Soyez libres • Warren W. Wiersbe

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COLLECTION « SOYEZ » : COMMENTAIRES BIBLIQUES À LA PORTÉE DE TOUS POUR COMPRENDRE ET METTRE EN PRATIQUE LA PAROLE DE DIEU. À UTILISER SEUL OU EN GROUPE.

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Warren W. Wiersbe

Galates • Soyez libres

« L’épître aux Galates est un livre dangereux. Il démasque ce qui se substitue souvent à la vie spirituelle dans nos églises aujourd’hui : le légalisme. Des millions de croyants pensent qu’ils sont spirituels en raison de ce qu’ils ne font pas. » – Warren W. Wiersbe. Puisse ce commentaire vous délivrer de toutes vos craintes de mal faire. Qu’il vous encourage à compter sur la seule puissance du Père compatissant.

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Warren W. Wiersbe • Pasteur, professeur et conférencier de renommée internationale. Auteur de nombreux livres dont Quand la vie chancelle et les commentaires du Nouveau Testament de la collection « Soyez ».

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9 782362 491078 ISBN 978-2-362491-07-8

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Paul a écrit cette lettre aux Galates pour nous avertir contre les bonnes intentions religieuses… qui finissent par asservir. Dieu ne vous laissera pas achever seul le salut qu’il a commencé en vous par grâce. La croix de Christ et l’Esprit de Dieu, tel est le seul équipement nécessaire.

W. Wiersbe

« Pour être un bon chrétien, je dois absolument… » Votre façon de terminer cette phrase est cruciale. Ne tombez pas dans le même guet-apent qui a piégé les Galates.

Galates • Soyez libres

« Si le Christ nous a rendus libres, c’est pour que nous le restions et que nous jouissions de la vraie liberté qu’il nous a acquise. Donc, tenez bon et n’allez pas vous replacer sous un joug. Refusez de vous laisser imposer les chaînes d’une nouvelle servitude » (Galates 5 : 1 – Parole vivante).

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Galates Texte de Parole vivante inclus



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Questions d’étude

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Éditions BLF • Rue de Maubeuge 59 164 Marpent • France www.blfeurope.com

Édition originale publiée en langue anglaise sous le titre : Be free • Warren W. Wiersbe © 1975 • SP Publications Cook Communications Ministries David C. Cook • 4050 Lee Vance View Colorado Springs • Colorado 80918 • USA Traduit et publié avec permission. Tous droits réservés. Édition revue et corrigée en langue française : Soyez libres • Warren W. Wiersbe © 1981 • ELB © 2012 • BLF Europe Rue de Maubeuge • 59164 Marpent • France Tous droits de traduction, de reproduction et d’adaptation réservés. Couverture et mise en page : Éditions BLF • www.blfeurope.com Impression no 93036  • IMEAF • 26160 La Bégude de Mazenc Sauf mentions contraires, les citations bibliques sont extraites de la version Louis Segond révisée, dite « Bible à la Colombe ». © 1978 Société biblique française. Avec permission. Le texte de l’épître aux Galates qui figure en fin de livre est extrait de Parole vivante : transcription dynamique du Nouveau Testament, par Alfred Kuen. © 1976, 1993, 1999, 2001 • ELB © 2007 • BLF Europe 978-2-36249-107-8 978-2-36249-108-5 978-2-36249-110-8 978-2-36249-109-2

ISBN BLF version brochée ISBN BLF version ePub ISBN BLF version Mobipocket ISBN BLF version PDF

Dépôt légal 1er trimestre 2012 Index Dewey (CDD) : 227.4 Mots-clés : 1. Bible. NT. Épîtres. 2. Galates. 3. Commentaire.


Introduction L’épître aux Galates est un livre dangereux. Il démasque ce qui se substitue souvent à la vie spirituelle dans nos églises aujourd’hui : le légalisme. Je n’ai pas dit « dans les sectes », mais « dans nos églises » parce qu’elles sont, aujourd’hui, le lieu d’élection du légalisme. Des millions de croyants pensent qu’ils sont spirituels en raison de ce qu’ils ne font pas, ou en raison du chef spirituel qu’ils suivent, ou en raison du groupe auquel ils appartiennent. Le Seigneur montre dans l’épître aux Galates, combien nous avons tort quand nous pensons ainsi. Et combien nous pourrions avoir raison si seulement nous laissions le Saint-Esprit agir en nous. Lorsque le Saint-Esprit prend en main les rênes de notre vie, nous sommes libres et non esclaves ; il y a coopération et non compétition ; recherche de la gloire de Dieu et non louange adressée à l’homme. Le monde voit alors le christianisme réel et les pécheurs ont accès à la connaissance du Sauveur. Un terme existe, un peu démodé, qui décrit tout ceci : le réveil (ou renouveau religieux). Après plusieurs mois à étudier l’épître aux Galates, je me sens à la fois humble et stimulé. Humble, parce que je ne crois pas que Dieu soit fort impressionné par nos ministères, même si les hommes le sont. Stimulé, parce que j’ai moi-même besoin de vivre avec plus d’abondance et d’exercer un ministère plus profond. J’ai besoin de permettre au Saint-Esprit de poursuivre son œuvre, que ma vie ou mon ministère corresponde ou non au modèle reçu. C’est pourquoi j’affirme que l’épître aux Galates est un livre dangereux. Il était dangereux pour Paul de l’écrire. Il était dangereux pour les 5


Soyez libres Galates de le lire. Peut-être le fait d’écrire cette étude apparaîtra-t-il comme quelque chose de dangereux. Quoi qu’il en soit, je prie que vous et moi appréciions la liberté en Christ et en fassions l’expérience, sinon Jésus serait mort en vain. Si donc le Fils vous rend libres, vous serez réellement libres. — Jean 8 : 36

Amis, Soyez libres ! Warren W. Wiersbe

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Suggestion de plan de Galates Thème : La liberté chrétienne dans la grâce de Dieu (5 : 1) I. Approche personnelle : la grâce et l’Évangile – Chapitres 1 et 2 1. La grâce déclarée dans le message de Paul (1 : 1-10) 2. La grâce démontrée dans la vie de Paul (1 : 11-24) 3. La grâce défendue dans le ministère de Paul (2 : 1-21) – Collectivement, devant l’église (2 : 1-10) – Personnellement, devant Pierre (2 : 11-21) II. Approche doctrinale : la grâce et la Loi – Chapitres 3 et 4 1. L’argument personnel (3 : 1-5) 2. L’argument scriptural (3 : 6-14) 3. L’argument logique (3 : 15-29) 4. L’argument historique (4 : 1-11) 5. L’argument sentimental (4 : 12-18) 6. L’argument allégorique (4 : 19-31) III. Approche pratique : la grâce et la vie chrétienne – Chapitres 5 et 6 1. La liberté, pas l’esclavage (5 : 1-12) 2. L’Esprit, pas la chair (5 : 13-26) 3. Les autres, pas le moi (6 : 1-10) 4. La gloire de Dieu, pas la louange des hommes (6 : 11-18)

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Première partie

Approche personnelle : la grâce et l’Évangile

Chapitres 1 et 2

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Mauvaise nouvelle au sujet de la Bonne Nouvelle Sur le seuil de ma porte se tenait un jeune homme qui essayait de me faire souscrire un abonnement à un hebdomadaire. Il était très persuasif : « Cela ne vous coûte que 3 euros par semaine et, par-dessus le marché, ce journal ne contient que des bonnes nouvelles ! » Dans un monde tourmenté, il est devenu de plus en plus difficile de découvrir de « bonnes nouvelles ». Peutêtre, après tout, ce journal était-il une affaire ? Pour celui qui a accepté Christ comme Sauveur, la véritable bonne nouvelle, c’est l’Évangile : « Christ est mort pour nos péchés, selon les Écritures ; il a été enseveli, il est ressuscité le troisième jour, selon les Écritures » (1 Cor. 15 : 3, 4). La bonne nouvelle, c’est le pardon des péchés et la possibilité pour les pécheurs d’aller au ciel grâce à l’œuvre accomplie par Jésus-Christ sur la croix. Pour le monde, le message le plus important, c’est la bonne nouvelle du salut par la foi en Christ. C’est ce message qui a transformé la vie de Paul et, par lui, la vie des autres. Mais à cette époque, on a remis ce message en question et Paul s’est décidé à défendre le véritable Évangile. Car de faux docteurs avaient envahi les églises de Galatie fondées par Paul et diffusaient un message différent de celui qu’il avait enseigné. Quand vous commencez à lire la lettre de Paul aux chrétiens de Galatie, vous voyez immédiatement que quelque chose ne va pas. En effet, il ne commence pas sa lettre par la louange à Dieu et la prière pour les saints, 11


Soyez libres comme cela se retrouve dans les autres épîtres. Il n’avait pas le temps ! Paul est sur le point de s’engager dans une polémique afin de prouver la vérité de l’Évangile et la liberté de la vie chrétienne. Les faux docteurs diffusent un faux évangile qui mélange loi et grâce, et Paul ne va pas rester là à ne rien faire. Comment s’y prend-il pour essayer d’enseigner aux chrétiens de Galatie la vérité de l’Évangile ? Dans les versets d’introduction, l’apôtre définit clairement les trois points de son argumentation.

1. Il établit l’origine de son autorité (1 : 1-5)

Plus loin dans sa lettre, Paul s’adressera aux Galates en raison des liens d’affection qui les unissent (4 : 12-20) mais pour commencer, il tient à leur faire savoir que son autorité lui vient du Seigneur. Celle-ci a trois sources.

Son ministère (1 : 1-2) Cette lettre leur est adressée par « Paul, apôtre » (v. 1). Au début de l’Église, Dieu choisissait certains hommes pour leur confier des tâches particulières. Parmi ces hommes étaient les apôtres. Ce mot signifie « délégué par ». Au cours de son ministère terrestre, Jésus avait de nombreux disciples (ou « élèves ») mais il choisit parmi eux douze apôtres (Marc 3 : 13-19). Plus tard, une des conditions requises pour être un apôtre sera d’avoir été témoin de la résurrection (Actes 1 : 21-22 ; 3 : 15). Il est bien évident que Paul ne fut ni disciple ni apôtre au cours du ministère terrestre de Jésus, mais il avait vu le Seigneur ressuscité, et était devenu son délégué (Actes 9 : 1-18 ; 1  Cor. 9 : 1). Sa conversion miraculeuse et son appel à l’apostolat ont créé quelques problèmes. Dès le début, Paul est différent des premiers apôtres, à tel point que pour ses ennemis, il n’en était pas un. Il insiste toutefois sur le fait que Jésus-Christ l’a désigné comme apôtre exactement comme les Douze. Ce n’est pas grâce au choix ou à l’approbation des hommes que commence son aposto12


Mauvaise nouvelle au sujet de la Bonne Nouvelle lat, mais par nomination divine. Par conséquent, il détient l’autorité nécessaire pour traiter les problèmes des églises de Galatie. Il a toute autorité pour exercer son ministère puisqu’il avait fondé les églises de Galatie. Il ne leur écrit pas comme le ferait un étranger, mais comme celui qui leur avait apporté, depuis le début, le message de la vie. Cette lettre montre l’affection de Paul pour ces croyants (cf. 4 : 12-19). Malheureusement, cette affection n’était pas réciproque ! Les exégètes se sont penchés pendant de nombreuses années sur le sujet de la fondation des églises de Galatie. Leurs travaux ont abouti à la conclusion que, quelques centaines d’années avant la naissance de Christ, des tribus téméraires vinrent de Gaule (la France actuelle), s’installèrent en Asie Mineure et fondèrent la Galatie, c’est-à-dire « le pays des Gaulois ». Lorsque les Romains réorganisèrent le monde antique, ils inclurent cette région au sein d’une province plus importante à laquelle ils donnèrent le nom de Galatie. Ainsi, du temps de Paul, lorsqu’une personne parlait de la Galatie, on ne pouvait savoir si elle parlait de la petite région de Galatie ou de la grande province romaine. Les exégètes sont divisés sur la question : Paul s’adresse-t-il aux églises situées dans la région de la Galatie ou dans la province de Galatie ? La première opinion est connue sous le nom de « théorie de la Galatie du Nord » et la seconde sous le nom de « théorie de la Galatie du Sud ». Le problème n’est donc pas encore résolu, mais il semble très probable que Paul écrivait aux églises situées dans la partie sud de la province de Galatie : Antioche, Lystre, Derbe, églises fondées lors de son premier voyage missionnaire (Actes 13 et 14). Paul s’est toujours préoccupé avec amour de ses fidèles, car il avait le profond désir de voir les églises qu’il avait fondées glorifier Christ (voir Actes 15 : 36 ; 2 Cor. 11 : 28). Il n’aimait pas amener des hommes et des femmes à Christ pour les abandonner ensuite (lisez, par exemple, 1 Thes. 2). 13


Soyez libres Lorsque Paul sut que de faux docteurs avaient entrepris d’induire en erreur les nouveaux convertis, il en fut fort préoccupé. Enseigner à de nouveaux convertis la manière de vivre pour Christ fait aussi partie du rôle d’un délégué de Christ, comme celui de les gagner à lui (Matt. 28 : 19-20). Il est triste de constater que parmi les chrétiens de Galatie, nombreux furent ceux qui se détournèrent de Paul, « leur père spirituel » dans le Seigneur, pour suivre des enseignements légalistes qui mélangeaient la Loi de l’Ancien Testament et la grâce divine apportée par l’Évangile. (Ces faux docteurs sont qualifiés de « judaïsants » parce qu’ils essayaient de ramener ces chrétiens au système religieux judaïque.) C’est ainsi que Paul eut un ministère d’apôtre à l’égard des églises de Galatie, en tant que fondateur. Il avait donc l’autorité nécessaire pour résoudre leurs problèmes. Voici une autre source de son autorité.

Son message (1 : 3-4) Dès le début, Paul établit très clairement le message de l’Évangile car c’est précisément ce message que les judaïsants transforment. L’Évangile a pour centre une personne : Jésus-Christ, le Fils de Dieu. Cette personne a payé un prix. Elle s’est donnée elle-même en rançon et est morte sur la croix 1. C’est dans un but précis que Christ a payé le prix : délivrer les pécheurs de la servitude. La liberté en Christ constitue le thème dominant de l’épître aux Galates (voyez le terme « servitude » ou « esclavage » aux versets 2 : 4 ; 4 : 3, 9, 24-25 ; 5 : 1). Les judaïsants veulent priver les chrétiens de la liberté de la grâce et les ramener sous le joug de la Loi. Paul sait que l’esclavage ne fait pas partie du message de l’Évangile puisque Christ est mort pour libérer l’homme. Son but (1 : 5) « À qui soit la gloire aux siècles des siècles ! Amen ! » L’importance de la croix dans l’épître aux Galates ressort dans les passages suivants : 2 : 19-21 ; 3 : 1, 13 ; 4 : 5 ; 5 : 11, 24 ; 6 : 12-14.

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Mauvaise nouvelle au sujet de la Bonne Nouvelle Les faux docteurs ne visent pas la gloire de Christ mais plutôt la leur (cf. 6 : 12-14). Comme le font les faux docteurs de notre époque, les judaïsants ne cherchent pas à gagner à Christ les âmes perdues. Ils se préoccupent surtout de voler les fidèles des autres et se vantent de leurs résultats. Au contraire, le but de Paul est pur et saint : glorifier Jésus-Christ (cf. 1  Cor. 6 : 19-20 ; 10 : 3133). Maintenant que Paul a expliqué d’où lui vient son autorité, il est prêt à faire un second pas en avant : entamer la lutte pour la liberté du chrétien.

2. Il exprime son inquiétude (1 : 6-7)

« Je suis consterné de la rapidité avec laquelle vous avez abandonné » : c’est la première raison qui explique l’inquiétude de Paul : les Galates se privent de la grâce de Dieu. Paul bat le fer pendant qu’il est chaud. Dans sa grâce, Dieu les a appelés et les a sauvés de leurs péchés. Ils font désormais marche arrière et quittent la grâce pour retourner à la Loi. Ils abandonnent la liberté pour retourner au légalisme… Et ils vont vite en besogne ! Ils ne consultent pas Paul, leur « père spirituel », et ne donnent pas au Saint-Esprit le temps de les instruire. Ils ont été séduits par la religion des judaïsants, comme les petits enfants suivent un inconnu qui leur offre des bonbons. La grâce de Dieu est le thème fondamental de cette lettre (1 : 3, 6, 15 ; 2 : 9, 21 ; 5 : 4 ; 6 : 18). Elle est une faveur divine faite aux pécheurs qui ne la méritent pas. Les mots « grâce » et « don » vont de pair car le salut est le don de Dieu par sa grâce (Éph. 2 : 8-10). Les chrétiens de Galatie ne changent pas seulement de religion (ou d’église), ils abandonnent la grâce de Dieu. Pire, ils abandonnent le Dieu de grâce ! Dieu les a appelés et sauvés et maintenant, ils l’abandonnent pour suivre des chefs humains qui vont les réduire en esclavage. Ne perdons jamais de vue que la vie chrétienne constitue une relation vivante avec Dieu par Jésus-

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Soyez libres Christ. On ne devient pas chrétien en adhérant à un certain nombre de doctrines mais par la soumission à Christ et par la foi en lui (Rom. 11 : 6). Il est impossible de mélanger la grâce et les œuvres : elles s’excluent mutuellement. Le salut est le don de la grâce divine, acquis pour nous par Jésus-Christ sur la croix. Se détourner de la grâce pour revenir à la Loi, c’est abandonner le Dieu de notre salut. Mais un autre péché préoccupe beaucoup Paul : ils dénaturent l’Évangile. Les judaïsants prétendent prêcher l’Évangile, mais il ne peut exister deux sortes d’Évangile, l’un centré sur les œuvres et l’autre sur la grâce : « Non pas qu’il y en ait un autre, mais il y a des gens qui vous troublent et veulent pervertir l’Évangile du Christ » (Gal. 1 : 7). Comme les sectes d’aujourd’hui, les judaïsants disent à peu près ceci : « Nous croyons en JésusChrist mais nous avons un merveilleux message à ajouter à ce que vous croyez déjà. » Comme si un homme pouvait ajouter quelque chose à la grâce de Dieu ! En réalité, « ils tordent le sens de l’Évangile du Christ, au point de lui faire dire le contraire » (v. 7 – Parole vivante). En d’autres termes, les judaïsants dénaturent l’Évangile. Ils le transforment au point de le faire retourner à la Loi ! Plus loin, Paul explique la manière dont la Loi a préparé la venue de Christ, mais les judaïsants l’interprètent différemment. Pour eux, la Loi et l’Évangile vont de pair : « Si vous ne vous faites pas circoncire selon la coutume de Moïse, vous ne pouvez être sauvés » (Actes 15 : 1). Qu’est-ce que cette « transformation », ou « perversion », de l’Évangile peut bien provoquer chez les Galates ? Ils en sont troublés (Galates 1 : 6). Ce verbe « troubler » entraîne une idée de perplexité, de confusion et de malaise. D’autres textes font bien ressortir la force de ce terme. Par exemple, le trouble décrit les sentiments des disciples dans le bateau en pleine tempête (Matt. 14 : 26). Il décrit aussi les sentiments du roi Hérode mis au courant de la naissance d’un nouveau roi (Matt. 2 : 3). Il n’est pas étonnant que Paul ait éprouvé de l’an16


Mauvaise nouvelle au sujet de la Bonne Nouvelle xiété au sujet des nouveaux convertis : ils traversaient une période de grande incertitude en raison des fausses doctrines qui s’étaient répandues dans les églises. Si la grâce conduit à la paix (cf. Gal. 1 : 3), l’abandonner, c’est perdre la paix du cœur. La grâce divine a d’autres effets que le salut. Non seulement nous sommes sauvés par grâce, mais nous vivons par grâce (1 Cor. 15 : 10). Nous vivons sous la grâce, c’est le fondement de la vie chrétienne (Rom. 5 : 1-2). La grâce fournit la force nécessaire pour que nous soyons des soldats victorieux (2 Tim. 2 : 1-4). La grâce rend capable de souffrir sans se plaindre et même de faire en sorte que cette souffrance soit à la gloire de Dieu (2 Cor. 12 : 1-10). Lorsqu’un chrétien se détourne de la vie par grâce, il ne peut plus compter que sur ses propres forces. Elles le conduisent à l’échec et à la déception (ce que Paul veut dire en écrivant : « Vous êtes déchus de la grâce » en Gal. 5 : 4). C’est quitter la sphère de la grâce pour entrer dans celle de la Loi. C’est cesser de dépendre des ressources divines pour dépendre de ses propres ressources. Il n’est pas étonnant que Paul soit inquiet. Ses frères en Christ abandonnent le Dieu de grâce, ils dénaturent la grâce de Dieu et recommencent à vivre selon la chair en ne comptant que sur eux-mêmes. Ils ont commencé leur vie chrétienne dans l’Esprit, mais la poursuivent en essayant de s’appuyer sur la chair (Gal. 3 : 3). Après avoir exposé les sources de son autorité et exprimé son inquiétude, Paul entame maintenant la troisième partie de son exposé.

3. Il présente ses adversaires (1 : 8-10)

« Faites l’amour, pas la guerre ! » a été un slogan populaire, mais ce n’est pas toujours possible. Les médecins doivent faire la guerre à la maladie et à la mort, les écologistes doivent faire la guerre à la saleté et à la pollution, les législateurs doivent faire la guerre à l’in17


Soyez libres justice et au crime. Et tous combattent pour une cause qu’ils aiment. « Vous qui aimez l’Éternel, haïssez le mal ! » (Ps. 97 : 10). « Ayez le mal en horreur ; attachez-vous fortement au bien » (Rom. 12 : 9). C’est parce qu’il aime la vérité que Paul part en guerre contre les faux docteurs. C’est aussi parce qu’il aime ceux qu’il a amenés à Christ. Comme un père aimant veille sur sa fille jusqu’à ce qu’elle se marie, de même Paul prend soin des nouveaux convertis de peur qu’ils ne soient séduits et ne retombent dans le péché (2 Cor. 11 : 1-4). Les judaïsants se reconnaissaient à leur prédication d’un faux évangile. La popularité ne peut pas servir de test pour le ministère d’un homme (Matt. 24 : 11) ni les miracles (Matt. 24 : 23-24), mais bien la fidélité à la Parole de Dieu (cf. Ésaïe 8 : 20 ; 1 Tim. 4 ; 1 Jean 4 : 1-6. Remarquez l’exhortation de 2 Jean 5-11 à ne pas recevoir les colporteurs de fausse doctrine). Christ a confié l’Évangile à Paul (1 Cor. 15 : 1-8) qui l’a, à son tour, confié à des serviteurs fidèles (1 Tim. 1 : 11 ; 6 : 20 ; 2 Tim. 1 : 13 ; 2 : 2). Mais les judaïsants sont apparus. Ils ont remplacé le véritable Évangile par une fausse doctrine. Et pour ce péché, Paul les maudit : « qu’il soit anathème » ce qui signifie « voué à la destruction ». (Actes 23 : 14 illustre de manière frappante le sens de ce mot). Peu importe la qualité du prédicateur, qu’il soit un ange du ciel ou Paul lui-même, s’il prêche « un Évangile différent », il est anathème ! Les adversaires de Paul ont encore un autre défaut : ils ne sont pas honnêtes. Ils l’accusent de « compromis et d’ajustage » de l’Évangile aux Gentils. Peut-être ontils déformé la signification de cette phrase de Paul : « Je me suis fait comme l’un d’entre eux, afin de gagner ces faibles pour Christ » (1 Cor. 9 : 22 – Parole vivante). Ils l’interprétaient peut-être ainsi : « Quand Paul est avec les Juifs, il vit comme eux et quand il est avec les Gentils, il vit comme eux. C’est un flatteur. Vous ne pouvez pas avoir confiance en lui ! » 18


Mauvaise nouvelle au sujet de la Bonne Nouvelle Mais en réalité, c’est le faux docteur qui est le flatteur : « Le zèle qu’ils ont pour vous n’est pas bon, mais ils veulent vous détacher (de nous), afin que vous soyez zélés pour eux » (Gal. 4 : 17). Paul démontrera ensuite que ce sont les faux docteurs qui sont coupables de compromission. En effet, ils retournent aux pratiques de l’Ancien Testament afin de ne pas être persécutés par les Juifs (6 : 12-15). Paul, lui, ne cherche pas à plaire aux hommes : son ministère ne lui vient pas des hommes (1 : 1) et son message non plus (1 : 2). Pourquoi les craindrait-il donc ? Pourquoi chercherait-il à leur plaire ? Son seul désir est de plaire à Christ. Quand Verdi présenta son premier opéra à Florence, il se tenait dans l’ombre, les yeux fixés sur le visage d’un homme de l’assistance : le grand Rossini. Peu lui importait que le public l’acclame ou le hue, tout ce qu’il désirait, c’était un sourire approbateur du grand musicien. Il en est de même pour Paul. Il sait ce que c’est que souffrir pour l’Évangile. L’approbation ou le blâme des hommes, tout cela lui est bien égal : « C’est pour cela aussi que nous mettons notre point d’honneur à lui être agréables, soit que nous demeurions (dans ce corps), soit que nous le quittions » (2 Cor. 5 : 9). Paul ne cherche que l’approbation de Christ. Un serviteur de Dieu est sans cesse tenté de transiger pour attirer les hommes et leur plaire. Lorsque D. L. Moody prêchait en Angleterre, un ouvrier monta sur l’estrade et s’approcha de lui pour lui dire qu’un gentilhomme était entré dans la salle. « Puisse cette réunion lui être une bénédiction », répondit Moody et il continua sa prédication sans rien y changer et sans essayer d’impressionner quiconque. Paul n’est pas politicien mais ambassadeur. Sa tâche n’est pas de « faire de la politique » mais de proclamer un message. Les judaïsants, eux, se compromettent lâchement en mélangeant la Loi et la grâce. Ils espèrent plaire aussi bien aux Juifs qu’aux Gentils, sans jamais se demander s’ils plaisent ou non à Dieu. 19


Soyez libres Nous avons remarqué les trois étapes parcourues par Paul dans la polémique qu’il a engagée contre les faux docteurs. Il explique d’où lui vient son autorité, il exprime son inquiétude, il présente ses adversaires. Demandons-nous à présent : de quelle manière va-t-il attaquer ses ennemis ? Comment va-t-il s’y prendre pour convaincre les chrétiens de Galatie que la seule chose dont ils ont besoin est la foi dans la grâce de Dieu ? Une vue d’ensemble de toute l’épître montre que Paul est passé maître dans l’art de défendre l’Évangile. Prenez le temps de lire cette épître d’un bout à l’autre et, au cours de votre lecture, prenez note des trois approches dont use l’apôtre. • La première est personnelle (chap. 1 et 2). Il relate son expérience avec Jésus-Christ et présente le message de l’Évangile. Il souligne qu’il a reçu l’Évangile directement du Seigneur et non par les douze apôtres (l : 11-24), et que ceux-ci ont approuvé son message et son ministère (2 : 1-10). Bien plus, Paul a même pris la défense de l’Évangile quand Pierre, le chef des apôtres, s’en est éloigné (2 : 11-21). La partie autobiographique de l’épître montre que Paul n’est pas un « faux apôtre » mais que son message et son ministère sont conformes à la vraie foi. • Les chapitres 3 et 4 sont doctrinaux. Paul y présente plusieurs arguments afin d’établir que les pécheurs sont sauvés par la foi et par la grâce, et non par les œuvres et par la Loi. Il commence par leur rappeler leurs propres expériences (3 : 1-5). Il parle ensuite de la Loi de l’Ancien Testament (3 : 6-14) et montre que même Abraham et les prophètes croyaient que le salut s’obtenait par grâce au moyen de la foi. Après avoir fait mention de la Loi, Paul explique la raison pour laquelle elle a été donnée (3 : 15 à 4 : 18). Il se sert ensuite de l’histoire de Sarah et d’Agar pour illustrer la relation entre la Loi et la grâce (4 : 19-31). 20


Mauvaise nouvelle au sujet de la Bonne Nouvelle • Les deux derniers chapitres de la lettre sont d’ordre pratique. Paul passe de la polémique à la mise en application. Les judaïsants accusent Paul de provoquer l’anarchie en prêchant l’Évangile de la grâce de Dieu. Dans ces deux chapitres, Paul explique la relation existant entre la grâce de Dieu et la pratique de la vie chrétienne. Il montre que vivre par grâce implique la liberté et non l’esclavage (5 : 1-12). Nous devons dépendre de l’Esprit et non de la chair (5 : 13-26), vivre pour les autres et non pour nous-mêmes (6 : 1-10), vivre pour la gloire de Dieu sans tenir compte de l’approbation des hommes (6 : 11-18). Il faut choisir entre la Loi et la grâce. L’une exclut l’autre. L’épître aux Galates ne doit pas être prise à la légère. C’est elle qui fut la grande charte de la liberté de Martin Luther dans son action en faveur de la Réforme. Les écrits de Luther ont ensuite transmis la vérité du salut par la foi à John Wesley lors d’une petite réunion à Londres, rue Aldersgate, le 24 mai 1738. Dieu se servit de Wesley pour promouvoir le réveil dans les îles Britanniques. Ce mouvement donna plus tard naissance à l’Église méthodiste. Ce réveil influença d’une manière positive tous les pays anglo-saxons. En étudiant l’épître aux Galates, nous nous associons à une formidable réaction en chaîne spirituelle qui, même à l’heure actuelle, pourrait donner naissance à un nouveau réveil.

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Naître libre ! Qui se veut homme se doit d’être non conformiste. — Emerson (plus d’un philosophe pense la même chose)

Je crains l’uniformité. Pas plus que de l’or, il n’est possible de fabriquer de grands hommes. — John Ruskin, critique d’art anglais

Nous renions les trois-quarts de nous-mêmes pour ressembler aux autres. — Schopenhauer, philosophe allemand

Seigneur, puissent ces frères ne jamais vouloir ressembler aux autres.

— Prière de Francis Asbury, premier évêque de l’Église méthodiste aux États-Unis, lors d’une cérémonie d’ordination de diacres

L’individualisme peut détruire au lieu d’accomplir. Mais dans une société habituée à l’uniformité, il est bon de rencontrer un homme comme Paul qui ose être luimême dans la volonté du Seigneur. Mais sa liberté en Christ est une menace pour ceux qui trouvent la sécurité dans le conformisme. Les ennemis de Paul se servent de son non-conformisme comme d’une preuve que son message et son ministère ne viennent pas vraiment de Dieu : « Il prétend être un apôtre, mais il ne suit pas la tradition apostolique ». Dans cette partie de l’épître aux Galates, Paul répond à cet argument mensonger. Son non-conformisme est voulu de Dieu. Dieu a choisi de se manifester à Paul d’une manière différente. Aux versets 11 et 12, Paul établit le thème de sa plaidoirie : son message et son ministère sont d’origine divine. Il n’a pas inventé l’Évangile, il ne l’a pas reçu non plus des hommes mais il l’a reçu de Jésus-Christ. Son message et son ministère apostolique sont un don de 23


Soyez libres Dieu. C’est pourquoi quiconque ajoute quelque chose à l’Évangile de Paul doit craindre le jugement divin, parce que cet Évangile lui a été donné du ciel, par Jésus-Christ lui-même (1 Cor. 15 : 1-11). La meilleure manière pour Paul de prouver ses dires est de revenir en arrière et de rappeler aux chrétiens de Galatie la façon dont Dieu a agi envers lui. Sa vie passée est déjà connue de ses lecteurs (Galates 1 : 13), mais il est clair qu’ils ne comprennent pas très bien la signification de ces expériences. Paul met donc en évidence trois images de sa vie passée afin de démontrer que son apostolat et son Évangile viennent vraiment de Dieu.

1. Le persécuteur (1 : 13-14)

Paul commence par parler de son passé de rabbin juif inconverti (pour un récit vivant de ces années, de la bouche même de Paul, lisez Actes 22 et 26, ainsi que le chapitre 9). Dans ce rappel du passé, Paul insiste sur sa relation avec l’Église (v. 13) et avec la religion juive (v. 14). Il persécutait l’Église et gravissait les échelons de la hiérarchie du judaïsme. Tout allait très bien et on le considérait déjà comme un chef spirituel israélite. Notez les termes décrivant les activités de Paul lorsqu’il était « Saul de Tarse », persécuteur de l’Église. « Saul approuvait le meurtre d’Étienne » (Actes 8 : 1) et « Saul ravageait l’Église ; il pénétrait dans les maisons, en arrachait hommes et femmes et les faisait jeter en prison » (voir Actes 8 : 3). « Saul ne cessait de menacer les disciples du Seigneur. Il n’avait qu’une idée en tête : les exterminer tous » (Actes 9 : 1 – Parole vivante). Il a combattu à mort l’Église et il a voté la mise à mort d’un grand nombre de croyants (Actes 22 : 4-5 ; 26 : 9-11). Ces faits, il les mentionne dans ses lettres (1 Cor. 15 : 9 ; Phil. 3 : 6 ; 1 Tim. 1 : 13), s’émerveillant de ce que Dieu a pu sauver un pécheur tel que lui. Paul croyait vraiment que Jésus était un imposteur et son message de salut un mensonge. Il était persuadé que Dieu avait parlé par Moïse, mais comment pouvaitil être certain que Dieu ait parlé par Jésus de Nazareth ?

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Naître libre ! Imprégné de tradition judaïque, le jeune Saul de Tarse avait pris fait et cause pour sa foi extrémiste. Partout s’étendait sa réputation de persécuteur zélé de « la secte des Nazaréens » (Actes 24 : 5). Tout le monde savait que ce brillant élève du rabbin Gamaliel (Actes 22 : 3) était en passe de devenir un chef influent de la religion juive. Sa vie religieuse personnelle, son érudition (Actes 26 : 24) et son zèle à combattre les autres religions, tout concourait à faire de lui le jeune rabbin le plus respecté de son temps. C’est alors que se produisit un événement extraordinaire : Saul de Tarse, persécuteur de l’Église, devint Paul, apôtre et prédicateur de l’Évangile. Cette transformation ne se fit pas progressivement mais survint brusquement et à l’improviste (Actes 9 : 1-9). Saul se rendait à Damas dans le but de persécuter les chrétiens et quelques jours plus tard, on le trouve dans cette ville en train de prêcher aux Juifs que la religion des chrétiens est la vraie religion. Comment les judaïsants pouvaientils expliquer cette soudaine transformation ? La spectaculaire volte-face de Saul venait-elle de son propre peuple, les Juifs ? Impensable ! Les Juifs encourageaient Saul à poursuivre ses persécutions et sa conversion les mettait dans l’embarras. Le changement d’attitude de Saul était-il dû aux chrétiens qu’il persécutait ? Les croyants ont sûrement prié pour lui. Il ne fait aucun doute non plus que la mort d’Étienne, en particulier grâce à son merveilleux témoignage, a fortement impressionné Paul (Actes 22 : 19-20). Mais les chrétiens le fuyaient (Actes 8 : 1, 4 ; 9 : 10-16) et, pour autant que nous puissions le savoir, ils n’avaient pas la moindre idée que le jeune rabbin ne pût jamais devenir chrétien. Mais si le changement radical survenu dans l’attitude de Paul n’était dû ni aux Juifs ni à l’Église, alors quelle en était la cause ? Ce changement devait venir de Dieu ! Quoi que l’on puisse en penser, la conversion de Paul fut un miracle spirituel. Il est humainement impossible que le rabbin Saul soit devenu l’apôtre Paul sans un mi25


Soyez libres racle de la grâce de Dieu. Et le même Dieu qui sauva Paul, lui demanda aussi de devenir apôtre et lui donna le message de l’Évangile. Pour les judaïsants, rejeter l’apostolat et l’Évangile de Paul revenait à rejeter sa conversion. Paul prêchait le message auquel il avait cru, la vérité qui l’avait transformé. Aucun message humain n’aurait pu avoir un tel effet. La conclusion de Paul est décisive : sa conduite passée en tant que persécuteur de l’Église ainsi que le changement radical survenu dans sa vie sont la preuve que son message et son ministère viennent de Dieu.

2. Le croyant (1 : 15-16, 24)

Après avoir évoqué son passé, Paul explique maintenant sa conversion, point crucial de sa vie. « Ce que je prêche aux autres, j’en ai moi-même fait l’expérience, dit-il à ses accusateurs. C’est le véritable Évangile et tout autre évangile est faux. » Dans ces versets, Paul expose les caractéristiques de son expérience de la conversion.

Dieu est l’auteur de la conversion (1 : 15, 16) « Par une faveur imméritée, il m’a adressé son appel, et a daigné m’ôter le voile qui me cachait son Fils » (v. 16 – Parole vivante). Chaque fois que Paul parle de sa conversion ou écrit à ce sujet, il insiste toujours sur le fait que c’est Dieu qui a accompli l’œuvre. « Le salut appartient à l’Éternel » (Jonas 2 : 9). Dieu l’a accomplie par la grâce (1 : 15) L’expérience de Paul rappelle celles du jeune Jérémie (Jér. 1 : 4-10) et de Jean-Baptiste (Luc 1 : 5-17). Le salut vient de la grâce divine et non des efforts ou de la personnalité d’un homme. La grâce et l’appel (Gal. 1 : 15) vont de pair, car tout homme que Dieu choisit dans sa grâce est appelé par sa Parole (1 Thes. 1 : 4-5). Les mystères de la volonté souveraine de Dieu et de la responsabilité humaine sur le plan de l’obéissance ne nous sont pas pleinement révélés. Nous savons que « le Seigneur 26


Naître libre ! ne retarde pas (l’accomplissement de) sa promesse, comme quelques-uns le pensent. Il use de patience envers vous, il ne veut pas qu’aucun périsse » (2 Pi. 3 : 9), et il veut que ceux qui mettent leur confiance en Christ découvrent qu’« en lui, Dieu nous a élus avant la fondation du monde, pour que nous soyons saints et sans défaut devant lui » (Éph. 1 : 4).

Dieu l’a accomplie par l’intermédiaire de Christ (1 : 16) Dans une autre lettre, Paul montre clairement que lorsqu’il était inconverti, il avait de nombreuses raisons de se vanter (Phil. 3). C’était un homme religieux et juste, il avait une bonne réputation et était considéré mais il n’avait pas Christ ! Lorsque, sur le chemin de Damas, il put comparer sa propre justice avec celle de Christ, il comprit ce qui lui manquait : « Mais ce qui était pour moi un gain, je l’ai considéré comme une perte à cause du Christ » (Phil. 3 : 7). Dieu a révélé Christ à Paul, en Paul et par Paul. La religion juive (Gal. 1 : 14) était une expérience de rites extérieurs et de pratiques mais la foi en Christ fut pour lui une expérience personnelle de la vie avec le Seigneur. Cette présence profonde de Christ constitue une réalité importante pour l’apôtre Paul (Gal. 2 : 20 ; 4 : 19). Dieu l’a accomplie dans l’intérêt des autres hommes (1 : 16) Dieu n’a pas choisi Paul uniquement pour le sauver, mais aussi pour qu’il serve d’instrument pour le salut des autres. Dans la Bible, le choix de Dieu n’a jamais pour but d’engendrer de l’orgueil ou de l’égoïsme. Il implique une responsabilité. Dieu a choisi Paul pour prêcher aux Gentils la même grâce qu’il avait expérimentée. Ceci est la preuve que sa conversion était d’origine divine ; en effet, un rabbin juif, rempli de préjugés, n’aurait jamais décidé de lui-même d’évangéliser les païens méprisés ! (voir Actes 9 : 15 ; 15 : 12 ; 22 : 21-22 ; Éph. 3 : 1, 8). 27


Soyez libres

Dieu l’a accomplie pour sa gloire (1 : 24) En tant que rabbin fanatique, Paul avait toute la gloire qu’un homme pouvait souhaiter, mais son activité ne glorifiait pas Dieu. L’homme a été créé pour glorifier Dieu (Ésaïe 43 : 7) et il a été sauvé pour glorifier Dieu (1 Cor. 6 : 19-20). Glorifier Dieu a toujours été la motivation principale de la vie et du ministère de Paul (Rom. 11 : 36 ; 16 : 27 ; Éph. 1 : 6 ; 3 : 20-21 ; Phil. 4 : 20 ; 1  Cor. 10 : 31). Les judaïsants, eux, recherchent leur propre gloire (Gal. 6 : 11-18). C’est la raison pour laquelle ils détournent les nouveaux convertis de Paul. Si Paul recherchait sa propre gloire, il pouvait rester rabbin juif. Il aurait peut-être succédé à Gamaliel. Mais il ne recherche que la gloire de Dieu. Il doit en être de même pour nous. Lorsque Charles Haddon Spurgeon était jeune évangéliste, son père, le révérend John Spurgeon, lui suggéra d’aller à l’université en vue d’accéder à de hautes fonctions. Rendez-vous fut pris avec le Docteur Joseph Angus, Recteur du Stepney College de Londres. Ils devaient se rencontrer chez M. MacMillan à Cambridge, et Spurgeon arriva à l’heure dite. Il attendit deux heures, mais le docteur ne vint pas. Lorsque, finalement, Spurgeon s’informa, il apprit que le Docteur Angus avait attendu dans une autre pièce et qu’en raison d’un autre rendez-vous, il était déjà parti. Déçu, Spurgeon s’en alla pour une prédication qu’il devait donner. En cours de route, il entendit clairement une voix lui dire : « Et toi, tu rechercherais de grandes choses ? Ne les recherche pas ! » (Jér. 45 : 5). À partir de ce moment, Spurgeon prit la décision de faire la volonté de Dieu pour la gloire de Dieu. Et Dieu le bénit d’une manière exceptionnelle. Paul s’est d’abord décrit comme persécuteur : il a fait la critique de son caractère et de sa conduite. Il s’est ensuite décrit comme croyant : il a analysé sa conversion. Maintenant, il se présente comme prédicateur.

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Naître libre !

3. Le prédicateur (1 : 16-23)

Quels sont, après sa conversion, les contacts de Paul avec les autres croyants ? Question primordiale pour sa défense. Paul n’a aucun contact personnel avec les apôtres après sa conversion sur le chemin de Damas : « Aussitôt je n’ai consulté ni la chair ni le sang, et je ne suis pas monté à Jérusalem » (Gal. 1 : 16-17). Après sa conversion, Paul peut logiquement se présenter à l’église de Jérusalem afin de profiter de l’instruction spirituelle de ceux qui ont été « en Christ » avant lui. Mais il ne le fait pas. Sa décision lui vient du Seigneur. En effet, s’il se rendait à Jérusalem, on pourrait identifier son ministère à celui des apôtres (tous Juifs), ce qui pourrait faire obstacle à son apostolat parmi les païens. Souvenons-nous  : le message de l’Évangile est d’abord adressé aux Juifs (Actes 3 : 26 ; Rom. 1 : 16). Le ministère de notre Seigneur s’est adressé à la nation d’Israël, tout comme celui des apôtres au cours des premières années (Actes 1 à 7). La mort d’Étienne est un événement crucial. Dispersés, les chrétiens propagent la Bonne Nouvelle (Actes 8 : 4 ; 11 : 19). Philippe porte le message aux Samaritains (Actes 8), puis Dieu confie à Pierre le soin de le porter à quelques Gentils (Actes 10). Mais c’est à Paul qu’il appartient de prêcher l’Évangile aux masses païennes (Actes 22 : 21-22 ; Éph. 3 : 1, 8). C’est pour cette raison que Dieu le tient à l’écart du ministère d’évangélisation des Juifs, ministère accompli par les apôtres à Jérusalem. Si Paul ne se rend pas tout de suite à Jérusalem, où va-t-il ? Il passe en revue ses contacts et montre qu’il ne peut recevoir son message ou sa mission apostolique d’aucun chef de l’Église 2.

Comparez ce paragraphe avec Actes 9 : 10-31 et sachez que les meilleurs exégètes ne sont pas d’accord sur la chronologie de la vie de Paul. Heureusement, les détails historiques n’affectent pas la compréhension de ses écrits : on peut ne pas être d’accord sur la chronologie, et l’être sur la théologie.

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Soyez libres

Il se rend en Arabie (1 : 17) Ce voyage suit son ministère initial à Damas (Actes 9 : 19-20). « Au lieu de consulter des conseillers humains » (v. 16 – Parole vivante), Paul s’adonne à l’étude, à la prière, à la méditation en communion directe avec le Seigneur seul. Il peut avoir passé environ trois ans en Arabie (Galates 1 : 18) et il ne fait aucun doute qu’il se consacre autant à l’évangélisation qu’à sa propre croissance spirituelle. Les apôtres ont reçu l’enseignement de Jésus pendant trois années, c’est au tour de Paul d’être enseigné par le Seigneur. Il retourne à Damas (1 : 17) Il serait normal qu’il aille à Jérusalem à ce momentlà mais le Seigneur en décide autrement. Il serait certainement risqué pour Paul de retourner dans une ville où l’on sait qu’il est devenu chrétien. Les chefs religieux juifs, qui l’avaient considéré comme le champion de leur doctrine contre le christianisme, en veulent à sa vie. Il semble que l’incident de la corbeille dont il est question dans Actes 9 : 23-25 (cf. 2 Cor. 11 : 32-33) s’est produit à cette époque. Le retour de Paul à Damas et les dangers que ce retour comportait prouvent que les chefs des Juifs le considéraient comme un ennemi et que, par conséquent, son expérience avec Christ était réelle. Il se rend enfin à Jérusalem (1 : 18-20) Ce voyage a lieu après sa conversion et Paul a pour but principal de rendre visite à Pierre. Mais il lui est difficile de pénétrer au sein de la fraternité chrétienne (Actes 9 : 26-28). Si son message et son ministère lui étaient venus des apôtres, ces difficultés ne se seraient jamais produites. Mais parce que l’expérience de Paul ne s’est faite qu’avec le Seigneur Jésus, les apôtres n’ont pas confiance en lui. Il ne reste que quinze jours à Jérusalem et ne voit que Pierre et Jacques (le frère du Seigneur). Ni son message ni son ministère ne lui viennent donc de l’église de Jérusalem. Ni l’occasion ni le mo30


Naître libre ! ment ne se sont présentés. Il a déjà reçu les deux directement du Seigneur.

Il retourne à Tarse (1 : 21-23) Les Actes expliquent pourquoi sa vie était en danger à Jérusalem comme à Damas (Actes 9 : 28-30). En traversant la Syrie, il prêche la Parole et lorsqu’il arrive en Cilicie, sa province natale (Actes 21 : 39 ; 22 : 3), il se met à l’évangéliser (cf. Actes 15 : 22-23). Les historiens pensent qu’il y reste sans doute sept ans, jusqu’à ce que Barnabas lui demande de travailler à Antioche (Actes 11 : 19-26). Quelques croyants de Jérusalem connaissent Paul, mais pas les croyants des églises de Judée, bien qu’ils sachent qu’il prêche maintenant la foi véritable qu’il avait autrefois tenté d’anéantir. À la lumière de la conduite de Paul, de sa conversion et de ses contacts, comment peut-on l’accuser d’avoir emprunté ou inventé son message ou son ministère ? Il est certain qu’il a reçu son Évangile par une révélation de Jésus-Christ. C’est pourquoi il faut étudier de très près cet Évangile, car il n’est pas une invention humaine, mais la vérité divine elle-même. Certains critiques ont accusé Paul de « corrompre le pur Évangile », mais cette accusation, de toute évidence, est fausse. Le même Christ qui avait donné son enseignement sur la terre, du ciel a instruit Paul. L’enseignement de Paul ne vient pas de lui, il l’a reçu (Rom. 1 : 5 ; 1 Cor. 11 : 23 ; 15 : 3). Au moment de sa conversion, Dieu lui dit qu’il lui apparaîtra plus tard (Actes 26 : 16), vraisemblablement dans le but de lui révéler ses vérités. Cela signifie que le Christ des quatre récits de l’Évangile et le Christ des épîtres sont la même personne. Rien n’oppose Christ à Paul. Quand Paul écrit ses lettres aux églises, il met son enseignement sur le même plan que celui de Jésus-Christ (2 Thes. 3 : 3-15). L’apôtre Pierre lui-même qualifie d’« Écriture » les épîtres de Paul (2 Pi. 3 : 15-16). Les judaïsants modernes, comme ceux de l’Église primitive, rejettent l’autorité de Paul et tentent de dé31


Soyez libres truire l’Évangile qu’il a prêché. Du temps de Paul, leur message était « l’Évangile plus Moïse ». De nos jours, c’est « l’Évangile plus un certain nombre de chefs religieux, de livres religieux ou d’organisations religieuses ». Vous ne pouvez pas être sauvés « à moins que… » tel est leur message (Actes 15 : 1). Ce « à moins que » inclut en général l’adhésion à leur secte et l’obéissance à leurs règles. Si vous osez faire mention de l’Évangile de grâce, prêché par Jésus, Paul et les autres apôtres, ils répondent : « Mais Dieu nous a donné une nouvelle révélation ! » À cela, Paul répond : « Nous l’avons dit précédemment, et je le répète maintenant : si quelqu’un vous annonce un évangile différent de celui que vous avez reçu, qu’il soit anathème ! » (Gal. 1 : 9). Lorsqu’un pécheur met sa confiance en Christ et qu’il est né de nouveau (Jean 3 : 1-18), il est « né libre ». Il a été racheté par Christ et libéré. Il n’est plus esclave du péché, ni de Satan, ni de systèmes religieux humains (Gal. 4 : 1-11 ; 5 : 1) : « Si donc le Fils vous rend libres, vous serez réellement libres » (Jean 8 : 36).

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La lutte pour la liberté (1) Aujourd’hui, beaucoup de personnes sont prêtes à défendre leurs libertés. Pour l’apôtre Paul, la liberté spirituelle en Christ vaut bien plus que la popularité ou même la sécurité. Il veut combattre pour cette liberté. Le premier combat qu’il livre pour la liberté chrétienne a lieu au concile de Jérusalem (Gal. 2 : 1-10 ; Actes 15 : 1-35). Si Paul s’était dérobé à ce combat spirituel au premier siècle, l’Église ne serait devenue qu’une secte juive, prêchant un mélange de Loi et de grâce. Mais l’attitude courageuse de Paul a permis à l’Évangile d’être préservé de tout légalisme et d’être annoncé aux Gentils qui en ont tiré une grande bénédiction. Avant de suivre les trois actes de ce premier drame, le Concile de Jérusalem, faisons connaissance avec ceux qui y ont pris part. Paul, bien sûr, nous le connaissons comme étant le grand apôtre des Gentils. Barnabas était l’un des meilleurs amis de Paul. Quand celui-ci voulut entrer en contact avec l’église de Jérusalem, ce fut Barnabas qui lui ouvrit la voie (Actes 9 : 26-28). Le nom de Barnabas signifie « fils d’exhortation » ou « d’encouragement ». Vous le verrez toujours, en effet, en train d’encourager quelqu’un. Lorsque l’Évangile est prêché aux Gentils d’Antioche, c’est Barnabas qu’on leur envoie pour les encourager dans leur foi (Actes 11 : 19-24). Barnabas est donc associé aux croyants d’origine païenne dès le début. Il s’assure ensuite le concours de 33


Soyez libres Paul dans le travail au sein de l’église d’Antioche (Actes 11  :  25-26). Ils travaillent ensemble, non seulement en enseignant, mais aussi en aidant les pauvres (Actes 11 : 27-30). Barnabas accompagne Paul dans son premier voyage missionnaire (Actes 13 : 1 à 14 : 28), assistant aux bénédictions de Dieu en faveur de leur prédication. C’est Barnabas qui encourage Jean, surnommé Marc, après qu’il a abandonné le ministère et s’est attiré le courroux de Paul (Actes 13 : 13 ; 15 : 36-41). Plus tard, Paul appréciera à nouveau Marc et son amitié (Col. 4 : 10 ; 2 Tim. 4 : 11). Tite est un croyant d’origine païenne. Il travaille avec Paul. Il semble avoir été gagné à Christ grâce au ministère de l’apôtre (Tite 1 : 4). Il se rend au concile de Jérusalem en tant qu’important représentant des églises des Gentils. Plus tard, Tite seconde Paul en se rendant auprès des églises en difficulté afin de les aider à résoudre leurs problèmes (2 Cor. 7 ; Tite 1 : 5). L’église de Jérusalem a trois «  piliers  »  : Pierre, Jean et Jacques, le frère du Seigneur (qu’il ne faut pas confondre avec l’apôtre Jacques tué par Hérode : Actes 12 : 1-2). Pierre, nous le connaissons pour la place importante qu’il tient dans les récits de l’Évangile et de la première moitié du livre des Actes. C’est à Pierre que Jésus a donné les « clés » qui lui ont permis d’ouvrir la porte de la foi aux Juifs (Actes 2), aux Samaritains (Actes 8 : 1425), et aux Gentils (Actes 10). Jean, nous le connaissons également d’après les récits de l’Évangile. L’un des trois amis intimes de Christ, il est associé à Pierre dans le ministère de diffusion de la Parole (Actes 3 : 1). Jacques, parlons-en un peu plus longuement. Marie et Joseph ont eu d’autres enfants, et Jacques est l’un d’eux (Matt. 13 : 55 ; Marc 6 : 3). (Bien entendu, Jésus fut conçu du Saint-Esprit et non par génération ordinaire : Matt. 1 : 18-25 ; Luc 1 : 26-38). Les frères et sœurs de notre Seigneur n’ont pas cru en lui lors de son minis34


La lutte pour la liberté (1) tère terrestre (Jean 7 : 1-5). Ses frères se trouvent pourtant associés aux croyants de l’Église primitive (Actes 1 : 13-14). Le Christ ressuscité est apparu à Jacques, ce qui fut le point crucial de sa vie (1 Cor. 15 : 5-7). Jacques dirige l’Église primitive à Jérusalem (Actes 15 ; cf. aussi 21 : 18). Il est aussi l’auteur de l’épître qui porte son nom. Cette lettre ainsi qu’Actes 21 : 18 semblent suggérer qu’il était profondément influencé par la pensée juive. Parallèlement à ces hommes, les « apôtres et les anciens » (Actes 15 : 4, 6), nous découvrons un groupe de « faux frères » qui se sont infiltrés aux réunions et cherchent à priver les croyants de leur liberté en Christ (Gal. 2 : 4). Il s’agit sans nul doute de quelques judaïsants qui ont suivi Paul d’église en église afin de lui dérober ses nouveaux convertis. Le fait que Paul les appelle « faux frères » indique qu’ils ne sont pas de vrais chrétiens mais des imposteurs décidés à orienter la conférence à leur profit. Ces différents personnages présentés, il importe de lire Actes 15 en parallèle avec Galates 2 : 1-10 pour se faire une idée exacte de la situation.

Premier acte : la consultation privée (2 : 1-2)

Paul et Barnabas rentrent à Antioche après leur premier voyage missionnaire, très emballés par la manière dont Dieu « avait ouvert aux païens la porte de la foi » (Actes 14 : 27). Mais les Juifs légalistes à Jérusalem se tourmentent au sujet de leur rapport, aussi viennent-ils à Antioche, déclarant qu’un Gentil doit d’abord devenir Juif avant de pouvoir devenir chrétien (Actes 15 : 1). La circoncision qu’ils demandent des Gentils est un rite juif important, instauré au temps d’Abraham. S’y soumettre implique l’acceptation et l’obéissance à toute la Loi juive (Gal. 5 : 3). Le peuple juif, à l’époque de notre récit, a en fait oublié la signification spirituelle profonde de ce rite (Deut. 10 : 16 ; Jér. 4 : 1-4 ; Rom. 2 : 2529), tout comme, de nos jours certaines églises perdent

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Soyez libres de vue la signification spirituelle du baptême pour en faire un rituel extérieur. Le vrai chrétien a expérimenté une circoncision du cœur (Col. 2 : 1-11) et ne doit se soumettre à aucune opération physique (Phil. 3 : 1-3). Lorsque Paul et Barnabas confrontent ces hommes à la vérité de l’Évangile, il en résulte une violente discussion (Actes 15 : 2). Il est décidé que le mieux est de soumettre la question aux chefs de l’église à Jérusalem. Il ne faut pas considérer ce « concile de Jérusalem » comme une réunion regroupant les représentants de toutes les églises. Paul, Barnabas, Tite et d’autres personnes venues d’Antioche représentent des chrétiens venus des Gentils : ils ont été sauvés en dehors de la Loi juive. Mais aucun représentant des églises fondées par Paul en territoire païen n’était présent. La délégation arrive à Jérusalem et s’entretient en particulier avec les chefs de l’Église. Paul ne se rend pas à Jérusalem parce que l’Église l’y a envoyé, mais « par suite d’une révélation » : c’est donc le Seigneur qui l’y envoie (comparez Gal. 2 : 1 et 1 : 12). Et le Seigneur lui donne la sagesse de rencontrer d’abord les chefs afin qu’ils puissent se présenter unis lors des réunions publiques. « Ai-je fait fausse route, dans mes courses passées et présentes ? » (2 : 2 – Parole vivante). Paul ne doute pas de son message ni de son ministère (Actes 15 : 3). Il se préoccupe plutôt de l’avenir de l’Évangile parmi les Gentils car il s’agit d’un ministère spécifique qu’il a reçu de Christ. Si les « piliers de l’Église » se rangent du côté des judaïsants ou essaient d’aboutir à un compromis, son ministère est en péril. Il veut recevoir leur approbation avant de se présenter à toute l’assemblée pour éviter une triple division. Quel fut le résultat de cet entretien particulier ? Les apôtres et les anciens de l’Église approuvent l’Évangile de Paul. Ils n’y ajoutent rien (Gal. 2 : 6). Ils déclarent ainsi que les judaïsants se trompent. Mais ces entretiens privés ne sont qu’un début. 36


La lutte pour la liberté (1)

Deuxième acte : l’assemblée (2 : 3-5)

Luc relate le compte rendu historique du concile de Jérusalem en Actes 15 : 6-21. Quelques témoins attestent qu’à l’origine, Pierre est désigné pour présenter l’Évangile de la grâce de Dieu (Actes 15 : 7-11). C’est lui que Dieu a choisi au début pour porter l’Évangile aux Gentils (Actes 10). Il rappelle à l’assemblée que Dieu donne le Saint-Esprit aux païens convertis comme aux Juifs et que, par conséquent, il n’y a « aucune différence ». Les premiers chrétiens ont du mal à l’admettre car pendant des siècles, Juifs et Gentils ont été différenciés (Lév. 11 : 43-47 ; 20 : 22-27). Par sa mort sur la croix, Jésus a abattu les barrières existant entre Juifs et Gentils (Éph. 2 : 11-22). En Christ, il n’existe plus aucune différence raciale (Gal. 3 : 28). Pierre établit clairement, dans son discours, que le salut n’emprunte qu’une seule voie : la foi en Jésus-Christ. Paul et Barnabas racontent ensuite ce que Dieu a accompli parmi les Gentils (Actes 15 : 12). Les « faux frères » présents ont dû beaucoup discuter avec Paul et Barnabas, mais ceux-ci ne cèdent pas. Paul veut que la « vérité de l’Évangile » continue à être prêchée aux Gentils (Gal. 2 : 5). Il semble qu’à ce stade, Tite devient un cas dont la solution fait jurisprudence. D’origine païenne, ce chrétien ne s’est jamais soumis au rite de la circoncision. Tout le monde atteste cependant qu’il est réellement sauvé. Si les judaïsants ont raison (« Si vous ne vous faites pas circoncire selon la coutume de Moïse, vous ne pouvez être sauvés », Actes 15 : 1), alors Tite ne peut pas être sauvé. Mais voilà, il l’est et il donne la preuve que le Saint-Esprit demeure bien en lui. Les judaïsants ont donc tort. À ce stade, considérons le cas d’un autre compagnon de Paul : Timothée (Actes 16 : 1-3). Paul est-il incohérent en refusant que l’on circoncise Tite alors qu’il a accepté que Timothée le soit ? Non, parce que les deux cas sont différents. En ce qui concerne Timothée, Paul ne se soumet pas à la Loi juive dans le but de le gagner à 37


Soyez libres Christ. Timothée est à la fois Juif et Gentil et ne pas être circoncis pourrait faire obstacle à son ministère au sein du peuple d’Israël. Tandis que Tite est d’origine purement païenne : le soumettre à la circoncision laisserait croire que son expérience chrétienne est incomplète. Le circoncire serait un lâche compromis. Par contre, ne pas circoncire Timothée aurait créé des problèmes inutiles dans son ministère. Jacques, le chef de l’église de Jérusalem, énumère les arguments et conclut cette affaire (Actes 15 : 1321). D’origine juive, il établit clairement qu’un Gentil n’a pas à se convertir au judaïsme pour embrasser la foi chrétienne. « Dieu est intervenu pour prendre parmi les nations un peuple (consacré) à son nom. » Juifs et Gentils sont sauvés de la même manière : par la foi en JésusChrist. Jacques demande ensuite à l’assemblée qu’elle recommande aux Gentils de ne rien faire qui puisse offenser les Juifs incroyants, de peur d’être un obstacle à leur conversion. Paul a gagné la bataille. Son point de vue a prévalu au cours de l’entretien particulier où les chefs de l’Église ont approuvé son Évangile, et aussi lors de la réunion publique où tout le groupe s’est mis d’accord avec Paul et s’est opposé aux judaïsants. L’épître aux Galates fait à plusieurs reprises écho à cette conférence de Jérusalem. « Les chaînes d’une nouvelle servitude » (5 : 1 – Parole vivante) mentionnées par Paul rappellent une semblable mise en garde de l’apôtre Pierre (Actes 15 : 10). Les thèmes de la liberté et de la servitude sont fréquemment répétés (Gal. 2 : 4 ; 4 : 3, 9, 21-31 ; 5 : 1) ainsi que celui de la circoncision (2 : 3 ; 5 : 3-4 ; 6 : 12-13). Vingt siècles plus tard, les chrétiens d’aujourd’hui devraient apprécier à nouveau la prise de position courageuse de Paul et de ses compagnons en faveur de la liberté de l’Évangile. Paul était préoccupé par « la vérité de l’Évangile » (2 : 5, 14), et non pas par « la paix de l’Église ». Au contraire, « La sagesse d’en haut est d’abord pure, ensuite pacifique » (Jac. 3 : 17). « La paix 38


La lutte pour la liberté (1) à n’importe quel prix » n’était pas la politique de Paul ; nous devrions suivre son exemple. Depuis l’époque de Paul, les ennemis de la grâce ont tenté d’ajouter quelque chose au simple Évangile de la grâce divine. Ils nous disent que l’on peut être sauvé par la foi en Christ, plus autre chose : les bonnes œuvres, les dix commandements, le baptême, l’adhésion à une église, les rites religieux. Ces docteurs se trompent et Paul maudit quiconque (homme ou ange) qui prêche un autre Évangile que celui de la grâce de Dieu, en JésusChrist (Gal. 1 : 6-9 ; cf. 1 Cor. 15 : 1-7 pour une définition de l’Évangile). Falsifier l’Évangile est un acte grave.

Troisième acte : la confirmation personnelle (2 : 6-10)

Les judaïsants espéraient que les dirigeants de l’église de Jérusalem désavoueraient Paul. Celui-ci, de son côté, dit clairement qu’il n’est impressionné ni par les personnes, ni par leur position de dirigeants de l’Église. Bien entendu, il les respecte. Sinon, il n’aurait pas d’entretien particulier avec eux. Mais il ne les craint pas et ne cherche pas à les acheter. Il ne leur demande qu’une chose : reconnaître que la grâce de Dieu est à l’œuvre dans sa vie et dans son ministère (Gal. 2 : 9). Ce qu’ils ont fait. Les membres de l’assemblée ne se contentent pas d’approuver l’Évangile de Paul et de s’opposer à ses ennemis. Mais ils encouragent Paul dans son ministère et admettent publiquement que c’est à Paul que Dieu a confié l’évangélisation des Gentils. Ils ne peuvent rien ajouter au message et au ministère de Paul et n’osent rien en retrancher. Ils sont tous d’accord pour que le même Évangile soit prêché aux Juifs et aux Gentils. Toutefois, les chefs de l’Église reconnaissent aussi que Dieu a assigné certaines tâches à certains hommes. À part une visite chez Corneille (Actes 10) et une courte prédication chez les Samaritains (Actes 8 : 14-25), le ministère de Pierre s’exerce principalement auprès des Juifs. Paul, de son côté, a été choisi comme envoyé spé-

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Soyez libres cial de Dieu auprès des Gentils. On se met donc d’accord pour que chacun se consacre au ministère fixé par Dieu. « L’Évangile de la circoncision » et « l’Évangile de l’incirconcision » ne sont pas deux messages différents, puisque les apôtres se sont déjà mis d’accord sur le fait qu’il n’y a qu’un seul Évangile. Nous avons ici deux espèces de ministères : l’un s’adressant aux Juifs, l’autre aux païens. Pierre et Paul prêcheront le même Évangile et le même Seigneur agira par eux (Gal. 2 : 8) mais leur ministère s’exercera vis-à-vis de catégories de personnes différentes. Ceci ne veut pas dire que Paul ne va jamais tenter de gagner des Juifs à Christ (il éprouve d’ailleurs « une grande tristesse et un chagrin continuel » au sujet du salut de ce peuple : Rom. 9 : 1-3). En pratique, lorsque Paul se rend dans une ville, il commence par aller à la synagogue s’il y en a une, et prêche pour les gens de son peuple. De la même manière, Pierre n’est pas exclu du ministère parmi les Gentils. Mais chacun d’eux se consacrera principalement à la tâche assignée par le Saint-Esprit. Jacques, Pierre et Jean s’adresseront aux Juifs et Paul aux Gentils (Gal. 2 : 9). La conférence de Jérusalem s’était ouverte sous le signe de la division et des dissensions, elle se termine sous le signe de la coopération et de la bonne entente. « Voici qu’il est bon, qu’il est agréable pour des frères d’habiter unis ensemble ! » (Ps. 133 : 1). N’oublions pas d’agir aujourd’hui dans le même esprit de coopération. Nous devons reconnaître que Dieu destine ses serviteurs à différents ministères dans différentes régions mais que nous prêchons tous le même Évangile et que nous essayons de travailler ensemble à construire son Église. Aucune forme de compétition ne doit exister parmi ceux qui connaissent et aiment Christ. • Pierre est un grand homme et peut-être le plus important des apôtres mais il cède de bon cœur à Paul (un nouveau venu) et lui permet de poursuivre son ministère selon la volonté du Seigneur. • Au chapitre 1, Paul a commencé par souligner son indépendance à l’égard des apôtres. Au chapitre 2, 40


La lutte pour la liberté (1) il souligne sa dépendance vis-à-vis des apôtres. Il est libre mais il désire établir et maintenir la communion avec eux dans le ministère de l’Évangile. Nous passons de la théologie au côté pratique : l’assistance aux pauvres (v. 10). Les deux choses vont évidemment de pair. Une doctrine authentique ne remplace jamais le devoir chrétien (Jac. 2 : 14-26). Nous discutons trop souvent, au cours de nos réunions, de certains problèmes sans aboutir à des résultats pratiques concernant l’aide aux nécessiteux. Paul s’est toujours intéressé aux pauvres (Actes 11 : 27-30), aussi donne-t-il avec plaisir son accord à la proposition des apôtres. Même si la conférence se termine par un accord entre Paul et les chefs de l’Église, le problème n’en est pas pour autant résolu de manière définitive. Les judaïsants n’abandonnent pas la lutte. Ils continuent à s’opposer à l’œuvre de Paul en envahissant les églises qu’il a fondées. Paul annonce les bonnes nouvelles du concile aux églises d’Antioche, de Syrie et de Cilicie (Actes 15 : 23) et aux autres régions qu’il a évangélisées (Actes 16 : 4). Mais les judaïsants sont à ses trousses (comme des « chiens », Phil. 3 : 1-3), commençant par Antioche où ils ont réussi à gagner Pierre à leur cause (cf. Gal. 2 : 11). Les judaïsants se rendent probablement dans les églises de Galatie afin d’y semer la discorde, et c’est la raison pour laquelle Paul doit écrire l’épître que nous étudions. Il l’écrit peut-être d’Antioche, peu de temps après le concile de Jérusalem, bien que certains exégètes la considèrent comme postérieure et rédigée à Éphèse ou à Corinthe. Ces points historiques ont leur importance, mais ne sont pas indispensables à une bonne compréhension de la lettre. Il suffit de dire qu’il s’agit sans doute de la première épître de Paul : nous y trouvons l’essentiel de la doctrine qu’il a prêchée et développée par la suite. Le rideau tombe sur ce drame mais se lève bientôt sur un autre. Encore une fois, « le combattant de la liberté » va défendre la vérité de l’Évangile, et cette fois, devant Pierre. 41



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La lutte pour la liberté (2) Une vigilance perpétuelle, c’est le prix de la liberté ! — Wendell Philips, discours contre l’esclavage (Massachusetts).

Cette réflexion de 1852 reste valable aujourd’hui. Elle l’est dans le domaine de la politique, elle l’est encore plus dans le domaine de l’esprit. Paul a risqué sa vie pour porter l’Évangile de la grâce de Dieu au loin et il refuse que l’ennemi le dépossède de sa liberté en Christ ou qu’il en prive ses églises. C’est cette vigilance spirituelle qui est à l’origine d’une autre entrevue dramatique entre Paul, l’apôtre Pierre, Barnabas et quelques amis de Jacques. Un nouveau drame en trois actes.

Premier acte : la rechute de Pierre (2 : 11-13)

Peu de temps après l’importante conférence décrite en Actes 15, Pierre quitte Jérusalem pour se rendre à Antioche. Remarquons d’abord la liberté de Pierre. Il était heureux de la communion qui existait entre tous les croyants, Juifs et Gentils : « Il mangeait avec les païens ». Cette expression signifiait qu’il les acceptait comme ses frères, qu’il plaçait Juifs et Gentils convertis sur un pied d’égalité, qu’il les considérait comme ne formant qu’une seule famille en Christ. Ayant reçu l’éducation d’un Juif orthodoxe, il fut difficile pour Pierre d’accepter cette leçon. Pourtant avant la crucifixion, Jésus la lui avait enseignée (Matt. 15 : 1-20). Puis le Saint-Esprit la lui avait rappelée en l’envoyant 43


Soyez libres chez Corneille, le centurion romain (Actes 10). Cette vérité avait aussi été acceptée et approuvée à la conférence de Jérusalem (Actes 15) où Pierre avait été l’un des témoins les plus importants. Mais avant de critiquer Pierre, nous devrions peutêtre nous examiner nous-mêmes pour voir combien de doctrines bibliques familières nous acceptons. De tout temps, les fidèles ont eu des difficultés à croire et à mettre en pratique les vérités de la foi chrétienne, même s’ils étaient en possession d’une Bible complète. En pensant aux persécutions et aux discriminations pratiquées au nom de Christ, nous avons honte. Défendre une doctrine lors d’une réunion au temple est une chose, la mettre en pratique dans la vie de tous les jours en est une autre. La liberté de Pierre était menacée par sa crainte. L’église d’Antioche reçoit la visite de quelques compagnons de Jacques (souvenez-vous que Jacques est un Juif de stricte observance bien que chrétien). Paul ne laisse pas entendre que Jacques les envoie pour s’informer de la conduite de Pierre ni que ces hommes sont des personnalités officielles de l’église de Jérusalem. Il ne fait toutefois aucun doute qu’ils appartiennent au « parti de la circoncision » (Actes 15 : 1, 5) et qu’ils désirent entraîner l’église d’Antioche dans le légalisme religieux. À la suite de son expérience avec Corneille, Pierre a été mis au pied du mur et s’est habilement défendu (Actes 11). Mais aujourd’hui, il a peur. Lorsque l’Esprit l’avait envoyé chez Corneille, il n’avait pas craint de lui obéir. De même, il n’avait pas hésité à témoigner lors de la conférence de Jérusalem. Mais depuis l’arrivée de quelques membres de « l’opposition », Pierre perd courage. « La frayeur devant les hommes tend un piège » (Prov. 29 : 25). Comment expliquer cette crainte ? D’une part, Pierre est impulsif. Il peut faire preuve d’une foi et d’un courage étonnants, et se comporter, l’instant d’après, avec une lâcheté stupéfiante. Il a marché sur les eaux pour aller à la rencontre de Jésus, puis a eu peur et s’est mis 44


La lutte pour la liberté (2) à sombrer. Dans la chambre haute, il s’est vanté d’être prêt à mourir avec Jésus mais quelques heures après, il a renié trois fois son Seigneur. Dans le livre des Actes, Pierre fait certainement preuve de plus de caractère que dans les quatre récits de l’Évangile mais il n’était pas parfait. Nous non plus d’ailleurs ! Sa crainte fait chuter Pierre. Il cesse d’apprécier les « manifestations d’amour » des croyants d’origine païenne et se sépare d’eux. Deux tragédies suivent la faute de Pierre. En premier lieu, cette faute le rend hypocrite. Il prétend que ses actions sont motivées par la fidélité alors qu’en fait, elles le sont par la peur. Comme il est facile de se servir de la doctrine biblique pour masquer notre désobéissance ! En second lieu, Pierre entraîne d’autres personnes à sa suite, y compris Barnabas. Barnabas a été l’un des chefs spirituels de l’église d’Antioche (Actes 11 : 1926), si bien que sa désobéissance aurait une influence considérable sur les autres chrétiens. Supposons que Pierre et Barnabas aient gain de cause et conduisent Antioche dans la voie du légalisme. Qu’en résulterait-il ? Antioche continuerait-elle à être la grande église missionnaire qui a envoyé Paul et Barnabas (Actes 13) ? Au lieu de cela, elle enverrait peut-être des missionnaires du « parti de la circoncision » et prendrait possession des églises fondées par Paul ou les diviserait. Vous voyez, ce problème n’est pas une question de personnalité ou de parti : elle met en jeu la « vérité de l’Évangile ». Paul est prêt à combattre pour elle.

Deuxième acte : le blâme de Paul (2 : 14-21)

Les exégètes ne savent pas au juste où se termine la conversation avec Pierre et où continue, dans ce passage, la lettre de Paul aux Galates. Cela n’a pas beaucoup d’importance puisque le paragraphe entier traite du même sujet : la liberté du chrétien en Jésus-Christ. Admettons que tout ce passage concerne le blâme de

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Soyez libres Paul à l’égard de Pierre, même s’il est présenté sous une forme condensée. Paul fonde la totalité de son blâme sur la doctrine. Cinq points essentiels de cette doctrine ont été désavoués par Pierre dans sa séparation d’avec les Gentils.

1. L’unité de l’Église (2 : 14) Pierre était Juif mais il est devenu chrétien par la foi en Christ. Il fait donc partie de l’Église, dans laquelle aucune race ne devrait faire l’objet d’une distinction (Gal. 3 : 28). Le Seigneur a enseigné cette importante leçon à Pierre, d’abord dans la maison de Corneille, ensuite à la conférence de Jérusalem. Les paroles de Paul ont dû blesser Pierre : « Si toi qui es Juif, tu vis à la manière des païens, et non à la manière des Juifs, comment peux-tu forcer les païens à judaïser ? » (2 : 14). À la conférence de Jérusalem, Pierre lui-même avait affirmé que Dieu n’avait fait « aucune différence entre nous et eux » (Actes 15 : 9). Il établissait maintenant une différence. Le peuple de Dieu est un seul peuple, même s’il peut être divisé en divers groupes. Toute pratique de notre part enfreignant les prescriptions de l’Écriture et séparant un frère d’un autre frère nie l’unité du corps de Christ. 2. La justification par la foi (2 : 15-16) C’est la première fois que ce mot important de « justification » apparaît dans cette lettre, et probablement dans les écrits de Paul (si, comme nous le croyons, l’épître aux Galates est sa première lettre). « La justification par la foi » a été le mot d’ordre de la Réforme, penchons-nous donc sur cette doctrine. « Comment l’homme serait-il juste devant Dieu ? » (Job 9 : 2) : voilà une question vitale ! En effet, de la réponse découlent des conséquences éternelles. La réponse de Dieu consiste en ceci : « Le juste vivra par sa foi » (Hab. 2 : 4). C’est cette vérité qui libéra Martin Luther de l’emprise religieuse et de la peur. Ce concept 46


La lutte pour la liberté (2) est si important que trois livres du Nouveau Testament nous l’expliquent : Romains (cf. 1 : 17), Galates (cf. 3 : 11) et Hébreux (cf. 10 : 38). Romains explique la signification du mot « juste », Galates explique le mot « vivra », et Hébreux explique l’expression « par la foi ». Qu’est-ce que la justification ? La justification est l’acte de Dieu par lequel il déclare le pécheur croyant juste en Jésus-Christ. Chaque mot de cette définition est important. • La justification est un acte et non une action progressive. Aucun chrétien n’est « plus justifié » qu’un autre chrétien : « Étant donc justifiés par la foi, nous avons la paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus-Christ » (Rom. 5 : 1). À partir du moment où nous sommes justifiés par la foi, un échange immédiat s’instaure entre le pécheur croyant et Dieu. Si nous étions justifiés par les œuvres, nous n’aurions connu qu’un développement progressif. • De plus, la justification est un acte de Dieu : elle ne résulte pas de la personnalité ou des œuvres de l’homme : « Dieu est celui qui justifie ! » (Rom. 8 : 33). Ce n’est pas en accomplissant les « œuvres de la loi » que le pécheur se justifie aux yeux de Dieu, mais en mettant sa foi en Jésus-Christ. Comme Paul l’expliquera plus loin dans sa lettre, la Loi a été donnée pour faire connaître le péché et non pour en délivrer (voir Rom. 3 : 20). Dieu, dans sa grâce, a chargé Christ de nos péchés. Et la justice de Christ a été portée à notre crédit (cf. 2  Cor. 5 : 21). • Dans la justification, Dieu déclare que le pécheur croyant est juste. Il ne le rend pas juste. (Bien entendu, la vraie justification conduit à une vie transformée, ce dont il est abondamment question dans Jac. 2). Avant qu’il ne place sa confiance en Christ, le pécheur est coupable devant Dieu mais à l’instant même où il place sa confiance en 47


Soyez libres Christ, il est déclaré « non coupable » et il ne peut plus jamais être dit « coupable » ! La justification n’est pas simplement le « pardon » parce qu’une personne pourrait être pardonnée et ensuite pécher et devenir coupable. Une fois « justifié par la foi », vous ne pouvez plus jamais être tenu pour coupable devant Dieu. La justification est, aussi, différente du « pardon » parce qu’un criminel gracié a toujours son casier judiciaire. Lorsque le pécheur est justifié par la foi, les péchés qu’il a commis ne sont plus retenus contre lui, et Dieu n’en fait plus mention (cf. Ps. 32 : 1-2 ; Rom. 4 : 1-8). • Enfin, Dieu justifie les pécheurs, pas « les bons ». Paul déclare que Dieu justifie « l’impie » (Rom. 4 : 5). La raison pour laquelle la plupart des pécheurs ne sont pas justifiés est qu’ils n’admettent pas qu’ils sont pécheurs ! Les pécheurs (qui se reconnaissent comme tels) sont la seule catégorie de personnes que Jésus-Christ puisse sauver (Matt. 9 : 9-13 ; Luc 18 : 9-14). Lorsque Pierre s’est séparé des Gentils, il a nié la vérité de la justification par la foi, en disant plus ou moins ceci : « Nous, Juifs, sommes différents, et meilleurs, que les Gentils ». Juifs et Gentils sont cependant tout autant pécheurs (Rom. 3 : 22-23) et ne peuvent être sauvés que par la foi en Christ.

3. Libération de la Loi (2 : 17-18) À la conférence de Jérusalem, Pierre avait comparé la Loi mosaïque au joug de la servitude (Actes 15 : 10 ; cf. Gal. 5 : 1). Il se place maintenant lui-même sous ce joug insupportable. L’argumentation de Paul s’établit ainsi : Pierre, ni toi ni moi n’avons trouvé le salut par le moyen de la Loi mais nous l’avons obtenu par la foi en Christ. Maintenant, après avoir été sauvé, tu retournes à la Loi ! Tu affirmerais donc que Christ seul ne t’aurait pas sauvé ? Sinon, tu n’aurais pas eu besoin de la Loi. Autrement dit, 48


La lutte pour la liberté (2) Christ a fait de toi un pécheur ! En outre, tu as prêché aux Juifs et aux Gentils l’Évangile de la grâce de Dieu. Tu leur as dit qu’ils étaient sauvés par la foi et non en observant la Loi. Mais par ton retour au légalisme, tu reconstruis ce que tu as détruit. Tu as péché en détruisant ce que tu avais d’abord construit.

En d’autres termes, Paul fonde son argumentation sur l’expérience même que Pierre a faite de la grâce divine. Retourner à Moïse revient à nier tout ce que Dieu a fait pour lui et par lui.

4. L’Évangile et la justification par la foi (2 : 19-20) Si un homme est justifié par les œuvres de la Loi, pourquoi Jésus-Christ est-il mort ? Sa mort, son ensevelissement et sa résurrection sont les vérités fondamentales de l’Évangile (1 Cor. 15 : 1-8). Nous sommes sauvés par la foi en Christ (il est mort pour nous) et nous vivons par la foi en Christ (il vit en nous). De plus, nous sommes à ce point identifiés à Christ par l’Esprit, que nous sommes morts avec lui (Rom. 6). Cela veut dire que nous sommes morts à la Loi. Retourner à Moïse, c’est retourner à la tombe ! Nous avons « reçu une nouvelle vie et nous sommes appelés à mener notre existence sur un plan nouveau » (Rom. 6 : 4 – Parole vivante). Puisque nous vivons par la puissance de sa résurrection, nous n’avons pas besoin de « l’aide » de la Loi. 5. La grâce de Dieu (2 : 21) Les judaïsants voulaient mêler la Loi et la grâce mais Paul dit que c’est impossible. Retourner à la Loi signifie rejeter la grâce de Dieu. Pierre a fait l’expérience de la grâce de Dieu dans son propre salut et il l’a proclamée dans son ministère. Mais en rompant la communion avec les chrétiens d’origine païenne, il nie ouvertement la grâce de Dieu. La grâce dit : « Il n’y a pas de différence ! Tous sont pécheurs, mais tous peuvent être sauvés par la foi en Christ ! » Mais par ses actes, Pierre a rétorqué : « Il y 49


Soyez libres a une différence ! La grâce de Dieu ne suffit pas, nous avons aussi besoin de la Loi ». Le retour à la Loi annule la croix : « Car si la justice (s’obtient) par la loi, Christ est donc mort pour rien » (v. 21). La Loi dit : « Faites ceci ! » mais la grâce réplique : « C’est fait ! » Souvenons-nous du cri de victoire de Christ : « Tout est accompli ! » (Jean 19 : 30). « C’est par la grâce en effet que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi » (Éph. 2 : 8). Nous ne connaissons pas la réponse de Pierre au reproche de Paul, mais l’Écriture semble indiquer qu’il a reconnu son péché et a retrouvé la communion avec tous les croyants. Dans ses deux lettres (1 et 2 Pierre), il ne dévie en rien de la ligne de l’Évangile de la grâce de Dieu. En fait, le thème de 1 Pierre est « la véritable grâce de Dieu » (5 : 12), et le mot « grâce » est employé dans chacun des chapitres de la lettre, ce qui souligne l’accord total entre Pierre et Paul. C’est ainsi que se terminent les deux actes de ce drame passionnant. Mais le rideau n’est pas encore tombé, car un troisième acte apparaît, qui nous concerne vous et moi.

Troisième acte : la réponse du croyant

Lorsque Pierre est sommé de vivre en accord avec la vérité de l’Évangile, il a peur. Lorsque Paul voit la vérité de l’Évangile bafouée, il prend courage et la défend. Aujourd’hui, quelle est ma réaction vis-à-vis de la vérité de l’Évangile ? Peut-être est-ce le moment de nous examiner nous-mêmes avant de procéder à l’étude des chapitres de cette lettre. Permettez-moi de vous poser quelques questions :

1. Suis-je sauvé par la grâce de Dieu ? Le seul Évangile qui sauve, c’est l’Évangile de la grâce de Dieu tel qu’il nous est révélé en Jésus-Christ. Tout autre évangile est faux et soumis à l’anathème (Gal. 1 : 6-9). Ai-je confiance en moi-même pour mon salut : en ma moralité, mes bonnes œuvres, ou même en 50


La lutte pour la liberté (2) ma religion ? S’il en est ainsi, je ne suis pas chrétien, car un vrai chrétien a placé sa confiance en Christ seul : « C’est par la grâce en effet que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. Et cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu. Ce n’est point par les œuvres, afin que personne ne se glorifie » (Éph. 2 : 8, 9).

2. Est-ce que j’essaye de mélanger la Loi et la grâce ? La Loi dit que je dois faire quelque chose pour plaire à Dieu, tandis que la grâce dit que Dieu a accompli l’œuvre à ma place et que tout ce que je dois faire est de croire en Christ. Le salut ne s’obtient pas par la foi en Christ plus quelque chose. Il ne s’obtient que par la foi en Christ seul. Si le fait d’être membre d’une église et d’avoir des activités religieuses est bon en tant qu’expression de la foi en Christ, jamais ces œuvres ne doivent être ajoutées à la foi en Christ en vue d’obtenir la vie éternelle : « Or, si c’est par grâce, ce n’est plus par les œuvres ; autrement la grâce n’est plus une grâce. Et si c’est par les œuvres, ce n’est plus une grâce, autrement l’œuvre n’est plus une œuvre » (Rom. 11 : 6). 3. Est-ce que j’éprouve de la joie à la pensée que je suis justifié par la foi en Christ ? On a souvent dit qu’être « justifié » revient à dire que l’on est « comme si on n’avait jamais péché », et c’est vrai. On éprouve une grande paix du cœur lorsque l’on sait que l’on a le droit de se tenir en face de Dieu (Rom. 5 : 1). Pensez à ceci : la justice de Christ a été mise à notre compte ! Dieu n’a pas seulement déclaré que nous étions justes en Christ mais il nous traite comme si nous n’avions jamais péché ! Nous ne devons pas craindre le jugement parce que nos péchés ont déjà été jugés en Christ sur la croix (Rom. 8 : 1). 4. Est-ce que je marche dans la liberté de la grâce ? La liberté n’est pas la licence mais plutôt la liberté dans le Christ de jouir de sa présence et de devenir ce

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Soyez libres qu’il veut (Éph. 2 : 10). Ce n’est pas seulement « la liberté d’agir », mais aussi « la liberté de ne pas agir ». Nous ne sommes plus esclaves du péché et de la Loi. Comme Paul va l’expliquer dans la partie pratique de cette lettre (chapitres 5 et 6), nous obéissons à Dieu par amour et non à cause de la Loi. Les chrétiens jouissent d’une merveilleuse liberté en Christ. Est-ce que j’en jouis ?

5. Est-ce que je veux défendre la vérité de l’Évangile ? Vouloir défendre la vérité de l’Évangile ne signifie pas que nous devions être des « détectives évangéliques » espionnant toutes les églises et toutes les écoles du dimanche de la ville ! Cela signifie que nous ne craignons pas les hommes niant les vérités qui nous ont amenés à la vie éternelle en Christ : « Et maintenant, est-ce la faveur des hommes que je désire, ou celle de Dieu ? Est-ce que je cherche à plaire aux hommes ? Si je plaisais encore aux hommes, je ne serais pas serviteur de Christ » (Gal. 1 : 10). Beaucoup de gens avec qui nous sommes en contact croient vraiment que l’on est sauvé par la foi en « Christ plus », c’est-à-dire plus les bonnes œuvres, l’observance des dix commandements, l’obéissance au sermon sur la montagne et un certain nombre d’autres « additifs religieux ». Il se peut que nous n’ayons pas la même autorité apostolique que Paul, mais nous devons proclamer la parole de Dieu et c’est un devoir pour nous de faire connaître la vérité. 6. Est-ce que je marche selon la vérité enseignée par l’Évangile ? (Gal. 2 : 14) Le meilleur moyen de défendre la vérité est de la vivre. Ma défense de l’Évangile par la parole aura peu d’effet si ma vie est en contradiction avec ce que je dis. Paul va expliquer la manière de vivre en liberté par la grâce de Dieu, et il importe que nous lui obéissions. Quelqu’un avait montré à un nouvel ouvrier la manière de mesurer des pièces de soupapes pour qu’elles 52


La lutte pour la liberté (2) puissent être assemblées. Mais au bout de quelques heures, son contremaître reçut les protestations d’autres ouvriers, car les pièces en question n’avaient pas la bonne dimension. – Que faites-vous ? lui demanda le contremaître. Je vous ai montré la manière de vous servir du micromètre et vous envoyez des pièces qui sont trop grandes. L’ouvrier répondit : – La plupart des pièces que je mesurais étaient trop grandes, c’est pourquoi j’ai ouvert un peu plus le micromètre. Changer les dimensions n’est jamais une bonne chose, qu’il s’agisse d’industrie ou de ministère. Paul maintenait les dimensions de « la vérité de l’Évangile ». Nous devrions en faire autant.

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COLLECTION « SOYEZ » : COMMENTAIRES BIBLIQUES À LA PORTÉE DE TOUS POUR COMPRENDRE ET METTRE EN PRATIQUE LA PAROLE DE DIEU. À UTILISER SEUL OU EN GROUPE.

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Warren W. Wiersbe

Galates • Soyez libres

« L’épître aux Galates est un livre dangereux. Il démasque ce qui se substitue souvent à la vie spirituelle dans nos églises aujourd’hui : le légalisme. Des millions de croyants pensent qu’ils sont spirituels en raison de ce qu’ils ne font pas. » – Warren W. Wiersbe. Puisse ce commentaire vous délivrer de toutes vos craintes de mal faire. Qu’il vous encourage à compter sur la seule puissance du Père compatissant.

biblique

Warren W. Wiersbe • Pasteur, professeur et conférencier de renommée internationale. Auteur de nombreux livres dont Quand la vie chancelle et les commentaires du Nouveau Testament de la collection « Soyez ».

commentaire

9 782362 491078 ISBN 978-2-362491-07-8

libres biblique

Paul a écrit cette lettre aux Galates pour nous avertir contre les bonnes intentions religieuses… qui finissent par asservir. Dieu ne vous laissera pas achever seul le salut qu’il a commencé en vous par grâce. La croix de Christ et l’Esprit de Dieu, tel est le seul équipement nécessaire.

W. Wiersbe

« Pour être un bon chrétien, je dois absolument… » Votre façon de terminer cette phrase est cruciale. Ne tombez pas dans le même guet-apent qui a piégé les Galates.

Galates • Soyez libres

« Si le Christ nous a rendus libres, c’est pour que nous le restions et que nous jouissions de la vraie liberté qu’il nous a acquise. Donc, tenez bon et n’allez pas vous replacer sous un joug. Refusez de vous laisser imposer les chaînes d’une nouvelle servitude » (Galates 5 : 1 – Parole vivante).

commentaire

Galates Texte de Parole vivante inclus