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Photo : Patrick St-Amour

MARS 2020

L’ENTREVUE AVEC ALEXANDRE DESCHÊNES

L’ITINÉRANCE ; IGNORANCE OU IGNORANTS ? P.6 OEUVRER AU COMMUNAUTAIRE P.14 LES PÉRIPÉTIES DU GÎTE AMI P.15 NOUVELLE CHRONIQUE VIVRE ENSEMBLE P.11

LA RÉALITÉ DU COMMUNAUTAIRE Crédit photo couverture : Christian Gosselin

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NOTRE CONSEIL D’ADMINISTRATION Présidente : Trésorière : Secréraire : Administratrice : Administratrice : Administratrice : Administrateur : Directeur, Éditeur et Fondateur : Intervenante :

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Le Portail de l’Outaouais est membre de : Le CRIO, du ROHSCO et de la TROCAO 819 230-4988 / portaildeloutaouais@gmail.com / www.leportaildeloutaouais.org

BAILLEURS DE FONDS

PARTENAIRES DÉVOUÉS

Le Portail de l’Outaouais, l’organisme, a un système de valeurs, des croyances et des philosophies biens définis. Son directeur, ses employé-es, ses bénévoles et son conseil eux, ces êtres humains, ont eux aussi un système de valeurs, des croyances et des philosophies bien définis et espérons-le, sont grandement compatibles avec celui de l’organisme. Le Portail de l’Outaouais, le magazine, l’outil, lui n’en a aucun. Bien que sa tendance penche majoritairement vers l’empathie et l’acceptation de nos citoyens fragilisés dans leurs défis quotidiens, il demeure un espace ouvert à toutes les perceptions, un lieu où tous et toutes ont la liberté de s’exprimer ouvertement, cette liberté s’arrêtant là où elle empiète sur la liberté d’autrui.

NOS AMIS

Ceci étant dit, l’organisme n’adhère à, ni ne conteste aucune information partagée et publiée dans ce présent ouvrage.

Perds pas le nord !

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Pour reçu d’impôt

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Le Portail de l’Outaouais - Mars 2020

80683 4388 RR0001

ISNN 2371-2384 CHANGER LE MONDE, UN CŒUR À LA FOIS.


L’ÉDITORIAL PAR CHRISTIAN GOSSELIN Éditeur

Liberté intérieure (suite)

Photo : pixabay.KELLEPICS

Je vous ai parlé en février du besoin de liberté intérieure pour une abstinence heureuse, une sobriété vraie, une certaine sérénité même et surtout pour les moments les plus confrontant. Pour ce, il est vital d’arrêter de croire que les justifications mentales face à nos actions douteuses puissent balayer la culpabilité qui devrait normalement surgir de ces actions. Il parait peut-être que la culpabilité n’existe pas, mais elle est bien là chaque fois qu’une action déshonorable est effectuée, petite ou grande. La justification du mental ne sert qu’à apaiser l’inconfort de cette culpabilité, qui elle s’enfouit bien profondément, endormie sous les peurs, les tracas et les insécurités. Tant et aussi longtemps qu’on reste éloigné du cœur et qu’on demeure dans notre intellect, qu’on glorifie notre mental comme « gouverneur suprême », cette série de culpabilités refoulées, accumulées et entassées dans nos tripes crée un nuage qui entrave notre contact concret avec nous-mêmes. Un jour ou l’autre, on devra y faire face, le plus tôt sera le mieux.

SOMMAIRE 4 - l’entrevue 6 - les yeux du coeur 7 - le mot du crio 8 - technologie et humanité 9 - ta nature 10 - le premier pas 11 - vivre ensemble 13 - images CHANGER LE MONDE, UN CŒUR À LA FOIS.

14 - regard vif 15 - une journée au gîte 17 - une page d’histoire d’ici 18 - point de vue du prof 19 - dossier spécial 20 - l’habitation 21 - cette vie... 22 - place au citoyen Le Portail de l’Outaouais - Mars 2020

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L’ENTREVUE PAR VALÉRIE BRASSARD-LEPAGE Entrevue avec Alexandre Deschênes

Quel est ton métier?

Photo : François Desrochers

Éventuellement mon but c’est de changer de carrière, ça fait 22 ans que je suis en restauration. J’ai trippé, j’ai vraiment adoré. J’ai eu une christie de belle carrière en restauration, mais là c’est le temps de passer à autre chose. Faque je pensais faire du remplacement dans les écoles secondaires et après ça… y’ est arrivé le Lab. En même temps quand j’y pense, je me vois bin plus là que d’être remplaçant dans une école secondaire… Mon expérience au Lab est vraiment superbe, enrichissante. Il y a quelque chose que je peux amener et qui va m’amener aussi.

Le temps est si précieux. Je suis reconnaissante qu’Alex m’ait offert une heure de son temps pour une entrevue au Moca Loca Lounge. Autour d’une tisane à la camomille et d’un London Fog, j’ai découvert un homme engagé, sensible et authentique. Laissez-moi vous dire que ce n’est certainement pas une corde vocale paralysée qui l’empêche de prendre la parole haut et fort pour défendre les droits humains. Parlons un peu de ton histoire… est-ce que t’es né ici? Non, moi je suis un gars de Québec. Je suis arrivé dans la région à 10 ans. Un premier gros choc. Faque t’es le petit nouveau, t’as l’accent de Québec, tu dis arrète, tu dis pas arrête. J’ai commencé à me faire niaiser et ça a continué longtemps l’intimidation. Mais tu sais, finalement, je n’ai pas une histoire si différente de 80 % des petits gars et des petites filles. Il n’y a rien de différent là-dessus, c’est juste qu’après ça, il y a quelque chose qui s’est créé. Un vide. La séparation de mes parents. Quand je te dis que c’est banal, la séparation des parents, c’est ça, mais ça marque l’enfant. Le secondaire? L’secondaire, à me faire niaiser ; je suis tombé dans dope, mais dans la dope solide. Chimique. Peu importe. Tombé dans dope. Faque je me suis fait crisser en dehors de chez nous à 16 ans. J’ai été sans domicile fixe de 16 à 18; jusqu’à temps que je rentre en détox, je restais d’amis en amis. J’étais un pas bon. Je volais. Esti de niaiserie. La consommation c’est un défi. Je reviens souvent là-dessus. Forcément, quand tu fais de l’acide à quasiment tous les deux jours, à 14-15 ans, comment tu veux que ton cerveau par la suite se développe comme il faut ? On s’entend qu’il y a des clashs qui se font à quelque part. Faque les défis que j’ai, les conditions de santé mentale que j’ai, je sais qu’il y a une corrélation à quelque part.

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Je suis artiste – poète. J’écris de la poésie. Je me considère comme un auteur-performeur. Je fais des shows. J’aime ça faire des shows. Je veux bâtir. Je ne veux pas créer et produire pour produire. C’est un choix. Je veux créer une œuvre cohérente, même si complètement fuckée (parce que j’ai un projet de photos-romans et un projet de roman de science-fiction), mais que ce soit cohérent dans le propos en arrière au niveau socio-politique, au niveau de la santé mentale, finalement qui me représente. Honnêtement, je pense que ce qui me sauve dans la vie, c’est que j’essaie de mettre le monde à l’endrette pour arrêter de me sentir à l’envers. Politiquement parlant, dans mon art, pis là j’essaie, professionnellement parlant, en plus. J’essaie. Quels sont tes loisirs? Théâtre, micro vert, j’aime ça faire des shows. J’aime ça être sur un stage. Je garoche. J’aime ça voir du monde performer. J’aime ça sentir la vibe d’un public, faire partie d’un tout. Aller à la pêche avec mes chums, un tournoi de pêche pas rapport. Jouer à la pétanque à moins 40 l’hiver, je trippe. J’ai commencé à faire de la descente d’eau vive. J’descends des rapides. C’est le fun. C’est malade. J’ai quand même des loisirs, jouer de la guit, mais ça revient aux arts. Est-ce que t’as une philosophie de vie, une phrase spéciale? Le monde, les choses bougent. Forcément, moi je suis très analytique. Donc j’essaie de comprendre comment les choses bougent, j’essaie de me souvenir que les choses bougent, pour bouger avec. Je sais très bien qu’une question se posera jamais deux fois de la même façon, dépendamment du contexte. Pis ça revient à la question du choix. Des fois t’as pas toujours le choix. Le choix se présente pas toujours de la même façon et des fois c’est des faux choix, mais ça permet d’essayer d’agir le mieux que je peux dans le moment présent. Ça va me permettre d’arrêter d’avoir certains regrets ou remords. Je veux comprendre comment les choses bougent. Je veux rester accurate. Et ça c’est peut-être la seule chose que je sais, que je sens. Une conclusion, mettons. À partir de là, philosophie de vie… en ce moment je suis comme sur « prendre soin de moi », me mettre en santé. J’ai CHANGER LE MONDE, UN CŒUR À LA FOIS.


40 ans, des enfants. J’aurais pas pu dire ça à 30 ans. À 30 ans, c’était complètement différent. C’était d’avoir une maison, ci-ça, essayer de rentrer dans le moule. À 20 ans, c’était pas ça; l’party esti, pis on se crisse, y’a pas de lendemain. Selon toi, y’a tu une solution au phénomène de l’itinérance?

Photo : André Vandal

Photo : Maxime Cormier

Oui il y en a une. Il y en a une qui est à long terme, mais c’est sûr que… tant et aussi longtemps qu’on a un système économique qui monnaie la force du travail… tant et aussi longtemps qu’on a ça et un système démocratique qui coupe complètement les citoyens de ce pouvoir-là – y’ reste qu’une fois aux 4 ans, on vote et c’est le summum de l’exercice démocratique, mais pendant quatre ans, tu ne décides pas les ministres, tu ne peux pas démanteler un député… tant et aussi longtemps que c’est comme ça, l’itinérance va rester parce que les travailleurs aussi vont être exploités, parce que les femmes aussi vont être doublement exploitées, etc. Donc la solution, c’est de reprendre le pouvoir en mains. C’est que le monde se mette ensemble pis qu’y’ décident et créent leur propre organisation et qu’ils imposent leur propre agenda. Puis qu’on créée une constitution et un état moderne qui répond aux besoins de tous et où est-ce que tout le monde donne ce qu’y’ peut en terme de forces vives, de conscience. Pis si on s’en va vers ça, bin, l’itinérance, on peut se doter d’une constitution qui dit que tout le monde a le droit a la subsistance parce que c’est un droit, criss. Tout le monde a droit a un toit et à être vêtu. À partir de là, elle est où ton itinérance? Que tout le monde a droit à la santé. Que tout le monde a droit a l’éducation. Pis que t’agis là- dessus. Faque euh… voilà, ce n’est pas pour demain. C’est pour ça que je te dis à long terme. Mais il faut crisser le système économique à terre et en faire un humain pour tout le monde, pas pour juste une minorité. Pis si t’avais un dernier mot pour les lecteurs qui vont te lire, qu’est-ce que ce serait? Arrêtez de vous mettre des œillères, on nous crève déjà les yeux. Pour ceux qui la vivent l’itinérance : qu’ils ne se laissent pas faire croire qu’ils sont tout seuls, même si la solitude est omniprésente, qu’ils ne subissent pas cette pression-là. Ils ont le droit d’être. Ils ont le droit d’être dignes. Coordonnées Pour communiquer avec Alex Deschênes : Alxd88.adn@gmail. com Pour se procurer ses œuvres : Buckingham Palace (2017) aux éditions de l’écrou et En chaloupe dans le crushed stone (2019) aux éditions de l’écrou, visitez toutes les librairies indépendantes ou achetez sur le site de la maison d’édition www.lecrou.com. Ouvrage politique collectif : Le démantèlement tranquille (2019) aux Éditions Québec Amérique.

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LES YEUX DU COEUR PAR ESTELLE CARON-POULIN

Ignorance ou ignorants ?

Incapables, supposément, d’éradiquer l’itinérance. Impossible, moralement, d’éliminer les itinérants. Indicibles, à défaut, on les fait disparaître. On les ignorent. Bien quoi ? Ni vu, ni connu. La tête dans le sable et dans le cul. Les yeux rivés sur son propre nombril et sa petite vie. Les personnes en situation d’itinérance viennent chercher quelque chose en nous. Au-delà du dégoût et du dédain, ils nous dérangent. Ils dérogent de la norme. Ils détonnent du monde aseptisé de par leur souffrance visiblement étalée. Ils déclenchent des réflexions confrontantes et des remises en question angoissante qu’on préfère taire et étouffer, en s’enfuyant dans la routine.

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Au fond, nous montrons-nous impassible ou sommes-nous insensible ? Peut-être que certains les ignorent parce qu’ils ne savent pas comment réagir, envahis par un mélange de consternation et de compassion, justement. Ça se comprend, mais ça ne s’excuse pas. Ces actions d’indifférence rajoutent à la souffrance et les enfoncent encore plus dans l’exclusion. Une violence inouïe que de voir son existence volontairement niée, intentionnellement ignorée. Personne ne mérite de se sentir comme si on s’en calice de lui.

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Photo : Samuel Massé, 2020

Mes connaissances sur l’itinérance sont de concomitance avec mon sentiment d’impuissance. Le problème est complexe. Multifactoriel et intersectionnel. Des déterminants sociaux qui se conjuguent, se resserrent et engluent ces personnes dans leur position socioéconomique. Des filets sociaux percés, des ressources rationnées, des organismes débordés, des intervenants essoufflés. Un système gangréné par des mesures d’austérité. Par où commencer et comment y arriver ?

Photo : Samuel Massé, 2020

Être en situation d’itinérance, c’est plus qu’être sans abris. C’est pas juste ne pas avoir de toit. C’est le résultat d’un cercle vicieux et insidieux, d’une spirale qui t’aspire.


LE MOT DU CRIO PAR ALEXANDRE DESCHÊNES

Le milieu communautaire est entré dans ma vie un peu par accident. Mon premier contact fut en tant qu’artiste invité à l’événement « Éloge à la diversité » organisé par le LAB. Au lieu de me sentir vidé comme souvent dans ce genre d’événement, il y eut plutôt un déclic. Un qui m’a conduit à l’animation de la Nuit des sans-abri, et par la suite à travailler au LAB comme intervenant socioartistique. Et le fil suivant l’aiguille, me voilà organisateur communautaire pour le CRIO (Collectif régional de lutte à l’itinérance en Outaouais). Mon premier constat est que le communautaire regorge de réels métiers. Dans un système économique qui laisse peu de chance, voir pas du tout, pour quantité de citoyennes et de citoyens, les services d’urgence offerts sont dans bien des cas une garantie de survie pour ceux qui les reçoivent. Procurer ces services est une tâche énorme, une exposition constante à la souffrance des laissés pour compte de notre société. Ça demande de l’empathie et un détachement quasi clinique pour éviter l’arrêt de travail (burnout). Dans ce contexte où les gouvernements succédant se déresponsabilisent de leur rôle, toute la pression est mise sur le communautaire.

Photo : geralt

Le communautaire, plus qu’une vocation

Nous-mêmes vivons une certaine incertitude face à l’avenir, puisque nos emplois ne sont garantis que par l’obtention de subvention. Nous avons droit à des salaires décents, des conditions avantageuses qui nous permettent d’exercer notre métier au maximum de nos compétences. Le communautaire, c’est plus qu’une vocation, c’est un milieu de professionnels qui se donnent corps, cœur et âme pour s’assurer que les droits de toutes et tous sont respectés. Soyons reconnus à notre juste valeur, à notre contribution à la justice sociale.

Une députée accessible et engagée !

Photo : geralt

Les travailleuses et travailleurs œuvrant dans le milieu sont des professionnels qui doivent être reconnus comme tels. Et ce, en opposition au sentimentalisme et au relent de charité chrétienne. Car au-delà de l’aide emmenée auprès « des plus démunis », il en ressort une expertise et une professionnalisation acquises au fil des décennies. La tâche est grande et les erreurs lourdes de conséquences puisque nous travaillons directement avec le facteur humain. Nous nous assurons de faire respecter les droits à la dignité et à la citoyenneté et comblons partiellement les besoins primaires des personnes en situation d’exclusion, de précarité et d’itinérance. Le respect de ces droits est une responsabilité collective, nationale. Et cette tâche revient à nous, travailleuses et travailleurs du communautaire. N’est-il pas normal en ce sens de vouloir des conditions de travail reflétant notre engagement envers notre profession ?

Maryse Gaudreault

députée de hull

et vice-présidente de l’Assemblée nationale

259, BOUL. ST-JOSEPH, BUR. 207 / 819 772-3000 / MARYSE.GAUDREAULT.HULL@ASSNAT.QC.CA

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TECHNOLOGIE & HUMANITÉ PAR ANDRÉ GUYON

On n’entend pas si souvent parler du communautaire en informatique et dans les autres domaines connexes. Pourtant, ça existe, c’est dynamique, gratuit et mal compris. Vous avez probablement déjà utilisé du logiciel libre, sans le savoir, une partie de celui-ci peut être incorporée dans les logiciels commerciaux! Mais derrière ces « produits gratuits », il y a des hommes et des femmes dévoués à une communauté mondiale.

Des millions de bénévoles, de chercheurs et d’hybrides (à la fois entrepreneurs et membres d’une communauté de développement) contribuent à des tâches de grande ampleur. Nous connaissons tous Wikipédia, par exemple. Des bénévoles qui se rencontrent ou pas contribuent ensemble à des œuvres qu’ils jugent utiles. Dans certains cas, les gens se rassemblent chaque année, pour partager les découvertes, les bons coups, les nouveautés (https://opensym.org/os2019/). Des entrepreneurs, des bénévoles, des chercheurs et des visiteurs curieux. Ça ressemble un peu à un gros événement de hippies.

Photo : PublicDomainPictures

Communautaire, c’est un gros mot pour les technos?

À l’origine, certains chercheurs et inventeurs voulaient tellement que le fruit de leur travail puisse profiter à tout le monde qu’ils ont créé une licence dite LGP (licence grand public) GNU (https://fr.wikipedia.org/wiki/Licence_publique_g%C3%A9n%C3%A9rale_GNU). Cette licence garantit les droits des utilisateurs et non des concepteurs. On trouve aussi très fréquemment dans les produits commerciaux des composants LGPL (licence générale publique limitée). Mine de rien, une bonne partie des serveurs Internet de la planète utilisent en bonne partie du logiciel libre (LAMP ou Linux Apache MySql et PHP). Mais trêve de cuisine, je veux vous parler des gens derrière tout ça.

Le pouvoir de s’éloigner

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Pas de communautaire sans communauté Quand on parle de communauté, ça me fait penser à communication, à commun ou à communier. Une communauté, c’est comme une équipe de hockey, si tu ne veux pas faire de passe à ton voisin, si tu ne veux pas t’impliquer et t’engager, tu ne compteras pas de buts, donc tu n’aideras pas au bien-être de ta communauté. Que ce soit une communauté sportive, culturelle ou sociale, la base du concept COLLABORATIF reste le même. Dans un monde capitaliste comme celui d’aujourd’hui, j’ai déjà entendu quelqu’un répondre : faire du bénévolat, c’est « quétaine », c’est « platte ». C’est comme si le communautaire, « dans la tête des gens », priverait les entreprises de salariés ; les compagnies seraient-elles rendues avares de profits à ce point ? Il est important de croire que tous et toutes ont leurs places partout où nous allons. Et chaque personne est importante dans ce qu’il fait. Le milieu communautaire ne peut se permettre d’avoir des ennemis dans leur milieu. Encore moins des préjugés. À mon avis, le communautaire, c’est l’AVENIR ! Souvenons-nous aussi de nos ancêtres qui survivaient grâce aux liens solides de leurs familles nombreuses. De nos jours, la famille est souvent « dysfonctionnelle » à cause de leurs membres qui sont réduits à très peu. Alors, pourquoi ne pas utiliser le communautaire comme filet social d’une société ? Encore faut-il que le gouvernement et ses dirigeants cessent de couper dans les subventions. Les infrastructures et les ressources humaines ne sont pas encore exemptes de frais. L’implication et la bonne volonté de nos décideurs politiques sont nécessaires pour arriver à offrir des services de base. Nous devons choisir d’agir sans délai. Alors, déclarons ensemble, en chœur : « Pour tous, l’accès au COMMUNAUTAIRE ! »

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Souvenons-nous aussi de nos ancêtres qui surviva de leurs familles nombreuses. De nos jours, « dysfonctionnelle » à cause de leurs membres qui s pourquoi ne pas utiliser le communautaire comme filet faut-il que le gouvernement et ses dirigeants ce subventions. Les infrastructures et les ressources hu exemptes de frais. L’implication et la bonne volonté sont nécessaires pour arriver à offrir des services d d’agir sans délai. Alors, déclarons ensemble, en chœ COMMUNAUTAIRE ! » Photo : https://pixabay.com/fr/photos/ esprit-d-%C3%A9quipe-coh%C3%A9sion-ensemble-2447163/

TA NATURE PAR JACINTHE COMEAU

personne est importante dans ce qu’il fait. Le milieu permettre d’avoir des ennemis dans leur milieu. Encor avis, le communautaire, c’est l’AVENIR !

Source : https://pixabay.com/fr/photos/esprit-d-%C3%A9quipe-coh%C3%A9sion-e

L’arbre est une COMMUNAUTÉ ! L’arbre est une COMMUNAUTÉ ! La vie végétale pourrait nous aider à comprendre la règne végétal, toutes les plantes et espèces, quelles qu La vie végétale pourrait nous aider à comprendre la vie en les le unes survégétal, les autres. plus que communauté. Dans règne toutesAutant les plantes et maintenant, les plantes ont une conscience et une intelligence (Uly espèces, quelles qu’elles soient doivent compter les unes sur les autres. Autant plus que maintenant, il est prouvé que les arbres et les plantes ont une conscience et une intelligence (Ulyces Science, 26 février 2019). Tous et toutes ont besoin des autres pour survivre. N’est-ce pas ce dont le communautaire a le plus besoin pour sa pérennité, des collaborateurs ?

Lâchons un peu notre WORLD Wide Web et rapprochons-nous un peu plus du WOOD Wide Web (La vie secrète des arbres, Peter Wohleben) ! Est-ce que les êtres humains auraient oublié qu’ils ne peuvent vivre dans leurs « bulles » encore longtemps au prix de suicides et de gens laissés pour compte ? Avançons de l’inconscience à la conscience ! La technologie nous a bien servis, mais encore une fois, s’en sert-on avec une attitude gagnante ou une attitude d’aveuglement ? « Ah ! Je vis dans le confort et c’est mon droit ! » Choisissons donc de changer nos perceptions pour mieux accompagner les gens qui vivent avec nous et près de nous. Pour « avoir le cœur à la bonne place », aucun diplôme n’est nécessaire, tout le monde peut le faire. En conclusion, pouvons-nous cohabiter avec le mode capitaliste tout en gardant des valeurs d’entraide, de respect et de partage ? Ou, devrions-nous revoir nos modèles socioéconomiques ?

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LE PREMIER PAS PAR FRANÇOIS BLAIS

En sortant de Puente la Reina, on franchit le fameux pont à six arches construit au XIe siècle. Ce pont a près de mille ans et, pourtant, il a l’air flambant neuf. Il a sans doute été rénové et bien entretenu, mais, quand même, pourquoi sommes-nous incapables de nos jours de construire des ponts qui durent plus de cinquante ans? On peut rétorquer qu’il n’a pas eu à supporter le passage de milliers de gros camions chaque jour. C’est vrai, mais n’empêche que des voitures et des camions y ont circulé pendant longtemps et il est encore très solide. En fait, sur le chemin, on traverse des ponts qui sont beaucoup plus anciens. Certains ont plus de deux mille ans et ne sont pas près de s’écrouler. Ils ont été édifiés par des gens très compétents avec des matériaux de grande qualité. Après le pont, on suit une petite voie romaine qui mène à Cirauqui, une cité médiévale typique (encore une autre!), nichée sur une colline. Si on assiste à une présentation sur le Camino francés, il y a fort à parier qu’une photo de ce village fortifié sera présentée. On découvre la petite ville qui se dresse à l’horizon au détour du sentier. C’est l’image classique du chemin. Ce soir-là, nous nous arrêtons à Estella, où nous soupons avec un groupe de Français et un Chinois… qui ne parle que cantonais. C’est plutôt difficile de communiquer avec lui. C’est tout de même surprenant de rencontrer un Chinois solitaire incapable de se faire comprendre. Toutefois, nous aurons l’occasion de mieux le connaître plus tard en marchant à ses côtés.

Photo : Françoise Fafard

Les différents chemins (9e partie)

Quelques kilomètres après Estella, on arrive au monastère d’Irache, devenu aujourd’hui le siège d’un grand vignoble. Tout le monde s’y arrête, et pour cause! En effet, une fontaine est adossée à l’un des murs du monastère et de celle-ci coule continuellement… du vin rouge! Boire du vin le matin n’est certainement pas indiqué pour un pèlerin (ni pour quiconque d’ailleurs…). Mais on y trempe quand même nos lèvres pour la tradition. Il y a aussi, à cet endroit, des caméras qui transmettent en continu des images sur Internet. Alors, les pèlerins peuvent donner rendez-vous à leurs proches de partout dans le monde et leur adresser, en direct, un petit salut du Camino. À la fin de la journée, nous nous arrêtons à Los Arcos, un autre village médiéval qui possède une magnifique place entourée d’arcades où, le soir, nous rencontrons par hasard une amie de Gatineau. Comme elle était partie longtemps avant nous, il était impensable qu’on puisse la rencontrer à cet endroit. Mais elle a dû faire une pause de quelques semaines en raison de problèmes de santé. C’est ainsi qu’on a pu la rejoindre. Une telle rencontre n’est quand même pas vraiment surprenante, car sur le chemin, on finit toujours par croiser quelqu’un qu’on connaît ou qui connaît quelqu’un qu’on connaît. Nous traversons ensuite la ville de Logrono, où un vieux monsieur s’est écarté de sa route pour venir à notre rencontre, car il tenait absolument à poser sa main sur nous. Il paraît que toucher un pèlerin porte chance. Nous l’avons laissé faire et il nous a chaudement remerciés. À la sortie de cette ville, les choses se compliquent parce que le sentier se divise en trois chemins et il n’y a pas de balise pour indiquer la direction. Bon, celui de gauche est un chemin privé, ce n’est donc pas par là qu’on doit aller. Celui du centre est bien tentant et si on suit le principe du chemin principal, c’est dans cette direction que nous devrions aller. Pourtant, mon intuition ou mon petit doigt me disait qu’il fallait plutôt nous diriger vers la grosse usine sur la droite. C’est ce que nous avons fait. Heureusement, car 500 mètres plus loin, nous avons retrouvé la balise. Nous étions donc à nouveau sur le Camino. Nous pouvions poursuivre notre route sans crainte de nous perdre.

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VIVRE ENSEMBLE PAR ROSALIE LANDRY

On m’a dit qu’il fallait que je me trouve un thème. Un thème d’écriture? Je ne savais pas sur quoi je devais écrire, j’étais dans un grand trou noir. On me pose des questions sur moi et mes goûts. Boum! Une idée d’éclair me prend, je vais écrire sur mon futur domaine d’emploi, soit le vivre-ensemble. Selon le Larousse, la définition est cohabitation harmonieuse entre individus ou entre communautés. C’est une belle définition, mais elle est un peu compliquée à comprendre. Pour moi, le vivre-ensemble veut dire le mixage des cultures et l’acceptation de différentes idées de pensée. Je m’explique. J’adore les langues, les cultures et les citoyens de ce monde. J’aime découvrir de nouveaux modes de vie et les intégrer dans mon quotidien. L’autre jour, durant mon cours sur le monde contemporain, nous avons visionné un documentaire qui a changé ma façon de voir les différentes cultures. Ce documentaire s’appelle L’invasion américaine, de Michael Moore. C’est un américain qui va voler les bonnes idées des pays pour les rapporter ensuite aux États-Unis. Il visite tout plein de pays pour essayer d’améliorer le sien. Son but, c’est de mélanger plusieurs modes de vie pour créer un pays avec de meilleures conditions de vie. Je trouve que c’est une belle façon de voir la vie. Je défends les mêmes pensées que Monsieur Moore. Je crois fermement que chaque pays, chaque culture et chaque personne ont quelque chose à apporter pour faire un monde meilleur. Peut-être que je rêve trop, mais j’ai espoir qu’il n’y aura plus de discrimination, que ce soit pour la couleur de la peau, pour la religion, pour son sexe ou même pour son niveau financier. Je suis entièrement consciente que nous avons fait d’excellentes améliorations, mais nous sommes encore loin d’avoir une égalité sociale. Il y a encore de l’esclavage, des guerres de religion, du sexisme, du racisme, de l’homophobie. Par contre, je crois pertinemment qu’il est possible de changer. Nous sommes en 2020, il est temps qu’il se passe du changement. Je veux que mes enfants plus tard soient acceptés peu importe leur couleur de peau,

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peu importe la langue qu’ils vont parler et peu importe leur orientation sexuelle. J’ai espoir que ma fille, qu’elle soit noire, blanche, verte ou même orange, aura les mêmes droits et la même acceptation qu’un autre petit garçon dans notre monde futur. Je me bats et je me battrai toute ma vie puisque c’est important pour moi. Je ne participe pas nécessairement à des manifestations, je n’écris pas des publications sur Instagram, mais j’en parle. J’écris sur ce sujet, j’étudie cette injustice et éventuellement je vais aller visiter ce monde pour partager mon opinion et défendre les droits de tous. C’est sur ce sujet que je vais vous écrire des articles. Je vais vous parler du mixage de culture, de la beauté de vivre tous ensemble. Nous comptons à ce jour 193 pays dans le monde, ce nombre implique 193 différentes cultures, toutes aussi belles et intéressantes les unes que les autres. Apprenons à découvrir les différentes cultures qui se trouvent sur notre globe! Bibliographie https://cultivetoi.fr/combien-de-pays-il-y-t-il-dans-le-monde/ https://en.wikipedia.org/wiki/Where_to_Invade_Next https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/vivre-ensemble/10910799?q=le+vivre-ensemble#11044523

Photo :stuxs

Une expérience, une aventure, je me lance dans Le Portail. Je suis une étudiante en cinquième secondaire et je voulais un nouveau défi. J’aime écrire, j’aime apprendre et j’adore par-dessus tout partager mes passions.

Photo : geralts

Bienvenue dans mon univers

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(819) 771 3723

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personnes âgées de 75 ans et plus femmes enceintes au 2e ou au 3e trimestre contacts domiciliaires et proches aidants des personnes à risque de complications travailleurs de la santé (nombreux contacts avec personnes à risque élevé)

*La vaccination de groupe est disponible sur demande

cisss-outaouais.gouv.qc.ca/grippe2019

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CHANGER LE MONDE, UN CŒUR À LA FOIS.


IMAGES Interventions pour mieux agir en exclusion sociale PAR VALÉRIE GAUTHIER Programme IMAGES

Direction santé mentale et dépendance (DSMD) Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais

BRAS Outaouais, prévention et intervention en VIH et consommation sécuritaire Sans plus attendre, j’aimerais vous parler de l’organisme BRAS Outaouais et vous présenter ses différents programmes et services. L’acronyme BRAS faisait référence à Bureau Régional Action Sida jusqu’à son changement de nom en juin 2018. L’organisme qui fête ses 30 ans en 2020 est dynamique et ses programmes sont constamment bonifiés. Situé au 109 rue Wright à Gatineau, l’organisme a pour mission première d’améliorer la qualité de vie de la population de l’Outaouais touchée par le VIH/SIDA. Par contre, sa mission ne s’arrête pas là et sa philosophie de justice sociale et d’engagement communautaire fait en sorte que BRAS Outaouais est très impliqué dans la communauté. Les services du BRAS sont divisés en trois programmes : Prévention Puisque personne n’est à l’abri de l’infection au VIH et autres ITSS, le volet prévention comprend les activités de sensibilisation visant à conscientiser, informer et supporter la population. Pour ce faire, une diversité de moyens sont employés par l’équipe d’intervention, notamment : - Séances d’information, kiosques, ateliers de formation; - Production et diffusion de matériel éducatif; - Activités de sensibilisation; - Ateliers dans le cadre des cours d’éducation à la sexualité dans les écoles; - Service de texto anonyme et gratuit sur la sexualité (Sex’Info 819-303-3737); - Éducation, information et sensibilisation sur l’identification et l’orientation sexuelle; - Programme Entre Hommes (activités pour hommes gais, bisexuels ou en questionnement); - Travail de rue (BRAS Outaouais emploie 7 travailleur(e)s de rue et une paire aidante intervenant à temps plein dans divers secteurs sur le territoire); - Travail de milieu dans les communautés ethnoculturelles; - Distribution de condoms et de matériel de consommation sécuritaire (seringues stériles, pipes à crystel meth, sniff kit et pipes à crack); - Efforts de lutte contre les surdoses aux opioïdes : distribution de kits de détection du Fentanyl et trousses de Naloxone. Soutien et vie communautaire Ce volet d’intervention comprend les services offerts aux personnes vivant avec le VIH/sida et vise à promouvoir une meilleure qualité de vie. L’équipe offre : - Soutien individuel, conjugal et familial;

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- Service d’information; - Accompagnement des personnes et références vers les services (rendez-vous médicaux, défense des droits, dépannage alimentaire, accès aux services de transport, etc.); - Dépannage médicament (certains critères s’appliquent); - Activités et ateliers de groupe pour les personnes vivants avec le VIH; - Sensibilisation et éducation dans les milieux; - Lutte à la sérophobie (peur de la séropositivité au VIH). Maison des Oliviers Depuis 1997, la Maison des Oliviers offre un service d’hébergement et un milieu de vie aux personnes vivant avec le VIH/sida. La Maison offre 7 chambres avec un séjour de répit d’une durée variable. De plus, la maison est aménagée avec un appartement de transition. Les personnes bénéficiant du service d’hébergement reçoivent du soutien émotionnel, de l’accompagnement, des soins de santé, et ce, en toute confidentialité. Qui plus est, les repas ainsi que des activités sociales sont inclus. Voilà pour les principaux programmes de BRAS Outaouais. La difficulté est de condenser un organisme aussi dynamique dans un article de 675 mots! Pour conclure, quand on parle de réduction des méfaits, BRAS Outaouais est un acteur d’envergure sur le terrain. Ses efforts d’intervention pour prévenir le VIH sont également valables pour la prévention des autres infections transmises sexuellement et par le sang (ITSS), notamment l’hépatite C (VHC). En plus de distribuer des condoms et du matériel de consommation sécuritaire, les intervenants de BRAS Outaouais peuvent aussi orienter et supporter les personnes vers le dépistage/traitement des différentes ITSS. De plus, en ce qui concerne la lutte aux surdoses liées aux opioïdes, les intervenants de BRAS Outaouais effectuent un effort d’intervention significatif sur tout le territoire de l’Outaouais. Pour plus d’informations sur les services et différents programmes, n’hésitez pas à les contacter! Coordonnées à retenir BRAS Outaouais : 819-776-2727 Ligne texto de Sex’Info : 819-303-3737 Entre Hommes : www.entrehommes.org Courriel : info@lebras.qc.ca Clinique de dépistage des ITSS au CLSC 85 St-Rédempteur : 819-966-6532

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Déjà 20 ans cette année que je suis à la direction du Centre Kogaluk. Il est vrai que le temps passe vite, cependant j’ai vécu chaque jour avec intensité. Je suis faite pour travailler dans le communautaire. J’ai toujours eu, même très petite, une prédisposition du cœur à venir en aide aux marginaux et aux exclus. Je n’ai jamais été capable de supporter qu’on se moque ou que l’on reste indifférent devant la misère humaine. Je crois que ce qui m’a interpellée à travailler dans le communautaire est ma propre marginalité et mon besoin profond de donner un sens à ma vie et à celle des autres, une mission spirituelle. Il est clair que pour m’épanouir, j’ai besoin d’un milieu de travail où l’humain est au premier plan. J’ai aussi besoin d’avoir le droit d’être 100 % moi-même, de m’habiller comme je le veux, de dire les vraies affaires, de créer et recréer des activités qui répondent aux réels besoins des personnes vulnérables. Je refuse de faire partie d’un système qui appelle leurs protégés des clients et qui est contraint au quotidien de donner aux personnes un numéro et d’offrir une relation d’aide avec une limite de temps. Je veux être libre de les tenir dans mes bras, de pleurer avec eux, de les comprendre en profondeur, de me faire bouleverser le cœur encore et encore. Pour œuvrer dans le communautaire, il faut avoir un esprit de guerrier et se battre au quotidien pour l’humain, en portant l’armure de l’espoir et de l’amour. Cette lutte sans cesse pour obtenir le financement nécessaire à notre mission est exténuante, car il n’y a pas de fin. Il faut faire preuve de persévérance et d’une solidité hors du commun. Nous sommes les justiciers de la lumière dans ce monde d’image et de matérialisme qui sont souvent sombres, sans âme.

Photo : Fr.fr.facebook.com

REGARD VIF PAR JACINTHE POTVIN

Il y a 20 ans que je travaille avec vous, la belle gang du communautaire de l’Outaouais. Aujourd’hui, je souhaite vous reconnaitre. J’admire, chers(es) collègues, votre fougue, votre dévouement, votre force et votre passion qui émanent de vos paroles et de vos actions ! Vous possédez cette magnifique fibre de la sensibilité et de la compassion. Vous avez tout comme moi le privilège de redonner espoir et dignité aux personnes brisées. Vous contribuez à les rebâtir brique par brique et pour tout cela je vous salue et vous témoigne mon respect et ma grande admiration. Le communautaire, c’est tissé serré. Une seule voix, mais une qui porte et qui s’unit pour se battre contre les injustices, les iniquités sociales, les sans voix. Vous contribuez à équilibrer le monde et à le rendre plus beau. Merci d’être. Je vais donc continuer de me dévouer pour la cause des personnes et des familles sans abri de l’Outaouais. Je vais trouver la force de me dresser au besoin, épée à la main, pour continuer à me battre pour mes frères et sœurs de terre qui n’ont pas eu les mêmes chances que moi en cette vie. Je vais demeurer fidèle à la belle et dure mission que le Père Jean-Louis Morin m’a confiée jadis, et cela même si parfois je m’essouffle, je doute, j’ai peur de l’avenir et je fléchis. Je vais continuer à porter honorablement le flambeau qu’il m’a confié, car lui, il a cru en moi.

L’équipe du Portail, direction, intervenantes et camelots, tient à remercier chaleureusement le Collège Saint-Alexandre. Les élèves nous ont choisi pour leur Campagne de financement 2019-2020, ex aequo avec le Dépanneur Sylvestre. Les fonds versés permettront de mettre sur pied un projet « pour et par les camelots » très motivant et rassembleur ! Mille et un mercis !

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UNE JOURNÉE AU GÎTE PAR LISE PARADIS Le Gîte Ami 85, rue Morin Gatineau (Québec) J8X 0A1 819 776 0134

Les péripéties du Gîte Ami ! Veille de Noel (non, ce n’est pas une erreur...), nous terminons notre 24 jours d’emballage cadeaux aux Galeries de Hull, au profit du Gîte Ami. Nous remisons rapidement notre stock dans le local prêté pour l’occasion et comme dans l’annonce radio d’un dépanneur connu “enfin, terminé l’emballage cadeaux”… Direction Gîte Ami car la préparation du Réveillon de Noël nous attend. En arrivant, horreur, le lave-vaisselle s’est bloqué, l’eau déborde du bas et le tuyau du haut se brise et c’est la douche, l’inondation dans la cuisine. Finalement, on ferme l’eau, mais le dégât est fait…les 10 bénévoles attendus pour préparer le réveillon rebroussent chemin devant l’ampleur de la catastrophe, mais un autre groupe demeure pour aider à éponger, éponger et éponger… De mon côté, direction bureau pour rejoindre notre plombier mais pas de réponse, direction internet pour trouver une firme de secours ouverte en tout temps…des publicités, annoncent des services 24h/24, 7 jours par semaine…mais pas de réponse. Ha ! Petite bulle au cerveau: le mari de ma voisine était plombier: un p’tit Facebook pour voir s’il connaîtrait quelqu’un pour venir nous dépanner…elle me répond: “Jean-François arrive”. Le temps de le dire, il arrive avec un ami, répare le tuyau et rebranche l’eau dans la cuisine. Merci Jean-François. Nous ne pouvons pas utiliser le lave-vaisselle, mais les bénévoles ont de l’eau pour faire la vaisselle à la main avec beaucoup d’huile de coude comme on dit car pas de réparateur de lave-vaisselle commercial d’ouvert. Nous pouvons donc commencer les préparatifs du “party” du Réveillon de Noël: invités chansonniers (Merci à Bo McDaniels et Mandy Hayes), tirages de bons d’achat, distribution de cadeaux et Réveillon…tout pour mettre de la joie dans la vie des personnes qui doivent passer la nuit dans un refuge pour sans-abris. Appel du Gîte dans la nuit du lendemain de Noël: bris d’un tuyau dans la buanderie des usagers et les drains de planchers s’avèrent être bouchés, autre méga dégât d’eau. Heureusement, «Éclair Plomberie de Gatineau” est de service et en plus de se spécialiser en plomberie, ils se spécialisent en drains de toutes sortes. Nouvel essorage de planchers… Mais le lave-vaisselle n’est toujours pas réparé et ce n’est pas évident pour notre équipe de cuisine. Autre petite bulle au cerveau et je pense à appeler notre fournisseur et conseiller en produits d’entretien et d’aménagement de cuisines commerciales, Patrick MacGuire, de la firme MacGuire à savoir s’il CHANGER LE MONDE, UN CŒUR À LA FOIS.

ne connaîtrait pas un réparateur de lave-vaisselle d’ouvert un lendemain de Noel. Non, personne d’ouvert mais j’arrive me dit-il. En un tournemain, il trouve le problème, change la pièce et le lave-vaisselle est de nouveau fonctionnel. Merci Patrick. Je peux maintenant quitter la tête en paix avec la famille et les amis pour le chalet à Messines, pour préparer nos festivités et activités de la Nouvelle Année. Veille du jour de l’An. Certains sont partis en motoneige. Le Bye Bye vient de commencer, la neige tombe à l’extérieur, paysage de conte de Noël. On prépare les flûtes pour le p’tit mousseux de minuit… Le téléphone sonne, jamais deux sans trois me direz-vous… ”Lise, le feu est pris au Gîte Ami” me dit Marc-André qui gère le téléphone de remplacement ce soir-là…le cerveau qui fige quelques secondes…”c’est important que je lui demande ?... y a-t-il des blessés ?” “Oui, on procède à l’évacuation mais personne ne semble blessé”. Je réussi à rejoindre les pompiers qui me confirment que le tout se déroule selon les protocoles en place, Ève, notre intervenante qui s’occupe du rapport avec les pompiers et John qui finalise l’évacuation. Que puis-je faire de Messines où je me trouve. “Petite bulle, petite bulle…” OUI, je vais tenter de rejoindre Michel Kasongo, directeur général de la Soupe populaire de Hull pour vérifier si nous pouvons envoyer nos usagers à son organisme qui est ouvert depuis le 1er décembre dernier en Hébergement hivernal supplémentaire et donc ouvert pour la nuit…Oui, me dit-il, on va être serré mais on va s’arranger.

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Sans plus tarder, mon mari Martin, chauffeur d’autobus pour la STO, me reconduit en ville malgré la poudrerie et les chemins glissants. Tout au long du trajet, plan de match…ok, aviser mes membres du CA que tout est sous contrôle pour l’instant, entrer en contact avec le CISSSO, la Ville…mais tout est fermé…Vous le devinez, la p’tite Bulle…je suis amie Facebook avec notre conseiller municipal, Cédric Tessier…En arrivant, en plein milieu de la nuit, message via Messenger à Monsieur Tessier (un Facebook, ça réveille pas mais si la personne est réveillée, elle peut le voir…) et de fait…il me répond malgré l’heure indue…et sans tarder, les téléphones commencent: Luc Bard, directeur adjoint de la Ville de Gatineau, son équipe, Geneviève d’Amour, Patrick Campeau…Téléphone à Alain Godmaire, directeur santé mentale et itinérance au CISSSO et une cellule de crise s’installe pour rapidement ouvrir le Centre Fontaine pour accueillir, le soir du Jour de l’An, les résidents du Gîte Ami. Vous connaissez la suite: depuis cette date, le Gîte Ami partage les locaux de la Soupe populaire le jour et les soirées et nuits au Centre Fontaine…ainsi que d’autres péripéties, vandalisme dans la cour du Gîte et sur la camionnette, deuxième feu…ouf, finalement cela a été plus que le fameux “jamais deux sans trois”…

tion bénévole de Gatineau et la Maison communautaire Daniel Johnson qui ont organisé des collectes, Centraide également qui nous ont apporté une aide supplémentaire, la Ministre de l’Habitation, le CRIO, les travailleurs de rue du BRAS, du CIPTO, d’Itinérance Zéro, les travailleurs du groupe IMAGE du CLSC de Hull, tous les participants à la cellule de crise, la Soupe populaire pour son accueil inconditionnel, les médias d’information, notre Conseil d’administration mais aussi, en particulier, nos employé(e)s, à notre formidable équipe, qui a su, comme on dit, “se virer sur un dix cent”… et j’en oublie certainement… À toutes ces organisations, à toutes ces personnes, MERCI !!! Car, malgré le stress, les difficultés, cela a été un Jour de l’An mémorable qui va rester dans les souvenirs de plusieurs avec beaucoup de tendresse et reconnaissance. BONNE ANNÉE !!!

C’est bien triste tout cela…mais d’autre part, cela nous a fait vivre de beaux grands moments de solidarité et de partage: l’appel Facebook d’Annie Castonguay du BRAS pour des bénévoles le 2 janvier pour vider les congélos et frigos du Gîte; mes 2 p’tites sœurs Joanne et Julie qui m’écrivent “on arrive”, des anciennes collègues de travail, l’équipe du bureau de Maryse Gaudreault…des nouveaux amis qui ont joint cette grande corvée; des gens de partout en ville qui nous ont apporté différents dons, des organismes comme le Centre d’ac-

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UNE PAGE D’HISTOIRE D’ICI PAR MICHEL PRÉVOST D.U., président de la Société d’histoire de l’Outaouais

Par ailleurs, contrairement à ce que l’on a souvent écrit, les ancêtres de Philemon Wright ne sont pas originaires de la ville de Hull, dans le comté d’York, en Angleterre. En fait, les Wright tirent leurs racines familiales dans le comté de Kent, en Angleterre. L’origine du nom Hull S’il n’y a aucun lien entre les Wright et Hull, d’où vient alors le nom de la ville de Hull, fusionnée en 2002 avec Gatineau, Aylmer, Masson-Angers et Buckingham pour former le grand Gatineau ? En réalité, Philemon Wright n’a joué aucun rôle dans le choix de ce nom, puisque ce toponyme existait avant même son premier voyage exploratoire dans notre région en 1797.

Photo : Abigail Wyman, BAC, C-18718

L’origine du nom de Hull est souvent attribuée à Philemon Wright (1760-1839), le fondateur en 1800 du canton de Hull. En effet, on peut lire que Wright et sa famille sont originaires de Hull, en Nouvelle-Angleterre, aux États-Unis. Ce n’est vraiment pas le cas puisque Philemon Wright et son épouse, Abigail Wyman, sont plutôt nés à Woburn, près de Boston, dans l’État du Massachusetts, aux États-Unis. La famille de Philemon Wright, un fermier prospère, y résidait depuis le milieu du XVIIe siècle.

Photo : Philemon Wright, BAC, C-11056

La véritable origine du nom de Hull

Les Wright Comme nous venons de le voir, Philemon Wright n’a aucun lien avec le choix du nom pour le canton de Hull. Cela ne lui enlève cependant pas son titre de fondateur du canton de Hull et de figure marquante de l’Outaouais dans la première moitié du XIXe siècle. Il s’avère le premier Européen à s’établir de façon permanente dans la région afin de développer son potentiel agricole et surtout forestier. En réalité, pendant trois décennies, Wright et sa famille contrôlent une grande partie de ce qui se passe dans le canton de Hull.

En effet, un document officiel du Bas-Canada, une partie du Québec d’aujourd’hui, datant de 1792, note que le canton borné au sud par la rivière des Outaouais serait désormais appelé Hull. L’origine du nom du canton s’explique facilement puisqu’à l’époque, les autorités reprenaient simplement des lieux de la toponymie des îles britanniques, la puissance coloniale d’alors.

De plus, les descendants de Philemon Wright continuent à jouer un rôle économique et politique longtemps après sa mort, notamment son fils Ruggles, acteur important de l’industrie forestière, ses petits-fils, Alonzo Wright, député fédéral surnommé « le roi de la Gatineau » et Christopher Columbus Brigham, maire de Hull en 1877 et de son arrière-petit-fils, William Francis Scott, maire de Hull en 1890 et en 1897. À l’exception d’Alonzo, qui repose au cimetière Beechwood à Ottawa, tous ces pionniers sont enterrés au cimetière patrimonial Saint-James, sur le boulevard Alexandre-Taché, près de l’Université du Québec en Outaouais.

Ainsi, dans le comté d’York, dans le nord de l’Angleterre, nous retrouvons des noms de villes comme Hull, Masham, Rippon, Aldfield, Huddershield et Wakefield. Il s’agit d’ailleurs de toponymes qui se trouvent encore aujourd’hui en Outaouais.

Somme toute, cette réalité donne des racines encore plus lointaines au toponyme Hull, car ce nom n’est pas utilisé ici depuis le début du XIXe siècle, comme on l’a trop souvent affirmé, mais plutôt depuis la fin du XVIIIe siècle. Pour des visites guidées de dix personnes et plus du cimetière Beechwood et Saint-James, veuillez me contacter à Michel.Prevost@uottawa.ca.

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POINT DE VUE DU PROF PAR NÉRÉE ST-AMAND

Quand moins = plus… Et son contraire! De nombreux messages nous incitent, en plusieurs moments du jour, à acheter davantage, à consommer plus, à assouvir notre soif de plus, plus, plus. Il semble que cette soif de possession, d’avoir, soit devenue insatiable. Par ailleurs, quand, enfin, nous possédons l’objet tant désiré, plutôt que de l’apprécier, la prochaine étape est souvent : maintenant, le prochain achat, la prochaine consommation, le prochain gadget, le prochain voyage… Que ce soit au niveau des vêtements, des accessoires de maison, des gadgets électroniques, des voitures, de la nourriture, de la publicité, etc… nous sommes envahis par ces messages nous proposant d’acheter du nouveau : ongles brillants, cheveux de couleur, cils allongés, bouches plus sensuelles, implants mammaires, épilation, etc, etc…. Les organismes de publicité sont là pour alimenter cette soif et pour ajouter constamment à cette liste de désirs. En somme, pour acheter le bonheur! Cette rubrique nous invite à réfléchir à ces messages qui tentent de nous convaincre que nous avons BESOIN de plus pour être heureux. Certaines questions se posent : pourrait-on vivre avec MOINS? Nous contenter du minimum plutôt que de viser le maximum? En fait, de quoi avons-nous besoin pour être heureux? Peut-on vivre heureux… avec peu? Peut-on vivre PLUS heureux avec MOINS? Pourrait-on nous centrer sur ÊTRE plutôt que sur AVOIR? Examinons quelques aspects de cette question.

Photo : Clker-Free-Vector-Images

Professeur titulaire École de service social, Université d’Ottawa

Moins de nourriture : y aurait-il lieu d’aller moins souvent au supermarché? Manger moins… Consommer ce qu’on a au frigo ou dans les armoires plutôt que d’acheter davantage et de jeter davantage… Pourquoi ne pas faire son jardin ou nous inscrire à un projet de jardin communautaire et, de la sorte, manger frais, manger sain, manger ce qu’on produit. Avec le soleil qui nous réchauffe au printemps, beaucoup peut être cultivé chez soi, à la fenêtre… Remplacer le fastfood, souvent toxique, par le slowfood, l’alimentation saine, celle qu’on peut cuisiner ou produire chez soi. Consommer une nourriture plus saine. D’ailleurs, les professionnels de la santé nous invitent à consommer une nourriture végétarienne, meilleure pour la santé et pour l’écologie. Pourquoi ne pas essayer : une journée, trois jours, cinq jours par semaine? Moins de WWW : la toile est souvent toxique, de plusieurs façons. Nous sommes facilement enclin à écouter les nouvelles (habituellement des mauvaises nouvelles), à rester au courant de toutes les tragédies et à suivre les débats politiques, sportifs, du monde du spectacle… L’internet nous inonde de toutes sortes de message, souvent plus portés sur la haine et la vengeance que sur la joie de vivre, le bonheur… Quels messages ces médias nous laissent-ils? La paix et d’amour? Ou l’indifférence, voire la haine? En plus, les médias « sociaux » comportent une grande part de préjugés, de mythes; facilement et rapidement, de nombreux préjugés remplacent une saine moralité, le bon sens…

Moins de vêtements De quels vêtements avons-nous vraiment besoin? Combien de pièces sont là dans notre placard, inutilisées, attendant la vente de débarras ou la prochaine diète? La mode, le travail, les gens autour de nous : tout nous invite à acheter davantage, à accumuler davantage de pantalons, de pulls et chandails, de souliers, de chaussettes de toutes les couleurs… Consommer moins voudrait dire libérer notre garde-robe et passer moins de temps, chaque jour, à choisir quels vêtements porter! De la sorte, avoir plus de temps pour respirer! Être moins encombré! Devons-nous être une carte de mode, avoir toutes les couleurs de noir, de jaune et de gris? Si oui, à quel prix? Moins de parures : que ce soit au niveau des maquillages, rouges à lèvres, crèmes maquillantes et démaquillantes, hydratantes et déshydratantes… le soin que nous apportons à notre peau semble avoir remplacé le soin qu’on nous proposait jadis de consacrer à notre intérieur. Dans ce contexte, la citation de St-Exupéry reste sans doute d’actualité : « L’essentiel est invisible aux yeux… on ne voit bien qu’avec le cœur ».

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En plus, nous avons toujours besoin de plus de gadgets électroniques « modernes » pour nous maintenir à flot, pour avoir rapidement le plus d’informations possibles… Avoir tout pour impressionner, pour bien paraître peut-être, pour être plus efficace, pour faire plus? L’environnement : moins consommer à ces niveaux réduirait notre impact sur l’environnement… sur ce que notre planète peut produire, peut gérer et sur ce que nous jetons. Nous pourrions avoir ainsi plus de paix, plus d’harmonie et une appréciation pour ce que nous avons plutôt que de nous centrer sur ce qui nous manque et que nous nous sentons obligés d’avoir! L’histoire, les sages et plein de sociétés traditionnelles nous le démontrent : la sobriété a bien meilleur goût. « À vouloir trop avoir, l’on perd tout » dit le proverbe! Bonne chance dans notre sevrage d’«avoirs» et nos démarches d’être! CHANGER LE MONDE, UN CŒUR À LA FOIS.


DOSSIER SPÉCIAL PAR CHRISTIAN GOSSELIN

La perception d’un nouveau venu. La réalité du communautaire ; ouf ! Certainement pas ce que je croyais lorsque tout innocent et tout droit sorti du collégial, je suis entré droit devant dans ce nouveau monde. Je connaissais le communautaire du côté de l’usager de services, ce qui n’a rien à voir avec l’autre côté du spectre. J’ai vraiment cru que le communautaire était une grande famille où tous se tenaient la main dans une mission commune ; aider les plus fragilisés. Oui, nos missions consistent à aider les plus démunis de notre communauté et nous le faisons avec cœur et passion voire vocation, mais penser que nous sommes tous unis main dans la main, ah ça non. Le principe : « Diviser pour mieux gouverner » n’a jamais été mieux mis en pratique qu’au sein des organismes communautaires, tout comme une basse-cour où l’on jette une poignée de miettes pour lesquelles les poules se battent. Nous sommes tous au communautaire parce que nous avons sincèrement envie d’améliorer les trajectoires de vie de nos citoyens les plus fragilisés, nous y investissons tout notre cœur, nous y consacrons beaucoup de temps, d’efforts et même notre équilibre émotif ; une mission de vie. Moi-même, je suis retourné sur les bancs d’école à cinquante ans pour consacrer le reste de ma vie à utiliser mon expérience durement apprise et mes acquis académiques à être disponible pour celui qui tend la main en quête d’aide. Je donne tout ce que j’ai. Ce que je n’ai pas, c’est de l’argent. Malgré tous les efforts des dernières années, je n’ai toujours pas le financement nécessaire pour opérer un organisme aussi modeste, mais tellement utile, voire nécessaire, au ruban de service effrité que celui-ci. Ça m’attriste de réaliser qu’en fin de compte, mis à part quelques citoyens au grand cœur, l’individualisme est bien ancré en nous ; culture de performance et de statuts éphémères, dévouée à la recherche de plénitude par l’acquisition de gloire et de biens. Le communautaire est pauvre. En manque perpétuel de ressources, il doit chaque jour prioriser ses actions, ou plutôt ses inactions. On a beau tenter de partager nos ressources, celles-ci sont déjà largement insuffisantes et la gestion demandée à un tel partage de plus en plus exigé par les instances décisives est un fardeau additionnel. Nous vous offrons nos vies, donnez-nous les ressources dont nous avons besoin ! Au Québec seulement le manque à gagner au communautaire est estimé à quatre cent soixante millions, ce qui est énorme pour nous, mais relativement moyen dans un budget national ; une question de priorité, de justice sociale. Le communautaire est également en burn-out. Il est essoufflé. N’attendez pas qu’il s’écroule, les impacts seraient désastreux. Les rues seraient comme dans un film d’apocalypse, rien de moins. Le communautaire mérite d’abord le respect de son autonomie dans sa mission et dans son approche. Assez les octrois liés à des projets parfois sournoisement, CHANGER LE MONDE, UN CŒUR À LA FOIS.

parfois moins, mais trop souvent, imposés par l’État. Les experts, c’est nous sur le terrain. Le communautaire mérite également la reconnaissance de sa contribution à l’équilibre social. Le communautaire offre tellement peu d’attrait côté salaire, sécurité, conditions de travail et avantages sociaux qu’on en est rendu au point d’embaucher et de laisser des gens agir comme intervenant sans aucune formation whatsoever. La seule situation où une formation n’est à mon avis pas nécessaire est dans les « fraternités » de style AA, NA, etc. parce qu’ils partagent les mêmes outils et la relation aidantaidé est strictement basée sur l’intégration de ceux-ci. Il est vrai, vous comprendrez, que le vécu est un atout de très haut calibre, mais dans un contexte d’organisme communautaire où les problématiques sont nombreuses et souvent concomitantes, je crois sincèrement qu’une formation solide en travail social, éducation spécialisée ou justice pénale est absolument nécessaire et incontournable avant de mettre en pratique des interventions avec des personnes fragilisées qui se fient au savoir, savoir-faire et savoir-être de la personne devant lui. L’enjeu est grand. Moi-même, j’ai longtemps cru ne pas avoir besoin de formation, que mon expérience de vie était suffisante. Très tôt dans ma première session j’ai compris que l’intervention avec une personne fragilisée exige un certain savoir, un certain tact et un discernement que seule une formation solide peut préparer quiconque qui s’apprête à jouer avec la vie émotive des gens. La réalité du communautaire reflète notre empathie envers nos citoyens en difficultés ; triste image. Maintenant, sur un ton légèrement amer, mais tout Amour, j’ai besoin d’ajouter que ce que je semble constater de plus attristant est la relation entre les représentants de l’État, nos bailleurs de fonds principaux, et nous humbles travailleurs du communautaire. Ces représentants de l’État, nos représentants, du moins la plupart de ceux que j’ai eu à côtoyer soit en rencontre individuelles ou en assemblées ne semblent pas avoir confiance en notre expertise ou pire encore, en nous comme individus. Ils questionnent notre intégrité. Je ne crois avoir plus intègre comme secteur professionnel que le communautaire. Quoiqu’il y a certainement exception à la règle, de tous les organismes avec qui je travaille, je peux vous assurer que nous n’avons rien à gagner de recevoir plus de sous que nous en avons réellement besoin. Comme si nous allions modifier les données afin de demander plus ? Nous n’avons rien à gagner à ce jeu. L’univers du communautaire est celui où la transparence, l’intégrité et l’honnêteté règne le plus. Être au communautaire c’est d’espérer qu’un jour notre organisme doive fermer par manque de souffrance dans notre société. C’est aussi un univers où de ne pas empiéter dans les platesbandes des autres organismes est une règle d’or afin de ne pas doubler les services. S’il y a harmonie, c’est bien là. À ce niveau, on se tient. On nous l’enseigne à l’école et c’est une réalité solide du terrain. D’ailleurs les intervenants de première ligne des différents organismes se rencontrent régulièrement afin de s’en assurer et mieux orienter les interventions. Sur ce, en mon nom personnel et au nom des intervenants du communautaire, croyez en nous, en notre expertise, en nos motifs dans nos actions, en notre intégrité et souteneznous dans nos missions respectives à guérir les maux de ce monde.

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penser autrement l’intervention auprès des adolescents et des jeunes adultes judiciarisés La Table de concertation des intervenants en soutien communautaire en habitation de l’Outaouais a reçu le 20 novembre dernier, Marie-Pierre Villeneuve, doctorante à l’École de travail social et de criminologie de l’Université Laval pour discuter de La (ré) intégration sociocommunautaire : penser autrement l’intervention auprès des adolescents et des jeunes adultes judiciarisés. Les commentaires des personnes présentes sont unanimes, il aurait fallu prolonger les discussions une journée entière pour couvrir l’ensemble de ce sujet, plutôt qu’une formation de trois heures seulement. L’invitée a donc reçu un rappel et a accepté de revenir dans la région et couvrir de nouvelles dimensions du sujet. En somme, qu’est-ce qui fait qu’une personne cesse de commettre des délits et s’intègre socialement ? La délinquance grave et persistante est un phénomène complexe qui englobe des interactions répétées dans un continuum de services situés au sein des différentes institutions sociales (Villeneuve, 2019). Au Québec, la Sécurité publique s’est intéressée aux peines d’incarcération de 185 jours et moins et le constat est le suivant : en 2015, le taux de récidive se situait à 64 % chez les jeunes adultes âgées de 18 à 24 ans et à 59 % chez les 25 à 34 ans. Différentes études citées par Villeneuve (2019) évoquent qu’une personne qui cesse graduellement de commettre des délits et qui en vient à délaisser sa carrière criminelle amorce une rupture avec le style de vie qu’elle a adopté par le passé. Pour soutenir le processus de changement, il faut que la personne en arrive à adhérer à de nouveaux rôles sociaux, en acquérant graduellement de nouvelles compétences. Les interventions peuvent être en lien avec l’acquisition d’habiletés sociales, les arts, les sports, le jumelage d’un mentorat en communauté. On dira que ces changements identitaires sont positifs lorsqu’ils sont en lien avec le sentiment d’appartenance développé envers sa communauté, voire son quartier, ou envers la croyance de réaliser son projet de vie dans le futur. Différentes sphères de vie peuvent être interpellées comme le soutien des proches, les liens sociaux, une relation sentimentale, une relation scolaire, une relation professionnelle, etc.

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Les intervenants sociaux ont aussi des rôles à jouer en tant qu’agents de changement (Villeneuve, 2019). Dans un premier temps, les professionnels doivent prendre conscience des obstacles prévisibles comme le manque de ressources disponibles. Inversement, rappelons que la valorisation à participer aux différents programmes communautaires et des services sociaux permet de travailler les différentes formes d’abus, incluant la victimisation et l’agressivité, mais aussi d’atténuer les répercussions de la consommation et les impacts de la criminalité sur le quotidien. Notons également que le désistement assisté requiert du temps et que les intervenants sont confrontés aux contraintes de temps à force de devoir répondre aux urgences de façon constante. De plus, le contexte d’intervention marqué par l’obligation d’établir un suivi dans un cadre formel peut influencer le développement de la relation d’aide. La clé pour en arriver à percevoir une image positive de soi est de développer un lien de confiance, afin qu’une relation de qualité se tisse entre l’intervenant et la personne aidée (Villeneuve, 2019). D’ailleurs, les interventions de groupe pour favoriser la création d’un réseau de soutien et l’approche centrée sur les forces sont des formes d’intervention à privilégier. Le savoir-être et le choix des mots qu’emploiera l’intervenant auront un impact sur l’appropriation identitaire des personnes aidées. En plus de l’ensemble de ces composantes, le degré d’engagement de la personne aidée vis-à-vis son plan d’intervention a une influence sur le développement et l’actualisation de son projet de vie, d’où l’importance de formuler des objectifs réalistes. Ce qui importe est d’accentuer la motivation et le sentiment identitaire en incitant les personnes à percevoir les situations de façon différente et en développant une vision d’avenir quant au nouveau mode de vie à adopter. Source Villeneuve, M.-P. (2019, 20 novembre). La (ré) intégration sociocommunautaire : penser autrement l’intervention auprès des adolescents et des jeunes adultes judiciarisés. Atelier de formation et de discussion dans le cadre de la Table de concertation des intervenants en soutien communautaire en habitation de l’Outaouais, document inédit, 31.

Photo : qimono

La (ré) intégration sociocommunautaire :

Photo : Clker-Free-Vector-Images

L’HABITATION PAR LE ROHSCO

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CETTE VIE... PAR PHILIPPE VILLENEUVE

Ce qui suit, n’est pas l’histoire de ma vie, de leur vie...C’est l’histoire de ‘’ Cette vie...’’ Après deux incendies au Gîte Ami, 31-12-2019 et le 18-012020, je me dois de commencer cette chronique de cette façon, la raison? Les gens de la rue...

Donc, après cette réponse, je leur demandai de ne pas bouger, de rester là pour quelques instant, quelques minutes... Pour que je puisse leur donner à manger ou un dix dollars de ma poche, si cela était le cas, je leur disais ce qui suit, ce dix dollars est pour manger et non pour acheter de la l’alcool ou drogue, donne-moi ta parole! Et peu de temps après leur départ, beaucoup d’entres eux, pas tous... revenais! Pour me montrer la nourriture qu’ils avaient acheter, Ils avaient tenues parole et moi à ce moment, je leur donnais la mienne, revennez quand vous voulez, si à ce moment je peux vous aider, je le ferai, mais peut-être pas tous les fois malheureusement, mais vous avez ma parole, si tu vois ma voiture! Cogne à ma porte, je t’ouvrirai à chaque fois, sans hésiter. Je me suis fait des amis, mais croyez le ou non! En posant se genre de gestes envers les gens de la rue. Je me suis aussi fait des ennemis, pourquoi? Simple, il y des gens autour qui voyait ce genre de geste, ce que je faisais pour ces gens et laissez-moi vous dire, ce n’était pas mes voisins qui n’aimait pas mon geste, c’était plus tôt les gens de près ou de loin, qui se sont sentit menacés par la présence chez moi de ces gens de la rue...De cette vie...

Derrière une porte ! Derrière une porte, vivent les morceaux de ma vie… Je les récupérerai, seulement au bon moment. Ne vous impatientez pas, mes chers amis, car oui, je vous rassure, je reviendrai vous chercher, un à un. Chacun, chacune aura son moment, je prends finalement tout simplement mon temps. Soyez patients, je reviendrai… vous chercher. Suite de ‘’ Cette vie...’’ le mois prochain Philippe Villeneuve Société des écrivains 2001-2020 philippe-villeneuve.societedesecrivains.com

Photo : pixabay.kbaykac

Du 16 septembre 2017 à octobre 2019, j’ai vécu de près ou de loin avec les gens de la rue, en commençant par la rue Lois du vieux Hull, pendant 6 mois dans une maison centenaire que j’avais loué, ironiquement, seulement qu’à 5 portes de mon lieu de naissance , qui se trouve au pied de la Cathédrale St-Joseph. Là! Dès mon arrivé, du premier jour, j’ai découvert des gens, rencontré les plus démunie, tout l’automne assis sur ma galerie à écrire et leur dire...Bonjour! Comment va-tu aujourd’hui et les réponses, était surprenantes! Je vais bien et vous monsieur?. Mais après seulement quelques échanges avec eux, ma question était la suivante, avez-vous, as-tu mangé aujourd’hui? Et les réponses! N’étaient pas surprenantes...Non! pas depuis hier ou très peu.

Dédié aux nouveaux amis que je me suis fait pendant six mois, 16 septembre 2017, le début de ‘’ Cette vie...’’ pour moi.

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PLACE AU CITOYEN LE JOUR OÙ JE SUIS DEVENU INTERVENANT. Je suis intervenant. Depuis 16 ans. Des fois avec des jeunes adultes, des fois avec des adultes. Garçons, filles, hommes, femmes, 18 à 66 ans. Je côtoie l’itinérance, la santé mentale, la criminalité. Je jongle avec le système de la santé, des services sociaux, les prisons, la rue, les Dtox, les maisons d’hébergement, les familles. Je vois la violence conjugale, la drogue, la souffrance, la déchéance, la pharmacopée, l’isolement, les brisures de fonctionnement. Techniquement, j’aide des gens à se défaire de leurs patterns en déployant une panoplie d’approches, de stratégies et de moyens d’intervention. Je conçois des plans d’intervention, j’écris des faits d’observation, je rédige des bilans de rencontres, je crée des outils cliniques et ce, dans le seul et unique but d’espérer que mon client/e adhère aux efforts que j’investis pour lui et par le fait même, s’en sorte. Techniquement, j’établis un filet de sécurité afin de maximiser ses chances de réhabilitation, maximiser l’utilisation des ressources proposées, maximiser l’augmentation de l’estime de soi, maximiser les moyens dans “son coffre à outils” et ce, dans le seul et unique but qu’il s’autonomise à court-moyenlong terme. Réalistement, je suis spectateur de la douleur, de l’impuissance, de la colère, de la désorganisation. Je suis la balance des choix commis par mon client/e mais je ne peux jamais en comprendre la réelle pesée. Je suis l’outil instrumentalisé afin de rendre l’espoir possible. Mais je suis surtout le seul à croire aux mille et une tentatives d’un Être brisé, violenté, vulnérable, désespéré, perdu. Je vois la poudre dans ses narines, ses jointures ensanglantées, son corps sali, ses yeux vident et son coeur meurtri. Je vois les larmes lorsqu’il se retrouve sans un sous le 1er du mois à midi, je vois la peur lorsqu’il attend son enfant pour la fin de semaine, je vois l’infériorité lorsqu’il se rend à son injection mensuel, mais surtout, je vois la tristesse dans son besoin de m’avoir à ses côtés.

J’accepte que la misère existe, j’accepte que la dimension intergénérationnelle maintienne la vulnérabilité, j’accepte que le système soit conçu pour les adaptés. Je m’avoue vaincu quand je constate que mes choix ne sont pas les siens, quand mes motivations ne sont pas les siennes, quand ma vision n’est pas la bonne. J’accepte aussi qu’il y a des gens qui ne s’en sortiront jamais, qu’il existe des blessures si profondes que mêmes les abysses n’y accèdent pas et surtout, j’accepte que la vie fasse ce qu’elle a à faire. Je m’avoue vaincu quand je constate que je ne peux trouver de solutions, quand j’ai épuisé mon bagage de connaissances, quand je me sens en envahi par des émotions qui ne sont pas les miennes. Parfois, je me demande jusqu’où un Être humain peut continuer à souffrir. Comment peut-il faire pour encaisser tant d’échecs et ce, en pataugeant dans la grande misère? Parfois, je me demande d’où vient cette force, cette résilience, ce courage lui permettant d’avancer, tête baissée, dans une vie sans mode d’emploi. Comment peut-il caresser, ou prier, l’espoir d’un avenir ponctué de réussites, ou tout au plus, de meilleurs? Je vois la tristesse dans son besoin de m’avoir à ses côtés. Mais au travers cette tristesse, je vois aussi l’espoir dans ses yeux. Je comprends qu’avec moi, il jongle moins au travers le cirque de sa vie. Je comprends qu’avec moi, son mois sans un sou se passera sans être saoûl. Je comprends aussi qu’avec moi, sa fin de semaine avec son enfant est effrayante mais sans violence, lorsqu’il entendra mes paroles avant de lever la main. Je comprends qu’avec moi, il va moins pleurer les jours suivants son injection mensuelle. Je comprends que le lien de confiance est à la base de toute relation saine et aidante. Être intervenant, c’est d’accepter le pouvoir du lien de confiance. Être intervenant, c’est d’accepter d’être en confiance. Être intervenant, c’est d’accepter d’être. Je suis intervenant. Pierre Ouellet Intervenant psychosocial TES praticien, membre de l’ANQ Suivre sur FaceBook @lintervenant

Je l’avoue, des fois je pleure. Des fois je bois. Des fois je crie. Des fois je pousse de la fonte et des fois je cours plusieurs kilomètres. Ce n’est jamais assez. Parfois je fléchis les genoux, je m’enrage contre le système, j’écoute du Rise against ou du Bullet for my valentine, je suis maussade, je m’endors à 5h Am. Mais la plupart des fois, j’accepte.

À votre service depuis 1924 819.778.2122 | info@duprogres.ca 22

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ET NOUS LES HOMMES ? Il m’est déjà arrivé qu’une femme me mette mal à l’aise. Un malaise comme un homme au tempérament agressant, tripoteux et libidineux m’aurait provoqué. Mais on banalise. C’est une femme t’sais, c’est pas agressant une femme! Ridicule. J’en parlais avec mon chum la semaine passée. Il lui arrive de se faire siffler et de se faire faire des commentaires par des femmes quand il court. Je le sais, il m’arrive de courir avec lui (un peu plus loin derrière ) et je les ai vues, les petites mères de quartier. Sont assez drôles! Sont drôles... « Mais oui mais Pierre! Tu cours en chest!!! ». Et là BANG! La gifle morale toi chose! Il court en chest... tout comme je marche en collants de Rachel dans la rue. Que je me fais siffler. Ah merde! J’ai réfléchi comme une marde! C’est de sa faute t’sais, y a une belle shape pis il la montre. C’est un homme. Un homme doit forcément trouver cela flatteur non? Un homme ça aime ça non? Un homme c’est pas supposé se trouver chanceux de se faire pogner le lunch par une adjointe du bureau un peu trop rincée à l’amaretto au party de Noël? Ben quoi? C’est pas une agression, c’est une femme! C’est une invitation! Voilà! Il a gagné à la loterie de la baise au bureau. On lui donne une claque en lui disant « Ouan tu pognes le gros! ». Props man!

Bref, les comportements déplacés des femmes sont banalisés. Et il y en a. Il y en a pas mal plus qu’on ne le pense. Mais on excuse. On justifie. On ne normalise pas. C’est un cas isolé. Un incident malheureux. Un débordement. Un manque de discernement momentané. On est clément. Ce sont des femmes. Elles ont l’immunité. Une femme, ça n’harcèle pas sexuellement. Ça cruise. Une femme, ça n’agresse pas. C’est saoule! Attention! Je ne dis pas qu’il y a autant de femmes que d’hommes qui s’adonnent à l’aggression. Je n’ai aucune idée des chiffres et, dans ma démarche du moment, honnêtement je m’en fous. Mon propos est que les comportements agressants ne sont pas genrés. Ils sont tout simplement inacceptables. Peu importe qui tu es. Une femme agresse ta blonde dans un bar, tu l’enlèves de sur elle. Un homme agresse ta blonde dans un bar, tu lui pètes la gueule et t’appelles la police. Je n’incite pas à la violence. Je généralise les réactions. Je mets en lumière la polarité. Excellent texte ce matin de Geneviève Pettersen. Geneviève qui s’est fait agressée sexuellement dans un bar la semaine dernière. Par une femme... https://www.journaldemontreal.com/2019/10/12/une-femmema-agressee-sexuellement-dans-un-bar

Ridicule. Et si c’était un homme qui l’avait invité de cette même manière l’adjointe-amaretto-rincée-un-peu-trop? Et si...

Tout comme la stratégie cérébrale, l’intuition elle aussi a un plan, une stratégie bien à elle. Par contre, contrairement à la planification stratégique issue purement de calculs, d’évaluations et de raisonnements face aux données concrètes, sa source d’informations gît dans une dimension hors de portée de l’intellect où celles-ci ne sont accessibles qu’au moment précis où elles sont nécessaires aux prises de décisions, au moment même où le plan naturel se dévoile. Un mode de fonctionement qui demande énormément de confiance, non en soi-même mais en çà, et qui surtout, demeure totalement immunisé contre toutes contamination mentale nourrie par la peur et le jugement humain trop souvent mené par l’ego.

Programmation complète au

gatineau.ca/calendrier

Aimé Sansoucis

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À tous les derniers jeudis du mois, nous avons la chance d’occuper un kiosque au Village Cartier, maintenant la propriété de Brigil ! Un camelot y sera accompagné de notre intervenante pour y vendre, en primeur, la toute nouvelle édition ! Nous remercions toute l’équipe du Village Cartier de nous offrir cette belle et enrichissante opportunité.

425 Boulevard Saint-Joseph, Gatineau Le 26 mars 2020 avec l’édition d’avril De 11h à 15h

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