Racing, une décennie Or Norme !

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RACING UNE DÉCENNIE


EXCLUSIVITÉ

STRASBOURG HOMME DE FER


LISSAC STRASBOURG 1 Place de l’Homme de Fer 67000 Strasbourg tél : 03 88 15 55 00 www.lissac-strasbourg.fr


OR NOR M E – ÉDI TO

ÉDITO Par Patrick Adler, directeur de publication

« Tout ce que je sais de plus sûr à propos de la moralité et des obligations des hommes, c’est au football que je le dois. »

us, m a C 60) t Alber in (1913 - 19 écriva

e football comme école de la vie... à coup sûr, cette image largement véhiculée et maintes fois reprise, si justement écrite par Camus, a pu prendre un coup de vieux les dernières années.

L

Que penser en effet d’un sport qui, à son plus haut niveau professionnel, nous montre parfois des exemples affligeants de manque de respect pour autrui, d’indécence dans les comportements, et de mépris pour ceux-là mêmes qui aiment le foot plus que tout. Alors ? Le football, école de la vie ou reflet de la société ? Sans doute un beau sujet de philosophie auquel on ne répondra pas dans cet édito... ni dans ce magazine collector qui vient justement nous raconter une très belle histoire : celle d’un club mort, en grande partie pour avoir cédé à quelques maux décrits ci-avant, et qui renaît de ses cendres pour porter haut, très haut, des valeurs qui vont contribuer à le reconstruire : l’amitié, le respect, l’engagement, l’exigence, l’ancrage dans son territoire, et, comme une sublimation de l’esprit de compétition, la quête de l’excellence. 4

L’histoire de cette décennie Or Norme du Racing (on ne pouvait évidemment pas résister à ce titre), tous ceux qui l’ont vécue, de près ou de loin, ne pourront l’oublier. Chacun à son souvenir marquant de ces dix ans de reconquête, vers la place que ce club mérite, vers sa fierté, celle d’une ville et de toute une région. Ayant le double privilège d’écrire cet éditorial et d’avoir modestement participé de près à la reconstruction du club de nos cœurs, permettez-moi de vous livrer le mien : il dure depuis dix ans ! C’est le souvenir de dix ans d’émotions, dix ans de souffrances, dix ans de bonheurs, dix ans d’amitié partagée entre tous les actionnaires du Racing, dix ans de confiance en notre ami et président Marc Keller, dix ans de fierté à l’observer nous mener là où nous voulions tous aller. Dix ans enfin, à me rendre compte, que je ne suis pas le seul (ni même onze, mais bien des milliers !), à aimer le Racing bien plus que le football. Ce magazine est dédié à cette « Génération Racing » qui, à chaque match au stade de la Meinau, chante son amour, et pour toujours, au Racing Club de Strasbourg. RACING — Une décennie Or Norme


Elever le niveau

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RACING SOMMAIRE

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GRAND ENTRETIEN Marc Keller

« L’émotion, je la ressens à tout moment, et pas forcément qu’au stade. Je la ressens quand les gens me disent à quel point le Racing les rend heureux… »

PORTFOLIO 72-85

Patrick Strajnic 164-167 Éternel Racing La BD de la décennie

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16 Le roman de la décennie Incroyable Racing ! 42 Le joueur de la décennie Dimitri Liénard 50 Une saison en Or Ce fabuleux Racing 2021-22 86 Racing Mutest Académie L’horizon bleu 94 Les recruteurs La quête du chaînon manquant 102 Jean-Luc Delanoue Responsable du sponsoring 106 Alain Plet Le stade de demain (↑) 112 Actionnaires La Dream Team de Marc Keller 120 Planète Racing Supporters : tout un monde ! (↖) 130 Sabryna Keller Femmes de Foot 132 Président Specht Dans la continuité de Patrick Spielmann 136 Les disparus Le Racing ne les oublie pas 140 Politiques Témoignages 158 Passion Au stade de nos vies (↗) par Pascal Coquis Une décennie Or Norme


SPONSOR OFFICIEL

De génération en génération, la passion du Racing Club de Strasbourg Alsace se succède… Dès 1950, Pierre Schmidt (père) et sa femme accueillent les joueurs du Racing dans leur boutique Grand’Rue à Strasbourg, ici les joueurs René Hauss et Robert Jonquet.

Pierre Schmidt aux côtés de Marc Keller et leurs partenaires.

…et continue de s’écrire à chaque saison ! Retrouvez-nous dans vos magasins aux rayons Libre-Service, Frais-emballé et Coupe

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b UN E DÉ CEN NIE OR NORME DANS LE RÉTRO Benjamin Thomas

Nicolas Rosès

MARC KELLER « L’émotion, je la ressens à tout moment, et pas forcément qu’au stade. Je la ressens quand les gens me disent à quel point le Racing les rend heureux… » Le Président du Racing revient longuement sur les dix ans qui se sont écoulés depuis la reprise du club en 2012. Un long voyage qui raconte comment l’unité s’est faite autour du projet, comment le Racing a grandi, comment il pourrait grandir encore. Et toutes les émotions que l’aventure a charriées.

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Nous nous rencontrons ce 1 er juin, quelques jours après la conclusion d’une formidable saison du Racing Club de Strasbourg Alsace. Au moment d’aborder avec vous la thématique de cette décennie Or Norme, comme nous le titrons sur la couverture de ce magazine, je voudrais que vous réunissiez vos souvenirs d’il y a dix ans pour nous dire dans quel état d’esprit vous vous trouviez au moment où vous avez été contacté pour reprendre ce club qui a toujours été très cher à votre cœur. C’était en 2012…

Ce dont je me souviens c’est que le club avait déposé le bilan en 2011, l’année même où j’avais moi-même quitté Monaco. Avec ma famille, nous étions donc revenus vivre à Strasbourg. En ce qui me concerne, je travaillais pour Canal+ le week-end. En tant que consultant, je couvrais les matchs des championnats allemands et anglais. Comme beaucoup de gens, je savais que l’équipe de dirigeants avait quelques soucis pour assurer la saison 2011-2012 en cours. Je n’étais alors absolument pas dans une quelconque réflexion de reprise, je ne m’étais pas projeté dans quoi que ce soit concernant le Racing. Il y a eu un rendez-vous décisif quand Patrick Adler m’a informé qu’Alain Fontanel (alors adjoint des finances au sein de la Municipalité menée par Roland Ries – ndlr) souhaitait nous rencontrer. J’ai appris plus tard qu’Alain Fontanel avait contacté Patrick en sa qualité d’ancien président du conseil de surveillance et qu’il avait fait de même avec quelques personnalités car il était très inquiet sur l’avenir à court terme du Racing. Alain a été direct en me disant qu’il fallait absolument trouver une solution rapidement car le club était menacé de ne pas passer l’obstacle de la DNCG et allait tout droit vers un deuxième dépôt de bilan successif. 10

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« Si je dois y aller, je veux avoir la main, être celui qui va porter le projet. » Ce soir-là, après ce rendez-vous, c’était « tempête sous un crâne » quand vous êtes rentré chez vous ?

J’avais retenu que la situation du Racing était quelque part dramatique. Immédiatement après le rendez-vous, j’avais dit à Patrick que si on ne reprenait pas le club, il allait se retrouver en très, très grand péril. C’est ça que j’avais en tête en rentrant à la maison : soit on reprenait le Racing assez rapidement, soit il serait impossible de sécuriser la montée en CFA. Ma première intuition a été de comprendre qu’il fallait que toutes les collectivités locales soient parties prenantes dans ce projet. En même temps, j’ai dit à Patrick : « si je dois y aller, je veux avoir la main, être celui qui va porter le projet. »

Comment vous y êtes-vous pris ?

Lors de la première aventure et la reprise du club à IMG en 2003, Patrick et moi étions entourés de trois personnes, Egon Gindorf, Pierre Schmidt et Thierry Wendling. Egon est le premier que j’ai appelé, à Monaco où il vivait. Je lui ai parlé de la situation du club mais aussi du

rendez-vous que nous avions eu avec Alain Fontanel. Egon m’a demandé très vite ma position. Et il a ajouté : « Si tu y vas, j’y vais. Je serai avec toi comme je l’ai toujours été ». Le tout n’a pas pris trois minutes. Ce fut tout aussi rapide avec Pierrot Schmidt et Thierry Wendling. On a ensuite pu s’attaquer à compléter le tour de table. Du côté des collectivités, on avait l’appui à 100 % de Roland Ries et de son premier adjoint alors, Robert Herrmann. Je suis très vite allé rencontrer Philippe Richert qui présidait la Région Alsace. Ce fut un autre rendez-vous décisif. Philippe Richert a tout de suite compris l’importance du Racing aux yeux de tous les Alsaciens et qu’il fallait donc tout faire pour nous soutenir. Il a développé une vraie vision sur le sujet. Tout comme Roland Ries, Robert Herrmann et Alain Fontanel, ils ont été fidèles du début à la fin. Tous ceux, élus ou privés, que nous avons rencontrés pour évoquer les souvenirs d’il y a dix ans ont affirmé que vous aviez pris alors un seul engagement au niveau sportif : faire en sorte Une décennie Or Norme


que le Racing émarge de nouveau dans les rangs du football professionnel…

Quand nous avons travaillé à la reprise du club, je me suis dit, avec mes proches, qu’on était là pour quelque temps et nous avions bien conscience que le foot, aujourd’hui, demande des moyens considérables. Effectivement, il fallait ramener le Racing au niveau professionnel. De façon un peu intuitive, on s’était donné cinq ans pour y parvenir. C’est pourquoi, en même temps que nous nous assurions de pouvoir compter sur les collectivités, il fallait mettre sur pied cette réunion d’actionnaires indispensables au succès futur du club. On a réuni moins d’une quinzaine d’amis, en fait, et ce fut somme toute assez simple, car tout était basé sur la grande amitié et l’amour du Racing qui nous réunissait. Cette amitié n’a jamais failli depuis. Elle nous a portés jusqu’à aujourd’hui. On a le réel sentiment que ce pacte d’actionnaires et la belle mentalité des personnes concernées constituent l’un des éléments majeurs de la réussite. Une décennie Or Norme

amateur. Une fois ce constat posé, on a imaginé trois piliers sur lesquels je me suis toujours appuyé depuis, et qui sont la base sur laquelle nous avons construit. Le pilier le plus essentiel était de graver dans le marbre le fait que le club ne pouIl fallait une hiérarchie dans l’action- vait plus se permettre d’être chaque année nariat, ça c’est complètement légitime, en déséquilibre financier. Notre objectif mais la grande force, depuis dix ans, c’est premier était donc assez simple, en fait : qu’avec Egon, Pierrot, Patrick et Thierry, se débrouiller pour faire rentrer le plus nous avions tiré beaucoup de leçons de d’argent possible et dépenser en fonction notre première expérience. Elle nous a de nos recettes effectives. Et cet objectif soudés, à l’époque, et une amitié indélé- a été toujours été respecté depuis, hormis bile en est née. Tous ces ingrédients ont l’an passé, mais c’était l’année Covid et été essentiels dans ce que nous avons dû Mediapro (cette société espagnole, filiale mettre en place, d’autant qu’il a fallu aller d’un fonds d’investissement chinois, n’a très vite. En dehors de ce noyau, on a pris pu acquitter que la première échéance quelques actionnaires avec comme objec- des droits qu’elle avait remportés en tif de fédérer un maximum sur le terri- 2018. Sa faillite a plongé le football frantoire et de faire bénéficier le club de tous çais dans une très grave crise financière nos réseaux. À la base, nous avons tous été – ndlr). Le deuxième pilier a été de faire spontanément d’accord sur le constat de en sorte que le Racing bénéficie d’une départ : le Racing avait déposé le bilan et gouvernance stable et apaisée. Huit ou vivait une période de grande instabilité. neuf présidents venaient de se succéder Il y avait de gros problèmes d’infrastruc- depuis notre départ, ça ne pouvait plus tures. Le centre de formation était mort durer ainsi. Enfin, le troisième pilier, puisque nous étions devenus un club le plus important peut-être et qui a été Beaucoup se souviennent évidemment qu’au cours des décennies précédentes, tout n’a pas été rose dans la gouvernance du Racing. Au point, d’ailleurs, que le club avait déjà frôlé le précipice à plusieurs reprises…

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« Ce qu’il faut bien comprendre, c’est qu’il n’y avait plus rien autour de nous. Nous avons eu un mal de chien à récupérer quelques bureaux, il n’y avait plus un ordinateur, c’était le désert… » décliné depuis dans tous les secteurs du club, a été notre volonté de bâtir et faire progresser un club territorial. J’ai toujours pensé qu’il existe, aujourd’hui, des marques mondiales comme Manchester, le Real ou quelques autres, très suivies par les jeunes et les moins jeunes, mais qu’à côté, il y a de la place pour les clubs territoriaux. Pour moi, il y a dix ans, cette idée de Strasbourg, son Eurométropole et l’Alsace était une évidence absolue. Je voulais que tout l’écosystème alsacien s’aligne derrière le club. Dans un autre entretien, que nous avons réalisé avec Jean-Luc Delanoue, le directeur commercial d’alors, nous avons été frappés par le fait que vous avez, dès le départ, choisi des hommes tout à fait aptes à épouser très vite les valeurs du club…

Jean-Luc avait déjà travaillé avec nous lors de la première expérience et il possédait en effet ces valeurs de base. Il était évident qu’il fallait structurer le Racing dès le CFA, dans la perspective de rejoindre le monde professionnel dans les cinq ans. Nous avons commencé en faisant notamment venir Romain Giraud comme secrétaire général. Concernant la DNCG, nous avions réuni 1,5 million pour bénéficier de son feu vert et entériner la montée en CFA. D’ailleurs, je me souviens bien de cette réunion capitale : il nous manquait 250 000€ par rapport au budget que nous présentions. Cette somme correspondait à l’apport financier de deux de nos actionnaires, Sébastien Loeb et Ivan Hasek. Nous avions avec nous les preuves de leur virement mais, comme ils habitaient tous les

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deux à l’étranger, les fonds n’apparaissaient pas encore sur notre compte. J’ai donc dû signer un chèque personnel pour pouvoir combler cette absence de fonds… Depuis dix ans, on a su retrouver un gros capital confiance auprès des instances du football français, sur des bases très claires : on a toujours dit ce qu’on ferait et on a toujours fait ce qu’on a dit. Alors oui, dès le départ, on a en effet remis en marche une politique commerciale digne de ce nom. Ce qu’il faut bien comprendre, c’est qu’il n’y avait plus rien autour de nous. Nous avons eu un mal de chien à récupérer quelques bureaux, il n’y avait plus un ordinateur, c’était le désert. Pour illustrer ça, il y a une histoire que je voudrais vous raconter, celle de Dominique Fischer. Dominique avait été l’assistante de Freddy Zix au Centre de formation pendant vingt-cinq ans et elle avait perdu son job après le dépôt de bilan. Cette femme sensible est arrivée dans mon bureau et elle s’est mise à pleurer en racontant tout ce qui venait de se passer au Racing en quelques années. « Comment puis-je aider le club ? » m’at-elle demandé. Je lui ai répondu que je ne savais pas encore jusqu’où on irait, mais qu’elle pouvait collaborer en tant que bénévole. Ma promesse était que le Racing l’embaucherait dès son retour en National. Ce qui fut fait. Depuis, elle est mon assistante au sein du staff du Racing. Parlons des résultats sportifs maintenant. On ne va pas revenir sur cette fantastique épopée qui a vu le Racing remonter « du fond de la cave » pour échouer d’un rien aux portes de

l’Europe. Nous racontons tout cela en détail dans les pages qui suivent. Mais à d’autres moments, sincèrement, y’a-t-il un moment où vous avez eu peur de ne pas y arriver ?

Très sincèrement, jamais. Pas une seule fois !

Vraiment ?

Vraiment. J’ai toujours évité de regarder à quelques jours ou quelques semaines près. À six mois, disons, je savais qu’on pouvait se planter. À court terme, dans le football, on ne peut être sûr de rien. Mais à trois ou quatre ans, j’étais certain que la réussite ne pouvait que venir, à condition de travailler correctement… Notre force a toujours été dans la qualité de l’organisation que nous avons mise en place durant ces dix ans et la qualité des gens. Je suis resté un sportif dans l’âme : quand tu veux gagner un match, il faut très bien se préparer, analyser l’adversaire, mettre une organisation et une stratégie en place pour obtenir le résultat que tu veux. Dans le football, c’est la même chose…

Il y a quand même un élément qui, objectivement, a puissamment aidé, c’est ce merveilleux public strasbourgeois. Durant toutes les étapes de la remontée, la Meinau n’a cessé de battre le record national des affluences. Et, dès le retour au professionnalisme, il n’a pratiquement jamais cessé de faire le plein…

Oui, le public a toujours été là. Le mur bleu, bien sûr, mais le public au sens large du terme, également. Il nous a fourni une vraie énergie à tous, les joueurs, les Une décennie Or Norme


entraîneurs, les salariés et les dirigeants. l’avons joint immédiatement. La preuve Quand tu vis de grandes émotions au stade, que tout cela n’avait rien d’évident, c’est ça te donne de l’énergie, c’est certain. que Jacky n’a pas réussi ensuite à sauver l’équipe sur le terrain. Il fallait reconsIl y a eu un moment très personnel, truire avec un effectif venant du National… presque intime quand François, votre En tout cas, ce genre d’événement et de frère, a évoqué franchement devant vous situation montrent que quand tu es préce qu’il pressentait comme une néces- sident d’un club c’est que c’est ta responsité, quitter son poste d’entraîneur… sabilité. À la fin, tu es contraint de prendre François est venu me voir, un soir, et les décisions qui s’imposent. En tout cas, nous avons discuté. Il m’a longuement celle-ci fait partie de ma vie et de celle de expliqué que le moment était venu de tenter François. Mais quand tu as pris une déciquelque chose et, dans son esprit, c’était sion comme celle-là, après il n’y a plus de changer d’entraîneur. Personnellement, décision difficile. Bien sûr, je ne suis pas je n’en étais pas du tout convaincu parce obligé de prendre des décisions tous les que je pensais que l’équipe était structu- jours mais, quand c’est le cas, il y a tourellement en difficulté parce qu’on avait jours un élément, essentiel, qui détermine un effectif qui venait du CFA2 et qu’on ne ma position : essayer d’avoir une idée claire pouvait pas modifier car les contrats des sur ce qui est bon ou non pour le Racing. joueurs avaient été négociés dès la pre- C’est ma seule boussole. mière année et se prolongeaient à chaque intersaison. Donc, on savait tous qu’on était dans une saison de grande difficulté, avant de pouvoir un peu rebâtir l’équipe. Sincèrement, je pensais que changer d’entraîneur n’allait pas servir à grand-chose. Mais François, tellement honnête vis-àvis du club, pensait vraiment qu’il devait passer la main. Je l’ai plus suivi qu’autre chose, mais je n’avais pas cette conviction en moi. Ce fut un moment dur pour vous…

Oui, très dur. Dur pour lui, dur pour moi. Je l’ai plus fait pour aider mon frère qui ne voulait plus de ce poids. Mais, au fond de moi, je savais que ce n’était pas la solution, en tout cas à ce moment de la saison. Tout de suite, il a évoqué Jacky Duguépéroux pour lui succéder. Nous Une décennie Or Norme

On évoque là un point important. On vous présente volontiers comme quelqu’un d’hyper compétent, droit, toujours au top, qui prend les bonnes décisions. Certains de vos intimes évoquent aussi votre sensibilité. Sur ces dix dernières années, quels sont les moments où, vraiment vos tripes ont réagi, quels sont les moments, positifs ou négatifs, que vous retenez, émotionnellement ?

Il y a eu des pics émotionnels liés à tel ou tel match, bien sûr. Pour moi, à Épinal, ce match qui nous permet de monter en National a représenté un moment incroyable. Idem quand tu montes en Ligue 1, même chose quand tu remportes la Coupe de la Ligue. Et je ne parle pas de l’instant magique et hors du temps du coup franc de Dimitri Liénard dans la lucarne lyonnaise… Ce sont des flashes

« Oui, le public a toujours été là. Le mur bleu, bien sûr, mais le public au sens large du terme, également… » a RACI NG

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surpuissants, mais cela reste des instants. Pour moi, le plus grand plaisir est au quotidien. L’émotion, je la ressens à tout moment et pas forcément qu’au stade. Je la ressens quand les gens me disent à quel point le Racing les rend heureux : en dix ans, j’ai eu tellement de témoignages ! Cela peut être une grand-mère, un jeune, une famille quand les gens racontent ce qu’ils ont vécu avec le club. C’est incroyable ! Venons-en à cette dernière saison. Il y a un an, nous aurions évoqué le fait que le club venait d’arracher son maintien lors de la dernière journée et que Thierry Laurey allait quitter le club après cinq saisons plutôt brillantes. Dans quel état d’esprit étiez-vous alors. Quel était votre projet pour la suite de l’aventure ?

Je peux répondre d’une façon très simple car, pour moi, la situation était très claire. Thierry Laurey venait de réaliser cinq saisons formidables, en nous faisant monter en Ligue 1, en nous faisant nous maintenir chaque saison. Une victoire en Coupe de la Ligue a couronné

son parcours. Il faut rappeler que Thierry a battu, et largement, le record de longévité d’un entraîneur du Racing ! Effectivement, la dernière saison a été la plus difficile. Cela est dû pour beaucoup à la crise sanitaire que nous avons traversée. Le stade était vide, comme tous les autres en France. Et un Racing, sans son public, sans ses supporters et sans la vie intense de la Meinau, c’est un Racing sans saveur. Pour expliquer également cette saison moyenne, il y a eu aussi ces blessés importants comme Matz Sels et Lebo Mothiba toute la saison, Momo Simakan durant de longs mois. Et puis, on arrivait tout doucement à la fin d’un cycle, je le sentais bien. J’ajouterai aussi que cette année a vraiment été une saison maudite puisque Egon et Patrick nous ont quittés. Alors, si nous nous étions rencontrés il y a un an, au même instant, je vous aurais dit qu’il fallait tenter de réinitier un nouveau cycle après ces cinq années de très bon travail de notre entraîneur. Cette décision, il m’a fallu la maturer petit à petit, elle ne pouvait

se prendre en un instant. On était tellement concentrés sur les résultats, journée après journée, on était tellement à la limite. J’ai toujours eu la conviction qu’on finirait par s’en sortir, qu’il fallait garder Thierry jusqu’au bout, de façon à rester unis pour boucler cette saison au mieux, dans un contexte où rien n’allait. On y est parvenus. On a immédiatement rencontré trois entraîneurs potentiels et la décision de recruter Julien Stéphan s’est imposée de façon très logique. Il est jeune, il a des idées et il avait besoin de retrouver un club où il se sentirait bien après sa fin un peu douloureuse à Rennes. On a essayé de le mettre dans les meilleures conditions qui soient. Il est arrivé avec un staff et il travaille main dans la main avec Loïc Désiré qui est un homme très important dans le secteur du recrutement. Le groupe de joueurs a pas mal été remodelé au niveau défensif car il fallait redonner du peps dans ce secteur. Je pensais qu’on pourrait terminer entre la 9e et la 12e place. Finalement, on a fait beaucoup mieux.


« Ce qui fait plaisir à voir, c’est une bonne dynamique et un vestiaire uni qui fabrique du bon football. »

L’arrivée de Kevin Gameiro n’était apparemment pas prévue…

C’est vrai. On s’était rencontrés par hasard aux Internationaux de Strasbourg de tennis et j’avais cru comprendre qu’il y avait moyen de discuter avec lui. Kader Mangane et Loïc Désiré ont entamé des discussions avec ses agents. Il a fallu un mois pour que Kevin mûrisse sa décision et pour que nous consentions cet effort qui n’était pas prévu, non plus. On s’était dit que c’était une bonne idée et, concrètement, ce fut une très, très bonne idée. Sur le terrain d’abord – on savait que c’était un excellent joueur même s’il avait un certain âge – mais aussi en termes de mentalité et d’expérience. Il s’est comporté de façon vraiment remarquable et exemplaire. On va tenter de vous faire renfiler le short et le maillot du footeux que vous avez été. Ce beau jeu dont le Racing nous a gratifié cette saison, comment l’ex-joueur de haut niveau l’a-t-il apprécié ?

Lors de nos discussions, j’avais dit à Julien Stéphan que l’objectif n’était pas réellement le classement mais que je souhaitais avant tout une équipe dynamique, qui donne beaucoup de plaisir à son public, Une décennie Or Norme

une équipe qui ne lâche rien, qui joue avec ses moyens, mais qui soit fière et qui rende fière sa région. L’objectif a été atteint, je ne me souviens pas d’une saison où notre plaisir à tous a été aussi grand. Julien a fait un travail remarquable, il s’est bien intégré, son staff aussi… La vraie réussite de cette année, elle est là. Et le classement n’est qu’une indication, rien de plus. On a fini sixième, mais on aurait fini neuvième, j’aurais dit exactement la même chose. Pour moi, ça n’aurait rien changé. Ce qui fait plaisir à voir, c’est une bonne dynamique et un vestiaire uni qui fabrique du bon football.

s’appuyer sur la famille Pinault, ou Nice, qui profite de l’investissement d’Inéos. Et donc, pour moi, une bonne saison, pour le Racing, est une saison où il réussit à terminer entre la 8e et la 12e place. Il peut arriver, comme en 2021-2022, que quelques gros connaissent une période difficile et que nous soyons très performants. Mais ce n’est pas la norme, je le répète. Nous sommes, aujourd’hui, arrivés à la limite de nos moyens en termes de recettes. Notre stade est plein, nous sommes archipleins sur le plan réceptif. Augmenter le prix des places ? Cela n’entre pas en ligne de compte, c’est notre choix, notre philosophie de club populaire, ancré Enfin, pour finir, quelles sont aujourd’hui dans son territoire. les perspectives du Racing ? Peut-il se Nous pourrons, lorsque la nouvelle maintenir au niveau atteint cette saison Meinau sera terminée, compter sur un et si oui comment ? Et comment vous apport de recettes d’une quinzaine de milsituez-vous dans ce contexte ? lions d’euros bruts. Mais ça ne gommera Pour plagier un peu le titre de cette pas la différence avec les gros. publication, le Racing a réussi une saison Si, un jour, on veut annoncer une hors norme. J’ai toujours dit qu’un club ambition plus haute, dans le Top 7, il comme le nôtre était calibré pour lutter faudra prendre des risques que l’actionnadans le haut de la deuxième partie du clas- riat actuel ne pourra pas supporter. Cela sement. C’est simple, il y a les très gros veut dire simplement qu’un tel projet ne budgets, Paris, Marseille, Monaco, Lyon. peut s’envisager qu’avec un accompagneOn peut aujourd’hui rajouter des clubs ment capitalistique de nature à permettre comme Lille mais aussi Rennes, qui peut cette ambition. b a RACI NG

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a R ACI NG – D É CEN N IE INCROYA BL E Thierry Hubac Cédric Joubert – Franck Kobi – Vincent Muller – Nicolas Rosès – DR

RACING CLUB DE STRASBOURG ALSACE LE ROMAN DE LA DÉCENNIE C’est un roman où tout est… vrai, de la première à la dernière ligne. Si nous parlons néanmoins de roman, c’est parce que l’aventure exceptionnelle vécue par le Racing Club de Strasbourg Alsace durant cette décennie incroyable tutoie ce romanesque absolu qui nous fait tant vibrer quand nous tournons les pages d’un livre. Ces pages-là resteront de toute éternité tant elles déroulent un long et incroyable scénario. Pour l’écrire, il nous fallait un homme « de l’intérieur ». Thierry Hubac, qui a longtemps travaillé auprès de Marc Keller à Monaco comme au Racing, a tout vécu de ces fantastiques moments. Il les raconte ici avec talent et enthousiasme… Ci-contre : Un stade incandescent et la fureur de Kenny Lala face au monégasque Ballo Tourré lors de la saison 2019-2020.

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Nelson a débranché ses amplis, rangé ses platines et foncé au Molodoï, pour scratcher à l’abri des orages. Ciel noir, alerte orange, peur bleue : la Fête de la Musique 2012 n’aura pas lieu en plein air. Aux quatre coins de la ville, on démonte à la hâte les structures déjà battues par le vent, le déluge approche, comme si tous les nuages du monde, lourds de colère, s’étaient donné rendez-vous au-dessus de Strasbourg. Comme si l’été n’en finissait pas de se faire désirer, dans une métropole qui attend désespérément une autre éclaircie, celle qui redonnera vie et lumière à son club de football. Depuis un an et le dépôt de bilan, triste épilogue d’un lustre fait d’intrigues, de trahisons et d’épisodes consternants, le Racing se débat en championnat de CFA2, soit la 5e division nationale. Sur le terrain, l’équipe a conquis la montée avec les moyens du bord. « J’avais passé l’intersaison précédente au téléphone pour trouver des joueurs, se souvient l’entraîneur François Keller. 59 heures d’appels sortants ! On avait même dû faire reporter le premier match, car nous n’étions pas assez nombreux ». Le Racing est promu, mais il risque de ne jamais connaître de lendemains. Car en coulisses l’heure est grave et l’horizon s’assombrit : en proie à mille tourments, miné par de récurrents problèmes financiers, le club, déshumanisé, est encore au bord du gouffre. À nouveau menacé de disparaître du paysage du football français, cette fois à jamais. « Il fallait sauver le soldat Racing. Il était inconcevable de laisser mourir ce club emblématique, véritable étendard de notre ville et élément fédérateur de toute une région », explique Alain Fontanel (retrouvez son témoignage complet page 140). Les jours sont comptés, les nuits sont courtes : « Je n’en dormais pratiquement plus ». Missionné par le maire Roland Ries pour trouver un repreneur, l’adjoint aux Finances se démène depuis des mois. Il multiplie les rencontres, s’entretient avec un prince afghan, échange avec un milliardaire belge, déjeune avec Arsène Wenger, approche d’autres personnalités locales, s’enthousiasme à la moindre lueur d’espoir, déchante souvent. C’est l’impasse. Une fusion avec le FC Mulhouse est même envisagée. « Et puis un jour, j’ai reçu Patrick Adler, ancien sponsor puis administrateur du club. Au détour de la conversation, il m’a dit qu’il ne voyait qu’une seule personne capable de résoudre la situation. Il m’a glissé le nom de Marc Keller et ce fut comme une

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évidence ». Échaudé par sa dernière expérience de manager général au club, parti blessé et frustré en 2006, l’ancien attaquant international (167 matchs sous le maillot du Racing, six sélections), diplômé d’études supérieures, avait pourtant juré qu’on ne l’y reprendrait plus. Mais « Marco » a Strasbourg dans le cœur et le Racing dans le sang. Et Patrick Adler le connaît bien : « Comme tous les Alsaciens, il était profondément peiné par ce qui se passait. Et je savais que s’il avait l’assurance d’avoir la main pour travailler avec des gens de confiance, s’il obtenait la garantie que les collectivités locales le suivraient, il reviendrait ». Rendez-vous est pris dans le bureau de Fontanel, en toute discrétion. « Marc m’a dit qu’il y allait juste pour écouter, sourit son épouse Sabryna. Mais je savais qu’il irait plus loin. Et si par hasard il avait hésité, je l’aurais moi-même poussé à le faire. C’était un risque, mais c’était son devoir, notre devoir. Même si nous savions que notre vie tout entière allait changer ». Au fil de la discussion, l’harmonie s’établit entre les deux hommes : « Il y avait une confiance réciproque et une même volonté, une sorte de communauté de destins, raconte l’élu. Pour ce qu’il incarne, pour son parcours de joueur et de dirigeant, son amour pour le Racing et son attachement au territoire, je me suis dit que c’était une chance inouïe que Marc Keller puisse être intéressé par la reprise du club qu’il connaît si bien. C’est un personnage incarnant, avec beaucoup de charisme et d’expérience. Un homme d’équilibre, d’éthique et de consensus, honnête et rigoureux, humble et travailleur ». L’homme de la situation. Qui force le respect et inspire la confiance. Dans un club qui allait bientôt faire de la patience son apanage, tout va alors aller très vite : « Finalement, je n’ai pas trop réfléchi, reconnaît Keller. Car au fond de moi, je n’imaginais pas un seul instant laisser tomber le Racing. Je l’ai fait parce que c’était ma responsabilité morale. Il n’était pas envisageable de voir mourir le club de toute une région, avec un tel passé, une telle histoire. Quand tu as peur de perdre ton enfant, tu fais tout pour le sauver. C’était un peu la même chose, car ce club est dans mon ADN ».

LES PLANÈTES S’ALIGNENT… C’est gagné : Keller sort du rendez-vous et dégaine son inséparable portable. Il appelle l’ancien Président Egon Gindorf,

La cigogne bleue de l’artiste Stork près du stade de la Meinau. Un nouveau Racing est né il y a dix ans.

son mentor et ami : « Je lui ai dit que j’avais envie d’y aller, mais pas seul. Il m’a répondu sans hésiter : Marc, je te suis ! » En quelques jours, il réussit ainsi à fédérer autour de son nom un pool d’une dizaine d’investisseurs alsaciens amoureux du Racing, dont il prend la tête. On y retrouve Egon Gindorf et Patrick Adler, ses vieux compagnons de route, mais aussi le pilote automobile Sébastien Loeb, des acteurs économiques locaux (Thierry Hermann, Paul Adam, Thierry Wendling, Pierre-Emmanuel Weil), Pierre Schmidt, patron du groupe éponyme géant de l’industrie agroalimentaire (« Si ça avait été quelqu’un d’autre que Marc Keller, je n’y serais pas retourné »), Christophe Rempp, alors recruteur pour le VfB Stuttgart, qui met tout son bas de laine dans l’aventure, conquis par le projet et celui qui le mène Une décennie Or Norme


(« Avant même de dire oui à Marc, je n’ai pas su lui dire non »), ou encore l’ancien footballeur et entraîneur Ivan Hašek, dont le toucher de balle a longtemps enchanté la Meinau (« J’ai tout de suite accepté, car j’ai toujours gardé un lien fort avec le Racing et parce que Marc représentait une garantie absolue de réussite »).

de l’association. Je lancerai dès demain une augmentation de capital afin de réunir les fonds nécessaires en vue de répondre aux exigences de la DNCG en matière de fonds propres et de garanties financières pour la saison à venir. Le groupe d’investisseurs qui m’entoure est déterminé à permettre au club de jouer en CFA la saison prochaine. Je tiens à remercier l’ensemble Les réunions se succèdent, une à une des collectivités et des différents parteles planètes s’alignent et dans la soirée naires du club qui ont contribué à la finalidu 21 juin, le communiqué officiel par- sation de cet accord ». Signé : Marc Keller. vient aux rédactions : « Je viens de signer DJ Nelson peut lancer le sound : c’est l’été un accord avec M. Frédéric Sitterlé, por- sur Strasbourg, le soleil est enfin de retour. tant à la fois sur la SAS RCSA et sur la marque RCS. Il prévoit le rachat pour un Et voilà qu’à l’aube de la saison nouvelle euro à la fois de la SAS RCSA et de la fleurissent les premiers bourgeons : les marque Racing Club de Strasbourg. Avec fonds sont réunis, le déficit est comblé cet accord, le club pourra garder son nom et la DNCG donne sa bénédiction. Le historique et la marque sera la propriété Racing va bien évoluer en CFA. Et revivre. Une décennie Or Norme

Objectif : « Changer de logiciel, repartir d’une feuille blanche et bâtir un club différent, explique Keller. Comment le faire renaître, le faire grandir et le pérenniser au plus haut niveau ? En s’appuyant sur trois piliers : une gouvernance stable, des finances saines et un fort ancrage territorial. La base de notre projet, c’est de réussir avec l’ensemble de notre écosystème ». L’effet Keller y contribue : tous s’unissent en une merveilleuse alchimie, politiques, actionnaires, instances, sponsors, partenaires, supporters. Ces derniers, qui un an plus tôt étaient venus armés de seaux, de chiffons et d’une foi indestructible nettoyer les sièges de la Meinau comme pour purifier leur stade des vieux démons et solder le passé, sont à nouveau nombreux pour le premier match de l’An I, à la maison face à Raon l’Étape. a RACI NG

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La crainte d’avoir imaginé le club rayé de la carte va être le ciment d’une extraordinaire résilience. « On a pris conscience de la valeur du Racing au moment où on était sur le point de le perdre. Cela a décuplé notre volonté de le sauver et chacun s’est senti concerné par sa reconstruction », indique un jeune supporter. « En Alsace, le Racing est un phare. Et au bord du précipice, tout le monde a fait ce qu’il fallait pour que ce phare continue de briller, confirment en chœur Philippe Wolff et Grégory Walter, respectivement Président et Vice-président de la Fédération des Supporters. Marc Keller nous a laissé notre chance et nous, nous avons beaucoup bossé pour gagner en crédibilité. Les associations ont travaillé main dans la main et le club nous a permis de trouver notre place, dans un respect mutuel qui a permis la concertation et la coopération ». Ainsi, à l’occasion du déplacement chez le voisin mulhousien en novembre 2012, le Racing et ses fans imaginent ensemble une opération inédite : le « Train Bleu ». Un convoi spécialement affrété au départ de la gare Krimmeri-Meinau, pour achemi-

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« La crainte d’avoir imaginé le club rayé de la carte va être le ciment d’une extraordinaire résilience. »

La joie des joueurs du Racing lors du match homérique pour la montée en National face à Raon l’Étape (Champion de France de CFA - Groupe B), saison 2012-2013. Page de droite: François Keller, objectif atteint !

ner près d’un millier de fans. Évidemment, Marc Keller est du voyage. « Il est passé dans chaque wagon pour saluer tout le monde, dire un mot gentil et poser pour des photos. C’était une atmosphère joyeuse et conviviale, le foot comme on l’aime », se remémore Romain Giraud, alors Secrétaire général. On coiffe « le Prez » du bonnet à pompon confectionné par les Ultras, on lui offre des bières, qu’il refuse poliment. Mais à l’arrivée, sous une pluie cinglante, c’est lui qui prend la tête du cortège en route vers le stade de l’Ill, donnant à ce derby de CFA des allures de Bundesliga. « On a arraché le nul, on a fini trempés, mais on avait marqué les esprits », résume Greg Walter dont la passion sans bornes l’amènera, seul puis avec sa femme et leurs deux jeunes enfants, à parcourir l’équivalent de neuf fois le tour de la terre pour suivre son club de cœur. En attendant, c’est à Yzeure, au fin fond de l’Allier, que Strasbourg joue déjà gros, en ce 13 avril 2013. Trois jours plus tôt, en match en retard et par un froid de canard, il s’est fait étriller par Moulins à domicile (0-4). François Keller, convoqué le lenUne décennie Or Norme


demain matin pour son examen de fin de première année de DEPF (qu’il réussira), n’en a pas dormi de la nuit : « Je l’ai passée assis sur mon lit, en sueur, à me demander comment tout cela allait tourner. On devait rejouer dans la foulée, l’infirmerie était pleine et on avait pris un sacré coup au moral… » Ça ne va pas fort, ni dans les jambes ni dans la tête… « En plein milieu du trajet, on s’est même rendu compte que deux joueurs avaient oublié leur sac sur le parking de la Meinau, confesse le Team Manager Guy Feigenbrugel, au club depuis 1998. J’ai dû appeler le concierge pour qu’il les récupère et les confie aux supporters qui devaient faire le déplacement. Ils nous les ont apportés le lendemain ! Quand j’y repense, on était vraiment dans le dur… » Pourtant, dans le coquet stade de Bellevue, coincé entre le Foyer de la Baigneuse et l’Auberge des Tuyaux d’poil, le Racing va se surpasser et remporter une courte (1-0), mais déterminante victoire. Celle de la résurrection, grâce à un but de la tête du jeune Robin Binder, 18 ans, Alsacien pur fruit made in Sessenheim. Aujourd’hui commercial pour une entreprise d’arrosage automatique, le Une décennie Or Norme

héros du jour revit avec tendresse de son heure de gloire : « Après le match, j’ai reçu au moins une vingtaine de SMS. Tous mes copains de l’équipe B, avec laquelle je jouais habituellement, m’avaient envoyé un message pour me féliciter. Sur le coup, j’étais juste content d’avoir permis de prendre les points, mais aujourd’hui, des années plus tard, je mesure l’importance de ce but et je suis fier d’avoir posé ma modeste pierre à l’édifice ». C’est le tournant de la saison, un acte fondateur. « Pour la première fois depuis longtemps, la pièce retombait du bon côté », image François Keller. Sa formation enchaîne une spectaculaire série de succès. Le coach ne quitte plus sa doudoune fétiche et le quart de virage de la Meinau, en ces temps mémorables où joueurs et supporters rentraient parfois chez eux dans le même tram et déployaient une banderole dont le message, « Vous n’êtes pas onze, mais des milliers », deviendra un slogan indissociable du club. « Après Moulins, on ne donnait pas cher de notre peau, rappelle l’attaquant David Ledy. Mais on a joué chaque match comme si c’était le dernier, en y

laissant nos tripes et sans jamais baisser les bras ». Il manque une victoire pour monter. Lors de la dernière journée à Raon l’Étape, concurrent direct, pour qui un nul suffit. Une véritable finale, une de plus. L’engouement des supporters est tel que la rencontre s’avère impossible à envisager dans le petit stade Paul-Gasser, pour d’évidentes raisons de sécurité publique. Raon se pose en victime, le Racing bétonne son dossier. Et obtient légitimement gain de cause. Au terme d’un feuilleton à rebondissements qui reporte d’une semaine la tenue du match, le verdict tombe : il se jouera à Épinal. Le reste appartient à la légende : devant des milliers de fans qui exultent déjà, Strasbourg, tout de rouge vêtu, mène 3 à 0 à une minute de la fin, par une chaleur accablante. « C’est la seule fois de ma vie où je me suis dit que c’était plié. Je peux t’assurer que ça n’arrivera plus jamais », avoue François Keller. Car Raon marque deux fois en l’espace de quelques secondes. Et le temps additionnel semble durer une éternité. « On avait la pression, c’était panique à bord ! » : Ledy, auteur du a RACI NG

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« Quand on regarde le chemin parcouru ces dix dernières années, on a l’impression que tout est allé vite et que tout a été simple, mais quand on est dedans, c’est différent. »

troisième but, en frémit encore aujourd’hui. C’est terminé : 3-2, la foule est en liesse, le Racing monte en National, après n’avoir été leader du championnat que lors des 48 dernières minutes de la saison. « Tout est bien qui finit bien », titreront le lendemain les Dernières Nouvelles d’Alsace. « Oui, mais quelle terrible souffrance, souffle le coach. Comme si c’était écrit, comme s’il fallait qu’on arrive toujours au bord du précipice pour avoir le droit au bonheur. Cette saison-là, finalement, c’était un condensé de notre histoire ». De la sueur, du courage et des larmes, de joie comme de peine, pour un dénouement déjà « so Racing ». Et une consécration pour cette joyeuse bande de copains dont David Ledy, seul titulaire à être resté fidèle après le dépôt de bilan, est le sym- Marc Keller bole : « Je ne suis peut-être pas le Dieu du football (le Fussballgott), comme me surnommaient affectueusement les supporters, mais j’ai connu les pires heures du

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club et j’ai tout donné pour l’aider à s’en sortir. Toujours se battre et savoir se relever : c’est ça, l’esprit Racing ».

TROIS ANS EN ENFER… C’est long, trois ans. Et c’est dur, le National. « Quand on regarde le chemin parcouru ces dix dernières années, on a l’impression que tout est allé vite et que tout a été simple, mais quand on est dedans, c’est différent », insiste aujourd’hui Marc Keller. Le Racing avance, un pas après l’autre, comme on réapprend à marcher, avec ses petits doutes et ses grandes conquêtes, le nez au vent, les pieds sur terre et les mains dans le cambouis. « Non, ça n’a pas été un long fleuve tranquille comme on pourrait l’imaginer, poursuit le Président. On n’arrive jamais quelque part de manière linéaire. C’est beaucoup de travail et de responsabilités, ne jamais se reposer sur

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ses lauriers. C’est une éternelle remise en question, une exigence et une pression de chaque instant ». Avec, inévitablement, des moments pénibles à affronter. Comme ce jour de mars 2014, où le Président Marc doit se résoudre à limoger l’entraîneur François, son jeune frère, lâché par une partie du vestiaire après une série de sept défaites. Sabryna Keller n’a pas oublié : « J’ai vu Marc pleurer ce soir-là. C’était une décision très difficile à prendre, mais il l’a prise, parce qu’ici, l’institution est plus forte que les hommes ». François Keller, formateur dans l’âme, prend les commandes de ce qui est devenue la Racing Mutest Académie, pilier du projet de développement global du club et véritable école de la vie, d’où sont issus les Dacourt, Schneiderlin, Grimm, Simakan, Gameiro, Caci et où œuvrent au quotidien plusieurs anciens joueurs (Djetou, Lacour, Nogueira…), garants d’une certaine philosophie. Jacky Duguépéroux, qui a tout connu et presque tout gagné en bleu et blanc, prend alors la succession, avec pour objectif le maintien. Mais malgré tous ses efforts, le « vieux lion » n’y parvient pas : Strasbourg, relégué sportivement, ne doit son salut qu’aux déboires de Carquefou et Luzenac et au terme d’un mois et demi d’insoutenable suspense, se voit repêché administrativement. Un grand soulagement, une délivrance. Dans le bureau présidentiel, Marc Keller et Romain Giraud s’étreignent longuement, puis les deux hommes filent vers les vestiaires, pour annoncer la nouvelle aux joueurs, qui viennent de terminer l’entraînement. Giraud en sourit encore : « Quand Dim Liénard, qui nous attendait sur le pas de la porte, a vu le Président

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Jacky Duguépéroux

avec les pouces levés, il s’est mis à sauter dans tous les sens en poussant des cris de joie. On aurait dit qu’il venait de gagner la Coupe du monde ». La deuxième année, Strasbourg échoue au pied du podium. Le dernier match de la saison, contre Colomiers, se joue le jour de la Sainte Rita, patronne des causes désespérées. Mais les 26 724 fans en fusion (le club bat son propre record d’affluence pour une rencontre de National) y croient quand même, un œil sur le terrain (il faut gagner) et l’autre sur le web, guettant un faux pas du Paris FC ou de Bourg, concurrents directs pour la montée. Pas besoin de les attiser : « Ils étaient chauds patate, comme d’hab’ ! », rigole Jean-Luc Filser, la « voix de la Meinau » depuis 1997. « Avant Marc Keller on avait des spectateurs, depuis Marc Keller on a des supporters ». À deux reprises, le speaker au timbre inimitable y va de son tonitruant « Buuuuuuuut pour le Racing ! », suivi d’un « Jé-ré-my Bla-yac » scandé trois fois. Puis il déclenche ces sensationnels moments de complicité avec le public : l’annonce du score (« Racing… ! »… contre toujours zéro pour l’adversaire !) et le célèbre « Merci, de rien ! » importé du Bayern de Munich, qui sont devenus des marques de fabrique du Racing. Le populaire « BlaBla », auteur du doublé de la victoire, entend bientôt dans les travées la rumeur devenir clameur : « Je me

suis dit qu’il y avait eu un but sur un autre terrain et que c’était bon pour nous. Je me suis tourné vers le coach pour avoir confirmation, il m’a engueulé et il m’a dit : on s’en fout des autres, concentre-toi sur ton match ! ». Et puis le stade s’est tu : le miracle n’aura pas lieu, il manque un tout petit point. « Ce soir, les Dieux du foot nous ont abandonnés », assène Marc Keller. Mais il annonce aussitôt la couleur, plus déterminé que jamais : « On va persévérer et tout faire pour que la saison prochaine, la montée soit inéluctable ». Un an plus tard, à l’heure de recevoir Amiens, tout est donc prêt pour la bamboche. Un nul suffit, ça devrait le faire. Mais le Racing reste le Racing : à trois secondes de la fin Aboubakar Kamara, fatal Picard, surgit entre Oukidja et la défense centrale et marque du bout du pied. Un but improbable, une « clim » monumentale, façon Kostadinov, qui glace la Meinau. Jérémy Grimm est sonné : « On était tous incrédules, on avait l’impression que la Terre s’arrêtait de tourner. Mais au fond, c’était une bonne leçon. Dans le football comme dans la vie, il faut savoir traverser des périodes compliquées pour se forger, apprendre, se construire ». Les joueurs doivent reprendre leurs esprits, évacuer la déception, se remobiliser. En zone mixte, le message est unanime : « Ce soir on a la tête basse, mais on va vite la relever ». Promesse tenue : la montée arrive quinze jours plus tard, à Belfort, au terme d’un pâle 0-0 qui arrange tout le monde. « Ce n’était pas le match du siècle, mais bon, on s’en contentait », concède Romain Giraud. Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse. Alors on envahit le terrain, on

« Dans le football comme dans la vie, il faut savoir traverser des périodes compliquées pour se forger, apprendre, se construire. » Jérémy Grimm

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craque des fumis, on fait sauter les bouchons. Joueurs, dirigeants et supporters communient longuement. Dans le vestiaire, joignant le geste à la parole, Jérémy Grimm lance la ritournelle empruntée au folklore de son village : « Les pouces en avant, les coudes en arrière, les genoux pliés, les fesses en l’air et tchic et tchac et tchic et tchac ! ». Le Président Keller finit tout habillé sous la douche, le smartphone de Blayac au fond d’une piscine et Dimitri Liénard (le « régional de l’étape », sorti sur blessure dès la troisième minute) se déhanche en béquilles sur le dancefloor du « Rétro » : c’est fait, le Racing Club de Strasbourg Alsace est de retour dans le monde professionnel, six ans après l’avoir quitté. C’est le triomphe d’un groupe formidable, uni sur le terrain comme en dehors. « Je n’ai jamais plus connu un tel état d’esprit, une telle fraternité dans un vestiaire, souligne l’international camerounais Stéphane Bahoken. Je n’oublierai jamais le Racing : je lui dois d’être devenu un bon footballeur et un homme meilleur ». Et c’est aussi la fin d’une époque. Celle des défaites à Luçon et des sandwichs au saucisson ; celle des barbecues à Eschau, des hôtels en chantier et des interminables voyages, ces longues Une décennie Or Norme

heures de route et ces nuits blanches passées à refaire le match, l’équipe ou le monde. Celle, aussi, d’une certaine idée du football. La fin d’une époque, oui, mais dont il ne restera pas rien. Au contraire. « Ce fut une belle aventure humaine. Elle nous a donné ce petit supplément d’âme qui est aujourd’hui le nôtre », retrace l’actionnaire Christian Rothacker. « L’émotion ne dépend pas de la Division, poursuit Marc Keller, désormais membre du Comité exécutif de la Fédération Française de Football. Je garderai toujours un merveilleux souvenir de ce passage dans le monde amateur, avec lequel nous partageons tant de valeurs, l’humilité, le travail, la solidarité, le sacrifice. Nous y avons croisé des gens exceptionnels, authentiques et passionnés. Mes rencontres avec les dirigeants de Chambly ou d’Avranches, notamment, ont été riches d’enseignements ». Et d’ajouter, avec le recul : « Toutes ces années et toutes ces personnes nous ont beaucoup appris. Elles ont constitué le socle de notre réussite ».

Thierry Laurey

permis à Strasbourg de retrouver le monde pro. J’y ai vécu mes plus belles années, en tant que joueur et entraîneur. Je suis très fier de mes joueurs aussi et je remercie Marc de m’avoir fait confiance », énoncet-il, ému, lors de sa conférence d’adieu. Le Président lui rend un hommage appuyé et à l’occasion du dernier rendez-vous à domicile contre Dunkerque, qui sacre le Racing champion de National, « Dugué » salue la foule qui scande à l’unisson un vibrant « Merci Jacky ! ».

LE LONG BAIL À SUCCÈS DE THIERRY LAUREY

Sur le banc s’installe un autre entraîneur d’expérience : Thierry Laurey, qui a offert deux montées consécutives au Gazélec Ajaccio. Un technicien réputé pour son intransigeance et son perfectionnisme, son sens tactique et son aptitude à toujours tirer le meilleur de son effectif. Un Une page se tourne également pour grand connaisseur du football aussi. Et un Duguépéroux, qui s’en va tête haute, avec le mordu de sport, capable de mettre son sentiment du devoir accompli : « Aujourd’hui réveil en pleine nuit pour regarder du penl’objectif est atteint et je suis honoré d’avoir tathlon moderne ou du curling féminin. a RACI NG

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« Le Racing ? Je connaissais : jeune joueur, j’étais venu y faire un essai, mais je n’avais pas été retenu ! », sourit le nouveau coach. Thierry Laurey était également à Épinal en 2013, pour the match : « Je travaillais pour le MontpellierHérault, j’étais venu superviser des joueurs de Raon. J’avais été frappé par la ferveur des Strasbourgeois, la fantastique atmosphère qu’ils mettaient dans le stade ». Il va avoir rapidement l’occasion de les retrouver, puissance dix. Cet été-là, en effet, mature dans l’esprit de Greg Walter une vieille idée : déplacer le « Kop » du quart de virage Nord-Ouest, où il était désormais trop à l’étroit, pour migrer en Ouest haute, derrière le but. « L’objectif était de créer une grande tribune populaire. Nous sommes allés voir Marc Keller, qui a accueilli le projet comme une évidence et nous a dit tout de suite “On le fait !” Nous avons également convaincu les associations de supporters et le résultat est allé au-delà de nos espérances : ça a pris comme une traînée de poudre et toute la tribune nous a immédiatement suivis ». Aujourd’hui, l’impressionnant « Mur bleu » de 4 000 places debout, ses chants incessants et son incomparable ambiance, font référence en France et en Europe. « Un véritable douzième homme, qui fait souvent la différence, décuple tes forces et te donne constamment envie de te surpasser », apprécie Liénard. Pour le promu, la mission est maintenant simple : se maintenir en Ligue 2. « Être ambitieux, mais réalistes », « Faire le mieux possible, continuer à progresser », « Ne pas oublier d’où l’on vient » : Marc Keller déroule avec sagesse ses éléments de langage. « Le projet, c’était de remonter en Ligue 1 dans les trois ans. Et puis, au fur et à mesure, on s’est dit qu’il y avait peut-être un coup à jouer », confie Laurey. Le Racing fait son bonhomme de chemin, reste en embuscade. Au printemps, le voilà sur le podium. Il défend chèrement sa place, souvent avec talent, toujours avec bravoure, parfois avec malice. À Reims, dans le duel au sommet de la 32e journée, le score est de 1-1 à la dernière minute, lorsque les Champenois obtiennent un pénalty. Felipe Saad, le défenseur brésilien buteur ce soir-là, raconte la suite : « C’est le jeune Kyei, entré en jeu une demi-heure avant, qui a pris le ballon pour le tirer. Alors je me suis approché de lui, je me suis baissé pour faire mine de refaire mes lacets et j’ai défait les siens ! Puis je lui ai dit que je ne

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le sentais pas très en confiance, qu’il allait certainement rater son péno ». Et il l’a raté… Deux autres résultats nuls, à Lens (dans un colossal « choc des Racing »), puis à Niort offrent au RCSA une possible apothéose lors de la dernière journée à la Meinau, contre Bourg-en-Bresse. Mais la marge d’erreur est microscopique : avec son petit point d’avance et son « gruppetto » resserré de poursuivants, Strasbourg peut tout aussi bien terminer champion que… sixième ! « C’était une finale. Et plus que la jouer, il fallait la gagner » : en bon capitaine, Kader Mangane donne à la fois le ton et, d’un magistral coup de boule, l’avantage au Racing. Celui qui est aujourd’hui coordinateur sportif du club évoque cette rencontre avec émotion : « À l’échauffement, j’avais réuni l’équipe et j’avais dit : messieurs, regardez autour de vous, écoutez ces gens, on n’a pas le droit de les décevoir ». 27 503 fans déchaînés (record de la saison) ont pris d’assaut la Meinau, 10 000 autres ont investi le Zénith, où un écran géant a été dressé pour l’occasion.

Tout est prêt pour faire la fête. Et pourtant, une fois encore, le Racing va jouer avec le feu : à 2-0, Loïc Damour, un ex, réduit la marque pour Bourg. Il reste un gros quart d’heure. « Ils poussaient, ils poussaient, c’était infernal, se rappelle Liénard, mi-amusé mi-effrayé. Je me suis dit purée, on va s’en prendre un autre ! Je me souviens avoir crié à Jason Berthommier, un gars de chez eux : hé, ho, faites-pas les cons, hein ! ». « Kadou » sent que l’inquiétude s’installe, alors il endosse son costume de « grand frère » et passe de l’un à l’autre : « Pour transmettre ma sérénité et ma confiance, relayer le message : du calme les gars, du calme, restez concentrés ! On mène : si on ne peut plus marquer, alors on ne prend pas de but. Et nous sommes restés solides jusqu’au bout ». Le coup de sifflet final libère tout un peuple, la pelouse de la vénérable Meinau n’est bientôt plus qu’un parterre de bonheur. Certains y cueillent quelques touffes d’herbe en guise de souvenir, chacun y chante son orgueil et son amour. Jovial, Jérémy Grimm, s’agenouille

Le Racing, Champion de France de Ligue 2, retrouve enfin la Ligue 1 !

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devant la tribune d’Honneur, enlève son maillot et, sous les bouquets irisés d’un feu d’artifice, dévoile un message à l’attention de sa fiancée : « Cathy, veux-tu m’épouser ? ». « On avait préparé le T-shirt la veille au soir pendant la mise au vert avec Dim, en faisant bien attention de ne pas faire de faute d’orthographe », se marre « Grimlins ». Cathy dira oui, Thierry Laurey brandira le premier trophée de sa carrière, la fête se poursuivra à La Salamandre et le Président, réjoui, répétera devant chaque micro son adjectif préféré : « Incroyable ! » Mais vrai : cinq petites années seulement après la reprise du club par Marc Keller en CFA, le Racing est champion de France de Ligue 2 et s’apprête à retrouver le plus haut échelon du football. Un monde que les moins de dix ans n’ont pas connu. Football’s coming home : Strasbourg, capitale européenne, redevient donc une place forte du football. Et le Racing est plus que jamais l’ambassadeur de toute l’Alsace, terre de ballon et de passion, un moteur de dynamisme éconoUne décennie Or Norme

« Le Racing est champion de France de Ligue 2 et s’apprête à retrouver le plus haut échelon du football. Un monde que les moins de dix ans n’ont pas connu »

mique, un vecteur d’attractivité et de notoriété, un créateur de lien social. « Il nous ressemble et nous rassemble », dit joliment Alain Fontanel. C’est la « hype » de l’été : la chaîne beIn Sports choisit de suivre le Racing sur l’ensemble de la saison à travers un feuilleton de dix épisodes ; le Baromètre d’image des clubs, édité chaque année par la LFP, indique un capital sympathie en nette hausse et les grands médias nationaux et internationaux se penchent sur la fabuleuse success-story de ce Phénix du football, qui a su renaître de ses cendres par la magie d’un homme providentiel. « Marc : le prénom est devenu culte à Strasbourg. L’homme n’est pas seulement un sauveur, il est le boss de demain, déjà consacré Meilleur dirigeant 2017 par l’hebdomadaire France Football, écrit Étienne Labrunie dans Le Monde. Mais Keller, le « discret efficace » (copyright AFP), n’a jamais aimé être ainsi mis en avant et lorsqu’il évoque l’épopée du Racing, il préfère parler d’une « œuvre collective », à laquelle chacun apporte son écot. « Celui qui passe par le Racing, sur le terrain ou a RACI NG

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dans les bureaux, qu’il y reste un an, dix ans ou une vie, doit savoir rester à sa place et toujours donner le meilleur de lui-même », confirme Filser. Dans un courrier adressé aux abonnés à l’orée de la saison 2017-2018 (ils seront plus de 15 000 pour célébrer les retrouvailles avec la Ligue 1 et 19 000 la saison suivante), les mots du Président vont droit au cœur : « Ce que nous avons vécu ces dernières années est extraordinaire. Nous sommes partis de rien ou presque avec, devant nous, une montagne à gravir. Nous l’avons franchie pas à pas, avec courage et détermination, avec patience, constance et enthousiasme. Notre réussite est le fruit d’un travail d’équipe sur le plan sportif, professionnel et humain. Un travail basé sur la confiance et l’estime réciproques, sur une vision positive et constructive. Le succès d’aujourd’hui, c’est le succès d’un club, d’une ville et d’une région tout entière. Car le Racing est bien plus qu’un club, il symbolise une histoire, une tradition, une identité. Un état d’esprit aussi, une philosophie de vie ». « Une grande et vraie famille, complète Léonard Specht, champion de France 1979, Président de l’Association et chef de file des anciens joueurs du Racing. Ça ne fait peut-être pas gagner des matchs, mais ça permet d’être plus fort quand on en perd ». Et le Racing va en perdre quelquesuns, il le sait, lui qui doit « réapprendre la Ligue 1 », comme le martèle à tous les médias un Marc Keller « raisonnablement ambitieux ». Mais l’euphorie est encore dans toutes les têtes à l’heure du premier rendez-vous, programmé au Groupama Stadium de Lyon, où des milliers de supporters strasbourgeois ont fait le déplacement. Pas simple, comme baptême. Thierry Laurey le sait, il met en garde : « J’avais demandé à mes joueurs d’être bien concentrés sur leur tâche, de ne pas se laisser conditionner par l’environnement. Et qu’est-ce qu’ils ont fait quand ils sont allés reconnaître la pelouse en avantmatch ? Des selfies ! Je me suis dit que ça risquait de partir en sucette ». Résultat : une cuisante fessée en guise de bienvenue (4-0) et une prise de conscience immédiate : « Le plus haut niveau requiert davantage d’exigence, ça nous a aidés à le comprendre rapidement », reconnaîtra Yoann Salmier, qui découvrait l’élite. Une semaine plus tard, dans une Meinau incandescente et devant un Marcelo Bielsa scotché sur sa glacière, le Racing éparpille le LOSC (3-0) et lance sa saison.

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« Le succès d’aujourd’hui, c’est le succès d’un club, d’une ville et d’une région tout entière. Car le Racing est bien plus qu’un club, il symbolise une histoire, une tradition, une identité. Un état d’esprit aussi, une philosophie de vie. » Marc Keller

Le jour se lève à peine et lentement, avec mille précautions, la grue dépose l’Algeco sur le bitume de la rue de l’Extenwoerth : la boutique officielle du Racing Club de Strasbourg Alsace descend du ciel, sous le regard attendri de Serge Hammer, « l’homme aux clés d’or », concierge de la Meinau depuis plus de trente ans. Un deuxième store ouvrira bientôt en centre-ville. Quelques mètres plus loin se montent deux autres structures modulables : une salle de musculation pour les joueurs et un nouveau chapiteau pour les VIP (le club compte désormais près de 500 entreprises partenaires, ravies d’associer leur image à celle d’un club aussi réputé), tandis qu’en quart de virage on installe deux écrans géants qui surplomberont bientôt une nouvelle pelouse hybride, dans laquelle le Racing va investir un million d’euros. Piloté en mode start-up, le Racing grandit encore et toujours, se structure à tous les étages. Le budget augmente, l’équipe administrative se renforce (elle aussi !), la politique de RSE se développe sous l’impulsion de l’association Femmes de Foot créée par Sabryna Keller, l’Académie reçoit le label le plus élevé, les Féminines décollent...

LE FUTUR EST EN MARCHE… Pour accompagner cette croissance, il faut pousser les murs, inventer de nouveaux espaces. « On est au taquet, on essaye d’optimiser chaque centimètre carré disponible, justifie Marc Keller. Mais ça ne pourra pas durer éternellement. La rénovation du stade devient un enjeu majeur pour conserver notre dynamique, pérenniser le club et garantir son avenir ». Le projet est sur la table. Et comme toujours avec Keller, ça va vite et bien se passer. « Marc a ce don inné de rassurer tout le monde », dit de lui Albert Gemmrich, autre glorieux champion de 79, aujourd’hui Président de la Ligue du Grand Est de football. « Il a toujours eu cette capacité à prendre les bonnes décisions au bon moment », ajoute son frère François. « Keller ? C’est un winner ! », synthétise Dimitri Liénard. « MK » confie le dossier « Infrastructures » à celui qui deviendra le Directeur Général Adjoint, Alain Plet, expert en la matière, et une fois de plus, il réussit avec ses équipes à convaincre et rassembler l’ensemble des collectivités. Déjà présentes dans les moments difficiles, elles le sont à nouveau pour préparer l’avenir. Les partenaires suivent aussi.

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Le futur est en marche : bientôt, les Pros disposeront d’un centre de performance, le Racing Soprema Parc, dont les installations figureront parmi les plus abouties de France. Et début 2026, année du 120e anniversaire du Racing, se dressera sous une légère peau de toile blanche une Meinau de 32 000 places totalement relookée, somptueux écrin d’un amour infini où chaque match est une fête. « Un stade qui offrira des conditions d’accueil optimales, tout en gardant son essence populaire. Le stade de demain avec l’ambiance d’aujourd’hui », tel que le rêve le Président Keller. En attendant, ce soir, c’est Racing ! Comme il est de coutume, les portes ouvrent deux heures et demie avant le coup d’envoi. On afflue des quatre coins d’Alsace et même d’Allemagne, en famille ou entre amis, pour profiter des animations en toute convivialité, poser avec Storcki, la cigogne-mascotte, partager une bière, des knacks ou une bonne tarte flambée. L’hiver au pied des gradins, on y sert un chaud breuvage de pois cassés, la « soupe d’Egon », rituel initié par l’ancien Président décédé fin 2020 (« Un immense chagrin », pour Marc et Sabryna Keller), homme affable et généreux, si proche des gens. Et comme il est également de coutume pour chaque rencontre à domicile – superstition, quand tu nous tiens ! – Marc Keller est passé chez le coiffeur, puis il est monté dans les coursives pour déguster une saucisse (blanche), adressant un mot gentil à tous ceux qui le saluent avec déférence : « Nous avons réussi le mélange harmonieux d’un public fidèle et enthousiaste et d’une ambiance festive, où chacun trouve sa place, hommes, femmes et enfants, se félicite-t-il. C’est cette fameuse “Génération Racing”, qui a grandi avec nous et qui nous accompagne au fil de l’aventure ». L’heure approche, l’effervescence monte. La Meinau, « l’autre cathédrale de la ville », bruisse des premiers chants. Sur le parvis, les supporters se mêlent dans un océan de bleu et de blanc. On y croise Greg et Philippe bien sûr, mais aussi « Pépito » et « Chonchon », figures des UB90 ; Peter et Philipp, voisins d’Outre-Rhin, qui préfèrent Strassburg à Freiburg ; Sarah et son fils Maël, 10 ans, « L’enfant des victoires, qui n’a connu que des montées » ; « Danny la Uhme », de Colmar, incollable sur l’histoire du Racing ; Simone, Michèle et Jacqueline, venues en Kop’In (la tribune 100 % féminine mise en place par Femmes de

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Foot, une initiative unique en France) ; les Detape et leurs deux gamins, habitués de la tribune Familles ; Denis, André, Jean-Michel, Jacky, Patrick, Jean-Paul et Christian, ces mordus qui, quel que soit le temps, ne loupent ni un stage ni un entraînement ; et puis Fred, Carole, Nicolas, Morgane et les autres, des dizaines, des centaines, des milliers de cœurs ensemble. « Un match à Strasbourg, c’est exactement l’idée que chacun devrait se faire du football », résume Thierry Laurey. Un seul amour et pour toujours : ici, on vient pour encourager son équipe, pas pour voir l’adversaire. Pourtant cette fois, on se frotte quand même un peu plus les yeux. Parce que ce soir, c’est le Paris Saint-Germain qui débarque. Le grand PSG, invaincu depuis 25 rencontres, en route pour défier le Bayern en Ligue des champions et riche

On ne passe pas ! Neymar est impuissant face à la tenaille Dimitri Lienard - Kenny Lala. Saison 2017-2018.

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« Ici, on vient pour encourager son équipe, pas pour voir l’adversaire. Pourtant cette fois, on se frotte quand même un peu plus les yeux. Parce que ce soir, c’est le Paris Saint-Germain qui débarque... »

de sa ribambelle de stars. « C’était la Dream Team ! Un album Panini ! Des mecs que je regardais encore à la télé deux ans avant, avec mon apéro et ma pizza, bien calé dans mon canapé », plaisante Liénard. Au salon « Le Village », trois heures avant le match, Olivier Guez dédicace un exemplaire de son dernier roman pour un ami : « En souvenir de la première défaite du PSG », rédige-t-il convaincu sur la page blanche. D’un pas pressé, le Prix Renaudot 2017 longe à présent la ligne médiane vers le rond central. Fan inconditionnel du Racing depuis son plus jeune âge, « Quand la Meinau sentait encore le chocolat » (référence à l’usine Suchard qui jouxtait autrefois le stade), l’écrivain a été invité à donner le coup d’envoi fictif : « C’était un rêve de gosse et j’aurais aimé le vivre au ralenti. Moi, j’avais juste envie Une décennie Or Norme

de m’arrêter pour papoter un peu avec Cavani, Neymar ou Mbappé, leur dire qu’ils allaient voir ce qu’ils allaient voir. Mais il fallait hélas que je me dépêche : tout était minuté et le stade entier attendait que je sorte du terrain pour que ça commence. C’était bouillant ! » La veille, en conférence de presse, Thierry Laurey avait déjà allumé une mèche. À la question de savoir si Strasbourg pouvait battre Paris, il avait rétorqué, goguenard : « Si tu leur payes un vin chaud demain et qu’ils sont tous torchés, peut-être qu’on peut y arriver ». La galerie s’en était amusée, mais au-delà de sa « punchline », le coach avait sa petite idée : « Contre des formations pareilles, il est important de prendre le score car si tu mènes, ça te permet de jouer avec plus de sérénité et de mettre plus d’agressivité ».

Alors c’est simple : le Racing va mener. Deux fois. D’abord sur un coup de casque de Nuno Da Costa, minot d’Aubagne ; puis, après l’égalisation de Kylian Mbappé, sur une frappe de Stéphane Bahoken, qui fait chavirer la Meinau. Le plan Laurey fonctionne à merveille : Paris s’agace, déjoue, balance, met la semelle. Liénard, survolté, se chauffe avec Neymar : « Il se plaignait tout le temps. À un moment donné, il m’a légèrement poussé, je me suis affalé en faisant des roulades. Ça a fait le buzz ! » Il reste quatre minutes, Thierry Laurey lance Jérémy Grimm dans la marmite : « Il m’a dit : allez, c’est à toi : tiens la baraque, comble les intervalles. Va à droite, va à gauche, va partout ». Dim et Grimm, les deux « paysans du coin », comme ils aiment eux-mêmes se définir, les deux compères amis pour la vie, emblèmes d’une équipe solidaire et généreuse, qui sait d’où elle vient et qui ne lâche jamais rien. Même par vent contraire. L’arbitre assistant affiche neuf minutes de temps additionnel (« Personne ne saura jamais où il est allé les chercher ! », s’étonne encore aujourd’hui Bahoken), le public gronde, la bataille fait rage, les cartons pleuvent. D’une prodigieuse claquette, Oukidja, entré à la place de Kamara blessé, va chercher sous la barre une tête à bout portant de Cavani ; l’horloge tourne, chaque seconde dure des heures. À bout de forces, Liénard apostrophe l’arbitre : « Hé, monsieur Buquet, vous rigolez ou quoi ? Il faut siffler là, c’est fini ! » Yes, c’est fini. Et c’est énorme : le Racing a vaincu l’invincible PSG. Exactement comme l’avait prédit Olivier Guez. Et comme l’avait secrètement espéré toute une région, dans ses songes les plus fous. L’exploit a un retentissement considérable (1,2 million de téléspectateurs en Prime Time, 1 900 reportages dans les médias, 139 000 discussions sur les réseaux sociaux), on parle de Strasbourg aux quatre points du globe jusqu’en Chine, mais Laurey garde la tête sur les épaules et ne perd pas de vue la réelle priorité : « C’est une victoire de prestige et nous sommes évidemment contents. Cependant, si nous ne nous maintenons pas en fin de saison, elle n’aura servi à rien ».

90 + 4 Onzième à la trêve avec cinq points d’avance sur le barragiste, propulsé par une dynamique positive, le Racing peut légitimement y croire. Mais tout va se a RACI NG

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Ligue 1 Strasbourg 3-2 Lyon

Vainqueur de Lyon dans les arrêts de jeu sur un coup franc phénoménal de Dimitri Liénard, Strasbourg sauve sa place en Ligue 1. PAGES 2 À 4

Laurent Argueyrolles/L’Équipe

compliquer au printemps. Un revers à Rennes début mai ponctue tristement une série de onze rencontres sans victoire, le spectre de la relégation se profile, l’étau se resserre, la situation se tend. Le vol de retour de Bretagne, comme un symbole, est secoué par des vents turbulents. « La semaine n’a pas été facile, avoue Kader Mangane. Les cadres se sont réunis, les joueurs ont parlé entre eux, puis nous sommes allés voir le coach ». L’union sacrée est décrétée. Il reste deux matchs et trois points à prendre. Et voilà l’Olympique Lyonnais, en course pour la Ligue des Champions, qui se présente conquérant à la Meinau. Devant les journalistes, le capitaine du Racing, visage grave, mais déterminé, résume sobrement l’affaire : « C’est maintenant ! » Oui, Kadou : « Jetzt geht’s los ! ». « Toute ma vie, j’ai rêvé sans trop y croire de ressentir un niveau d’émotions aussi intense que celui du barrage retour D2/D1 contre Rennes, en 1992 », confie Grégory Walter, qui revoit la frappe magistrale de Stephen Keshi envoyer Strasbourg au Paradis. En arrivant à la Meinau ce samedi 12 mai 2018, il est loin d’imaginer ce qui l’attend. Et pourtant… « On a tout de suite senti qu’il y avait quelque chose de particulier dans l’air, quelque chose de puissant, de phénoménal, se souvient Anthony Gonçalves. Le stade était électrique, nos supporters chantaient plus fort que jamais, ça donnait une fantastique énergie ». Le vacarme est assourdissant : le Racing ne veut pas mourir, ça s’entend et ça se voit. Ça crie, ça court, ça tacle, ça s’arrache. Mais surtout, ça joue. Bahoken ouvre le score, puis d’une « bicyclette », Corgnet trouve la transversale. Mangane lui-même se retrouve aux avant-postes, à deux orteils de faire le break… Mais au retour des vestiaires, un pénalty de l’habile Fékir puis un intérieur du droit d’Aouar mettent Lyon devant. Plus le choix : le temps file, il faut marquer. Ça passe ou ça casse. Alors Thierry Laurey appelle Nuno Da Costa. « Il m’a pris par les épaules et m’a glissé à l’oreille : allez garçon, provoque, bouge, créé du danger. Tu vas voir : tu vas en mettre un ». La prophétie de Laurey, astrologue d’un soir, ne tarde pas à se concrétiser : sur un centre de Foulquier, l’attaquant international cap-verdien coupe la trajectoire et, d’une tête croisée, trompe Gorgelin à deux minutes de la fin. « Ça leur a mis un coup au moral et nous, ça nous a galvanisés ». Insaisissable, Nuno virevolte et vibrionne dans la défense lyonnaise. Le temps addi-

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Couverture de L’Équipe du dimanche 3 décembre 2017.

Couverture de L’Équipe du dimanche 13 mai 2018.

« Et voilà l’Olympique Lyonnais, en course pour la Ligue des Champions, qui se présente conquérant à la Meinau... »

tionnel est déjà bien entamé. Enrhumé par un énième crochet, Mouctar Diakhaby n’a d’autre solution que de déséquilibrer Da Costa à l’entrée de la surface de réparation. Coup franc. « Dans ces cas-là, droitier ou gaucher, il n’y a pas de consignes, explique Thierry Laurey. C’est une histoire de joueurs, c’est à celui qui le sent le mieux ». Kenny Lala a pris le ballon : « Je voulais tirer, mais je n’avais pas d’idée précise en tête, j’ai demandé à Dim comment il voyait les choses, il m’a répondu : moi, si je frappe, je mets un pétard côté ouvert ». Mais Liénard n’a plus grand-chose dans les chaussettes : « J’avais tout donné, j’étais carbo ». Alors les « vieux grognards » sont montés au créneau. « Je suis allé voir Dim, raconte Kader Mangane, et je lui ai parlé calmement : écoute-moi, c’est le moment

de montrer à la France entière que tu as le meilleur pied gauche de Ligue 1. Tu es capable de le faire. Regarde-moi, pense à ta famille, pense au public, pense à tout le club. Fais-le ». Anthony Gonçalves, alias « Gonz », mâchoire serrée et regard de braise, s’approche aussi du tireur : « J’ai pris sa tête dans mes mains, j’ai collé mon front contre le sien et j’ai dit allez, gros, c’est pour toi : mets-moi ça au fond et après, on part en vacances ! ». Il est 22h51, Dimitri Liénard, ancien magasinier, maçon et coursier, au Racing depuis la première année de National, pose au pied du « Kop » le ballon du maintien de Strasbourg en Ligue 1. « Et là, tout s’arrête, je n’entends plus un bruit. La seule chose qui me gêne dans mon champ de vision, c’est monsieur Turpin, je lui demande de se pousser. Il

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siffle, je fais mes deux petits sauts de cabri et je m’élance ». Le stade retient son souffle, le temps suspend son vol. Le ballon s’élève, dessine dans la nuit bleue une exquise parabole et va se loger pleine lucarne. But. « Il l’a fait, ce couillon ! Un buzzer beater digne de LeBron James », s’amuse Nuno Da Costa, fan de basket. La folie s’empare de la Meinau, qui bascule dans l’irrationnel. Un volcan en éruption, une extase collective, une grâce divine. « Ces moments d’exception pour lesquels tu aimes être sur terre et jouer au football », commente Kader Mangane. Jean-Luc Filser se casse la voix, « Lucho » Dréosto, vieux suiveur du Racing, s’égosille au micro de France Bleu Alsace : « Ouiiiiiiiiiiiii !!! Subliiiiiiiiime !!! » et Twitter s’enflamme : « Liénard Ballon d’Or ! ». Au coup de sifflet final, Marc Keller serre les poings (« Cette victoire, c’est l’équivalent d’un titre »), Gonçalves ne peut retenir ses larmes (« La carapace s’est brisée, l’homme a pris le dessus sur le guerrier »), Jonas Martin, sorti sur blessure, bondit sur la pelouse à cloche-pied. Et « Dimitri le magnifique », ivre de joie, juché sur la barre transversale micro en main, entre dans l’Histoire du Racing Club de Strasbourg Alsace par la grande porte, avec son coup franc de légende, son âme d’enfant et son cœur immense. La collection de t-shirts qu’il parrainera, célébrant cette minute d’éternité (« 90+4 »), reversera ses bénéfices au profit de jeunes handicapés. Le maintien en Ligue 1 est assuré : encore un pari gagné. Le lendemain, Pierre Schmidt, Président du Conseil de surveillance, ira déposer une fleur sur la tombe de son père, l’ancien boucher-charcutier de la Grand-Rue, qui lui avait transmis l’amour du Racing : « Voilà papa, on l’a fait ».

UN DRAME ET UNE COUPE… Cet été-là, tandis que tout le pays arrose le titre de Champion du monde remporté par l’équipe de France en Russie, Dim le chouchou est le plus applaudi par les 6 000 supporters présents au « Fan’s Day », le traditionnel rendez-vous de présaison organisé par le Racing, avec le soutien de la Fédération des Supporters. « Un moment convivial et familial, où toutes les composantes du club se côtoient dans une atmosphère bon enfant » (Greg Walter). On y présente les nouveaux maillots, les joueurs, les nouvelles recrues. Parmi elles, un gaillard réunionnais d’un double mètre ou presque, Ludovic

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Ci-dessus : Après son but « stratosphérique » face à Lyon, Dimitri Liénard est fêté par ses coéquipiers Nuno da Costa, Stéphane Bahoken, Anthony Goncalves, Pablo Martinez et Jérémy Grimm.

Ajorque, en provenance du Clermont-Foot. Une bonne pioche, une de plus. « Ludo, on a dû le voir jouer au moins trente fois avant de le faire venir, dit Loïc Désiré, le responsable de la cellule recrutement. Au départ, il ne nous avait pas forcément tapé dans l’œil, mais plus on le voyait, plus il nous séduisait. C’est non seulement un excellent joueur, mais aussi un super mec. Le facteur humain, l’éducation et la mentalité comptent beaucoup pour signer à Strasbourg ». Collaborateur du club depuis 2014, le discret et très estimé Désiré est aujourd’hui à la tête d’une équipe de sept personnes qui, sur le terrain et en vidéo, visionnent au total près de 4 000 matchs par an. Et qui se trompent rarement dans leur casting. Et puis soudain il a fait froid. Les lumières du grand sapin se sont éteintes, les chalets du marché de Noël ont baissé leur rideau, des ombres glissaient lentement dans les rues silencieuses : Strasbourg vient d’être frappée par un attentat meurtrier et la flamme d’une myriade de bougies vacille maintenant dans la nuit sans étoiles. Au stade de la Meinau, pendant deux jours d’angoisse, le groupe s’est entraîné sous haute surveillance. Et l’arbre de Noël, qui réunit chaque année joueurs, staffs, salariés et leurs familles, a été annulé. « Personne n’avait la tête à la fête, ni au club, ni ailleurs », murmure Dominique Fischer, l’assistante du Président. À Reims, quatre jours après le drame, les joueurs arborent un maillot portant simplement l’inscription « Strasbourg mon amour ». Devant le parcage, recueilUne décennie Or Norme


lis, ils communient avec les supporters dans un poignant hommage rendu aux victimes du terroriste. Et la semaine suivante face à Nice, la Meinau se drape de noir et observe une bouleversante minute de silence. Mais puisque la vie doit continuer, puisqu’il faudra encore et toujours se relever, aller chercher des raisons d’être et de rendre heureux, la ville va aussi les trouver dans son équipe de football. Son refuge. « Le Racing me permet de vivre ma vie d’adulte avec mes yeux d’enfant », exprime Philippe Wolff dans un élan de reconnaissance. Si en Championnat le Racing atteint son double objectif (se maintenir et faire mieux que la saison précédente, en se classant onzième), si en Coupe de France l’aventure s’arrête prématurément au Parc des Princes (avec un Neymar blessé qui en rajoutera des tonnes, déclenchant une inutile polémique), c’est cette fois la Coupe de la Ligue qui va offrir aux amoureux du Racing un nouveau bouquet d’allégresse. « Elle n’était pas un objectif au départ, et encore moins quand on voyait les tirages au sort successifs », admet Une décennie Or Norme

« Le Racing me permet de vivre ma vie d’adulte avec mes yeux d’enfant. » Philippe Wolff

Ci-dessus : Strasbourg mon Amour, après les attentats du marché de Noël, Jonas Martin, Lebo Mothiba et Anthony Caci expriment la solidarité du Racing avec la population strasbourgeoise.

Marc Keller. C’est d’abord Lille, battu sans coup férir un soir d’octobre à la Meinau, puis l’OM au Vélodrome, écarté aux tirs au but. À peine le temps de savourer que se profile déjà à l’horizon une autre difficile mission : « On sort du vestiaire à Marseille, on apprend le tirage au sort et bim : il faudra aller à Lyon ! Décidément, rien ne nous était épargné », se souvient Jonas Martin. Qu’à cela ne tienne : les hommes de Laurey y réalisent une partie appliquée et s’en reviennent avec la qualification en poche. Et le 30 janvier 2019, tandis que l’on commémore le centenaire du nom « Racing » (adopté un siècle plus tôt, une fois l’Alsace redevenue française), Strasbourg s’offre son ticket pour la finale en dominant Bordeaux 3-2, avec un doublé du Sud-africain Lebo Mothiba, tout sourire. « Ce match a probablement été le moment le plus fort, révèle le Président. Une communion intense avec nos supporters ». Direction Lille, pour la finale contre Guingamp. Par la route, par le rail, par les airs, c’est la grande migration du peuple a RACI NG

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bleu et blanc. Ils sont près de 40 000, venus d’Alsace, de Paris, de France et de Navarre et même de New York. Sur la célèbre Grand Place, baignée par un soleil radieux, ils chantent leur plaisir d’être là et magnifient l’un des plus beaux atours du football : le sens de la fête. Plus tard, pour se rendre au stade Pierre-Mauroy, 9 000 personnes s’assembleront en une procession pacifique et festive pour former le plus imposant cortège de supporters jamais vu en France. Marc Keller leur rend hommage (« Sans leur soutien, rien n’aurait été possible »), puis au moment de s’installer en loge officielle aux côtés de Noël Le Graët, il jette un dernier regard dans le rétro et mesure le chemin parcouru : l’ancien « Marseille de l’Est », jadis moqué pour ses frasques, est devenu sous sa direction un club sérieux, apaisé et respecté, un modèle de réussite régulièrement cité en exemple. « Si on nous avait dit ça il y a sept ans, on ne l’aurait sans doute pas cru. Rien n’était programmé, mais tout était écrit. Notre histoire est une histoire d’amour et de passion. Ces dernières années, nous avons réussi à reconstruire quelque chose tous ensemble, avec patience et constance, sans jamais déroger à nos principes, à nos valeurs. Le Racing a vécu des moments incroyables et beaucoup d’émotions. Il est à nouveau la fierté de toute une ville et de toute une région. Et cette finale de Dimitri Liénard la Coupe de la Ligue est pour nous tous une magnifique récompense. Alors maintenant, on veut la gagner ! »

« Les gars, demain si ça va aux tirs au but, je vous jure, je fais une Panenka. »

C’est parti. Sur une pelouse calamiteuse, repeinte à la hâte en vert pour tenter de masquer la misère, la rencontre, âpre et cadenassée, s’étire lentement jusqu’en prolongation. À la 115e minute, suite à un duel aérien avec Alexandre Mendy, Stefan Mitrović retombe lourdement au sol, face contre terre, et reste groggy. Ses coéquipiers le placent en position latérale de sécurité, le stade se tait, le médecin accourt, on craint la commotion cérébrale. Mais le capitaine serbe du Racing se relève, fait signe que tout va bien, insiste pour rester sur le terrain : « J’avais toute ma famille dans les tribunes ; beaucoup d’entre eux ont connu les horreurs de la guerre en ex-Yougoslavie et moi, j’allais quitter mon équipe pour un petit coup sur le crâne ? Hors de question ! » Le voilà debout. En véritable taulier, il exhorte la foule puis, au moment des tirs au but, encourage chacun de ceux qui s’avancent. Sanjin Prcić et Adrien Thomasson ont transformé le leur. Et quand vient le tour

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de Liénard, qui est entré à trois minutes de la fin à la place de Sissoko, « Mitro » apprend que « Dim Dim » a prévu de faire un coup à sa façon. Il en tremble encore aujourd’hui : « Je n’osais pas y croire ». Le long de la ligne de touche, Jonas Martin, privé de finale par sa longue blessure, se tourne vers le staff : « Regardez bien : s’il a les cojones, vous allez voir ce qu’il va faire ». La veille au soir, au cours de l’habituelle partie de cartes à l’hôtel, Liénard avait prévenu ses camarades de belote, Martin, Grimm et Thomasson : « Les gars, demain si ça va aux tirs au but, je vous jure, je fais une Panenka ». Et il explique : « Mon idole a toujours été Zinedine Zidane. Quand il a mis son pénalty de cette façon en finale de la Coupe du monde 2006, j’ai dit à ma famille : moi aussi, un jour, je ferai ça dans un match important ». Et il l’a fait, admirablement. De sa patte gauche en rupture, d’un piqué subtilement dosé, empreint de son insolente insouciance. « Pas un truc pourri, hein t’as vu ça ? Presque une œuvre d’art ! » « Il est fou », lâche Laurent Paganelli au micro de Canal, bluffé par tant d’audace et de talent. Moins d’un an après son coup-franc inoubliable contre Lyon, Dimitri Liénard, encore lui, écrit une nouvelle page de l’anthologie du Racing : « Je dois avoir là-haut une petite étoile qui veille sur moi ». Derrière, Bingourou Kamara puis Lionel Carole font le job et Stefan Mitrović, tête dure et cœur vaillant, monte chercher le trophée doré. La Coupe danse au bout des doigts, la France passe à l’heure d’été et le Racing entre dans une nouvelle dimension. Et tandis que les joueurs s’offrent un tour d’honneur bien mérité, le public entonne à gorge déployée : « Laisse-moi kiffer l’Europe avec mes potes ! ». Seul club français à avoir été champion dans toutes les divisions et à avoir remporté toutes les Coupes nationales, le Racing ajoute une ligne à son riche palmarès. Dès le lendemain, les traits tirés par une courte nuit, mais le sourire triomphal, les héros sont reçus à l’Hôtel de Ville de Strasbourg, félicités par le maire Roland Ries (« J’ai versé une larme après le dernier tir au but »), puis accueillis place Kléber par la foule en délire, au son de l’incontournable We are the champions. C’est l’ovation. « On avait la sensation d’avoir accompli quelque chose de bien, quelque chose qui allait rendre des milliers de gens heureux pendant très longtemps », dit Thierry Laurey,

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touchant et touché. Plus tard, après avoir convié les salariés du club au café Broglie pour un pot improvisé et participé à une émission spéciale de France 3, Marc Keller, fourbu, mais ravi, s’en retournera enfin chez lui à la nuit tombante, seul dans sa voiture avec la coupe de la Ligue comme seule passagère... Il faut dormir un peu, car d’autres prestigieuses échéances se profilent déjà à l’horizon : avec son succès à Lille, le Racing Club de Strasbourg Alsace s’est en effet ouvert les portes des tours qualificatifs de l’Europa League. Une scène continentale qu’il avait quitté un soir de mars 2006 au terme d’un match nul contre le FC Bâle et dont les fragrances reviennent envoûter son été. Dans sa chronique hebdomadaire sur le site officiel, Jean-Marc Butterlin laisse glisser sa plume délicate : « Ainsi nous voici plongés dans ces duels à double face où tous les buts comptent, ceux qu’on marque et ceux qu’on ne doit pas encaisser, surtout à domicile. C’est un autre monde, le monde où les allers manqués peuvent être sans retour. Alors, oui, vous tous, les anciens, les jeunes, les gars, les filles, il faudra pousser. Fort, très fort. J’ai envie de dire comme toujours. Mais peut-être plus encore en cet instant si précieux d’un parfum revenu, celui des jeux sans frontières. Nous sommes en juillet, seulement. Et déjà un peu de fièvre nous gagne dans la canicule annoncée ». C’est sûr et certain : l’été sera show. Sur le tarmac brûlant de l’aéroport d’Entzheim, l’avion attend la délégation du Racing, pour l’emmener en terre promise. Un bel oiseau blanc au fuselage d’argent, que Dimitri Liénard regarde émerveillé : « Dire qu’il y a trois ans, on tirait à chifoumi pour savoir lequel d’entre nous ferait la vaisselle et maintenant, on voyage dans un salon volant ! ». C’est la Coupe d’Europe, bébé ! Malgré ses deux buts d’avance acquis à la Meinau (3-1), les hommes de Thierry Laurey savent qu’en Israël, le Maccabi Haïfa les attend de pied ferme dans la fournaise du stade Sammy-Ofer. Ils s’en tireront de justesse, avec une courte défaite (1-2), mais une qualification pour le second tour, contre le Lokomotiv Plovdiv. À l’aller en Bulgarie, les fans du « Loko » viennent tirer un feu d’artifice en pleine nuit devant l’hôtel des visiteurs. Mais le Racing ne se laisse pas perturber et passe, grâce à deux victoires sur le même score (1-0). Place au tirage au sort du tour préliminaire : à Nyon, siège de l’UEFA, les boules sortent l’une après

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« Dire qu’il y a trois ans, on tirait à chifoumi pour savoir lequel d’entre nous ferait la vaisselle et maintenant, on voyage dans un salon volant ! » Dimitri Liénard

l’autre du bocal. Il ne reste bientôt plus que celles de Strasbourg et de l’Eintracht Francfort, récent demi-finaliste de la Ligue des Champions contre Chelsea. Du costaud. « Le pire adversaire possible », se désole Mitrović, qui n’a pourtant peur de rien ni de personne. Août s’achève et le Racing embarque avec son maigre viatique (1-0 à l’aller) pour le court déplacement en Allemagne. Pas vraiment rassuré, « Dim » se mord un peu les doigts : « À la fin du match, j’avais gentiment chambré l’ancien Rennais Gelson Fernandes. Il m’a dit, hé Liénard, tu fais le malin, mais tu vas voir au retour chez nous ce que c’est que l’enfer ! Il n’a pas menti ». Dans un stade chauffé à blanc, hostile et intimidant, les choses se gâtent quand « Mitro » marque contre son camp, mais la partie s’équilibre et l’expulsion du buteur croate de l’Eintracht, Ante Rebić, peut laisser espérer une suite favorable. Dans le vestiaire à la mi-temps, Thierry Laurey est tendu (« J’ai vu et entendu des choses scandaleuses dans le couloir, qui n’avaient rien à voir avec le football »), mais néanmoins confiant. « Le coach nous a dit qu’il y avait la place, qu’on aurait des occases, qu’il fallait se montrer patients, poursuit Dimitri Liénard. Et surtout, il nous a demandé de rester disciplinés et de ne pas tomber dans le piège de la provocation ». Il baisse les yeux : « Et devine qui est tombé dedans ? Moi, évidemment. » Sévèrement taclé à la 55e minute, Dim se rebiffe, bouscule son adversaire et prend un rouge. « Alors c’est devenu mission impossible : Francfort a

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marqué deux fois et moi j’ai eu l’impression d’avoir trahi mes partenaires. Je l’ai pris comme un échec personnel. Cette élimination, elle est de ma faute. C’est le plus mauvais souvenir de ma carrière ».

lui ouvrent grand les bras. Il leur sourit. D’instinct, Stéphan a compris que cette ville, ce club et ces gens vous attrapent un jour par le cœur et ne vous quittent plus jamais.

nir. Alors il est là, comme toujours. Avec ses bons mots, avec son infinie bienveillance, parangon de gentillesse et de dévouement. Il a voulu apporter à son Racing, dont il est devenu l’un des actionnaires, le brin de forces qu’il lui reste. Et peut-être aussi en prendre un peu, dans quelques regards, avant l’ultime voyage. Le grand « Paterique », dirigeant passionné, ami des premières heures et de tous les combats, s’est éteint deux semaines plus tard. Mais rien n’est plus vivant qu’un souvenir. Et dans l’esprit de celles et ceux qui l’ont connu résonne encore cette phrase, qu’il se plaisait tant à répéter : « Nous sommes tous de passage, mais le Racing, lui, est éternel ». a

Samedi 29 mai 2021, stade de la Meinau. Bientôt le retour des beaux jours. Sagement assis sur l’estrade pour sa préÉprouvé par une reprise précoce sentation à la presse, le nouvel entraîet exigeante, le Racing entame le neur regarde passer devant lui un homme Championnat 2019-2020 sans savoir au visage émacié, que Marc Keller salue qu’il n’ira pas à son terme. Car un voile d’une voix douce. sombre s’abat sur la planète au sortir de Patrick Dreyfuss, bien que malade l’hiver, le monde se fige soudain, puis et déjà très affaibli, n’aurait pour rien avance masqué, chancelant et apeuré. au monde manqué cette transmission « On consolide nos fonds propres, ce qui de témoin, cette jolie promesse d’avenous évite d’être dépendants et d’avoir la possibilité́ de traverser une mauvaise passe avec sérénité ́ » : quand dans une interview donnée aux DNA en août 2018, Marc Keller énonçait les principes d’une gestion saine, il était loin de se douter, comme quiconque, du double cataclysme qui allait bientôt dynamiter le football français : la pandémie de Covid-19 et la défection du nouveau diffuseur officiel de la Ligue 1, Mediapro. Compétitions interrompues, matchs annulés, « jaugés » ou à huis clos (« Une Meinau vide, c’était une tristesse absolue. L’antithèse de notre projet depuis dix ans », déplore le Président), droits TV en berne, recettes amputées de moitié : même pour un club aussi bien gouverné que le Racing, qui avait intelligemment constitué quelques réserves, le manque à gagner, évalué à plusieurs dizaines de millions d’euros, est conséquent. Pour ne rien arranger, la saison suivante s’avère tumultueuse et s’achève aux portes de la relégation, évitée de jusMarc Keller rend hommage au fameux Mur bleu de la Meinau. tesse lors de la dernière journée. « On en est tous sortis rincés », admet Liénard. Il est temps de reprendre la plume, pour rédiger un autre chapitre du grand roman du Racing, formidable saga des temps modernes. Thierry Laurey fait ses valises, après cinq saisons et 1 454 jours sur le banc, une montée, quatre maintiens, un titre de Champion de Ligue 2, une Coupe de la Ligue et une qualification européenne. Voici venu Julien Stéphan, jeune homme de bonne famille, chemise impeccable et verbe élégant. Il n’a que deux ans d’expérience au plus haut niveau, mais il a conduit le Stade Rennais en Coupe d’Europe et jouit d’une flatteuse réputation. Strasbourg et le Racing

UNE MEINAU VIDE…

« Et dans l’esprit de celles et ceux qui l’ont connu résonne encore cette phrase, que Patrick Dreyfuss se plaisait tant à répéter : “Nous sommes tous de passage, mais le Racing, lui, est éternel”. »

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a R ACI NG – P ORTRAIT Thierry Hubac

Elysandro Cegarra, Franck Kobi

LE JOUEUR DE LA DÉCENNIE Dimitri Liénard, « le paysan de Belfort » Dans ce football mondialisé qui multiplie à outrance les expositions médiatiques et génère un maelstrom bling-bling effarant via les réseaux sociaux, il existe encore des footballeurs enracinés dans l’élite de leur sport, mais qui n’ont perdu aucune des valeurs enseignées par leur famille qui ont rythmé leur enfance et leur jeunesse. À coup sûr, Dimitri Liénard en est, et même s’il se qualifie lui-même « d’espèce en voie de disparition », il offre depuis pas mal de saisons maintenant au Racing Club de Strasbourg Alsace ce qu’il a de plus précieux en lui : le talent, la générosité et l’authenticité. Salut au champion !

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vant même de venir au monde, il maniait déjà à merveille l’art du contre-pied : « À la base, j’aurais dû être une fille et m’appeler Coralie. Mais apparemment l’échographie s’était trompée. Ça ne devait pas très bien fonctionner, à l’époque ! » Et il se marre. Comme souvent. « Mes parents avaient acheté tous les vêtements en rose. Du coup, la maternité a dû leur prêter des habits bleus ». Ainsi s’éveille le fabuleux destin de Dimitri Liénard, né sous le signe du Verseau, de Sophie Bischoff, de lointaine ascendance italienne (« Mon arrière-grand-père s’appelait Ferrari, comme la voiture »), employée à la centrale laitière de Belfort et de Gilles Liénard, brancardier, ambulancier puis routier, que des envies d’ailleurs conduiront très vite loin de sa famille. « Je n’ai aucun souvenir de lui, raconte Dim. Il a quitté la maison quand j’avais quatre ans. Pendant quelque temps, il m’a pris toutes les deux semaines et puis un jour, il a définitivement disparu. Je ne l’ai plus jamais revu. Il n’a jamais cherché à le faire et moi non plus ». Sa cicatrice intérieure. Une fêlure du cœur, compagne de ses nuits d’insomnie, qui perturbera longtemps le petit Dimitri. Mais qui construira l’homme qu’il est devenu, attachant, généreux, sensible et profondément gentil. Sophie se retrouve seule avec son fils, ses maigres revenus et ses rêves envolés. « Mais elle n’a jamais baissé les bras, je crois que je tiens ça d’elle. Ma maman est une femme courageuse, une battante, une guerrière. Elle a bossé dur à l’usine pendant plus de vingt ans, elle a fait beaucoup de sacrifices pour moi. Et je ne l’ai jamais entendue se plaindre ». Tôt le matin, elle assoit Dim sur le porte-bagages de son vélo

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pour aller le déposer à l’école avant de partir travailler. Et le soir en rentrant, elle commence à s’arrêter régulièrement avenue Jean-Jaurès, au café de la Paix, tenu par Jean-Louis Arnold. C’est l’aube d’une belle romance : l’amour est enfin de retour. Très vite, l’adorable « Loulou » s’installe dans l’appartement du quartier Allende avec Sophie et Dimitri et met du soleil dans leur vie. « Il m’a élevé comme si j’étais son propre enfant, en me donnant toute l’affection dont j’avais besoin de la part d’un père. D’ailleurs c’est lui, mon papa. Il a tant fait pour moi. Si j’avais pu deviner la carrière que j’allais accomplir, j’aurais choisi de prendre son nom. Je me serais appelé Dimitri Arnold, pour lui rendre hommage ».

LOULOU PREND ALORS LES CHOSES EN MAINS… Mais ni lui ni personne, pas même sa propre mère dans ses espoirs les plus secrets, n’auraient pu imaginer ce parcours incroyable, que rien ne laissait Une décennie Or Norme

Lors de la dernière saison, le « paysan de Belfort » est devenu Capitaine du Racing

« Si j’avais pu deviner la carrière que j’allais accomplir, j’aurais choisi de prendre son nom. Je me serais appelé Dimitri Arnold, pour lui rendre hommage. »

présager. « Ce qui m’est arrivé, c’est un miracle », estime Dim. Le gosse est frêle, chétif, il a du mal à grandir, à s’étoffer (« J’étais un gringalet » !) ; turbulent et déconcentré, il n’est pas bon élève (« Je n’en suis pas fier ») et quand il rentre à la maison, les devoirs sont un véritable calvaire : « C’est Loulou qui me les faisait faire, avec beaucoup de patience et de bienveillance. Mais je n’y arrivais pas et je finissais par aller me coucher en larmes, tard le soir ». Il préfère de loin la console, quand il ne fait pas beau, avec ses potes et son inséparable voisin de palier Sliven, dont les parents lui offrent ses premières vacances (« Dans un camping près de Carcassonne, j’avais huit ans »). La joyeuse bande passe des heures sur Football Manager, à disputer les plus grands matchs avec les plus belles équipes. « Je prenais souvent le Milan AC et on se battait tous pour avoir un joueur qui était performant et pas cher : David Sommeil ». Dim rigole : « Je l’ai fait jouer aux côtés de Nesta, Kaladze ou Costacurta, il a été champion d’Europe et il ne l’a jamais su ! ». a RACI NG

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Cependant, ce que Dimitri Liénard aime par-dessus tout, c’est le football, le vrai. Plus qu’une passion : une obsession. Sa chambre est tapissée des posters de son idole Zidane et il ne quitte jamais son ballon, y compris à table ou au lit. Quand il ne joue pas des parties endiablées au city stade du coin avec ses camarades ou ses cousins, il gambade sur les pelouses, dans les pattes de Loulou, entraîneur à l’USC Sermamagny. Un vrai pot de colle. « Il m’appelait “la glu” ! J’étais devenu la mascotte de l’équipe. Ensuite, j’y ai pris ma première licence ». Même sous l’orage ou par vent glacial, Dim ne rate pas un entraînement, pas une rencontre. Très vite, chacun sent bien que ce gamin au pied gauche enchanteur possède un talent certain. À tel point qu’à treize ans, après deux saisons à Belfort, le FC Sochaux, club phare de la région, lui propose d’intégrer son centre de formation. Mais l’aventure fait long feu : privé de ses repères, logé en famille d’accueil loin des siens, l’ado dynamique et jovial se fane lentement. Il décroche des études, se renferme, ne prend plus de plaisir sur le terrain. Un an et demi plus tard, il revient à la case départ, s’oriente vers un BEP de jardinier-paysagiste et renonce à son ambition de devenir footballeur professionnel. Loulou, dont le père André Arnold a été semi-pro à Lille, prend alors les choses en mains : il préserve de certaines fréquentations le jeune homme cabossé et influençable, lui redonne confiance et reprogramme son logiciel. Objectif : évoluer un jour en National, l’équivalent de la

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Ci-dessus et sur les deux pages suivantes : 90 + 4, le chef-d’oeuvre de Dimitri Liénard a permis au Racing de conserver sa place en Ligue 1.

3e division française. « J’ai retrouvé l’envie, la volonté de réussir. Je me suis forgé ce mental d’acier qui ne m’a jamais plus quitté et je suis reparti de zéro, du plus bas niveau de District ». C’est l’époque épique des terrains champêtres, des stades improbables aux relents de merguez, des adversaires bedonnants et des matchs homériques, disputés sous l’œil indifférent de quelques vaches voisines. « Une fois, j’ai même déblayé la neige le matin avec ma pelle, pour qu’on puisse voir les lignes et jouer l’après-midi. C’était le vrai football. On se mettait des taquets, mais on se retrouvait après le match pour tirer le bouchon et boire un verre ensemble ». C’est aussi l’époque où il faut bosser pour gagner sa croûte, avant d’aller s’entraîner. Le voici tour à tour coursier pour un laboratoire d’analyses médicales, parcourant la région en mobylette pour récupérer les éprouvettes de sang, puis magasinier au Super U de Valdoie, rayon liquides, debout à l’aube le dos en vrac, ou encore terrassier de fortune, à taper du marteau-piqueur, les pieds gelés l’hiver dans ses grosses bottes en caoutchouc. Les fins de mois sont souvent difficiles, mais il a la rage au corps et l’esprit de revanche. « Ça n’a jamais été du tout cuit, on ne m’a rien apporté sur un plateau. J’ai appris à me battre, je connais le prix de l’effort et la valeur de l’argent ». Il s’endurcit, pousse à toute allure pour culminer bientôt à un mètre quatre-vingt-un et passe son permis de conduire, sans se départir de son âme d’enfant. À l’examinateur qui lui demande ce jour-là ce qu’il faut Une décennie Or Norme


faire si le pare-brise se fissure, il répond en chantant le slogan de la pub Carglass. Du Dimitri Liénard pur jus : authentique, naturel, spontané.

LE FOOT, LE FOOT ET RIEN QUE LE FOOT… Côté foot, il revient à Belfort, puis signe au FC Mulhouse, en CFA (4e division). « Il y avait des gars meilleurs que moi, qui auraient pu faire du chemin, mais qui sont partis en vrille. Parce qu’ils avaient oublié des vertus essentielles : la volonté, la patience, le travail ». Et côté cœur, à 17 ans, il rencontre une lycéenne d’un an sa cadette, Cindy, future infirmière diplômée, qu’il appelle affectueusement « bébé ». Elle sourit : « Il entraînait les U8 de son village, où jouait mon petit frère. Je me suis débrouillée pour avoir son numéro de téléphone et c’est moi qui ai fait le premier pas. Lui, il ne pensait même pas aux filles : c’était le foot, le foot et rien que le foot » ! Dix ans plus tard, Dim lui fera tout de même sa demande en mariage. À sa manière, évidemment : « Le genou à terre en smoking, façon chevalier servant, c’était pas mon truc. Je savais qu’elle adorait le McDo, alors je suis allé lui acheter un Big Mac, j’ai enlevé le hamburger, j’ai mis la bague dans la boîte et je lui ai fait la surprise quand elle est rentrée du boulot ». Cindy, calme et pondérée, son équilibre, son pilier. Et parfois même son agent. C’est elle qui, à l’été 2013 lorsque Dimitri est approché par Strasbourg, n’hésite pas à négocier avec le Président Keller Une décennie Or Norme

« Il y avait des gars meilleurs que moi, qui auraient pu faire du chemin, mais qui sont partis en vrille. Parce qu’ils avaient oublié des vertus essentielles : la volonté, la patience, le travail. »

quelques centaines d’euros de rab sur le (modeste) salaire de son compagnon : « Elle lui a dit ce que je n’aurais jamais osé lui dire : désolée monsieur, c’est pas assez ». Cindy, aimante et prévenante, qui lui a donné deux fils, Léo et Nino, la plus grande fierté de ce papa qui a trop tôt perdu le sien. « À seulement sept ans, l’aîné fait déjà ses 50 jongles avec un ballon et il connaît tous les drapeaux et toutes les capitales du monde ! », clamet-il, admiratif. L’amour et la famille, la force et la foi : les fondements de la vie de Dimitri Liénard sont tatoués le long de son bras gauche, de l’épaule jusqu’aux phalanges : une Vierge, un chapelet et deux mains unies en prière, six hirondelles pour ses êtres les plus chers, le signe astrologique de ses proches, le prénom et la date de naissance de ses enfants, une épée et un lion, symboles des combats qu’il a menés. Et trois maximes encrées en lettres déliées, dont l’une résume à elle seule la destinée hors normes de ce fervent croyant : « C’est Dieu qui donne, c’est Dieu qui prend ». Le Racing, alors en pleine reconstruction, vient d’être promu en National. Dim fait le grand saut : « C’était un risque, mais j’étais heureux : à 25 ans, j’avais atteint l’objectif qu’on s’était fixé avec Loulou. J’avais signé pour une saison, juste pour jouer quelques matchs à ce niveau, je ne voyais pas plus loin. Pas un seul instant je n’aurais imaginé tout ce qui s’est passé par la suite ». Une suite désormais gravée en lettres d’or dans l’histoire du Racing Club de Strasbourg Alsace, digne d’un récit de légende. Dimitri Liénard, « le paysan de a RACI NG

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Belfort » comme il se qualifie lui-même, franchit les étapes de l’ombre à la lumière, jusqu’en Ligue 1, jusqu’en Coupe d’Europe, jusqu’à porter, 300 matchs plus tard, le brassard de capitaine à 34 ans, honneur suprême. « À chaque montée, je partais dans l’inconnu : on ne croyait pas forcément en moi, on se disait : cette fois Liénard, il va faire le nombre, il n’arrivera pas à passer ce palier-là. Mais j’ai toujours su hausser mon niveau pour m’adapter et finalement m’imposer ». Avec la découverte du plus haut niveau, l’existence de Dimitri tourne au conte de fées. Avec son coéquipier et fidèle ami Jérémy Grimm, qui partage son irrésistible ascension, ses bonheurs et parfois ses chagrins, ils écarquillent les yeux chaque jour davantage, presque incrédules. À la veille d’affronter pour la première fois Neymar, Mbappé et l’armada de superstars du PSG au Parc des Princes, les deux compères mesurent le chemin parcouru : « On est tous les deux des gens du peuple, on vient de la vraie vie. Et voilà où on est aujourd’hui. C’est fantastique ! Il faut profiter de chaque minute et ne jamais l’oublier ». Liénard : la France entière découvre ce joueur polyvalent, véritable couteau suisse aux mille talents, à la fois passeur décisif que l’on surnomme volontiers « Mister caviar », et buteur d’anthologie. Les images de certains de ses chefs-d’œuvre passent bientôt en boucle sur les chaînes de télé : son imparable « sacoche » contre l’OM en 2017, son fabuleux coup franc dans le temps additionnel face à Lyon l’année suivante, synonyme de maintien parmi l’élite, ou encore sa célèbre « Panenka » dans la série de tirs au but, en finale de la Coupe de la Ligue 2019. « C’est vrai que j’ai toujours aimé faire quelque chose qui sort de l’ordinaire dans les matchs importants, sans penser aux apparences, sans réfléchir aux conséquences. C’est mon grain de folie, mon éternelle insouciance ».

DEMAIN, ON VERRA BIEN… Marc Keller et les différents entraîneurs, de leur côté, sont ravis de pouvoir compter sur un garçon pareil, qui ne ménage jamais sa peine, humble et travailleur, en parfaite adéquation avec les valeurs du Racing. Et prêt à tous les efforts, y compris finan-

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« J’ai toujours su hausser mon niveau pour m’adapter et finalement m’imposer. » ciers : quand la planète foot se met à l’arrêt pour cause de pandémie de Covid-19, il est le premier à accepter la baisse de ses émoluments, pour le bien commun et la survie du club. Les médias, eux, adorent ce footballeur atypique qui casse les codes, ce survivant d’un autre monde, capable de débouler en zone mixte une bière à la main un soir d’euphorie, de refaire le match dans son langage fleuri ou de demander un autographe au chroniqueur d’une émission de Canal + dont il est pourtant l’invité d’honneur. Les supporters, enfin, ont fait du plus alsacien des Francs-Comtois, personnage incarnant, leur petit chouchou. « Ils peuvent s’identifier à moi, parce que je suis resté disponible et abordable, respectueux. Nos supporters sont exceptionnels et je les aime autant qu’ils m’aiment. Ils savent que je me donnerai toujours à fond sur un terrain, sans tricher, sans me cacher. Pour eux, pour mes partenaires et pour le Racing tout entier ».

pierre précieuse. « Je suis une espèce en voie de disparition, car je pense malheureusement qu’on verra de moins en moins de trajectoires comme la mienne dans le football de demain. Tout devient formaté, standardisé, c’est dommage ». En attendant, comme les grands vins, il se bonifie avec l’âge, prend encore autant de kif avec un ballon, suit des cours d’anglais, entretient sa musculature en salle et s’est inscrit à la boxe : « Je considère ce sport comme un art, un modèle de surpassement de soi ». Et le soir chez lui, comme au temps de son enfance, il se pose à la console pour s’amuser en ligne avec les copains. Le temps s’écoule paisiblement, au fil des lunes, au rythme des saisons : foot et famille, barbeuc l’été et raclette l’hiver, plaisirs simples d’un homme simple. Et demain ? « Demain, on verra bien. Je voudrais d’abord prolonger ce rêve éveillé, continuer à rendre au football un peu de ce qu’il m’a donné et jouer le plus longtemps possible ». Avec une couleur qui lui Ainsi va la vie de Dimitri Liénard, qui jour colle au cœur, celle du Racing, ce bel habit après jour le façonne et le polit, comme une bleu qu’il n’a pas eu à sa naissance. a Une décennie Or Norme



© Franck Kobi



Racing–Rennes lors de la 33e journée de la saison dernière : une si belle victoire ! Gameiro, Djiku, Caci, Nyamsi, Ajorque, Bellegarde, Perrin.

UNE SAISON EN OR Ce fabuleux Racing 2021-22 50

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a RACI NG – UN E SA IS ON EN OR Jean-Luc Fournier

Jean-Baptiste Autissier, Elysandro Cegarra – Franck Kobi – Federico Pestillini – Nicolas Rosès

Quand nous avions évoqué avec Marc Keller la possibilité de réaliser ce magazine hors-série de Or Norme sur cette dernière décennie… hors-norme, personne ne pouvait prévoir à quel point la saison que nous venons de vivre nous comblerait. C’était l’été dernier et entre la fin espérée de la crise du Covid et le sauvetage in extremis de la précieuse place en Ligue 1, on aurait tout de suite signer pour une saison tranquille et moins angoissante, à l’abri d’une douillette place en milieu de tableau. Mais voilà, le football est souvent déroutant, et quelquefois pour le meilleur. Retour sur la saison de tous les superlatifs… ême avec l’euphorie née de cette splendide saison 2021-22, aucun supporter du Racing digne de ce nom n’a oublié ce dimanche 21 mai 2021 et cette poignée de minutes (onze, exactement) durant lesquelles son estomac s’est noué, jusqu’à l’atroce. Il y a un an, c’était la 38e et ultime journée d’un championnat mis sens dessus dessous par cette maudite épidémie de Covid-19. Personne n’oubliera jamais ces stades d’ordinaire si joyeux et colorés, devenus comme autant de hangars désaffectés, lugubres et sonnant creux. En ces temps si sinistres, seules les retransmissions télé et leurs bandes sonores additionnelles simulant les applaudissements du public permettaient un semblant de relation entre les clubs et leurs supporters… Cet ultime match de la saison opposait le Racing au FC Lorient. Et les deux clubs avaient de très bonnes raisons « d’en vouloir » : au minimum, ne pas perdre et espérer ainsi conserver leur place en Ligue 1. Au moment où l’arbitre Stéphanie Frappart siffle le coup d’envoi dans un stade désert, le Racing joue sa peau. Il n’a qu’un minuscule point d’avance sur le FC Nantes qui occupe au même moment la 17e place, celle du barragiste qui sera opposé à un club de Ligue 2 ayant forcément le vent en poupe. Galère assurée pour le pensionnaire de la Ligue 1… Une belle bouffée d’oxygène survient dès la 18e minute avec le but de Habib Diallo. Les télécommandes du multi-

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plex télé chauffent (tous les matchs se déroulent en même temps, comme le veut le règlement de la compétition.) Treize minutes plus tard, on respire encore bien mieux : Laborde vient de marquer, Montpellier mène 1-0 à Nantes. Joie de courte durée : les jaunes de Kombouaré égalisent à peine deux minutes plus tard. À la mi-temps, le Racing, avec deux points d’avance sur les Canaris, conserve sa place en Ligue 1. Mais, pour être franc, on n’en mène quand même pas large, ce ne sont pas nos Bleus des grands soirs… Dix minutes à peine après le coup d’envoi de la 2e mi-temps, Lorient, largement maître du jeu, égalise via Chalobah. Tout est à refaire et le Racing, peu vaillant, inquiète de plus en plus. Tout peut basculer sur un souffle. Si Nantes marque, si Lorient double la mise à la Meinau, c’en est fini des espoirs de maintien pour le Racing. Il faudra donc attendre onze très longues minutes pour recommencer à respirer plus librement quand, à Nantes, le Montpelliérain Delort donne l’avantage à son équipe à la 76e minute. Le dernier quart d’heure de cette étouffante ultime journée du championnat figera définitivement les scores ainsi. Strasbourg conservera ainsi sa place en Ligue 1, au bout du bout d’un (trop) long suspense. C’était il y a donc un peu plus d’un an. Si ce soir-là, un sondage avait pu être effectué parmi les milliers de supporters

strasbourgeois sur leur vœu le plus cher pour la saison à venir, il y a fort à parier que le désir de vivre une saison tranquille, douillettement lové au milieu du tableau, aurait largement prévalu. Si quelqu’un avait alors émis haut et fort l’hypothèse d’un Racing, un an plus tard, rendant coup pour coup aux cadors de la Ligue 1, n’abdiquant ses prétentions européennes que lors de l’ultime match à Marseille (l’OM qui jouait de plus sa santé financière sur ce seul match également, avec une vitale participation à la Champions League à la clé), il aurait très certainement été pris pour un fou. Et pourtant… Flash-back sur une saison en or !

« Les deux clubs avaient de très bonnes raisons “d’en vouloir” : au minimum, ne pas perdre et espérer ainsi conserver leur place en Ligue 1. » a RACI NG

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AOUT 2021 : COUCI-COUÇA, MAIS DES INDICES FAVORABLES QUI POINTENT…

Julien Stéphan

Gerzino Nyamsi, face à l’AS Saint-Étienne.

Racing–Monaco : Kevin Gameiro en duel avec Disasi et face à Vanderson.

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On est au cœur de l’été. Ce dimanche 8 août 2021, le Racing de Julien Stéphan (qui a succédé à Thierry Laurey et qui arrive avec une flatteuse réputation gagnée au Stade rennais) reçoit Angers, entraîné par une vieille connaissance, Gérald Baticle, qu’aucun supporter strasbourgeois n’a oublié. Et cette première journée inaugure très mal le championnat : Angers tire deux fois au but et marque à chaque fois. Les plus de 23 000 supporters de la Meinau font la grimace. Tous comprennent que l’effectif, surtout en défense, est encore très incomplet. Pour la seconde journée, le 14 août, le calendrier propose ni plus ni moins que le PSG, dans son antre du Parc des Princes. Il aurait fallu un miracle sur une pelouse où le Racing n’a… jamais gagné de toute son histoire, ne grappillant que sept matchs nuls en plus de trente ans. Défaite 4-2, mais premier but pour le revenant Kevin Gameiro (34 ans) que Marc Keller avait su convaincre de rejoindre le Racing après une rencontre inopinée aux Internationaux de tennis féminin de Strasbourg. L’autre but est signé Ludovic Ajorque. On se dit alors que ce serait bien si un duo complice pouvait ainsi naître et perdurer… La 3e journée déçoit encore. À la Meinau, le Racing ne parvient pas à l’emporter contre les modestes Troyens et est même tout heureux de voir Thomasson égaliser à la 77e minute alors que les Aubois menaient depuis la 19e minute de jeu. Au moment de recevoir Brest le 29 août (deuxième match consécutif à domicile), les Bleus savent qu’ils doivent impérativement prendre les trois points de la victoire. Ce sera fait (3-1) avec un but de Sanjin Prcić qui signe ainsi son retour de l’exil prononcé par Thierry Laurey la saison précédente. Sa joie fait plaisir à voir. Le Racing n’avait plus gagné à la Meinau depuis… le 3 mars précédent (1-0 contre Monaco)… Ce difficile mois d’août se clôt néanmoins sur de bonnes nouvelles, côté recrutement : le 27 août, le club annonce la signature du défenseur Maxime Le Marchand, en provenance de Fulham. Le 30, c’est l’annonce de l’arrivée du solide Rennais Gerzino Nyamsi et le lendemain, c’est la confirmation très attendue du retour du latéral Frédéric Guilbert, de nouveau prêté par Aston Villa. Trois défenseurs qui vont faire le bonheur de Julien Stéphan… Une décennie Or Norme



SEPTEMBRE : SIX POINTS SUR DOUZE POSSIBLES C’est encore un terrain maudit qui accueille le Racing pour son premier déplacement du mois, le 12 septembre. La dernière fois que les Alsaciens ont gagné à Lyon, c’était en août 1979 ! La victoire ne sera pas encore pour cette année, le Racing s’inclinant 3-1 (Diallo n’inscrivant le seul but du club qu’au bout de six longues minutes d’arrêts de jeu). Cinq jours plus tard, c’est Metz qui se présente à la Meinau. La problématique est la même que lors de la venue de Brest, le mois d’avant. Vaincre, vaincre absolument. Ce sera très bien fait (3-0) avec deux buts de Habib Diallo face à son ancien club, Ajorque complétant le tableau. Le 22 septembre est le choc des deux Racing, au stade Bollaert de Lens. Notre Racing essuie une cascade de tirs cadrés dans la cage gardée par un Matz Sels qui, depuis le début de saison, a retrouvé son Ludovic Ajorque tout meilleur niveau. Rien, heureusement, ne rentre. Et, comme souvent en pareil cas, c’est Strasbourg qui réalise le hold-up parfait (but d’Ajorque à la 67e, après un somptueux enchainement de seize passes consécutives et ininterrompues). Mais c’est la rechute, à domicile, trois jours plus tard. Lille venge Lens (1-2), le Nord n’abdique pas comme ça et le Racing continue à boiter…

« Vaincre, vaincre absolument. Ce sera très bien fait (3-0) avec deux buts de Habib Diallo face à son ancien club, Ajorque complétant le tableau. »

Habib Diallo vient de marquer contre Rennes.

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OCTOBRE : LE PLEIN À LA MEINAU, UNE FLOPÉE DE BUTS ET DES JOUEURS EN VADROUILLE… Deux matchs à la Meinau et deux victoires : avec la façon, s’il vous plait. 5-1 contre Saint-Étienne et 4-0 contre Lorient. Un nul à Montpellier (1-1) sur un terrain où accrocher les points n’était pas tâche facile à ce moment de la saison et une courte défaite à Rennes (1-0), le Racing ne s’inclinant (un peu bêtement) qu’à la 82e minute d’un match qu’il avait parfaitement maîtrisé, jusque là. Pas moins de quatre joueurs majeurs ont dû s’exiler pour répondre aux convocations de leur sélectionneur national : Sanjin Prcić (deux fois), Matz Sels, Alexander Djiku et Habib Diallo. La « papinade » de Alexander Djiku crucifie Monaco.

Matz Sels, lors de Racing-Montpellier

Jeanricner Bellegarde

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NOVEMBRE : TROIS MATCHS NULS Le premier d’entre eux fut sur le terrain du FC Nantes (2-2) après une expulsion de Ludovic Ajorque par l’arbitre bourguignon Clément Turpin, complètement dépassé sur le coup. Le second fut concédé à domicile contre Reims, auteur d’un but opportuniste très tôt dans le match. Il fallut cet après-midi-là attendre le somptueux coup de patte de Jeanricner Bellegarde pour voir le Racing sauver les meubles. Ce même Racing qui réussit l’exploit la semaine suivante de ramener un précieux point du stade Louis II de Monaco.

Frédéric Guilbert contre Nantes.

DÉCEMBRE : NEUF POINTS SUR DOUZE ET TOUJOURS LE PLEIN DE BUTS… Pluie de buts à la Meinau (5-2) contre un Bordeaux déjà sur la pente de la dérive fatale qui allait l’entraîner en enfer. Coup de maître quatre jours plus tard à Nice (0-3), Ludovic Ajorque marquant là-bas son… 19e but de l’année civile 2021. Coup d’arrêt lors de la réception de Marseille (0-2), mais beau redressement quatre jours plus tard à Valenciennes où Habib Diallo surgit dans un brouillard à couper au couteau pour donner la victoire au Racing lors des 32e de finale de la Coupe de France. C’est la (courte) trêve des confiseurs. Après 18 journées, le Racing pointe à une flatteuse 7e place du classement avec 7 victoires, 5 nuls et 6 défaites. Les Bleus ont marqué 34 fois (2e attaque du championnat derrière PSG et ses 38 réalisations) et encaissé 24 buts. C’est (déjà) ce qui s’appelle un beau bilan.

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JANVIER 2022 : UNE ÉLIMINATION EN COUPE DE FRANCE, MAIS NEUF POINTS SUR DOUZE ENSUITE… Une reprise contrariante (élimination en Coupe de France – 1-0 à Montpellier), mais une rafale de neuf points pour trois victoires consécutives ensuite ; 2-0 à Metz (six point sur six pris contre le rival lorrain, le Racing n’avait pas été à pareille fête depuis… la saison du titre en 197879 !). 3-1 à la Meinau contre Montpellier (les matchs se suivent et ne se ressemblent pas) et 2-0 à Clermont le 19 janvier. Coup dur à Bordeaux contre le dernier du championnat : le Racing s’incline en prenant quatre buts (insaisissable Uijo Hwang) tout en en marquant… trois ! Une des plus grosses déceptions de la saison, un football bafouillé, mais une leçon qui servira, Julien Stéphan ayant ensuite fermement « appuyé là où ça faisait mal : un retardement qui portera largement ses fruits…

« En battant Nantes (...) ni Julien Stéphan ni ses joueurs ne peuvent deviner qu’ils viennent d’entamer une série historique dont tout le monde se souviendra encore très longtemps. »

Anthony Caci aura effectué une formidable ultime saison avec le Racing (ici contre Rennes).

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F A B R I Q U É

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F R A N C E


La détermination de Maxime Le Marchand (ici contre SaintÉtienne).

FÉVRIER – MARS AVRIL : MASTERPIECE L’INCROYABLE SÉRIE DE ONZE MATCHS SANS DÉFAITE ! Il nous plait déjà bien ce Racing qui s’est transformé peu à peu en machine à vaincre, avec ce pressing constant et total qu’il impose sans complexe à l’ensemble de ses adversaires. Mais ce dimanche 6 février en battant Nantes 1-0 à la Meinau, ni Julien Stéphan ni ses joueurs ne peuvent deviner qu’ils viennent d’entamer une série historique dont tout le monde se souviendra encore très longtemps. Victoire contre Nantes, donc, puis victoire à Angers (0-1 – quelle reprise de volée de Kevin Gameiro !), match nul 2-2 contre Saint-Étienne à la Meinau (avec une sacrée papinade de Perrin !), match nul de nouveau contre Nice à domicile (0-0 – Benitez, le gardien azuréen, était dans un état de grâce, ce soir-là…), match nul encore à Reims (1-1 – Reims n’a cadré qu’un tir, mais le bon...), victoire fabuleuse (1-0) contre un Monaco explosif, mais maté par une autre papinade signée Djikou, match nul à Lorient dans un match au couteau, victoire convaincante contre la très belle armada du RC Lens, match nul malheureux contre Lyon à la Meinau (but en raccroc de Toko-Ekambi pour l’OL, à une frustrante 90e minute), match nul à Troyes (1-1) le Racing étant une nouvelle fois rattrapé vers la fin du match, précieuse et très brillante victoire (2-1 – contre une des toutes meilleures équipes du championnat, le Stade rennais), Ludovic Ajorque retrouvant le chemin des buts

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avec une tête d’école après que Habib Diallo ait ouvert le score à la 4e minute, son 20e but sous les couleurs du Racing. Toutes les séries sont bien sûr faites pour se terminer un jour ou l’autre, c’est bien connu. Ce fut à Lille (1-0), là encore dans les toutes dernières minutes de jeu (87e). Pour la première fois depuis son succès à Clermont le 19 janvier précédent, le Racing quittait ce soir-là sa place dans le top 5 ! Le dernier match de ce mois d’avril fut celui contre le PSG, venu à Strasbourg avec son armada au grand complet (Mbappé, Neymar, Messi…). Encore un match inoubliable : l’opportunisme (et la rapidité, à presque 35 ans !) de Kevin Gameiro médusant l’impuissant Donnarumma dès la 3e minute de jeu sur une lumineuse ouverture en profondeur de l’inspiré Perrin) et le magistral but égalisateur de Anthony Caci servi comme sur un plateau par l’inévitable (pour le PSG…) Dimitri Lienard, tout heureux de régaler son équipier pour son avant-dernier match à la Meinau avant son départ à Mayence en Bundesliga, annoncé quelques mois auparavant. Après sa belle série et ses derniers résultats, à trois journées de la fin, le Racing pointe à la sixième place du championnat, à trois points du 5e, l’OGC Nice. Tout reste encore possible pour une place en coupe européenne… Une décennie Or Norme


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MAI : LE RACING AURA TOUT TENTÉ…

Messi, complètement muselé par la défense strasbourgeoise.

« Clap de fin sur une saison en or, les statistiques flatteuses s’enchaînent. » Une décennie Or Norme

Plus que trois matchs et quoiqu’il arrive d’ici le terme du 21 mai à Marseille, cette saison du Racing restera dans les annales. Une victoire 1-0 à Brest (où rien n’était acquis d’avance, pourtant – but de l’inévitable et toujours formidable Kevin Gameiro), une autre, sur le même score (but d’Adrien Thomasson), à la Meinau lors du dernier match à domicile avec les adieux émouvants d’Anthony Caci. Mission remplie, tout se jouera donc une semaine plus tard à Marseille, lors d’un bouillant et explosif dernier match. Tout a été dit sur la large défaite (4-0 – la plus lourde de la saison) concédée par le Racing dans un stade-vélodrome incandescent qui ne l’avait pas été autant depuis tant et tant d’années, aux dires de certains supporters locaux. Ce score brutal et implacable (malgré les deux énormes occasions ratées d’un cheveu par un Kevin Gameiro toujours aussi punchy) aura presque fait oublié qu’à quatorze petites minutes de la fin, notre Racing était encore européen, Nice étant mené deux à zéro depuis la première mi-temps à Reims. Mais Andy Delort réussit à marquer à trois reprises en un quart d’heure (!), ruinant finalement les rêves européens du Racing. Clap de fin sur une saison en or, les statistiques flatteuses s’enchaînant : meilleur classement du club en Ligue 1 depuis plus de quatre décennies, plus grand nombre de buts marqués (60) depuis les 68 marqués lors de la saison du titre en 1978-79, meilleur trio d’attaque (Ludovic Ajorque – Kevin Gameiro – Habib Diallo, tous trois auteurs d’au moins dix buts) pour la première fois depuis la saison du titre là encore ! (Albert Gemmrich – Francis Piasecki – Roland Wagner). Quel bonheur et quel privilège d’avoir vécu tout cela ! a a RACI NG

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Alban Hefti

ADRIEN THOMASSON

« Il peut arriver que l’on fasse des choses folles, par instinct et sans imaginer qu’elles vont être exceptionnelles… » À l’exception de quelques matchs vers la fin de saison qu’il aura manqués pour raison de blessure (et qui auront prouvé à quel point il fut précieux dans le jeu du Racing cette saison), Adrien Thomasson aura été de tous les bons coups, étalant en pleine lumière sa vista, sa constance et son opportunisme, en parfaite complicité avec le reste de l’équipe…

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On précise que les contraintes de calendrier nous font réaliser cet entretien quelques jours avant le dernier match à Marseille et au lendemain de la victoire contre Clermont, avec ce but déterminant de votre part. Vous pouvez désormais analyser cette saison comme il se doit. Est-ce qu’un tel parcours est le parcours dont rêverait tout joueur au moment de ses débuts ou lors de ses premiers pas dans le monde du football professionnel ? Oui, à coup sûr. À la base, en début de saison, rien n’était prévu dans ce sens, on sortait d’une très difficile saison 20202021 où on avait acquis le maintien du club lors de la toute dernière journée. Au fil des journées qui s’enchaînaient, on a su peu à peu bonifier nos performances. Mais c’est vrai que chaque joueur a au fond de lui l’envie de vivre une telle saison… Mais quand vous débutiez, tout jeune, chez vous en Savoie, la perspective de vivre de tels moments était-elle déjà inscrite quelque part en vous ? Absolument, oui. Quelquefois je rêvais d’encore plus : gagner des titres à foison, jouer la Coupe d’Europe. Côté titre, ce fut la Coupe de la Ligue il y a deux ans et cette année, on tutoie l’Europe. Ces rêves étaient les miens depuis toujours, oui… Pour revenir sur cette saison magnifique, le doute vous a-t-il habité à un moment ou à un autre avec ce début de saison un peu quelconque avec une équipe manifestement pas complète dans tous ses rangs ? Non, pas un instant et je ne dis pas ça avec le recul. Pas un instant parce que, très honnêtement, je savais qu’on travaillait très bien depuis le premier jour de la préparation. On avait fait une série de très bons matchs amicaux et même si les premières journées du championnat n’avaient pas reflété cette bonne préparation, je savais que le club allait faire des retouches avant la fin du mercato et au fond de moi je sentais qu’on allait vite progresser ensuite. J’étais confiant et je voyais déjà tout ce qu’on était capable de produire à l’entraînement. Il nous fallait une victoire probante, on l’a obtenue contre Brest ici à la Meinau. Il fallait ce déclic pour décoller… Une décennie Or Norme


Vos premières perceptions du nouvel entraîneur du club, Julien Stephan ? Très bonnes. Au-delà de mes espérances, même. Dès le début de la préparation, on s’attendait à beaucoup courir et à beaucoup suer. Et on a beaucoup couru et beaucoup sué (rires), mais on sentait de nouvelles méthodes auxquelles on a tout de suite adhéré… Beaucoup de jeux avec le ballon, beaucoup de travail tactique dès le début de la préparation, on a retrouvé un plaisir qu’on avait peutêtre perdu les années précédentes, en tout cas la saison d’avant. À ce stade de la saison, dès le début de la préparation, pour un nouvel entraîneur tout est à découvrir. Est-ce que Julien Stéphan vous a tout de suite expliqué là où il voulait en venir ou alors, a-t-il fait en sorte que par touches successives les joueurs comprennent et intègrent ses options ? Julien Stephan n’a eu de cesse d’exposer ses grandes idées tout au long de cette longue période qui précède le premier match du championnat. Même si on était un certain nombre de joueurs avec Une décennie Or Norme

une forte expérience, nous avions tous ce besoin que le coach s’exprime sur ce qu’il souhaite mettre en place et là où il veut précisément aller. Quand c’est fait, on rentre ensuite dans un long processus de travail à l’entraînement durant lequel l’entraîneur apprend lui aussi à nous découvrir en profondeur. Même si durant les premiers matchs on n’avait pas encore tout à fait assimilé ce qu’il voulait, c’est venu finalement très vite ensuite, avec les matchs qui s’enchaînaient. Il y a ce fameux pressing qui est devenu un casse-tête pour bon nombre des adversaires du Racing. Comment s’adapte-t-on à une telle demande de l’entraîneur ? Pour moi, c’est dû au travail quotidien. Dès le début de la semaine, on travaille tactiquement ce pressing, ce jeu sans ballon que le coach a mis en place dès le tout début : il nous l’a annoncé d’entrée. Durant les matchs amicaux, on n’était pas habitués à ça, on a été un peu surpris. Ce jeu-là, on était beaucoup de joueurs de l’effectif à vouloir le mettre en place, je pense que Julien Stephan s’en

est convaincu lors des nombreux entretiens individuels qu’il a menés avec nous tous. On savait aussi qu’avec la ferveur du retour des supporters à la Meinau, le public allait nous pousser à fond dans ce sens. L’entraîneur a su nous persuader que nous pouvions aussi reproduire ce pressing loin de chez nous. Alors, on n’a pas changé de stratégie. Cette débauche d’énergie tout au long de la saison a également été rendue possible par tout le staff qui nous entoure, notamment les préparateurs physiques. C’est un tout ! Y a-t-il eu un moment de doute, au cœur de cette formidable saison ? Non, pas vraiment. Même avec notre défaite un peu bébête à Bordeaux, on reçoit Nantes juste derrière et on remet en route la machine. On n’a jamais laissé le doute s’installer et on a su gérer les matchs-clés, vaincre Metz ici au mois de septembre avec une première mi-temps de rêve, cette semaine de décembre où on réalise le match nul à Monaco, on gagne chez nous contre Bordeaux trois jours plus tard et on s’en va gagner à Nice dans la foulée… a RACI NG

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« Quand on n’a jamais joué au football, on ne se rend pas compte de l’importance d’un stade plein et d’un public enthousiaste à nos côtés. »

Un mot sur l’impressionnante force collective dégagée par l’équipe cette saison, et notamment l’ambiance extraordinaire qui régnait entre vous tous. De l’avis de beaucoup, elle aura largement conditionné la performance exceptionnelle du Racing cette saison… Et c’était une réalité. Les gestes d’altruisme, de générosité et de solidarité se sont multipliés sur le terrain. J’en veux pour preuve les tirs des pénaltys. Il n’y avait pas de tireur attitré, alors un roulement s’est mis en place spontanément. Dès qu’un joueur manquait un peu de confiance en lui, les deux autres lui laissaient tirer le pénalty… Ces gestes-là sont tellement rares dans le football d’aujourd’hui où souvent les comportements individualistes passent avant le collectif. Nous, cette saison, on a inversé cette tendance individualiste et c’est d’une réussite globale dont je parle là : ça va de celle du président, de la cellule de recrutement de Loïc Désiré qui en ciblant les joueurs a aussi ciblé les hommes, de celle de l’entraîneur et ça se traduit par la nôtre… Lors de l’avant-dernier match de la saison, ici contre Clermont, il y a un moment que

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beaucoup ont considéré comme formidablement symbolique de cette saison extraordinaire. Je parle bien sûr de l’action qui amène le but victorieux. C’est Maxime Le Marchand, revenant alors après un long arrêt pour blessure qui vous transmet un amour de ballon que vous transformez en but après une tête lobée stratosphérique qui se loge dans la lucarne auvergnate… Oui, c’est exactement ça, c’est un but symbolique. Maxime a été éloigné de longs mois des terrains, mais il n’a jamais renoncé et il a été un exemple pour nous tous : il a toujours été bienveillant et positif durant sa longue rééducation et moi-même, j’ai connu pour la première fois de ma carrière une blessure aussi longue en manquant cinq matchs entre la fin de l’hiver et le début du printemps, durant lesquels j’ai dû ronger mon frein en regardant depuis les tribunes les copains s’arracher pour la gagne. Alors oui, ce fut un but incroyable, d’ailleurs il m’a fallu attendre de revoir les images pour me rendre compte de son caractère somme toute assez rare. La beauté du foot est là : il peut arriver que l’on fasse des choses folles, seulement par instinct et sans imaginer une seule seconde qu’elles vont être exceptionnelles…

On va terminer cet entretien par le fantastique public de la Meinau. Il faut dégainer tous les superlatifs possibles pour décrire sa présence et son influence… Oh oui ! C’est ma quatrième saison au Racing et cette saison-là est très largement au-dessus des trois autres. On a senti que les gens étaient terriblement impatients de revenir au stade et nos résultats et notre façon de jouer les ont amenés avec nous. Cette saison, lors de chaque match, quand on est sur le chemin de notre venue à la Meinau depuis l’hôtel de la mise au vert, j’ai eu cette petite boule au ventre en sachant très bien que notre public nous attendait et que quoiqu’il puisse arriver durant le match, il allait nous pousser et nous sublimer. On en a fait une force, regardez notre parcours à domicile, on est invaincu depuis le début de l’année 2022 ! Les gens ne se rendent pas compte à quel point on a pu souffrir la saison d’avant, quand le public n’était pas là en raison de la pandémie. Quand on n’a jamais joué au football, on ne se rend pas compte de l’importance d’un stade plein et d’un public enthousiaste à nos côtés. Quand on entre sur le terrain pour l’échauffement, je vous jure, on a des frissons… » a Une décennie Or Norme


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SANJIN PRCIĆ « J'estime qu'une belle marge de progression est encore devant nous. » Après une longue saison où il se vit écarté du groupe de joueurs, Sanjin Prcić a su se remobiliser dès la préparation de la dernière saison et se rendre incontournable. De nouveau honoré de l’indispensable confiance de son entraîneur, ce joueur attachant et performant vient de signer une prolongation de contrat de trois ans en faveur du Racing et a été désigné « Joueur de la saison » par les supporters. Heureux épilogue d’un parcours où l’abnégation et la résilience n’ont pas manqué…

On va essayer de faire fonctionner la machine à remonter le temps. À la reprise de cette dernière saison – on était alors à l’été 2021 – dans quel état d’âme vous trouviez-vous ? Vous sortiez d’une saison où vous aviez peu jouer. Un nouvel entraîneur arrive alors... Très honnêtement, et malgré une saison sans quasiment jouer, j’étais dans un très bon état d’esprit. Un nouveau coach, un nouveau staff, cela voulait dire pour moi que ça pouvait repartir sur d’autres bases, tous les joueurs se voyant mis sur un pied d’égalité et j’avais donc toute la période de préparation pour montrer mes qualités. J’avais en tête tous les événements que j’avais vécus les deux saisons précédentes au Racing. J’étais arrivé sur un prêt, en janvier 2019, et j’avais joué alors quasiment tous les matchs y compris celui de la victoire en finale de la Coupe de la Ligue, le premier grand trophée de ma carrière. Ensuite, je suis reparti en Espagne pour finir par signer ici un peu tardivement un contrat de trois ans. Je n’avais pas pu suivre une prépara-

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tion complète avec l’équipe et je suis donc arrivé un peu à court de forme. En voulant absolument me mettre à niveau, j’ai eu quelques petits pépins physiques. Puis est survenue la crise du Covid. En tout cas, ce fut le choix du coach de ne pas me faire jouer régulièrement… Donc, pour répondre à votre question, il y a une an ce fut une nouvelle saison qui démarrait et je l’ai fait avec une nouvelle fraîcheur et plein d’enthousiasme. Très vite, comme tous les joueurs, j’ai pu voir qu’on travaillait très bien et qu’on avait tout pour exprimer nos qualités. On a réalisé un énorme travail technique et tactique qui, petit à petit, a porté ses fruits tout au long de la saison… Assez rapidement, le coach nous a fait comprendre qu’il aimait bien qu’on puisse faire sortir le ballon de derrière et que le gardien participe lui aussi à la création du jeu : c’est sur cette base qu’on a commencé doucement à mettre en place plein de choses sur le plan tactique, à l’entraînement. Il en a été de même pour la mise en place effective de ce fameux pressing,

mais de telles choses ne peuvent se réaliser que dans l’échange entre le coach et ses joueurs. Il a très vite compris qu’on adhérait complètement à ça et tout a pu continuer très sereinement sur les mêmes bases… Ce pressing, tous ceux qui ont joué au football savent que c’est formidable quand ça marche, mais qu’il doit néanmoins s’exercer d’une façon hyper rigoureuse, car la moindre défaillance individuelle peut se payer cash… C’est vraiment ça. Et c’est pourquoi cette tactique doit être appliquée avec beaucoup de rigueur et beaucoup d’exigence, c’est un travail nécessairement très collectif : la moindre seconde de retard et derrière, il faut faire d’immenses courses de soixante mètres pour protéger notre but. Et ces courses-là font très mal, croyez-moi… Dès la préparation, je me suis rendu compte que tout le monde prenait du plaisir à atteindre cet objectif tactique et aujourd’hui, on sait que ce plaisir a perduré. Une décennie Or Norme


Au poste que vous occupez, vous avez été aux premières loges pour vous rendre compte de l’impressionnant travail de jeu sans ballon effectué par les attaquants du Racing. Plus d’une fois, on a été scotché par le harcèlement incessant de la défense adverse par Ludovic Ajorque, Kevin Gameiro ou Habib Diallo. On n’a pas pu se procurer le nombre de kilomètres courus ainsi par nos attaquants, mais il est considérable, en tout cas rarement vu à ce niveau… Tous ont en effet effectué d’énormes efforts en travaillant pour l’équipe. Les attaquants sont en premier rideau, ils déclenchent toujours ce pressing. Ils ont marqué beaucoup de buts. Sincèrement, c’est du très haut niveau et on est tous très contents d’avoir des gars comme ça avec nous. Personnellement, j’adore ce jeu, et nous, les milieux de terrain, apprécions bien sûr hautement d’avoir devant nous des attaquants qui travaillent comme ça. On devine à quel point cette saison vous a permis de revivre, en quelque sorte… Une décennie Or Norme

Complètement. Franchement, je suis super heureux, j’ai repris du plaisir au quotidien et durant les matchs avec la belle progression qui fut la nôtre et tous ces automatismes parfaitement réglés entre nous tous. Ce groupe sait bien vivre ensemble au quotidien, et cela se ressent sur le terrain les soirs de matchs…

tion et si ça peut aider l’équipe à faire un résultat, c’est encore mieux, mais bon, ça rentrera quand ça voudra rentrer… D’autant que vous venez de signer pour un nouveau bail au Racing… Oui, j’avais toujours dit que c’était mon envie de continuer l’aventure à Strasbourg.

Un but marqué lors de la 4e journée (contre Brest à la Meinau) et, durant toute la seconde partie de la saison, on s’est dit qu’il ne vous manquait au fond qu’un très grand plaisir, un beau petit ballon enroulé du pied et qui va se loger dans la lucarne adverse. Plusieurs fois, vous avez été tout près de le réaliser mais il y a toujours eu les bouts du bout des doigts d’un gardien pour l’empêcher, c’était frustrant ? (Rires) Oui, ça fait un moment que j’essaye ça. Je frappe et je frappe encore. Ça passe quelquefois à côté, d’autres fois effectivement, c’est le gardien qui fait une parade quand c’est cadré. C’est le foot… Je ne me prends pas plus la tête avec ça. Bien sûr, marquer c’est une très belle émo-

Réaliser deux fois de suite une si belle saison, est-ce que c’est possible ? Oui, bien sûr. Pourquoi ce ne le serait pas ? On sait tous que le plus difficile, c’est de confirmer une saison comme celle qu’on vient de vivre. Car tout le monde va nous attendre et ce sera dès le début du championnat. Alors, il va nous falloir être ambitieux, regarder de l’avant et toujours et encore progresser. J’estime personnellement qu’une belle marge de progression est encore devant nous, et dans tous les secteurs du jeu. C’est ce que mon chemin dans le football m’a appris, que ce soit en Espagne, en Italie et en France, il m’a permis de me construire en tant qu’homme et en tant que joueur, bien sûr, dans la recherche constante de progresser et d’être meilleur… a a RACI NG

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a R ACING – U NE SAI S ON E N OR

COMMENTAIRE Tout a vraiment été dit ?

appliquer tout au long de la saison les joueurs du Racing ne pouvait que nous régaler. Il faut bien sûr ici en souligner les difficultés, car s’il est un domaine où, quelquefois, en matière de football, existe un monde entre la théorie sur le papier et la stricte application sur le terrain, c’est bien celui-là… Le Racing 2021-22 a été fantastiquement irrésistible dans son jeu. On aura rarement vu une équipe aussi sereine en ême après une saison si belle et la matière et c’est d’autant plus remarsi accomplie, le vestiaire garde ses quable que ce pressing haut, qui permet secrets. C’est un peu comme pour de harceler sans cesse l’adversaire et de la cuisine d’un très grand restaurant (trois perturber considérablement sa relance étoiles, disons, comme sur le futur mail- donc son jeu, peut être un vrai souci si, lot de l’Équipe de France si tout va pour pour quelque raison que ce soit, un des le mieux dans les stades réfrigérés du solistes sur le terrain ne joue pas correcQatar au moment du prochain Marché de tement sa partition. Ce ne fut que très, très rarement le cas et le Racing a été Noël de Strasbourg…). Vous pouvez être en parfaite compli- royal dans son art. Sans le nommer ici, on peut rapporter cité avec le chef et avoir bien travaillé le sujet en amont, il y a des questions que la réflexion d’un entraîneur adverse : « Pfff, vous aurez préparées avec soin et qui ton équipe est injouable, c’est un bloc en n’auront jamais de réponse. C’est normal permanence, on ne peut plus respirer… » et même très sain ! Dans ce monde où tout Cette parole dit tout… s’expose grassement et de façon quelquefois carrément obscène, les très grands En harmonie avec la belle partition exécréateurs ont déjà compris qu’il fallait cutée, les solistes ont toujours été à la que le mystère se réapproprie le devant hauteur. Tous remarquables, de Matz Sels de la scène… redevenu impérial dans sa cage à la ligne de défense qui, dès qu’elle a été complète, Oui, les footballeurs (et les entraîneurs) a su cadenasser les attaques adverses. sont quelquefois de grands artistes. La Les milieux n’ont pas été en reste non plus, preuve : ils peuvent nous donner des et si une étude statistique avait pu être émotions inattendues et incroyables. Au menée, elle aurait à l’évidence prouvé que moment où l’invisible rideau s’ouvre et oui, cette équipe était injouable et que la que la lumière inonde cette gigantesque prise de tête, pour l’adversaire, commenscène verte, pas un d’entre nous, autour çait dès les premiers mètres de sa zone du stade ou devant sa télé, n’espère pas de relance. être envahi par le plaisir et bouleversé Une autre statistique aurait égalejusqu’à la moelle. ment pu être exceptionnelle à mesurer. Cette dernière saison, les artistes du Pour ne prendre qu’eux deux, combien Racing ont joué une partition inédite et d’un de kilomètres sans ballon nos deux très, très haut niveau. Pour poursuivre la artificiers majeurs, Ludovic Ajorque et référence à la musique, on retiendra la qua- Kevin Gameiro, ont-ils effectués durant lité de l’orchestre, tout d’abord : l’expression la saison ? Quelquefois, sans embel« jouer à l’unisson » a rarement été autant lir en quoi que ce soit leur performance dans ce domaine, on a été scotché à les d’actualité que lors de la saison passée. Comme l’expriment si bien Adrien voir suer sang et eau pour empêcher la Thomasson et Sanjin Prcić dans les pages construction du jeu adverse, ce qui ne les précédentes, le chef d’orchestre Julien a pas empêchés pour autant d’être bel et Stéphan a su, dès la reprise de l’entraî- bien là pour planter plus d’une dizaine nement il y a un an, proposer tout en sou- de buts pour chacun, ce qui fut le cas plesse et en suggestion, sa belle couleur aussi pour le troisième larron, l’ex-Messin Habib Diallo, parfaite troisième pointe du à l’œuvre dont il rêvait. trident Racing. Et puisqu’on parle de cette attaque Honnêtement, pour qui connait et aime le football, ce fameux pressing qu’ont su d’enfer, on soulignera aussi à quel point

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elle multiplia les actions empruntes de générosité et de solidarité, deux des qualités qui furent bien sûr à la base du succès de cette saison en or. Ainsi, comme un flash, on se rappellera sans doute de ce match contre Metz et de cette énième occasion de Ludovic Ajorque pour alourdir un score déjà bien copieux en faveur du Racing. Au lieu d’envoyer la mine attendue et soigner son score personnel, le grand Ludo s’appliqua à remiser un ballon qu’il aurait pourtant pu assez aisément transformer en but pour, au contraire, tenter d’offrir un caviar à son pote Kevin Gameiro, alors un peu à la peine pour marquer. Cette action presque anodine, puisqu’elle ne transforma pas en but, est là pour prouver qu’un excellent état d’esprit traversa en permanence ce groupe et fut une des bases de sa réussite. Il y eut donc le chef d’orchestre et ses solistes et musiciens. On ne manquera pas d’évoquer enfin ici l’indispensable public, qui lui aussi a écrit de nombreuses pages de cette légende. Le même entraîneur cité tout à l’heure s’extasiait aussi, le même soir, sur cette Meinau incandescente qui elle aussi sut imposer son pressing de décibels pour impressionner l’adversaire et pousser les siens. Du désormais célèbre Mur bleu – et ses rugissements quelquefois titanesques – jusqu’aux autres travées du vénérable stade strasbourgeois, les plus de 25 000 spectateurs de chaque match à guichets fermés ont joué leur rôle et pris un plaisir infini… Alors oui, cette saison fut réellement une saison en or, comme on en voit au final si peu en ces temps d’un football paramétré comme un vulgaire tableur Excel. 14e budget du championnat, les joueurs et l’entraîneur du Racing se sont sublimés comme rarement un club de cette zone de budget parvient à le faire. Ce ne fut que du plaisir, pour eux d’abord, comme tous l’ont souligné à un moment ou à un autre. Et pour nous, ensuite, si fiers de supporter une telle bande de flibustiers, capables de défier les cadors et leurs moyens financiers sans commune mesure avec ceux pratiqués sur les bords du Krimmeri. Bis repetita dans quelques jours et tout au long de la saison 2022-2023 ?

Jean-Luc Fournier Une décennie Or Norme



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PATRICK STRAJNIC Il raconte volontiers que c’est en 2010 qu’il a hissé « la grande voile de l’aventure photographique ». En ajoutant que c’était « un retour aux sources parce que jadis, c’est peintre que j’ambitionnais de devenir ». « Départ à zéro. L’ivresse retrouvée, celle du grand large, de la page blanche et de la bohème ». Aujourd’hui, le travail de ce « photographartiste » est présenté dans les galeries d’art contemporain et a caressé l’œil des décideurs d’ÉS, le sponsor principal du Racing. Les images que nous présentons dans ce portfolio exclusif sont issus de la collaboration exceptionnelle initiée par la société pour magnifier son partenariat avec le club. À la rédaction de Or Norme, après avoir consulté des centaines et des centaines d’images pour choisir l’iconographie de ce numéro hors-série à la gloire de la fantastique dernière décennie du Racing, les photos du photographartiste Patrick Strajnic se sont imposées d’elles-mêmes pour notre portfolio… Avec nos remerciements à Michel Fuchs (ÉS) pour la mise en relation avec Patrick Strajnic.

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www.strajnic.art Le suivre sur Facebook et instagram : @patrick_strajnic Contact : Patrick@strajnic.art


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Laura Sifi

RACING MUTEST ACADÉMIE L'horizon bleu La Racing Mutest Académie du Racing Club de Strasbourg Alsace est un phénix. Ayant connu son âge d’or au début des années 2000, avec un fantastique quintet Nasser Larguet/ Jean-Marc Kuentz/ Claude Fichaux/ François Keller/ Guy Feigenbrugel et pour point d’orgue la victoire en Gambardella (la Coupe de France des jeunes) en 2006 face au Lyon de Ben Arfa et Benzema, il a dû fermer ses portes en 2011 quand le dépôt de bilan du club fut inéluctable. Rouvert en 2016 et désormais dirigé par François Keller, la Racing Mutest Académie, dont sont récemment sortis Mohamed Simakan, Youssouf Fofana et Anthony Caci, fait face aux jours heureux et à la réjouissante perspective de sa rénovation. Entretiens avec quatre de ses mousquetaires. 86

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François Keller, directeur de la Racing Mutest Académie.

FRANCOIS KELLER 49 ans, directeur du Centre depuis 2016 Lors du dépôt de bilan du club, en 2011, vous êtes nommé entraîneur de l’équipe première qui avait alors été rétrogradée en CFA2, l’équivalent de la 5e division. Après deux montées en deux ans (en CFA puis en National), vous quittez votre poste suite à une série de mauvais résultats, d’un commun accord avec Marc Keller, votre frère et Président. C’est là que démarre votre retour au Centre de formation… Exactement. J’avais un contrat de 5 ans après le dépôt de bilan, pour prendre en charge l’équipe 1. J’ai démissionné en mars 2014 et il me restait 2 ans de contrat. Marc m’a alors proposé de revenir à la formation, l’idée étant de réamorcer la pompe pendant ces deux ans en espérant un retour rapide en Ligue 2... Quand je prends la direction du Centre, y a le concierge à plein-temps et Thierry (Brandt) à mi-temps. Le paradoxe c’est qu’il n’y avait plus de jeunes en formation puisqu’on avait perdu l’agrément… Fallait tout reprendre à zéro. Et c’est mission accomplie puisqu’en août 2016, vous retrouvez la Ligue 2 et le monde professionnel… C’était une vraie période de transition ! Pour avoir l’agrément, il faut faire la demande un an avant, c’est une sorte de test imposé par la LFP avec un cahier des charges très précis qu’il faut pouvoir honorer. Il fallait remercier tous les éducateurs, la plupart du temps des profs d’EPS qui entraînaient nos quelques jeunes en plus de leur travail au collège ou au lycée. Pendant cette période de relance, ils ont porté le Centre à bout de bras, sans eux on s'écroulait. On devait embaucher des entraîneurs diplômés et disponibles à plein-temps. On est donc passé de 2,5 salariés à 12. On a obtenu l’agrément en catégorie 2 et dès l’année suivante on a fait la demande pour l’agrément en catégorie 1, qui permet notamment d’être mieux protégés par rapport aux contrats des jeunes joueurs en formation. C’est allé Une décennie Or Norme

très vite ! D’ailleurs, la LFP n’en revenait pas et avait même du mal à suivre. Depuis, on se développe ; on a investi dans un centre de performance, une salle de musculation, embauché un analyste vidéo. On est passé à 25 salariés. Parmi ces salariés, notamment dans l’encadrement technique, il y a plusieurs anciens joueurs pros (Martin Djetou, Guillaume Lacour, Quentin Othon, Gaëtan Krebs). C’est une volonté de garder un lien entre les générations, de tisser une toile qui préserve l’histoire du club ? Oui ! On souhaite s’appuyer sur des anciens du club, qui ont la fibre Racing.

On donne la priorité à ces personnes-là. Ce sont des joueurs qui ont marqué leur époque, qui ont une vraie connaissance du club et qui ont des personnalités qui correspondent à ce que l’on souhaite développer. Est-ce que cela vous permet aussi de développer une identité de jeu, par exemple en appliquant les mêmes schémas tactiques dans toutes vos équipes, des plus jeunes à l’équipe première ? Ce n’est pas notre projet. On ne fait pas jouer le même système à toutes les équipes, déjà pour donner de la richesse tactique aux joueurs, mais aussi parce que l'on sait qu’aujourd’hui les entraîneurs a RACI NG

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restent rarement très longtemps en poste. Thierry Laurey était une exception qui confirme la règle avec ses cinq saisons sur le banc… Mieux vaut ne pas trop caler le travail du Centre sur celui de l’entraîneur de l’équipe pro, sinon il faudrait changer de braquet à chaque changement de coach. Et puis en tant que formateur on aspire à ce que les jeunes aient un bagage pour réussir à Strasbourg dans l’idéal, mais ailleurs aussi si ça ne marche pas chez nous.

« On ne peut plus fonctionner comme à l'époque, c'est une nouvelle génération. »

Annoncer à un joueur qu’il n’est pas conservé, après plusieurs années passées à le voir grandir, ce doit être le pire aspect de votre métier non ? C’est très dur. Même s’il est moins fort, que c’est évident qu’il n’a pas le niveau pour passer l’étape d’après, lui dire que ça s’arrête me brise le cœur à chaque fois. On a parfois passé cinq ans à le suivre et là il faut faire le constat que ce ne sera pas possible de poursuivre l’aventure, en tout cas pas à Strasbourg. Mais une formation réussie, c’est aussi lui avoir donné la possibilité de rebondir ailleurs.

sociaux… Et puis aussi, on a moins de joueurs au Centre, plus de salariés donc plus de suivis, plus de technologies… Aujourd’hui, on fonctionne avec moins de gamins et c’est mieux ! La formation, c’est les trois années de lycée qui correspondent aux contrats aspirants et les deux années bac+1 et bac+2 aux contrats staEt puis pour ceux qui obtiennent le Graal, giaire pro. Ça se joue à des âges importants à savoir un premier contrat pro, le plus dans la vie d’un garçon. En tout, on a dur ne fait finalement que commencer… 70 jeunes, en 2003-2006 on était 90 ! C’est L’autre difficulté, c’est d’accompagner le jour et la nuit. Là où le bât blesse, c’est les joueurs dans leur passage vers le groupe les infrastructures extérieures, les terrains pro. À de rares exceptions, plus tu intègres pour disputer nos matchs, les tribunes… le groupe pro et moins tu joues ; parce que tu es remplaçant, sans grand temps de C’est là qu’arrivent le projet de nouveau jeu et comme les matchs de l’équipe pro stade et ses perspectives… et de la réserve se jouent le même jour, le C’est dans le projet du nouveau stade joueur est coincé. Donc c’est souvent une oui, qui est en grande partie financé par année de transition un peu délicate, où ton les collectivités locales, mais pour le pic de forme peut redescendre. C’est ce Racing Soprema Parc et la Racing Mutest que vivent Nordine Kandil ou Habib Diarra Académie, c’est aussi le club qui investit. Il en ce moment par exemple. Mais les tops faut réunir un budget de 15 millions d’euros joueurs le comprennent, ils se donnent à pour créer un vrai de lieu de vie. Ce sont l’entraînement et sont prêts à jouer dès deux projets distincts. Il y a deux ans, on qu’il le faut. Et un jour, ils s’imposent dans était à 6 mois de déposer le projet, mais l’équipe comme l’ont récemment fait Caci, est arrivée la crise du Covid et celle de Simakan ou Fofana. Mediapro (alors diffuseur des matchs de L1 et qui a cessé tout paiement des droits Est-ce que vous vous appuyez sur l’ex- TV – ndlr)… Donc les fonds ont été utilisés périence des grandes années du Centre pour compenser ces difficultés. Et là, il faut (2003-2006), lorsque vous étiez entraî- reprendre le travail, rassembler des fonds de financements pour essayer de suivre neur de l’équipe réserve ? On ne peut plus fonctionner comme à la locomotive du nouveau stade. On tral’époque, c’est une nouvelle génération… vaille à cela et le club a vraiment la volonté Sont arrivés les portables, les réseaux de passer ce nouveau cap. On en rêve ! a

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QUENTIN OTHON, 34 ans, adjoint des U17 nationaux, coach des U18 régionaux, ex-défenseur latéral Quand êtes-vous arrivé à la Racing Mutest Académie ? J’ai arrêté ma carrière pro à Troyes, en 2016. Je suis revenu au Racing dans la foulée, c’était un retour à la maison, en grand frère de l’équipe réserve. En même temps, je passais mes diplômes d’entraîneur. Depuis cet été, je ne suis plus qu’entraîneur, j’ai arrêté de jouer. Quand je reviens en 2016, le club est en L2 et poursuit sa remontée… En cinq ans, c’est allé très vite ! Il y avait déjà de bons joueurs en réserve (Anthony Caci, Gaëtan Weissbeck, Kevin Zohi…), mais chez les jeunes ça ne suivait pas forcément après les cinq ans passés en division amateur. Là, on a recollé les wagons et le travail du club a été très bon pour retrouver rapidement le haut niveau. Vous connaissiez bien le Centre, vous y avez fait votre formation et gagné la coupe Gambardella, il y a quinze ans déjà… Un grand souvenir ! Je suis arrivé à quinze ans, de région parisienne. À cette époque, plusieurs clubs me contactaient. C’est Jacky Duguépéroux qui est à l’origine de ma venue. Comme il y avait déjà Kevin Gameiro, avec qui j’avais joué en jeunes, et un autre pote qui devait me rejoindre, je savais que je ne partais pas dans l’inconnu. L’autre argument qui a convaincu mes parents, c’était le suivi scolaire qui se faisait au Centre. Ça les rassurait. Moi c’était mon rêve de gosse, je n’imaginais pas ne pas devenir footballeur.

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Vous n’avez fait qu’une année stagiaire, très vite le club vous a proposé un contrat pro… C’est pas facile à gérer… Quand on signe pro ça ne fait que commencer ! Parfois tu signes pro, tu t’entraînes, t’attends qu’on fasse appel à toi et là faut pas te rater alors que t’as pas joué un match officiel depuis un ou deux mois ! Quand on est jeune, on n’est pas forcément préparé à ça. Aujourd’hui, en tant qu’ancien joueur, j’essaye d’apporter cette expérience et cette compréhension psychologique des choses. Vous êtes encore jeune et avez arrêté il y a peu de temps, est-ce que cela vous aide à comprendre la nouvelle génération maintenant que vous êtes du côté des formateurs ? Pas forcément… J’ai été à leur place, mais aujourd’hui, c’est le règne des réseaux sociaux. Ils sont davantage dans le paraître, moins acteur de leur vie. Ils aiment parfois trop tout ce qu’il y a à côté du football. Je généralise bien sûr, ça ne concerne pas tous les jeunes joueurs, mais globalement je constate ce phénomène. Il y a moins le goût de l’effort, de suer pour ses potes. J’ai vu des mecs avoir un talent dingue, j’ai vu des phénomènes qui n’ont jamais percé, parce que mal accompagnés, parce qu’il y avait des manques en matière d’hygiène de vie ou d’implication. Mais il y a des pépites et des bons gamins, qui donnent beaucoup pour le club et pour atteindre leur objectif. Et puis ils ont des contrats pros de Une décennie Or Norme


Quentin Othon

plus en plus jeunes, parce que les clubs veulent se protéger… Mais sont-ils prêts mentalement ? Il faut aussi apprendre à gérer les agents, qui sont de plus en plus influents. J’ai vu des garçons tellement sous leur emprise qu’ils n’écoutaient même plus leurs parents... Comment envisagez-vous votre futur ? Je suis en CDI au Racing et je m’y sens bien. J’ai commencé à la préformation (U15 et U14) et ce n’est que depuis cette année que j’ai un poste en formation (à partir de U16). C’est là que je m’épanouis et dans l’idéal, je voudrais continuer dans cette voie. Il y a beaucoup encore à faire et à découvrir ! a Une décennie Or Norme

« Il y a des pépites et des bons gamins, qui donnent beaucoup pour le club et pour atteindre leur objectif. » a RACI NG

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NORDINE KANDIL, 20 ans, joueur professionnel depuis juin 2021, trois ans de contrat, milieu offensif « Le plus dur c’est les premières minutes, faut dépasser ses peurs, s’adapter à la pression. » Nordine Kandil a fait ses débuts en Ligue 1 lors de la dernière saison.

ne suis qu’avec eux. Avec Sahi, Diarra ou Elimbi, on est les p’tits jeunes, on se serre les coudes. Le paradoxe, c’est que je joue peu. Je suis dans le groupe avec les pros où pour l’instant je n’ai eu que quatre rentrées en jeu et je ne peux pas jouer avec la réserve puisque les matchs sont le dimanche… Donc je joue peu de matchs cette année. Il faut s’adapter !

Quentin Othon

Vous êtes un peu l’enfant du club… C’est vrai oui, je suis au Racing depuis l’âge de six ans. Mais je n’ai jamais dormi à la Racing Mutest Académie, j’ai toujours habité chez moi, là où je suis né, dans le quartier de La Meinau, à quelques pas du Stade. Quand j’avais dix ans, le club était en 5e division, mais je calculais pas tout ça. Moi j’allais voir le match au stade et c’était le Racing quoi ! Le stade était toujours rempli. C’est en grandissant que j’ai commencé à comprendre le long parcours qu’avait fait le club pour retrouver le haut niveau.

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Est-ce que la vie d’un jeune footballeur change radicalement une fois le premier contrat pro signé ? J’ai signé pro en juin 2021, après un an aspirant et deux ans stagiaire. Au début, je ne jouais pas avec les pros. Ça s’est fait petit à petit. Je suis rentré une première fois contre Fribourg en amical, 10-15 minutes, après je faisais deux entraînements par semaine avec les pros, puis trois. Je me changeais encore à la Racing Mutest Académie. Puis ils m’ont intégré pour de bon au groupe pro et depuis je

Comment se sont passés vos quelques bouts de matchs joués en professionnel ? Je suis rentré dans des matchs où soit on perdait, soit on devait remonter le score… Du coup, parfois, je me précipitais un peu… Sauf Saint-Étienne, le seul où on gagnait déjà (4-1) et là j’ai signé la passe décisive sur le but du 5-1. Contre Reims je provoque le coup franc qui amène l’égalisation de Bellegarde, ça fait du bien. Le plus dur c’est les premières minutes, faut dépasser ses peurs, s’adapter à la pression. Mais je me sens toujours bien sur un terrain. Quelle a été l’étape la plus compliquée dans votre parcours à ce jour ? L’étape la plus compliquée à gérer dans la formation, c’est de devoir être là et réactif dès que le coach fait appel à nous. Faut pas se rater quand on a sa chance, tout va très vite. En ce moment j’ai un début de pubalgie, donc je suis en soin. On verra si je peux faire des rentrées d’ici la fin de saison et sinon faudra que je sois prêt pour la prochaine saison ! a Une décennie Or Norme


a RACI NG – FORMATION

RYAD HRICH, 19 ans, un an de contrat stagiaire, défenseur central

Ryad Hrich est l'un des membres importants de l’équipe de N3 du Racing et international U20 marocain.

Quand et surtout comment es-tu arrivé au Centre ? Je suis arrivé il y a quelques mois, en septembre 2021. À 19 ans, c’est tard ! D’habitude, on arrive plutôt dans un centre à l’âge de 15 ans. De U6 à U17, je jouais à l’USM Saran, puis je suis parti à SaintPryvé-Saint-Hilaire, un club amateur, c’est ce qui rend ma trajectoire pas banale. En août 2021, on avait notre premier match de championnat avec les U19 Nationaux et un recruteur de Strasbourg basé sur la région Centre m’a repéré et m’a proposé une semaine d’essai ici, à Strasbourg. Au terme de mon essai, je suis rentré et deux jours après, j’apprenais que j’étais pris et je partais de chez moi pour m’installer à la Racing Mutest Académie. Quand Strasbourg m’a recruté, mes parents étaient en vacances. Ils l’ont appris à leur retour, je suis parti le jour même !

L’histoire a donc démarré comme ça, c’est beau… Oui ! Comme je suis majeur, ça s’est fait très vite, en plus c’était le 31 août donc la fin du mercato. J’ai d’abord signé une convention de un an (équivalent d’un contrat amateur), le temps de faire mes preuves, mais au bout de six mois ils m’ont fait signer un contrat de stagiaire pro. Ça m’encourage pour la suite ! Est ce que tu sens de grandes différences avec les autres joueurs du Centre qui ont eu un parcours plus classique ? Ici, tout le monde a suivi le cursus normal, alors oui je sens des différences ; techniquement déjà, sur le terrain, on voit qu’ils sont propres et formés, qu’ils ont plusieurs années déjà derrière eux. Ils sont habitués à cette exigence du haut niveau. Moi, ce qui fait ma force, c’est ma détermination ; je suis arrivé sur le tard, j’ai de l’énergie. Parfois, certains sont déjà un peu fatigués, presque blasés, alors que moi j’ai faim, j’ai une grande détermination. Comment vois-tu ton avenir ? J’ai déjà fait des entraînements avec les pros. Je sors de ma première sélection avec les U20 du Maroc. C’était un stage de préparation pour les éliminatoires de la CAN. J’ai joué un match sur les deux. Je suis très heureux d’avoir ma chance. J’ai un contrat stagiaire pro pour encore un an. Je dois faire mes preuves pour obtenir un contrat pro. À côté, je suis en école de commerce, je poursuis mes études et je vais bientôt prendre un appart’ et quitter la Racing Mutest Académie. Il est temps parce qu’ici, je suis le doyen ! a

« Parfois, certains sont déjà un peu fatigués, presque blasés, alors que moi j’ai faim, j’ai une grande détermination. » Une décennie Or Norme

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a R ACI NG – L E S RECRUTEURS Vincent Synaghaël

Nicolas Rosès – Racing Club de Strasbourg Alsace – DR

LES RECRUTEURS La quête du chaînon manquant

Reconstituée, repensée et redimensionnée dès la remontée en National, en 2014, la cellule recrutement du Racing est l’une des bases de la réussite actuelle du club strasbourgeois. Discours de la méthode.

udovic Ajorque à Strasbourg, c’est lui. Ibrahima Sissoko, Alexander Djiku et Adrien Thomasson, c’est encore lui. Matz Sels, Kenny Lala, c’est toujours lui. Et puis Gerzino Nyamsi, Frédéric Guilbert, Lucas Perrin ou le jeune Ismaël Doukouré aussi et plus avant Jean-Eudes Aholou, Jeanricner Bellegarde, Denis Bouanga ou Jérémy Blayac, liste très loin d’être exhaustive. S’il s’agissait de politique, on pourrait dire que Loïc Désiré (46 ans) a un bilan, mais comme il est question de sport et plus particulièrement de foot, on dira qu’il a une méthode, pour ne pas résumer tout ça à du flair.

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Depuis qu’il a été engagé au Racing en 2014 et y a reconstruit une cellule recrutement totalement anéantie, l’ancien directeur sportif de Vannes s’est forgé une grosse réputation dans le foot français ; au point d’être considéré comme l’un des deux ou trois meilleurs recruteurs du pays avec Florian Maurice et Bruno Carotti (Montpellier). L’an dernier, l’Olympique lyonnais en avait d’ailleurs

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fait sa priorité absolue après le départ du même Florian Maurice pour Rennes… qui avait aussi un œil sur lui avant d’embaucher l’ancien avant-centre lyonnais. Avec les Gones l’affaire était allée assez loin, jusqu’au bout presque aux dires mêmes de l’intéressé qui n’élude pas le sujet. « Non, il n’y a aucune raison, il n’y a rien à cacher, dit-il. Oui, j’ai été contacté par l’OL et ça a bien failli se faire, le défi m’intéressait beaucoup. J’avais rencontré Vincent Ponsot (directeur général adjoint de l’OL – ndlr), Gérard Houllier et Juninho et nous étions tombés d’accord. Mais après en avoir discuté avec Marc (Keller), j’ai finalement décidé de rester à Strasbourg où je me sens très bien et où la manière de fonctionner est formidable. » Sans aucun regret ni états d’âme, « ah non, vraiment aucun ! ». Car même si les possibilités financières (250 millions d'euros de budget) du club de Jean-Michel Aulas sont sans rapport avec celles du Racing (45 millions d'euros), l’empreinte qu’il est en train Une décennie Or Norme


de laisser dans sa nouvelle histoire est remarquable. Et puis, il y aurait peut-être eu, aussi, un petit sentiment d’inachevé après huit années intenses qui peuvent déboucher sur un avenir radieux, on l’a bien vu cette saison.

FICHE DE POSTE… Retour en 2014, autrement dit vers le futur. Le Racing vient d’être repêché en National et c’est un miracle. Le club strasbourgeois avait fini 16e du championnat et aurait logiquement dû retourner du CFA d’où il venait péniblement de s’extirper si Luzenac, petit village de 500 habitants et nonobstant dauphin d’Orléans le champion de l’année, n’avait été privé d’accession en Ligue 2*. C’est connu, le malheur des uns fait, sinon toujours en tout cas régulièrement, le bonheur des autres et en l’occurrence du Racing. Racheté deux ans plus tôt par un groupe d’investisseurs régionaux dirigé par Marc Keller, le club évite grâce à ce coup de pouce indirect un fâcheux Une décennie Or Norme

contretemps dans sa marche en avant et son retour programmé vers le monde professionnel.

Loïc Désiré dirige de main de maitre la cellule Recrutement du RacingClub de Strasbourg Alsace.

Il est sauvé des eaux, il lui faut maintenant consolider les fondations qui viennent d’être jetées et d’abord se doter d’une vraie cellule de recrutement qui est un peu la base de tout dans le foot. La fiche de poste de celui qui la dirigera on ne la connait pas, mais on en devine assez facilement les contours : un technicien doté d’un bon œil et d’un excellent réseau, capable de faire avec les exigences du monde pro mais aussi de composer avec la réalité économique d’un club encore semi-amateur, qui soit doté de suffisamment de personnalité pour faire valoir ses choix quand il sait que ce sont les bons et qui ait assez d’humilité pour s’effacer derrière la décision de l’entraîneur. Un bâtisseur aussi, avec une vision sur le long terme puisqu’il s’agit à ce moment-là, on l’a dit, de créer ex-nihilo une structure immédiatement performante.

*Le club de l’Ariège, plus petit club à avoir jamais évolué en National, avait obtenu son accession en L2 au terme d’une saison remarquable, mais la Ligue de football professionnelle la lui avait refusée pour des raisons financières et de non-conformité du stade. Une décision finalement invalidée par la cour administrative d'appel de Bordeaux en juin 2019 et par le Conseil d'Etat en 2020. Aujourd’hui, Luzenac évolue en Régional 1. a RACI NG

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a R ACI NG – L E S RECRUTEURS L’oiseau rare sera donc Loïc Désiré. Ancien milieu de terrain à Vannes où il a été entraîneur des U19 et adjoint de l’équipe Une en Ligue 2 (finaliste de la coupe de la Ligue en 2009), il est en outre à ce moment-là et depuis plus d’une décennie l’un des scouts de l’Ajax d’Amsterdam, référence absolue dans le domaine du recrutement. Julien Escudé à l’Ajax notamment, c’est lui. Quelques années plus tôt, Piet Keyser, ancienne légende du club batave dans les années 60-70 aux côtés de Cruyff et Neeskens et chargé d’alimenter cette immense machine à découvrir les talents, avait décelé en lui un potentiel. C’était son métier, il ne se trompait jamais ou disons rarement. Avec Loïc Désiré, il avait tapé juste. Et ce qui avait séduit l’ancien international néerlandais ne pouvait que séduire quelques années plus tard Marc Keller et Christophe Rempp, qui avant de participer à la reprise du club était luimême scout pour Liverpool, Stuttgart ou Hanovre, un homme de l’art donc. À son arrivée en Alsace, le Berrichon s’est aussitôt retroussé les manches et a entrepris de reconstituer la cellule recrutement du club, de réactiver les réseaux en s’appuyant sur des hommes avant de chercher des profils. De ceux qui ont l’œil pour repérer un gamin de 16 ou 17 ans un soir d’hiver dans une équipe régionale quelconque, qui n’hésitent pas à prendre leur baluchon pour sillonner les routes du Mali ou du Burkina parce qu’ils ont entendu parler d’un gars qui est la star de son village et qui savent faire preuve d’une discrétion qui peut se confondre avec de l’humilité dans ce métier où il est tentant de s’approprier le talent des autres. Ali Bouafia, Bruno Paterno, Nicolas Di Fraya, Yann Koch (analyste vidéo et spécialiste des datas) et Pedro Evangelista, mais aussi Laurent Oberlé et René Charnet à temps moins complets, cochaient toutes les cases pour décrocher un CDI. Pas tous en même temps, mais au fil des saisons. Des zones géographiques leur ont été assignées, c’est leur terrain de jeu, ils doivent en connaître les moindres recoins. « Chaque membre de la cellule a un rayon d’environ 500 km à couvrir et il a, en plus, trois ou quatre championnats en Europe à suivre », explique le patron de la cellule. Et maintenant que les frontières ont été partout rouvertes, le périmètre va encore s’élargir avec l’Amérique du Sud, l’Afrique

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Repéré par la cellule Recrutement, Jérémy Blayac a joué un rôle déterminant dans la résurrection du club strasbourgeois

et l’Asie où il y a tout à faire. Et puis il y a les joueurs prêtés à suivre aussi, à accompagner où qu’ils soient. Il y a huit ans évidemment, on ne parlait ni d’Afrique ni d’Amérique du Sud et encore moins de continent asiatique. Et le club n’avait pas les moyens de prêter trop de monde, il y en avait si peu. Le Racing on l’a dit était en National, il fallait en sortir vite, autrement dit prendre des joueurs apportant une plus-value immédiate, rompus à ces joutes-là, sans délai d’adaptation.

« IL NE NÉGLIGE AUCUNE PISTE… » « Le premier “coup” que l’on a fait, c’est Jérémy Blayac que l’on se fait prêter en janvier 2015, se remémore encore Loïc Désiré. Il n’entrait pas dans les plans de Stéphane Moulin à Angers et il voulait partir, on a profité de l’occasion. En 13 matches, il met 12 buts. On termine 4e, à un point de la montée en L2 et le club fait les efforts pour le garder. Ce sera décisif pour la suite. » D’autant qu’un an plus tard, rebelote avec Denis Bouanga, borduré à Lorient et qui viendra rebondir en Alsace. Avec cette fois la montée à la clé. Chaque saison depuis 2014, Blayac et Bouanga, les scouts du

« Le premier “coup” que l’on a fait, c’est Jérémy Blayac que l’on se fait prêter en janvier 2015, (...). On termine 4e, à un point de la montée en L2 et le club fait les efforts pour le garder. Ce sera décisif pour la suite. »

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Racing parcourent donc le pays, avalent les matches au bord du terrain à raison de quatre ou cinq par week-end et un nombre indéterminé de vidéos en semaine. Et tous les mardis, ils enregistrent leurs rapports dans un logiciel où les joueurs suivis sont évalués sur une échelle graduée de A à D en fonction de quatre critères : tactique, technique, personnalité/état d’esprit, physique. Loïc Désiré fait la synthèse, se déplace luimême pour juger sur pièce quand la piste s’étoffe et prend la décision de présenter le profil du joueur à l’entraîneur ; c’est Marc Keller qui valide en dernier ressort. Pas d’intermédiaire, pas de parasitage. « Ce qui est remarquable avec Strasbourg, c’est la fluidité de leur fonctionnement et leur réactivité, explique un agent qui travaille de temps à autres avec le club et préfère donc ne pas être cité. Quand ils sont intéressés par un joueur, ils savent déjà tout de lui. Surtout, la décision est prise extrêmement rapidement et ça, ça fait souvent la différence parce que les bons joueurs, tout le monde les connaît. Le truc c’est de dégainer très vite quand il y a une ouverture. En fait, quand on leur propose un joueur, ils n’ont qu’à dire oui ou non, ils ont déjà mené la réflexion avant. » Ali Bouafia ne dit rien d’autre. L’ancien attaquant du Racing (1992-1995), passé par Mulhouse, Marseille ou Lyon, est l’œil du club strasbourgeois dans l’ouest de la France depuis cinq ans maintenant. « C’est sûr que la réactivité est l’une des grandes qualités de notre cellule, abonde-t-il. J’ai des collègues recruteurs que je croise sur les terrains et qui me disent “le joueur que vous avez pris on était dessus, mais vous avez été plus rapides”. Ça tient au fait que la chaîne de décision est très simple, ça va très vite. Et le travail en amont fait par Loïc sur les dossiers est primordial, il ne néglige aucune piste. Et puis on a cette chance d’être dans une cellule solidaire où la voix de chacun compte, croyez-moi on ne peut pas en dire autant dans tous les clubs. » L’un des cas le plus emblématiques de cette approche est peut-être le recrutement de Ludovic Ajorque. « La première fois que je l’ai vu, il jouait au Poiré-sur-Vie », se souvient Loïc Désiré. C’était en 2014, le Réunionnais évoluait dans l’anonymat du National, le club strasbourgeois aussi. Il ne signera pourtant en Alsace que quatre ans plus tard, après être passé par Luçon et Clermont-Ferrand mais à aucun

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moment il n’est sorti du viseur, jamais il n’a disparu des radars. Parce que Loïc Désiré et les membres de la cellule avaient décelé quelque chose chez lui, un truc en plus, peut-être pas encore et même en l’occurrence très loin d’être abouti, mais un truc quand même. Et c’est justement ce que recherche en priorité le Racing, des joueurs à polir, avec des qualités forcément mais auxquels il manque une ou plusieurs dimensions. Les exemples de Jean-Eudes Aholou ou de Youssouf Fofana, respectivement repérés à Orléans et à Drancy et vendus deux ans plus tard à Monaco pour un peu moins de 30 millions d’euros, sont à ce titre révélateurs.

qu’elle soit, il m’intéresse. La seule chose sur laquelle on ne peut pas transiger, ce sont les capacités physiques. Aujourd’hui, un joueur peut être un super technicien, un gars avec une vision remarquable, s’il n’est pas capable de répéter les efforts pendant plus de 90’, ce n’est pas la peine. Il faut qu’il ait de la puissance et qu’il s’engage dans les duels. » Ce que Ali Bouafia confirme : « En Ligue 1, le paramètre physique est crucial, vital même. Chaque championnat a sa spécificité même si le physique a partout de l’importance, bien plus qu’à mon époque. En Espagne par exemple ou au Portugal ce n’est pas le facteur déterminant, mais chez nous c’est essentiel. Pour un recruteur, c’est important d’intégrer ce paramètre-là. »

« J’aime bien regarder les joueurs sur « IL N’Y A PAS DE lesquels les recruteurs ne s’arrêtent RECETTE MAGIQUE » pas, explique le lointain successeur de Max Hild. S’il a une qualité forte, quelle Avec Ludovic Ajorque, le critère était largement respecté. Alors, « René Charnet qui est basé à 30 km de Clermont allait le voir à l’entraînement pendant la semaine pendant des années, on a parlé à ses édu« Autre réussite cateurs, on a vu son évolution. Et puis, exceptionnelle, l’arrivée on connaissait bien son état d’esprit au quotidien, c’est important chez nous », à Strasbourg du explique Loïc Désiré. Acheté 2 M d’euros gardien international il y a quatre ans, le buteur au crâne rasé et aux épaules carrées en vaut six fois belge Matz Sels plus aujourd’hui. Surtout, il est devenu dévoile, elle, une autre l’un des leaders de l’équipe.

facette de la politique de recrutement du Racing : la réactivité. »

Autre réussite exceptionnelle, l’arrivée à Strasbourg du gardien international belge Matz Sels dévoile, elle, une autre facette de la politique de recrutement du Racing : la réactivité. Parce qu’à ce

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poste les approximations coûtent chères, qu’il faut être immédiatement compétitif et que les paris sur la jeunesse sont risqués, le Racing avait besoin d’un gardien immédiatement performant. De ceux qui vous rapporte comme qui rigole entre six et huit points par saison. Ce sera donc Matz Sels, signé en juillet 2018. Une vieille connaissance du staff strasbourgeois lui aussi. « Bruno (Paterno) me l’avait signalé plusieurs fois, confirme Désiré. Il l’avait vu en 2014-2015 déjà je crois, mais nous nous étions en National et lui allait être champion avec la Gantoise. Il avait fait une saison formidable et avait été élu meilleur gardien du championnat en Belgique. Il était évidemment inabordable, mais nous avons toujours gardé un œil sur lui, y compris quand il est parti à Newcastle où il ne jouait pas beaucoup. Et puis un agent nous l’a signalé en nous disant qu’il voulait partir, mais il fallait faire vite. On a aussitôt pris contact et il a tout de suite été très à l’écoute de notre projet. Matz est quelqu’un de très respectueux, le feeling est passé immédiatement. On connaissait ses qualités de footballeurs et d’homme et ça s’est confirmé. Il est venu chez nous. » Pour un peu plus que six ou huit points rapportés chaque saison et un peu moins de 4 millions d’euros que personne ne songe à regretter : Matz Sels vient d’être élu meilleur gardien de L1 par ses pairs pour l’exercice 2021/2022. Mais forcément, les choses ne peuvent pas toujours aussi bien se passer. Le métier de recruteur est aussi fait d’échecs. Ali Bouafia reconnaît humblement qu’il « n’y a pas de recette magique qui marche à tous les coups. Le recrutement, ce n’est pas une science exacte. On peut être sûrs de la qualité d’un joueur, avoir tout fait comme il faut et avoir recoupé tous les avis, on n’est jamais à l’abri parce qu’on

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« Même si on ne saura jamais, je pense que les occasions ratées contre Lille lui ont fait mal et que c’est ce match-là qui a conditionné la suite de sa saison. Il a perdu de la confiance. Parfois, il suffit de peu de choses… » Loic Désiré, à propos d'Idriss Saadi

touche à l’humain. L’adaptation, le quotidien, la découverte d’un nouvel environnement pour le joueur mais aussi pour son entourage, sa famille sont des critères qu’on ne maîtrise pas. »

réelles promesses chez les jeunes à SaintEtienne, il aurait pu, dû trouver sa place dans le dispositif strasbourgeois. « Oui, je le pensais aussi, reconnaît Loïc Désiré. D’autant que Thierry Laurey (alors entraîneur du club) l’avait eu à Ajaccio et c’est Pour l’ancien international algérien, « l’im- toujours un facteur important d’avoir un portant est de faire en sorte qu’un échec coach qui te connait quand tu changes de n’ait pas de conséquences trop impor- club. Mais ça ne s’est pas passé comme tantes ». Pour le joueur et pour le club, les nous l’espérions. Même si on ne saura exemples de transferts ratés qui finissent jamais, je pense que les occasions ratées par déséquilibrer un vestiaire ou plomber contre Lille lui ont fait mal et que c’est ce la saison d’un club ne sont pas ce qui match-là qui a conditionné la suite de sa manque dans le foot. saison. Il a perdu de la confiance. Parfois, il suffit de peu de choses… » Ce peu de À Strasbourg, rien de tout ça pour le choses qui sépare un recrutement réussi moment. Même si des échecs, il y en a d’un transfert raté, une saison aboutie eu aussi, forcément. Celui d’Idriss Saadi d’une année galère. notamment, passé comme une ombre à la Meinau entre 2017 et 2019 alors que Ainsi va la vie des recruteurs, à la recherche sur le papier, l’attaquant algérien avait d’une perfection qui n’existe pas. À essayer tout pour réussir ici. Fort physiquement, de trouver les pièces qui s’emboiteront sous-côté donc financièrement abor- comme mortaises et tenons pour aboutir dable, mais capable de marquer réguliè- à un truc étrange qui s’appelle un collecrement en pro (20 buts en 44 matches de tif. En quête perpétuelle du chaînon manL2 avec Clermont) après avoir affiché de quant. Dans l’ombre toujours. a Une décennie Or Norme


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« Nos sociétés partenaires ont exactement la même foi dans le club que les supporters en tribunes… » Jean-Luc Delanoue, Responsable sponsoring du Racing.


Rencontre avec l’homme qui œuvre au développement commercial du Racing Club de Strasbourg Alsace depuis le CFA. Jean-Luc Delanoue avoue sans problème « avoir épousé les valeurs édictées par Marc Keller » qu’il a rejoint dès la reprise de mai 2012, après l’avoir côtoyé durant quatre saisons au début des années 2 000. Aujourd’hui, ce ne sont pas moins de 12 millions d’euros qu’encaisse le Racing Club de Strasbourg Alsace via son service sponsoring. Et ce sera bien plus quand la nouvelle Meinau sera opérationnelle, en 2026…

Un mot sur vos origines… Je suis natif de Troyes, dans l’Aube. Quand j’étais très jeune, le club local, le Troyes Aube Football, jouait régulièrement en D1 comme on disait à l’époque. Ce qui m’a valu d’être un des spectateurs du match Troyes-Racing lors de la saison 1978-79, celle du titre pour Strasbourg. Je me rappelle que c’était la super écurie qui se présentait ce soir-là à Troyes, je regardais tout ça avec des yeux ébahis…

de reconstruction du club. J’ai donc eu toute de suite la conviction qu’avec sa vision, sa conviction et la force de ses valeurs, ça allait le faire. Je n’ai pas eu Sur le plan commercial, puisque c’est le moindre doute dans ce domaine. La votre mission, quel était alors l’état des seule inconnue était le facteur temps, lieux à votre arrivée ? l’échéance précise à laquelle le Racing Il n’y avait plus de secteur commer- retrouverait le statut pro. Au stade où j’en cial, à proprement parler. J’ai recensé à étais alors, après avoir quitté Sportfive, mon arrivée une petite dizaine d’entre- l’idée de contribuer à écrire une nouprises fidèles et irréductibles, au premier velle page de l’histoire du Racing me rang desquelles ES, qui n’avait jamais séduisait beaucoup. En fait, nous avions fait défaut au Racing dès le début de tous une énorme conviction que nous Cette décennie formidable que le son engagement, je me souviens aussi allions réussir… Racing vient de clore de très brillante de Blanc du Nil et d’Espace H et d’une façon, vous en avez été un des acteurs poignée de partenaires-mécènes, pas- Sincèrement, on vous aurait alors dit que à plein temps, si on ose dire car dès son sionnés et engagés, mais sans la moindre pile dix ans plus tard, le Racing allait arrivée à la tête du club, en 2012, Marc organisation digne de ce nom pour les rater d’un cheveu une qualification euroKeller vous a appelé, ou plutôt vous suivre et les accompagner… péenne en se faisant battre lors du tout dernier match au stade-vélodrome et ses a rappelé… C’est ça. J’avais déjà été de l’aven- Quels sont les mots de Marc, pour défi- 65 000 spectateurs chauds bouillants, ture avec lui entre 2002 et 2006 quand il nitivement vous convaincre car vous un match durant lequel Marseille jouait était directeur général du Racing. J’avais savez bien sûr parfaitement que le une bonne part de sa survie financière, à cette époque la casquette Sportfive Racing est tout au fond du trou, à un vous l’auriez cru ? (une agence internationale de marketing niveau sportif très bas pour quelqu’un Sincèrement, peut-être… Oui, peutsportif – ndlr). D’ailleurs, quand Marc a qui possède vos capacités profession- être. Car on sait que dans le football, tout alors quitté le Racing, je lui avais prédit nelles et votre savoir-faire ? est possible. qu’il reviendrait un jour en tant que Marc me fait part de son engagement Une anecdote pour appuyer ma président, pour moi c’était son destin. résolu à ramener le club au niveau profes- réponse : dès le début, nous avions intégré Quand il m’a rappelé en mai 2012, il m’a sionnel, un engagement personnel qu’il dans nos contrats de sponsoring des dit : « Bon, Jean-Luc, Voilà, on y est. J’ai partage aussi avec Egon Gingdorf, Pierre clauses précises en matière de conditions craqué, je suis de retour… Est-ce que tu Schmidt et Patrick Adler ainsi qu’avec un économiques et nos contrats prévoyaient as envie d’être de l’aventure ? ». J’ai dit cercle d’entrepreneurs et amis alsaciens noir sur blanc des clauses en cas de succès oui, aussi vite qu’il avait dû dire oui lui qu’ils ont fédéré. Marc me parle aussi de dans les Coupes nationales, vainqueurs de aussi. Je n’avais aucun doute quant à sa la forte adhésion des deux collectivités la Coupe de France ou de la Coupe de la vision et son projet, et encore moins sur locales phares, la Ville de Strasbourg Ligue, finalistes, etc… Dès le National, on en notre capacité à réussir et à ramener le et ce qui était encore la Région Alsace, était loin, à l’époque. On savait que ça pouclub à son plus haut niveau. Et quelques ce qu’il me présente comme le socle vait arriver, on en avait conscience… Une décennie Or Norme

jours plus tard, on s’est retrouvés dans les bureaux de la Meinau pour échafauder nos plans de bataille…

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« Parmi les valeurs cardinales que Marc Keller avait mises en avant à l’orée de cette fabuleuse décennie, il y avait la proximité entre le Racing et son environnement. » La Loge centrale du Racing.

Comment et sur quelles bases s’est organisé le Racing en matière commerciale et où en sommes-nous une décennie plus tard ? Dès le départ, il nous a fallu communiquer avec précision sur le projet du club, c’était bien sûr essentiel. On a multiplié les présentations du projet auprès d’un nombre très important de sociétés. Démarche évidemment très bien reçue d’autant que Marc s’est considérablement investi dans ce domaine. Très rapidement, on a travaillé sur des modèles de structuration commerciale de Ligue 1 plutôt que de National ou du CFA. Dès la toute première saison, nos loges étaient remplies, dès le CFA il y avait une liste d’attente. Incroyable ! Ça n’a jamais désempli depuis, et on est depuis longtemps contraints de faire preuve d’une grande inventivité pour faire face au développement de ce que nous appelons « l’hospitalité », c’est-à-dire la réception des sponsors et de leurs invités. Ces dernières saisons, le service communication nous a beaucoup aidé à travers le développement des contenus digitaux. Autant de contenus que nous pouvons valoriser auprès de nos sponsors. On a également introduit l’activité « séminaires » c’est à dire, hors match, des événements entreprises comme des conventions, l’incentive, les lancements de produits. Ça reste un potentiel de développement très important pour le club, un très beau produit pour approcher et mieux connaitre le monde économique qui nous entoure. Aujourd’hui, le club réalise un chiffre d’affaires commercial d’une douzaine de millions d’euros : 8 millions d’euros de

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sponsoring, « hospitalité » 4 millions et 300 000 euros sur le dernier secteur dont je parlais, l’activité « séminaires ». Le nouveau stade, opérationnel en 2026, va-t-il permettre de générer des recettes supplémentaires ? Bien sûr. Aujourd’hui, chaque soir de match, nous recevons jusqu’à 2 200 personnes VIP sur une gamme de sept niveaux de prestations différentes. Si on se projette dans ce que le nouveau stade nous permettra de réaliser, nous accueillerons à ce moment-là 3 600 personnes, réparties sur une douzaine de prestations exploitées les jours de matches. C’est un gap bien sûr très important. Le nouveau stade aura quelques points forts pour nos partenaires. Le plus important est peut-être l’unité de lieu : la Meinau actuelle héberge des chapiteaux et des constructions modulaires disséminés tout autour du stade. Tout notre réceptif futur sera organisé autour de la tribune sud avec un atrium d’entrée spectaculaire. Le réceptif se fera sur quatre niveaux et sur deux de ces niveaux, on trouvera une terrasse déambulatoire avec vue sur la pelouse, on y trouvera également des espaces de networking, ce sera une innovation. À terme, le nouveau stade devrait générer vingt millions d’euros supplémentaires. L’organisation commerciale et globale du club s’enrichit sans cesse de nouvelles compétences et pratiques, en même temps que nous recherchons en permanence la progression individuelle et collective sur le plan administratif. Un nouveau directeur du développement commercial vient de nous rejoindre dans l’optique d’améliorer nos nouveaux enjeux de croissance.

Au poste que vous évoquez, vous êtes bien sûr le témoin privilégié de l’engouement extraordinaire provoqué par les résultats sportifs de cette dernière décennie et particulièrement par la superbe saison que nous venons de vivre. L’engouement est-il le même chez les entreprises qui investissent sur le Racing ? Parmi les valeurs cardinales que Marc Keller avait mises en avant à l’orée de cette fabuleuse décennie, il y avait la proximité entre le Racing et son environnement. Le service commercial du club a fait sienne cette valeur-là. Nous cultivons aussi l’ancrage sur le terrain, la symbiose avec les performances et l’esprit du club et nous sommes dans une relation authentique avec nos partenaires, que ce soit les soirs de matchs ou les autres jours, du plus important des sponsors à l’artisan, la TPE, les professions libérales. J’ai des souvenirs qui me reviennent, puisque vos questions sur la décennie les réveillent : à la fin de la première saison de National, quand on était en situation de relégation sportive, j’ai vu des décideurs économiques les larmes aux yeux, totalement effondrés et laminés par ce qui nous arrivait. C’est exactement ce que ressentaient ce même soir les supporters dans ce qui était encore le quart de virage du kop. Je le dis souvent : une personne VIP, ce n’est pas seulement un col blanc un peu étriqué qui vit sa passion de manière plus froide qu’un supporter du mur bleu. Non, l’immense majorité de nos partenaires économiques et leurs invités vivent la passion du Racing avec leurs tripes. Ils ont exactement la même foi dans le club que les supporters en tribune… » a Une décennie Or Norme


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ALAIN PLET, DIRECTEUR GÉNÉRAL ADJOINT Le stade de demain avec l’ambiance d’aujourd’hui Il travaille depuis des années sur le projet du nouveau stade de la Meinau. Rencontre avec Alain Plet qui reconnait bien volontiers que, pour le cadre aguerri qu’il est devenu au fil de tant d’années passées dans le monde du football professionnel, « un tel dossier ne se présente évidemment qu’une seule fois dans une carrière »…

Alain Plet, directeur général adjoint du Racing

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Tout d’abord, vers quelle échéance s’oriente-t-on pour la mise à disposition du nouveau stade ? Peut-on avoir confirmation des informations factuelles qui ont déjà circulé ? À ce jour, aucun retard n’est identifié. L’échéance de la fin 2025 reste d’actualité, mais d’ici là, le projet sera livré par phases successives. Les travaux vont démarrer au début de l’hiver prochain, durant la trêve lors de la Coupe du monde au Qatar. La saison prochaine, on pourra continuer à accueillir 26 000 personnes dans le stade. En août 2023, la tribune Sud serait inaccessible, je parle encore au conditionnel, car nous sommes aujourd’hui dans un phasage encore provisoire. Durant les travaux, on ne descendra jamais en dessous de 19 000 places, c’est-à-dire que l’ensemble de nos actuels abonnés pourront continuer à participer aux matchs. Chaque semestre suivant, une nouvelle tribune sera concernée par les travaux, la tribune Ouest, puis la tribune Nord et enfin la tribune Est… Une décennie Or Norme


Vue d’architecte du nouveau stade, angle sud-est.

loin sur le plan économique, c’était tout le travail de l’étude de faisabilité qui a montré qu’avec une enveloppe globale de 100 M €, on pouvait rénover le stade pour entrer dans les standards de la Ligue 1 en termes de fonctionnement. Si l’autre option d’un tout nouveau stade avait été choisie, entre l’équipement lui-même et tous les aménagements structurels à réaliser autour, on arrivait à 300 M€. Le choix était là et tout s’est rapidement réglé pour des raisons économiques et pour cet attachement à l’actuelle Meinau. L’âme et l’esprit du club sont ici et les retours d’expériences que l’on avait d’ailleurs nous Au départ, il y avait évidemment deux ont convaincus de choisir la solution de possibilités : un nouveau stade, comme la rénovation du stade. l’OL l’a réalisé avec son Groupama Stadium dans la grande banlieue de Lyon La jauge de 32 000 spectateurs dont vous et la rénovation de l’actuelle Meinau. parlez a été retenue il ya environ trois ans. Qu’est-ce qui a poussé vers cette der- Mais entre-temps, il y a eu, notamment, la superbe saison qui vient de se terminer. nière solution ? Avant tout, une raison un peu instinc- Elle sera suffisante pour que le public tive : on connaissait l’attachement des accompagne sans problème un Racing supporters pour le stade de la Meinau. qui s’inscrirait de façon pérenne dans le Mais on a bien sûr poussé l’analyse plus premier tiers du classement de Ligue 1 ? La jauge finale retenue pour l’accueil du public sera de 32 000 spectateurs pour un coût de 107 millions d’euros apportés par les collectivités et un peu plus d’une vingtaine de millions d’euros apportés par le club. C’est le budget nécessaire pour qu’on puisse bénéficier d’un stade exploitable pour la Ligue 1 et donc, équipé pour pouvoir bien fonctionner, notamment les soirs de matchs : fluidité aux buvettes, services bien appropriés. Tout cela, ce sont des équipements propres à l’économie du football et c’est le club qui les prend en charge.

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Tout à fait. La saison qu’on vient de vivre confirme que 32 000 spectateurs est la bonne jauge. Bien sûr, le jour de la réception du PSG, on aurait eu besoin de 50 000 places… Mais ça, c’est une ou deux fois dans une saison. Le reste du temps, 32 000 spectateurs dans un stade de 50 000 places ne fabriquent pas du tout la même ambiance, c’est certain. Il y a un peu plus de deux ans, on avait popularisé le slogan « Le stade de demain avec l’ambiance d’aujourd’hui » : je pense qu’il est encore plus vrai après la saison qui vient de se terminer, ce qui renforce notre choix de rester ici. Déjà, ce stade est bien né. Certes, il date de 1984, mais il a été d’entrée très bien réalisé, c’est un vrai stade de foot et il a très bien vieilli comme nous l’ont confié les ingénieurs qui ont mené l’étude de faisabilité. En un mot, la Meinau actuelle était une excellente base sur laquelle on pouvait travailler. Voilà, il y a ces éléments matériels positifs et, de plus, on ne pouvait pas prendre le risque de diluer la fantastique ambiance du stade actuel. À Strasbourg, le foot, c’est à la Meinau ! Et il y restera… a RACI NG

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On vous avait déjà rencontré il y a un peu plus d’un an dans le cadre d’un sujet qui a paru dans notre hors-série annuel, Or Norme – Habiter. Vous nous parliez de trois points essentiels qui structurent le futur stade. Dont une FanZone très bien étudiée… Oui, elle sera un trait d’union entre le stade et le quartier. En dehors des soirs de matches, elle fonctionnera comme un square, ouverte le jour et fermée la nuit. C’est-à-dire qu’en journée, cette FanZone sera ouverte aux habitants du quartier qui y trouveront une place centrale sous une pergola géante, un kiosque avec un écran géant qui fonctionnera les soirs de matchs, un Sport Bar, la boutique du club. Les soirs de matchs, cet espace sera sécurisé et sera partie intégrante

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du stade, le contrôle des billets se fera en amont. Autre élément intéressant à connaître : toujours en dehors des soirs de matchs, cette FanZone pourra être accessible pour d’autres événements, elle est conçue pour pouvoir accueillir jusqu’à 5 000 personnes : ce pourra être la retransmission sur écran géant d’un match du Racing à l’extérieur, par exemple. On aura le droit à dix événements majeurs dans l’année, cinq pour notre compte et cinq pour la Collectivité.

sera abritée sur tout son périmètre, permettra si besoin de faire le tour du stade, se donner rendez-vous entre amis avant le match ou à la mi-temps, quelle que soit la zone des places occupées durant le match. Concrètement, deux amis, l’un ayant une place en tribune Est et l’autre en tribune Nord, pourront facilement se retrouver à la buvette à l’intersection des deux zones. Hors la tribune Sud, 90 % des sièges disponibles seront desservis par cette coursive.

La deuxième nouveauté, c’est cette immense coursive qui va cerner la totalité du stade… On a vraiment tenu à sa réalisation, car ce stade, on l’a voulu comme un vrai point de rencontre. Il y a d’abord la FanZone, je n’y reviens pas, mais la coursive, qui

Troisième point important. C’est dans cette tribune Sud que se concentrera l’ensemble des espaces réceptifs fréquentés par les partenaires du club et leurs invités… C’est exactement ça. Il y aura un atrium central d’accueil qui desservira les Une décennie Or Norme


quatre niveaux où se retrouveront tous les clients du club. Les loges privatives tout en haut, la zone Protocole et les loges à disposition des grandes entreprises durant toute l’année, même les jours sans match, avec un service conciergerie, il y aura aussi des salons équipés pour des conférences, avec vue sur la pelouse, bien sûr. Au niveau 2, on trouvera trois salons de 400 places, chacun avec une belle terrasse donnant sur la pelouse. Au niveau 1, il y aura un salon de 700 places avec accès direct aux gradins. 3 600 personnes seront accueillies les soirs de matchs sur ces quatre niveaux. Dernier point, la problématique des accès au nouveau stade… Le nombre de places de parking reste le même, mais réparties différemment Une décennie Or Norme

« On aura le droit à dix événements majeurs dans l’année, cinq pour notre compte et cinq pour la Collectivité. »

Vue d’architecte de l’entrée sud-ouest

dans le quartier. Par ailleurs, la CTS va optimiser la desserte en tram grâce au stockage de rames de trams à proximité du stade ce qui permettra, les soirs de matchs, de doubler la fréquence des trams au départ de la station Krimmeri – Stade de la Meinau. Et puis, la gare SNCF Krimmeri-Meinau sera desservie par le futur Réseau Express Métropolitain et pourra accueillir des gens venant d’un peu partout en Alsace… a a RACI NG

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a R ACI NG – G OU V ERNANCE ET ACTIONNARI AT Benjamin Thomas

Nicolas Rosès

ACTIONNAIRES DU RACING La Dream Team de Marc Keller De gauche à droite : Jean-Luc Jaeger, Paul Adam, Philippe Studer, Léonard Specht, Christian Rothacker, Marc Keller, Pierre Schmidt, Marc Gindorf, Patrick Adler, Thierry Wendling et Lola Dreyfuss. (Manquent sur la photo : Pierre Chouissa, Ivan Hasek, Thierry et Olivier Herrmann, Raymond Schweitzer, Pierre-Emmanuel Weil et Étienne Werey.)


Qui pouvait mieux parler des actionnaires que celui qu’ils soutiennent au quotidien depuis dix ans ? Pour la première fois, le président du Racing s’exprime sur ceux qu’il nomme souvent dans ses interventions, ses « amis actionnaires ». Les mots qu’il emploie ici à leur propos prouvent bien leurs liens d’amitié, et expliquent pour beaucoup le parcours du club depuis dix ans. Jamais le Racing n’avait connu une gouvernance et un actionnariat aussi apaisés. La parole est au président !


La Dream Team 114

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PAUL ADAM

PIERRE CHOUISSA

« Paul a longtemps travaillé avec Egon, et c’est un Haut-Rhinois comme moi ! C’est un passionné et il fourmille toujours d’idées intéressantes, notamment pour développer le marketing du club. Il nous a suivis sans hésiter il y a dix ans et sa fraîcheur perpétuelle ainsi que sa présence constante aux matchs à la Meinau font du bien. C’est un vrai actionnaire-supporter ! » a

« Alors “Pio” est un ami de trente ans et j’adore toute sa famille : sa maman Michette, mais aussi son frère Rémy et sa sœur Catherine. Il a été très “classe” quand, pour développer le club, nous avons été contraints de quitter Hummel (la marque que sa société, BDE, représentait) pour Adidas. Un mec bien ! » a

PATRICK ADLER « Patrick est un de mes meilleurs amis depuis 2001, quand il est arrivé comme administrateur du club et moi comme manager sportif. Il était à l’époque le sponsor principal du Racing et, avec Egon Gindorf et moi, il est à l’origine du rachat du club à IMG qu’on a repris également avec Pierrot (Schmidt) et Thierry (Wendling). Nous avons vécu ensemble une aventure et des moments inoubliables, qui ont tissé des liens indéfectibles entre nous deux. C’est lui qui est à l’origine du rachat du club en 2012 en ayant organisé le premier rendez-vous avec Alain Fontanel et moi. Fidélité et proximité sont les mots qui me viennent à l’esprit le concernant ; et s’il n’avait pas eu ses entreprises à gérer à l’époque, il avait clairement le potentiel pour prendre la présidence du club, que nous avions préféré, lui et moi, laisser à Egon. » (Marc avait pris la direction générale, et Patrick la présidence du conseil de surveillance – ndlr) a

LOLA DREYFUSS « Lola est la fille de notre regretté Patrick (voir page 136) et je suis très content qu’elle soit à nos côtés, car son père en aurait été très heureux. Elle est la seule femme de l’actionnariat et ce n’est peutêtre pas facile pour elle, mais elle a été très bien accueillie. Elle assiste consciencieusement aux assemblées générales et apprend ce qu’est un club de foot pro » a

MARC GINDORF « Marc, je le connais depuis 25 ans parce que c’est le fils d’Egon (voir page 136), et on a été voisins pendant quelques années à Monaco. La disparition de son père nous a encore rapprochés et Marc, qui était peut-être plus intéressé par d’autres sports au départ, est devenu lui aussi, un amoureux du Racing. Ça me fait vraiment très plaisir qu’il soit à nos côtés parce que je crois que c’était la volonté de son père. Et je suis vraiment ému quand je le vois, à chaque fois qu’il vient à Strasbourg, et qu’il remarque l’empreinte qu’a laissée son père au Racing. Je suis également très reconnaissant envers Marc du respect qu’il avait et qu’il a toujours, de la relation particulière que j’avais avec son père. » a

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La Dream Team 116

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IVAN HASEK

CHRISTIAN ROTHACKER

« Ivan Hasek c’est une amitié de trente ans ! On a commencé à jouer ensemble en 92/93 et en 2001 il est devenu notre entraîneur alors que j’étais manager sportif du club. Au moment de reprendre le club et qu’avec Patrick (Adler – ndlr) on réfléchissait à ceux qui pourraient nous rejoindre, j’ai immédiatement pensé à lui. Quand je l’ai appelé, il m’a dit “oui” de suite, car c’était pour aider le Racing ! Il n’a pas sourcillé et a fait le virement bancaire dans la foulée sans poser plus de questions. On se voit en moyenne deux fois par an, à Prague ou à Strasbourg, mais c’est un vrai ami et un amoureux du Racing. » a

« Christian, je le connais depuis une dizaine d’années : je l’ai rencontré quand je courais avec mon ami Simon Dahan. Il est entré au capital quand on l’a ouvert à quelques nouveaux actionnaires en CFA et il s’est de suite passionné pour le club. On a développé une grande amitié et il dépense beaucoup de temps et d’énergie pour le club malgré un emploi du temps très pris par ses affaires. Il vient à tous les matchs, y compris les déplacements. Confiance, fiabilité et esprit sportif sont les termes qui le caractérisent le mieux. Il connaît maintenant très bien le monde du football. » a

THIERRY ET OLIVIER HERRMANN

PIERRE SCHMIDT

« Thierry et Olivier sont arrivés dans l’aventure Racing par l’intermédiaire de Pierre-Emmanuel Weil qui les avait mis en relation avec Patrick Adler. Ils viennent de l’immobilier, secteur dans lequel ils ont extrêmement bien réussi, et je suis très admiratif de cette réussite familiale qu’avaient initié leur grand-père et leur père. On s’est bien sûr rapprochés depuis 10 ans. Ils aiment le Racing tous les deux, Olivier avec plus de prudence et Thierry plus de passion ! J’ai beaucoup d’affection pour Benjamin, le fils de Thierry, qui est déjà comme son père, un grand passionné du Racing. » a

JEAN-LUC JAEGER « Jean-Luc est un copain depuis de nombreuses années et quand on a ouvert le capital du club il a tout de suite manifesté son intérêt. Il l’a fait parce qu’il voulait participer à une aventure et pas du tout pour un quelconque intérêt professionnel. Il a parfaitement intégré l’équipe en place et sa présence, ainsi que son expertise sur les métiers de bouche est également très appréciée. » a

« Pierre est un ami depuis une trentaine d’années, et je l’ai connu alors que j’étais joueur et que sa société était sponsor maillot du club. C’est un soutien historique de toutes nos aventures, avec Egon Gindorf, Patrick Adler, Thierry Wendling et moi-même. Il est toujours très impliqué et m’apporte beaucoup par son expérience et sa réussite professionnelle. Il vient du monde de l’agroalimentaire qui est un monde dont je suis également issu et on parle le même langage. Mais “Pierrot” est aussi un sentimental et je sais que son amour du Racing lui a été transmis par son père, qui a terminé sa vie aveugle, et qui venait encore au stade pour en écouter l’ambiance. Pierre m’a dit à quel point son père aurait été fier de voir qu’on avait réussi à refaire monter le club en Ligue 1. » a

RAYMOND SCHWEITZER « Raymond, c’est notre rocker ! Une vraie boule d’énergie et un entrepreneur qui aime le foot et le Racing. Il a une très bonne vision de l’organisation de la sécurité et du spectacle, et nous apporte beaucoup de son expérience sur ces sujets. J’ai également une grande affection pour sa femme Marie-Pierre qui est une des meilleures amies de Sabryna, mon épouse. » a Une décennie Or Norme


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JP COSTUMES Adresse confidentielle, logée au rez-de-chaussée d'une maison de maître du quartier des Contades à Strasbourg, JP Costumes propose depuis 15 ans des costumes de marques à prix distributeur. Au-delà de l’étoffe, pour Manu, le responsable, c’est aussi le service qui compte, celui d’un salon privé dédié à l’homme et où chaque client est reçu comme une star… du ballon rond.

Pouvez-vous nous parler de votre partenariat avec le RCSA ? Nous avons été démarchés pour habiller une partie des collaborateurs du Racing ; le personnel administratif, les commerciaux, les recruteurs qui travaillent au Racing, mais aussi le staff, les coachs, etc. Bien entendu, c’est également JP Costumes qui fournit la tenue des joueurs pour les jours de match à domicile. Cette tenue à été créée avec les dirigeants. Nous sommes partis sur un costume bleu marine pour rester dans les couleurs du Club mais, pour être moins formels - car il ne faut pas oublier que le RCSA a des valeurs familiales et populaires - nous avons assorti le costume d’un t-shirt blanc et d’une paire de baskets… Il ne fallait pas que les joueurs aient l’air déguisés !

Du dressing au stade Quels sont les articles et services proposés par JP Costumes ? Notre cœur de métier, c’est le costume ! Que ce soit pour le travail au quotidien ou pour un événement comme un mariage, en tant que marié ou invité, nous avons forcément le costume qui convient. Notre panel de clients est très large, cela va du banquier à l’ambassadeur qui portent, eux, des costumes tous les jours, jusqu’au futur marié qui n’a jamais mis de costume de sa vie. Nous avons des clients de tous les âges et de tous les milieux. Chez JP Costumes, nous proposons des matières nobles à des prix distributeurs. Surtout, ce que nous mettons en avant c’est la disponibilité, le conseil et le service que l’on apporte au client, car finalement, c’est lui notre plus belle vitrine.

En quoi JP Costumes se distingue-t-il des magasins classiques ? Ce qui nous différencie, c’est le choix. Nous avons toujours près de 300 costumes de grandes marques en magasin. J’aime dire que nous fonctionnons un peu comme à l’époque, comme de vrais commerçants, c’est-à-dire que s’établit un vrai rapport

de confiance avec les clients. Il nous arrive par exemple de prêter un costume à un client pour qu’il puisse le montrer à sa compagne avant de l’acheter. Il y a vraiment cette notion de proximité et de service au centre de notre prestation, pour nous c’est

C’est une fierté pour nous d’avoir pu les habiller car nous sommes une petite structure. Nous remercions d’ailleurs le Club d’avoir choisi un acteur local pour cela. Nous avons été très bien reçus, il faut souligner la disponibilité et l’accueil chaleureux de l’ensemble du Club, que ce soit le personnel administratif, le staff ou les joueurs. Je suis un fan du Racing et ce partenariat m’a permis de fréquenter ce monde d’un peu plus près. Tous les joueurs du RCSA sont d’une grande simplicité et nous avons même eu le plaisir de les voir ensuite venir en privé au showroom. Cette année, il y a plusieurs joueurs qui se sont mariés et qui nous ont fait confiance pour leur costume de mariage. Et pour la petite histoire, la femme d’un joueur a voulu organiser un vide-dressing, nous lui avons mis à disposition le showroom un dimanche matin. Quand je vous dis que l’on fonctionne comme des commerçants !


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LÉONARD SPECHT

THIERRY WENDLING

(qui représente l’association du Racing, également actionnaire du Club)

« Thierry est un ami de très longue date et le fils de Jean Wendling, qui est pour moi un des présidents qui m’a marqué par sa classe, son calme et son expérience. Il fait lui aussi partie de la bande des Cinq (Marc Keller, Patrick Adler, Egon Gindorf, Pierre Schmidt et donc Thierry Wendling – ndlr) qui avait déjà contribué à racheter le club à IMG en 2003. Thierry vit les matchs du Racing de manière très intense puisqu’il ne peut quasiment pas les regarder tellement il est stressé et est souvent dans les coursives à marcher de long en large en attendant la fin du match ! » a

« Quelques mots d’abord de Patrick Spielmann, qui a été président de l’association pendant 25 ans et qui l’a fait avec beaucoup d’abnégation et de caractère quand il a fallu notamment défendre la marque Racing. Léonard était clairement son successeur évident et je suis très heureux de voir Léonard à ce poste ! J’ai une grande affection pour lui et sa femme Nicole. J’ai également un grand respect pour sa carrière et il était vraiment un joueur que j’admirais. Il a eu une magnifique reconversion dans le groupe Lohr, et quand je vois “Léo” je pense toujours aussi à Monsieur Lohr, à sa grande humanité, et à son indéfectible soutien au Racing. » a

PHILIPPE STUDER « Philippe est arrivé au club par l’intermédiaire de Paul Adam, dont il est un ami de longue date. Il a beaucoup d’idées sur le monde de demain et c’est un patron très inspirant. J’aime échanger avec lui sur le monde du travail et les rapports dirigeants/salariés. C’est quelqu’un d’avant-gardiste et un vrai supporter du Racing. » a

ÉTIENNE WEREY « Étienne a les mêmes origines hautrhinoises que moi et on parle le même langage ! Avec cet accent dans lequel je me retrouve beaucoup. Après la disparition de son frère Christian (voir page 138) Étienne nous a rejoints et j’ai un grand respect pour lui, son neveu William (le fils de Christian) et pour ce qu’ils font professionnellement. C’est un actionnaire fidèle et un grand supporter du Racing. » a

PIERREEMMANUEL WEIL « Je connaissais un peu Pierre-Emmanuel par son père, Claude-Maxime, mais il y a dix ans, c’est lui qui nous a présenté les frères Herrmann, et qui a souhaité également rejoindre personnellement l’aventure. J’ai tout de suite senti que c’était quelqu’un qui parlait le même langage que nous et connaissait déjà bien le foot, pour avoir travaillé avec Jean-Claude Darmon. C’est un soutien fidèle et un passionné de sport, mais aussi des organisations sportives. C’est toujours très enrichissant pour moi d’échanger avec lui. Nous avons développé de vrais liens d’amitié » a

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PLANÈTE RACING Supporters : tout un monde ! Les soirs de matchs, le Mur Bleu (marque déposée) en impressionne plus d’un, au stade et dans la France entière. Le public de la Meinau est largement reconnu comme le plus chaud de France et sa ferveur en impose. Mais, ces mêmes soirs de matchs, très loin de Strasbourg et de la Meinau qui rugit, des supporters tout aussi passionnés se connectent, quel que soit le fuseau horaire. Témoignages de quatre expatriés qui voient la vie en bleu… a RACI NG

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« Nous étions tous unanimes : le club ne pouvait pas disparaître, il fallait le sauver. Et c’est là que j’ai pleinement réalisé l’amour de cette région Alsace pour son club phare. »

Yannick Guillemot, 32 ans, ingénieur Web. À New York depuis 2013.

Vous rappelez-vous de l’état d’esprit dans lequel vous étiez il y a dix ans au moment où le club a débuté son parcours en CFA2 ? Yannick Guillemot : Il y a dix ans, j’étais forcément très déçu de la liquidation judiciaire, comme tout le monde. Mais nous étions tous unanimes : le club ne pouvait pas disparaître, il fallait le sauver. Et c’est là que j’ai pleinement réalisé l’amour de cette région Alsace pour son club phare. Ce fut une période remplie de challenges, mais aussi d’union autour d’un club dont le nom était resté, ainsi que la couleur du maillot, même si on ne connaissait plus aucun nom dans l’équipe. J’ai pris conscience à ce moment-là que le Racing, c’est quelque chose d’encore plus spécial que je ne l’avais imaginé…

Quentin Ertzscheid : Cette descente aux enfers, ce fut le choc, jamais je n’aurais pensé que cela puisse arriver un jour à un club chargé d’une si longue histoire, mais c’est vrai que le Racing était assez fébrile au niveau des finances toutes les saisons qui avaient précédé. N’empêche, ça faisait bizarre de voir le Racing en CFA2…

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Guillaume Wintz : J’étais triste, mais cela correspondait à mon arrivée en Guadeloupe et du coup, j’ai vécu cette période avec un petit peu plus de détachement. Je me suis mis du coup à supporter l’OM comme équipe de Ligue 1 ! Mais j’ai toujours eu un œil sur les résultats du Racing et dès le retour en National, j’ai recommencé à regarder les matchs à la télé… Myriam Reutenauer : J’ai mal vécu la descente en CFA2 dans le sens où je vivais à Bordeaux à ce moment-là et je savais que ce serait vraiment compliqué d’aller voir des matchs en semaine. Mais, sincèrement, cette descente je ne l’ai pas si mal vécue, car j’ai toujours été convaincue qu’on surmonterait tous ces pépins. Sincèrement pensez-vous que le Racing retrouverait le plus haut niveau ? Y. G : Sincèrement non. Mais pour avoir suivi des saisons de Ligue 1 où le Racing n’y était pas, derrière le PSG, j’ai toujours remarqué que des nouveaux promus ou des équipes bien construites provoquaient la surprise sur une saison. Et quand on est monté en Ligue 1, je ne voyais pas de raison, avec une Meinau pleine chaque week-end,

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« Je suis spécialement rentré en Alsace pour la remontée en Ligue 1. J’étais arrivé de la Guadeloupe le matin même du match ! »

Guillaume Wintz, 43 ans, consultant en développement d’hébergement touristique. En Guadeloupe depuis onze ans.

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de ne pas créer la surprise une année ou une autre. Pour moi, le plus dur reste à faire après la saison hors norme que nous venons de vivre. Le plus dur, c’est de faire partie du paysage et de perturber le top 7 en France pendant plusieurs saisons de suite. Maintenant, on attend de voir s’ils peuvent le faire dès la saison prochaine ! Q. E : C’était certainement quelque chose de possible, mais je n’aurais jamais imaginé que cela arrive aussi rapidement. Je voyais ça plutôt sur quinze ou vingt ans. Il faut reconnaître le travail extraordinaire, de la direction jusqu’aux joueurs en passant par les supporters, les sponsors, la région, etc. Les planètes se sont alignées… G. W : Je crois qu’au début des années 2010, on ne savait pas trop ce qui arriverait. Mais à partir de la deuxième saison en National, pour moi oui, l’espoir a toujours été là…

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Les plus grands moments de cette décennie passée ? Y. G : La victoire contre Lyon, avec le coup franc de Dim. Ce match, je ne crois pas l’avoir vu en direct en raison du décalage horaire, mais je l’ai regardé en replay. C’est le match typique du Racing qui ne lâche rien jusqu’au bout ! Je me souviens aussi de la montée en National face à Raon-l’Étape, regardée en direct sur YouTube. Le kop qui prenait toute la tribune opposée et une tension incroyable autour de ce match ! Et puis, il y a aussi la victoire contre le PSG en 2017, à la Meinau. C’était notre retour en Ligue 1 et on tape la bande à Neymar et son arrogance ! Gonçalves, Lienard & Co qui forment une forteresse pour arracher la victoire en tenant jusqu’au bout !

Q. E : Durant cette remontada, on a pu assister à de vrais derbys alsaciens en match officiel comme contre Schiltigheim en CFA2, Mulhouse en CFA et Colmar en

National ! C’étaient de super moments pour tous les Alsaciens. Je retiens aussi la victoire en Coupe de la Ligue en 2019, c’était une belle récompense pour tout le monde. G. W : Les montées, forcément ! Spécialement celle de CFA vers le National, puis du National vers la Ligue 2. Et enfin celle de mai 2017 où je suis spécialement rentré en Alsace pour la remontée en Ligue 1. J’étais arrivé de la Guadeloupe le matin même du match ! M. R : Un moment inoubliable ? Il y en a trop ! Je choisirais le moment où nous sommes remontés en Ligue 1, ce moment de partage et de joie restera gravé à vie dans ma mémoire tant j’ai vibré ! Un moment unique ? Y. G : Le match de la montée en Ligue 1 contre Bourg-en-Bresse. J’étais à une conférence à Paris cette semaine-là et j’ai pris le TGV du

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« Durant cette remontada, on a pu assister à de vrais derbys alsaciens en match officiel comme contre Schiltigheim en CFA2, Mulhouse en CFA et Colmar en National ! C’étaient de super moments pour tous les Alsaciens. » Quentin Ertzscheid, 33 ans, directeur logistique. À Séoul depuis un an, après cinq ans à Hong Kong, deux ans à Manchester et deux ans à Hambourg.

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vendredi après-midi pour aller voir le match. J’avais l’impression que tous les passagers du train allaient à la Meinau. C’est à ce moment-là que j’ai réalisé qu’on allait revenir à la place qui est la nôtre dans la hiérarchie du foot français. Mon père a pris ma valise à la gare et j’ai rejoint mon meilleur pote au stade en prenant le tram. Ça a fini sur la pelouse et très tard dans la nuit !

un petit centre commercial aux airs de Far West, en Arizona, seul endroit où j’avais du Wifi. Quand Dim a mis le coupfranc, j’ai hurlé, couru dans tous les sens et les gens autour se sont demandé qui était ce débile mental ! Des moments de doute ? Y. G : J’ai vraiment eu peur qu’on redescende en CFA. Ça aurait tout foutu en l’air et aurait pu interrompre ce regain de popularité et l’évolution sportive de l’équipe. L’année d’après, on monte. C’est dire si le destin se joue à rien…

Q. E : Sans hésiter, le coup franc de Dimitri Liénard à la dernière minute des arrêts de jeu contre Lyon lors du dernier match de la saison 2017/2018 à la Meinau et qui est synonyme de maintien en Ligue 1. C’est le Q. E : Lors de la première saison en genre d’émotions que seul le football peut National quand le Racing a failli être reléte procurer… gué. C’était chaud… G. W : Il n’y en a qu’un seul : le match contre Lyon en mai 2018 et le coup franc de Dim ! J’étais en plein road trip de cinq mois aux États-Unis et au Canada, et j’ai regardé le match sur mon téléphone portable, assis sur un banc, devant

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G. W : À la fin de la saison 2012, il y a eu beaucoup d’interrogations sur l’avenir avec les problèmes financiers, puis un vrai soulagement avec l’arrivée de Marc Keller. Mais c’est surtout la saison 2014 avec le parcours catastrophique en National, la

relégation sportive, puis le repêchage qui ont été marquants. Mais derrière, ça a créé la double montée pour retrouver finalement la Ligue 1 en un temps record. Avec qui vivez-vous votre passion pour le Racing ? Y. G : Aujourd’hui, principalement mon frère, mes parents et mes amis d’enfance de Strasbourg. À New York, je joue aussi au foot pour le Racing Alsace NY. Une petite équipe de foot sans prétention, composée d’Alsaciens, mais pas que. Nous représentons fièrement les couleurs du Racing chaque semaine. On se rassemble aussi pour des grands matchs. Avec mes parents, on débriefe souvent les matchs chaque semaine ensemble et certains de mes amis vont au stade, donc je partage un peu leurs émotions via Facebook ou autre.

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Q. E : C’est avec mon frère que je parle le plus du Racing. C’est un sujet incontournable quand on s’appelle. Une décennie Or Norme



« J’ai un ami du kop qui m’envoie plusieurs vidéos des temps forts du match et de l’ambiance autour de lui. Et j’en débat avec mon meilleur ami après le match… »

Myriam Reutenauer, 36 ans. Infirmière aux urgences/ réanimation/Smur de Cayenne en Guyane française depuis quatre ans.

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Quand il y a un gros résultat, mes parents m’envoient une photo de la page sport des DNA pour que je puisse lire le résumé. Et je partage aussi le score des matchs du Racing avec ma femme qui est canadienne, mais elle n’est pas très intéressée, je crois…

G. W : Bien qu’il y ait beaucoup d’Alsaciens en Guadeloupe, je n’ai pas encore trouvé un fan du Racing comme moi ! Donc je vis ma passion du Racing avec mes amis footballeurs que j’ai bien chambrés cette année avec nos bons résultats. La plupart ici soutiennent le PSG ou Marseille… M. R : Ici, à Cayenne, je vis ma passion tout simplement avec mes amis et collègues qui n’ont, de toute façon, pas d’autre choix que de faire avec. C’est à base de chambrage, car ils sont supporters d’autres clubs de Ligue 1. Sinon, en métropole, après chaque match j’ai un ami du kop qui m’envoie plusieurs vidéos des temps forts du match et de l’ambiance autour de lui. Et j’en débat ensuite avec mon meilleur ami après le match…

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Vos espoirs pour la prochaine saison et pour l’avenir du club en général ? Y. G : Rater de peu un parcours en Coupe d’Europe la saison prochaine est une déception pour moi parce que ça aurait été de l’expérience à prendre pour un club qui doit encore apprendre beaucoup, comme on l’a vu à Marseille. Le haut niveau appelle la haute performance. Donc l’espoir pour la saison prochaine serait de continuer à jouer le haut de tableau jusqu’à la fin et la Coupe de France jusqu’aux derniers tours. Alors que la rénovation du stade va aussi commencer, je ne serai pas contre la stabilité et une saison sans remous. À l’avenir, je veux voir Strasbourg être aussi attractif et attirant qu’un club comme Rennes ou Nice. Je pense sans prétention qu’on peut y arriver. Et on y arrivera !

continuer à nous faire vibrer et à jouer à nouveau le haut du tableau. La Coupe d’Europe serait la cerise sur le gâteau. J’espère que nous allons rester en Ligue 1 encore plusieurs années et qu’on saura garder cet état d’esprit qui fait la différence. Enfin, j’espère que le club trouvera un poste pour la reconversion de notre capitaine Dimitri Liénard, car il est un symbole à vie de ce que doit absolument rester le Racing !

Q. E : J’espère que le Racing pourra se maintenir dans la première partie du tableau et saura consolider son effectif. Dans quelques années, ça serait bien de voir Strasbourg dans une compétition européenne.

Q. E : Bien sûr, le Racing fait partie du patrimoine de l’Alsace et je suis fier de ma région et de notre culture.

G. W : Avant tout, réaliser une aussi belle saison que celle qui vient de se terminer,

M. R : J’espère que la saison prochaine sera aussi incroyable que la dernière saison, mais avec une place en Coupe Europe, à la fin. Le club grandit et il en est capable… C’est une passion « à vie » ? Y. G : Ça va sans dire. Le foot c’est Strasbourg pour moi, et avant tout !

G. W : Sans aucun doute ! « Un seul amour, et pour toujours, Racing Club de Strasbourg ! » M. R : Un seul amour, et pour toujours ! a Une décennie Or Norme


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« Nous grandissons comme grandit le Racing : humblement mais sûrement… » Le Racing Club de Strasbourg Alsace est bien plus qu’un club de football. Et elle est bien plus que l’épouse du Président. Elle est Sabryna Keller, une femme au grand cœur, dévouée et engagée, pour qui le sourire, le bonheur et le bien-être d’autrui valent toutes les victoires. Si son mari incarne le Racing, club à dimension humaine fortement ancré sur son territoire ; elle en incarne l’importante dimension sociétale et le volet citoyen, à travers l’Association Femmes de Foot (www.femmesdefoot.com), qu’elle a créée et qu’elle préside.

Sabryna Keller

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a R ACI NG

Une décennie Or Norme


« Les femmes sont naturellement notre fil rouge depuis la création de l’association en mai 2017. »

Sabryna Keller, pourquoi avoir voulu doter le Racing d’une dimension caritative ? Il y a dix ans, avant la reprise du club par mon mari, cette dimension n’existait pas et elle s’inscrit dans sa volonté de bâtir quelque chose de différent. Le Racing est un club populaire, engagé et citoyen, très ancré dans sa région et j’ai souhaité apporter ma pierre à l’édifice en créant une association qui puisse lui permettre d’œuvrer concrètement sur le territoire et renforcer le lien avec son public. Le football est un univers qui brasse beaucoup d’argent et il est souvent taxé d’égoïsme ou d’individualisme, or le Racing et Femmes de Foot incarnent tout le contraire, en portant des valeurs d’exemplarité, de solidarité, de proximité, de partage. Il y a une forte relation humaine avec notre public, pour lequel nous avons une véritable attention et que nous connaissons bien. Ce n’est pas pour nous qu’une somme de spectateurs ou d’abonnés, c’est une vraie famille avec parfois, malheureusement, ses difficultés, ses drames de vie. Avec le soutien du Racing, qui s’investit beaucoup dans nos opérations, Femmes de Foot développe et finance ainsi tout au long de l’année des actions et des projets pour venir en aide aux personnes en difficulté. Quelles sont, justement, les actions concrètes que vous menez ? L’association agit d’une part sur la promotion de l’égalité femmes/hommes, la féminisation du stade de la Meinau, notamment avec la création d’une offre spécifique et d’une tribune 100 % dédiée aux femmes, le Kop’In et, d’autre part, elle rassemble les Femmes de Foot à travers un programme d’actions événeUne décennie Or Norme

mentielles et caritatives, tout au long de l’année. Les femmes sont naturellement notre fil rouge depuis la création de l’association en mai 2017, avec la concrétisation de nombreux projets, comme le premier brassard connecté pour le dépistage et la prévention des œdèmes lymphatiques ainsi que d’autres initiatives liées à la lutte contre le cancer du sein, mais nous agissons auprès de toutes les catégories de population et toutes les générations. Nous avons ainsi mené des actions auprès d’enfants en situation de handicap, des foyers d’adolescents, des EHPAD. Plus récemment, dès le début de la pandémie de Covid-19, nous nous sommes également mobilisés pour venir en aide à celles et ceux qui combattaient le virus ou qui en subissaient les dures conséquences. À combien s’élève, cinq ans après sa création, le montant des fonds récoltés et reversés par Femmes de Foot ? Nous grandissons comme grandit le Racing : humblement mais sûrement. Depuis la création de l’association, près d’un million d’euros a été reversé sur le territoire alsacien, sans compter les milliers de sourires, l’émotion et de moments partagés qui, eux, sont inestimables. Et tout cela en faisant appel autant que faire se peut aux acteurs économiques et aux forces vives alsaciennes. C’est un véritable cercle vertueux, tout un écosystème mobilisé pour de belles actions caritatives financées en cohérence avec les valeurs que prônent l’association et le Racing. Le club a par exemple décidé que tous les bénéfices générés par la vente des produits de la ligne féminine seraient intégralement reversés au profit des actions menées par Femmes de Foot. Et ça correspond aussi à la vision que j’ai du foot-

ball : donner l’opportunité à des amateurs et passionnés de football d’être des supporters et des supportrices responsables et engagés. Grâce à elles, grâce à eux, grâce au club, Femmes de Foot a obtenu la reconnaissance des plus hautes instances du football français, avec le prix Expérience stade de la Ligue de Football Professionnel en 2017 et, l’année suivante, le prestigieux trophée Philippe-Séguin de la Fédération Française de Football. Elle a également été récompensée par le trophée de la Fondation d’entreprise Aquatique Show, en 2018. C’est une grande fierté et une œuvre collective, qui récompense un travail d’équipe exceptionnel, celui de toutes celles et ceux qui œuvrent au quotidien ou qui contribuent, chacune et chacun à leur façon, à la réussite de nos opérations. Je tiens à les remercier du fond du cœur. Que vous inspire le chemin parcouru par le Racing ces dix dernières années ? Je suis admirative du parcours du club et de celui de Marc. J’avais épousé un joueur de foot, je suis devenue la femme d’un Président. Cela a évidemment bouleversé sa vie et la nôtre, mais il était de son devoir de reprendre le club et il l’a fait. Ça n’a pas toujours été facile, c’était parfois même très dur, mais il assume ses responsabilités comme il sait le faire : avec sérieux, conviction, sérénité et élégance, au service du club. Il a toujours placé l’institution Racing au-dessus de tout. C’est aussi un homme de cœur, qui a su mettre de côté le fait que je sois son épouse pour accepter l’idée que je créée l’association. Et aucun trophée, aucune médaille n’aura pour lui plus de valeur que le regard de sa famille, la fierté de ses enfants, de sa femme et de ses parents. a a RACI NG

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a R ACI NG – P ORTRA IT Vincent Synaghaël

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DANS LA CONTINUITÉ DE PATRICK SPIELMANN Président Specht Depuis le mois d’avril dernier, Léonard Specht est le nouveau président de l’Association sportive du Racing, support légal du club professionnel. Le champion de France 79 prend le relais de Patrick Spielmann qui, après vingt-cinq années de bons et très loyaux services, a décidé de passer la main. l dit que c’est une histoire de famille et, au fond, il ne peut s’agir de rien d’autre. Une famille recomposée ou plus exactement reconstituée après qu’une addition d’égoïsmes et une somme d’incompétences a bien failli totalement détruire, on s’en souvient, il n’y a pas à aller chercher bien loin dans sa mémoire. De ces années-là, Léonard Specht ne dira pas un mot. D’abord parce que ce n’est pas le sujet et surtout parce que ce n’est pas non plus le genre de la maison, ce qui fait deux raisons suffisantes. Et puis à quoi bon ressasser le passé quand il n’y a rien à en tirer. Reste l’avenir et il est beau. Comme le présent. Quand on le retrouve en ce début mai dans le bureau dévolu au président de l’Association sportive dans l’enceinte de la Meinau, « Léo » savoure ainsi encore le match de la semaine précédente contre le PSG. Un nul 3-3 arraché au mental, à l’énergie et puis au talent aussi sans quoi rien n’est possible. « Ça fait plaisir » lâchet-il dans un petit sourire et on sent que ce n’est pas là une simple formule, qu’il y a derrière ce « ça fait plaisir » une joie et une fierté retrouvées. Il convient peut-être ici de faire une petite pause pour que les plus jeunes, auxquels le nom de Léonard Specht ne renvoie qu’aux stages de foot qu’il organise depuis trente ans, comprennent de qui on parle vraiment. C’est qu’avant d’être une marque synonyme de camp d’entraînement et de perfectionnement pour des centaines de footballeurs alsaciens en

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Léonard Specht

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Crédit photo : Preview.


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herbe, Léonard Specht a été un immense joueur. L’un des meilleurs centraux français de sa génération, « stoppeur » disait-on à cette époque où les défenses à trois n’existaient pas. Fin, élégant, bon de la tête et dur dans le duel, doté d’une vision du jeu panoramique qui en faisait à la fois un défenseur efficace et le premier relanceur de son équipe, il était ce que l’on appelait communément un « client ». Son palmarès en témoigne : quatre titres de champion de France (un avec le Racing et trois avec Bordeaux), deux coupes de France, 18 sélections en équipe nationale et deux demi-finales de Coupe d’Europe des clubs champions, l’ancêtre de la Ligue des Champions, dont une d’anthologie contre la grande Juventus de Michel Platini. Lui, comme son rival de l’époque Maxime Bossis, préfigurait Laurent Blanc et plus lointainement Raphaël Varane, ce type de joueurs là pour situer. Des adolescents avaient son poster détaché des pages centrales de Onze ou de Mondial punaisé sur le mur de leur chambre, toujours pour situer. Pour être roi, il ne lui aura finalement manqué que la couronne, autrement dit une place dans l’épopée espagnole de 1982 et dans celle hexagonale de 1984, ça s’est joué à rien. Dans cette ère préarrêt Bosman où les transferts à l’étranger étaient rarissimes, Léonard Specht incarnait une forme de fidélité. Il n’aura ainsi connu que deux clubs, le Racing et les Girondins. Le Racing d’abord où il était arrivé en compagnie de son frère Joseph au tout début de la décennie 70. Il avait 15 ans, venait de l’US Mommenheim et s’apprêtait à marquer l’histoire du club avec les Dropsy, Marx, Tanter, Piasecki, Gemmrich et tous les autres, Gress en tête de gondole, qui allaient bientôt renverser la France du foot et embraser l’Alsace. De 1973 à 1982, il sera l’un des piliers (324 matchs et 20 buts au compteur) de cette équipe mythique. Avant de signer pour les Girondins que venait de quitter Albert Gemmrich et que s’apprêtait à rejoindre le regretté Dominique Dropsy. Il y restera cinq ans, le temps de se construire le palmarès XXL que l’on a dit et puis de revenir au Racing boucler la boucle, parce que c’est toujours ce qu’il faudrait faire et aussi et parce que le club avait besoin de lui.

IL AURA TOUT CONNU AVEC CE CLUB Joueur pendant douze ans, entraîneur (diplômé) deux saisons d’une équipe

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« L’humilité, le goût de l’effort, la solidarité, le respect, cette appartenance à un ensemble, c’est ce que nous voulons inculquer à ces jeunes pour former des hommes et pas que des footballeurs. »

alors en 2e division et puis adjoint, il aura tout connu avec ce club. Jusqu’à devenir administrateur et même quelques mois président après la démission de Philippe Ginestet. Nous étions en 2009 et tout préfigurait la chute. Il y avait dans l’air ce parfum de catastrophe imminente. Un monde allait prendre fin, le suivant serait long à advenir. « Le Racing venait de rater la montée en Ligue 1, expliquait-il dans le long portrait que lui ont consacré Les Dernières Nouvelles d’Alsace en décembre 2020. Au conseil d’administration, on m’a nommé président. Je ne voulais pas y aller au début, mais Monsieur Lohr (son patron – ndlr) m’a dit qu’il fallait accepter. C’était une période difficile avec un actionnariat en difficulté, ce qui mènera le club au dépôt de bilan deux ans plus tard. J’ai vite compris que je n’avais pas les moyens de bien faire mon travail, je n’étais pas proche de l’actionnaire principal (Philippe Ginestet). Pour le Racing, c’était mieux qu’on en reste là. » Mais si lui voulait peut-être en rester là, l’histoire, elle, ne pouvait évidemment pas le permettre. Alors, quand Marc Keller, Egon Gindorf, Pierre Schmidt et le groupe d’actionnaires qui les entouraient ont entrepris de retricoter le lien défait, Léonard Specht est revenu. D’abord pour mettre sur pied l’association des anciens joueurs, qui compte aujourd’hui une cinquantaine de membres, ensuite pour diriger l’association sportive qui détient la marque Racing et le numéro d’agrément permettant de disputer les compétitions nationales.

« Marc (Keller) tenait beaucoup à renouer le lien, dit-il, pour lui c’était une priorité. Dans son esprit, un club c’est comme une famille et comme dans une famille, les anciens sont importants. L’héritage, ça compte, on le voit au Bayern ou ailleurs. D’ailleurs toutes les entités sont importantes. Avec les supporters, les partenaires ou Femmes de Foot, on appartient à un tout. Ça ne fait pas gagner les matches, mais c’est une force. Dire que c’est un club familial, je trouve que c’est un beau compliment et ça n’empêche pas d’avoir des ambitions. » À 68 ans, les cheveux ont blanchi, mais la silhouette qu’il entretient dans de grandes randonnées dans les Vosges et sur les parcours de golf de la région, elle, n’a pas changé. Sa ligne de conduite non plus. Nouveau président de l’association qui a en charge les jeunes et la politique du centre de formation, il n’envisage pas de révolution. « Surtout pas. Je vais aller dans la continuité de Patrick (Spielmann) qui a été un fidèle serviteur du club. C’est beaucoup d’honneur de lui succéder et la machine est tellement bien huilée, avec François (Keller, le directeur du centre de formation – ndlr) aux manettes que mon rôle sera modeste. De toute façon, ça tient beaucoup aux hommes, aux valeurs qui les animent. L’humilité, le goût de l’effort, la solidarité, le respect, cette appartenance à un ensemble, c’est ce que nous voulons inculquer à ces jeunes pour former des hommes et pas que des footballeurs. » Parce qu’au final, ce sont eux qui font les clubs. a Une décennie Or Norme



a R ACI NG – L E S DIS PARUS Texte et propos recueillis par Patrick Adler

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LE RACING NE LES OUBLIE PAS Marc Keller évoque la mémoire de ceux qui ne sont plus là. Nous avons recueilli le témoignage du président du Racing sur ceux qui sont partis au cours de ces dix ans, actionnaires et joueurs, c’est l’émotion de Marc Keller qui parle avant tout.

PATRICK DREYFUSS « Patrick, il avait un petit pourcentage du club, mais une place immense ! On ne pouvait pas ne pas le faire rentrer au capital : il aimait tellement le Racing et je crois qu’il serait rentré par la cheminée, par la porte ou par la fenêtre. Pour nous tous, ça a été un grand plaisir de l’accueillir et je trouve que pendant les neuf ans qu’il a passés avec nous il a pris une place très importante dans l’équilibre du club : pas dans les décisions quotidiennes, mais dans l’âme du club. Avec sa gentillesse, sa fidélité, sa bienveillance, il a contribué à ce que le Racing soit aimé par tous en France. Si le Racing est très respecté dans les autres clubs, c’est aussi grâce à la qualité de l’accueil que Patrick leur réservait à la Meinau. Il a été un dirigeant niveau “Champions League” dans l’accueil des autres clubs. Et puis j’ai vécu tellement de déplacements avec lui ! Il m’a véhiculé pendant des années sur tous nos matches à l’extérieur, dans toutes les divisions. Il nous manque tellement... » a

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EGON GINDORF « Egon, c’était le patriarche du club ! Je l’ai connu en 1992 avec Thierry Wendling, quand on est allé chercher du sponsoring pour financer une soirée étudiante... et depuis cette date on ne s’est jamais quittés. Si je l’ai connu d’abord comme sponsor, c’est surtout la première personne qu’on est allés voir avec Patrick Adler, quand on a voulu reprendre le club à IMG en 2003. Il a été un président incroyable, et on a été tellement fiers qu’il puisse soulever la coupe de la ligue en 2005 ! Quand je suis parti à Monaco, j’ai continué à le voir, car Egon y habitait et nos liens se sont encore renforcés. Puis en 2012, en sortant du rendez-vous avec Alain Fontanel, ce fut à nouveau la première personne que Patrick Adler et moi avons appelée. Et il m’a dit “Marc, si tu acceptes d’être président alors je te suis !” Jusqu’au bout ce fut un ami très très proche, avec qui les échanges étaient toujours tellement précieux. Il aimait la vie et jusqu’au bout, fut un passionné fidèle du Racing, le club de son cœur. » a Une décennie Or Norme



a R ACI NG – L E S DIS PARUS

VAUVENARGUES KÉHI « Vauvenargues c’était aussi un enfant de la montée, du monde amateur, un très bon gardien. Il n’était pas de la région, mais il a été complètement adopté et était devenu un vrai alsacien ! Sa disparition a été un choc pour tout le club et particulièrement pour le centre de formation. a

STEVEN KELLER « Steven Keller c’était un enfant du club, quelqu’un qui a été formé au club, qui était intelligent, issu d’une famille avec de belles valeurs qui a su lui donner une belle éducation. Il était très proche de François (Keller – ndlr). Il aurait occupé un rôle important au club, car il en avait les capacités intellectuelles et de travail. Sa maladie puis sa disparition ont été un moment très douloureux pour le club et toute la famille du Racing. » a

CHRISTIAN WEREY « Christian a été parmi nous dès le début il y a dix ans. On ne se connaissait pas, mais immédiatement le courant est passé, car nous avions les mêmes origines de la campagne haut-rhinoise. Quand je lui parlais, j’avais l’impression de parler à quelqu’un que je connaissais depuis toujours. Sa maladie et son départ ont vraiment été un premier et très grand choc que notre équipe d’actionnaires a eu à traverser. Son frère Étienne est aujourd’hui avec nous et c’est très réconfortant. » Étienne nous a d’ailleurs confié « Au moment où Marc a repris le club, Paul Adam lui a proposé d’y entrer, chose qu’il a acceptée sans aucune hésitation ! À partir de ce moment-là, Christian est devenu un amoureux du Racing... mon frère aimait la vie, les gens et l’engagement pour ce club magique faisait partie de ses priorités. » a

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ALAIN FONTANEL, ANCIEN PREMIER ADJOINT AU MAIRE DE STRASBOURG « Le Racing m’a happé, et il m’a emporté… »

Depuis plus de douze ans à date, Alain Fontanel a joué un rôle capital dans le sauvetage puis l’essor du Racing et vit aujourd’hui avec intensité les superbes moments offerts par une équipe qui vient de boucler avec éclat une formidable décennie. Il y avait une condition à cet entretien : se livrer sans retenue. Promesse tenue : avec moult détails jamais racontés à ce jour, l’élu fend l’armure et raconte la saga d’un club devenu « un membre de sa famille »… 140

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lain Fontanel a un grand regret, celui de « n’avoir eu que dix ans » au moment du titre de Champion de France de D1 remporté par le club phare du football alsacien. « Car ensuite, au fur et à mesure que je grandissais, j’ai surtout le souvenir de saisons très difficiles. Il y en a eu beaucoup (triste sourire). En fait, c’est le souvenir douloureux d’une situation constante : dès qu’on avait de bons joueurs, il fallait les vendre pour colmater les déficits financiers et souvent, le club repartait de zéro. Le Racing, c’était le rocher de Sisyphe, une force pour pousser, mais qui, au dernier moment, ne suffisait plus. Et ça redescendait… Reste malgré tout que comme tout passionné strasbourgeois, j’ai toujours suivi de près les résultats du club quand je suis parti à Paris pour mes études et ensuite, quand j’ai habité au Vietnam, du milieu des années 1990 à 2003. Je garde en fait un mauvais souvenir de ces années de foot “bling-bling”, la mondialisation faisait irruption dans le foot avec les mirages de l’argent venu d’ailleurs et l’argent public qui finissait par payer les déficits de la gestion privée des clubs. Mine de rien, ces lointaines années nous donnaient déjà une leçon qui est restée éminemment actuelle : l’argent ne suffit jamais s’il n’y a pas un projet sportif, un projet de territoire, un public et des dirigeants soudés. Sans cela, la mayonnaise ne prend pas. Je crois que le PSG, par exemple, est en train de s’en rendre compte… À contrario, la saison en tous points exceptionnelle que le Racing vient de nous faire vivre prouve bien que ces valeurs-là sont indispensables pour voguer vers la réussite. Donc, pour résumer mon sentiment de mes années de jeunesse, un attachement naturel très fort – loin de ma ville, j’expliquais toujours à qui voulait l’entendre que Strasbourg, c’était la cathédrale, le Parlement européen et le Racing – mais aussi une forme d’amertume, car rien ne semblait pouvoir nous conduire là où nous autres les supporters rêvions d’être… »

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EN MISSION… Arrive le début des années 2010. Alain Fontanel est alors adjoint chargé des Finances de Roland Ries, élu maire de Strasbourg au printemps 2008. Le Racing est en pleine déconfiture, les présidents Une décennie Or Norme

« Le Racing, c’est surtout notre histoire à nous tous, c’est également l’histoire tourmentée de notre ville et de l’Alsace toute entière. » se succèdent, ajoutant du pire au pire. En 2010, il évolue en National et un an plus tard, un calamiteux bilan financier provoquera la rétrogradation administrative avec perte du statut professionnel et la liquidation judiciaire. « Dès 2010, cinq mois après le rachat par Jafar Hilali dans les conditions qu’on connaît, Roland Ries m’avait confié la mission de tout faire pour redresser le club. D’ailleurs, je peux raconter une anecdote très drôle à ce sujet. Quelques jours après le rachat, en plein Conseil municipal, une élue de l’opposition m’interpelle avec véhémence en me disant : comment se fait-il qu’un adjoint au maire, chargé des Finances, puisse racheter le Racing Club de Strasbourg Alsace ? Stupéfaction générale bien sûr : elle avait fait une confusion avec un membre de l’équipe de Jafar Hilali qui s’appelait Alain Fontenla ! Après un moment d’incrédulité, je lui ai répondu avec humour. Blague à part, dès le printemps 2010 donc, je suis littéralement aspiré par ce dossier, je me passionne pour l’avenir du Racing, j’y consacre quasiment la moitié de mon temps… » Alain Fontanel raconte alors longuement la foultitude d’épisodes rocambolesques qui se succèdent, le tout sous une pression médiatique intense. « J’ai alors compris à 200 % quelque chose que je ressentais depuis mes années de jeunesse : le Racing est à l’évidence bien plus qu’un club de foot. Il ne s’agit pas seulement de l’histoire du club, de ses joueurs, de ses entraîneurs, de ses résultats sportifs. C’est bien sûr un des seuls clubs français à avoir gagné l’ensemble des trophées possibles, tout cela, tout le monde le sait… Mais le Racing, c’est surtout notre histoire à nous tous, c’est également l’histoire tourmentée de notre ville et de l’Alsace toute entière. Le Racing porte tous les épisodes de cette histoire heureuse et malheureuse et, avec le dialecte

alsacien et le droit local, il est un des derniers éléments fédérateurs de l’Alsace. Le Racing est un peu l’église au milieu du village alsacien, il fédère une mémoire et toute une population, on a entamé la troisième décennie du XXIe siècle et c’est toujours vrai ! Une autre anecdote révélatrice : nous sommes au mois d’août 2011 et c’est le long suspense du Tribunal de grande instance qui peut prononcer la liquidation judiciaire du club. Je suis en famille, sur une plage de Biarritz et soudain, un homme en maillot de bain, que je ne connais évidemment pas, m’interpelle : “Alors, M. Fontanel, on en est où ? Est-ce qu’on connaît la décision du tribunal ?” C’est quand même incroyable, non ? »

UN MONDE DE FOUS Trois grandes périodes vont alors se succéder. Celle représentée par Hilali, le financier surgi de nulle part – à sa première réunion devant la DNCG qui lui demande de se présenter, il assènera d’entrée, modestement : « Je suis le Mozart de la finance ». Commentaire d’Alain Fontanel qui l’accompagnait pour l’occasion : « J’ai compris immédiatement que ça allait être très difficile, j’ai fixé longuement la pointe de mes chaussures… ». Celle, ensuite, de l’arrivée sur la scène de Frédéric Sitterlé, ce jeune entrepreneur à succès, un tantinet « adoubé » de toute part (y compris par le juge du tribunal qui avait prononcé la liquidation judiciaire). « Il est un peu apparu comme le chevalier blanc » se souvient Alain Fontanel : il était recommandé par quelques personnes de la FFF, il voulait faire du Racing un club de proximité, il parlait d’éthique. Dans un premier temps, nous avons vécu son arrivée comme une forme de soulagement après tant d’événements chahutés. Mais très vite, certains éléments m’ont troublé : il ne vient pas à un rendez-vous prévu avec Jafar Hilali et moi à Paris. Son téléphone est même coupé pendant des heures. Il n’expliquera jamais vraiment pourquoi… Ensuite, il promet le versement de 5 millions d’euros tout en tentant de convaincre Patrick Spielmann (qui préside l’association-support qui possède la marque Racing Club de Strasbourg Alsace – ndlr), par le biais d’un astucieux montage, de lui rétribuer la valorisation de ladite marque, au fur à mesure de la progression du club a RACI NG

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Alain Fontanel aux côtés de Roland Ries le lendemain de la victoire du Racing en Coupe de la Ligue

dans l’élite du football. On bloque in extremis ce dangereux processus. Le vrai visage de Sitterlé apparaît alors : derrière les bons sentiments, il y avait une sordide tentative de s’emparer de la marque Racing Club de Strasbourg… » Ce coup fut ressenti alors comme très rude, car les espoirs mis en Frédéric Sitterlé étaient grands. L’adjoint se souvient encore des promesses sans fin de l’entrepreneur, brandissant un grand classeur noir dans lequel figuraient, selon lui, ses relevés de comptes et ses avoirs. « Jamais il n’a ouvert ce classeur » soupire encore Alain Fontanel. En peu de temps ensuite, Sitterlé passera du statut de chevalier blanc à celui de grand manipulateur, allant jusqu’à refuser d’assumer ses responsabilités pour couvrir 850 000 euros de dette accumulée sous sa gestion au moment d’être contraint de céder le club, à son tour. L’élu déborde de souvenirs sur les événements tous plus loufoques les uns que les autres qui se succèdent à un rythme ne faiblissant jamais. Les offres les plus cocasses s’enchaînent, mêlant inconnus, fantaisistes, hommes d’affaires dont un en position d’interdiction de gérer qui propo-

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sera d’imposer son fils comme prête-nom pour devenir président, un célèbre manager d’un grand club anglais jusqu’à… un prince afghan résidant dans un château près de Mulhouse et ayant ses affaires en Suisse… « Sans préjuger des qualités de cette personne, sortant de l’époque Halali, il m’est apparu difficile d’envisager de présenter aux supporters du Racing un prince afghan comme nouveau président… » sourit Alain Fontanel qui ne peut s’empêcher de raconter être parti à la recherche de Chilavert (le gardien de but international uruguayen – ndlr) qui avait présenté une très importante créance encore provisionnée dans les comptes du club, à ce stade, afin qu’il adoucisse sa position. Après bien des pérégrinations, l’adjoint au maire a abandonné la traque : « j’ai fini par recevoir un mail du manager d’une chaine de boucheries lui appartenant… » rigole-t-il, « j’ai évidemment laissé tomber… » Il faudrait des dizaines de pages pour permettre à Alain Fontanel de raconter ici l’invraisemblable saga dont il a été le témoin privilégié en faisant tout pour sauver et relancer le club. « J’ai néanmoins vécu des moments étincelants, avec la découverte intime des suppor-

ters qui ont fait leur incroyable part pour aider un club qui était alors exsangue. Ils sont un des piliers qui ont assuré l’avenir du Racing, durant cette période tourmentée. Il en va de même pour les salariés, ballottés de toutes parts, qui avaient été licenciés et qui ont témoigné auprès de moi de leur attachement viscéral pour le club, idem pour les sous-traitants. En vingt mois, entre 2009 et 2011, tous avaient quand même connu pas moins de cinq présidents ! Je crois que ça doit constituer un record en France… »

LA RENCONTRE DÉCISIVE La pression médiatique était permanente », se rappelle le missionnaire Fontanel. « À cette époque, il y avait autant d’ennemis à l’intérieur du club qu’en dehors. Ça fuitait de partout… » Mais, au plus fort de ce maelström ébouriffant, alors que le tic-tac à rebours de la bombe DNCG se rapprochait dangereusement de son terme-couperet, un événement déterminant finit par se produire. Une décennie Or Norme


« Je me souviens alors que durant ces douze ou treize années, très souvent, je mangeais, je dormais, je rêvais, je respirais Racing (...). »

« En sport, on parle souvent de money time » illustre l’ex-adjoint. Très, très souvent, ces derniers instants où tout se joue n’avaient pas souri au Racing. Mais toutes les séries, même les très mauvaises, ayant une fin, l’instant décisif s’est présenté ». L’histoire est évoquée par l’actuel président du Racing lui-même dans le grand entretien qu’il nous a accordé (lire page 8). C’est celle de la rencontre entre Marc Keller, Alain Fontanel et Patrick Adler. Ce dernier, qui avait fait partie de l’aventure des années 2000 comme sponsor maillot et président du Conseil de surveillance, est un amoureux fou du Racing (tout môme, il a fait partie de ceux qui ont connu la vieille et historique tribune en bois de la Meinau !). À l’évidence, un tel passionné ne pouvait rester inactif devant la situation dramatique que connaissait son club de cœur au début des années 2010. Une première rencontre avec Alain Fontanel avait suffi pour évoquer le nom de Marc Keller. « Il peut vous rencontrer sous 48 heures » avait alors glissé Patrick Adler. Ce qui fut fait. On connaît la suite… « Marc a le Racing dans le sang et Strasbourg dans le cœur » témoigne Alain Une décennie Or Norme

Fontanel. « Ça, j’aurais pu vous le dire quelques instants après notre toute première rencontre, rien n’est venu le démentir depuis dix ans, bien au contraire » ajoute-t-il. « Il a su fédérer autour de lui une équipe d’amis qui est restée très unie, depuis. Cette union est d’ailleurs, je crois, un autre des piliers qui ont permis au club d’en arriver là où il en est aujourd’hui. Je me souviens encore que ce point était une des conditions de l’engagement de Marc. Il m’avait dit qu’il voulait absolument une gouvernance stable, autour de lui. Le Racing reconstruit depuis dix ans, ce sont des valeurs incarnées par des personnes en osmose et en harmonie totale avec leur territoire. C’est un véritable cercle vertueux qui s’est mis en place. En ce qui me concerne, j’ai vraiment beaucoup appris : j’ai appris que le football professionnel est un sport incontournable qui attire beaucoup de monde, et parmi ces gens, ce ne sont pas les plus sains qui apparaissent spontanément. C’est un peu comme en politique, il faut faire le tri… D’ailleurs, on a dit pendant des décennies que tous les ambitieux de Strasbourg voulaient devenir président du Racing et que s’ils n’y arrivaient pas,

ils atterrissaient en politique (grand sourire)… Le deuxième enseignement, à mon niveau, est qu’on se situe là autant dans l’économie que dans le sportif et qu’il y a une interaction très forte entre ces deux pôles avec laquelle on est obligé de compter. J’ai appris aussi qu’il y a quand même des dimensions juridiques considérables, à tel point qu’à un certain moment, il m’a fallu me spécialiser avec les arcanes des règlements de la Fédération Française de Football, notamment avec le fonctionnement de la DNCG, cet outil très professionnel et puissant que la France a su mettre en place depuis longtemps pour éviter les dérives financières de ses clubs. Les auditions de cet organe, c’est du sérieux, croyez-moi… Pour le reste, je n’oublie rien des moments vécus depuis le CFA2. J’ai découvert une géographie d’une France que je ne connaissais pas, le stade de Chambly, celui de Raon-l’Étape avec ses tribunes de rondins de bois et le maire de la ville qui criait le prénom des joueurs durant le match, il les connaissait tous : “Vas-y Paulo ! Loulou, ton papa va être fier de toi !”… Aujourd’hui, je continue bien sûr à vivre des moments privilégiés avec le Racing. Mais il y en a un que je préfère par-dessus tout. J’arrive chaque soir de match au moins une heure avant le coup d’envoi, très souvent avec mes trois enfants qui sont autant mordus que moi, ma fille avait deux ans quand elle a vu son premier match en CFA2 ! Je m’installe à ma place avec ma merguez. On n’est pas extrêmement nombreux dans la tribune à cette heure-là. Je regarde l’échauffement des joueurs, je vois le mur bleu peu à peu s’installer, j’entends et je déguste les chants qui montent… et je me souviens alors que durant ces douze ou treize années, très souvent, je mangeais, je dormais, je rêvais, je respirais Racing et que dans la rue, neuf fois sur dix, les gens ne me parlaient que du Racing, que je parlais bien plus souvent aux journalistes des pages Sports qu’aux journalistes politiques. Ce fut une forme de longue immersion totale qu’aujourd’hui, je ne prolonge que dans le plaisir de chaque match. Le club est devenu un membre de ma famille, je le ressens comme ça. Alors, je ne pourrais pas supporter sa maladie ou sa disparition, tout comme pour un membre de ma famille. Avant mon engagement, je n’aurais jamais cru cela possible. Le Racing m’a happé, il m’a emporté et je lui en suis reconnaissant tant l’aventure fut extraordinaire et le reste encore, bien sûr… » a a RACI NG

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a R ACI NG – P OLITIQUES Barbara Romero

Nicolas Rosès

POLITIQUES L’union sacrée autour du Racing Preuve indubitable que le Racing est bien le club emblématique de toute l’Alsace, son soutien a fait l’objet d’un consensus rare dans l’ensemble des Collectivités locales… Quand et avec qui remontent les premiers contacts sur ce dossier de la reconstruction du Racing ? Roland Ries : Les dix dernières années ont été pleines de rebondissements, de bruits et de fureurs ! 2011 a été la période la plus sensible, quand le Racing est tombé en 5e division. Je suis maire depuis 2008, les choses tournent mal avec une rétrogradation administrative liée à la faillite du club. J’avais plaidé auprès des autorités de football pour ne pas être rétrogradé, mais on m’a répondu que la règle, c’est la règle. C’était le résultat de la valse de présidents, de luttes intestines, de gens qui ont œuvré à la tête du Racing sans les compétences ou l’argent. Quand Marc Keller est arrivé, ils m’ont sollicité pour les aider, ce qu’on a fait. Avec une aide d’1,6 millions d’euros pour la Ville, la Communauté urbaine à l’époque, et la Région, pour le centre de formation. Cette subvention indirecte faisait cependant débat, car il manquait les résultats.

tion excentrique, les gens spéculaient. Ne pas être dans le mouvement, c’était disparaître. Roland Weller avait effectué un travail remarquable, mais on butait sur cette mutation, il fallait beaucoup d’argent. Marc Keller a réussi cette synthèse, en traitant les causes des échecs, des incertitudes d’un club en lambeau sur le plan sportif. Marc, c’est l’enfant du pays, il est intelligent, il a une belle gueule, il connaît bien son affaire. Il a

cette qualité remarquable de savoir rassembler sans diviser. C’est ça l’apaisement. Je rappelle aussi que le refus de créer un nouveau stade pour la Coupe du monde, c’est moi ! Les coûts étaient exorbitants. Platini m’avait dit qu’on ne serait jamais réélu après une telle décision. Mais on l’a été, et même au premier tour ! On a certainement commis des erreurs, mais l’histoire montre que les stades refaits pour la Coupe du

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Philippe Richert : Le dossier de reconstruction était sur la table avant Marc Keller, son prédécesseur avait un projet, mais nous ne l’avons pas suivi, car il n’y avait pas de garantie. Quand Marc Keller est venu me voir, j’ai été très séduit par son projet et sa personnalité. J’étais face à quelqu’un avec les idées claires, un projet transparent, prêt à discuter. Robert Hermann : Les collectivités ont toujours été contactées pour abonder. Il faut resituer les choses dans leur contexte : quand j’étais adjoint au sport dès 1989, on sortait d’une gestion traditionnelle des clubs à une ges-

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« Strasbourg sans son club, ce n’était pas envisageable. »

Roland Ries

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monde 1998, sont déjà obsolètes. dossier a vraiment été relancé alors que le Marc Keller, dès le départ, a mis club allait retrouver l’élite du foot français. la question du stade sur la table. Alors président du Conseil départemental du Bas-Rhin, j’ai été étroitement associé Pia Imbs : Avant d’être présidente de aux discussions qui commençaient autour l’Eurométropole, j’y siégeais déjà en tant du projet de rénovation mené par l’Euroque maire de Holtzheim. Autant que je métropole (qui est propriétaire du stade), m’en souvienne, la collectivité a toujours la Ville de Strasbourg et la Région. Ce qui fait le pari du Racing. Un pari gagnant ! était normal, car le Département avait toujours soutenu le Racing, ce que continue à Jean Rottner : Dès le retour du faire la Collectivité européenne d’Alsace. Racing en Ligue 1, lors de la saison 20172018, les dirigeants, et Marc Keller en Jeanne Barseghian : La Ville, sous particulier, m’ont fait part de leur volonté l’ancienne mandature, a fortement soude restructurer et de réaliser une exten- tenu le club lorsqu’il a traversé des sion du stade de la Meinau. Pour l’anec- périodes difficiles. Naturellement, nous dote, c’est dans le TGV de retour, après la nous sommes inscrits dans cette contivictoire de Racing en Coupe de la Ligue nuité. Le Racing existe depuis 1906, il en 2019, que j’ai indiqué à Marc Keller a grandi avec Strasbourg, traversé bien que la région soutiendrait ce projet. des épreuves et des crises. C’est cette résilience qui fait le charme de ce club Frédéric Bierry : J’ai toujours eu des mythique, porté par ses indéfectibles contacts réguliers et directs avec le Racing, supporters. La collectivité supporte le et en particulier avec Marc Keller lorsque club en participant à sa reconstruction, celui-ci a repris le club après sa relégation et aujourd’hui en accompagnant en 2011. Mais c’est vers 2016/2017 que le ses ambitions.

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« Le Racing représente toute notre région. » Philippe Richert, ancien président de la région Alsace



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Comment avez-vous accueilli ces propositions ? Roland Ries : On a toujours beaucoup aidé le Racing, plus que la moyenne des clubs en subventions publiques. Mais à partir du moment où Marc Keller est arrivé, ça s’est bien passé. Il est équilibré et a des ambitions pour son club, pas personnelles. Il a la rondeur qui fait chercher les compromis plutôt que la bataille frontale. Les recettes sont revenues quand le Racing est remonté en National, grâce aux droits télés.

Philippe Richert : Jusqu’ici, la Région ne subventionnait pas le Racing. Nous sommes tombés d’accord sur 600 000 € de subvention pendant cinq-six ans, le temps de retrouver le championnat pro. Cette somme était destinée au Centre de formation. On espérait la Ligue 1, et ils ont respecté le contrat ! Robert Hermann : En 2019, quand le stade est revenu à l’Eurométropole, j’ai dit, en tant que président, que c’était le moment d’y aller. Marc Keller a déve-

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loppé un projet intéressant, avec l’idée de le transformer in situ. Celui qui a permis de boucler le dossier, c’est le président de la Région, Jean Rottner. On rentrait de la Coupe de la Ligue à Lille, il nous a dit : « Ok, je mets la rallonge ! » Il manquait 20 millions d’euros, le Racing ne pouvait pas payer. Nous étions dans une période particulière, c’était la première fois depuis une décennie que le coût d’entretien du stade et sa mise aux normes étaient identiques aux traites de remboursement de l’emprunt nécessaire pour sa rénovation.

autour du sport, je ne peux qu’y souscrire. Au-delà de la dimension sportive et des émotions qu’il procure, le football, et plus largement toutes les autres disciplines, participent à fédérer des territoires, mais aussi et surtout génèrent des ressources économiques.

Pia Imbs : Ce dossier est finalement l’occasion d’observer notre société qui vit des mutations, autour notamment de la construction de nouvelles identités, du retour des sentiments d’appartenance.

Frédéric Bierry : Plutôt très favorablement ! Le stade date de 1984. Il a vieilli et avait grand besoin d’une mise au niveau des stades modernes d’aujourd’hui. C’était en quelque sorte la continuité de la méthode Keller : avancer progressivement, mettre tout le monde autour de la table, fixer les objectifs, être rigoureux. Bref une démarche à l’alsacienne ! Et une chose est alors devenue évidente, et portée d’abord par le club : la rénovation devrait se faire sur site, à la Meinau.

Jean Rottner :J’accueille toujours les projets de développement économique avec grand intérêt. Qu’un club historique comme le Racing souhaite se développer, renforcer son attractivité et structurer tout un écosystème économique

Jeanne Barseghian : Ce n’est pas seulement pour le rayonnement de Strasbourg au niveau national et international que nous soutenons le club. Il nous importe qu’une fois revenu à flot, il prenne toute sa part quant aux défis Une décennie Or Norme


« Marc Keller a cette qualité inestimable de savoir rassembler. » Robert Hermann, ancien président de l’Eurométropole

que notre territoire doit relever. Quand il y a un soutien public, il doit y avoir des retombées positives pour l’intérêt général, ici, dans notre ville. Le Racing a un rôle de locomotive à jouer quant aux autres clubs, car ce sont eux qui diffusent au quotidien le sport dans tous les quartiers de la ville. D’ailleurs, c’est avec le même prisme, celui de l’intérêt de toutes et tous, que nous avons regardé le projet de rénovation du stade de la Meinau, initié sous l’ancienne mandature. Tel que présenté lorsque nous sommes arrivés aux responsabilités, le projet voyait trop petit, il était hors sol et ne tenait pas compte des abords. Alors, nous avons élargi le champ, pour prendre en considération l’implantation du stade dans le quartier, en faire véritablement un équipement ancré dans le quotidien, ouvert sur le territoire, qui ne s’anime pas seulement les jours de matchs. Quelle était votre position concernant le Racing ? Conscient qu’une ville comme Strasbourg et une région se doivent de posséder un club de haut niveau en foot ? Roland Ries : Je suis amateur de foot depuis mes cinq ans, j’ai moi-même joué et on allait déjà au Racing dans les années 50 avec mon père, alors qu’il n’y avait pas encore de places assises ! Le Racing était tombé tellement bas, alors que nous avions une tradition centenaire d’un club à Strasbourg… Une décennie Or Norme

Philippe Richert : J’ai toujours été supporter, j’y allais déjà enfant avec mes frères dans les quarts de virage ! Marc et Sabryna Keller ont réussi à créer une ambiance familiale dans le stade, aujourd’hui j’y vais avec mon petit-fils de six ans. Les gens viennent de Wissembourg, de Colmar… J’ai plaidé pour qu’on appelle le club Racing Club de Strasbourg Alsace, car il représente toute notre région, c’est une réalité. Cela me semblait impensable que Strasbourg ne retrouve pas le haut niveau. Et même quand nous étions en CFA2, le public était toujours présent.

pu que grandir. À l’heure du numérique omniprésent, il reste finalement peu d’endroits et d’occasions où l’on peut se retrouver pour partager ensemble, en dépit de toute considération d’ordre social, identitaire, géographique, de tels moments de cohésion. Personne n’imagine Strasbourg, capitale européenne, ne pas disposer d’un tel club qui participe au rayonnement du territoire.

Robert Hermann : Strasbourg est à sa place en Ligue 1, l’équipe n’aurait jamais dû descendre dans les tréfonds du championnat ! Le foot a ici une place prépondérante, il faut les moyens de son action, et il participe à la notoriété de la ville. Le stade est un instrument, on aurait tort de ne pas le regarder comme un élément de l’aménagement du territoire. Il a accueilli U2, Pink Floyd, Johnny, le Pape ! Il y a peu d’endroits où l’on peut faire ça.

Jean Rottner :Mon cœur alsacien fait que je suis bien évidemment supporteur du Racing. Il fait partie de notre patrimoine sportif, ce club a marqué des générations entières. La force de ce club, c’est l’attachement de ses supporteurs à ses valeurs de combativité, de détermination et d’humilité. J’ai en mémoire le dernier titre de Champion de France, en 1979, dont je garde d’ailleurs le livre retraçant cette épopée. C’est aussi Dominique Dropsy, gardien de cette équipe, qui a suscité mon envie d’occuper ce poste dans mon club de foot. Le Racing est un véritable ambassadeur pour la ville, pour l’Alsace et pour le Grand Est.

Pia Imbs :Consciente du pouvoir fédérateur du sport, de sa capacité à créer du lien, j’ai toujours porté un soutien marqué aux clubs de sports, notamment dans la commune dont je suis maire. En tant que présidente de l’Eurométropole, mon attachement au club n’a

Frédéric Bierry : Pour un Alsacien, le Racing est un phare. J’ai joué au foot quand j’étais jeune, et tous les gamins rêvaient d’y jouer ! Il y a une atmosphère et une ferveur particulières dans ce stade, notamment grâce à des supporters exceptionnels. a RACI NG

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Et, bien sûr, comme l’ensemble de nos grands clubs alsaciens, le Racing est un élément d’attractivité majeur pour notre territoire. Jeanne Barseghian : Initialement, le football ne fait pas partie de mes passions. Mais comment ne pas être conquise par l’engouement populaire qu’il suscite ? Et qui déborde largement le stade pour emplir toute la ville !

pour construire un nouveau stade sur l’ancien. Mais quand Nancy a été choisie pour le Mondial en 2016, la nécessité se faisait moins sentir. On s’est donc orienté vers une modernisation, un choix que je comprends. Le choix de ne pas augmenter la jauge a été très discuté, mais ce qui est important, c’est d’avoir une équipe. Rien n’est pire qu’un immense stade sans équipe pour que les gens s’y précipitent…

Y a-t-il eu unanimité de votre institution pour aider à la reconstruction du Racing ou avez-vous dû batailler pour convaincre ? Roland Ries : Quand on parle d’argent public, il y a débat. Mais cela a vite fait consensus. Il fallait réparer cette erreur historique : Strasbourg sans son club, ce n’était pas envisageable. Je n’étais pas opposé à refaire le stade, mais ça a capoté, car nous ne pouvions porter cela seul, même avec la CUS et la Région. Construire le stade ailleurs allait à l’encontre de l’attachement du club et du public à la Meinau. On a tergiversé

Philippe Richert : Au niveau du Conseil régional, nous sommes tombés d’accord sans souci. Nous avons eu en revanche des problèmes avec les clubs de Colmar et Mulhouse qui réclamaient les mêmes subventions et ont eu des positions particulièrement acerbes à mon endroit. À l’époque, Colmar jouait en National, plus haut que Strasbourg en CFA2. Au moment du référendum pour l’Alsace en 2013, les deux présidents m’ont contré. J’ai alors rappelé que Strasbourg avait le profil pour remonter en L1, avec un projet. La présence de trois clubs en L1 ne me semblait pas justifiée.

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Aujourd’hui, on reprend sur de nouvelles bases et je suis très heureux, malgré les vents contraires, de ne pas avoir laissé le choix. Robert Hermann : Avec Jean Rottner nous avons bouclé le dossier, et on a eu l’accord de tout le monde. Seul Yves Bur était défavorable à la dépense publique pour un stade. Mais c’est passé assez largement, grâce à Marc Keller. On est sur une période faste, avec une belle remontée, une attention particulière à une bonne gestion du club. C’était rassurant pour les collectivités et les partenaires. Pia Imbs :Consciente du pouvoir fédérateur du sport, de sa capacité à créer du lien, j’ai toujours porté un soutien marqué aux clubs de sports, notamment dans la commune dont je suis maire. En tant que présidente de l’Eurométropole, mon attachement au club n’a pu que grandir. À l’heure du numérique omniprésent, il reste finalement peu d’endroits et d’occasions où l’on peut se retrouver pour partager ensemble, en Une décennie Or Norme


« Le Racing va s’enrichir d’une popularité nationale sans perdre son authenticité. »

Pia Imbs, présidente de l’Eurométropole

dépit de toute considération d’ordre social, identitaire, géographique, de tels moments de cohésion. Personne n’imagine Strasbourg, capitale européenne, ne pas disposer d’un tel club qui participe au rayonnement du territoire. Jean Rottner : Mon cœur alsacien fait que je suis bien évidemment supporteur du Racing. Il fait partie de notre patrimoine sportif, ce club a marqué des générations entières. La force de ce club, c’est l’attachement de ses supporteurs à ses valeurs de combativité, de détermination et d’humilité. J’ai en mémoire le dernier titre de Champion de France, en 1979, dont je garde d’ailleurs le livre retraçant cette épopée. C’est aussi Dominique Dropsy, gardien de cette équipe, qui a suscité mon envie d’occuper ce poste dans mon club de foot. Le Racing est un véritable ambassadeur pour la ville, pour l’Alsace et pour le Grand Est.

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Frédéric Bierry : Pour un Alsacien, le Racing est un phare. J’ai joué au foot quand j’étais jeune, et tous Une décennie Or Norme

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« Ce club a marqué des générations entières. »

Jean Rottner, président de la Région Grand Est

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les gamins rêvaient d’y jouer ! Il y a une atmosphère et une ferveur particulières dans ce stade, notamment grâce à des supporters exceptionnels. Et, bien sûr, comme l’ensemble de nos grands clubs alsaciens, le Racing est un élément d’attractivité majeur pour notre territoire.

naires privilégiés du Racing. Le stade de la Meinau ainsi que les terrains d’entraînement annexés sont mis à disposition par l’Eurométropole pour assurer les différentes activités de la société et organiser les rencontres de football en contrepartie d’une redevance d’occupation raisonnable et d’un transfert progressif des charges. Jeanne Barseghian : Initialement, le L’EMS met à disposition le stade football ne fait pas partie de mes pas- de la Meinau pour un montant de sions. Mais comment ne pas être conquise 480 000 € TTC et les terrains annexés par l’engouement populaire qu’il suscite ? au stade à la SAS RCSA pour un montant Et qui déborde largement le stade pour de 20 934 € TTC par an. Le soutien direct emplir toute la ville ! de l’EMS s’élève à un montant global de 1 000 000 € sous forme de subvenUn petit topo descriptif des aides accor- tions et d’achat de prestations depuis la saison 2017-2018. dées depuis dix ans… Robert Hermann : Les collectivités L’Eurométropole assure égaleont de tout temps abondé, je ne peux vous ment des charges de fonctionnement dire le détail, mais le foot c’est toujours et d’investissement pour un total de un peu tabou. Mais quand vous regardez 509 000 € en 2020. En additionnant les autres clubs, notamment à Lyon dont subventions, marchés de prestation, le stade a été construit par des privés, charges de fonctionnement, charges Gérard Collomb ne voit pas les choses d’investissement et soutien spécifique de la même manière… Le nouveau stade (parking), nous atteignons le montant de l’OL, c’était aussi 18 km de voiries nou- global de 1 678 400 €. velles, des circuits de bus… À Strasbourg, nous n’avons pas besoin de ça ! Jean Rottner :Vous me permettrez de n’évoquer le partenariat entre la Région Pia Imbs : La Ville et l’Eurométropole Grand Est et le Racing qu’à compter de Strasbourg constituent des parte- des dernières années soit depuis 2017

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lorsque j’ai été élu à la Présidence de la Région Grand Est. Depuis lors, j’ai souhaité construire avec les dirigeants du Racing un véritable partenariat. Nous échangeons régulièrement sur les grands sujets transversaux de la vie du club, comme la formation, l’accompagnement des lycéens en centre de formation, les enjeux liés à la mobilité et à l’accès au stade… Frédéric Bierry : Nous soutenons le Racing à hauteur de 300 000 euros par an avec un travail mené sur des actions spécifiques avec le club en direction de nos publics prioritaires. Cette année, nous allons d’ailleurs lancer une nouvelle opération pour les jeunes, que nous allons bientôt dévoiler. Jeanne Barseghian : Les aides ont fluctué en fonction des hauts et des bas du club. Au plus mal, nos collectivités ont pris à leur charge les frais liés à l’utilisation des équipements, le stade et les terrains d’entraînement, mais aussi du Centre de formation. Quand le club a accédé à la Ligue 2, des travaux ont été réalisés et financés à hauteur de 1,3 M€ Ville et EMS confondues. Ensuite, en 2018, est arrivé le projet qui va connaître bientôt son dénouement, la restructuration et la rénovation du stade. Ensuite, il

y a des subventions annuelles de la Ville liées à la réalisation d’actions sociales et d’autres prestations pour un montant de 800 000 euros annuels. Heureux du résultat ? Roland Ries : Oui. Nous n’avons pas une équipe de très haut niveau, mais une équipe qui joue au très haut niveau, grâce à Marc Keller et à son entraîneur qui ont réussi à insuffler un état d’esprit, avec des matchs joués à guichet fermé !

Philippe Richert : C’est extraordinaire ce qu’ils ont réussi à faire cette saison alors qu’ils ne font pas partie des budgets les plus hauts. L’entraîneur est formidable, au premier match perdu, il a rappelé aux joueurs qu’il y en avait encore 37 à jouer. Il positive, c’est un état d’esprit. Pia Imbs :Je me félicite de cet esprit fédérateur du sport que les collectivités ont su capitaliser au travers de la rénovation de ce stade qui participe au rayonnement du sport de haut niveau. Un projet dont j’ai eu l’occasion de présenter l’avancement aux élus. Et je peux vous assurer qu’aucun d’entre eux n’est insensible à cette ambiance unique et incomparable, toujours entre frissons et exaltation, qui vous suit tout au long des matchs du Racing.

J « Le Racing aura à cœur de garder son âme. »

Frédéric Bierry, président de la CEA

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« Je souhaite au club d’abord la meilleure réussite sportive. » Jean Rottner

Jean Rottner : Je suis satisfait des échanges positifs et constructifs que nous avons tissés avec les dirigeants et je suis surtout heureux de la réussite sportive que connaît actuellement le club. Gardons en mémoire la situation sportive et économique du club en 2012, au moment de sa reprise et félicitons-nous du chemin parcouru depuis et des choix pertinents qui ont été réalisés pour porter le club à son niveau actuel. Frédéric Bierry : C’est une saison exceptionnelle et extraordinaire, comme l’a dit le coach Julien Stéphan. Mais ce que je veux retenir, c’est la progression de cette équipe, depuis les tréfonds du CFA jusqu’à rivaliser avec les plus grands clubs pour une place en Europa League cette saison. C’est vraiment un parcours incroyable, qui vient récompenser le travail de tout un club. Jeanne Barseghian : Évidemment ! Cette saison a permis au club de rivaliser avec les plus grands comme le PSG ou l’OM. Et cela lui donne un grand pouvoir : à grande notoriété, grande responsabi-

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lité. Aujourd’hui le Racing est en capacité de s’engager, d’être véritablement un modèle. Le Racing a la responsabilité d’user de son influence pour promouvoir des valeurs d’inclusion, pour lutter contre toutes les formes de discriminations, racistes, sexistes, homophobes. Pour encourager aussi à adopter un mode de vie, de déplacement qui s’inscrive dans la lutte contre le changement climatique. Les conventions annuelles ont été renégociées en ce sens : nous avons voulu inclure les objectifs de notre politique climat, qu’il s’agisse de mobilités ou de gestion des déchets. Y a-t-il pour vous un moment marquant vécu au stade durant cette dernière décennie ? Roland Ries : Un match épique face à Raon-l’Étape à Épinal. On jouait la montée en National. C’est là qu’a démarré l’ère Keller. J’étais dans les tribunes à côté du maire socialiste, dans un stade de campagne. Un match très tendu. On menait 3-0, le maire m’a dit « Tu sais que c’est important pour nous ? » J’ai répondu « Pour nous aussi ! » Ils ont remonté à 3-2. La

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tension montait, on ne s’est pas trop parlé !

Philippe Richert : Le dernier match pour la remontée en Ligue 2, cela s’est joué vraiment à pas grand-chose. C’était la libération, un vrai moment de partage, car ce n’était pas gagné d’avance ! Rober t Hermann : Quand on gagne la Coupe de la Ligue ou quand on retrouve la première division, ce sont des grands moments de bonheur…

et de National. Voir autant de supporteurs accompagner leur équipe à ce niveau fut très marquant. D’ailleurs les records de fréquentation en CFA et National de la Meinau sont toujours d’actualité. Frédéric Bierry : Je me souviens de cette rencontre en 2018 où le Racing accueillait l’Olympique lyonnais. C’était la dernière journée du championnat, et Strasbourg jouait son maintien. Dans les toutes dernières secondes de la partie, grâce à un super coup franc de Dimitri Liénard, le Racing s’imposait 3-2 et décrochait son maintien en Ligue 1.

Pia Imbs :Je retiens tout particulièrement cette marée bleue composée de plusieurs milliers de supporters qui ont marché vers le stade le 14 mai dernier pour l’avant-dernière journée de Ligue 1. L’équipe a véritablement performé pendant tout le championnat.

Jeanne Barseghian : L’incroyable match Racing-PSG qui, certes s’est terminé sur un score de parité, mais a été considéré par tous les supporters comme une victoire. Je crois que c’est à ça, aussi, qu’on mesure le talent : à l’optimisme de ses supporters ! Face à une équipe avec Jean Rottner :Même si cette période quasiment les trois meilleurs joueurs a été difficile, j’ai en mémoire la ferveur mondiaux, ils parviennent quand même des supporters lors des matchs de CFA à égaliser, c’était fantastique et l’am-

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« Comment ne pas être conquise par l’engouement populaire que suscite le Racing ? » Jeanne Barseghian, maire de Strasbourg

biance… cette ferveur… ce furent des moments inoubliables ! Vos espoirs pour l’avenir ? Roland Ries : Mon espoir principal, c’est de ne pas retomber dans les travers anciens que j’ai connus. Les guerres intestines, c’est tout de même une spécialité locale, c’est vrai pour le foot, mais aussi pour la SIG ! Mais aujourd’hui, nous avons un président qui fait l’unanimité, qui ne se laisse pas emporter par l’enthousiasme, et qui est là quand ça va moins bien aussi. Enfin, j’espère évidemment un budget plus important pour renforcer l’équipe.

Philippe Richert : Mon seul soutien, c’est celui du citoyen qui adore cette équipe tant sportive que managériale. J’aimerais que l’aventure dure dans ce même état d’esprit et que l’on puisse jouer au niveau européen. Pour cela, il faut rester les pieds sur terre, comme le fait Marc Keller. Une décennie Or Norme

Robert Hermann : Si l’on peut jouer l’Europe… Après, à chaque fois qu’on est monté trop vite, le retour de bâton a été très sévère ! La construction doit se faire marche par marche. Mais les fondamentaux sont réunis, avec un club sur une belle trajectoire, une équipe dirigeante solide qui mène des discussions paisibles. Pia Imbs :Pas d’espoir, que des certitudes. Celle des travaux du stade qui démarrent en automne et qui seront à la hauteur de l’équipe, des supporters et des exploits à venir. Je suis convaincue que l’exaltation de cette identité locale du Racing va s’enrichir dans l’avenir d’une popularité nationale encore plus marquée, sans pour autant perdre de son authenticité. Jean Rottner :Je souhaite au club d’abord la meilleure réussite sportive. Que le Racing, comme cette année, puisse régulièrement jouer les premiers rôles en Ligue 1, qu’il retrouve aussi le parfum de l’Europe. Ensuite, que le club poursuive

sa croissance économique. Je suis convaincu que la reconstruction du stade y participera. Frédéric Bierry : On ne peut que souhaiter le meilleur au Racing ! D’abord de jouer chaque année au minimum le top 10 du championnat de France, afin de pouvoir asseoir ses bases sportives et économiques. Ensuite de jouer régulièrement les compétitions européennes. Je pense aussi que le Racing aura à cœur de garder son âme, c’est-à-dire de rester un club populaire, ancré dans son territoire, qui reste aussi un club citoyen, engagé et au service de l’Alsace. Jeanne Barseghian : Notre soutien, c’est bien sûr, un nouveau stade, et on a hâte de le voir achevé. Ensuite, je souhaite qu’on poursuive le chemin pris avec le club pour promouvoir des actions sociales, le sport féminin, le handisport, dans un souci d’équité territoriale et de cohésion. a a RACI NG

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AU STADE DE NOS VIES

« Mais enfin, ce n’est que du foot voyons ! » 158

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a R ACI NG – PAS SION Pascal Coquis

Franck Kobi

Fou de football, Pascal Coquis est éditorialiste et grand reporter aux Dernières Nouvelles d’Alsace. De 1998 à 2008, il a suivi au quotidien le Racing pour les DNA. Et sa passion ne s’est jamais tarie… Une décennie Or Norme

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arder son calme, souffler, ne pas répondre, surtout ne pas répondre. Sourire sans avoir l’air trop affligé non plus, que ce sourire ne dise pas ce qu’il sous-entend « Mais qu’elle est con cette phrase, a-t-on seulement déjà entendu phrase plus con ! ». Qu’est-ce que ça peut bien vouloir dire, « Mais enfin, ce n’est que du foot » ? Que ce qui vient de se passer à l’instant ou même il y a 12 ans à la Meinau, à Séville en 1982, à Glasgow en 1976 ou au Parc des Princes un soir de novembre 1993 n’était pas grave ou, disons, qu’il y aurait plus grave ? Qu’il y aurait plus dramatique que d’être éliminé d’une Coupe du monde ou, puisque finalement toutes les douleurs se valent, d’être rétrogradé en National ? Tout ça parce qu’à 500 kilomètres de là un gardien auquel on n’avait jusqu’à là jamais pensé une seule minute de notre vie, mais qui à partir de maintenant incarnera pour toujours la figure du traître quelque part entre Judas et Talleyrand, parce que ce gardien-là n’a pas réussi à stopper un ballon et ça ne lui coûtait rien de l’arrêter alors qu’il était tout pour nous ce ballon, parce que ce gardien-là nous a précipités dans le désespoir qui est l’autre nom du National ? Il y aurait plus dramatique que ça, vraiment ? Quand ? Où ? Dans quel monde ? Bill Shankly, le légendaire manager du grand Liverpool des années 70, disait, formule connue et maintes fois reprise, que « Certaines personnes pensent que le football est une question de vie ou de mort. Je trouve ça choquant. Je peux vous assurer que c’est bien plus important que ça ». Bill Shankly savait de quoi il parlait. Il aimait les bons mots au moins autant que le foot et il faut se méfier des bons mots, ils sont parfois comme le dribble de trop, il n’empêche : il y a dans cette phrase une vérité première pour les supporters du monde entier. On parle là d’une sensation de vide absolu, d’une fatigue aspirante qui vous saisit sans qu’on s’y attende au moment où le sort bascule du mauvais côté. Le phénomène est évidemment plus violent en fin de saison, au moment où les ombres et les jours s’allongent, quand les positions se sont décantées et que l’enjeu accompagne chacun de nos pas, les alourdit ou les rends plus légers, quand toutes les voies de recours ont été épuisées. Alors non, il n’y a rien de plus grave pour un supporter que de voir ses joueurs assis sur la pelouse, défaits, les yeux

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perdus, vaincus. Rien de plus grave que ce coup de sifflet final qui est comme un coup de poignard qui vous transperce et qui s’abat simultanément sur tous ceux qui nous entourent dans la tribune. À ce moment précis, nous ne faisons qu’un, mais nous sommes seuls et ce n’est pas une formule. Ça ne dure pas, c’est bref, fugace, mais bon Dieu que c’est violent. Quand on est enfant, on ne se remet jamais de ces blessures-là. Les adultes s’en relèvent bien sûr, mais il leur restera toujours un peu de cendre au fond cœur.

TOUT ÇA N’A PAS DE SENS, MAIS LA PASSION N’EN A PAS…

« Quand on est enfant, on ne se remet jamais de ces blessures-là. Les adultes s’en relèvent bien sûr, mais il leur restera toujours un peu de cendre au fond cœur... »

Ceux qui n’ont jamais vibré autrement que pour une Coupe du monde ou un match de gala, quand tout va bien, qu’il fait beau, que l’équipe gagne et qu’il est chic d’aimer le foot penseront que tout ça est largement exagéré, ridicule même. Ça l’est sans doute et après ? Ceux qui aiment leur club plus que le foot d’ailleurs – enfin différemment ça ne se compare pas, ceux qui préfèreront toujours un Racing-Metz gagné 1-0 en plein mois de novembre à un Manchester City-Real flamboyant, ceux-là savent de quoi on parle ici. Évidemment, qu’il y a des choses plus importantes qu’un match de football gagné ou perdu par des joueurs que nous ne rencontrerons sans doute jamais, qui si ça se trouve seront demain ou la semaine prochaine dans l’équipe d’en face ou qui y sont actuellement, mais avec lesquels nous communions parce qu’à un moment ils ont enfilé ce maillot, ce putain de maillot dont on rêvait quand nous étions gosses. Tout ça n’a pas de sens, mais la passion n’en a pas. Le foot est ce monde parallèle dans lequel nous entrons, à un moment imprécis de notre vie, et dans lequel tout jugement est aboli. Ça ne peut pas se raconter parce pour ça, il faudrait pouvoir expliquer le frisson. Il faudrait pourtant réussir à choper ce petit tressaillement qui nait on ne sait trop où à l’intérieur de ce que l’on suppose être les entrailles. Ce serait la seule façon, il n’y en a pas d’autre, de saisir, au sens d’expliquer, le phénomène physique qui transforme le plus équilibré d’entre nous, peu importe son âge, en comptable

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pointilleux calculant la nuit venue dans son lit le nombre de points nécessaires pour éviter la relégation ou accrocher une place européenne. Dans Clara et moi, le beau film solaire et désespéré d’Arnaud Viard sorti il y a quelques années, il existe une scène qui résume ça très bien. C’est Noël. La caméra filme la fin du repas depuis l’extérieur, à travers une fenêtre embuée. Travelling avant. On suppose les rires, le tintinnabulement des verres, on ne les entend pas. Julien Boisselier ouvre son cadeau et découvre un maillot de l’équipe d’Argentine, celui de la Coupe du monde 1978, on sait le reconnaitre, on a eu le même. Et le sourire qui illumine son regard à ce moment-là dit tout, absolument tout. Il dit ces histoires de gamins qu’on se raconte quand le corps et l’esprit sont encore sans concession et qu’on possède le superpouvoir qui s’évanouira bientôt de devenir en un clin d’œil le plus grand joueur de la planète. Il dit ces instants où l’on réinvente les finales de Coupes du monde ou de Ligues des champions, il dit le cœur en feu sur d’improbables terrains vagues où des tee-shirts bouchonnés jetés là, entre deux pas d’arpenteur, figurent les buts. Il dit ces parties interminables au bas des immeubles qui vous laissent en sueur et les genoux écorchés, des sanglots dans la gorge d’avoir perdu parfois. Ôh, c’était le plus grand malheur du monde que de perdre en bas de l’immeuble. Il y a 30 ans, on se réveillait le matin et on s’endormait le soir dans la peau de Platini, de Curkovic, de Keegan, de Kempes ou de Gemmrich et quand on enfilait le maillot bleu et blanc (albicéleste avait-on entendu un jour à la télé sans savoir de quoi il pouvait bien s’agir) on était VRAIMENT Kempes et bientôt et pour toujours Maradona. Aujourd’hui, les gosses sont Ronaldo, Messi ou Mbappé, mais rien n’a changé, c’est la même chose, la même filiation. Pourquoi on raconte tout ça ? Parce que tout est question d’héritage. Les foules joyeuses, si nombreuses qu’elles étaient innombrables, jeunes si jeunes qui ont suivi le Racing sur les terrains de CFA2 il y a dix ans et puis en CFA, en National jusqu’au retour en Ligue 1 n’avaient pour la plupart sans doute jamais entendu parler de Heisserer, de Stojaspal, d’Osim,

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« Aujourd’hui, les gosses sont Ronaldo, Messi ou Mbappé, mais rien n’a changé, c’est la même chose, la même filiation. »

de Molitor, de Kaniber, de Remetter et pas plus des épopées européennes de la Coupe des villes de foires au mitan des années 60 quand le Milan ou Barcelone passaient à la trappe ou à la pièce 1, elles n’en avaient jamais entendu parler et pourtant elles portaient en elles cette histoire. Elle est la leur comme de naissance. Pour comprendre, il faudrait convoquer René Girard et décrypter sa mimétique du désir et celle des foules, mais ici, dans cette enceinte, il ne peut y avoir qu’un René Girard et il était entraîneur alors ce n’est d’aucun secours. Et puis au fond, peu importe. Ce qui reste et ce qui compte, c’est l’émotion. C’est ça qui nous « poigne » comme disait Roland Barthes. C’est joli « poigner », prendre fermement dans son poing. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, le verbe n’a pas donné l’adjectif poignant, qui vient de poindre, mais parce qu’il induit une idée de douleur il a toute sa place ici. Car la douleur au fond c’est l’ordinaire d’un supporter. Suivre une équipe, quelle qu’elle soit, quel que soit son statut, sa puissance, son palmarès, c’est fatalement accepter de connaître plus de désillusions que de joies. Qui sont d’autant plus intenses qu’elles sont rares. Le cas du Racing, parce qu’au fond c’est le seul qui nous intéresse (le supporter n’ayant aucune empathie pour ses collègues des autres clubs) est à la fois emblématique et atypique. Emblématique parce que son histoire est universelle, atypique parce qu’elle n’appartient qu’à lui. Elle n’appartient qu’à nous. a

1. À cette époque-là, la séance des tirs au but n’existait pas. En cas de match nul à l’issue des matchs aller et retour, la qualification se jouait à pile ou face. C’est ainsi que le Racing, qui avait sorti le grand Milan au tour précédent, a éliminé le Barça lors de la campagne 1964-1965. La saison suivante, le Milan AC a passé l’obstacle strasbourgeois de la même façon.

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a R ACI NG – OU VRAGE Jean-Luc Fournier

Éditions du Signe

ÉTERNEL RACING La BD de la décennie La bande dessinée est un art qui, depuis toujours, fait partie du patrimoine des Éditions du Signe, créées et animées par Christian Riehl, un éditeur basé à Strasbourg depuis des décennies. À l’évidence, la belle histoire du Racing que nous venons de vivre depuis dix ans était un sujet rêvé et la sortie cet été de Éternel Racing – 2011-2022, l’histoire d’une renaissance va ravir les fans du club. Un « collector » qu’ils vont sans doute conserver longtemps et précieusement… histoire débute en pleine page sur le bitume d’un stade désert. En fond, des tribunes sans âme et, au premier plan, deux hommes qui marchent l’un près de l’autre. François Keller était jusque là entraîneur de l’équipe réserve d’un club qui vient de trépasser, abattu sur l’autel de deux décennies où le pire côtoya sans cesse la gabegie, voire même la (triste) loufoquerie, comme nous le racontons par ailleurs dans ces mêmes colonnes. Aux côtés de François Keller dans cette Meinau abandonnée de (presque) tous, le fidèle intendant Guy Feigenbrugel. Avec le concours de Jean-Marc Kuentz, directeur d’un centre de formation désormais fermé et Patrick Spielmann, président par inertie d’un club exsangue. Sans qu’ils ne le sachent encore, ils s’apprêtent à réaliser le premier de ce qui va être une très longue série d’exploits : constituer une équipe capable d’évoluer en CFA2, le cinquième niveau national du football, où le Racing vient d’atterrir en catastrophe après ses innombrables déboires financiers.

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UNE TRÈS BELLE ÉDITION C’est ainsi que débute donc la BD. Elle va dérouler en 56 pages l’ensemble des épisodes marquants de la renaissance du Racing. Tout y est : la montée immédiate en CFA, l’arrivée de Marc Keller et son groupe d’amis-actionnaires qui vont débuter sans attendre l’impressionnant chantier pour lequel ils se sont engagés, de nouveau la montée, en National cette fois après une saison chaotique et un ultime match contre Raon L’Étape où un incroyable suspense s’éternisa jusqu’au coup de sifflet final, sous la menace constante d’une égalisation vosgienne qui aurait été synonyme d’échec. Sont illustrés aussi les affres de l’enfer du National, le départ de François Keller auquel succède Jacky Duguépéroux,

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le sauvetage miracle d’un retour en CFA avec la « providence » du dépôt de bilan du petit club de Luzenac, l’échec, pour un misérable petit point, de la remontée en Ligue 2 et, enfin, enfin ! le retour au football professionnel avec la montée tant attendue un an plus tard, après trois saisons en National. C’est le retour « dans la cour des grands » pour un Racing qui aura été boosté, durant toutes ces dernières saisons, par un public sans cesse plus nombreux et toujours déchaîné. L’arrivée en tant qu’entraîneur de Thierry Laurey et, au final, dix mois plus tard, l’atteinte du Graal : le Racing retrouve la Ligue 1. La BD n’oublie rien des moments devenus vite historiques : le maintien, assuré par le coup de patte magistral de Dim Liénard (90+4 : naissance d’un mythe…), la victoire, un an plus tard encore, en finale de la Coupe de Ligue (la « Panenka » de Dim durant la séance de tirs au but avait médusé la France entière du football), le départ de Thierry Laurey (record des saisons consécutives pour un entraîneur du Racing, toutes époques confondues). Enfin, l’arrivée de Julien Stéphan et la suite encore toute fraîche, l’incroyable et somptueuse saison que nous venons tous de vivre, la cerise sur le gâteau d’une décennie bénie des Dieux… Le scénario de cette bande dessinée est l’œuvre du journaliste Romain Sublon, les dessins sont de Robert Paquet et Abel Chen. L’ensemble est un très bel objet qui sera longtemps et pieusement conservé dans la bibliothèque des fans du Racing. En outre, l’éditeur a su innover : grâce au téléchargement d’une application mobile gratuite de « réalité augmentée », les lecteurs peuvent accéder à une quinzaine de vidéos immédiatement visibles sur leur portable, via des QR codes disséminés dans la BD. Un vrai plus ! a Une décennie Or Norme


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Eternel Racing. 2011-2012 L’histoire d’une Renaissance Éditions du Signe – 19,90 € (Sortie : juillet 2022) Une décennie Or Norme

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RACING 2022 Directeur de la publication Patrick Adler 1 patrick@adler.fr

Vincent Synaghaël Benjamin Thomas 14 redaction@ornorme.fr

Directeur de la rédaction Jean-Luc Fournier 2 jlf@ornorme.fr

Photographie Jean-Baptiste Autissier Elysandro Cegarra Franck Disegni 15 Sophie Dupressoir 16 Alban Hefti 17 Cédric Joubert Franck Kobi Abdesslam Mirdass 18 Vincent Muller 19 Caroline Paulus 20 Nicolas Rosès 21 Laura Sifi Marc Swierkowski 22

Rédaction Alain Ancian 3 Eleina Angelowski 4 Isabelle Baladine Howald Erika Chelly 6 Pascal Coquis Marine Dumeny 7 Jean-Luc Fournier 2 Thierry Hubac Jaja 8 Thierry Jobard 9 Véronique Leblanc 10 Aurélien Montinari 11 Jessica Ouellet 12 Barbara Romero 13 Romain Sublon

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Direction artistique et mise en page Cercle Studio Impression Imprimé en CE

Couverture Jacques Umbdenstock Portraits de l'équipe Illustrations par Paul Lannes www.paul-lannes.com Publicité Valentin Iselin 23 Régis Piétronave 24 publicité@ornorme.fr Directrice Projet Lisa Haller 25

Or Norme Strasbourg est une publication éditée par Ornormedias 2 rue du maire Kuss 67000 Strasbourg Contact : contact@ornorme.fr Ce numéro de Or Norme a été tiré à 40 000 exemplaires Dépôt légal : à parution N°ISSN : 2272-9461 Site web : www.ornorme.fr Suivez-nous sur les réseaux sociaux ! Facebook, Instagram, Twitter & Linkedin

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