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Zure Euskal herriko aldizkaria

ibilka

Votre magazine du Pays basque

le magazine

SEPT ÉTAPES

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COUPS DE CŒUR

ibilka

le magazine

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basques d'argentine

numéro 8 - 2015 negu / Hiver

les bâtisseurs d'une natiOn

Quand la Navarre prend des allures d'Alba ou de Périgord, c'est vers la sierra de Lokiz qu'il faut se rendre, pour découvrir des paysages uniques et un autre trésor.

La diaspora basque a imprégné la capitale argentine.

Chaque année, depuis 1884, le premier samedi de février, la capitale du Gipuzkoa, rend un hommage vibrant et coloré à une partie de sa population…

Mendoza

Cordoba

Urdiñarbe

Le groupe de musique Baietz revisite notre tradition au sein de l’association gerora.

Ordiarp (Urdiñarbe) pourrait apparaître comme une photographie sépia à jamais figée par le temps. Mais, à y regarder de plus près, on y verra vibrer l'âme de la Soule.

Traversée des Andes

ibilka le magazine - argentine

Depuis 1951, Vicente Lecea et ses Transportes Los Vascos ont franchi des centaines de fois la cordillère des andes.

ibilka

Vitoria-Gasteiz

Pasaia

Une belle et terrible histoire d'hommes et d'Océan.

La capitale a fait de la qualité de la vie de ses habitants sa signature.

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Votre magazine du Pays basque

le magazine

le magazine

Dans son isolement, la vallée est un petit paradis naturel.

Donostia

Chaque vendredi soir, l'euskal etxe est le rendez-vous incontournable de la communauté basque.

Zure Euskal herriko aldizkaria

Aramaio

Le diamant noir de Lokiz

Buenos Aires

le magazine

ibilka

Treviño

ibilka

le magazine

La petite enclave aimerait bien devenir la huitième cuadrilla d’Álava.

le magazine

spécial NUMÉRO 9 - 2015

numéro 10- 2015

UDABERRI / PRINTEMPS

uda / été

Pottok

la ville miroir d'euskadi

Depuis 377 ans, chaque année, Hondarribia s'enflamme le 8 septembre pour une commémoration mémorielle unique, mais pas toujours unanime.

Histoire

San Fermin

Et les Basques découvrirent l'Amérique

Bien avant Colomb, des hommes venus du sud-ouest européen découvrirent l'Amérique sans aucune volonté de colonisation. C'est peut-être pour cela qu'on les a oubliés.

ibilka

le magazine

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le magazine

ibilka

le magazine

basques d'argentine

les bâtisseurs d'une natiOn

Amaiur

Buenos Aires

Une histoire navarraise de trahison et d'héroïsme.

La diaspora basque a imprégné la capitale argentine.

Mendoza

Chaque vendredi soir, l'euskal etxe est le rendez-vous incontournable de la communauté basque.

Cordoba

Le groupe de musique Baietz revisite notre tradition au sein de l’association gerora.

Traversée des Andes

Ortzaize

Depuis 1951, Vicente Lecea et ses Transportes Los Vascos ont franchi des centaines de fois la cordillère des andes.

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numéro 8 - 2015

NUMÉRO 9 - 2015

negu / Hiver

UDABERRI / PRINTEMPS

Le diamant noir de Lokiz

Pottok

Quand la Navarre prend des allures d'Alba ou de Périgord, c'est vers la sierra de Lokiz qu'il faut se rendre, pour découvrir des paysages uniques et un autre trésor.

Donostia

Chaque année, depuis 1884, le premier samedi de février, la capitale du Gipuzkoa, rend un hommage vibrant et coloré à une partie de sa population…

Urdiñarbe

Ordiarp (Urdiñarbe) pourrait apparaître comme une photographie sépia à jamais figée par le temps. Mais, à y regarder de plus près, on y verra vibrer l'âme de la Soule.

Pasaia

Une belle et terrible histoire d'hommes et d'Océan.

Après des décennies de déclin, d'oubli et de mauvais marketing, le pottok renaît sous l'impulsion d'éleveurs qui espèrent bien lui redonner toute sa place dans la galaxie équestre.

Et les Basques découvrirent l'Amérique

Bien avant Colomb, des hommes venus du sud-ouest européen découvrirent l'Amérique sans aucune volonté de colonisation. C'est peut-être pour cela qu'on les a oubliés.

Amaiur

Une histoire navarraise de trahison et d'héroïsme.

Ortzaize

Sous la tutelle rassurante de l'Haltzamendi et du Baigura, Ossès égrène ses maisons, comme son histoire, au fil du temps.

Au fil des siècles, la date de fêtes a changé, leur durée aussi, mais elles restent, depuis 1324, le rendez-vous initiatique immanquable pour les Basques.

Que savons-nous réellement de l'histoire douloureuse de Donostia ? 2016 et son titre de Capitale européenne de la culture sont l'occasion de la visiter.

Les trois Grandes

Découverte

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le magazine

S'abandonner, sans but, est une belle manière de (re)découvrir Donostia.

Aizkorri, Anboto, Gorbeia, forment la colonne vertébrale montagneuse d'Hegoalde. Des montagnes chargées d'histoire. Laissez-vous embarquer pour une randonnée inoubliable.

numéro 10- 2015 uda / été

Alarde

Depuis 377 ans, chaque année, Hondarribia s'enflamme le 8 septembre pour une commémoration mémorielle unique, mais pas toujours unanime.

Gastronomie

San Fermin

Au fil des siècles, la date de fêtes a changé, leur durée aussi, mais elles restent, depuis 1324, le rendez-vous initiatique immanquable pour les Basques.

L'une des villes les plus étoilées au monde se passionne aussi pour sa grande cuisine en minuscule.

Les trois Grandes

Aizkorri, Anboto, Gorbeia, forment la colonne vertébrale montagneuse d'Hegoalde. Des montagnes chargées d'histoire. Laissez-vous embarquer pour une randonnée inoubliable.

Bastida

Ville nouvelle, en son temps, Labastide Clairence reste un petit joyau d'urbanisme et d'architecture.

Bastida

Ville nouvelle, en son temps, Labastide Clairence reste un petit joyau d'urbanisme et d'architecture.

San Juan

La mémoire de la mer s'écrit tout près d'ici.

numéro 11- 2016

NUMÉRO 12- 2016

negu / hiver

UDABERRI/ PRINTEMPS

Mundaka

Mascarade

Baldorba

Almadia

En Soule, la mascarade est bien plus qu'une simple fête, c'est à la fois la célébration de la danse et de la langue basques, et un moment fort d'union entre les générations.

Le carnaval de Mundaka ne ressemble à aucun autre, et c'est bien là ce qui fait tout son charme et son intérêt. À découvrir de toute urgence ! Elle n'est pas la plus connue des vallée navarraise. Pourtant, avec son chapelet de villages, ses trésors romans, une faune et une flore très riches, sans parler de la précieuse tuber melanospérum, la petite vallée mérite qu'on s'y arrête.

Gorbeia

Aussi loin qu'ils se souviennent, les hommes de la vallée du Roncal ont vu les bois flottés pour rejoindre leur destination finale. Une tradition perdue, mais un savoir-faire sauvegardé, et aussi une occasion de faire la fête.

Le plus vaste parc naturel d’Euskadi est un endroit magique.

Mémoire

Fort San Cristobal

Les images de télévision, en noir et blanc, datent de 1959. Les paysages ont peu changé, la vie des bergers un peu plus. Nous sommes partis à la recherche des acteurs de l'époque.

De fort, il n'a que le nom. Prison conviendrait mieux. Perché sur les hauteurs de Pampelune, il témoigne d'une période cruelle de la Navarre.

Cagots

Pastorale

Bozate est un quartier d'Arizkun à la bien triste mémoire.

À l'occasion de Donostia 2016, découvrez l'incroyable destin de Katalina de Erauso.

Toloño

ibilka le magazine -Donastia

ibilka le magazine - argentine

Sous la tutelle rassurante de l'Haltzamendi et du Baigura, Ossès égrène ses maisons, comme son histoire, au fil du temps.

DONOsTia

Alarde

Après des décennies de déclin, d'oubli et de mauvais marketing, le pottok renaît sous l'impulsion d'éleveurs qui espèrent bien lui redonner toute sa place dans la galaxie équestre.

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Barrière climatique, la petite sierra sépare deux mondes.

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Valdejero

NUMÉRO 13 – 2016 UDA/ÉTÉ

Lekeitio

Le petit port de Bizkaia a surtout connu ses heures de gloire à travers la pêche qui fut, jusqu'au milieu du XXe siècle, l'activité essentielle. Depuis, le tourisme a, peu à peu, pris le dessus, sans que pour autant Lekeitio n'y perde son âme.

Cesta punta

C'est la discipline la plus spectaculaire de la pelote basque. Mais elle est aussi une formidable ambassadrice du Pays basque partout dans le monde.

Dolores Redondo

Auteure de la Trilogie du Baztán, énorme succès d'édition, l'écrivaine donastiarra Dolores Redondo, confie à Ibilka l'origine de ses différentes sources d'inspiration.

Le géant d'Altzo

Joaquim Eleizegi Ateaga, le Géant d'Altzo, eut le triste privilège d'être l'homme le plus grand du monde…

ibilka le magazine - ÁLAVA - NUMÉRO HORS SÉRIE - UDAZKENA / AUTOMNE 2016

le magazine

Terre de confins où l’Èbre annonce, géographiquement, la fin d’Euskal Herri.

Rioja alavesa

Des bodegas, œuvres d’art, et des vins nectars.

Spécial Álava


ALAVA sommaire 4_ Histoire L'Alava, un territoire historique, un sentiment d’appartenance.

6_

Aramaio D'une Suisse à une petite mer Première vallée en arrivant du Gipuzkoa, Aramaio à des allures de « petite Suisse ». Dans son isolement, entre montagnes et pâturages, elle est un paradis de la nature.

14_ Vitoria-Gasteiz En vert et pour tous La capitale de l'Alava est aussi celle de la Communauté autonome d'Euskadi. Pour autant Vitoria-Gasteiz reste une ville où prime le souci de l'environnement et de la qualité de vie.

26_ San Prudentzio L'heure de la retraite Pas seulement les Gasteiztarrak, mais aussi tous les habitants d'Alava célèbrent San Prudentzio à Vitoria-Gasteiz. L'événement, qui marie de manière détonnante la gastronomie et la religion, mérite une visite.

28_ Trebiñu Une île ou la huitième kuadrilla Enclave. Le mot sonne durement, presque comme une faute. 221 km2 de la province de Burgos au sein de l'Alava. Mais qu'en pensent les autochtones ?

34_ Gorbeia Errance en Central Parc Plus vaste parc naturel d’Euskadi et sommet mythique pour les montagnards, Gorbeia, permet de conjuguer nature et culture, histoire et gastronomie.

40_ Toloño La barrière providentielle Pareille à une véritable barrière climatique, la sierra de Toloño sépare deux mondes, atlantique et méditerranéen.

46_ Valdejero Voyage en terre de confins La sierra de Valderejo, le défilé du Sobrón, autant d'extraordinaires terres de confins. En ourlant son ensemble, l'Ebre annonce géographiquement, la fin d'Euskal Herri.

50_ Añana La vallée du trésor perdu Les salines nous racontent l'histoire d'un authentique trésor : le sel. Et les mines fantomatiques dressent un décor digne du cinéma.

52_ Rioja alavesa Chais d'œuvre en Alava Réputée pour ses vins, Arabako errioxa, la Rioja alavesa, l’est aussi pour l’architecture de ses bodegas imaginées par les plus grands architectes contemporains.


L’Alava en sept étapes

Société éditrice : BAMI Communication Rond-point de Maignon, Avenue du 8 mai 1945 BP 41 - 64183 Bayonne bami-communication@bami.fr Directeur de la publication : Jean-Paul Inchauspé Coordination : Jean-Paul Bobin bobinjeanpaul@gmail.com Textes : Txomin Laxalt, Jean-Paul Bobin Direction artistique : Sandrine Lucas Fabrication : Patrick Delprat Iru Errege Le Forum 64100 Bayonne N° ISSN 2267-6864 Photos couverture : Cédric Pasquini

Zazpiak bat, les sept font un, la formule du linguiste navarrais Arturo Campion est devenue comme une devise pour Euskal Herria. Sept provinces : trois au Pays basque Nord (Iparralde) : la Basse-Navarre, le Labourd et la Soule et quatre au Pays basque Sud (Hegoalde) : la Communauté Forale de Navarre d’une part et d’autre part, celles de la Communauté autonome d’Euskadi (Gipuzkoa, Bizkaia et Áraba). C’est à cette dernière que nous avons souhaité réserver notre numéro hors-série. La plus méridionale des sept est aussi, certainement, la moins connue. Nous vous proposons de la découvrir à travers sept étapes, du nord au sud, de la montagne à l’Ebre, d’une «  Petite Suisse  » à une Méditerranée ! Sept étapes pour autant de coups de cœur. L'Alava offre des paysages contrastés, de l'enchanteur parc de Gorbeia au vignoble de la Rioja et ses sculpturales bodegas conçues par les plus grands architectes, en passant par les mers intérieures d'Ullibarri Gamboa, des lacs aux dimensions étonnantes, dotés de ports de plaisance et d’inattendues plages. L'Alava réserve aussi bien des curiosités, telle cette enclave de quelques kilomètres carrés, propriété de la province de Burgos. Nous avons rencontré les habitants du comté de Trebiño, nous les avons écoutés raconter leur quotidien, faire part de leurs aspirations, de leur désir de rejoindre la Communauté autonome d’Euskadi. Et puis bien sûr, il y a Añana et ses célèbres salines qui ont sculpté ici, un paysage unique, digne d'Hollywood. Une halte s'imposait à Vitoria-Gasteiz, capitale d'Euskadi. Du haut des tours de Santa Maria, sa cathédrale forteresse, on découvre une ville verte qui a placé la qualité de l’environnement au centre d’un développement maîtrisé. Bonne découverte à tous et surtout n’hésitez pas à tracer votre propre chemin.

Jean-Paul Inchauspé, Directeur de la publication

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HIStOIRe

un terrItOIre HIstOrIque, UN SeNtIMeNt D’appaRteNaNCe Il aura fallu mille ans pour que l'Alava se construise un destin. Aujourd'hui, sans doute du fait de son éloignement, elle est la province d'Euskal Herri la plus méconnue.

La Communauté Autonome d’Euskadi possède-t-elle une capitale ? Rien n’est moins sûr. Depuis 1979, année de sa naissance, la polémique fait toujours rage. Il ne fut jusqu’à la populaire émission d’Euskal Irrati Telebista, Vaya semanita, avec son impertinence habituelle, qui ne l’entretint. Dans un sketch demeuré célèbre, on voit deux inspecteurs de la Ertzaintza (police autonome basque), suite à un échange de coups de feu, arrêter un malfaiteur après qu’il a déposé une bombe. Avant d’expirer, il n’a que le temps de confier le message codé qui permettrait de la désamorcer : la capitale d’Euskadi. Soulagés et sûrs d’eux, les deux flics pianotent sur le boîtier infernal : Bilbao, mais le compte à rebours poursuit son funeste égrènement ; ils essaient alors : Bilbo, rien n’y fait ; jurant et fébriles, ils tentent bien : Botxo (nom familier donné au vieux quartier), sans plus de succès. Quand par téléphone un collègue leur suggère Gasteiz, « on n’a pas le temps de déconner ! » est leur seule réponse. Même la loi entretient le flou, laquelle, signée par le Lehendakari (Président) Carlos Garaikoetxea (1980-1985) de l’époque, le 23 mai 1980, stipule : « Vitoria-Gasteiz est désignée comme siège du parlement et du gouvernement. Ainsi j’ordonne à tous les citoyens d’Euskadi, particuliers et autorités, à se conformer à cette loi. » Reste à définir ce qui fait une capitale. S’il s’agit de la ville qui réunit les pouvoirs d’une communauté, Vitoria-Gasteiz répond à la définition, mais rien, dans les textes, ne la désigne officiellement comme telle. Contrairement à Bilbo, Donostia, s’est bien gardée de revendiquer le titre. En 2010, alors que l’on célébrait les dix ans de Gasteiz capitale, Patxi Lazkoz, son maire (Parti Socialiste d’Euskadi) d’alors, jouant avec prudence avait déclaré : « Bilbao est capitale du monde, et Gasteiz capitale d’Euskadi ». L’effet

LURRaLDe HIStORIKO Bat, KIDetaSUN SeNtIMeNDU Bat Mila urte behar izan zen araba-k bere patuaren eraikitzeko. Gaur egun, beharbada urrunena delakotz, euskal herriko probintziarik ezezagutuena da araba.

vibrato n’avait pas suffi à convaincre Iñaki Azkuna, l’emblématique et fougueux maire de Bilbo (Parti Nationaliste Basque). Invité aux célébrations. Il se contenta d’ironiser : « On peut toujours vivre d’Illusions », avant de se faire porter pâle et préférer une corrida à l’anniversaire ! Deux raisons ont présidé au choix de Vitoria-Gasteiz comme capitale. La première, toute stratégique, lui fera considérer la mise hors jeu de fait d’Iruñea (Pampelune), (la Navarre, ne fait pas partie de la Communauté Autonome.N.D.L.R.) La seconde, plus réaliste, explique la décision comme « un encouragement à développer en Alava, le sentiment d’appartenance à la Communauté. » Fait indéniable, Vitoria-Gasteiz (245 000 habitants) est bien la capitale de la province d’Alava. Ce territoire de 2 963 km2 pour une population forte de quelque 325 000 habitants, s’affirme comme Arabako Lurralde Historikoa, (Territoire historique d’Alava), le dernier terme est d’importance. S’il fallait d’une image présenter la morphologie de la province, nous oserions celle de la citadelle avec, aux quatre horizons, quatre portes d’accès. En fait, une vaste plaine entourée de montagnes et quatre cluses permettant les accès vers le Gipuzkoa au nord, l’Espagne au sud, Bizkaia à l’ouest, et la Navarre à l’est. De toujours, une situation idéale, économiquement parlant – on garde en mémoire la multiséculaire Route du poisson et du vin qui reliait Guardia (Laguardia) à Otxandio (Bizkaia). Les grands courants migratoires n’ont pas négligé le couloir qui, avant d’être autopista, fut voie romaine reliant Bordeaux à Astorga (Castilla Y León). Avant les centuries, Vardules, Autrigons, Bérons et Vascons y avaient posé leurs besaces et construit des villes dont on peut admirer aujourd’hui les restes parfaitement conservés (La Hoya, oppidum de Iruña).

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La chose est entendue, bien avant l’ikurriña, il y avait une vie en Alava. Cependant, si l’on s’en tient à un décompte rond, l’an 1000, et à un document essentiel, connu comme Reja de San Millán, provenant du monastère de San Millán de la Cogolla on peut même affirmer que l’euskara y était présent depuis longtemps. En effet, au XIe siècle, la reja de hierro (grille de fer) était une unité de mesure réservée aux paiements de la dîme par les communes et que l’on consignait dans un document intitulé : De ferro en Alaba (Du fer en Alava). Les noms des lieux répertoriés ne laissent planer aucun doute : Zornoztegi, Irossona, Elhorriaga, Udalha, Barrandiz, Galharreta, Harizavalleta… Le même document donne aussi un aperçu du paysage, sans doute un essaimage de bourgs et de places fortes défensives dans les zones de Ayala, Trebiño et de ce qu’on désigne aujourd’hui Arabako Errioxa (Rioja alavesa). Autour de 1140 apparaissent les premières villes : Añana, Guardia, Agurain, Bastida. En 1181, date importante, le souverain navarrais Antso V. a Jakituna (Sancho V le Sage), retient le village de Gasteiz, posé sur une colline pour en faire un poste avancé ceint de murailles et fendu de trois rues, aujourd’hui connues comme Santa Maria, Escuelas et Fray Zaccarías Martínez « Novum nomen imposui scilicet Victoria quae antea vocabutur Gasteiz » (pour laquelle, j’impose le nom de Victoria qui avant s’appelait Gasteiz), rappelle un document.

Les seigneurs locaux se constituent en une confrérie dite d’Arriaga, forte de pouvoirs judiciaire, administratif et politique, mais divisés en deux camps, les uns favorables au royaume de Navarre, les autres à celui de Castille. Ce dernier va finir par s’imposer (1200). La Confrérie estime alors que la meilleure façon de conserver libertés et privilèges est de pactiser avec le monarque castilan, ce qui permettrait à ce dernier de faire face à l’ennemi navarrais – rappelons que l’Espagne n’existe pas, Al Andalûs

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occupant encore une partie de la péninsule. En 1431, Vitoria obtient le titre de Ville, et en 1476, le souverain Fernando II d’Aragón lui adjoint le titre de Très Noble. En 1483, aux portes de la ville, son Isabelle la Catholique d’épouse promet de respecter ses fueros (fors). Le système foral est régulièrement remis en question et, dans la seconde moitié du XIXe siècle, à l’issue des trois féroces guerres carlistes opposant Carlistes, défenseurs des fueros et Libéraux tenants du centralisme, l’Alava mais aussi Bizkaia, Gipuzkoa perdront leurs fueros au nom de l’unité constitutionnelle de l’Espagne.

67% DeS JeUNeS SONt BaSCOpHONeS Un XIXe siècle de toutes les discordes qui verra, en Alava, s’opposer afrancesados (partisans de Napoléon) et patriotes, puis traditionalistes et libéraux, progressistes et modérés. Vitoria, 8 000 habitants alors, jouera un rôle essentiel, du fait de son occupation par les troupes françaises et, portant son nom, pour la terrible bataille qui opposa, le 21 juin 1813, Français aux Britanniques, Espagnols et Portugais. Elle mettra fin au conflit, mais ce jour-là 13 000 hommes tombèrent. Si, à l’aube du XXe siècle, Vitoria n’est qu’une ville de quelque 30 000 habitants, elle bénéficie d’une aura culturelle. Revues, cercles intellectuels, académies se multiplient et la ville est qualifiée d’ « Athènes du nord ». Cependant, ainsi que le rappelle l’historien Germán Ruiz : « La tradition rurale de la province, un catholicisme profondément ancré, une méfiance des nombreux petits propriétaires vis-à-vis des progressistes et des syndicats ouvriers, la peur du communisme, le rejet de la République », feront qu’en juillet 1936, l’Alava adhérera au soulèvement franquiste. Même si, comparé au martyre des provinces sœurs, le chiffre est relativement dérisoire, la province paiera son tribut, 154 opposants seront exécutés. Le statut d’autonomie de 1979 accordé aux territoires historiques, il était dans l’ordre des choses que l'Alava y soit associé. Ce survol dans le temps aura permis de mieux comprendre pourquoi Vitoria auquel est accolé désormais officiellement le nom d’origine, Gasteiz, devint le siège de la présidence et résidence (Ajuria-enea) de son Lehendakari ainsi que du Parlement. Établie au XIXe siècle, la célèbre carte linguistique de Louis-Lucien Bonaparte montre que seule la zone frontalière avec le Gipuzkoa (vallée d’Aramaio et Legutio) demeurait bascophone. Aujourd’hui, ce sont 67 % des jeunes de 2 à 19 ans qui, en Alava, sont bascophones pour 5 % de la population à l’aube des années 80. Rien dans l’organisation administrative de la province, n’aura pourtant changé depuis le XVI� siècle, date à laquelle se sont créées les cuadrillas ou divisions territoriales, six à l’origine, sept depuis 1840 : Añana, Aiala, Kanpezu-Montaña Alavesa, Guardia Errioxa alavesa, Agurain, Vitoria-Gasteiz et Zuia. La devise : Zazpi taldek, Araba bat (Sept cuadrillas, un Alava) vient rappeler qu’il faut bien mille ans pour édifier, avant de le légitimer, un sentiment d’appartenance. Une affaire de patience.

CapItale L'amande médiévale correspond, peu ou prou, à la ville du MoyenÂge, Gasteiz. Devenue Victoria par la volonté de Sancho V le Sage, Vitoria-Gasteiz fut choisie comme capitale de la Communauté autonome d'Euskadi et comme siège de la Présidence et du Parlement basque.

MOTS CLÉS HITZ GAKOAK Territoire : lurralde Moyen-Âge : Erdi aroa Statut : estatutu Capitale : hiriburu


ÉTAPE 1

texte Txomin Laxalt / photographies Cédric Pasquini

SUISSE

D’UNE SUISSE

À UNE PETITE MER

MER

Première vallée en arrivant du Gipuzkoa, Aramaio à des allures de petite Suisse. Dans son isolement, entre montagnes et pâturages, elle est un paradis de la nature.

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t

SUItZa BatetIK ItSaSO ttIpI BateRaINO

Lehen harana Gipuzkoatik ailegatuz, aramaiokoa egiazko Suitza tipi bat iduria da. Bere bakardadean, mendiren eta bazkalekuen artean, izadiaren paradisu bat da.

ruralItÉ Ici, sur la route qui mène à Aramaio, les activités rurales restent au centre de la vie. On distingue la silhouette de l'Anboto et ses quelque 1 296 m.

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Tout seuil a son importance et son franchissement va déterminer la relation future. L’impersonnalité autoroutière transforme toute intrusion territoriale, si l’on s’en rend seulement compte, en un banal franchissement que ne balise aucun déterminant paysager, un de ceux qui certifieraient l’accès à un nouveau chapitre. L'Alava ne méritait pas ça. L’huis retenu répondait plutôt à la définition de porte dérobée, une entrée côté jardin, après les plantations industrielles gipuzkoannes triomphant à Arrasate/Mondragón. C‘était aussi une façon d’aborder l'Alava par son point le plus septentrional, le voyageur à ses manies. Les rails sécuritaires de l’autovía laissaient place alors au talus de ces routes dont les virages en annoncent d’autres, les zones industrielles aux débordements de sapins, les panneaux de sorties de camions à ceux, bien plus évocateurs, prévenant du débucher fortuit de cerfs en maraude. Une dizaine de kilomètres comme une savoureuse éternité avant que n’apparaissent les premiers pâturages d’Aramaio (Zuiako kuadrilla/Cuadrilla de Zuia) et, en contrebas, une plaine houleuse. La tentation de tout voyageur, on le sait, c’est de s’abandonner à la comparaison facile. Ainsi, le 8 août 1905, le jeune souverain Alfonso XIII, alors qu’il rendait visite à son professeur de sciences, D. Fancisco de Paula Arrillaga, ne put s’empêcher de s’exclamer en débouchant dans la vallée suspendue : « C’est comme une petite Suisse ! » Pour n’être pas usurpée, la désignation lui est restée — le piètre souverain aura laissé finalement quelque trace.

petIte HeLVétIe Ibarra est la première commune que croise le visiteur. Il faudra prendre un peu de hauteur pour comprendre sa position de capitale de la vallée imposée par la seule orographie : sur sa marge gauche nidifient les villages de Gantzaga, Etxaguen, Arexola et Uribarri et sur sa marge droite ceux de Untzilla, Barajuen et Azkoaga, comme autant de mouchetages dans le vert lumineux des herbes printanières. Il faudra s’abandonner aux sinuosités vagabondes d'étroites routes que l’on devine avoir appartenu longtemps au seul sabot, pour les visiter tous. Pour mieux corroborer son titre de petite Helvétie, la vallée d’Aramaio a cru bon de s’affubler de quelques chalets, peine perdue, les fermes massives aux porches et aux moellons


ĂŠtape 1

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Ode à l a nature Que ce soit à Langara Gamboa (ci-contre), ou dans les autres villages de la vallée d'Aramaio, partout, la nature propose un majestueux spectacle.

des mers intérieures pour satisfaire les envies de baille des citadins

To u s à l a p l a g e Outre ses nombreuses plages, le parc de Garaio, offre des lieux d'observation de la faune sauvage. Barrages Ses immenses mers intérieures ont entièrement, tel le barrage d'Ullibari-Gamboa, été créées pour l'énergie hydro-électrique.

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étape 1

les brebis sont en estive À perpétuité dans les amples pÂturaGes

triomphants suffisent amplement comme affirmation identitaire. Entre deux ruelles qui lézardent, une amona (grand-mère) curieuse, bâton sur l’épaule ramenant deux vaches à l’étable s’enquiert de notre visite avant de nous rappeler comment trois semaines auparavant, la neige emmaillotait encore la vallée. La force de ce lieu repose sans doute dans la possibilité qu’a le regard d’embrasser dans son ensemble un paysage qui respire à une infinitude bucolique en se frottant aussi à la force brute de la montagne, laquelle verrouille le fond de la vallée. Les amples pâturages le long desquels coulissent les brebis en estive ici, à perpétuité, sont peu à peu rongés alors qu’ils s’élèvent, par des archipels rocheux, jusqu’à buter contre la muraille de Gantzagako Atxa et son point culminant Ipizte (1 062 m) que prolonge celle d’Etxague (Orixol, 1 131 m). La tentation est forte d’emprunter les sentiers qui ligotent la montagne pour s’offrir une traversée en crête jusqu’à rejoindre, par le généreux col de Zabalandi, la dent gigantesque et couleur vieil étain du formidable Anboto (1 296 m) s’imposant en majesté en un heurt visuel. On y lisait les débris de l’hiver sur ses flancs accores où s’agrippaient quelques névés obstinés.

FaUNe et FLORe eXCeptIONNeLLeS

gantZaga Le village de Gantzaga (ci-dessus), fait partie des quelques lieux de vie qui mouchètent les deux rives de la vallée.

des ÎlOts En voyant l'habitat ainsi dispersé, on comprend que la vallée soit un refuge pour ceux qui fuient la foule.

On aurait pu croire la vallée – elle fut bizcayenne jusqu’au XII� siècle – épargnée par les tourments de l’histoire. Si El Cantar de Aramaio, une chanson de geste de 1443, recense de terribles luttes de lignages, prédomine la figure du curé Santa Cruz, héros de la deuxième guerre carliste (1872-1876) et cauchemar des troupes libérales. Le guérillero, bien plus adroit au sabre qu’au goupillon et qui, en guise d’absolution, aux indigents paters et aves, préférait le bien plus efficace poteau d’exécution, se réfugia dans la ferme Urdingio de Gantzaga, après l’attaque d’un convoi, le 11 août 1872. Traqué, les villageois planquèrent le Che à soutane dans la grotte Nardin, sur les flancs d’Izpite, qu’aujourd’hui on vient visiter avec ferveur. Aramaio partage avec Bizkaia des bribes du parc naturel d’Urkiola créé en 1989, lesquelles, ne sont pas les moins intéressantes pour une faune et une flore exceptionnelles qu’elles abritent. En redescendant de l’Orixol, un sommet karstique assiégé d’un feutrage serré d’arbustes et aux flancs tapissés d’une forêt épaisse, nous avions croisé baso-

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zaina (le garde forestier). Pas peu fier, alors que nous commentions la préservation de l’endroit, il nous évoqua le choix judicieux de la vallée qui avait opté pour la biomasse, un processus biologique procurant la matière organique à partir du bois, « grâce à une bonne gestion, inépuisable, propre et bon marché et en plus, créateur d’emplois », avait-il conclu. Abandonnant déjà la vallée égarée et son environnement confondant, nous nous immergions à nouveau dans la sapinière pour nous laisser glisser vers la plaine. Étonnante Álaba, voilà qu’elle s’offrait des allures canadiennes au hasard d’estuaires fendant le moutonnement des résineux dans les prémices d’Urruñaga et Ullibarri dont on ne sait jamais si les eaux ne relèveraient pas incongrûment d’une mer en miniature, reliquat lacustre de quelque bouleversement préhistorique. Les hauts murs de contention attestent de l’intervention humaine et, alors que se profilent dans le flou d’un proche horizon les faubourgs de Vitoria-Gasteiz, se célèbrent les improbables noces de l’ingénieur hydroélectricien et du maître maçon, du béton et de la pierre taillée car de Legutio à Nanclares de Gamboa, de Betolaza à Arroiabe, l’empreinte médiévale du double arc en ogive ou en plein cintre ne l’a jamais cédé au fer à béton. Entre 1947 et 1957 un chantier pharaonique a muselé la rivière Zadorra qui élargit désormais ses hanches pour offrir ces deux remarquables plans d’eau respectivement, de 132,5 km² et 267 km², séparés par le ruban autoroutier. Une ambiance prévaut sur cette plaine soudaine, ce plat pays fer-

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randOnnÉes Un paradis pour les randonneurs qui profitent des magnifiques panoramas, et aussi pour les cyclo-touristes.

étonnante alava Qui s'offre ici des allures canadiennes


ĂŠtape 1

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des voiliers Y sont À l'amarre et l'escale au club nautiQue s'impose parC de garaIO Comme au bord du littoral, les rives du lacs offrent de nombreuses activités, de la baignade au nautisme. rÉservOIr Le barrage d'Ullibarri a été construit dans les années 50 pour approvisionner VitoriaGasteiz en eau potable et en électricité.

MOTS CLÉS HITZ GAKOAK Sapin : izai Pâturage : bazkaleku Châlet : mendi etxe Barrage : urtegi

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tile culminant aux seuls clochers cigogneux des villages survivants, et sous la veille imposante de l’emblématique Gorbeia (1 481 m) alors tout filigrané des dernières neiges. Les Gasteiztarrak y ont désormais leurs fins de semaine à la mer, un ersatz de baille qui viendrait à leur rencontre. Nous en suivons la côte au hasard de routes débonnaires, doublons caps et péninsules et pour la seule île Zuaza marquons la pause à Nanclares de Gamboa, entouré de vallons dont l’herbe, aussi satinée que celle d’un golf, descend jusqu’à l’eau. Des chevaux y paissent, ignorant hiératiques hérons et entreprenants pique-bœufs. Ullibarri -Gamboa ou le port d’attache. Des voiliers y sont à l’amarre et l’escale au Club nautique s’impose. Entre deux ronds dans l’eau, des marins d’eau douce s’accoudent au comptoir et le plus ancien, un Gasteiztar, évoque les temps d’avant les régates : « Tu n’avais que des fermes, des champs cultivés et des troupeaux. Une grande partie de la Communauté autonome s’éclaire grâce au barrage », expliquet-il, puis, fataliste, désignant le vaste plan d’eau : « On n’y pense plus aujourd’hui mais quelques villages ont été noyés, contraignant les gens à partir vers Gasteiz, le mode de vie aussi a changé. 3 000 personnes ont travaillé au chantier et beaucoup y ont laissé la vie. » Dans sa course éperdue vers la Castille, l’autoroute, en parant au plus pressé fend la plaine de Vitoria-Gasteiz faisant oublier un peu vite que l'Alava n’est qu’une citadelle montagneuse protégeant sa capitale. Nous lui préférions décidément les chemins de traverse.


fresques murales Au sein de l'Amande médiévale, une Route des fresques, les « murales » offre un parcours artistique en plein air.

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Vitoria-Gasteiz En vert et

pour tous

La capitale de l'Alava est aussi celle de la Communauté autonome d'Euskadi. Pour autant, VitoriaGasteiz reste une ville à taille humaine où prime le souci de l'environnement et de la qualité de vie. page 15


étape 2


texte Jean-Paul Bobin / photographies Cédric Pasquini

VItORIa- GaSteIZ, BeRDeZ eta DeNeNtZat arabako eta euskal autonomia erkidegoko hiriburua da ere. Vitoria-Gasteiz gizakiaren neurrira egina den herri bat gelditzen da non ingurumenaren axola eta bizipenaren kalitatea nagusitzen diren.

vIlle verte Les nombreux parcs, tel le célèbre Parc Florida, donnent à la capitale de l'Alava des allures de ville à la campagne.

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Pour découvrir une ville, il faut marcher, accepter l’idée de se perdre, et surtout ne pas oublier de lever la tête. Cet éloge de la lenteur, c’est un écrivain gallois croisé à Vitoria-Gasteiz qui me l’a enseigné. Il ajouta même « Regarde, écoute, hume et goûte, et surtout, laisse-toi surprendre. » Je l’ai rencontré sur le parvis de la cathédrale Santa Maria, plaza de las Burullería, enfin…, pas vraiment lui, juste sa statue. Mais les statues parlent à qui sait écouter. Surtout celles des Gallois ! Il prétend que Santa Maria est l'une des trois plus intéressantes cathédrales du monde et, comme il m'y invitait, je pénétrai dans le saint lieu, en compagnie d'une kyrielle de visiteurs, couvert comme eux d'un casque de chantier. Une armée de maçons dans la maison de Dieu ! Toute ironie mise à part, cette visite guidée est le prélude indispensable à une découverte historique de la ville. Obretan eta Irekita « Abierto por obras » (Ouvert pour cause de travaux), informe, non sans humour et avec un sens aigü de la rhétorique, l’antiphrase affichée sur les murs de la cathédrale. Entre échafaudages, triforium, atrium, poutrelles métalliques et autres engins de chantier, on embarque pour un voyage de près mille ans à la rencontre d'un petit village devenu capitale ! Cette visite originale fut d'ailleurs couronnée par le Prix Europa Nostra 2012, une distinction européenne récompensant les initiatives de récupération et de conservation du patrimoine culturel. C'est aussi elle qui séduisit Ken Follet – notre Gallois – qui confessa avoir été inspiré par Santa

Maria pour écrire son roman Un monde sans fin. Un titre qui colle parfaitement au périple que propose la cathédrale locale, entre merveilles gothiques, et tranchées de chantiers d'où émergent quelques squelettes, témoins de l'époque, où la cathédrale servait de cimetière pour les riches Gasteiztarrak. Les fossiles marins trouvés sur place attestent, eux, d'une époque beaucoup plus lointaine où l'Océan recouvrait la plaine de Vitoria-Gasteiz. Quant aux pierres qui permirent l'édification de l'édifice, elles proviennent des carrières d'Ajarte, un village du Comté de Tréviño (lire p.26-30). Une église forteresse autrefois intégrée aux murailles urbaines dont la visite montre les traces, et qui, du haut de sa tour-clocher découvre un splendide panorama sur l’« amande » médiévale – nom métaphoriquement donné au vieux quartier – et bien au-delà.

En visitant Santa Maria, on embarque pour un voyage de près de mille ans !


étape 2

frOndaIsOns Le Parc Florida et les autres nombreux parcs offrent des zones de fraîcheurs propices à la déambulation.

En sortant de cette espèce d’analepse, on est un peu comme ces voyageurs temporels, désorientés et lavés des pesanteurs du présent. Alde zaharra (le vieux quartier) apparaît alors comme un passage enchanté entre le passé et le présent, l'histoire et le futur. En ce milieu d’après-midi d'août, la ville ploie sous l’infernale chaleur de fin d’été. À la terrasse de Los Amigos, calle Correria, tous âges confondus, certains terminent leur déjeuner, tandis que d’autres entament un Txikiteo que l’on devine titanesque, et devisent castillan et euskara mêlés. Vitoria-Gasteiz donne une impression d’apaisement et de sérénité. Une ville décontractée, de celles où il fait bon vivre. Contrairement à l'idée généralement répandue, la capitale de la Communauté autonome d'Euskadi (lire p.4-7) n'est pas une gamine qui aurait grandi trop vite, passant de 40 600 habitants en 1930 à 242 000 aujourd'hui ; ce qui la classe néanmoins parmi les capitales européennes les moins peuplées. Au contraire, c'est une vieille dame qui vit le jour en 1181, fondée par Sanche VI de Navarre sur une cité beaucoup plus ancienne encore. Gasteiz est d'ailleurs le nom de cette ville médiévale qui se résume peu ou prou à l' « amande » et lorsque Sancho VI lui concéda le titre de ville, il lui adjoint le nom de Victoria (victoire) d'où l'appellation actuelle de Vitoria-Gasteiz. La ville vient d'être certifiée, en juillet 2016, comme destination responsable, à savoir celle qui met en avant le développement durable dans l'environnement, le social et l'économie. C'est la première ville basque à obtenir cette certification. La vice-conseillère au tourisme, Itziar Epalza note « l'importance de Vitoria-Gasteiz qui prend la tête, en Euskadi, des destinations responsables. »

Ceinture verte, parcs… Vitoria-Gasteiz a fait de l'environnement un véritable art de vivre

42M2 D'eSpaCeS VeRtS paR HaBItaNt Une cité qui, au fil des siècles a su maîtriser son développement, protégeant son patrimoine tout en faisant du développement durable un art de vivre. En arrivant à Vitoria-Gasteiz on est d'abord surpris par la quantité et la qualité des espaces verts, par le nombre de pistes cyclables (plus de 150 kilomètres !) et de sentiers piétonniers, le plus souvent protégés par d'abondantes frondaisons des quelque 150 000 arbres. Avec 42m2 d'espace vert par habitant, Vitoria-Gasteiz occupe la première place en Europe. Une ville à la campagne comme les rêvait Alphonse Allais ! Cet anneau vert abrite quelques trésors naturels, telle la lagune de Salburua, à l'est de la ville qui, sur 206 hectares, classés en zone Natura 2000, héberge une faune et une flore peu communes en milieu urbain. C'est un plaisir inouï d'y observer les oiseaux à l'intérieur de l'abri prévu à cet effet au centre d'interprétation d'Ata-

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e t H O p, e n H a u t Des escalators urbains permettent de rejoindre le vieux quartier, « l'amande », depuis la ville moderne.

vIgen BlanCa La place de la Vigen blanca (à gauche), est un trait d'union entre l'« amande » médiévale et la Vitoria-Gasteiz d'aujourd'hui.

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étape 2

mÉmOrIal Place de la Vigen Blanca, le monument célébrant la bataille de Vitoria, le 21juin 1813.

ria, notamment lors des migrations. Le centre-ville offre également de nombreux parcs, accessibles de jour comme de nuit et meublés de bancs qui invitent à quelques haltes rafraîchissantes. Ainsi, tout près du Parlement basque, au très romantique Parc Florida, un parangon de jardin anglais du XIXe siècle, les habitués se retrouvent pour reprendre la discussion de la veille, lire ou simplement profiter des senteurs des différentes essences : pins, cèdres du Liban, saules, marronniers d'Inde, noyers, et même séquoia. Senteurs variables, selon les heures de la journée. Pas étonnant que la ville ait été élue capitale Verte de l'Europe en 2012. C'est tout naturellement que la traversée du parc Florida nous conduit vers la place de la Virgen Blanca, là où, début août chaque année, la ville s'offre cette licence que seule autorise l'authenticité. Les fêtes de la Virgen Blanca sont un moment privilégié pour les Gasteiztarrak, mais qui veut connaître l'esprit de la fête ici doit réserver sa dernière semaine d'avril pour participer aux Fêtes de San Prudencio - le patron de la province - un entresoi sauvegardé (lire p.24-25) bien différent d'autres manifestations du genre… Au milieu de la place, une sculpture du plus pur style martial rend hommage à la bataille de Vitoria (21 juin 1813) qui, à travers la victoire de Wellington et des troupes espagnoles sur celles de Bonaparte, scella l'indépendance du pays. Sur le socle, une phrase : A la independencia de España, les deux derniers mots sont régulièrement barbouillés de peinture noire. Allez savoir pourquoi ?

DeS téMOINS De BRONZe En traversant la Virgen-Blanca pour rejoindre sa grande voisine, la Plaza España bordée de ses belles arcades si caractéristiques, le regard est inexorablement attiré vers le ciel, en quête de Célédon. D'ailleurs, il est bien là, debout son parapluie à la main, il nous regarde depuis le balcon de l'église San Miguel qui domine la place. San Miguel est la plus vieille église de la ville, celle qui héberge la chapelle de la Virgen Blanca. Œuvre de l'artiste local, Ángel Benito Gaztañaga. Celedon appartient à cette surprenante famille de bronze qui peuple les rues de la capitale alavaise, disséminée de-ci de-là : notre Gallois devant la cathédrale, Celedon ici ; au parc Florida, c'est Wynton Marsalis et sa trompette qui viennent nous rappeler que, depuis quarante ans, la ville organise un des plus célèbres festival de jazz du monde. C'est un impressionnant Minotaur, de Casto Solano, qui nous attend sur un banc de la calle Edurdo-Dato, tandis que El Caminante, de

Une étonnante famille de statues de bronze peuple les rues, places et parcs de Vitoria-Gasteiz page 20


COuleurs Les murs peints, certaines façades, donnent à Vitoria-Gasteiz cet aspect si sympathique de ville accueillante.

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tOur de dOÑa OtXanda Modèle d'architecture médiévale, elle abrite le musée des sciences naturelles d'Alava.


étape 2

gastrOnOmIe Même si Vitoria-Gasteiz n'a pas la réputation de Donostia, elle recèle tout de même des bars à pintxos de haut niveau.

Juan José Eguizábal, Plaza del Arca, pourrait évoquer la figure du flâneur urbain, chère à Walter Benjamin. Devant Atrium, trône une sclupture de Jorge Oteiza ; la plaza de los Fueros est l'œuvre de l'architecte Luis Peña Ganchegui, avec la complicité d'Eduardo Chillida. Autant de touches de poésie, d'occasions de se laisser surprendre par ce musée en plein air comme nous y invitait notre Gallois et de sentir avec Benjamin que « l'image vraie du passé est fugitive ». Comme cette visite d'Ernest Hémigway relatée par le quotidien El Correo. Le prix Nobel de littérature serait venu au moins une fois à Vitoria-Gazteiz, en 1959, guidé par sa passion pour la corrida et par la table de Garmendia, un des meilleurs restaurants de la ville, à l'époque. Mais ne prête-t-on pas qu'aux riches ?

INVItatIONS À La FLÂNeRIe Par contre, il n'y a aucun doute sur la présence ici de Félix Fournier. Le musée Bibat, dans le vieux quartier, magnifiquement rénové par l'architecte navarrais Patxi Mangaso, en un heureux mariage de modernité et de tradition, en témoigne. Il héberge, en effet, le musée de l'archéologie et l'étonnant musée des cartes à jouer hommage aux collections de Fournier (lire encadré). À quelques centaines de mètres de là, en lisière de l'amande médiévale, Artium, le musée d'Art moderne, aux abords plus modestes que son célèbre voisin biscayen, n'en reste pas moins une étape obligée. Depuis bientôt quinze ans, il propose une véritable initiation à l'art contemporain, à travers ses très riches collections consacrées surtout aux artistes basques et espagnols ; par des expositions temporaires et des animations régulières, conférences, ateliers, autour de l'art. Un lieu à la fois de connaissance et de vulgarisation, mais surtout un musée dans lequel la visite est toujours un vrai moment de plaisir rempli de surprises. Une autre belle surprise est offerte par ses murs peints qui colorent le quartier historique, des grandes fresques murales œuvres d'artistes locaux. Elles redonnent vie à des murs aveugles et invitent autant à la flânerie qu'à la réflexion et à l'enquête. D'ailleurs Vitoria-Gasteiz est une ville qui inspire les auteurs de romans noirs. Éva Garcia Saenz de Urturi, l'une des chefs de file du genre en Espagne, y situe l'action de son dernier thriller, El silencio de la ciudad blanca. Une œuvre noire, comme il se doit, qui navigue entre la mythologie, l'archéologie et les légendes de familles de la ville. Pourquoi avoir choisi Vitoria-Gasteiz comme théâtre de son livre ? Éva Garcia Saenz de Urturi nous éclaire : « Je suis née à Vitoria et j'y ai passé la plus grande partie de ma vie. Je l'ai choise comme toile de fond parce

Autant de touches de poésie, d'occasions de se laisser surprendre par ce musée en plein air page 22


fÊtes C'est depuis la place de la Vigen blanca (ci-dessous) que chaque début août, sont lancées les célèbres fêtes éponymes.

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maIsOn pandO-argÜelles De style moderniste, cet hôtel particulier, reconnaissable à ses couleurs et ses étoiles fut construit au début du XXe siècle.


étape 2

alde ZaHara Le charme du vieux quartier, avec ses rues étroites et les restes des murailles de Gasteiz.

que c'est une ville qui me paraît très littéraire par son passé historique et culturel, et elle me paraissait très adaptée pour mettre en scène les crimes du roman. » Vous êtes prévenus.

MéMOIRe OUVRIÈRe Impossible de quitter Vitoria-Gasteiz sans un détour vers Zaramaga. Au nord de la capitale, ce nouveau quartier fut construit dans les années 50-60, essentiellement pour y loger la population ouvrière. On y trouve les usines Michelin et les Forges alavaises y étaient installées. Le quartier fut, le 3 mars 1976, le théâtre d'une des plus grandes tragédies sociales de l'Espagne post franquiste. Depuis quelques semaines des grèves avaient secoué la ville, plusieurs milliers d'ouvriers manifestaient contre la limitation des salaires et les conditions de travail et, en ce mercredi, une assemblée générale réunissait les grévistes à l'intérieur de l'église Saint-François d'Assises. La police donna l'assaut, lançant des grenades lacrimogènes, et tirant à balles réelles. Ce jour-là, Francisco, ouvrier boulanger, Pedro, travailleur des Forges alavaises, Romualdo, jeune étudiant de 17 ans, et José, travailleur au Groupe Arregui, tombèrent sous les balles des policiers de la « transition démocratique ». Plus d'une centaine d'autres furent grièvement blessés, dont Bienbénido, travailleur de Grupos Diferenciales qui mourut deux mois plus tard. Le Gallois l'a dit : « La première victime d'une guerre civile, c'est la justice. » Le chanteur catalan Luis Llach les salua à travers sa chanson Campanades a mort. Aujourd'hui, c'est la ville qui leur rend hommage, à l'occasion de ce quarantième triste anniversaire, à travers des visites guidées du quartier conçues comme un voyage de la mémoire à travers des interventions artistiques de vidéastes, d'artistes et d'écrivains. Un parcours dans Zaramaga à l'aide d'audio-casques et d'un livret explicatif pour revenir sur les événements de 1976. C'est l'écrivain gasteiztarraJuan Ibarrondo qui est l'un des instigateurs de ce projet. « Je vous propose que pour un moment, nous considérions aujourd'hui la ville comme un être vivant, en mouvement, comme une entité en cours. Nous découvrirons ainsi que la ville n'est pas tant un plan de papier, qu'un chemin à travers le temps. » Plus tard, revenu Parc Florida, non loin du kiosque, c'est un autre poète natif de Vitoria-Gasteiz, Ignacio Aldecoa qui nous attend. Avec une poignée d'autres jeunes écrivains des années 40-50, ils voulurent élever la littérature et la culture comme premières barrières contre le franquisme. Lui qui professa que « toute la littérature est sociale » serait sans doute heureux de voir qu'aujourd'hui sa ville natale est une capitale heureuse.

MOTS CLÉS HITZ GAKOAK Espaces verts : berdeguneak ---*Cathédrale : katedrala Capitale : hiriburu Cartes à jouer : kartak

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musÉe fOurnIer une rÉussIte

dÉCOuvertes ludIques Depuis 2002, Artium, le musée d'art moderner et contemporain est l'un des symboles de l'Alava.

Un musée consacré aux cartes à jouer. Cette drôle d'idée à priori, s'évère très vite être une invitation au voyage et aux différentes techniques d'impression. Les amateurs admireront les vieilles presses d'imprimerie présentées dans le hall. On y découvrira aussi des très anciennes cartes à jouer, comme un jeu de cartes provençal ou une feuille allemande datant du MoyenÂge ; également le premiers jeux de cartes lithographiés en espagne au XIXe siècle. Le musée présente l'histoire de l'entreprise créée par Héraclio Fournier et reprise par son petit-fils, Félix alfaro Fournier, dont la collection de cartes est considérée comme l'une des plus importantes au monde. Des jeux de cartes du monde entier, Japon, perse…, aux graphismes qui sont de véritables chefs-d'œuvre complètent la visite.

panOrama Une ville qui a su refuser le gigantisme et privilégier l'environnement, notamment à travers la ceinture verte qui l'entoure.

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étape 2

SAN PRUDENTZIO L’ H e U R e D e L a R e t R a I t e Au-delà des Gasteiztarrak, tous les habitants d'Alava célèbrent San Prudentzio, à Vitoria-Gasteiz. L'événement mérite une visite. De manière détonnante la gastronomie et la religion se mêlent.

Armentiako zelaiak (plaines d’Armentia) ou, de déroutante façon, une séquence de MoyenÂge égarée au XXIe siècle. Dans cette périphérie de Vitoria/Gasteiz, le béton et la vidéo surveillance, ne parviennent pas à damer le pion à quelques baserri (fermes) obstinés et aux ermitages romans. La lutte est inégale mais par bonheur, le vert l’emporte encore. C’est ici, aux alentours du VIe siècle, que naquit San Prudentzio, saint obscur de la corporation divine, anachorète un temps, évêque de Tarazona (Aragon) ensuite, mais surtout depuis 1643, patron de l’Alava. On le célèbre le 28 avril, dans l’enceinte de la splendide basilique d’Armentia (XIIe et XVIIIe siècles) d’abord, et sur l’herbe de ses somptueux jardins ensuite, lors de la traditionnelle romeria. Aussi, ce jour-là, n’espérez pas obtenir d’un Gasteiztar quoique ce soit pour toutes les meilleures raisons du monde. Du reste, tout avait commencé la veille car selon une tradition bien ancrée, toute fête possède sa bispera (veille), une expression que l’on pourrait plus trivialement traduire par tour de chauffe, faisant surtout la part belle aux estaminets de la vieille ville. Hegoalde cultive l’art délicat de dédramatiser l’histoire, éventuellement de la récupérer pour mieux en chasser les fantômes ou en exorciser des souffrances. Pour s’agacer joyeusement au souvenir, pourtant douloureux, de la Francesada (1807-1813) — six ans d’occupation de Gasteiz par 6 000 hommes des troupes napo-

léoniennes — il suffit d’un soupçon de mysticisme, un rien de trompette, un zeste de tambour, deux doigts de Arabako Errioxa et beaucoup d’escargots sur un lit de perretxiko, désignation locale du mousseron de printemps, dont ici on est friand. Le 27 avril donc, peu avant 21 heures, un mascaret humain, se dirige vers l’imposant édifice du Palais de la province, sis en bordure de l’amande de l’alde Zaharra. Bien fou celui qui manquerait le rituel dit de la Retreta (la retraite), ce morceau de bravoure que l’on scande pour évoquer cette mâle ritournelle apprise au berceau et emportée dans sa tombe.

eSCaRGOtS et CHaMpIGNONS Pour accorder plus de solennité à l’instant, tous les élus de la province mais aussi le lehendakari (président) de la Communauté autonome, Iñigo Urkullu en l’occurrence, se rassemblent sur les parvis. Ce sont trois Miñoiak, en tenue de pages et dûment perruqués qui, depuis le balcon, dans la pure tradition médiévale, ont en charge de sonner tous les quarts d’heure, la Retreta, la plus célèbre mélodie de la ville composée en 1879 par Venancio del Val. Une bien pittoresque occasion de faire connaissance avec ce corps de police urbain créé en 1793, appartenant à l’Erzaintza (police de la Communauté autonome) depuis 1992, et chargé de la surveillance des bâtiments officiels, de la protection civile et du contrôle du trafic. Dans la plus traditionnelle manière donostiarra, une Danborrada va s’égailler à travers les rues, jusqu’à la nuit bien avan-

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texte Txomin Laxalt / photographies Santiago Yaniz Aramendia

SaN pRUDeNtZIO eRRetRetaReN OReNa ez bakarrik Gasteiztarrek baita ere arabar guziek ospatzen dute San prudentzio. Gasteizen, bisita bat merezi duen gertakariak. Manera lehergarrian gastronomia eta erlijioa nahasten dira.

cée. L’aubaine nous avait donné accès à l’elkarte (association) Casino Artista Vitoriano, une institution dans la ville dont l’histoire et la situation géographique suffisent à en conférer toute l’originalité. « Autrefois le Casino désignait un cercle où l’on se réunissait pour danser, jouer au mus, au parchis, au billard, aujourd’hui, il s’agit d’une association gastronomique », nous avait confié Koldo Barredo, son président. Jusqu’à la fin du XIXe siècle, située à la défunte rue Florida, l’association a désormais véritablement pignon sur rue, en lisière du quartier historique, au dernier étage d’un immeuble de bureaux, rue Postas. Ses baies vitrées permettent d’embrasser, dans un panoramique époustouflant, le moutonnement des toits de la vieille ville. La nuit renvoyait, pareils à trois lunes d’un ciel inconnu, les nimbes parfaits des cadrans éclairés des clochers de la cathédrale Santa Maria, des églises de San Pedro et de San Miguel, trois joyaux de la ville. Instants propices à la confidence : « Si les fêtes patronales de la Virgen Blanca sont importantes, la San Prudentzio nous unit véritablement, il s’agit d’une communion entre Gasteiztarrak », s’accordaient à reconnaître, les membres présents de cette atypique société, quelque part conservatoire de la mémoire de la capitale. Nuit courte, mais l’errance nocturne n’empêchera en rien la romeria d’Armentia vers laquelle on se rend pédestrement et en famille. Le caldo (bouillon) réparateur, noyé d’un fond de txakolin, les échos du txistu et des txarangak, la messe solennelle pour les plus croyants, ont vite fait d’annihiler la calamine de la veille. Mais que serait la San Prudentzio sans ce nouvel instant d’eucharistie réunissant les amis autour des perretxiko et des escargots, point d’orgue de la célébration ? La date retenue pour leur dégustation ne relève pas du hasard. Le perretxiko est un champignon de saison, quant à l’escargot, le proverbe l’affirme : escargots d’avril pour moi, ceux de mai pour mon amour, ceux de juin pour personne. Pitxi qui nous les avait concoctés, expliquait plus prosaïquement : « Tu comprends, ils se réveillent de l’engourdissement hivernal ; sans manger, ils sont propres et donc meilleurs. » Il n’en dirait pas plus, les secrets de sauce des cuisiniers étant les plus difficiles à percer. Cela se passait au jour de la San Prudentzio, dans une société de la vieille ville presque adossée à la cathédrale ; on s’y sentait rudement bien.

On était dans une société de la vieille ville, et on s'y sentait rudement bien ! la fÊte Au-delà de la romeria, la fête bat son plein, et les épreuves de force basque séduisent toujours le public. danBOrrada Comme à Donostia, on célèbre ici, à coups de tambours narquois et douloureux, l'occupation de la ville par les armées napoléoniennes.

MOTS CLÉS HITZ GAKOAK Escargot : barraskilo, karakoil Champignon : ziza Mousseron de printemps : perretxiko Trompette : tronpeta

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étape 3

Le comté de Trebiño est une aberration administrative. Depuis longtemps les habitants de l'enclave, qui fait partie de Castilla y León, veulent être rattachés à la Communauté autonome d'Euskadi.

treBIÑu, U N e Î L e OU La HUItIÈMe KUaDRILLa

Ê

tes-vous d’Araba ou de Burgos ? » ou encore : « Mais êtesvous Basque ou Castillan ? ». Récurrentes, ces questions ont le don d’horripiler les habitants de Trebiñuko Kondarria (Comté de Treviño), l’ancien pays d’Uda, une véritable île qui ne serait pas entourée d’eau ou si l’on préfère une enclave de Castilla y León incrustée en Alava. On le sait, à travers l’histoire, enclaves ou exclaves ayant toujours été les fruits vénéneux de l’intention du prince passant outre la volonté populaire et la réalité sociopolitique, relèvent le plus souvent de douloureuses aberrations administratives. Elles désignent, en géographie humaine, des bribes de terre sous souveraineté d’un territoire dont elles sont séparées par une mer ou se trouvant sur un autre territoire. Des situations devenant conflictuelles pour peu que se manifestent des velléités sécessionnistes. Trebiñu en est un remarquable exemple. Située à 15 km au sud de Vitoria-Gasteiz et à 100 km au nord de Burgos dont elle dépend — le détail est d’importance — cette juridiction couvre une superficie de 221,6 km² pour quelque 1 350 habitants. Territoire amène et attachant, posé à 500 m d’altitude, Trebiñu alterne coteaux et belles forêts avec quelques sommets dépassant les 1 000 m (Alto de Moraza, (1 054 m), Gutxisolo (1 100 m), Pagogan (1 029 m). Comme une colonne vertébrale, la rivière Ayuda le traverse d’est en ouest. Des traces attestent d’une présence humaine depuis le paléolithique. Quarante-sept villages couvrent Trebiñu, dépendant des deux municipalités capitales : Trebiñu (171 habitants) et Lapuebla de Arganzón (500 habitants), la plupart des communes, aux riches témoignages architecturaux — on y trouve les plus beaux cadrans solaires de la péninsule — ne dépassant pas en moyenne la vingtaine d’habitants. Quelques-uns sont quasiment abandonnés. Son économie est consacrée à l’élevage et à l’agriculture, bien que la population dans sa majorité, autre détail d’importance, apprenne et travaille à Vitoria-Gasteiz. Le Comté de Trebiñu ne possède aucun intérêt stratégique, son sous-sol ne détient aucune

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texte Txomin Laxalt / photographies Santiago Yaniz Aramendia

ressource essentielle et pourtant il est, depuis près de cinq cents ans, l’objet d’un interminable conflit. Souhaitant majoritairement son rattachement à la Communauté Autonome d’Euskadi, la population s’oppose au gouvernement régional de Castilla y León et par là même, n’en doutons pas, à Madrid. « Si je devais te faire un résumé, je reprendrais les mots de Ramón Rabarena (député et sénateur d’Araba, Partido Popular. N.D.L.R) « le problème c’est que Trebiñu se trouve là où il se trouve ; si ça avait été ailleurs, il n’y aurait eu aucun problème, mais voilà il se trouve en Pays basque », nous expliquait Roberto González de Viñaspre, philologue, euskaldun et à tel point passionné par l’histoire de ce territoire et impliqué dans son devenir, qu’il a décidé un jour d’y vivre. Il est en outre l’auteur du remarquable ouvrage : Trebiñu, claves para un contencioso inacabado. (1999, Éditions Txalaparta). Située au centre du Comté, sur les bords de l’Ayuda, l’auberge Ventas de Armentia, symboliquement, était le lieu idoine pour aborder l’épineuse question. Afin d’évacuer le moindre doute quant à la légitimité de l’immémoriale revendication, Roberto avait commenté les articles des statuts d’Autonomie d’Euskadi comme de Castilla y León, concernant l’organisation de leurs territoires et la possibilité d’une partie de l’un d’en intégrer un autre : « Il suffit d’en faire la demande au territoire intéressé, d’organiser un référendum, ce dernier ayant recueilli la majorité, il ne faudrait plus que l’approbation des parlements intéressés et des Cortes espagnoles par le biais de la Loi organique. » Il va sans dire que toutes les conditions sont réunies pour la dernière étape, « depuis 1646, année où pour la première fois, une délégation d’habitants du Comté demanda son intégration aux Juntes d’Alava, mais chaque fois, cela restera lettre morte. » Le matin, lors de la visite de la commune de Trebiñu, nous avions fait halte à la mairie où, sous le porche, une imposante pièce de bois porte gravées les dates officielles des consultations populaires favorables au rattachement à l'Alava et toujours superbement ignorées : 1646, 1940, 1958, 1980 et 1998. Politiquement, les partis basques, qu’ils soient centriste, (Parti Nationaliste Basque) ou représentant la gauche abertzale (EH Bildu) sont présents dans les conseils municipaux. Depuis 2015, la majorité est tenue par la AIECT (Agrupación Electoral Independante del Condado de Treviño) qui travaille au rattachement à Araba.

rOman Le Roman est un art, mais les autochtones aimeraient en écrire un autre : le roman du rattachement de Trebiñu à l'Alava.

TREBIÑU, UHARTE BAT ALA ZORTZIGARREN KUADRILLA ? trebiñuko kondarria aberazio administratibo bat da. Duela aspaldi, Gaztela eta Leon probintziarena den enklabearen biztanleek euskal autonomia erkidegoari eratxikitzea nahi dute

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étape 3

ImparaBle Le cadran solaire est formel, il n'y a pas de décalage horaire entre l'Alava et Trebiñu, les locaux le disent depuis longtemps.

Pour comprendre l’existence de ce bégaiement historico administratif, Roberto nous en rappelle les éléments clés : « Pour faire simple, rappelons que durant le règne du roi navarrais Santxo VII Azkarra (Sancho VII Le Fort), les territoires historiques d’Alava, Bizkaia et Gipuzkoa furent occupés définitivement par la couronne de Castille (1200) dont l’historique pays de Uda, important axe économique mais aussi bastion stratégique face à l’ennemi navarrais, premier voisin. Il sera déclaré Comté de Treviño et dépendant directement de la Castille, contrairement au reste du territoire de l'Alava géré par un pouvoir propre. Dans la lettre de donation du 8 avril 1366, le souverain de Castille concède « par donation pure et perpétuelle la ville de Treviño de Uda, avec tous ses villages, communes et autres choses qui lui appartiennent. » On aurait pu penser que la signature du statut de Gernika (1979) qui définit le statut d’autonomie d’Euskadi, aurait facilité le règlement du contentieux mais le coup d’état militaire avorté du 23 février 1981 (entre autres raisons, il entendait s’opposer à la politique autonomiste de la jeune démocratie espagnole. N.D.L.R), mit fin aux espoirs d’un rattachement. Selon Roberto, « pour des raisons politiques sans doute mais grâce aussi à une campagne anti basque menée durant des mois par certaine presse de Burgos. » Et pourtant, aussi vrai que la langue se révèle un marqueur fort, la majorité des noms des villages sont d’origine basque et que ce soit historiens et linguistes, comme Julio Caro Baroja ou Koldo Mitxelena, tous s’accordent pour affirmer que l’euskera fut la langue naturelle des habitants des terres d’Uda qui, à l’image de l'Alava, à partir du XVIIe�siècle, fut victime de la débasquisation. « Aujourd’hui les habitants, et même les plus anciens, ont une conscience de ce patrimoine », rappelle Roberto González de Viñaspre. Il suffit de déambuler par les rues des villages pour se rendre compte d’un bilinguisme présent du moins dans le nom des rues et des avis publiés. Outre la présence d’une ikastola à Argantzon, ce sont 46% de la population entre 3 et 15 ans qui sont bilingues, 35% entre 16 et 24 ans, parce que les études se font à Vitoria-Gasteiz. Par contre le pourcentage tombe à 4% chez les 50-54 ans, soit une moyenne de 22 % de la population. Aujourd’hui, 30% de la population active résidant dans l’enclave, travaillent et consomment en Alava quand les démarches dépendent d’un lointain Burgos qui n’a cure de l’entretien des infrastructures de l’enclave. Sans parler d’attachement identitaire, au-delà même d’un droit historique, le seul caractère pratique n’accorderait-il pas à Trebiñu la légitimité de devenir la huitième cuadrilla d’Alava ?

MOTS CLÉS HITZ GAKOAK Enclave : enklabe Sécession : bereizketa Infrastucture : azpiegitura Revendication : errebindikazio

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gOBaK, santOrK arIa , L’a U t R e CappaDOCe Au long des falaises de Lañuko, les grottes creusées par l'homme sont un émouvant témoignage.

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GOBAK, SANTORKARIA, BESTE CAPPADOCE Lañuko labarretan zehar, gizakiek zulaturik leizeak, lekukotasun hunkigarri bat dira.

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ne étroite vallée que les coquelicots ensanglantent et qui se contracte pour devenir défilé au fond duquel se clapit Laño (Trebiñu), 16 habitants, un poignant condensé de l’architecture rurale alavaise. Laño ou la fin obligée du voyage, le village, en presque déshérence, venant buter contre les escarpements du Juanden (1 025 m) ensevelis sous le maillage crépu des chênes rouvres. Un lieu d’une paix monacale, à peine troublé par le ronronnement lointain de quelque tracteur. Le qualificatif de petite Cappadoce (Turquie), la cluse le doit aux cavités creusées de main d’homme qui affouillent ses deux parois Gobak (Las Gobas) et Santorkaria. Elles renvoient à un chapitre méconnu de l’histoire d’une chrétienté en construction, entre les Ve et VIe siècle. L’époque est encore aux hérésies, aux égarements dits sectaires, du point de vue d’une Église romaine qui ne s’est pas encore imposée. Inspiré par les Gnostiques, un courant d’ascétisme de stricte observance, dit priscillien, du nom de l’évêque d’Avila, Prisciliano, va s’étendre au nord de la péninsule. Un rite longtemps demeuré énigmatique. « Une association d’initiés qui se croyaient d’un ordre supérieur… Les confrères vivaient à part et tenaient entre eux des réunions secrètes. Ils avaient des pratiques anormales, des jeûnes particuliers, et disparaissaient à certaines époques de l’année. On remarquait que des docteurs laïques, même des femmes, occupaient dans leurs groupes une place importante », explique Paul Monceaux, en 1911, dans un passionnant article. Prisciliano sera le premier chrétien jugé et condamné à mort (385) pour hérésie. Si l’âme est créée par Dieu, le corps l’est par le Mal, professait-il, de même que La Trinité n’existe pas. Les initiés recherchaient la solitude en des lieux inaccessibles afin d’atteindre à la perfection chrétienne. Les impressionnantes cavités et chapelles (13 à Gobak, 18 à Santorkaria) qui truffent les parois calcaires sont d’émouvants vestiges rupestres. Sur ces lieux de méditation et d‘habitation, la présence de nombreuses sépultures exprime aussi une familiarité avec la mort. On peut les visiter en suivant des sentiers courant entre le buis.


étape 3

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ais gaffe aux fantômes ! » nous avaient conseillé faussement protecteurs mais franchement ironiques, les trois paysans de Imiruri (Trebiñu), occupés à bricoler un imposant engin agricole et auxquels nous avions, un peu empruntés, demandé notre chemin. La route s’arrête au village d’Imiruri, aujourd’hui une dizaine d’habitants, archétype du village de l’enclave, laissant transparaître les lustres passés. Dans un superbe isolement, au mitan des cultures, le joyau roman de l’ermitage de Concepción (San Vicentejo), à l’abside superbe tournée vers le Levant, venait en rappel d’heures fastes. Nous cheminions entre des labours engourdis, soulevant en essaims la poussière d’un chemin inadapté aux véhicules. Déjà le soleil donnait fort et, en cette heure matinale, aucune âme ne hantait les environs, du moins nous essayions de nous en convaincre en nous dirigeant vers le village maudit d’Otxate dont, les textes en témoignent, pestes, épidémies diverses et un crime inexpliqué, furent le lot des siècles passés. L’affaire avait commencé en juin 1981 quand un certain Prudencio Muguruza, employé de banque à Vitoria-Gasteiz, visitant le village abandonné depuis les années cinquante, fut témoin d’un halo de lumière — il le photographia — nimbant soudainement l’ermitage délité de Burgondo. Il n’en fallut pas plus pour que la défunte revue Mundo

O t X at e , Le VILLaGe MaUDIt Au centre de Trebiñu, isolé et abandonné, le village de Otxate est ensorcelé.

OTXATE, HERRI MADARIKATUA trebiñuko erdian, bakartua eta abandonatua, Otxate herritxo sorgindu bat da.

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texte Txomin Laxalt / photographie Santiago Yaniz Aramendia

sOs fantÔmes La célèbre tour éventrée, haute de 30 m, pénates de lémures et autres revenants, s'est avérée tristement inoccupée !

desconocido, spécialisée dans les phénomènes paranormaux en fasse sa une, suivie en cela par le journaliste de télévision gasteiztar, Iker Jimenez Elizarri. Ce dernier, dont les arrières mondes sont le fonds de commerce, fit nationalement monter la sauce et accourir ésotéristes de tous poils. Il nous fallut une vingtaine de minutes pour, parvenant enfin sur les hauts d’une éminence, découvrir le village abandonné des hommes et sans doute de Dieu et dont les ruines s’éparpillent sur une lande inattendue. Les fantômes sont âmes errantes de goût qui ont choisi Otxate pour se manifester ; la vue sur l’enclave de Trebiñu est saisissante avec un panoramique sur la sierra de Toloño à en avaler son suaire. Haute de 30 m, la fameuse tour éventrée retient tout de suite l’attention. Nous nous en approchâmes avec une vague appréhension ; la solitude, un silence de catacombe, un environnement insolite, les graffitis sataniques, les témoignages lus en amont, le reportage d’Iñigo Agirre diffusé sur la très sérieuse Euskal telebista et… l’imagination, se révélant des conditionnements empoisonnés. Ce jourlà, point d’apparitions, de nuées mystérieuses, point de psychophonies (voix venues d’ailleurs polluant des enregistrements d’ambiance) dont le fameux et récurrent vete de aquí ! (va-t’en d’ici !), plusieurs fois enregistré, preuve que la débasquisation touche aussi les revenants. Une frustration cependant, celle d’une interview manquée, le journaliste ne fait pas toujours ce qu’il veut !

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ĂŠtape 4

CeNtRaL paRC-eN GaINDI NORaeZeaN euskadiko parke naturalarik zabalena eta euskal mendizaleentzako kasko mitiko bat, Gorbeiak izadia eta kultura, historia eta gastronomia batzen ditu.

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texte Jean-Paul Bobin / photographies Santiago Yaniz Aramendia

GORBEIA erranCe e n Ce ntr a l pa rC Plus vaste parc naturel d’Euskadi et sommet mythique pour les montagnards basques, Gorbeia permet de conjuguer nature et culture, histoire et gastronomie.

entre nature et lÉgendes On comprend mieux, à la vue de tels paysages, les légendes qui habitent le parc de Gorbeia. au-delà du sYmBOle La croix marque le sommet du Gorbeia depuis 1907 et symbolise l'attachement des montagnards pour ce pic.

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étape 4

a croix est bien là, chapeautant une sorte de petit derrick. Elle remplit sa fonction, rassurante pour le néophyte convaincu de ne pas s’être trompé de sommet et fier d’avoir grimpé les quelque 1 481 mètres. Pour les autres, montagnards plus aguerris, elle est l’amer permettant aisément de distinguer le Gorbeia parmi le moutonnement des sommets d’Euskadi. Elle est surtout l’un des symboles forts de la tradition montagnarde basque, glorifiant le point culminant des montagnes d’Alava et de Bizkaia. Au pied du Gorbeia se trouve d’ailleurs le refuge Angel Sopeña, du nom de l’un des fondateurs de l’Euskual mendizale federazioa (Fédération basque de montagne). Le regard porte à l’infini, vers Bizkaia au Nord et à l’Ouest, Alava au Sud et Gipuzkoa à l’est. Au centre d’un triangle dont les pointes sont Bilbo, Gasteiz et Donostia, sur la ligne de partage des eaux, entre Atlantique et Méditerranée, à peine à une trentaine de kilomètres de Bilbo et Gasteiz, Gorbeia, le plus ancien parc naturel d’Alava (1994) est aussi le plus vaste d’Euskadi, avec une superficie de plus de 20 000 hectares. Avec celui d’Urkiola (Biskaia), qui le jouxte, ils forment un ensemble naturel unique. Pour une première découverte, une halte s’impose au Parketxea de Sarria (centre d’interprétation). Une reproduction en relief du parc permet de prendre toute la mesure et l’ampleur du lieu. On saura vous y conseiller sur toutes les découvertes que recèle le parc. À pied, en VTT, à cheval, et même en voiture Gorbeia s’offre, telle une encyclopédie ouverte aux chapitres histoire, nature, faune, flore, géologie, anthropologie, culture… et tellement d’autres. Ici, chaque pierre dissimule une légende et la mythologie basque est la compagne obligée du randonneur. Parketxea informe sur l’ensemble des randonnées « labellisées » à réaliser à l’intérieur du parc, de la sortie familiale aux incontournables, et bien sûr à la première d’entre elles qui reste l’ascension du mont Gorbeia avec pour récompense la photo au pied de la célèbre croix, comme on ferait tamponner son credencial, sur un autre chemin. L’histoire prétend que c'est le pape Léon XIII qui, pour célébrer l'avénement du siècle dernier, commanda l'érection de croix sur tous les plus hauts sommets de la chrétienté. La première installée ici, haute de plus de 30 mètres s'écroula presque immédiatement ;

patrImOIne Ici, le patrimoine et la nature se partagent la vedette. Ci-contre, le village de Zuia.

La photo est devenue, presque obligatoire, au pied de la célèbre croix qui chapeaute le Gorbeia page 36


CasCade et prOCessIOn La cascade de Goiuri est aussi célèbre que la procession à Notre-Dame de Oro.

une seconde fut érigée en 1903 et vandalisée vingt-huit mois plus tard. Mais il était sans doute écrit que le mont Gorbeia portât sa croix et l'actuelle, haute de 17,23 mètres, coiffe le sommet depuis 1907. Les plus montagnards apprécieront aussi, Oketa (1 031m) ou Berretin (1 221m), d’autres pics qui enflamment les cuisses et réjouissent les cœurs.

DeS paYSaGeS VaRIéS Ce qui frappe dans le parc, ce sont les proportions imposantes de la nature, malgré des altitudes qui feraient sourire le moins trempé des Pyrénéistes ! Ainsi, la cascade de Goiuri, proche du village éponyme, et ses cent mètres de chute. On l'entend avant de la voir, l'air s’embue, une sensation de fraîcheur s'installe comme pour inviter le visiteur à profiter du son et lumière, depuis le belvédère prévu à cet effet. Un peu partout, ce sont des paysages sculptés par l’eau au fil des millénaires, dans le relief kartisque. On recense plus de 500 cavités dans le massif, dont les grottes de Balzola et Mairuelegorreta. Près de 12 km de parcours saturés de stalactites et stalagmites. Autre merveille de l’érosion, sur le territoire de la commune d’Orozko, le karst d'Itxina, un biotope protégé de 571 hectares, à la vêture de hêtres centenaires. À l’automne, lorsqu’ils se parent de pourpre le site devient féérique ! Ce qui enchante au sein du parc de Gorbeia, c'est la variété des paysages liés à la géologie ; les formes arrondies plus foncées, aux sols recouverts d'une

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étape 4

abondante végétation se marient aux calcaires abrupts et escarpés, abritant gouffres et dépressions. Ici, la nature sert d'écrin pour découvrir d'autres trésors. Ainsi, au détour d'un virage, dénicherez-vous une petite chapelle romane, ou une ferme traditionnelle, témoignage de la qualité de l’architecture rurale locale ; vous pourrez même vous sustenter des excellents fromages locaux, de brebis bien entendu, ou apprécier une bière artisanale, du cidre ou encore le miel – la visite du musée du miel de Murgia s’impose. Dans le sud de Gorbeia les vestiges médiévaux – fortifications, petits châteaux – sont très nombreux et témoignent de la ligne de frontière qui séparait, au XIIe siècle, les royaumes de Castille et de Navarre. Le château de Zaitegi, le plus ancien, en fournit un bon exemple.

des BOuts du mOnde Le monastère Notre-Dame de Oro, au bout de la route, offre un panorama somptueux.

salvada une pÉpIte Le barrage de Moroño et la chute du Nervion, parmi les trésors de la sierra Salvada.

UN MONDe eN MINIatURe Sillonner le Parc de Gorbeia, c'est découvrir un pays qui est un monde, dans lequel, le patrimoine et les hommes sont autant de découvertes que la nature elle-même. Surprendre le vol d’un rapace, le jappement d’un chien de berger, les bêlements d’un troupeau ; se perdre dans l'entrelacs de petites routes, découvrir des villages au bout du chemin, Sara, Altube, Izarra, Lukiano… comme autant de bouts de monde ! Arriver ainsi, sans l’avoir cherché, au sanctuaire de Notre Dame de Oro où l'on découvre un panorama unique sur l'ensemble de la vallée de Zuia, le massif de Gorbeia, et les sierras de Badaia et d'Arrato. Le sanctuaire fut édifié au XVIe siècle, sur les ruines du premier, construit trois siècles plus tôt. Le gothique a remplacé le roman, mais la magie du lieu et de son rétable baroque reste intacte. C’est ainsi que, rompus, flapis, ébahis par l’incroyable talent de la nature et des hommes, et comblés par la disponibilité et la gentillesse des habitants, nous nous accordons une pause vespérale à l’une des terrasses, sur la place de Murgia, sorte d’agora du parc. On nous avait dit qu’à la Casa del Patrón, le chef, Rubén González, était un champion, plusieurs fois distingué, du piano en miniature. Quelques pintxos plus tard, nous sûmes qu’on ne nous avait pas menti. En fin de soirée, on nous fit une confidence : « Pour profiter de Gorbeia, il faut éviter les itinéraires sanctuarisés, une seule obligation, l'errance ». Mais n’est-ce pas la promesse contenue dans le nom même de votre magazine ?

Sillonner Gorbeia, c'est découvrir un monde dans lequel le patrimoine et les hommes le partagent à la nature

MOTS CLÉS HITZ GAKOAK Cascade : urjauzi Errance : noraezean Hêtre : pago Escalade : eskalada

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salBada terre d'esCalade au nord-ouest du parc de Gorbeia, en limite de Bizkaia et de la province de Burgos, Salbada mendilerroa se dresse telle une muraille, véritable barrière climatique entre les climats méditeranéen et atlantique. Cette courte sierra est un précieux trésor de biodiversité et une petite perle chérie par les montagnards et particulièrement les adeptes de l’escalade. C’est d’ailleurs ici, qu’en 1924, angel Sopeña – qui fut le premier à escalader le Naranjo de Bulnes dans les picos de europa – gravit en solitaire, et pour la première fois, le pico del Fraile (834m) qui s’élève au-dessus du cirque de tertanga. Les grandes falaises calcaires abritent aussi plus de 121 espèces d’oiseaux : aigle royal, vautour fauve, gypaéte… - la sierra a été déclarée, Zone spéciale de protection des oiseaux - et quelque 55 espèces de mamifères parmi lesquels certains sont menacés de disparition dans la Communauté autonome, comme la loutre commune ou encore le vison européen. par contre, il se murmure qu’un très ancien occupant des lieux, le loup, serait de retour… Salbada abrite aussi la plus grande cascade de toute la péninsule ibérique, celle du Nervion avec une chute de 260 mètres ! À voir particulièrement lors de la fonte des neiges. Le terrain calcaire a favorisé l’émergence de nombreuses grottes – plus de 300 – dont le célèbre système de l’Hayal de ponata, long de 45 kilomètres. Salbada est aussi une terre mythologique et l’une des légendes raconte que ce plateau de plus de 100 km2 couvert de hêtres, de bruyère et de pâturages, abritait autrefois un immense dragon qui vivait sous le sommet du txarlazo où aujourd’hui se trouve le monument érigé à la vierge de l’antigua, patronne d’Orduña, l’enclave biscayenne. Mais il y a fort à parier que la présence des bergers, attestée depuis plus de 4 500 ans, est plus avérée que celle du dragon !

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texte Txomin Laxalt / photographies Santiago Yaniz Aramendia

étape 5

tOlOÑO La BaRRIÈRe pROVIDeNtIeLLe

Pareille à une véritable barrière climatique, la sierra de Toloño sépare deux mondes, atlantique sur son versant nord et méditerranéen sur son versant sud.

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tOLOÑO, pROBIDeNtZIaZKO HeSIa Benetako hesi klimatilko baten moduan, toloñoko mendilerroak bereizten ditu bi mundu, atlantikoa bere ipar isurialdean, mediterranekoa bere hego isurialdean.

BarrIÈre ClImatIque À la fois barrière climatique, curiosité géologique et terre d'histoire, la sierra est aussi un merveilleux terrain d'aventures.

Aussi vrai que dans l’univers tout est interdépendant, qu’il ne saurait y avoir, selon l’implacable loi de la complémentarité, d’endroit sans envers, d’expiration sans inspiration, il ne saurait exister d’Arabako Errioxa (Rioja alavesa), ses coteaux, ses vignes et leurs irremplaçables crus, sans l’autre versant de la sierra de Toloño. À la fois barrière climatique, exceptionnelle curiosité géologique, terre d’histoire, terrain d’aventures, elle est un balcon unique pour appréhender les deux faces d’un même territoire. Pour appartenir, versant nord, à la cuadrilla de Arabako Mendialde Eskualdea (Montaña alavesa) et, versant sud, à celle de Guardia-Arabako Errioxa (Laguardia -Rioja alavesa), cette violente crénelure — il faut avoir vu ces cataractes de nuages contenus comme en suspension sur une délinéation parfaite, dans un époustouflant effet foehn — culmine à 1 453 m (pic Larrasa). Oblitérant soudainement le paysage, cette surprenante péripétie orographique mérite son chapitre. Que l’on ne s’y

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tOlOÑO Son nom, sonne comme une évocation historique, mais relevant aussi du sacré, évoquant un dieu…gaulois !

trompe pas, la carte Michelin — elle ne fait que survoler la peau de la terre mais n’est-ce pas là sa vocation ? — la désigne faussement comme Sierra de Cantabria. Les habitants des deux pentes parlent de la sierra de Toloño et l’Euskaltzaindia (Académie de la langue basque) qui règne sur la toponymie comme sur l’onomastique, rejoignant en cela l’omnipotente Euskal Mendizale Federazioa (Fédération Basque de Montagne) et le Conseil de la politique linguistique du Gouvernement basque, est catégorique sur ce point : le nom officiel de toute la ligne de montagnes d’une superficie de 17 340 km² courant des Conchas de Haro jusqu’à Marañón est Sierra de Toloño. Toloño, une désignation comme une évocation à la dimension historique, mais relevant aussi du sacré. Toloño, que le journaliste mendizale Josu Granja appelait la montagne perdue, renvoie à Tulonio, un dieu celtibère apparenté au dieu celte Teutates. Il n’est autre que celui invoqué par le plus gaulois


étape 5

BICHe OH ! ma BICHe La sierra possède des zones de protection des oiseaux, mais d'autres espèces, parfois, surprennent le photographe.

des héros de bande dessinée quand quelque romain l’aura contrarié : Par Toutatis ! Suivant des routes paresseuses, nous abordons la sierra naturellement, venant des terres d’Izki, par la commune de Bernedo. Elle émerge soudainement au-dessus de la déflagration végétale — ici le hêtre règne en maître — telle une escarpe à première vue infranchissable. Pareille à l’écorché d’une épine dorsale, la ligne de crête, teinte vieil argent, n’en finit pas de s’étirer d’est en ouest, en une succession d’aiguilles et de renforcements, de brèches vertigineuses en couloirs vaguement herbeux. Si, entre Bernedo et Urizaharra (Peñacerrada) la fortifiée, le vert l’emporte encore, influence atlantique oblige, l’architecture se modifie, la ferme devient plus trapue, la brique s’insère dans la maçonnerie sèche entre des entrelacs de poutres. Ici, les terres sont encloses et seules les tonsures monastiques couronnées d’or de régiments de tournesols tout à leur communion solaire, viennent rompre l’uniformité sylvestre. S’il veut atteindre l’Èbre, l’emblématique fleuve péninsulaire, le voyageur n’a pas le choix ; il lui faudra franchir la muraille dont il n’a aucune idée de sa complexe configuration. Par bonheur, Toloño c’est une belle histoire de cols dont on sait qu’ils ont relié cultures, peuples et religions. Les sentiers de Toloño, longtemps qualifiés d’occultes pour n’être que des pointillés contrebandiers quand l’Èbre était frontière, ont vu croiser guerriers, moines, pèlerins et muletiers. Les grottes y ont abrité anachorètes et, comme amalgamée dans le calcaire qui affleure, une ligne de fortifications s’y prévint du cimeterre. Venant de Pipaón, nous avions opté pour le col routier de Herrera (1 110 m), le Balcon d’Errioxa. Un moine copiste avait écrit, en 1360, à son propos : « Passent quotidiennement audit

col, quatre cents charges de vin », évocation d’un versant sud généreux. Mais ça aurait pu être Urribarri (Ribas, 945 m), voie directe vers Bastida (Labastida) ou Aldea (1 000 m), ouvert à la barre à mine, dans la première moitié du XIXe.

De L'atLaNtIQUe VeRS La MéDIteRRaNée Parvenir enfin sur la crête, c’est brusquement passer d’une séquence bio climatologique l’autre ou si l’on préfère, de l’Atlantique vers la Méditerranée, une rencontre comme un emboutissage. Le ciel outremer se démultiplie comme le regard embrasse un paysage devenu trop vaste pour lui. Oubliés les verts saturés des pluies septentrionales, les labours assoupis, relégués l’amène ondulation des vallons, le maillage infini du conifère montant à l’assaut des montagnes familières. Ici, les cinq sens sont convoqués. Place à une végétation crépue et naine, aux senteurs de garrigues, aux pentes desquamées qui, dégringolant, vont buter sur l’ocre obsédant des coteaux soigneusement peignés de rangées de vignes. Dans un panoramique pareil à un parchemin déroulé, ils vont se perdre vers des lointains floutés que barre la montagne riojana. Et, seigneur des terres des confins d’Alava, l’Èbre dont les fantasques, paisibles et indifférentes sinuosités, en traçant les limites de Euskal herria, perpétuent la mémoire de sa douloureuse histoire. Ultime surprise, le monstre calcaire n’avait, pareil à une lame géologique, que l’épaisseur de sa crête ou presque, ce qui n’enlève rien à son empreinte. Pio Baroja vient naturellement à l’esprit qui, en 1944, écrivait de la sierra :

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Toloño, c'est une belle histoire de cols qui ont toujours relié les peuples a ltItu d e s Le sommet le plus élevé (1 453m), peut paraître ridicule, mais ce qui compte, vous diront les montagnards, c'est le dénivelé ! aCtIvItÉs La randonnée est l'activité la plus courante en montagne, mais ici , elle est réservée aux marcheurs les mieux entraînés.

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étape 5

En moins de 10 heures, ils auront funambulé sur les 41 kilomètres de la crête ÈBre et mÉdIterranÉe Les panoramas révelés par les sommets de la sierra de Toloño forcent à la leçon de géographie. rendeZ-vOus annuel La fine fleur des arpenteurs de sentiers s'était donnée rendez-vous pour la XXVe édition de la traversée de la sierra.

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atOurs HIvernauX Parée des atours hivernaux, la sierra n'en est que plus séduisante, et attire les montagnards les plus confirmés.

Elle tranche tel un couteau le paysage, pour laisser d’un côté la terre sévère et froide de la montagne d’Araba et de l’autre, un pays de vignes, de plaines ensoleillées, de champs de blé et d’oliviers. Les pâturages suspendus feront le bonheur du randonneur qui les parcourra au hasard des sentiers qui couturent la sierra, au moins jusqu’à l’emblématique Toloño (1 271 m). Sur son antécime se dressent les bouleversantes ruines de ce qui fut le monastère de Notre-Dame-des-Anges (IXe siècle), brûlé en 1835, lors de la première guerre carliste. Sur ces hauts raboteux, parfois barattés par un méchant cierzo (vent de nord-est), l’hiver ensevelis sous la neige, comme ancrés dans la roche, s’arcboutent encore les arcs gothiques et l’abside de la chapelle. Une anarchie de blocs parfaitement ciselés gît sur ce pâturage où, avant la romanisation, les bergers bérons venaient déjà estiver. Deux puits à neige (XVIIe) témoignent d’une montagne qui vivait ; ils abritaient, nous rappellent les textes, la glace permettant aux moines de conserver leur nourriture à l’année longue mais aussi les médicaments concoctés à partir de leurs herborisations. Nul doute cependant que seul le mendizale au pied d’isard pourra s’autoriser la complète traversée sur son fil. Les marches régulières en montagne, sans chronomètre ni temps imparti lesquelles, en Hegoalde, reflètent l’expression d’un attachement identitaire, n’ont pas négligé ce redoutable chemin de ronde dressé au-dessus de Guardia (Laguardia) et Bastida (Labas-

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tida), communes joyaux d’Arabako Errioxa, corsetées dans leurs enceintes et que l’on toucherait presque. Nous y avons suivi la fine fleur du Vibram, l’aristocratie des arpenteurs de sentiers, qui s’y donnent rendez-vous au mois de juin. Cette année ils étaient 145 (sept d’Iparralde !) à avoir répondu à l’appel de la XXVe édition de la traversée organisée par les groupes de montagne Palomares de Lentziego et Basati de Arabako Errioxa. En moins de dix heures ils auront funambulé sur les 41 km de la crête pour 2 700 m de dénivelé positif, bu à même les sources, franchi les 22 cols et joué des mains et du buis pour se hisser au long des 10 sommets acérés comme autant de dents d’une formidable scie tectonique. Le jour déclinait sur les pentes de Toloño. Jamais l’expression entre Ébre et Adour n’avait revêtu autant de signification. La perspective de côtes d’agneau sur sarments de vignes, de patates à la riojana, qu’accompagnerait quelque Errioxa d’exception, le tout partagé sur la cancha du mur à gauche de Lentziego, faisait plus court le chemin.

MOTS CLÉS HITZ GAKOAK Chaîne de montagnes : mendilerro Barrière : hesi Coteau : muino Traversée : zeharkaldi


étape6

textes Txomin Laxalt / photographies Santiago Yaniz Aramendia

VALDEREJO SOBRON

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La sierra de Valderejo, le défilé du Sobrón, autant d'extraordinaires terres de confins. En ourlant son ensemble, l'Èbre annonce, géographiquement, la fin d'Euskal Herri.

v O Ya g e e n t e r r e s de COnfIns

VaLDeReJO, SOBRÓN, MUGetaKO LURRetaRat BIDaIa Bat Valderejoko mendilerroa, Sobroneko arroila, hainbeste mugetako lur izigarri. Osotasuna azpilduz, ebro ibaiak, geografikoki, euskal herriko bururapena iragartzen du.

Le village de San Zadornil (Castilla y León), est une de ces brèches dans l’espace qui ravit toujours le voyageur attentif au changement alors même que rien ne le laisse supposer. Un bref intervalle de quelque cinq kilomètres et le voilà en terre burgalaise ; s’en rend-il à peine compte que le voilà de nouveau en Álaba. Il en va ainsi des terres de confins dont les limites administratives, quand elles ne sont pas matérialisées, ne semblent engager que ceux qui les ont tracées. Ici, l'Álaba s’enfonce comme un poing dans l’estomac de la province de Burgos. Il s’agira surtout d’arriver tôt, quand la lumière fruitée d’un nouveau jour souligne la parfaite ligne calcaire des montagnes de Valderejo (Añanako Kuadrilla, Cuadrilla de Añana) lesquelles, pareilles à un fer à cheval circonscrivent les terres les plus occidentales de l'Álaba. Un joyau, déclaré parc naturel (3 500 ha) depuis 1992, qui doit son enchantement à une forme d’histoire que racontent les villages – certains d’entre eux abandonnés – de Lahoz, Lalastra, Ribera et Villamardones. Le mendizale ne se fera pas prier pour, depuis Lalastra, se hisser jusqu’au col de la sierra (1 100 m) dominant les pâturages généreux de la vallée et serrer au plus près l’extrême bord du plateau raboteux. Le contraste entre la mer figée du lapiaz

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étape 6

pastOralIsme Le pastoralisme est toujours bien présent au sein du parc naturel de Valdejero.

scarifiant la crête et la luminescence du fond de vallée laisse supposer une climatologie intime et rude. Valderejo ou un conservatoire de la faune et du patrimoine. Nombreux, les rapaces, en particulier le vautour fauve, l’aigle royal et le précieux gypaète, font l’objet d’une protection particulière, d’où l’interdiction faite de randonner dans certains secteurs à des périodes de l‘année. Il n’est pas rare de surprendre la course furtive du renard, de débucher quelque chevreuil frémissant, de tressaillir à la décarrade rasante de la perdrix rouge. Valderejo c’est bien plus qu’un traditionnel parc naturel ; il y règne un parfum de temps accumulé que ni le moteur ici, banni, ni le ronronnement de la ville, bien trop éloignée, ne sauraient méphitiser. Une mise en condition idéale pour, au-delà de la seule randonnée, se baguenauder entre bruyère et déferlement karstique, de la préhistoire au temps des chapiteaux romans. Balise spatio temporelle de 3,75 m, le menhir El Gusal vient rappeler qu’entre néolithique et âge du bronze, il y a quelque 3 000 ans, l’homme venait déjà y pousser ses troupeaux. Il avait aussi éprouvé le besoin de témoigner de

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nature et parImOIne Ici, chacun, randonneur effréné ou amoureux de vieilles pierres trouvera son bonheur, toujours empreint de sérénité.

sin de la province de Burgos où il prolifère. D’ailleurs, suivant les conseils dispensés à la maison du parc de Lalastra, nous prenons soin de passer au large des troupeaux transhumants ; de farouches mâtins léonais, colliers à pointes autour du cou, vrais porte-flingues canins auprès desquels, nos patous pyrénéens font figures de gentils toutous, nous observent l’œil torve.

CaStILLe OU eUSKaL HeRRI ?

C'est comme si l'Èbre, avait suspendu son cours pour mieux se faire admirer ici !

MOTS CLÉS HITZ GAKOAK

Canyon : arroil Fleuve : ibai Méandre : meandro Établissement thermal : bainuetxe

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ses angoisses métaphysiques, preuve en sont les émouvantes peintures rupestres du col de Lerón (1 170 m). Vieilles de quatre mille ans, tracées à l’oxyde de fer « elles ont été vraisemblablement réalisées avec la technique préhistorique de l’art dit levantin, reconnu comme patrimoine mondial de l’Humanité, caractéristique de l’arc méditerranéen de la péninsule », nous avait commenté un randonneur féru en art préhistorique, venu spécialement avec un petit groupe pour admirer le fameux soleil et la figure anthropomorphe de l’archer dessinés sur le rocher. Jamais monotone, le sentier taille à travers maquis et garrigues, franchit aisément le Recuenco (1 240 m), le point culminant de la sierra. C’est à peine si l’on se rend compte que l’on croise le Vallegrull (1 226 m), tout au souhait d’une rencontre avec un loup en maraude, venu en premier voi-

Il est impératif de s’en retourner en suivant les sinuosités du somptueux canyon du rio Purón où de bief en cascade s’affrontent l’eau et la pierre. Encore une fois et c’est merveille, on ne sait plus si l’on a basculé en terre castillane ou si l’on foule encore Euskal herri comme si le géographe lui-même confondu, avait de la peine à se situer entre rocs bossus, ravins chauves, brèches vertigineuses comme autant d’hymnes à la verticalité. À n’en pas douter, sous sa tiare calcaire, Valderejo veille sur des millénaires. Dix kilomètres seulement ! C’est peut-être sur cette brève séquence, entre Bergonda (Bergüenda, Álaba) et Tobalinilla (Burgos) que l’Ebro, exprime toute sa quintessence comme si le grand fleuve de la péninsule avait suspendu son cours pour mieux se faire admirer. Ici, il n’apparaît plus au hasard d’un virage, d’une trouée végétale mais entre les murs vertigineux que fend le défilé de Sobron, ne laissant apparaître qu’un ruban de ciel qui épouserait l’extrême limite d’Euskal herri. Littéralement taillée sur la berge, la route file à fleur des eaux tranquilles et d’un vert perpétuellement feuillage pour refléter une végétation crépue, agriffée aux rivages accores. Un corridor minéral hérissé de pinacles, qu’arc-boutent de formidables anticlinaux et qu’auraient fendu de démesurées lames géologiques. Sans doute le mur de 42 m du barrage de Sobron, en contenant des eaux mortes, participe d’une ambiance presque inquiétante. Forte de ses sources débitant entre 100 et 200 litres d’eau par minute – souveraine pour les affections rénales et urinaires – l’éphémère et imposante station thermale qui accueillait, jusqu’à la fatale année 1936, quelque 500 curistes, n’aura pourtant su renaître de ses bulles, malgré les tentatives de promoteurs et les vaines promesses de réhabilitation du gouvernement basque. Il faut s’élever vers le village de Sobron et son église comme une épave engloutie dans une gangue arborescente. Ce nid d’aigle acagnardé sous l’orange nacré de ses falaises, permet de considérer, d’une rive l’autre et jusque dans les lointains, l’épilogue des terres d’Euskal herri, le prologue de celles de Castille. Hemen epopeia bururatzen da ! Ici s’achève la geste !


étape 6

Au cœur de l'Alava, les salines d'Añana, nous racontent l'histoire d'un authentique trésor : celui du sel. Un irremplaçable héritage de la mémoire.

aÑana, L a Va LLÉ e D U tr És o r P e r D U

La Cuadrilla porte son nom, ce n’est pas un hasard. Pourtant Añana n’est qu’une modeste bourgade de 176 habitants tapie au fond d’un vallon cerné de sierras anonymes. De ces lieux dont on dit qu’on y va pour ne pas se situer sur l’écliptique des axes routiers obligés. Añana, c’est toujours la surprise pour le visiteur qui, au détour du dernier virage, se voit projeté dans un univers pionnier que seul les rêves enfantins d’aventures, de mines fantômes et de trésors perdus osent concevoir. Car il s’agit d’une étonnante rencontre avec ce qui fut l’un des plus grands trésors de l’humanité – non point l’hypothétique magot des Mayas ou des Templiers mais un authentique Eldorado. Dure leçon de l’impermanence des choses, il fut victime d’un de ces krachs dus à l’évanescence des valeurs étalons et à une implacable modernité. Le sel, le seul caillou comestible, produit banal de nos tables, aujourd’hui d’un prix modique mais élément biologique essentiel – sans sa présence dans notre corps la tension tomberait à zéro ! – fut des siècles durant un bien crucial. Outre le fait d’avoir régi les premières relations économiques – un kilo de sel équivalut jusqu’à un kilo d’or ! – de par ses propriétés, il détermina tous les pouvoirs. Avant l’heure du congélo, s’il permit la conservation des aliments au quotidien, pour les mêmes raisons, le sel fut déterminant au temps de la conquête des terres d’au-delà des mers. Cet or blanc, comme tous les ors de l’histoire, fut le ferment de guerres comme de paix contraintes, de compromis, d’assassinats, de révoltes, de contrebande et d’impôts… salés. Le riche gisement d’Añana, nous rappellent les archéologues, était exploité depuis 6 500 ans.

aÑaNa, aLtXOR GaLDUaReN HaRaNa arabako bihotzean, añanako gesaltzek benetako altxor baten historia kontatzen digute : gatzarena. Memoriaren ondare ordezkaezin bat.

Nous avions rencontré Émilio lors de sa promenade quotidienne, sur les hauts du village, là où se dresse encore picota, désignant en castillan, le pilori de pierre médiéval ; l’expression joan pikutara ! (va te faire voir !) est d’ailleurs en euskara, littéralement une invite à aller se faire pendre. Plutôt qu’une halte à la Maison du sel, destinée aux touristes depuis que le Gouvernement d’Euskadi a décidé de réhabiliter les salines, nous avions préféré évoquer les grandes heures du sel avec l’un de ses acteurs. Nous étions descendus vers le gisement qui, en arc-de-cercle, indissociable du village, occupe l’ensemble d’un vallon qu’une façon de neige tapisserait à l’année longue. Le regard embrasse un impressionnant agencement de terrasses excavées, supportant autant de carreaux de sel, quelque 2000, étayées par une complexe géométrie de pilotis. L’ensemble s’appuie sur un invraisemblable lacis de moellons et un réseau de quatre kilomètres de canalisations taillées dans de minces troncs de pin

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l' H e u r e d e l a r É CO lte Depuis des siècles, le geste n'a pas changé et le travail du paludier, on dit ausi saunier ou salinier, reste déterminant..

courant en équilibre depuis les quatre sources de saumure comme d’instables — en apparence seulement — aqueducs. Une authentique architecture populaire ne devant qu’au savoir-faire des saliniers lesquels, durant des millénaires, surent utiliser les seuls matériaux disponibles : le bois de pin, la pierre et l’argile.

UNe MaNNe Ne demandez pas à Émilio de vous expliquer le phénomène géologique du diapir, lequel depuis 220 000 millions d’années, sous l’effet de la poussée d’Archimède, provoque la remontée de roches plus légères dont le sel à Añana, mer au temps d’avant les dinosaures. Par contre, il se montre intarissable évoquant plus qu’un quotidien familial, une œuvre communautaire : « Chaque famille disposait de carreaux, je ne saurais te dire depuis quand mais nous, nous en possédions quelques dizaines et de mai à octobre, tous les jours, nous y travaillions. » Après avoir désigné les quatre sources : Santa Engracia, la Hontana, Fuentearriba et El Pico, Émilio nous précisa, non sans fierté : « Ici, ni pompe, ni robinetterie, l’eau s’écoule par gravité et se dirige vers les 800 puits grâce à des ouvertures de dérivation taillées dans la canalisation, colmatées par de l’argile selon les secteurs concernés aux jours de distribution. Un calendrier strict en déterminait les heures, de jour comme de nuit. » Même s’il s’en défend, Émilio parle avec nostalgie du temps ou le sel représentait une manne : « Le travail, l’affaire de tous, n’était pas vraiment pénible, il s’agissait d’épandre une mince couche d’eau salée et le soleil faisait le reste. Une fois le sel recueilli, nous l’entassions dans les magasins sous les carreaux. » L’or blanc ? Émilio hausse les épaules : « Un carreau pouvait donner jusqu’à 1 500 kilos de sel ; sur la fin, le kilo ne se négociait plus que 18 centimes d’une peseta ! (une peseta = 0,01 euro). » Un café au bar Urgazi (eau salée), le bien nommé, et Émilio s’en est allé mains dans les poches, dernier protagoniste d’un office dont le souvenir va s’évaporant comme saumure. Du trésor passé, il reste un patrimoine paysager, un savoir-faire entretenu par une fondation qui gère désormais les salines et, derrière le silence de ses hauts murs que surmonte son énigmatique croix de Malte, le monastère de Saint-Jean-de-Jérusalem. Sur les hauts d’Añana, cet unique avatar templier en terre basque ne veille plus que sur le seul trésor qui ne saurait dévaluer : celui de la mémoire vive.

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Chaque famille disposait de carreaux sur lesquels elle venait travailler chaque jour MOTS CLÉS HITZ GAKOAK

Sel : gatza Saline : gesaltza Évaporation : lurrinketa Source : iturburu


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l

a

CH a I s d’Œ uvre e n a l ava Réputée pour ses vins, Arabako errioxa, la Rioja alavesa, l’est aussi pour l’architecture de ses bodegas.

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étape7

texte Jean-Paul Bobin / photographies Santiago Yaniz Aramendia

aRaBaKO SOtO eDeRRaK

C’est une petite comarca d’à peine 300 km2, au sud de l’Alava délimitée par l’Èbre et abritée par la sierra de Cantabria. Mais sa notoriété excède bien largement ses dimensions. La Rioja alavesa, Arabako errioxa en euskara, n’est qu’un océan de vignes, d’où émergent parfois, quelques oliviers, vains ilôts de résistance et quelques poignées de villages médiévaux indispensables au décor, parmi lesquels Eltzciego (Elciego), Bastida (Labastida) ou encore Guardia (Laguardia) appartiennent aux stars locales. Des villages, dont l’histoire et le présent, sont imprégnés par la viticulture. C'est que, dans cette petite partie de l’Alava, on hume davantage qu'on respire et la vie sociale ne tourne qu'autour

ez bakarrik bere ardoengatik, arabako errioxa famatua da ere bere sotoen arkitektuarengatik.

du vin et de l’œnotourisme. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 13 149 hectares de vigne et quelque 400 bodegas (chiffre officiel), pour une production d’à peu près 120 millions de bouteilles, soit environ 32% de la production totale de l’appellation Rioja, qui comprend trois zones la Rioja alta, la Rioja baja et la Rioja alavesa. Une culture très ancienne qui aurait été introduite par les Phéniciens puis développée à l’époque romaine, mais c’est surtout dans la seconde moitié du XIXe siècle que le vignoble prend son essor et gagne ses lettres de noblesse sous l’impulsion de vignerons venus de France, et particulièrement du Bordelais, chassés par l’épidémie de phylloxera qui avait dévasté bon nombre de vignobles français.

pLaISIR DU paLaIS et… DeS YeUX

des aIrs de dÉJà vu Ne vous étonnez-pas de trouver un air de famille entre les voiles de titane de Marques de Riscal et le Guggenheim de Bilbo. Franck Gehry en est le créateur.

Ondul atIOns Au pied de la sierra de Cantabria, les 75 hectares d'Ysios sont sublimés par l'architecture de Santiago Calatrava qui rappelle des barriques alignées.

L’autre grande révolution du vignoble eut lieu il y a un peu plus d’une quinzaine d’années, lorsque certaines bodegas — on se dispute encore sur les noms des pionniers — décidèrent de faire appel à des architectes mondialement renommés pour repenser leurs chais, leur adjoindre, qui un hôtel qui un restaurant, bref proposer une offre complète pour les visiteurs, en faisant le pari d’une architecture futuriste devenue aujourd’hui la signature du vignoble de la Rioja alavesa. Une façon originale de marier tradition et modernité. Franck Gehry, le père du Guggenheim de Bilbo, signa ainsi pour Marques de Riscal, à Eltziego, un hôtel tout de voiles de titane ; Santiago Calatrava amarra ses vagues ondulantes chez Ysios à Guardia, encore à Guardia ; Jesús Manzanares posa un toit triangulaire chez Artadi (Guardia) ; la Vina Real confia à Philippe Mazières la réalisation d’un complexe viticole en forme d’un gigantesque cuvier de 52 mètres de diamètre, perché au sommet d’un côteau qui domine Guardia ! Baigorri, à Samaniego, a choisi Iñaki Azpiazu pour imaginer sa cave à vin comme une sorte de mirador surveillant les vignes. Chez la très familiale exploitation,

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étape 7

tOur aBBatIale La tour abbatiale de Guardia (Laguardia) est de style roman de la fin du XIIe siècle complété au XIVe.

rÉCOlte Sera-t-il puissant, nerveux, souple, velouté, comment sera le millésime ? Le temps des vendanges est aussi pour le vigneron celui des inquiétudes et des espérances.

l' e s p r It d u v I n Chez Marques de Riscal, comme dans les autres bodegas, les vieilles bouteilles sont comme la mémoire de la famille.

de créer une nouvelle appellation d’origine Arabako mahastiak (vignoble d’Araba). La validation de l’appellation est, pour l’instant, entre les mains des instances européennes. Ils ont créé l’Association des Caves d’Araba Errioxa qui réunit cent vingt caves d’Araba Errioxa, parmi lesquelles une quarantaine a suivi le mouvement de fronde pour la création de la nouvelle appellation : Arabako mahastiak (Vignes d’Araba). Notons l’opposition manifeste de quelques grands comme Marques de Riscal. Par mesure d'apaisement, l’association continuera à défendre les intérêts de ceux qui ont choisi la scission comme de ceux qui ont décidé de rester dans l’appellation Rioja.

UN DéCOR CINéMatOGRapHIQUe Lopez de Heredia on fit appel à la star mondiale de l’architecture qu’était l’Irakienne Zaha Hahid, pour la construction de la boutique. Et la liste est loin d’être close. Les résultats, en terme d’image et de fréquentation, ne se sont pas fait attendre et le vignoble d’Arabako errioxa est devenu, non seulement une destination touristique encore plus prisée, mais il a fait école un peu partout. Pour autant, ces performances architecturales ne doivent pas en masquer d’autres, tout aussi remarquables, celles des vignerons locaux qui ont réussi à imposer la Rioja alavesa parmi les plus grands vignobles d’Espagne et d’Europe. Mais si, certains vignerons locaux commencent à être quelque peu contrariés par l’intransigeance du Conseil de Rioja qui contrôle l’appellation et les empêche de faire valoir leur propre identité alavaise. Ainsi, environ un tiers (le nombre est difficilement vérifiable), sous l’impulsion de Juan Carlos Lopez de la Calle, d’Artadi, ont-ils décidé

Une fronde dont on ne vous parlera pas au Centre thématique du vin, Villa Lucia, à Guardia,qui reste pourtant un excellent point départ pour qui souhaite découvrir le vignoble local, de son histoire à ses terroirs, ses cépages et bien sûr ses vins dont la dégustation termine agréablement la visite. Peut-être davantage encore que d’autres village de la comarca, Guardia est bien la ville du vin. La petite ville est bâtie sur plusieurs centaines de tunnels destinés à l’origine à permettre la fuite des habitants en cas de siège. Plus tard, on remarqua que leur température était idéale pour stocker le vin. Ce qui fut fait. Et ainsi, le sous-sol de Guardia est-il resté caverneux et rempli de trésors millésimés. Avec ses fortifications du XIIIe siècle, vestiges de l’époque où la ville était un poste de défense avancé du Royaume de Navarre, ses portes d’entrée et ses ruelles féodales, Guardia évoque un décor de cinéma. Mais le linge qui sèche au fenêtres prouve que le village est bien

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HuIle d'OlIve à araBaKO mOreda

au milieu de cet océan de vignes, la Rioja alavesa cache un petit trésor : de l’huile d’olive. Il faut aller jusqu’à Moreda de alva, arabako Moreda en euskara, pour la trouver. Une petite ville isolée tout au sud, en lisière de la Navarre. C’est ici que pousse des oliviers centenaires dont les fruits sont portés jusqu’au pressoir local, qui se visite au hasard de la présence de son propriétaire. Mais c’est aussi ce qui en fait son charme. On pourra toujours l’attendre au Café Corner, juste à côté.

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étape 7

Face à la grande quantité de bodegas, l'œnobus reste un véhicule sûr habité, et qu’ici tout est bien réel, de l’église Santa Maria et son portail gothique, aux remparts, et la tour abbatiale d’où sourd, ce jour-là un concerto d’Albinoni, plongeant le parvis hors de l’espacetemps. Mais la réalité temporelle nous rattrape à 17h pétantes lorsque le jaquemart de l’Hôtel de ville fait sa petite sortie quotidienne pour le plus grand bonheur des touristes et des leurs appareils photos. Ce qui doit bien faire sourire Félix Maria Samaniego, écivain du cru (1745-1801) réputé pour ses fables et ses contes grivois.

UNe ROUte DeS VINS Face à la grande quantité de bodegas et malgré une signalisation routière qui leur donne la priorité sur les villages avoisinant, le mieux, pour les découvrir et se forger ses propres choix, est de faire confiance à l’œnobus dont le circuit permet de découvrir les vins, l’architecture des caves et de rencontrer les vignerons. Au passage on vous montrera quelques richesses patrimoniales telles les Castros de Buradón, proches de Bastida, qui étaient déjà habités à l’Âge de fer, les menhirs témoins d’un passé mégalithique, et bien d'autres et surtout… le retour sera plus facile…

une perle mÉdIÉvale Guardia (Laguardia) est inconstablement la perle de la comarca. Son architecture préservée et ses ruelles médiévales invitent à la visite.

à l'a B r I La protection de la sierra de Cantabria procure un micro climat. La qualité du vin est, elle, l'œuvre des vignerons. Ci-dessous, Baïgorri.

MOTS CLÉS HITZ GAKOAK Cave : soto Architectue : Arkitekto Cépage : mahats mota Terroir : eskualde

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ALAVA sommaire 4_ Histoire L'Alava, un territoire historique, un sentiment d’appartenance.

6_

Aramaio D'une Suisse à une petite mer Première vallée en arrivant du Gipuzkoa, Aramaio à des allures de « petite Suisse ». Dans son isolement, entre montagnes et pâturages, elle est un paradis de la nature.

14_ Vitoria-Gasteiz En vert et pour tous La capitale de l'Alava est aussi celle de la Communauté autonome d'Euskadi. Pour autant Vitoria-Gasteiz reste une ville où prime le souci de l'environnement et de la qualité de vie.

26_ San Prudentzio L'heure de la retraite Pas seulement les Gasteiztarrak, mais aussi tous les habitants d'Alava célèbrent San Prudentzio à Vitoria-Gasteiz. L'événement, qui marie de manière détonnante la gastronomie et la religion, mérite une visite.

28_ Trebiñu Une île ou la huitième kuadrilla Enclave. Le mot sonne durement, presque comme une faute. 221 km2 de la province de Burgos au sein de l'Alava. Mais qu'en pensent les autochtones ?

34_ Gorbeia Errance en Central Parc Plus vaste parc naturel d’Euskadi et sommet mythique pour les montagnards, Gorbeia, permet de conjuguer nature et culture, histoire et gastronomie.

40_ Toloño La barrière providentielle Pareille à une véritable barrière climatique, la sierra de Toloño sépare deux mondes, atlantique et méditerranéen.

46_ Valdejero Voyage en terre de confins La sierra de Valderejo, le défilé du Sobrón, autant d'extraordinaires terres de confins. En ourlant son ensemble, l'Ebre annonce géographiquement, la fin d'Euskal Herri.

50_ Añana La vallée du trésor perdu Les salines nous racontent l'histoire d'un authentique trésor : le sel. Et les mines fantomatiques dressent un décor digne du cinéma.

52_ Rioja alavesa Chais d'œuvre en Alava Réputée pour ses vins, Arabako errioxa, la Rioja alavesa, l’est aussi pour l’architecture de ses bodegas imaginées par les plus grands architectes contemporains.


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SEPT ÉTAPES

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numéro 8 - 2015 negu / Hiver

les bâtisseurs d'une natiOn

Quand la Navarre prend des allures d'Alba ou de Périgord, c'est vers la sierra de Lokiz qu'il faut se rendre, pour découvrir des paysages uniques et un autre trésor.

La diaspora basque a imprégné la capitale argentine.

Chaque année, depuis 1884, le premier samedi de février, la capitale du Gipuzkoa, rend un hommage vibrant et coloré à une partie de sa population…

Mendoza

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Urdiñarbe

Le groupe de musique Baietz revisite notre tradition au sein de l’association gerora.

Ordiarp (Urdiñarbe) pourrait apparaître comme une photographie sépia à jamais figée par le temps. Mais, à y regarder de plus près, on y verra vibrer l'âme de la Soule.

Traversée des Andes

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Depuis 1951, Vicente Lecea et ses Transportes Los Vascos ont franchi des centaines de fois la cordillère des andes.

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Vitoria-Gasteiz

Pasaia

Une belle et terrible histoire d'hommes et d'Océan.

La capitale a fait de la qualité de la vie de ses habitants sa signature.

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Dans son isolement, la vallée est un petit paradis naturel.

Donostia

Chaque vendredi soir, l'euskal etxe est le rendez-vous incontournable de la communauté basque.

Zure Euskal herriko aldizkaria

Aramaio

Le diamant noir de Lokiz

Buenos Aires

le magazine

ibilka

Treviño

ibilka

le magazine

La petite enclave aimerait bien devenir la huitième cuadrilla d’Álava.

le magazine

spécial NUMÉRO 9 - 2015

numéro 10- 2015

UDABERRI / PRINTEMPS

uda / été

Pottok

la ville miroir d'euskadi

Depuis 377 ans, chaque année, Hondarribia s'enflamme le 8 septembre pour une commémoration mémorielle unique, mais pas toujours unanime.

Histoire

San Fermin

Et les Basques découvrirent l'Amérique

Bien avant Colomb, des hommes venus du sud-ouest européen découvrirent l'Amérique sans aucune volonté de colonisation. C'est peut-être pour cela qu'on les a oubliés.

ibilka

le magazine

ibilka

le magazine

ibilka

le magazine

basques d'argentine

les bâtisseurs d'une natiOn

Amaiur

Buenos Aires

Une histoire navarraise de trahison et d'héroïsme.

La diaspora basque a imprégné la capitale argentine.

Mendoza

Chaque vendredi soir, l'euskal etxe est le rendez-vous incontournable de la communauté basque.

Cordoba

Le groupe de musique Baietz revisite notre tradition au sein de l’association gerora.

Traversée des Andes

Ortzaize

Depuis 1951, Vicente Lecea et ses Transportes Los Vascos ont franchi des centaines de fois la cordillère des andes.

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numéro 8 - 2015

NUMÉRO 9 - 2015

negu / Hiver

UDABERRI / PRINTEMPS

Le diamant noir de Lokiz

Pottok

Quand la Navarre prend des allures d'Alba ou de Périgord, c'est vers la sierra de Lokiz qu'il faut se rendre, pour découvrir des paysages uniques et un autre trésor.

Donostia

Chaque année, depuis 1884, le premier samedi de février, la capitale du Gipuzkoa, rend un hommage vibrant et coloré à une partie de sa population…

Urdiñarbe

Ordiarp (Urdiñarbe) pourrait apparaître comme une photographie sépia à jamais figée par le temps. Mais, à y regarder de plus près, on y verra vibrer l'âme de la Soule.

Pasaia

Une belle et terrible histoire d'hommes et d'Océan.

Après des décennies de déclin, d'oubli et de mauvais marketing, le pottok renaît sous l'impulsion d'éleveurs qui espèrent bien lui redonner toute sa place dans la galaxie équestre.

Et les Basques découvrirent l'Amérique

Bien avant Colomb, des hommes venus du sud-ouest européen découvrirent l'Amérique sans aucune volonté de colonisation. C'est peut-être pour cela qu'on les a oubliés.

Amaiur

Une histoire navarraise de trahison et d'héroïsme.

Ortzaize

Sous la tutelle rassurante de l'Haltzamendi et du Baigura, Ossès égrène ses maisons, comme son histoire, au fil du temps.

Au fil des siècles, la date de fêtes a changé, leur durée aussi, mais elles restent, depuis 1324, le rendez-vous initiatique immanquable pour les Basques.

Que savons-nous réellement de l'histoire douloureuse de Donostia ? 2016 et son titre de Capitale européenne de la culture sont l'occasion de la visiter.

Les trois Grandes

Découverte

ibilka

le magazine

S'abandonner, sans but, est une belle manière de (re)découvrir Donostia.

Aizkorri, Anboto, Gorbeia, forment la colonne vertébrale montagneuse d'Hegoalde. Des montagnes chargées d'histoire. Laissez-vous embarquer pour une randonnée inoubliable.

numéro 10- 2015 uda / été

Alarde

Depuis 377 ans, chaque année, Hondarribia s'enflamme le 8 septembre pour une commémoration mémorielle unique, mais pas toujours unanime.

Gastronomie

San Fermin

Au fil des siècles, la date de fêtes a changé, leur durée aussi, mais elles restent, depuis 1324, le rendez-vous initiatique immanquable pour les Basques.

L'une des villes les plus étoilées au monde se passionne aussi pour sa grande cuisine en minuscule.

Les trois Grandes

Aizkorri, Anboto, Gorbeia, forment la colonne vertébrale montagneuse d'Hegoalde. Des montagnes chargées d'histoire. Laissez-vous embarquer pour une randonnée inoubliable.

Bastida

Ville nouvelle, en son temps, Labastide Clairence reste un petit joyau d'urbanisme et d'architecture.

Bastida

Ville nouvelle, en son temps, Labastide Clairence reste un petit joyau d'urbanisme et d'architecture.

San Juan

La mémoire de la mer s'écrit tout près d'ici.

numéro 11- 2016

NUMÉRO 12- 2016

negu / hiver

UDABERRI/ PRINTEMPS

Mundaka

Mascarade

Baldorba

Almadia

En Soule, la mascarade est bien plus qu'une simple fête, c'est à la fois la célébration de la danse et de la langue basques, et un moment fort d'union entre les générations.

Le carnaval de Mundaka ne ressemble à aucun autre, et c'est bien là ce qui fait tout son charme et son intérêt. À découvrir de toute urgence ! Elle n'est pas la plus connue des vallée navarraise. Pourtant, avec son chapelet de villages, ses trésors romans, une faune et une flore très riches, sans parler de la précieuse tuber melanospérum, la petite vallée mérite qu'on s'y arrête.

Gorbeia

Aussi loin qu'ils se souviennent, les hommes de la vallée du Roncal ont vu les bois flottés pour rejoindre leur destination finale. Une tradition perdue, mais un savoir-faire sauvegardé, et aussi une occasion de faire la fête.

Le plus vaste parc naturel d’Euskadi est un endroit magique.

Mémoire

Fort San Cristobal

Les images de télévision, en noir et blanc, datent de 1959. Les paysages ont peu changé, la vie des bergers un peu plus. Nous sommes partis à la recherche des acteurs de l'époque.

De fort, il n'a que le nom. Prison conviendrait mieux. Perché sur les hauteurs de Pampelune, il témoigne d'une période cruelle de la Navarre.

Cagots

Pastorale

Bozate est un quartier d'Arizkun à la bien triste mémoire.

À l'occasion de Donostia 2016, découvrez l'incroyable destin de Katalina de Erauso.

Toloño

ibilka le magazine -Donastia

ibilka le magazine - argentine

Sous la tutelle rassurante de l'Haltzamendi et du Baigura, Ossès égrène ses maisons, comme son histoire, au fil du temps.

DONOsTia

Alarde

Après des décennies de déclin, d'oubli et de mauvais marketing, le pottok renaît sous l'impulsion d'éleveurs qui espèrent bien lui redonner toute sa place dans la galaxie équestre.

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Barrière climatique, la petite sierra sépare deux mondes.

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ibilka

Valdejero

NUMÉRO 13 – 2016 UDA/ÉTÉ

Lekeitio

Le petit port de Bizkaia a surtout connu ses heures de gloire à travers la pêche qui fut, jusqu'au milieu du XXe siècle, l'activité essentielle. Depuis, le tourisme a, peu à peu, pris le dessus, sans que pour autant Lekeitio n'y perde son âme.

Cesta punta

C'est la discipline la plus spectaculaire de la pelote basque. Mais elle est aussi une formidable ambassadrice du Pays basque partout dans le monde.

Dolores Redondo

Auteure de la Trilogie du Baztán, énorme succès d'édition, l'écrivaine donastiarra Dolores Redondo, confie à Ibilka l'origine de ses différentes sources d'inspiration.

Le géant d'Altzo

Joaquim Eleizegi Ateaga, le Géant d'Altzo, eut le triste privilège d'être l'homme le plus grand du monde…

ibilka le magazine - ÁLAVA - NUMÉRO HORS SÉRIE - UDAZKENA / AUTOMNE 2016

le magazine

Terre de confins où l’Èbre annonce, géographiquement, la fin d’Euskal Herri.

Rioja alavesa

Des bodegas, œuvres d’art, et des vins nectars.

Spécial Álava

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