conseiller à la Ville d’Ottawa, Mathieu Fleury, il s’agit d’une bonne nouvelle. « On savait déjà qu’on allait avoir droit à un montant d’argent pour lutter contre l’itinérance, et la province a décidé d’ajouter 1 million de dollars cette année, et 3 millions de dollars l’an prochain, alors on est vraiment content. » L’argent sera investi dans des initiatives visant à favoriser l’accès au logement. Il pourrait servir d’aide financière d’urgence ou à offrir des logements à long terme, des logements de transition et des logements avec des services de soutien pour les personnes ayant des besoins particuliers. « On pourrait, par exemple, offrir de l’argent à une famille qui ne parvient pas à payer son loyer, afin de lui éviter d’être évincée », affirme la députée provinciale d’Ottawa-Vanier, Natalie Desrosiers. La subvention cible trois clientèles précises, soit celles des moins de 20 ans, des Autochtones et des toxicomanes. La Ville d’Ottawa aura la responsabilité de déterminer où sera investi l’argent. Les organismes devront présenter une requête, afin d’en obtenir une partie. « Ce qui est intéressant avec cette enveloppe, c’est qu’elle est discrétionnaire. On croit qu’il est important de laisser la Ville et les organismes locaux déterminer où l’argent sera le plus utile », ajoute Nathalie Desrosiers, députée provinciale d’Ottawa-Vanier.

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Espoir pour de nouveaux logements subventionnés « L’argent offert par la province pourrait servir à construire de nouveaux logements subventionnés », affirme Mathieu Fleury, conseiller à la Ville d’Ottawa pour le quartier Ottawa-Vanier. « Il faudra cependant attendre de voir comment l’argent sera distribué avant d’en être certain. » Pendant ce temps, la liste d’attente pour avoir accès à un tel logement s’allonge : 10 000 foyers sont présentement sur la liste d’attente pour y avoir accès. Malgré ces chiffres, seulement 250 nouvelles unités de logement social ont été construites l’an dernier... La crise ne touche pas seulement les logements subventionnés : selon l’Indice du logement locatif canadien, il faudrait 16 030 chambres de plus dans la ville pour être en mesure de loger tous les citoyens de manière convenable. Environ 1100 personnes doivent dormir dans des refuges d’urgence chaque soir à Ottawa. Alexandre Ranger, coordonnateur du Collectif régional de lutte à l’itinérance en Outaouais, déplore d’ailleurs cette situation. Il affirme qu’il est fréquent de voir des gens traverser à Gatineau dans l’espoir de se trouver un logement puisque les loyers y sont moins chers et plus disponibles. Il ajoute également que les fonds prévus de ce côté de la rivière pour les personnes en situation d’itinérance chronique et épisodique ne sont pas suffisants. Il y a un plafond de 705 $ par mois pour un loyer de deux chambres, comprenant la facture d’électricité, une somme qui, selon lui, ne reflète pas la réalité du cout des logements en Outaouais.

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ELLES

urprenant, mais vrai ! Pas besoin de se faire cracher dessus, de se faire lancer des objets ou de se faire frapper pour être victime de violence. Il est vrai que, dans certains cas, la violence physique n’est pas toujours présente dans une relation malsaine. Il a été rapporté que la violence psychologique était deux fois et demie plus courante que la violence physique. Nous observons d’ailleurs cette tendance dans notre pratique : il existe, en effet, davantage de femmes victimes de violence psychologique que de violence physique. Néanmoins, la violence psychologique reste souvent liée à la violence physique (Doherty et Burgland, 2008, La violence psychologique : un document de travail). La violence psychologique, souvent subtile, que nous pourrions qualifier sans gêne d’hypocrite et de sournoise, est la plus difficile à identifier, puisqu’elle ne laisse pas de marques, de bleus ou de cicatrices. Et oui, elle est aussi la plus dommageable, puisqu’elle sème le doute et la confusion dans la tête de la personne qui la subit, et engendre des conséquences plus graves et plus importantes à long terme. Cette forme de violence est définie comme étant une série d’attitudes et de propos méprisants, humiliants que le conjoint utilise pour dénigrer et critiquer sa compagne (Regroupement des Maisons pour femmes victimes de violence conjugale, 2006). En voici quelques exemples : « T’es une grosse vache » ; « T’es même pas une bonne mère » ; « As-tu vu ce dont tu as l’air ? » ; « T’es chanceuse de m’avoir, personne d’autre ne voudrait de toi » ; « Y’a rien que moi qui suis capable de t’endurer » ; « Tu pesais combien encore quand je t’ai rencontrée ? »

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La violence physique est la forme de violence la plus dommageable C’EST UN MYTHE ! S

MAISON LIBÈRE-ELLES

Le danger de continuer à vivre dans cette relation malsaine est que, peu à peu, la femme finit par croire tout ce que son conjoint lui dit. Elle sent alors son équilibre psychologique se détériorer progressivement, puisqu’elle aura tendance à s’identifier à la personne telle que décrite par ce dernier (Regroupement des Maisons pour femmes victimes de violence conjugale, 2006). Voici quelques-unes des conséquences liées à la violence psychologique : - difficulté à prendre des décisions ; - manque d’estime et de confiance en soi ; - isolement ; - dépression ; - anxiété ; - consommation d’alcool, de drogues, de médicaments, etc. En terminant, il est intéressant de constater que dans les années 1990 la violence psychologique était considérée comme une conséquence des autres formes de violence, comme la violence physique ou la violence sexuelle. Ce n’est que plus tard que la violence psychologique a été reconnue comme une forme de violence en soi (Doherty et Burgland, 2008, La violence psychologique : un document de travail). Comme le disait si bien le slogan de la campagne de sensibilisation : « La violence, ce n’est pas toujours frappant, mais ça fait toujours mal ! » Pour de plus amples informations, nous vous invitons à consulter notre site internet : www.maisonlibere-elles.ca. Ce mois-ci, nous vous soumettons l’affirmation suivante : « La violence cesse après la séparation. » La réponse vous sera dévoilée dans le numéro du mois d’avril.

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DOSSIER SPÉCIAL

MÉLANIE LABERGE

En entrevue ; Marie-Pier Séguin E

n l’honneur de la journée de la femme le 8 mars, lorsque l’éditeur m’a demandé de trouver une femme dévouée à la cause des femmes, j’ai immédiatement pensé à Marie-Pier Séguin. Blogueuse sur le site Mon P’tit Look, non seulement elle s’implique à travers l’écriture, mais elle s’implique grandement à deux causes encore taboues en 2017 : le mouvement féministe et la culture du viol. Elle accepte généreusement de me parler, cette jeune femme de 28 ans, mère monoparentale, telle que je m’y attendais ; elle m’impressionne grandement par ses opinions et par la force de son caractère. Elle se bat tous les jours contre un autre tabou de la société : la maladie mentale. Elle doit quotidiennement gérer un trouble d’anxiété généralisé et le danger de la dépression. Elle a d’ailleurs perdu son emploi en octobre à la suite d’une longue période de harcèlement de son employeur en lien aux problèmes de santé mentale qu’elle avait. Née à Gatineau, elle y a passé sa vie et a grandi auprès de sa famille composée de ses parents et de sa sœur. Elle avoue avec une humilité touchante qu’elle fait partie des privilégiés de la société. Elle n’a quitté qu’une courte période de deux ans pour Montréal pour ensuite revenir dans la région. Une adolescence pourtant marquée d’un évènement particulièrement difficile et bouleversant ; agressée sexuellement à l’âge de onze ans, elle a porté une grande colère en elle durant toute la période de son adolescence. Renfermée aussi, elle dit cependant qu’elle avait un côté très leadeur qu’elle a dû réfréner, sentant que cela déplaisait fortement autour d’elle. L’évènement a influencé son implication auprès de la cause de la femme, mais tardivement. « Quelques années passées, j’étais zéro féministe. Je ne voulais tellement pas être associée à cela. Je trouvais que ces gens-là exagéraient ; je les trouvais intenses. Ma sœur a étudié à l’université d’Ottawa dans un cours pour le féminisme et ça m’a vraiment éveillée. J’ai commencé à étudier là-dessus. Et il y a un an, j’ai commencé à écrire pour Ton P’tit look, qui est un blogue très féministe et TPL Mom. Ça m’a amené à réaliser que… je suis féministe. » Dans les dernières années, on a beaucoup entendu parler de la culture du viol. C’est évidemment la cause qui a le plus soulevé la féministe en elle. Elle a fait la marche qui a été organisée pour la cause qui s’est tenue ici, dans la région de Gatineau. Le point majeur de la campagne : le consentement sous tous ses

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aspects. Elle aimerait s’impliquer encore plus qu’elle ne le fait présentement envers tout ce qui est en lien avec les agressions sexuelles. Son désir : faire des conférences dans les écoles pour sensibiliser les adolescentes à briser le silence, les outiller face à cet acte qui bouleverse totalement la vie d’une personne. Elle mentionne d’ailleurs que les écoles pourraient être mieux encadrées et offrir le support aux jeunes filles victimes d’abus sexuels en milieu scolaire. « Je suis restée à l’école, mais je n’ai jamais eu de notes extraordinaires et l’école n’a jamais été mon endroit préféré. Je n’ai pas de super souvenir de l’école. Ça prendrait vraiment un cours ou au moins, de la gestion de crise. Des groupes de support après avoir dénoncé. On aurait beaucoup moins de gens brisés dans la société. » Elle ne cache pas cependant que la culture du viol ne touche pas que les femmes. « En réalité, il y a plus d’hommes victimes que l’on pense. Je n’ai pas les chiffres, mais je sais qu’il y en a. L’agression, c’est le non-consentement et oui, des hommes vivent ce genre d’agression. En couple, l’homme ne veut pas, mais la femme insiste, pousse malgré les refus et finit par le faire. C’est exactement un exemple d’agression ; ça nous ramène toujours au consentement. » Je lui demande aussi son avis sur un point encore très controversé qui est le fondement même du groupe féministe : l’égalité des sexes. Ma question est simple : est-ce qu’une femme peut faire les mêmes métiers qu’un homme et je vise tout autant les métiers de pouvoir telle la politique, que ceux plus physiques, tel pompier, policier. Elle inclut d’abord sa conception du féminisme dans sa réponse. « Le féminisme, c’est l’égalité entre les hommes et les femmes sur tous les niveaux. Et pas seulement ici, au Québec. C’est pour les femmes partout dans le monde aussi. Je me bats pour le droit des femmes. Pour que les femmes arrêtent de se faire couper le clitoris dans certains pays. Pour que les femmes arrêtent de se faire donner en mariage parce que ça, ça arrive encore, plus qu’on pense et même ici. Je me bats pour que les femmes aient le droit de faire de la politique ici oui, mais ailleurs aussi. Il y a des pays qui n’ont jamais vu de femmes en politique. Je me bats pour que toutes les femmes, ici ou ailleurs, aient le droit de voter. Ce n’est pas normal que parce que nous avons des organes génitaux différents, les femmes n’aient pas le droit d’aller mettre un X pour des gens qui vont diriger le pays dans lequel on vit. Ici, je


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trouve qu’on est encore trop en arrière en 2017 sur la cause des femmes. Encore aujourd’hui, le cabinet de Philippe Couillard a encore des députés ayant des différences de salaire énorme entre les hommes et les femmes. Ça n’a pas de bon sens en 2017. Se faire discriminer dans un emploi parce qu’on est des femmes n’a aucun sens. Par exemple, en entrevue, se faire demander si nous avons l’intention d’avoir d’autres enfants parce que l’employeur veut savoir s’il devrait assumer un congé parental, c’est inacceptable. C’est une question qu’on pose probablement juste aux femmes. Oui, je suis une femme, mais ma situation maritale ou mon gout d’avoir des enfants ne te regarde pas. Le gouvernement paye pour les congés parentaux et c’est un droit. Quant à ta question à savoir si une femme peut faire les mêmes métiers que les hommes, ma réponse est oui. Je ne pense pas qu’une femme qui va appliquer comme pompier le fera si elle pense qu’elle sera physiquement incapable. Pas plus qu’on ne lui donnera l’emploi si elle ne remplit pas les critères. Est-ce que ça peut poser problème parfois dans le métier à un moment ou un autre ? Peut-être. Je ne sais pas. Mais l’adrénaline, que tu sois une femme ou un homme, va te faire faire des choses qu’en temps normal tu ne ferais pas. » Je dévie un peu du sujet et lui demande qu’elle est sa relation envers l’itinérance. « Quand je vivais à Montréal, j’avais plus peur qu’ici. Il y a beaucoup de problème de santé mentale et oui, j’ai beaucoup de compassion d’abord et avant tout, mais quand cela entraine parfois de la violence, il m’arrive d’avoir peur. On ne sait pas pourquoi ils agissent parfois comme ils le font, mais la vérité c’est que souvent ils sont malades et n’ont pas les ressources pour s’en sortir. Les gens ont plein de préjugés sans connaitre leur réalité. Pour plusieurs, ce n’est pas leur choix. On devrait se trouver chanceux de ne pas se trouver dans ce genre de situation là. C’est pourquoi j’ai plus de compassion qu’autre chose. » Je complète en lui demandant son crédo de vie. Elle me répond par cinq mots seulement : « Un jour à la fois ». Le mouvement féministe a été créé à la fin du XIX siècle et l’objectif est d’abord d’abolir les inégalités homme-femme dans différents domaines, promouvoir les droits des femmes dans la société civile et dans la vie privée.

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ITINÉRANCE ET DÉFIS CONNEXES

CHRISTIAN GOSSELIN

Trajectoire 1ière partie Pixabay / Bual

C

e texte est entièrement basé sur une notion bien répandue, mais qui ne reste tout de même qu’une simple croyance, une hypothèse, soit la notion que la vie nous envoie ce dont nous avons besoin pour grandir et devenir la vraie version la plus juste de nous-mêmes, aussi difficiles et injustes que ces adversités puissent parfois paraître. Octave nait et vit ses toutes premières joies et adversités dans un environnement confortable, `` normal `` . Comme nous tous qui grandissons dans une société moderne, il grandit conditionné à évaluer sa propre valeur comme personne selon l’approbation d’autrui, et ce, dès ses premiers pleurs et ses tout premiers sourires. Les personnes qui l’entourent, ses toutes premières expériences et les influences diverses qui le façonnent lui dictent ses décisions. Son éducation où il apprend tout sauf comment gérer les adversités et leurs impacts sur sa stabilité émotive et encore moins comment être en lien avec son essence première. Ce modèle d’éducation crée en lui des insécurités accablantes, la peur l’habite. Le contexte général dans lequel il croît le développe graduellement pour le pousser vers différents choix de vie basés sur des critères superficiels axés sur la performance, la rentabilité et le paraître, trop souvent exempts de moralité, le statuquo. Ces choix tracent une trajectoire gravée dans ses schémas. Jamais il n’a appris à réellement prendre des temps de recul pour l’introspection, à vraiment observer sa vie. Il ne vit pas la vie, il la subit, il obéit aux normes. Il vit la vie d’un autre, d’un idéal. Octave vit à côté de lui-même. Évoluant ainsi dans un état inconscient de sa propre nature intrinsèque et sans aucun contact avec son centre, son intuition, il n’a nulle autre option que de se conformer à ce qu’il croit être juste, à ce qu’on lui a dit, sans aucune notion des multiples possibilités qui se trouvent en dehors du cadre proposé, sans aucune notion même que quelque chose d’autre existe en dehors de ce cadre. La norme lui dicte ses choix pour des raisons purement platoniques et rationnelles, par pression sociale et des stéréo-

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types vendus à plein écran plutôt que par ses élans intuitifs et naturels, selon ce qui résonne juste en lui, pour lui. D’ailleurs, sa capacité de résonnance, il ne connaît pas. Il est, comme la majorité de nous tous, dénaturé. Sa partenaire de vie est donc choisie selon ces mêmes principes, soit par une compatibilité intellectuelle et d’ego. Le choix de carrière est lui aussi basé sur des arguments économiques et sur des ambitions de prestige social, son milieu de vie pour la conformité et le paraître. Octave continue dans cette voie même s’il semble que quelque chose cloche, la résonnance n’y est pas, quelque chose manque mais bon, « C’est ça la vie! », se dit-il. `` Je n’ai rien à me plaindre `` . Il croit avoir atteint toutes ses ambitions et répondre à tout ce qu’un homme peut désirer mais pourtant, il est malheureux. Une éternelle insatisfaction l’habite. Il n’a aucune idée ce que peut en être l’origine. Il perçoit les adversités comme des attaques, des menaces à son intégrité inventée. Il vit lesdites injustices comme une victime plutôt que comme un être envers lequel des leçons de vie lui sont présentées pour lui servir à réajuster sa trajectoire et enfin être plus près de sa vraie nature, être réellement heureux. Il n’en voit pas le sens, le pauvre. Il vit ainsi plusieurs années jusqu’au jour où la souffrance que lui inflige de vivre à côté de sa vraie identité le brise. Il s’effondre. Un bas-fond ou un éveil? Plus rien n’a de sens. Il décroche. Il n’y comprend rien. Il résiste avec acharnement au changement majeur qui tente de s’effectuer en lui malgré lui. C’est la dépression. Il perd son emploi. Sa femme le quitte, ses jeunes enfants suivent la mère, ce qui est tout naturel. La banque reprend la maison. Ses frères tentent de l’aider, ils l’hébergent, mais Hubert semble s’enliser encore plus profondément dans la noirceur, il résiste encore. Plus d’un an passe et son entourage qui ne comprends pas plus ce que la force de vie tente de mettre en œuvre, ils l’abandonnent, impuissants. Octave n’a plus d’endroit où habiter. Octave est maintenant à la rue, un sans-abri. À suivre…


LE MOT DU CRIO

ALEXANDRE RANGER

V

oilà une question intéressante si nous voulons bien comprendre la réalité des femmes vivant ou étant à risque de vivre une situation d’itinérance. Bien que l’itinérance soit vécue différemment par chaque personne, notre compréhension de la réalité nous montre qu’il y a une distinction claire entre la réalité vécue par les femmes et celle vécue par les hommes. D’abord, l’itinérance au féminin est moins visible que celle des hommes. Selon les études, la vaste majorité de ces femmes ont vécu ou vivent une situation de violence ou d’abus, ce qui les place dans une position de grande vulnérabilité physique et mentale. Il y a aussi les discriminations systématiques que rencontrent les femmes racées, autochtones, LGBTQIA+ ou encore vivant du travail du sexe qui font alors face à une mixité de discriminations. Les femmes vivant une situation d’itinérance sont aussi confrontées aux abus policiers. Nous avons rencontré trop de travailleuses du sexe qui ont dû offrir des services sexuels à des policiers pour ne pas être judiciarisées. Tous ces éléments amènent ces femmes à adopter une série de stratégies de survie afin d’éviter la rue, de dissimuler leur vulnérabilité ou de passer le plus inaperçues possible. L’objectif étant le même ; se mettre à l’abri de nouvelles violences. Elles vont donc soigner leur apparence pour ne pas être stigmatisées ou encore se déplacer d’un domicile à l’autre, souvent contre échanges de faveurs domestiques ou sexuelles. Ces stratégies rendent invisible une grande partie de l’itinérance au féminin et la rendent pratiquement impossible à quantifier. Bien que la majorité des femmes vivant une situation d’itinérance ou à risque de l’être sont âgées de 30 à 50 ans, nous faisons face à une augmentation du nombre de femmes âgées vivant cette réalité. De plus, une grande proportion de femmes dans cette situation sont mères, avec ou sans garde de leurs enfants. Ce sont donc de plus en plus de familles qui vivent cette injustice. Le visage de l’itinérance au féminin est donc très varié.

Maintenant, parmi les autres facteurs augmentant grandement le risque d’itinérance chez les femmes nommons les facteurs structurels. Les femmes sont statistiquement plus pauvres que les hommes ce qui a un impact évident sur leurs capacités à répondre à leurs besoins de base et à ceux de leurs enfants, si elles en ont. Cette précarité financière les place dans une situation d’instabilité résidentielle et influence massivement leurs capacités à répondre aux autres besoins essentiels comme se nourrir, se vêtir, se déplacer… Parmi les facteurs aggravants qui sont en augmentation chez les femmes rencontrées, on retrouve les problématiques de santé mentale et de toxicomanie ; plus particulièrement chez les femmes qui vivent avec un trouble concomitant (santé mentale et toxicomanie simultanément). Maintenant que nous avons décrit le phénomène et ses causes, la question pertinente est que pouvons-nous faire ? Comme l’itinérance restera toujours une question de pauvreté, il faut augmenter les revenus disponibles et lutter contre la pauvreté. C’est pourquoi nous revendiquons un revenu de citoyenneté permettant le plein respect du droit à un revenu décent pour tous et toutes. Aussi il faut investir massivement dans le logement abordable (réellement abordable) et de qualité. Le tout dans le but de permettre à ces femmes de trouver un chez-soi où elles peuvent vivre paisiblement, en sécurité et en harmonie avec leur milieu. Il faut aussi prévoir la bonification des enveloppes dédiées aux services offerts aux femmes. Qu’ils soient publics ou communautaires, la demande est en forte augmentation et le financement doit suivre. De plus, il faut s’assurer que ces services soient accessibles, tant au niveau du transport que du sentiment de sécurité et d’accueil qui s’en dégage. En ce sens, développer davantage de service non mixte serait une avenue à privilégier. Finalement, afin de mieux cerner les besoins spécifiques des femmes, il faudrait toujours s’assurer d’effectuer des études et des analyses différenciées selon le sexe.

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L’itinérance chez les femmes, qu’en est-il ?


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MODE DE VIE SAIN

MARIE-CLAUDE BÉNAZET

Le féminin l’emporte A

h ! Ah ! Je suis certaine que ce titre en a fait frémir quelquesuns… Des personnes qui connaissent bien la grammaire française par exemple et qui savent qu’au cœur même de notre langue, c’est le masculin qui l’emporte, ou bien des machos invétérés qui jamais n’auraient pensé à mettre ensemble ces deux mots-là, féminin et emporte. Mais bon, je ne cherche pas à mettre le feu aux poudres, les mèches globalement sont déjà assez courtes et au fond, nous avons bien plus besoin d’eau pour huiler les engrenages que de feu pour enflammer les passions. Reste que cette dualité masculin-féminin est souvent piégée, blessée, difficile à vivre pour la plupart. On pourrait dire que si la performance ou ce qui est formé par le père représente une part de l’énergie masculine, on pourrait dire que la merveille, ou la mère veille, ce regard d’accueil est d’énergie féminine. Les deux sont nécessaires bien entendu. Mais c’est comme bien des choses, lorsqu’il y a trop de l’une des polarités, cela crée des désordres difficiles à rétablir. La danse d’amour entre le masculin et le féminin devient alors un exercice de pouvoir, où l’un est nécessairement écrasé et l’autre triomphant. La tension entre les deux pôles ne crée plus l’attraction et le désir de découverte, de partage et d’échange, mais plutôt le besoin de prendre le dessus et de triompher. J’aime beaucoup me rappeler une histoire du maitre Osho. C’est l’histoire d’une princesse indienne qui était folle de bonheur et qui passait son temps à danser, à prier et à rire. Dans son village, elle allait n’importe où et les gens étaient habitués de la voir danser sur les chemins et rendre grâce pour la vie,

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la beauté de la nature, pour les plantes qui poussaient, pour la pluie qui tombait. Bref, elle était folle. Or, un jour, elle arriva au temple et comme à son habitude, elle dansait et chantait et rendait grâce. Elle entra en dansant dans le temple et traversa même le rideau et pénétra dans le Saint des Saints. Un des prêtres, outré et horrifié, l’interpela et lui cria qu’elle devait sortir immédiatement, que nulle femme ne devait profaner ce lieu de culte, cet endroit sacré. Elle se mit à rire gentiment et lui dit avec douceur, mais ne saistu pas que nous sommes tous des femmes devant Dieu ? Lorsque j’ai entendu cette histoire pour la première fois, j’ai mis du temps à entendre la beauté de ce conte. Pourquoi et comment sommes-nous tous des femmes devant Dieu ? Or Osho explique que nous ne pouvons arriver à Dieu en tant que conquérants ou comme des envahisseurs. Nous ne pouvons arriver à Dieu, ou plutôt Dieu ne peut nous toucher que lorsque nous devenons réceptifs et ouverts, la réceptivité féminine, qui laisse la place et qui accueille. C’est un conte et bien entendu, nous pouvons l’entendre de bien des manières. Mais ce que j’ai toujours aimé de cette histoire, c’est le rappel à l’ouverture et à la reconnaissance de ce féminin sacré. Bien sûr, nous portons tous en nous à la fois les aspects masculins et féminins. Les deux sont sacrés. Cependant, l’énergie féminine a besoin d’être reconnue, vécue, et de reprendre sa place au cœur de nos êtres pour que la danse d’amour entre les deux puisse prendre place.

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AVEC LA COLLABORATION D’ALEXANDRE PAMPALON DE ABC STRATÉGIES, OSBL

ART D’RUE ISABELLE REGOUT

M

’affranchir du modèle médiatisé de la femme, c’est me permettre de vivre autrement en poussant, année après année, les limites de mon métier. J’avoue sereinement cultiver mon ignorance sur la science des vernis à ongles, dont l’investissement serait peine perdue ! J’aime bien observer mes mains après une semaine de beau travail : elles sont marquées de colles et d’adhésifs de construction, colorées de peinture à l’huile, brulées ici et là par une scorie projetée durant une opération de soudage, rougies par une cloque qui fera une meilleure corne, ou encore coupées par le tranchant d’une plaque de verre. C’est là le signe révélateur et intime que ma créativité a pris vie dans la pierre volcanique ou le verre. J’ai alors amélioré mon indice relatif du bonheur, mon PIB intérieur. Columbo, le premier train de drave fête ses 211 ans !

de détournement, on ne mettra que 24 heures pour faire le trajet. Suivront ensuite plusieurs milliers de « trains de drave » sur la rivière des Outaouais, la plus longue rivière du Québec (1271 km). La drave : un symbole de l’itinérance Dès le début du XIXe siècle, on retrouve de nombreux hommes convertis en bucherons et en « cageux », lesquels deviendront les nouveaux grands « voyageurs ». La durée de cet « exil » pouvait varier, mais on sait que ces draveurs pouvaient être séparés de leur famille pendant près de neuf mois. Le travailleur itinérant était motivé par trois facteurs : la volonté de gagner de l’argent rapidement, l’appel de la nature et le désir de l’éloignement provisoire. C’est d’ailleurs un des sujets qui sera traité par Christian Belleau dans la médiathèque de www.columbo2017.com.

L’année 2017 s’était bien préparée : dans la vision du projet Columbo 2017, une grande frise historique contemporaine de 3,2 m X 2,5 m sortira de mon atelier de la rue Grand-Calumet pour vivre au cœur de notre ville et, je l’espère, des gens. C’est 350 kg de pierre qui raconte une page importante de l’histoire du Québec : la drave. L’œuvre, intitulée « Dompteurs d’écueils », est à l’image de l’histoire de nos ancêtres draveurs. Ses 54 pierres sculptant un trio d’hommes qui bravent les éléments se veulent un hommage aux défricheurs de l’impossible, qui ont su forcer notre admiration grâce à leur persévérance et à leur courage.

La tournée en direct sur Facebook : Columbo 2017

La meilleure assurance-vie, c’est la solidité du raft. En 1806, Columbo, le premier train de bois, prenait la direction de Montréal en suivant le cours de la rivière des Outaouais. À l’époque, les draveurs mettront 35 jours, en passant par le lac des Deux Montagnes, pour rejoindre le fleuve Saint-Laurent et atteindre Québec. La navigation s’est avérée périlleuse aux rapides du Long-Sault, qui représentaient alors une dénivellation de plus de quatorze mètres, qui coupaient la rivière sur près de dix kilomètres de long. Plus tard, grâce à l’aménagement de canaux

Alexandre Pampalon, en tant que coordonnateur et médiateur culturel du projet, souhaite mobiliser la population à travers une série de rencontres publiques. On y présentera l’œuvre en même temps qu’on y accueillera différents conférenciers, mais aussi les entrepreneurs-citoyens du Québec dans un maillage arts affaires pour concrétiser le don de la sculpture. L’inauguration de l’œuvre est prévue à l’automne 2017, à Gatineau. On s’y voit ?

Cette réflexion a fait naitre l’idée d’une tournée. Lorsque cet article sera diffusé, l’équipe de Colombo 2017 sera fin prête pour son long voyage de 21 jours à travers le Québec, où une quinzaine de villes seront visitées (Sherbrooke, Saguenay, Trois-Rivières, Baie-Comeau, Fermont, etc.) sans oublier, dans ses bagages, la sculpture ! Nous avons aussi fait le pari de récolter, durant ces 21 jours d’itinérance, une somme minimale de 300 $, qui sera versée au Portail de l’Outaouais pour supporter la cause des personnes en situation d’itinérance.

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Sculpter la pierre pour un legs durable


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LES BILLETS DE C

CAROLE VERDON

Chaque mère est une femme… Q

ue savez-vous de votre mère, à part qu’elle est votre mère ? Connaissez-vous ses doutes, ses inquiétudes, ses besoins, ses rêves ? Connaissez-vous ce qu’elle a vraiment voulu faire, être et entreprendre dans sa vie de femme ? Connaissez-vous son rôle dans sa propre famille, lorsqu’elle était enfant ? Comment a-t-elle grandi ? Comment étaient ses propres parents envers elle ? A-t-elle été aimée, câlinée et entourée ou a-t-elle plutôt été ignorée, ridiculisée et mal aimée ? Quelles sont ses valeurs ? Quels sont ses talents ? Comment les a-t-elle développés ? Quelles sont ses qualités ? Comment les reconnaissez-vous ? Quelles sont ses ressources intérieures ? Comme enfants, nous avons tous connu des milieux de vie différents. Certains ont connu des milieux de vie déchirants, ignobles et dysfonctionnels, d’autres la ouate et l’abondance ou des peines sans fonds et la pauvreté. Et que dire de la maltraitance pour certains et de l’amour à profusion pour d’autres ? Nous sommes tous nés d’une femme qui devient notre mère. Mère en couple au sein d’une famille ou cheffe de famille hors couple, la femme disparait souvent derrière son rôle de mère. Au-delà des obligations, des responsabilités, des comptes à payer, des coups durs de la vie, les mères s’oublient souvent pour nourrir, soigner, travailler et voir à l’éducation des enfants. Elles prennent la relève, s’épuisent, refoulent leur joie de vivre au prix du devoir absolu et du poids des responsabilités. Engager le dialogue ou le renouer. Comment y arriver ? Une seule voie je crois et c’est celle du cœur, l’ouverture du cœur. Et avec l’ouverture du cœur vient souvent la vulnérabilité. Ce n’est pas

toujours facile de montrer sa vulnérabilité, surtout quand on a refoulé ses émotions, quand on s’est éloigné de notre ressenti et de soi-même. Il vous faudra parfois vivre quelques maladresses avant de viser juste, avant de vous approcher avec tendresse et douceur de la femme qui vit au cœur de votre mère, mais la sincérité est au cœur du rapprochement relationnel. Que savez-vous de votre mère ? Tout doucement, sans rien forcer, mais en vous plaçant à l’entrée de son cœur, très respectueusement, avec l’intention pure et délicate de la connaitre, prenez le temps de dialoguer pour découvrir « la femme ». Il y a plus fort que les mots et c’est la présence à l’autre. En découvrant la femme qu’est notre mère, un mot à la fois, une émotion à la fois, un rire à la fois, une larme à la fois, on construit la trame de sa propre vie. Prendre le temps d’entendre les réponses, sans juger, pour mieux comprendre qui est cette femme qui nous a portés et mis au monde, on comprend mieux, on se comprend mieux, tout simplement. Dans une année, il y a l’anniversaire de naissance de notre mère et la fête des Mères. Et puis il y a la journée internationale des femmes ; journée de manifestations à travers le monde pour souligner les acquis à ce jour, fêter les victoires et faire entendre des revendications afin d’améliorer la situation des femmes. Si on fait le compte, on parle de trois journées. Il en reste donc 362 pour oser créer des occasions d’engager le dialogue avec notre mère, ou le renouer, pour découvrir et apprendre à connaitre la femme derrière la mère, car chaque mère est une femme. Je vous souhaite de magnifiques rencontres et découvertes.

Communiquer suppose aussi des silences, non pour se taire, mais pour laisser un espace à la rencontre des mots. (Jacques Salomé)

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Ce magazine est d’abord vendu aux camelots en situation précaire qui en retour revendent ces revues, à titre de travailleurs autonomes, à la population piétonnière de Gatineau.

Une belle alternative à la mendicité. Le Portail de l’Outaouais - Mars 2017 17

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Le Portail de l’Outaouais produit mensuellement un journal de rue inspiré de L’Itinéraire à Montréal, La Quête à Québec, La Galère à TroisRivières et du Journal de rue de Sherbrooke.


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UN JOUR J’...

CATHERINE-ÈVE BELLEMARE

L’inconnue

U

n jour, j’étais dans ma voiture. C’était l’hiver ; novembre, plus précisément. Une pluie verglaçante déferlait sur la ville et je ne me souviens pas ce qui m’avait poussée à prendre ma voiture ce jour-là, je ne travaillais pas. Je l’avais tout de même fait, conduisant à une vitesse atteignant tout juste les 20 km/h. Je m’apprêtais à changer de quartier lorsque j’ai vu cette femme d’un certain âge m’évoquant vaguement un visage familier que je n’étais pas parvenue à identifier. Elle tentait de s’abriter sous le toit d’un édifice, son corps frissonnant sous la violence du froid et sans doute autre chose, difficile à dire. Elle portait un t-shirt blanc, une mini-jupe en coton clair, des bottes noires aux semelles compensées. Je suis restée figée l’espace de quelques instants derrière mon volant, avant de garer ma voiture à quelques pieds d’elle, abaissant ma vitre. - Madame ? Vous n’avez pas de manteau, ça va aller ? Son sinistre claquement de dents m’avait poussée à insister . - C’est dangereux de rester sous cette pluie, entrez vous réchauffer. J’irai vous conduire où vous voulez. Et sans que je ne puisse l’envisager ou même le concevoir, elle avait dit : - T’es de la police ? J’avais éclaté d’un rire qui m’avait surpris moi-même, avant de réussir à répondre : - Pourquoi, j’en ai l’air ? Elle m’avait observée avec une légère méfiance, avant de se décider à s’approcher. - T’as envie qu’on se fasse du bien ? - Euh… - Je charge pas cher. J’étais restée muette devant son offre, l’instant de quelques sec-

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ondes, avant de pouvoir me ressaisir. - Non, merci. Mais entrez quand même, s’il vous plait. Seulement quelques minutes, si vous ne voulez pas que je vous raccompagne. - Pourquoi tu fais ça, tu me connais pas ? - Pourquoi pas ? Et une fois de plus, elle avait répété : - T’es-tu de la police ? - Non, je vous le promets. C’est l’une des journées les plus glaciales qu’on a eues depuis cet hiver. Vous sembliez avoir froid. J’ai une voiture et vous n’en avez pas… La femme avait soudainement entrouvert la porte du côté passager, avant de la refermer avec force. - Juste un petit tour. Je dois rester sur mon coin pour pas me le faire voler. Elle avait les mains tremblantes, dont les doigts aux extrémités cramoisies semblaient prêts à se défaire du reste de son corps. - Prenez mes gants. Alors j’avais conduit, longeant les rues du Vieux-Hull durant ce qui m’avait semblé être dix, vingt minutes à peine. - Je l’aime ta voiture. Si je pouvais, je m’en achèterais une comme ça. - Elle appartenait à ma mère. J’avais souri, la femme aussi. Je voyais qu’elle jetait des regards inquiets à l’heure affichée sur ma radio, alors j’avais ramené ma passagère à l’endroit où


je l’avais trouvée, où rien de semblait avoir bougé. PARTICIPER À LA GUÉRISON DES MAUX DE CE MONDE, PLUTÔT QU’À SA MALADIE.

- Merci pour la ride, m’avait-elle dit en retirant mes gants. - Gardez-les, j’en ai d’autres. La femme avait brièvement réajusté ses bottes avant de se retourner vers moi. - Ma mère à moi m’a toujours dit qu’on doit gagner son ciel si on veut un jour pouvoir s’y rendre. Je pense qu’aujourd’hui, t’as gagné le tien. Et alors que la femme quittait ma voiture pour reprendre sa position initiale, je m’étais surprise à attendre, l’oreille appuyée contre mon combiné téléphonique. - Maman ? C’est moi. T’as envie que je passe te voir ? Ça fait longtemps.

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ENJEUX

MÉLANIE LAFONTAINE / INTERVENANTE DE PREMIÈRE LIGNE

Femmes essoufflées L

e 8 mars, journée assignée officiellement à la femme, comme le 14 février l’est à l’amour. On entend d’ailleurs souvent dire que la manifestation des sentiments ne devrait pas se résumer à une date et plutôt se célébrer tous les jours. Parfaitement d’accord, nous aussi on est femme à l’année… subtilement, on nous encourage à ne pas trop demander, à se montrer « raisonnable » dans nos actions. On nous cite alors nos acquis actuels, nous invitant à nous en contenter. On a parfois en bonus une petite tape dans le dos et un sourire bienveillant qui se veut une démonstration d’une généreuse tolérance. Pourtant, si l’acharnement à tripler sa fortune est un signe de détermination, en quoi la poursuite de nos gains pour l’égalité est-elle un caprice ? Je viens d’une arrière-grand-mère qui, après avoir de justesse mis au monde son 17e enfant, a vu sa famille excommuniée, choisissant sa vie à la piété. Je viens d’une grand-mère qui a choisi d’élever ses enfants tout en allant travailler, à une époque où le rôle prévu pour elle était femme au foyer. Je viens d’une mère monoparentale qui m’a élevée en marchant la tête haute, dans une ère où les enfants hors mariage n’étaient pas vraiment encouragés… À huit ans, mon grand-père me montrait à conduire les tracteurs et à seize ans, mon oncle m’initie aux rudiments de la mécanique. Ma mère m’a toujours encouragée à être indépendante. Peu importe mes aspirations, c’était à moi de les concrétiser... chez moi, prendre ma place ne signifiait pas voler celle d’une autre et la réussite ne se mesurait pas en chiffres… chez moi, reconnaitre sa propre valeur n’était pas un signe de prétention... Quand j’étais enfant, j’ai entendu les noms de Casgrain, Desmond et Gérin-Lajoie. J’ai aussi été troublée par les fragments de conversation et la douleur associée au mot Polytechnique… l’adolescence m’a éveillée, la vie m’a éduquée. Depuis quelques années, je côtoie des femmes de toutes leurs diversités ; femmes éloignées, femmes que la vie a abimées. Femmes que l’on croit à tort désespérées. Donnez-leur de l’espace, regardez-les bien

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se relever. Vulnérabilité, marginalité et fragilité sont des mots qui nous sont trop souvent associés. Force, courage et résilience devraient être ceux auxquels nous référer. Je ne souhaite pas m’attarder sur les décevantes réalités auxquelles nos combattantes sont quotidiennement confrontées, que trop de fois à l’hôpital, elles sont ouvertement méprisées. Je préfère mentionner avec fierté notre infirmière du quartier qui très naturellement leur redonne leur dignité. Je ne m’étendrai pas sur le manque de compassion de certaines agentes de la paix. J’aime mieux mentionner le respect affiché par la policière de l’été. Je travaille dans le vieux depuis quelques années, marchant côte à côte avec nombreuses partenaires, ces chères alliées très rarement remarquées. Mes partenaires souvent épuisées, qui avec de moins en moins de moyens persistent à avancer. Tapies dans l’ombre, elles redonnent un souffle aux femmes époumonées. Travailleuse de rue invitant à se confier, éducatrice aidant à s’organiser, intervenantes socioartistiques offrant des façons alternatives de communiquer... J’ai jadis pensé que mon rôle était de relever ces femmes qu’on ne cesse de faire trébucher. Une rapide leçon d’humilité ; ce sont plutôt elles qui me rappellent de foncer. Malgré les avancées, certaines idéologies briment notre ascension. Notre constante obligation à contrecarrer les contrecoups des politiques qui favorisent l’apparition de nouvelles formes d’appauvrissement nous fait souvent piétiner, nous, femmes déjà éreintées... à notre constante lutte pour la trop longtemps attendue égalité, s’ajoute des exigences de plus en plus élevées. À tous les niveaux, on se doit d’exceller, nous, femmes déjà surchargées. Graduellement le mot féminisme est de moins en moins proclamé ; avec une certaine timidité, de plus en plus murmuré… La professeure émérite Micheline Dumont a dit un jour, référant à la frayeur provoquée par ce mot : « Le féminisme a fait une grande révolution sans jamais verser une goutte de sang ». Tout a été dit.


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L› PORTAIL —› ½’OçãƒÊçƒ®Ý JÊù›çø 3› ƒÄÄ®ò›Ù݃®Ù› !

Le Centre intégré de santé et  de services sociaux (CISSS) de  l’Outaouais est heureux de   souhaiter un joyeux   3e anniversaire de   fonda�on à l’organisme   Le PORTAIL de l’Outaouais.    Le CISSS de l’Outaouais est un er partenaire du   PORTAIL de l’Outaouais et lui souhaite   bonne con�nuité! 

CÉLÉBRONS ENSEMBLE 150 ANS DE JOIE DE VIVRE ! Programmation complète : gatineau2017.ca

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L’HABITATION

LE ROHSCO

L’habitation au féminin L

e secteur du logement communautaire et social est offert sans discrimination aux hommes et aux femmes, bien que certains projets aient été conçus pour répondre spécifiquement aux besoins des hommes ou des femmes. La mixité que l’on retrouve dans la majorité des milieux de vie est-elle adaptée aux besoins de chacun ? Y a-t-il une différence entre les besoins des femmes locataires et ceux des hommes ? Toutes les études l’indiquent. Les femmes sont plus pauvres que les hommes. Elles vivent plus longtemps. Elles sont principalement à la tête des familles monoparentales. Elles sont donc, sans surprise, majoritaires comme locataires au sein des projets de logements sociaux et communautaires. Les femmes et la stabilité résidentielle Des femmes sur la rue, itinérantes, vous n’en voyez probablement que très peu. En effet, il a été démontré que les femmes font tout pour conserver leur logement. Elles tentent par tous les moyens de le payer. Évidemment, le fait qu’elles soient souvent responsables des enfants les incite d’autant plus à avoir un sens de l’urgence plus aigu. Il n’est pas nécessaire de s’attarder sur les cas de femmes qui doivent offrir des faveurs sexuelles à leur propriétaire en lieu et place de paiement ou parfois pour qu’un paiement en retard ne résulte pas en un dépôt de dossier à la Régie du logement. Cependant, il est essentiel de reconnaitre que de telles pratiques existent et qu’elles affectent presque exclusivement les femmes. De plus, à titre de locataires, les femmes requièrent un niveau de sécurité plus important dans leur milieu de vie. Dans les cas de femmes plus vulnérables, il est parfois souhaitable, voire préférable, que certains étages ou certains secteurs leur soient réservés, afin qu’elles se sentent en sécurité. Sensibiliser pour changer Les projets visant la mixité n’ont pas toujours été conçus avec ce souci. Il est toutefois impératif que les comités de locataires, ainsi que les administrateurs et administratrices soient conscientisés au fait que les besoins des femmes sont trop facilement occultés. Développer des outils pour favoriser les bonnes pra-

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tiques et offrir de la formation tant aux locataires qu’aux propriétaires permettra assurément de mieux répondre aux besoins de l’ensemble des locataires. Lorsque l’on demande aux responsables de logements privés ou communautaires quels aménagements ont été faits pour prendre en considération les besoins de femmes, les réponses vont de variables à surprenantes, bien qu’elles soient le plus souvent inexistantes. De « la grandeur des armoires » à « l’éclairage du stationnement » en passant par « les comités de tricots », on finit habituellement par nous répondre : « En fait, on n’y a pas vraiment pensé ». Passer à l’action Les femmes représentant la grande majorité des locataires des OSBL d’habitation, notamment des OSBL d’habitation pour personnes âgées, le Réseau québécois des OSBL d’habitation (RQOH) en est à mettre sur pied un comité national qui se penchera sur le sujet. Le mandat du comité sera de s’intéresser à la prise en compte des besoins des femmes locataires dans les OSBL d’habitation et à la place des femmes impliquées dans le mouvement à titre de salariées ou de bénévoles. Étant donné que les femmes sont majoritaires à occuper un logement en OSBL d’habitation, le Comité cherchera à connaitre et à diffuser les initiatives et les pratiques mises en place pour prendre en compte les besoins spécifiques des femmes vivant en OSBL. Le cas échéant, les défis rencontrés par les groupes locaux seront également documentés. La place des femmes salariées et des bénévoles dans le mouvement fera aussi l’objet d’une réflexion. Quelle est la proportion de femmes sur les conseils d’administration et sur leur exécutif ? Dans les tâches cléricales ? D’entretien ? De coordination ? Au sein des comités de logement et des associations de locataires ? Pour les salariées, quelles sont leurs conditions de travail, notamment leur salaire horaire, par rapport aux hommes ? À titre de fédération régionale des OSBL d’habitation de l’Outaouais, le ROHSCO délèguera un représentant ou une représentante, afin que la voix de l’Outaouais soit entendue.


à un partenariat lors de son événement de collecte de fonds repas-spectacle le 16 mars 2017 à la Maison du Citoyen à Gatineau. « Venez exposer vos oeuvres aux balcons de la Salle des Fêtes en échange d’une oeuvre par artiste aux enchères au profit du Portail de l’Outaouais. »

Date limite pour s’engager le 17 février 2017 !

Informations Christian Gosselin / 819 210-4968

*Un reçu pour impots vous sera émis pour la valeur marchande de l’oeuvre.

manifeste sa reconnaissance envers La Caisse Desjardins de Hull-Aylmer pour sa généreuse contribution financière à notre mission.

Mille mercis

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invite les artistes (4) en arts visuels


Événement Événement de collecte de fonds Collecte de fonds Vous reçoit.... ...pour son 3e anniversaire le 16 mars 2017

à la Salle des Fêtes de la Maison du Citoyen / 25 rue Laurier, Gatineau Vous reçoit… 17h30 / Cocktail avec musiciens d’ambiance Souper gastronomique 4 services inclus)2017. / Tables de 8 personnes … 18h30 pour /son 3eme anniversaire le 16(vinmars payant / Prixdede présence / Exposition visuels ÀBar la Salle des Fêtes La Maison du Citoyen, 25 rue d’artistes Laurier, Gatineau    

Cocktail à 17h30 avec musicien d’ambiance Souper gastronomique quatre services à 18h30 (vinMarjolaine inclus) Beauchamp / Slam Bar payant / Prix de présence / Exposition d’artistes visuels Tables de huit personnes

En spectacle

EnLinda spectacle Leclerc / Yoga: du rire Marjolaine Beauchamp/Slam

Véronique Turcotte/violon-voix

Infos / Christian Gosselin 819 230-4988 portaildeloutaouais@gmail.com www.leportaildeloutaouais.org

Billet 50$

Reçu d’impôts de 30$ disponible

Linda Leclerc/Yoga du rire

Véronique Turcotte / Violon-voix

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