u n pa r i f i n a n c i e r
« LE VRAI CHALLENGE EST DE SAVOIR COMMENT LES ENTREPRISES VONT S’EMPARER DE L’IA »
Jacques-Aurélien Marcireau, gestionnaire du fonds EDR Fund Big Data de la banque Edmond de Rothschild
Monsieur Marcireau, quelle est la particularité du fonds EDR Fund Big Data ? Il s’agit d’un fonds d’action international qui a investi 50 % de ses actifs dans des valeurs technologiques liées au big data et 50 % dans des sociétés de secteurs traditionnels, mais qui ont compris l’intérêt de l’utilisation des données et qui sont en train de se moderniser pour capter leur valeur ajoutée. Avec ce fonds, vous pariez donc directement sur l’intelligence artificielle ? En interne, nous avons plutôt
coutume d’utiliser le terme de conviction. Une conviction que nous n’avons pas pour la blockchain ou les cryptodevises, des technologies sur lesquelles nous sommes plus mesurés. Maintenant, ce qui compte le plus pour nous, c’est la manière dont les acteurs économiques vont marier l’intelligence artificielle avec leur expertise métier. Le vrai challenge est donc de savoir comment les entreprises vont s’emparer de cette technologie. Et les différences peuvent être très marquées entre les acteurs d’un même secteur.
Les investisseurs sontils intéressés ? L’EDR Fund Big Data est un fonds moyen, mais qui a connu une forte croissance. Il valait 50 millions d’euros au 1er janvier 2016, et deux fois plus un an plus tard. Aujourd’hui, il gère 290 millions d’euros d’actifs. Il y a énormément d’intérêt pour ce produit. La question des données n’est pas forcément facile à appréhender, mais tout le monde sent qu’il se passe quelque chose.
et il s’agit là d’un excès inverse à celui de l’Europe. Aux États-Unis, on sait que 145 millions de numéros de sécurité sociale ont été volés ces dernières années, soit quasiment ceux de la moitié de la population. Or, là-bas, ce numéro permet de faire énormément de choses. Entre le protectionnisme européen et l’anarchie des données américaines, il existe un énorme fossé. Mais je pense que l’Europeva très vite revenir sur le RGPD tel qu’il est rédigé. Bruxelles se rendra compte de l’importance capitale des données pour avoir un secteur des services compétitif. La présence d’infrastructures de calcul telles que le high performance computing (HPC) est-elle nécessaire au développement de l’IA ?
Bien sûr qu’elle est importante. Mais il faut quand même admettre que la puissance des machines est une façon de pallier les déficiences des logiciels. Or, au fil de leur évolution, ceux-ci parviennent à faire plus avec moins de ressources. La puissance de calcul n’est donc nécessaire qu’au début du développement d’une nouvelle technologie.
L’intelligence artificielle prendra-t-elle la forme de robots humanoïdes dans le futur ?
J’en suis persuadé. Pourquoi les robots humanoïdes n’ont-ils pas percé jusqu’à maintenant ? Parce qu’ils ne savaient pas dialoguer. L’IA est donc la pièce manquante à leur développement. C’est ma conviction.
Comment imaginez-vous la société dans laquelle vivront vos petits-enfants ? Êtes-vous optimiste ?
Je suis optimiste, car je vois l’IA comme un assistant permanent et personnel. Dans le futur, nous paierons pour accéder à de l’expertise individualisée, comme nous payons aujourd’hui pour avoir des applications sur notre téléphone. On va vers le monde du coaching et de l’assistant personnel permanent. C’est comme ça que je vois l’IA. Mais je ne pense pas qu’elle pourra répondre aux problèmes de créativité ou qu’elle réussira à avoir de l’empathie et du bon sens. L’Homme restera donc incontournable.
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— Mai 2018