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LA PUCE à L’OREILLE Publication du MFPF 34 - N°108 - Juillet 2011

Sommaire P.2 Actualités nationales et internationales Italie : les sursaut !

P.3 Actualités locales Entretien avec Monique Pétard

P.5 Nos pratiques L’entretien au Planning Un risque à prendre

P.8 Législation Lois de bioéthique Rapport Poletti

P.10

Droits fondamentaux Accouchement sous X

P.12 Bulletin d’abonnement

Stop au sexisme ! Personne ne sera passé au travers du torrent médiatique lié à l’affaire DSK. Outre l’affaire elle-même, sur laquelle la justice américaine aura à se prononcer, nous ne pouvons qu’être atterré(e)s de constater que les agressions sexuelles, et y compris le viol, peuvent être réduites à un fait presque quelconque. Serait-ce le signe que malgré nos luttes des trente dernières années, le maître mot à retenir se réduirait à la minimisation des faits de violences faites aux femmes, voire leur banalisation, leur normalisation, l’indifférence … ? L’appel « Sexisme : quand les élites se lâchent, ce sont les femmes qui trinquent » (*) lancé par Osez le féminisme, la Barbe et Paroles de femmes, et rallié par notre Confédération dès son lancement, retrace clairement le florilège de remarques sexistes, du « il n’y a pas mort d’homme » au « troussage de domestique » en passant par « c’est un tort d’aimer les femmes ? » ou les commentaires établissant « un lien entre l’apparence physique des femmes, leur tenue vestimentaire et le comportement des hommes qu’elles croisent. » Nous connaissons les effets de la publicité sexiste, imaginons l’effet de ces mots entendus par des millions de personnes ! Indignons-nous, chaque jour, chaque instant face à ces remarques anodines qui confortent des représentations sexuées inacceptables ! Fatima Bellaredj, présidente du Planning 34 (*) l’appel est en ligne : www.osezlefeminisme.fr

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Actualités nationales & internationales

Italie : le sursaut.

ILS ETAIENT PLUS D’UN MILLION, femmes et hommes, à manifester, dimanche 13 février, dans plusieurs villes italiennes pour protester contre l’image dégradante des femmes dans l’Italie actuelle. C’est le « Rubygate » qui a servi de détonateur : Silvio Berlusconi fait l’objet d’une enquête pour abus de pouvoir et prostitution de mineures. Pourtant, seules 37 % des italiennes entre 18 et 29 ans considèrent que le comportement de Silvio Berlusconi envers les femmes est irrespectueux. Pour la réalisatrice Francesca Comencini, la situation est paradoxale : « En Italie nous avons eu le plus grand mouvement féministe d’Europe, mais il n’y a pas eu de passage générationnel ». La comparaison avec les années 1970 est forcément décevante. L’erreur a été de laisser la place à l’empire médiatique de Silvio Berlusconi. Les Italiens ont accepté la dégradation de la télévision et des moyens de communication. Le corps des femmes est banalisé et vulgarisé : elles sont traitées comme des marchandises. Après « sois belle et tais-toi », on est passé à « sois belle et vends-toi ». Stéréotypes machistes Ce qui est en jeu aujourd’hui, c’est l’identification de la femme à un corps jetable. Comme si la seule façon pour une femme d’être visible ou d’exister, était de se plier aux stéréotypes les plus anciens du machisme. Il ne s’agit plus seulement de réduire l’image de la femme à un beau corps séduisant mais de promouvoir en politique ces mêmes femmes, qui ont comme seule « compétence » d’être belles et de se taire. Obéissance et beauté deviennent le critère unique qui permet aux femmes jouant de leur corps d’assumer des responsabilités importantes, y compris ministérielles, tandis que les autres deviennent progressivement « invisibles ». Pire, dit Michela Marzano, philosophe, « certains moralistes au rabais » y voient cyniquement le résultat de la libération LA PUCE à L’OREILLE n Juillet 2011

photo : Alessandro Bianchi

Au cri de « Se non ora quando* », plus d’un million de personnes ont manifesté dans les rues pour protester contre l’image dégradante des femmes véhiculée au travers des frasques de leur Premier ministre. Premier effet de ce sursaut citoyen : la double gifle expédiée par les électeurs.

Indignation populaire contre les frasques du «cavaliere»

sexuelle, l’inévitable conséquence du mot d’ordre féministe « mon corps m’appartient ». Quand les femmes se sont battues pour pouvoir disposer librement de leur corps, c’était dans l’idée de devenir actrices de leur propre vie, d’empêcher que d’autres décident à leur place de leurs actions et de leur comportement. « Ce n’était pas pour redevenir des femmes bibelots exhibées comme un trophée par des machos vieillissants ». Bataille pour l’égalité Il faut mettre en place les conditions nécessaires à l’exercice de cette liberté, faute de quoi celle-ci risque de rester une valeur abstraite. La première condition est l’égalité. Si les femmes ne jouissent pas des mêmes droits que les hommes, elles ne peuvent être libres de choisir. Quelle liberté dans un pays comme l’Italie qui traite les femmes comme des marchandises et dont le Président du conseil pense s’en tirer tranquillement parce qu’au fond, les femmes ne comptent guère ? Pour l’instant, les femmes sont les grandes absentes de la vie politique et entrepreneuriale italienne. D’après le rapport du Forum économique mondial sur les disparités de genre, l’Italie occupe la 87ème place dans le classement du taux de travail des femmes dans le monde et

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la 121ème pour les égalités salariales. Ainsi, seulement 45 % des femmes italiennes travaillent hors de leur foyer, c’est le taux le plus bas de toute l’Europe. Pour faire bouger les choses, les femmes doivent entrer dans les lieux de pouvoir et faire comprendre aux italiens et aux européens que le fait de faire la place aux compétences des femmes est positif pour la croissance des pays. En Italie, le temps du silence depuis les années 1990 est révolu. Culpabiliser encore et toujours les femmes après les avoir réduites à l’état de « corps jetables » cela existe encore dans l’Italie d’aujourd’hui. « Alors oui, dit Michela Marzano, le moment est venu de réagir et de traduire l’indignation en actes. Maintenant ou jamais. Se non ora, quando ? » Les effets de ce sursaut n’ont pas tardé à se faire sentir dans les urnes, avec en mai la défaite du parti de Berlusconi aux municipales à Milan, son fief, et, en juin, le non massif au référendum initié par le Premier ministre et portant notamment sur son immunité judiciaire. C’est maintenant ! n Marie-Christine Vion-Leclerc *Littéralement : si ce n’est pas maintenant, alors quand ? L’équivalent de notre « C’est maintenant ou jamais ». Sources : Courrier international du 3 février 2011 : «L’Italie n’est pas un bordel», par Michela Marzano Libération du 23 février 2011 : «Berlusconi et les corps jetables», par Michela Marzano.


Actualités locales

Femmes et vie politique Questions à Monique Pétard, conseillère générale du 10e canton de Montpellier, vice présidente déléguée à l’environnement, au développement durable et à l’Agenda 21. La Puce : Quels constats faites vous aujourd’hui sur la situation des femmes en politique ? Monique Pétard : j’en ferai au moins trois : 1) elles se heurtent au machisme, notamment aux élections cantonales. Les hommes ont une stratégie individualiste, où l’image de soi et l’égo prédominent. D’une part, les hommes pensent entre hommes, trustent les listes, les places, les postes clé. D’autre part, ils cumulent les mandats : maire, conseiller général, élu des agglomérations… Par des jeux de glissement, de subtiles manœuvres, ils se maintiennent au pouvoir et bloquent les arrivées, notamment des femmes. 2) elles fonctionnent autrement : les femmes sont davantage investies dans la vie associative. Elles ont l’habitude de travailler en équipe et préfèrent ce type de relations. Or, le jeu politique repose sur des archaïsmes (cf. cerveau reptilien), sur la rivalité, la place du chef, du patriarche, du père. L’autre doit être conquérant pour prendre la place. Un parti, c’est un peu symboliquement comme dans une famille nombreuse : chaque enfant doit se frayer une place, en rival par rapport à ses frères et sœurs et se faire reconnaître par le père. Souvent, les femmes doutent d’elles même ; elles ont des difficultés particulièrement à monter en première ligne et en solo. Elles doivent accepter à la fois d’entrer en guerre et d’assumer le côté « cannibale » de la vie politique (qui « bouffe la vie privée). 3) elles se font instrumentaliser : les partis ont une vieille pratique, ils présentent souvent des « femmes alibis » pour barrer la route aux « féministes ». Elles sont alors en dette par rapport aux têtes de liste. Chemin faisant, elles apprennent, cherche à faire alliance, mais ne percent pas. Comment les élues abordent elles les enjeux ? En quoi apportent elles une plus value dans la prise en compte des problématiques ? Les femmes élues travaillent généralement beaucoup, elles rentrent dans le détail des dossiers, et sont perfectionnistes. Les hommes aiment « les coups », le visible ; elles sont souvent moins présentes sur le devant de la scène. En fait, longtemps écartées du jeu politique, elles n’ont pas de conduite formatée ou standardisée, ne sont pas prises dans un moule et font davantage preuve d’originalité. La plupart sont conscientes de leur rôle, s’appuient sur leur sens de l’observation et, sur les dossiers confiés, sont performantes et pugnaces.

La formation devrait également être une priorité. En effet, les femmes arrivent généralement sans véritable formation politique. Or, pour percer, il faut être politisée, c’est-à-dire connaître l’histoire et les concepts de la politique, des partis, et en outre, avoir des convictions sur des thématiques centrales du type économie, dialogue nord/sud, vie sociale, environnement…. Il faut aussi travailler une manière de s’imposer avec des concepts et des convictions, aller au-delà de l’adhésion, se préparer stratégiquement ; être en capacité de mener des combats politiques et partisans, se forger une culture politique, supporter de prendre des coups. Il y a des processus initiatiques en politique, qui appartiennent aux lois de la dynamique des groupes : passer par des campagnes électorales, être élue conseillère municipale ou adjointe, se confronter aux élections de député ou conseillère générale, car de ce fait, on s’évalue à mener des combats, on fait ses preuves, on mobilise. En effet, personne n’aide l’autre en politique, on attend plutôt

Comment faire avancer les choses pour que les femmes soient dignement représentées en politique ? Tout d’abord, il faut revoir le statut de l’élu : les bases en seraient le mandat unique et une rétribution correcte. Les indemnités actuelles sont faibles et l’attractivité repose sur la stratégie et le pouvoir.

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Actualités locales

lllle nouveau ou la nouvelle au tournant, on est dans l’arène et on va le jauger au prochain combat…. Parfois, on entend même « elle a eu de la chance, on verra la suite … » En outre, les militants se mobilisent sur les gens connus, sur les grandes victoires ; il faut aussi du charisme pour emporter l’adhésion et éviter l’usure.

Genre et Migration

CG 34 : femme y es-tu ? En mars ont eu lieu les élections cantonales. Sur 49 conseillers généraux élus lors de ce dernier scrutin, 2 seulement sont des femmes : Monique Pétard (canton de Montpellier 10, Parti socialiste) et Marie-Christine Bousquet (canton de Lodève, Parti socialiste). La première est élue depuis 1998 et la seconde depuis 2002. Au sein du Département de l’Hérault, la proportion reste la même depuis vingt ans. Les compétences habituellement dévolues à ces conseillères sont : le social et les personnes âgées. La délégation à l’environnement de Monique Pétard est une nouveauté de cette mandature.

Quelles perspectives pour les femmes ? La génération actuelle des hommes politiques est issue d’avant 68. Leur âge et leur style sont des freins puissants aux élections de femmes ou bien elles sont cantonnées à des places de suppléantes. Il y a déjà une différence de référentiel, avec les post-soixante-huitards et puis la génération montante est plus ouverte, plus mixte. D’autre part, les partis doivent impérativement décider de promouvoir des femmes, de dégager des places en abandonnant notamment le cumul des mandats, et préparer la relève par des formations internes ciblées. L’exemple de la représentation des femmes au niveau de l’intercommunalité me paraît une piste intéressante. Il n’empêche que faire de la politique, cela engage psychologiquement et physiquement, il y a une dimension incarnée et il faut s’y préparer personnellement. S’agissant de la réforme territoriale qui est prévue en 2014 supprimant la moitié des élus actuels : Elle mixerait Conseillers régionaux et Conseillers généraux, et se ferait sur la base d’un scrutin uninominal. Quid, des femmes élues : Conseillères régionales, au scrutin de liste ? Le regroupement et le redécoupage des cantons urbains doivent être examinés par les partis avec minutie. Habituellement, « on balance » les nouvelles sur des territoires dits « imprenables »…. Si l’on n’y veille pas avec des mesures puissantes pour y inscrire les femmes ; Les nouveaux « Conseillers territoriaux » seront essentiellement masculins. Il faudra cependant toujours faire ses preuves pour mobiliser.n Propos recueillis par Dominique Sarrazy

Le 13 mai, 56 personnes représentant 29 structures ont participé au colloque « Genre et migration», organisé par l’AD 34 au CRDP de Montpellier. Cette journée d’échanges visait à « déconstruire les représentations sur la migration en général, apporter un éclairage sur la migration et les mobilités des hommes et des femmes et réinterroger les analyses de la migration sous l’angle des rapports sociaux de sexe », comme l’a rappelé Marie-Pierre Martinet, secrétaire générale du Planning, dans son introduction. Les interventions des universitaires Nasima Moujoud et Fatima Ait Ben Lmadani, et des psychologues Laure Wolmark et Eve Plenel ont été particulièrement appréciées.

Assemblée générale L’Assemblée générale de l’AD 34 a eu lieu le 9 mai. Un nouveau conseil d’administration de 15 membres a été élu et a procédé lors de sa première séance, le 4 juin, à l’élection du Bureau de l’association, dont voici la composition: - Fatima Bellaredj, présidente - Josette Sainte Marie, trésorière - Anne-Marie Roch, trésorière adjointe - Marion Danton, secrétaire - Nicole Monsterlet, secrétaire adjointe Dans le prochain numéro de la Puce, nous vous proposerons un compterendu du rapport d’activité et des débats. Permanence Une nouvelle permanence d’accueil et d’écoute fonctionne depuis le début de l’année sur le quartier de la Paillade, à Montpellier. Elle se tient le mardi matin, de 9h à 12h, dans les locaux du CCAS : 82 square de Corte. Tél. 04 67 40 72 72. Ce numéro ne répond plus La nouvelle est tombée comme un couperet début juillet : l’Agence régionale de santé (ARS) ne renouvelle pas son financement à la ligne téléphoique régionale sur la sexualité. Conséquences : la ligne ferme le 15 juillet 2011. A l’heure où de multiples rapports montrent du doigt le déficit d’acès des jeunes à l’information et à la contraception, l’Etat supprime un

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Nos pratiques

L’entretien au Planning : un travail de résilience A la lumière du texte Mourir de dire - La honte de Boris Cyrulnik, réflexion d’une conseillère conjugale sur sa pratique. « QU’IL S’AGISSE DE HONTE ou de culpabilité, notre attitude à la morale nous soumet à un tribunal imaginaire » (Mourir de dire - La honte, Boris Cyrulnik, Odile Jacob, 2010 p.82) Au terme des entretiens pratiqués au Planning, la personne devrait pouvoir faire un choix sans se sentir coupable, ni ressentir de honte. Quel qu’il soit, il ne saurait entamer sa valeur propre. Pour certains, la question sera vite réglée, pour d’autres il faudra plus de temps, des silences, des questionnements, le temps qu’émergent les vrais enjeux. La personne doit pouvoir repartir apaisée, plus sereine. Chez les jeunes filles, il y a la peur de faire honte à leur mère : c’est la question de la trahison. Se trahir soi ou trahir son groupe, sa famille... Si je dis à ma mère que je dois faire une IVG, je trahis sa confiance, je trahis l’image qu’elle a besoin d’avoir de moi. Il existe un réel conflit de loyauté vis-à-vis des attentes parentales. « Je vais leur faire de la peine, les décevoir, je ne peux pas leur faire ça, ils ont déjà suffisamment de soucis, ma mère est dépressive, avec mon beau-père c’est déjà assez tendu... » Rester une «bonne» fille ou un «bon» garçon implique de protéger certaines choses; notamment le besoin d’être fier de soi, de sa famille, de son groupe social. La personne met en jeu des mécanismes de protection et de compensation. Le « d’où je viens » va structurer le « où je vais ». Il faut tenir compte de ces mécanismes qui passent par la filiation, l’affiliation, la reconnaissance, la transmission… Reconnaître la personne Reconnaître la personne, avec ce qu’elle porte de son passé et de sa culture, est essentiel. « Dans ta famille, on fait comme ça… Dans ta religion on pense comme ça… Dans ta culture, une fille, un garçon doivent se comporter comme ça… Et toi qu’en penses-tu ? Comment vois-tu les choses ? Comment aimerais-tu faire ?.... » Ces questions favorisent la prise de distance

et la reconnaissance des besoins fondamentaux. Ensuite vient la dialectique : « Que peux-tu faire pour trouver un compromis entre tes besoins, les attentes de ta famille, celles de la société ? Quelle stratégie peux-tu imaginer mettre en œuvre afin que la situation soit la plus confortable possible ? » « Un évènement glorifié par la culture, rend l’enfant fier de son histoire, alors que le même épisode disqualifié par les récits alentour le rend honteux. » (op.cit p.83) C’est donc le discours porté sur les faits qui peut les rendre acceptables ou non. En proposant un questionnement genré, nous permettons à la personne de prendre conscience qu’elle est prise dans un faisceau de déterminismes sociaux, de représentations conscientes et inconscientes, mais qu’elle peut y opposer sa vision du monde et son ressenti personnel. C’est le droit de choisir, c’est la responsabilité de soi. Il y a interaction entre le récit de soi et celui que les autres font de nous. Importance du récit Cependant, dans certains cas, le récit ne peut pas se faire, ou alors, il est embrouillé, confus, nous ne comprenons pas. C’est la question du récit. L’importance du récit, de la mise en mots qui fait exister, l’accueil sans jugement, ouvre une parole à travers un récit qui peut être mensonge, délire, parcelle ou facette. Mais ce n’est pas le récit qui est important, c’est la personne qui est là, et qui a quelque chose à dire, qui attend quelque chose de cette rencontre. Ce n’est pas la formulation qui est importante mais l’attente qui est derrière. Accueillir, c’est ne rien vouloir, c’est accepter de ne pas comprendre, c’est juste être là comme témoin du désir de l’autre. « Le récit de l’agression fabrique une passerelle intersubjective construite avec les mots que l’on ose dire à quelqu’un qui ose entendre. » (p.109) Il se met en place une restructuration cognitive, en confiant à des personnes l’histoire de mon humiliation, le récit de la

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tragédie que j’ai vécue, je me sens mieux car je me sens moins chassé de l’humanité. Je ne suis plus seul avec mon secret qui pèse sur ma vie et m’empêche d’avancer. En parlant avec quelqu’un qui accueille ma parole quelle qu’elle soit, je sors de la confusion et je redeviens maître de mon destin, je ne suis plus le jouet du désir des autres. Prendre le temps Quand nous accueillons un récit, nous mettons un point d’honneur à l’accepter comme la vérité de la personne, même lorsque ce récit nous paraît incohérent car ce qui prime ce n’est pas la rationalité du récit mais les émotions qui peuvent s’exprimer à travers la mise en mots. On se rend compte que la première rencontre est une mise à l’épreuve : »puis-je faire confiance à cette personne ? Va-telle m’écouter sans me juger ? Va-t-elle comprendre ce que j’ai à dire ? » Nous savons que le trauma ne peut pas toujours se dire, qu’il faut du temps et parfois plusieurs rencontres pour que la douleur puisse s’avouer. C’est la question primordiale du temps. Le temps permet de tenir compte de l’écosystème dans lequel se meut la lll LA PUCE à L’OREILLE n Juillet 2011


Nos pratiques

personne, car même si elle vient seule, elle est accompagnée symboliquement des personnes avec lesquelles elle interagit au quotidien. C’est en cela que l’entretien d’accueil ne peut pas être une routine et qu’il prend du temps car il y a un sujet pris dans une multitude de liens dont nous devons soulever l’existence, interroger la résonance. Le réseau peut jouer un rôle particulier si la personne ne trouve pas de point d’appui dans son entourage. Un lieu où dire S’Il y a un accompagnant, il est important d’interroger sa place dans l’écosystème du consultant, celle qu’il veut occuper, celle qu’il occupe par la force des choses, celle qu’il ne veut pas occuper le cas échéant. Il y a à faire prendre conscience de la place de chacun afin de partir sur des bases claires, sécurisation ne veut pas dire emprise, soutien ne veut pas dire faire les choix à la place de l’autre. En accueillant l’accompagnant, on peut repositionner ces questions autour des notions de responsabilité, d’autonomie, de choix. Le lieu d’accueil n’est pas anodin. Ce ne sera ni le bureau de gendarmerie, ni celui de l’assistante sociale, ni le cabinet de l’avocat, car ce n’est pas l’endroit où on porte plainte, où on demande une aide matérielle, ni où on réclame une protection. C’est simplement un espace où dire, un espace de réappropriation narcissique. La posture de l’accueillant au Planning est construite à partir d’un plan pédagogique où formation et analyse de la pratique per-

mettent de questionner sans cesse les normes que nous renvoie la société, de questionner nos valeurs au vu des changements sociaux, de remettre en question nos propres représentations. Ce travail de questionnement ne se fait pas en rapport avec une idéologie mais en rapport avec des objectifs qui sont : garder un regard inconditionnellement positif envers la personne en vue de favoriser l’estime de soi, garder à l’esprit qu’on est dans un échange où chacun est susceptible d’enrichir l’autre, analyser les rapports de domination à travers les rapports sociaux de sexe. Le travail sur la norme est fondamental lorsqu’on veut lutter contre la honte et contre les mécanismes de domination. Nous ne pouvons pas faire des choix à la place de la personne, nous pouvons juste questionner la normalité, et remettre un peu de jeu, de distance dans les rouages pour qu’ils se remettent à fonctionner « Puisque le contexte psychosocial joue un rôle majeur dans l’attribution d’un sentiment de honte ou de fierté à un même fait, il est pensable d’agir sur la culture afin de sortir de la honte. » (op cit p.231) Ces mots de Boris Cyrulnik serviront de conclusion, parce qu’ils reflètent parfaitement la démarche du Planning qui, au travers de ses accueils, de ses animations et de ses formations, propose de changer notre regard et notre manière d’être dans le respect et la tolérance. n Frédérique Le Bourgeois

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Un risque à prendre Une expérience innovante de groupe de parole «mixte» (usagers et professionnels) dans un centre d’accueil des personnes en situation de handicap. APRES AVOIR ETE CONTACTES PAR L’APF, (Association des Paralysés de France) à Montpellier, pour mettre en place un groupe de parole sur la vie affective et sexuelle auprès des usagers, et, conscients de la forte motivation des professionnels pour prendre part à cet espace, nous avons imaginé et animé un dispositif différent de ceux qui sont classiquement proposés dans ce type d'établissement. D’habitude, nous envisageons la participation des professionnels aux groupes de parole selon l'alternative suivante : - soit l'équipe décide collectivement, ou à la demande des personnes accueillies dans l' établissement, de rester en dehors de cet espace afin de laisser une plus grande liberté d'expression aux participants. C'est souvent ce qui se passe dans les lieux de vie. - soit le choix est fait, pour différentes raiLA PUCE à L’OREILLE n Juillet 2011

sons, qu'une personne de l'équipe, généralement auto-désignée, sera présente. À ce moment-là, nous lui demandons de tenter « d'enlever sa casquette » de professionnel(le) pour être un(e) participant(e) (presque) comme les autres. Cette exigence particulière n'a pas pour but de nier les situations et les statuts des personnes ou de faire comme s'ils n'existaient pas - car cela n'est pas possible en réalité - mais plutôt d'essayer de permettre aux participants de s'en dégager autant que faire se peut pour aller à la rencontre des autres (ceux dont on partage la situation ou pas) de façon plus authentique. Souvent, les personnels des structures qui nous sollicitent pour des actions comme celle-ci considèrent qu'il est interdit ou dangereux de parler de soi avec les personnes dont on s'occupe, mais ne s'imaginent pas qu'il puisse être difficile pour

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un usager de dévoiler son intimité aux professionnels qu'il côtoie au quotidien. En général, les personnes qui participent à un groupe de parole sont réunies à partir d'une situation de vie commune pour échanger sur une thématique plus ou moins ciblée. L'intérêt principal d'un tel espace réside dans la possibilité qui est donnée de s'exprimer, d'écouter et d'échanger avec les autres dans un climat de confiance et de respect. Dans le cas présent, le groupe comportait quatre professionnels et six usagers. Tous ont été volontaires pour participer et ont adhéré au cadre posé, incluant le principe d'égalité de statut et de positionnement de tous les membres du groupe pendant les trois séances. Ce qui les réunissait était en définitive la reconnaissance d'un besoin partagé de parler de la vie affective et sexuelle. L 'enjeu de cet atelier était donc aussi, à travers l'échange sur lll


Nos pratiques

ces thématiques, de pouvoir changer de regard sur les situations de handicap/validité, les autres, soi-même... Restituer le vécu d'un groupe de parole n'est pas une chose évidente à faire dans la mesure où la règle de confidentialité pose des limites claires à ce qui peut en être dit. Mais l'engagement mutuel au secret a pour fonction de garder dans l'intimité du groupe les propos personnels tenus par ses membres ; il concerne donc le contenu des échanges, et pas nécessairement leur dynamique. Puisqu'il est possible de parler de la façon dont un groupe de parole s'est déroulé sans rien révéler du contenu précis de ce qui a été dit, l'intention de ce texte est la même que celle qui a présidé à la mise en place de cet espace : partager ce qui ne se partage pas d'habitude.

groupe risque d'instrumentaliser l'espace et lui faire perdre une partie de la liberté qu'il peut offrir. Une fois ces constats dressés, nous avons pu reprendre le fil de la discussion dans un climat plus serein. Pour la troisième et dernière rencontre, nous nous sommes recentrés sur la thématique du vécu de la vie sexuelle en situation de handicap. La confiance revenue, la parole a davantage circulé, ce qui a permis à des personnes qui s'étaient peu exprimées jusqu'alors de prendre leur place dans l'échange. Nous avons clos cette rencontre par un bilan sous forme de tour de table où chacun a pu dire comment il avait vécu sa participation à ce groupe. En ce qui concerne l'animation, un élément supplémentaire est venu complexifier la dynamique de groupe : la différence de statut des participants dans l'institution (usager/professionnel), qui se double d'une différence de situation (handicap/validité). Les interactions semblant plus compliquées à vivre de ce fait, la posture d'animation adaptée a dû faire une place plus grande au rôle de médiation ou de régulation.

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Impact de la parole Lors de la première séance, la parole a circulé de façon extrêmement libre, à la surprise générale. Cela a créé une ambiance très agréable et détendue, presque euphorique. L'impression dominante était que tout pouvait être dit et entendu, comme s'il n'y avait plus aucun danger à parler librement, voire plus aucun tabou. Mais après cette parenthèse de liberté verbale, le quotidien a repris son cours et certaines personnes se sont rendues compte que ce qu'elles avaient dit ou entendu avait modifié sensiblement la façon dont elles étaient vues par les autres et/ou leur propre regard. Des tensions sont alors apparues entre certains professionnels et usagers. Ce problème a donc été parlé à l'entrée de la deuxième séance, où l'ambiance nous est apparue lourde et teintée de méfiance. Ainsi, nous avons pu repérer que ce qui avait été vécu comme positif par certains apparaissait à d'autres négativement. Des personnes ont alors dit leur regret d'avoir révélé des choses intimes, compte tenu des conséquences observées par la suite. Ce temps de « régulation » a permis de mettre en évidence la nécessité de mesurer l'impact que toute parole peut avoir dans un groupe, sur les autres comme sur soi-même. Le risque pris en parlant de son intimité doit pouvoir être conscient puisque ce n'est que la personne qui parle qui peut décider de ce qu'elle souhaite dire aux autres ou pas. Nous avons aussi pu remarquer que les statuts, rôles et situations des uns et des autres n'avaient pas disparu totalement, produisant des interactions particulières entre les membres du groupe. Par exemple, certains propos ont pu être plus ou moins consciemment influencés par le rôle professionnel ou le besoin de rassurer les autres ou de leur faire plaisir. En principe, dans un groupe de parole, la participation est surtout liée à l'envie ou au besoin de s'exprimer dans un collectif. Le fait de parler avec une intention particulière vis à vis d'une personne ou d’un

Reconnaissance mutuelle De tout ce qui a été dit et vécu pendant ces trois rencontres, nous retiendrons : des modifications dans les représentations des situations de handicap ou de validité, et dans celles des possibilités de vivre une relation amoureuse, notamment avec une personne valide, quand on est en situation de handicap; une meilleure connaissance mutuelle entre professionnels, entre usagers, ou entre professionnels et usagers, avec pour effet particulier de faire apparaître aux yeux de certains usagers des aspects de la vie privée des professionnels (difficultés entre autres) qu'ils n'imaginaient pas ; le constat qu'il est possible de faire tomber certaines barrières dans les relations entre professionnels et usagers, d'humaniser ces relations, sans abolir les places et rôles de chacun ni perdre en respect mutuel ; une prise de conscience des possibilités, des effets, et des limites de la parole individuelle au sein d'un collectif ; le sentiment largement partagé d'être entré dans un processus de communication groupale qui donne envie d'être poursuivi et approfondi. Au delà de l'intérêt qu'un tel dispositif peut représenter pour les personnes qui y prennent part comme pour l'institution dans laquelle elles évoluent, il faut aussi y voir pour le Planning Familial un mode de mise en œuvre particulièrement efficient de notre politique relais. En effet, le meilleur moyen pour les professionnels de comprendre et de soutenir ce que propose notre association en termes d'espaces de parole n'est-il pas d'en faire personnellement l'expérience ? n Béatrice Cascales

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Législation

Révision des lois bioéthiques Le texte définitif du projet de loi relatif à la bioéthique a été adopté par le Sénat le 23 juin. Procréation médicalement assistée, mère porteuse, dépistage prénatal... : Qu’est-ce qui change ? LES LOIS RELATIVES A LA BIOETHIQUE de 1994 et de 2004 avaient prévu une loi de révision obligatoire. Révision nécessaire pour adapter la législation aux progrès de la recherche, la recherche sur l’embryon étant au centre du débat. Si ce texte de loi interdit la pratique des mères porteuses, la levée de l’anonymat du don de gamètes, l’accès à la procréation médicalement assistée aux femmes homosexuelles, il autorise dorénavant la congélation rapide des ovocytes et le don d’ovocytes pour les femmes n’ayant pas d’enfants, le transfert port-mortem des embryons, les dons croisés d’organes. Une loi «frileuse» Le ministre de la Santé, Xavier Bertrand lors de l’ouverture de la séance a tenu ces propos: «Est-ce qu’il est nécessaire d’avoir une révolution en matière de bioéthique ? Je n’en suis pas persuadé, vraiment pas. En revanche, nous avons évidemment besoin de procéder aux ajustements suscités par l’évolution de la médecine et de la société. (…) Notre responsabilité vis-à-vis des générations futures, c’est de nous demander si tout ce qui est techniquement possible est humainement souhaitable. » Il a rappelé « la volonté du gouvernement de maintenir l’interdiction de principe de la recherche sur l’embryon, avec des dérogations encadrées » et s’est prononcé «en faveur d’une clause de conscience pour les chercheurs». Même si cette loi est restée «frileuse» elle a cependant permis que des débats aient lieu sur ces sujets sensibles. Mère porteuse Interdite en France, la question de la gestation pour autrui (GPA) n’a pas été discutée au parlement. Cependant les députés PS ont attiré l’attention sur le sort des enfants : «Le maintien de la prohibition en France ne doit pas avoir pour conséquence pour les enfants nés par GPA à l’étranger de souffrir d’instabilité juridique.» Au Sénat, des élus UMP et PS demandent, par un projet de loi, «de se préoccuper de toute urgence du sort de LA PUCE à L’OREILLE n Juillet 2011

ces enfants». L’intérêt de ces «enfants fantômes», c’est d’être reconnu, d’avoir un état civil complet. Recherche sur l’embryon Le sujet le plus sensible concerne la recherche sur l’embryon : le principe d’interdiction a été maintenu mais en élargissant les conditions de dérogations « pour des recherches susceptibles de permettre des progrès médicaux majeurs » et non plus seulement « pour des progrès thérapeutiques majeurs ». Les soignants et les chercheurs amenés à travailler sur les embryons humains et les cellules souches embryonnaires humaines, ont droit à une «clause de conscience.» Assistance médicale à la procréation (AMP) facilitée Pour pallier le manque de gamètes en France, les députés ont autorisé le don d’ovocytes pour les femmes n’ayant pas eu d’enfants. Le but est de « favoriser le don d’ovocytes » en France et d’obtenir des ovocytes de meilleure qualité. La technique de « vitrification» des ovocytes ou congélation ultra-rapide pourra dorénavant être utilisée. Technique bien plus efficace que la technique de congélation lente jusqu’alors autorisée. Les députés ont voté le maintien de l’anonymat du don de gamètes. Le recours à l’AMP est désormais possible pour les couples hétérosexuels liés par un Pacte civil de solidarité (Pacs), dès la conclusion de ce pacte, mais reste inaccessible aux homosexuels et aux célibataires. L’assemblée nationale a autorisé le transfert d’embryon post-mortem contre l’avis du gouvernement. Martine Aurillac a défendu son amendement en précisant que ce transfert d’embryon serait permis « après le décès du père dès lors qu’il avait donné son consentement et qu’un processus de transfert correspondant à un véritable projet parental d’assistance médicale à la procréation était donc entamé » la femme pourra décider de l’im-

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plantation ou non des embryons durant un premier délai de 6 mois suivi d’un second délai de 18 mois pour permettre plusieurs tentatives. Par contre l’insémination post mortem reste interdite. Le Dépistage prénatal (DPN) Initialement, l’article concernant les examens de dépistage prénatal stipulait que ces examens « sont proposés à toute femme enceinte au cours d’une consultation médicale. » Deux amendements de Jean Leonetti modifiant cet article ont été adoptés : Le premier précise que les examens seront proposés à la femme enceinte «si les conditions médicales le nécessitent. » Le DPN ne sera donc plus systématique. Le second propose de communiquer aux femmes, en cas de risque reconnu de maladie de l’enfant à naître, une « liste des associations spécialisées et agréées dans l’accompagnement des patients atteints de l’affection suspectée et de leur famille.» Certains organismes représentant des professionnels (gynécologues, obstétriciens, échographistes, etc.), ont critiqué cet amendement estimant qu’il va à l’encontre du droit à l’information du patient. Ils estiment qu’il s’agit « d’une lll


Législation

grave entrave au droit des patients alors soumis à la seule décision, aux seules convictions, du professionnel de santé de délivrer ou non une information.» Ils ont lancé un «appel national» pour s’opposer à cette modification de l’article.

une information loyale, claire et adaptée à sa situation sur la possibilité de recourir, à sa demande, à des examens de biologie médicale et d'imagerie permettant d'évaluer le risque que l'embryon ou le fœtus présente une affection susceptible de modifier le déroulement ou le suivi de sa grossesse. » L’Assemblée nationale a rejeté en deuxième lecture un amendement adopté par le Sénat contre l’avis du gouvernement, qui modifiait la réglementation des recherches sur l’embryon et les cellules souches embryonnaires en les soumettant à un régime d’autorisation réglementée. Les députés ont rétabli un régime d’interdiction pour ces recherches, avec possibilité de quelques dérogations. Ils ont également rejeté une disposition adoptée par le Sénat qui permettait aux femmes homosexuelles de recourir à l’assistance médicale à la procréation. Enfin, L’Assemblée nationale a adopté un amendement rejetant l’ouverture d’une possibilité d’accès à l’identité du donneur pour les personnes issues d’un don de gamètes prévue par le texte du projet de loi initial (le donneur, sans que ce soit une obligation, aurait pu révéler son identité, si les personnes issues de ce don en avaient fait la demande). Cette loi de bioéthique 2011 prévoit, comme les précédentes, une clause de révision dans un délai maximum de sept ans après son entrée en vigueur. n Françoise Michel

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Don d’organes L’Assemblée a adopté un amendement sur le don d’organes visant à « étendre les possibilités de dons d’organe au-delà du cercle familial, dès l’instant que les liens affectifs étroits et stables peuvent être démontrés entre un donneur et un receveur. » Auparavant le donneur ne pouvait être que le père ou la mère du receveur. En cas d’incompatibilité entre proches il pourra y avoir recours au don croisé d’organes : deux personnes candidates au don pour un proche mais incompatibles avec leur proche malade, s’échangent leur receveur respectif s’ils sont compatibles. Cette mesure augmentera ainsi les chances de compatibilité. L’anonymat entre les couples de donneurs-receveurs est de règle. Dernière minute Ce projet de loi avait été adopté en première lecture par l’Assemblée nationale le 15 février 2011, puis par le Sénat avec modifications le 8 avril 2011, et enfin en deuxième lecture par l’Assemblé nationale le 31 mai 2011, à nouveau avec modifications. Il a été définitivement adopté par le Sénat le 23 juin 2011. Quelles sont ces modifications et qu’en résulte-t-il ? La loi concernant le Diagnostic prénatal (DPN) est ainsi formulée «Toute femme enceinte reçoit, lors d'une consultation médicale,

Sources : lefigaro.fr (articles d’Anne Jouan des 27 janvier et 8 février 2011) - Le Quotidien du Médecin (articles de Renée Carton des 8 et 21 février 2011 ) - lexpress.fr – leparisien.fr – lepoint.fr - lepost.fr - Libération du 8 mars 2011 www.vie-publique.fr

Contraception des mineures : encore un effort ! LE DEFICIT D’ACCES A LA CONTRACEPTION DES MINEURES avait déjà été épinglé en 2009 dans un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS). Le rapport d’information de la députée Bérengère Poletti, présenté en mai, en remet une couche. Mené au nom de la délégation aux droits des femmes de l’Assemblée nationale, le rapport recommande notamment : « de garantir, en concertation avec la Caisse nationale d’assurance maladie, un accès anonyme et gratuit à la contraception pour toutes les mineures » ; « d’étudier les modalités d’un accès anonyme et gratuit pour les jeunes femmes de plus 18 ans » ; « d’engager, sans tarder, des négociations avec les laboratoires pharmaceutiques, afin de parvenir à un accord sur le remboursement des pilules de troisième génération, des timbres contraceptifs et des anneaux vaginaux» ; «prévoir, au début de chaque année scolaire, l’inscription obligatoire des séances annuelles d’éducation à la sexualité» ; «de lancer de nouvelles campagnes nationales d’information sur la contraception, déclinées aux plans national et local... » On ne peut que se réjouir de voir ainsi reprises des demandes

portées par le Planning familial depuis de nombreuses années, tout en rappelant qu’une loi existe depuis 2001 sur l’éducation à la sexualité et qu’elle n’est très souvent pas appliquée dans les faits. Le Planning a donc salué dans un communiqué la plupart des préconisations du rapport Poletti, tout en souhaitant « que les séances d’éducation à la sexualité et à la vie affective durant la scolarité obligatoire ne se réduisent pas à une approche biologiste de la reproduction et de ses risques mais intègrent une approche égalitaire entre les femmes et les hommes au sein de notre société qui prenne en compte les rôles et les assignations dans lesquels ils sont enfermés. Qu’au-delà de la scolarité, pendant la poursuite des études ou dans la vie active, des campagnes de sensibilisation aux questions de sexualité soient mises en œuvre régulièrement auprès de tous les jeunes, scolarisés ou non, pour favoriser la prévention des comportements sexistes et homophobes.» Dont acte. n Marion Danton Le rapport est consultable en nationale.fr/13/rap-info/i3444.asp

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Fin des Accouchement sous X ? Le Planning défend l’accouchement sous X comme un choix pour les femmes alors que le rapport d’une parlementaire propose de revenir sur ce droit à l’anonymat. LA COUR D’APPEL D’ANGERS a accordé fin janvier le droit de garde aux grands parents d’une enfant née sous X en juin 2009, et ce, contre l’avis de la mère. Est-ce la fin du droit au secret pour la mère qui accouche sous X, droit accordé par la loi de 1941? Une députée UMP du Tarn-et-Garonne, Brigitte Barrèges, propose dans un rapport parlementaire la levée de l’anonymat. Une brèche est ouverte dans laquelle s’engouffrent les défenseurs du droit à connaître ses origines. Le Mouvement Français pour le Planning Familial s’est prononcé depuis quelques années pour le maintien de ce droit et restera « vigilant».

Ce que propose Madame Barrèges Cette député UMP, rapporteur d’une mission parlementaire, fait tout d’abord remarquer que «nous sommes le seul pays au monde avec l’Italie a avoir maintenu ce principe de l’accouchement sous X totalement anonyme» et qu’il y a environ 600 à 700 accouchements sous X chaque année en France. Madame Barrèges, a remis au Premier ministre, le 19 janvier 2011, un rapport parlementaire dans lequel elle préconise «de continuer de permettre un accouchement discret, secret» mais «de recueillir systématiquement l’identité de la mère accouchant sous X et son dossier médical. Tout cela serait conservé en lieu sûr, dans les archives tenues par le Conseil national pour l’accès aux origines personnelles (Cnaop). L’enfant pourrait avoir accès à ce dossier à sa majorité s’il en fait la demande expresse.» Elle précise qu’elle ne prévoit pas «des retrouvailles obligatoires, la mère n’aura pas l’obligation de retrouver l’enfant.»

Rappel de la loi La loi sur l’accouchement sous X a été modifiée en 1993, en 1996 et en 2002. La loi de 1993 inscrit l’accouchement sous X dans le code civil, au préalable il n’était inscrit que dans le code de la santé publique. 1oi n° 93-22 du 8 janvier 1993 - Art .27. « Lors de l’accouchement, la mère Droits de l’enfant contre droits de peut demander que le secret de son la mère ? admission et de son identité soit préLes associations soutenant le droit servé (Art. 341-1 du Code Civil). Il n’y à connaître ses origines ainsi que a alors pas de lien de filiation entre les organismes d’adoption font la mère et l’enfant. » Ceci interdit pression pour une modification de toute recherche en maternité. la loi. Art. 348.3 du Code Civil loi du 05 A cela madame Barrèges répond juillet 1996 : « Si elle (la mère) n’est dans une interview donnée à TF1 : pas revenue sur sa décision dans un «On parle tout le temps d’une oppodélai de 2 mois l’enfant est adoptasition entre droits de la mère et ble. » En 1996, la loi Mattéi précise les Manifestation de personnes nées sous X qui deman- droits de l’enfant. Or, la mère est quand même protégée par le seconduites à tenir notamment : dent à connaître leurs origines. cret, et elle est accompagnée tout l’obligation faite aux professionnels d’informer les femmes qu’elles peuvent lever le secret de leur au long de son accouchement. Maintenant, la vérité d’un jour peut être différente 18 ans après. La mère peut avoir eu le temps identité à tout moment. l’obligation faite aux professionnels de constituer un dossier de se construire, d’être plus sereine pour affronter une réalité qu’elle avait préféré occulter à l’époque. Ce qui est certain, c’est d’éléments, à minima non identifiants, pour l’enfant. l’organisation par l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE) de l’accompa- que pour les enfants nés sous X, c’est un vrai drame de ne pas connaître qui ils sont, qui est leur mère, pourquoi ont-ils été gnement psychologique et social des femmes. La loi de 2002 sur l’accès aux origines a maintenu un droit à l’ano- abandonnés, etc.... Pour eux, ce vide est un handicap pour se nymat total pour les femmes. Cependant, la mère accouchant construire eux-mêmes une identité. On doit aussi entendre cela. sous X est invitée à consigner son identité dans une enveloppe (…) La Convention internationale des droits de l’enfant, qui est une convention supra nationale s’imposant à notre droit natioscellée remise au Conseil pour l’Accès aux origines. Si l’enfant, à partir de sa majorité, cherche un jour à rencontrer nal, dit qu’un enfant a le droit de connaître ses origines. C’est sur sa mère, celle-ci peut être contactée par l’organisme qui lui de- ce texte que les magistrats de la cour d’appel d’Angers se sont basés pour rendre leur arrêt». mandera de confirmer ou non son choix du secret. LA PUCE à L’OREILLE n Juillet 2011

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qu’il faut prendre en compte cette réalité sans faire de suprématie entre le droit de la mère et celui de l’enfant. Si certaines ont envie de laisser un bout de leur histoire d’autres ne veulent pas laisser de trace. Nous n’avons pas à juger. Geste d’amour On peut aussi considérer l’accouchement sous X sous un autre angle, comme un geste d’amour d’une femme consciente de son incapacité à élever son enfant, préfère le « donner » à une famille aimante par l’adoption. C’est la théorie défendue par le Docteur Bonnet dans son livre Geste d’amour - l’accouchement sous X. Enfin, on peut se poser la question de savoir pourquoi l’on reviendrait sur l’anonymat de l’accouchement sous X au moment où la nouvelle loi de bioéthique tient à maintenir l’anonymat du don de gamètes. Pourquoi vouloir culpabiliser les femmes ? Heureusement, il n’est pas sûr que cette décision de justice d’Angers fasse jurisprudence, la situation étant particulière. En effet, selon ce que relate L’Express, « la mère, bien qu’ayant souhaité accoucher sous X, avait convié ses parents à la maternité juste après la naissance de sa fille. Elle a donc par là même levé l’anonymat qu’elle souhaitait, ont estimé les juges.» n Françoise Michel Sources : Fiches du Planning Familial thème famille - lcp actualités politiques article du 25/01/2011 - europe 1.fr (article de Raphaële Schapira du 25 janvier 2011) - TF1 News interview d’Alexandra Guillet du 27 janvier 2011 - lefigaro.fr - L’Express (articles de Julie Saulnier du 26 janvier 2011 et de Vincent Olivier du 2 février 2011) - La Gazette de Montpellier du 24 février au 3 mars 2011.

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Le Chat par Geluck

Le Planning Familial inquiet Le Planning s’interroge également sur le pourquoi de cette remise en cause de l’anonymat pour les femmes qui accouchent sous X, au nom du droit à l’accès aux origines, dans le même temps où la loi de bioéthique refuse la levée de l’anonymat pour le don de gamètes. Dans un communiqué, le Planning familial s’est dit «extrêmement inquiet» et reste « vigilant » quant aux risques de levée de l’anonymat ; « Ce n’est pas une légère inflexion de la loi mais bien une remise en cause d’un droit fondamental des femmes et de la protection de l’enfant », a-t-il déclaré. Pour le Planning familial, on peut craindre une pression sur les femmes particulièrement vulnérables au moment de leur accouchement. Quelle marge de manœuvre auront-elles pour refuser? Cette incitation risquerait d’amener une augmentation des accouchements sauvages, certaines femmes préférant accoucher hors de l’institution pour éviter de donner leur nom. La société préférerait-elle mettre ces femmes hors du champ social plutôt que d’accepter cette réalité et de les accompagner en sécurité et dans le respect de leur volonté ? Préfère-t-elle les abandons sur la voie publique, voire les infanticides ? Chez certains de nos voisins l’accouchement sous X est interdit, mais en Allemagne par exemple, des «boîtes à bébé» ont été installées pour les déposer sans être vu. En Belgique, certaines femmes demandent à venir accoucher sous X en France. Acceptons qu’il existe une réalité, celle des femmes pour qui il sera toujours impossible de créer un lien avec l’enfant qu’elles ont mis au monde,

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l Le Mouvement français pour le planning familial (M.F.P.F) est un mouvement d’éducation populaire. Il lutte pour le droit à l’information et à l’éducation permanente et pour créer les conditions d’une sexualité vécue sans répression ni dépendance, dans le resLA PUCE à L’OREILLE est une revue éditée par l’association départementale du M.F.P.F de l’Hérault.

pect des différences, de la responsabilité et de la liberté des personnes. l Le M.F.P.F inscrit ses objectifs dans le combat

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