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HS n°3

Spécial documentaires


Édito

4 manny CALAvERA Rédacteur en chef

Notre traditionnel hors-série estival est dans les bacs, et plutôt que de faire un magazine sur les films de confinement (promis on en parle plus à partir de maintenant), on a préféré sortir des sentiers battus et de nous focaliser sur un genre finalement assez peu mis en avant dans les festivals et les vidéo-clubs (oui, on sait, ça n’existe plus, mais vous avez saisi l’idée !). Genre non mineur du cinéma, le documentaire n’en est pas moins quelque peu méconnu et délaissé, tant par le public que la profession, au profit des œuvres de fiction qui occupent le plus large champ du panorama audiovisuel. Pire, il est souvent confondu ou assimilé par les néophytes à son « cousin », le reportage, objet strictement journalistique répondant à des objectifs et des méthodes éminemment différents de ceux du documentaire qui demeure une œuvre d’art à part entière, bien qu’ils puissent partager certains aspects formels et avoir comme mission commune de traiter et « filmer le réel ». Pour autant, la proximité avec le cinéma est plus forte, en cela que l’intention d’un documentaire n’est pas nécessairement d’être juste et objectif dans son propos (contrairement à un reportage bien mené), mais de répondre à une intention aussi bien informative qu’artistique, avec tout ce que cela peut comprendre en terme de liberté de ton, de montage, d’écriture ou de mise en scène. Et, donc, de partialité. Les formes et les sujets varient tellement d’un documentaire à l’autre, qu’il peut s’avérer ardu de démêler non pas le vrai du faux, mais plutôt le neutre de l’arbitraire. Une problématique qui ne date pas d’hier, et qui questionne l’usage des supports et des témoignages ou encore de la place de l’éthique et de l’intégrité des auteurs au sein de leur œuvre, qu’elle fût audiovisuelle ou non. Mais ce sont là des réflexions qui trouvent un écho particulièrement fort aujourd’hui, à l’aune de la société de l’image et du flux ininterrompu d’informations dont nous sommes les témoins chaque jour. S’ajoutent à ces considérations celles portant sur le dispositif cinématographique en lui-même ; comment peut-il servir le sujet et servir celui qui se donne comme mission d’en parler ? Quelle part réserver à la création, la composition, au sein d’un projet qui entend donner à voir un reflet de la réalité passée, présente ou future ? Plus prosaïquement, quelle place doit prendre le cinéaste au sein de l’œuvre ? Doit-il en être le chef d’orchestre, organisant lui-même à l’image le progrès de sa

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trame narrative, ou bien plutôt s’en effacer pour laisser la scène aux intervenants, à l’instar des protagonistes d’un film de fiction ? Des questionnements multiples que nous ne faisons que survoler très succinctement, et qui sont autant de preuves de la richesse de ce genre trop souvent réduit aux rubriques de seconde zone, autant dans la presse spécialisée que dans les festivals les plus fameux du 7e art. L’appréciation du genre se complexifie davantage dès lors que le « documenteur » (ou «mockumentary» pour les anglophones) s’invite à la fête, brouillant encore plus les pistes quant au positionnement que prend le film par rapport à son interprétation du réel, qui devient alors volontairement déformé et romancé à des fins de divertissement ou de satire (quand ce n’est pas les deux). Une imposture assumée qui a même dépassé le genre du documentaire (en l’occurrence falsifié) pour emprunter les chemins de la comédie ou, plus fréquemment, du fantastique, par l’intermédiaire de l’esthétique du found footage notamment. Bien entendu, si la question de la réception et de la perception du réel se pose dans le cadre du documentaire, elle se pose d’autant plus dans le cadre du « documenteur », qui prend un malin plaisir à se jouer du réel avec plus ou moins de clarté pour le spectateur. C’est d’ailleurs le sujet de la chronique de ce hors-série, qui s’attelle à démêler le vrai du faux et d’exposer la portée amplificatrice que peut avoir le faux-documentaire pour les théories du complot qui n’en finissent plus de s’autoalimenter. Mais nous reviendrons vite à la source, celle du docu stricto sensu, avec les critiques de quelques œuvres triées sur le volet et qui portent autant sur le monde du sport et ses coulisses (The Last Dance, The Monday Night et Dark Side of the Ring), le drame social (The Wolfpack), l’affaire judiciaire et ses mécaniques les moins reluisantes (Making a Murderer) ou les faits de société qui, là aussi, sont d’une ardente et terrible actualité (I am not your negro). Un tour d’horizon du documentaire actuel et relativement récent, parachevé par un dossier sur le plus militant – et controversé – des documentaristes anglo-saxon, j’ai nommé le furieux Michael Moore. Un hors-série qui réveillera, nous l’espérons, votre goût pour un genre cinématographique encore trop peu estimé et pourtant si nécessaire, autant que peut l’être le cinéma de fiction, dans l’attente de notre retour à la saison prochaine !

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Sommaire

PRENEZ PLACE éditorial

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6 . I am not your negro . Vrais documenteurs et faux documentaires Un problème de réception du spectateur ? par Lilith

De Raoul Peck (2016) par Chloé Nabérac

. The Last Dance

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De Raoul Peck (2016) Par César Noguera Guijarro

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. The monday night war & Dark side of the Ring 15 De Raoul Peck (2016) Par The Watcher

. Michael Moore Par The Watcher

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. Making a murderer

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. The Wolfpack

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De Laura Ricciardi & Moira Demos (2015) Par Rillettes De Crystal Moselle (2016) Par Stella

Photo couverture : Lola Canales Photo de gauche : Flickr Chef rédacteur : Manny Calavera Maquettiste : Lola Canales Rédacteurs : César Noguera Guijarro, The Watcher, Lilith, Rillettes, Stella, Chloé Nabérac Correcteur : Rillettes Vecteur des fleurs : Freepik

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Critique

CRITIQuE

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© kanopy

i am Not your Negro De Raoul Peck (2016) « L'histoire des Noirs en Amérique, c'est l'histoire de l'Amérique. Et ce n'est pas une belle histoire » Au vu des derniers évènements qui se sont déroulés aux États-Unis et des manifestations qui en ont découlé un peu partout dans le Monde, il était impensable de ne pas mettre en lumière le documentaire I am not your negro de Raoul Peck. Sorti en France en 2017, j’en avais eu de vagues échos, et l’adaptation littéraire s’était retrouvée entre mes mains à une ou deux reprises alors que je piochais dans la bibliothèque d’un ami

par curiosité. Ce n’est qu’il y a peu de temps pourtant que je l’ai découvert sur Netflix, et triste hasard, deux semaines environ avant la mort de celui dont le nom s’écrit désormais sur des milliers de pancartes : George Floyd. Si ce documentaire avait été réalisé aujourd’hui, son visage aurait sans aucun doute pris place dans cette œuvre historique et politique. I am not your negro est un documentaire littéraire qui retranscrit

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en mots et en images un écrit inachevé, Remember this house de l’écrivain James Baldwin. Construit avec des archives, le documentaire se constitue aussi d’extraits cinématographiques qui mettent en lumière la relation qui s’invente entre l’Américain blanc et l’homme noir à travers la fiction, et surtout l’image qu’on veut donner des Noirs dans la société américaine. Mais c’est avant tout le regard que posait Baldwin sur les acteurs noirs et blancs et les rôles qu’on leur attribuait qui importe. Tout est analysé sous le prisme de l’écrivain. Sous sa plume se dressent les portraits désormais éternels de Martin Luther King, Malcolm X et moins connu des livres d’histoire, Medgar Evers. Baldwin ne prenait place ni au sein des Blacks Panthers, ni chez les Blacks Muslims, ni dans les églises chrétiennes. Il différait donc de ses camarades de lutte, et pourtant il s’alliait à eux en mettant des mots sur leurs combats, qu’ils eurent été plus incisifs comme ceux de Malcolm X ou dans un esprit plus pacifique comme ceux de Martin Luther King.

pensée de l’écrivain dans la version originale : une voix semblant venue d’outre-tombe comme pour faire revenir Baldwin d’entre les morts afin de rester fidèle à son projet qu’il n’eut pas le temps de finir. Et si le ton est monocorde, c’est parce que les images sont déjà criantes de vérité, de stupéfaction et de rage. Nul besoin de surenchérir. I am not your negro m’a fait découvrir Raoul Peck, son réalisateur, mais surtout James Baldwin donc, figure historique dans la lutte des droits civiques pour les Noirs. Pourtant il m’était inconnu jusqu’ici, de son nom à sa verve imparable. J’ai découvert alors un poète et conférencier, parlant avec un aplomb et une justesse sans faille, le regard soutenant toujours son interlocuteur. Baldwin voulait rendre hommage à ses trois amis, Raoul Peck a rendu hommage à Baldwin en prolongeant sa pensée. Quand on regarde I am not your negro, on perçoit fort heureusement qu’il y a eu une certaine évolution concernant les droits des Noirs aux USA et que les combats n’ont pas tous été vains. Mais on est aussi forcé de constater que les mots de Baldwin s’articulent malheureusement bien avec aujourd’hui, comme lorsque l’écrivain dénonçait le fait que trop de Noirs étaient tués, par la police pour la plupart, de manière injustifiable : à

En voix-off, c’est Joey Starr qui retransmet mot à mot les écrits de Baldwin, à la première personne. Mais cette fois le Jaguar ne rugit pas comme il peut le faire sur scène ; sa voix reste rauque mais calme, parfois médusée. Un timbre de voix à l’image de celui de Samuel Leroy Jackson, le célèbre acteur afro-américain qui porte la

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Baldwin a voulu confronter l’illusion et la lâcheté dans laquelle s’est barricadée une certaine Amérique blanche qui ne veut pas voir plus loin que le bout de sa précieuse clôture pavillonnaire. C’est comme si James Baldwin avait été narrateur omniscient d’un futur qu’il n’a pas connu. L’écrivain fustigeait déjà et remettait en cause les grandes institutions, coupables en première ligne du maintien de la ségrégation : la police, l’école, l’église, le lobby de l’immobilier (ghettoïsation). Il semblerait que ces institutions continuent en partie de laisser pourir la plaie de la ségrégation ou du moins qu’elles portent encore en elles de lourdes failles.

ce moment-là, ce n’est pas les portraits d’afro-américains de l’époque qui s’imbriquent à l’image, mais ceux des adolescents tués dans les années 2000. De même pour les mots cruellement ironiques que Joey Starr retransmet à la fin du documentaire : « Pour nier la réalité sociale, les gens finissent par vous dire « Mais que vous êtes amers ». Bon, il se peut que je le sois, ou pas. Mais si je l’étais, j’aurais de bonnes raisons. Parmi elles, en premier lieu, l’aveuglement ou la lâcheté des Américains, qui veut nous faire croire qu’il n’y a dans cette vie, aucune raison d’être amer ». Sur ces mots, Raoul Peck additionne des images d’archives de lynchages de policiers sur des manifestants noirs, des années 90 et d’aujourd’hui.

À l’échelle individuelle, comme à l’échelle collective, le passé ne peut être révolu s’il interfère sans cesse dans le présent. Et c’est ce qu’il se passe aujourd’hui aux États-Unis, pays qui a perdu au fil des années ses grandes figures révolutionnaires et défenseuses des droits humains. Aujourd’hui, - et je dirais plus largement, à l’échelle mondiale -, il ne reste plus que des tweets, des hashtags et des débats sans fin et souvent sans fond sur des plateaux télévisés. Il persiste cependant la voix du peuple, lorsque celle-ci est entendue, pour demander justice quand des impunités commises rappellent des sombres heures de l’Histoire.

Baldwin savait tirer un triste portrait des USA de façon poétique et ses mots auraient sans doute été les mêmes pour le présent, forçant le pays à voir une image peu glorieuse dans son propre miroir : « Un coup d’œil sur les États-Unis aujourd’hui suffirait à faire pleurer anges et prophètes. Ce n’est pas le pays des hommes libres, et ce n’est qu’à contre-cœur et rarement, la nation des hommes braves ». En entendant ces mots, on oublie presque que c’est Baldwin qui a écrit cela, que le narrateur s’en est emparé pour parler d’aujourd’hui et notamment des tueries qui se perpétuent dans des lycées, entre autres, aux USA. Raoul Peck a mis en évidence comment

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- Chloé Naberac -

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Chronique

CHRonique m

© Imdb

Vrais documenteurs et faux documentaires un problème de réception du spectateur Comme tout genre de films, un documentaire possède un format qui a ses codes particuliers. Le documentaire est censé nous informer de manière sérieuse et approfondie sur des sujets très variés (même des sujets auxquels on n’aurait jamais pensé, genre : la fabrication du cassoulet en conserve, à Carcassonne). Mais quand ces mêmes codes sont repris par des faux documentaires, aussi appelés « documenteurs » (ou bien en version anglaise « mockumentaries » ou « pseudo-documentaries ») ça pose un

problème (pas forcément voulu à la base) : celui de la réception qu’en fera le public. Attention, il ne faut pas confondre avec les docufictions, qui sont des documentaires contenant des éléments de narration propres à la fiction mais qui n’ont aucune visée satirique. Parfois les faux documentaires peuvent être créés à partir de théories du complot déjà existantes, pour justement dénoncer le fait qu’elles soient des théories

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improbables. Mais le problème réside dans le fait que, bien souvent, ça ne fait qu’amener de l’eau au moulin des théoriciens du complot, car certaines personnes pensent voir un réel documentaire et donc détenir des arguments sérieux pour appuyer leurs théories. Opération Lune (William Karel, 2002), par exemple, est un faux documentaire qui rassemble des interviews réelles, d’autres détournées de leur sens et d’autres encore qui sont truquées pour montrer que le gouvernement américain aurait fabriqué dans un studio de cinéma les images des premiers pas de l’Homme sur la Lune. Mais bien que le film soit présenté par son réalisateur comme étant un faux documentaire, il laisse grandement sous-entendre que nous pouvons être manipulés par les images. Et donc, dans ce cas, pourquoi les premiers pas de l’Homme sur la Lune seraient vrais ?

cause de ses fantasmes portant sur les six alunissages du programme Apollo (entre 1969 et 1972) qui auraient été, selon lui, des canulars.

C’est ainsi que certains spectateurs se sont appuyés sur ce film pour soutenir l’idée d’un complot, en reprenant de manière sérieuse les arguments du documenteur. D’autres pensent que c’est ce film qui est à l’origine de ce discours complotiste. Cependant, c’est une rumeur qui courrait déjà depuis les années 70 ; Bill Kaising a été parmi les premiers à lancer cette fameuse théorie. Cet écrivain américain est d’ailleurs principalement connu à

Première hypothèse : le genre d’un film peut créer des attentes chez un spectateur. Selon les codes transmis par le film, le spectateur se fera une idée globale du genre auquel il peut le rattacher et ainsi en découle un ensemble de préjugés qui peuvent fausser son interprétation du média. Si tout ce qui se déroule devant les yeux du spectateur est rattachable à un documentaire, alors il appliquera les étiquettes que l’on rattache

Bien souvent, les faux documentaires sont là pour dénoncer des faits de société, un autre exemple de film qui a joué ce rôle là est La Boucherie éthique du collectif “Les parasites” qui parle de maltraitance animale (vous pouvez retrouver ce docu sur Youtube). Personnellement, la première fois où j’ai découvert ce faux docu je me suis demandé si c’était “du lard ou du cochon”, puis j’ai vite saisi son aspect satirique. Mais si, par exemple, l’on en prenait seulement des extraits et qu’on les sortait de leur contexte, il y a fort à parier qu’ils pourraient être très mal interprétés. On peut se demander pourquoi précisément des documentaires qui ne sont pas sérieux peuvent être pris au sérieux ?

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© Imdb


généralement à un documentaire : un court, moyen ou long métrage à caractère informatif, présentant des recherches documentées authentiques. Autre hypothèse, qui peut expliquer en partie ces quiproquos : le fait que le genre du faux documentaire est finalement assez peu connu par le grand public. Il existe d’ailleurs un festival qui met en avant ce genre là pour justement créer « un lieu de réflexion sur l’impact des images et leurs manipulations » (le Festival On Vous Ment !).

prouver son innocence. Cependant il sera quand même condamné pour cruauté envers les animaux (pas bien Ruggiero !). Pour ajouter à la confusion, les vrais documentaires utilisent parfois des informations “approximatives” pour faire du sensationnalisme (et donc un maximum de vues) et les faux documentaires s’inspirent de faits réels pour tromper jusqu’au bout les spectateurs. En parlant des faux documentaires dans son livre Un siècle de documentaires français, l’écrivain et critique de cinéma Guy Gauthier nous dit que dans le septième art “un faux western reste un western, un faux mélodrame reste un mélodrame [...] mais “Un faux documentaire n’est plus un documentaire, c’est une tromperie, à la rigueur un pastiche […] Le faux documentaire est un genre… romanesque. Respectable, mais dangereux. »

Mais il peut aussi arriver l’inverse, c’est-à-dire qu’une oeuvre purement fictive soit assimilée par les non initiés à un documentaire. Et parfois, ça peut aller loin. Ce fut le cas pour le longmétrage Cannibal Holocaust (Ruggiero Deodato, 1980) qui est un film de fiction dont une partie est tournée à la manière d’un documentaire. Il a été pris à tort pour un snuff movie (c’està-dire un genre de film d’horreur dans lequel on peut voir des suicides, des meurtres, des viols réels qui sont mis en scène). Le réalisateur a même eu des ennuis avec la justice. En effet, il a été arrêté pour délit d’obscénité et accusé d’avoir filmé un snuff movie, en raison de rumeurs concernant les supposés meurtres des acteurs devant la caméra pour les besoins du tournage. Une rumeur vite démentie puisque le réalisateur s’est filmé en direct avec ses acteurs bien vivants pour

Le seul et unique travail à faire désormais c’est celui que font depuis longtemps certains journalistes, chercher la vérité et éduquer les gens à s’informer sur ce qu’ils lisent et ce qu’ils regardent pour ne pas tomber dans le piège grossier des hoax et autres fausses informations.

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- Lilith -


Critique

CRITIQuE

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© Netflix

The Delast Dance Raoul Peck (2016) une finale à 10 matchs Elle est arrivée de nulle part pour nous sauver de l’ennui, pour nous distraire pendant les moments les plus durs du long confinement que nous avons vécu en France, et que certains vivent encore dans le monde. Comme un jeune rookie inattendu mais talentueux, elle est apparue sans faire beaucoup de bruit et nous a surpris avec des heures de spectacle et d’adrénaline. Elle s’appelle The Last Dance, nommée ainsi d’après

le plan de jeu créé par le coach Phil Jackson, pour sa dernière saison avec les Chicago Bulls. Elle est disponible sur Netflix depuis le 20 avril. Mais au lieu de mettre à disposition tous les épisodes d’un seul coup pour pouvoir les binge-watcher, le leader du streaming a exécuté une stratégie vue rarement sur la plate forme : il a joué avec notre patience en

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diffusant deux épisodes par semaine, tous les lundis, suivant la diffusion exclusive sur la chaine ESPN. Comme s’il nous fallait plus d’angoisse !

triste quand même de constater que ces points de vue externes restent justement ça, des morceaux, voire même des miettes. Un documentaire soi-disant sur l’équipe entière des Chicago Bulls est plutôt traité comme un documentaire sur le Black Cat et son entourage. Mais bon, nous nous contentons des petits aperçus balancés sur la vie de Scottie Pippen, Dennis Rodman ou Phil Jackson et on va de l’avant. Après tout, MJ à lui seul est assez fantastique pour nous tenir sur le bord du siège... pardon, du canap’.

Bref ! Il a fallu tenir bon. Et après le premier épisode, The Last Dance est devenu pour moi le fait le plus marquant de la semaine (avec mon chouchou de la télé française : Top Chef). Pendant 10 semaines j’ai regardé un épisode chaque dimanche soir, et je comblais ainsi le vide de foot et de basket que le maudit Coronavirus m’avait laissé. Et honnêtement, j’ai aimé chaque instant. L’attente semaine après semaine, les faits historiques que je ne connaissais pas, la nostalgie qui m’a poussé à revoir Space Jam (Joe Pytka, 1996), la tension à chaque moment décisif, l’expectative après la fin de chaque épisode...

Un des sujets les plus intéressants et qui est abordé à plusieurs reprises est celui de la compétitivité hors pair de Jordan. Présentée comme une bénédiction et aussi une malédiction, car beaucoup de ses coéquipiers admettent avoir été maltraités par le 6 fois champion de la NBA. Certains l’en remercient car cela les a propulsé vers la victoire. D’autres lui reprochent parce que c’était too much. Les journalistes, les coachs, la famille et lui-même sont d’accord : Michael Jordan était un leader qui poussait les autres à l’extrême de leurs capacités pour faire sortir le meilleur d’eux-mêmes, au détriment (parfois) de l’équilibre mental de ses coéquipiers et de la cohésion de l’équipe. Le dilemme est toujours dans ma tête depuis le frappant Whiplash (Damien Chazelle, 2014),

Et comment ne pas aimer une biographie sur la vie du meilleur joueur de basket-ball de l’histoire, voire un des plus grands sportifs dans le monde ? La vie de Michael Jordan est aussi spectaculaire que chacune de ses prestations sur le parquet. Des accomplissements sportifs à couper le souffle, des scandales dans les médias, une personnalité extravertie et captivante, un quotidien de véritable rock star, etc. Et si on rajoute des morceaux sur la vie de ses coéquipiers, ses coachs et sa famille, nous avons un portrait encore plus vaste de lui et de l’équipe toute entière. C’est

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où Fletcher, le désormais iconique professeur icarné par J.K. Simmons, exploite ses élèves de conservatoire jusqu’à les faire saigner des mains. Et je me demande si ce type de leader est quelqu’un à glorifier ou à pénaliser ? C’est un débat que je mènerai peutêtre pour une prochaine occasion.

intéressant pendant toute la série. Certes, une production de ESPN et de la NBA elle-même ne pouvait pas être 100% rigoureuse et critique. Mais elle a le recul suffisant pour réussir à nous montrer avec objectivité beaucoup de péripéties traversées par les joueurs. De la relation conflictuelle entre Jerry Krause (Manager Général) et l’équipe, à la rocambolesque vie privée de Rodman, en passant par les difficultés entre Pippen et l’organisation et l’assassinat du père de Jordan et de Steve Kerr. On en sort comme si nous avions fait partie de la team, comme si nous avions mouillé le maillot aux entraînements pour réussir enfin la stratégie d’attaque en triangle du coach Jackson. À la fin de cette dernière danse, nous sommes des spectateurs, mais aussi des basketteurs.

Il faut dire que cette mini série de 10 épisodes a un montage particulier. Bien que centrée sur la saison 97-98, celle de la sixième victoire du championnat de MJ et des Chicago Bulls, elle se balade aussi dans l’histoire et dans la vie des personnages avec un va-etvient constant qui rend l’ensemble confus par moments. Une technique discutable, mais peut-être la meilleure façon avec laquelle le réalisateur Jason Hehir a pu nous donner du contexte, sans nous ennuyer, et tenir un rythme

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- César Noguera Guijarro -

© Netflix


Chronique

CHRonique I © Imdb

© Imdb

THE MONDAY NIGHT WAR et DARK SIDE OF THE RING Des séries qui vous envoient par dessus la 3e corde ! Deux séries documentaires sur les coulisses du plus explosif des divertissements sportifs montre que derrière les cascades et les personnages cartoonesques se trouvent des hommes et femmes et BEAUCOUP de travail.

tribalisme. Et comme toute tribu, le catch possède ses contes et légendes. The Dark Side of the Ring de Evan Husney et Jason Eisener est une série documentaire produit par Vice Studio Canada qui se charge de révéler les secrets des plus sombres de ces légendes. Alternant image d’archive avec un filtre VHS/tube cathodique, interview face caméra et reconstitution stylisée accompagnée de voix off célèbre dans le milieu (Dutch Mantel, Chris Jericho et Mike

Le catch, ou lutte professionnelle (professional wrestling) est un divertissement sportif extrêmement codifié, ayant un culte du secret inné et un fonctionnement proche du

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“Mankind” Foley) durant une heure, Dark Side obtient pour la première fois des témoignages de première main sur les drames de cette industrie (l’une des règles sacrées des vestiaires est que l’on ne parle pas aux gens de l’extérieur afin de préserver le «Kayfabe», le récit fictionnel des combats). Les 6 premiers épisodes sont à prendre comme une déclaration d’intention illustrant la sincérité de la démarche des créateurs qui ne se moquent pas ou ne jugent pas ce qui se passe dans l’envers du décor. Cette démarche alliée à l’énorme succès de la première saison pour la chaîne (programme le mieux noté et le plus vu de son histoire) permit à la deuxième saison de s’attaquer à des drames plus récents et choquants comme les circonstances de la mort de Chris Benoit ou celle d’Owen Hart sur lesquelles

une omerta était pratiquée par les catcheurs. Extrêmement poignant même pour des néophytes, Dark Side of the Ring brise le glamour dont se pare habituellement le divertissement sportif. Les caractères pittoresques de certains des intervenants (Jim Cornette en tête) parviennent à nous faire rire (jaune) et évitent à la série d’être juste plombante. Elle parvient même parfois à redonner espoir dans ses conclusions comme les retrouvailles du fils Benoit et de sa tante, séparés par le drame depuis 13 ans ou l’apaisement du dernier des Von Erich. De l’autre côté du ring/Dark Side of the ring est disponible en replay sur ViceTV via MyCanal ou sur le bouquet Canal de la box Orange © Vice Stdios Canada

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© CNN

La World Wrestling Entertainment, anciennement World Wrestling Federation de Vincent Kennedy McMahon est actuellement la seule compagnie d’envergure mondiale et domine le monde du catch. Cette hégémonie s’est construite sur 30 ans avec en point d’orgue une rivalité acrimonieuse dans la deuxième moitié des années 1990 entre McMahon et le milliardaire des medias Ted Turner (créateur de CNN et possédant le plus large réseau de diffusion télévisée sur le territoire américain de l’époque). Deux fédérations (la WWF et la World Championship Wrestling) deux émissions phares (Monday Night Raw vs WCW Nitro), deux énormes rosters de superstars et une guerre de l’audience que les deux hommes voulaient totale. La Monday Night War (la guerre des lundis soirs, horaire de diffusions des shows de catch) est un des évènements les plus extraordinaires de l’histoire de la télévision américaine. La série documentaire du même nom est une production interne à la WWE pour son

réseau de streaming le WWE Network qui, malgré une tendance connue de l’entreprise à l’autocongratulation, permet de revivre cette période bouillante de l’histoire du catch qui vit apparaître les plus populaires champions de son histoire (The Rock, “Stone Cold” Steve Austin, la D-Generation X ou Sting, Goldberg et la New World Order). Trahison, diffamation, sexe et provocation constituent l’ensemble des manœuvres politiques de la guerre. De nombreux extraits d’émissions et de témoignages de ceux qui l’ont vécu de l’intérieur comme de ceux qui en étaient spectateurs (et qui deviendront par la suite catcheurs) font tout l’intérêt des 20 épisodes divisés par thématique (un découpage qui la rend à la longue répétitive) de la série qui permet de mieux comprendre le business et les hommes qui le compose. Monday Night War fait partie des programmes accessible gratuitement sur le WWE Network (VO uniquement)

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- The Watcher -


Critique

CRITIQuE K © Netflix

Making a Murderer De Laura Ricciardi & Moira Demos (2015) les procès de la Honte en 20 épisodes. Un des sentiments parmi les plus difficiles à supporter est le sentiment d’injustice. Cette frustration cuisante qu’on ressent dans tout le corps, qui nous électrise. Qui soulève les peuples. Qui pousse à la révolte, au renversement de nations entières. Making a murderer est une ode à l’injustice, mettant à nu un système judiciaire aussi bancal que corrompu.

Série documentaire produite par Netflix et diffusée en 2015, Making a murderer raconte avant tout le destin d’un homme : Steven Avery. En 1985, Avery est déclaré coupable d’un viol et doit purger 32 ans de prison, malgré l’absence totale de preuves et d’aveux de sa part. Mensonges, machinations, falsifications : tout est mis en œuvre pour l’inculper

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de ce crime. 18 ans plus tard, une preuve ADN est finalement exploitée et disculpe totalement Avery qui est libéré. L’affaire fait grand bruit dans les médias, Steven devient une icône de la lutte contre l’erreur judiciaire et réclame 36 millions de dollars de dommages et intérêts. Mais en 2005 soit deux ans après sa libération, l’homme est de nouveau accusé du viol et du meurtre de Teresa Halbach, une photographe avec qui il travaillait occasionnellement. Et cette fois-ci, son neveu Brendan Dassey âgé de 16 ans est embarqué dans le même bateau. Retour à la case départ.

de procureurs antipathiques à la solde d’une entité surpuissante. La seconde saison a été tournée après la diffusion de la première, avec toutes les retombées médiatiques auxquelles on peut s’attendre. Les Avery ont ainsi pu profiter de leur nouvelle célébrité pour engager une avocate redoutable, Kathleen Zellner, spécialisée dans la défense des personnes condamnées à tort. Mais l’affaire revenant sous les projecteurs, l’enjeu est d’autant plus élevé pour la justice américaine qui refuse catégoriquement de perdre la face pour la seconde fois.

Dans le coin gauche, la famille Avery vivant dans le comté de Manitowoc, Wisconsin. Parfaits représentants d’une Amérique rurale, pauvre et non éduquée, les Avery vont avoir fort à faire avec leur adversaire qu’ils rencontrent pour la deuxième fois. Dans le coin droit, le système judiciaire américain, financé à hauteur de 30 milliards de dollars par an. À première vue, le combat semble inégal. Et il l’est.

Documentaire extrêmement partial, Making a murderer semble relever de la fiction tant les situations sont ubuesques : la famille Avery vit dans une autre dimension où le temps est distordu, chaque décision de justice ou contestation entraînant des mois de délai, chaque papier passant par des centaines de mains. Baladées de magistrat en magistrat, les deux affaires divisent l’opinion publique et les médias qui s’arrachent chaque bribe de progression des enquêtes. Et au milieu des deux camps, la famille de la victime qui revit le calvaire et qui ne souhaite qu’une chose : que justice soit rendue pour Teresa Halbach, ce qui implique pour eux de faire tomber des têtes...

La première saison de Making a murderer donne le ton : on suit le quotidien des Avery et de leurs avocats qui font des pieds et des mains pour faire réexaminer les preuves, entendre des témoignages. Ils gardent espoir face à une légion

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n’est pas prévue. Steven Avery et Brendan Dassey sont-ils en liberté ? Les plus curieux d’entre vous pourront le découvrir à travers les vingt épisodes de ce superbe documentaire disponible sur Netflix. Et les plus impatients n’auront qu’à ouvrir leur moteur de recherche favori.

Sensationnaliste, viscéral, engagé : le docu fait vibrer la corde sensible et on peut lui reprocher cet aspect un peu putassier qui ne laisse que peu de place à la réflexion, en offrant une vision très manichéenne de la société états-unienne. Mais on laisse filer lorsqu’on réalise le travail absolument colossal abattu par les équipes de Laura Ricciardi et Moira Demos. Épisode après épisode, le spectateur trouve sa place dans la famille Avery et apprend à les comprendre, à avoir de l’empathie pour ses membres.

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- Rillettes -

À l’heure où j’écris ces lignes, une troisième saison de ce documentaire

© Netflix

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Critique

Critique 7 © Imdb

© Luminor Films Distribution

The Wolfpack De Crystal Moselle ( 2016) vivre à travers le cinéma J’ai découvert The Wolfpack en parcourant un top des films du festival de Sundance, tremplin majeur du cinéma indépendant américain qui a propulsé des pépites comme Before Sunrise, Little Miss Sunshine, Whiplash ou Get Out. Si un film a fait Sundance, il part avec de bonnes chances pour me plaire. C’est ainsi que je tombe sur The Wolfpack (littéralement, «la meute de loups»), récompensé par le Grand Prix du Jury Documentaire lors

de l’édition 2015. On peut dire que c’est un film de circonstance, puisqu’il parle de confinement. En 2015, pas de crise sanitaire, mais une famille nombreuse qui vit recluse dans un petit appartement de New York. Le père, sorte de gourou paranoïaque, ne laisse ses enfants sortir que quelques fois par an, de peur qu’ils ne s’exposent aux «dangers» de l’extérieur. Le film

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raconte le quotidien de cette meute d’ados captifs, six garçons et une petite fille, et leur chemin vers la liberté. Je n’ai pas tellement envie de vous parler de confinement (on a eu notre dose) mais plutôt de cinéma. Comme seule fenêtre sur le monde, les ados ont une collection de DVD. Ils occupent leur temps à les regarder, à retranscrire minutieusement les dialogues à la main, et se filmer en train de rejouer des scènes, en costumes fabriqués avec de la récup. Parce qu’il raconte comment le cinéma est pour eux une manière d’exister, The Wolfpack développe une dimension méta assez fascinante.

C’est un documentaire déroutant, parce qu’il est impossible de complètement démêler le vrai du faux. La bande-annonce est trompeuse : le film semble raconter la fugue d’un des enfants. Or, au cours du visionnage, on apprend que la fugue a déjà eu lieu. En fait, les ados sont déjà partiellement sortis de leur captivité, ce qui explique d’ailleurs que le film ait pu voir le jour et que Crystal Moselle ait pu filmer la famille de l’intérieur. C’est d’ailleurs au cours d’une de leurs premières sorties dans les rues de New York que les frères rencontrent la réalisatrice, alors étudiante en cinéma. Mais le documentaire n’est pas factice pour

© Luminor Films Distribution

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autant. Il raconte l’expérience de la captivité rétrospectivement, en mêlant les subjectivités (celle des garçons surtout, la petite fille n’apparaît que rarement), à travers des vidéos de famille, des témoignages (de la mère notamment, qui a une position ambigüe), des films amateurs ou des reconstitutions. À partir de toutes ces sources disparates, la réalisatrice reconstruit leur indépendance progressive. Peut-être la seule manière de raconter cette expérience si singulière, sur laquelle les jeunes peinent à mettre des mots.

problématique. Par exemple, on ne sait pas toujours si les reconstitutions de films sont réalisés par les frères ou par Moselle. Néanmoins, au cours du film, ces rapports d’autorité évoluent : tout comme ils prennent leur indépendance du père, ils semblent prendre en main le film, passant d’objets à sujets du regard. Moselle finit par leurs céder une place d’auteurs à la fin du film, et ils sont même cités dans les crédits en tant qu’artistes. L’aventure The Wolfpack a sans doute beaucoup compté dans leur changement de vie, puisqu’elle a permis aux frères et à leur mère de faire la tournée de festivals internationaux. Deux d’entre eux travaillent maintenant dans le cinéma, et deux autres dans la musique.

En brouillant la frontière entre réel et fiction, The Wolfpack questionne son dispositif. Dans une séquence centrée sur The Dark Knight, plusieurs niveaux de réalité se succèdent : une interview d’un des frères en costume de Batman, un plan de celui-ci en train de regarder le film original, une reconstitution amateur du film par les frères (au passage, l’interprétation est bluffante) provenant d’une cassette familiale, et enfin une autre reconstitution plus récente, cette fois-ci filmée par Moselle. Où se placer dans le spectre du réel et de la fiction, et à qui attribuer la subjectivité de ces images? Car les frères ne sont pas simplement des voix entendues au cours du film, ce sont aussi des auteurs, qui par moments orientent et même réalisent des séquences. Leur degré de contrôle sur le film est parfois incertain, ce qui est

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- Stella -


LGDC

MICHAEL Moore © IMDB

Par the Watcher 24


Fils d’un ouvrier de l’industrie automobile et d’une secrétaire, neveu de leader syndicaliste, Michael Moore est le pur produit de ce qu’on appelle les cols bleus, un enfant de l’Amérique désindustrialisée. Une Amérique des petits qu’il n’aura de cesse de montrer au plus grand nombre, étalant la misère produite par le capitalisme et le libéralisme des USA dès son premier film, Roger & Moi en 1989. Montage décalé avec image ou son d’archive d’une Amérique triomphante se superposant à sa ville natale Flint délabrée, aux 40% de logements inhabités par une vague d’’expropriation, tentative d’infiltration dans les sièges de Général Motors armé de sa caméra, voix off omniprésente, musique pop sur des clips d’actualité… son film annonce tout le storytelling du journalisme d’investigation télévisé dont la dernière itération réussie est Cash Investigations d’Elise Lucet.

Avertissement : L’écran est un fanzine apolitique. Les propos et opinions exprimés dans l’article qui suit n’engage que son auteur et ne représentent en rien une ligne politique militante de l’association. Michael Moore est une personnalité clivante. Un homme engagé, au culot monstre qui s’est imposé dans le milieu cinématographique comme politique par la force de ses convictions. Si ses détracteurs, aux biais politiques aussi évident que ceux de l’objet de leurs ires (comme le lobbyiste d’extrême droite Steve Bannon ou l’essayiste néo-conservateur pro-Bush proTrump Guy Millière), concentrent leurs critiques sur la déformation de propos, d’images, c’est qu’ils rejettent en bloc ce qui fait de Michael Moore un grand homme de cinéma. Ironique, quand on voit une frange importante de journalistes l’attaquer sur les même points pour ne justement le réduire qu’à sa qualité de cinéaste. Il est pourtant indéniable quand on se penche sur sa carrière et son oeuvre que c’est avant tout un visionnaire qui a su pointer du doigt avant les autres avec des méthodes modernes qui sont aujourd’hui devenues communes des problèmes qui sont plus que prégnants aujourd’hui.

Après le succès de ce film et un détour par la fiction satirique avec Canadian Bacon en 1995, Moore produit et réalise une série documentaire, The AwfulTruth en 1999 : les intérêts américains au Moyen Orient, les fous d’armes à feu, les problèmes de sécurité sociale, le voisin canadien…

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la base de ses recherches et sujets d’études se retrouve dans les deux saisons de ce portrait au vitriol de l’Amérique post guerre froide.

s’auto-référencer que ce soit avec l’évolution de la situation de Flint dans Capitalism en usant d’extraits de Roger & Moi ou Fahrenheit 11/9 (9/11 en 2004 est une référence aux attentats du World Trade Center du 11 septembre 2001, 11/9 est la date d’élection de Donald Trump le 9 novembre 2016). Le Temps persiste à donner raison à Moore tout en renforçant la haine qu’il inspire à ses opposants.

Lorsqu’il reçoit le prix du 55e anniversaire du festival de Cannes pour Bowling for Columbine en 2002, il déclare qu’avant tout, il est un cinéaste et que les documentaires ne doivent pas être des cours académiques, que le public doit avoir envie de manger son popcorn devant et s’amuser tout en s’interrogeant.

Sa dernière production (le film est réalisé par un de ses plus anciens collaborateurs) Planet of Humans sorti directement sur Youtube pendant le confinement s’attaque au greenwashing des énergies renouvelables. Des figures de l’écologie le vouent déjà aux gémonies l’accusant d’avoir rejoint les idées des suprémacistes blancs et de l’extrême droite américaine. Vilipendé à gauche, haï à droite, la marque d’un homme sans concession partisane ?

Un credo dont il poursuit l’application avec son film suivant, son plus gros succès, Fahrenheit 9/11 récompensé par une palme d’or à Cannes en 2004. Brûlot virulent contre Georges W. Bush et le système politique qui lui permit d’arriver au pouvoir, le film est d’une troublante actualité face à l’Amérique trumpiste. Il en est de même avec Sicko en 2007, Capitalism a love story en 2009 et Where to invade Next en 2015. Les tueries de masse, l’assurance maladie, les magouilles politiques menant l’auto-proclamée “plus grande démocratie du Monde” à se transformer en ploutocratie… les mêmes maux, empirés, sont toujours dénoncés dans un spectacle grand-guignolesque qui le pousse à

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- The Watcher -


- Top 5 Du Rédac -

1 - Bowling for Columbine (2002) 2 - Capitalism: A love story (2009) 3 - Farenheit 9/11 (2004) 4 - Sicko (2007) 5 - Farenheit 11/9 (2018) © Image : Allociné

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