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ibilka

le magazine

NUMÉRO 10- 2015 UDA / ÉTÉ

Alarde

Depuis 377 ans, chaque année, Hondarribia s'enflamme le 8 septembre pour une commémoration mémorielle unique, mais pas toujours unanime.

San Fermin

Au fil des siècles, la date des fêtes a changé, leur durée aussi, mais elles restent, depuis 1324, le rendez-vous initiatique immanquable pour les Basques.

Les trois Grandes

Aizkorri, Anboto, Gorbeia, forment la colonne vertébrale montagneuse d'Hegoalde. Des montagnes chargées d'histoire. Laissez-vous embarquer pour une randonnée inoubliable.

Bastida

Ville nouvelle, en son temps, Labastide Clairence reste un petit joyau d'urbanisme et d'architecture.

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La motxila la deuxième maison

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Motxila objektu emblematiko bihurtua da. Udan, egunero nahiz erromesak, nahiz mendizaleak kurutzaten ditugu. Artzainentzat, motxilak zakutoa ordezkatu du.

bigarren

etxea t e x t e Txomin Laxalt / photographie Santiago Yaniz Aramendia

I

Ruffin, l’auteur d’Immortelle randonnée (Ed. Guérin), l porte en euskara le joli nom de motxila. Du le récit de son pèlerinage à Compostelle par le Chemin randonneur, du pyrénéiste, de l’himalayiste du nord, rappelle que si le sac pèse trop lourd, c’est accompli comme du berger quand il monte que dedans, à l’heure du départ, nous y chargeons nos en estive, il est la deuxième maison. Les vieux peurs, l’angoisse du manque qu’inconsciemment nous piolets se souviennent du sac en toile aux emmenons. D’ailleurs tout pèlerin vous le dira, passés sangles de cuir qui, même vide, pesait son quelques jours, on abandonne ce surplus alors que poids mais que l’on gardait à vie parce que la râpeuse nous ne faisons plus qu’un avec le cotonnade portait bien plus qu’un Chemin. Chemin avec majuscule change, un couchage ou un manger Mots-clés/Hitz gakoak quand il évoque celui de Saintmais le souvenir de torrents franchis, Pèlerin : erromes Jacques qui est, en Pays basque, un de sentiers dévalés et de sommets Torrent : uhaitz axe majeur, l’étape d’Ibañeta (Ronsoumis. Bien que cela soit devenu Poids : pisu cevaux) est d’ailleurs la plus dure de rare, on peut encore croiser quelques ce grand sentier européen, 1 200 m bergers qui, pour aucun nylon au Refuge : aterpe de dénivelé, pour le néophyte, un monde, ne se déferaient de ce rustique avant-goût du purgatoire ! Les pèlerins courbés sous bagage rigidifié par les étés, décoloré par les sueurs. un sac pareil à une malle des Indes sont désormais Outre qu’elle porte les affaires du jour, la motxila peut silhouettes familières. Mais la motxila, hors des senavoir des usages multiples. Sur une course de plusieurs tiers battus et autres GR, reste assimilée au voleur jours, la motxila devient refuge, oreiller pour la sieste, de pommes, au chemineau, au traîne patins, au SDF table à inclination modulable quand la pente ou le de nos villes. Nous en avons fait l’amère expérience rocher impose un casse-croûte acrobatique. D’ailleurs un jour que nous revenions d’une long crapahut ; un est-ce un hasard si l’ancienne désignation française renseignement requis sur les grands boulevards, loin utilise le mot havresac quand même plus suggestif car de tout sentier labellisé, suscita désarroi, méfiance et il évoque la paix, l’étape, l’abri, que l’abrupt terme sac mine outragée. qui s’apparente au fourre-tout. Il me vient comme des fourmillements. Pas vous ?  Non, la motxila c’est autre chose. Jean-Christophe

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ÉDITORIAL

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Invitation au(x) voyage(s)

Société éditrice : BAMI Communication Rond-point de Maignon, Avenue du 8 mai 1945 BP 41 - 64183 Bayonne bami-communication@bami.fr Directeur de la publication : Jean-Paul Inchauspé Coordination : Jean-Paul Bobin bobinjeanpaul@gmail.com Textes : Txomin Laxalt, Jean-Paul Bobin Direction artistique : Sandrine Lucas Fabrication : Patrick Delprat Iru Errege Le Forum 64100 Bayonne N° ISSN 2267-6864 Photos : P.18-19 : Archives municipales (Pampelune) P.20 : Michèle Lacroix P.21 : Musée Guggenheim Bilbo (Basquiat) ; Gouvernement d'Aragon IAACC Pablo Serrano Collection Circa XX © Adagp Paris 2015 P.24 : Claude Labat Couverture : Santiago Yaniz Aramendia

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n principe, les mois d’été invitent davantage que les autres à l’évasion et à la rêverie sous toutes ses formes, au voyage, dans l'espace ou parfois même dans le temps. Chez nous, au Pays basque, ils sont en outre, synonymes de fêtes, non pas de ces rambours calendaires à l’identité mal fardée, mais plutôt des rendez-vous ancrés dans la mémoire collective, comme un appel génétique, un marqueur identitaire. Ainsi, vous découvrirez l'histoire des incomparables Sanfermines de Pampelune (Iruña), nées au XIVe siècle, en 1324 précisément. On savait qu’elles font partie des cinq manifestations les plus attractives du monde, mais savait-on qu’elles sont les plus anciennes ? Au fil des siècles, elles ont muté, changé de durée, et même de date, mais sont toujours restées le rendez-vous anthropologique des Basques, une sorte de mémoire initiatique mystique, voire métaphysique. En septembre, ce sera au tour d’Hondarribia et de son Alarde de nous rappeler que, s’il est plusieurs façons de célébrer l’histoire, la meilleure reste encore de s'accorder la possibilité d’en rire. Mais l’invitation au voyage estival s’entend aussi au sens propre. Txomin Laxalt et Santiago Yaniz Aramendia vous proposent une magistrale randonnée à la découverte d’Hiru handiak, les trois massifs : Aizkorri, Anboto, Gorbeia, eux aussi, autant liés par l’histoire que par la géographie. Enfin, le magnifique portrait dressé d’Amaiur Alfaro, confirme ce que pensait Platon, à moins que ce ne fut Aristote : «  Il y a trois sortes d'hommes : les Vivants, les Morts, et ceux qui vont sur la Mer. » Tout cela nous ramène vers Baudelaire et son « Homme libre, toujours tu chériras la mer ! » Et comme le poète des Fleurs du mal, dans son Invitation au Voyage, nous vous souhaitons pour cet été : « Luxe, calme et volupté. »

Jean-Paul Inchauspé, Directeur de la publication

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PORTRAIT

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t e x t e Txomin Laxalt / p h o t o g r a p h i e Cédric Pasquini

VENDÉE GLOBE-REN APUSTUA

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PORTRAIT

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1972

1992

2001

2006 -13

2008

Naissance à Bayonne

Uhaina, son premier voilier

Première Solitaire du Figaro

Naissance de sa fille, Lenaïg et de son fils Hegan

3e de la Jacques Vabre, avec Lalou Roucayrol

DATES CLÉS

LE PARI DU VENDÉE GLOBE Itsasturi batendako, amets absolutua. Vendée Globe delakoa, bakarkako munduko itzulia, lasterketarik zaileena da. Amaiur Alfaro-k apustua egin du.

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l faisait un temps à ne pas mettre une mouette dehors. Depuis les quais du port d’Hendaia balayés par une pluie oblique, on distinguait à peine les maisons d’Hondarrabia. Quant à la mer, elle était réduite à un maelström d’écume qui prenait son élan de derrière l’horizon. Bref, une matinée à descendre des cafés au bar du port avec Amaiur Alfaro lequel, depuis son adolescence, arpente le monde en tirant des bords, paradoxalement la manière la plus directe pour se déplacer en mer quand on a choisi le vent et éventuellement les courants comme principes actifs. Et pourtant, aucun amiral, pas l’ombre d’un corsaire dans la généalogie d’Amaiur, ce qui aurait expliqué sa passion pour la grande tasse. Non. Des origines paternelle et maternelle du côté d’Urepele mais aussi solidement amarrées au cœur que l’euskara dont il fait son quotidien et la pelote, esku huska, (à main nue) qu’il pratiqua à haut niveau. Un hasard familial l’amène jeune à une initiation à la voile à Sokoa. Un autre monde, une ambiance dont il capte vite le parfum violent de l’aventure. Amaiur occupe les années quatre-vingt à enchaîner stages et diplômes de monitorat. Côté études, il passe un BEP d’électronique et un BAC pro de maintenance des systèmes mécaniques automatisés, une formation dont aujourd’hui >> il ne regrette pas le rigorisme pour l’aider joliment quand seul, entre deux risées, il s’agit d’ouvrir la boîte à outils. « En 1992, avec l’achat de mon premier bateau, Uhaina, 5,95 m, j’embarque vraiment pour l’aventure avec une sacrée dose d’inconscience ! » Sans moteur, sans VHF, sans électronique juste un seau pour écoper et bada ezpada ere (au cas où) des rames pour rentrer au port, il écume la côte basque d’Hendaia à Elanxobe, de port en port. C’est en 1994 qu’Amaiur effectue sa première traversée de l’Atlantique : Les Sables-d’Olonne – Canaries – Guadeloupe, en 34 jours. « Mais en 1998, l’année où je passe mon brevet d’État de voile, j’attrape véritablement le virus de la course au large. » Un prurit marin qui le propulse en 2005 vers la Solitaire du Figaro après de nombreuses courses en équipage. La rencontre avec Lalou Roucayrol s’avère décisive alors qu’il se lance dans les trophées sur trimaran classe multi-50 (15 m). Ensemble, ils décrochent une 3e place à la Transat Jacques Vabre. Un soir, alors que nous cabotions au gré des courants scélérats des ruelles de Lekeitio, Amaiur nous avait confié ses rêves de l’affrontement sublime, celui que seul peut envisager le marin affirmé et qui donne droit à cracher au vent pour avoir passé les trois caps et fendu tous les océans : le Vendée Globe, l’épreuve reine qui est au navigateur ce qu’est l’Éve-

Le Vendée Globe est au navigateur ce que l'Everest est au montagnard

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rest est au montagnard avec une différence de taille cependant : durant le Vendée Globe, le concurrent est absolument seul sans jamais pouvoir accoster, c’est la règle. Chez Amaiur Alfaro, la part de rêve se fond parfaitement avec une forme de pragmatisme. Celui qui se défend d’être seulement bouffeur d’écoutes et qui, pour le seul plaisir de la navigation avec des amis, sait se baguenauder au fil de l’eau, se révèle compétiteur déterminé quand il s’agit de passer la ligne au mieux de ses capacités.

Être le marin basque le plus rapide

En 2011, il se classe 14e de sa première transat en solitaire, en 17 jours et 7 heures, un record pour l’ensemble des participants, « le temps le plus long passé seul. Le Vendée Globe, ce sera au moins trois mois, car le pari », nous confiait-il ce matin-là à Hendaye, « c’est faire la boucle en moins de cent jours, être le marin basque le plus rapide à accomplir le tour du monde ! » Pour Amaiur le redoutable compte à rebours s’est enclenché. La préparation du Vendée Globe 2016 ce sont, des mois en amont, l’épuisante recherche d’un bateau (18 m) et d’indispensables sponsors pour un budget de… 1,5 millions d’euros. C’est une équipe technique, un pôle de communication, une impitoyable préparation physique, un quotidien — Amaiur est directeur de l’École Internationale de Voile de Sokoa — qu’il faut assumer jusqu’au départ en novembre 2016. Cette exceptionnelle aventure humaine a un sens : « l’indispensable part d’inconscience sans doute, mais aussi la rencontre avec soi-même, la mise en pratique de toutes ces années d’apprentissage pour dominer ce qu’il y a de plus puissant dans notre environnement. » L’innovation est aussi au cœur du projet. Le bateau, véritable laboratoire, sera entièrement équipé de sources d’énergie renouvelable, de nouvelles technologies testées à bord. L’expérience sera menée avec des chercheurs, en particulier ceux de ENER-GEA de l’ESTIA (Bidart) et des industriels. Doublant le Cap Horn ou gueulant plus fort que les 40e rugissants, Amaiur ne sera jamais tout à fait seul. Dans le cockpit de l’un de ses voiliers, n’avions-nous pas lu, écrit au feutre : Le vent porte toujours les nouvelles du monde et des hommes. Rendez-vous est pris le 6 novembre 2016, aux Sables-d’Olonne.

Mots-clés/Hitz gakoak Énergie renouvelable : energia berriztagarri Marin : itsasturi Trophée : garaikur Cap : lurmutur

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t e x t e Txomin Laxalt / p h o t o g r a p h i e s Santiago Yaniz Aramendia

L’ALARDE

D’HONDARRIBIA HONDARRIBIAKO JAIAK, ALARDEA Besteen memento ezinbestekoa, Hondarrabiako Alardea-k Historiaren gertakari garrantzitsu bat, hala zorionean nola zorigaitzean, ospatzen du.

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Mixité Traditionnellement réservé aux seuls hommes, l'Alarde s'est ouvert à une compagnie mixte.

Ordre L'ordre du défilé est immuable autant que strict. Chacune des vingt compagnies doit rester à la place qui lui est assignée.

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a précision est d’importance. Depuis 1980, sur décision de la mairie, Hondarribia est officiellement… Hondarribia et non plus le castillan Fuenterrabia ou le mauvais copier-coller français, Fontarrabie. On admet par contre volontiers le familier Honddarbi dont usent les Hondarrabitarrak quand ils parlent entre eux de leur chère commune. Oui, la précision est d’importance car dans le patronyme de la plus septentrionale ville du Pays basque Sud que l’on pourrait traduire par de pierre et de sable, se trouve réunie une part non négligeable de son histoire laquelle, est évoquée, de manière à la fois martiale et festive, la première semaine de septembre. Une situation géographique l’a rendue stratégiquement, quoique protégée par le vaillant Jaizkibel, exposée non seulement aux vents d’ouest mais surtout à ceux, bien plus mauvais, de l’histoire. Régulièrement victime de sacs de pirates, convoitée par les puissances maritimes de l’époque, elle a dû son salut en s’aca>> gnardant derrière ses imposantes murailles dont on ne peut que conseiller, aujourd’hui, d’en faire le tour. Le siège dont la ville eut le plus à souffrir

Régulièrement victime de sacs, Hondarribia n'a dû son salut qu'à ses imposantes murailles

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fut, sans conteste, celui de 1638, il dura 69 jours et, l’humour dont font preuve les Gipuzkoatarrak quand il s’agit de sublimer pour mieux les exorciser, les vicissitudes de l’histoire — l’exemple est patent à Donostia lors de la Tamborrada — trouve sa parfaite illustration lors des fêtes traditionnelles de Hondarribia. Pour mieux comprendre le cocktail savoureux mêlant la fête la plus débridée avec les ritournelles obsédantes des mirlitons, la musique qui marche au pas, les salves de fusils, les défilés martiaux et les uniformes, un retour historique s’impose.

La promesse faite à une vierge C’est le 1er juillet 1638 que les troupes françaises de Louis XIII, sous le commandement du Prince de Condé, entreprirent le siège de Hondarribia, un épisode de la fameuse guerre de Trente ans qui, opposant les Habsbourg d’Espagne soutenus par l’Église catholique aux États allemands protestants du Saint Empire, impliqua la plupart des états européens. La France, bien que catholique, mais chez les princes qui nous gouvernent, on le sait, la raison d’état l’emporte sur la logique, soutint les États allemands en vue d’affaiblir les Habsbourg d’Espagne ; d’où le siège qui nous intéresse. Réunis dans leur paroisse, les Hondarribitarrak jurèrent à Ama Guadalupekoa, la Vierge de Guadalupe que, si elle intervenait pour leur

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Procession L'immense défilé traverse toute la ville et bien sûr honnore les murailles qui ont sauvé Hondarribia.

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trouve son origine dans les coutumes militaires nord africaines, réminiscence de la colonisation espagnole dans le Rif, al ard, signifiant en arabe, une revue de troupes. Quant aux vingt compagnies qui le forment, elles remémorent les contingents militaires autrefois proposés volontairement — un privilège de la province — par chaque quartier, en cas de menace. Au fil des siècles et des trouvailles dans l’art de décaniller son prochain, l’Alarde s’est déroulé hallebarde sur l’épaule d’abord, arquebuse ensuite, enfin escopette aujourd’hui.

Une élégante cantinière Aux huit heures et demi sonnantes, le défilé s’ébranle au son aigrelet des mirlitons et des ras impeccables des tambours. Les airs de bravoure : Titi-biliti, Ttitteiro, Diana, Ikurriña, Azeri dantza, Fagina, sont sus depuis l’enfance. Point n’est besoin de maîtriser parfaitement la musique, il suffit d’une partition sommaire figurant à la place des notes les six trous de la flûte : noirs bouchés, blancs ouverts et cela fonctionne depuis des générations. L’ordre >>

libération, ils se rendraient annuellement en procession jusqu’à son sanctuaire dressé sur les hauts de Olearso. Les habitants de la ville offrirent même tous leurs bijoux pour fondre des balles. La cité résista 69 jours et les Français levèrent le siège le 7 septembre 1638. Au lendemain de leur libération, les habitants de Hondarribia honorèrent leur promesse. On comprend mieux pourquoi, depuis maintenant 377 ans, le 8 septembre est, à défaut de pierre, à marquer d’un boulet blanc et le fameux Alarde ou défilé, une célébration importante qui culmine le 10 septembre avec l’acte religieux qui honore tous ceux qui tombèrent durant le siège. Ici, on a le souci de la mémoire historique. L’Alarde prête à sourire quand on n’en connaît pas le contexte, pourtant l’événement est vécu de manière forte par la population qui ne le manquerait pour la plus miraculeuses des marées, ce jour-là, les bateaux de pêche restent à quai. Huit heures. Les 20 compagnies, l’arme au pied, sont déjà rassemblées devant les murailles dans un joyeux chahut qui n’empêche pas un semblant d’ordre entretenu par des officiers à cheval, parfois le sabre au clair, à renfort d’ordres gutturaux. L’Alarde

Contestation Certaines ne supportent pas l'idée d'une compagnie mixte et le font savoir, réclamant « Betiko Alardea », un Alarde traditionnel, et n'hésitent pas à se dissimuler derrière un grand voile de plastique noir au passage de la compagnie mixte.

L'ordre du défilé est immuable, autant que strict, respectant la devise d'Hondarribia

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du défilé est immuable autant que strict, respectant les ordonnances de la Ville : oso prestu, oso leial, oso adoretsua eta beti oso zintzoa (très noble, très loyal, très courageuse et toujours très fidèle) ainsi que le rappelle sa devise. Devant vont les sapeurs et leurs haches, les cavaliers donneurs d’ordres à fière allure, le Bourgmestre et ses assesseurs, enfin les compagnies aux noms qui sonnent fort aux oreilles des Hondarribitarrak : Jaizubia, Arkoll, Akartegi, Herria, Kosta, Gora arrantzaleak gazteak, Ama Guadalapekua, Gora gazteak, Beti gazte, Mendelu, Olearso… et encore et encore. À la tête de chaque formation, l’élégante cantinière à laquelle il ne manque ni brandebourg, ni sourire de circonstance, montée en amazone sur son alezan ou, marchant au pas, donnant frénétiquement de l’éventail ; un choix vétilleux qui se porte sur une jeune fille, figure du quartier et dont le portrait fleurit sur les murs de chaque ostatu (bar) ou d’elkarte (association) concerné. Quant à la Compagnie mixte, Jaizkibel elle tente de s’imposer, depuis bientôt vingt ans. En bousculant dans la douleur une mâle tradition, elle a involontairement donné naissance à une 21e Compagnie… de la Ertzaintza (police autonome basque)

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celle-là. Elle est tenue d’offrir protection à la compagnie sacrilège qui a accordé le droit du port de la flûte et du fusil aux suffragettes de la fête, aux minutes sensibles de l’alarde, essentiellement lors de la traversée de la kale nagusia (rue principale) coupant le quartier historique d’Hondarribia.

Anciens contre modernes Unique tache sombre sur une célébration haute en couleurs, barbouillée par une frange de la population revendiquant haut et fort un alarde traditionnel et qui s’abrite derrière de laides banderoles de plastique noir, quand elle ne tourne pas le dos à la compagnie mixte sur son passage. Une querelle d’anciens et de modernes qui fait dire à Koldo de la Compagnie Gora Gazteak, à l’heure de l’arrotz eta xingar (œufs jambon), au sein de Marlaska, un elkarte du centre-ville : « Tradizioa ados, baina bere esklaboa izan, ez ! » (La tradition d’accord à condition de ne pas en être son esclave). Par bonheur, la fête reprend le dessus, l’Hondarribitar est bien trop zintzoa (loyal) pour ne pas partager entre deux salves et deux coupes de champagne, quelques pas de fandango avec l’hérétique du matin, la voisine est trop belle !

Initiation Dès leur plus jeune âge, les enfants de Hondarribia sont initiés aux différents rites de l'Alarde. La meilleure manière de transmettre le flambeau aux générations futures.

Mots-clés/Hitz gakoak Défilé : alarde Siège d’une ville : setio Murailles : harresiak Cavalier : zaldun

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AIZKORRI - ANBOTO - GORBEIA

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t e x t e Txomin Laxalt / p h o t o g r a p h i e s Santiago Yaniz Aramendia

LES TROIS GRANDES

HIRU HANDIAK

Ametsetako ibilaldia, Hiru handiak izenekoak, Hegoaldeko hiru mendilerro nagusiak lotzeko ahala ematen du. Historia eta mitologiarekin hitz ordu bat.

A

izkorri, Anboto, Gorbeia. On les appelle familièrement Hiru handiak, les « Trois grandes ». Elles sont comme la colonne vertébrale d’Hegoalde. Tout mendizale, les reconnaît de loin pour les avoir gravies un jour. Leurs impressionnantes crénelures calcaires qui les font paraître enneigées au cœur de l’été, sont les immuables silhouettes familières des Bizkaitarrak, des Gipuzkoatarrak et des Arabarrak. Trois massifs qui n’en feraient qu’un, tant les lient une culture, des traditions, une histoire. Pour des raisons évidentes de commodité, il est admis, selon la position adoptée par rapport au soleil, que les Pyrénées commencent ou s’achèvent dans l’Atlantique. Depuis longtemps les écoles de géographie s’affrontent, certaines estimant que les admirables massifs Aizkorri, Anboto et Gorbeia, trésors orographiques d’Hegoalde, ne font pas partie de la prestigieuse chaîne montagneuse pour les assigner dans un nébuleux et abâtardi chainon cantabrique ; en fait un no man’s land qui ne serait ni pyrénéen, ni cantabrique. Pourtant, si l’on soulevait la peau du Pays basque pour étudier son ossature, on se rendrait compte qu’il ne s’agit que d’un appendice latéral des Pyrénées. D’ailleurs, Claude Dendaletche, biologiste des montagnes, a écrit : « Les anciens géographes admettaient que

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l’axe montagneux reliant la Catalogne et la Méditerranée à la Galice et l’océan atlantique, formait une unité géographique indiscutable. Ils distinguaient cependant un tronçon oriental (Pyrénées isthmiques) et une portion occidentale (Pyrénées cantabriques) ». À quoi nous ajouterons que la géographie qui nous intéresse montre, sur l’un et l’autre versant, de parfaites similitudes tant à travers les usages pastoraux qu’au travers d’une langue, l’euskara, creuset de ce que Claude Dendaletche désigne joliment comme l’îlot basque. Que l’on se rassure, il ne s’agira pas ici d’infliger une leçon de géographie mais plutôt d’aller, sentier faisant, à la découverte des trois massifs nichés dans un écrin forestier et pastoral, balisés par 5 000 ans d’histoire. Ici, entre Zalduondo et Murgia se déroulent pas moins de 100 km de chemins, formidables de confusion, se faufilant à travers des hêtraies de rêve, des chênaies légendaires, des pâturages idylliques et funambulant sur des crêtes aériennes. Ici, entre

L'îlot basque Est-ce de la géographie ou de la poésie ? Qu'importe, les caractéristiques physiques autant que les usages sociaux et la pratique de l'euskara identifient suffisamment ces trois massifs pour que l'on puisse évoquer un « îlot basque ». Ci-contre, la sierra de Elgea.

AIZKORRI, ANBOTO ET GORBEIA SONT, POUR HEGOALDE, AUTANT DE TRÉSORS OROGRAPHIQUES

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SIERRA DE LOKIZ

t e x t e Txomin Laxalt / p h o t o g r a p h i e s S a n t i a g o Yaniz Aramendia

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AIZKORRI - ANBOTO - GORBEIA

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AIZKORRI - ANBOTO - GORBEIA

En toute saison De l'autome à l'hiver, chaque saison permet de découvrir « les Trois grandes » qui révèlent alors leurs trésors cachés : de nombreux kilomètres de sentiers, cidessus, dans la sierra Altzania ou d'enchanteresses petites rivières.

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les haches coiffant les sommets de l’Aizkorri et de l’Anboto et la croix du Gorbeia, les plus grands noms de la grimpe basque, ont établi leurs premiers bivouacs, attaqué leurs premières voies. Ici, entre les refuges d’Urbia et d’Angel Sopeña, se sont écrites depuis le XIXe siècle, les belles pages de l’alpinisme basque. Hiru handiak, c’est aussi, depuis 1987, le nom de cette marche un peu folle, organisée tous les deux ans par la vénérable Société Excursionniste Manuel Iradier, un

de ces défis montagnards que les mendizale aiment à se lancer entre Bilbo et Donostia. Relier en 24 heures les trois sommets, soit 100 km pour 9 800 m de dénivelé cumulé ! Surtout n’y voyez pas une course de dératés, réservée à une élite, la pratique de la montagne n’est pas soumise en Hegoalde au chronomètre ; au-delà d’un sport national elle est une façon de vivre, une affirmation de l’attachement à Ama lur, la Terre mère. Zélateurs de bivouacs, des nuits étoilées, du feu de camp, des chants qui vont avec

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Énergie propre Des éoliennes accompagnent les marcheurs. Ci-dessous, le parc éolien d'Elgea. La Navarre se classe au 8e rang des communautés autonomes pour la production d'énergie éolienne.

et surtout, soucieux de nos articulations rabotées par des années de sentiers, nous avions décidé modestement de réaliser le royal itinéraire… en trois jours, chaque grande méritant bien sa journée d’errance. Nous avions laissé derrière nous le superbe bola toki (quillard) de Zalduondo (Araba) encore plongé dans le silence matutin. Le chemin avait vite pénétré une de ces forêts dont la canopée, voilant le ciel, vous plonge dans les ténèbres à la matinée avancée, peuplée de ces chênes et hêtres aux fronts lourds de vent libre, chers au poète. Un sentier qui, pareil à un cheminement spirituel nous aurait précipités dans le passé. Nos semelles emboîtaient le pas non seulement aux albarka des bergers transhumants de l’Âge du Bronze mais aussi aux caligulæ des centuries romaines. Rome utilisa la science ancestrale du déplacement et la patine du sentier multimillénaire pour tracer à son tour la suma cresta de la voie qui, partant de Bordeaux rejoint Astorga (Castilla – Léón), via le mythique Orreaga (Roncevaux). Le film de l’histoire déroule ici ses bobines qui se seraient mélangées sous la main d’un opérateur déjanté. Les balises de Saint-Jacques viennent rappeler aussi que le Chemin connut ici, au XIIIe siècle, son apogée pour être la principale voie reliant Santiago en passant par Gasteiz. Parfaitement tracée, la voie romaine se faufile dans la montagne jusqu’à croi-

ICI, LE PAÏEN LE DISPUTE AU CHRISTIANISME ET LES CROYANCES SE MÊLENT

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ser la bouche du tunnel naturel de San Adrian. La légende veut que le souverain Charles V, qui jamais ne se courba devant quiconque, fut bien contraint de baisser la tête un jour qu’il emprunta la trouée géologique.

Citadelle de calcaire

Un brouillard pégueux nous emmaillote alors que nous empruntons le dédale calcaire conduisant au sommet pour se déchirer à peine alors que nous touchons à la hache sommitale de l’Aizkorri (1 528 m) eta bat ! (et d’une !). Ici, le païen le dispute au christianisme. Alors pour le sommet, la hache, aitzkora en euskara, protectrice de la foudre, selon une tradition bien ancrée en Pays basque et pour l’antécime, l’ermitage dédié au Christ et entre les deux, un refuge redoute bien pratique quand la hache plantée dans la pierre et les patenôtres marmottées ne suffisent plus à protéger le marcheur de la ire céleste. Pour ménager une tradition coriace et un relativement jeune christianisme, les moines du monastère d’Arantzazu, en un merveilleux syncrétisme, une fois par an, y montent semer des conjurations contre les vents mauvais et calmer les ardeurs du génie Mari, lequel du fond de sa grotte forge les tempêtes. Miracle sans doute, la nuée se déchire sur un ciel de safre tandis que nous dévalons, la formidable citadelle de calcaire dans notre dos, vers les édéniques pâturages d’Urbia creusés de dolines autour desquelles se pressent des txabola (cabanes) trapues et où roule l’écume des brebis à l’estive. Le refuge sur lequel flotte à perpétuité l’ikurriña et qui respire à l’euskara est propice à l’hamaretakoa réparateur. Nous nous y abandonnerions volontiers, si nous ne devions déjà repartir vers les sierras d’Urkilla et Elgea, un infini et morne dodeline-

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AIZKORRI - ANBOTO - GORBEIA

ment de sommets qu’il nous faudra égrener. Mieux que les marques rouge et blanc du GR12 (traversée d’Euskal Herri) les éoliennes d’Elgea balisent régulièrement les 15 kilomètres du monotone cheminement… Urkitza (1 163 m), Zurkuntz (1 214 m), Trango 1 179 m). 78 aérogénérateurs, soit cinq par kilomètre ; nous nous surprenons à les compter pour rompre la monotonie… Larrangoiti (1 126 m), Gaboño (1 176 m), Burgamendi (1 087 m) et faire diversion à l’obsédant vrombissement des moulins, pareil à l’écho d’un rucher géant. L’ombre géante des pales balayant convulsivement et alternativement la crête nous déséquilibrerait presque. Croisé le dernier moulin, le grand menhir de Mugarriluze se dresse comme pour s’accorder le dernier mot. L’abattue du jour avait eu raison de notre

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curiosité et nous avions renoncé à la visite du musée du sel du petit village de Leintz – Gatzaga (Salines de Leintz dans sa traduction) le bien nommé, noyé dans un mascaret sylvestre. La veillée ne s’était pas prolongée et le matin nous avait cueilli encore fourbus, alors que silencieux, le regard tendu vers la citadelle dépouillée de l’Anboto, nous évaluions le crapahut du jour dans ce coin reculé du Debagoiena, aux marches du Gipuzkoa. Nef calcaire, le massif de l’Anboto, impressionne tous ceux qui l’abordent pour la première fois. De loin, il émerge, corrodé, plissé, presque irrationnel tant sont nombreuses les légendes qui l’habitent. Nous envions les entités légendaires d’Euskal herri lesquelles, sans souci de points d’eau, de direction à suivre, dans ce dédale de sentiers cou-

pant des forêts touffues de cyprès géants, chevauchant les nuées, vont et viennent d’Aizkorri à Gorbeia, squattant grottes et fontaines. Du sommet du Jarindo (895 m), la perspective sur la plaine de Gasteiz et, à nos pieds, l’immense embalse d’Urrunaga, villégiature balnéaire des Gazteiztarrak et dont les eaux immobiles dessinent une petite mer, rompent enfin l’enfermement forestier. Seules marques d’une présence humaine, les ermitages que nous croisons, San Cristobal, Santikurutz et, dans les lointains, les toits floutés par la brume des communes de Legutio et Otxandio. Les impressionnantes fronces de l’Anboto se dérobent à nos yeux alors que passés les sommets de Kastilue (1 026 m), du raboteux Oriol (1 130 m) et l’échancrure du col Leziaga, la forêt d’Ipizte nous engloutit. Le cheminement dans le lapiaz demande vigilance et il nous faut nous frayer un chemin à travers l’embrouillamini de chênes aux racines à vif et le barbelé du buis.

La cosmologie d'Anboto

Le massif accumule des cônes de déjection, se creuse de dolines et de poljés, contraignant le marcheur à d’acrobatiques contournements jusqu’à déboucher au col Zabalandi où enfin, l’Anboto apparaît en majesté, émerge de sa collerette végétale, avec ses pentes absolument dénudées et couleur de vieil argent. Le sommet biscayen offre sans doute le plus beau cheminement de crête de tout Euskal Herri et son gravissement âpre et exposé fait le régal de tout mendizale. Plus qu’une ambiance de pierre et de silence, c’est une cosmologie qui imprègne le massif d’Anboto où le montagnard qui le franchit, le berger qui y estive, auraient partie liée avec tous les dieux du panthéon mythologique, du Lamin à l’Herensuge. Si après les hommes du Magdalénien et du Bronze – ils laissèrent des vestiges dans les grottes de Bolinkoba, d’Oyalkoba, d’Albistei et d’Astokoba - les hérétiques, au XVe, trouvèrent refuge dans les cavités, c’est depuis le temps des étoiles que l’on signale la présence de la Dame d’Anboto ou déesse Mari. Elle tient ses

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AIZKORI - ANBOTO - GORBEIA

AIZKORRI - ANBOTO - GORBEIA

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L'ANBOTO OFFRE SANS DOUTE AU MENDIZALE, LE PLUS BEAU CHEMINEMENT DE CRÊTES D'EUSKAL HERRI

Une montagne humanisée Le parc naturel d'Aizkorri dans toute sa variété de paysages et de pratiques humaines, notamment le pastoralisme. À gauche, le tunnel de San Adrian, dont la légende prétend qu'il obligea Charles V à courber la tête pour l'emprunter.

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quartiers dans la fameuse grotte suspendue, accessible à ceux que le vide n’impressionne pas, les seuls à pouvoir affirmer que sur son seuil, la déesse blanche y passe les millénaires à longuement peigner sa blonde chevelure quand elle ne confectionne pas des pelotes d’or en accrochant l’écheveau aux cornes d’un bélier. Dans les villages alentours on affirme que la pluie signale sa présence, avérée ce jourlà alors que nous touchions la hache du sommet (1 330 m), eta bi ! (et de deux !). Elle nous accompagna tout au long de la longue descente jusqu’au sanctuaire d’Urkiola devant lequel un monolithe promet de trouver l’âme sœur pour peu qu’on en fît plusieurs fois le tour. Épuisés, trempés, nous l’ignorâmes superbement, aucune fiancée, ce soir-là, ne valant un coin de feu et l’ambre d’une chope de bière. Le massif du Gorbeia résume la genèse de l’histoire de la montagne basque depuis qu’elle cessa d’être seulement l’outil de travail des bergers. D’une beauté époustouflante, courant sur 21 000 hectares, à cheval sur les provinces de Bizkaia et Araba, son sommet culmine à 1 482 m et la Croix métallique de 18 m qui le domine est non seulement le symbole du Parc naturel, mais aussi celui du mendizalisme qui naquit sur ses pentes en 1887, année de la première expédition montagnarde organisée par un jeune club de Bilbo. Alors que nous dépassons la Maison du Parc, nous avons en tête les premières lignes du premier numéro de la prestigieuse revue Pyre-

naica (1926) : « Cette très haute montagne située entre les provinces d’Araba et Bizkaia, est très connue de tous les Cantabres lesquels, quand ils veulent évoquer leur patrie et leur désir d’y vivre, ne manquent pas de citer ce vieux proverbe : la vache de Gorbeia désire rester à Gorbeia. » Nous nous engouffrons dans une délicieuse hêtraie sapinière. Une pente sans pardon nous conduit jusqu’au passage d’Atxuri, un vertigineux mais judicieux passage en corniche dont la paroi s’orne d’un ikurriña peint. Cette petite exception géologique dominant la vallée d’Arratia, nous hisse sur les Toits de Atxuri, un édénique pâturage qui nous dévoile la masse imposante du seigneur Gorbeia et sa cour dont la couronne karstique d’Itxina. L’échancrure du col d’Aldaminape annonce la dernière et redoutable pente de notre périple. S’offrant des manières eiffelienes, la croix mythique érigée en 1907 nous accueille enfin au sommet, eta hiru ! (et de trois !). La toucher ainsi que la petite statue de la Vierge de Begoña, patronne de Bilbo, relève de la symbolique à laquelle se prête de bonne grâce tout montagnard. Un vent glacial à décoiffer un betiso balayant la vaste esplanade herbeuse, ne nous autorise pas à une longue station propice à savourer notre petite victoire en égrenant les 130 sommets que l’on peut identifier. Nous redescendons par les pentes pelées du versant alavais, vers le village de Murgia et le quotidien. Un dernier dolmen et une touffue sapinière nous ingère encore. Violent et rauque, convulsif et poignant, le brame du cerf nous accompagne. Nous l’agréons comme un hymne à la vie, un authentique chant du monde.

Mots-clés/Hitz gakoak : Massif : mendilerro Chênaie : harizti Creuset : arragoa Cerf : orein

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SAN FERMIN

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t e x t e Txomin Laxalt

L’

histoire ne précise pas si en 1324, année de naissance des plus célèbres fêtes à défaut des plus belles, sur la peau du monde, on nouait déjà le foulard rouge. Cependant l’affaire est entendue, cette année-là, Carlos IV roi de France et par la même occasion, 1er de Navarre, accorde à Iruñea (Pampelune) le privilège de fêtes célébrées à compter du 10 octobre. Ceux qui ne seraient pas au fait de la biographie de leur saint préféré, Fermín en l’occurrence, qu’ils sachent que c’est un 10 octobre que ce fils de sénateur romain, né à Iruñea, converti au christianisme et ordonné à Toulouse, est entré à Amiens pour prêcher l’Évangile avant que des ingrats s’avisent, en 303 de notre ère, de lui couper la tête. On raconte que le Fermín réussit de son vivant à convertir 3 000 personnes en trois jours. Sept cents ans après sa mort, c’est par millions que se comptent les convertis ! Ah, les belles années, les fêtes duraient vingt jours et se doublaient de privilèges exorbitants : immunité judiciaire exemption de certains impôts pour les participants – on rêve. C’est aussi en 1385 que les chroniques évoquent pour la première fois l’organisation de corridas à Iruñea. Jusqu’en 1852, date de l’achèvement des premières arènes, elles se dérouleront place del Castillo. L’histoire de la ville l’atteste, une forme du fameux Riau-riau, la procession en l’honneur de Saint Fermín où défilent les édiles et les corporations de la ville, existait au XVeᵉsiècle, mené déjà au son des gaitas. 1591 demeure une date décisive puisque la célébration patronale est déplacée du 10 octobre au 7 juillet, une décision municipale approuvée par le synode diocésain, les festivités débutant le 29 juin. Rappel aux gourmands, Iruñea est toujours en fête ce jour-là, célébrant ses peñak, une bonne méthode selon les Iruindarrak pour chauffer le moteur. Et le chroniqueur de 1587 d’évoquer une place del Castillo débordante « de plateaux couverts de victuailles et de pichets de vin et de cidre maintenus au frais dans de la neige » (elle était conservée à l’année dans des puits prévus à cet effet — ndlr). En ces années, la population de la capitale navarraise n’atteint pas 10 000 âmes et seulement quatre groupes de danseurs suffisent à l’animation tandis que commencent à se distinguer des dynasties de gaiteros payés au contrat. Déjà sont mentionnés les zaldiko maldiko, danseurs au costume figurant l’homme cheval.

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L q z I s p L à fi d q d I m d d E s s d L m p h t Q l j L s L p J e I d d n q L n n C d t l g ç f s

DÉJÀ SEPT SIÈCLES SANFERMINAK, JADA ZAZPI MENDE Dudarik gabe, nahiz egutegirik, nahiz mundurik San Fermin santu famatuena da. Badira zazpi mende Irunea-k ospatzen duela bere bestei esker.

Les fêtes duraient vingt jours et se doublaient de privilèges, telle que l'exemption d'impôts !

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La Peña La Veleta

Son siège se trouvait à La Jarauta. Elle fut la première, en 1931, à adopter la tenue blanche et le foulard rouge. Les membres faisaient, pour la plupart, partie de syndicats, d’organisations de gauche, voire anarchistes. En 1936, la peña disparut, la majorité des membres exécutée dans les Bardenas. Inconsciemment, on les célèbre aujourd’hui.

L’apparition de géants date du XVIIeᵉsiècle. Pour l’heure il ne s’agit que de grands mannequins que l’on brûle à l’occasion d’un zezenzusko (toro de fuego). Les feux d’artifice ont d’ailleurs la faveur des Iruindarrak : « La ville allume tellement de feux et luminaires dans ses rues et places qu’il semble que la nuit tarde à venir. » L’éclairage public n’étant installé qu’en 1799, on laisse imaginer l’atmosphère. Les récits ne manquent pas, contant le déroulé de fêtes lesquelles, à l’origine religieuses, inquiètent quelque peu le clergé : « Les jeunes filles dansent dans les rues avec leurs tambourins et les garçons ne distinguent plus l’honnête et le licencieux. Il se consomme d’énormes quantités de cruches de vin qu’un responsable de groupe est chargé d’aller quérir et de distribuer ensuite », notre kutxa déjà !En 1800, Iruñea compte 12 000 habitants et reste tournée vers la campagne même si les familles de notables s’efforcent de donner à la ville des allures de cité bourgeoise. Ainsi, piétonne avant l’heure, afin de ne pas user le pavé, les charrois sont interdits intra muros. En ce début de XXeᵉsiècle, pour suivre la mode européenne, on se plaît, pendant les fêtes, à exhiber des monstres de foire et des saltimbanques en vogue. La rue Estafeta demeure, avec la place del Castillo, l’épicentre de la fête. Les fameux géants de l’irremplaçable Erraldoien konpartsa, les mêmes qu'aujourd’hui, apparaissent en 1860 dessinés par un peintre de la ville, Tadeo Amorena. La municipalité les avait souhaités : « solides, légers et stables pour éviter leurs chutes à chaque tour de danse et représentant l’Europe, Asie, Afrique et Amérique ». Quant à l’encierro, il relève d’une habitude qui consistait à courir les taureaux conduits nuitamment de La Rochapea jusqu’à la place del Castillo où, se déroulait la corrida. Le parcours de 849 m que l’on connaît aujourd’hui sera définitivement établi en 1899. Le chupinazo qui ouvre les fêtes, éminemment populaire, était tiré, à partir de 1931, depuis la rue, par Juan Etchepare Aramendia un estanquero (buraliste) estimé mais dirigeant républicain pour son malheur. Il sera fusillé en juillet 1936 par les nouveaux maîtres du pays et le chupinazo, désormais récupéré, sera tiré depuis le balcon de la mairie, tout un symbole. Le nouveau maire Joseba Asiron (EH Bildu ) a promis que le txupinazo sera désormais participatif. Le foulard rouge, pour être à la couleur de la Navarre, ne sera jamais que celui des seules fêtes navarraises, n’en déplaise aux plagiaires en manque d’imagination. C’est l’inspiration populaire qui, en écrivant les pages d’une longue histoire, participe ainsi d’une authentique tradition. Ce qui fait que ni les épidémies, ni les mauvaises vendanges de 1744, ni une sanglante guerre d’indépendance contre l’envahisseur français (1808-1813), pas plus que la longue parenthèse franquiste ne seront venus à bout de cette fabuleuse semaine de neuf dimanches.

Mots-clés/Hitz gakoak : Célébration : ospakizuna Ambiance : giro Bringue : parranda Géant : erraldoi

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CULTURE

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t e x t e s Jean-Paul Bobin

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LA MUSIQUE ET L'IDENTITÉ COMME TREMPLINS VERS L'UNIVERSEL

Après Naiz, en 2007, Peio Serbielle revient avec Zara, un nouvel album d'une grande originalité et d'une extrême sensibilité. Il est accompagné par Gilles Servat et Karen Matheson. Au-delà de la musique, il invite à une réflexion autour de l'identité.

Ibilka : Pourquoi ce titre Zara (tu es, en euskara) ? Peio Serbielle : Zara, c'est le deuxième chapitre d'une trilogie, Naiz, Zara et Gara (Je suis, tu es, nous sommes). Ce qui, pour moi, ressemble un peu à la composition du monde, à savoir que la singularité va vers une autre, collective. La rencontre entre le « je suis » et le « tu es » forme le « nous sommes ». L'identité n'est pas un repli sur soi, c'est un tremplin vers l'universel. Ibilka : Comment tout cela se traduit-il dans un album ? Peio Serbielle : Zara s'est ouvert vers le monde celte où j'ai beaucoup d'amis, dont Gilles Servat, quelqu'un d'important, et la chanteuse écossaise Karen Matheson qui chante en gaélique et en anglais. Le projet dépasse le cadre musical, nous avons voulu travailler sur l'idée d'identité partagée. Il y a des desseins analogues en Bretagne, en Écosse et au Pays basque. Mais il y a aussi d'autres intervenants, des enfants, ceux du collège Diwan de Vannes et les écoliers de l'ikastola Zurriola de Donostia. Ibilka : Pourquoi la présence des enfants ? Peio Serbielle: Ils sont très importants, ils ont partagé un chant sur la promotion des langues régionales et nous allons faire en sorte qu'ils se croisent sur scène. C'est aussi une manière de montrer la diversité des situations, à savoir qu'en Bretagne, plus la Loire-Atlantique, soit environ 4,5 millions d'habitants, il y a 3 800 écoliers dans les écoles bilingues, contre 3 300 en Iparralde pour 300 000 habitants ! On construit un monde ensemble, c'est aussi celà, le projet de disque. ( http://www.peioserbielle.com/accueil.php)

identité et tourisme, gastronomie, littérature, etc. Parallèlement nous réalisons des portraits vidéos, visionnables sur You Tube (Zara l'album), dans lesquels on demande à des personnalités, bretonnes ou basques, d'évoquer leur perception de l'identité et l'objet qu'ils aimeraient transmettre pour la faire partager. Nous avons réalisé vingt-cinq portraits à ce jour. ( http:// zaralalbum.tumblr.com) La troisième étape, ce sera la scène et un concert en décembre, salle Lauga, à Bayonne. Enfin, il y aura une quatrième étape, en cours de réalisation, et qui prendra la forme d'un documentaire. Ibilka : D'ici la fin de l'année, il devrait se passer beaucoup de choses à Bayonne… Peio Serbielle : Oui, c'est une ville que j'aime, et j'avais envie d'y poser notre projet. Il y aura bien sûr le concert avec Maialen Errotabehere, de nombreux musiciens – une occasion de découvrir les instruments traditionnels bretons – , 200 choristes sous la direction de Marie-Jo Goudard. On va faire venir des enfants de Bretagne et d'Iparralde. Mais avant il y aura quatre rendez-vous. Le premier autour de la thématique : Identité et économie. Il s'agira d'une rencontre avec Jackez Bernard. Il est le producteur de Gilles Servat, mais aussi initiateur de L'Héritage des Celtes, administrateurteur de Coop Breizh et représentant de Produit en Bretagne. Un véritable acteur économique et culturel. Il m'a semblé intéressant d'organiser une rencontre avec ses homologues ici, au Pays basque. Le deuxième volet tournera autour d'identité et écriture, notamment à travers un travail qui devrait être mené avec la bibliothèque de Bayonne à la rentrée. L'idée étant de demander aux écoliers de CM1 et CM2 de travailler autour du thème : « Raconte-moi le Pays basque ». Outre les bascophones et les francophones, nous souhaiterions intégrer les autres populations présentes et Pays basque et jamais consultées. La gastronomie sera le thème du troisième rendez-vous et le quatrième tournera autour des portraits. Nous sommes à la recherche d'un lieu de projection. Notre ambition est de proposer une manifestation populaire et de qualité.

Ibilka : Justement, votre projet ne se cantonne pas qu'à l'aspect musical. Qu'elles seront les étapes futures ? Peio Serbielle : Le disque est en effet la première étape. La deuxième consiste à aller partout où nous le pourrons pour parler du projet sur l'identité partagée. Nous avons envie d'initier des débats sur différents thèmes autour de l'identité : identité et économie,

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BIBLIO

Le projet dépasse le cadre musical. Nous travaillons sur l'identité partagée

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1989 : 1er album chez Agorila 1994 : Zuk egin gaua 1997 : Euskadi Kanta Lur 2006 : Egon (le chant des légendes basques) 2008 : Naiz 2015 : Zara

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BASQUIAT AU GUGGENHEIM

Peut-être le dernier artiste de l'underground new-yorkais, Jean-Michel Basquiat (1960-1988) laisse une des œuvres les plus marquantes de la fin du XIXe siècle, un témoignage social et politique dont la force n'a d'égal que la prolixité. Cette exposition : Jean-Michel Basquiat, le moment est venu, est l'une des plus importantes consacrée à l'artiste newyorkais qui, dans un style unique, mélange de graffitis, de

Il est l'un des moments forts de la saison culturelle biarrote et important pour l'ensemble du Pays basque à travers les ponts qu'il tisse entre les Basques et les SudAméricains. La 24e édition du Festival Biarritz Amérique latine se déroulera fin septembre. Comme chaque année, il proposera une découverte du cinéma sud-américain à travers la projection de films inédits, longs et courtsmétrages, ainsi que de documentaires. Des rencontres photographiques et littéraires autour, cette année, des écrivains, chilien et argentin, Luis Sepulveda et Alan Pauls. C'est l'Equateur qui est l'invité d'honneur du festival, qui réservera un focus tout particulier au cinéma du petit pays d'Amérique centrale. Ce festival est synonyme de convivialité et d'échanges, notamment grâce au village face à l'Océan où l'on peut voir les expositions, assister aux conférences et aux concerts gratuits. Il est ouvert, chaque jour, de 9h à 2h du matin. Festival Biarritz Amérique Latine, du 28 septembre au 4 octobre. www.festivaldebiarritz.com

PAYS BASQUE DE A À V…

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CUISINER L'ESPELETTE

Inutile de le présenter, le piment d'Espelette appartient au club des produits stars – galvaudé parfois – de la gastronomie basque. Pour le mettre en valeur, le producteur, Vincent Darritchon et le cuisinier Éric Duconfin s'emploient, non pas à nous le faire redécouvrir, mais à nous enseigner l'immense palette qu'offre le piment d'Espelette en cuisine, à travers quarante recettes aussi simples que savoureuses qui permettent également de revisiter quelques classiques de la cuisine basque. Recettes de piment d'Espelette, Vincent Darritchon et Èric Deconfin. Éditions du Rouergue. 18 €.

bande dessinée, de hiéroglyphe et de culture populaire, a su témoigner des maux de son époque et donner une vision ironique du monde. Son œuvre restera un manifeste contre le racisme, la discrimination, les préjugés, et un merveilleux plaidoyer pour la liberté et le respect. Un artiste universel et un rendez-vous à ne pas manquer. Jusqu'au 1er novembre 2015, Musée Guggenheim, Bilbo.

L'Amérique du Sud s'invite à Biarritz

omme son titre l'indique il s'agit d'un dictionnaire au sens premier du terme avec des entrées par ordre alphabétique. Ainsi Antoine d'Abbadie ouvre-t-il le chemin de ce compagnonnage que nous propose Élodie Piveteau à travers le Pays basque, Hegoalde et Iparralde réunies. Bien sûr, comme dans tout dictionnaire, on y trouvera les passages obligés, ceux que l'on connait par cœur ou que, parfois, l'on a l'impression de connaître. Mais il est toujours bon de se rafraîchir la mémoire. Son format, qui permet de le glisser facilement dans une poche, en fait un excellent viatique pour qui souhaite s'initier à l'histoire, la géographie, la culture ou plus simplement le mode de vie basque. Dictionnaire insolite du Pays basque, Élodie Piveteau. Éd. Cosmopole. 11 €.

GASTRO >>>

street art

bin

COLLECTION « CIRCA XX »

C'est un beau cadeau que la ville de Biarritz fait aux amateurs d'art en présentant la collection de Pilar Citoler, du Musée Pablo Serrano de Saragosse, l'une des plus importantes collections privées d'art contemporain d'Espagne, acquise l'an dernier par le Gouvernement d'Aragon. Bacon, Picasso, Miro, Le Corbusier, Warhol, Saura, Chillida, Dubuffet, Tápies…, la collection recense de nombreux grands noms de l'art moderne, mais révèle aussi un grand nombre d'artistes, notamment espagnols. Una passion privada. Collection « Circa XX, Pilar Citoler » Musée, Casino Bellevue à Biarritz, jusqu'au 20 septembre. Tous les jours (sauf le mardi) de 11h à 20h.

EUSKARA JALGI HADI MUNDURA Dans le premier livre publié en Euskara en 1545, Lingua Vasconum Primitiae, Bernat Etxepare émis le souhait que « euskara, jalgi hadi mundura » (que la langue basque aille de par le monde). L'Institut Etxepare (Donostia), a créé une collection dans ce but. Un numéro est entièrement consacré à la littérature basque depuis Etxepare jusqu'aux romanciers contemporains. Ces dossiers, sont téléchargeables gratuitement. http://www.etxepare.eus/es

BASQUE EN ILLINOIS

Un groupe d'étudiants et de professeurs de l'Illinois State University vient de créer Artaburu Basque Organization, un club d'information sur la culture basque et l'enseignement de l'euskara. « Il est important qu'au sein de notre département de langues nous faisions une place aux langues minoritaires…»

EXPOSITION CIGA

Le Musée basque et de l'histoire de Bayonne consacre une exposition rétrospective, la première du genre en France, au peintre navarrais, Javier Ciga. Elle présente une quarantaine de tableaux dont de nombreuses scènes de vie en vallée du Baztan, en particulier la célèbre toile « Le marché d'Elizondo », présentée pour la première fois à Paris en 1914. Né à Pampelune en 1877, Ciga met en scène, à la manière d'un anthropologue, la société navarraise de la fin du XIXe et de la première moitié du XXe siècle. Une peinture essentiellement réaliste, influencée par le post-romantisme. Entre 1908 et 1920, Javier Ciga réalisa à six reprises l'affiche des fêtes de Pampelune, ce qui constitue encore un record aujourd'hui.

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VILLAGE

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t e x t e Txomin Laxalt / p h o t o g r a p h i e s Céderic Pasquini

lle a beau arguer de ses 703 années d’existence, La Bastide Clairence (Bastida) n’en fut pas moins une ville neuve, en son temps, relevant d’une organisation spatiale révolutionnaire digne de la pensée utopiste. On désignait les villes neuves médiévales du très occitan terme bastide (bastida, bâtie). C’est du reste dans ce mouvement que s’inscrit en 1312, la genèse de Bastida ; une nécessité politico-économique qui donna naissance aux XIIIe et XIVeᵉsiècles, essentiellement dans le Sud-Ouest, à quelque 300 villes neuves réparties à travers ce que couvrent aujourd’hui 14 départements. Située sur les bords de la Joyeuse (Aran), en Basse Navarre, Bastida fut fondée en 1312 sur les desiderata de Louis 1er de Navarre — il sera roi de France sous le nom de Louis X le Hutin — à des fins essentiellement stratégiques et commerciales. Une bastide répond à des critères qu’a défini l’archéologue Félix de Verneilh (1820-1864) : « villes neuves bâties tout d’un coup, en une seule fois, sous l’empire d’une seule volonté », ce qui les fait reconnaître à coup sûr tant par la disposition du bâti que par un style uniforme. La bastide dite de type gascon est formée de huit îlots que coupent quatre axes avec une place à arcades ou lieu de vie en son mitan et l’église à son extrémité. Il s’agit d’allécher le futur résident en lui assurant quelques privilèges qui le convaincront du bien fondé d’une nouvelle vie. La Bastide va accueillir Gascons, Basques mais aussi les Francos, ainsi que l’on appelait les pèlerins en route vers ou de retour de Compostelle. Une quasi-égalité juridique, une maison offerte – elles avaient toutes les mêmes dimensions : 6 m de façade pour 18 à 20 m de longueur avec, sur l’arrière, le cazalot, une parcelle de jardin, mais en échange une obligation de rendement. Au XIVeᵉsiècle, la commune fait partie du royaume de Navarre

Mots-clés/Hitz gakoak : Arcade : arkupe Artisan : artisau Atelier de tissage : ehundegi Cloître : kalostrapet

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BASTIDA

UNE VIEILLE VILLE NEUVE BASTIDA, HERRI ZAHAR BERRI BAT

Bastida herriak, La Bastide Clairence frantsesez, bere izenak erraten duenez, bastida baten edo Erdi Aroko herri berri baten izigarrizko adibide bat da. Gaur, arkitekturazko altxor horrek artisauak hartzen ditu.

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La Bastide Clairence présente une architecture typique des villes nouvelles des XIIIe et XIVe siècles.

et son nom tel qu’il est inscrit dans les archives est d’ailleurs Bastida Nueva de Clarenzea. Le souverain voit dans la nouvelle ville une ouverture maritime pour la Navarre. Les galupes et les gabarres assureront un fret de première magnitude jusqu’à Bayonne. Les nouveaux habitants vont faire de Bastida une véritable ville forte économiquement. Ils seront cloutiers, taillandiers, bonnetiers, lainiers et bien sûr agriculteurs. Les maîtres constructeurs ont cependant donné toute leur mesure à ce qui est bien plus qu’une stricte figure géométrique urbanistique. À pignons, à double encorbellement, avec façades résillées en croix de Saint-André, à colombages et fenêtres à meneaux ou à quatre pentes, dans le plus pur style navarrais, les maisons dans un triomphe de calcaire et de grès sont des trésors architecturaux. Ce n’est donc pas un hasard si depuis une trentaine d’années, les métiers d’art, une quinzaine d’artisans en tout, ont trouvé à Bastida leur terre d’élection, renouant ainsi avec la vocation de la bastide. Pour en parler qui mieux que Jojo Dattas, forgeron de la cinquième génération ? Il a efficacement participé au deuxième souffle de La Bastide Clairence. Aujourd’hui à la retraite, il laisse son atelier, un véritable musée, à la disposition du public et ne se fait pas prier pour raconter en détail l’histoire de sa commune. Bastida, est bien en Pays basque même si l’euskara n’a pas toujours eu le dernier mot sur les bords de l’Aran. Le trinquet, le plus ancien jeu de paume datant de 1512 — il n’en existe que cinq à travers l’Hexagone — est géré par l'association Gartxot et réunit à l’année quelque 100 équipes pour des tournois de pelote. La visite de cette vieille ville neuve ne saurait s’achever sans celle de l’église Notre-Dame-de-l’Assomption, consacrée en 1315, ceinte d’un splendide cloître à la superbe charpente et pavé de dalles funéraires. Si on a sacrifié ici aussi à la mortifère relégation des cagots – on pourra croiser la porte qui leur était réservée pour pénétrer dans l’église – Bastida a néanmoins accueilli entre le XVIIeᵉet le XVIIIeᵉ siècle, une importante communauté juive – quelque 80 familles, 20 % de la population d’alors, d’origine espagnole et portugaise. L’humble cimetière qui jouxte l’église, la plus vieille tombe porte la date de 1620, est un émouvant témoignage d’intégration de la communauté qui s’était engagé à fournir le médecin de Bastida… finalement une vieille dame qui n’en finit pas d’être jeune.

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RESTAURANT

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t e x t e Txomin Laxalt / p h o t o g r a p h i e s Céderic Pasquini

Le Chêne

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un chef qui s’amuse Itsasun, duela aspaldi, Le Chêne jatetxea instituzio bat da. Asmakor, Serge Caumont-ek labeak berpiztu ditu.

scrit eurs a. Le velle ime pes t un ude eaux tida onoiers, rs et îtres dant à ce icte que. elles en omx ou pur dans n’est une ion, eux ment à la blic ne. eu le ume géré des ever inte ires. urra tida ante ors, lise, nage ecin e.

Hôtel-restaurant du Chêne existe depuis toujours. La maison, c’est certain, est aussi vieille que l’église qui la jouxte, un XVIIe bien sonné. La famille Sallaberry, durant plusieurs générations, porta haut et fort la renommée d’un établissement dont, longtemps, la caractéristique fut le fameux chêne multicentenaire qui, jusqu’en 1950, année de sa disparition, supporta la fameuse terrasse de bois que prolongeait la passerelle depuis le premier étage du restaurant. De cet extraordinaire belvédère gastronomique, Jean-Paul Sartre et sa compagne, Simone de Beauvoir – l’ubiquitaire Hemingway ne peut en dire autant — y dînèrent sous l’abondante autant qu’avenante frondaison. Depuis 2010, Serge Caumont (Biarritz, 1956) a repris les fourneaux. Des études au Lycée hôtelier de Biarritz et le passage obligé à Paris. Huit ans chez l’acteur Jean >> Marais, à Saint-Germaindes-Prés. Un séjour Chez Maxim’s, un an au Pavillon Royal et un séjour encore au Pavillon de la Grande cascade où, de premier commis, il termine deuxième sous-chef. L’expérience parisienne s’achève au Bristol et c’est le retour au pays où, pendant trois ans encore, il œuvrera au célèbre Chez Albert et à L’Hôtel de l’Océan. En entrée, nous avions opté pour la tartinette de pieds de cochon, jambonnettes de cuisses de grenouilles en persillade, bouquet de salades, une histoire d’amour improbable pour un mariage réussi. Un chouïa nostalgique, un brin trad, nous avions, pour le plat prin-

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Une cuisine qui revisite les produits locaux

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cipal, cédé à l’appel des ris d’agneau en toupinade aux cèpes et pommes grenailles, jus de braisage au vieux Porto, un accompagnement idéal, soulignant toute la finesse et la texture de ces délicieux abats. La Tatin aux pommes caramélisées, sablé basque, chantilly et glace caramel au sel de Guérande venait couronner ce menu royal à 32 €. « Nous proposons une cuisine qui revisite les produits locaux sans que jamais ils ne perdent leur nature avec cette partie de créativité qui me fait dire que véritablement, je m’amuse », explique Serge Caumont. Les suggestions méritent toute notre attention, ainsi ce jour-là, l’agneau de lait biberon des Aldudes et les anchois frits de Donibane en persillade auraient ravi le palais le plus exigeant. Côté vin, une carte étoffée avec, entre autres, un gouleyant tour des vins de pays, Gascogne, Minervois, Ventoux (28-30 €). Comme en Pays basque les saisons se déclinent aussi dans l’assiette, les mois à polaire passeront certainement plus vite dans l’ancienne cuisine aménagée en salle plus intime, où trône toujours la grande cheminée familiale dont le linteau, comme une invite, annonce dans l’euskara de nos pères, : Hemen chahar gazten chokoa (ici, le coin des vieux et des jeunes). Idoine pour déguster palombe en salmis ou au capucin, lièvre à la Royale désossé et farci au foie gras, force sanglier et chevreuil… En ces soirées à chemisette, nous suggérons plutôt la terrasse sous la glycine, idéale pour écouter le jazz du vendredi soir et surtout, atermoyer entre la côte de bœuf de chez Massonde, le taloa de Pilou, le boudin de chez Ospital, le chevreau et le porcelet de chez Ramuntcho Arrosagaray, la crème de cerise d’Itsasu de chez J-M Etchepare autant de petits prodiges nés de l’engagement de producteurs locaux avec lesquels Serge Caumont et Stephane Carricaburu, un chef qui l’accompagne maintenant depuis un an, n’en ont pas encore fini de.. s’amuser.

En ce temps-là… Nous ne résistons pas au plaisir de vous soumettre le menu de réveillon de 1910 proposé par Le Chêne et que Serge Caumont a reproduit à l’occasion du réveillon de 2010. • Choux farcis • Vol-au-vent de ris de veau régence • Truites du Pas-deRoland • Suprême de sole à la Nantua • Agneau du Mondarrain cuit au four • Caneton à la financière • Petits pois au jambon d’Itxassou et cuisse d’oie • Cèpes à la bordelaise • Aspic de foie gras • Pièce montée • Bombe glacée à la vanille

Mots-clés Hitz gakoak : Restaurant le Chêne - Itsasu Du mardi midi au dimanche soir - Tel. : 05 59 29 75 01

Agneau de lait : axuri Lièvre : erbi Truite : amuarrain Salmis : ehiza-saltsai

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MYTHOLOGIE

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t e x t e Txomin Laxalt

Herensuge Herensugeak leku inportanta dauka gure mitologian eta izaki asaldagarri horri buruzko kondairak ez dira falta ; famatuena, dudarik gabe, Goñiko Zaldunarena. Le Dragon porte, en basque, une ribambelle de noms parce qu'il peut revêtir une multitude d'allégorisations.

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ans l’extraordinaire et onirique déserté les rives du Nil pour les plus vertes berges d’Errobihartzak (La Nive), presentzia les chroniques du roman Obabakoak (1988) de Ber- desagertu, Nahiz eta Euskal herrian nardo Atxaga, il est question entre XVIeᵉ de la ville l’attestent et la dépouille de la handi bat du gure legendetan, kantuetan eta batez ere autres d’un lézard, musker en tarasque resta exposée dans une chapelle de la euskara, qui a la fâcheuse manie cathédrale. Bon, en fait, il se révéla que notre l’ancêtre l’homme : « Lehenagoko de s’immiscer dans la années tête des dans humains par le comme herensuge n’étaitdequ’un crocodile ramené ’était il y a quelques le village hartzetik sinesten conduit on imagine lesBaztan), conséquences d’Afrique et gizona abandonné parjiten noszela audacieux navarraisauditif, d’Arizkun, (vallée du le sou- eüskaldunak (lesclergé, anciens que l’homme a d’une telle possession. Ingénieuse marins. Le noncroyaient sans une forme de pieuse venir est encore cuisant. Ihauteria,récupération le carnaval, zizien » fabriqué utilisa à partir l’ours).empaillée, D’ailleurs non nos par l’écrivainavait d’une vieilleson croyance n’est été scélératesse, lade dépouille ce matin-là atteint acmé,et etqui Hartza, béarnais l’appellent Lou Moussu pas sans rappeler le mythe de Herensuge, le voisins à des fins didactiques mais « Pour montrer(Le le l’ours, avait jailli d’une maison, bousculant et disent : « L’ors ? quasi omi » dragon serpent, cette créature hybride Monsieur) diable aux fidèles et les maintenir dans un la crainte attelages et gens.enfin Les prérogatives qu’inconpratiquement un homme). qui emprunte à la fois dules saurien et du reptile. de l’Enfer », souligne Claude Labat. Dans son sciemment s’accordent journalistes pour (L’ours ? L’ours. Histoire d’un roison déchu, (Seuil, 2007), Une entité essentielle Paysque basque, comme Zuberoa (Soule) posséda herensuge qui se placer plus avant et en mieux les autres, ne livre, Pastoureau le bestiaire médiéval du reste jusque lesde plus orientales civi- Michel gîtait dans la grotteévoque d’Azalegi, près d’Ahüzki, un jouent guère dansdans le pays l’envers du monde le situait déjà entre animalité : lisations. serpent à trois têtes quihumanité boulottaitetles bêtes au et se payent. Les coups plurent dru et même qui estSur l’autre de l’homme : mêmed’Altzai, stature, Comme il peut revêtir une multitude d’allé- « L’ours pâturage. les instances des bergers donnée avec le plat de la main, une mornifle position debout, même disposition des gorisations, le dragon portela enconviction basque une un noble local mit le feu au monstre qui, dit-on, de berger distillée avec toute de même suffit d’ailleurs aux hommes d’enfiler ribambelle de noms, telle uneIl comète, cul par-dessus tête, traversa le l’acteur pénétré de sonallons-y : rôle, a viteHerensuge, fait de vous organes. la de bête pour faire l’ours ». cielpeau d’Euskal Herri pour s’engloutir Pour lié au réveil de l’ours, génédans être la mer. Illustration universelle ralement au mois février, l’ours a de la victoire de lade Lumière sur les repris droit du de cité dans Ihauteri. Ténèbres, Bien surnos le Mal. Les Momotxorro d’Alsasu (Ibilka n° Sugaar ou Sutagar est le Serpent, la 5) ne sont pas sans rappeler couleuvre, laquelle affubléeHartza. d’une Le carnaval d’Ustaritze (Labourd) paire d’ailes devient le dragon l’a adopté en merveilleusement Bizkaia (Dima) et bien de même à et d’ailleursLohitzun Ihauteri s’inscrit dans Donibane (Saint-Jeanun intéressant festival de-Luz) avec des dardsqui à las’appelle place de Hartzaro (la saison de l’ours) ainsi sa déjà inquiétante langue bifide. que de Ziberoa où, Maisles lamascarades plus émouvante légende explique Clauded’Herensuge Labat, « il sert à basque autour est traiter par le rire entre sans conteste celleles duconflits Chevalier de chasseurs et écologistesracontée partisans Goñi, savoureusement et de la réintroduction l’oursLabat dans joliment illustrée parde Claude Pyrénées. » (Teodosio est de retour, Elkar, 2004). Le chevalier Edensugue, Edaansugue, Iraunsugue, Ersugue, les envoyer tâter du goudron. Pour un mendizale est présent carnaval navarrais Teodosio deau Goñi, accabléde deMarkina remords Lerensugue et dansl’ours sa version lame plusdirez-vous, latinisée : Hartza qui rêve d’observer de près ettué Zalduondo (Araba). L’ethnographe pour avoir ses beaux-parents, après avoir Dragoi. Onétait notera queconsolation, le mot suge (Bizkaia) l’occasion tropcependant belle ! Maigre Truffaut s’est attaché à analyser àlaerrer préété abusé par le Diable, est condamné (serpent) est son toujours présent dans désignaHartza zain, gardien, ne fut passamieux loti Thierry l’ours dans les carnavals navarrais et chargédede chaînes. Alors qu’il s’en revient tion comme dans sa morphologie. qui s’efforçait de tenir la longe, pasComme plus queon le sence particulier ceux d’iturren-Zubieta qu’il chez lui par les montagnes d’Aralar, ilalors affronte le sait, le serpent est lié, dans la tradition chré- en villageois que la curiosité attirait. les célèbres et énigmatiques joaldun. hérissé de piquants… Herensuge « Immense, tienne, mal absolula mais pourtant lesHartza, aspects mène Dans saaudimension plus violente, mot artzain, (berger) n’est que la une têteau hideuse et ses yeux pleinsilde sang lannégatifs ne sont pas les plus importants dans Quant est terriblement présent, mythiquement des aveuglants, mots artz, il ours et zaina, le çaient des éclairs faisait vibrer sa notre mythologie. Claude Labat rappelle que contraction parlant, on l’aura compris… non seulement dans ce sens, étant celuid’un qui protégerait langue acérée comme la pointe harpon. », « les dragons sont un symbole de pyréforce. gardien, en Euskal Herri mais sur touteévident la chaîne du plantigrade. quibrebis dévorait régulièrement les pucelles des Aussi leuravec mortlaquelle est-elle fécondante. Voilà pourquoi néenne le Pays basque partage les Xan de l’Ours du Pays à Joanet deTeodol’Os du environs. Le combat estbasque titanesque certaines fondations font expliquerait appel à une De bien des mythes. Est de ce ville que cela catalan, la légende est la même qui raconte sio est contraint d’appeler Saint-Michel à la légende où un héros tue un dragon. » Quelques cette attirance répulsion que manifeste envers pays d’un né des amours d’un ours et rescousse. Ceenfant dernier terrasse Herensuge blasons de communes l’arborentladu reste comme l’histoire l’emblématique plantigrade, communauté bergère. Car, et là,sa n’est pas le moindre de Teodosio trouve enfin rédemption. Iriburu (Saint-Pierre et son dragon à d’une pyrénéenne ? Txomind’Irube) Peillen qui connaît bien hartza aurait la fâcheuse Surdéfauts, les lieux de l’exploit se dresseréputation le splentrois têtes. Si tout le monde - avec un ses sa Soule natale rappelle que accorde l’ours y est humacourir la pastourelle plutôt de la forcer. dide sanctuaire de SanouMiguel Excelsis semblant de crédulité - à Saint-Georges ou à de nisé à tel point que longtemps il fut considéré Saint Michel l’exploit d’avoir occis le Dragon, (1 200  m), un joyau du XIIe siècle. On peut y savez-vous que le très Bayonnais Chevalier de admirer, suspendues, les chaînes de pénitence Belzunce mit knock-out un dragon véritable de Teodosio, preuve irréfutable de l’existence qui avait dévoré trois enfants alors qu’il avait des dragons.

TOUT FEU

TOUT FLAMME HERENSUGE, SUTSUA ETA GARTSUA

Mots-clés/Hitz gakoak : Chaîne : kate Serpent : suge Griffe : atzapar Chevalier : zaldun

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