Magazine L'Écran - Mythologie(s)

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Édito

The wATCHER Rédacteur en chef

Mythe du latin mythus, du grec muthos pour “récit, fable” est un mot un peu galvaudé en ces temps d’hyper fanatisme culturel où toute oeuvre réunit rapidement une communauté. L’aspect collectif étant l’élément déformateur par excellence, les forums antiques ont laissé place aux forums numérique, aux Discord et autres «neurchis» où l’on s’écharpe autant que l’on s’enjaille. Les mythes ne survivent que lorsqu’ils sont collectifs, appropriés pour être autant sacralisés que déformés. Il est par conséquent assez logique que le cinéma et les jeux vidéo, plaisirs individuels à partager à plusieurs, s’en soient emparés avant de finalement forger leurs propres mythes. Quitte parfois à les galvauder. Ainsi du Panthéon grecs et romains en passant par les protagonistes de la Bible sans oublier l’Egypte antique : ils fournirent la matière première de très nombreuses oeuvres - dont la qualité va du brillant à l’incident industriel - qui vont ensuite laisser place à des éléments de pop culture ou de l’histoire contemporaine : la conquête spatiale, des faits divers irrésolus, l’expansion coloniale américaine… Tant de domaines possibles qui nécessiteraient bien trop de pages pour notre humble publication qui se contentera d’apporter sa petite pierre à l’édifice avec ce nouveau numéro du toujours debout, toujours vivant L’Écran, tantantan !

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éditorial

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. Rétro :

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Zodiac: déconstruction d’un mythe contemporain Par Estelle

. Rétro :

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LA le rencontre ring

. L’Egypte au cinéma : pourquoi ça ne marche pas ? Par Dolores

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. Mythe et Nature : les quatre enfers Par Sara S. Jean

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. Le mythe de la frontière à l’écran : vers l’infini et au delà Par Doc Aeryn

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. Ray Harryhausen Par The Watcher

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Les pépites

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Yeelen - La Lumière Une rencontre avec le septième art Par Lilith

Sommaire

PRENEZ PLACE

. Jésus contre Hercule Par The Watcher

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Photo couverture : Canva & création Dolores Chef rédacteur : The Watcher Maquettiste : Lola «Dolores» Canales Rédacteurs : The Watcher, Doc Aeryn, Estelle, Lilith, Dolores, Sara S.Jean Correcteur : Rillettes

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ZØD

© D.R / Allociné

CRITIQuE rétrO


abcdefghijklmnopqrstuvwxyzaabcdefghijklmnopqrstuvwxyz abcdefghijklmnopqrstuvwxyz abcdefghijDÉCONSTRUCTION k l m n o p D’UN q rMYTHE s t CONTEMPORAIN uvwxyz abcdefghijklmnopqrstuvwxyz abcdefghijklmnopqrstuvwxyz abcdefghijklmnopqrs-

DIAC

DAVID FINCHER - 2007

On parle souvent de l’obsession de David lui attribue 5 meurtres, et potentiellement Fincher pour les tueurs en série. Pourtant, des dizaines d’autres, mais la police n’est on ne les voit que très peu dans ses films. jamais parvenue à ce jour à mettre un Il semble davantage intéressé par l’univers nom sur sa personne. Pour Fincher, peu qui gravite autour d’eux : enquêteurs importe, au fond, de résoudre l’énigme qui rament, reportages TV, bureaux de : il préfère jouer avec cette affaire ratée rédaction, messages cryptés à déchiffrer, pour nous raconter la construction interrogatoires, coordinations entre d’un véritable mythe contemporain, départements de Fincher s'est toujours intéressé à la que l’on retrouve police... Fincher s’est question de la vérité, et comment dans de nombreux toujours intéressé films et séries, celle-ci peut être fabriquée. à la question de de L’inspecteur la vérité, et comment celle-ci peut être Harry (Don Siegel, 1971) en passant par fabriquée. Et pour explorer les fabulations American Horror Story (Ryan Murphy et populaires et médiatiques, quoi de mieux Brad Falchuck, 2011). comme terrain de jeu que la figure du tueur en série ? Chez Don Siegel, le Zodiaque est bien C’est ce qui fait de Zodiac une de mes enquêtes préférées, alors même qu’elle n’aboutit à rien. Le tueur du Zodiaque est une des figures qui a le plus secoué l’Amérique dans les années 60 et 70 : on

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visible, mais il se trouve dans un hors champ de la loi, hors d’atteinte pour le personnage joué par Clint Eastwood : le fusil découvert chez lui ne peut faire l’objet d’une preuve, faute de mandat. Chez Fincher, le Zodiaque est hors champ


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tout court : il devient mythique car on ne la police rejoue les meurtres pour essayer le voit pas, et ce qu’on ne peut pas voir, de les comprendre, des centaines de faux on se l’imagine. Dans les rares séquences suspects se font passer pour lui, les médias où il est présent (au moment de ses en font un objet de sensationnalisme en meurtres), il est soit caché dans le dos de l’appelant sur les plateaux. Mais là où ses victimes, soit dissimulé par le rayon Fincher fait monter l’angoisse, c’est que aveuglant de sa lampe torche. Invisible, il contrairement à une figure mythique n’existe qu’au travers des interprétations classique, bien loin de nous dans le qu’on lui donne, autant de versions du temps et l’espace, le Zodiaque est tout proche. C’est un mythe qui tentent de Chez Fincher, le Zodiaque est se rapprocher d’une hors champ tout court : il devient passant des rues de vérité inaccessible. mythique car on ne le voit pas, et San Francisco qui pourrait se retrouver Le Zodiaque est ce qu'on ne peut pas voir, on se dans notre taxi. une énigme au l'imagine. Dans l’anonymat de sens littéral du terme, à travers les messages cryptés la ville, Fincher filme un climat de paranoïa qu’il envoie à plusieurs journaux de la collective. Même s’il est centré sur presse locale, ainsi que dans ses mises en Robert Graysmith, dessinateur de presse scène de meurtres qui ne semblent obéir obsessionnel qui mène l’enquête en à aucun schéma cohérent. Ce sont les parallèle de la police, Zodiac est presque personnages du film qui lui donnent vie : un film choral, dans lequel toutes sortes

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de voix s’additionnent et se contredisent : coups de téléphone, radios de la police, journaux TV et discussions en famille.

l’affaire révèle une police aux mains liées, prise dans des mécanismes administratifs absurdes. Tout comme dans Memories of Murder (Bong Joon-ho, 2003), une autre affaire insoluble où la police torture des suspects pour les forcer aux aveux, ou dans Nightcrawler (Dan Gilroy, 2014), où le même Jake Gyllhenhaal provoque lui même des accidents de la route afin d’en avoir l’exclusivité pour ses reportages. Fincher déconstruit le mythe mais ne le rend que plus terrifiant : le Zodiaque n’est pas si différent de nous. Car si les personnages n’atteignent jamais le tueur, que reste-t-il de lui, à par ce qu’ils y ont projeté ? Rendre poreuse la frontière rassurante entre enquêteurs et criminels, Fincher l’avait déjà fait dans Seven (1995), où les deux pauvres policiers, en traquant le tueur, finissent malgré eux par participer à son jeu. Elle est encore plus ténue dans Zodiac quand Graysmith, obsédé par les

Pourtant, au bout d’une heure de film, aussitôt le mythe construit, Fincher change de cap et le fait s’écrouler. L’enquête s’enfonce dans les hypothèses hasardeuses et les fausses pistes et le Zodiaque devient une figure artificielle, hors de toute réalité. Dans une quête éperdue de sens, alors que les différents meurtres ne concordent pas, que l’analyse graphologique contredit celle des empreintes, l’enquête se transforme en pure invention : Graysmith force un potentiel témoin à mentir, l’inspecteur David Toschi (Mark Ruffalo) est accusé de s’être lui-même écrit une lettre de menace, le journaliste Paul Avery (Robert Downey Jr) aurait accumulé de fausses preuves... L’impossibilité de résoudre 7


messages codés du tueur, finit par penser comme lui: il en vient emprunter les mêmes livres que lui à la bibliothèque, ce qui lui donnera l’idée de chercher son identité dans les registres de prêts.

endroits différents d’un même spectre. La filiation de la série avec le film Manhunter (Michael Mann, 1986) ne se limite pas à son titre : plus que jamais Mann y explore la connexion entre protagoniste et antagoniste, avec un enquêteur contraint de faire appel à Hannibal Lecter pour apprendre à penser comme le tueur qu’il traque.

Mais c’est avec la série Mindhunter (2017) dont il est le showrunner que Fincher fait définitivement voler en éclat le mythe. La série montre combien mythifier le tueur en série est problématique. Dans de très nombreuses fictions où il est question d’un meurtrier, la police le considère comme un autre, un monstre à part, un malade évoluant dans un paradigme différent des gens normaux. Pour le chef de la police de L’inspecteur Harry, il fait partie des «sick guys», pour les journalistes de Zodiac, c’est un «sick bastard». Le marginaliser ainsi empêche de comprendre ses actions, et donc de les anticiper. Avec Mindhunter, Fincher explore le meilleur outil pour déconstruire le mythe du tueur en série : la psychologie. Les protagonistes, deux agents du FBI et une chercheuse en sciences sociales, défendent la thèse que les tueurs ne sont pas des monstres inaccessibles, mais des individus aux comportements résultant de facteurs psychologiques. Pour la première fois chez Fincher, il ne s’agit plus de traquer les tueurs, qui sont déjà en prison, mais de discuter avec eux. La série met assez finement en parallèle les comportements des meurtriers et ceux des autres personnages, pour questionner la normalité. Tous se retrouvent à des

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- ESTELLE -

ZODIAC De David Fincher - 2007 Avec Jake Gyllenhaal, Mark Ruffalo, Anthony Edwards ... Scénario Timothy J. Sexton Alfonso Cuarón David Arata Mark Fergus Hawk Ostby Musique David Shire

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chronique

L’EGYPTE AU

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© Burst

CINÉMA


POURQUOI ÇA MARCHE PAS ? ce manque de représentation à l’écran serait d’ordre purement économique. Représenter des mythologies, ça coûte cher, très cher. L’héritage pesant du péplum n’y est pas pour rien dans cette pression financière. On se rappelle que Cléopâtre est resté longtemps le film le plus cher de l’histoire du cinéma (détrôné par Pirates des Caraibes 3), que Ben Hur a failli couler sa boite de production et que les Dix Commandements a fait un tel four en salle, alors qu’il avait coûté si cher à produire, qu’il a menacé à lui seul la survie d’Hollywood. Le sous-genre du péplum est étroitement lié à l’heure de gloire du cinéma hollywoodien, à ces temps bénis où les studios dépensaient à tout va dans des costumes et décors dantesques, persuadés de rentabiliser leur mise. Les échecs sus-cités ont mis un premier frein à l’âge d’or des péplums, qui ont ancré dans l’imaginaire collectif une image de

Grande passionnée de La Momie, adoratrice de Christiane Desroches Noblecourt devant l’éternel et groupie d’Anubis, je me suis toujours demandée pourquoi l’Egypte au cinéma devait se contenter de quelques films d’aventures, de péplums à la sauce kitsch et de nanars intersidéraux. Et en particulier pourquoi la mythologie égyptienne, source de romances, de combats épiques et de profonds enjeux philosophiques, était si peu dépeinte sur les écrans : sur les 52 films recensés par l’IMDB se déroulant dans l’Égypte antique, seuls deux traitent de la mythologie égyptienne à proprement parler. Éléments de réflexions, et je l’espère, de réponses, sur pourquoi l’Egypte, sa mythologie et le cinéma, ça ne le fait décidément pas. UN PROBLÈME ÉCONOMIQUE Le premier facteur qui pourrait expliquer 11


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l’Antiquité fastueuse, dorée et clinquante. Cette manière épique et démonstrative de représenter des légendes, héros ou figures historiques marquantes colle à la peau du monde antique, et donc de l’Egypte.

du minimum a été fourni de la part des studios et de la prod’. DANS L’OMBRE DES NOUVEAUX DIEUX De nouvelles mythologies nées post2000 sur les écrans prennent le pas sur la présence des mythes antiques : les adaptations de comics. L’aspect religieux, quasi biblique des comics et de la figure du super héros, élu parmi les Hommes pour amener la justice sur Terre, a déjà été discuté de nombreuses fois et nous n’avons pas prétention à reproduire l’intégralité de ces thèses. Supposons juste que les dilemmes moraux et messages véhiculés par les films de super héros remplacent glorieusement la lourdeur des paraboles bibliques d’antan. Le péplum en 2020, c’est définitivement le film de super héros, tant sur le plan économique que sur la popularité du genre, et difficile au milieu des supers productions Marvel et DC pour d’anciens mythes de trouver leur place.

Pourtant, certains auteurs tentent de dépoussiérer l’Egypte. On pense notamment à Enki Bilal et son très avant- gardiste Immortal Ad Vitam, avec une représentation futuriste et dystopique de l’emprise de dieux égyptiens (à la modélisation 3D douteuse, mais innovante), ou encore à la vision audacieuse d’Alex Proyas et son Gods of Egypt (sur laquelle nous reviendrons un peu plus tard). Mais ces tentatives sont rares, pour ne pas dire exceptionnelles. Dans la grande majorité des cas, la mythologie antique se tapit dans l’ombre du péplum. Et aujourd’hui, force est de constater que ce n’est plus un genre qui fait rêver, en témoignent les catastrophiques critiques et publiques de films comme Le Choc des Titans dans lequel le minimum

Nous vivons actuellement un nouvel âge 12


QUOI MA GUEULE, QU’EST CE QU’ELLE A MA GUEULE ?

d’or du cinéma hollywoodien, avec les aventures de super-héros tirées de comics qui ont le vent en poupe. Cette emprise sature le marché des films, et doit aussi effrayer les studios : comment dans ces conditions ramener des sujets antiques sur le devant de la scène, eux qui sont le reflet d’une gloire d’antan, à jamais figés dans une représentation un peu kitsch digne de cartes postales ?

La mythologie égyptienne souffre d’un souci spécifique par rapport aux autres mythologies antiques du bassin méditerranéen: l’anthropomorphisme. La plupart des dieux égyptiens ont en effet des têtes d’animaux, et réussir à les rendre réalistes sans tomber dans la vallée de l’étrange semble encore être hors de portée technologique à l’heure actuelle. Difficile aussi d’employer des masques ou animatroniques à l’ancienne si l’on veut pouvoir capturer un jeu d’acteur convaincant. Un stratagème de ce genre peut être utile pour des personnages de second plan, mais donner à voir le mythe d’Horus avec des comédiens figés sous des masques d’animaux ne pourra rendre la chose que ridicule.

Le film d’aventure, où l’Egypte antique trouvait aussi sa place, est aussi absent des écrans. L’aventure contemporaine se tourne plus vers l’avenir et la conquête spatiale (dont Doc Aeryn vous parle d’ailleurs en fin de magazine). Et n’y voyez pas ici un discours blasé à la sauce «c’était mieux avant», mais un simple constat sur ce qui fonctionne (ou non) au cinéma actuellement. L’Antiquité, même fantasmée, même à la sauce aventureuse, même fantaisiste, ne peut que difficilement se creuser un trou dans un marché tourné vers l’avenir et les aventures «marvellisées».

© Disney Studios

On pourrait tenter du motion capture total, et ainsi subtiliser à la tête des acteur.ice.s des versions totalement numériques du dieu incarné, seulement voilà : c’est une

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technologie qui coûte encore cher. On en revient au souci de budget évoqué plus haut : ce serait possible, si les studios s’en donnaient les moyens techniques et financiers. Nous avons déjà eu largement l’occasion, depuis Gollum et Avatar, de voir de nombreuses grosses productions réaliser des motion capture convaincants. A condition de s’en donner les moyens, et à l’heure actuelle, parier sur un film à si gros budget dans un style si peu représenté au cinéma constitue un pari trop risqué.

C’est une des séries les plus ambitieuses sur les thèmes mythologiques, qui propose un crossover de mythes antiques et actuels, dans une époque contemporaine, où les dieux antiques affrontent les dieux modernes pour reconquérir leur gloire passée. Bien que l’antiquité égyptienne soit sublimée par la présence de ces dieux mianimaux mi-humains, ce genre de prises de risques est payant, et prouve qu’avec un budget raisonnable il est possible de proposer des versions contemporaines de mythes égyptiens convaincants. C’est en tous cas un type de représentation que l’on aimerait voir plus souvent.

Certaines oeuvres représentant des dieux égyptiens optent pour une version humanisée des dieux. Quelques symboles et caractéristiques propres de leur déité, sont conservées, mais leur animalité est supprimée. C’est une solution à mi-chemin , qui permet de pallier à ce problème d’anthropomorphisme qui est un des freins les plus forts à la représentation de la mythologie égyptienne au cinéma. American Gods opte pour cette solution.

UN SOUCI CULTUREL ?

© Starz Entertainment

Face à la pauvreté des mythes égyptiens au cinéma, on ne peut que se demander si une problématique culturelle ne rentre pas en compte. Les péplums, prisme privilégié de l’Antiquité au cinéma, restent des récits bibliques ou des biopics de grands conquérants, en bref, des récits qui restent

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dans une vision très occidentalo-centrée. Si l’Egypte antique est représentée dans les péplums, c’est dans son rapport biblique ou dans sa dimension purement historique. La mythologie égyptienne n’est jamais un objet de fiction à elle seule. Et lorsque l’Egypte est prétexte à des films d’aventure, on se base sur des récits d’explorateurs anglais, brodant à foison sur le thème de l’expédition fantastique d’Howard Carter et sa découverte de la tombe de Toutankhâmon.

sur les plans culturels et politiques. Peutêtre L’Egypte antique n’a-t-elle pas encore joui de ce réveil mythologique. Il est vrai que cette religion semble ne pas susciter le même dévouement, comme si l’héritage culturel de cette civilisation allait “de soi” et ne nécessitait pas de redécouverte particulière. L’Egypte antique fait partie d’une sorte de “pot commun” de la culture générale, et possède un statut finalement étrange : trop connue pour nécessiter une redécouverte militante, mais pas assez puissante pour mériter d’être mise en avant.

L’industrie cinématographique a été dominée, et l’est encore largement, par des productions américaines, qui baignent dans une tradition culturelle judéochrétienne. Pas étonnant dans ce cas là que la civilisation gréco-romaine soit bien plus représentée au cinéma, à cause de son lien étroit avec la naissance de la chrétienté. L’Egypte, au même titre qu’énormément d’autres civilisations antiques, souffre de ne pas avoir assez influencé le monde occidental dont la vision domine les arts-et le cinéma. Mettre à l’honneur des contes et légendes qui n’ont pas de rapport à la Bible est encore une chose difficile aujourd’hui.

ENFERMEMENT DANS UN GENRE Quand on pense mythologie égyptienne, on pense grands récits d’aventures épiques, combats de dieux titanesques, grands renforts d’effets spéciaux, en un mot comme en mille : grand spectacle blockbuster-esque. Cet enfermement dans un type de représentation précis pourrait aussi expliquer la frilosité à adapter ces mythes au cinéma : trop cher, récits épiques déjà vus, peu d’intérêts pour le grand public... Or la mythologie égyptienne pourrait se prêter à une exploration plus poussée dans des genres cinématographiques bien plus différents, et ne nécessitant pas nécessairement le budget d’un Cléopâtre. Le mythe d’Isis et d’Osiris, une déesse éplorée à la recherche des parties du corps de son défunt mari pour le faire ressusciter, pourrait être un magnifique drame intimiste. La solitude de Râ, dieu créateur solitaire contraint de pleurer pour faire naître d’autres dieux, pourrait donner lieu à un beau film philosophique

Autre hypothèse enfin : de nombreuses cultures et peuples s’emparent de leurs mythes et légendes traditionnels pour remettre en avant leur culture, à travers les arts, les actions politiques, le militantisme. En Inde, nous assistons à un réveil du mythe de Vishnu. L’Amérique latine et son cinéma mettent de plus en plus en scène les persecutions des Aztèques et des Mayas. Et même dans les pays scandinaves, pourtant majoritairement catholiques aujourd’ui, la culture viking semble faire son grand retour 15


© SND

s’attaquer au mythe d’Horus et de Seth était alléchant. Et on ne peut pas reconnaitre une sacré dose d’ingéniosité dans le film : la fidélité à l’histoire du mythe est quasie parfaite (jusqu’à respecter la taille des dieux sur Terre, plus grands que les humains normaux), le choix d’humaniser les dieux permet d’éviter cette fameuse vallée de l’étrange, le style visuel choisi, quasi-futuriste, s’éloigne de la pesanteur poussiéreuse et kitschs des péplums, les dieux ne sont pas figés dans des postures mythologiques ronflantes, mais au contraire humanisés, avec de l’humour, des défauts et des sentiments…

et contemplatif sur la solitude. Si l’on se penche sur les tribulations de Bes, le dieu de la joie, de la fête et de l’ivresse hérité de la tradition nubienne, on tient une magnifique comédie loufoque et absurde. Le combat éternel de Râ, le Dieu Soleil, qui affonte éternellement chaque nuit le serpent Apophis pour faire naître le soleil est le scénaro parfait pour un film d’horreur sur le fond d’un récit d’une humanité suspendue à ce combat, qui vit dans la crainte d’une nuit éternelle… GODS OF EGYPT : LE CAS D’ÉCOLE Toutes ces petites pistes de réflexion et ces amorces de solutions, un film a tenté de les mettre en œuvre : Gods of Egypt, réalisé par Alex Proyas, qui n’est pourtant pas un tâcheron. Connu pour ses œuvres personnelles, sombres, et pour sa personnalité à part dans Hollywood, grande gueule autodidacte créateur d’œuvres comme Dark City ou The Crow, c’est un auteur au sens noble du terme. Sur le papier, voir un auteur de sa trempe

Seulement voilà, s’il a de l’audace, il tombe aussi dans beaucoup de travers, notamment celui de vouloir “‘super-héroiser” la mythologie égyptienne. A vouloir coller à cette mode pour rentrer dans les standards du blockbuster qui fonctionne, il emploie toutes les ficelles scénaristiques et narratives d’un Marvel sans jamais en maitriser les codes. L’humour ? Il n’a jamais 16


le mordant de l’ironie d’un Iron Man. Le montage ? Il ne peut rivaliser avec la frénesie des Avengers. Les conséquences dramatiques ? A peine dignes d’un mélodrame pour ados. A vouloir faire de son film un blockbuster d’action, Alex Proyas lui donne sa plus grosse faiblesse : son aspect cheap. On ne croit jamais aux intrigues, les personnages sont creux, les histoires éculées et déjà vues. A vouloir faire du grand spectacle à petit budget, le film se trouve être d’une laideur visuelle innommable, alors même que les décors et costumes sont magnifiques sur le papier. En résulte un gloubi-boulga indigeste d’effets spéciaux ratés, de personnages caricaturaux et détestables, d’intrigues complexes ramenées à un niveau zéro pour offrir le maximum de grand spectacle sans aucune cérébralité, et de doses d’humour malvenues, mal dosées, qui déséquilibrent en permanence le film. C’est un nanar grandiose, de ceux que l’on chérit tant ils sont rares : un film bourré de bonnes intentions, avec des personnes plutôt

compétentes aux manettes, et qui réussit pourtant à se planter dans une beauté toute magistrale. Gods of Egypts est la dernière tentative sur grand écran de représenter la mythologie égyptienne de manière fidèle à travers une de ses légendes et le résultat critique mais aussi au box- office ne donnera sans doute pas envie de sitôt à d’autres productions et auteurs de se pencher sur le sujet. Peutêtre que son échec permettra justement de faire prendre conscience que la mythologie égyptienne n’est pas réservée qu’aux films de grand spectacle, et qu’il est possible pour un auteur curieux de proposer une relecture de ces mythes à moindres frais, dans des genres cinématographiques plus audacieux. Et qui sait, les succès récents de Assassin’s Creed Origins dans le jeu vidéo, et la sortie de Black Adam, antagoniste de Shazam qui possède les pouvoirs des dieux égyptiens va- t’il permettre de remettre cette mythologie au goût du jour.

© D.R

- DOLORES -

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le RING

e l u c Her V

ILS SONT LES FILS DE DIEU LES PLUS CÉLÈBRES DE LA CRÉATION.

ILS ONT DÛ AFFRONTER LES PIRES ÉPREUVES POUR OBTENIR LEUR STATUT DIVIN,

AUJOURD'HUI S'AFFRONTENT POUR LE TITRE DE DIEU 18


s

J é e s u s VS

ILS REPRÉSENTENT CHACUN UN IDÉAL.

JÉSUS CHRIST ET HERCULE DE L'ÉCRAN ! 19

© Burst

MAIS L'UN N’EST QU’AMOUR ET PAIX, L'AUTRE EST LE BRUIT ET LA FUREUR


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Hercule : Alors le hippie, 66 films et séries référencés, t’as pas un peu l’impression de privilégier la quantité à la qualité ? Puis c’est varié : crucifixion, dernier repas et crucifixion, montée du calvaire et crucifixion, tension sexuelle et crucifixion… Ta carrière tient sur un running gag !

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Jésus : Quand on peine à faire plus d’œuvres qu’un lézard géant mutant atomique, on évite de la ramener sur son palmarès : hormis le film de Disney, tu n’as été qu’une mode très passable de péplums à culturiste sans queue ni tête qui respectent très peu ta légende canonique et abusent d’un canevas éculé de quelques temps forts. Ça tient plus du zapping que d’une rétrospective.

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Hercule: Une mode ?! Elle est bien bonne celle-là : un des premier films d’animation en 1910, une série culte à la fin du même siècle, deux films en 2014 … je suis loin d’être rincé, moi ! Je suis un mythe monsieur !

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c c

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Jésus : J’éviterais de rappeler au public les deux

navets commis par deux des pires béni-oui-oui d’Hollywood : Kellan Lutz a le charisme d’un poireau cuit à l’eau. Dwayne The Rock Johnson s’en sort un peu mieux dans l’autre mais l’histoire est inepte. C’est bien la peine d’avoir fait 12 travaux et des dizaines d’expéditions pour pas être capable d’avoir un film avec une histoire potable.

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Hercule : Au moins je lance des carrières comme celle d’Arnold Schwarzenegger ou Steve Reeves, je ne les pilonne pas à l’image de celle de Jim Caviezel après La Passion Du Christ, torture porn fanatique digne des meilleurs films de propagande de l’Etat Islamique. Mes fans sont moins hystériques que les tiens prêt à faire péter un cinéma parce que la vision de l’auteur ne leur plaisait pas. Sur un bon film en plus, La Dernière Tentation du Christ par Martin Scorsese, c’est le box office qu’on fait sauter, pas la salle. C’est peutêtre pour ça que niveau ouverture médiatique on te trouve pas en jeux vidéo là où j’ai plusieurs classiques à mon actif et dans tous les genres : beat them all, jeux de rôle textuel, plateforme ...

Jésus : Je pense que ton adaptation vidéoludique que je préfère, c’est en tant que boss dans God of War III, quand tu te fais défoncer la tronche par Kratos. Comme tout ton Panthéon de ringards réactionnaires d’ailleurs dans cette sympathique saga. Même si on peut déplorer mon absence sur consoles et PC, j’ai tout de même un classique de la comédie musicale, Jesus Christ Superstar dont la version française sur scène a fait débuter un jeune homme à la voix également mythique : Daniel Beretta, la voix française de Schwarzy, Sam Fisher dans Splinter Cell et j’en passe. La preuve que mes adorateurs sont moins cinglés qu’on ne le croit. 21

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CRITIQuE rétrO

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UNE RENCONTRE AVEC LE 7ÈME ART

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YEELEN

LA LUMIERE SOULEYMANE CISSÉ - 1987

Il y a maintenant bientôt dix ans je lors d’un festival la beauté du film Yeelen passais mon baccalauréat dans un (qui signifie « la lumière » en français lycée ariégeois, et c’est important dans dans le texte). Il faut avouer qu’à la l’histoire que je vais vous raconter. Car sortie de la séance, nous étions tou. non il ne s’agit pas d’un article comme te.s touché.e.s d’une manière ou d’une un autre, mais d’un prétexte pour parler autre par ce film. Mais, il a surtout été d’une rencontre avec le cinéma, surtout l’occasion de blagues, notamment sur le le cinéma d’auteur, qui plus est, dont « pilon magique » auquel, jeunes et fous, le thème est la mythologie. Retour à nous donnions un sens bien différent de mon année du bac, celui qu’il a dans le Il faut avouer qu'à la sortie de ou plutôt à mon film. Si l’on devait la séance, nous étions tou.te.s année de première être honnête nous touché.e.s par ce film. Mais, notre littéraire, car avions tou.te.s eu jeunesse nous poussait surtout à c’est lors de cette beaucoup de mal faire des blagues concernant le période que dans le à comprendre le «pilon magique» cadre d’un voyage sens de ce longscolaire dans la métrage. Mais, bien ville d’Albi - organisé par mon professeur heureusement, une conférence avait lieu de cinéma et nous-mêmes parce qu’on dans la journée pour nous donner des avait vendu des crêpes que nous avions pistes pour éclairer ce film. Nous étions faites à toutes les récrés pour payer une lycéen.ne.s et nous n’en avions que faire partie de ce voyage, reconnaissons nos à ce moment-là d’une conférence sur la efforts ! - que nous avons pu découvrir symbolique du film, mais notre professeur 23


de cinéma était d’un tout autre avis, et nous n’avions donc pas le choix. D’autant plus que le film était au programme du baccalauréat l’année suivante. J’ai allégrement critiqué cette conférence de 3h, tenue par une personne qui avait d’insupportables tics de langages, mais, avec du recul, heureusement que cet intervenant nous a donné des clés de lectures, et que par la suite nos cours allaient nous permettre d’apprécier à sa juste valeur ce long-métrage aussi beau que passionnant.

L’œuvre narre l’histoire d’un parcours initiatique qui prend pour décors le Mali et surtout les traditions Bambara et Peul. Nianankoro, un jeune mais déjà un puissant sorcier, s’engage dans une quête lorsqu’il apprend que son père, Soma, le recherche à l’aide du Pilon Magique pour le tuer. Il avait été éloigné par sa mère de son père à sa naissance car une prophétie l’avait informée de ce destin inquiétant pour son fils. Nianankoro décide d’affronter son père pour amener un renouveau et la paix dans son pays qui semble être en guerre. Pour ça, il doit rejoindre le frère jumeau de son père, au-delà du territoire Peul, car il détient l’Aile de Korê qui lui permettra d’affronter Soma qui est lui aussi un sorcier très puissant. Durant ce périple, Nianankoro va, entre autres, apprendre à développer ses pouvoirs.

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Alors Yeelen c’est quoi ? C’est un film tourné sur une période de 4 ans entre 1984 et 1987 par Souleymane Cissé, un réalisateur malien. Il a reçu le Prix Spécial du Jury au Festival de Cannes en 1987, ce qui faisait de Souleymane Cissé le premier réalisateur africain à avoir été primé à Cannes pour un long métrage.

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Au début du long-métrage on peut voir un carton qui nous permet de comprendre les premiers fondements de la mythologie bambara : « Le Komo est pour les bambaras l’incarnation du savoir divin. Son enseignement est basé sur la connaissance des ‘’signes’’, des temps et des mondes. Il embrasse tous les domaines de la vie et du savoir. Le Korê est la septième et la dernière société d’initiation bambara, il a pour symbole le Vautour Sacré « Mawla Duga », oiseau des grands espaces de la chasse, de la guerre, du savoir, et de la mort. Son emblème est un cheval de bois, symbole de diligence de l’esprit humain, son sceptre, une planche ajourée appelée Korê ‘’Kaman’’ ou aile du Korê. « Kolonkalanni » ou Pilon Magique sert à retrouver ce qui est perdu, à découvrir et à châtier les brigands, les voleurs, les criminels, les traîtres et les parjures.

L’Aile de Korê et Le Pilon Magique sont en usage au Mali depuis des millénaires » Je vais quand même faire deux avertissements. Tout d’abord le traitement d’un personnage atteint d’albinisme qui est sacrifié lors d’un rituel (le sacrifice n’est pas montré), il faut savoir que le sacrifice d’albinos - malheureusement toujours présent aujourd’hui dans certains pays d’Afrique subsaharienne – avait pour but de porter chance, car ils sont considérés comme des revenants et/ou des êtres aux pouvoirs surnaturels. Leur apparence considérée comme étrange participe à leur jugement négatif. Dans le film, le sacrifice de l’albinos a pour vocation d’aider l’un des personnages dans sa quête. Les

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par un autre acteur (qui soit dit en passant ne lui ressemble pas du tout donc c’est très perturbant).

sacrifices humains se retrouvent dans beaucoup de mythologies, mais dans ces traditions, les albinos ne sont pas considérés comme des êtres humains à part entière, mais comme des êtres ayant seulement une forme humanoïde.

Pour les habitué.e.s du blockbuster vous êtes sûrs d’être dépaysé.e.s, car dans ce long métrage pas d’effet spécial sensationnaliste ou d’image de synthèse, on revient à l’origine du cinéma. Les effets spéciaux se font au travers du mouvement, du montage, des sons et de la surexposition.

Autre avertissement, le sacrifice d’une poule (et là on le voit à l’écran, notamment au début du film), elle est pendue par les pattes, se vide de son sang et est brûlée vivante. Cette scène n’est pas des plus faciles à regarder, donc vous voilà prévenu.e.s.

C’est une œuvre contemplative et poétique, tous les dialogues sont très imagés et font pour la plupart référence aux textes mythologiques.

Je voulais parler de ce film car il m’a fait découvrir le cinéma sous un nouvel angle C'est une œuvre contemplative et poétique, tous les dialogues Le visionnage auquel je ne prêtais sont très imagés et font pour nous donne aussi pas attention, car la plupart référence aux textes l’occasion de nous j’étais jeune et novice mythologiques. immerger dans les dans ce domaine. Je ne connaissais que cultures Bambara le côté divertissant d’un film et c’était la et Peul, notamment à travers les rituels. seule chose qui pouvait me toucher. Grâce Par exemple la douche purificatrice sous à ce long-métrage, j’ai pu comprendre que l’eau claire de la cascade (que prennent l’esthétique, la beauté et la symbolique Nianankoro et Atou, la femme qu’il étaient des attributs très importants du rencontre lors de son périple) ou faite cinéma. Yeelen est un film complexe car avec du lait. Je trouve d’ailleurs l’image de en tant qu’occidentaux nous n’avons la mère de Nianankoro faisant appel à la pas les références culturelles qui nous déesse de l’eau en se lavant avec du lait permettent de tout comprendre au très esthétique. Le contraste entre cette premier visionnage. Et à cela s’ajoute le peau noire vieillie par le temps et le lait fait que l’un des acteurs est mort durant blanc qui coule dessus est extrêmement le tournage (l’acteur Niamanto Sanogo qui beau, et ce corps de personne âgée est un a le double rôle de Soma et de son frère corps que le cinéma occidental a tendance jumeau), cela a contraint le réalisateur à à cacher, alors qu’ici il est sublimé. faire jouer son rôle sur quelques scènes 26


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Yeelen a fait couler beaucoup d’encre et continue d’inspirer des articles, même après tant d’années, car il est une curiosité filmique, à la foi il s’inspire de genres comme le western (au moment du combat entre Nianankoro et Soma) mais d’un autre côté on aurait du mal à le catégoriser.

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Ce film est à appréhender comme un tableau qui se déroule devant nos yeux, comme un poème qu’on lit ou comme un conte dont on nous fait la narration. J’aurais beaucoup de mal à être exhaustive quant à la portée symbolique de ce chef d’œuvre, donc si vous voulez le découvrir je vous laisse aller sur La Cinétek ou ailleurs et vous immerger dans un univers qui ne vous laissera certainement pas indifférent.e.s.

YEELEN De Souleymane Cissé - 1987 Avec Issiaka Kane, Aoua Sangare, Moussa Keita ... Scénario Souleymane Cissé Musique Salif Keita Michel Portal

- LILITH -

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LES 4 ENFERS 28

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chronique


N MYTHE & NATURE

Mythes. Le terme, forcément connoté, nous Toulon pour embarquer à destination de incite aussitôt à penser aux dieux polythéistes l’Amérique du Sud. Aspirant à devenir l’un des oubliés, aux religions et aux cultes passés. plus grands reporters de son temps mais limité Pourtant, dévoyé, il a par la suite permis de par des moyens financiers insuffisants, son désigner des figures plus qu’humaines aussi objectif est simple : relier la Guyane française bien que des territoires lointains. Mythiques. et le Brésil par les monts Tumuc-Humac, seul et Explorateurs en quête de trésors, de voyages à pied. Une histoire extraordinaire, rythmée par initiatiques ou de nouvelles routes maritimes, un savant mélange de hasard et de destinée. continents du globe désolés ou riches de Une histoire qu’on n’aurait pas cru possible, dangers comme de si elle n’avait pas été mystères, légendes Il fallait bien que le cinéma s'essaye, consignée par Maufrais urbaines ou face à face lui-même, au travers de un jour, à rendre hommage à la entre homme et nature… carnets retrouvés par un folie douce d'un garçon forgé par Focus sur quelques Indien local et renvoyés la Seconde Guerre mondiale, bercé pépites d’un cinéma au domicile familial. Son par des rêves de transcendance. prompt à transcender père, Edgar, consacrera les aventuriers d’une plus de douze ans à autre ère, comme à personnifier reliefs, océans la recherche de son fils, en vain. Il fallait bien et déserts, de glace ou de verdure. Prompt à que le cinéma s’essaye, un jour, à rendre entraîner ses spectateurs dans quatre de ses hommage à la folie douce d’un garçon forgé enfers sur terre. Réels, eux. par la Seconde Guerre mondiale, bercé par des rêves de transcendance. C’est le cas de La Vie L’ENFER VERT ; VOYAGE SANS RETOUR. pure, drame français porté en 2014 par Jérémy Banster et surtout par son acteur principal : En 1949, un jeune explorateur du nom de Stany Coppet, dans le rôle de Raymond. Rendre Raymond Maufrais quitte sa ville natale de 29


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vivantes les lignes des carnets terriblement émouvants de l’explorateur disparu était une gageure difficilement représentable à l’écran. Pourtant, c’est avec une certaine honnêteté et une performance déchirante de Coppet que La Vie pure se risque à l’hommage, plutôt réussi. Car du mythe, il y en a, dans la douloureuse descente aux enfers vécue par ce héros inconscient. Au fur et à mesure que Maufrais s’enfonce dans l’Enfer vert, abandonne les derniers îlots de civilisation jusqu’aux quelques villages et hameaux vivotant au bord du fleuve, que la solitude vire au cauchemar, et avec elle l’épuisement. Les blessures permanentes, la pharmacie qui vient à manquer, et surtout la faim. Les carnets comme le film illustrent ce supplice de Tantale permanent : dans cette forêt vierge encore sauvage, aux eaux poissonneuses et riche en gibier, subsistent pourtant quelques parcelles de terre morte, abandonnées par la moindre créature vivante. Crime d’hubris, également. Tout au long de son parcours, nombreux sont les oiseaux de mauvais augure à prévenir le Français téméraire : il ne reviendra pas. Point aussi anecdotique 30

que révélateur d’une fatalité sordide, l’un des derniers gendarmes de Guyane française à escorter son concitoyen en zone hostile, Emile Bourau, tentera jusqu’à la fin de le décourager de se lancer dans pareille entreprise, lui confessant avoir l’impression terrible de « le conduire jusqu’à la mort ». Difficile, là encore, de ne pas voir en l’officier un Charon déguisé. Autant d’éléments semblant sortir tout droit d’un récit initiatique fictif et glaçant. Pure vérité, cependant, à l’image de cette vie authentique recherchée par Maufrais, bien au-delà de la gloire et de l’exploit accompli. L’Amazonie n’a plus rien à prouver en matière de terre mythique. Elle rend fou les hommes les plus solides, conjugue générosité et cruauté, renferme entre ses jungles une faune rompue à cet environnement sans pitié, et n’a pas pour habitude de rendre les corps qu’elle prend. On ne cite plus le nombre de films ayant corrompu le cœur et la raison des hommes s’y étant confrontés. Par ailleurs, beaucoup de ces œuvres ne bénéficient tantôt que d’un succès modéré, tantôt que d’un statut de pépite vénérée par


quelques connaisseurs, pour diverses raisons. Leur point commun ? La violence brute qui s’en dégage, accompagnée par la représentation des corps en souffrance : sueur, sang, folie. Les horrifiques Cannibal Holocaust (1980) et Green Inferno (2013) n’en sont que quelques exemples.

punis, les obligeant à une introspection douloureuse, ramenés à leur état de créature faibles et vulnérables, à la merci des infections, de la faim et de leur incapacité à s’adapter aussi rapidement que nécessaire.

À l’image de La Vie pure et de l’obsession de Maufrais de mettre en lumière une tribu à Dans la lignée des récits « tirés d’une histoire la réputation si obscure qu’on ignore encore vraie » et plutôt fidèle à leur matériau d’origine, si celle-ci a réellement existé, The Lost City of Jungle (2017) fait figure d’œuvre paradoxale, Z (2016) a, plus récemment, mis en lumière puisque peinant à mobiliser un intérêt autre la quête jusqu’à l’obsession de Percy Fawcett, qu’en pointillé. Il a pourtant le mérite de mettre interprété par Charlie Hunnam. Accompagné en haut de l’affiche un Daniel Radcliffe toujours d’Henry Costin en la personne d’un Robert en quête de rédemption Potterienne, et dont Pattinson dont la carrière s’est vue largement l’intérêt pour les rôles torturés trouve un écho redorée depuis une petite dizaine d’années, il plutôt pertinent, ici. Yossi Ghinsberg, étudiant s’abîmera à vouloir prouver en vain l’existence juif fuyant le cadre confortable d’études sans de cette civilisation disparue auprès de la histoire, opte pour Royal Geographical le dépaysement de Society. Le film n’est Comme toujours, l'orgueil et la jungle bolivienne, pas exempt de défauts, la présonmption des hommes partageant sa soif de mais promène au fil des se risquant dans les tréfonds péripéties avec deux scènes une atmosphère amazoniens sont sévèrement punis camarades portés par étrange, passant de la même fougue. Ils la lumière verdâtre rencontrent Karl Ruchprecter, incarné par un ou curieusement éclatante du Rio Verde Thomas Kretschmann sec et inquiétant, devenu aux ambiances étouffantes et tamisées de second couteau hollywoodien pointant toujours Londres, entre quelques plans grisâtres rendant le bout de son nez là où on ne l’attend pas (avec hommage à la Première Guerre mondiale. Les entre autres à son palmarès La Reine Margot, allées et venues entre Amérique du Sud et King Kong, Le Pianiste). Le réalisateur Grec Europe flamboyant encore de sa conquête du McLean, dont nous reparlerons un peu plus monde éprouvent les personnages comme les tard, est un habitué des tombeaux naturels, et spectateurs, tant la frustration est grande, les met à disposition son œil aiguisé, respectueux épreuves pénibles, le danger permanent et la et admiratif au profit d’une photographie trahison toujours en arrière-plan, menaçante. exceptionnelle. Difficile de rester insensible aux Raymond Maufrais et Percy Fawcett se sont-ils plans somptueux travaillés par un Stefan Duscio laissés berner par leur imagination ou par leurs inspiré, venant rescaper Jungle en le distinguant aspirations naïves ? Une grande civilisation du survival lambda. Et comme toujours, l’orgueil digne de l’Antiquité gréco-romaine a-t-elle et la présomption des hommes se risquant vraiment existé au bord de l’Amazone ? Ou bien dans les tréfonds amazoniens sont sévèrement ne sont-ce que racontars d’Indiens afin de punir 31


la convoitise abyssale ainsi que les tueries des Blancs jamais rassasiés ? Le film baigne dans une humidité qui traverse l’écran, exactement à l’image de l’incertitude qui nous voit passé d’une trivialité déprimante aux miettes d’espoirs portés par le major britannique. Mais le mythe est tué dans l’œuf par la fourberie des hommes, les mensonges et le doute, la réalité voyant les expéditions coûter cher, nécessiter l’appui d’une institution péremptoire et loin, bien loin malgré tout, de pouvoir toucher du bout des doigts l’essence profonde de ces terres lointaines.

rassasiée. Difficile de ne pas se laisser happer par une atmosphère littéralement psychédélique (et plus encore lorsqu’on connaît les conditions abominables de pré-production, tournage puis post-production). L’aura du film est magnétique, s’impose in medias res au travers d’un incipit vertigineux (littéralement), et d’une bande-son douce mais pénétrante. L’expérience optimale nécessitera un visionnage dans la ouate, le silence et l’obscurité, pour mieux capter le maléfice à l’œuvre auprès de personnages sombrant lentement mais sûrement vers une folie que n’auraient pas boudé les figures antiques des récits d’Ovide (Oedipe et citation de l’Énéide à l’appui).

Enfin, il faudra bien évidemment s’arrêter sur une œuvre incontestée de celui qui représenta l’avènement du nouveau cinéma allemand : Herzog lui-même, en compagnie de son acolyte privilégié : Klaus Kinski. Aguirre la colère de Dieu (1972) est une plongée hallucinée et hallucinante dans une Amazonie auréolée de la pénétrante légende de l’Eldorado, que les Indiens victimes des tueries occasionnées par les Blancs firent bel et bien courir, cherchant à châtier par la même leur concupiscence jamais

L’ENFER BLANC ; « TO STRIVE, TO SEEK, TO FIND AND NOT TO YIELD. ».

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Au tout début du XXe siècle, l’empire britannique domine une large portion du monde. Les derniers bout de globe à conquérir se font rares et consistent en deux points bien distincts : les Pôles. Il n’est pas anodin que cette période formidable correspondant à la Belle Époque française ait été nommée « L’Âge héroïque ». De

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quoi laisser pensif. Les héros, en guise de travaux parcours. Le film, absolument méconnu, n’est à accomplir, doivent atteindre les extrémités pas à mettre entre toutes les mains. Il porte Nord et Sud, et la lutte qui s’engage entre l’empreinte d’un son vieilli, d’un jeu académique nations pour obtenir un titre honorable et un (bien que toujours efficace) et d’une narration drapeau à planter n’est pas à prendre à la légère. sans faste ni surprise, mais scrupuleusement La couronne d’Angleterre se verra engager fidèle à la bonne compréhension des enjeux un bras de fer terrible avec la Norvège et leur en cours. Cependant, sa force non négligeable champion respectif en face à face, Robert Falcon consiste par-dessus tout en l’émotion véhiculée Scott et Roald Amundsen, marqueront de leur par des acteurs habités par le rôle (mention spéciale à John Mills, empreinte l’histoire de il était difficile de rendre hommage dont la ressemblance l’exploration. L’Histoire au courage de ces aventuriers tout physique avec son tout court. en pointant du doigt les failles personnage coïncide En 1948, Scott of the titanesques ayant conduit à la avec une noblesse, Antarctic (en français : catastrophe une emphase et une L’Épopée du Capitaine douleur perpétuelles jamais exagérées). Le Scott voire L’Aventure sans retour) relate ainsi protagoniste principal, cependant, n’est autre la tragédie de l’expédition Terra Nova (1910que le désert de glace lui-même. La bande-son, 1913). Une entreprise d’autant plus délicate glaçante (sans jeu de mot) composée par Ralph que certains membres de l’expédition vivaient Vaughan Williams, couronne cette étendue toujours à l’époque, et qu’il était difficile de sans fin, immaculée, là où pas un animal ne rendre hommage au courage de ces aventuriers s’aventure lui-même. Elle annonce les périls à tout en pointant du doigt les failles titanesques venir, et les chœurs féminins ululent à l’image ayant conduit à la catastrophe et à la mort des tempêtes qui sifflent, mauvais, terribles des cinq hommes britanniques à la fin du 33


depuis l’intérieur de tentes bien fragiles en comparaison. Rien n’épargne ces hommes mal préparés, mal vêtus, mal nourris, s’épuisant en vain pour contrecarrer un Amundsen rompu à l’exercice et ayant préféré les chiens aux poneys de Sibérie ou aux machines tombant en panne et gelant dans la neige ; chaque étape annonce le pire, inexorablement.

mauvaise foi. En attendant, le film de Charles Frend suffit à faire frémir et à emporter, salue avec authenticité et affection le dévouement et l’acharnement des Britanniques perdus et parvient, n’empêche, à ressusciter sans mal le plaisir de cinéphile procuré par les longmétrages d’autrefois. L’ENFER BLEU : PARADISE LOST.

On ne sort pas indemne du visionnage, tant En novembre 2001, sur les écrans français, le la fin des années 40 s’évertue à dépayser son premier film d’animation Disney du XXIe siècle spectateur, à le propulser dans ce cadre hors se targuait de citer Platon en introduction. du commun, terriblement plat ou à pic, en Rien que ça. Pas de chansons abrutissantes, fonction de la progression des protagonistes. pas de refrains scandés jusqu’à l’écoeurement. Là où la moindre coupure devient mortelle, où Atlantide, l’Empire perdu est la représentation même les vieilles cicatrices se transforment en sans fard du Mythe avec un grand M par Disney, plaies nouvelles, funestes. Les soupirs du vent et le pari était loin d’être gagné d’avance, bien hantent les caboches des hommes coincés qu’élégamment relevé puis salué par une dans la tourmente, comme autant de mauvais communauté de fans qui, au fil des ans, n’a cessé esprits hurlant l’évidence : ils n’ont rien à faire de grandir pour faire du film une pépite culte à là. En ces terres stériles, dépourvues de toute sa manière. L’Atlantide vie, la solitude est l'époque, friande d'amendements, de (ce mythe fondateur totale, et l’inexpérience repentance et de morales parfois d’une civilisation en payée comptant. Scott faciles, pourrait sans mal s'emparer avance sur son temps et of the Antarctic est-il vaincue par le Déluge) un bon film ? Peut-être aujourd'hui du récit pour en faire ici dépeinte, c’est une pas autant que cette un énième exemple de présomption, civilisation pensée de maladresse et de mauvaise foi. histoire extraordinaire et réfléchie jusqu’à le méritait. Mérite-tl’élaboration d’une il d’être vu, toutefois ? Absolument. On peut langue façon Tolkien (inspirée de travaux s’étonner que le septième art n’ait pas saisi précédents, mais tout de même). C’est une l’occasion de raviver la mémoire de Terra Nova omniprésence du bleu au travers de chaque autrement que par des références discrètes plan, propulsant l’émerveillement et la quoique bienvenues (notamment dans The recherche esthétique au premier plan. Novateur, Lost City of Z), d’autant pour pointer du doigt le film est un hommage à tous les adeptes des le crime d’hubris de R.F. Scott ayant conduit univers à la Jules Vernes. C’est également une ses camarades à la mort. L’époque, friande critique chargée, sans nuance mais sans excès, d’amendements, de repentance et de morales de l’impérialisme occidental. L’opposition entre parfois faciles, pourrait sans mal s’emparer authentiques historiens et explorateurs vénaux aujourd’hui du récit pour en faire un énième est d’autant plus soulignée par un sous-texte exemple de présomption, de maladresse et de 34


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visant l’utilisation démocratisée du nucléaire (au travers d’un cristal faisant figure d’énergie miracle, se retournant contre ses créateurs). Dès l’ouverture du film, les premières images offrent une vision d’Apocalypse dantesque, prometteuse d’une plongée dans un univers totalement méconnu. C’est la mise en scène de la mort dans un Disney sous un œil plus adulte, une vision du désenchantement, de l’émerveillement et de la fragilité de l’existence et des beautés du monde comme rarement une compagnie aussi énorme s’y sera engagée. Avec culot. Atlantide, enfin, c’est également le mythe jusqu’au bout de sa composition sonore. James Newton Howard se livre à une énième performance de génie, mettant sa sensibilité au service de quelques morceaux épiques ayant de quoi rendre plus mature le propos global d’un divertissement à la fois engagé et fantasque, s’autorisant quelques saillies surréalistes pour mieux s’adresser à un public moins ciblé.

heures de travail ayant permis l’accouchement d’une création aussi originale et distincte de toutes les autres. La profusion de détails infiltrés dans la moindre scène (runes atlantes étranges, alphabet incompréhensible, bribes d’idiome indo-européen, faune en laquelle Avatar (2009) semble avoir pioché honteusement, bijoux, tatouages, architecture et jusqu’aux ustensiles de cuisine) interroge. Elle devrait alors, au moins, donner l’occasion à un long-métrage tristement sous-coté de se racheter une réputation aussi honnête que son propos, difficilement contestable sur le fond. Et, pourquoi pas un jour, de définitivement obtenir ses lettres de noblesse à défaut de compter parmi les productions les plus populaires parmi les créations de Walt Disney. L’ENFER OCRE : SAVANE ET POUSSIÈRE. Les Britanniques ont eux aussi, à leur manière, connu leur histoire du « Gévaudan ». À la fin du XIXe siècle, la construction d’un pont enjambant la rivière Tsavo suscite l’effroi, puis l’horreur, lorsque deux lions s’en prennent aux hommes du chantier pour des motifs qui,

Il est presque incroyable, avec le recul, d’imaginer quelles ont bien pu être les discussions, négociations et nombreuses 35


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encore aujourd’hui, demeurent nébuleux. Ces « mangeurs d’hommes » craints par les Maasaï eux-mêmes (les prenant par ailleurs pour des esprits incarnant le Mal absolu) n’ont pu passer en-dehors des radars d’Hollywood, voyant là l’occasion parfaite de conjuguer la dangerosité prédatrice d’un Jaws (Les Dents de la mer, (1975)) aux paysages fabuleux et inspirants d’un Lawrence d’Arabie (1962). Le résultat s’avère on ne peut plus décevant, et on ne peut s’empêcher de déplorer ce qui, alors, aurait pu débroussailler plus efficacement les mythes et légendes de tribus africaines trop souvent méconnus et au patrimoine oral fragile, difficile à préserver. L’Ombre et la proie, porté par les épaules de Val Kilmer et Michael Douglas et sorti pendant l’été 1996, n’a certes pas la carrure d’un scénario de Spielberg. Au contraire, il est presque pénible de constater que la mise en scène, l’absence d’atmosphère travaillée et le jeu maladroit et empressé de ses acteurs ne donnent rien de moins qu’une impression de téléfilm, qui ne vaut finalement le visionnage que pour son histoire basée sur une réalité terrifiante. Jerry

Goldsmith vient là encore sauver le massacre par l’incorporation bienvenue à ses mélodies de chants africains et indiens (à l’image de ces ouvriers locaux ou importés des Indes alors toujours sous l’autorité de la couronne). L’Ombre et la proie, c’est malheureusement le résultat d’un projet enthousiasmant mais bâclé, le prétexte à surfer sur un mythe guère exploité, si ce n’est par les fans de la première heure ne manquant pas de se documenter sur le sujet. Cependant, le coup d’œil est largement envisageable et la carte postale en cinémascope fonctionne, à condition de prêter le flanc au pur divertissement sans se montrer tatillon. Quelques moments de cinéma ne sont pas à bouder ; entre magnificence des animaux utilisés sur le tournage, aura des Maasaï réputés pour leur courage et sensibles à la cruauté répétée de ces bêtes au comportement de rogue, et notamment une poignée de plans superbement filmés et travaillés, dont l’intensité est parfaitement à propos, et ancre le public dans un état de stupeur et de curiosité plus que correct. Le générique de fin en vient à laisser songeur, et 36


au vu de la richesse du continent africain, nous laisse déplorer le manque de grands films permettant de valoriser les récits des anciens, comme d’autres histoires de grands fauves furieux.

sympathique à Duel (1971)). Wolf Creek, c’est l’exemple parfait du spectateur qui aime à se faire peur avec les légendes contemporaines. Pas besoin de monstre, quand un Mick Taylor vous poursuit, vous séquestre, vous torture et vous hante. La peur irrationnelle a semé ses graines, bien qu’encouragée par l’affaire criminelle Ivan Milat, entre autres, au point que nombre de locaux eux-mêmes en sont venus à prévenir les visiteurs étrangers, comme en les décourageant de pratiquer l’auto-stop, par exemple.

Ayant mentionné Greg McLean un peu plus haut, il était impossible de ne pas rendre hommage au bush australien, à travers deux films d’une même saga portée par le réalisateur. Les Wolf Creek (sortis respectivement en 2005 et 2013) ont, au fil des années, vu leur communauté de fans augmenter, notamment via la confidentialité de téléchargements en streaming et d’un bouche-à-oreille efficace. Le mythe ? La légende urbaine. Le ton est donné d’entrée : le nombre de disparitions potentielles en Australie s’affiche. Et après ? Au vu des chiffres de 2013, le nombre de personnes s’évanouissant dans la nature est moins important que les statistiques fournies pour un pays comme le Royaume-Uni, à titre de comparaison. Pourtant, le mythe demeure : celui du redneck ratissant les routes de l’outback pour buter du touriste, violer de l’étudiante en road-trip, enterrer des gosses dans un no man’s land désolant. Si dès le départ le réalisateur brouille les pistes avec le sempiternel argument extraterrestre, c’est bien rapidement l’immensité de ces terres encore peuplées par quelques descendants de bagnards qui l’emporte. Horizon illimité, reliefs démesurés, la fragilité de l’existence humaine n’a là rien à envier aux jungles étouffantes d’Amazonie. Le prédateur incarné par un John Jarratt qui s’éclate littéralement dans le rôle arbore une brutalité dérangeante, que le deuxième volet adoucira pour le caricaturer en méchant un tantinet moins subtil (malgré une référence

Divertissement séduisant au point d’en avoir inspiré une série éponyme, Wolf Creek capture aussi bien la dangerosité des hommes que celle de la nature, aspergeant d’une savante dose de gore et de macabre un casting d’inconnus impliqué et habité. En donnant à son spectateur exactement ce qu’il est venu chercher et contempler avec une curiosité morbide, McLean a parfaitement compris comment accrocher son audience, comment lui faire oublier les statistiques rassurantes des ministères du tourisme au profit du grand frisson et du rêve. Paradoxal. Sous l’œil d’une caméra, les Atrides d’hier ont mué pour devenir les Maufrais d’aujourd’hui. La faune exotique et redoutable des terres lointaines d’alors n’a plus rien à envier aux Charybde, Scylla, sirènes, esprits ancestraux. Les voyages (parfois sans retour) font écho à ceux partis longtemps, délaissant famille et patrie pour plonger tête la première dans des rêves de gloire, de révolution, de courage parfois jusqu’à l’absurde. Et, surtout, quelle place l’homme incarne dans ces récits initiatiques : héros, victime, bourreau et spectateur. - S. JEAN. 37


chronique

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LE MYTHE DE LA m FRONTIERE A L ECRAN 38


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VERS L’INFINI ET e AU DELA Disclaimer pour nos lecteurs : cet article fait la part belle à mes pépites personnelles. Ne m’en tenez pas rigueur si un de vos films préférés ne se trouve pas dans cette liste. J’ai fait des catégories, à coup sûr, votre film peut être rangé dans une de ces catégories. Sinon envoyez-moi un mail à assolecran@ gmail.com PS : j’aime pas Star Wars.

parler d’un autre type de frontière, non moins mythique, celle liée à la conquête spatiale. Le 15 juillet 1960, John F. Kennedy délivre le discours sur la “Nouvelle Frontière” avec ce passage retentissant :

« Mais je vous dis que nous sommes devant une Nouvelle Frontière [...], que nous le Quand on vous parle du mythe de la voulions ou non. Au-delà de cette frontière, frontière, vous pensez s’étendent les domaines Quand on vous parle du mythe instinctivement à la inexplorés de la science de la frontière, vous pensez frontière américaine et de l’espace, des instinctivement à la frontière et à la pléthore de problèmes non résolus américaine westerns dont nous a de paix et de guerre, abreuvé Hollywood. Nature imprévisible, des poches d’ignorance et de préjugés non ennemis audacieux, courageux maverick et encore réduites, et les questions laissées autre mama bear, ce sont autant de tropes sans réponse de la pauvreté et des surplus. » que l’on retrouve dans les plus épiques des space operas, eux aussi américains. Ce discours, prononcé à l’occasion de son investiture par le Parti Démocrate, est Faisons aujourd’hui un pas de côté pour un programme politique : lutte contre la 39


pauvreté, relance de l’économie et aussi, soutien à la NASA, créée deux ans plus tôt. Dans le contexte de la Guerre froide, l’enjeu spatial est crucial, à la fois technologiquement mais aussi symboliquement. Qui seront les premiers à conquérir l’espace ?

un peu, nous avons d’un côté les films de robot (Metropolis, I Robot…) et de l’autre, les films dans un vaisseau spatial se rendant d’un point A à un point B, si possible avec des batailles au milieu. Le point d’orgue du film peut être divers, que ce soit une réunion familiale (sic) ou la découverte d’une autre technologie, d’un autre monde, bref, en somme du progrès.

Si aujourd’hui, la recherche spatiale ne faiblit pas, on est loin désormais de parler de conquête spatiale, du moins dans les discours politiques d’envergure (si on exclut M. Cheminade).

Le mythe de la frontière tel qu’il est pris dans les films de science-fiction emprunte donc au canon de la frontière version western : il Que reste-il ainsi de la mythologie spatiale s’agit d’aller vers du ‘mieux’, le progrès est à ? Enjeu de conquête dans les années 1960, portée de main, quoique nécessitant parfois ces films sont d’autant plus d’actualité d’en découdre avec des malandrins, dans aujourd’hui que face à la finitude des une vision particulièrement téléologique ressources de notre planète, la conquête de l’histoire. Aussi, le format de “saga” se spatiale apparaît comme un doux rêve de prête particulièrement bien à ces récits renouveau, reposant sur le principe d’un grandioses proposant au mieux une réflexion bond technologique anthropologique sur le mythe de la frontière tel qu'il suffisant nous l’avenir de l’homme, au permettant d’aller est pris dans les films de science- pire, des délires pseudopolluer le reste de fiction emprunte au canon de la mystiques. Sachez que l’univers. Ce rêve, frontière version western : il s'agit personnellement, s’il y d'aller vers du «mieux» rempli de technologies a une bataille spatiale, futuristes, n’est pas je pardonne tout. franchement vendeur tant les inconvénients écologiques sont nombreux. Ce progrès peut s’incarner dans quelque chose de positif, mais aussi dans quelque Éternelle optimiste et fascinée par les chose de négatif, symbolisant cette fois étoiles, je vous propose de faire fi un instant l’hubris humaine défiant les dieux (oui, vous de cette triste réalité pour nous pencher sur savez de quoi je parle…) la vision de la frontière. Du côté de la lumière, on trouve la saga Je me concentrerai ici sur un type de film Star Trek. Outre le fait que la franchise de science-fiction qui relève plus du space ait pulvérisé un bon nombre de barrières opera que de l’anticipation. En caricaturant 40


© agences-spatiales.fr

Vous saviez qu’il existe un documentaire intitulé 16 levers de soleil retraçant le parcours de T. Pesquet ?

place ainsi dans une demi propagande proNASA et tente un peu désespérément de remettre des paillettes stellaires dans les yeux des enfants. Vous imaginez bien que pour moi cela a fonctionné, et que cela a dû suffisamment fonctionner aussi pour d’autres puisque l’ESA confie une mission proprement de communication à Thomas Pesquet quelques années plus tard. Oui.

sociales télévisuelles dans les années 1960, cette saga prend au pied de la lettre le thème de la frontière puisqu’il s’agit littéralement d’aller aux confins de l’univers. On retrouve même ce thème dans les titres mêmes de plusieurs films, ainsi Star Trek 5, l’Ultime Frontière de 1989, Star Trek 6, Terre inconnue en 1991, ou encore le Star Trek Sans Limite (ou Beyond en anglais) en 2016. Difficile toutefois de ne pas voir dans cette franchise la volonté de traverser des frontières surtout métaphoriques alliant le fond et la forme comme rarement sur le petit et grand écran.

La série Space Force (2020, sur Netflix) propose le même type scénario mais dans un genre franchement comique et très actuel, notamment au niveau de sa critique douce mais présente de la politique spatiale américaine de Donald Trump. Le général Naird (vous apprécierez le jeu de mot), interprété par Steve Carell est ainsi chargé de créer la sixième branche de l’armée américaine, l’armée spatiale. Malgré les moqueries, il tente, très

Dans une vibe très 1990 et peut-être plus proche de nous temporellement, Seul sur Mars, sorti en 2015, nous narre une conquête humble mais malgré tout victorieuse de la planète Mars, où l’antagoniste est la planète elle-même, son désert et son absence d’oxygène. La conquête se fait à la force du poignet (et grâce aux patates) dans une perspective joyeuse et optimiste. Le film se 41

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successives de la saga sont donc toutes plus ou moins à la recherche des créateurs de l’humanité, nous laissant spectateur dans de nombreuses impasses philosophiques (et aussi cinématographiques, mais soit). Le chemin vers la Vérité est long et tortueux Côté ténèbres, on trouve évidemment la cette fois : il nécessite de sans cesse saga Alien. Empruntant aux films d’horreur, repousser nos propres limites, nos propres je vous propose une lecture un peu plus frontières. De mon point de vue, si je n’ai science fiction que d’habitude pour cette pas franchement détesté les derniers films série de films qui a l’ambition, depuis le de Ridley Scott, c’est grâce à cette sorte de départ, de faire réfléchir tentative désespérée son spectateur sur la Si je n'ai pas franchement détesté de raconter quelque notion d’humanité les derniers films de Ridley Scott, chose sur l’humanité c'est grâce à cette sorte de et de sa limite, tant et son futur, dans une tentative desespérée de raconter dans ses capacités de quête un peu scabreuse survie, “là où on ne quelque chose sur l'humanité et de connaissance (et un son futur nous entend pas crier”, peu à cause de Michael que celle à faire face à Fassbender que je trouve fantastique plus malin que soit : la force de l’Alien, c’est quoiqu’il se passe à l’écran). surtout que c’est pas la moitié d’un abruti. Suite logique, le très moyennement reçu Ce mythe de la frontière est donc bien ancré Prometheus coche toutes les cases de la dans la culture américaine et se voit recyclé vision téléologique-pseudo mystique de sous plusieurs formes différentes : je regrette l’Humain dans son scénario. Les héroïnes toutefois que cet usage du mythe dans la

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benoîtement, de mener à bien sa mission, aidé par le Dr. Mallory (joué par John Malkovich). On regrettera juste quelques passages très clichés dignes de n’importe quelle sitcom familiale.

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science-fiction ait connu un tel frein depuis le dernier Star Trek, voire même après Alien Covenant.

d’un dédain assez fort pour ce que le genre voulait apporter au départ. Des personnages humanistes oeuvrant ensemble pour le bien de l’humanité ? Foutaises, personne n’est capable d’agir ainsi (1), montrez-nous plutôt des imbéciles. La recherche profonde de notre but dans l’univers ? Dieu est mort, voyons.

Je proposerais ici les mêmes pistes d’explication que Dolores dans son article sur la mythologie égyptienne : saturation du marché par les films de super-héros qui mélangent habilement les thèmes de science-fiction avec leurs propres histoires, nécessité d’un budget conséquent que des studios frileux ne sont pas toujours enclins à donner, genre passé de mode, ainsi qu’un certain optimisme sur l’humanité que porte ce cinéma qui ne convainc plus vraiment.

Le reste de la production semble chercher son propos, bataillant pour se détacher de l’ombre de Star Trek et de ce qui est vu aujourd’hui comme kitch, tout en essayant de trouver ce qu’il a à dire sur le monde d’aujourd’hui où la plupart des gadgets dont rêvaient les enfants dans les années 1960 existent, où l’espace est de fait un sujet d’actualité avec par exemple SpaceX, la récente campagne d’embauche pour trouver les futurs astronautes européens. Je vous rappelle aussi que notre T. Pesquet national repart bientôt en mission. Est-ce que le space-opera n’est simplement plus… d’actualité ? Est-ce que nous avons finalement atteint la frontière et brisé le mythe ?

J’ai ici beaucoup parlé de “saga” ce qui me permettait de mélanger deux médias : le cinéma et la télévision. Si le cinéma semble avoir lâché l’affaire, le salut viendra peut-être de la télévision qui n’a jamais lésiné sur les moyens pour produire du space-opéra : Star Trek (6 séries), Stargate (3 séries), Farscape (à voir au moins pour sa proposition visuelle), Battlestar Galactica, Firefly, Doctor Who (plus longue série de SF en cours de production), et plus récemment Perdus dans l’Espace (remake de 2018, sur Netflix), Dark Matter (crée par le même duo Joseph Mallozzi et Paul Mullie, connu pour avoir travaillé sur Stargate SG-1) ou encore les sitcoms Final Space (ou le but est - littéralement - d’arriver au bout de l’espace), Avenue 5 (avec Hugh Laurie) et The Orville dont nous avions déjà parlé sur l’Écran.

I want to believe.

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- DOC AERYN 1

Effectivement, ça serait de la… science-fiction.

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Pourquoi la télévision donc et pourquoi le genre de la sitcom-space opera semble-t-il dominer ? J’y vois personnellement les signes 43


GRAND Du cinéma

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RAY HARRYHAUSEN

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l’homme parmi les monstres James Cameron, Steven Spielberg, Tim 13 ans lorsqu’il est époustouflé par le Burton, Guillermo Del Toro, Terry Gilliam, King Kong de Cooper et Shoedsack grâce John Landis, Joe Dante, Peter Jackson aux effets visuels révolutionnaires de … pour tous ces hommes, il est une Willis O’Brien. Il n’aura alors de cesse de référence, un maître dans son art, voire chercher à reproduire les travaux du père le modèle à l’origine de leur passion pour de l’animation intégrée au cinéma. Aidé le cinéma et pour certains de leur carrière jusqu’à leur mort par ses parents (son père (notre kiwi des anneaux préféré réalisa réalisant les squelettes en métal et sa mère ses premiers films enfant avec une caméra les costumes), Ray crée de magnifiques super 8 et des effets monstres des temps Ray Harryhause, était un géant au stop motion inspirés perdus qu’il met milieu de titans minuscules de ses films). en scène dans des cours métrages qui Ray Harryhausen attirent l’attention de O’Brien qui l’enjoint était un géant au milieu de titans à suivre des cours de dessin, d’anatomie, minuscules. Si vous avez eu une enfance de sculpture afin de parfaire sa technique. télévisuelle, vous avez forcément passé C’est lors de ses études qu’il se lie d’amitié un après-midi de vacances ou de jour férié avec l’auteur Ray Bradbury. devant un de ses films multi-rediffusés sans le savoir, car il n’était crédité que La Seconde Guerre Mondiale le met sous comme concepteur des effets spéciaux, le commandement du colonel Frank Capra mais c’était bel et bien lui et ses créations dans une unité dédiée à la réalisation de qui constituaient le tronc central et l’attrait films éducatifs sur l’usage du matériel des films. militaire. À son retour, fort de cette Né le 29 juin 1920, Ray Harryhausen a expérience, il se fait engager comme 45


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premier assistant de Willis O’Brien sur le film Monsieur Joe (par la même équipe de King Kong, mais qui réalise ici un film plus familial) en 1949 pour lequel ce dernier recevra l’Oscar des Meilleurs Effets Spéciaux. Il est alors temps pour Ray de voler de ses propres ailes et d’entrer dans l’Histoire avec son premier projet personnel.

marionnettes miniatures avec le procédé Dynamition (pour Dynamic Animation). Le scénario de son ami Bradbury sur un monstre préhistorique réveillé par une explosion atomique et qui se met à détruire tout sur son passage sera promptement adapté et magnifié par les Japonais de la Toho l’année suivante pour Gojira/Godzilla d’Ishiro Honda.

Avec Le monstre des temps perdus,

Avec Le Monstre Ray harryhausen crée une nouvelle Le succès du film forme d'animation permettant des temps permet la rencontre

à des acteurs et aux décors perdus en 1953, et l’association d'interragir plus propement avec les officiellement avec le producteur marionnettes miniatures réalisé par Charles H. Schneer, Eugène Lourié qui une collaboration était en réalité assistant de luxe, Ray qui durera jusqu’à leur retraite en 1981. Harryhausen crée une nouvelle forme Le partenariat permet à Ray de se focaliser d’animation permettant à des acteurs sur la technique et de développer jusqu’à et aux décors d’interagir plus la limite technique ses animations. proprement avec les Les deux compères déménagent à

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Londres pour des raisons pratiques, tournant essentiellement en Europe méditerranéenne ou au studio Pinewood (les studios de James Bond). C’est l’âge d’or de leur carrière avec notamment la trilogie Sinbad le marin (Le 7e voyage de Sinbad en 1958, Le Voyage Fantastique de Sinbad en 1974 et Sinbad et l’oeil fantastique en 1977) et surtout ses 2 films inspirés de la mythologie grecque Jason et les Argonautes en 1963 et Le Choc des Titans en 1981 qui sonnera le glas du genre, les nouvelles technologies numériques ayant surpassé l’animation manuelle en volume. Il ne faut pour autant pas snober ses autres films comme La Vallée de Gwangi de 1969 dont les dinosaures serviront de modèles pour les milliers de figurines en plastiques que l’on trouvait sur les marchés de France et de Navarre pour 10 francs (mais aussi donnera l’une des scènes les plus hilarantes de La Classe américaine de Michel Hazanavicius et Dominique Mézerette.).

source principale d’inspiration pour David Jaffe son créateur, de ses techniques utilisées par Cameron pour le premier Terminator, Sam Raimi sur Evil Dead III et la résurrection de ce style d’animation avec Nick Park et le studio Aardman (Wallace et Gromit, Chicken Run…) ou L’étrange Noël de Mr Jack ou tout simplement les extraits de ses films dans le générique de Malcolm, immortalisant l’enfance devant la télé de la génération 90. Pour toutes ces raisons, Ray Harryhausen a sa place au Panthéon du cinéma. - THE WATCHER -

© gizmodo.com

Si son héritage semble à première vue succint et limité à une niche (15 films en 40 ans toujours en tant que responsable des effets spéciaux et jamais en réalisateur principal) il est pourtant indéniable que son impact est immense sur le cinéma et la pop culture : les soucoupes volantes de Les Soucoupes volantes attaquent 1956 réutilisées par Burton pour Mars Attack au bestiaire complet des monstres de la saga God of War, au design basé sur ceux de Ray et dont Le Choc des Titans est la 47


pépites

T T Les pépites De la rédaction TT TT Films inconnus, chef d’oeuvres oubliés, oeuvres mal aimées, découvertes récentes ou coup de coeur rétro... Voici les recommandations de la rédac’ à voir entre deux films en salle !

TT TT TT Wonder woman

LILITH VOUS RECOMMANDE...

USA PATTY JENKINS 2017 FANTASTIQUE

C'était avant qu'elle ne devienne Wonder Woman, à l'époque où elle était encore Diana, princesse des Amazones et combattante invincible. Un jour, un pilote américain s'écrase sur l'île paradisiaque où elle vit, à l'abri des fracas du monde. Lorsqu'il lui raconte qu'une guerre terrible fait rage à l'autre bout de la planète, Diana quitte son havre de paix, convaincue qu'elle doit enrayer la menace. En s'alliant aux hommes dans un combat destiné à mettre fin à la guerre, Diana découvrira toute l'étendue de ses pouvoirs… et son véritable destin. 48


TT Péril sur la ville

DOC AERYN VOUS RECOMMANDE...

Un été dans le quotidien animé des habitants de la butte Bellevue, dans le quartier populaire de Saint-Mauront, au cœur de Marseille.

FRANCE PHILIPPE PUJOL 2020 DOCUMENTAIRE

THE WATCHER VOUS RECOMMANDE...

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star trek V : L'ultime frontière En 2287, le Capitaine Kirk et son équipage prennent sur Terre des vacances bien méritées... Mais lorsqu’ils apprennent que le Vulcain Sybok, demi-frère de Spock, vient de prendre en otage des diplômates venus cohabiter sur la planète Nimbus III, nos héros remontent à bord de l’Enterprise...

USA WILLIAM SHATNER 1999 SCIENCE-FICTION 49


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DOLORES VOUS RECOMMANDE...

LE JEune karl marxT

1844. De toute part, dans une Europe en ébullition, les ouvriers, premières victimes de la “Révolution industrielle”, cherchent à s’organiser devant un “capital” effréné qui dévore tout sur son passage. Karl Marx, journaliste et jeune philosophe de 26 ans, victime de la censure d’une Allemagne répressive, s’exile à Paris avec sa femme Jenny où ils vont faire une rencontre décisive : Friedrich Engels, fils révolté d’un riche industriel Allemand. Entre parties d’échecs endiablées, nuits d’ivresse et débats passionnés, ils rédigent fiévreusement ce qui deviendra la “bible” des révoltes ouvrières en Europe : “Le manifeste du Parti Communiste”.

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SARA JEAN VOUS RECOMMANDE...

backcountry

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CANADA ADAM MACDONALD 2014 HORREUR

ALLEMAGNE RAOUL PECK 2017 BIOPIC

Un couple décide de camper dans la nature sauvage du Canada. Alex est un amoureux de la nature et parvient à convaincre sa femme Jenn, de le suivre dans ce périple pour atteindre l’un de ses endroits isolés préféré : Blackfoot Trail. Poussé par l’ambition d’Alex, le couple va se mettre dans cette immense forêt avant de se rendre compte qu’ils sont entrés sur le territoire d’un ours effrayant.

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COREE LEE CHAN DONG 2018 DRAME, THRILLER

ESTELLE VOUS RECOMMANDE...

burning

Lors d’une livraison, Jongsu, un jeune coursier, retrouve par hasard son ancienne voisine, Haemi, qui le séduit immédiatement. De retour d’un voyage à l’étranger, celle-ci revient cependant avec Ben, un garçon fortuné et mystérieux. Alors que s’instaure entre eux un troublant triangle amoureux, Ben révèle à Jongsu son étrange secret. Peu de temps après, Haemi disparaît…

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RILLETTES VOUS RECOMMANDE...

good time

Un braquage qui tourne mal… Connie réussit à s’enfuir mais son frère Nick est arrêté. Alors que Connie tente de réunir la caution pour libérer son frère, une autre option s’offre à lui : le faire évader. Commence alors dans les bas-fonds de New York, une longue nuit sous adrénaline.

USA BENNY SAFDIE, JOSH SAFDIE 2017 THRILLER, DRAME 51


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