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Édition originale publiée en langue anglaise sous le titre : Sacred marriage • Gary Thomas © 2000 • Gary L. Thomas. Zondervan • Grand Rapids, Michigan, 49516, USA. Traduit et publié avec permission. Tous droits réservés. Édition en langue française : Vous avez dit Oui à quoi ? • Gary Thomas © 2012 • BLF Europe Rue de Maubeuge • 59164 Marpent • France Tous droits de traduction, de reproduction et d’adaptation réservés. ISBN  978-2-91024-655-6 ISBN  978-2-36249-129-0 ISBN  978-2-36249-130-6 ISBN  978-2-36249-131-3

broché ePub mobipocket PDF

Traduction : Virginie Themans, Philip Kapitaniuk Couverture et mise en page : Éditions BLF • www.blfeurope.com Impression n° 93433 • IMEAF • 26160 La Bégude de Mazenc Sauf mentions contraires, les citations bibliques sont extraites de la version Louis Segond révisée, dite « Bible à la Colombe », © 1978 Société biblique française. Avec permission.

Dépôt légal 3e trimestre 2012 Index Dewey (CDD) : 306.872 Mots-clés : 1. Couple. Vie religieuse. 2. Mariage. Aspect religieux. Christianisme. 3. Sanctification.


Pour Lisa.


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REMERCIEMENTS

Je tiens à remercier tous ceux qui, par leur témoignage, ont contribué à la réalisation de ce livre. Certains, parmi vous, souhaitant garder l’anonymat, il m’est impossible de vous remercier tous personnellement mais je vous suis profondément reconnaissant. Les éditions Zondervan m’ont été d’un grand secours lors de la rédaction de cet ouvrage. John Sloan a fait un excellent travail en veillant au respect du sujet et de la structure. Dirk Buursma s’est efforcé d’améliorer mon style tout en respectant ma personnalité. John Topliff, directeur du marketing, m’a lui aussi énormément encouragé. J’aimerais aussi remercier mon agent, Scott Waxman, qui m’a présenté aux éditions Zondervan ; Rob et Jill Takemura pour leur amitié, tant matérielle que spirituelle ; le Dr Bob Stone, mon pasteur, dont les encouragements et les enseignements ne cessent de m’inspirer et de me lancer des défis ; Carolyn McCulley, de PDI*, dont j’ai vraiment apprécié les références, les mises en relations et l’amitié ; Gene Breitenbach, pour sa patience et ses conseils avisés envers un écrivain assez malhabile dans un monde de plus en plus régi par l’Internet ; et mes enfants (Allison, Graham et Kelsey), dont les rires, les câlins, les prières et les commentaires illuminent ma vie (et aussi pour m’avoir permis de divertir les lecteurs par quelques anecdotes les concernant). Et pour terminer, je remercie la femme incomparable qui a, elle aussi, contribué à la réalisation de ce livre. Je l’ai * NDT : association d’églises à présent appelée « Sovereign Grace Ministries ».


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éprouvée, et j’ai été éprouvé par elle ; j’ai péché envers elle et recherché son pardon ; avec elle, j’ai ri, pleuré, prié et conçu des enfants. Lisa, je t’aime davantage chaque jour. Je ne peux imaginer la vie sans toi. Merci de partager mon existence. Ta personnalité a insufflé la joie dans notre vie de couple. Ta foi l’a sanctifiée. Tu es réellement un trésor.


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CHAPITRE 1

Le plus grand défi au monde Un appel à la sainteté plus qu’au bonheur Dans tous les cas, mariez-vous. Si vous tombez sur une bonne épouse, vous serez heureux. Et si vous tombez sur une mauvaise, vous deviendrez philosophe. — SOCRATE

Comme tout ce qui n’est pas le produit involontaire d’une émotion fugace, mais la création du temps et de la volonté, tout mariage, qu’il soit ou non heureux, est infiniment plus intéressant que n’importe quelle romance, fut-elle passionnée. — W. H. AUDEN

« Je vais disséquer ce corps ! » Les historiens ignorent qui fut le premier médecin à aller au bout de cette idée. Une chose est sûre, cette pratique a révolutionné la médecine. Le désir d’ouvrir un cadavre, d’en ôter la peau et le scalp, d’en fendre les os, d’en prélever les organes pour les examiner et les dessiner, tout cela représenta un premier pas décisif dans la découverte du fonctionnement du corps humain.


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Pendant des milliers d’années, les médecins s’étaient interrogés sur ce qui se passait à l’intérieur d’un corps humain. Ils étaient cependant réticents, voire horrifiés, à l’idée de découper un cadavre. Certains s’en abstenaient à cause de leurs convictions religieuses, d’autres frissonnaient à la seule pensée de devoir ouvrir une cage thoracique. Même si quelques courageux s’y étaient risqués à l’occasion, les dissections ne Ce livre montre comment devinrent courantes parmi mettre à profit défis, joies, les médecins européens qu’à difficultés et bons moments du partir des xve et xvie siècles.

mariage pour nous rapprocher de Dieu et développer notre caractère spirituel.

Dès que cette pratique devint une habitude, les conceptions erronées du passé s’écroulèrent les unes e après les autres. Au xvi siècle, André Vésale reçut l’autorisation de disposer librement de tous les cadavres des criminels. Il put ainsi démentir définitivement bon nombre d’hypothèses millénaires concernant l’anatomie humaine. Les planches anatomiques de Vésale acquirent une valeur inestimable ; elles n’auraient pourtant jamais existé si Vésale n’avait pas d’abord été prêt à saisir son scalpel pour se mettre au travail. Je désire faire de même dans cet ouvrage… par l’angle d’attaque spirituel. Nous allons disséquer de nombreux mariages, les examiner de près, en découvrir le fonctionnement. Nous en déduirons ensuite des implications spirituelles et ferons ressortir de la matière à réflexion pour notre croissance. Nous ne chercherons pas des réponses faciles du style « Mieux communiquer en trois leçons » ou « Une relation amoureuse plus intense en six étapes ». En effet, ce livre ne présente pas les clés d’un mariage plus heureux. Ce livre montre comment mettre à profit les défis, les joies, les difficultés et les bons moments du mariage pour nous rapprocher de Dieu et développer notre caractère spirituel. François de Sales était un écrivain chrétien du xviie siècle. Les gens lui écrivaient souvent pour obtenir son opinion sur tel ou tel sujet car il avait la réputation de donner de très


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bons conseils spirituels. Une femme lui fit part un jour de Et si Dieu avait créé le mariage pour nous rendre saints, plus sa détresse intérieure. Elle était déchirée entre son dé- que pour nous rendre heureux ? sir de se marier et le célibat que lui recommandait un proche, sous prétexte qu’il serait « plus saint » qu’elle s’occupe de son père jusqu’à la mort de ce dernier, et fasse ensuite vœu de célibat devant Dieu. De Sales rassura la jeune femme éplorée en lui affirmant que, loin d’être un compromis, le mariage serait probablement le ministère le plus éprouvant dont elle pourrait se charger : Le mariage demande plus de vertu et de constance que toute autre situation, écrivit-il. C’est un exercice perpétuel de mortification. […] Malgré l’amertume de sa sève, ce plant de thym vous permettra peut-être de produire le miel d’une vie sanctifiée1.

Notez qu’il parle du caractère « amer » que revêt occasionnellement la « sève » du mariage. Pour profiter spirituellement du mariage, nous devons être honnêtes. Nous devons faire face à nos déceptions, à nos attitudes déplorables et à notre égoïsme. Nous devons également abandonner définitivement l’idée selon laquelle prier davantage ou apprendre quelques principes de base pourrait suffire pour surmonter les difficultés du mariage. La plupart d’entre nous avons découvert que ces « principes de base » n’agissent qu’à un niveau superficiel. Pourquoi ? Parce qu’au-delà du désir « d’améliorer » notre mariage, il existe une question plus profonde : et si le projet de Dieu pour le mariage n’était pas qu’il soit « facile » ? Et si, allant au-delà de notre désir de bonheur, de confort et d’épanouissement (qui nous laisserait presque croire en un monde parfait), Dieu poursuivait un objectif tout autre ? Et si Dieu avait créé le mariage pour nous rendre saints, plus que pour nous rendre heureux ? Et si, comme François de Sales le suggérait, nous devions accepter la « sève amère » pour en extraire les ressources nécessaires à la production du « miel d’une vie sanctifiée » ?


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Le piège du romantisme Cette perspective du mariage diffère radicalement de nos conceptions habituelles. Nous ne pouvons toutefois pas oublier que ce concept « d’amour romantique », tant exalté dans les films, la musique et les romans en tous genres, était quasiment inconnu dans le passé. Il y a certes eu quelques exceptions : le Cantique des cantiques, par exemple. Mais de manière générale, l’idée que la passion, l’épanouissement personnel et l’ardeur faisaient nécessairement partie du mariage est apparue relativement récemment dans l’Histoire, vers la fin du xie siècle2. C. S. Lewis, dont le mariage avec une femme de santé fragile avait étonné beaucoup de ses contemporains, faisait remarquer qu’un tel changement drastique de la pensée ne se produisait que très rarement : « Il y a peut-être trois ou quatre cas de ce genre mentionnés dans l’Histoire, mais je veux bien croire qu’ils ont réellement existé, puisque l’un d’entre eux est justement l’apparition de cette idée d’amour romantique3 ». Cela ne signifie pas pour autant que le romantisme ou l’espoir d’une relation plus romantique soient mauvais en soi. Les bons mariages s’efforcent de préserver une part de romance. Malheureusement, bon nombre de nos contemporains sont convaincus qu’un couple ne peut tenir dans le temps que grâce à la romance et que les sentiments romantiques sont prioritaires au moment du choix d’un conjoint. Cette idée a brisé bien des couples. Les poètes romantiques du xviiie siècle, tels que Wordsworth, Coleridge et Blake, ont grandement contribué à l’essor du romantisme. Puis Byron, Shelley et Keats ont suivi. Ces poètes s’enflammaient en affirmant que se marier sans « amour » était un crime contre nature. Pour eux, l’amour se définissait essentiellement comme un ensemble de sentiments et d’émotions. La vie de la plupart d’entre eux ne fut pourtant qu’une manifestation déplorable d’irresponsabilité. Au xxe siècle, Katherine Anne Porter s’exclamait :


Le plus grand défi au monde  d 13 L’amour romantique s’est, au cours des siècles, furtivement glissé dans le lit conjugal. Il a ainsi transformé de manière insensée les notions d’amour et de mariage. L’amour est devenu un printemps éternel, le mariage une aventure personnelle en quête de bonheur personnel.

La réalité de la condition humaine est ainsi faite que, selon Porter (et je suis d’accord avec elle), nous devons « extirper des fragments de bonheur » parmi les souffrances inévitables de la vie. Vers 1940, Porter rédigea un mémoire surprenant de clairvoyance sur le thème de la vie de couple. Elle lui donna comme titre L’ennemi nécessaire. Elle y explorait avec soin les différentes dimensions du mariage. Elle y rapporta ces quelques observations au sujet d’une jeune mariée : Cette jeune femme moderne affronte le plus ancien et le plus terrible dilemme du mariage. Elle est consternée, horrifiée, pétrie de remords et de mauvais pressentiments lorsqu’elle découvre peu à peu qu’elle est capable de haïr ce mari qu’elle aime pourtant tendrement. Cette haine est parfois aussi féroce et mystérieuse que celle qu’elle avait souvent éprouvée durant son enfance à l’encontre de ses parents et de ses frères et sœurs, qu’elle aimait pourtant aussi tendrement… Elle pensait avoir laissé tout cela derrière elle en grandissant. Or, cette partie d’elle-même refait surface et elle craint de ne pouvoir la contrôler. Elle va devoir, autant que possible, cacher à son époux cet aspect de ses sentiments qu’elle avait jadis caché à ses parents. Et ce, pour la même raison inavouable et égoïste : s’assurer qu’il ne cesse de l’aimer. Par-dessus tout, elle veut qu’il soit absolument convaincu qu’elle l’aime, car c’est l’entière vérité. Qu’importe que cela paraisse déraisonnable et que ses propres sentiments les trahissent parfois tous les deux. Elle dépend totalement de son amour.

Porter avertit qu’en s’appuyant uniquement sur une vision romantique du mariage, la jeune femme risque de perdre


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sa « tranquillité d’esprit. Elle craint de causer la perte de son mariage parce que […] par moments, elle ressent une douloureuse hostilité envers son mari. Hostilité qu’elle est dans l’incapacité d’admettre, car une telle démarche abîmerait sa vision de l’amour idéal4 ». L’amour romantique est dépourvu de toute élasticité. Il ne peut être étiré sans voler immédiatement en éclats. L’amour mature, élément indispensable d’un mariage de qualité, doit pouvoir s’étirer. Il permet ainsi de supporter les émotions contradictoires de notre condition pécheresse. « Sa haine est tout aussi réelle que son amour » dit Porter à propos de la jeune femme. C’est là la réalité du cœur humain, le résultat inévitable de la décision de deux êtres pécheurs de vivre ensemble, avec tous leurs défauts, pour le reste de leur existence. Le mariage fait appel à nos idéaux les plus élevés. En fait, il fait appel à des idéaux quasiment inaccessibles. Nous souhaitons vivre d’une certaine manière, mais le mariage nous ramène à la réalité quotidienne de deux êtres humains pécheurs vivant dans un monde déchu. Nous aspirons à l’amour mais, bien trop souvent, nous sombrons dans la haine. Toute vision mature et spirituelle du mariage doit se fonder sur un amour mature plutôt que sur le romanL’amour romantique est tisme. Une telle affirmation dépourvu de toute élasticité. nous place immédiatement Il ne peut être étiré sans voler à contre-courant des asimmédiatement en éclats. pirations propres à notre société. Dans son célèbre ouvrage intitulé Tactique du Diable, C. S. Lewis, par la bouche du démon Screwtape, ridiculise l’obsession de notre société pour le romantisme : Certains hommes qui n’ont pas le don de l’abstinence sexuelle, pourront être découragés de chercher la solution à leur situation dans le mariage parce qu’ils n’auront pas le sentiment d’être tombés amoureux et que, grâce à nous, l’idée de se marier pour tout autre motif leur semblera toujours méprisable et cynique. Oui, c’est effectivement


Le plus grand défi au monde  d 15 ce qu’ils pensent. Ils estiment que le désir de s’associer à quelqu’un en toute loyauté, afin de se soutenir mutuellement, de rester chastes l’un et l’autre et d’engendrer la vie a bien moins de valeur qu’une tempête d’émotions5.

Pour ceux d’entre nous qui sommes mariés depuis un certain temps, les montagnes russes romantiques du début de notre relation ont progressivement laissé place à Toute vision mature et une autoroute de vallée : de spirituelle du mariage doit se longs tronçons bien plats, fonder sur un amour mature agrémentés ici et là d’un plutôt que sur le romantisme. petit pont. Lorsque ce type de changement survient, les couples réagissent de différentes manières. Beaucoup cherchent à recréer ailleurs une romance passionnée avec un nouveau partenaire. D’autres déclenchent une sorte de guérilla urbaine au sein de leur mariage, un jeu de pouvoir entre « bourreau » et « victime ». Dans ce jeu cruel, chaque conjoint rend l’autre responsable de sa propre insatisfaction ou de son manque de plaisir. Certains couples décident de simplement « vivre ensemble ». D’autres encore choisissent de poursuivre une réalité plus profonde, une vérité spirituelle cachée dans l’intimité forcée de leur mariage. Nous pouvons soit fuir les défis de la vie de couple, soit les reconnaître comme donnée intégrée à tout mariage, et y faire face. Si chaque mariage rencontre les mêmes défis, nous pouvons supposer que Dieu visait par le mariage un objectif qui transcende quelque chose d’aussi illusoire que la recherche du bonheur. C’est le but et la raison d’être de ce livre : comment parvenir, au travers des défis du mariage, à mieux connaître Dieu, à mieux le comprendre et à apprendre à l’aimer davantage ? De nombreux couples mariés ont accepté de nous ouvrir leur vie afin d’apporter leur contribution à ce livre. Il est donc de mon devoir de permettre que mon propre mariage soit le premier à être disséqué.


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Des fiançailles inattendues Lisa et moi, nous nous sommes souvent demandé ce qui se serait passé si elle avait dit Oui. Au cours d’un après-midi libre, lors d’un camp du GBU*, j’ai demandé à Lisa de nous rejoindre pour une partie de frisbee : « Non, répondit-elle, je crois que je préfère aller me promener ». Elle était rentrée depuis peu d’un séjour missionnaire au Mexique. Ce camp GBU était censé relancer notre relation. Nous nous connaissions depuis le collège, et sortions ensemble depuis environ un an. Les choses devenaient sérieuses. Sans en parler à Lisa, j’avais demandé à mon meilleur ami, Pierre, de commencer à prier pour que je sache si je devais la demander en mariage. Et sans que je le sache, Lisa et sa mère avaient passé l’après-midi du samedi précédent à regarder les robes de mariée, « juste au cas où » Lisa en aurait besoin un jour. Quelque peu frustré que Lisa ne se montre pas plus coopé­rative, je lui avais dit : — D’accord, alors je ne jouerai pas au frisbee non plus. — Tu peux y jouer, m’avait répondu Lisa. Cela ne me dérange pas de marcher seule. — Non, je t’accompagne ! Nous ne savions pas ni l’un ni l’autre à quel point cette décision allait changer le cours de nos vies. Nous avons bavardé une petite heure, tout en marchant le long de la rivière qui serpentait au milieu d’une magnifique vallée, proche du Parc national du Glacier. J’ai brusquement arrêté mes ricochets sur la rivière pour dire à Lisa : « Je veux t’épouser ». Lisa en est restée bouche bée. — C’est une demande en mariage que tu me fais là ? s’exclama-t-elle, étonnée. * NDT : groupe biblique universitaire.


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Je hochai la tête, aussi stupéfait qu’elle. Lisa s’approcha de moi et me prit dans ses bras. — C’est ton accord que tu me donnes là ? lui demandaije, et Lisa fit signe que oui. — Eh bien, ajouta-t-elle après un moment, imagine ce qui se serait passé si j’avais accepté de jouer au frisbee avec toi ! Nous avons bien ri, et avons expérimenté ensemble, dans les minutes qui suivirent, un des moments les plus intenses en émotions que nous n’avions jamais connu. Nos âmes fusionnaient d’une manière étrange, presque mystique. Quelque chose se déroulait en nous, autour de nous et au travers de nous. Quelque chose qui surpassait toute connexion physique. C’était plus profond, plus intense et plus étonnant que tout ce que nous avions vécu jusque-là. Comme tout couple de fiancés, nous avons passé les neuf mois suivants à élaborer des projets. Nous avons parlé missions, familles, école biblique, comment servir Dieu, etc. C’était une période intense, au cours de laquelle nous faisions régulièrement cette prière : « Seigneur, quel que soit l’endroit où tu veux nous emmener, quel que soit le travail que tu veux que nous fassions, nous t’appartenons ». Comme nous n’avions jamais couché ensemble avant notre nuit de noces, notre lune de miel fut une expérience inoubliable. Mais, sitôt celle-ci achevée, la réalité s’imposa à nous comme un épais brouillard. Je projetais d’économiser de l’argent pour entrer dans une faculté de théologie. Nous avons donc passé nos premiers mois dans une toute petite maison, mise gracieusement à notre disposition par une famille d’amis. Deux jours après notre retour, j’ai repris le travail. Lisa se retrouva seule dans un petit village perdu au milieu de nulle part, et elle se mit à pleurer. Comme il faisait beau, elle m’appela au travail et me demanda si je pouvais rentrer de bonne heure pour que nous allions nous promener au bord du lac. Je crus qu’elle avait perdu la tête :


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— Je ne peux pas quitter le bureau simplement parce qu’il fait beau ! protestai-je. De plus, je viens à peine de recommencer ! — Mais pourquoi nous être mariés si je te vois maintenant moins souvent que lorsque nous étions fiancés ? se lamenta-t-elle. C’est vrai, quel était l’intérêt de se marier ? Avançons maintenant de dix ans dans le temps. Nous habitons désormais un appartement au nord de la Virginie. Nous avons trois enfants en bas âge, dont deux encore dans les couches. Je travaille pour une œuvre chrétienne, et nous parvenons à peine à joindre les deux bouts. Nous sommes sur le point d’entamer notre rituel du vendredi soir (lessive et location d’une vidéo) :

À quel moment de notre mariage nos « Seigneur, utilise-nous pour changer le monde ! » se sont-ils transformés en « On regarde quoi ce soir : Schwarzenegger ou Julia Roberts ? »

— Quel genre de film aimerais-tu regarder ? demandé-je à Lisa en prenant mes clés et en me dirigeant vers la porte de sortie. — Eh bien, pourquoi pas une comédie romantique ? me répond-elle. Je fais une grimace. Les trois derniers films étaient déjà des comédies romantiques. Si je dois à nouveau regarder deux individus incroyablement beaux se rencontrer dans les circonstances les plus improbables, tomber amoureux, se disputer, puis passer les soixante minutes suivantes à se réconcilier, j’en serai malade. Je soupire en me retournant vers Lisa : « Je suis désolé, mais c’est impossible. Il faut que je voie au moins un bâtiment exploser et une voiture voler en éclats. Si je peux aussi trouver quelque chose qui ajoute à cela un brin de romance, je le louerai ».


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Je me dirigeai vers la porte, tout en me posant la question : À quel moment de notre vie commune nos « Seigneur, utilise-nous pour changer le monde ! » se sont-ils transformés en « On regarde quoi ce soir : Arnold Schwarzenegger ou Julia Roberts ? » Je ne me souvenais pas quand nous avions bifurqué dans cette nouvelle direction, mais le constat était clair : il s’était passé quelque chose. Je gardais en moi de vibrants souvenirs : notre soirée de fiançailles, la joie de notre découverte mutuelle durant la lune de miel, les formulaires de candidature pour la mission, l’arrivée de notre premier enfant, etc. Dix ans plus tard, nous en étions réduits à passer nos vendredis soir devant la télé, à regarder d’autres gens tomber amoureux, conformément à l’intrigue d’un scénario hollywoodien. Ce soir-là, je n’avais aucune réponse à proposer, mais l’examen honnête de ma situation m’a secoué. C’était quoi, finalement, cette chose qu’on appelait un « mariage » ? Comment en étaisje arrivé là ? N’y avait-il pas d’autres raisons d’être au mariage que ce que nous vivions ?

« C’est une excellente chose qu’un homme se passe de femme » Je suis devenu chrétien très jeune. En fait, je me souviens à peine d’une période sans la présence ou l’action de Dieu dans ma vie. De ce fait, j’ai été très tôt captivé par Jésus. Toutefois, Jésus n’était pas le seul à m’attirer : le pouvoir d’attraction des filles était aussi très fort. Déjà à l’école maternelle, j’étais sérieusement tombé amoureux d’une fille aux cheveux bruns ! J’avais onze ans quand j’ai commencé à me promener main dans la main avec une fille. Tina et moi faisions le tour de la piste de patins à roulettes en rougissant, tandis qu’une chanson des Carpenters illustrait à merveille ce que nous vivions à cet instant précis : I’m on top of the world [Je suis au sommet du monde] ! En grandissant, j’étais parfois gêné par ce double mouvement contradictoire : Jésus d’un côté, les filles de l’autre.


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L’homme que j’admirais le plus, auquel je désirais ressembler et que je voulais servir fidèlement était resté… célibataire. Il y a toujours eu, dans l’Histoire, une tradition de célibat, des moines et des religieuses qui exprimaient ainsi leur attachement à Dieu en mettant délibérément de côté le mariage et les relations sexuelles. Une partie de moi aurait bien voulu en faire autant : je voulais appartenir entièrement à Jésus-Christ. Durant mes années de fac, je me suis battu avec ces paroles de l’apôtre Paul : « C’est une excellente chose […] qu’un homme se passe de femme » (1 Corinthiens 7 : 1 – Semeur6). À travers toute l’histoire chrétienne, de manière officielle ou parfois plus sous-entendue, les croyants mariés ont souvent été considérés comme des « chrétiens de second ordre ». Des chrétiens qui compromettaient leur intégrité ou trop faibles pour contenir leurs pulsions sexuelles. Augustin s’estimait indulgent lorsqu’il écrivait, à propos de l’intention de procréer, que « les rapports sexuels au sein du mariage contribuent à transformer la convoitise sexuelle en quelque chose de bien7 ». La Parole de Dieu est digne de confiance, elle est même infaillible, mais l’histoire du christianisme, elle, ne l’est pas. Elle est pleine de préjugés sans fondement. Il ne fait pas l’ombre d’un doute que Pierre, le « premier pape », était bel et bien marié (comment Jésus aurait-il pu guérir sa belle-mère ?), mais la Bible décrit aussi de jeunes veuves du ier siècle qui faisaient déjà vœu de célibat (1 Timothée 5 : 9-12). Vers l’an 110 apr. J.-C., des célibataires faisaient des vœux qui s’inspiraient directement des vœux du mariage. Cette pratique adopta peu à peu un caractère plus officiel de sorte que, vers le iiie siècle, il était courant de faire vœu de célibat pour la vie entière. À partir du ive siècle, une célébration liturgique spécifique était réservée à de tels vœux8. Le christianisme puise ses origines dans le judaïsme où le mariage était assimilé à un devoir religieux (un rabbin prétendait qu’un homme non marié n’était pas encore tout à fait un homme9). Mais rapidement, dans les siècles qui suivirent, l’option du mariage pour les croyants est devenue une idée périphérique dans tous les ouvrages de « théologie spirituelle »


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(ces ouvrages dans lesquels l’on étudie comment grandir spirituellement, comment prier et comment s’approcher de Dieu). La plupart des classiques de la littérature chrétienne ont été rédigés par des moines et des religieuses pour des moines et des religieuses. Les mariés pouvaient, au mieux, tenter faiblement d’imiter la recherche de Dieu de ces célibataires. L’idée de vouloir rechercher Dieu au travers du mariage n’était pas réellement prise au sérieux. Au contraire, l’accent était particulièrement mis sur la recherche de Dieu en dépit du mariage. J’avais apporté avec moi certaines de ces conceptions dans mon couple mais, bien vite, j’ai découvert une tout autre réalité. Mon frère m’avait posé quelques questions sur le mariage. Après quelques instants de réflexion, je lui ai répondu : « Si tu veux être libre pour suivre Jésus, une chose est sûre : reste célibataire. Être marié prend énormément de ton temps. Mais si tu veux ressembler davantage à Jésus, je ne connais pas de meilleur moyen que le mariage. Il t’obligera à regarder en face certaines questions de caractère auxquelles tu n’aurais jamais été confronté autrement ». La vie de famille n’est clairement pas une échappatoire. Après quelques années de mariage, vous vous rendez rapidement compte que cette emphase sur l’option du célibat est plutôt exagérée. Globalement, le côté sexuel de la vie d’un couple marié ne représente qu’une petite fraction de son temps. Dans mon cercle d’amis, j’ai été le premier à me marier et je me souviens que l’un d’entre eux m’a demandé si, désormais, il avait encore le droit de passer chez moi sans prévenir : « Oh, tu sais, lui ai-je répondu d’un air très sérieux, tu devrais toujours d’abord me passer un petit coup de fil. Un couple marié passe toute sa journée à se balader tout nu dans la maison ». Pendant quelques secondes, il m’a cru ! Le travail de transformation profonde au sein du couple est le résultat d’un engagement à plein temps, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. C’est le creuset dans lequel nous sommes malaxés et façonnés afin que notre caractère ressemble de plus en plus à celui de Jésus. Au lieu d’avoir à se lever à trois heures du


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matin pour la prière monastique, la question devient : « Qui se lèvera en pleine nuit pour changer les couches du bébé ? » Le mariage appelle à une vie radicalement nouvelle et altruiste. Cette idée m’a frappé comme une évidence il y a quelques années de cela. Lisa et les enfants étaient alors en voyage et j’avais dû rester travailler à la maison. Autant que je m’en souvienne, c’était mon premier samedi libre. Jusque-là, chaque samedi matin, je discutais avec Lisa des projets familiaux pour la journée. Et ce jour-là, j’étais soudain à peine capable de formuler cette simple question : Qu’ai-je envie de faire, moi ? Je me l’étais pourtant posée presque tous les samedis matin avant d’être marié. Toute situation qui m’amène à faire face à mon égoïsme est porteuse d’une valeur spirituelle extrêmement importante. J’ai lentement commencé à comprendre que la raison d’être du mariage n’était peut-être pas tant le bonheur que la sainteté. Je ne prétends pas que Dieu soit contre le bonheur, ou que le bonheur et la sainteté s’excluent mutuellement. Mais en examinant le mariage au travers du filtre de la sainteté, je l’ai découvert sous un angle entièrement nouveau.

« Cependant, pour éviter toute immoralité […] » Je trouve fascinant que, juste après avoir affirmé « c’est une excellente chose qu’un homme se passe de femme », Paul poursuive en disant : « Cependant, pour éviter toute immoralité, il est préférable que chaque homme ait sa femme et que chaque femme ait son mari » (1 Corinthiens 7 : 2 – Semeur). Dans l’original, ce passage fait clairement référence aux relations sexuelles. Même si certaines versions de la Bible atténuent la force des paroles de Paul, toute exégèse sérieuse indique qu’il s’agit bien ici de sexualité. Je propose toutefois d’élargir ce principe pour exposer la vérité en allant au-delà du simple contexte sexuel. Puisque l’immoralité nous habite tous (non seulement l’immoralité sexuelle, mais aussi l’égoïsme, la colère, le désir de contrôler et même la haine), nous devons développer une relation au sein de laquelle nous pourrons


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travailler ces questions à la lumière de ce que notre couple nous révélera sur notre manière d’agir et sur nos attitudes. Le mariage m’a obligé à reconnaître et à affronter la grande part d’immaturité qui m’habitait. J’ai dû, pour cela, changer l’idée que je m’en faisais. En effet, si la raison d’être de la vie de couple était simplement de donner du plaisir et de rendre « heureux », je devrais envisager de m’engager dans un « nouveau » mariage tous les deux ou trois ans. Mais Toute situation qui me fait si je désirais sincèrement voir Dieu me transformer affronter mon égoïsme porte en profondeur, je devrais en soi une valeur spirituelle concentrer mon attention extrêmement importante. sur mon changement, plutôt que sur les changements qui devraient s’opérer chez mon épouse. En poussant le raisonnement, je pourrais même me dire que plus ma femme s’avérerait difficile à vivre, plus j’aurais d’opportunités de grandir ! L’exercice physique doit être assez intensif pour tester les capacités du cœur face à l’effort. De même, « l’exercice relationnel » a parfois besoin d’un peu de stress pour tester le cœur. Je ne me suis pas concentré sur les changements qui devaient s’opérer en moi afin de vivre un mariage libre de toute tension, être plus heureux ou même plus satisfait de mon couple. Non, j’ai choisi de croire que le mariage me donnerait de nombreuses occasions de prendre conscience que ma raison d’être sur la terre, mon objectif dans la vie et mon épanouissement, je ne les trouverai qu’en Dieu. Lisa ne peut pas me rendre réellement heureux. Dans le sens le plus profond du terme. Bien sûr, nous passons d’excellents moments ensemble et elle est une épouse extraordinaire, au-delà de toutes mes attentes. Ces moments précieux, cependant, sont éclaboussés (et parfois presque noyés) par les contraintes et les difficultés, par les défis des factures à payer à temps, ceux de l’éducation des enfants, par la nécessité de gagner sa vie et d’entretenir sa maison.


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En réalité, je suis désormais en quête d’un épanouissement plus serein, d’une raison d’être plus profonde et de l’objectif à atteindre par le biais de cette relation intense à deux, pour la vie entière. Persuadé que ma raison d’être découle de ma relation avec Dieu, je veux donc découvrir comment le mariage peut me rapprocher de Dieu. Pour chacun de nous, notre relation de couple au sein du mariage est un événement temporaire au regard de l’éternité. Par contre, notre relation avec Dieu, à Lisa et à moi, survivra à notre mariage. Un jour viendra où l’un de nous précédera l’autre dans l’éternité. Le conjoint survivant se retrouvera seul, séparé de l’autre, et peut-être même se remariera-t-il. Pour le chrétien, le mariage n’est pas la dernière réalité mais bien l’avant-dernière. Par conséquent, chacun de nous peut trouver plus de sens dans une quête commune de Dieu, en reconnaissant que Dieu seul peut combler le vide spirituel de notre âme. Nous pouvons nous efforcer de rendre notre maison agréable et paisible ; nous pouvons explorer toutes les façons de garder une vie sexuelle épanouie ; nous pouvons mettre en place des changements superficiels qui nous donneront une apparence de respectabilité et de savoir-vivre. Mais ce dont nous avons besoin plus que tout, c’est de vivre dans l’intimité du Dieu qui nous a créés. Si cette relation-là est saine, alors nous n’attendrons pas, comme une exigence légitime du mariage, que l’autre vienne remplir notre vide spirituel. Étant humain et faillible, je ne suis malheureusement pas en mesure d’apprécier Lisa à sa juste valeur comme Dieu le fait. Je ne peux même pas commencer à la comprendre comme elle rêve d’être comprise. Je m’ennuierais rapidement si j’étais marié à quelqu’un comme moi. Je peux donc parfaitement concevoir que Lisa puisse de temps en temps se lasser, ou s’ennuyer avec moi. Mais Dieu prend plaisir en chacun de nous. Dieu est conscient de nos excentricités. Il comprend nos bonnes intentions, même lorsqu’elles sont masquées par un comportement incroyablement stupide. Une chose est certaine : Lisa ne peut pas attendre de moi que je sois Dieu pour elle. Et même lorsque je m’efforce de


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l’aimer comme Dieu seul peut l’aimer, j’échoue systématiquement à chaque fois. Je fais de mon mieux, mais je ne suis jamais à la hauteur.

Chercher l’amour aux mauvais endroits Rappelons-nous combien il est ridicule de rechercher chez les autres ce que Dieu seul peut nous donner. Nos amis ont un fils, Nolan. Lorsqu’il avait quatre ans, me voyant porter de lourdes caisses, il me demanda un jour, en toute candeur : « Gary, qui est le plus costaud ? Toi ou Dieu ? » Son père se mit à rire (un peu trop fort à mon goût). Bien sûr, nous, adultes, savons qu’il est absurde de comparer notre force physique à celle de Dieu. Mais combien « d’adultes » parmi nous n’ont-ils pas posé (peut-être inconsciemment) ce type de question à leur conjoint : « Est-ce toi qui seras la source de mon épanouissement, ou est-ce que ce sera Dieu ? » Bizarrement, cette question, que nous trouvons risible quand il s’agit de la force physique, ne nous semble pas aussi Nous avons besoin de l’intimité absurde. C’est pourtant ce du Dieu qui nous a créés. Si qu’elle est ! cette relation-là est saine, nous

Je suis persuadé qu’une n’attendrons pas que l’autre grande part de notre insatisremplisse notre vide spirituel. faction dans le couple vient de ce que nous en attendons trop. Mon ordinateur est plutôt dépassé : je sais donc parfaitement qu’il n’est pas en mesure d’accomplir certaines tâches. Il n’a pas assez de mémoire, son processeur n’est pas assez rapide ou récent pour faire tourner certains logiciels, etc. Ce n’est pas que je possède un mauvais ordinateur. C’est simplement que je ne peux pas attendre de lui plus qu’il n’est en mesure de donner. De la même manière, certains, parmi nous, attendent souvent trop du mariage. Nous voulons que la plus grande partie de notre épanouissement provienne de notre relation avec notre conjoint : c’est trop demander. Oui, bien entendu, il y aura des moments de bonheur, de beauté, et une impression


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globale d’épanouissement, cela ne fait aucun doute. Mais ma femme ne peut pas être Dieu, alors que moi, j’ai été créé avec un esprit qui soupire après Dieu. Tout ce qui n’atteint pas la plénitude de Dieu laisse un sentiment d’inaccompli. Ce livre met le doigt sur un objectif situé au-delà du mariage. La croissance spirituelle en est le thème principal ; le mariage n’en est que le contexte. Les célibataires mettent à profit l’abstinence et les ermites l’isolement. Nous pouvons nous servir du mariage pour atteindre le même objectif : grandir dans le service, l’obéissance, le caractère, la recherche et l’amour de Dieu. Vous avez certainement déjà réalisé que votre mariage avait un objectif qui dépassait votre bonheur. La « sainteté » n’est peut-être pas le premier mot qui vous est venu à l’esprit en y pensant, mais vous avez compris qu’une vérité transcendait les romances superficielles que notre culture met si souvent en avant. Nous allons donc disséquer de nombreux mariages. Nous allons découvrir là où les engagements se frottent à la réalité, trouver où se cachent les attitudes destructives, faire face à nos faiblesses et à nos péchés, et apprendre comment grandir à travers tout cela. L’objectif principal de ce livre n’est pas de vous faire aimer votre conjoint davantage, même si je suppose que cela arrivera en cours de route. Il est de vous donner les outils pour que votre amour pour Dieu grandisse et que vous reflétiez toujours plus l’image de son Fils. À terme, vous développerez une appréciation toute nouvelle pour celui ou celle qui voyage à vos côtés.


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CHAPITRE 2

Trouver Dieu dans son couple Analogies du mariage et vérités bibliques Le mariage est le révélateur impitoyable, le puissant projecteur braqué sur les plus sombres recoins de la nature humaine. — KATHERINE ANNE PORTER

Chaque année, je participe à un week-end de retraite avec neuf de mes anciens camarades de fac. Il y a plusieurs années, l’un d’entre eux me prit à part. Il envisageait de rentrer chez lui pour la soirée… Lui et son épouse espéraient pouvoir concevoir un bébé ce soir-là car, d’après les calculs de sa femme, « c’était le bon moment ». — Vas-y, rentre chez toi, le pressai-je. Tu peux être de retour pour le petit-déjeuner. — Je ne sais pas…, hésitait-il. — Vas-y, insistai-je, tandis qu’un autre ami acquiesçait lui aussi. Il finit par se décider et rentra chez lui. Cette nuit-là, un enfant fut conçu.


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Aujourd’hui, en regardant cet enfant, je souris. Je me demande s’il se rend compte combien il est passé tout près de ne jamais exister (et combien il me doit énormément !) Dans la vie, peu de chose donne davantage le vertige que cette coopération entre Dieu et l’être humain pour que vienne au monde un nouvel être. Si mon ami et sa femme avaient attendu le mois suivant, ils auraient peut-être eu une fille, ou un garçon plus petit, ou beaucoup plus brun. C’est impressionnant ! Collaborer ainsi avec Dieu pour qu’un enfant prenne vie est un aspect de l’expérience conjugale qui devrait revêtir une importance toute particulière chez les chrétiens. Les difficultés à concevoir occasionnent d’énormes souffrances chez de nombreux couples. Le côté créateur de Dieu est essentiel à son autorité, à son identité et à sa raison d’être. En réalité, la Bible s’articule autour du fait que Dieu est le Créateur. La première chose que nous enseigne la Genèse à son sujet est qu’il a créé les cieux et la terre (Genèse 1 : 1). Le Nouveau Testament s’achève avec le Dieu Créateur des nouveaux cieux et de la nouvelle terre. Lorsque Dieu dit : « Voici, je fais toutes choses nouvelles » (Apocalypse 21 : 5), il parle au présent car il s’agit d’un processus continu. Dieu va d’éternité en éternité en créant sans cesse. C’est l’une des nombreuses analogies qui attachent les différents aspects du mariage à notre compréhension de Dieu. Un fil conducteur majeur traverse la Parole de Dieu : la relation de Dieu avec son peuple est constamment comparée à l’institution humaine du mariage. Dans ce chapitre, nous allons étudier comment ces analogies variées utilisent l’expérience du mariage pour nous enseigner des vérités essentielles au sujet de la nature de Dieu. À travers l’expérience du mariage, nous pouvons redécouvrir Dieu tout à nouveau.

Une divine romance Osée nous révèle une réalité tout à fait surprenante : Dieu pose sur son peuple le même regard que celui d’un mari sur sa femme :


Trouver Dieu dans son couple  d 29 Il arrivera en ce temps-là, l’Éternel le déclare, que tu me diras : « Mon époux » et tu ne m’appelleras plus : « Mon Baal (mon maître) ». […] Puis, pour toujours, je te fiancerai à moi. OSÉE 2 : 18, 21 – SEMEUR.

Réfléchissez un instant à la différence entre les notions de « mari » et de « maître », et à tout ce que ces termes évoquent pour vous. Dieu désire que cette relation entre le divin et l’humain soit un lien d’obéissance fondée sur l’amour et l’intimité, et non sur la crainte, une relation de loyauté et non une adhésion aveugle à des « principes ». La passion qu’éprouve un mari à l’égard de sa femme n’existe pas dans une relation de maître à esclave. Comment considérez-vous Dieu : comme un maître ou comme un mari ? Ésaïe utilise l’image de la relation amoureuse pour illustrer comment Dieu trouve tout son plaisir dans son peuple : « Comme la fiancée fait la joie de son fiancé, ainsi tu feras la joie de ton Dieu » (Ésaïe 62 : 5). Nous vivons dans un monde où la plupart des gens sont tout simplement trop affairés ou préoccupés pour se rendre compte que nous existons. Mais Dieu trouve son plaisir en nous. Son cœur surnaturel bat plus vite en pensant à nous. Jésus lui-même s’est parfois servi du mariage comme image, en se comparant à « l’époux » (Matthieu 9 : 15) et en annonçant que le royaume des cieux était semblable à un festin de noces (Matthieu 22 : 1-14). Cette même image est utilisée jusqu’à l’apogée de l’Histoire, lorsque le livre de l’Apocalypse évoque les « noces de l’Agneau », pour lesquelles « son épouse s’est préparée » (Apocalypse 19 : 7). La faillite de la fidélité spirituelle est souvent comparée à l’échec de la fidélité conjugale. Jérémie compare l’idolâtrie à l’adultère : « J’ai répudié Israël l’infidèle et je lui ai donné sa lettre de divorce à cause de tous les adultères qu’elle avait commis » (Jérémie 3 : 8 – Semeur). Jésus utilise la même image, en parlant d’une génération « adultère » (Marc 8 : 38). Dans ce contexte, il ne s’attaque pas aux faiblesses sexuelles humaines :


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il pleure sur une nation spirituellement infidèle qui a trahi son mariage avec Dieu. À travers toute l’histoire du christianisme, les similitudes existantes entre l’union du mariage et les divers mystères de la foi impliquant également une union, ont toujours été examinées de près : au-delà de la Trinité, les caractères divins et humains se sont fusionnés dans la personne de Jésus-Christ ; lors du partage du repas du Seigneur, le pain et le vin symbolisent le corps et le sang du Christ ; Christ est uni à son Église ; etc. Si je m’applique à méditer ces analogies, ce n’est pas pour jouer habilement avec les mots. Les chrétiens qui cherchent à gagner une perspective spirituelle de leur mariage puiseront dans ces comparaisons les ingrédients nécessaires à une réflexion profonde et sérieuse. Dieu s’est incarné afin que nous puissions le connaître. Parallèlement, Dieu n’a pas créé le mariage simplement pour nous donner un moyen agréable de repeupler la terre et de faire bénéficier l’humanité d’une stabilité sociale. Il a instauré le mariage comme un repère de plus dans nos vies, un repère qui dirigerait nos regards vers son existence éternelle et spirituelle. Nous sommes des êtres à la compréhension limitée, qui avons besoin de recourir à la puissance du symbolisme. À partir de la simple relation existante entre un homme et une femme, le symbole du mariage permet d’appréhender une dimension spirituelle presque illimitée. Mais pour cela, nous devons nous servir de notre mariage pour partir à la découverte de Dieu. Si nous laissons les manquements de notre conjoint accaparer notre esprit, nous passerons à côté des mystères divins du mariage et de tout ce que Dieu souhaite nous enseigner par ce biais. Dans la section suivante, nous mettrons l’accent sur une analogie en particulier. Nous démontrerons ainsi que ces images peuvent rapprocher notre mariage de notre foi et nous rappeler sa raison d’être. Si les chapitres suivant sont d’ordre plus « pratique », il est toutefois essentiel de commencer par étudier la doctrine à la base du mariage chrétien et de comprendre ce qui rend le mariage chrétien si différent de celui


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des non-croyants. Cette différence est illustrée par l’excellente analogie du mariage de Christ avec son Église.

Réconciliation Une ancienne histoire rabbinique raconte comment aurait été choisi l’emplacement pour la construction du temple de Jérusalem. Deux frères travaillaient ensemble dans le même champ et au même moulin. Chaque soir, ils se Il a instauré le mariage comme partageaient le grain produit un repère de plus dans nos et emportaient chez eux leur vies, un repère qui dirigerait part.

nos regards vers son existence

L’un des frères était céliéternelle et spirituelle. bataire, l’autre était marié et père d’une famille nombreuse. Le frère célibataire décida que son frère marié et toute sa grande famille avaient assurément besoin de plus de grains que lui. Aussi, la nuit, se glissait-il discrètement dans le grenier de son frère pour y verser une portion de grain supplémentaire. Le frère marié, de son côté, réalisait que son frère n’avait pas d’enfant pour prendre soin de lui dans ses vieux jours. Inquiet pour l’avenir de son frère, il se levait donc chaque nuit pour aller verser secrètement un peu de son grain dans le grenier de son frère. Une nuit, ils se rencontrèrent à mi-chemin, entre leurs deux greniers, et brusquement chacun comprit ce que faisait l’autre. Ils tombèrent dans les bras l’un de l’autre. La suite de l’histoire veut que, voyant cela, Dieu s’exclama : « Voici un lieu saint, un endroit où règne l’amour ; c’est ici que sera érigé mon temple ». Le lieu saint est l’endroit où Dieu est révélé à son peuple, « l’endroit où les humains se découvrent mutuellement dans l’amour1 ». Le mariage peut devenir ce lieu saint, le cœur d’une relation qui proclame l’amour de Dieu au monde. Mais les penseurs chrétiens n’ont pas toujours choisi de considérer le mariage sous cet angle. Les « Pères » de l’Église sont restés plutôt ambigus sur le statut inférieur du mariage. Malgré cela, ils


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ont tout de même reconnu que l’analogie de la réconciliation était bien le but ultime du mariage et que l’union de Christ avec son Église indiquait le chemin à suivre. Paul développe le sujet dans sa lettre aux Éphésiens (5 : 22-33). Le moine Augustin (354-430), l’un de ces premiers penseurs, laissait entendre que trois bénédictions découlaient du mariage : les enfants, la foi (la fidélité) et le sacrement. De ces trois bienfaits, le sacrement était de loin le plus important à ses yeux. Un mariage peut effectivement exister sans qu’il y ait de descendance ou sans foi. Il est par contre impossible de rester marié sans indissolubilité (le cœur de la notion de sacrement). Aussi longtemps qu’un couple reste marié, les conjoints continuent à illustrer, bien qu’imparfaitement, l’engagement existant entre Christ et son Église. Ainsi, le simple fait de « tenir bon » devient d’une importance capitale. Des siècles après Augustin, les réformateurs anglicans ont proposé trois « causes » en réponse à ces trois bénédictions. Un ancien livre de prière de 1549 suggère trois objectifs au mariage : la procréation, un remède contre les péchés sexuels, et une source de soutien mutuel2. Ce dernier élément a malheureusement remplacé l’aspect sacramentel du mariage (le mariage comme image vivante de la relation entre Christ et son Église) au profit d’une notion beaucoup plus terre à terre : le confort relationnel. Il est indispensable de savoir pourquoi nous sommes mariés et pourquoi nous devrions le rester. C. J. Mahaney, pasteur et conférencier, a brillamment abordé cette question de la manière suivante : envisageons-nous le mariage sous l’angle théocentrique (centré sur Dieu) ou anthropocentrique (centré sur l’homme)3 ? Centré sur l’homme, notre mariage subsistera aussi longtemps que nos besoins terrestres, nos désirs et nos attentes seront comblés. Centré sur Dieu, notre mariage sera protégé, parce qu’il rend gloire à Dieu et indique au monde pécheur qu’il existe un Créateur source de réconciliation. Le mariage peut s’envisager comme une source de confort mutuel. Mais nous devrions plutôt le voir comme une illustration de la plus grande nouvelle jamais apportée aux hommes :


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il existe une relation divine entre Dieu et son peuple. Le parallèle est clair en Éphésiens. Vous avez probablement déjà lu ou entendu ces paroles des dizaines, sinon des centaines de fois : Quant à vous, maris, que chacun de vous aime sa femme comme le Christ a aimé l’Église : il a donné sa vie pour elle afin de la rendre digne de Dieu après l’avoir purifiée par sa Parole, comme par le bain nuptial. Il a ainsi voulu se présenter cette Église à lui-même, rayonnante de beauté, sans tache ni ride ni aucun défaut, mais digne de Dieu et irréprochable. ÉPHÉSIENS 5 : 25-27 – SEMEUR.

Bien que je me situe théologiquement côté protestant, je dois dire à mes frères anglicans du xvie siècle qu’il est tout de même regrettable qu’une chose aussi profonde que l’analogie de Christ et son Église ait été réduite à vivre le mariage uniquement comme moyen de peupler notre monde, d’éviter les péchés sexuels et de résoudre nos problèmes de solitude. L’Ancien et le Nouveau Testament placent l’analogie du mariage au centre de leur message : union entre Dieu et Israël d’une part (dans l’Ancien Testament), et, d’autre part, union entre Christ et son Église (dans le Nouveau Testament). Comprendre la profondeur de ces analogies est essentiel si nous voulons découvrir le fondement sur lequel tout véritable mariage chrétien doit se construire. Si je comprends que le premier objectif du mariage est de représenter l’amour de Dieu pour son Église, je vivrai cette relation et j’en prendrai soin avec une motivation entièrement renouvelée. C’est de ce type de motivation dont parle Paul lorsqu’il affirme : « Notre ambition est de plaire au Seigneur » (2 Corinthiens 5 : 9 – Semeur).

Comment rendre Dieu heureux ? Paul répond à beaucoup de nos questions lorsqu’il clame : « Notre ambition est de plaire au Seigneur ». Si, dans la rue, vous interrogiez une dizaine de personnes sur l’objectif de leur vie sur terre, vous obtiendrez une grande variété de réponses.


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Pour le chrétien, Paul ne pourrait être plus clair : sa « passion dévorante, la force qui motive chacun de ses actes4 » est d’être agréable à Dieu. Mais il ne se limite pas à engager sa propre personne en disant que plaire à Dieu est son « ambition passionnée ». Il suppose que cela sera aussi une réalité pour ses lecteurs : « Notre ambition est de plaire au Seigneur ». Ce qui motive chacun de nos actes devient également le moteur de chacune de nos décisions. Et Paul est très clair. La première question que nous devrions nous poser avant de nous engager dans quoi que ce soit est : « Est-ce que cela sera agréable à Jésus-Christ ? » Avant de penser bonheur, sexe, bébé, partenariat, soutien mutuel, etc., le premier objectif du mariage est bien celui d’être agréable à Dieu. C’est un grand défi, car il s’agit de vivre d’une manière qui ne soit en rien centrée sur soi. Au lieu de nous demander : « Qu’est-ce qui me rendra heureux ? », ce sera : « Qu’est-ce qui rendra Dieu heureux ? » Et comme pour s’assurer que ses lecteurs ont bien saisi cette vérité, Paul renchérit, quelques versets plus loin : « Que ceux qui vivent ne vivent plus pour eux-mêmes, mais pour celui qui est mort à leur place et ressuscité pour eux » (2 Corinthiens 5 : 15 – Semeur). En tant que chrétien, je n’ai pas d’autre choix. Nous devons à Jésus-Christ une vie consacrée et passionnée. Jésus doit devenir le moteur de ma vie. Pour se faire, je dois mourir à mes propres désirs, jour après jour. Je dois crucifier l’envie d’évaluer constamment chaque acte et chaque décision sur la base de ce qui est avant tout profitable Le premier objectif du mariage pour moi. L’expression de Paul à ce sujet est très forte : est d’être agréable à Dieu. « Nous portons toujours avec nous dans notre corps la mort de Jésus, afin que la vie de Jésus se manifeste dans notre corps » (2 Corinthiens 4 : 10). Tout comme Jésus est allé à la croix, je dois y aller aussi, en considérant que je porte en tout temps « la mort de Jésus » en moi. Ainsi, sa vie nouvelle, ses motivations, ses objectifs, ses préférences, auront la priorité dans tout ce que j’entreprends.


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Cette réalité m’incite à porter sur mon conjoint un regard différent, un regard chrétien : « Ainsi, désormais, nous ne considérons plus personne d’une manière purement humaine. » (2 Corinthiens 5 : 16 – Semeur). La raison en est claire : « Si quelqu’un est en Christ, il est une nouvelle créature. Les choses anciennes sont passées ; voici : toutes choses sont devenues nouvelles » (5 : 17). Dans cette nouvelle identité, un nouveau ministère est offert Ma vie doit étayer le ministère à chaque chrétien, indissode réconciliation de l’Évangile, ciable de la personne même surtout dans mon couple. de Jésus-Christ : « Tout cela est l’œuvre de Dieu, qui nous a réconciliés avec lui par le Christ et qui nous a confié le ministère de la réconciliation » (5 : 18 – Semeur). Réfléchissez un instant : la réconciliation est l’essence même de l’œuvre de Christ, qui nous ramène à Dieu. Nous devons y répondre en devenant à notre tour des réconciliateurs. C. K. Barrett définit la réconciliation comme l’action de « mettre fin à une relation d’inimitié et de la remplacer par une relation fondée sur la paix et la bienveillance5 ». Paul nous invite clairement à proclamer ce message de salut. Mais nous ne pouvons annoncer en bonne conscience la fin « d’une relation d’inimitié » et l’avènement de « la paix et de la bienveillance » si nos mariages sont entachés d’animosité, de conflits et de divorces. Tout, dans ma vie, doit étayer ce ministère de la réconciliation par l’Évangile. Cet engagement se manifeste avant tout par la réconciliation au sein de mes relations personnelles. Et en particulier dans mon couple. Si mon mariage contredit mon message, je sabote l’objectif même de ma vie : être agréable à Christ et exercer fidèlement le ministère de réconciliation en annonçant avec enthousiasme que nous pouvons être réconciliés avec Dieu grâce à Jésus-Christ. Si le « moteur de ma vie » est celui que préconise l’apôtre Paul, alors je m’appliquerai à bâtir un mariage qui mettra en valeur ce ministère de réconciliation. En vivant le pardon, le don de soi, l’amour et le sacrifice, mon mariage incarnera cette vérité et lui donnera chair.


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Je refuse de dire au monde, par mes actions, que j’ai cessé d’aimer ma femme et que je n’ai plus envie d’être à son service. Je refuse de leur montrer que j’ai failli à ma parole et violé la promesse faite à mon épouse des années en arrière. Malheureusement, c’est bien le message que de nombreux chrétiens proclament autour d’eux. Selon une enquête menée par l’institut Barna, le taux de divorce chez les chrétiens se disant « nés de nouveau » est plus élevé encore que chez les non-croyants6. Nous ne pouvons pas annoncer un message que nous n’avons pas d’abord appris à vivre nous-mêmes. Comment puis-je convaincre mes enfants de la fiabilité des promesses de réconciliation de Dieu si mes propres promesses n’ont aucune valeur ? Ils y croiront peut-être malgré moi, mais j’aurai installé sur leur chemin un barrage au message de l’Évangile plutôt qu’un marchepied. La plupart des divorces signifient qu’au moins une des parties, sinon les deux, a cessé de mettre l’Évangile à la première place dans sa vie. Le principe de base énoncé par l’apôtre Paul (« Mon ambition est de plaire au Seigneur ») n’est plus le moteur de leur vie. En effet, l’enseignement de la Bible est clair sur ce sujet : « Je hais le divorce, déclare l’Éternel » (Malachie 2 : 16 – Semeur). Si l’objectif d’un couple est d’être agréable à Dieu, il ne cherchera pas à divorcer. Je sais qu’il existe quelques situations exceptionnelles. Paul autorise le divorce lorsque l’autre conjoint n’est pas chrétien et qu’il abandonne celui qui croit. Jésus considère que l’adultère peut devenir un motif de divorce. Des exceptions sont bien sûr envisageables, sous forme de séparation par exemple, lorsque l’un des parents constitue un danger pour les enfants. Mais la plupart des divorces entre chrétiens n’ont pas lieu dans un tel contexte d’exception. Ils sont bien plus souvent dus à un abandon des vraies priorités de la vie. Je suis déterminé à préserver mon mariage, mais pas pour être heureux (même si je crois que je le serai), ou pour que mes enfants grandissent dans un foyer stable (même si c’est bien mon désir), ou encore parce que le fait d’obliger mon épouse à devoir « repartir de zéro » me ferait de la peine (cela m’at-


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tristerait effectivement). La raison principale pour laquelle je veux tout mettre en œuvre pour préserver mon mariage, c’est parce que c’est mon devoir en tant que chrétien. Si toute ma vie est bâtie sur l’annonce du message de Dieu au monde, je ne veux rien faire qui puisse déprécier ce message. Et comment pourrais-je prêcher la réconciliation tout en contribuant moimême à la division ? Cette analogie de la réconciliation offre plus qu’un simple objectif au mariage : elle nous aide à vivre cet objectif, même quand la foudre s’abat.

Quand la foudre s’abat J’ai trouvé fascinant de pouvoir me tenir un jour au pied d’un arbre vieux de sept cents ans. — Que se passait-il par ici lorsque cet arbre commençait à pousser ? me demanda ma fille lors d’une randonnée dans un Parc national. — Oh, pas grand-chose, lui répondis-je, en réalisant que cet arbre avait déjà presque deux cents ans à la naissance de Martin Luther. Les arbres vivent très vieux ici, parce que les forêts de l’État de Washington sont si humides que la foudre n’y déclenche que très rarement un incendie. Alors qu’un feu se déclare tous les cinquante ou soixante ans dans les forêts traditionnelles, les incendies ne détruisent les forêts de cet état que tous les deux cents ans. La foudre s’y abat aussi souvent qu’ailleurs, mais les conséquences sont moins dévastatrices. Les arbres disposent ainsi de bien plus de temps pour s’enraciner et grandir. Cela illustre bien un mariage fondé sur le ministère de la réconciliation. La foudre s’abat aussi sur les mariages chrétiens solides : tentations sexuelles, problèmes de communication, insatisfactions diverses, attentes non comblées, etc. Mais si ces mariages ont été copieusement arrosés par un engagement déterminé à vivre pour plaire avant tout à Dieu, les conditions


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ne seront pas réunies pour que cette foudre soit à l’origine d’un incendie dévastateur. Par contre, si mon bonheur est l’unique objectif de mon mariage, et qu’il vienne à se flétrir pour une raison ou une autre, la moindre petite étincelle suffira à embraser toute la forêt de ma relation. Mais si mon objectif est de proclamer et de vivre le ministère de réconciliation selon Dieu, ma persévérance sera à l’épreuve du feu. En pratiquant la discipline spirituelle du mariage, je décide de placer ma relation avec Dieu à la première place. Le simple fait de tenir bon est déjà en soi une victoire remarquable. Dans une forêt remplie d’arbres, le fait d’avoir survécu sept cents ans impose le respect. D’un point de vue Dans une société où les purement esthétique, rien relations se brisent à une ne différenciait ce vieil arbre cadence effrayante, les chrétiens des autres. De l’endroit où peuvent attirer l’attention nous nous tenions, nous ne simplement en restant mariés. pouvions voir qu’un tronc imposant et bien droit, couvert de toiles d’araignées. Nous marchions dans une forêt remplie d’arbres, mais l’Office des forêts n’avait planté un panneau que devant cet arbre, et pour une seule raison : il avait derrière lui sept siècles d’existence. Il avait tenu bon, et ce simple fait forçait l’admiration. Dans une société où les relations se brisent à une cadence effrayante, les chrétiens peuvent attirer l’attention simplement en restant mariés. Et si quelqu’un nous demande quel est notre secret, nous pouvons parler du message de réconciliation de Dieu et lancer cette invitation : « Voulez-vous en savoir plus à propos de cette Bonne Nouvelle ? » En ce sens, nos mariages offrent une tribune pour évangéliser. Ils sont susceptibles d’amener les gens à réfléchir sur une vérité qui pointe en direction de l’éternité. En travaillant pour que nos mariages résistent à l’épreuve du temps, nous


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érigeons un monument dédié au principe et à la pratique de la réconciliation. Il y a des années, Paul Simon a écrit les paroles d’une chanson à succès : Fifty ways to leave your lover [Cinquante manières de quitter celui que vous aimez]. Un chrétien n’a besoin que d’une seule raison pour demeurer avec celui ou celle qu’il aime : l’analogie de Christ et de son Église.


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CHAPITRE 3

Apprendre à aimer Comment le mariage nous apprend à aimer Le mariage exige un engagement radical à aimer notre conjoint tel qu’il est, tout en désirant profondément qu’il devienne ce qu’il n’est pas encore. Chaque mariage tend à rehausser la gloire des conjoints ou à la flétrir. — DAN ALLENDER ET TREMPER LONGMAN III

Si vous traitez un homme comme il est, il restera ce qu’il est. Mais si vous le traitez comme s’il était ce qu’il devrait être et pourrait être, alors il deviendra cet homme plus grand et meilleur. — JOHAN WOLFGANG VON GOETHE

Si vous étiez un homme, un croyant, de l’époque de Moïse et Josué, votre devoir serait de combattre. Quand les Israélites entrèrent sur la Terre promise, ils furent parfois repris à cause de leur lâcheté, de leur paresse et de leur refus de se battre : « Jusques à quand négligerez-vous de prendre possession du pays que l’Éternel, le Dieu de vos pères, vous a donné ? » (Josué 18 : 3).


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« Partez au combat ! » fut pendant longtemps le cri de ralliement de Dieu. Jésus est ensuite venu lancer un nouveau défi, nettement plus difficile. À l’homme qui lui a demandé quel était le plus grand des commandements, Jésus en a donné deux (Matthieu 22 : 34-40). Aimer Dieu de tout son cœur, de toute ton âme, de toute sa force et de toute sa pensée ne suffit pas : pour être vraiment agréable à Dieu, vous devez aimer votre prochain. Le mariage, c’est comme une salle de sport : nous y travaillons pour nous renforcer. Renforcer notre capacité à ressentir et à exprimer l’amour de Dieu. Pour cela, nous devons prendre conscience que Aimer Dieu ne suffit pas : pour l’amour humain et l’amour lui être vraiment agréable, vous divin ne sont pas deux océans distincts, mais plutôt devez aimer votre prochain. un seul plan d’eau alimenté par de nombreux affluents. Nous démontrons notre amour pour Dieu en partie au travers de l’amour que nous manifestons envers notre conjoint. Nous ne pouvons jamais aimer quelqu’un « à l’excès ». Par contre, il arrive fréquemment que nous n’aimions pas Dieu suffisamment. Mais ce n’est pas en réduisant notre amour envers les humains que nous développerons dans nos cœurs une réponse appropriée à l’amour de Dieu. Le mariage instaure un climat dans lequel l’amour est soumis aux plus grandes tensions. Le problème est que l’amour doit être appris. Katherine Anne Porter écrit : « L’amour doit être appris, encore et toujours, sans cesse. La haine ne nécessite aucune instruction, elle attend simplement d’être provoquée1 ». L’amour n’est pas la réponse qui jaillit spontanément de notre cœur. Le début d’une relation peut engendrer un vif sentiment amoureux, de l’engouement pour quelqu’un, mais la haine est toujours prête à fuser naturellement. L’amour chrétien doit donc être recherché, ardemment désiré et mis en pratique.


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Ce principe est particulièrement mal perçu dans notre société. Les hommes qui abandonnent leur femme au profit d’une autre profèrent souvent une des remarques les plus cruelles que j’aie jamais L’amour chrétien doit être entendue : « La vérité, c’est que je ne t’ai jamais aimée ». recherché, ardemment désiré En d’autres termes, c’est une et mis en pratique. façon d’attaquer son épouse en lui disant : « La vérité, c’est que je ne t’ai jamais trouvée digne d’être aimée ». Replacée dans un contexte chrétien, cette phrase est en réalité autoaccusatrice. C’est la confession de l’échec cuisant d’un homme qui n’a pas réussi à vivre sa foi. S’il n’a pas aimé sa femme, il en est seul responsable. Jésus nous appelle à aimer même ceux qui n’inspirent pas l’amour, même nos ennemis ! Alors, un homme qui ose dire « Je ne t’ai jamais aimée » est en train de dire, en substance : « Je ne me suis jamais comporté comme un chrétien ». Quand nous aimons comme nous devons aimer, nous faisons plaisir à Dieu, et cela se comprend facilement. Si quelqu’un veut me faire plaisir, il suffit qu’il témoigne de l’affection à mes enfants. Chaque chrétien est un enfant de Dieu ; en nous aimant les uns les autres, nous procurons énormément de satisfaction à notre Père céleste. Je suis un habitué des bibliothèques. Si vous les fréquentez aussi, vous savez qu’elles servent souvent de refuge aux sans-abri lorsqu’il fait froid. Un jour que je me dirigeais Un homme qui ose dire « Je vers le coin des ordinateurs, ne t’ai jamais aimée » dit en l’odeur de l’un d’entre eux substance : « Je ne me suis me sembla quasiment insupportable. J’aperçus un jamais comporté en chrétien ». homme penché sur une des tables. Ses guenilles et ses cheveux en bataille laissaient deviner qu’il s’agissait d’un SDF. Des hommes et des femmes ont consacré leur vie à travailler avec ces personnes. La plupart des grandes villes possèdent des abris pour les accueillir.


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Parfois, les gens que je rencontre me disent combien Dieu m’a utilisé pour influencer leur vie, mais je ne peux que secouer la tête quand je pense à ceux qui travaillent dans ces abris et maisons d’accueil. Comme il est facile d’être utilisé par Dieu quand il s’agit de rester confortablement assis chez soi devant votre ordinateur à faire quelque chose que vous aimez faire ! Comment oserais-je parler de sacrifices alors que je bénéficie de chambres d’hôtel confortables et de trajets en avion lors de mes déplacements ! L’amour chrétien se manifeste dans l’amour de ceux qui sont les plus difficiles à aimer. L’auteur Philip Yancey écrit : « De tout temps, les chrétiens ont choisi d’aimer les êtres les moins “évolués” selon le système darwinien2 ». Cette attitude répond à l’appel de Jésus de ne pas inviter nos amis lors d’un banquet, car ils risqueraient de nous rendre l’invitation. Au contraire, Jésus préconise d’inviter les boiteux, les paralytiques, les pauvres et les aveugles, tous ceux qui ne pourraient pas nous inviter en retour (Luc 14). Voilà pourquoi il est si difficile de répondre à l’appel de Jésus d’aimer notre prochain. D’une certaine façon, c’est très facile d’aimer Dieu. Il ne sent pas mauvais, il n’a pas mauvaise haleine, il ne rend pas le mal pour le bien, il ne fait pas de commentaires désobligeants. Vu sous cet angle, aimer Dieu semble facile. Mais Jésus veut nous placer dans une situation moins confortable lorsqu’il établit un lien direct entre notre amour pour Dieu et notre amour pour les autres. Dans le contexte du mariage, nous n’avons absolument aucune excuse. Dieu nous laisse choisir la personne que nous allons aimer. Puisque nous avons cette possibilité, mais qu’ensuite nous trouvons difficile de mettre l’amour en pratique, quel prétexte invoquerons-nous pour expliquer que nous avons cessé d’aimer ? Dieu ne nous oblige pas à nous marier, il nous en offre l’opportunité. Dès que nous nous engageons dans une relation conjugale, nous ne pouvons plus aimer Dieu sans aimer aussi notre conjoint. Le divorce est l’expression de notre incapacité à garder le commandement de Jésus. C’est baisser les bras face à l’appel


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de Jésus. Si nous sommes incapables d’aimer notre conjoint, comment pourrions-nous aimer le sans-abri de la bibliothèque, le drogué ou l’alcoolique ? Notre conjoint est peut-être parfois difficile à aimer, mais c’est bien là l’objectif du mariage : nous apprendre à aimer. Permettez à votre mariage d’étirer votre amour, d’agrandir votre capacité à aimer. En d’autres termes, permettez à votre vie de couple de vous apprendre à vous comporter en chrétien. Considérez votre mariage comme un terrain d’entraînement sur lequel vous apprenez à accepter l’autre et à le servir. Et, je vous en prie, ne limitez pas cet « amour » aux choses « spirituelles » telles que la prière, l’enseignement ou l’exhortation. Expérimenter l’amour consiste à faire ses délices l’un de l’autre, de multiples manières, toutes bien « terre à terre ». Nous découvrirons dans la section suivante qu’il s’agit aussi d’une vérité biblique.

Un bonheur saint En Israël, les jeunes hommes étaient tous appelés à servir Dieu en combattant lors des guerres. Dieu établit toutefois une exception, que l’on peut trouver cachée au fin fond du livre de Deutéronome : « Lorsqu’un homme sera nouvellement marié, il ne partira pas à l’armée, et on ne lui imposera aucune charge ; il sera exempté pour raison de famille pendant un an et il réjouira la femme qu’il aura prise » (Deutéronome 24 : 5). Pendant toutes mes années d’études théologiques, je n’ai accordé que peu d’attention à cette idée. Dieu souhaiterait-il vraiment que je consacre davantage de temps à ma femme afin de la rendre heureuse ? Elle était toujours à mes côtés dans mes projets d’évangélisation, quand j’étudiais les Écritures, quand je formais de jeunes croyants, et dans toutes les autres « tâches du ministère ». L’idée même que mon service pour Dieu puisse ainsi passer par le bonheur de ma femme me semblait extraordinaire. Cela signifie-il alors que je suis en situation d’échec vis-à-vis de Dieu lorsque ma femme est malheureuse ?


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Deutéronome 24 : 5 ne s’applique qu’à la première année de mariage, c’est vrai. Mais nous pouvons clairement en déduire que chaque conjoint est censé réfléchir au bonheur de l’autre et se réjouir de cette vérité : je fais plaisir à Dieu quand je travaille au bonheur de mon conjoint. Très concrètement, un mari qui délibérément cherche des façons de faire sourire sa femme régulièrement est Je fais plaisir à Dieu quand en train de servir Dieu. Une femme qui prépare avec soin je travaille au bonheur des moments intimes inoude mon conjoint. bliables pour son mari sert Dieu. Un mari qui fait des sacrifices afin d’offrir à sa femme des moments de détente dont elle a besoin prouve son amour pour Dieu. Quand Jésus a dit « Aime le Seigneur ton Dieu […] aime ton prochain », il a ouvert de nouvelles perspectives à l’amour et démoli les murs qui nous tenaient captifs. Il a fait de l’amour divin et de la foi des réalités aux dimensions inimaginables. Cette parole est prophétique pour notre époque. Chaque année, une quantité impressionnante de livres sort en librairie avec le seul but de nous apprendre à prendre soin de nous-mêmes. Avec l’accentuation de la fracture sociale, une quasi-obsession s’installe : se rechercher soi-même, savoir se protéger et se dépasser. Cet accent mis sur la satisfaction de nos désirs personnels frise parfois le ridicule, comme le montre le titre de ce livre que j’ai aperçu en librairie : Le sexe en solitaire : la joie de s’aimer soi-même. Alors que notre société excelle dans l’art de prendre soin de soi-même, il semble que nous ayons perdu l’art de prendre soin des autres. Le mot « sacrifice » a désormais une connotation si négative que les gens craignent davantage de devenir « codépendants » qu’égoïstes. Et pourtant, plusieurs déclarations dans l’Écriture se résument ainsi : « Rends ta femme heureuse. Sacrifie-toi quotidiennement. Tu ne trouveras ta vie qu’en la perdant d’abord ».


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Brice Bobbink exerçait un ministère pastoral sur les campus. C’était un excellent orateur et il avait de nombreuses opportunités de « servir Dieu » par son don d’enseignement. Il décida un jour de prendre très au sérieux les avertissements des Écritures au sujet de l’amour. Il s’était marié tardivement, et son mariage avec Amandine avait radicalement transformé sa vie. Elle avait déjà deux enfants d’un précédent mariage, mais tous deux priaient que Dieu leur donne la joie d’en avoir un ensemble. Qu’est-ce que cela pourrait bien vouloir dire, pour moi, dans ma situation, que « d’aimer ma femme » ? se demanda Brice. Dans sa prière, Brice s’engagea vis-à-vis de Dieu de la sorte : si Amandine attendait un nouvel enfant, il s’engageait à n’accepter aucune nouvelle invitation à aller prêcher à l’étranger pendant un an, à l’exception des déplacements habituels de son poste actuel. Peu après, Amandine donna naissance à leur premier fils, Valentin. Quelques mois plus tard, Brice reçut une proposition très avantageuse pour aller prêcher à Singapour. Étudiant en histoire, il aimait beaucoup voyager. Se rendre en ExtrêmeOrient et enseigner des chrétiens d’une autre culture ? C’était la chance de sa vie ! Enthousiaste, il rapporta la nouvelle à Amandine mais, au cours de la conversation, il se souvint de son engagement et s’exclama : — Non ! Je ne peux pas y aller. Amandine tenta de libérer Brice de sa promesse : — Tout ira bien pour moi, chéri, ne t’inquiète pas. Brice aurait aisément pu invoquer des prétextes très spirituels. « J’aurais certainement pu me justifier en invoquant la noble cause de l’annonce de la Parole au monde, admit-il. Mais si prêcher la Parole dans une autre culture avait vraiment été ma passion, j’aurais pu, depuis un certain temps déjà, déménager là-bas en emmenant ma femme et mes enfants ». Certains diront peut-être qu’il a raté une occasion de plaire à Dieu en apportant son message à une autre nation. Mais Brice avait compris qu’il pouvait plaire à Dieu en aimant


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sa femme pendant cette période de vie où elle avait tout particulièrement besoin d’aide et d’attention. Ainsi, rester à la maison et veiller soigneusement sur son épouse, cela devenait un « service chrétien » aussi important que celui de tout quitter pour aller annoncer l’Évangile lorsqu’il était encore célibataire. « C’eut été de ma part une véritable imposture si j’avais manqué à mon devoir d’aimer ma femme et mes enfants sous prétexte que je devais aller aimer d’autres personnes » insista Brice.

John Barger : apprendre à aimer Le 12 décembre 1987, le Dr John Barger prononça un discours mémorable au cours d’une rencontre destinée aux hommes. Dans son témoignage, il décrivit son parcours de mari dominateur à mari serviteur. Le cœur de son message n’était cependant pas simplement que les maris peuvent mieux faire. Ça, nous le savons tous. Ce qui m’a le plus marqué dans son discours, c’est qu’il insistait sur le fait qu’en apprenant à mieux aimer sa femme, il avait commencé à comprendre comment mieux aimer son Dieu. Permettez-moi de partager avec vous un extrait de l’histoire du Dr Barger. Son discours commençait par une confession à propos de l’attitude de beaucoup d’hommes vis-à-vis des femmes : Il est facile de mépriser les femmes, et c’est ce que font beaucoup d’hommes. Nous estimons qu’elles sont faibles, faciles à intimider, esclaves des corvées liées à leur rôle de mère, émotives, dépourvues de logique et souvent mesquines. Ou alors, nous les voyons comme des tentatrices ; guidés par nos désirs, nous les idolâtrons et les exposons dans les magazines, tout en les méprisant et en les haïssant pour le pouvoir sexuel dominateur qu’elles exercent sur nous. Le mépris que nous, hommes, éprouvons envers les femmes rejaillit sur chaque domaine de notre vie : dans nos relations avec nos mères, nos petites amies, nos secrétaires, nos épouses, nos enfants, l’Église, et même Dieu.


Apprendre à aimer  d 49 Je ne parle pas simplement ici de votre mépris des femmes : je parle aussi du mien. Les membres de ma famille ont grandi dans la rue pendant la Dépression, et n’ont pas tardé à être remplis de la violence et du mépris qui caractérisent tant de gens se retrouvant dans ces circonstances si désastreuses : l’abus de boisson, le regard constant sur les femmes comme objets sexuels ou comme servantes, etc. En conséquence, j’ai fièrement dirigé ma famille d’une main de fer pendant de nombreuses années, et j’ai régné sur ma femme Suzanne et nos sept enfants en justifiant mes privilèges et mon autorité à coups de citations bibliques. Après tout, l’Écriture ordonne explicitement aux femmes d’obéir à leur mari ! Ces années de domination remplirent ma femme et mes enfants de ressentiment et de crainte à mon égard ; ils préféraient toutefois ne pas m’affronter, à cause de la colère qui pourrait en découler. […] J’ai monté contre moi Suzanne et les enfants, et j’ai perdu leur amour. La maison n’était un endroit agréable ni pour eux ni pour moi. S’il n’y avait pas eu les enfants, Suzanne m’aurait quitté dès 1983. C’est alors qu’une succession d’événements tragiques se produisit, et qu’une profonde transformation de ma vie morale, psychologique et spirituelle débuta3.

Le premier de ces « événements tragiques » fut l’accouchement difficile de la femme du Dr Barger. Le placenta de Suzanne s’était détaché et avait provoqué une hémorragie. Le bébé était mort-né. Le Dr Barger nous expliqua ce qui se passa ensuite : À deux heures du matin, dans la salle d’accouchement austère de l’hôpital, je tenais dans ma main gauche le petit corps sans vie de mon fils, et je constatais sa mort avec incrédulité. […] J’avais le pouvoir de rendre la vie [de ma famille] encore pire qu’elle ne l’était, en laissant la colère monter en moi à cause de la mort de mon bébé et du manque d’amour de ma femme, ou je pouvais leur rendre la vie meilleure en apprenant à les aimer comme il se doit. Je devais faire un choix. Et ce choix très clair se présenta à moi en un instant, alors que je regardais ce petit enfant mort-né, sans défense, blotti dans ma main. À cet instant critique, par


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d  VOUS AVEZ DIT OUI À QUOI ? la grâce de Dieu, je choisis de suivre le chemin difficile, sans éclat et décourageant, le chemin qui consistait à essayer d’être bon. Je n’ai pas le temps de vous raconter en détail toutes les épreuves que nous avons dû endurer au cours des quatre années suivantes : les enfants malades, la mort brutale de ma mère, la perte de mon emploi d’enseignant, trois fausses couches supplémentaires et enfin, une détresse secrète qui nous transperça tous deux au plus profond de notre être. Au milieu de tous ces tourments, je découvris que la seule manière d’apprendre à aimer et de cesser d’être une source de souffrance pour ceux qui m’entouraient, était de souffrir moi-même, de supporter, et de faire tous mes efforts, à chaque instant, afin de faire taire ma colère, mon ressentiment, mon mépris, ma jalousie, mes mauvais désirs, mon orgueil et mes nombreux autres vices. J’ai commencé à contrôler mes paroles. J’ai commencé à reconnaître mes erreurs et à présenter mes excuses. J’ai arrêté de me défendre lorsque j’étais jugé trop sévèrement, car ce qui compte vraiment, ce n’est pas d’avoir raison (ou d’être bien vu) mais d’aimer. Comme j’avais été mon propre centre d’intérêt pendant déjà bien trop longtemps, je parlais peu de mes luttes et de mes peines ; je m’efforçais de connaître celles qu’éprouvait Suzanne, et de l’aider à porter sa charge. Et honnêtement, dès que j’ai commencé à écouter Suzanne, dès que je me suis réellement mis à l’entendre quand elle commença à s’ouvrir, je fus très surpris de découvrir combien ses blessures et ses douleurs étaient nombreuses et profondes… La plupart de ces douleurs n’étaient pas uniques à Suzanne. Il s’agissait de souffrances connues de toutes les femmes : les souffrances provenant de la physiologie spécifique des femmes et de leur rôle de mère, responsables de multiples devoirs et responsabilités, qui les laissent presque totalement dépendantes des hommes quant à leur bien-être matériel et leur soutien spirituel ; les


Apprendre à aimer  d 51 souffrances provenant du fait qu’elles aiment intensément leur mari et leurs enfants, sans pouvoir les protéger du mal ; les souffrances provenant du fait que, dans notre société, même les femmes les plus modestes sont régulièrement la cible de regards chargés de désir, de remarques désobligeantes et d’avances de la part des hommes ; les souffrances provenant du fait que, dans notre société, les femmes sont généralement considérées comme étant stupides, frivoles et superficielles, et que beaucoup ne leur accordent que peu de valeur et ne leur manifestent que peu de respect… Les femmes souffrent de ces blessures bien plus souvent et plus intensément que ne l’imaginent la plupart des hommes. Et, à moins que nous leur posions la question, elles ne nous parlent que rarement de ces souffrances, peut-être parce que nous, les hommes, qualifions bien souvent leurs troubles d’insignifiants et elles-mêmes de créatures faibles et pleurnichardes… Les hommes sont-ils en mesure de retirer ce glaive de souffrance qui transperce le cœur de chaque femme ? Je ne le pense pas. Leurs problèmes sont rarement de ceux qui ont une solution, car ils forment la trame même de leur existence au quotidien… Un de mes amis, confronté à l’issue d’une longue journée de travail aux plaintes de sa femme à propos du bruit, des soucis et des tâches ménagères interminables, lui rétorqua agacé : « Et alors ? Tu veux que je reste à la maison pour m’occuper de toutes ces tâches ménagères pendant que toi tu vas au bureau à ma place ? » Vous comprenez son point de vue : il était incapable de résoudre les problèmes de sa femme. Qu’attendait-elle de lui ? Je vais vous le dire : elle voulait qu’il l’écoute, la comprenne et compatisse. Elle voulait qu’il lui dise que, quels que soient ses problèmes, sa fatigue, ou ses cheveux ébouriffés, il l’aimait ; qu’il lui dise que sa souffrance l’attristait et que, si cela avait été possible, il aurait trouvé des solutions.

Le Dr Barger fit de sérieux efforts afin de renouveler son amour pour sa femme et tout mettre en œuvre pour essayer de


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la comprendre. Ses efforts portèrent leurs fruits. Après trois années « d’écoute patiente, de progression dans la confiance », et « littéralement des centaines d’heures passées à discuter », enfin, la colère de Suzanne se dissipa peu à peu et son cynisme laissa place à « la douceur et la gentillesse ». Dans ce mariage ainsi restauré, une tendresse inhabituelle fit son apparition. John et Suzanne pensèrent alors être sur le point de « connaître un long et heureux mariage », quand l’épreuve frappa à nouveau : on diagnostiqua un cancer en phase terminale chez Suzanne. Une bataille de huit mois s’ensuivit, au cours de laquelle le D Barger fut mis au défi d’exprimer son amour renouvelé de façon bien réelle. S’occuper d’une personne très malade est une tâche extrêmement difficile mais John, comme il le dit, vit là l’occasion de « montrer à Suzanne à quel point je l’aimais ». r

Malgré les excellents soins qui lui furent prodigués, le cancer gagna le combat, et Suzanne mourut. Elle s’éteignit, entourée de sa famille et de ses meilleurs amis, sa main dans celle de son époux bien-aimé. Le Dr Barger se remémora leur vie ensemble avec des sentiments doux-amers. Le côté amer était contenu par la renaissance récente de leur amour : maintenant qu’ils étaient devenus les meilleurs amis du monde, maintenant qu’il avait découvert la satisfaction profonde qu’il y a à aimer plutôt qu’à dominer, il avait dû faire ses adieux. Mais la douceur provenait du souvenir de leur amour hors du commun. Il avait eu la chance de vivre ce que beaucoup recherchent désespérément mais sans jamais le trouver : une relation vraie et profonde entre deux âmes connectées. Plongé dans ses réflexions, le Dr Barger nous expliqua de quelle manière cette expérience avec sa femme marqua sa relation avec Dieu : Réfléchissez aux qualités que je vous ai conseillé de cultiver en vue d’une relation profonde avec votre femme : la patience, l’écoute, l’humilité, le service et un amour tendre et fidèle. J’espère que vous ne me considérerez pas comme


Apprendre à aimer  d 53 un hérétique si j’affirme que, dans sa façon d’interagir avec nous, Dieu se comporte souvent comme une femme. Les femmes sont capables d’accomplir des exploits magnifiques, témoignant d’une puissance telle qu’elles nous remplissent, nous les hommes, d’un profond respect, quand ce n’est pas de la frayeur ou des tremblements. Et pourtant, lorsqu’elles aiment, elles le font en douceur ; quand elles parlent, elles murmurent, et nous devons prêter une oreille attentive pour entendre leurs mots d’amour et les connaître. Dieu n’agit-il pas aussi de même ? Il intervient souvent dans nos vies d’une façon si douce qu’il passe inaperçu si nous négligeons de nous arrêter pour être attentifs, si nous ne nous efforçons pas constamment d’entendre ces chuchotements d’amour divin. Les qualités nécessaires pour aimer véritablement une femme et ressentir en retour son amour sont l’écoute, la patience, l’humilité, le service et l’amour fidèle. Ce sont précisément ces mêmes vertus qui sont nécessaires pour aimer Dieu et nous savoir aimés de Dieu. De même que nous ne pouvons traiter les femmes avec arrogance si nous désirons les connaître et établir une relation plus intime avec elles, nous ne pouvons pas non plus être arrogants envers Dieu si nous souhaitons le connaître intimement. Nous ne pouvons pas exiger l’amour d’une femme ou l’amour de Dieu. Nous devons attendre. Le cœur d’une femme s’émeut de découvrir notre faiblesse quand nous l’admettons humblement. De même, le cœur de Dieu s’émeut et se remplit de tendresse et de grâce lorsqu’il voit notre faiblesse et que nous l’admettons avec humilité.

Bien que cette histoire soit d’abord destinée aux hommes, je devine que le même principe s’applique aux femmes. Cet homme extrêmement difficile à aimer pourrait bien être votre porte d’accès vers l’apprentissage de l’amour de Dieu. C’est une vérité biblique. Jean, le disciple bien-aimé, l’a affirmé sans réserve : « Si quelqu’un dit : J’aime Dieu, et qu’il haïsse son frère, c’est un menteur, car celui qui n’aime pas son frère qu’il voit, ne peut aimer Dieu qu’il ne voit pas. Et nous avons de lui


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La distance à franchir pour qu’un homme aime une femme, ou inversement, est bien moins grande que celle à franchir pour aimer Dieu.

ce commandement : Que celui qui aime Dieu aime aussi son frère » (1 Jean 4 : 20-21).

Je sais, cette personne vous paraît tellement différente de vous. C’est pourquoi cela vous semble si difficile de l’aimer. Vous n’êtes jamais sur la même longueur d’onde. Lorsque vous êtes convaincu(e) qu’il faut absolument voir les choses sous un certain angle, elle arrive avec une perspective tout autre. Et vous vous demandez : Mais comment puis-je aimer quelqu’un de si différent de moi ? Mais essayez d’être honnête et posez-vous également cette question : Comment est-ce possible pour moi d’aimer Dieu ? Il est Esprit, alors que nous sommes prisonniers de notre corps de chair. Il est éternel, alors que nous sommes asservis au temps qui passe. Il est infiniment saint, parfait et sans péché, alors que vous et moi sommes pétris dans le péché. La distance à franchir pour qu’un homme aime une femme, ou inversement, est bien moins grande que celle que nous devons franchir pour aimer Dieu. L’idée du mariage va encore plus loin que cela : il nous invite à aller au-delà de notre petite personne pour apprendre à aimer celui qui est « différent ». Vivre des vies si imbriquées les unes dans les autres (vivre à côté l’un de l’autre, dormir dans la même chambre, et même partager de temps à autre nos corps), cela nous oblige à respecter et à apprécier quelqu’un de radicalement différent.

La beauté du christianisme réside dans l’apprentissage de l’amour, et peu de chose dans la vie ne le met à plus rude épreuve que le mariage.

Nous avons besoin d’être encouragés à aller au-delà de notre personne car, en vérité, nous sommes incomplets. Dieu nous a créés afin que nous trouvions notre épanouissement en lui, lui qui est totalement autre. Le mariage montre que nous


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ne nous suffisons pas à nous-mêmes. Il nous appelle à faire de la place pour l’autre, mais également à trouver en lui la joie, le bonheur, et même une profonde satisfaction. Il n’y a rien à apprendre lorsqu’un mari domine sa femme. Il n’y a pas d’exemple de vie à imiter quand une femme manipule son mari. Mais l’amour perce les secrets spirituels de l’univers. L’amour ouvre l’accès à l’éternité et fait rejaillir sur nous ses bienfaits. Être chrétien signifie croire certaines choses, c’est clair. Mais la caractéristique première, la marque de fabrique et la grandeur du christianisme ne se résument pas à la simple énumération d’un ensemble de vérités intellectuelles. La beauté du christianisme réside dans l’apprentissage de l’amour, et peu de chose dans la vie ne le met à plus rude épreuve que le mariage. C’est difficile d’aimer son conjoint. C’est vrai. Mais si vous désirez réellement aimer Dieu, jetez un coup d’œil, maintenant, à l’anneau que vous portez à votre main gauche. Décidez de réfléchir tout à nouveau à ce qu’il représente, et engagezvous à aimer passionnément, à la folie, avec persévérance, la personne en chair et en os qui a glissé cet anneau à votre doigt. Décider de vivre de la sorte pourrait bien être un des choix de vie les plus spirituels qui soit !


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CHAPITRE 4

L’honneur saint Le mariage nous apprend à respecter les autres Nous sommes tous dans le caniveau, mais certains parmi nous ont les yeux tournés vers les étoiles. — OSCAR WILDE

Nous ne devons jamais être naïfs au point de croire que le mariage soit un havre de paix loin des conséquences de la Chute… Les combats les plus terribles de la vie auront lieu au sein même de la relation prioritairement affectée par la Chute : le mariage. — DAN ALLENDER ET TREMPER LONGMAN III

— Je travaille toute la journée, se lamentait Brian. Quand je rentre à la maison, j’aide à préparer le repas, je joue avec les enfants, je fais la vaisselle, je mets les enfants au lit, et… il est vite 21 h 30, et je suis épuisé ! — Que fait donc ta femme pendant tout ce temps ? lui demandai-je.


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— Elle est sur Internet : elle passe tout son temps à chatter dans des groupes de discussions. — Vraiment ? — Eh oui. Chaque jour, elle utilise l’ordinateur pour « communiquer » avec les gens. Elle « communique » plus avec eux qu’avec moi ou les enfants. C’est révoltant. Quelques heures plus tard, Brian était occupé à changer les couches de son nouveau-né quand Karen me prit à témoin à propos de leur mariage. D’après elle, Brian le détruisait en s’enfonçant dans les dettes, il ne prenait jamais de temps avec les enfants, il ne jouait pas son rôle de chef spirituel et n’aidait jamais dans les tâches de la maison. Ma femme n’en revenait pas. Elle connaissait Brian depuis le lycée et ne l’avait jamais imaginé autrement qu’en bon père de famille, impliqué dans l’éducation de ses enfants et plutôt économe. Voir un même mariage résumé de Le mariage chrétien est un appel à concentrer nos efforts deux manières si diamétralement opposées était sur le respect aux autres. stupéfiant. Pendant tout le reste de la journée, Brian et Karen s’adressèrent mutuellement des remarques acerbes. Au lieu d’être des alliés, ils étaient devenus des adversaires, et l’atmosphère était constamment pesante autour d’eux. On jouait un jour ensemble aux cartes et j’avais une très bonne main. Brian, par contre, se trouvait en mauvaise posture. « Vas-y, Gary, écrase-le ! » s’était écriée Karen. Il ne s’agissait pas là d’une taquinerie affectueuse, mais bien d’une jubilation malsaine devant l’échec d’un ennemi. En repensant à cette journée, je me souviens d’une lettre de François de Sales, écrivain du xviie siècle et auteur d’une Introduction à la vie dévote. Sa remarque était directe et pertinente : « Ayez du mépris pour le mépris ». Brian et Karen éprouvaient tellement de mépris l’un envers l’autre qu’ils passaient leur temps à ruminer leurs défauts respectifs. L’un d’eux, au moins (ou plus probablement les


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deux), mentait au sujet de ce qui se passait réellement à la maison, ou sinon avait une vision plutôt déformée de l’état de leur mariage. Ce chapitre traite de la discipline du respect, en particulier envers votre conjoint. Très peu de chrétiens considèrent malheureusement que témoigner du respect relève d’un ordre ou d’une discipline spirituelle. Notre obsession est que nous soyons respectés, mais nous réfléchissons rarement à notre propre obligation de respecter ceux qui nous entourent. La Bible est riche en enseignements à ce sujet. Nous avons l’ordre de respecter nos parents (Lévitique 19 : 3), les personnes âgées (Lévitique 19 : 32), Dieu (Malachie 1 : 6), notre conjoint (Éphésiens 5 : 33 ; 1 Pierre 3 : 7). En fait, nous devons manifester du respect envers tout le monde : « Honorez tout le monde », recommandait vivement Pierre, disciple dévoué de Jésus (1 Pierre 2 : 17). Nous avons tous en nous un désir viscéral d’être respectés. Quand ce désir est contrarié, nous avons tendance à glisser dans une réponse autodestructrice. Au lieu de nous appliquer à mener une vie qui suscitera le respect de ceux qui nous entourent, nous nous acharnons à détruire notre conjoint. Nous tentons ainsi désespérément de nous persuader que son manque de respect à notre égard est dépourvu de sens. Spirituellement, cela se transforme en un cercle vicieux et destructeur dont il devient extrêmement difficile de sortir. Dieu a une solution. Et si nous l’adoptons, elle révolutionnera nos relations. La plupart des gens luttent pour se faire respecter des autres. Le mariage chrétien est un appel à concentrer tous nos efforts sur le respect accordé aux autres. Nous sommes censés leur accorder ce respect même lorsque nous devenons conscients de tous leurs défauts de caractère. Nous sommes appelés à aller au-delà de nos limites et à découvrir comment nous pouvons apprendre à respecter cette personne qui nous est devenue si familière. Dans cette démarche, il est vivement recommandé d’avoir « du mépris pour le mépris ».


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La rivière explorée Je garde des souvenirs très clairs de notre première semaine de mariage. Notamment, la découverte, dans notre trousse de toilette, d’un instrument métallique étrange, ressemblant à des ciseaux mais se terminant par une mâchoire. — Qu’est-ce c’est que cela ? demandai-je à ma femme. — Cela sert à recourber mes cils, répondit-elle, faisant allusion à une pratique courante des années quatre-vingt. — Tu fais réellement ça à tes cils ? — Mais bien sûr ! Je n’en revenais pas. Personne ne m’avait jamais parlé d’une chose pareille. Et il ne m’était jamais venu à l’idée que des cils raides puissent témoigner d’un manque d’hygiène. — Mais alors, demandai-je, quand des femmes en croisent une autre au centre commercial, est-ce qu’elles s’exclament : « Regarde-la donc : elle ose se promener en public alors qu’elle a oublié de se recourber les cils ! » ? — Arrête de dire des bêtises, rétorqua ma femme en m’arrachant l’instrument des mains. Les débuts d’un mariage sont parfois plein de surprises de ce genre. Vous croyez que tout le monde range sa poubelle sous le côté gauche de l’évier de la cuisine… Puis vous découvrez soudain que la famille de votre femme la range dans le hall d’entrée. — Mais ça ne se met pas là ! protestez-vous. — Pourquoi pas ? s’interroge la jeune mariée. — Parce que ma maman ne l’a jamais rangée là ! Il m’a fallu des années pour accepter que Lisa range certains médicaments dans le placard à épices. Je trouve totalement absurde de stocker le bicarbonate à côté du sel et de la vanille. Mais il en est ainsi dans sa famille.


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Avec le temps, ces petites bizarreries n’ont plus de secret pour vous. C’est alors que le mépris peut trouver une place dans votre relation. Mark Twain a souvent parlé de ses explorations du Mississippi, cette rivière qu’il affectionnait tant. Il s’était imprégné de chaque détour, de chaque coude et de chaque méandre. Il avait tellement navigué sur ses eaux avec extase et passion qu’il fut très déçu de constater, un beau matin, que le Mississippi avait perdu beaucoup de son charme. Les mystères de ce cours d’eau si impressionnant s’étaient tous évaporés avec le temps. C’était comme s’il avait épuisé ses réserves d’amour pour sa rivière. Chaque mariage passe par cette phase. Le ravissement de l’amour laisse la place à une routine prévisible. Le mystère est remplacé par une familiarité presque comique : l’épouse sait exactement comment son mari va s’asseoir sur le canapé ; le mari sait exactement comment sa femme va répondre au téléphone. Pour l’anniversaire de son mari, la femme d’un de nos amis décida d’acheter quelques clubs de golf. Elle s’adressa ainsi au gérant du magasin : — Voici de quoi acheter un ensemble de clubs. Mon mari et moi viendrons ici demain soir. Il jettera un coup d’œil aux clubs, viendra m’en parler, Le ravissement de l’amour fait retournera les voir et touchera ceux qui lui convienplace à une routine prévisible. nent le mieux. À ce moment, j’aimerais que vous alliez vers lui et que vous lui disiez : « Votre femme est passée hier et a déjà réglé la note pour ces articles que vous venez de choisir. Bon anniversaire ! » Le vendeur, surpris et quelque peu méfiant, accepta néanmoins de jouer le jeu. Le lendemain, notre amie emmena son mari dîner au restaurant jouxtant le magasin d’articles de golf. En sortant, le mari, comme prévu, se dirigea vers le magasin et demanda à son épouse : — Ça t’ennuie si on jette un coup d’œil ?


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d  VOUS AVEZ DIT OUI À QUOI ? — Pas du tout, répondit sa femme.

Il parcourut plusieurs fois le magasin et fixa son choix sur deux lots de clubs. Il retourna auprès de son épouse pour lui en parler, revint vers les clubs et toucha le lot qui lui paraissait le meilleur. Le gérant s’approcha et donna, comme convenu, son petit speech. Quand l’amour atteint un tel degré de familiarité, risquet-on « d’épuiser nos réserves d’amour » envers notre vis-à-vis ? Robert et Elizabeth Browning étaient deux grands poètes du xixe siècle à qui nous devons une réplique souvent citée et plus souvent encore parodiée : « Comment est-ce que je t’aime ? Laisse-moi en compter les mille et une manières ». On Cette incapacité à témoigner raconte qu’ils ne se seraient du respect relève plus de jamais vus entièrement l’immaturité spirituelle que nus l’un l’autre. La passion d’une évolution inévitable qu’ils ont éprouvée l’un pour du mariage. l’autre tout au long de leur vie est légendaire. Est-ce possible que le mystère entretenu sur leur corps ait contribué à entretenir leur passion avec une telle intensité dans le temps ? Il nous est souvent bien difficile de continuer à respecter notre conjoint lorsque celui-ci et ses faiblesses nous deviennent plus familiers. Or, cette incapacité à témoigner du respect relève davantage d’une immaturité spirituelle que de l’évolution inévitable du mariage. Paul a écrit plusieurs lettres aux chrétiens de l’église de Corinthe. Selon lui, bon nombre de ces chrétiens étaient querelleurs (1 Corinthiens 1 : 11), simples et ignorants (1 : 26), charnels (3 : 1-3), égocentriques et prétentieux (4 : 18) : un homme couchait même avec la femme de son père (5 : 1), et certains parmi eux étaient cupides au point de porter en justice leurs frères croyants (6 : 1). Malgré tout cela, Paul les honorait en disant : « Je rends continuellement grâces à Dieu à votre sujet » (1 : 4). Il les connaissait suffisamment bien pour être au courant de tous leurs défauts, mais il n’en continuait pas moins à être reconnaissant pour eux. Pourquoi ? La réponse se trouve dans la suite de sa phrase :


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« Je rends continuellement grâces à Dieu à votre sujet pour la grâce de Dieu qui vous a été accordée en Christ-Jésus » (v. 4). C. J. Mahaney explique ceci : quand nous passons du temps à chercher en nos Témoigner du respect est frères pécheurs des « manifestations de la grâce » plutôt un devoir, pas une faveur. que leurs fautes, nous parvenons à éprouver de la reconnaissance pour eux. Si à cause de mon attitude envers elle, ma femme est davantage consciente de ses manquements que de ses progrès dans la sanctification, je ne suis alors qu’un mari légaliste. Je ne vaux pas mieux qu’un pharisien. Témoigner du respect est un devoir, pas une faveur. C’est une preuve de maturité qui découle d’une réelle compréhension de ce qu’est la grâce de Dieu.

Affronter nos préjugés Un soir, à peine avais-je passé la porte que Lisa me tendit le téléphone : « Viviane est en train de “péter un plomb”, et Manu a besoin de te parler ». Je pris le téléphone et découvris rapidement que Viviane et Manu traversaient effectivement un moment difficile. — Viviane prétend que je la rabaisse, dit Manu d’un ton assez sarcastique. Elle trouve que je ne la respecte pas et que je la dénigre. — Vraiment ? répondis-je. — Oui. Et maintenant, elle voudrait que j’aille voir son conseiller, mais ça ne me tente franchement pas. — Pourquoi ? — Eh bien, le conseiller de Viviane est une femme et je ne suis pas certain de… de pouvoir lui faire confiance. — Donc, si je comprends bien, Viviane pense que tu ne la respectes pas en tant que femme. Toi tu penses que c’est faux,


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mais tu ne veux pas aller voir son conseiller parce que c’est une femme, et que tu n’es pas sûr de pouvoir lui faire confiance ? Il y eut un long silence. Je savais qu’un jour ou l’autre, ce problème surgirait. Dès ma première rencontre avec Viviane, je savais pourquoi Manu l’avait choisie. Il avait été élevé dans un contexte très « machiste », et il recherchait une femme correspondant à ses critères. Nous avions déjà discuté ensemble des filles avec lesquelles il était sorti. Aucune d’entre elles n’aurait osé s’opposer à lui, lui tenir tête ou le défier de quelque manière que ce soit. Il était sorti avec des filles qui avaient probablement toutes été intimidées par leur père, et qui n’avaient aucun problème pour devenir de jolies épouses, minces, blondes de préférence, accrochées au bras droit de L’égoïsme ou la paresse leur mari, sachant sourire, empêchent de chercher à faire la conversation, rire, faire l’amour et élever les connaître suffisamment son enfants. conjoint pour comprendre à Viviane souhaitait vivre une vraie relation. Elle avait grandi et ne supportait plus de n’être qu’une potiche dans la maison : Manu était donc en crise. Mais contrairement à ce que Manu avait pensé au départ, ce n’était pas une crise parce que Viviane « pétait un plomb ». C’était la crise d’un Manu obligé d’affronter ses préjugés envers les femmes en général, et envers Viviane en particulier.

quel point il est différent de soi.

Jésus a délibérément mis en lumière des attitudes similaires cachées chez ses disciples. Il s’est ouvertement opposé aux traditions rabbiniques en parlant à la femme qui se trouvait près du puits (Jean 4). Se retrouver seul à seul avec une femme était déjà impensable pour un rabbi, mais parler théologie à une femme était purement et simplement inimaginable ! On raconte qu’un rabbin à qui on suggérait d’enseigner aux femmes certaines lois aurait répondu : « Si un homme transmet à sa fille une certaine connaissance de la loi, c’est comme s’il lui enseignait la débauche1 ».


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Pas étonnant alors que le texte de Jean 4 : 27 emploie des termes tels que « étonnés » ou « surpris » pour décrire la réaction des disciples lorsqu’ils découvrirent Jésus en pleine discussion avec la femme samaritaine près du puits. Ces termes traduisent le verbe thaumazô utilisé par Jean dans le texte original grec, mot porteur d’une notion d’incrédulité : « Comment est-ce possible ? », « Je ne peux pas en croire mes yeux ! » Leur stupéfaction s’explique sans aucun doute par le fait que les disciples avaient toujours baigné dans une culture profondément misogyne. Du temps de Jésus, les femmes de Palestine souffraient de nombreuses formes de rejets : leur présence n’était pas prise en compte lorsque dix personnes minimum devaient être présentes pour célébrer un service religieux dans une synagogue ; leur témoignage n’avait aucune valeur aux yeux de la loi ; on ne les considérait pas en mesure de recevoir de l’instruction (le Talmud précise : « Il est préférable que les paroles de la Torah soient jetées au feu plutôt que d’être enseignées à des femmes ») ; elles étaient souvent tenues à l’écart du reste de la société et recluses dans leur maison. Ce mépris des femmes est clairement illustré par une prière souvent récitée à travers l’Histoire par les générations d’hommes Juifs : « Loué soit Dieu qui ne m’a pas créé païen ; loué soit Dieu qui ne m’a pas créé femme ; loué soit Dieu qui ne m’a pas créé ignorant ». Par ses actions et ses déclarations courageuses, Jésus a contesté et défié ces attitudes vis-à-vis des femmes. Il les a toujours estimées et intégrées à son cercle rapproché d’amis intimes (cf. Luc 8 : 1-3). Il accordait de la valeur aux femmes, et désirait qu’elles soient à ses côtés ; il n’y eut toutefois jamais un seul murmure ou l’ombre d’un scandale car les actions de Jésus étaient toujours pures et fondées sur un amour véritable. Jusqu’à son mariage avec Viviane, mon ami Manu avait été totalement incapable de faire face à ses attitudes misogynes. Il lui fallut entendre sa propre femme lui dire : « Tu ne me respectes pas, parce que je suis une femme ! » ; il lui fallut s’entendre lui-même dire : « C’est une femme, alors, je ne suis


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pas certain de pouvoir lui faire confiance ! » pour commencer à réaliser son attitude pécheresse.

La différence La plupart des problèmes conjugaux ne sont pas les problèmes d’un couple en particulier : Jim et Suzanne, Marc et Diane, ou Pierre et Constance. Non, il s’agit de problèmes liés aux hommes et aux femmes. Notre égoïsme ou notre paresse nous empêchent de chercher à connaître suffisamment notre conjoint pour être en mesure de réaliser à quel point il est différent de nous. J’ai dû apprendre cette leçon de la pire manière qui soit. Je vous épargnerai les détails peu glorieux et vous laisserai simplement imaginer un long voyage qui me fit traverser les États-Unis d’ouest en est : cinq heures de voiture, quatre aéroports, trois locations de véhicules, deux voyageurs exténués et un chauffeur de taxi complètement fou. Je voyageais avec mon aînée, âgée de dix ans à l’époque, et j’avais prévu de la déposer chez des amis en Virginie, avant de poursuivre ma route vers Raleigh, en Caroline du Nord. Un des vols avait été annulé. Il était donc plus de 23 heures quand j’ai déposé Allison. J’ai ensuite repris la route, mais, aux environs d’une heure du matin, exténué, j’ai dû m’arrêter pour me reposer quelques heures. Je me levai tôt le lendemain matin, et je roulai jusqu’à Raleigh où j’étais attendu comme orateur d’une grande conférence. Avant la rencontre, je devais encore accorder une interview, envoyer quelques documents à un éditeur qui les attendait, répondre à quelques coups de fil, etc., et réussir, malgré tout, à trouver un peu de temps pour relire mes notes. Moins d’une heure avant d’entrer dans la salle de conférence, je pris des nouvelles de ma femme. Très rapidement, elle s’est mise à pleurer à cause d’une histoire de logiciel informatique qui ne fonctionnait pas correctement ; elle me demanda si nous pouvions envisager l’achat d’un nouvel ordinateur. De mon côté, je m’efforçais de me préparer spirituellement pour


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mon allocution. Après avoir vécu un voyage aussi éprouvant que celui que je venais de vivre, j’estimais avoir besoin d’un peu de temps pour me concentrer. Je ne supportais pas les pleurs de Lisa, tout particulièrement ce jour-là. Je me disais : Mais pourquoi donc n’est-elle pas capable d’être un peu plus forte quand je suis en déplacement ? Je me serais bien passé de ça. Je tentai de prier malgré ma frustration mais l’énervement m’envahissait : Super ! Voilà bien une magnifique disposition d’esprit avant de parler à tous ces gens ! J’ai bien essayé de ne pas rendre ma femme responsable de mon état mais sans succès. Je me répétais sans arrêt : « Un gars qui voyage autant que moi a besoin de quelqu’un de fort à la maison ! » Puis, je me repentais d’avoir eu de telles pensées avant de me les repasser avec encore plus de vigueur. Deux semaines plus tard, je lus un article intéressant dans le Washington post magazine. Liza Mundy* racontait qu’elle avait fondu en larmes en pleine réunion éditoriale, et qu’elle en avait été horrifiée. La combinaison de la chaleur, d’un certain malaise et de sa fatigue (rien d’extraordinaire en soi) lui avait soudain fait monter les larmes aux yeux : Tout à coup, mon visage était devenu écarlate et mes yeux se remplissaient de larmes, tandis que je multipliais les efforts pour le cacher, en clignant désespérément des yeux. Mais tout cela en vain, car, comme me l’a dit si bien une de mes amies quelques jours plus tard : « Pendant cette crise de larmes au bureau, tu ne pleurais plus à cause de ce que les autres disaient ; tu pleurais à cause de tes pleurs ».

Un peu plus loin dans l’article, je lus quelque chose qui me surprit : Ce que je voulais leur dire, c’était : « Ne faites pas attention à ces larmes ; elles ne signifient rien. Mon esprit est clair ; cette conversation ne m’affecte pas autant qu’il y paraît. Je suis simplement fatiguée, un peu stressée, et j’ai chaud ! » * NDE : Liza Mundy est journaliste au Washington post, où elle écrit depuis dix ans sur la politique, les affaires culturelles et la cause des femmes.


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d  VOUS AVEZ DIT OUI À QUOI ? Parce que je savais, comme la plupart des femmes le savent, qu’il n’y a parfois pas beaucoup de différence entre les larmes et la sueur.

En tant qu’homme, j’associe les larmes à la faiblesse, voire à l’anéantissement. Il me faudrait passer par une crise majeure pour que je me mette à pleurer au bureau. J’ai enfin compris que les larmes revêtent une signification radicalement différente pour Lisa et pour moi. Je la vois en larmes, et je me dis qu’elle est en train de s’effondrer. Elle pleure et, pour elle, elle transpire. Si, pour une raison ou pour une autre, Lisa et moi devions un jour nous séparer, et que j’épousais une femme que je pense être plus « forte » J’ai besoin d’être brisé afin de émotionnellement, il y a pouvoir être transformé. Une de bonnes chances que je me retrouve dans la même attitude de jugement ne me situation. Ce qui me posait brise pas, au contraire. problème chez Lisa est peutêtre un trait commun à presque toutes les femmes. C’était bien un problème entre homme et femme, pas un problème entre Gary et Lisa. Quelques mois plus tard, un dimanche matin, je regardais Lisa essayer de refouler ses larmes. Notre plus jeune fille, Kelsey, avait mis au lavage un chemisier qui avait des traces de paillettes, et la machine n’avait pas réussi à les enlever. Elle ne pourrait donc pas porter ce chemisier comme prévu pour le culte. Je voyais Lisa écarquiller ses yeux, comme je l’ai vu faire bien des fois au cours de nos quatorze années de mariage : elle luttait véritablement contre les larmes. Moi, je me tenais à la porte et je me disais : Quelle idée de pleurer pour ça ! Des traces de paillettes sur un chemisier ? La belle affaire ! Mais c’est alors que j’ai appliqué la discipline du respect : Gary, ça suffit ! Les larmes ont une tout autre signification pour elle. Ne juge pas ta femme.


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Ce jour-là, je n’ai rien dit, ses larmes tarirent rapidement, et nous nous rendîmes à l’église sans provoquer une crise. Remarquez l’évolution : j’ai dû apprendre à mieux comprendre Lisa avant de pouvoir réellement la respecter. Et j’ai dû la respecter avant de pouvoir véritablement l’aimer. C’est un processus thérapeutique extrêmement spirituel qui exige l’effacement de soi afin de pouvoir grandir dans mon amour pour les autres. Charles Williams parle d’une « invasion mutuelle, qui brise les deux moi, afin de pouvoir les transformer grâce à l’amour que chacun d’entre eux reçoit2 ». J’ai besoin d’être brisé afin de pouvoir être transformé. Une attitude de jugement ne me brise pas, au contraire elle me remplit du sentiment de ma propre importance. Mais quand j’apprends à accorder mon respect, j’en ressors transformé.

Égalité spirituelle L’homme et la femme, entités morales, sont égaux devant Dieu. Cela ne signifie pas qu’ils soient interchangeables, ou que leur rôle est, ou devrait être, identique. Mais, comme le dit la Bible, cela veut dire que l’homme et la femme sont créés à l’image de Dieu. L’enseignement de Genèse 1 : 27 est confirmé par Paul dans le Nouveau Testament. Il affirme aux chrétiens de Galatie qu’en Jésus-Christ, il n’y a plus « ni homme ni femme » (Galates 3 : 28). Quand je me rends compte que ma femme a été créée à l’image de Dieu, je ne peux pas simplement éviter de la rabaisser. Ma manière d’agir envers elle doit être bien plus noble. Il est bien entendu tout à fait exclu que je regarde Lisa de haut parce qu’elle est une femme et que je suis un homme, mais, si je me retiens seulement de mépriser ma femme, je suis encore à des lieues d’agir conformément à ce qu’elle mérite en tant qu’individu créé à l’image de Dieu : elle mérite d’être honorée. Un jour, notre famille visitait le Musée national d’art, à Washington, et admirait plusieurs peintures de Rembrandt. Un de mes enfants, très touche-à-tout, s’est approché de l’une d’entre elles. Avant que son doigt ne puisse effleurer la toile,


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ma femme se précipita et attrapa la main de notre enfant. « C’est un Rembrandt ! » murmura-t-elle d’un ton sec sous l’œil du gardien. « Tu ne peux pas toucher à ça ! » Ma femme a été « peinte » par Dieu lui-même ! Comment oserais-je lui manquer de respect ? D’ailleurs, cela ne devrait-il pas me faire réfléchir avant d’agir ? Après tout, elle est la fille du Créateur ! Honorer notre conjoint est difficile. Nous devons adopter des attitudes et des manières d’agir qui dépassent de loin l’accord de principe qui consiste à ne pas le déshonorer. Comme le disent Betsy et Gary Ricucci : Honorer quelqu’un n’est pas passif mais actif. Nous honorons nos femmes en leur témoignant notre estime et notre respect : en leur faisant des éloges en public, en vantant leurs dons, leurs talents et leurs réussites, et en leur disant notre gratitude pour tout ce qu’elles font. L’honneur non exprimé n’est pas de l’honneur3.

Concernant cette obligation spirituelle d’honorer ma femme, mon défi majeur est de prendre du temps avec elle, sans me laisser distraire par un emploi du temps très chargé. Je n’imagine pas une seconde la déshonorer mais, sans y penser, j’oublie de m’appliquer activement à l’honorer. C. J. Mahaney, cité précédemment, a appris à honorer sa femme d’une manière presque instinctive. Ils venaient d’avoir leur premier enfant. La plupart des parents se laissent alors facilement aller à « l’idolâtrie du premier-né ». C. J. a prouvé sa maturité lorsque quelqu’un lui a dit un jour, en admirant leur bébé : « Je parie qu’elle est la prunelle de tes yeux ». Il a immédiatement montré sa femme du doigt en s’exclamant : « Oh non ! C’est elle qui est la prunelle de mes yeux4 ». Témoigner du respect à mon épouse relève d’une discipline tant spirituelle que conjugale. En effet, j’ai découvert que plus j’honore ma femme en particulier, plus j’honore les femmes en général. L’inverse est aussi vrai. Celui qui lance comme ça, en passant, des remarques du style « Bah, c’est bien les femmes ! » révèle par là qu’il est atteint d’une sérieuse mala-


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die spirituelle. Ce sont « des femmes » faites à l’image de Dieu. Se laisser à de tels commentaires, c’est se risquer à critiquer celui qui a créé les femmes précisément telles qu’elles sont. En témoignant du respect à ceux qui nous entourent, nous recevons lumière et vie au sein de nos existences. Cela nous amène aussi à respecter le Dieu qui a créé chacun de nous et qui nous modèle selon son bon désir. Le mariage donne quotidiennement l’occasion de progresser dans cette discipline essentielle. Voyons, par quelques exemples pratiques, comment nous pouvons commencer à développer du mépris pour le mépris, dans toutes nos relations.

Développer du mépris pour le mépris 1. Adopter un double standard saint Les premières années de mon mariage furent tristement consacrées à faire le compte des qualités et des défauts que je décelais chez moi et chez ma femme. Je réalise aujourd’hui que je m’attardais bien trop longuement sur mes qualités et sur ses défauts. C’est alors que j’ai découvert un texte de John Owen, l’un des plus grands érudits puritains au monde : Seul l’individu qui comprend le mal de son propre cœur peut devenir utile, productif et affermi dans sa foi et son obéissance. Tous les autres ne font que se bercer d’illusions. Par conséquent, ils offensent leur famille, leur église et tout leur entourage. Dans leur orgueil et leur jugement d’autrui, ils témoignent d’une grande incohérence5.

J’ai réalisé que je me trompais sur ma propre droiture. Plutôt que de me focaliser sur les points à améliorer chez mon épouse, j’aurais dû me mettre à genoux et supplier Dieu de me changer. Cette pensée prit encore plus de place dans ma vie lorsqu’un matin, au réveil, je lisais ma Bible et priais. Tout à coup, une pensée m’a traversé l’esprit : « Est-ce que Lisa a l’impression d’être mariée à Jésus ? »


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J’ai failli éclater de rire, mais une autre pensée m’est alors immédiatement venue à l’esprit. La Bible nous répète, à maintes reprises, que notre devoir en tant que chrétiens, c’est de ressembler toujours plus à Jésus-Christ. Avec le temps, ma femme aurait dû commencer à apercevoir en moi ne fût-ce qu’un air de famille avec Jésus. J’ai alors compris à quel point j’étais loin d’avoir vécu une transformation de vie dans l’intérêt de mon épouse. « Attends un instant ! » avait envie de s’écrier mon moi égoïste. « Et elle alors ? » Et je me mis à penser à tout ce que ma femme aurait pu faire pour s’améliorer, et à quel point cela aurait contribué au succès de notre mariage. C’est alors qu’un texte de William Law, grand écrivain anglican du xviiie siècle, m’est revenu en mémoire : Nul n’a l’Esprit du Christ sinon celui qui éprouve la plus profonde compassion envers les pécheurs. Et il n’y a pas de plus grand témoignage de votre propre perfection que de faire preuve d’amour et de compassion envers ceux qui sont les plus faibles et les plus imparfaits. D’autre part, rien ne doit vous rendre plus mécontent de vous-même que le fait d’être rempli d’un sentiment de colère et de jugement devant le comportement des autres. S’il est vrai que tout péché doit assurément être haï et détesté en tant que tel, nous devons néanmoins nous comporter en sa présence comme nous le faisons devant les maladies et faiblesses physiques, en faisant preuve de beaucoup de tendresse et de compassion pour les malades et les faibles6.

J’ai eu beaucoup de mal à accepter ces paroles. Selon lui, quand mon respect devient mépris, la responsabilité en incombe à ma propre faiblesse, et non aux manquements de ma femme. Si j’avais été réellement mature, j’aurais eu la même compassion que Christ envers sa faiblesse. Le respect est une discipline spirituelle, une obligation que je dois à mon épouse. Fort heureusement, un changement se produisit dans ma vie, me donnant une perspective tout autre sur le sujet.


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2. Acquérir une nouvelle compréhension Mon mariage est entré dans une nouvelle phase quand je me suis installé à mon compte. Afin de réaliser des économies, nous avions décidé que je travaillerais depuis notre domicile. Le problème, c’est qu’à cette époque, nous habitions dans une petite maison, en ville. Avec trois enfants. Autant dire que mon seul choix était d’installer mon bureau dans notre chambre à coucher ! Quand d’autres couples découvraient la situation, ils étaient souvent très étonnés : « Et vous vous supportez encore l’un l’autre ? » demandaient-ils. Le travail à domicile réussit à merveille à notre vie de couple. Pour la première fois, je découvrais la vie de Lisa à la Notre devoir en tant que maison, même si j’en avais chrétiens, c’est de ressembler eu un petit aperçu le weektoujours plus à Jésus-Christ. end. Mais ce qui rendait son quotidien difficile, ce n’était pas un effort particulier pendant 48 heures, mais plutôt, jour après jour, la somme des responsabilités cumulées et interminables qui découlaient de l’éducation et de l’enseignement des enfants à la maison. À cela s’ajoutait l’entretien du logement, la planification des repas, les préparations pour son groupe d’étude biblique. Et, quand son mari rentrait enfin le soir à la maison, il était censé lui rester suffisamment d’énergie pour se comporter en épouse à son égard. De son côté, ma femme me vit assis, jours après jours, devant mon écran d’ordinateur. J’étais parfois fatigué, ou même malade. Parfois, il faisait un temps magnifique dehors, mais je restais sur ma chaise à travailler. Je passais des coups de téléphone que je n’avais pas envie de passer pour la seule raison que je devais le faire. Lisa vit la détermination et la discipline dont je faisais preuve. Elle était la spectatrice privilégiée qui pouvait constater la pression qu’exerçaient sur moi les délais à respecter et les tâches ardues que j’acceptais malgré tout, parce nous avions besoin de l’argent qu’elles rapporteraient à notre foyer.


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Avec le temps, nous avons acquis une profonde appréciation du travail de l’autre. Chacun de nous comprenait désormais beaucoup mieux les défis auxquels l’autre était confronté quotidiennement. Chacun comprenait aussi ce qui nous empêchait de devenir le conjoint parfait. Nous ne vivons pas dans un jardin d’Éden où les soucis sont absents. Nous sommes plongés dans un monde où de nombreuses responsabilités se disputent notre énergie. Cette nouvelle compréhension nous a remplis d’une plus Quand je cultive la profonde empathie envers les faiblesses de l’un ou de reconnaissance envers mon l’autre. épouse, je brise l’habitude

Travailler à domicile, ce n’est pas la seule manière de développer une telle empathie. Au lieu de dépenser votre énergie à cultiver le ressentiment que vous éprouvez quand votre conjoint ne vous comprend pas, faites au contraire tous vos efforts pour le comprendre. Cherchez à découvrir à quoi ressemble réellement sa journée : c’est un exercice spirituel. Demandez cela à votre femme. À votre mari. Faites parler votre conjoint : quel est le moment le plus difficile de ta journée ? Quand as-tu envie de tout laisser tomber ? Quels sont les moments plutôt ennuyeux de ton quotidien ? Y a-t-il quelque chose dont tu as peur en permanence ? Prenez le temps de dresser la liste des difficultés de votre conjoint plutôt que celle de ses manquements.

du mépris.

3. Cultiver la gratitude La reconnaissance est un privilège. Elle donne un objectif positif à la vie. C’est aussi une obligation : « Dites merci au Seigneur, car il est bon ! » (Psaumes 136 : 1 – PDV). « Remerciez Dieu en toute circonstance » (1 Thessaloniciens 5 : 18 – Semeur). Et souvenez-vous comment Paul exprimait sa reconnaissance à Dieu pour les chrétiens de Corinthe (cf. 1 Corinthiens 1 : 4). Lorsque j’éprouve de la reconnaissance pour mon épouse, je brise le contrôle qu’exerce sur moi l’habitude du mépris. Je cherche toujours d’autres raisons pour être reconnaissant.


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J’essaie de ne pas considérer comme un dû les nombreuses tâches quotidiennes qu’elle effectue. Quand je vais manger chez quelqu’un, je remercie systématiquement mes hôtes : pourquoi ma femme serait-elle privée de cette même reconnaissance ? Peu de chose m’encourage autant que ces quelques mots prononcés par ma femme ou mes enfants : « Merci de travailler tellement dur pour subvenir à nos besoins ». Cette simple phrase a le pouvoir d’alléger considérablement ma charge. Le mépris provient de nos attentes. Le respect provient de nos expressions de gratitude. À nous de choisir notre obsession : les attentes ou la reconnaissance ? De ce choix naîtra un enfant dont le nom sera soit Mépris, soit Respect.

4. Se souvenir des conséquences de la Chute Nous devons nous rappeler que ce monde est profondément blessé. Le péché a gravé son empreinte dans notre existence. À cause de la Chute, Le mépris provient de nos je suis condamné à travailler dur, dans l’angoisse et la attentes. Le respect provient de peine (Genèse 3 : 17-18). Lisa nos expressions de gratitude. doit donner naissance à nos enfants et développer des relations avec des motivations souvent contradictoires et des objectifs sources de nombreuses frustrations (Genèse 3 : 16). Même le mariage le plus réussi ne peut éradiquer totalement les conséquences de la malédiction du péché sur les individus et la société : « Ne soyons pas naïf au point de penser que le mariage serait un havre de paix protégé des effets de la Chute. […] Les luttes les plus intenses de la vie auront lieu au sein de la relation prioritairement affectée par la Chute : le mariage7 ». Nous ne pouvons pas retourner à l’existence idéale qui précédait la Chute, mais nous avons été créés avec une certaine connaissance de ce qu’elle était. En d’autres mots, nous savons à quoi les relations devraient ressembler, mais nous sommes


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incapables de les amener au niveau de cet idéal : « Nos âmes soupirent après ce dont elles ne pourront se délecter qu’une fois l’Éden restauré par de nouveaux cieux et une nouvelle terre. Nous gardons en nous un lointain souvenir du Paradis8 ». Cela m’appelle à faire preuve de bonté et de tolérance envers ma femme. Je veux qu’elle devienne tout ce que Jésus l’appelle à devenir, et j’espère de tout mon cœur avoir une influence positive dans sa poursuite de ce but (et réciproquement). Mais jamais elle ne pourra l’atteindre complètement ici-bas sur la terre. Je dois donc l’aimer et l’accepter en me rappelant que nous vivons dans un monde souillé par le péché. Je dois accepter le fait que ce monde est déchu et qu’il est source d’amères déceptions, de limitations physiques et d’exigences incessantes. Je peux ainsi mieux comprendre combien la vie est difficile pour Lisa et donc développer un profond mépris pour le mépris. À l’époque où je travaillais encore à l’extérieur, Lisa et moi planifiions de temps à autre une soirée romantique. À peine réveillés, nous mettions déjà au point les détails de notre soirée « torride ». La passion serait au rendez-vous ce soir-là ! L’espace de quelques heures, le monde qui nous entoure n’aurait plus d’importance, pendant que nous goûterions aux fruits délicieux de l’intimité conjugale. Je partais ensuite travailler et pensais régulièrement, tout au long de la journée, aux plaisirs qui m’attendaient ce soir-là. Mais, à mon retour à Votre conjoint péchera contre la maison, il n’était pas rare que je sois accueilli par une vous, vous décevra, et aura des limites physiologiques qui épouse qui n’aspirait qu’à prendre un bain en solitaire seront pour vous sources de et à aller se coucher le plus frustration et de tristesse. tôt possible : « Mais si tu y tiens encore, on peut tout de même se la faire notre petite soirée à deux » disait-elle parfois. Et j’avais alors l’habitude de penser : Ce n’est pas juste ! Je ne veux pas d’une femme de bonne volonté qui accepte seulement


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qu’on se fasse notre petite soirée à deux. Je veux une femme enthousiaste qui la désire passionnément ! Aujourd’hui, j’ai compris ce qui se passe : le sol de la cuisine est jonché de suffisamment de céréales pour nourrir toute une famille de souris pendant trois hivers. Et puis, il y a le stress de vérifier les devoirs des enfants tout en préparant les repas, en lançant une lessive, sans parler des cours de danses, du match de foot, etc. Et je réalise que, loin de m’en vouloir personnellement, ma femme était parfois simplement fatiguée. C’est ainsi que cela se passe dans un monde déchu. Lisa n’essayait pas d’être fatiguée. Mais puisqu’elle était faite de chair et d’os, à quoi d’autre aurais-je pu m’attendre ? Comme je le répète souvent en public, maris, vous êtes mariés à une femme déchue dans un monde déchu. Femmes, vous êtes mariées à un homme pécheur dans un monde pécheur. Il ne fait aucun doute que votre conjoint péchera contre vous, vous décevra, et aura des limites physiologiques qui seront pour vous sources de frustration et de tristesse. Votre mari peut rentrer à la maison plein de bonnes intentions et se mettre en colère malgré tout. Votre femme peut être remplie de désir mais n’avoir plus d’énergie. Notre monde est déchu. Permettez-moi de vous dire encore une fois que jamais vous ne trouverez de conjoint qui ne soit affecté d’une manière ou d’une autre par la réalité de la Chute. Si vous ne parvenez pas à respecter ce conjoint parce qu’il est sujet à certaines faiblesses, vous ne pourrez jamais respecter aucun conjoint.

Solidaire de l’autre Il y a quelques années, de retour à la maison après un long voyage, j’avais l’impression d’avoir parcouru ces cinq cents kilomètres à pied plutôt qu’en voiture. J’avais pris la parole six fois en quatre jours. En me garant dans l’allée, je songeais : Je suis tellement fatigué. Je n’ai qu’une envie, c’est de regarder un bon match de foot et d’aller me coucher. Alors que je franchis-


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sais le seuil de la porte, Lisa, de son côté, se disait : Ouf ! Il est enfin de retour ! Je me suis occupée des enfants pendant tout le week-end et ils m’ont rendue quasiment folle ! Ceci est le cocktail de base des plus belles scènes de ménage. Des situations qui semblent n’être concoctées qu’en enfer ! C’est alors qu’à mon grand étonnement, j’ai découvert ce jour-là que Lisa et moi avions mûri. Je me suis efforcé de jouer tant bien que mal avec les enfants. Je leur avais rapporté différents types de pop-corn, et assis autour de la table de cuisine, nous avons discuté ensemble tout en les grignotant. Je remarquai cependant que Lisa était particulièrement consciente de mon état de fatigue : « Tu dois être épuisé, me dit-elle. Laissemoi m’occuper des enfants ce soir ». Qu’elle me l’ait dit suscita en moi le désir de prendre soin des enfants. Je réalisai que, bien qu’ayant de bonnes raisons de ne pas vouloir s’occuper de mettre les enfants au lit, elle prenait sur elle pour me soulager ; et cela me donna envie de prendre sur moi pour la soulager. Jésus propose un remède :

retirer la poutre de notre œil avant de tenter d’ôter la paille de l’œil de notre prochain.

Nous n’agissons bien sûr pas toujours de la sorte l’un envers l’autre, mais quand nous le faisons, c’est magnifique. Je pense que l’apôtre Paul nous exhortait à vivre de cette manière lorsqu’il confessait être « le premier d’entre les pécheurs » (1 Timothée 1 : 15). Il n’y a pas de meilleure recette, dans toute la Bible, pour nous aider à devenir de meilleurs conjoints. Si nous décidons de considérer que le chemin sur lequel notre conjoint avance est plus difficile que le nôtre et que, de notre côté, nous manquons la cible très fréquemment, alors nous agirons en conséquence et découvrirons ainsi un superbe équilibre de vie au sein de notre couple. Le mépris naît dès que nous nous focalisons sur les faiblesses de notre conjoint. Chacun d’entre nous a des domaines de faiblesse. Si vous les cherchez, vous les découvrirez, sans


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aucun doute. Et si vous désirez vous concentrer sur ces faiblesses, celles-ci grandiront… mais pas vous ! Jésus propose un remède étonnant de simplicité, et pourtant incroyablement difficile à appliquer : retirer la poutre de notre œil avant de tenter d’ôter la paille de l’œil de notre prochain (Matthieu 7 : 3-5). Si vous pensez Mais, c’est mon conjoint qui a la poutre !, permettez-moi de vous confier un secret : vous êtes exactement le genre de personne auquel Jésus s’adressait. Vous êtes celui qu’il a voulu interpeller par de telles paroles. Ici, Jésus ne prétend pas nous aider à résoudre des litiges ; il nous invite à avoir un esprit empreint d’humilité. Il veut que nous nous débarrassions du mépris (que nous ayons du mépris pour le mépris) et que nous apprenions le secret spirituel du respect. Pensez aux gens que Jésus aimait durant sa vie sur la terre : Judas (le traître), la femme Samaritaine près du puits (une libertine), Zachée (un percepteur malhonnête), et bien d’autres encore dans leur genre. En dépit du fait qu’il était sans péché, alors que ces gens marchaient quotidiennement dans le péché, Jésus les a respectés. Il a lavé les pieds de Judas ; il a pris du temps pour parler avec respect à la femme Samaritaine ; il a mangé chez Zachée. Jésus, le seul être humain parfait à avoir vécu sur cette terre, est allé à la rencontre des pécheurs. Il nous demande de l’imiter. Imitons-le donc. En commençant par la personne la plus proche de nous : notre conjoint. Développez un réel mépris pour le mépris et honorez ceux qui le méritent, à commencer par votre conjoint.


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CHAPITRE 5

L’étreinte de l’âme Un mariage de qualité favorise une prière de qualité Le fondement d’un fabuleux mariage, ce n’est pas de bien se connaître l’un l’autre mais plutôt de connaître Dieu. — GARY ET BETSY RICUCCI

Quelques mois à peine après notre mariage, pour rendre service à un couple d’amis, Lisa et moi avons accepté d’échanger nos literies respectives. Ils possédaient un matelas à eau et s’apprêtaient à déménager dans un appartement où ce type de literie n’était pas autorisé. Comme notre logement était situé en sous-sol, le poids d’un tel matelas n’était pas un problème et nous avons fait l’échange. Il ne m’a pas fallu longtemps pour regretter ce geste généreux. Célibataire, j’avais toujours apprécié le fait de dormir seul. Quelle ne fut pas ma consternation lorsque je découvris que


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Lisa aimait dormir blottie tout contre moi. Il me fallut plusieurs mois pour apprendre à dormir au contact de quelqu’un. Le matelas à eau aggrava les choses : dès que l’un bougeait, l’autre avait l’impression de dormir sur une mer démontée. J’avais horreur de cela. La tendance qu’avait Lisa à envahir mon côté du lit et à me repousser de plus en plus près du bord compliquait encore la situation. Il m’est arrivé une fois ou l’autre de me réveiller, la joue écrasée contre le cadre du lit. C’est vraiment ridicule, ai-je pensé avant de sortir du lit, d’en faire le tour et de me glisser dans les trois-quarts de surface libres de l’autre côté. La suite de l’histoire ne vous étonnera pas : à mon réveil, j’avais le visage aplati contre l’autre côté du cadre du lit : « Nous devons La prière insuffle l’éternité nous en débarrasser », ai-je dans nos vies en rendant Dieu insisté.

encore plus présent dans notre manière de vivre.

Apprendre à prier en homme marié s’était révélé pour moi aussi difficile que d’apprendre à dormir en homme marié. En l’espace d’une nuit, tout avait changé. Soudain, mes petits rituels et mes habitudes spirituelles ne correspondaient plus à ma nouvelle existence. J’étais contraint d’en trouver d’autres.

L’importance du mariage dans la vie de prière J’avais raison de prendre très au sérieux ma vie de prière. La prière est un élément essentiel de la vie chrétienne, ainsi que l’attestent Jésus, ses disciples, et deux mille ans de tradition chrétienne. Sans prière, pas de foi. Un chrétien solide est un chrétien à genoux. Il n’existe pas d’autre moyen. Paul nous exhorte à prier sans cesse (1 Thessaloniciens 5 : 17). Cela porte la prière à un niveau bien plus élevé que la simple intercession. Elle devient le cœur de notre piété, la conscience ininterrompue de la présence de Dieu, notre soumission permanente à sa volonté et l’expression fréquente de notre adoration et de notre louange.


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John Henry Newman, un érudit et ecclésiastique anglais du xixe siècle, a écrit : « La prière est à la vie de l’esprit ce que le battement du pouls et la respiration sont à la vie du corps1 ». Martin Luther affirmait : « Tout comme le travail des tailleurs est de fabriquer des habits, et le travail des cordonniers des souliers, le travail des chrétiens est de prier ». Ainsi que J. C. Ryle l’a observé, « la prière est le souffle vital du vrai christianisme ». Terry Glaspey, écrivain contemporain, le résume bien : « La prière est une œuvre dans laquelle nous devons nous engager si nous désirons que nos vies aient un sens au regard de l’éternité ». J’apprécie particulièrement cette dernière phrase : la prière est le moyen de donner du sens à nos vies au regard de l’éternité. La prière nous aide à recadrer nos priorités, à percevoir la sagesse de la Bible et à prendre de bonnes décisions. Glaspey pourrait dire que, sans la prière, nous vivons une existence temporelle avec des valeurs temporelles. La prière insuffle l’éternité dans nos vies en rendant Dieu encore plus présent dans notre manière de vivre. Le chrétien dont la vie de prière est un échec échouera aussi dans sa croissance dans la foi, et restera un éternel adolescent spirituel. Pour citer à nouveau J. C. Ryle : Pour quelle raison certains croyants sont-ils tellement plus saints et victorieux que d’autres ? J’ai la conviction que, dans neuf cas sur dix, cette différence provient d’habitudes différentes quant à leur vie de prière. Je crois que ceux qui ne sont pas particulièrement saints prient peu, tandis que ceux qui le sont prient beaucoup.

Lorsque vous prenez conscience de la place centrale de la prière dans la vie chrétienne, peu de versets sont plus stupéfiants que 1 Pierre 3 : 7 : Vous de même, maris, vivez chacun avec votre femme en reconnaissant que les femmes sont des êtres plus faibles.


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d  VOUS AVEZ DIT OUI À QUOI ? Honorez-les comme cohéritières de la grâce de la vie, afin que rien ne fasse obstacle à vos prières.

Quand Pierre conseille aux hommes d’être prévenants et respectueux envers leur femme, « afin que rien ne fasse obstacle à [leurs] prières », il établit une relation directe entre notre attitude envers notre femme et la discipline fondamentale du christianisme. Si la prière est l’essence même de la spiritualité, et qu’une attitude négative au sein du mariage peut anéantir cette activité, il incombe aux hommes, en particulier, de prêter une attention toute particulière à ce qui est dit ici. Il ne m’a pas fallu longtemps pour découvrir que je n’étais pas le seul à trouver cela plus difficile de prier en tant qu’homme marié. Martin Luther a avoué être confronté au même problème. Et ce verset de 1 Pierre en donne la raison. Après le mariage, les règles changent. Ma vie de prière dépend désormais directement de ma manière de considérer et de traiter mon épouse. Je ne pourrai plus jamais aborder la prière comme si j’étais encore célibataire. Dans un sens, Dieu me voit au travers de ma femme. Je ne peux pas agir comme si j’étais un moine célibataire si je veux grandir en tant qu’homme de prière marié. Je ne peux tout simplement pas imiter les pratiques préconisées par les érudits du Moyen Âge puisqu’elles ne s’adressaient qu’aux célibataires, hommes et femmes, à la recherche de Dieu. Malheureusement, nombreux sont ceux qui enseignent exactement le contraire. Si nous voulons rendre notre mariage plus solide, disent-ils, nous devons améliorer notre vie de prière. Or, Pierre nous invite à améliorer notre mariage afin de pouvoir améliorer notre vie de prière. Au lieu de considérer la prière comme « l’outil » capable de perfectionner mon mariage, Pierre me dit que le mariage est l’outil capable de perfectionner mes prières ! Un homme peut très bien prêcher d’excellents sermons, écrire des livres remarquables et connaître sa Bible par cœur, s’il n’a pas appris à devenir le serviteur de sa femme, à la res-


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pecter et à user de prévenance envers elle, il n’est encore qu’un nouveau-né spirituel. Sa vie de prière, l’élément vital de son âme, demeurera une imposture.

Succès futiles Le monde évangélique a tendance à placer sur un piédestal tous ces gens qui réussissent à faire en sorte que de nombreux projets se réalisent en temps et en heure. Le risque est toutefois grand que leur conjoint paie le prix fort de bon nombre de ces réalisations, et que la « vraie » spiritualité en souffre. Dans les années quatre-vingt-dix, la popularité de Bill McCartney grimpa en flèche dans les milieux chrétiens. Il était un excellent entraîneur de football universitaire, ainsi que le président de Promise keepers [Les gardiens de leur promesse], un ministère international qui vise à rappeler aux hommes leurs responsabilités d’hommes au sein de leur famille, et les encourage à garder leurs promesses. Toutefois, tout au long de ces années de grand succès pour Bill McCartney, son épouse Lindy souffrait terriblement de la solitude. Elle raconta plus tard qu’elle était « émotionnellement frigorifiée ». Sa dépression s’aggrava au point de lui faire perdre trente-six kilos2. Bill McCartney, trop occupé par le succès de son équipe de football et, ironiquement, par le ministère des Promise keepers, ne s’en aperçut même pas. Au beau milieu de ces années à succès pour son mari, Lindy fit un jour cette remarque poignante : « J’ai l’impression que je deviens de plus en plus en plus petite ». Dans son livre intitulé Sold out, McCartney raconte : Même si cela peut sembler incroyable, autant le ministère des Promise keepers me stimulait spirituellement, autant mon investissement dans ce ministère m’empêchait d’être, au sens réel du terme, un « gardien de mes promesses » au sein de ma propre famille.


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Reconnaissons toutefois à la décharge de Bill McCartney que, dès qu’il prit conscience de la situation, il quitta son poste d’entraîneur sans hésiter. Son épouse reconnut ce sacrifice à sa juste valeur, et le couple McCartney fut bientôt en mesure de reconstruire son mariage. Faire en sorte que ceux qui nous entourent se sentent plus petit afin que nous nous sentions plus grand va à l’encontre de tous les enseignements de la foi chrétienne. C’est la marque d’un rejet catégorique des vertus telles que l’humilité, le sacrifice ou le service. Bien souvent, Jésus s’est éloigné de la foule pour venir en aide à un individu en particulier. Nous faisons tout le contraire : nous justifions de délaisser quelqu’un, et en particulier notre conjoint, afin de gagner les faveurs de la foule. S’attacher à Dieu, c’est se détourner de nos propres intérêts. Quand un homme et une femme se marient, ils se promettent de cesser de se considérer comme des individualités et s’engagent à se voir désormais comme une unité, un couple. Dès lors que je suis marié, je ne suis plus libre de rechercher ce qui me plaît, car je ne suis plus seul. Mes ambitions, mes rêves et mon énergie doivent prendre en compte le fait que je suis désormais membre d’une équipe. Cette maîtrise de mon ambition est extrêmement profitable à ma vie spirituelle. En effet, le royaume de Dieu peut parfaitement avancer sans notre participation ; notre sentiment d’être indispensable est bien plus souvent fondé sur notre orgueil et sur notre arrogance que sur notre désir d’être fidèle à Dieu. Collaborer à la progression du royaume de Dieu, ce doit être une invitation et un encouragement pour ceux que nous servons ; en aucun cas, cela ne doit les diminuer. Les vérités bibliques puisent leurs fondements dans la communauté et le service que nous lui rendons. Or, la communauté commence par la relation au sein du couple. L’individu qui nourrit sans cesse une ambition féroce au point d’ignorer son conjoint ou de le sacrifier sur l’autel de son propre agenda, adoptera la même attitude envers les autres. Dans son ambi-


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tion, il gagnera son entourage à sa cause, non pour servir le bien du royaume, mais pour atteindre ses propres objectifs. Si un homme ne voit dans son épouse qu’un être destiné à faire la cuisine, combler ses besoins sexuels, et veiller au confort de la maison pendant que lui seul est au service de Dieu, il forcera aussi les autres à imiter ce modèle sans se soucier de savoir si ce rôle qu’il impose leur convient. Une femme, qui néglige sa famille par ambition de « servir » Dieu, En se mariant, l’homme et la appliquera vraisemblablefemme promettent de cesser ment aux gens qui l’entoude se considérer comme des rent ce même manque de individualités et s’engagent à compassion et d’empathie, se voir désormais comme une source de souffrance au sein unité, un couple. de sa propre famille. J’ai souvent rencontré ce type de personnalités. Hommes ou femmes, ils développent une nature impitoyable, un caractère exigeant et un souci exacerbé d’eux-mêmes qui affectent tous les aspects de leur vie et toutes leurs relations. Ils s’efforcent de manipuler les autres et de les pousser à rejoindre leur propre orbite, au lieu de les diriger vers celle de Dieu. Sous une apparence de religiosité se développe un esprit corrompu et nauséabond. Quand nous mesurons le succès d’une personne sur la base de ses réalisations extérieures, nous ne sommes pas en train de mesurer l’essentiel. Nos relations en général, et notre mariage en particulier, font partie intégrante de notre ministère. Si nous désirons vraiment témoigner de manière authentique aux yeux du monde et servir Dieu avec intégrité, nous devons prendre à cœur ces paroles de Ron Sider : Lorsque des féministes radicales abordent le sujet de la masculinité dans le monde chrétien, si la première chose qui leur venait à l’esprit était l’excellente réputation des hommes quant à leur respect des vœux du mariage et leur service auprès de leur épouse selon le modèle du sacrifice de Jésus sur la croix… Imaginez un instant l’impact3 !


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Quand j’ai réalisé pour la première fois la portée des paroles de 1 Pierre 3 : 7, j’ai été terrifié. Puisque j’étais désormais marié, ma vie de prière allait devoir être soumise à un nouveau test. Une discipline de fer n’était plus suffisante. Si je souhaitais que rien ne fasse obstacle à mes prières, je devais être attentionné vis-à-vis de ma femme. Je devais la respecter, l’honorer et la chérir. Au fil des années, j’ai progressivement appris à donner de la valeur à la réelle authenticité spirituelle qui s’exprime davantage dans les relations humaines que dans ce qu’on appelle les « réalisations » d’une personne. Jim, un des responsables de mon église était plombier avant de rejoindre l’équipe pastorale. Il n’a aucun diplôme en Vous n’aurez une vie de prière théologie, même s’il a pris quelques cours ici et là. C’est solide que si vous apprenez à respecter votre épouse et à être un homme réfléchi, avec un cœur passionné pour les attentionné à son égard. missions. Pendant plus de dix ans, il a humblement accompli sa tâche de pasteur associé. Personne ne penserait à placer son nom dans une liste des « plus remarquables leaders chrétiens du pays ». Il est pourtant sans conteste l’un des hommes les plus attachés à Dieu que je connaisse. Marie, sa femme, m’a dit un jour en son absence : « Jim est un saint. Oui, vraiment, un saint ! » Cette déclaration m’a bouleversé au point où, même si Marie ne se souvient plus aujourd’hui l’avoir dit, ce fut l’un des sermons les plus percutants que j’aie jamais entendus. J’essaie encore aujourd’hui de suivre l’exemple de Jim et je me demande souvent si ma femme dirait de moi : « Gary est un saint. Oui, vraiment un saint » ? Pourrait-elle le dire ? Je ne le pense pas4. Alors, vous les maris, demandez-vous : Est-ce que je respecte mon épouse ? Si votre vie de prière n’est pas celle que vous souhaiteriez, commencez peut-être à chercher par là. Ensuite, poursuivez votre démarche en posant cette question à votre femme : « Est-


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ce que tu me trouves attentionné envers toi ? » Encouragez-la à vous répondre en toute honnêteté. Permettez-lui de vous dire ce qu’elle ressent quand votre fils vous entend dire quelque chose comme « Bah, c’est bien les femmes ! », pour ensuite s’adresser à sa mère avec une touche de mépris dans la voix. Laissez-la vous raconter ce qu’elle ressent intérieurement pendant son cycle menstruel, quand elle a besoin de lever le pied ou de dormir parfois un peu plus qu’à l’habitude, quand elle a besoin de se sentir chouchoutée alors que l’homme auquel elle est mariée ne se soucie que de savoir si le repas sera bel et bien servi à l’heure. Et si vous osez vraiment aller au fond des choses, demandez-lui si elle vous trouve suffisamment prévenant lorsque vous faites l’amour. Si vous voulez grandir dans votre attachement à Dieu, votre vie de prière doit être solide. Si vous êtes marié, vous n’aurez une vie de prière solide que si vous apprenez à respecter votre épouse et à être attentionné à son égard.

Les relations sexuelles et la prière Il existe un autre texte biblique associant le mariage à la vie de prière. C’est un passage qui aborde explicitement la question des relations sexuelles. Dans un message adressé aux maris et aux épouses, Paul récuse, ou du moins questionne la pratique ascétique consistant à s’abstenir de relations sexuelles au sein du couple. (Dans la phrase en question, l’emplacement des virgules et de l’emphase est d’une importance capitale pour une bonne exégèse ; je m’appuie ici sur l’interprétation proposée par le commentaire de 1 Corinthiens du Dr Gordon Fee5.) Paul considère qu’une telle abstinence est dangereuse, et il suggère avec réalisme : « Ne vous privez pas l’un de l’autre, si ce n’est momentanément d’un commun accord, afin d’avoir du temps pour la prière » (1 Corinthiens 7 : 5). Dans le passé, on a souvent compris que ce verset voulait dire que les relations sexuelles étaient susceptibles de nous détourner de la prière. Une autre lecture de ce même passage nous indiquerait que l’abstinence au sein du mariage serait


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susceptible de nous détourner de la prière. Comment est-ce possible ? Une personne mariée en proie à une frustration d’ordre sexuel peut éprouver des difficultés à prier, simplement parce que ses pensées ne parviennent pas à se concentrer sur les choses de valeur éternelle. Dans un contexte sain, les besoins sexuels d’un individu peuvent être assouvis. Le fait d’avoir des rapports avec votre conjoint peut vous libérer temporairement de toute distraction et permettre à votre âme, cœur et esprit d’aller à la rencontre de Dieu. C’est en fait ce que Paul nous conseille de faire : « Vivez le mariage tel que Dieu l’a prévu. Comblez vos besoins sexuels en faisant l’amour avec votre conjoint. Alors, votre âme et votre esprit seront plus ouverts à la prière ». Paul est une personne très pragmatique. Il reconnaît la réalité biologique des besoins sexuels. Grâce aux relations sexuelles dans le cadre d’une relation permanente de toute une vie, une source majeure de tentation et de distraction disparaît, laissant la place à une âme apaisée. C’est particulièrement important pour la prière contemplative. L’esprit doit alors être absolument libéré de toute distraction. Aussi étrange que cela puisse paraître, Paul annonce que les hommes et femmes mariés peuvent à la fois être au service l’un de l’autre et en Le mariage nous force en même temps instaurer un quelque sorte à une vie de climat propice à une vie de prière enrichissante en s’ofréconciliation permanente. frant l’un à l’autre au sein des relations sexuelles. Cette explication risque de heurter notre culture évangélique. Je n’ai en effet jamais lu de livre sur la prière qui disait « Si vous êtes marié, faites régulièrement l’amour ». Or, il semble bien que ce soit ce que Paul affirme ici ! Dieu considère ma vie dans sa globalité, comme un tout. Je ne suis pas divisé en « Gary le saint » et « Gary le laïque », pas plus qu’en « Gary le mari » et « Gary le chrétien ». Je ne dois pas m’obliger à un compromis si je souhaite à la fois progresser dans ma vie de prière et vivre une sexualité épanouie.


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Dieu m’a créé, vous a créés, êtres humains entiers. Je peux me donner sans retenue et avec enthousiasme à mon épouse, et me donner également sans réserve à Dieu. Je peux avoir une vie sexuelle normale sans perdre ma passion pour la prière. Ces deux facettes de ma vie sont compatibles. Plus encore, elles se complètent l’une l’autre. Non seulement mes désirs sexuels et mes besoins spirituels n’entrent pas en compétition, mais ils se renforcent mutuellement.

La discorde et la prière Un autre aspect du mariage peut être source de profonde irritation et grandement affecter ma vie de prière : il s’agit des conflits non résolus. Même si Jésus ne visait pas spécifiquement les époux en faisant la remarque suivante, elle s’applique parfaitement aux relations dans le couple. Jésus a dit : Si donc tu présentes ton offrande à l’autel, et que là tu te souviennes que ton frère a quelque chose contre toi, laisse là ton offrande devant l’autel, et va d’abord te réconcilier avec ton frère, puis viens présenter ton offrande. — MATTHIEU 5 : 23-24

Imaginons une personne qui s’approche de Dieu par la prière. En s’agenouillant, elle se souvient d’un différend qui l’oppose à quelqu’un d’autre. Avant de continuer à prier, elle devrait mettre toute son énergie, autant que cela dépende d’elle (Romains 12 : 18), pour se réconcilier avec cette personne, qui pourrait être son conjoint, par exemple. Dieu a les querelles en horreur (Proverbes 6 : 16, 19) et attache une grande valeur à l’unité (Psaumes 133 : 1). Le mariage peut nous obliger à grandir, car en tant qu’individus mariés, si nous voulons garder une vie de prière solide, nous devons apprendre à pardonner. Nous devons devenir experts en réconciliation. Les accrochages surviennent inévitablement. La colère éclate parfois. Nous devons donc soit apprendre à gérer les conflits en chrétiens matures ou prendre le risque de voir notre vie de prière s’écrouler.


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Le mariage nous force en quelque sorte à une vie de réconciliation permanente. Il est facile de s’entendre avec les gens aussi longtemps que l’on garde ses distances. En temps que célibataire, je pouvais sans problème tolérer chez moi une certaine dose d’immaturité. Les querelles nuisent Je pouvais choisir de ne pas m’attaquer à mon égoïsme gravement à la santé et à mon esprit de jugement. de la prière. C’est d’ailleurs ce que j’ai fait bien des fois et je n’en suis pas fier. Je me souviens en particulier, d’au moins deux personnes avec lesquelles j’éprouvais beaucoup de difficultés à m’entendre. Pour contourner le problème, j’ai choisi de ne pas trop approfondir ma relation avec elles. C’est vrai que je ne suis pas obligé de développer des relations avec tous ceux qui m’entourent. Il n’y a donc pas de mal en soi à éviter ceux qui vous caressent dans le mauvais sens du poil. Mais cette option n’est pas envisageable au sein du couple. Ma femme et moi vivons ensemble au quotidien. Lorsque nous ne sommes pas d’accord sur un point, je n’ai pas d’autre choix que de travailler mon intimité avec elle. Parfois, nous ne nous montrons pas à la hauteur des attentes du conjoint, nous nous décevons mutuellement, ou nous nous blessons même délibérément. Permettons-nous alors à la discorde, que Dieu a en horreur, de prendre le dessus, ou faisons-nous la démarche relationnelle nécessaire à la restauration de notre unité ? Si vous souhaitez que rien n’entrave votre vie de prière, la question clôturant le paragraphe précédent devient alors une question rhétorique. Jésus a clairement affirmé que le maintien d’une relation vivante avec Dieu par la prière dépend directement de notre choix de veiller à l’unité. Les querelles nuisent gravement à la santé de la prière. Vu sous cet angle, le mariage a été instauré pour nous obliger à devenir des réconciliateurs. C’est le seul moyen de survivre spirituellement. Il est ainsi curieux de constater que le mariage détourne nos yeux de notre conjoint pour nous obliger à regarder à Dieu.


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Qu’est-ce que je veux dire ? Lisez ces paroles pleines de sagesse de Jacques, l’un des piliers de l’Église primitive : D’où viennent les luttes, et d’où viennent les querelles parmi vous, sinon de vos passions, qui guerroient dans vos membres ? Vous convoitez et vous ne possédez pas ; […] vous avez des querelles et des luttes, et vous ne possédez pas, parce que vous ne demandez pas. — JACQUES 4 : 1-2

Voilà l’origine de nombreux conflits conjugaux : « Vous convoitez et vous ne possédez pas ». Jacques affirme que nous ne recevons pas ce que nous désirons parce que nous Au lieu de placer votre conjoint sous le poids de vos exigences, ne nous adressons pas à la bonne personne. Au lieu de demandez plutôt à Dieu de placer votre conjoint sous le combler vos besoins. poids de vos exigences, demandez plutôt à Dieu de combler vos besoins. Vous pourrez alors aborder votre relation avec votre conjoint dans un esprit de service. Ceux qui sont mariés depuis un certain temps sont enclins à oublier quels étaient leurs espoirs secrets de célibataire. En effet, bon nombre d’entre eux (mais pas tous) pensaient alors qu’il leur suffirait de dénicher « la perle rare » pour que toute leur existence retrouve enfin son harmonie. Leur solitude, leur sentiment d’insécurité, leurs doutes quant à leur propre valeur, tout cela et bien d’autres problèmes encore disparaîtraient comme par enchantement, grâce à la passion qui animerait leur couple. Et, pour un temps très court, c’est effectivement ce qui semble se passer. Le sentiment d’être amoureux agit comme une drogue, masquant provisoirement une multitude de faiblesses intérieures. Mais tôt ou tard le mariage met en lumière l’échec de notre recherche de « plénitude » au travers d’un autre être humain. Quand la désillusion pointe son nez, deux et seulement deux solutions s’offrent à nous. Nous pouvons soit délaisser


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notre conjoint pour tomber amoureux de quelqu’un d’autre, soit nous efforcer de comprendre ce qui se cache derrière notre désillusion : notre raison d’être, le but et le sens de notre existence se trouvent en notre Créateur seul, non pas auprès d’un autre être humain. Abordé correctement, le mariage peut donc nous forcer à repenser la source de notre nourriture spirituelle : sommesnous dépendants d’autres êtres humains ou apprenons-nous à développer notre dépendance de Dieu ? Rappelez-vous qu’aucun être humain ne peut nous aimer aussi bien et aussi fort que nous le désirons au plus profond de nous-mêmes. Il est tout simplement impossible à un humain d’atteindre et d’apaiser le désir spirituel que Dieu a placé en chacun de nous. Le mariage nous rend un grand service en nous dévoilant cette vérité. Le revers de la médaille est qu’il nous place aussi devant un danger : celui de nous laisser nous empêtrer dans la discorde. Afin de protéger notre vie de prière, nous devons vivre dans l’unité. Afin de protéger notre vie dans l’unité, nous devons rediriger nos passions et nos désirs vers Dieu.

La prière en expansion — Tu vas où, Papa ? Mon fils, encore tout jeune, me regardait lacer mes chaussures de marche. — Sur le champ de bataille. — Il pleut fort, dit-il en regardant dehors. Pourquoi vastu là-bas ? Je soupirai. À cette époque, nous vivions dans une petite maison en ville avec nos trois jeunes enfants : — Je prie un peu mieux là-bas, dehors, lui dis-je. Et il hocha la tête. Le mariage et les enfants m’ont obligé à développer ma vie de prière. Pour trouver une heure de calme ininterrompu afin de fermer les yeux et incliner la tête, j’aurais dû me lever


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à quatre heures du matin. Notre fille aînée est un oiseau de nuit comme sa mère. Elle s’endort souvent bien après moi. Notre fils aime se lever avant l’aube, comme moi. À moins d’avoir une très grande maison, il est quasiment impossible de trouver un endroit de solitude, quelle que soit l’heure. Mais cette contrainte fut une source de bénédictions à bien des égards. J’avais malheureusement tendance à ne voir dans la prière qu’une activité silencieuse et plutôt intellectuelle. La puissance et la portée de notre relation avec Dieu sont restreintes si nous limitons la prière à un moment où chacun doit obligatoirement incliner la tête et fermer les yeux. Le mariage peut renverser ce genre de barrières. Dans son livre, L’Impossible prière, Jacques Ellul raconte à quel point la prière véritable « dépasse largement les limites du langage verbal ». Il ajoute que, dans l’Ancien Testament, les mots désignant la prière sont des verbes d’action tels que « caresser » ou « se prosterner6 ». En reliant foi et vie de couple, la puissance de la prière revêt de nouveaux aspects. En me concentrant sur la signification de l’acte physique qui consiste à caresser ma femme avec gentillesse et amour, je serai peut-être capable d’envisager la prière sous un angle nouveau. Comment Dieu souhaite-t-il être « touché » et « caressé » ? Ma prière faite de mots peut-elle devenir comme la tendre Afin de protéger notre vie de caresse d’une main sur une joue ? prière, nous devons vivre dans Il m’a fallu du temps l’unité… rediriger nos passions pour être simplement en et nos désirs vers Dieu. mesure d’envisager un tel parallèle. Quand vous êtes jeune, tout ce qui a trait au sexe est auréolé de mystère, et souvent associé à un sentiment de culpabilité (c’était en tout cas ce que j’éprouvais). Même marié, il m’arrive d’avoir du mal à intégrer la présence de Dieu dans ce domaine précis. Et s’il vous arrive de crier « Alléluia ! » au cours d’une relation sexuelle, je ne suis pas certain que Dieu soit vraiment l’objet de votre enthousiasme !


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Poursuivons, et examinons l’usage du verbe « se prosterner » dans l’Ancien Testament. Si, d’un côté, il faut toujours refuser l’adoration de la création, les moments d’intensité profonde au sein du couple, et même l’ivresse de l’union physique vous conduit à expérimenter parfois un profond respect, une admiration telle que vous êtes prêt à vous offrir sans réserve à l’autre. Quand une femme dit à son mari « Viens, prends-moi, je t’appartiens », elle lui témoigne toute sa confiance, sachant que chacun des actes de son mari sera fondé sur l’amour, l’affection et sur l’intérêt sincère qu’il lui porte. C’est une magnifique démonstration du don de soi et de la joie de l’intimité. C’est ce type d’amour qu’avaient expérimenté Héloïse et Abélard, les deux amants célèbres de l’Histoire, malgré les débuts peu chastes de leur relation. Abélard était un théologien et philosophe du xiie siècle. Le vœu de chasteté qu’il avait prononcé en tant que professeur fut mis à rude épreuve lorsqu’il tomba éperdument amoureux de l’une de ses élèves, Héloïse. Puisque l’amour physique lui était interdit et le mariage hors de question, Abélard résista un certain temps, mais finit par succomber. Héloïse devint enceinte, et ils se marièrent secrètement. Quand l’oncle d’Héloïse découvrit l’affaire, il fit castrer Abélard, qui considéra cette agression comme une juste punition et devint moine, tandis qu’Héloïse prit le voile. L’attachement passionné d’Héloïse pour Abélard est illustré dans la première lettre qu’elle lui écrivit : « Dieu m’est témoin que c’est vous seul que j’ai désiré, simplement vous, et non ce qui vous appartient7 ». L’amour d’Héloïse était si intense qu’elle comparait Abélard à un soleil, elle-même n’étant qu’une lune réfléchissant sa lumière. Ce point de vue l’amena à se dévaloriser pour ne pas concurrencer la gloire de son bien-aimé : Bien que le nom d’épouse paraisse et plus sacré et plus fort, un autre a toujours été plus doux à mon cœur, celui de votre maîtresse, ou même, laissez-moi le dire, celui de votre concubine et de votre fille de joie ; il me semblait que, plus je me ferais humble pour vous, plus je m’acquerrais de [vos faveurs], moins j’entraverais votre glorieuse destinée.


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Ce désir de s’abaisser, voire presque de se déprécier pour le bénéfice d’un autre, afin de se perdre dans sa présence et dans ses faveurs, ce désir se retrouve dans l’Ancien Testament : lorsqu’il est question d’adorer face contre terre. J’ai passé des heures à lire les ouvrages de la littérature chrétienne classique, et j’ai été frappé de constater à quel point ce sentiment se retrouve aussi dans les paroles pleines d’humilité qu’utilisaient les saints dans leurs prières. Ce saint rabaissement était à la source des pratiques ascétiques des premiers chrétiens. Dans leur souci d’exprimer leur dévouement, leur amour et leur adoration pour Dieu, ils vécurent des dizaines d’années assis en haut d’une colonne, enfermés dans une cage exiguë ou le corps recouvert de sangsues. Nous avons le droit d’estimer qu’ils faisaient fausse route, mais leur motivation profonde était d’exprimer dans leur corps une vérité spirituelle : « Dieu est tout, nous ne sommes rien. Et nous vivrons ainsi pour démontrer combien Dieu est grand et combien nous sommes petits ». Sans vouloir suggérer le retour à de telles pratiques, l’esprit d’humilité motivant ces actes mérite tout de même d’être réexaminé, alors que nous vivons dans une société pleine d’arrogance. N’est-il pas possible de faire renaître une telle humilité au sein de notre mariage ? Si nous éprouvons ne serait-ce que l’ombre d’un tel abandon vis-à-vis d’un autre être humain pécheur au cours d’un rapport sexuel, ne pourrions-nous pas apprendre à nous offrir sans réserve à un Dieu parfaitement aimant et bienveillant ? Abélard écrira plus tard : « Dieu ne doit pas être aimé comme Abélard aimait Héloïse, mais plutôt comme Héloïse aimait Abélard ». Il ajouta que Dieu doit être aimé « pour sa propre perfection, même au point de renoncer finalement aux béatitudes [bonheur ou bénédictions] qu’il nous a promises ». Nous aimons souvent Dieu pour ce que cet amour nous apporte. Héloïse avait appris à aimer Abélard uniquement pour ce qu’il était. Cet amour interdit fut pour elle source de nombreuses douleurs, mais elle préférait la peine et la honte avec Abélard plutôt que la paix et le bonheur sans lui.


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d  VOUS AVEZ DIT OUI À QUOI ? Pouvons-nous en dire autant de notre amour pour Dieu ?

Le sens profond de la prière d’adoration fait appel au renoncement complet de tout ce que Dieu nous offre, pour le plaisir de goûter à Dieu lui-même. Si vous avez expérimenté ou même seulement effleuré ce genre de respect et de renoncement au sein de votre couple, votre vie de prière pourrait entrer dans une nouvelle dimension. Vous pouvez apprendre à « vous abandonner dans la prière » avec Dieu. Ne craignez pas de mettre à

profit chaque aspect du mariage, même la sexualité, pour développer votre vie de prière.

C’est pourquoi je vous encourage à établir une relation entre votre vie conjugale et votre foi, afin que chaque expérience dans l’un de ces domaines profite à l’autre. La prochaine fois que vous caresserez votre conjoint, demandez-vous en quoi une caresse peut ouvrir de nouveaux horizons dans votre vie de prière. La prochaine fois que vous ressentirez une passion intense pour votre conjoint, voyez comment vous pourriez envisager de vous offrir à Dieu avec un tel degré de confiance. Ne craignez pas de mettre à profit chaque domaine de votre mariage, même la sexualité, pour développer votre vie de prière. Nous commençons à discerner désormais à quel point les multiples facettes de notre mariage nourrissent et édifient notre vie de prière. En apprenant à respecter l’autre, à combler ses besoins sexuels, à régler les conflits et à utiliser les analogies du mariage pour prier de manière plus créative, nous pourrons construire et entretenir une vie de prière active, grandissante et pleine de sens.


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CHAPITRE 6

La purification du mariage Comment le mariage révèle notre péché Le mariage est le plus grand test au monde. […] Mais désormais, j’accueille ce test au lieu de le redouter. Contrairement à ce que les gens pensent parfois, il teste bien plus que la douceur de votre tempérament, car il met à l’épreuve votre personnalité tout entière, et affecte chacune de vos actions. — T. S. ELIOT

Le mariage est l’intervention chirurgicale au cours de laquelle la vanité de la femme et l’égoïsme de l’homme sont arrachés sans anesthésie. — HELEN ROWLAND

L’un des plus beaux cadeaux de mariage que Dieu vous ait offert est un miroir à votre taille appelé votre conjoint. Si une carte y était jointe, il y serait écrit : « Voici un petit quelque chose pour t’aider à découvrir à quoi tu ressembles vraiment ! » — GARY ET BETSY RICUCCI


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Ma petite amie de l’époque, qui étudiait à l’institut biblique Moody de Chicago, me rendit un jour visite à la fac. Nous avions décidé, ce samedi-là, d’aller visiter un monastère en Colombie-Britannique. Rendez-vous assez atypique, j’en conviens. Un prêtre nous accueillit chaleureusement et, derrière lui, je remarquai un très jeune moine, à peine sorti de l’adolescence, qui s’approchait de nous. Dès qu’il aperçut la jeune femme qui m’accompagnait, il détourna rapidement son regard et nous dépassa en baissant la tête. Pendant mes années de fac, j’avais une grande ferveur pour Dieu et je devine que ce jeune homme devait être tout aussi passionné si je considère la voie qu’il avait choisie. Toutefois, le simple fait qu’il ait détourné le regard montre bien qu’il existe deux manières différentes de rechercher le Tout-Puissant. Alors que je passais ma journée en compagnie d’une jeune femme, ce moine ne pouvait pas permettre qu’un coup d’œil d’une fraction de seconde devienne un regard de quelques secondes. Cet incident me donna à réfléchir, au point qu’aujourd’hui encore, je me souviens clairement de ses traits juvéniles, de sa tête inclinée et du bruit de ses pas alors qu’il s’éloignait rapidement de nous. Malgré le grand respect et l’amour que j’ai pour l’histoire de l’Église, je reconnais néanmoins qu’au cours des siècles, la spiritualité chrétienne n’a jamais cessé de s’éprendre pour le célibat. De nombreux enseignants répétaient sans se lasser : « Après tout, Jésus-Christ lui-même était célibataire : n’est-ce pas là un argument suffisant ? » À cause de ce préjugé tenace, si quelqu’un désirait devenir réellement saint, poursuivre ardemment la sainteté, il devait adopter l’idée du célibat. À travers les années, cette idée a blessé plusieurs chrétiens bien intentionnés. Mary Oliver l’avoue : Je me suis enfin rendu compte que durant quelque trente années, j’avais vécu dans mon couple une relation d’intime partenariat, d’une importance capitale pour mon être intérieur et ma vie spirituelle, mais que, dans la tradition de l’Église, le couple était pour ainsi dire non existant dans tout enseignement théologique et spirituel de quelque


La purification du mariage  d 101 importance. […] Je me suis aperçue que les écrits et les discours concernant la spiritualité s’adressaient essentiellement aux célibataires ou aux gens attachés à la vie monastique, alors que ce n’était pas ma situation1.

Au monastère, ce jour-là, nous étions tous les trois à la recherche de la sainteté mais nous allions emprunter des chemins radicalement différents. Le jeune homme poursuivit son existence de moine célibataire. Je me suis marié et devins enseignant et écrivain aux États-Unis. Mon ex-petite amie se maria elle aussi, et partit comme missionnaire en Égypte. Le mariage n’a pas masqué ma recherche de sainteté, mais était-il néanmoins une forme de compromis ? Voici donc la question centrale : si, dans ce monastère, le jeune homme avait délibérément choisi de s’engager sur la voie du célibat afin de rechercher la sainteté, était-ce aussi possible de délibérément choisir la voie du mariage afin de rechercher la sainteté ? Et si oui, comment ?

La sanctification du mariage Aux yeux de nombreux dirigeants de l’Église primitive, les relations sexuelles (hormis celles destinées à la procréation) étaient, au mieux, considérées comme suspectes et, au pire, comme un péché mortel. Ils n’estimaient pas pour autant le célibat plus difficile à vivre que le mariage. En fait, certains anciens avaient réalisé que la vie conjugale pouvait être plus ardue que le célibat. Il y a des siècles de cela, Pseudo-Athanase a cité les paroles d’une enseignante nommée Synclétique : C’est pourquoi nous ne nous illusionnerons pas nous-mêmes en pensant que les gens du monde ont la vie facile. Car si on les compare à nous, ils travaillent peut-être bien plus dur. La haine des femmes dans le monde est réelle. Elles portent des enfants avec difficulté et danger, elles doivent nourrir leurs bébés, elles tombent malades quand leurs enfants tombent malades, et elles survivent à tout cela sans rien recevoir en échange de leur labeur2.


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d  VOUS AVEZ DIT OUI À QUOI ? Ambroise tenait un raisonnement similaire : Comparons les avantages des femmes mariées et des vierges. […] La femme se marie et elle pleure. Combien de vœux sont prononcés dans les larmes ? Elle conçoit un enfant, et sa fertilité lui cause du tourment bien avant de lui assurer une descendance […] Pourquoi discuter des soucis de l’allaitement, de l’éducation et du mariage ? Ce sont les souffrances des privilégiées. Une mère a des héritiers, mais 3 cela ne fait qu’augmenter sa détresse .

Une nuit, au cours des premières années de notre mariage, le courage de ma femme m’a frappé. Nous avions alors deux enfants. Je traversais une période stressante de Un célibat, émotionnel ou ma vie, et elle avait fait des circonstanciel, envisagé de manière égoïste est susceptible pieds et des mains pour organiser une petite soirée de nous détruire tout autant romantique afin de me perqu’une sensualité débridée. mettre de souffler un peu. Toutefois, au cours de la nuit, nos enfants étaient tombés malades. Lisa allaitait encore l’un deux, et l’autre voulait absolument qu’elle s’occupe de lui. Lisa était épuisée. Elle était restée debout très tard, pour moi, et à présent, elle supportait patiemment un bébé affamé qui s’efforçait désespérément d’extraire les quelques dernières gouttes de lait maternel d’un sein presque vide. Quand le bébé se calma enfin, Lisa dut encore porter dans ses bras un bambin fiévreux et lui caresser les cheveux tout en lui passant un linge humide sur le front. Je voyais ma femme offrir son corps tout entier, dans un acte de service désintéressé, et une pensée a alors traversé mon esprit : C’est une sainte ! Cette nuit-là, aux yeux de Lisa, la vie d’une religieuse célibataire aurait été comparable à des vacances de rêve. Comment pourrait-on prétendre qu’elle avait compromis sa sanctification en s’engageant dans une existence l’appelant à un tel désintérêt héroïque ?


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En réalité, un célibat (émotionnel ou circonstanciel) envisagé de manière égoïste est susceptible de nous détruire tout autant qu’une sensualité débridée. Parlant de notre cœur, C. S. Lewis a écrit ceci : Si vous voulez être sûr de le garder intact, ne le donnez à personne, pas même à un animal. Emballez-le soigneusement dans quelques passe-temps et petits plaisirs ; évitez toute relation compliquée ; enfermez-le prudemment dans le cercueil de votre égoïsme. Mais dans ce cercueil, à l’abri de tout danger, dans l’obscurité, sans air ni mouvement, votre cœur se transformera. Il ne sera pas brisé ; il deviendra incassable, impénétrable et irrécupérable4.

Quel est le meilleur chemin vers une vie de sainteté ? Des chrétiens ont emprunté avec succès la voie du mariage ou celle du célibat. Quelle que soit notre situation, l’important est de considérer que les défis nous donnent l’occasion de grandir. L’athlète désirant améliorer ses performances ne choisit pas les exercices les plus faciles ; L’important est de considérer il opte pour l’entraînement que les défis que nous physique qui le fera le mieux progresser. Le mariage posrencontrons nous donnent sède ses propres difficultés, l’occasion de grandir. mais, attaquées à bras-lecorps, celles-ci peuvent contribuer à l’enrichissement de notre vie spirituelle de bien des manières. L’une d’elles consiste à exposer notre péché et nos comportements blessants, pour nous amener à développer un esprit d’humilité.

Des visages dévoilés En Éphésiens 5 : 25, Paul écrit : « Maris, aimez chacun votre femme, comme le Christ a aimé l’Église ». Il poursuit en expliquant que Christ « s’est livré lui-même » pour l’Église afin de « la sanctifier » après l’avoir « purifiée », afin de la faire paraître « sans tache ni ride ni rien de semblable » (Éphésiens 5 : 26-27).


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Aimer et purifier vont de pair. Un mari qui aime réellement son épouse voudra la voir croître dans la pureté. Une femme qui aime réellement son mari souhaitera le voir grandir en sainteté. Chacun d’eux placera le besoin de croissance vers la sainteté au-dessus de la recherche des biens matériels, de l’opinion d’autrui ou du confort personnel. En ce qui me concerne, le mariage m’a tendu un miroir qui a révélé mon péché. Il m’a obligé à faire preuve d’honnêteté et à examiner mes manquements, mon égoïsme, mes comportements contraires à la foi. Il m’a encouragé à rechercher la sanctification et la pureté afin de grandir dans mon attachement à Dieu. Kathleen et Thomas Hart ont bien décrit ce processus : Au cours des premières années de mariage, le plus difficile à accepter, ce n’est pas ce que nous découvrons à propos de notre partenaire, mais bien ce que nous découvrons à propos de nous-mêmes. Après seulement un an de mariage, une jeune femme avait avoué : « Je m’étais toujours considérée comme quelqu’un de patient et qui pardonnait facilement. Puis, je me suis demandé si ce n’était pas simplement parce que je n’avais jamais été très proche de quelqu’un. Dans le mariage, quand John et moi avons commencé à être confrontés à nos différences, j’ai vu à quel point je pouvais être misérable et rancunière. J’ai découvert en moi une dureté jusqu’alors insoupçonnée5 ».

J’ai expérimenté pour ma part le même phénomène. À l’âge de quinze ans, j’ai été désigné « élève le plus poli » de l’année. Je m’étais toujours Le mariage m’a tendu un considéré comme quelqu’un miroir qui a révélé mon péché. de plutôt patient et indulgent… Jusqu’à ce que je me marie et découvre combien je pouvais être irrité à l’extrême chaque fois que je sortais un bac à glaçons vide du congélateur ! Quand j’étais petit, nous avions une règle claire à la maison : celui qui prend un glaçon doit remplir le bac avant de le remettre au congélateur. Une fois marié, je sortais un bac pour


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n’y trouver qu’un demi-glaçon ! C’était surprenant de constater qu’un si petit détail puisse ainsi m’agacer à ce point. Je demandais alors à Lisa : — À quel point m’aimes-tu ? — Plus que tout au monde, me déclara-t-elle. — Je n’ai pas vraiment besoin que tu m’aimes autant que cela, lui répondais-je. J’ai juste besoin que tu m’aimes l’espace de sept secondes. — Mais de quoi parles-tu ? — Eh bien, j’ai chronométré le temps qu’il faut pour remplir un bac à glaçons. Sept secondes suffisent. — Gary, tu recommences encore avec ça ? Puis vint le jour où j’ai enfin réalisé que si sept petites secondes suffisaient à Lisa pour remplir un bac à glaçons, il ne me faudrait pas plus de temps pour en faire autant. Étaisje vraiment égoïste au point de laisser sept malheureuses secondes troubler sérieusement mon mariage ? Mon seuil d’indulgence était-il vraiment si bas ? Il l’était. Vivre dans une proximité avec autrui tel que le mariage l’impose peut devenir le plus grand défi spirituel au monde. Il n’existe plus pour moi « d’espaces protégés », car je suis, d’une certaine manière, sous surveillance vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Non pas que Lisa me surveille constamment, mais je suis conscient de sa présence dans ma vie. Je sais que chaque film que je louerai, je le visionnerai en compagnie de ma femme. Elle sait quand je prends une pause dans mon travail. Elle sait où je mange, ce que je mange, si je suis sérieux avec mon régime. Mes appétits, mes convoitises et mes désirs, elle les connaît tous. Cela suppose que j’accepte d’être confronté à mon péché, que je sois prêt à demander à Lisa : « Dans quels domaines de ma vie trouves-tu que je manque de sainteté ? Je veux le savoir, je veux changer ». Pour faire cela, il faut beaucoup de courage, et ce n’est pas mon point fort. Du courage pour


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être prêt à entendre ce que Lisa n’apprécie pas chez moi, tout en refusant de me laisser paralyser par peur qu’elle m’aime moins ou me quitte lorsque Le premier résultat évident mon péché est dévoilé. Ma nature ne me pousse pas à de la Chute fut la rupture de rechercher spontanément l’intimité conjugale. l’honnêteté et l’ouverture qui me conduiraient à changer ma manière d’agir. J’ai plutôt tendance à vouloir dissimuler mon péché et projeter de moi une image flatteuse. Dan Allender et Tremper Longman ont décrit ce dilemme en des termes très forts : « L’homme était destiné à être un grand artiste capable de puiser dans les méandres des mystères de la vie afin d’en faire ressortir une manifestation remarquable de la beauté. Après la Chute, il est devenu le lâche et violent protecteur de rien d’autre que sa propre personne. L’intimité et l’ouverture ont été remplacées par la dissimulation et la haine6 ». Le mariage, ajoutent-ils, est « le contexte le plus favorable pour à la fois mettre en lumière la dépravation humaine, mais aussi vivre dans la dignité7 ». Retournons un instant à l’époque d’Adam et Ève. C’est dans le contexte du premier mariage qu’a été commis le premier péché. Et le premier résultat évident de la Chute fut la rupture de l’intimité conjugale. Ni Adam ni Ève n’acceptèrent de reconnaître que leurs faiblesses devenaient brusquement une évidence. Tout à coup, il leur sembla bizarre d’être nus. Et chacun commença à rendre l’autre responsable de la situation. Vous cachez-vous de votre conjoint ? Où profitez-vous du projecteur du mariage pour grandir dans la grâce ? Certains d’entre nous ont besoin de l’action de cette lumière pour réaliser à quel point nous sommes pécheurs. Howard Hendricks a rapporté qu’un jeune homme enthousiaste était venu le trouver à la fin d’une de ses conférences et l’avait appelé un « grand homme ». Sur le chemin du retour, Hendricks se tourna vers sa femme et lui demanda : — « Un grand homme… » Combien de grands hommes connais-tu ?


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— Un de moins que tu ne crois, avait-elle répondu. J’ai toujours pensé que Dieu donne une femme aux hommes qui ont de grandes responsabilités en partie pour les aider à garder les pieds sur terre. Lorsqu’un individu est sans cesse mis en avant pour ses actions, c’est important qu’il ait quelqu’un à ses côtés, qui le connaisse au plus profond de luimême. Blaise Pascal a écrit : Si la faiblesse et la corruption de l’homme nous surprennent encore, c’est que nous n’avons pas suffisamment sondé la 8 misère humaine en général, et la nôtre en particulier .

Être engagé dans la relation du mariage m’oblige à prendre conscience de mes limites. Cela m’incite à « sonder » la misère humaine en général et la mienne en particulier. François Fénelon, mystique chrétien du xviiie siècle, a écrit que « tous les saints sont convaincus qu’une profonde humilité est le fondement de toutes les vertus9 ». Cette opinion est partagée par le célèbre écrivain anglican William Law : [L’humilité] est si indispensable à la bonne santé de notre âme qu’il est impossible d’accéder à une vie pieuse sans elle. Nous pourrions aussi bien rêver de voir sans yeux, ou vivre sans respirer, que de vivre dans l’esprit de la religion 10 sans l’esprit d’humilité .

Et qu’est-ce que l’humilité ? Fénelon nous donne des pistes : Une forme d’honnêteté, l’empressement d’un enfant prêt à reconnaître ses fautes, un désir de se rétablir, de se soumettre aux conseils de personnes d’expérience ; ces qualités seront solides, utiles, et profitables à notre sanctification11.

Nous ne pouvons nous engager dans le mariage avec l’intention d’être purifiés spirituellement que si nous sommes prêts à considérer le mariage comme une discipline spirituelle. Dans ce cas, nous ne pouvons pas prendre cet engagement


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en espérant avant tout en retirer épanouissement, satisfaction émotionnelle, et charme romantique. Nous devons viser d’abord ceci : ressembler à Jésus-Christ. Nous devons accepter l’idée de voir nos manqueLes couples échouent ments révélés aux yeux de généralement par manque de notre partenaire, et ainsi révélés à nos propres yeux. repentance bien plus que par Notre péché ne semble jamanque d’amour. mais très choquant tant qu’il n’est connu que de nous seul. Quand nous découvrons la réaction qu’il provoque chez l’autre, sa gravité est amplifiée. Le célibataire peut « masquer » sa frustration en s’éloignant de sa source, mais une fois mariés, l’homme et la femme n’ont plus de refuge. Il est difficile de se cacher quand on partage un même lit.

La parade amoureuse J’ai une théorie : un péché inavoué se cache presque toujours derrière une situation d’insatisfaction conjugale. Les couples échouent généralement par manque de repentance bien plus que par manque d’amour. Le péché, les mauvaises dispositions de cœur et les manquements que l’on n’a pas osé regarder en face, tout ceci sape lentement la relation. Les grandes promesses faites du temps de la passion sont attaquées et finissent par se briser. Nous nous engageons tous dans le mariage avec nos attitudes pétries de péché. Lorsque celles-ci remontent à la surface, la tentation est grande de chercher à les dissimuler ou de se lancer dans une autre relation, là où ces attitudes ne seront pas encore connues. Mais le mariage chrétien présuppose la volonté de vivre dans la lumière. Le jour où j’ai dit Oui à Lisa, je me suis engagé à la laisser me connaître, c’est-à-dire à la laisser me voir tel que je suis, avec mes erreurs, mes préjugés, mes craintes et mes faiblesses. Faire face à ces réalités, ça peut faire peur. Lorsque nous sortons ensemble avant le mariage, notre relation ressemble à une sorte de parade amoureuse au cours de laquelle chacun


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met en avant ses qualités. Ce n’est pas une préparation adéquate aux révélations inévitables du mariage ! Si de nombreux mariages se soldent par un divorce, c’est peut-être en grande partie parce que l’un des partenaires, sinon les deux, fuyait au moins autant la révélation de ses propres faiblesses que celles de son conjoint. Puis-je vous suggérer une alternative à cette fuite ? Considérez la mise en lumière de votre péché comme un moyen formidable de grandir dans cette vertu fondamentale du chrétien qu’est l’humilité, une démarche qui vous conduira ensuite vers la confession et le renoncement au péché. Passez alors à l’étape suivante, et adoptez la vertu positive correspondant au péché que vous abandonnez. Si, dans le passé, vous vous êtes servi des femmes d’une manière égoïste, appliquez-vous désormais à vous mettre au service de votre épouse. Si vous étiez prompte à tourner votre mari en ridicule, exercez-vous à l’encourager et à le féliciter. Considérez le mariage comme une voie d’accès à la sanctification. Vos comportements de pécheur seront visibles, et vous aurez ainsi l’occasion Ne pas succomber à la de les régler avec le Seigneur. tentation d’en vouloir à notre Le défi est de taille : ne pas succomber à la tentation partenaire lorsque nos propres d’en vouloir à notre parte- faiblesses sont mises en lumière. naire lorsque nos propres faiblesses sont mises en lumière. Réciproquement, offrez à votre conjoint la liberté et la bienveillance dont il a besoin pour être, lui aussi, confronté à ses faiblesses. Ainsi, le mariage devient un tremplin, ou un miroir spirituel, conçus pour vous venir en aide dans votre marche vers la sanctification.

Accepter le péché de l’autre Cette manière de considérer le mariage nous conduit à aborder un autre sujet important : non seulement je dois accepter que mon péché soit dévoilé, mais je dois aussi veiller à la manière dont je traite mon conjoint lorsque son péché est mis en lumière. Est-ce que je m’en sers pour l’accabler,


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l’humilier ou gagner un avantage sur lui (ou sur elle), ou bien pour l’encourager, avec amour et douceur, à persévérer dans l’imitation du caractère de Jésus-Christ ? Connaître le péché d’autrui est une arme puissante et dangereuse. À maintes reprises, des maris m’ont confié leur frustration due à leur difficulté de pardonner à leur femme qui avait eu une aventure extraconjugale. Leur réaction naturelle était de ressasser le souvenir de cette liaison en présence de leur épouse. C’est une prise de pouvoir indigne. Dès que leur femme pointait du doigt une faiblesse dans leur vie, leur première réaction était de rétorquer : « Oh ! Et est-ce que tu vas retourner te jeter dans les bras de Jim si je ne change pas ? » Ou encore : « C’est peut-être vrai que je me mets en colère, mais moi, au moins, je sais maîtriser mes pulsions sexuelles ! » En général, les hommes détestent dire de telles choses, et les femmes ont horreur de les entendre. Ces remarques sont cruelles et vindicatives, mais il nous arrive parfois d’être des maris cruels et vindicatifs : — As-tu dit à ta femme à quel point tu as horreur de dire de telles choses ? ai-je un jour demandé à l’un d’eux. — Oui, mais même si elle sait que j’ai horreur de les dire, elle continue à avoir horreur de les entendre. Pour que cette discipline puisse fonctionner entre nous, il faut l’associer constamment à la discipline du pardon (voir le chapitre 9). En effet, cette discipline (qui consiste à exposer notre propre péché et à devenir un projecteur tourné vers notre conjoint) est difficile à maîtriser. Elle requiert énormément de courage, et une douceur constante que les hommes auront souvent tendance à qualifier Connaître le péché d’autrui de mélodramatique. Les échanges au sein du couple est une arme puissante et ne doivent jamais devenir dangereuse. des interrogatoires serrés ! Ils doivent plutôt devenir des conversations de croissance qui encourageront chacun à poursuivre sa route en vue de la


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sanctification : « Ainsi donc, exhortez-vous mutuellement et édifiez-vous l’un l’autre » (1 Thessaloniciens 5 : 11). Voyons maintenant, par un exemple concret, comment la mise en lumière d’un péché peut aider à grandir en révélant nos vraies motivations.

Le péché derrière le mécontentement Greg et Valérie fêtent leurs huit ans de mariage autour d’un repas mais, à vrai dire, le cœur n’y est pas. Greg s’efforce de cacher à sa femme ce qu’il ressent vraiment : il s’ennuie. Passionné d’informatique, il est frustré. Il aurait préféré passer la soirée à parler ordinateurs avec un collègue de travail plutôt que de soutenir une conversation avec sa femme. C’est Valérie qui a choisi le restaurant. C’est un endroit chaleureux, doublé d’un magasin d’antiquités. Greg collectionne les vieux panneaux de signalisation, et il doit se retenir pour ne pas se lever et aller faire un tour du côté de la boutique. Il s’oblige à se rappeler que c’est leur anniversaire de mariage et qu’il devrait désirer partager ce moment avec sa femme, au lieu d’avoir envie de rechercher son propre plaisir. Mais Greg trouve que l’univers de sa femme s’est réduit de façon dramatique. Toute la conversation se résume par un compte rendu systématique et ennuyeux des événements de sa journée : « Et juste après avoir passé la serpillière, je suis montée prendre une douche, et devine quoi ? Rebecca a laissé tomber son bol de compote et ne l’a même pas ramassé ! Peter a bien sûr marché dedans et a laissé des traces dans toute la maison ! Et je venais tout juste de laver partout ! » Greg hoche la tête, en proie à un terrible conflit intérieur. Il est mal à l’aise, car il sait que sa femme attend de lui ce qu’il n’est pas certain de pouvoir lui donner : elle désire que quelqu’un s’intéresse à ses soucis de tous les jours, mais, honnêtement, pour Greg, la propreté des sols de leur maison est la moindre de ses préoccupations. Il a l’esprit vif, et aime tout particulièrement relever les défis informatiques (« Ce sont comme des mots croisés numériques », explique-t-il). Toutes


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ces petites histoires de bol de compote, de sols à laver et de chamailleries des enfants l’ennuient à mourir. Quelques jours plus tard, je rencontre Greg et je lui dis : — C’est uniquement en t’intéressant à son monde que tu vas servir ta femme. Tu penses vraiment que Jésus jubilait à l’idée de laver les pieds de ses disciples, et d’entendre constamment toutes leurs petites chamailleries ? De plus, il s’agit ici de tes enfants. C’est normal que Valérie suppose que tu veuilles savoir ce qui leur est arrivé pendant la journée. Greg acquiesce à contrecœur : — Oui, je suppose que tu as raison. Mais… Son hésitation m’indique que nous nous approchons du cœur du problème. — … J’ai une collègue au travail avec qui j’ai beaucoup de plaisir à parler ordinateurs alors que Valérie, c’est pas son truc. Avec cette collègue, on s’amuse à relever ensemble des défis informatiques, c’est génial ! Je me sens très proche d’elle. Il se tait à nouveau pendant un long moment. — Valérie et moi, nous n’avons plus rien en commun. À ce moment précis, le mensonge égoïste était dévoilé. — Rien en commun ? Et qu’en est-il de Peter et de Rebecca ? — Oui, c’est vrai… les enfants, peut-être. — Et de les avoir faits ensemble, de vous être occupés d’eux ensemble… Ceci aurait moins de valeur à tes yeux que de mettre côte à côte une suite de chiffres et de lettres afin de générer un programme informatique avec cette autre femme ? C’est bien ce que tu es en train de me dire ? Que tes enfants comptent si peu pour toi que tu les trouves moins intéressants que la création d’un nouveau logiciel qui sera dépassé d’ici deux ans ? — Aïe ! dit Greg en lâchant un profond soupir, je n’avais pas vu ça comme ça.


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Greg voulait « réécrire » sa réalité afin de donner l’impression que sa manière de penser n’était pas si tordue que ça. En vérité, il préférait réellement développer des programmes informatiques plutôt que de passer du temps avec sa famille. Mais, au lieu de l’admettre et de se remettre en question, il blâmait sa femme : « Valérie est ennuyeuse », « Valérie ne me comprend pas », « Nous avons pris des directions différentes ». Ces accusations étaient bien plus confortables pour lui que d’admettre : « Je suis égoïste, et j’ai un sérieux problème de priorités, au point même d’être prêt à envisager une liaison amoureuse avec ma collègue de travail ». Si nous l’abordons comme il se doit, et si nous sommes prêts à examiner honnêtement nos motivations les plus profondes, notre mariage ressemble à une photo. Regarder des photos n’est pas toujours agréable. Je me revois en train de jeter un coup d’œil sur des photos que nous venions de récupérer au magasin. Pour la première fois, je réalisais à quel point j’avais pris du poids : Oh la la ! D’où sort ce double menton ? Mon premier réflexe était de mettre en cause l’angle de prise de vue, mais ces kilos en trop se voyaient sur toutes les photos… quel que soit l’angle ! La même chose se produit dans le couple quand il s’agit de notre péché. La vérité dévoilée nous contrarie, et il est tentant d’en rejeter la faute sur le conjoint, comme s’il était devenu l’appareil photo. Un chrétien mature trouve son plaisir à marcher fidèlement devant son Dieu. Sa satisfaction première est d’être luimême une personne mature, et non de côtoyer une personne mature. Une grande part de notre insatisfaction conjugale trouve son origine dans notre haine de nous-mêmes. Nous n’aimons pas ce que nous avons fait, ou ce que nous sommes devenus. Nous avons laissé nos attitudes égoïstes et pécheresses empoisonner nos pensées et nous amener à avoir des comportements honteux. Soudain, nous n’avons plus qu’une envie : nous enfuir. Toutefois, la réponse mature n’est pas dans la fuite mais dans le changement. De nous-mêmes.


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Chaque fois que l’insatisfaction pointe son nez dans mon mariage (ce qui arrive un jour ou l’autre dans chaque mariage), je fais une petite mise au point. Je constate alors ceci : les périodes de bonheur et de satisfaction dans mon mariage sont celles durant lesquelles je recherche délibérément ma raison d’être et ma satisfaction en devenant un meilleur mari plutôt qu’en exigeant une « meilleure » épouse. Si vous êtes chrétien, vous savez que selon la Bible, vous ne pouvez changer votre conjoint pour un autre. Par contre, vous pouvez vous changer vous-même. Et ce changement personnel peut vous apporter l’épanouissement que vous espériez obtenir en changeant de partenaire. En fin de compte, c’est plutôt comique : c’est vrai, un des partenaires doit changer, mais ce partenaire n’est pas votre conjoint, c’est vous ! Je ne sais pas pourquoi cela fonctionne ainsi. Je ne sais pas comment il est possible d’être profondément insatisfait au sein de son mariage, de se tourner vers Dieu pour lui demander de changer sa vie, et de se retrouver soudainement parfaitement satisfait au côté du même conjoint. Je ne sais pas pourquoi ça fonctionne, mais ça fonctionne réellement. Cela prend du temps, parfois des La réponse mature n’est pas années. Mais si votre cœur est déterminé à être proche dans la fuite mais dans le de Jésus, vous trouverez changement de nous-mêmes. votre plaisir à lui ressembler. Jamais vous ne connaîtrez cette joie en offensant Jésus par un divorce ou une aventure extraconjugale. Au xixe siècle, Marie d’Agoult abandonna ses enfants pour suivre le plus célèbre compositeur et virtuose de l’époque, Franz Liszt. Lorsque sa passion amoureuse se dissipa et que l’absence de ses enfants commença à lui peser, on raconte que Marie aurait dit : « Lorsque quelqu’un a tout brisé autour de lui, il s’est aussi brisé lui-même ». Si nous le laissons faire, le péché nous conduira à l’autodestruction. Face à la même tentation, un homme pourra soit grandir en compréhension et en maturité, soit se laisser


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happer par la spirale du déni, du mensonge et de la destruction spirituelle. Ce choix nous appartient. Dans ce monde déchu, le péché est une réalité. Notre réaction face à la tentation déterminera ce que notre mariage deviendra : une ruine, un échec, ou une victoire, un succès.


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CHAPITRE 7

L’histoire sacrée Construire la discipline spirituelle de la persévérance Il est très difficile pour quelqu’un de demeurer totalement fidèle aux choses, aux idées et, par-dessus tout, aux personnes qu’il aime. La fidélité parfaite n’existe pas davantage que l’amour parfait ou la beauté parfaite. Mais cela vaut la peine d’essayer. — KATHERINE ANNE PORTER

Que le Seigneur conduise vos cœurs à l’amour de Dieu et à la persévérance du Christ. — 2 THESSALONICIENS 3 : 5 (TOB)

Martine s’était engagée dans le mariage avec un énorme fardeau : le souvenir de l’échec d’une union libre qui s’était soldée par une rupture dévastatrice. Elle était donc en proie à un sentiment d’insécurité au sein de son mariage. Pour elle, le schéma inéluctable des relations dans un couple se résumait au principe suivant : « Les conflits amènent la rupture, et la rupture génère une profonde souffrance ».


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Après quelques années de mariage, le couple commença à se quereller sur des questions de finances. Après des semaines d’âpres discussions, ils n’avaient toujours pas abouti à un accord. Cette dissension s’aggrava au point où leur mariage commença à se désintégrer. Ils ne vivaient plus beaucoup la joie au sein de leur couple, mais plutôt l’angoisse et la frustration. Inconsciemment, Martine retourna puiser dans les émotions provoquées par l’échec de sa relation précédente. Comme elle souffrait encore de cette rupture douloureuse, elle céda à la panique, et commença à douter que son mariage puisse survivre à une telle crise. Son expérience passée affirmait haut et fort que tout conflit non résolu menait inexorablement à la rupture. Elle pleurait donc déjà la fin d’une relation qui n’était pourtant pas encore condamnée. C’est alors qu’un soir, à la suite d’une énième discussion mouvementée, toujours aussi stérile, son mari eut un geste merveilleusement bouleversant et prophétique, un geste dont Martine se souviendrait jusqu’à son dernier jour. Alors qu’elle me racontait cette histoire, ses yeux brillaient d’une joie profonde générée par le geste de son mari : « Ce soir-là, il m’a entourée de ses bras et m’a dit : “Martine, il faut que tu saches que, quoi que nous décidions, jamais je ne renoncerai à ce mariage. Même si nous devions vivre avec ce sujet de tension pour le reste de notre vie, je ne t’abandonnerai pas” ». Martine fondit en larmes en nous racontant cette histoire. Malgré les désaccords réguliers dans son mariage, elle ne souhaitait pas que cette relation se termine, et voilà que son mari lui promettait que ce ne serait jamais le cas. Martine et son mari réalisaient le caractère sacré de leur histoire commune. Ils accordaient tous deux une grande importance au simple fait de savoir que leur mariage allait tenir bon dans le temps. Et tout à coup, le problème de départ devenait moins imposant et insurmontable car, quoi qu’il arrive, leur histoire commune serait protégée. À l’abri. Nous annonçons la grâce prophétique du mariage lorsque nous comprenons le caractère sacré de cette construction d’une


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histoire à deux. Le philosophe allemand Friedrich Nietzsche, suggérant que le mariage était une « longue conversation », conseillait vivement d’épouser un bon ami. Même si cela est plutôt vrai, ce n’est toutefois que l’ombre d’un dialogue qui a depuis longtemps précédé le nôtre : celui de Dieu avec son peuple, les Juifs.

Le Dieu d’Abraham Quelqu’un avait demandé à un grand théologien de lui donner la plus belle preuve de l’existence de Dieu. Il répondit sans hésiter : « Le peuple juif ». Alors que les tyrans et les ennemis se relayaient pour tenter d’exterminer ce peuple, tout au long de son histoire tumultueuse, la survie des Juifs n’a parfois tenu qu’à un fil, bien fragile. Les Juifs ont pourtant survécu à des siècles d’Histoire dramatique et poignante. Une réalité théologique est gravée dans cette histoire : le Dieu de l’Ancien Testament s’est révélé de manière unique en s’attachant personnellement à un peuple spécifique. Pendant des milliers d’années, des adeptes fidèles avaient adoré les dieux de la montagne, ou ceux de la vallée ou de la mer. Puis soudainement était apparu un Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, un Dieu des hommes : quelque chose de totalement nouveau ! Plus étonnant encore était la filiation directe de cette relation : d’Adam et Ève à Marie et Joseph, en passant par Abraham et Sarah, et par David et Bath-Chéba. Cette histoire comportait un caractère sacré. Son sens profond provenait du fait que Dieu s’était déjà révélé aux pères, aux grands-pères, aux arrière-grands-pères et aux pères de leurs pères avant eux. Cette relation entre Dieu et son peuple n’a jamais été simple. Elle connut de grands moments de joie et de célébration (rappelez-vous l’histoire d’amour entre Dieu et son peuple lors de l’inauguration du Temple par Salomon). Mais elle connut aussi des épisodes de colère et de frustration (quand Dieu permettait aux tyrans étrangers de dominer) ; des épisodes d’infidélité et de reniement (lorsqu’Israël s’atta-


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chait à d’autres dieux) ; et même d’insoutenables périodes de silence (dont quatre cents longues années entre l’Ancien et le Nouveau Testament). À présent, replacez ces événements dans un contexte plus proche du vôtre : de grands moments de joie et de fête, de colère et de frustration, des temps d’infidélité et de reniement, des périodes insoutenables de silence. Cela vous fait-il penser à une relation qui vous est familière ? Votre propre mariage, peut-être ? Vues sous cet angle, nos relations au sein du mariage permettent de nous identifier à Dieu dans sa relation avec Israël. Votre vie de couple a-t-elle connu de grands moments de joie et de fête ? Dieu peut s’associer à votre bonheur. Votre cœur a-t-il été brisé par la trahison de l’infidélité ou la frustration du silence ? Vous n’êtes pas seul, et vous disposez des éléments nécessaires qui vous permettront d’approfondir votre relation avec Dieu. À la base de la relation de Dieu avec le peuple d’Israël, il y avait une qualité essentielle : la persévérance. Quand Israël tournait le dos à Dieu, Dieu ne tournait pas le dos à Israël. Il s’éloignait parfois pour un temps, mais il restait touNos relations au sein du jours fidèle à ses promesses.

mariage permettent de nous identifier à Dieu dans sa relation avec Israël.

Je pense en particulier à ces quatre cents années de silence séparant l’Ancien Testament du Nouveau. Il est souvent difficile de dire si notre mariage est « bon » ou « mauvais » ; nous sommes mariés, c’est tout. La routine et la monotonie nous fatiguent, et notre âme devient de temps à autre indifférente à celle de l’autre. Le mariage est une longue randonnée à deux. Le terrain est parfois très intéressant, parfois plutôt ennuyeux. Par moments, la marche est pénible, pour les deux ou pour un seul. Parfois, la conversation est animée ; parfois, il n’y a


L’histoire sacrée  d 121 pas grand-chose à raconter. Les marcheurs ne savent pas exactement où ils vont ni quand ils vont arriver1.

Au-delà de cet aspect Le mariage peut se définir par la parfois lassant de la « monotonie », il faut reconnaître persévérance : le maintien d’une relation dans le long terme. aussi que la randonnée est plus longue pour nous qu’elle ne l’était pour nos ancêtres. Autrefois, beaucoup de mariages se terminaient brutalement par le décès des femmes lors d’un accouchement. Thomas Cranner, célèbre archevêque de Canterbury de 1533 à 1553, perdit son épouse au cours de leur première année de mariage. L’évêque Jeremy Taylor* (1613-1667) perdit la sienne après seulement treize ans de vie commune. La femme de Calvin mourut avant leur dixième anniversaire de mariage, tandis qu’Anne, épouse de John Donne, décéda à peine seize ans après qu’ils se furent mariés2. Les hommes ne vivaient pas aussi longtemps qu’aujourd’hui. En 1870, peu de femmes avaient encore leur mari à leurs côtés lorsque leur cadet quittait la maison. En 1911, la durée moyenne d’un mariage était de vingt-huit ans. En 1967, elle avait déjà atteint quarante-deux ans. Aujourd’hui, le mariage peut réellement se définir par la persévérance, c’est-à-dire le maintien d’une relation dans le long terme. Avec les progrès de la médecine et l’augmentation de l’espérance de vie, vous n’aurez pas droit à une médaille avant votre soixantième ou soixante-dixième anniversaire de mariage ! Pouvoir rester marié pendant six ou sept décennies est un phénomène relativement récent. Notre vie spirituelle peut grandement en tirer partie. Le mariage nous aide à développer le caractère de Dieu en persévérant à travers les bons et les mauvais moments. Chaque cérémonie de mariage donne naissance à une nouvelle histoire, un nouveau commencement. Le * NDE : évêque et écrivain anglais. Ses deux œuvres, The Rule and exercises of holy living (1650) et The Rules and exercises of holy dying (1651) renferment des conseils de piété chrétienne concernant la morale, de la naissance à la mort.


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sens spirituel du mariage se découvre en protégeant ensemble cette histoire. Certains experts avancent qu’il faut entre neuf et quatorze ans pour qu’un couple puisse commencer à « créer et former son entité3 ». Quand j’entends parler de couples qui se séparent après trois ou quatre années ensemble, je suis triste. Ils n’ont même pas eu le temps de commencer à découvrir ce qu’est réellement le mariage. C’est un peu comme si quelqu’un décidait de gravir à moitié une montagne, sans jamais savourer le panorama d’en haut. On grimpe, on se bat, mais il est beaucoup trop tôt pour recueillir le fruit de son travail. Vouloir évaluer son mariage après si peu de temps, c’est vouloir goûter un gâteau à moitié cuit. Au sens le plus profond et le plus intime, devenir un prend du temps. C’est un voyage qui n’a jamais vraiment de fin, mais il faut compter au moins dix ans pour permettre à la véritable intimité de commencer à s’installer.

La discipline spirituelle de la persévérance Nous vivons dans une société de démissionnaires. Un employé abandonne son poste dès que le travail devient trop pénible. Un employeur licencie son personnel dès que les bénéfices diminuent d’un Comptez bien dix ans pour quart de point. À la moindre permettre à la vraie intimité de contrariété, les gens délaissent leur communauté pour commencer à s’installer. en chercher une autre. La Bible nous avertit que quelques-uns abandonneront même leur foi (1 Timothée 4 : 1). Jésus parle de cette tentation d’abandonner la foi dans la « parabole du semeur ». Une parabole qui aurait dû plus justement s’appeler la « parabole des terrains », car c’est bien de cela dont il s’agit. En Luc 8, Jésus annonce que certains entendent la Parole de Dieu, qu’ils y « croient pour un temps », mais qu’au moment de l’épreuve, ils abandonnent tout (v. 13). D’autres entendent la Parole de Dieu, mais leur foi est étouffée « par les soucis, les richesses et les plaisirs de la vie », et ils


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n’arrivent pas à maturité (v. 14). Mais Jésus fait l’éloge de ceux qui « entendent la Parole […], la retiennent et portent du fruit par la persévérance » (v. 15 – Italique ajouté). La vraie spiritualité chrétienne a toujours mis en avant la persévérance : Ceux qui, en pratiquant le bien avec persévérance, cherchent l’approbation de Dieu, l’honneur et l’immortalité, recevront [de Dieu] la vie éternelle. Mais, à ceux qui, par ambition personnelle, repoussent la vérité et cèdent à l’injustice, Dieu réserve sa colère et sa fureur. — ROMAINS 2 : 7-8, SEMEUR, ITALIQUE AJOUTÉ

La droiture, la vraie sainteté, se découvre au fil du temps, au travers de notre persévérance. Il est relativement facile de « flirter » avec la droiture. Il est facile d’être occasionnellement courtois envers les autres conducteurs (si vous êtes de bonne humeur), d’aider une personne en difficulté à ouvrir la porte (si vous en avez le temps) ou de donner quelques pièces de plus à la collecte (si vous n’en avez pas besoin). Mais en réalité, une telle droiture est superficielle. Ce que le Dieu de justice recherche, c’est une droiture constante, un engagement à continuer à faire les bons choix, heure après heure, même si vous êtes constamment tiré dans la direction opposée. La sainteté est bien plus qu’une disposition bienveillante à l’égard d’actes de bonté et d’amour occasionnels. C’est un engagement obstiné à une soumission à Dieu. Le mari ou la femme qui se verra un jour « tomber amoureux » d’un autre ou d’une autre, devra continuellement faire le choix de ne pas agir inconsidérément et de surveiller ses paroles. Afin de préserver l’intégrité de son mariage, il lui faudra bien plus qu’une décision ponctuelle : il faudra persévérer dans la droiture. Puisque le mariage est une si longue conversation, il passe inévitablement par de nombreuses étapes. Certaines présentent plus de difficultés que d’autres. Les années d’éducation des jeunes enfants sont un vrai défi, notamment lorsqu’il s’agit de préserver l’intimité et le plaisir dans le couple. C’est


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une tâche épuisante. Deux chercheurs, William Lederer et Donald Jackson, font remarquer qu’ils n’ont « jamais observé de collaboration globalement constante entre les conjoints, durant la période d’éducation des enfants4 ». Nous traversons des périodes parfois bien difficiles à accepter dans la vie. L’éducation des enfants occasionne des moments de richesse extraordinaires alors que d’autres aspects de notre vie (trouver par La persévérance n’a de sens exemple des moments pour que si nous vivons dans se retrouver seul à seul avec le conjoint) en pâtissent forl’anticipation de l’éternité. cément. Dites-vous que ce n’est qu’une saison de la vie, et il serait donc absurde de cesser de persévérer durant cette période qui généralement oblige chaque couple à réviser et à adapter ses attentes. Qu’est-ce qui nous pousse à baisser les bras dans notre mariage ? Même si Jésus n’appliquait pas spécifiquement le contexte du mariage à la parabole des terrains, il dévoile néanmoins plusieurs raisons à notre incapacité à persévérer au sein de nos mariages. Certains d’entre nous baissent les bras « au moment de l’épreuve » (Luc 8 : 13). Nous avions imaginé que le mariage serait facile à vivre ; dès que ce n’est plus le cas, nous quittons le navire. D’autres abandonnent lorsqu’ils sont étouffés par « les soucis […] de la vie » (Luc 8 : 14). Les conseillers matrimoniaux reconnaissent que les problèmes financiers sont la source première de la faillite des mariages. Sans parler de notre égoïsme et notre péché, tous deux capables de détruire une relation qui nous était jadis si précieuse. D’où provient la force de persévérer à faire le bien ? Paul y fait allusion dans le passage de Romains 2 cité plus haut : par notre persévérance, nous recherchons « l’approbation de Dieu, l’honneur et l’immortalité » (Romains 2 : 7 – Semeur). Ces paroles révèlent une autre réalité, celle d’une vie future (après tout, rien n’est immortel dans ce monde). La persévérance n’a de sens que si nous vivons dans l’anticipation de l’éternité.


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Celui ou celle qui se bat avec les sentiments qu’il éprouve pour une autre personne que son conjoint, devra prendre une décision qui pourrait, à court terme, le rendre moins heureux et lui procurer moins La sainteté qui sera un jour de plaisir (quoique dans le long terme, cette décision récompensée au ciel est la lui procurera une bien plus sainteté persévérante. grande satisfaction). La persévérance chrétienne est enracinée dans la certitude qu’il existe une autre vie, qu’on appelle généralement « le ciel ». Une vie éternelle, à laquelle notre existence terrestre devrait nous préparer. Ce monde à venir est si rempli de gloire et d’honneur qu’il mérite tous les sacrifices ici-bas afin de recevoir là-bas gloire, honneur et immortalité. Quel monde est aujourd’hui au centre de votre vie ? Votre vie de couple sera le révélateur ultime de votre réponse à cette question. Si vous vivez avec une perspective d’éternité, vous trouverez plus raisonnable de préparer cette éternité en supportant plutôt un mariage difficile qu’en détruisant une famille afin d’obtenir un soulagement rapide et facile. Dans la plupart des situations de divorce, un homme ou une femme tente d’échapper, tout au plus, à quelques décennies difficiles. Et pour obtenir ce soulagement, ces gens rejettent la gloire et l’honneur qui durera l’éternité. Quel mauvais calcul ! La sainteté qui sera un jour récompensée au ciel est la sainteté persévérante. Lisez toute la Bible : il n’est mentionné nulle part une « couronne céleste » attribuée à ceux qui auront eu la « vie la plus heureuse » sur la terre. Une telle récompense n’existe pas. Pas de médaille prévue non plus pour le chrétien qui aura le moins souffert. La priorité de l’histoire sacrée est éternelle. Le mariage est un rappel efficace de cette réalité. Une des phrases les plus poétiques des Écritures, celle que j’aimerais que chaque couple fasse figurer en bonne place dans sa maison, se trouve en 2 Thessaloniciens 3 : 5 : « Que le Seigneur conduise vos cœurs à l’amour de Dieu et à la persévérance du Christ » (TOB).


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Je veux que mon cœur soit rempli de l’amour de Dieu et de la persévérance du Christ. Voici la meilleure recette que donne la Bible pour marcher dans la sainteté et « réussir » sa vie ici-bas sur la terre. Ah, si mon cœur pouvait toujours être plus tourné vers l’amour de Dieu ! Ah, si je pouvais apprendre la persévérance patiente de Christ lui-même ! L’alternative est rappelée par Paul en Romains 2. Au lieu de recevoir une récompense céleste, certains recevront « la colère et la fureur ». Qui sont-ils ? « Ceux qui, par ambition personnelle, repoussent la vérité et cèdent à l’injustice » (Romains 2 : 8 – Semeur). Qu’y a-t-il de plus égoïste que d’ignorer ce qui est le meilleur pour vos enfants, c’est-à-dire un foyer stable et paisible ? Qu’y a-t-il de plus égoïste que de se débarrasser d’un mariage simplement parce que vous êtes fatigué de votre conjoint tout en sachant qu’en agissant ainsi vous portez un sérieux coup à votre ministère de réconciliation (voir chapitre 2) ? Je souhaite que les hommes, en particulier, prennent conscience des dangers inhérents au divorce, tout au moins du point de vue des femmes. Mes yeux se sont un jour ouverts quand j’ai réalisé le risque énorme que je prenais en brisant l’histoire de mon mariage.

Un avenir incertain L’un des plus grands dangers tient au fait que nous ne pouvons connaître l’avenir. Laissez-moi vous raconter une histoire vraie. Mon égoïsme s’est manifesté de la pire manière qui soit le jour où une femme, membre du groupe qui m’avait invité à prêcher, est venue me chercher en voiture à l’aéroport. Elle me pria de m’asseoir à l’arrière de la voiture avec son fils. Dès que j’ouvris la portière, j’eus un mouvement de recul : l’intérieur de la voiture était dégoûtant. Je devais parler plus tard dans la journée et je portais ce jour-là un costume clair. Je craignais donc de salir mes vêtements avec tous les restes de nourriture qui traînaient sur le siège.


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Pour ne pas offenser cette dame, je fis de mon mieux pour repousser discrètement le maximum de nourriture et de saleté avant de m’asseoir. D’horribles pensées égoïstes me traversaient l’esprit, comme celle-ci : Comment a-t-elle pu laisser sa voiture dans un tel état, alors qu’elle savait très bien qu’elle devait venir me chercher ? Très rapidement, j’appris que cette femme était divorcée et qu’elle élevait seule ses enfants : Cela explique la voiture sale, me dis-je, cette femme est probablement débordée. Puis, alors que nous discutions, elle me dit qu’elle suivait une chimiothérapie. Les médicaments la rendaient si malade qu’elle ne pouvait travailler qu’un jour par semaine, comme serveuse. Le reste du temps, elle tentait de reprendre L’un des plus grands dangers suffisamment de forces pour tient au fait que nous ne pouvoir retourner travailler pouvons connaître l’avenir. la semaine suivante, afin de grappiller de quoi couvrir ses frais médicaux. Elle gagnait trois fois rien, s’efforçait de s’occuper seule de trois enfants, et subissait une chimiothérapie… Et pourtant, elle s’était portée volontaire pour sacrifier son temps, son énergie et son argent (vu le prix du carburant !) pour être mon chauffeur durant cette conférence. Cette femme était absolument remarquable. J’étais en colère contre moi-même. J’avais silencieusement maudit son siège sale, absorbé par mon propre embarras si j’avais dû arriver quelque part avec des restes de nourriture collés à mes vêtements ; un détail si insignifiant en comparaison des nombreuses difficultés auxquelles cette femme était confrontée quotidiennement. Après m’être repenti et avoir endossé à nouveau une attitude de serviteur plutôt que de « star », mes pensées se tournèrent vers son mari. Comment un soi-disant chrétien pouvait-il laisser la femme avec qui il avait eu trois enfants se débrouiller seule face à une telle épreuve ? J’étais tellement désolé pour elle que mon cœur saignait. Dès que je pus téléphoner à mon épouse, je lui racontai cette triste histoire :


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« Quelle sorte d’homme faut-il être, m’emportai-je, pour ne pas immédiatement voler au secours de quelqu’un dans cette situation, après avoir fait le serment, devant Dieu et devant les hommes, de demeurer à ses côtés “dans la santé ou dans la maladie” ? À quel point faut-il avoir le cœur endurci pour n’être pas touché par la souffrance de quelqu’un que vous avez autrefois aimé ? » Quand cet homme a divorcé de sa femme, il ne pouvait bien sûr pas se douter qu’elle aurait un cancer. Mais c’est précisément la raison pour laquelle nous bâtissons une histoire sacrée : aucun de nous ne peut deviner de quoi demain sera fait. Cette femme avait mis de côté sa formation et sa carrière pendant qu’elle élevait les trois enfants de cet homme. Elle s’était rendue vulnérable dans l’intérêt de son mari. Lui, de son côté, avait réussi professionnellement tandis que l’énorme responsabilité de l’éducation des enfants reposait encore sur les épaules de son épouse. En mettant fin à leur histoire commune, il l’avait laissée quasiment sans ressources. Quand on divorce de son conjoint, on n’a aucune idée de ce que l’avenir lui réserve. La situation devient bien souvent chaotique, car il y a de grandes chances que l’un des deux se retrouve dans le besoin à plus ou moins brève échéance. Une telle négligence classe assurément celui qui part dans la Si vous ne croyez pas à la catégorie de ceux qui, « par réalité du ciel, le divorce sera ambition personnelle », une option parfaitement s’attireront « la fureur et la justifiable pour vous. colère » de Dieu, comme l’a écrit Paul. Cette colère est également réservée à ceux qui « repoussent la vérité ». Paul pose ici clairement la question de la vérité du salut. Mais une autre vérité peut aussi être attachée à ce passage : celle de la volonté de Dieu et de ses lois. Dieu a horreur du divorce, la Bible l’affirme clairement : « Car je hais le divorce, déclare l’Éternel, Dieu d’Israël » (Malachie 2 : 16 – Semeur). Jésus a aussi parlé du divorce, expliquant à ses disciples que « quiconque répudie sa femme, sauf


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pour cause d’infidélité, l’expose à devenir adultère, et celui qui épouse une femme répudiée commet un adultère » (Matthieu 5 : 32). Jésus a ajouté par ailleurs que, dans l’Ancien Testament, Dieu n’avait pris de dispositions concernant le divorce que pour une seule raison : la dureté du cœur des hommes (cf. Matthieu 19 : 8-9). Mes amis, voilà la vérité. Et, comme Paul l’affirme en Romains 2, rejeter la vérité expose à la fureur et à la colère de Dieu. Je reste abasourdi de voir des chrétiens abandonner femme et enfants sans revenus pour aller vivre une autre relation, tout en essayant de garder l’illusion que Jésus-Christ serait le Seigneur de leur vie. Mike, un de mes collègues de travail, a récemment essayé de reprendre contact avec l’un de ses anciens amis de fac : — Je suis navrée, mais Greg n’est pas là, a répondu sa femme au téléphone. — Mais il est où ? a demandé Mike spontanément. — Il est parti. Dans la voix de cette femme, ce « Il est parti » laissait percevoir un traumatisme et l’idée que son mari ne reviendrait jamais. Cet ami de fac avait trois jeunes enfants. Mike m’a dit, quelques jours plus tard, qu’il aurait aimé secouer son ami et lui dire : « As-tu la moindre idée du mal que tu fais en te comportant ainsi ? » Mais dans notre société, il n’y a plus aucun mal à se séparer, n’est-ce pas ? C’est plutôt perçu comme quelque chose de « romantique », parfois même de « courageux ». C’est « pour le mieux, à long terme ». Construire ensemble une histoire sacrée, c’est apprendre à pratiquer le bien avec persévérance, quand même nous souhaiterions agir autrement. Cet engagement à persévérer nous enseigne les fondamentaux de la discipline chrétienne du renoncement à soi. Elle consiste entre autres à abandonner nos comportements égoïstes et à tourner nos regards vers l’avenir.


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Un avenir qui dépasse largement les réalités de ce monde. Si vous ne croyez pas à la réalité du ciel, le divorce sera une option parfaitement justifiable pour vous. Par contre, si vous placez le ciel au cœur de l’équation, le coût réel d’un divorce devient brusquement beaucoup trop élevé quand vous pensez à la fureur et de la colère de Dieu, et à la mise en péril de votre avenir par pur égocentrisme.

L’idéal Le divorce, par définition, est un échec. L’échec de l’amour, du pardon, et de la patience. Sinon, c’est au moins la conséquence d’une erreur Le pardon et la grâce de jugement quant au choix interviennent pour vous offrir d’un partenaire. Mais nous avons tous, à un moment ou un nouveau départ. un autre, connu l’échec. Les paroles de Jésus sont souvent sévères. D’après Matthieu 5 : 28, moi et pratiquement tous les hommes avons commis l’adultère. Un regard chargé de désir et Bing ! L’homme trébuche. Un mouvement de colère, un « Espèce d’idiot ! » et, selon Jésus, nous méritons d’être jetés dans les flammes de l’enfer (cf. Matthieu 5 : 22). Jésus a annoncé des vérités parfois dures à entendre concernant notre manière de vivre et personne ne peut se vanter de n’avoir jamais enfreint ses commandements. Mais en examinant la vie de Jésus, nous découvrons aussi une grâce infinie. La femme adultère n’est pas condamnée : Jésus lui demande simplement de mettre de côté son péché (cf. Jean 8 : 11). Mettre la main à la charrue tout en regardant en arrière nous rend inaptes pour le royaume de Dieu (Luc 9 : 62), mais Jésus a gracieusement et affectueusement pardonné à Pierre ses trois reniements (Marc 14 : 66-72). Si vous avez connu un divorce, cela ne sera d’aucune utilité, ni à vous ni à Dieu, de vous focaliser sur quelque chose que vous ne pouvez plus changer. Le pardon et la grâce in-


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terviennent pour vous offrir un nouveau départ, un nouveau commencement. Si j’ai présenté un idéal si noble dans le mariage, c’est en partie pour encourager ceux qui éprouvent des difficultés au sein de leur couple à tenir bon. Je me dois cependant d’être honnête, quitte à contredire en apparence ce que j’ai dit Il existe parfois un bonheur dans les chapitres précépar-delà le divorce, mais pas dents. Affirmer que quitter de croissance spirituelle. son conjoint soit synonyme d’abandonner la foi est excessif. De graves conséquences spirituelles accompagnent assurément chaque promesse brisée ; mais ce qui rend le divorce plus dommageable spirituellement, c’est le fait que les engagements d’un mariage sont brisés lentement, dans le temps. Le divorce n’est pas un péché dû à une passion soudaine, quelque chose que vous faites et que vous regrettez immédiatement. C’est la décision mûrement réfléchie de briser un serment. Vous avez eu tout le temps nécessaire pour changer d’avis et pour l’éviter. C’est ce qui en fait un choix spirituellement très dangereux. Mais le divorce peut parfois être le bon choix. Matthieu rapporte le cas d’exception en situation d’infidélité (Matthieu 19 : 9). Paul mentionne clairement une exception lorsque le conjoint incroyant souhaite partir (1 Corinthiens 7 : 15). Quiconque a été marié depuis un certain temps sait que le mariage peut être très difficile. Même entre chrétiens, des tensions peuvent naître et occasionner des blessures profondes. La réconciliation requiert alors une énergie supérieure à celle que chaque partenaire estime pouvoir fournir, même s’ils avaient trois vies pour le faire. Dieu peut procurer cette énergie, et il le fait. Les gens ne sont parfois pas prêts à la recevoir. Avant qu’un divorce ne soit définitivement prononcé, j’encourage habituellement les partenaires à s’accrocher, à dépasser leur douleur et à s’efforcer de grandir à travers elle. Il existe parfois un bonheur par-delà le divorce, mais pas de


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croissance spirituelle. Et le caractère d’une personne a bien plus d’importance que son bonheur. Avec le ciel comme espérance pour l’avenir, notre croissance spirituelle comme réalité pour le présent, et souvent des enfants à nos côtés qui méritent notre sacrifice, sauver son mariage est un idéal pour lequel il vaut la peine de se battre.

Quand nous souffrons du péché commis par autrui, nous pouvons, par la grâce de Dieu, sortir grandis de cette expérience.

Mais cela ne signifie pas pour autant que nous devrions traiter ceux dont le mariage s’est effondré comme des chrétiens de seconde zone. Jésus a enseigné des absolus et de grands idéaux, mais il aimait profondément les gens, il les acceptait et leur faisait grâce. De plus, le divorce est parfois imposé par un seul des partenaires, comme dans le cas de Leslie. De nombreux chrétiens l’avaient encouragée à abandonner, à cesser de se battre avant que son divorce ne soit prononcé. Si Leslie ne s’était préoccupée que de sa santé émotionnelle et de son bonheur, elle aurait peut-être rapidement suivi leurs conseils. Mais à ce jour, même après avoir parcouru le chemin si pénible du divorce, Leslie s’est rapprochée de Dieu. Elle respecte et chérit l’histoire sacrée jadis bâtie avec son ex-mari. Ce n’est pas une belle histoire, mais une histoire riche en profits spirituels. Et c’est là toute la beauté de vivre sa vie selon Dieu. Même quand nous souffrons du péché commis par autrui, nous pouvons, par la grâce de Dieu, sortir grandis de cette expérience.

Leslie, une histoire brisée « Leslie, je te quitte. » Leslie vit soudain sa vie défiler devant ses yeux. Elle n’avait jamais imaginé entendre un jour ces paroles. Enfant, elle rêvait de robe de mariée, de couple heureux, de maison pleine d’enfants. Ses rêves ne l’avaient pas préparée à la douche froide de ces mots, de la bouche de l’homme en qui elle avait placé sa


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confiance, à qui elle avait donné son corps et confié ses secrets les plus intimes. Et voilà qu’il lui annonçait ne plus pouvoir la supporter. À cette époque, Leslie et Tim étaient tous deux des chrétiens engagés. Même s’ils avaient vécu ensemble avant le mariage, ils s’étaient réengagés vis-à-vis de Dieu et grandissaient dans leur foi. Ils participaient aux études bibliques et priaient régulièrement ensemble. Durant les premières années de leur mariage, les gens leur disaient souvent : « Quel beau couple vous faites ! », et Leslie et Tim leur répondaient humblement : « C’est grâce à Dieu, pas à nous ». Les premières fissures apparurent après six années de mariage, lorsque Tim lui avoua une aventure d’un soir. Il confessa à Leslie à quel point il était désolé et lui dit qu’il était prêt à voir un conseiller conjugal. Après bien des pleurs, ils parvinrent finalement à tourner la page de cette aventure amoureuse. Leslie fit de gros efforts pour accorder à nouveau sa confiance à Tim, et, avec le temps, les choses s’arrangèrent. Cinq ans plus tard, Tim suivait une formation de responsable dans son église alors que Leslie travaillait à plein-temps à la tête d’une organisation chrétienne. Ils souffraient tous deux de ne pas pouvoir avoir d’enfants mais leur angoisse avait laissé place au désir d’adopter. En fait, ils étaient sur le point d’obtenir l’agrément en vue d’une adoption. Leslie espérait pouvoir bientôt être mère. C’est alors que Leslie sentit Tim s’éloigner. Ses craintes semblèrent d’abord être sans fondement, puis les preuves s’accumulèrent. La distance qui les séparait s’accrut lors d’un voyage qu’ils firent ensemble. Leslie s’était sentie bafouée et humiliée quand Tim l’avait laissée seule pendant de longues heures, puis l’avait traitée avec rudesse à son retour. Elle devint « hystérique », une chose dont elle a encore honte aujourd’hui. Tim s’éloigna encore davantage. De retour chez eux, Leslie se confia à une amie :


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— Si je ne connaissais pas mieux Tim, je dirais qu’il s’apprête à me quitter. — C’est ridicule, la rassura son amie. Tim était en voyage d’affaire depuis trois semaines et devait rentrer le samedi après-midi. Leslie était impatiente de le voir rentrer, surtout qu’ils avaient un dernier rendez-vous le lundi matin pour finaliser les démarches concernant l’agrément pour l’adoption. Tim ne rentra pourtant pas à la maison ce samedi aprèsmidi-là ni le soir. Leslie débarrassa la table et alla se coucher, pensant que Tim rentrerait pendant la nuit. À son réveil, dimanche matin, il n’était toujours pas revenu. Elle se rendit à l’église, persuadée de trouver la voiture de Tim dans le garage à son retour. Le garage resta vide. Son cœur commençait à fondre quand, dans la soirée, elle entendit du bruit dans le garage. Ouvrant la porte, elle y découvrit Tim, occupé à charger ses clubs de golf dans le coffre de sa voiture. — Que se passe-t-il, Tim ? lui demanda-t-elle. Il avait été absent pendant trois semaines et n’allait assurément pas jouer au golf le lendemain de son retour. C’est alors que les mots sortirent. Quatre mots capables d’anéantir son âme, de désintégrer son univers : — Je te quitte, Leslie. — Quoi ? — Je te quitte. Leslie faillit tomber à la renverse… — Tu ne peux pas me quitter comme ça, se lamenta-t-elle. — Si. Je ne t’aime plus. Et cela fait bien longtemps que je ne t’aime plus. Leslie se sentit devenir hystérique, et la panique l’envahit. « Je me suis efforcée de rester calme, se souvient-elle, parce que je savais que piquer une crise à ce moment-là ne le ferait


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pas rester. Et je ne voulais pas non plus que ce soit l’image qu’il garde de moi ». Leslie posa alors son regard sur la main de Tim, et sentit son cœur s’arrêter. Il ne portait plus son alliance. — Tu ne portes pas ton alliance. Est-ce que cela veut dire que tu prévois déjà de sortir avec quelqu’un ? — C’est juste. Vlan ! Sa réponse, immédiate, calme, presque désinvolte lui coupa le souffle. — Tu sais déjà avec qui ? Sa peur montait. Voulait-elle vraiment entendre ce qui allait suivre ? — Oui, mais je ne te quitte pas pour quelqu’un en particulier. Toi et moi, on n’est simplement pas faits l’un pour l’autre. J’ai vécu dans le mensonge toutes ces années, et j’en ai assez. — Tim, je t’en prie, tu ne veux pas rester cette nuit ? Juste cette nuit ? — Je ne peux pas. Leslie perdait pied. Les larmes montaient. Elle sut se retenir jusqu’au départ de Tim, puis elle devint hystérique. Les sanglots qui la secouaient venaient du plus profond de son être. Elle essaya de prier, mais la blessure était trop profonde. Elle ne pouvait tout simplement pas prier seule. Alors, elle se leva, tituba jusqu’au téléphone et appela quelques amies : — Tim vient de me quitter, murmura-t-elle entre ses larmes, est-ce que vous pouvez venir ? Leslie et ses amies pleurèrent et prièrent, prièrent et pleurèrent, encore et encore. Après des heures de combat spirituel, elle se sentit soulagée et quelque peu apaisée. — Veux-tu que je reste avec toi cette nuit ? lui demanda l’une de ses amies. — Non, ça ira.


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Aujourd’hui, Leslie est heureuse de n’avoir pas réalisé à ce moment-là ce qui l’attendait dans les jours qui suivraient.

Annoncer la nouvelle En tant que responsable d’une organisation chrétienne, elle savait qu’elle devait annoncer la nouvelle à son équipe. Ce qu’elle fit. Ses coéquipiers lui offrirent aide et réconfort, mais elle découvrit, à sa surprise, qu’elle avait beaucoup de mal à recevoir ce soutien. « Le Seigneur a dû s’occuper de ma fierté. J’avais toujours été celle qui donnait, et donnait encore. Mais Dieu voulait que je passe par une période de faiblesse où je devais, à mon tour, recevoir. » Leslie pria souvent durant la semaine qui suivit le départ de Tim. Elle eut l’impression que Dieu la poussait à partager son histoire à l’église en leur demandant de prier. Elle n’en avait pas envie. Elle devait se montrer forte puisqu’elle était à la tête d’une organisation. « Seigneur, plaida-t-elle, ils vont penser que je n’ai pas été une bonne épouse pour mon mari et que je ne suis donc pas à même d’avoir un tel ministère ! Si je suis incapable d’empêcher mon mari de s’en aller, comment puis-je diriger une telle œuvre ? » Au cours du culte, ce dimanche-là, le pasteur demanda à l’assemblée de partager des sujets de prière ou de reconnaissance. Leslie se leva avec beaucoup d’hésitation. Chacun avait les yeux fixés sur elle. Elle s’éclaircit la voix et commença : « Je veux que l’église sache que Tim m’a quittée la semaine dernière… » Un grand silence tomba sur l’assemblée, mais Leslie continua : « …Tim et moi avons vraiment besoin de vos prières afin que notre mariage puisse être restauré ». Leslie souffrait terriblement d’être en position de faiblesse, mais depuis ce jour, « un vent nouveau » souffla sur son église : on commença à se soucier des couples en difficulté. Elle en était reconnaissante, tout en attendant que son propre mariage soit guéri.


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Faux espoirs Au cours des premiers mois qui suivirent la séparation, Leslie s’appuya avec confiance sur l’espoir du retour de Tim. Pleine d’optimisme, elle pensait avoir compris que dès qu’elle serait en mesure d’appréhender les raisons du départ de Tim et ses propres erreurs, elle pourrait tout « réparer », et son mariage serait à nouveau ce qu’il avait été. Mais ce n’était pas le cas, et ce ne le serait jamais. Tim avait quelqu’un d’autre dans sa vie et semblait très peu intéressé par l’idée d’une réconciliation. L’amertume devint une tentation constante, mais Leslie refusait de lui ouvrir son cœur. Dieu avait commencé à lui montrer certains de ses propres manquements, comme cette tendance qu’elle avait à toujours se justifier, ou son perfectionnisme qui l’avait enchaînée depuis des d’années. Elle se souvenait comment, avant le départ de Tim, elle s’était un jour offusquée lorsque le pasteur l’avait pointée du doigt en lui parlant de son péché : « Où voyez-vous du péché dans ma vie ? Montrez-le-moi, afin que je m’en débarrasse ! » « Je me suis rendu compte que ma vie chrétienne était dépourvue de grâce et de miséricorde », admit Leslie. Les mois devinrent des années… Jusqu’au jour où Tim lui annonça qu’il allait se remarier.

Souffrances partagées Plus la date du remariage de Tim approchait, plus elle sentait la dépression et la peur s’emparer d’elle. Dans ces moments-là, et elle ne pouvait le décrire autrement : « Le Seigneur prenait mon visage entre ses mains et me disait : “Regardemoi, Leslie. Garde tes yeux fixés sur moi” ». Avec le temps, elle ne pouvait plus nier l’évidence : la rupture serait définitive. Leslie vécut alors une nouvelle période de pleurs. Elle s’en voulait, considérant que Tim ne serait peut-être pas parti si elle avait agi différemment. Elle eut l’impression que Dieu lui répondit : « C’est faux. Moi, j’ai toujours aimé Tim à la perfection, et il m’a quitté moi aussi ».


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À ces mots, Leslie fondit en larmes, et commença à se sentir plus proche du Seigneur. En quelque sorte, elle partageait sa souffrance. Ils traversaient ensemble ces moments difficiles. Des amis chrétiens pleins de bonnes intentions demandèrent un jour à Leslie si elle avait quelqu’un d’autre dans sa vie. Elle fit de son mieux pour dissimuler à quel point elle était choquée, et leur répondit aimablement. Elle portait toujours son alliance. Même si certains chrétiens estimaient qu’il était temps qu’elle « laisse tomber », cet anneau représentait l’alliance qu’elle avait passée avec Tim, mais aussi avec Dieu. Tim avait quitté le cadre de cette alliance, mais Dieu était encore là. Des trois parties concernées, il en restait deux. « Cette bague n’est désormais plus le symbole de mon amour pour Tim. Cet amour est mort à présent. Mais cette alliance représente l’engagement que j’ai pris devant le Seigneur, le Dieu devant qui j’ai promis “Jusqu’à ce que la mort nous sépare” ». Leslie a gardé son alliance au doigt et a prié pour la réconciliation jusqu’au jour où Tim s’est remarié, en 1998. En demeurant fidèle dans un climat d’infidélité, elle a découvert la présence de Dieu sous un jour nouveau. « J’ai été touchée par l’infidélité d’Israël face à la fidélité de Dieu, et par la fidélité d’Osée face à l’infidélité de son épouse Gomer. Toute cette expérience m’a aidée à mieux connaître Dieu. Je comprends davanEn demeurant fidèle dans tage l’amour extraordinaire un climat d’infidélité, elle a et inconditionnel de son découvert la présence de Dieu alliance. Plus je demandais à Dieu le droit d’ôter mon sous un jour nouveau. alliance et de refaire ma vie avec quelqu’un d’autre, plus il me parlait des promesses de son alliance ». Ce message est au cœur de ce livre. Même quand la trahison, l’infidélité ou un divorce non désiré croiseraient notre chemin, nous pouvons en sortir grandis spirituellement. Leslie est restée fidèle à ses valeurs et a respecté le caractère sacré


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de son histoire avec Tim, même quand ce dernier n’y attachait plus aucune importance. Elle a ainsi appris certaines leçons spirituelles de grande valeur, et, ce faisant, s’est rapprochée de son Dieu. Leslie s’était comportée en pionnière. La plupart de ses amis chrétiens étaient incapables de comprendre pourquoi elle « ne le laissait pas tomber », tout simplement. Ils « Dieu peut encore restaurer pouvaient comprendre que mon mariage, mais même s’il quelqu’un accepte de recene le fait pas, il reste Dieu. » voir un enfant rebelle qui rentre à la maison, comme dans l’histoire du fils prodigue. Mais quand il s’agissait d’un mari ou d’une femme, de nombreux chrétiens ne pouvaient pas l’envisager de la même manière. Désormais, Leslie voit Dieu totalement différent.

Le divin mari Aujourd’hui, Leslie affirme : « Dieu est le mari parfait. Il comble mes attentes avant même que je n’en sois consciente. Et je ne parle pas seulement des grands besoins de la vie. Dieu répond à mes plus petits besoins personnels dans les domaines les plus intimes de ma vie ». Quelques mois avant le remariage de Tim, Leslie fut invitée à parler dans une église joliment décorée de lys. Depuis le divorce, elle vivait avec des revenus très limités. Elle avait la conviction que Dieu voulait qu’elle pardonne à Tim, sans se battre pour « le faire payer ». Son budget était par conséquent extrêmement serré. S’acheter des fleurs aurait été une « dépense futile ». Elle se surprit pourtant à prier : « Ces lys sont si beaux, Seigneur. J’aimerais tant en avoir un ». Ce fut une prière silencieuse, personne n’entendit sa requête. Deux semaines plus tard, en arrivant à son lieu de travail, elle découvrit un lys sur son bureau. Elle s’arrêta, admirative, puis fondit en larmes. C’était le jour avant Pâques. Même si cette fleur lui avait été offerte par une amie, Leslie le reçut


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comme venant de Dieu lui-même. Il avait entendu sa prière et offrait à présent une fleur à « sa femme », pour Pâques. « La perte de mon mari terrestre m’a rapprochée de mon mari céleste, affirme Leslie avec force. Il est mon Mari, celui qui pourvoit à mes besoins, celui qui me soutient ». La relation que Leslie entretenait précédemment avec Dieu était fondée sur ses « performances », ce qu’elle pouvait faire pour Dieu. Cette période de douleur et de souffrance lui a appris à recevoir ce qui vient de Dieu. Moins de deux semaines avant le remariage de Tim, Leslie me dit : — Dieu peut encore restaurer mon mariage, mais même s’il ne le fait pas, il est toujours Dieu… Elle s’arrêta, mélancolique, les yeux remplis de larmes : — … Cette période a été tellement riche spirituellement, Gary, que je ne l’échangerais contre rien au monde. — Réfléchis une seconde, Leslie. Tu es vraiment sérieuse ? lui demandai-je. — Oui, absolument. Ces moments ont été si riches, ma vie en a été transformée ! Évidemment, je ne dis pas que je suis heureuse que mon maEn restant fidèle à un mari riage ait échoué, mais je suis infidèle, Leslie a illustré par sa heureuse des fruits qui ont découlé de cet échec. vie la réalité de la fidélité de Leslie était entrée dans une nouvelle réalité. Elle avait découvert que peu importe la souffrance occasionnée par nos proches, même si nous expérimentons la trahison de la manière la plus intime qui soit, Dieu peut utiliser ces situations pour nous attirer plus près de lui. Dieu peut ensuite attirer d’autres à lui.

Dieu envers un peuple infidèle.

Leslie reçut une bénédiction toute particulière deux ans après le départ de Tim. Son père l’appela au téléphone : « Je sais par quoi tu es passée, et j’ai vu comment tu as réagi. Je veux ce que tu as ».


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Ce fut une conversation particulièrement émouvante pour elle, car, comme Tim, son père avait été infidèle à sa femme, la mère de Leslie. Il avait quitté la maison, laissant Leslie grandir dans un foyer brisé. Mais la douleur de son cœur s’effaça peu à peu alors que Leslie conduisait son père, pas à pas sur le chemin du salut. À soixante-deux ans, il s’agenouillait et priait pour recevoir Jésus-Christ comme son Seigneur et Sauveur. En restant fidèle à un mari infidèle, Leslie a illustré par sa vie la réalité de la fidélité de Dieu envers un peuple infidèle. Le père de Leslie avait souvent entendu le message de l’Évangile, mais il avait eu besoin de voir ce message en action dans la vie de sa fille pour le recevoir pour lui-même. Aujourd’hui, Leslie peut même en sourire : — Comment ne pourrais-je pas remercier Dieu ? me ditelle. Sincèrement, je suis plus que prête à dire à Dieu : « Tu peux reprendre mon mariage si c’est nécessaire au salut de ma famille ». Je sais que Tim connaît Dieu, il est sauvé. Si le fait qu’il m’ait quittée conduit d’autres personnes à connaître Dieu, je suis prête à le supporter. Une dernière remarque avant de clore l’histoire de Leslie : récemment, un homme que sa femme venait de quitter, a appelé Leslie. Il avait besoin d’aide. L’amertume et la colère montaient en lui. Elle lui indiqua une autre direction : « Cette période de votre vie peut vous être extrêmement bénéfique spirituellement, si vous laissez Dieu l’utiliser pour vous briser, vous remodeler et vous reconstruire. Nous sommes toujours préoccupés par les erreurs de notre conjoint, mais Dieu s’intéresse tout d’abord à notre propre cœur ».

Raconter l’histoire Si nous sommes sérieux dans notre désir de grandir spirituellement au travers de notre mariage, nous devons cesser de nous poser cette question spirituellement dangereuse : « Me suis-je marié avec la “bonne” personne ? » Il n’y a rien à gagner


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spirituellement à ressasser cette question une fois les vœux du mariage échangés. Il est de loin préférable d’apprendre à vivre avec ce choix, plutôt que de s’interroger sur son bien-fondé. Un personnage du roman d’Anne Tyler, A Patchwork Planet, prend conscience de cette vérité trop tard. Dans ce livre, le narrateur, âgé de trente ans, est divorcé. Sa profession le met constamment en relation avec des personnes âgées. En observant ces couples durables, il tire la leçon suivante : Je commençais à suspecter que le fait qu’ils se soient ou non mariés à la bonne personne n’avait aucune espèce d’importance. Au bout du compte, vous êtes ensemble, voilà tout. Vous vous êtes engagés avec votre conjoint et avez vécu un demi-siècle à ses côtés, vous le connaissez aussi bien sinon mieux que vous-mêmes, et il est devenu « la bonne personne ». Ou devrions-nous dire plutôt, la seule personne. Si seulement quelqu’un me l’avait dit, je me serais accroché, je le jure ! Jamais je n’aurais poussé Nathalie à me quitter5.

La moitié du combat consiste à garder l’ensemble de notre « histoire » bien présente dans notre esprit. À la fin des années cinquante, Ruth Graham a publié un livre pour enfants : Notre histoire de Noël. Son mari, Billy Graham, avait écrit dans la préface : Lorsqu’on proposa à Ruth d’écrire l’histoire de Noël pour les enfants du monde entier, nous avons été ravis. Mais nous avons dû prévenir l’éditeur que « notre » récit de Noël serait différent des clichés habituels autour de la crèche, symbole de Noël pour la plupart des gens. L’épisode de la crèche a bien entendu son importance chez nous, en tant qu’aboutissement joyeux et tant aimé du récit de Noël. Mais il ne s’agit que d’un épisode de l’histoire. Car Noël ne commence ni dans une étable de Bethléem ni au début de l’Évangile selon Luc. Noël commence dans le livre de la Genèse.

C’est tout à fait exact : le jour de Noël n’est que le couronnement d’une longue histoire ayant débuté des siècles plus


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tôt. C’est un récit fascinant, un récit que Dieu suit avec toute la passion d’un mari, la douleur d’un ami trahi, la frustration d’un parent plein de sagesse, et le regard d’un Seigneur et d’un Roi offensé. Il ne serait pas juste d’évaluer cette histoire en ne considérant qu’une seule de ses parties. C’est en consiNe sous-estimez pas la force dérant le récit de la relation de cette expérience : marcher de Dieu à son peuple Israël, main dans la main avec le sa fiancée, son épouse, à Dieu qui peut comprendre tous travers les siècles, que nous appréhenderons la vraie hisvos combats relationnels. toire dans sa globalité. L’un des exercices spirituels les plus importants de ma vie a été d’apprendre à chérir l’histoire sacrée que je partage avec Lisa. À travers les années, nous avons bâti ensemble une histoire riche, pleine de sens, et chargée de passion. Bien sûr, nous avons dû traverser quelques vallées difficiles avant d’arriver où nous sommes aujourd’hui. Bien sûr, notre histoire à deux a parfois été menacée. Mais les paysages que nous avons contemplés en chemin, et notre destination finale, valent bien les difficultés rencontrées au cours du voyage. L’auteur Jerry Jenkins nous encourage à célébrer l’histoire de notre mariage. Il écrit : Racontez l’histoire [de votre mariage]. Racontez-la à vos enfants, à vos amis, à vos frères et sœurs, mais surtout l’un à l’autre. Plus votre histoire est fermement enracinée dans votre cerveau, plus elle s’érige en muraille protectrice face aux innombrables forces qui tentent d’anéantir votre mariage. Rendez votre histoire familière au point qu’elle soit une partie intrinsèque de l’essence de votre être. Faites-en une légende dont le récit se perpétuera de génération en génération, au fur et à mesure que votre arbre généalogique étendra ses branches, se riant des statistiques, et en arborant fièrement toute une succession de mariages 6 caractérisés par leur stabilité, leur force et leur longévité .

Ne mettez pas fin à l’histoire que vous partagez avec le conjoint que Dieu vous a appelé à aimer. Ne sous-estimez pas


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la force de cette expérience : marcher main dans la main avec le Dieu qui peut comprendre chacun de vos combats relationnels. « Que le Seigneur conduise vos cœurs à l’amour de Dieu et à la persévérance du Christ. »


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CHAPITRE 8

Le combat sacré Permettre aux difficultés de nous rendre plus forts Quand tu seras marié, tu comprendras bien des choses qui t’échappent à présent, Samuel ; mais quant à savoir si cela vaut la peine de passer par là pour en apprendre si peu, c’est une question de goût, comme le disait un jour un pauvre écolier en terminant d’apprendre l’alphabet. — CHARLES DICKENS

L’un n’a jamais été marié, et vit un enfer ; L’autre l’est, et vit un drame. — ROBERT BURTON, ECCLÉSIASTIQUE ANGLAIS

Ils rêvent pendant les fiançailles ; le mariage les réveille. — ALEXANDER POPE

Le mariage, plus que toute autre relation, reflète l’engagement de Dieu envers nous : il peut aussi bien nous laisser entrevoir le paradis que nous donner un aperçu de ce à quoi ressemble l’enfer. — DAN ALLENDER ET TREMPER LONGMAN III

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La beauté majestueuse de l’Everest, le point culminant du globe, dépasse de loin celle de la plupart des autres sites naturels. À en croire les géologues, la chaîne de l’Himalaya a commencé à se former lorsque le continent indien a percuté l’Eurasie. « Percuté » est toutefois un bien grand mot, puisque les deux continents ne se rapprochent l’un de l’autre qu’à la vitesse d’environ dix centimètres par an. Lentement mais sûrement, l’Inde poursuit sa progression vers l’intérieur, en comprimant et en soulevant toujours plus le sud de l’Eurasie. Sans cette collision entre les deux continents, il n’y aurait jamais eu de chaîne himalayenne. Sans le puissant mouvement des plaques tectoniques, Le combat nous rend plus forts, le monde aurait beaucoup mais seuls ceux qui affrontent perdu en matière de beauté.

les difficultés au lieu de les fuir parviennent à ce résultat.

De la même manière, les relations au sein du couple peuvent tirer profit des « collisions » occasionnelles. La beauté naît souvent du combat. Nous avons parfois l’impression que ces impacts, puissants et souvent désagréables, finiront un jour par nous broyer. Mais en réalité, ce processus peut nous rendre plus forts, et nous permettre de forger notre caractère et d’affermir notre foi. Ainsi que l’a dit le célèbre écrivain François Fénelon : « Plus nous craignons de souffrir, plus nous avons besoin d’en passer par là ». La souffrance fait partie intégrante de la vie chrétienne. En servant Dieu, Jésus-Christ lui-même a souffert dans des proportions inégalées. Dietrich Bonhoeffer a d’ailleurs dit que s’il n’y avait pas une part d’ascète en nous, il nous serait bien difficile de suivre Dieu. Et pourtant, la plupart de ceux qui mettent fin à l’histoire sacrée de leur mariage le font précisément à cause des difficultés. Rares sont ceux qui se séparent sous prétexte que tout va trop bien ! Cette tendance à fuir les difficultés est souvent la manifestation d’une profonde carence spirituelle, généralement due à notre immaturité chrétienne. Les grands auteurs de la foi n’ont jamais cessé de nous mettre en garde : la vie est


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difficile, et il nous appartient de permettre aux obstacles du chemin de forger notre caractère. William Law, écrivain anglican du xviiie siècle, a posé la question en ces termes : « À combien de saints l’adversité a-t-elle ouvert les portes du paradis ? Et combien de pauvres pécheurs la prospérité a-t-elle conduit à subir les tourments éternels ? » Jean Climacus, un écrivain du ve siècle, auteur du principal ouvrage occidental sur la foi chrétienne de l’époque, s’indignait de notre volonté d’exiger la facilité et de fuir les combats : « Je ne fais aucun cas de toute forme de spiritualité qui ne recherche que le confort et la douceur, et craint d’imiter le Christ ». Jésus nous a annoncé que chacun d’entre nous sera « salé de feu » (Marc 9 : 49). Le désir de bien-être, de confort et de vie tranquille n’est en fait qu’un souhait inavoué de demeurer un chrétien « non salé » et immature. Le combat nous rend plus forts ; il développe et affermit notre foi. Mais seuls ceux qui affrontent les difficultés au lieu de les fuir parviennent à ce résultat : Notre Seigneur a souverainement décrété que notre croissance dépend de notre capacité à traverser les difficultés, non pas à les contourner. La Bible regorge d’exemples de victoires remportées en passant au travers d’épreuves telles que le désert, la mer Rouge, la fournaise ardente et, enfin, la croix. Dieu ne protège pas les chrétiens des problèmes : il les aide à avancer victorieusement au travers de leurs problèmes1.

Si vous êtes confronté à de sérieuses difficultés au sein de votre couple, mettez-vous à genoux et remerciez Dieu : il vous offre une opportunité sans égale de croître spirituellement, d’apprendre l’obéissance et de forger votre caractère chrétien.

Apprécier le combat Lorsque je participais à des courses d’endurance, les victoires dont j’étais le plus fier étaient celles au cours desquelles


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j’avais dû tout donner pour pouvoir gagner. Les courses que je remportais facilement, bien que moins pénibles, n’étaient finalement pas aussi gratifiantes. Je me souviens d’une course contre une école d’un niveau Combattre de manière efficace inférieur au nôtre. Sans grand effort, j’avais semé et profitable procure une joie leur meilleur coureur dès plus profonde qu’une vie le premier kilomètre. Puis, exempte de difficultés. j’avais ralenti pour laisser le second coureur de mon équipe me rattraper et nous avons terminé tranquillement la course, côte à côte, à discuter de choses et d’autres. Nous avions passé un bon moment ensemble, mais je ne pouvais tirer aucune fierté de mes performances puisque je n’avais même pas dû fournir d’efforts ce jour-là. Une autre course rassembla les meilleurs coureurs de six lycées. Ce jour-là, il faisait beaucoup plus chaud que d’habitude. J’avais commencé cette course à très vive allure au point où je faillis d’ailleurs me retrouver à l’hôpital. Au cours de ces cinq kilomètres, je dus me faire violence une bonne douzaine de fois pour ne pas abandonner et laisser un autre coureur prendre la tête de la course. En m’écroulant sur la ligne d’arrivée, j’étais presque trop fatigué pour me réjouir de ma victoire. Au cours de la nuit suivante, une forte fièvre s’installa et me cloua au lit pendant trois jours. Pourtant, même malade, j’étais rempli de fierté, car je savais que j’avais donné le meilleur de moi-même. L’expérience n’avait pas été plaisante en soi, mais elle était extrêmement riche de sens. Combattre de manière efficace et profitable procure une joie plus profonde qu’une vie exempte de difficultés. Dans bien des journaux, la vie des stars est étalée dans leur opulence et leurs excès. En lisant certains de ces articles, j’en ai la nausée. Vivre dans un confort absolu sans soucis ni responsabilités est peut-être agréable une ou deux semaines par an. En faire un mode de vie me semble choquant et peu attrayant.


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En nous créant, Dieu a fait en sorte que nous soyons obligés de nous battre pour rester en vie. Les difficultés de la vie nous gardent « salés ». Mais pour être profitable, notre combat se doit d’avoir un but, et d’être productif. En effet, nous ne pouvons pas parler d’exercice spirituel utile quand les époux se contentent de se disputer et de s’écraser mutuellement. Le combat n’a de sens que lorsque nous le plaçons dans le contexte chrétien du développement du caractère et du sacrifice de soi. Jésus a expliqué que le combat était inhérent à la vie chrétienne, et a insisté sur le fait qu’il serait une réalité quotidienne dans notre vie de foi : « Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il se charge chaque jour de sa croix et qu’il me suive » (Luc 9 : 23 – Italique ajouté). De nombreux chrétiens occidentaux trouvent ce verset bien mélodramatique. En fait, quand je me penche honnêtement sur ma vie, je dois admettre qu’à beaucoup d’égards, elle est exceptionnellement facile. Je ne suis ni ridiculisé ni persécuté à cause de ma foi. Bien plus, je suis même capable de subvenir aux besoins de ma famille grâce à mon travail d’écrivain et d’orateur chrétien. Cette situation est toutefois relativement récente dans notre histoire. Les chrétiens des générations qui nous ont précédés ne connaissaient pas cette facilité de vie. Les progrès de la médecine ont révolutionné la prise en charge de la souffrance. Des machines Jésus a insisté : le combat sera s’occupent de laver nos vêtements et notre vaisselle. Nos une réalité quotidienne. véhicules nous transportent toujours plus vite d’un endroit à l’autre, et rien ne nous empêche de déjeuner à Paris puis de dîner à Londres. Mais en fait, la vie est si facile pour nous aujourd’hui que nous risquons de nous endormir, convaincus qu’elle doit être facile, et qu’elle sera toujours facile. Ainsi, à la moindre difficulté, nous tentons de toutes nos forces de retrouver notre confort habituel, et risquons donc de passer à côté de grandes opportunités spirituelles. En nous documentant sur les nombreuses tentatives d’ascension de l’Everest, Lisa et moi avons découvert que les


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alpinistes font souvent le point avant de s’attaquer à un passage particulièrement difficile. Ils l’analysent et discutent du meilleur moyen de le franchir. Une grande partie du plaisir retiré de ce sport vient des difficultés rencontrées et des efforts déployés pour les surmonter. Si l’escalade était facile, elle perdrait beaucoup de son attrait. Il en est de même avec nos relations. Au lieu de vouloir immédiatement trouver un hélicoptère qui nous emmènera directement au sommet, nous pouvons adopter la tactique de l’alpiniste et réfléchir : « Voilà assurément un passage de ma vie qui se révèle être bien compliqué. C’est un vrai défi pour moi. Comment vais-je réussir à continuer à aimer cette personne dans cette situation ? » Thomas Kempis a remarqué que : Plus la chair est marquée par l’affliction, plus l’esprit est fortifié par la grâce intérieure. Parfois, il trouve une telle consolation dans le souhait de vivre tribulations et adversité, afin de pouvoir s’identifier à la croix du Christ, qu’il ne désire plus être exempt d’épreuves ou de tribulations.

Posez-vous la question : Est-ce que je préférerais vivre une vie facile et confortable mais demeurer immature en Christ, ou plutôt être « salé » par la souffrance pour devenir conforme à son image ? Il n’y a aucune raison de penser que le serment de fidélité conjugale sera « facile » à respecter. Otto Piper fait d’ailleurs remarquer que « le contrat de mariage inclut toujours une part de méfiance2 ». Nous promettons publiquement de nous aimer « jusqu’à ce que la mort nous sépare », parce chacun sait que, dans notre société, une telle promesse risque fort d’être mise à l’épreuve. Sinon, faire une telle promesse serait totalement inutile. Par contre, il est inutile de promettre publiquement que nous nous occuperons de nous-mêmes en nous nourrissant et en nous habillant ! Dans le mariage, les « frictions » arrivent inévitablement. La promesse de rester ensemble est faite pour ces moments en particulier. En prévision de ce genre de combats, Dieu a


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prévu un remède qui nous permet d’honorer notre engagement.

Notre espérance en la vie éternelle doit nous aider à ne pas exiger un soulagement à court terme au dépend de bénéfices à long terme.

Par ces luttes, nous gagnons en noblesse de caractère. Trop souvent, nous nous engageons dans l’éducation de nos enfants en pensant que nous n’avons nousmêmes plus rien à apprendre et que notre caractère est parfaitement abouti. Ce n’est pas le cas. Il reste encore bien des domaines dans lesquels nous pouvons progresser : la générosité, le sens du sacrifice, le renoncement à soi, etc.

Douce souffrance Le chrétien mature reconnaît et apprécie le bien-fondé de la souffrance, sans sombrer dans le masochisme pour autant. Thérèse d’Avila a écrit : « Seigneur, à quel point tu affliges ceux qui t’aiment ! Mais tout cela n’est rien en comparaison de ce que tu leur offres par la suite ». Jean Climacus avait fait l’expérience de cette même réalité lorsqu’il écrivit, des siècles avant Thérèse : Si des individus se soumettent résolument pour porter leur croix et s’ils souhaitent délibérément connaître et endurer toutes sortes d’épreuves pour Dieu, ils découvriront en tout cela un apaisement et une douceur incomparables.

Cet enseignement reflète simplement les paroles de Paul en 2 Corinthiens 4 : 17 : « Car un moment de légère affliction produit pour nous au-delà de toute mesure un poids éternel de gloire ». Notre espérance en la vie éternelle doit nous aider à ne pas tomber dans la myopie en exigeant un soulagement à court terme qui compromettrait des bénéfices à long terme. Nos exigences en matière de confort et de facilité reflètent nos vraies valeurs. Elles sont les preuves de notre attachement premier : vivre pour le Royaume de Dieu et à son service, ou


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vivre pour notre propre confort et au service de notre réputation. Un boxeur qui choisirait de n’affronter que des mauviettes et éviterait tout concurrent sérieux serait à juste titre tourné en ridicule. Or, les chrétiens qui esquivent prudemment Un bon mariage, tous les combats sérieux et ça se travaille. s’efforcent délibérément de ne se frotter qu’à des situations et des relations faciles font exactement la même chose. Cette tendance à « se la couler douce » finit généralement par les transformer intérieurement et par caractériser leur personnalité. Si vous êtes fiancés, comprenez bien ceci : un bon mariage n’est pas quelque chose que vous avez la chance de trouver par hasard, c’est quelque chose à quoi vous travaillez. Vous allez devoir vous battre. Vous allez devoir crucifier votre moi. Il est fait de confrontations, de confessions et, par-dessus tout, de pardon. C’est assurément un dur labeur. Mais un jour, vous en récolterez les fruits. Un jour vous verrez fleurir une relation placée sous le signe de la beauté, de la confiance et du soutien mutuel. Il est encourageant de considérer nos luttes à la lumière de leurs bénéfices spirituels plutôt qu’à la lumière de ce qu’elles nous coûtent émotionnellement. Venir à bout de désaccords est ardu. Je préfère m’engager dans mille autres choses plutôt que de consacrer du temps et les efforts nécessaires à surmonter un obstacle relationnel. Si je me marie afin de connaître une stabilité émotionnelle dans ma vie, je ne tiendrai probablement pas le coup bien longtemps. Par contre, si j’estime pouvoir en retirer des bénéfices spirituels, je ne manquerai pas de bonnes raisons de non seulement être un homme marié, mais de me comporter en homme marié. Otto Piper nous interpelle :


Le combat sacré  d 153 Si le mariage désillusionne tant de gens, c’est en raison de la passivité de leur foi. Les gens n’aiment pas l’idée que les bénédictions de Dieu ne puissent être trouvées et appréciées que lorsqu’elles sont activement recherchées (cf. Matthieu 7 : 7 ; Luc 11 : 9). Le mariage est, par conséquent, à la fois un cadeau reçu et une tâche à accomplir3.

Ne fuyez pas les conflits inhérents au mariage. Accueillezles. Grandissez grâce à eux. Mettez-les à profit pour vous rapprocher de Dieu. Vous apprendrez ainsi à refléter davantage l’esprit de Jésus-Christ. Et remerciez Dieu de vous avoir placé dans une situation qui vous permettra de progresser spirituellement. Penchons-nous sur l’histoire de deux personnes que de nombreuses difficultés conjugales n’ont pas empêché de devenir remarquablement influents.

Le grand émancipateur 

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Beaucoup pourraient penser qu’Abraham Lincoln était un homme avec des principes hors du commun rien que par sa façon d’envisager la recherche d’un conjoint et sa manière d’aborder le mariage. En effet, en 1836, Lincoln accepta de se marier avec une femme qu’il n’avait plus vue depuis trois ans, décision risquée dans le meilleur des cas, périlleuse dans le pire. Il eut largement le temps de regretter sa promesse. Quand il rencontra enfin sa future fiancée, Lincoln crut que son cœur allait s’arrêter : « Elle était bien différente de ce que j’avais imaginé », écrivit-il. En effet : « Je savais qu’elle n’était pas maigre, admit-il, mais à présent, elle aurait pu rivaliser avec Falstaff* ». En regardant son visage, il songea avec effroi : Je ne pourrai jamais m’empêcher de la comparer à ma mère. Son parallèle se basait sur deux motifs : « la bouche édentée » de la femme, et l’évaluation approximative que Lincoln fit de son âge. Il estima que « pour passer de la stature d’un enfant à cette envergure * NDT : Sir John Falstaff est un énorme personnage, caricatural et peu glorieux, créé par Shakespeare.


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impressionnante, il avait certainement fallu au minimum trente-cinq à quarante ans ». Il en conclut qu’elle ne lui plaisait pas du tout. C’est alors que Lincoln fit quelque chose qui choque notre sensibilité actuelle. Puisqu’il avait donné sa parole, il était déterminé à épouser cette femme. Il commença donc à lui faire la cour, et finit par mettre un genou à terre pour lui demander sa main. La scène qui suivit fut très drôle, car la femme rejeta sa demande. Lincoln crut tout d’abord qu’elle agissait par politesse, et la pria de reconsidérer sa demande. Il réalisa finalement qu’elle n’avait nullement l’intention de l’épouser. Lincoln conclut : D’autres hommes avant moi ont été tournés en ridicule par des femmes, mais personne ne pourra jamais dire cela de moi. Il faut bien avouer que, dans ce cas précis, c’est moi qui me suis ridiculisé moi-même.

On pourrait penser que Lincoln aurait choisi sa fiancée suivante avec plus de soin. Il n’en fut rien : Mary Todd n’était pas le genre de femme avec laquelle on pouvait espérer passer une soirée tranquille. Elle était extrêmement impulsive et impétueuse. Cela contribuait pourtant à la rendre attirante aux yeux du futur président. Lincoln disait d’elle qu’elle était « la première créature féminine agressivement pétillante » qui ait croisé son chemin. Peu après le mariage, Mary se mit à critiquer leur maison. Elle dit à Lincoln que, dans leur milieu, les « personnes de qualité » vivaient dans une maison à deux étages. Lincoln essaya d’utiliser la ruse bien connue des maris : donner son consentement, mais pas les fonds nécessaires. Au lieu d’insister plus longuement, comme l’auraient fait tant d’autres femmes de sa génération, Mary se contenta d’attendre que Lincoln parte en voyage d’affaire pour plusieurs semaines. Elle profita alors de son absence pour engager un charpentier qui ajouta un étage à leur maison. Avec les années, Lincoln apprit la patience dans bien d’autres domaines. Il lui était extrêmement difficile de garder


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son personnel de maison à cause des brusques accès de colère de Mary. Lincoln tentait d’y remédier en offrant aux servantes un supplément hebdomadaire d’un dollar. Après l’une de ces altercations particulièrement vive entre Mary et une femme de chambre, Lincoln tapota l’épaule de la jeune fille et lui chuchota : « Restez avec elle, Maria. Restez avec elle ». Un jour, un vendeur itinérant se présenta à la MaisonBlanche et se fit agresser verbalement par Mary. Il entra alors directement dans le bureau ovale (chose inconcevable de nos jours), et se plaignit auprès de Lincoln de la manière dont la Première dame l’avait traité. Lincoln l’écouta calmement, puis se leva et lui dit gentiment : « Vous pouvez bien supporter pendant quinze minutes ce que je supporte tous les jours depuis quinze ans ». Lincoln subit de nombreux outrages de la part de sa femme, de la projection de café au visage en public aux dépenses totalement inconsidérées. À cette époque, les présidents n’étaient pas autant à l’aise financièrement qu’ils le sont aujourd’hui. Mary continuait néanmoins à faire des achats bizarres et compulsifs, tels que plusieurs centaines de paires de gants en une seule journée. Quand les Lincoln perdirent Willie, le fils préféré de Mary, le chagrin ouvrit une brèche dans la santé mentale déjà bien fragile de Madame Lincoln. Il lui devint de plus en plus difficile de contrôler ses crises de nerfs. Lincoln lui-même ne facilitait pas toujours les choses. Un jour, il conduisit son épouse devant la fenêtre et lui désigna l’asile psychiatrique tout proche : « Voyez-vous ce grand bâtiment blanc sur la colline, mère ? Efforcez-vous de contrôler votre peine sinon vous deviendrez folle et nous serons obligés de vous envoyer là-bas ». C’est dans ce contexte douloureux que Lincoln fut invité à prononcer le discours qui allait le faire entrer dans l’Histoire. Sa carrière politique était alors dans une position aussi précaire que celle de son foyer. Plus la guerre civile s’éternisait, plus sa popularité s’effondrait. Apprenant que le président allait s’adresser à la foule à Gettysburg en Pennsylvanie afin de


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rendre hommage aux soldats tombés au front, un politicien ironisa : « Laissez donc les morts enterrer les morts ». Peu avant le départ de Lincoln pour Gettysburg, son fils Tad tomba malade, ce qui aggrava encore les crises de nerfs de Mary. Elle se remémorait en effet la perte de son autre fils, décédé moins de deux ans plus tôt. Dans ce contexte difficile, Lincoln put à peine griffonner quelques notes avant de partir pour la Pennsylvanie. Dans un contexte émotionnel si chargé, on peut facilement pardonner à Lincoln de s’être exprimé ce jour-là sans beaucoup d’éloquence. Un reporter, décrivant la voix de Lincoln au cours de ce discours, la qualifia de « cassante, aiguë et monotone ». Les applaudissements furent rares et sans enthousiasme, laissant croire à Lincoln qu’il avait lamentablement échoué. Il se pencha et murmura à un ami : « C’est un échec total, et les gens sont déçus ». Mais ses paroles étaient vraies, sincères, émouvantes et profondes. Quand les journaux les reproduisirent sans le ton mélancolique bien compréhensible que leur avait donné Lincoln, la nation s’émut comme jamais auparavant. Le « discours de Gettysburg » est l’une des plus célèbres allocutions jamais prononcées sur le sol américain, et ces paroles furent finalement gravées dans la pierre, accompagnant Lincoln dans l’Histoire. Même si cette phrase peut s’apparenter à un cliché, elle demeure vraie : « Il brilla de tout son éclat au cœur de la plus sombre période de sa vie personnelle ». La relation entre le mariage et la mission de Lincoln est évidente. Un homme capable de fuir un mariage trop difficile n’a pas assez de force de caractère pour tenir les rênes d’une nation chancelante. Or, Lincoln était obsédé par son désir de sauver l’union des États de son pays. Où aurait-il pu mieux s’y préparer que sur le terrain difficile d’un mariage qui exigeait de lui tant de ténacité ? Loin de l’empêcher d’accéder à la grandeur, le mariage difficile de Lincoln l’y avait en fait préparé. Son caractère ayant été quotidiennement éprouvé et affiné, Lincoln fut capable de


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tenir bon au jour de l’épreuve. S’il s’était laissé obnubiler par la recherche du bonheur, il n’aurait pas eu la force de supporter Mary ou de rassembler la nation. Mais il avait entendu l’appel du destin et, comme cela comptait plus pour lui que son confort personnel, son obéissance à cet appel entra dans l’Histoire. Le nom de Lincoln figure en tête de liste de tous les sondages de popularité des présidents américains. D’après certains historiens, il se pourrait bien que Lincoln ait été le plus remarquable président des États-Unis. Par contre, d’autres historiens, en 1982, ont fait figurer Mary Todd Lincoln en toute dernière position de la liste des Premières dames. Cette histoire illustre bien le raisonnement mensonger du pasteur qui déclare : « J’aurais vraiment mieux réussi dans la vie si je n’avais pas épousé cette femme », ou de la femme qui se dit en elle-même : Imaginez ce que j’aurais pu devenir si je ne m’étais pas mariée à un tel raté. L’un des plus grands présidents américains était, sans aucun doute, marié à l’une des Premières dames les plus difficiles à vivre. C’est à juste titre qu’Abraham Lincoln a été surnommé le « grand émancipateur ». Ce terme signifie « celui qui délivre de l’esclavage et de l’oppression ». L’exemple de Lincoln nous délivrera peut-être de l’oppression d’une recherche illusoire du bonheur. Il nous libérera peut-être de cette idée fausse selon laquelle un mariage difficile nous empêche d’avancer au lieu de nous préparer pour l’œuvre de notre vie. Il brisera peutêtre les chaînes qui nous rendent esclaves de cette idée selon laquelle la recherche d’une vie libre de toute friction vaut plus que de construire une vie pleine de sens et de caractère.

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Imaginez que vous soyez une jeune femme de bonne éducation dans les années 1920. Vous aimez les livres et caressez l’espoir de devenir poète ou écrivain. Votre père est ambassadeur des États-Unis, et votre famille est riche et respectée. Vous avez été élevée dans le raffinement, les bonnes manières et le « savoir-vivre de la haute société ».


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Et voilà qu’un homme extraordinaire franchit le seuil de la maison familiale. Il est tout ce que vous avez appris à dédaigner : un aventurier plus qu’un érudit, un homme qui se plonge dans les moteurs plus que dans les classiques. Il est d’origine modeste, mais le vol transatlantique qu’il a effectué entre New York et Paris l’a auréolé d’une gloire presque inégalée dans l’histoire du pays. C’est ainsi que débute le récit du mariage d’Anne Morrow Lindbergh. Quelques années avant la Seconde Guerre mondiale, Charles Lindbergh était brusquement devenu une célébrité suite à son vol réussi par-dessus l’Atlantique. Sa gloire était pour ainsi dire sans égale. Il demeura pendant un temps l’homme le plus célèbre et le plus populaire d’Amérique, voire du monde entier. Imaginez qu’une rue de New York telle que Wall Street soit fermée pour un défilé en votre honneur, et que ce défilé rassemble quelque 4,5 millions de personnes ! La célébrité de « Lindy » avait atteint des sommets tels, que des femmes réservaient les chambres d’hôtel qu’il venait de quitter, pour pouvoir prendre un bain dans « sa » baignoire et dormir dans « son » lit. Lindbergh s’aperçut à ses dépens qu’il ne pouvait même plus envoyer ses chemises au pressing car elles n’en revenaient jamais. Et comment gérer correctement un compte en banque quand la plupart des gens préfèrent garder vos chèques en souvenir plutôt que de les encaisser ! Quand Anne Morrow rencontra Charles Lindbergh, elle était bien décidée à ne pas tomber sous le charme du célèbre aviateur. Une femme de sa classe, de son éducation et aimant la littérature, n’allait certainement pas laisser ce « héros du peuple » lui tourner la tête. Comme elle l’écrivit dans son journal : « Je n’allais assurément pas me mettre admirer ce Lindy (quel vilain surnom, d’ailleurs) ». Son professeur tournait Lindbergh en ridicule, prétendant que Charles n’était « finalement rien de plus qu’un mécanicien » et que, « sans ce long vol en solitaire, il serait devenu pompiste dans la banlieue de Saint-Louis ».


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En dépit de sa détermination initiale de rester indifférente au célèbre aventurier, Anne découvrit, à sa grande consternation, qu’elle en était tombée éperdument amoureuse. Étrangement, l’homme qui portait ce « vilain surnom » était soudain devenu « vif, intelligent, passionné, et astucieux ». Le journal d’Anne ressemblait désormais davantage à celui d’une adolescente exaltée qu’à celui de la future poétesse : « Intensité de la vie, qui brûle comme un feu étincelant dans son regard ! Une vie concentrée en lui… Quand lui, à son tour, concentre sa vie, sa force, son énergie sur ce qu’il choisit, quelque chose de merveilleux jaillit ». La célébrité de Lindy l’empêchait généralement de courtiser une jeune femme sans que les journalistes et les photographes ne se précipitent et se mettent à spéculer sur d’éventuelles fiançailles. Lindy avait averti Anne : « Ne t’inquiète pas de la publicité faite autour de moi. Je ne peux rien y changer. Je dois l’assumer, mais je ne veux pas que cela t’embarrasse ». Anne apprit à ruser. Quand elle écrivait à ses sœurs, Charles Lindbergh devenait « Robert Boyd », nom de code qui la protégerait si ses lettres étaient interceptées et divulguées à la presse. Être un précurseur de l’aviation avait tout de même ses avantages, à une époque où les paparazzis ne se déplaçaient pas encore en hélicoptère. Parfois, Lindy emmenait Anne en avion jusqu’à un endroit désert de Long Island où ils pouvaient parler librement et en privé. Plus Anne connaissait Charles, plus ses sentiments étaient ambigus. D’un côté, Charles l’éblouissait, mais d’un autre, elle se rendait compte à quel point ils étaient radicalement différents. L’union de l’aventurier et de la poétesse semblait totalement dénuée de bon sens. Dans une lettre adressée à sa sœur, Anne confia : Comme tu peux le constater, je suis totalement bouleversée, complètement subjuguée, tout à fait troublée. Il est l’homme le plus grand et le plus passionnant que j’aie jamais rencontré, mais nos deux existences n’ont vraiment rien en commun.


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« Ne me souhaite pas d’être heureuse » Lorsqu’ils se fiancèrent, Anne savait déjà que la vie avec Lindy ne serait pas de tout repos. Il ne fallait pas compter sur la coquette maison de campagne et sur la vie relativement aisée, luxueuse et retirée dont Anne avait rêvé. Dans une lettre à une amie, elle écrivit : Corliss, si tu m’écris pour me faire des vœux de bonheur conventionnels, je ne te le pardonnerai jamais. Ne me souhaite pas d’être heureuse : je ne m’attends pas à l’être mais, en réalité, cela va bien au-delà. Souhaite-moi d’avoir du courage, de la force et de l’humour, car je sais que j’en aurai besoin.

Le jour du mariage, la joie d’Anne fut quelque peu ternie par les stratagèmes ridicules que Lindy et elle durent déployer pour échapper aux regards du public. Pour s’esquiver à l’issue de la cérémonie, Anne fut obligée de se coucher à l’arrière de la voiture d’un ami qui traversa la foule habituelle de reporters rassemblés devant le portail du domicile de ses parents. Ils changèrent ensuite de voiture pour se rendre à Long Island et embarquer à bord d’un bateau qui les attendait. Leurs efforts furent couronnés de succès : les jeunes mariés purent profiter de deux jours inhabituellement paisibles avant d’être reconnus en allant faire le plein. Ils furent alors poursuivis et traqués pendant le reste de leur lune de miel. La discrète jeune femme éprouvait des difficultés à s’habituer à sa soudaine notoriété. Les foules jalousaient la « chance » qu’elle avait eue de s’emparer du cœur du célibataire le plus célèbre du monde. Anne s’insurgeait contre cette attitude puisqu’elle laissait supposer que Lindy, lui, n’était pas chanceux de l’avoir épousé, elle. Des années plus tard, elle raconta : Nous avions droit à si peu d’intimité, et nous devions tellement nous battre pour avoir le droit d’être un peu seuls que nous avons encore du mal à le croire aujourd’hui, et même à nous en souvenir. À Mexico, des journalistes nous


Le combat sacré  d 161 attendaient aux portes de l’ambassade, leurs voitures et leurs appareils photos prêts à nous prendre en chasse. Dans la résidence secondaire de mes parents, des photographes avaient escaladé les toits et les plateformes environnants pour nous photographier dans notre jardin. Déguisés, nous nous sommes faufilés par la porte de derrière pour aller chez des amis et changer de voiture. Puis, nous nous sommes enfuis vers les étendues sauvages du Mexique, jadis considérées comme dangereuses à cause des bandits. Nous sommes partis en avion. Là, au moins, personne ne pouvait nous suivre. Dès que nous réussissions à franchir la haie d’appareils photo qui nous attendait à l’aéroport, nous pouvions décoller et laisser les foules derrière nous, puis atterrir dans la nature pour pique-niquer, enfin seuls.

Cette fuite constante devant les photographes et les journalistes avait un coût, comme Anne elle-même le faisait remarquer : L’isolement total n’est pas une vie plus normale que l’exposition permanente au public. Tout comme des criminels ou des amants obligés de se cacher, nous évitions d’être vus ensemble à l’extérieur et devions renoncer aux plaisirs de la vie quotidienne, tels que se promener dans les rues, faire du shopping, du tourisme, manger au restaurant ou participer à des manifestations publiques. Même les moments en société à l’ambassade ou chez mes parents n’étaient pas à l’abri des intrusions. Les domestiques se laissaient soudoyer, des lettres étaient volées et le contenu des télégrammes était révélé. Les journalistes soutiraient des informations à des invités ou à des amis sans méfiance, et imprimaient des anecdotes déformées à propos de notre vie privée ou, quand ils avaient épuisé leurs sources, inventaient tout bonnement des histoires.

En dépit de son intelligence et de ses ambitions littéraires, Anne fut bien vite obligée de restreindre ses activités dans ce domaine de sa vie. Charles l’avait avertie : « Ne dis jamais rien que tu n’es pas prête à voir crier sur les toits, et n’écris jamais rien que tu n’aimerais pas voir à la une des journaux ».


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d  VOUS AVEZ DIT OUI À QUOI ? Anne se souvient : J’étais convaincue qu’il fallait que nous nous protégions des intrusions de notre vie privée. Mais quel sacrifice c’était de ne jamais pouvoir parler ou écrire en toute sincérité, surtout pour moi qui estimais qu’une expérience ne se terminait vraiment qu’après avoir été couchée sur le papier ou partagée oralement ! Et pour moi qui avais dit dans le passé qu’il n’y avait rien de plus excitant au monde que de communiquer… J’étouffais intérieurement. Pendant trois ans, j’ai complètement arrêté de tenir mon journal intime et, puisque les lettres n’étaient pas à l’abri des indiscrétions, je me suis efforcée d’écrire avec circonspection, d’utiliser des expressions ou des plaisanteries propres à notre famille.

Essayez d’imaginer à quoi pouvait ressembler une vie soumise à une telle curiosité de la part du grand public. Même dans leurs moments les plus intimes, les Lindbergh devaient rester sur leurs gardes : Bien entendu, après notre mariage, je pus parler librement à mon mari, mais uniquement dans l’intimité d’un avion, d’un endroit désert ou d’une chambre. Et dans les chambres d’hôtel, je m’assurais d’abord que les fenêtres et l’accès donnant sur le couloir étaient fermés aux oreilles indiscrètes.

La « vie de rêve » que tous les journaux décrivaient avec exubérance avait aussi son côté sombre, Anne s’en plaignait : Nous n’avions aucune vie privée, rien d’autre qu’une vie publique. Nous n’avions pas de chez-nous. Nous vivions dans des hôtels, des avions ou dans des chambres d’amis. Nous voyagions constamment.

Libérée par la douleur En 1932, la célébrité des Lindbergh prit un tour cruel et tragique lorsque leur fils, Charles Junior, âgé de 18 mois, fut enlevé dans leur maison du New Jersey. Une demande de rançon fut laissée en évidence sur le rebord de la fenêtre. Les négociations durèrent six semaines, au terme desquelles une


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rançon fut versée… mais l’enfant ne fut pas rendu. Le supplice de la famille se termina tragiquement quatre semaines plus tard lorsque l’on découvrit le corps du petit garçon, abandonné dans les bois, à quelques kilomètres de la demeure des Lindbergh. Étant moi-même père de trois enfants, je suis incapable d’imaginer pire expérience que la perte d’un enfant. Le kidnapping, l’incertitude, l’attente et, pour finir, la découverte du cadavre ont certainement eu un effet dévastateur. Que la célébrité vous empêche d’écrire de la poésie ou de mener une vie tranquille, soit, mais qu’elle vous prive définitivement de votre premier-né… Comme le corps avait été jeté dans les bois, les animaux s’y étaient attaqués, et il fallut du temps aux autorités avant de pouvoir formellement identifier l’enfant. Mais, comble de l’horreur, des photographes sans scrupule s’introduisirent à la morgue et prirent des photos du cadavre en partie décomposé, puis les publièrent. Cela ajouta encore à la terrible souffrance des parents. Et pourtant, l’ironie de la chose fut que cette tragédie permit à Anne de se remettre à écrire. Comme l’herbe repousse après un incendie de forêt ravageur, cette tragédie fit renaître en elle ce que l’absurdité de la célébrité avait plongé dans le sommeil. Anne écrivit : Je commençais à apprendre que certaines valeurs étaient plus importantes que la discrétion ou même l’intimité. En découvrant cela dans les affres de la tragédie, je vis qu’il me fallait retourner puiser à des sources plus profondes. Je devais écrire avec honnêteté. La douleur a peut-être contribué, d’une certaine manière, à ce que je sois libérée.

Réfléchissez à cette phrase : « La douleur a peut-être contribué à ce que je sois libérée ». De nos jours, il faut souvent à tout prix éviter la douleur. Il s’agit d’un ennemi, d’un persécuteur, d’une émotion redoutable. Si notre mariage nous fait souffrir, nous devons y mettre un terme. Qui désire vivre un mariage malheureux ?


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Qui oserait nous conseiller de rester ensemble malgré tout ? Quand nous souffrons, nous avons tendance à nous débattre émotionnellement, tel le nageur sur le point de se noyer. Nous devrions, au contraire, affronter la tempête avec calme… comme nous avons appris à flotter plutôt qu’à paniquer dans l’eau. Qui d’entre nous, pourtant, aurait le courage de choisir délibérément la souffrance ? Mais si nous apprenions à trouver le calme au sein de la tempête, nous pourrions découvrir, comme Anne l’a fait, que l’épreuve peut contribuer à nous libérer. Anne ne s’apitoyait pas sur son sort, elle se contentait d’être honnête et vulnérable : Je ne me borne pas à réciter un dicton disant qu’il y a beaucoup à apprendre de la souffrance. Je ne crois pas que la souffrance pure et simple enseigne quoi que ce soit. Si la souffrance seule suffisait à rendre sage, le monde entier le serait, puisque chacun souffre. À la souffrance, il faut ajouter le deuil, la compréhension, la patience, l’amour, l’ouverture d’esprit et l’aptitude à demeurer vulnérable.

Anne a raison, bien sûr. Un mariage difficile ne suffit pas pour faire grandir. Nous devons aussi développer en nous la compréhension, l’amour et la patience, et nous engager à continuer à rechercher ces qualités. Nous ne pouvons pas contrôler comment notre conjoint agira ou comment le monde qui nous entoure agira, mais nous Ce n’est pas à nous de choisir pouvons contrôler comment nous agirons et réagirons.

les douleurs ou les épreuves que nous devrons porter, nous devons seulement les endurer.

Voir les choses sous cet angle nous rend acteur au sein de notre couple. Nous ne dérivons plus en « victimes de la douleur », nous devenons les architectes d’un nouveau caractère. À nous de faire notre choix entre cela et… lâcher les commandes et permettre à des flots toxiques d’amertume de polluer notre âme.


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Prêchez la vertu, et notre société actuelle vous traitera de ringard ! Mais n’est-ce pas parce que peu d’entre nous comprenons ce qu’elle représente vraiment ? À l’origine, la vertu est synonyme de « force ». Elle dérive de la racine qui désigne également la virilité. La vertu est une force, le pouvoir de faire ce qui est droit. Elle permet de faire le bon choix, de surmonter la faiblesse liée au péché, aux mauvais choix, à la victimisation et à l’apitoiement. Des années plus tard, quand Anne repensa au kidnapping, elle remarqua que deux enseignements la réconfortaient : l’un chrétien, l’autre bouddhiste. Elle écrivit : Il ne fait aucun doute que le long chemin de souffrance, de réflexion, de guérison et de renaissance est illustré au mieux dans ce que la religion chrétienne nous enseigne au travers de la souffrance, de la mort et de la résurrection du Christ.

L’autre histoire parle d’une mère, venue trouver Bouddha après avoir perdu son enfant. Selon la légende, Bouddha lui répondit que tout ce dont elle avait besoin pour guérir était une simple graine de moutarde provenant d’un foyer qui n’avait jamais connu la souffrance. Vous devinez la suite de l’histoire. La mère alla de maison en maison, sans jamais trouver de famille exempte de douleur. Elle ne put jamais se procurer la graine de moutarde qu’elle cherchait, mais elle reçut la compréhension, la vérité, la sagesse… et une nouvelle perspective sur ses circonstances. La même conclusion peut s’appliquer au mariage. Chaque mariage comporte son lot de douleurs, d’épreuves, de tensions. Chaque oreiller a déjà essuyé, un jour ou l’autre, son flot de larmes brûlantes, versées tard dans la nuit, ou même durant une journée tout entière. Ce n’est pas à nous de choisir les douleurs ou les épreuves que nous devrons porter, nous devons seulement les endurer.

Une force libératrice Malgré la grandeur de Charles Lindbergh qui était, par bien des côtés, un homme vraiment charmant, certains as-


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pects de son caractère causaient beaucoup de chagrin à Anne. Son stoïcisme était tel qu’il considérait les larmes comme un signe de faiblesse. Si Anne devait pleurer, Charles insistait pour qu’elle le fasse seule dans sa chambre ! Il ne fit qu’une exception, lors de la découverte du corps de leur enfant. Plus tard, la célébrité de Charles se transforma en déshonneur. Lindbergh fit une demi-douzaine de voyages en Allemagne, et s’opposa avec véhémence à l’entrée en guerre des Américains lors de la Seconde Guerre mondiale. Bien vite, il reçut autant de railleries qu’il avait reçu de louanges : « Rendstoi compte, écrivit sa belle-sœur, qu’en l’espace de quinze ans, il est passé de Jésus à Judas ». De plus, il était autoritaire et quelque peu excentrique. Ainsi que le raconta l’une de ses filles à un biographe : « Il n’existait que deux manières de faire les choses : la manière de papa et la mauvaise ». Quand Anne dit un jour à Charles qu’elle voulait un nouveau fourneau, il insista pour qu’elle attende jusqu’à ce qu’ils puissent ensemble discuter de cet achat « d’un point de vue personnel, économique et militaire ». Un autre jour, alors qu’il s’apprêtait à partir en voyage, Charles obligea Anne à annuler les rendez-vous de leurs enfants chez le dentiste, craignant que la guerre éclate avec les Russes (ce qui aurait pu conduire l’ennemi à empoisonner les réserves d’eau). Ces quelques travers n’étaient rien en soi mais, ajoutés à la célébrité, au drame et au fait qu’Anne et Charles étaient si différents l’un de l’autre, ils furent à l’origine de très sérieuses tensions. En se laissant submerger par ces difficultés, Anne aurait aisément pu céder à l’amertume, au repli sur soi et à la dépression. D’autres femmes seraient devenues alcooliques, auraient cherché un réconfort dans la nourriture, ou se seraient vengées sur leurs enfants. Mais face à la souffrance, Anne choisit de travailler la vertu. Elle en sortit considérablement grandie. De sa situation conjugale difficile, Anne tira la force d’accomplir de grandes choses. Elle fut d’ailleurs la première femme des États-Unis à posséder une licence de pilote de planeur. Même si sa préférence allait aux livres et à la conversa-


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tion plutôt qu’à l’aventure, elle apprit tout de même à se servir d’une radio et devint remarquablement compétente en Morse. Anne et Charles embarquèrent pour un vol d’exploration de l’Atlantique Nord tandis que Jon, leur second fils, était encore très jeune. Ils survolèrent quatre continents pendant près de six mois. Le travail accompli par Anne comme copilote et opératrice radio fut reconnu par la National geographic society. En 1934, elle reçut la médaille d’or Hubbard de l’exploration, de la recherche et de la découverte. Anne fut la première femme à recevoir cette récompense. Quand son quotidien devint un peu moins mouvementé, Anne put enfin se consacrer à l’écriture. Au cours des années 1950 et 1960, elle écrivit de nombreux livres, dont plusieurs devinrent des best-sellers. Eugene Peterson mentionne son livre Gift from the Sea dans une liste d’ouvrages « édifiants pour la vie spirituelle du chrétien », et nota : « C’est le récit émouvant d’une femme d’intérieur, à la fois mère et épouse qui, à l’occasion d’un séjour au bord de la mer, découvre dans la nature des métaphores sur le thème de la présence de Dieu et des aspirations de l’âme dans le quotidien mouvementé de sa vie de femme au foyer6 ». Loin de l’emprisonner, ce mariage difficile permit à Anne de se libérer. Elle raconte : Le fait d’être mariée et d’avoir mon mari à mes côtés développait ma confiance en moi. Forte de son soutien, j’avais l’impression de me tenir plus droite.

Voilà ce que peut produire un mariage à la fois bon et difficile. Un mariage n’élimine jamais nos difficultés ; en réalité, il en génère presque toujours de nouvelles. Mais même un mariage difficile aux côtés d’un homme difficile peut donner à une épouse la force nécessaire pour devenir la femme que Dieu voulait qu’elle soit (et le même principe s’applique forcément aux hommes mariés à une femme difficile). Dans l’un de ses journaux intimes, Anne développait ce sujet :


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d  VOUS AVEZ DIT OUI À QUOI ? Être éperdument amoureux est, bien entendu, une grande force libératrice, et l’expérience la plus ordinaire qui libère, ou sembler libérer, les jeunes gens. Le simple fait de tomber amoureuse me parut incroyable et bouleversa mon univers, mon regard sur la vie et sur moi-même. Cela me donna de la confiance en moi, de la force, et presque une nouvelle personnalité. L’homme avec lequel j’allais me marier croyait en moi et en ce que je pouvais accomplir ; par conséquent, je découvris que j’étais capable de bien plus que ce que j’imaginais, même dans le mystérieux monde extérieur [de l’aviation] qui me fascinait tant mais me semblait hors de portée. Charles poussa la porte menant à cette « vraie vie » qui m’attirait autant qu’elle m’effrayait. Je devais la franchir.

Anne aurait-elle dit Oui à Lindy si quelqu’un l’avait avertie des inconvénients et des risques liés à la célébrité, de ce qu’il coûterait à l’intellectuelle de devenir la copilote d’un aventurier et des souffrances qui seraient les siennes quand son enfant serait kidnappé ? Peut-être. Nous ne le saurons jamais avec certitude, bien que la force de caractère qui émane des écrits d’Anne laisse présager qu’elle y aurait consenti. Dans un recueil de lettres et d’extraits de son journal intime, publié sous le titre de Hour of gold, hour of lead [Heure en or, heure de plomb], Anne raconte comment les « heures de plomb », ces moments pénibles et difficiles, pouvaient être « transmutées » en « heures d’or » : Dix ans plus tard, lorsque la tragédie était derrière nous, enterrée et recouverte d’une nouvelle vie, j’ai rédigé un poème qui décrivait cette transmutation, telle que je l’avais vécue. C’était l’un de ces poèmes qui s’écrivent d’une traite en puisant directement leurs mots au plus profond du subconscient.

Voici son poème : Secondes semailles Pour qui sera Le lait resté dans le sein une fois l’enfant parti ? Pour qui sera L’amour enfermé dans le cœur qui demeure seul ?


Le combat sacré  d 169 Cette moisson dorée Qui a déchiré le sol, pour déborder du champ en août, Et a été moissonnée dans la douleur en septembre, À présent stockée bien haut dans les granges, accumulation stérile. Faites sauter les verrous ! Ouvrez grand, répandez et versez le grain sur le sol aride Dans chaque crevasse de chaque motte de terre ! Il n’y a pas de moisson pour le cœur solitaire ; La semence de l’amour doit être éternellement re-semée.

Aussi longtemps que notre douleur, notre sagesse et les leçons de l’existence sont « enfermées dans le cœur » ou « stockées bien haut dans les granges », elles demeurent stériles et improductives. Pour grandir dans la tourmente des difficultés, nous devons « ouvrir grand » les sacs de grain et de semences, et les répandre partout où nous voyons un sol fertile. C’est le thème chrétien classique de la mort et de la re-naissance, selon lequel « la semence de l’amour doit être éternellement re-semée ». C’est l’essence même d’un mariage profondément spirituel.

De simples ennuis Ma situation conjugale est bien pire que celle des autres, pensent peut-être certains d’entre vous. « Vous n’avez aucune idée des difficultés auxquelles je suis confronté. » N’oublions jamais que la plupart du temps, nous ne pouvons pas choisir nos épreuves. Nous avons presque tous à supporter un problème physique ou un autre : mal de dos, allergies, migraines, arthrose. En ce qui me concerne, je souffre d’une sérieuse limitation de ma vision périphérique. En vieillissant, nous souffrirons très certainement de la dégradation de notre corps, sans pour autant pouvoir choisir quelle partie de celui-ci lâchera en premier.


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Selon moi, il en va de même du mariage. Nous sommes tous confrontés à certains aspects difficiles à accepter chez notre conjoint. J’ai connu des hommes dont l’épouse était alcoolique, et des femmes mariées à de véritables tyrans, qui ne leur témoignaient qu’un minimum de reconnaissance et de respect. Dans ces situations-là, nous oublions facilement ce que nous avons appris de la vie de gens comme les Lincoln et les Lindbergh. La célébrité ne m’a pas l’air d’être si difficile à vivre, je prendrais bien la place d’Anne, pensent certains. « Si je pouvais être un jour président des États-Unis, je me moquerais bien d’être marié à une femme querelleuse » Une perspective d’éternité diraient d’autres. nous aide à tenir ferme dans

l’épreuve et à continuer à prendre soin de notre mariage.

Beaucoup de couples vivent dans un anonymat relatif, supportent en silence leurs épreuves personnelles, sont obligés d’assumer un mariage difficile et une occupation professionnelle peu gratifiante. Ils s’interrogent alors sérieusement sur le but de leur existence. Dans leur contexte, les difficultés de la vie pèsent davantage encore et tendent à faire oublier le côté formateur de la souffrance. Nous avons déjà évoqué dans le chapitre précédent l’importance de développer une perspective d’éternité. Celle-ci nous aide à tenir ferme dans l’épreuve et à continuer à prendre soin de notre mariage. Souvenez-vous des paroles de Paul : Ceux qui, en pratiquant le bien avec persévérance, cherchent l’approbation de Dieu, l’honneur et l’immortalité, recevront de [Dieu] la vie éternelle. Mais, à ceux qui, par ambition personnelle, repoussent la vérité et cèdent à l’injustice, Dieu réserve sa colère et sa fureur. — ROMAINS 2 : 7-8, SEMEUR

Sans perspective éternelle, les épreuves terrestres deviennent insupportables. Sans une espérance en l’au-delà, sans prendre conscience de la nécessité de progresser et de grandir


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spirituellement, nous ne visons aucun objectif. Nous ne pouvons rien attendre avec impatience ici-bas sur la terre. C’est un peu comme si nous passions toute notre vie à nous entraîner sans jamais participer à un match. Notre vie peut vite devenir monotone, ennuyeuse et fatigante. La persévérance, la fidélité et l’obéissance nous permettront de rechercher la gloire, l’honneur et l’immortalité devant Dieu. Jésus a dit que les souffrances subies dans l’anonymat sont en fait les plus profitables : sinon, les gens risquent de nous féliciter, ce qui serait alors notre seule récompense (cf. Matthieu 6 : 16-18). Privé de la réalité du ciel, le christianisme n’a pas beaucoup de sens. Les grands auteurs classiques n’abandonnaient jamais cette espérance céleste ; l’éternité sous-tendait chacune de leurs paroles. Paul lui-même a déclaré que si nous n’avons d’espoir que dans cette vie, « nous sommes les plus malheureux de tous les hommes » (1 Corinthiens 15 : 19). Si nous prenons notre foi au sérieux en persévérant dans un contexte de mariage difficile, désirant observer la puissance réconciliatrice de l’amour de Dieu dans un monde de pêcheurs, notre mariage difficile deviendra notre terrain Sans une perspective éternelle, d’entraînement pour nous les épreuves terrestres préparer au ciel. La presse deviennent insupportables. à succès ne risque bien sûr pas de s’intéresser à ce genre de recherche, ou à notre progression spirituelle. Par contre, le ciel observe, Dieu regarde. Un jour, la promesse de Jésus se réalisera : « Les derniers seront les premiers » (Matthieu 20 : 16). Je suis triste de voir des chrétiens s’efforcer de mener une vie droite sans garder constamment l’éternité en point de mire. Et pourtant, méditer sur la vie après la mort est un des exercices spirituels les plus édifiants qui soit. Personnellement, cela me fortifie comme peu d’autres disciplines. Je me dis en effet : « Je peux endurer cette souffrance car elle ne durera pas éternellement ».


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d  VOUS AVEZ DIT OUI À QUOI ?

Les cyniques crieront que je suis tombé dans le piège de Marx, pour qui la religion n’était rien d’autre que « l’opium du peuple ». En ce qui concerne le christianisme, Marx se trompait lourdement : l’opium émousse les sens, alors que le christianisme les éveille. Grâce à notre foi, Dieu est capable d’insuffler un sens, une raison d’être et un sentiment de plénitude dans un mariage boiteux ou même agonisant. Le christianisme ne nous plonge pas dans une stupeur apathique : il nous ramène à la vie, nous, ainsi que toutes nos relations. Il apporte de la saveur, de la force et du sens dans une existence qui, sans cela, serait gaspillée. Dieu n’a jamais promis de nous tenir à l’abri de toutes les épreuves dans cette vie, bien au contraire ! Par contre, il promet de donner un sens à chacune d’elles. Notre caractère se développe, notre foi grandit, et notre récompense céleste augmente. Même si j’ai un peu honte de l’admettre, une scène du film La Guerre des étoiles me bouleverse : après avoir sauvé les forces rebelles, Luke Skywalker, la princesse Leia et Han Solo reçoivent les honneurs. Ils remontent l’allée centrale d’une grande salle devant une foule au garde-à-vous. EnDieu n’a jamais promis de suite, ils gravissent quelques nous tenir à l’abri de toutes les marches et reçoivent publiépreuves dans cette vie, mais de quement les hommages du donner un sens à chacune. chef des rebelles. Cette scène me touche à ce point parce que, pour moi, elle symbolise une vérité céleste à laquelle j’aspire. Jésus n’a jamais demandé de mettre de côté notre ambition. Il ne nous a jamais demandé de nous débarrasser de toute idée de récompense. Jésus nous a demandé de nous détourner des ambitions et des récompenses terrestres. Il nous interpelle : « Mettez-vous à la dernière place sur terre, et vous serez à la première place au ciel ! » Il ne s’agit pas de juste renoncer. Il s’agit de renoncer à quelque chose pour obtenir autre chose. Notre soif de gloire, au plus profond de notre cœur, est caractéristique de notre nature humaine. Jésus nous


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exhorte à orienter cette soif vers le ciel et à y chercher aussi notre récompense. Croire cela ne nous invite toutefois pas à « croiser les bras » dans l’attente du ciel ! L’expérience m’a montré que l’obéissance à Dieu génère, dès à présent, un réel épanouissement. Un profond sentiment de bien-être spirituel nous remplit même au cœur de l’épreuve. Sans être aussi « démonstratif » que des transports de joie exubérants, il s’apparente à une disposition permanente de l’âme, indépendante des circonstances. Un mariage difficile ne signe pas l’arrêt de mort d’une vie pleine de sens. Il devient source de nombreux défis, mais également de magnifiques Orientions notre soif de gloire opportunités de croissance spirituelle. Avez-vous déjà vers le ciel et cherchons-y aussi examiné votre mariage sous notre récompense. cet angle ? Que suis-je en train d’apprendre ? De quelle manière cela me fait-il progresser ? Qu’est-ce que cela m’apporte dans une perspective d’éternité ? Cette réflexion allégera peut-être un peu votre fardeau. Plus important encore, voyez si votre mariage vous rapproche de Dieu et vous transforme à l’image de Jésus-Christ, ou s’il vous encourage seulement dans la recherche d’un bonheur insouciant toujours plus insaisissable. Considérez votre situation au travers de la longue-vue de l’éternité, ainsi que l’apôtre Paul le faisait lui-même : Or, si nous sommes enfants, nous sommes aussi héritiers : héritiers de Dieu, et cohéritiers de Christ, si toutefois nous souffrons avec lui, afin d’être aussi glorifiés avec lui. J’estime qu’il n’y a pas de commune mesure entre les souffrances du temps présent et la gloire à venir qui sera révélée pour nous. — ROMAINS 8 : 17-18


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CHAPITRE 9

Tomber vers l’avant Le mariage nous apprend à pardonner Le couple diffère de l’individu en ce qu’il doit agir en faveur de sa propre sauvegarde d’une manière bien plus délibérée que l’individu. Un individu peut parfois penser au suicide, mais oublie rarement de s’alimenter, tandis que les couples oublient fréquemment de nourrir leur relation. — MARY ANNE MCPHERSON OLIVER

L’amour est un cœur qui bouge… Un amour qui bouge pour s’éloigner du moi pour aller vers l’autre. — DAN ALLENDER ET TREMPER LONGMAN III

Le simple fait d’être fidèle à votre conjoint est un témoignage puissant dans notre société. Mais si vous allez plus loin encore en exprimant votre amour à votre conjoint avec constance, créativité et sans retenue, le monde sera obligé de le remarquer. Et Dieu sera honoré. — GARY ET BETSY RICUCCI

Quand une jeune fille se marie, elle échange les attentions de tous les hommes qui l’entourent contre le manque d’attention d’un seul. — HELEN ROWLAND

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d  VOUS AVEZ DIT OUI À QUOI ?

Histoire vraie. Dans un avion, un homme d’affaires engage la conversation avec le jeune homme qui vient de s’installer à côté de lui. Il lui demande s’il voyage pour son travail ou pour le plaisir : — Pour le plaisir, répond le jeune homme. C’est ma lune de miel. — Votre lune de miel ? demande l’homme d’affaire, surpris. Mais où est votre femme ? — Oh, elle est quelques rangées plus loin. L’avion était complet, nous n’avons pas réussi à avoir des places côte à côte. L’appareil n’ayant pas encore commencé à bouger, l’homme d’affaire propose alors la chose suivante : — Je serais enchanté de changer de place avec elle, afin que vous puissiez être ensemble. — Ce n’est pas la peine, répond le jeune homme. J’ai déjà parlé avec elle toute la semaine1. Un chercheur a découvert qu’un couple marié ordinaire ne dialogue réellement que vingt-sept minutes en moyenne par semaine. C’est au cours de leur troisième rendez-vous et dans l’année qui précède leur divorce que les échanges sont les plus nombreux2. Un des plus grands défis spirituels pour un chrétien est de devenir moins égocentrique. Nous sommes naturellement tous absorbés par nos petites personnes. La discipline du mariage chrétien nous invite à vivre la réalité du partage et Les chutes sont inévitables, du plaisir d’être ensemble, mais nous pouvons contrôler de manière unique et intime. la direction dans laquelle nous La capacité de manifester tombons : vers notre conjoint, de l’intérêt et de l’empathie ou en nous éloignant de lui. pour nos proches n’est assurément pas quelque chose de facile à maintenir ; cette qualité est cependant d’une importance capitale et doit être développée.


Tomber vers l’avant  d 177

Il y a quelques années de cela, j’ai participé à une superbe randonnée avec quelques amis dans la montagne. Alors que je tentais de sauter par-dessus un torrent tumultueux, un de mes amis m’a dit : « Arrange-toi pour tomber toujours vers l’avant ». C’était un conseil sage. Même si je ratais mon saut, aussi longtemps que je gardais mon élan vers l’avant, je ne serais pas emporté par le courant. Depuis, je n’ai jamais oublié ce bon conseil. Je crois en effet que le mariage chrétien consiste aussi à apprendre à « tomber vers l’avant ». Des obstacles surgissent, la colère éclate, la lassitude étouffe nos sens et nos sentiments. Quand cela se produit, l’individu spirituellement immature réagit en reculant, en s’éloignant de L’inverse de l’amour biblique son conjoint. Il peut même parfois chercher à recomn’est pas la haine : c’est mencer autre chose avec l’apathie. quelqu’un de « plus excitant ». La maturité s’acquiert en avançant malgré la souffrance et l’apathie. Les chutes sont inévitables. Nous ne pouvons pas les contrôler, mais nous pouvons contrôler la direction dans laquelle nous tombons : vers notre conjoint, ou en nous éloignant de lui. Au cinéma, l’amour est très souvent une activité passive. On entend parler de « coup de foudre » ou de « tomber amoureux ». Les couples infidèles disent parfois : « Nous n’avons rien pu y faire ; c’est arrivé, voilà tout ! » Une telle passivité est aussi éloignée de l’amour chrétien que la Terre est éloignée du Soleil. L’amour chrétien est un mouvement délibéré et un engagement actif. En réalité, nous choisissons ceux vers qui se porte notre affection. Donald Harvey a écrit : Contrairement à une expérience intime, une relation d’intimité est organisée, calculée. Elle se construit. Le sentiment d’unité qui résulte d’une proximité spirituelle authentique n’apparaît pas par hasard. S’il existe, c’est en réponse à une volonté délibérée et à un accompagnement


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d  VOUS AVEZ DIT OUI À QUOI ? de votre part. Vous choisissez de vous investir, puis vous passez à l’action. Le hasard n’a pas sa place ici3.

Il m’a fallu des années pour comprendre qu’en tant que chrétien, j’avais l’obligation de me diriger constamment vers ma femme. En effet, je pensais, au début de mon mariage, qu’aussi longtemps que je ne l’agressais pas physiquement ou même verbalement, j’étais un « bon » mari. Mais l’inverse de l’amour biblique n’est pas la haine : c’est l’apathie. Cesser d’aller vers votre conjoint équivaut à cesser de l’aimer. En agissant de la sorte, vous restez à l’écart de la raison d’être première du mariage.

La mascarade masculine Au risque d’offenser certains de mes lecteurs, je souhaite tout de même souligner ici que les hommes éprouvent généralement plus de difficultés que les femmes dans ce domaine de spiritualité. En premier lieu, les hommes ont tendance à être moins communicatifs, sans forcément se rendre compte que cela puisse passer pour de l’indifférence. Éprouver des sentiments passionnés pour son épouse est une chose ; les lui exprimer en est une autre. Beaucoup d’hommes ne réalisent pas les dégâts qu’ils occasionnent, simplement en restant silencieux. En second lieu, les hommes ont tendance à considérer qu’indépendance est synonyme de force, de maturité et de « virilité ». L’interdépendance n’est pas seulement un très long mot pour eux, c’est aussi une pilule amère bien difficile à avaler. Souvent perçue comme un signe de faiblesse. Même si l’esprit d’indépendance est valorisé par notre société, ce n’est pas pour autant une valeur biblique. Il doit être examiné à la lumière de la nature divine. Nous devons certes être prêts à courageusement rester seuls si nécessaire (souvenez-vous de Jésus sur la croix), mais rappelons-nous que la dynamique de Dieu est un mouvement en direction de son peuple, même un peuple de pécheurs. Jésus est resté seul afin que les hommes puissent s’approcher de Dieu. Jésus est


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resté seul afin que Dieu puisse rassembler ses enfants autour de lui. Son acte de solitude était une affirmation radicale de l’importance de la communion. Si nous souhaitons être recréés à l’image de Dieu, nous serons transformés de manière à être apte à aller vers les autres. Lorsqu’un homme fuit les gens, il fait preuve en général de lâcheté, pas de courage. Ici, un homme sera incapable de gérer une relation d’adulte Beaucoup d’hommes ne à adulte avec une femme de réalisent pas les dégâts qu’ils son âge, divorcera d’elle pour se marier avec une femme de occasionnent, simplement en l’âge de sa fille. Tentative furestant silencieux. tile de garder un sentiment de « contrôle ». Ailleurs, un homme n’acceptera pas que son épouse ne soit pas sa « mère », mais plutôt une partenaire qui s’attend autant à recevoir qu’à donner ; il s’enfermera dans le silence plutôt que d’admettre ses propres besoins. Ailleurs encore, un homme refusera d’entrer dans le rapport d’échange normal que suppose toute relation de complémentarité ; il décidera d’ignorer son épouse pour se donner corps et âme à son travail. Là, au moins, il contrôle les éléments de sa vie et ses subordonnés doivent se plier à sa volonté. Ces portraits ne sont pas des exemples de courage ; ils sont les archétypes de la honte au masculin. Lorsque Dieu m’appelle à avancer continuellement en direction de ma femme, il m’appelle à être façonné à sa propre image.

Sentiments contradictoires Nos émotions contradictoires gênent parfois notre « chute vers l’avant ». Madeleine L’Engle a écrit un poème qui l’illustre merveilleusement4. Elle s’adresse directement à Dieu, mais ses paroles sont pertinentes dans toutes nos relations d’amour : Cher Dieu, Je te hais. Je t’aime, signé Madeleine.


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d  VOUS AVEZ DIT OUI À QUOI ?

N’avez-vous jamais éprouvé ce sentiment, à la fois réel et frustrant, d’être dégoûté par quelqu’un que vous aimez pourtant profondément ? Madeleine L’Engle est honnête dans sa frustration vis-à-vis de Dieu. Mais la signature fait toute la différence : elle s’est engagée à avancer vers Dieu même lorsqu’il l’exaspère. « Je t’aime, signé Madeleine » devient le dénominateur commun. Quel que soit le sujet de son exaspération, quelle que soit l’intensité de sa frustration, Madeleine maintient avec Dieu une relation fondée sur l’amour. Il en est de même dans le mariage. Même dans les moments de colère, de trahison, d’exaspération et de blessures, nous sommes appelés à aller à la rencontre de l’autre pour l’étreindre et grandir dans sa direction, pour laisser notre amour transformer nos sentiments d’indifférence, de frustration et même de haine.

Le sang du mariage Cette invitation à « tomber vers l’avant » met l’accent sur l’importance de faciliter la construction d’une plus grande intimité. Nous dévalorisons le mariage si nous le réduisons à une simple formule négative du genre : « J’accepte de ne jamais coucher avec quelqu’un d’autre ». Le mariage vise le don de soi qui va bien au-delà de la fidélité sexuelle. Mary Anne Oliver le définit comme une « interpénétration de l’être ». Même dans les moments de colère, trahison, exaspération et Quelle belle expression ! les blessures, nous devons aller à Se marier, c’est accepter de grandir ensemble, l’un dans la rencontre de l’autre, l’étreindre, l’autre et, en quelque sorte, grandir dans sa direction. d’entremêler nos âmes pour partager un lien unique et rare. Quand nous arrêtons d’avancer dans cette direction, nous trompons notre partenaire. Nous avons promis mais refusons d’honorer notre engagement. Cette « interpénétration » peut devenir une expérience merveilleuse, parfois même amusante. Lisa et moi sommes mariés depuis presque quinze ans. Il y a environ trois ans de


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cela, nous avons commencé à parler de la même manière, de façon assez troublante. Par exemple, au cours d’un match de football auquel notre fils participait, je me suis approché d’une amie et je lui ai dit : — Si l’arbitre nous accordait ne serait-ce qu’un quart de point pour chaque tir dans les poteaux, on les écraserait ! Notre amie ouvrit grands les yeux : — Est-ce que tu as entendu ce que Lisa vient de me dire ? — Non, pourquoi ? — Elle m’a dit exactement la même chose, il y a quinze secondes ! Depuis peu, cela se produisait si souvent que ça en devenait presque bizarre. Beaucoup de couples mariés font la même expérience. Nos façons de penser et de parler ont été influencées par celles de l’autre, au point que nous commençons à lui ressembler. Une telle « interpénétration de l’être » va bien au-delà de la notion de sexualité exclusive. Le mariage est déterminé par une vertu essentielle qui présuppose le don de soi. Kathleen et Thomas Hart ont écrit : « On peut accomplir, en apparence, de nombreux actes d’amour, tout en retenant le don le plus précieux qui soit, le don de soi-même. Ce don ne s’offre que par la communication5 ». La communication, c’est le sang du mariage. Il amène l’oxygène indispensable au cœur de notre histoire d’amour. Au début de la relation, la communication paraît merveilleuse. À nos côtés marche le mysLe mariage est déterminé tère, la beauté, la sagesse par une vertu essentielle qui personnifiée : une personne qui a la capacité de nous présuppose le don de soi. faire éprouver le plaisir sans limite. À peine quelques années plus tard, il est surprenant de constater à quel point cet « ange » est devenu limité et humain. Pourquoi un tel revirement ? Notre condition humaine, tellement restrictive. G. K. Chesterton a fait remarquer que


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s’il était une chose plus ridicule encore, chez les humains, que d’avoir deux jambes, c’était bien qu’ils créent parfois une ouverture dans leur visage pour y introduire des morceaux du monde extérieur (il décrivait évidemment ce que nous appelons couramment « manger »). Qu’importe que l’on soit une jeune fille ravissante, un jeune homme charmant, les imperfections de notre nature finiront par transparaître. Des bruits et des odeurs bizarres s’échappent de chacun d’entre nous. C’est souvent la découverte de ces réalités banales de la vie qui nous conduit à « faire machine arrière », comme si l’autre avait trahi. Au langage verbal s’ajoute le langage physique, l’action de toucher l’autre. Cela inclut l’expression de la sexualité, mais aussi le toucher à caractère non sexuel. Contrairement à ma femme, je ne supporte pas qu’on me touche le visage. Il m’a fallu des années pour comprendre à quel point il était important pour Lisa que je lui caresse fréquemment la joue. Elle veut être touchée, en particulier quand elle sait que ce geste n’appelle rien d’autre. Les hommes doivent en effet se souvenir de l’importance des caresses à caractère non sexuel. De leur côté, beaucoup d’épouses ont compris que si elles ne cherchent pas à régulièrement satisfaire les besoins sexuels de leur mari, quasiment tout autre mouvement de leur part vers leur mari passera inaperçu. Jill Renich a écrit : Une femme peut démontrer son amour d’une multitude de façons, mais ces dernières sont souvent réduites à néant par son rejet ou son manque d’intérêt pour les relations sexuelles. Vous êtes peut-être une parfaite maîtresse de maison, une cuisinière hors pair, une mère incomparable pour les enfants de votre mari… Mais si vous le repoussez régulièrement au lit, ces qualités seront réduites à néant. Aux yeux d’un homme, les relations sexuelles sont la plus grande déclaration d’amour et de valorisation de l’individu6.

Dans un vieux film de Woody Allen, un conseiller conjugal interroge séparément un mari et sa femme. Seul le spectateur est témoin de leurs réponses. Le conseiller demande d’abord à la femme :


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— À quelle fréquence vous et votre mari faites-vous l’amour ? — Presque tout le temps, répond la femme. Trois fois par semaine. Le conseiller demande ensuite au mari : — À quelle fréquence vous et votre femme faites-vous l’amour ? — Presque jamais, répond le mari. Trois fois par semaine. C’est essentiellement un problème lié aux différences entre hommes et femmes. Les rôles s’inversent parfois : la femme se plaint de la rareté des relations sexuelles. L’autre stéréotype est bien entendu le désir qu’a la femme de parler, alors que le mari préfère le silence. Dans ce genre de situation, les conjoints peuvent s’appliquer à avancer l’un vers l’autre, sans se soucier de savoir si chacun est bien dans son rôle, féminin ou masculin. Veiller à l’interpénétration des âmes, c’est un devoir qui incombe à chaque mari, à chaque femme. Certains parmi nous sont naturellement plus portés vers les relations sexuelles, d’autres préfèrent la communication verbale. Nous avons le devoir de combler les besoins de notre conjoint. Ce désir de faire fonctionner Nous avons aussi le devoir l’interpénétration apprend chrétien de ne pas trop à renoncer à nos propres exiger de notre conjoint. La exigences pour nous efforcer de femme peut reconnaître que satisfaire celles du conjoint. son mari a atteint son seuil de tolérance quant à sa dose de conversation ; le mari, lui, devra accepter que la plupart des femmes ne souhaitent pas faire l’amour tous les jours. Ce désir de faire fonctionner l’interpénétration nous apprendra à renoncer à nos propres exigences pour nous efforcer de satisfaire celles de notre conjoint. Dans l’idéal, si chacun des époux agit de la sorte, le résultat sera un merveilleux compromis. Ce n’est toutefois pas aussi simple, et l’un des parte-


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naires donne généralement bien plus que l’autre. C’est là que commencent à se fissurer bien des mariages. Mais, que se passerait-il si le conjoint qui « donne et qui donne » puisait sa motivation ailleurs que dans sa propre volonté ? Et s’il considérait que le fait de répondre aux exigences de l’autre contribuait à sa propre formation spirituelle ? Au lieu de se dire : Pourquoi lui ferais-je la conversation ou serais-je affectueux avec elle puisqu’elle ne veut jamais En développant l’art du faire l’amour ?, un mari compromis et en allant à la rencontre de l’autre, un couple pourrait raisonner ainsi : Quelle que soit la fréquence mature progresse à pas de de nos rapports sexuels, géant en croissance spirituelle. pour plaire à Dieu et grandir spirituellement et intérieurement, je vais me rendre disponible pour de longues conversations avec ma femme. Les livres sur le mariage expliquent généralement que si un mari agit de la sorte, il découvrira bientôt que « sa femme a brusquement un désir renouvelé de le rejoindre au lit plus souvent ! » C’est une grossière exagération. Je ne suggère pas que le mari devrait combler les besoins de sa femme afin que les siens soient mieux satisfaits. Je lui propose plutôt de le faire comme un exercice spirituel. Plus ce sera difficile, plus il en profitera. Si sa femme le remercie sans tarder d’une manière physique, il aura le sourire aux lèvres en s’endormant ce soirlà, mais sa formation spirituelle y perdra peut-être un peu. En développant l’art du compromis et en allant à la rencontre de l’autre, un couple mature progressera à pas de géant dans sa croissance spirituelle. Il arrive fréquemment que l’un des conjoints ne se soucie pas de croître spirituellement. Ses propres besoins et ses désirs l’étouffent. Bien qu’une telle situation puisse nuire à la satisfaction et au bonheur du mariage, elle crée aussi un contexte favorable à la croissance. Un chrétien ne dépend jamais de la réaction des autres pour grandir dans sa foi. Ce qui importe, ce sont les décisions qu’il prend dans son propre cœur.


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Le parler et le toucher sont deux moyens essentiels par lesquels nous nous donnons l’un à l’autre. Le refus du don de soi est parfois délibéré, parfois pas. Nous nous réveillons un beau matin, et nous réalisons que nous n’avons pas fait l’effort d’aller à la rencontre de notre conjoint physiquement, émotionnellement et spirituellement. La plupart d’entre nous n’avons probablement jamais abordé la relation du mariage en pensant que « l’apathie » était l’antithèse de l’amour chrétien. Aussi longtemps que nous ne sommes pas méchants, rancuniers ou cruels, nous estimons remplir notre devoir de chrétien. Ce n’est pas vrai. En vérité, j’ai l’obligation de me donner à ma femme. Quand je refuse de « tomber vers l’avant » et que je commence à me retenir, je lui transmets le message suivant : « Je ne veux plus être marié avec toi sur le plan spirituel ».

La discipline de la communion La discipline spirituelle encadrée par cet apprentissage de la « chute vers l’avant » peut être qualifiée de « discipline de la communion ». Cette discipline est alimentée par trois autres exercices spirituels : apprendre à ne pas fuir les conflits, apprendre l’art du compromis, et apprendre à accepter les autres. Ces exercices sont utiles partout : à la maison comme dans l’église.

1. Ne pas esquiver les conflits J’ai vu des églises se disputer pour des bricoles, et des partenaires de longue date se quereller de manière insensée en divisant leur communauté par la même occasion. La discipline spirituelle de la communion n’est pas chose facile. Les pécheurs se blessent mutuellement, les êtres humains imparfaits voient une même réalité différemment, et les égocentriques ont du mal à regarder une autre perspective que la leur. Le problème, c’est que nous sommes tous pécheurs, imparfaits et égocentriques !


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Le mariage est un petit laboratoire expérimental où nous pouvons apprendre à développer la communion spirituelle. En règle générale, tout ce qui se passe dans la société au sens large du terme, trouve son équivalent au sein du mariage : les différends, les échanges de paroles blessantes, les conflits d’intérêts, les ambitions incompatibles. Face à un désaccord, notre réflexe primaire est la fuite. Au lieu d’assumer le malentendu (ou le péché), nous choisissons généralement la facilité en nous mettant à la recherche d’une autre église, d’un autre emploi, d’un autre voisinage, d’un autre ami ou d’un autre conjoint. Le mariage refuse d’accepter cette tendance à « fuir ». En nous enfermant dans une promesse solennelle, gravée dans le roc, devant Dieu, nous sommes forcés de nous attaquer sans tarder au problème et de trouver une solution. Un adulte responsable est conscient que chaque relation comporte une part de conflits, de confession et de pardon. L’absence de conflit démontre en général que, soit la relation n’a pas assez d’importance pour qu’on en discute, soit que l’on manque d’assurance pour risquer un désaccord. Le conflit est une voie d’accès de choix vers la croissance spirituelle. Pour régler un conflit, nous devons plus nous engager, non pas moins nous engager. Au moment même où nous voudrions « envoyer balader l’autre », il faut nous calmer et écouter ses griefs. Au moment même où nous voulons absolument être entendus, nous devons faire tous nos efforts pour écouter. Au moment même où nous voulons exprimer Un adulte responsable est conscient que chaque relation nos doléances, nous devons faire tout notre possible comporte une part de conflits, pour savoir ce qui a blessé de confession et de pardon. l’autre. Au moment même où nous voulons pointer du doigt la mauvaise foi et le comportement injurieux de l’autre, nous devons aussi sans complaisance évaluer nos propres comportements blessants.


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C’est cette démarche de l’un vers l’autre, en s’oubliant soimême, qui explique que les conflits résolus avec succès tissent finalement un lien encore plus fort entre les deux parties. La notion de « réconciliation sur l’oreiller » est devenue un cliché ; elle renferme pourtant une vérité. Pour qu’un conflit se règle, le couple doit se rapprocher l’un de l’autre. Chaque partenaire est « tombé vers l’avant », a recherché une solution et, ce faisant, a développé un besoin accru de l’autre. Glisser rapidement sur les différends, les attitudes et les comportements pécheurs de notre conjoint, n’est pas synonyme de communion ; c’est faire poliment semblant. La vraie communion requiert que nous « tombions vers l’avant ». Apprendre à négocier un conflit avec succès aura une influence directe sur notre relation avec Dieu. Car le jour viendra où nous penserons avoir aussi un compte à régler avec lui. Dans la Bible, l’un des plus célèbres « conflits » a impliqué Dieu et Jacob. Les deux combattants se sont affrontés une nuit entière. Cette rencontre a transformé Jacob au point que son nom a été changé en « Israël », ce qui signifie : « Il lutte avec Dieu ». Vers la fin du combat, Jacob a insisté pour que Dieu le « bénisse » (voir Genèse 32 : 27). Dieu a finalement exaucé la requête de Jacob, et a fait naître toute une nation de la C’est cette démarche de l’un descendance de cet homme vers l’autre, en s’oubliant soifourbe et manipulateur.

même, qui explique que les

Il nous arrivera aussi conflits résolus avec succès d’être en conflit avec Dieu, tissent au final un lien encore un jour : « Pourquoi m’as-tu plus fort entre les deux parties. pris cet enfant ? » ; « Pourquoi as-tu permis que Jim perde son travail, alors que nous en avons tellement besoin ? » ; « Pourquoi restes-tu si silencieux et distant ? » Prétendre que le silence de Dieu ne nous affecte pas, ce n’est pas un signe de maturité spirituelle. Une foi saine suppose que nous marchions dans la direction de Dieu de la même manière que nous avons appris à marcher dans la direction de notre conjoint. Cette « chute vers l’avant » est une


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réponse plus appropriée que celle qui consisterait à « rayer Dieu de notre vie » dès qu’il fait ou permet quelque chose que nous ne comprenons pas. Comme pour Jacob, « lutter » avec Dieu pourrait très bien devenir une source de bénédiction insoupçonnée. Il se peut aussi que, comme Jacob, nous devenions « boiteux à vie », mais toute interaction avec Dieu se révélera bénéfique, du moment qu’elle se fait dans un mouvement délibéré dans sa direction.

2. L’art du compromis Travailler l’art du compromis est le second moyen nous permettant de mettre en pratique la discipline spirituelle de la communion dans le couple. Le mot « compromis » a malheureusement acquis une connotation négative dans notre société. Pourtant, toute relation qui souhaite durer et se développer dans le temps aura besoin d’une dose de compromis. Comme l’ont souligné pertinemment les Whitehead, loin d’être une échappatoire, le compromis est une autre façon de dire « Je t’aime ». C’est la preuve que nous sommes prêts à céder du terrain pour la simple raison que nous accordons plus d’importance à la relation qu’à défendre nos droits, nos préférences ou nos souhaits. Le compromis est le ciment de la communion. De nombreuses églises ont dû apprendre à gérer la question du style de musique pour leurs moments de louange. Les jeunes souhaitent quelque chose de plus « moderne » alors que les anciens préfèrent une musique plus « traditionnelle ». Certaines églises ont donc choisi d’offrir deux services distincts ; d’autres ont tenté de combiner une dose de liturgie à une portion de spontanéité. Certaines se sont débarrassées de leur orgue, d’autres en ont acheté un plus grand mais le délaissent parfois pour donner la place à une guitare. Partout, les églises apprennent l’art du compromis. Chaque couple doit, de la même façon, apprendre l’art du compromis, aussi bien au travers des questions les plus banales de la vie (« Où passerons-nous les vacances de Noël cette


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année ? ») que dans les décisions plus fondamentales (« Combien d’enfants devrions-nous avoir ? »). Le succès de tels compromis supposera de nombreux « mini-enterrements ». Nous devons choisir de mourir à nous-mêmes, de céder du terrain, mais également, de ne pas jubiler quand nous gagnons du terrain.

3. Acceptation et loyauté Apprendre à accepter les gens tels qu’ils sont est une troisième discipline de la communion. Bien souvent, à leur arrivée dans une communauté, les nouveaux sont enthousiastes. Ils apprécient les prédications, la louange, et la gentillesse des autres membres de l’église. Un an ou deux plus tard, les choses ont changé. Ils connaissent les meilleures anecdotes du pasteur et ils se sont lassé des mêmes chants que l’on chante encore et encore. De plus, on commence à s’attendre qu’à leur tour ils invitent chez eux comme ils ont été invités par différents membres de la communauté. Il est alors étonnant de constater combien « la meilleure église du monde » peut subitement devenir une « assemblée moribonde ». Le même phénomène se rencontre fréquemment dans le mariage. L’homme en qui sa femme trouvait autrefois un confident est aujourd’hui perçu comme arrogant. La femme qui avait attiré le regard de l’homme à cause de son esprit « doux et paisible » est à présent considérée, par son mari, comme faible et peu digne de respect. Un mariage basé sur le romantisme s’attache à un mensonge idéalisé (« l’amour passion ») et rompt ensuite avec la réalité, dès qu’elle apparaît. Un mariage basé sur Jésus-Christ nous invite à rompre avec le mensonge (l’image idéalisée de notre conjoint) pour épouser la réalité (deux individus pécheurs qui luttent pour préserver un engagement à vie). Comme l’ont fait observer les Whitehead : « Le défi n’est pas de continuer à aimer la personne que nous pensions avoir épousée, mais d’aimer la personne que nous avons réellement épousée7 ! »


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La discipline de la communion exige que nous apprenions l’art de la loyauté. L’église à l’autre bout de la rue a-t-elle engagé un jeune pasteur plus dynamique ? Nous ne pouvons pas pour autant renier des années de service et de relations au sein de notre communauté pour aller écouter la nouvelle « vedette ». Ce n’est pas parce qu’une femme plus jeune ou un homme plus sensible apparaît brusquement dans notre paysage que nous devrions renier nos promesses de vie. C’est toujours une question de « tomber vers l’avant ». Vous rencontrez quelqu’un que vous trouvez très charmant, mais vous choisissez de fixer des limites strictes à cette relation. Plus encore, vous redoublez d’efforts pour confirmer votre engagement vis-à-vis de votre conjoint. Votre partenaire vous a blessé par son égoïsme ? Au lieu de faire la tête et de vous murer dans le silence, vous prenez l’initiative d’exprimer vos sentiments avec respect et gentillesse. L’ironie, c’est que la chute constante vers l’avant conduit à une plus grande satisfaction au sein du couple. L’objectif de ce livre est de nous aider à voir notre mariage comme un moyen de nous rapprocher de Dieu. Ce faisant, nous découvrons Un mariage fondé sur Christ toutefois que nos relations nous invite à rompre avec le conjugales s’améliorent mensonge (image idéalisée souvent et procurent davandu conjoint) pour épouser tage de satisfaction à une la réalité (deux pécheurs qui condition : « Les couples qui luttent pour préserver un donnent la priorité à leur engagement à vie). relation ont plus de chances d’obtenir ce qu’ils veulent de leur mariage. Ceux qui ne le font pas en ont moins. C’est aussi simple que cela8 ». Quand vous vous êtes mariés, vous vous êtes engagés à aller sans cesse à la rencontre de votre conjoint. Tout pas en arrière, toute pause, tout repli sur soi est une imposture. Apprenez à aller vers la personne que Dieu vous a donnée dans le but de vous apprendre à aimer.


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Favoriser le pardon Que faire quand notre conjoint refuse notre chute vers l’avant dans sa direction et nous repousse ? La Bible fournit clairement le chemin à suivre. Le père a laissé partir le fils prodigue, mais l’amour exigeait qu’il soit toujours prêt, si jamais il revenait, à « tomber en avant » vers son fils, les bras grands ouverts (voir Luc 15 : 11-32). Notre réponse n’est pas dictée par les actions de l’autre. Dieu a envoyé son Fils dans un monde qui le haïssait. Si Dieu avait dû attendre que le monde soit « digne » de le recevoir, le Fils ne serait jamais venu. Cette vérité nous amène à considérer une autre discipline spirituelle de la communion : la plus difficile des disciplines, celle du pardon. Les plus osés parmi nous tenteront peut-être d’utiliser parfois le péché de leur conjoint comme excuse pour justifier leur recul. Ce n’est certainement pas une réaction chrétienne, puisque nous péchons tous L’un des buts premiers du les uns envers les autres. En réalité, un des tout premiers mariage est de nous apprendre objectifs du mariage est de à pardonner. nous apprendre à pardonner. Cette discipline spirituelle nous donne la force de pouvoir constamment tomber vers l’avant au sein de ce monde pécheur.

L’appel à la grâce À Seattle, un tailleur de pierre avait gravé l’épitaphe traditionnelle sur une stèle, selon les indications d’une veuve : « Repose en paix ». Quelques mois plus tard, l’épouse apprit que son mari lui avait été infidèle. Elle retourna chez le tailleur de pierre et lui demanda d’ajouter quelques mots sur la pierre tombale. L’épitaphe devint alors : « Repose en paix… jusqu’à ce que nous nous revoyions ».


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Les péchés commis par un conjoint nous blessent plus que ceux qui proviennent de l’extérieur du couple. Au péché lui-même s’ajoute le sentiment profond d’avoir été trahi, au point de vouloir parfois garder un grief jusque dans la tombe. Nous nous marions pour toutes sortes de raisons, mais la première sur la liste n’est probablement pas « afin que je puisse apprendre à pardonner ». Pourtant, en permettant de nous habituer à régulièrement aller à la rencontre de l’autre, le mariage offre le meilleur contexte qui soit pour s’exercer à cette discipline spirituelle si essentielle. Le péché dans le mariage (chaque conjoint a sa part de responsabilité) est une réalité quotidienne, une lutte incessante qui menace de nous séparer l’un de l’autre. Vous ne trouverez jamais de conjoint sans péché. La personne que vous avez décidé d’épouser vous blessera un jour, peut-être même intentionnellement. Le pardon est donc bien une discipline spirituelle indispensable. Paul adresse des paroles extrêmement utiles dans la lettre aux Romains. Il écrit que « nul ne sera justifié devant [Dieu] par les œuvres de la loi, puisque c’est par la loi que vient la connaissance du péché » (Romains 3 : 20). Sachez-le, votre conjoint ne sera jamais reconnu sans péché devant la loi. C’est tout simplement impossible. Quelqu’un, un jour, péchera contre vous, et vous en serez blessé. Quand cela arrivera, vous aurez le choix, soit de vous abandonner à la douleur, à la rancune et à l’amertume, soit de décider de grandir spirituellement en assimilant une nouvelle leçon importante sur le pardon. Dieu n’a pas créé la loi pour que les conjoints s’obligent mutuellement à obéir à un standard inaccessible qui leur permettrait d’entrer en compétition l’un avec l’autre. Un conjoint « moralisateur » est particulièrement pénible à vivre même si, aux yeux de la loi, il est momentanément « irréprochable » et dans son droit. Ce conjoint trébuchera lui aussi un jour ou l’autre. Comment devons-nous donc vivre ?


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Paul poursuit : « Mais maintenant, sans la loi est manifestée la justice de Dieu » (Romains 3 : 21 – Italique ajouté). Cette justice est obtenue par le « moyen de la rédemption qui est dans le Christ-Jésus », et par la « foi » (Romains 3 : 24, 27). Un mariage s’effondrera immanquablement dès qu’un partenaire sacrifie son conjoint sur l’autel de la loi. Nul ne peut se montrer à la hauteur de la loi. Chacun de nous l’enfreint un jour ou l’autre. Le mariage nous apprend, il nous oblige même à apprendre à vivre en faisant preuve de grâce et de pardon envers ceux qui ont péché contre nous. Si je peux apprendre à pardonner et à accepter mon conjoint avec ses imperfections, je serai plus apte à offrir mon pardon en dehors de mon couple. Je suis convaincu que le pardon est tellement contre nature qu’il nous faut énormément de pratique pour y exceller.

Aimer le pécheur C’était un cafard, et cette femme avait horreur des cafards. Pire, ce cafard refusait de mourir. Finalement, après l’avoir écrasé, elle le jeta dans les toilettes en l’aspergeant copieusement d’insecticide. Il cessa enfin de bouger. Satisfaite, elle sortit des toilettes. Quelque temps plus tard, son mari, assis sur ces mêmes toilettes, jeta son mégot dans la cuvette. Les vapeurs d’insecticide s’enflammèrent aussitôt et brûlèrent les zones les plus sensibles de son anatomie. Les ambulanciers, appelés immédiatement, examinèrent l’homme, et décidèrent que les brûlures étaient suffisamment graves pour nécessiter une hospitalisation. Ils l’installèrent sur un brancard et entreprirent de descendre les escaliers. En y apprenant les circonstances de l’accident, les ambulanciers éclatèrent de rire au point de laisser tomber le blessé, qui se fractura le bassin et quelques côtes9. J’imagine que dans ce contexte, la capacité à pardonner de cet homme a été mise à rude épreuve. Mais même dans un


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contexte plus favorable, il n’est jamais facile de pardonner. Notre tendance naturelle ne nous conduit pas dans cette direction. J’avais été invité comme conférencier pour la retraite annuelle d’une église protestante. Elle avait lieu dans un centre d’hébergement catholique. La petite chapelle, malgré ses dimensions réduites, était joliment décorée. En arrivant sur les lieux, j’ai exploré l’intérieur et aperçu, tout au fond, un confessionnal. J’ouvris la porte et y découvris, à ma grande stupéfaction, un classeur à dossiers ! Le mariage ressemble parfois à ce confessionnal : notre conjoint nous avoue ses péchés et ses faiblesses, et nous rangeons ces confessions dans un « classeur mental » afin de pouvoir immédiatement ressortir les dossiers lorsqu’il faut attaquer ou se défendre. Le vrai pardon est un processus, pas un événement ponctuel. Nous sommes rarement capables de pardonner « une fois pour toutes » et de classer définitivement l’affaire. Nous devons beaucoup plus souvent renoncer plusieurs fois à notre amertume, en choisissant continuellement de relaxer l’offenseur. Voilà pourquoi le pardon est si difficile à mettre en œuvre. Dans son livre Touché par la grâce, Philip Yancey écrit la chose suivante : Dans le feu d’une dispute entre ma femme et moi, alors que nous parlions avec animation de mes manquements, ma femme s’exclama : « Je suis vraiment étonnée d’avoir pu pardonner certaines des choses ignobles que tu as faites ! » Le pardon n’est pas un idéal platonique agréable qu’il est possible de répandre dans le monde comme d’aucuns pulvérisent du désodorisant d’ambiance. Le pardon est difficile et éprouvant, et longtemps après que vous avez pardonné, la blessure (mes actes ignobles en l’occurrence) subsiste dans la mémoire. Le pardon est un acte contre nature, et ma femme s’élevait contre son injustice flagrante10.

Dans le documentaire de Claude Lanzmann sur l’Holocauste, Shoah, un instigateur du soulèvement du ghetto de


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Varsovie décrit l’amertume qui persiste au fond de son cœur : « Si vous pouviez lécher mon cœur, dit-il, vous en seriez empoisonnés ». Dans bon nombre de mariages, les attaques personnelles et les querelles ont rendu les cœurs toxiques à force d’amertume. Un cœur toxique ne se contente malheureusement pas d’empoisonner celui qui le lèche, l’infection se répand également dans la vie personnelle de son propriétaire. Avec cette perspective, le pardon devient un acte d’autodéfense, un garrot qui stoppe l’hémorragie fatale de la rancœur. Toute situation qui exerce notre aptitude à pardonner a le potentiel de modeler davantage notre caractère à la ressemblance du caractère de Jésus-Christ. Les relations au sein du mariage, plus que toutes autres, incitent régulièrement à la pratique du pardon. Henri Nouwen a un jour défini le pardon comme « l’amour auquel s’exercent des gens qui aiment mal ». Quelle belle définition ! J’aime mal, vous aimez mal, nous aimons mal… Prenons Jésus comme exemple de quelqu’un qui aime comme nous devrions aimer. Nous pouvons alors soit reprocher à notre conjoint d’être imparfait, soit nous attaquer à nos propres démons, ceux qui nous rendent le pardon si difficile, et remporter quelques victoires. Dans l’exercice de cette discipline, le mariage nous oblige à mettre en pratique l’une des formules les plus difficiles à vivre : « Hais le péché et aime le pécheur ». Il s’agit d’un acte particulièrement bouleverLe pardon devient un acte sant. Chaque fibre de notre d’autodéfense, un garrot qui être pécheur pousse naturellement à transformer notre stoppe l’hémorragie fatale répulsion envers le péché en de la rancœur. répulsion envers le pécheur, et donc en répulsion envers notre conjoint. Philip Yancey nous encourage à persévérer dans l’amour envers le pécheur en imaginant ce qu’il a dû en coûter à Jésus. À quel point Jésus aurait pu être scandalisé par les gens qui l’entouraient, lui qui était


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moralement parfait ! Pourtant, nul n’a aimé les pécheurs avec autant d’intensité que lui. C. S. Lewis a avoué s’être lui aussi battu face à la difficulté d’aimer réellement le pécheur, tout en haïssant le péché. Un jour, la lumière s’était faite en lui : J’ai découvert qu’il existait un homme envers qui j’avais agi de la sorte, ma vie durant : moi-même. Autant je pouvais détester ma propre lâcheté, ma vanité ou ma cupidité, autant je continuais à m’aimer moi-même. Je n’avais jamais éprouvé la moindre difficulté à ce sujet. En fait, j’avais justement ces choses en horreur parce que j’aimais l’homme qui les faisait. Puisque je m’aimais, j’étais désolé de découvrir que j’étais le genre d’homme qui faisait ce genre de choses11.

Nous nous accordons cette faveur à nous-mêmes : pourquoi donc ne pas le faire pour notre conjoint ?

La trahison ultime Pascale considérait son mariage comme « un engagement mutuel définitif, avec un vrai sens de partenariat étroit. Un lieu sûr, un espace de guérison et de croissance » : « J’aimais mon mariage », disait-elle. En 1997, après près de vingt-cinq années de mariage, ce lieu sûr fut ébranlé. Son mari Serge, pasteur, commença à se replier sur lui-même et à passer de plus en plus de temps à chatter sur Internet. Peu de temps après, Pascale commença à se demander, pour la première fois en vingt-cinq ans de vie commune, si son mari lui avait toujours été fidèle. Elle avait découvert qu’elle était atteinte d’une forme de maladie sexuellement transmissible. Mais Serge regarda sa femme droit dans les yeux et lui assura qu’en aucun cas, il n’avait pu lui transmettre cette MST. Pascale assista alors à la lente implosion de son mari. Il devint hypercritique, déprimé et continua à se réfugier devant


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son ordinateur, malgré un suivi psychologique. Elle lui demanda un jour : — As-tu développé une relation avec quelqu’un en ligne, ce qui expliquerait que tu ne puisses t’empêcher de chatter autant sur Internet ? Serge leva un regard coupable, « comme celui d’un enfant surpris à voler des bonbons », se rappelle Pascale, et soupira : — Oui, et nous nous sommes aussi parlés au téléphone. Pascale insista pour que Serge retourne voir son conseiller. Celui-ci continua à travailler avec lui la question du mensonge, si bien que Serge était désormais mieux préparé à être honnête. — Suis-je simple d’esprit pour croire que j’ai attrapé une MST toute seule ? lui demanda Pascale. Silence. Ce fut le pire moment de silence de sa vie. Un silence qui répondait à sa question. Jamais elle n’oublierait ce 16 octobre 1997. Tout d’abord, Pascale resta hébétée. Elle se retira dans le salon, prit sa Bible et l’ouvrit au livre d’Osée : Dieu sait ce que sont la trahison et l’infidélité, se dit-elle. J’ai besoin d’en savoir plus. Pascale n’était pas encore prête à affronter cette situation en couple. Elle devait d’abord travailler seule. Tout ce qu’elle pouvait dire à Serge pour l’instant, c’était : — D’autres ont survécu à ce genre de crise. Mon désir est d’y survivre aussi. La torpeur de Pascale subsista pendant plusieurs jours jusqu’à ce qu’elle se souvienne brusquement que la famille de Serge était attendue le lendemain, un dimanche, pour fêter l’anniversaire de sa mère. Serge était toujours le pasteur de l’église et elle était toujours membre de la chorale. C’est donc un couple brisé qui arriva ce dimanche matin-là à l’église, le cœur lourd. La détermination de Pascale à « tenir coûte que coûte » faillit l’abandonner pendant la répétition avant le culte. Elle découvrit en effet que tous les chants que Serge avait choisis pour la louange parlaient de « l’amour intense et personnel de Dieu ».


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« Répéter ces chants me brisait le cœur, se souvient Pascale. Je me suis réfugiée dans une autre pièce et là, je me suis assise et j’ai pensé : Je n’y arriverai jamais ». Elle se ressaisit pourtant et retourna dans la salle de culte ; un bon tiers de l’assistance était constitué de membres de la famille de Serge. Il y avait là en particulier son beau-frère, non croyant, et atteint d’un cancer en phase terminale. Le moment d’intense souffrance qui suivit fut curieusement mêlé à une profonde empathie pour cet homme. Elle fit brusquement une découverte capitale et se surprit à prier : « Seigneur, ce que tu es en train de faire aujourd’hui dépasse largement ma douleur. Je sais que ces chants ne parlent pas de moi. Ils parlent de ton amour pour les perdus ». Ainsi, en présence de la famille de son mari, Pascale chanta les chants prévus puis écouta la prédication de Serge. Elle fut récompensée un peu plus tard dans la même journée quand son beau-frère malade s’engagea à recevoir Jésus-Christ dans sa vie : « Je n’oublierai jamais l’intensité de ce moment pour moi, se rappelle Pascale. Dieu était plus grand que la souffrance qui m’accablait ». Secouée de sa torpeur, Pascale savait qu’elle devait commencer à pardonner : « Je me souviens avoir regardé Serge en me disant : Je sais que je dois te pardonner, et je vais le faire. Mais je n’étais pas inondée d’un profond sentiment de pardon. Je faisais face à cette réalité : je devais pardonner. Je devais entrer dans une démarche de pardon ». Elle parla de son combat à un pasteur qui lui assura que le pardon ne rétablissait pas automatiquement la confiance et qu’il ne supprimait pas la douleur. Pascale apprit néanmoins que pardonner était absolument nécessaire à sa survie et à sa croissance spirituelle : « Le Seigneur m’a appris que c’était une question d’obéissance. Si je voulais pouvoir garder mon cœur ouvert à Dieu tout au long de ce processus insupportable, je devais rester obéissante ». Remarquez bien que la première préoccupation de Pascale se situait sur un plan vertical. Elle était prête à pardonner


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à son mari parce que c’était ce qu’il fallait faire pour rester en règle avec Dieu. À ce stade, son mariage était secondaire. Le souci premier de Pascale était d’être en règle spirituellement. Le pardon devint une discipline constante dans sa vie, au fur et à mesure qu’elle découvrait de nouveaux éléments de l’histoire cachée de son mari. Elle luttait contre l’amertume. Elle aimait son rôle de femme de pasteur, elle aimait sa communauté, et elle savait que les agissements de Serge l’avaient dépossédée de quelque chose de très précieux. Plusieurs mois plus tard, Serge finit par tout avouer. Il ne cacha rien. Il révéla beaucoup de détails blessants, y compris une seconde aventure extraconjugale dans laquelle il était encore impliqué. Pascale savait que, d’un point de vue biblique, elle aurait eu le « droit » de rayer Serge de sa vie et de repartir à zéro, mais elle n’a jamais vraiment envisagé cette éventualité : « Pardonner était sans aucun doute l’option la plus difficile, mais je n’ai jamais perçu le divorce comme la meilleure solution ». C’est en cela que réside la clé de sa croissance et de sa maturité spirituelles au travers de cette dure épreuve : « J’ai toujours vécu ma vie par conviction, et je n’ai pas peur d’emprunter le chemin le plus difficile », m’a-t-elle dit. C’est précisément sur ce chemin de la souffrance qu’elle a commencé à grandir et à se rapprocher de Dieu. Elle ne choisirait jamais volontairement de repasser par une telle épreuve, mais en ayant un esprit bien disposé et en étant prête à pardonner, elle a connu une croissance qu’elle n’aurait jamais pu connaître autrement : « J’ai appris que, même lorsque nous vivons des grandes souffrances, nous ne sommes pas dispensés de nous préoccuper des autres et d’obéir à notre appel d’être des témoins de la fidélité de Dieu ». Malgré sa torpeur, Pascale a appris à s’oublier elle-même en se concentrant sur ses enfants, sur le bien-être de l’église, et même sur l’âme de Serge. Au lieu de s’emporter contre son mari, elle s’attristait davantage des conséquences spirituelles


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des choix de son conjoint, que de la manière dont ces choix l’avaient elle, affectée et offensée. Honnêtement, je suis stupéfait ! En écoutant Pascale, j’ai l’impression d’entendre une « sainte en devenir ». Et c’est exactement cela ! Le temps d’épreuve fut très douloureux, mais le choix du pardon a empêché la colère et l’amertume de s’installer. Ce choix a sauvé son mariage, ramené Serge à la raison, et fait grandement progresser Pascale sur le chemin de la ressemblance à Jésus-Christ. Pourquoi ? Je repense à ses mots : « Je n’ai pas peur d’emprunter le chemin le plus difficile ». Le pardon fait partie intégrante de la nature même de Dieu. Il a enduré une mort cruelle pour le salut de ceux qui le maltraitaient. Un tel pardon n’est pas en nous naturellement. Il doit être appris, encore et encore, parfois à travers des moments terriblement douloureux et des blessures profondes. Si nous refusons d’emprunter le « chemin le plus difficile » parce qu’il est plus pénible, Dans ce monde déchu, les nous ne grandirons jamais luttes, le péché et l’infidélité en maturité.

sont inévitables. La vraie question est de savoir s’ils nous rapprocheront de Dieu.

Si ma femme m’avait été infidèle, je pense que la principale difficulté aurait été de restaurer notre intimité physique. J’ai demandé à Pascale : « Comment as-tu fait pour oublier ce que ton conjoint t’avait fait ? » En empruntant le chemin du pardon, Pascale affirme que Serge et elle ont connu une « seconde lune de miel », vingt-cinq ans après leur mariage ! L’infidélité de Serge fut une expérience horrible qui avait provoqué une douleur réelle et constante. Mais elle avait choisi l’option du pardon. Elle a ainsi pu mettre en pratique le bon conseil de François de Sales à propos du mariage (voir au chapitre 1) : Le mariage demande plus de vertu et de constance que toute autre situation. C’est un exercice perpétuel de mortification.


Tomber vers l’avant  d 201 […] Malgré l’amertume de sa sève, ce plant de thym vous permettra peut-être de produire le miel d’une vie sanctifiée.

Pascale avait reçu ce suc amer. Elle l’a apporté à Dieu, qui l’a transformé en miel spirituel dans sa vie. J’ai vu des gens partir dans la direction opposée. Au cours d’une de mes conférences, une femme qui souffrait de boulimie confessa son incapacité à pardonner à son mari pour avoir jadis touché à la pornographie. Alors qu’elle avait pris plus de cinquante kilos depuis leur mariage, son mari avait réagi avec beaucoup de bienveillance, de douceur et de pardon à son égard. Mais l’amertume de cette femme l’empêchait de constater les similitudes qui existaient entre leurs deux combats. Sa propre situation l’accaparait au point de l’empêcher d’éprouver de l’empathie pour le combat de son mari. La clé de cette discipline de la communion, c’est de comprendre une réalité fondamentale : chacun de nous a des luttes, et chacun de nous est actuellement confronté à un combat qu’il n’est pas certain de remporter. Si nous sommes mariés, nous le sommes à quelqu’un qui connaît la défaite dans un domaine ou un autre de sa vie. Nous pouvons répondre à ce « suc amer » en devenant nous-mêmes amers. Mais nous pouvons aussi l’utiliser comme moyen de discipline spirituelle en transformant ce travail en miel d’une vie sanctifiée. Dans ce monde déchu, les luttes, le péché et l’infidélité sont inévitables. La vraie question est de savoir si nos réactions face à ces luttes, ce péché et cette infidélité nous permettront de nous rapprocher de Dieu, ou si, plutôt, elles nous aliéneront de nous-mêmes, de notre Créateur et des autres. Tomberons-nous vers l’avant, ou vers l’arrière ?


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CHAPITRE 10

Fais de moi un serviteur Le mariage peut développer en nous un cœur de serviteur Oh combien est grande la contrainte du mariage qui soumet même le plus fort à son vis-à-vis ; car par contrainte mutuelle, chacun est obligé de servir. Nul ne peut retirer son cou du joug quand bien même il le souhaiterait, car il est sujet aux [désirs sexuels] de l’autre… Vous voyez à quel point la servitude du mariage est clairement établie. — AMBROISE

L’essence du christianisme se trouve en Philippiens 2. Paul nous y exhorte à ne rien faire « par rivalité ou par vaine gloire, mais dans l’humilité, estimez les autres supérieurs à vous-mêmes. Que chacun de vous, au lieu de considérer ses propres intérêts, considère aussi ceux des autres » (Philippiens 2 : 3-4). Paul met la barre encore plus haut en nous encourageant à imiter Jésus-Christ, « lui qui, dès l’origine, était de condition


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divine, […] il s’est dépouillé lui-même, et il a pris la condition du serviteur » (Philippiens 2 : 6-7 – Semeur). Être chrétien, c’est s’engager volontairement à devenir un serviteur. Il ne s’agit pas juste d’adhérer oralement à quelques points de doctrine. Nous sommes censés agir de telle sorte que nous plaçons autrui au-dessus de nous-mêmes. Il nous est interdit de nous élever dans le seul but d’accroître notre confort ou notre renommée. Otto Piper affirme que le mariage a ainsi la capacité de créer en nous un cœur de serviteur. Il le décrit comme « le désir réciproque qu’ont deux personnes d’endosser la responsabilité l’une de l’autre1 ». C’est précisément cet appel à devenir des serviteurs qui rend le mariage si profitable spirituellement, mais aussi si difficile à vivre au niveau personnel. J’avais à peine vingt-deux ans quand j’ai demandé à Lisa de devenir ma femme. Mon désir de l’épouser était alors princiÊtre chrétien, c’est s’engager de palement motivé par ce que je pensais qu’elle apporterait plein gré à devenir serviteur. à notre vie de couple. Elle était jolie, on avait du plaisir à être ensemble, elle aimait Dieu. Je pense que, de son côté, elle avait adopté la même démarche : Ce jeune homme pourra-t-il subvenir à mes besoins ? Est-ce que je le trouve beau ? Fera-t-il un bon père ? Il n’y a rien de mal à se poser ce genre de questions, mais dès la cérémonie terminée, si nous voulons bâtir un mariage vraiment fondé sur la Bible, il nous faut faire un demi-tour complet et nous poser la question suivante : « Comment puisje servir mon conjoint ? » Au cours des siècles passés, les hommes se sont rarement posé cette question. Il était généralement admis que le rôle de la femme était de servir son mari dans tous les domaines de sa vie. Dans notre société, cette vision des choses est désormais remise en question. Certes, certaines positions féministes ont débouché sur des décisions dramatiques sur le plan éthique : légalisation et dérégulation de l’avortement, mépris exprimé envers les rôles distincts réservés aux deux sexes, etc. Toutefois, le combat pour que les femmes ne soient plus considérées


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comme les servantes des hommes d’une manière unilatérale s’est couvert d’une connotation prophétique. Au lieu d’entendre l’appel adressé aux hommes et aux femmes de devenir serviteurs les uns des autres, les femmes ont bien souvent entendu un appel à devenir aussi préoccupées d’elles-mêmes et aussi égocentriques que l’étaient déjà les hommes. Gary et Betsy Ricucci mettent le doigt sur le cœur du problème : Contrairement à ce que la société veut nous faire croire, la femme n’a pas été créée en vue de son épanouissement personnel (et l’homme non plus !). Elle a été créée pour prendre soin et pour accompagner. Ce n’est certes pas une mission facile à accepter. La tentation est grande de Mon désir de l’épouser était s’offusquer et de penser : Il alors principalement motivé doit y avoir quelque chose par ce que je pensais qu’elle de plus important à faire apporterait à notre mariage. que cela ! Quelle femme au foyer ne s’est pas demandé un jour, après la cinquantième lessive de la semaine ou devant un évier à nouveau plein de vaisselle sale : À quoi sert vraiment ce que je fais ici ? Quelle est son importance ? Et pourtant, aux yeux de Dieu, rien n’a plus de valeur que d’agir en serviteur. Le chemin de la vraie grandeur passe par le service. C’est tout naturel de rechercher le pouvoir et la reconnaissance. C’est surnaturel de vouloir devenir serviteur de notre prochain. De nos jours, en raison de leur recherche constante de « ce qui a de l’importance », beaucoup de femmes passent à côté de cette dimension surnaturelle. L’ironie, c’est que leur quête de « ce qui est important » leur procure un sentiment d’insatisfaction toujours croissant. Pourquoi ? Parce que le sens de la vie se trouve lorsque nous offrons notre vie et non pas en recherchant égoïstement notre bonheur personnel2.


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L’amour d’un homme : service et sacrifice Lors d’un séjour dans une faculté de théologie à Vancouver, en Colombie-Britannique, j’ai été vivement repris dans ma manière de me comporter avec ma femme. J’étais alors devenu, pendant plusieurs mois, l’assistant personnel du professeur Gordon Fee. C’était cet homme qui m’avait appris tout ce que je savais sur l’art et la manière de prêcher avec éloquence. J’avais lu plusieurs de ses ouvrages et en particulier découvert les merveilles de la première lettre de Paul aux Corinthiens. Mais à présent, j’étais sur le point d’apprendre quelque chose sur mon rôle de mari. Le professeur et sa femme avaient invité quelques étudiants et leurs épouses pour le dessert. Ma femme Lisa attendait alors notre premier enfant, et cela se voyait. Dès que Lisa franchit la porte, le Dr Fee se leva d’un bond : — Venez, dit-il, prenez le meilleur fauteuil. Ses paroles étaient empreintes de sincérité et d’un réel intérêt envers Lisa. Ma femme, bien qu’étonnée de cette attention, s’approcha du fauteuil et s’assit. Je m’assis à côté d’elle, et fus bientôt embarrassé de constater que le Dr Fee était toujours debout. — Puis-je vous chercher un coussin pour votre dos ? lui demanda-t-il. — Non, c’est parfait, répondit Lisa. — Un verre d’eau ? Voulez-vous boire quelque chose ? — Avec plaisir, dit Lisa. Le Dr Fee se précipita vers la cuisine et revint avec un grand verre d’eau : — Est-ce que la température vous convient ? demanda-til. Fait-il trop chaud ou trop froid pour vous ? Aimeriez-vous surélever vos pieds ? Lisa était sur le point de rougir, et moi j’étais mort de honte. Jamais je n’avais servi ma femme comme mon professeur de théologie la servait à ce moment-là. En voyant son empathie, son empressement et son désir d’être entièrement à


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la disposition de mon épouse, mes yeux s’ouvrirent. Je venais de voir le cœur d’un serviteur, et je réalisai que j’avais encore beaucoup de chemin à parcourir pour grandir en maturité en tant que mari. Recevoir une leçon de mon professeur de théologie était une chose, en recevoir une d’un sportif professionnel de haut niveau en fut une autre. Chris Spielman a joué au football américain pendant vingt-six de ses trente-trois années de vie. Il prenait plaisir à la compétition. Il s’entraînait durement, parfois à l’excès quand il décidait de dormir nu avec la climatisation au maximum afin de mieux préparer son corps au vent glacial soufflant dans le stade de Buffalo en hiver. À l’âge de dix-sept ans, il avait rencontré Stéphanie, qu’il avait épousée six ans plus tard, en 1989. Stéphanie était une très jolie jeune fille. Avant de devenir mère au foyer à plein temps, elle avait travaillé comme mannequin. Quelques années plus tard, alors que Chris s’entraînait en vue de la prochaine saison de compétition, un médecin lui annonça la mauvaise nouvelle que tous les couples mariés redoutent d’entendre : Stéphanie souffrait d’un cancer du sein. L’ex-mannequin opta pour la mammectomie suivie de six semaines de chimiothérapie, pendant lesquelles elle perdit tous ses cheveux. En signe de solidarité, Chris se rasa la tête. Mais surtout, il suspendit tous ses engagements sportifs pour une année afin de pouvoir s’occuper de leurs deux enfants, alors âgés de moins de cinq ans, jusqu’à l’amélioration de l’état de santé de Stéphanie : « Je savais que c’était un test pour moi, un moment clé de ma vie, a raconté Chris au magazine People3. [Stéphanie] m’a toujours soutenu à 100 %. Je lui devais bien ça ». Stéphanie ne voulait pas de ce sacrifice : « Je n’avais jamais pleuré à cause du cancer ou de la souffrance, avoua-t-elle. Mais j’ai pleuré quand j’ai vu ce que Chris avait fait ». Depuis, au lieu de regarder les matches à la télévision et de s’entretenir longuement avec les entraîneurs, Chris se lève


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tôt chaque matin pour nourrir les enfants (il a découvert que son aîné ne supporte pas que les aliments se touchent dans son assiette) puis, quand son petit-déjeuner est prêt, il va réveiller Stéphanie. Ensuite, il s’occupe de la lessive, conduit les enfants à leur leçon de gymnastique, et s’assure que Stéphanie prend bien ses médicaments. Je ne sais pas si Chris est chrétien ou non. Une chose est certaine, il a appris à se sacrifier pour son épouse, et à vivre selon l’exhortation de Paul en Éphésiens 5 : 25, selon laquelle les maris doivent aimer leur femme comme Christ a aimé l’Église. Et Paul d’expliquer, de manière plutôt explicite encore, comment Christ a aimé l’Église : en donnant sa vie pour elle. Chris a raconté au magazine GQ : Pendant dix ans, tout tournait autour de moi. Ma carrière passait toujours en premier. Stéphanie a fait tous les sacrifices possibles pour me soutenir inconditionnellement. […] Quelle sorte de mari aurais-je été si je n’avais pas tout abandonné au profit de Stéphanie quand elle est tombée malade ? Est-ce que je voulais que ce soit sa sœur qui lui tienne la main lorsqu’elle souffrait, parce que je ne pouvais pas être là ? Est-ce que je voulais que sa mère soit obligée de s’asseoir à ses côtés à l’hôpital pendant que les médecins lui enfonçaient des aiguilles dans le corps pour lui injecter toutes sortes de produits chimiques ? Ou est-ce moi qui voulais être là ? C’est ma famille. C’est ma responsabilité. C’est mon foyer. C’est mon devoir4.

C. J. Mahaney exhorte les hommes à retrouver ce sens du sacrifice en leur rappelant qu’un sacrifice n’est réellement un sacrifice que lorsqu’il coûte quelque chose. Puis il poursuit : « Messieurs, que faites-vous quotidiennement pour votre femme qui soit un sacrifice ? Que faites-vous quotidiennement pour votre femme qui soit pour vous coûteux5 ? » Dans son style si caractéristique, Mahaney ne cesse de réaffirmer ce que la grâce a fait naître dans son cœur : « Vais-je me contenter de profiter de la sainteté de ma femme, ou chercher à ressembler à celui qui a donné sa vie pour moi ? »


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Pour illustrer son enseignement, il explique ensuite que, pour lui, c’est un sacrifice de s’attarder à parler des « petits détails de la journée » avec sa femme, le soir venu : « Quand la journée se termine, je n’ai pas envie de la revivre, avouet-il, mais c’est mon point de Le mariage instaure une vue égoïste… Mon silence ne situation au sein de laquelle comble pas les besoins de ma femme, et ne génère pas notre désir d’être servi et choyé non plus d’intimité ». peut être remplacé par le désir

Le Dr Kevin Leman plus noble de se mettre au aime dire qu’il n’a jamais service des autres. encore rencontré d’homme qui, à la fin d’une longue journée de travail, pense sincèrement : « Ce dont j’ai vraiment besoin à présent, c’est d’une longue conversation avec ma femme ». Or, c’est justement là qu’il peut retirer un réel bénéfice spirituel, parce que cela lui coûte quelque chose. Il apprend à se sacrifier. En 1998, j’ai été invité à parler dans une université sur le thème : « Jésus : libérateur de la femme ou sexiste ? » Aux dires d’un étudiant, le sujet le plus scandaleux que j’ai abordé était celui de la « soumission mutuelle ». Certains de ces étudiants avaient tellement baigné dans une atmosphère de « Pense à toi, occupe-toi de toi d’abord, tu es la personne la plus importante au monde » que l’idée même de se soumettre à quelqu’un les choquait au plus haut point. Selon eux, les mots « sacrifice » et « relation » s’excluaient mutuellement. Les paroles de Paul sont tout à fait radicales dans le contexte de la société actuelle. Le mariage instaure une situation dans laquelle notre désir d’être servi et choyé peut être remplacé par le désir plus noble de se mettre au service des autres, voire même de se sacrifier pour les autres. Cet appel s’adresse tant aux maris qu’aux femmes. La beauté du mariage réside en ce qu’il s’oppose à notre égoïsme et exige notre service vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Et quand nous sommes particulièrement fatigués, épuisés et plus enclins que jamais à nous plaindre de notre sort, nous avons l’opportunité de faire face à cet apitoie-


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ment sur nous-mêmes en nous levant et en nous mettant au service de notre conjoint.

La marque du mariage chrétien C’est précisément cette notion de sacrifice et de service qui aidera les couples mariés à retrouver une vraie spiritualité. Dietrich Bonhoeffer a écrit : « Le mariage chrétien est caractérisé par la discipline et le renoncement à soi. […] Le christianisme ne dévalorise donc pas le mariage, il le sanctifie6 ». C’est un domaine dans lequel la spiritualité chrétienne a traditionnellement fait preuve de faiblesse. En effet, pendant des siècles, la spiritualité chrétienne a été pratiquement synonyme de « spiritualité du célibat ». Mary Oliver s’oppose à cette vision des choses qu’elle qualifie « d’inappropriée, voire même de nuisible, en particulier pour les couples ». Elle poursuit en définissant la spiritualité du célibat comme « tout style de vie religieuse qui exclut totalement les relations sexuelles, et dont le devoir premier concerne notre propre personne, et dont l’idéal relationnel est décrit par une grande flexibilité et disponibilité sans attaches7 ». La définition d’Oliver peut sembler un peu sévère. Cependant, n’avez-vous pas le sentiment que le principe d’une vie centrée sur soi-même paraît diamétralement opposé à tout l’enseignement de Jésus, si tourné vers les autres ? Certes, bien des moines et des sœurs ont su vivre dans la grâce et la générosité, faisant preuve d’une véritable compassion envers les autres. Se donner ainsi entièrement et sans réserve au Seigneur est considéré honorable. Mais serait-ce moins honorable, pour un homme ou pour une femme, de vouloir non seulement se donner au Seigneur, mais également à un autre être humain, afin de servir à ses côtés durant toute une vie, et d’élever avec lui des enfants qui, un jour, apprendront à leur tour à aimer et servir le Seigneur et autrui ? Si cette vérité a échappé à tant de gens pendant si longtemps, c’est qu’une majorité de couples ne se marient pas avec l’idée de devenir serviteurs l’un de l’autre. Le mariage est


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souvent perçu comme une relation égoïste car les raisons qui poussent quelqu’un à se marier sont fréquemment égoïstes. Pourtant, je souhaiterais vous rappeler que le mariage est l’une des dimensions les plus altruistes dans lesquelles un chrétien peut entrer. Pour pleinement sanctifier la relation du mariage, nous devons nous conformer à Jésus, qui pratiquait quotidiennement la discipline du sacrifice et du service. Pour nous, Jésus a donné son corps ; pour ceux qui nous entourent nous devons aujourd’hui donner notre énergie, nos corps, et nos vies. Kathleen et Thomas Hart parlent de « mystère pascal » du mariage, en référence au processus de mort et de résurrection au cœur de la vie d’un couple marié. Chaque jour, nous devons mourir à nos propres désirs et ressusciter en serviteurs. Nous sommes appelés à nous identifier aux souffrances de Jésus sur la croix, puis à nous revêtir de la puissance du Christ ressuscité. Nous mourons à nos attentes, nos exigences et nos craintes. Nous ressuscitons pour les compromis, le service et le courage. Vue sous cet angle, pour un chrétien, une demande en mariage est une offre, pas une requête. En effet, au lieu de dire : « Feras-tu cela pour moi ? » lorsque nous invitons l’autre à s’engager dans la relation du mariage, la vraie question devrait être : « Accepteras-tu ce que j’aimerais te donner ? » Si le mariage est abordé quotidiennement de cette manière, aucun des partenaires n’aura de motif d’être déçu, puisque chacun se préoccupera avant tout d’accomplir au mieux son devoir de service envers son conjoint.

Être « dignes » Ne l’oublions pas, le service est une discipline spirituelle que nous devons à Dieu, et qui ne peut être mise en pratique qu’en l’exerçant envers notre prochain. Que j’aie ou non l’impression que les gens que je sers en sont « dignes », je sais depuis bien longtemps que Dieu m’a appelé à le servir à travers eux. Pendant des années, j’ai travaillé dans une association qui


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venait en aide aux femmes vivant une grossesse non désirée. Dans l’esprit de certains, ces femmes ne méritaient pourtant pas d’être aidées puisqu’elles « récoltaient simplement ce qu’elles avaient semé ». Certes, beaucoup de gens se retrouvent dans des situations difficiles suite à leurs mauvais choix et à leurs péchés. Mais Jean voit les choses autrement : Si quelqu’un possède les biens du monde, qu’il voie son frère dans le besoin et qu’il lui ferme son cœur, comment l’amour de Dieu demeurera-t-il en lui ? — 1 JEAN 3 : 17

Jean ne précise pas si le frère ou la sœur dans le besoin est sans péché. Son enseignement est bien plus direct : leurs besoins déterminent nos obligations. Il est question ici de l’amour de Dieu, non pas À tout instant de la journée, d’une évaluation ou d’un jugement humain. quelle que soit l’attitude de

mon conjoint envers moi, je suis appelé à réagir en serviteur.

Dieu m’a aimé et m’a demandé d’aimer les autres en retour. C’est pour cette raison que je leur tends la main, et non pas parce qu’ils sont « dignes » d’être aimés ou parce qu’ils me remercieront un jour. Je n’ai pas à juger de leur dignité : j’en suis de toute façon totalement incapable. Mon rôle est d’aimer Dieu en aimant les autres. Dieu est toujours digne d’être obéi et servi. Ainsi, lorsque j’obéis à Dieu, ceux que je sers n’ont pas à le mériter : ils bénéficient de ce que, moi, je dois à Dieu. Cette vérité est difficile à mettre en pratique dans le contexte du mariage car les exigences et les attentes y sont nombreuses. Je m’efforce donc de me souvenir que Dieu est toujours digne d’être obéi, et qu’il m’appelle à servir mon épouse. À tout instant de la journée, quelle que soit l’attitude de mon conjoint envers moi, je suis appelé à réagir en serviteur. L’exemple de Jésus m’a interpellé à maintes reprises. Aucun disciple ne méritait que Jésus lui lave les pieds lors du


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dernier repas : ils allaient tous l’abandonner quelques heures plus tard. Pourtant, Jésus l’a fait (voir Jean 13 1-17), et il a même lavé les pieds de Judas qui s’apprêtait à le trahir. Dieu ne dit pas d’aimer seulement ceux qui le méritent, ou de ne servir que ceux qui nous servent en retour. Si vous vivez un mariage « à sens Notre service peut être le fruit unique », où vous avez l’impression de donner sans de mauvaises motivations. cesse et de ne rien recevoir en retour, je compatis à votre douleur. Vous pouvez toutefois tirer profit d’une telle situation en orientant davantage votre vie sur Dieu. Souvenez-vous que votre situation peut vous permettre de progresser spirituellement à pas de géant. Si le service est au cœur du message chrétien, toute situation qui développe votre esprit de serviteur est digne d’être vécue, même s’il s’agit d’un mariage à sens unique. Ne nous contentons pas d’accepter cette vérité à contrecœur : le service chrétien doit aussi s’effectuer avec un esprit bien disposé.

L’esprit de service L’un des grands défis de notre foi, c’est de mettre en pratique l’enseignement des Écritures, qui souligne l’importance de nos motivations. Jésus a dit que nous pouvons faire de bonnes choses (faire une offrande, par exemple) avec de mauvaises raisons (se mettre en avant), auquel cas nous perdons notre récompense (voir Matthieu 6 : 1-4). Notre service peut, sans aucun doute, être le fruit de mauvaises motivations. Il est tout à fait possible qu’un conjoint rende un service dans le but d’affirmer sa supériorité : Les fortes personnalités sont tentées d’assumer unilatéralement l’entière responsabilité de leur mariage. Au lieu de demander à leur partenaire d’effectuer l’un ou l’autre service, ces conjoints veulent tout faire par eux-mêmes. Même si cela ressemble à de l’amour sacrificiel, il s’agit en fait d’un profond désir de dominer l’autre8.


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« Servir », c’est aussi permettre à votre conjoint de donner, si tel est son désir. Le service ne consiste donc pas uniquement à laver les pieds de l’autre, mais aussi à le laisser parfois, à son tour, nous laver les pieds. Le vrai service doit également être volontaire. Servir à contrecœur et en ronchonnant, ce n’est pas servir. J’ai certaines habitudes qui agaceraient Il existe une vraie joie qui jaillit la grande majorité des lectrices : par exemple, j’aime d’un vrai service offert d’un regarder un film comme je cœur vrai. lis un livre. Au lieu de visionner un film de deux heures d’une seule traite, je le regarde sur deux ou trois soirées. La première séance me permet de me familiariser avec les personnages, la deuxième de bien comprendre l’intrigue et la troisième, d’assister au dénouement. Je peux ainsi avoir du temps pour réfléchir au film et aller chaque soir me coucher de bonne heure. Un jour, j’ai loué un film et j’ai commencé à le visionner à mon rythme : une partie le samedi, une autre partie le dimanche soir, etc. Ce soir-là, alors qu’il commençait à se faire tard (en tout cas pour moi !), j’ai dit à Lisa que je pensais aller bientôt au lit et que je finirais de regarder le film lundi. — J’ai presque fini le repassage, me répondit-elle. Regarde encore un petit bout du film avec moi. J’ai accepté et regardé un quart d’heure supplémentaire. Mais Lisa n’avait toujours pas fini son travail. — Je vais aller me coucher, lui ai-je dit. Rien ne t’empêche de continuer à regarder. Je retrouverai facilement l’endroit où je me suis arrêté. Si je reste debout plus longtemps, je risque d’être de mauvaise humeur demain matin. J’aurais certes pu « servir » Lisa en restant avec elle jusqu’à ce qu’elle ait fini son repassage. Toutefois, je connais aussi mes limites et, si mon service commence à se teinter de ressentiment, je ne sers plus Dieu. Le vrai service chrétien est offert sans compter.


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J’ai appris à surveiller non seulement mes actions de serviteur, mais aussi mon esprit de serviteur. Si je sers Lisa en poussant des soupirs excédés ou en ronchonnant chaque fois que je lève le petit doigt pour elle, je démontre un esprit d’orgueil et de faux martyr, bien éloigné de l’attitude de JésusChrist. Je reviens à cette scène de Jésus en train de laver les pieds de Judas. Croyez-vous que Jésus ait frotté les orteils de Judas avec rudesse ? Pensez-vous qu’il lui ait légèrement tordu la cheville, histoire de lui faire comprendre qu’il savait très bien ce qui allait se passer ? Je ne le crois pas. Si le mariage est effectivement un espace où le service est offert sans compter, chaque partenaire jouera néanmoins son rôle de serviteur difféLe vrai service chrétien est remment. À travers plus de quinze années de mariage, offert sans compter. Lisa et moi avons développé quelques habitudes désormais devenues confortables pour l’un et pour l’autre. Quand nous rentrons de voyage, Lisa va invariablement vérifier les messages laissés sur le répondeur pendant que je décharge la voiture. Ou encore, avant de partir en déplacement, je veille toujours à faire le plein de la voiture de Lisa, chose qu’elle a horreur de faire elle-même. Lorsque nous regardons un film ensemble, je me contente de m’affaler dans le canapé pendant qu’elle plie le linge. Cela ne dérange aucun de nous deux. Nous ne voulons pas nous limiter à reproduire les actions de Jésus dans notre foyer. Nous voulons aussi prendre comme exemple son esprit et son attitude. Il y a un temps pour servir et un temps pour se laisser servir. La beauté de cet engagement tient notamment à ce qu’il nous permet, à Lisa et à moi, de dépendre de Dieu plutôt que de l’autre. Si Lisa me sert fidèlement quand je suis de mauvaise humeur et qu’en retour, je ne prends pas la peine de lui témoigner ma reconnaissance, elle reçoit malgré tout, de Dieu, un sentiment intérieur d’approbation. Elle connaîtra la joie de sa-


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voir, par ce témoignage intérieur, que son Créateur est content d’elle. Devenir un serviteur, c’est devenir radicalement solide spirituellement. C’est ne plus être esclave des revendications et griefs insignifiants qui gâchent tant de vies et transforment tant de cœurs en réservoirs d’amertume, d’égocentrisme et d’apitoiement sur soi. Il existe une vraie joie qui jaillit d’un vrai service offert d’un cœur vrai.

L’argent, toujours l’argent Servir son conjoint ne se limite pas à donner un coup de main occasionnel pour faire la vaisselle ou « donner congé » à votre épouse pour lui permettre d’aller faire un peu de shopping pendant que vous gardez les enfants. L’esprit de service s’étend à chaque domaine du mariage : la manière dont nous gérons notre temps et notre argent en fait donc aussi partie. Dan Allender et Tremper Longman ont si bien traité ce sujet que je ne peux que les citer : L’argent est l’instrument du pouvoir. La plupart du temps, le problème n’est pas tant l’argent lui-même que le pouvoir qu’il représente. La question n’est pas de savoir qui est le plus digne de confiance, ou qui désire le plus ardemment se sacrifier pour l’autre : il s’agit avant tout de savoir qui contrôle le moyen le plus concret d’orienter le programme de la famille. Le temps devient également un moyen de pression. Faut-il que l’épouse travaille à l’extérieur, si cela oblige son mari à s’occuper des enfants quand il rentre du travail ? Le mari passe-t-il tant de temps avec ses collègues qu’il en néglige sa femme ? Ces conflits à propos du temps et de l’argent cachent le problème fondamental : sommes-nous prêts à nous sacrifier pour le bien et la gloire de l’autre ? Les disputes sur des questions de temps ou d’argent reflètent généralement notre désir de « posséder » notre existence plutôt que de


Fais de moi un serviteur  d 217 mettre nos richesses et notre vie au service d’autrui. « Qui va aller chercher les enfants à l’école ? » : il s’agit de déterminer quelle est la valeur du temps de chacun. Qui travaille le plus dur ? Qui obtient le moins de reconnaissance pour ce qu’il fait ? Le partage des tâches et des responsabilités est une bonne chose. Il faut toutefois veiller à identifier les racines plus profondes des querelles blessantes qui éclatent à propos de choses apparemment insignifiantes9.

La prochaine fois que vous vous disputez au sujet d’une question de temps ou d’argent, arrêtez-vous un instant et réfléchissez : n’avez-vous pas demandé à Dieu de vous aider à ressembler davantage à Jésus-Christ ? C’est un test pour vous. Posez-vous honnêtement la question : suis-je en train de jouer un petit jeu de pouvoir ou d’utiliser les réalités parfois déplaisantes de la vie pour pousser ma nature têtue vers un esprit de service ? Comment un mari ou une femme peut-il utiliser son temps ou son argent, non pour manipuler ou dominer l’autre, mais pour le servir ? En appréciant le conjoint et en cherchant à le comprendre, en s’oubliant soi-même et en refusant de supposer que son propre travail, son temps et ses besoins ressentis sont plus importants que tout. Comment puis-je dépenser mon argent dans un esprit de service ? Notre manière de dépenser l’argent témoigne directement de nos motivations, de nos priorités et de nos attentes fondamentales. En tant que chrétiens, souvenons-nous que, pour être totalement épanouis, nous devons mettre tout ce que nous possédons, et donc aussi notre temps et notre argent, au service de Dieu, de notre conjoint, puis des autres. Cet engagement élimine de facto tous nos petits jeux de pouvoir. Si j’humilie ma femme en lui faisant bien remarquer à quel point je suis indispensable à la bonne santé financière de notre foyer, ou si elle me fait bien sentir combien je suis très limité dans le domaine des tâches ménagères, nous ne nous rabaissons pas seulement l’un l’autre : nous nous appauvrissons aussi nousmêmes. Nous détruisons notre communion en oubliant que


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chaque partie a sa place dans le corps de Christ (1 Corinthiens 12 : 14-31). Certains de nos petits sacrifices échapperont entièrement à notre conjoint : ils ne seront jamais récompensés et, au fil du temps, seront probablement de plus en plus difficiles à accomplir. Néanmoins, si nous préservons notre cœur de l’amertume et du ressentiment, nous recevrons l’approbation de la source la plus importante qui soit : de notre Père céleste lui-même. De la même manière que notre esprit de service influence directement notre façon de dépenser notre temps et notre argent, de même, il influence notre relation avec notre conjoint dans le domaine de la sexualité. Le lit conjugal met également nos capacités à servir à l’épreuve.

Le pouvoir absolu : source de corruption ou de service ? En réponse à un journaliste qui lui demandait ce qu’il ferait s’il avait à choisir entre son club de golf préféré et sa femme Viviane à laquelle il était marié depuis quarante-deux ans, le célèbre golfeur Gary Player s’exclama : « Je suis certain qu’elle me manquerait ! » À son retour à l’hôtel, Player trouva sa chambre vide et, posé sur le lit, son club de golf bien-aimé, drapé d’un superbe négligé sexy. De par sa nature, le désir sexuel confère un immense pouvoir relationnel. La seule satisfaction sexuelle à laquelle l’époux chrétien peut légitimement goûter dépend directement de ce que son partenaire veut bien Le lit conjugal met également à lui offrir. La manipulation et l’épreuve nos capacités à servir. le rejet deviennent ainsi les spectateurs permanents du lit conjugal. En effet, à défaut d’autre exutoire légitime, le rejet physique par son conjoint se transforme en rejet absolu. (De plus, le fait de placer une charge sexuelle insupportable sur le conjoint pour essayer de combler d’autres besoins inassouvis peut aussi s’apparenter à une manipulation par abus de pouvoir.)


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Un vieil adage dit : « Le pouvoir corrompt, le pouvoir absolu corrompt absolument ». Cette vérité se révèle particulièrement juste dans le micro-environnement du mariage. Dans la vie, peu de chose égale le pouvoir absolu du désir sexuel au sein du mariage. Parfois, quand je suis de mauvaise humeur, le simple fait de savoir que ma femme a envie de moi me pousse à rejeter méchamment ses avances. Ce faisant, j’use de mon pouvoir de manière ignoble et tyrannique : « Tant pis pour toi : j’ai ce que tu veux, mais tu ne l’auras pas ! » Cette dictature au cœur de la relation fait usage du pouvoir pour détruire, condamner et haïr. En contraste, la dernière nuit de Jésus est un bel exemple d’utilisation tout à fait appropriée du pouvoir. En Jean 13, nous apprenons que « Jésus savait aussi que le Père avait remis entre ses mains le pouvoir suprême sur toutes choses » (Jean 13 : 3 – Parole vivante). Pourtant, au lieu d’agir en tyran malveillant, Jésus s’est levé au cours du repas, et a lavé les pieds de ses disciples. Au lieu d’utiliser son pouvoir pour bouder, punir ou jubiler, Jésus s’en est servi pour servir. La beauté spirituelle de la sexualité devient évidente lorsque nous servons notre conjoint, répondant avec amour à ses besoins et à ses désirs physiques. Tout le sens spirituel de la sexualité chrétienne se retrouve dans ce service. Nous détenons un pouvoir sur l’autre. Si nous l’utilisons de manière responsable, appropriée et bienveillante, nous grandissons en Christ, nous devenons davantage comme Dieu et confirmons le fait que nous avons été créés pour aimer Dieu en servant notre prochain. Que la sexualité se transforme en célébration du service de l’autre, ou qu’elle devienne plutôt un espace de discorde constant dépend principalement de la capacité de l’un ou des deux partenaires à s’oublier soi-même. Les relations sexuelles deviennent ainsi un excellent terrain d’entraînement où deux chrétiens peuvent mettre en pratique leur foi. Il n’est pas exagéré de dire que la vraie nature de notre caractère spirituel se révèle pleinement au cours des rapports sexuels.


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Si notre sexualité cesse de prendre la forme d’un échange réciproque, elle devient spirituellement anémique. Un des problèmes majeurs liés à l’éveil à la sexualité des adolescents et de tout ce qui a trait à la pornographie et de ses dérivés, c’est bien l’absence de la notion du don de soi. L’accent est mis sur les expériences, les sensations vécues, le désir d’appréhender les mystères du sexe, soit en un mot, sur le fait de recevoir. Il est tellement facile d’emprunter des raccourcis dans ce domaine, si désastreux pour notre spiritualité. La sexualité nous rend capables de donner d’une manière incroyablement unique et humaine à la La sexualité nous rend fois. Elle est pourtant plus souvent utilisée dans le capables de donner d’une but de prendre, d’exiger, de manière incroyablement contraindre, d’humilier et unique et humaine à la fois. de blesser. Posez-vous honnêtement ces questions : ai-je plutôt tendance à me donner ou à me refuser sexuellement à mon conjoint ? Les relations sexuelles sont-elles quelque chose que j’exige ou que j’offre ? M’arrive-t-il d’utiliser la sexualité comme un outil de manipulation ou est-elle avant tout le moyen d’expression d’un amour généreux de ma part ? Et si Dieu n’évaluait que ma vie sexuelle, serais-je considéré comme un chrétien mature ou un quasi-païen ? Bien des livres ont été écrits pour nous aider à maîtriser le côté technique de la sexualité, et certains ont peut-être leur place. Cependant, le vrai défi de la sexualité réside avant tout dans la maîtrise de sa dimension spirituelle. Une vie sexuelle mature, saine, généreuse, et dénuée d’égoïsme n’est pas chose aisée à développer dans le temps. Elle crée pourtant un environnement propice à une formidable croissance spirituelle. Amputez la sexualité de sa dimension de service, et elle devient l’antithèse d’une vie ascétique, bien contrôlée et disciplinée. Par contre, placée dans le contexte du service du prochain, elle mène au sommet de la maturité spirituelle. Elle rend capable d’utiliser le plaisir ultime de l’être humain pour servir plutôt que d’exiger, exploiter ou abuser. Le philosophe


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catholique Dick Westley observait : « La réalité, c’est que l’activité sexuelle, lorsqu’elle est une réelle manifestation d’amour et de l’œuvre de l’esprit, est l’antithèse de la complaisance. Elle est le summum de l’ascétisme10 ». N’est-ce pas merveilleux que Dieu puisse utiliser des choses aussi terre à terre et humaines que le désir sexuel ou les frustrations financières pour nous faire grandir spirituellement ? Apprenez à donner sexuellement plutôt qu’à prendre ; réduisez vos propres exigences et soyez plus sensible aux exigences de votre conjoint. Votre vie spirituelle en bénéficiera largement car vous apprendrez ainsi le renoncement à vous-même. Jour après jour, vous imiterez ainsi Jésus-Christ en revêtant la nature d’un serviteur : c’est votre vocation de chrétien. Quel bonheur de connaître, entre mari et femme, une vie sexuelle épanouie, riche et même excitante ! Et il n’y a rien de mal à en faire l’un des objectifs de de votre couple. Toutefois, côte à côte, ou devrais-je dire, par-delà cet objectif, vous devez chercher d’abord à devenir un meilleur chrétien. Que le lit conjugal soit donc votre terrain d’entraînement pour apprendre à vous servir mutuellement et à renoncer à vousmême ! Les bénéfices spirituels seront nombreux. Cette même motivation peut s’appliquer à tous les aspects de votre vie conjugale. Qu’il s’agisse des tâches ménagères, des moments de conversation, des questions de temps ou d’argent, abordez chacun de ces domaines du mariage avec le désir de grandir dans votre capacité à donner généreusement. Priez que Dieu utilise ces choses pour déraciner votre égoïsme et pour vous apprendre à devenir doux, miséricordieux, aimable et bienveillant. Ressembler toujours plus à Jésus est l’essence même du christianisme, mais aucun de nous ne peut sincèrement prétendre être devenu maître dans le domaine du service. Notre mariage nous fournit quotidiennement des occasions d’avancer plus loin dans cette direction.


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CHAPITRE 11

Une sexualité sainte Une sexualité qui favorise la croissance spirituelle et le développement du caractère Comme toutes les choses réellement mystiques, l’amour est enraciné, profondément et avec raison, dans ce monde et dans cette chair. — KATHERINE ANNE PORTER

Dons d’un Créateur aimant, nos corps ne font pas obstacle à la grâce. Si nous pouvions vraiment l’accepter, nous connaîtrions alors Dieu, même dans les délices ambigus de notre sexualité. — EVELYN ET JAMES WHITEHEAD

Nous découvrons Dieu dans le contact de nos corps, pas seulement dans les soupirs de nos âmes. — EVELYN ET JAMES WHITEHEAD

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J’étais alors au collège et me dirigeais vers un groupe de camarades, quand mon meilleur ami sortit du cercle et m’arrêta : — Non, dit-il. Il vaut mieux que tu ne voies pas ça. — Qu’est-ce que tu racontes ? lui demandais-je, blessé que ce soit lui qui me repousse ainsi. — C’est pas pour toi tout ça… J’appris plus tard qu’il m’avait tenu à l’écart d’un livre qui faisait le tour de l’école. Son contenu ? Quelque chose lié au sujet du sexe, rempli de photos ; ses pages bien abîmées témoignaient du fait qu’il avait été régulièrement caché en catastrophe dans des tiroirs à chaussettes ou sous le matelas de bon nombre de chambres d’adolescents. Pour la plupart d’entre nous, la découverte de la sexualité s’est faite au travers de moyens plus ou moins dégradants : lectures de magazines, témoignages d’expériences de copains, site pornographique sur Internet, etc. En conséBien de chrétiens voient la quence, nombreux sont sexualité comme un fardeau ceux qui doivent surmonter lié à une profonde culpabilité des angoisses profondément plutôt qu’un cadeau pour enracinées. Bon nombre lequel être reconnaissant. de chrétiens voient ainsi la sexualité comme un fardeau associé à une profonde culpabilité plutôt qu’un cadeau pour lequel ils peuvent être reconnaissants. Comment, dans ces conditions, envisager qu’une chose aussi empreinte de culpabilité puisse devenir un chemin vers la sainteté ? Cette culpabilité, que le psychologue Willard Gaylin appelle « le gardien de notre vertu1 », est en partie justifiée. Quand nous nous détournons de la parfaite volonté de Dieu, nous devrions nous sentir coupables. Mais la culpabilité n’est pas infaillible, et ne disparaît pas automatiquement lorsqu’elle n’est plus justifiée. Un sentiment de malaise nous envahit souvent lorsque nous abordons les questions de sexualité. Pourtant, la plu-


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part des couples chrétiens sont bien conscients que l’intimité sexuelle peut être à l’origine de moments de pur délice, qui sont autant de glorieux aperçus de l’éternité. Caché au sein de cette extase, nous pouvons discerner l’ombre d’une vé- La sexualité peut certainement rité spirituelle profonde. apporter une saveur à notre

vie, mais jamais satisfaire aux Nous sommes souvent troublés de constater que besoins de notre âme. les questions de sexualité nous rattachent à la fois aux meilleurs et aux pires souvenirs de notre vie. Autant le sexe peut parfois nous submerger de honte, autant il peut nous faire vivre des moments de pure extase. Dans ce chapitre, je souhaite dépasser la douleur et la honte qu’ont pu causer des pratiques sexuelles vécues en dehors des murs protecteurs de la vertu. Je souhaite chercher à comprendre comment cette expérience sensuelle pourrait aiguiser notre sensibilité spirituelle. Si la sexualité peut nous amener à nous tourner vers Dieu et vers l’autre, nous devons l’aborder d’un point de vue biblique. En effet, la spiritualité chrétienne nous aide d’au moins trois manières : • Elle nous enseigne que la sexualité est bonne en soi, tout en nous rappelant qu’il y a des choses plus importantes dans la vie que le sexe ; • Elle nous permet de connaître le plaisir sans faire de ce plaisir l’idole de notre existence ; • Elle nous apprend que la sexualité peut certainement apporter une saveur à notre vie, mais en aucun cas satisfaire aux besoins de notre âme. Si nous voulons considérer la sexualité sous cet angle positif, comme un miroir de notre désir et de notre passion pour Dieu, l’institution du mariage est indispensable. Si nous n’envisageons le sexe que dans le cadre du mariage, en le sanctifiant comme Dieu l’a prévu, l’analogie de la sexualité qui nous mène à Dieu devient compréhensible.


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Toutefois, il faut reconnaître que, même au sein du mariage, la sexualité connaît certains abus. Nous devons donc nous rappeler que la sexualité doit toujours être vécue comme une manière de servir notre conjoint. Sur cette base, l’analogie devient possible : notre agitation fébrile face à nos besoins sexuels reflète notre agitation fébrile face à notre besoin de Dieu. Notre capacité à utiliser la sexualité à des fins spirituelles deviendra alors plus compréhensible. Pour pouvoir profiter pleinement de ce chapitre, vous devrez vous efforcer de dépasser vos blessures, la honte, la culpabilité et l’angoisse que vous associez à la sexualité. Laissez de côté vos expériences passées. L’homosexualité, les relations sexuelles avant le mariage, les fantasmes sexuels liés à la masturbation, la pornographie, etc. : rien de tout cela ne constitue le sujet dont nous parlerons ici. Repensez la sexualité telle qu’elle existait entre Adam et Ève du temps du Jardin d’Éden et pensez ensuite à la manière dont Dieu peut se révéler à vous dans le mariage, par le don du plaisir sexuel. Cela peut paraître un peu choquant de le dire, mais c’est pourtant vrai : Dieu ne détourne pas le regard quand un couple marié partage un moment d’intimité. Pourquoi alors détournerions-nous notre regard de lui dans nos relations sexuelles ?

Nos ancêtres ambigus Pendant des siècles, les auteurs chrétiens ont considéré la sexualité comme source de problèmes plus qu’autre chose. L’Église n’a pas su aborder de plein front les questions de sexualité et s’est efforcée de maîtriser son pouvoir par la régulation de ses pulsions. Le résultat était parfois plutôt comique. Par exemple, au iie siècle, Clément d’Alexandrie autorisait les relations sexuelles, si elles étaient dénuées de plaisir, dans un seul but de procréation, et seulement pendant douze heures sur vingt-quatre (c’est-à-dire la nuit). Au Moyen Âge, aussi ridicule que cela puisse paraître aujourd’hui, l’Église interdisait les relations sexuelles pendant les quarante jours qui précédaient les fêtes de Noël, les quarante jours avant et les


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huit jours après Pâques, les huit jours après la Pentecôte, les dimanches en l’honneur de la résurrection, les mercredis pour se souvenir du début du carême, les vendredis en mémoire de la crucifixion, durant la grossesse, trente jours après l’accouchement (quarante si le bébé était une fille), pendant les règles et enfin, cinq jours avant la communion ! Le total des jours interdits s’élevait à deux cent cinquantedeux, sans compter les jours de fête. En estimant ces derniers à trente au minimum, il restait donc quatre-vingt-trois jours par an au cours desquels les époux pouvaient, avec la permission de l’Église, se livrer à des rapports sexuels (mais sans y prendre plaisir). En supposant bien entendu que la femme n’ait pas ses règles, ne soit pas enceinte ou en période postnatale, et que le couple désire procréer2 ! Tout cela me rappelle un jour de plage avec mes enfants. La marée montait. Les enfants avaient construit un château de sable. Pendant trois quarts d’heure, nous avons désespérément lutté pour protéger la construction contre l’avancée de la mer. Nous avons construit de larges murailles autour du château, tenté de boucher toutes les fissures et renforcé l’ensemble avec de gros morceaux de bois trouvés sur la plage. Au bout du compte, la mer remporta évidemment la bataille et le château de sable fut détruit. Essayer d’imposer tant de restrictions pesantes contre une force aussi puissante que l’expression de la sexualité sera toujours voué à l’échec. C’est comme chercher à retenir la marée. Le désir de contrôler la sexualité inhérente au mariage provient en partie de notre crainte à son égard. Le bon Le désir de contrôler la sens nous indique que la sexualité au sein du mariage sexualité est nécessaire à la provient en partie de notre pérennité du genre humain. crainte à son égard. Lorsque Dieu a ordonné à Adam « Soyez féconds, multipliez-vous » (Genèse 1 : 28), il s’agissait d’un commandement explicite de s’engager dans des relations sexuelles. Mais notre perception du religieux nous conduit à penser que « les plus


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saints » d’entre nous s’appliqueront, d’une manière ou d’une autre, à éviter ces plaisirs. Cela signifierait malheureusement que seuls « les moins saints » donneront naissance à des enfants, ce qui ne présagerait rien de bon pour la foi des générations à venir. Ces craintes liées à la sexualité nous assaillent depuis déjà bien longtemps. Preuve en est l’interprétation que nous avons faite du Cantique des Cantiques, dont l’érotisme est pourtant évident. Origène (vers 185-254 apr. J.-C.) annonçait clairement qu’il considérait les plaisirs enivrants de la chair comme n’ayant pas leur place dans ce monde. Seuls les « délices spirituels » avaient de la valeur. Dan Allender et Tremper Longman le font remarquer : « Origène interprétait le très sensuel Cantique des Cantiques d’une manière allégorique et spirituelle, en agissant envers ce livre comme il avait agi envers son propre corps, le jour où il avait saisi un couteau et s’était lui-même castré3 ». Un siècle plus tard, au cours du célèbre Concile de Nicée (325 apr. J.-C.), certains extrémistes ont émis l’idée du célibat des évêques. Paphnutius, évêque ascétique très respecté, s’opposa vigoureusement à cette suggestion en défendant avec raison que la « cohabitation » d’un homme avec son Ce n’est que dans le contexte épouse devait être considu mariage que la sexualité dérée comme une forme trouvera tout son sens spirituel. de « chasteté4 ». Qu’un tel évêque défende cette position était d’autant plus remarquable qu’il avait lui-même fait vœu de chasteté. Mais Paphnutius était seul de cet avis et, avec l’apparition d’Augustin (354-430), le célèbre « Père » de l’Église, son opinion ne tarda pas à être enterrée. Augustin, qui influença le christianisme comme peu d’autres l’ont fait, enseignait que le péché originel se transmettait par le biais des relations sexuelles. Il rendit ainsi (peut-être involontairement, mais bien malheureusement) le péché et le sexe indissociables pour les siècles à venir. Par conséquent, l’Église a souvent peiné à réconcilier sainteté et vie sexuelle. Mary Oliver signale d’ailleurs que, parmi les saints canonisés,


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très peu étaient mariés, et « aucun de ces derniers n’avait été canonisé en tant que modèle de vertu conjugale5 ». À partir du ive siècle, on qualifiait le mariage « d’honorable », mais modérait son hommage en ajoutant que la chasteté était encore « plus honorable ». Institutionnellement, on « excusait » les relations sexuelles, pour autant qu’elles aient un but de procréation. Tout autre rapport sexuel au sein du mariage constituait encore un péché « véniel » (excusable, mais néanmoins péché). Il y eut cependant dans l’Histoire, quelques moments de plus grande clairvoyance. On raconte qu’à l’époque médiévale, des prêtres bénissaient parfois les jeunes mariés dans leur lit de noces. Les puritains paraissaient aussi étonnamment à l’aise en ce qui concernait le plaisir sexuel. L’un d’entre eux, Richard Baxter, écrivit que le mari et la femme devaient « faire leurs délices » de l’amour, de la compagnie et de la conversation l’un avec l’autre. Il écrivit aussi : « Veillez soigneusement à ce que votre amour conjugal reste plein de chaleur et de vigueur ». Et il ajouta que les conjoints ne devaient pas permettre à leur amour de « tiédir6 ». Mais la plupart des avancées dans ce domaine furent éphémères. Une ancienne version du rite du Sarum (liturgie sur laquelle le Livre de prière commune de l’Église anglicane fut basé en 1549) contient, au moins depuis 1125, des passages relatifs à la liturgie nuptiale. On peut y lire cette formule : « Avec mon corps, je t’adore ». Une affirmation plutôt audacieuse et provocatrice pour l’Église, quelle que soit la période, et d’autant plus au Moyen Âge. Il n’est donc pas surprenant que ces mots aient été rayés du livre de prière anglican en 1786. La réconciliation entre sexualité et sainteté n’a jamais été pleinement réussie à ce jour, même si le Concile de Vatican II a plus ou moins renoncé à qualifier les croyants mariés de chrétiens de second ordre. Dans un document intitulé L’appel de l’Église entière à la sainteté, l’Église catholique romaine souligne que « chaque membre du peuple de Dieu est appelé à la plénitude de la sainteté chrétienne, et que cette sainteté est accessible à tous dans et par la vocation de chacun7 ».


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Malgré cela, les rares saints canonisés au cours du xxe siècle ayant été mariés, étaient en général des martyrs, des stigmatisés, des veuves fondatrices d’ordres religieux, ou des hommes ayant quitté femme et enfants pour devenir missionnaires ou ermites. Ces individus étaient mis en avant en dépit du fait qu’ils avaient été mariés, et non en raison de leur engagement extraordinaire vers la sainteté au sein de leur mariage. Nous devrions peut-être faire preuve d’indulgence pour le malaise éprouvé par les anciens (et par nous-mêmes) à l’égard de la sexualité. En effet, il nous est facile de reconnaître que, dans un sens, « le sexe est un lourd fardeau imposé par Dieu à l’humanité8 ». Il ne fait aucun doute que la Bible pose un regard favorable et positif sur la sexualité, comme en témoigne le Cantique des Cantiques par exemple. Toutefois, les écrivains bibliques sont aussi très conscients des pièges du péché sexuel et de notre tendance à pervertir ce merveilleux cadeau que Dieu nous a accordé. Cette tendance humaine rend l’institution du mariage essentielle, alors que nous tentons de comprendre comment le désir sexuel peut légitimement s’exprimer. C’est uniquement dans ce contexte que la sexualité trouvera tout son sens spirituel.

Poser les bases d’une sexualité spirituellement significative 1. Regard biblique sur la sexualité Nous avons besoin d’une base théologique saine si nous souhaitons développer une vision biblique juste de la sexualité qui intégrera l’expérience de l’intimité physique à notre perception spirituelle de la foi. Pour commencer, les chrétiens devraient peut-être se pencher sur les origines juives de notre foi. Pour des raisons d’ordre théologiques, l’Église chrétienne a éprouvé davantage de difficulté à aborder les questions de sexualité que ses ancêtres juifs. Pour les Juifs d’autrefois, rien n’était plus impor-


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tant que la préservation et la pureté de la lignée familiale. En leur qualité de « peuple élu », ils considéraient comme parfaitement acceptable le divorce pour cause de stérilité. En pratique, la pire chose que vous pouviez faire à un conjoint était de refuser de lui donner des enfants. Vous le priviez alors de la progéniture qui perpétuait cette race pure, élue de Dieu. Les considérations juives à propos de la sexualité dépassaient les limites de la simple procréation. Trois « droits fondamentaux » étaient reconnus aux femmes juives d’alors : la nourriture, le vêtement et l’onah (rapports sexuels en dehors de tout devoir de procréation). Une religion basée sur la lignée familiale pouvait difficilement se permettre de mépriser des activités potentiellement procréatives. Un ancien texte du penseur juif Nahmanide, intitulé La lettre du sacré (xiiie siècle), voit dans la sexualité une expérience mystique de rencontre avec Dieu : « Par le biais de l’acte [sexuel], ils deviennent partenaires avec Dieu dans l’acte de création. C’est le mystère décrit par les sages : “Quand un homme s’unit à sa femme dans la sainteté, la shekiPour les Juifs d’autrefois, rien nah est entre eux, dans le n’était plus important que la mystère de l’homme et de la préservation et la pureté de femme9” ». La force de cette la lignée familiale. affirmation porte à réfléchir. En effet, cette shekinah glorieuse est celle-là même que Moïse a connue, lors de son tête-à-tête avec Dieu (voir Exode 24 : 15-18). À l’inverse des interdictions imposées par le christianisme médiéval, La lettre du sacré recommande aux couples mariés d’avoir régulièrement des rapports sexuels pendant le sabbat afin de célébrer leur foi. Nahmanide plaide en ce sens à cause de sa ferme conviction que tout ce que Dieu a créé est bon. Les organes sexuels et donc le plaisir sexuel font partie de la création de Dieu, déclaré bon par Dieu lui-même (Genèse 1 : 31). Toutefois, pour les chrétiens, le salut n’est plus une question de lignée familiale mais bien de foi spirituelle. La procréation n’est plus l’objectif ultime : la foi l’est. Ainsi,


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lorsque quelqu’un évite les relations sexuelles dans le but d’approfondir sa foi, on estime fréquemment qu’il a choisi une voie « plus noble ». Pourtant, même si la sexualité (dans une perspective chrétienne) ne sert plus les intérêts du salut ou la propagation du royaume de Dieu sur terre, cela ne signifie pas pour autant qu’elle n’ait rien à nous apprendre sur la sanctification. Nous pouvons continuer à croire qu’en ce qui concerne le salut, la foi l’emporte sur la procréation, tout en appréciant cette perspective juive de la recherche de la glorieuse shekinah dans le lit conjugal.

Dieu a créé la chair, et en la créant, il a également créé d’étonnantes sensations.

Pour permettre à notre sexualité de devenir une discipline spirituelle (de fusionner en quelque sorte notre foi et notre chair), nos bases théologiques doivent être assez solides pour nous permettre d’intégrer une perspective juive de la sexualité. Dieu a créé la chair, et en la créant, il a également créé d’étonnantes sensations. L’organe sexuel masculin remplit plusieurs fonctions, mais le clitoris de la femme n’en a qu’une seule : procurer un plaisir sexuel. Dieu a donc intentionnellement créé un organe qui n’a aucune finalité autre que de pourvoir à l’extase sexuelle des femmes. Cette idée ne venait pas du diable : elle venait de Dieu. Et Dieu a qualifié l’entièreté de sa création de « très bon » (Genèse 1 : 31). Betsy Ricucci a apporté un regard féminin sur le sujet : Dans le contexte de l’amour exprimé au sein de l’alliance et du service mutuel, il n’y a pas de passion trop intense. L’Écriture dit que notre intimité sexuelle est censée être enivrante (voir Proverbes 5 : 19). Que vous le croyiez ou non, nous glorifions Dieu en cultivant notre désir sexuel envers notre mari et en accueillant favorablement l’expression de son désir sexuel envers nous10.

Si la culpabilité prend le pas sur la reconnaissance quand vous songez à votre sexualité, exercez-vous à remercier Dieu pour ce qu’elle implique. Par exemple, une femme peut dire,


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en priant très explicitement mais en toute sainteté : « Seigneur, merci pour le désir qui monte en moi lorsque mon mari me caresse les seins ». Les couples peuvent prier ensemble et remercier Dieu pour le plaisir que leur procure l’acte sexuel. Ce simple témoignage de reconnaissance peut sanctifier un acte que bien trop de chrétiens séparent encore de leur vie spirituelle avec Dieu. Si c’est agréable, c’est que Dieu l’a voulu ainsi. Une fois que nous avons compris les fondements théologiques à la base de toute sexualité conjugale, nous devons aussi analyser les émotions qui y sont associées. La reconnaissance doit remplacer le sentiment de culpabilité.

2. Remplacer notre culpabilité par de la reconnaissance Dans son livre Music through the eyes of faith [La musique à travers les yeux de la foi], Harold Best raconte l’histoire véridique d’un jeune homme profondément impliqué dans un mouvement satanique. Cette secte avait développé une liturgie complexe et détaillée autour des œuvres musicales de Jean-Sébastien Bach. Ce jeune homme devint un jour chrétien et commença à participer à la vie d’une église locale. Tout se passait merveilleusement jusqu’au jour où l’organiste joua une pièce de Bach. Le jeune croyant, envahi d’angoisse et d’effroi, quitta précipitamment l’église. Best poursuit son récit en rappelant que les compositions de Bach « comptent parmi les plus nobles œuvres musicales destinées à l’adoration du chrétien. Cependant, pour ce jeune homme, elles n’avaient rien de noble mais incarnaient plutôt tout ce qui était diabolique et opposé à la foi chrétienne11 ». Certains chrétiens portent un regard similaire sur la sexualité. Leurs expériences passées et leurs sentiments de culpabilité ont créé de sévères obstacles spirituels. Rares sont ceux qui prétendraient que les compositions de Bach sont diaboliques par nature. Le jeune homme ne les interprétait ainsi qu’à cause de l’usage détourné qu’il en avait fait dans son passé. De la même manière, certains chrétiens s’efforcent désespéré-


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ment de ne pas considérer la sexualité comme mauvaise par nature, mais à cause de leurs expériences négatives du passé, ils l’interprètent de la sorte. Une compréhension biblique juste de la sexualité, alliée à la confession et à la repentance, peut vous permettre de surmonter ces obstacles. Si vous avez connu des abus sexuels dans le passé, un conseiller pourrait vous aider à corriger votre vision de la sexualité et à vous en donner une image plus positive. La sexualité ne peut pas enrichir votre vie spirituelle si elle est empreinte d’une culpabilité illégitime et dénuée de tout fondement. La reconnaissance envers Dieu pour cette expérience extraordinaire est indispensable pour éviter que les puissantes émotions qu’elle nous procure conduisent à nous centrer sur nous-mêmes. Ironiquement, le culte du sexe et la culpabilité obsessionnelle ont le même effet : être centré sur soi-même, par plaisir ou par désespoir. À l’inverse, la reconnaissance tourne nos cœurs vers Dieu. J’ai mis du temps à comprendre que j’offensais involontairement Dieu en refusant d’accepter la sainteté inhérente au plaisir et à la sexualité. Je n’ai aucun mal à imaginer que quelqu’un puisse rechercher Dieu en jeûnant. Mais quelle image ai-je de Dieu si j’estime qu’il ne peut se révéler dans ma vie qu’au travers de la souffrance et non du plaisir ? Au lieu de développer une méfiance vis-à-vis du plaisir et de l’intimité physique et spirituelle au sein de mon couple, je me dois d’adopter une attitude de profonde reconnaissance et d’admiration12. Après avoir réévalué nos notions de théologie et nos réactions émotionnelles, nous devons aussi reconsidérer nos attentes. À quel genre d’intimité aspirons-nous ?

3. Votre conjoint est plus que votre amant Une troisième étape prépare pleinement à utiliser la sexualité comme une discipline spirituelle : souvenons-nous


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que, dans un mariage chrétien, le mari et la femme sont plus que des amants. Ils sont frère et sœur en Christ. Le jour de nos fiançailles, j’ai écrit à Lisa un poème : Ma sœur, épouse de Dieu. Dans ce poème, j’expliquais que nous allions franchir, par le biais La sexualité ne peut pas du mariage, un pas extrêenrichir votre vie spirituelle mement important dans ce monde. Il existait toutefois si elle est empreinte d’une déjà un lien plus fort et éterculpabilité illégitime. nel entre nous, un lien qui survivrait à notre statut d’époux : nous étions frère et sœur en Christ. La profondeur de cette relation est trop souvent oubliée. Otto Piper explique ceci : Le croyant qui conduit son mariage de façon à plaire au Seigneur s’efforcera de dépasser les sphères de la simple sexualité conjugale pour développer sa relation avec Dieu. Le conjoint n’est pas seulement un partenaire sexuel mais aussi, et par-dessus tout, un frère ou une sœur en Christ. Ainsi, le désir instinctif inhérent à tout type d’amour devient réalité : nos vies terrestres se transforment en vies avec Dieu13.

Bien que le plaisir physique soit bon et source de plaisir, nous ne devons cependant pas réduire la sexualité à une simple expérience physique. La sexualité, c’est bien plus que cela. La sexualité exprime des réalités spirituelles beaucoup plus profondes que le seul plaisir. Paul affirme que notre corps est le temple du Saint-Esprit (1 Corinthiens 6 : 19). Dans cette perspective, nos considérations à propos de l’importance du sexe acquièrent une signification entièrement renouvelée. Ce qu’une femme laisse entrer en elle, et ce qu’un homme pénètre volontiers sont, dans le cadre d’un mariage chrétien, des corps sanctifiés dans lesquels Dieu est présent par son Esprit, des corps qui s’unissent l’un à l’autre pour jouir l’un de l’autre dans un esprit de respect et de sainteté. Paul explique qu’un homme ne doit pas s’attacher à une prostituée parce que son corps est un temple saint. La méta-


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phore peut servir à éviter le pécher. Elle peut aussi être utilisée pour signifier ceci : lorsqu’un chrétien unit son corps à celui de son épouse, il est présenté, de manière toute particulière, à la présence même de Dieu. Lorsqu’il attache son corps à celui d’une personne convertie, enfant de Dieu comme lui, il pénètre en quelque sorte dans le temple de Dieu, en frappant à la porte de la glorieuse shekinah. C’est également un encouragement silencieux à tourner vos pensées vers Dieu tandis que votre corps s’unit à celui de votre conjoint. Otto Piper nous exhorte à voir, dans l’acte sexuel, l’image d’une réalité spirituelle plus profonde : Ensemble, nous sommes venus à Dieu, appelés par lui, créant une famille, à son service, et il vit en chacun de nous ; nous exprimons à présent physiquement la vérité spirituelle qu’il a créée : nous ne sommes plus deux, mais un seul14.

Cette dimension spirituelle de la sexualité aide beaucoup les hommes prisonniers de dépendances sexuelles. Quand le sexe est réduit au seul plaisir, aucune épouse ne peut satisfaire les attentes de son mari. Par nature, le plaisir est éphémère, fugitif. J’ai lu l’article d’un chrétien aujourd’hui libéré d’une sérieuse addiction à la pornographie. Il affirmait sans détour qu’il lui fallait toujours La sexualité exprime des trouver un nouveau magazine. Même s’il possédait réalités spirituelles bien plus suffisamment de photos de profondes que le seul plaisir. femmes nues pour tapisser les murs de sa maison (plus qu’il n’aurait pu en regarder en une journée), il avait toujours besoin de l’excitation que lui procuraient de nouvelles photos de nouvelles femmes. Une épouse, de son côté, ne peut se renouveler quotidiennement au point de pouvoir aider son mari à se débarrasser de son addiction à la pornographie en se transformant en modèle de « femme poster » pour journaux pornographiques. Il doit rechercher et trouver quelque chose de très différent dans le lit conjugal : la satisfaction plus profonde (mais souvent plus paisible) d’une sexualité empreinte de spiritualité. Il doit re-


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chercher au-delà de ce plaisir, Dieu lui-même, ainsi qu’une profonde communion fraternelle. Certes, il ne s’agit pas de fuir le plaisir, mais plutôt de ne pas transformer ce plaisir en idole. Chaque sentiment de faim et de soif que nous éprouvons dans la chair illustre un besoin que Dieu seul peut satisfaire pleinement. L’unique contexte convenant à la sexualité selon Dieu est celui du mariage. La sexualité vécue hors mariage est une malbouffe spirituelle : sur le coup, agréable, mais, dans le temps, destructrice d’appétit spirituel, au point de nous rendre accros à quelque chose qui finira par nous détruire. Le sexe hors mariage détruira notre sensibilité à la sainteté, à la justice, et à la présence de Dieu dans nos vies. Nous pouvons jouir, sans culpabilité, de cette expérience profondément physique et charnelle de la sexualité. Mais il existe aussi une satisfaction spirituelle encore plus profonde lorsqu’un homme et une femme s’engagent dans une relation sexuelle. Ne réduisez pas la sexualité à son aspect soit physique, soit spirituel. Les deux sont indissociables. Après avoir examiné nos fondements théologiques, nos comportements émotionnels, et nos attentes vis-à-vis de la sexualité, nous devons nous réconcilier avec l’ardeur parfois effrayante du désir sexuel.

4. Réconcilier le pouvoir de la sexualité La sexualité n’est certes pas un besoin physique au même titre que la nourriture : vous pouvez en effet survivre même sans jamais connaître un orgasme de toute votre vie. Elle n’en est pas moins un besoin physiologique. Un besoin naturel, physique autant qu’émotionnel. Plus important encore, le désir physique a été instauré par Dieu, qui a placé ce « besoin » en nous. Comment aborder cette question du besoin sexuel dans une perspective chrétienne ? Sous ce besoin se cache une excellente illustration de notre soif de Dieu. Sans lui, nous sommes insatisfaits ; nous avons besoin de nous reconnecter à


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lui constamment. Thomas Hart a constaté que « notre fascination pour le sexe est en relation étroite avec notre fascination pour Dieu15 ». La sexualité ne peut pas remplacer Dieu. La sexualité ne se substituera jamais suffisamment à Dieu. Une perspective saine de la sexualité ouvre les pistes d’une réflexion au sujet de notre besoin et de notre soif de Dieu : cette sensation d’incomplet, d’inachevé laisse place à la joie et à la satisfaction lorsque nous nous offrons à un autre. Moins le ressenti du besoin est grand, moins la satisfaction est précieuse. C’est seulement quand j’ai vraiment faim que j’apprécie réellement un bon repas. La passion effraie parfois. Le désir, l’envie, la soif nous rappellent que par nous-mêmes nous sommes incomplets. Dieu nous a créés incomplets. Nous avons besoin de lui, et nous avons besoin des autres. Je me souviens avoir ressenti un grand malaise à la lecture du Cantique des Cantiques quand j’étais jeune. J’étais terrifié à l’idée de ressentir un jour un désir aussi intense que celui de ces deux amoureux l’un pour l’autre. Très jeune, je devinais déjà qu’un tel désir pouvait entraîner souffrance, désillusion et peine. Désirer, avoir soif de Dieu est effrayant : et s’il ne se manifestait pas ? Désirer un autre être humain est plus effrayant encore. Et si l’autre rejetait nos avances et utilisait notre désir comme une arme contre nous ? C’est bien là que réside la difficulté : nous n’avons aucune garantie que notre conjoint ne se servira pas de notre désir contre nous. Mais si notre désir lui offre une opportunité de manipulation, il nous offre également une voie royale de croissance spirituelle. Nous pouvons mettre à profit ce ressenti de besoin pour développer notre esprit de service l’un envers l’autre. Dans un mariage chrétien sain, où chacun s’efforce avec amour de combler les besoins sexuels de l’autre, les deux peuvent découvrir que Dieu aussi pourvoira à leurs besoins.


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Jésus fait référence à l’exemple d’un père terrestre qui ne donne pas une pierre à son fils quand celui-ci lui demande du pain (Matthieu 7 : 9). Il encourage ainsi ses disciples à placer leur confiance en Dieu qui leur accordera de bonnes choses. De la même façon, un homme ou une femme sera en mesure d’ouvrir son cœur à Dieu quand il se rendra compte à quel point son conjoint fait preuve de générosité à son égard en comblant ses besoins sexuels. Très honnêtement, sans l’existence de ce besoin physiologique, de nombreux époux s’éloigneraient progressivement l’un de l’autre. Nous sommes par nature des êtres égoïstes qui nous cachons l’un de l’autre. Persévérer dans notre démarche constante d’amour et d’empathie envers un autre être humain va à l’encontre de notre tendance pécheresse et égocentrique. En créant un désir physique, Dieu nous invite à prendre part à cette réalité spirituelle : apprendre à partager, rester en communion et pénétrer pleinement dans la vie et l’âme d’un autre humain.

Dieu a créé le désir physique Les réflexions qui précèdent ont pour but de pour nous apprendre à rendre légitime l’expression partager, rester en communion de la sexualité comme outil et pénétrer pleinement dans la de développement spirituel. vie et l’âme d’un autre humain. Il faudrait un livre entier pour explorer ce sujet en détail. Dans la section suivante, nous allons nous pencher sur quelques exemples d’intimité physique mise au service de la croissance spirituelle.

La croissance spirituelle au travers de la sexualité Bernard de Clairvaux (1090-1153) enseignait que l’amour charnel (terrestre), était en réalité un premier pas dans notre apprentissage de l’amour de Dieu. C’est un peu comme une école maternelle, où les enfants apprennent à vivre avec d’autres enfants, et à rester assis à un bureau. La « vraie école »


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commence au cours préparatoire. Il a poussé son raisonnement plus loin en suggérant que, du fait de notre côté charnel, notre amour pour Dieu dans cette vie comportera toujours aussi une fibre charnelle. À la lecture de certains témoignages des mystiques de cette période, il est clair que leur amour audacieux pour Dieu possédait souvent une fibre quasi érotique. Au lieu de fuir cet aspect de l’expression sexuelle, nous pouvons le canaliser dans la bonne direction. C. S. Lewis a écrit : « Les plaisirs sont les moyens de communication pour la gloire qui stimule notre sensibilité. […] Faites-en des canaux d’adoration16 ». C’est ce que nous nous efforcerons de faire dans cette section : transformer les plaisirs (et les défis) de la vie du couple en canaux de sainte adoration. Bon nombre de livres proposent toutes sortes de conseils pour varier les positions sexuelles et renouveler notre vie de couple. Pour ma part, j’aimerais me concentrer sur l’aspect spirituel de la sexualité, et examiner comment nous pouvons être spirituellement transformés au travers d’un acte aussi physique que les relations sexuelles. Nous y parviendrons en modifiant notre conception de la beauté, en apprenant à donner ce que nous avons, en nous dépassant nous-mêmes, en redécouvrant le prix de la passion, et en cultivant l’art de la célébration.

Adopter la perspective de Dieu sur la beauté du mariage Au sein du mariage, la force brute de la sexualité s’entremêle à l’intimité émotionnelle, la camaraderie, les responsabilités familiales et au caractère permanent de la relation. Ce faisant, un contexte favorable à notre croissance spirituelle se développe. Dans ce contexte, nous commençons à accorder bien plus de valeur au caractère, à la recherche du bien et à l’attachement à Dieu qu’à l’aspect physique idéalisé. En préparation du tournage d’une grosse production cinématographique comprenant de nombreuses scènes de nu, une actrice de renommée internationale s’est soumise à un


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entraînement physique intensif. Assistée de son coach, elle travaillait jusqu’à cinq heures par jour, à la gym, pour parfaire les lignes de son corps et améliorer tant soit peu les résultats d’une chirurgie esthétique effectuée quelques années auparavant. En réalité, pratiquement n’importe quelle femme peut « devenir belle » pour peu qu’elle dispose de suffisamment de temps, d’argent, d’un coiffeur professionnel et d’une équipe de maquilleuses. Je ne peux pas le nier : c’est aussi à cause de son apparence physique que j’ai d’abord été attiré par Lisa. Mais que se passerait-il si son look devenait son obsession ? Dieu considère-t-il que passer trois heures par jour dans une salle de gym, à lutter avec acharnement pour garder son ventre plat d’adolescente (malgré les hanches d’une femme mûre et les seins d’une maman qui allaite) serait une bonne manière d’utiliser son temps ? Pierre, le disciple de Jésus, répond clairement à cette question : les femmes ne devraient pas se concentrer sur la beauté extérieure, qui requiert des « ornements » visibles, mais devraient plutôt rechercher la beauté de « la parure cachée du cœur, la parure personnelle inaltérable d’un esprit doux et tranquille ; voilà qui est d’un grand prix devant Dieu » (1 Pierre 3 : 3-4). Concernant la recherche de la beauté, la Bible incite les femmes à produire une beauté qui aura un grand prix devant Dieu. Les maris ne se concentrent pas toujours sur ce qu’il faudrait, mais Pierre n’en exhorte pas moins les femmes à se préoccuper de la perspective de Dieu sur la beauté. Cet enseignement est essentiel pour plusieurs raisons. Dans le livre de C. S. Lewis, Tactique du diable, le démon Screwtape se plaint de ce que Wormwood a permis à son homme de remporter la victoire sur la tentation sexuelle. Il change alors de tactique : « Si nous ne pouvons pas utiliser son instinct sexuel pour le faire tomber dans l’immoralité, il faut alors essayer de s’en servir pour lui faire contracter un mariage intéressant ». (Comprenez bien que, dans cette histoire, le terme « intéressant » est utilisé par les démons et qu’il se tra-


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duirait par « désastreux » dans notre perspective de chrétien.) Parlant des démons en général, Screwtape poursuit : C’est la responsabilité de nos grands maîtres de provoquer, à chaque époque, une déformation générale de ce qu’on pourrait appeler les « goûts » sexuels. Ils y parviennent en influençant un petit cercle d’artistes, de couturiers, d’actrices et d’agents publicitaires en vogue qui déterminent ce qu’est la beauté. L’objectif est de tenir les individus de l’un des sexes à distance de ceux de l’autre sexe avec qui ils seraient susceptibles de contracter un mariage heureux, fécond et salutaire à leur vie spirituelle. […] En ce qui concerne les goûts des hommes, nous leur avons proposé beaucoup de variété à travers les années. À une certaine époque, nous les avons orientés vers le type de beauté plastique et aristocratique, mêlant leur vanité de mâle à leur désir et les poussant ainsi à propager la race avec les femmes les plus arrogantes et les plus dépensières. À une autre époque, nous avons sélectionné un type de femmes exagérément féminines, légères et langoureuses, de sorte que la bêtise et la lâcheté, et toutes les fourberies et les mesquineries qui les accompagnent, ont proliféré. […] Et ce n’est pas tout. Nous avons orchestré un développement considérable de l’indulgence de la société à l’égard de la représentation du nu (pas du nu intégral, toutefois) dans l’art, les mises en scène de tout genre, et sur la plage. Tout est truqué, naturellement. Les silhouettes dessinées par les artistes sont faussées. Et les vraies femmes en maillot de bain […] sont en réalité ajustée, resserrées et rehaussées afin de paraître plus fermes, plus minces que la nature ne le permettrait à une femme adulte. […] De cette façon, nous orientons de plus en plus le désir de l’homme vers quelque chose qui n’existe pas, laissant l’œil jouer un rôle toujours plus important dans la vie sexuelle tout en rendant ses exigences de plus en plus impossibles à satisfaire. Le résultat ? Tu n’auras pas de peine à l’imaginer17 !

Le devoir chrétien des hommes mariés est d’inverser cette tendance et de diminuer le « rôle de l’œil dans la sexualité » afin de saisir les réalités spirituelles. La vue jouera toujours un


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rôle important chez les hommes, car Dieu nous a créés ainsi. Mais nous pouvons gagner en maturité dans ce que nous cherchons à voir. Nos appétits peuvent être éduqués. Suivant les cultures, les gens apprécient des nourritures différentes, parce que leurs palais ont été conditionnés. Mes enfants feraient la grimace si ma femme leur servait un bol de riz au petit-déjeuner ; en Chine, les enfants regarderaient bizarrement un bol de corn-flakes. Le même principe s’applique à nos goûts en matière d’attirance sexuelle. Au fil des siècles, les hommes ont apprécié différents types de femmes, en fonction des modes du moment. Il est vrai que les top-modèles d’aujourd’hui penchent plutôt vers le modèle squelettique en exhibant une poitrine d’adulte au-dessus d’un ventre et de cuisses d’adolescentes. Mais, à une époque, les plus Un mariage selon Dieu belles femmes indiennes étaient appelées des gajaga- façonne notre perspective de la mini, ancien terme sanscrit beauté pour nous concentrer qui se traduit littéralement sur les qualités intérieures. par « la femme qui a une démarche d’éléphant ». L’histoire ne nous fournit pas une seule et unique définition de la beauté. Le débat reste ouvert. Là où les hommes et les femmes fixeront leurs obsessions, leurs fantasmes et leurs passions, là se fabriqueront les objets de leurs désirs. Un mariage selon Dieu façonne notre perspective de la beauté pour nous concentrer sur les qualités intérieures. Nahmanide, le rabbin du xiiie siècle, soutenait que lorsqu’un homme choisit une femme uniquement pour sa beauté, « leur union ne rend pas hommage au ciel18 ». La beauté physique est merveilleuse, certes, mais elle n’est ni la seule ni même la plus importante qualité à rechercher dans un mariage chrétien. La tentation est forte pour une jeune fille de vouloir à tout prix devenir le style de femme qu’un homme voudrait épouser. Ce désir peut entrer en conflit avec la réalité d’une vie vécue sous le regard de Dieu. Mais les jeunes filles savent pertinemment que les hommes sont attirés par certaines


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caractéristiques physiques. Elles ont donc tendance à être prêtes à fournir plus d’efforts pour transformer leur apparence extérieure que pour travailler leur être intérieur par attachement à Dieu. Le mariage est susceptible de les délivrer de cette vaine poursuite ; une fois mariées, elles peuvent davantage se concentrer sur leur beauté intérieure, celle qui plaît tellement à Dieu. Cela ne signifie pas pour autant qu’un homme ou une femme doit cesser de prendre soin de son corps une fois marié. Se maintenir en forme physique est un cadeau que nous pouvons offrir à notre conjoint. Mais nous pouvons aussi lui offrir la grâce de l’accepter tel qu’il est (en particulier de la part des maris), en reconnaissant que l’âge et, dans le cas des femmes, la maternité remodèlent un jour ou l’autre chacun de nos corps. Le mariage aide les hommes à se détacher de leur obsession pour des corps « qui n’existent pas », et à reconsidérer leurs priorités et leurs valeurs. Ainsi, le mariage nous invite, par exemple, à corriger nos désirs pour les concentrer sur une femme ou un homme en particulier, contrairement à l’idée que se fait la société de la séduction. L’homme connaît ensuite intimement le corps de sa femme. Et de ce corps naissent leurs propres enfants. Dieu nous fait cadeau du corps de notre conjoint pour que La sexualité dans le mariage nous en jouissions. Et quand peut nous transformer spirituellement en redéfinissant nous recevons ce cadeau, nous ne devons pas convoinos priorités. ter celui du voisin. Le jour de mon mariage, j’ai fait cette prière : « Seigneur, aide-moi à désormais définir la beauté en fonction du corps de Lisa. Modèle mes désirs afin que je ne sois attiré que par elle ». Je savais que le livre des Proverbes m’exhortait à faire de ma femme mes délices, pas des femmes en général. Son auteur écrit : « Fais ta joie de la femme de ta jeunesse, biche des amours, gazelle pleine de grâce : sois en tout temps enivré de ses charmes, sans cesse épris de son amour. Ainsi pourquoi,


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mon fils, serais-tu épris d’une courtisane et embrasserais-tu le sein d’une inconnue ? » (Proverbes 5 : 18-20). Je ne peux pas donner trop de détails sur ce sujet sans embarrasser ma femme. Je me contenterai donc de dire que, d’une manière générale, Dieu a exaucé ma prière. Les caractéristiques physiques propres à ma femme sont devenues celles que je trouve désormais généralement les plus attirantes chez les autres femmes. De la même manière, il est plus important pour une femme de se concentrer sur sa beauté intérieure et de rechercher la sanctification que de tout faire pour pouvoir entrer dans une taille 36. Cette beauté intérieure ne sera jamais démodée. La sexualité dans le mariage peut nous transformer spirituellement en redéfinissant nos priorités : ce à quoi nous accordons de la valeur, ce que nous considérons comme très important. Nous sommes très nombreux à ne pas nous rendre compte à quel point le monde et ses valeurs sont trompeurs. Un jeune homme ou une jeune femme peut devenir outrageusement riche et célèbre, peu importe son caractère, ses valeurs morales ou sa sagesse, simplement en acceptant de se dévêtir pour le tournage d’une superproduction. L’effet pervers est que beaucoup de ceux qui ne leur ressembleront jamais physiquement se sentent rabaissés, dévalorisés. Je suis convaincu, qu’avec l’aide du Saint-Esprit, nous pouvons être passionnés par ce qui passionne Dieu. En m’interdisant des appétits inappropriés, en méditant et en me nourrissant de choses bonnes, y compris en étant « captivé » par l’amour de ma femme, je m’entraîne à ne désirer que ce qui peut l’être. Cela ne veut pas dire pour autant que je ne suis pas en mesure de reconnaître la beauté d’une autre personne. Je peux l’apprécier sans en être obsédé. Je peux regarder sans désirer pour autant entrer dans une relation sexuelle ou émotionnelle inappropriée. La maturité exige que nous adoptions cette vision des choses. Evelyn et James Whitehead l’ont exprimé avec sim-


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plicité et puissance : « Quand le corps est la seule demeure de l’amour, le changement devient l’ennemi19 ». D’un point de vue chrétien, le changement n’est pas un ennemi mais bien plutôt la raison d’être du mariage, du moment que le changement que nous recherchons est un changement vers la sainteté. Si ma capacité à accepter ma femme est déterminée par ce que je pense de son aspect physique plutôt que par ses qualités intérieures, le temps érodera lentement mais sûrement mes sentiments. Ceux qui ne vivent que pour le plaisir sexuel et l’excitation ne connaissent qu’une vie bien limitée. Leur frustration va croître avec le temps alors que les années qui passent marqueront leurs corps vieillissants. À l’inverse, ceux qui trouvent leur raison d’être et leur épanouissement non seulement dans la sexualité mais aussi dans l’éducation de leurs enfants, le service rendu à Dieu, la persévérance dans la prière et dans une vie vertueuse auront bien plus de plaisir au cours de leur existence. Un mariage réfléchi, vécu dans l’attachement à Dieu nous conduira sur cette voie.

Donner ce que nous avons Vous souvenez-vous de la première fois où vous avez vu votre conjoint nu ? Un couple d’amis avait essayé de « s’y préparer en douceur » lors de leur nuit de noce. Ils décidèrent de prendre une douche ensemble, toutes lumières éteintes. Malheureusement, la douche se mit à déborder. L’obscurité aidant, ils ne comprirent pas ce qui clochait avec le système d’évacuation de leur chambre d’hôtel. À leur grand regret, ils durent donc rallumer toutes les lumières et se retrouvèrent tous deux tout nus, à éponger les dégâts. Leur « transition romantique » s’était transformée en show sous les projecteurs ! À vingt ans, se présenter nu et svelte devant votre partenaire est une chose. Mais qu’en est-il à la fin de la trentaine, de la quarantaine, voire de la soixantaine ? Qu’en est-il quand la femme, ayant porté un enfant (ou plus) a gardé quelques kilos, ou quand le métabolisme du mari a ralenti, en lui faisant cadeau de quelques belles « poignées d’amour » ?


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Continuer à offrir votre corps à votre conjoint, même quand vous avez l’impression qu’il est devenu une « marchandise défraîchie », cela peut se révéler extrêmement enrichissant sur le plan spirituel. Cet acte produit une humilité, un désir de servir l’autre et de nous concentrer sur ses besoins. Il implante en nous un principe spirituel puissant : donnez ce que vous avez. Nous sommes souvent appelés à servir Dieu, même quand les conditions ne semblent pas idéales. Nous souhaitons, par exemple, partager l’Évangile avec un voisin, sans nous estimer suffisamment intelligents ou assez confiants dans nos connaissances bibliques. Nous aimerions peut-être pouvoir faire un don conséquent à une œuvre caritative, tout en sachant que nous pourrons à peine trouver un billet de vingt euros dans notre portefeuille. Le mariage nous apprend à donner ce que nous avons, ni plus ni moins. Dieu nous a donné un corps. Il a ordonné à notre conjoint de faire ses délices de ce corps, et uniquement de ce corps. Si nous en privons notre conjoint, nous le rejetons totalement. Peut-être que nous pensons que ce corps n’est pas parfait, mais c’est le seul que nous ayons à offrir. Loin de moi l’idée de suggérer que donner est facile, mais je dis que cela en vaut la peine. C’est gratifiant de pouvoir dire à son conjoint : « Je veux t’offrir ce que j’ai de meilleur, même si je pense que ce meilleur n’est pas vraiment exceptionnel ». Cet engagement rappelle celui de Pierre, qui dit au mendiant de Jérusalem : « Je ne possède ni argent ni or ; mais ce que j’ai, je te le donne : au nom de Jésus-Christ de Nazareth : lève-toi et marche ! » (Actes 3 : 6). Tant de gens ne parviennent pas à donner à Dieu ou aux autres simplement parce qu’ils ne peuvent pas tout donner. Apprenez à progresser pas à pas dans l’obéissance à Dieu, en offrant à votre conjoint ce que vous avez, avec toutes ses imperfections et limitations.


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Se dépasser soi-même Quand je réfléchis à la spiritualité chrétienne, j’ai du mal à admettre à quel point nous sommes tributaires de l’équilibre chimique de nos corps. Constater que l’on peut guérir de sérieux dysfonctionnements simplement par la correction d’un déséquilibre chimique, cela donne à réfléchir. Les scientifiques ont démontré qu’en vieillissant, les hommes deviennent plus aptes à se pencher sur les besoins humains, à mesure que leur taux de testostérone diminue. Quant aux femmes, elles deviennent plus ambitieuses lorsque leur taux d’œstrogènes varie. Le rôle des hormones s’amenuisant, la différence entre les sexes s’estompe (sans toutefois disparaître). Notre sexualité est le résultat de pulsions physiques d’origines chimiques. Je peux m’abstenir pendant un certain temps, mais la nature de cette abstinence variera avec le temps. Même si je n’apprécie pas toujours le fait qu’un combat spirituel puisse ainsi trouver un apaisement dans un acte purement physique, c’est ainsi que Dieu m’a fait, et vous a faits. On peut néanmoins considérer les choses sous un autre angle. Notre sexualité est peut-être l’outil que Dieu utilise pour nous encourager à nous rapprocher de l’autre. Ce besoin physique va parfois nous obliger à trouver une solution à nos conflits émotionnels et spirituels. C’est là que la perspective biblique du divorce et du reNotre sexualité est peut-être mariage prend tout son sens. l’outil que Dieu utilise pour Trop de chrétiens s’engagent dans une procédure de dinous encourager à nous vorce en supposant qu’ils rapprocher de l’autre. pourront se remarier à peine le divorce prononcé. Mais imaginons un instant que les lois de notre pays puissent changer pour adopter le point de vue biblique et déclarer à tout couple souhaitant divorcer : « Vous pouvez divorcer l’un de l’autre, mais vous ne pourrez jamais avoir de relations sexuelles avec une autre personne pour le restant de votre vie ». La plupart, sinon la totalité, des hommes


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trouverait un moyen de se réconcilier avec leur femme. Ils ne choisiraient pas le célibat. J’ai eu un jour une discussion très honnête, avec deux de mes amis, sur le sujet des valeurs du mariage chrétien. Ils ont éclaté de rire quand je leur ai avoué : « Tu m’étonnes que j’ai parfois fermé ma bouche lors d’une discussion avec ma femme, simplement parce que je ne voulais pas qu’elle me tourne le dos une fois au lit ». Ils ont admis, plutôt embarrassés, avoir déjà fait la même chose. Je ne suis pas fier d’avouer être moins disposé à défendre mes opinions quand « j’ai envie de ma femme », et je n’aime pas du tout reconnaître qu’un besoin physique peut ainsi influencer mon attitude spirituelle. Je peux toutefois apprendre à utiliser ce besoin au bénéfice de ma spiritualité. Pour faire court : nous pouvons apprendre à utiliser nos besoins sexuels pour affiner notre caractère. Au travers de ce besoin d’intimité avec leur épouse, les hommes peuvent apprendre à faire preuve de tendresse et d’empathie. À l’inverse, les femmes peuvent utiliser l’intimité physique pour intéresser leur mari à la dimension émotionnelle. Idéalement, être chrétien devrait nous suffire pour rechercher des opportunités de grandir. Mais dans la réalité, qu’un tel besoin physique puisse contribuer à notre croissance spirituelle n’est finalement pas une mauvaise chose en soi. Dieu nous a certes sauvés, mais nous sommes encore tous embourbés dans le péché. Aussi longtemps que nous serons sur cette terre, notre sanctification demeurera imparfaite. Durant les premières années, quand les enfants sont encore petits, la stabilité du mariage est primordiale et sa sauvegarde ne peut être laissée au bon vouloir de quelques sentiments altruistes. Nos besoins sexuels vont littéralement nous forcer à sortir de nous-mêmes pour entrer dans l’intimité de l’autre. Si cet « autre » est notre conjoint, il s’agit d’un exercice enrichissant, qui accentue l’idée de « tomber vers l’avant » dont nous avons parlé au chapitre 9. Lorsque nous sortons de nous-mêmes, nous cultivons l’interdépendance et la communion, deux pratiques essentielles de la vie chrétienne.


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Le prix de la passion D’après sa vie et les psaumes qu’il a composés, David était d’un tempérament particulièrement passionné. Quand le prophète Nathan lui raconta l’histoire d’un homme riche qui avait volé la seule brebis d’un pauvre, David s’emporta. Sans se rendre compte que Nathan était en train de parler de lui, il s’était écrié : « L’homme qui a fait cela mérite la mort ! » (2 Samuel 12 : 5) Et quand David exprimait sa passion pour Dieu, il le faisait avec une émotion quasiment inégalée : « Mon âme a soif de toi, mon corps soupire après toi, dans une terre aride, desséchée, sans eau » (Psaumes 63 : 2). Le caractère passionné de David lui a aussi porté préjudice : l’histoire de BathChéba est bien connue. Mais nulle part, dans l’Écriture, il n’est dit que nous devions vivre une existence dépourvue de passion. Dans le livre de l’Apocalypse, il est dit qu’il est préférable que nous soyons soit bouillants, soit froids, tout sauf cette insupportable « tiédeur » (Apocalypse 3 : 16).

Nous pouvons apprendre à utiliser nos besoins sexuels pour affiner notre caractère.

Le philosophe allemand Martin Heidegger affirme que nos passions nous mettent à l’écoute du monde. Nous mettent à l’écoute du monde… Réfléchissez-y un instant. Une femme active et sexuellement comblée dégage une certaine énergie. Un homme sexuellement satisfait avec sa femme respire un sentiment de bien-être. La passion est une chose véritablement saine. Tout comme l’amour, la passion nous fait grandir. La passion ne tarit pas à force d’être exprimée, bien au contraire. Plus nous nous passionnons pour quelque chose, plus nous sommes susceptibles de nous passionner pour d’autres choses. Un homme débordant de passion pour sa femme peut aussi devenir un passionné de la justice, du royaume de Dieu, de ses enfants, de l’environnement. À l’inverse, confronté à de sérieux problèmes sexuels dans son mariage, il peut développer un sentiment de frustration et de découragement qui risque fort


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de ternir son travail, sa foi et ses relations. Cet homme peut devenir égoïstement préoccupé par lui-même et se replier sur ses propres besoins. Le stoïcisme n’a jamais été une philosophie chrétienne. En vérité, nous servons un Dieu passionné qui ressent les choses profondément. Nos passions nous apportent la vie. L’apathie rend pathétique. Nous craignons souvent nos passions parce qu’elles peuvent parfois nous amener à avoir une aventure extraconjugale, à nous disputer, ou à exprimer quelque autre comportement destructeur. La solution ne se trouve pas dans une vie moins passionnée, mais plutôt dans la recherche de causes dignes de notre passion. L’Histoire, telle que présentée dans la Bible et au cours de deux mille ans de christianisme, atteste que la spiritualité chrétienne est principalement une question de préservation de notre soif et de notre passion pour Dieu et ses desseins pour le monde. Il faut bien l’admettre : nos passions nous détournent parfois du droit chemin. Le mariage chrétien nous apprend à les endiguer et devenir en quelque sorte des gardiens de barrage. Parfois il s’agit de laisser l’eau s’écouler librement, parfois il faut réduire son débit à un simple filet. Le mariage nous enseigne la même chose. Par moments, il est bon et sain de laisser la passion conjugale s’écouler librement. C’est une erreur de La spiritualité chrétienne est croire que, puisqu’on a été jadis consumé par la passion principalement une question de et le désir sexuel, l’absti- préservation de notre soif et de nence totale serait l’antidote notre passion pour Dieu. absolu. Cela revient à se comporter avec le sexe comme un anorexique avec la nourriture : pour ne pas grossir, il ne mange plus du tout20. Ce n’est pas une attitude saine, c’est de la folie. Une vie saine est une vie au cours de laquelle il faut pouvoir dire Oui et Non. Comme je voyage beaucoup, ma femme et moi devons fréquemment nous abstenir de relations sexuelles. Les couples ayant de jeunes enfants, en particulier des bébés, ne tardent pas à découvrir qu’ils ne peuvent plus


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s’adonner au sexe chaque fois qu’ils en ont envie. Il arrive aussi que l’un des conjoints soit souffrant ou épuisé, auquel cas il serait peu courtois d’espérer de lui une disposition favorable aux relations sexuelles. Dans de telles situations, l’abstinence est appropriée et nécessaire. Mais des périodes de « fête » sont aussi nécessaires. En fait, chaque Non au sexe devrait être placé dans le contexte d’un Oui correspondant : S’abstenir de relations sexuelles sous prétexte que l’eros serait un mal en soi n’est assurément pas une marque de discipline chrétienne. C’est plutôt un éloignement des termes de la création : il est malsain et dépourvu de sainteté. Le Non de l’abstinent ne porte de fruits qu’à condition qu’il ait une contrepartie de Oui à des valeurs essentielles de notre vie. La discipline difficile du jeûne vient en complément de ce que nous souhaitons célébrer : notre abstinence doit avoir un objectif. À moins d’avoir des valeurs capitales à poursuivre et à préserver, nous n’aurons aucune raison de retenir nos élans et nos pulsions21.

En d’autres termes, l’abstinence n’est pas une impasse : c’est une longue voie d’accélération. Mon refus d’exprimer ma sexualité quand je suis éloigné de mon épouse est puissamment soutenu par la pensée de mon retour à la maison. Je ne dis donc pas réellement Non, mais Attends ! Plutôt que de le rejeter, je choisis de canaliser mon désir de manière appropriée. L’abstinence des célibataires (qui ne sont La passion et l’engagement sans réserve sont primordiaux. pas appelés à le rester) est Ils devraient être cultivés dans de nature identique. Aux adolescents, il est vivement le mariage afin que toute la vie conseillé d’attendre, parce en soit imprégnée. que cela contribuera à la qualité des relations conjugales à venir. La fidélité pimente la sexualité du couple de nombreuses manières, riches et délicieuses. Je ne veux pas non plus trop « spiritualiser » ce sujet. Nous ne devons pas systématiquement penser à des sujets


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« spirituels » pendant les relations conjugales. Les passions nous appellent à profiter pleinement de la vie. La passion est au cœur du commandement concernant le sabbat. Celui-ci comprend deux volets : pendant six jours, vous travaillerez, en y mettant tout votre cœur, et le septième jour, vous vous reposerez. Travaillez dur, puis reposez-vous bien. Les deux sont nécessaires pour donner du sens à la vie. Parfois, la sexualité aura des connotations clairement spirituelles. Parfois, elle sera une célébration du plaisir physique. Dans le mariage, ces deux attitudes sont saintes. En conclusion, la passion et l’engagement sans réserve sont extrêmement importants. Ils devraient être cultivés dans le mariage afin que toute la vie en soit imprégnée.

Célébrer J’ai tendance à être exagérément sérieux dans ma foi ; quand je suis tombé un jour sur un vieux livre d’Elton Trueblood, intitulé L’humour de Christ, j’ai donc été interpellé. Trueblood écrit : « Tout christianisme incapable de s’exprimer parfois par la gaieté, est clairement une contrefaçon22 ». Ses affirmations sont étayées par de nombreux textes bibliques. L’Ancien Testament ordonnait de célébrer au moins trois grandes fêtes (la Pâque, la fête des Semaines et la fête des Tabernacles), ainsi que beaucoup d’autres fêtes religieuses (voir Lévitique 23 ; Nombres 28 et 29). Elles impliquaient une certaine organisation. La fête des Tabernacles, par exemple, durait sept jours, pendant lesquels les Israélites avaient l’ordre de se réjouir et l’interdiction de se lamenter. Le fait est que Dieu est digne d’être célébré éternellement. Jésus a dit un jour que si les foules ne l’avaient pas acclamé, les pierres l’auraient fait (voir Luc 19 : 40). Quelle honte si les cailloux devaient faire le travail mieux que nous ! Je dois constamment briser le « sérieux » de ma routine. Je suis comme ça. J’ai tendance à considérer que les fêtes sont « frivoles » ou moins respectueuses, mais c’est un préjugé personnel que je m’efforce de surmonter.


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La sexualité conjugale offre un contexte exceptionnel pour la fête. Lorsque vous êtes nus dans les bras de l’autre, qu’importe que vous soyez millionnaires ou que vous ayez des fins de mois difficiles. Qu’importe que vous passiez la nuit sans les enfants, dans un palace ou dans un petit hôtel sans étoile. Qu’importe que vous découvriez les délices de la lune de miel de vos vingt ans ou que vous rallumiez la flamme de la passion pour vos soixante ans. Quelle que soit votre situation, vous célébrez une danse profondément humaine, une expérience transcendante inventée par nul autre que le Dieu tout-puissant en personne. Il y a un temps pour s’abstenir. Un temps pour « se charger chaque jour de sa croix ». Un temps pour être « salé de feu ». Et aussi un temps pour être quasiment transporté dans un autre monde par le partage et l’exploration intime du corps de notre conjoint. Il est parfois utile de rappeler à certains la nécessité de célébrer avec enthousiasme. À d’autres, il est utile de rappeler que la sobriété réfléchie, le respect profond et le devoir mesuré ont aussi leur place. Le mariage nous offre une expérience humaine complète, sensible et responsable. Cette responsabilité doit bien sûr être assumée tout en se délectant du plaisir d’une activité sexuelle bien réelle et pétillante. Cette célébration intense est un rappel constant des réalités célestes qui attendent tous les enfants de Dieu.

Au-delà du toucher Certains couples ont besoin de plusieurs mois avant de réussir à considérer leur intimité sexuelle comme une expression de leur foi et de leur Dans une perspective maturité spirituelle. Malchrétienne, l’aspect physique de heureusement, au lieu d’oula sexualité n’est pas dénigré : vrir la voie, les chrétiens ont laissé d’autres mouvements il est intégré. religieux s’exprimer sur le sujet. Aujourd’hui, quantité de livres s’efforcent d’incorporer la philosophie orientale et la spiritualité tantrique à la sexua-


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lité. Dans la plupart des cas, cette spiritualité est utilisée pour intensifier les sensations physiques. Notre démarche suggère précisément le contraire, à savoir que les sensations physiques sont susceptibles d’accroître notre sensibilité spirituelle. Dans une perspective chrétienne, l’aspect physique de la sexualité n’est pas dénigré : il est intégré. Mais, ce faisant, il nous rappelle l’existence de valeurs supérieures au plaisir physique, à savoir que ce monde n’est pas éternel et que la joie et la satisfaction véritables ne peuvent être vécues que dans une relation avec Dieu et une sainte communion avec ses enfants. Pour appréhender pleinement la sexualité conjugale et tout ce que Dieu a prévu qu’elle soit, les couples doivent inviter leur foi chrétienne dans le lit conjugal. Ils doivent abattre les murs existant entre leur intimité physique et spirituelle : La séparation entre sexualité et spiritualité, et entre célibat et mariage, est inopportune et destructrice. Pour que l’intégration devienne une réalité, nous devons découvrir comment conjuguer sexualité et spiritualité, et reconnaître que le choix d’un style de vie ne signifie pas pour autant qu’un autre lui soit inférieur23.

La sexualité est une affaire de contact physique, certes, mais pas seulement. Elle touche à ce qui se passe à l’intérieur de nous. Quand je parle de développer une vie sexuelle épanouissante, cela signifie que je me préoccupe d’abord d’entrer dans le lit conjugal avec un esprit de générosité et de service plutôt qu’avec un corps bien musclé. Cela signifie aussi que je considère ma femme comme un saint temple de Dieu et pas seulement un corps humain terriblement séduisant. Cela signifie même que la sexualité devient une forme de prière physique, une image de l’intimité céleste qui rivalise avec la glorieuse shekinah de jadis. Notre Dieu, qui est esprit (Jean 4 : 24), ne se détourne pas en présence d’un enchevêtrement de membres et de corps essoufflés, recouverts de sueur. Il est présent. Il désire que nous recherchions les relations sexuelles tout en permettant à sa présence, ses priorités et ses valeurs d’imprégner cette re-


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cherche. Si nous vivons la sexualité de cette manière, chaque moment passé dans le lit conjugal nous transformera tout autant que chaque instant passé à genoux, dans la prière.


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CHAPITRE 12

La présence sacrée Le mariage peut nous rendre plus conscient de la présence de Dieu La famille chrétienne est un produit de la foi. Elle offre l’incomparable opportunité de répandre l’Esprit de Dieu sur chaque relation de la vie de tous les jours. Les époux étant obligés de vivre ensemble, dans l’incapacité d’échapper l’un à l’autre, chaque moment de la journée et chaque activité du foyer les mettent au défi de vivre en commun en accord avec les principes divins. — OTTO PIPER

La sincérité ne suffit pas. Je l’ai découvert à mes dépens quelques semaines après mon mariage. Lisa approchait de son vingtième anniversaire. J’étais alors un mari inexpérimenté, totalement novice dans l’art subtil du dialogue conjugal. Aussi, quand Lisa m’a dit : « Ne t’en fais pas, fêter mon anniversaire n’est pas très important pour moi », j’ai commis une terrible erreur.


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d  VOUS AVEZ DIT OUI À QUOI ? Je l’ai crue.

Que pouvais-je faire d’autre ? Mon pasteur m’avait donné ce conseil : « Recherche une femme qui aime Dieu ». Et c’est ce que j’avais fait. Lisa était réellement l’une des jeunes femmes les plus attachées à Dieu que j’avais connue à la fac. Le seul problème était que mon pasteur ne m’avait pas prévenu que même ce type de femme pouvait mentir de temps à autre. Je ne m’étais donc pas vraiment creusé la tête pour l’anniversaire de Lisa. De plus, je venais de commencer un nouveau travail et j’étais légèrement souffrant ; rien ne m’avait vraiment préparé à faire face aux grandes attentes liées à un événement qui « n’était pas très important ». La veille de son anniversaire, je lui ai acheté trois livres. Le matin suivant, je les lui ai offerts en souriant. J’ai bien été le seul à sourire, ce jour-là… Et j’ai appris qu’offrir des livres à Lisa sous prétexte que moi, j’aime lire, ce n’était pas de l’amour ; c’était un espoir, tout au plus ! (Je confonds parfois les deux.) L’amour consiste à choisir un cadeau qui lui prouvera que je la connais et l’apprécie. Un de mes amis, Jim, a fait une erreur semblable. Il a acheté un fer à repasser pour l’anniversaire de sa femme, Marie. À l’en croire, c’était le « meilleur fer à repasser de tout l’univers », le parfait modèle de luxe. À en croire Marie, c’était la plus grave erreur que Jim ait jamais commise depuis leur mariage. Jim a dû apprendre que pour aimer son épouse, il n’y a pas que l’intention qui compte ! Jacques, dans sa lettre, affirme qu’il en est de même de notre relation avec Dieu. La « spiritualité » est devenue une valeur à la mode dans notre société. Cependant, ce que l’on cherche avant tout dans la « spiritualité », c’est la sincérité : peu importe en qui ou même en quoi vous croyez, du moment que votre foi est sincère. Ceci ne définit toutefois pas la vérité selon la Bible. Jacques affirme : « La religion pure et sans tache, devant Dieu le Père, consiste à […] » (Jacques 1 : 27). S’il existe une religion que Dieu considère comme pure et sans tache, c’est donc qu’il


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en existe d’autres qui ne le sont pas. Si Dieu veut être aimé d’une certaine manière, c’est qu’il ne veut pas l’être d’une autre. Autrement dit, la sincérité seule ne suffit pas. Sans vouloir donner ici une définition exhaustive de la « spiritualité chrétienne », rappelons-nous que l’un de ses composants essentiel est son aspect relationnel. La spiritualité chrétienne n’est pas une quête d’illumination spirituelle, une recherche d’expériences nouvelles ou de sagesse ésotérique. Non. C’est plutôt la recherche passionnée d’un être spirituel et une réponse à cet être spirituel, Dieu lui-même. J’aime la définition qu’en donnent les Whitehead : « La spiritualité chrétienne peut être décrite comme nos efforts constants pour répondre aux délices et aux exigences de la présence de Dieu dans notre vie1 ». Le mot-clé de cette phrase est « présence ». Les grands écrivains chrétiens du passé ont insisté sur l’importance de vivre en étant sans cesse conscients de la présence de Dieu. Ceux qui ont progressé dans la vie chrétienne ont appris à développer une mémoire quasi mystique qui concentre leur attention sur cette présence permanente de Dieu. Dieu est toujours prêt à murmurer des paroles d’encouragement, d’approbation, à nous lancer un défi, ou à nous faire un reproche plein d’amour. Il nous regarde constamment. Il prend soin de nous continuellement. Il nous écoute assidûment. S’exercer à vivre dans la présence de Dieu est une discipline qui peut être décrite par le fait de se tourner vers lui. Au xviie siècle, François Fénelon, un des grands mystiques de l’histoire chrétienne, a écrit : Une règle générale pour faire bon usage de son temps est de s’habituer à vivre dans une dépendance continuelle de l’Esprit de Dieu, en recevant au temps voulu tout ce qu’il lui plaira de nous donner, en nous adressant à lui dès que les doutes nous assaillent, en nous tournant vers lui dans la faiblesse, quand l’épuisement fait chanceler la bonté, en faisant appel à lui quand le cœur, attiré par les choses matérielles, glisse imperceptiblement hors du chemin et tend à s’éloigner de Dieu et à l’oublier2.


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L’Expérience de la présence de Dieu de Laurent de la Résurrection est peut-être le classique de la littérature concernant cet aspect de la vie chrétienne. Lui aussi du xviie siècle, l’humble moine Laurent avait appris à se délecter de la présence constante de Dieu, aussi bien en épluchant des pommes de terre dans la cuisine qu’en priant, agenouillé près de l’autel. Selon lui, nous devrions « nous installer dans la présence de Dieu en lui parlant continuellement ». Il suggérait que laisser des pensées triviales interrompre cette conversation spirituelle était une « chose honteuse ». Il exhortait donc à « nourrir nos âmes des nobles pensées divines, et à trouver ainsi une immense joie en sa compagnie ». Cultiver la présence de Dieu requiert au départ une vraie discipline de vie mais, avec le temps, cela devient de plus en plus naturel : « Au commencement, un effort persistant est nécessaire pour installer l’habitude de parler continuellement avec Dieu. Mais après un certain temps, son amour nous y attire sans la moindre difficulté3 ». C’est cette quête de la présence de Dieu qui a conduit tant d’hommes et tant de femmes vers les monastères et les couvents. Ces âmes sincères étaient persuadées qu’une S’exercer à vivre dans la vie exempte des soucis présence de Dieu est une discipline décrite par le fait de financiers et des responsabilités familiales leur perse tourner vers lui. mettrait de mieux connaître les délices de la présence de Dieu. Les anciens ordres religieux différaient considérablement les uns des autres mais dans la plupart d’entre eux, la vie monacale s’articulait autour du rappel et de la conscience permanente de la présence de Dieu. La journée commençait et se terminait par la prière. Elle comprenait souvent de longues périodes de silence imposé. La communauté créait ainsi un environnement qui encourageait ses membres à tourner leurs regards vers le ciel.


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Et nous, saints et mariés, comment pourrions-nous utiliser le tourbillon de nos activités quotidiennes et l’agitation de nos vies de famille pour nous rappeler la présence de Dieu ? C’est un défi, certes, mais n’y a-t-il pas moyen d’utiliser le mariage pour qu’il nous approche davantage de Dieu plutôt que de le laisser progressivement émousser nos sens jusqu’à ce que nous vivions une forme d’athéisme, dans lequel Dieu resterait présent dans nos paroles, mais aurait disparu de nos actions ? Plutôt que de laisser le mariage affaiblir notre sensibilité spirituelle, ne pourrions-nous pas lui permettre d’insuffler une nouvelle vie dans nos âmes ? Une merveilleuse illustration de l’Ancien Testament suggère que ceci est effectivement possible.

Entre les chérubins Sur l’arche du témoignage se tenaient, face à face, deux chérubins d’or dont les ailes se touchaient. À propos de cette union, Dieu dit : « Je te rencontrerai du haut du propitiatoire, entre les deux chérubins placés sur l’arche du Témoignage » (Exode 25 : 22). Cette image de la présence de Dieu « entre les chérubins » est devenue célèbre dans l’Ancien Testament. Du temps de Samuel, les Israélites voulurent aller chercher l’arche de « l’Éternel des armées qui siège entre les chérubins » (1 Samuel 4 : 4). Le psalmiste a écrit : « Prête l’oreille, berger d’Israël, […] toi qui sièges (entre) les chérubins ! » (Psaumes 80 : 2). Ésaïe a utilisé la même image : « Éternel des armées, Dieu d’Israël, qui sièges sur les chérubins » (Ésaïe 37 : 16). Ce langage imagé persiste jusque dans le Nouveau Testament : « Au-dessus de l’arche se tenaient les chérubins de gloire » (Hébreux 9 : 5). La présence de Dieu descend vers nous quand deux créatures se rejoignent. Dieu « habite » au sein même de cette rencontre. Quelle belle image ! Il existe dans l’Histoire une longue tradition de quête de Dieu par la solitude. Mais la Bible nous encourage aussi à rechercher Dieu au sein des relations et de la communauté.


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Jésus dit : « Si deux d’entre vous s’accordent sur la terre pour demander quoi que ce soit, cela leur sera donné par mon Père qui est dans les cieux. Car là où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis au milieu d’eux » (Matthieu 18 : 19-20). Notez que Jésus précise « assemblés en mon nom ». Si une famille peut se réjouir de la présence permanente de Jésus, c’est précisément parce que les époux ont souhaité l’inviter au cœur de leur relation. Ils ne s’unissent pas pour échapper à la solitude, ou pour améliorer leurs ressources financières, ou simplement pour trouver un exutoire acceptable à leurs besoins sexuels. Par-delà toutes ces raisons, ils se sont joints l’un à l’autre afin de vivre et d’approfondir leur foi en Dieu. Même si vous ne vous êtes pas mariés pour cette raison, vous pouvez désormais décider de préserver votre mariage sur cette base. Si vous le faites, vous découvrirez alors que le mariage peut devenir un canal approprié par lequel Dieu devient présent dans votre quotidien. Le mariage nous incite à vivre la présence de Dieu en nous incitant à la conversation, en nous rappelant notre soif intérieure du transcendant, en nous aidant à voir l’image de Dieu et en nous permettant de contribuer à l’œuvre de la création.

Conversation Dans ma jeunesse, j’ai toujours cru que le silence était un moyen privilégié pour approcher le cœur de Dieu. Dans le bulletin hebdomadaire de mon église, il y avait toujours Le mariage peut devenir un une phrase du style : « Merci canal approprié par lequel d’observer une attitude de Dieu devient présent dans respect tandis que nous votre quotidien. préparons nos cœurs à louer le Seigneur ». Et de fait, les racines profondes de la tradition chrétienne témoignent de la valeur spirituelle accordée au silence. Les moines trappistes, par exemple, avaient fait vœu de silence et utilisaient la langue des signes pour communiquer entre eux. Certaines archives


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font état de moines n’ayant pas prononcé un seul mot pendant plus de trente ans. Cette discipline du silence des moines trappistes devait peut-être les conduire vers la sainteté, mais la conversation au sein du mariage peut aussi nous amener à Dieu. Au début du xxe siècle, en France, un mouvement s’est développé pour aider les couples à vivre leur mariage dans la durée. Il insistait sur « le devoir de s’asseoir », et soutenait que l’on devrait considérer la conversation au sein du couple comme un exercice spirituel4. Le mariage est un lieu où l’on se doit de communiquer. Des temps de silence et de méditation sont, bien entendu, nécessaires, mais dans notre relation avec notre conjoint, la communication est une discipline d’amour. Notre rapprochement mutuel rappelle Dans notre relation avec notre que Dieu aussi s’approche de nous et nous permet de conjoint, la communication est mieux connaître sa présence une discipline d’amour. et son caractère. Dieu utilise même les rêves pour communiquer, tant dans l’Ancien que dans le Nouveau Testament. Il s’approche donc de nous à toute heure du jour et de la nuit. Dieu nous aime en paroles plutôt que par le toucher physique. Nous pouvons aimer notre conjoint par ces mêmes paroles et grandir ainsi dans la ressemblance à Christ. Allender et Longman font observer que « nous sommes appelés à cultiver Christ dans notre conjoint par la puissance de nos paroles5 ». Comment ? En partie de cette manière : « Une bonne parole étouffe le chaos et fait naître la joie et la vie ; une mauvaise parole génère le chaos et pousse au désespoir et à la mort6 ». Ainsi, les paroles qui sortent de notre bouche sont des invitations à expérimenter la présence de Dieu ou à s’en éloigner. Chaque parole adressée à un membre de la famille est une invitation à goûter soit au divin, soit au chaos.


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Dans sa lettre, l’apôtre Jacques voit dans le contrôle de notre discours l’une des disciplines chrétiennes fondamentales : Nous bronchons tous de plusieurs manières. Si quelqu’un ne bronche pas en paroles, c’est un homme parfait, capable de tenir tout son corps en bride. Si nous mettons le mors dans la bouche des chevaux, pour qu’ils nous obéissent, nous dirigeons aussi leur corps tout entier. Voyez encore les navires : si grands qu’ils soient, et poussés par des vents impétueux, ils sont dirigés par un très petit gouvernail au gré du pilote. De même, la langue est un petit membre, mais elle a de grandes prétentions. Voyez comme un petit feu pour embraser une grande forêt ! Or la langue aussi est un feu, elle est le monde de l’injustice : la langue a sa place parmi nos membres, elle souille tout le corps et embrase tout le cours de l’existence, embrasée qu’elle est par la géhenne. — JACQUES 3 : 2-6

Pour Jacques, notre langue sert donc de thermomètre spirituel puisque les paroles qui sortent de notre bouche démontrent notre « température » à l’égard de Dieu. Notre langue peut être cruelle de deux manières : par les paroles mauvaises qu’elle prononce, ou par les bonnes paroles qu’elle ne prononce pas. Nous devons reconnaître le côté insidieux du silence qui s’installe parfois dans le couple. Il existe un silence nécessaire à la guérison ; il existe aussi un silence malveillant. Vous connaissez votre cœur. Vous savez si vous gardez le silence afin de parvenir à la guérison, ou si vous agissez en égoïste, en lâche ou par méchanceté. Quand je refuse de parler par lâcheté, égoïsme ou lassitude, je fais marche arrière dans ma relation avec Dieu. Dieu m’appelle à parler, mais à parler avec précaution. J’ai dû apprendre à communiquer avec ma femme. Il m’a fallu découvrir pourquoi il m’arrivait de l’exaspérer, tantôt en me taisant, tantôt en disant ce qu’il ne fallait pas. Autrement dit, pour placer mon mariage sous le signe de l’amour, j’ai dû apprendre à mieux dompter ma langue.


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La communication nous oblige à entrer dans le monde de l’autre. Pour communiquer avec ma femme, je dois faire abstraction de mon propre système de référence. Je dois accepter qu’un même mot puisse avoir une signification différente pour chacun de nous. C’est un exercice par lequel nous nous vidons de nous-mêmes et donc un exercice qui produit d’énormes bénéfices spirituels. Un ton railleur peut causer de profondes blessures. Des paroles peuvent détruire, meurtrir et dresser des murs. Dan Allender et Tremper Longman nous encouragent donc à choisir soigneusement nos mots : Je dois semer des mots comme des graines qui donneront une moisson dont le fruit bénira Dieu. […] Nous devons choisir nos paroles comme s’il s’agissait d’instrument de vie ou de mort. Si nous connaissons le pouvoir des mots, jamais la peur ne nous empêchera de parler, mais nous ne parlerons pas non plus pour semer la destruction. Nous devons donner des paroles d’encouragement qui rapprocheront ceux que nous aimons du cœur de Dieu ; et nous devons donner des paroles de réprimande pour interrompre l’inclination naturelle de nos cœurs à l’orgueil et à l’autojustification7.

L’autre aspect de la communication consiste à apprendre. À écouter. C’est un domaine de luttes constantes pour moi. Je suis souvent perdu dans mes pensées et n’apprécie guère que quelqu’un veuille interrompre ma réflexion pour partager ses pensées avec moi. Seulement, en me mariant avec Lisa, je me suis engagé à communiquer avec elle. Ma femme est une lectrice assidue du magazine Guideposts. Elle aime les récits tragiques, et le côté émouvant de certains articles. Pure coïncidence (et je vous assure que je n’invente rien !), pendant que je tapais ces lignes, Lisa est venue me demander de faire une pause parce qu’elle voulait me lire une histoire qu’elle venait de découvrir dans ce magazine. Elle sait que ce journal n’est pas vraiment ma tasse de thé. Je lis trente à quarante livres par an, de nombreux magazines, mais généralement pas de récits d’expériences personnelles.


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Écouter ces histoires est pourtant devenu partie intégrante de mon engagement à entrer dans l’univers de ma femme. L’amour est un mouvement intentionnel en direction de l’autre. Comment le fait d’écouter appelle-t-il la présence de Dieu ? Une part importante de la prière consiste à écouter Dieu. Au chapitre 3, j’ai cité le Dr John Barger. Un petit rappel est peut-être ici nécessaire : [Lorsque les femmes] aiment, elles le font en douceur ; quand elles parlent, elles murmurent, et nous devons prêter l’oreille attentivement pour entendre leurs mots d’amour et les connaître. Dieu n’agit-il pas aussi de même ? Il intervient souvent dans nos vies d’une façon si douce qu’il passe inaperçu si nous négligeons de nous arrêter pour être attentifs, si nous ne nous efforçons pas constamment d’entendre ces chuchotements d’amour divin. Les qualités nécessaires pour aimer véritablement une femme et ressentir en retour son amour sont l’écoute, la patience, l’humilité, le service et l’amour fidèle. Ce sont précisément ces mêmes vertus qui sont nécessaires pour aimer Dieu et nous savoir aimés par Dieu.

La communication nous invite à sortir de nous-mêmes. Apprendre à le faire est une nécessité absolue autant pour développer une vie de prière sérieuse que pour construire un mariage sérieux. Cette action de communication invite Dieu à être présent dans notre quotidien. Par nos paroles, nous pouvons soit nous approcher de la présence de Dieu, soit le rejeter.

La soif du transcendant À un moment donné de votre relation avec votre futur conjoint, vous avez choisi de mettre de côté toute autre option et de vous attacher à cette personne seule, pour le restant de votre vie. Tant que vous étiez célibataire, vos options de partenaire de vie étaient pratiquement illimitées, pour autant que


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l’autre veuille bien de vous. Et pourtant, parmi les milliards d’individus habitant sur cette terre, vous en avez choisi un : votre conjoint. Rappelez-vous, comme un exercice spirituel, qu’indépendamment des conséquences, vous avez volontairement choisi cet homme ou cette femme. L’amour est un mouvement Après avoir mûrement réfléchi, vous l’avez soit intentionnel vers l’autre. demandé en mariage, soit répondu Oui quand vous avez été demandé(e) en mariage. En ce temps-là, votre décision était parfaitement sensée, et vous étiez prêts à construire votre vie dessus. Vous aviez toutes les raisons de croire que le fait de l’épouser établirait une relation que vous chéririez jusqu’à ce que la mort vous sépare. Quand nous comprenons que les êtres humains ne pourront jamais nous apporter tout l’amour dont nous avons envie et besoin, le mariage est là pour nous rappeler notre besoin de Dieu. Cette désillusion inévitable peut amener certains à sauter d’un mariage à un autre. Ils ne réalisent malheureusement pas que leurs vrais besoins ne peuvent être comblés qu’en Dieu et par Dieu. Ils persistent donc à chercher leur épanouissement dans de nouvelles relations, convaincus qu’il leur suffirait de trouver « la bonne personne », c’est-à-dire, généralement, une nouvelle personne. Le christianisme ne nous ordonne pas de rechercher la bonne personne : il nous demande de la devenir. Telle la boussole de votre cœur, permettez à votre insatisfaction, ou même votre ennui de la vie et de vos relations, de vous réorienter vers le nord de votre passion la plus profonde : Dieu lui-même. Souvenez-vous que les mariages successifs reproduisent invariablement le même schéma : une intense excitation, le frisson de la découverte et puis, d’une manière ou d’une autre, une désillusion de plus en plus douloureuse. Pour revenir à mon vieil ordinateur du premier chapitre, il ne servirait à rien que je l’échange contre un autre exemplaire du même modèle. Pendant quelques semaines, il aurait peut-être l’air un peu plus neuf, moins poussiéreux, mais ra-


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pidement je me rendrais compte que je travaille toujours avec les mêmes limites. Nous tous les humains, nous sommes comme des ordinateurs d’ancienne génération, et nos cœurs rêvent du modèle dernier cri. Changer de partenaire ne va pas, ne pourra pas, nous satisfaire comme nous rêvons de l’être. Ce nouveau partenaire aura peut-être l’air plus neuf pendant quelques années, moins poussiéreux et moins ridé mais, un jour ou l’autre, nous découvrirons qu’il a dans l’ensemble les mêmes limites que celui contre lequel nous l’avons « échangé ». La célèbre citation du moine Augustin est tellement connue que j’hésite un peu à la mentionner, mais elle demeure pourtant tellement vraie : Nos cœurs sont sans repos jusqu’à ce qu’ils trouvent leur repos en toi.

Nos cœurs ne peuvent trouver le repos que lorsque Dieu fait partie de l’équation de notre vie. La Bible précise cependant qu’après avoir créé Adam, Dieu a aussitôt déclaré : « Il n’est pas bon que l’homme soit seul » (Genèse 2 : 18). Et pourtant, Dieu trouvait son plaisir dans sa relation avec l’homme. Dieu nous a créés avec le besoin de relations avec d’autres8. Mais Dieu doit être au centre de notre cœur, là où viendront s’ajouter toutes nos autres relations. Laissez donc votre relation avec votre conjoint vous indiquer ce dont vous avez le plus besoin : l’amour et la présence active de Dieu dans votre vie. Ne blâmez pas votre conjoint si vous ne vous sentez pas pleinement satisfait ; vous Lisa est devenue, en quelque êtes seul coupable de ne sorte, le thermomètre de ma pas rechercher une relation relation avec Dieu. pleinement satisfaisante avec Dieu. Les moines et les religieuses qui ont trouvé la satisfaction dans une recherche de Dieu au sein de leur solitude sont la preuve que l’absence d’intimité conjugale n’est pas automatiquement synonyme de misère ou d’insatisfaction spirituelle. Quand vous découvrez cette vérité, vous verrez comme il est formidable de voir à quel


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point vous pouvez être satisfait de la personne avec qui vous vivez, quelle qu’elle soit. Toute insatisfaction conjugale qu’importe son intensité, devrait nous inspirer cette prière : « Voilà pourquoi j’ai besoin de toi, ô Dieu ». Notre âme a soif de transcendance et la personne que vous avez choisie pour marcher à vos côtés ne peut entièrement répondre à cette soif. Cela peut vous paraître bizarre, mais je me suis rendu compte que mon degré de satisfaction ou d’insatisfaction au sein de mon mariage dépendait beaucoup plus de ma relation avec Dieu que de ma relation avec Lisa. Quand mon cœur se refroidit vis-à-vis de Dieu, toutes mes autres relations en souffrent. C’est pourquoi, dès que je commence à m’éloigner de ma femme, ou que mon amour pour elle diminue, je regarde d’abord l’état de ma relation avec Dieu. Lisa est devenue, en quelque sorte, le thermomètre de ma relation avec Dieu.

Voir l’image de Dieu Chaque soir, je m’endors à côté d’une image de Dieu. La Bible nous enseigne que l’homme et la femme ont été créés à l’image de Dieu (voir Genèse 1 : 26-27). Si nous comprenions cette vérité, nous pourrions nous souvenir en permanence de la présence de Dieu dans nos vies. Nous nous rendrions compte que le conjoint qui vit à nos côtés nous permet de mieux appréhender la personne et la nature de Dieu. Dan Allender et Tremper Longman ont expliqué l’importance, pour l’homme et la femme, d’incarner l’un pour l’autre des caractéristiques de Dieu : Par sa force, un mari fait écho à la puissance de Dieu ; il peut ainsi aider sa femme à mieux comprendre cet aspect de la personne de Dieu, en l’incarnant même imparfaitement. De la même manière, la tendresse et la compassion d’une femme peuvent aider son mari à prendre davantage conscience de la miséricorde de Dieu9 (voir 1 Pierre 3 : 1-3).


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J’ai pratiquement supplié un de mes bons amis de fac de ne pas se marier. Sa petite amie et lui, deux personnalités radicalement opposées, ne cessaient de se quereller lorsqu’ils sortaient ensemble. Steve était souvent dur, sévère et tristement dépourvu de tact. Laura était une des femmes les plus sensibles que j’aie jamais connues. Un jour, Steve « exposa » à Laura les sept raisons pour lesquelles il estimait qu’elle n’était pas à la hauteur dans son rôle de petite amie. Quand j’ai dit à Steve que j’avais du mal à croire qu’il avait osé dire tout cela à Laura en une seule fois, il répondit : « Mais Gary, j’aurais pu encore lui donner toute une flopée d’autres bonnes raisons ! » Et pourtant, plus Steve et Laura grandissaient dans leur relation avec Jésus-Christ, plus ils se transformaient, tous les deux, de bien des manières. Steve avait peut-être grandi sans tact ; or, voilà qu’il commençait à pratiquer l’humilité, en observant la sensibilité de Laura. Elle, de son côté, respectait le courage de Steve, qui disait la vérité qu’importent les conséquences ; elle réalisa alors que, parfois, être « trop Être marié ne nous rappelle douce » n’était pas toujours pas seulement la nature et le approprié. Après treize ans caractère de Dieu, mais aussi de mariage, leur relation est ses exigences morales à propos aujourd’hui merveilleuse. de notre vie. C’est en fait l’un des mariages les plus solides que je connaisse. Chacun a aidé l’autre à se rapprocher du caractère de Dieu, en incarnant respectivement la force et la tendresse divines. Le fait d’être marié ne nous rappelle pas seulement la nature et le caractère de Dieu, mais aussi ses exigences morales à propos de notre vie. Un des grands problèmes de la spiritualité chrétienne est notre aptitude à rapidement oublier ce que Dieu dit. Dieu nous exhorte à mettre en place certaines priorités et à agir en conséquence, mais nous les « oublions » rapidement et nous poursuivons notre chemin. Ainsi, Dieu est sans cesse à nos côtés, cependant nous « oublions » sa présence constante et nous traitons notre femme et nos enfants comme


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nous n’oserions jamais le faire en présence de notre pasteur ou d’un autre membre de notre église. Les couples qui s’attachent à Dieu rendent sa présence plus réelle et palpable dans le foyer. J’ai toujours aimé regarder des films, mais ce n’est Au travers de notre conjoint, pas toujours un divertissement « inoffensif ». Dans ce Dieu se révèle à nous sous une domaine, Lisa me sert de forme humaine. conscience. Je n’en suis pas particulièrement fier, mais je devine que mes critères de choix de films seraient un peu moins stricts si je savais que Lisa ne les regardait pas avec moi. Même après quinze années de mariage, regarder un film avec elle, c’est un peu comme le regarder avec Dieu. Je peux entendre Lisa penser : « Quoi ? Tu as loué ça ? » Au début du xxe siècle, le théologien luthérien Dietrich Bonhoeffer a troublé le monde théologique en plaidant pour le rétablissement de la confession chez les protestants. Non parce qu’il croyait que la confession à un humain était nécessaire pour obtenir le pardon divin, mais parce que la confession avait un but concret : elle rendait nos péchés plus réels à nos yeux. Si cela ne vous paraît pas évident, posez-vous la question suivante : pourquoi est-il tellement plus facile de confesser nos péchés à Dieu plutôt qu’à notre pasteur ? Pourquoi éprouvons-nous plus de honte à dévoiler nos faiblesses devant une personne que devant le Dieu trois fois saint ? Serait-ce parce que Dieu est si peu présent dans nos vies ? Si nous comprenions et chérissions réellement la beauté et la sainteté de Dieu, nous tremblerions davantage en nous approchant de lui. Mais son invisibilité crée régulièrement une zone tampon qui amortit l’impact de sa présence. Au travers de notre conjoint, Dieu se révèle à nous sous une forme humaine. Une personne de chair et de sang est assise à mes côtés et réagit à la vue de ce qui devrait me faire réagir, et la dureté de mon cœur est mise en lumière par la douceur du sien.


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Évidemment, ce processus opère dans les deux sens. J’essaie parfois d’aider Lisa à comprendre comment elle est perçue lorsqu’elle est fatiguée et qu’elle crie sur les enfants. Quand elle voit la réaction sur mon visage, elle sait qu’elle a laissé le péché des enfants la pousser elle-même à pécher. Nous pouvons nous aider mutuellement à prendre conscience de la présence de Dieu. Pour cela, nous devons nous exhorter l’un l’autre à grandir dans la sainteté. Mais soyons extrêmement prudents ! C’est la présence de Dieu que nous souhaitons inviter dans la vie de l’autre, et non notre propre jugement. Nous inciter mutuellement à diriger nos attentions vers la présence de Dieu, c’est sans conteste une discipline spirituelle fondamentale pour les conjoints. Un mariage où règne le discernement spirituel devient un outil de sanctification. Lorsque nous regardons notre conjoint, nous sommes conscients de la présence et de l’image de Dieu à nos côtés. Et dans la présence de Dieu, nous désirons ardemment grandir en sainteté. « Recherchez la paix avec tous et la sanctification sans laquelle personne ne verra le Seigneur » (Hébreux 12 : 14 – Italique ajouté). Cette coopération en vue de la sanctification n’est pas une discipline facile. J’ai naturellement tendance à dissimuler mes erreurs plutôt que de travailler à leur transformation. Chaque jour je choisis soit de dépenser mon énergie à couvrir mes fautes et à tenter de donner de moi une image flatteuse, soit de me repentir et de coopérer avec Dieu pour avancer davantage en sainteté. Vivre aux côtés d’une femme créée à l’image de Dieu sera une réelle invitation à être honnête et à progresser dans la sanctification, à condition que je permette à mon mariage de me rappeler la présence de Dieu et ses droits sur ma vie.

Créés à l’image de Dieu Sur les hauteurs de Fredricksburg, aux États-Unis, en contemplant le théâtre d’une terrible bataille de la guerre civile en 1862, je ne pouvais m’empêcher de murmurer : « Quel gros gâchis ! » À cet endroit, les troupes nordistes avaient tenté


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de prendre d’assaut une muraille impénétrable afin de s’emparer de la ville. Pour les sudistes, ce n’avait été qu’un simple exercice de tir. La première vague d’assaut nordiste s’était fait massacrer. Le général Burnside avait ordonné une seconde offensive. Les sudistes avaient applaudi leur bravoure et attendu que les soldats soient en formation, avant de les abattre jusqu’au dernier. Burnside avait encore ordonné une troisième offensive. Chaque homme qui tombait était un fils, un mari, un oncle, un père ou un frère. Chaque vie perdue allait profondément affecter la vie d’au moins une autre personne. Et toutes ces vies étaient gaspillées en pure perte. Peu de chose m’irrite autant qu’une vie gâchée. J’apprends ici que des lycéens roulaient trop vite et se sont tués au volant ; ils avaient tous moins de dix-huit ans. Ailleurs, des étudiants ont succombé à un coma éthylique lors d’une beuverie ; ils n’avaient pas encore vingt et un ans. Chaque fois qu’une mort aurait pu être évitée, je ressens un profond sentiment de tristesse. Cela s’explique peut-être en partie par mes convictions théologiques. Je crois en effet que nous sommes des êtres créés à l’image de Dieu, et que nous avons la responsabilité de créer à notre tour. Que ce soit en montant une société, en construisant une maison, en fondant une famille, en écrivant un livre, en contribuant à la vie (par l’éducation ou par la science). Quoi que nous choisissions de faire, nous devons utiliser notre vie de manière productive sans la gaspiller. Le mariage nous engage dans cette démarche de création. Une chose est claire : en dehors des liens du mariage, il n’existe pas de moyen saint d’avoir des enfants et de contribuer à la création d’une nouvelle vie. Le profond mystère, la grandeur et l’incroyable beauté d’une naissance transcendent tout simplement l’existence. Quand notre premier bébé, tout nu et taché de sang, a été déposé dans les bras de ma femme, j’ai été submergé par une émotion jamais éprouvée jusque-là. En l’espace d’une nuit, j’ai complètement abandonné toutes mes convictions de pacifiste. Je n’ai pas pris le temps de repenser


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mes positions intellectuelles pour savoir si un chrétien pouvait ou non s’engager dans une guerre, mais je savais désormais, au plus profond de moi, que je ferais tout ce qui est en mon pouvoir pour protéger cet enfant et la femme qui l’avait porté. Créer une famille, c’est ce qui nous rapproche le plus du partage de l’image de Dieu. En voyant un bébé, en partie créé à notre image, nous nous rappelons à quel point nous avons nous aussi été créés à l’image de Dieu. Je suis depuis toujours un grand « farceur » avec les enfants. J’aime m’amuser avec eux et leur jouer des tours. Mon fils a maintenant neuf Si nous ne nourrissons pas ce sens divin de la créativité, nous ans et il agit exactement de la même manière quand il développerons un sentiment se retrouve avec des enfants de vide dans notre vie et en plus jeunes que lui. Et je suis jetterons la responsabilité, à étonné de constater que, tort, sur notre mariage. quand je passe par un renouveau de ma foi, mon fils éprouve à son tour une soif renouvelée pour Dieu. Que mes actions aient désormais une telle influence sur trois jeunes vies, cela me donne à réfléchir sérieusement. Ce genre de création exige toutefois bien des efforts. Je me trouvais un jour dans une famille où les enfants étaient incroyablement bien élevés. Après qu’une des filles, adolescente, eut fait preuve d’une politesse exceptionnelle, je me suis tourné vers ses parents : « Rassure-moi, ils saignent bien quand même si on les pique, ces enfants ? » Mais le lendemain, au petit-déjeuner, le papa m’avoua avoir passé la veille plus d’une heure et demie à discuter d’un problème compliqué avec sa fille, peu après mon départ. Il entretenait aussi de longues conversations quotidiennement avec son fils. Il y avait toujours un sujet ou un autre qui avait besoin d’être discuté. J’étais abasourdi de constater combien d’efforts, de temps et d’attention cet homme de Dieu était prêt à investir délibérément dans sa famille. Il y était bien plus engagé que moi. Il sacrifiait d’immenses portions de sa propre vie pour engager tous ses efforts dans la création d’autres vies. Et j’ai réalisé que


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construire ensemble une famille n’est pas un hobby dans lequel nous pouvons occasionnellement nous engager : c’est un travail qui demande énormément d’énergie, de concentration et de don de soi. Quand cette dimension de la création est perdue, le mariage perd aussi une partie de sa transcendance spirituelle. Pour souligner les conséquences de cette perte sur la signification de l’existence, Dan Allender et Tremper Longman ont raconté l’histoire d’un certain Jack : [Jack] refusait de penser à ce qu’il aurait pu devenir s’il avait laissé Dieu transformer son cœur plus en profondeur. Ce refus de Jack de voir en sa propre âme le terrain privilégié de la création le privait de toute capacité de rêve lorsqu’il pensait à sa femme et ses enfants. Tout comme pour luimême, il avait perdu la vision de ce qu’ils étaient et de ce qu’ils étaient censés devenir. La dure réalité était que Jack les aimait, mais qu’il n’avait aucun rêve d’avenir pour leurs vies. Il était créateur sur son lieu de travail, mais pas dans sa famille. De ce fait, sa famille était abandonnée à un certain chaos, errant sans but, déambulant avec lassitude, dans la sombre solitude du statu quo10.

Si nous ne nourrissons pas ce sens divin de la créativité, nous développerons un sentiment de vide dans notre vie et en jetterons la responsabilité, à tort, sur notre mariage. Ce vide n’émane pas de notre mariage, mais plutôt de notre manque d’implication dans notre mariage. Nous ne mettons pas cette puissante relation à profit pour créer. Nous avons été créés pour adorer. Si nous ne progressons pas dans notre adoration de Dieu, nous irons adorer quelqu’un ou quelque chose d’autre : le pouvoir, l’argent, le succès, le sport, etc. De la même manière, si nous ne créons rien au sein de notre mariage, si notre âme ne trouve pas sa satisfaction en faisant ce pour quoi elle a été créée, nous sombrerons rapidement dans l’insatisfaction. Avoir une promotion, cela ne satisfera pas notre âme. En tout cas, pas pour bien longtemps. Ne pas rater un épisode de la dernière série télévisée ne sera


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pas non plus une source de satisfaction non plus pour notre âme. Avez-vous déjà remarqué à quel point notre société se nourrit de la création des autres ? Voyez le nombre de programmes télévisés diffusant les cérémonies de remise de prix : oscars, césars, grammy awards, palmes d’or, golden globes, etc. Nos contemporains vivent par procuration au travers des réalisations et de la reconnaissance témoignée aux autres. Vous avez été fait par Dieu pour créer. Si vous ne créez pas d’une manière réfléchie et dans une attitude d’adoration, que ce soit en faisant la cuisine, en décorant la maison, en poursuivant votre vocation, ou en élevant intentionnellement vos enfants, vous n’aurez jamais le sentiment d’être un être humain au sens plein du terme. Si votre vie est vécue comme une succession de cul-de-sac, de boulots tristes suivis de soirées passées à regarder la télé, de week-ends pendant lesquels vous cherchez à « tuer le temps », vous aurez l’impression de vivre l’enfer sur la terre et c’est exactement ce que vous vivrez. Une telle vie est une vie gâchée, dépourvue de l’énergie créatrice de Dieu. Dans toute l’histoire de l’humanité, jamais un mariage n’a pu remplir une âme vidée de son sens à cause d’un style de vie non créatif. Le mariage nous appelle à créer, de façon multiple et variée, jour après jour. Ma femme organise d’incroyables fêtes pour nos enfants. Pour la Saint Valentin de ma fille cadette, elle a récemment dressé une table à faire pâlir tous les magazines de décoration intérieure. Vous avez été fait Nous devons saisir ces occasions et nous y engager sans par Dieu pour créer. réserve. Nous serons parfois surpris par la satisfaction profonde que ces moments de création nous procurent. L’objectif de ces actes de création doit néanmoins être clair : nous souhaitons glorifier Dieu. « Créer » des enfants qui deviennent aussi superficiels que nous, cela n’a rien à voir avec la création d’enfants qui s’enracinent dans le Seigneur et vivent pour le servir. Mettre sur pied une entreprise afin d’honorer


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Dieu, cela n’a rien à voir avec l’idée d’ériger un monument à la gloire de notre réussite. L’hospitalité qui a pour but égoïste d’impressionner et de soutirer la reconnaissance, cela n’a rien en commun avec le service sincère. Mais un homme et une femme qui se consacrent à leur croissance mutuelle en Christ, qui élèvent des enfants dans la connaissance et le respect du Seigneur, qui s’engagent Notre attitude laxiste, au sein dans un travail soutenant de nos mariages, devient une l’œuvre de Dieu sur la terre entrave au développement de par des relations harmonotre spiritualité. nieuses et une bonne gestion du temps et de l’argent, ces chrétiens-là participent à une œuvre de création. Et cette créativité procure à une âme spirituellement saine une joie incomparable, une raison d’être et un épanouissement. Dieu nous a donné la possibilité et le privilège de nous engager avec notre famille dans une sorte de « poursuite glorieuse »11 : nous pouvons devenir participants de la nature divine (voir 2 Pierre 1 : 4), et refléter l’image même de JésusChrist. Quand nous emmenons notre famille avec fougue (et avec grâce) vers cette poursuite de la sanctification, nous commençons à refléter la gloire de Dieu. Le mariage crée clairement un contexte favorable à la création. C’est un devoir et une discipline spirituels de la plus haute importance.

Un mariage, une raison d’être Le mariage n’est pas un frein à la recherche de Dieu et au bonheur de vivre dans sa présence. Bien au contraire ! Mais notre attitude laxiste, au sein de nos mariages, devient une entrave au développement de notre spiritualité : bien souvent, nous cessons de communiquer comme nous le devrions ; nous ne tenons pas compte de la soif de divin de notre âme et essayons de la soulager en lui offrant des relations purement humaines ; nous ne distinguons plus dans notre conjoint


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l’image de Dieu et engageons nos vies dans le mensonge ; nous démissionnons de notre rôle de conjoint et ne trouvons pas de plaisir dans la capacité de création inhérent à l’idée du mariage. Ce sont bien ces conséquences de notre attitude laxiste qui finissent par nous éloigner de Dieu. De bien des manières, le mariage est une pente dangereusement glissante. Si nous ne sommes pas vigilants, nous tomberons à la renverse. C’est par notre nonchalance que nous laisserons notre sensibilité spirituelle s’émousser. En revanche, si nous nous engageons dans le mariage de manière réfléchie et délibérée, avec un cœur entier pour Dieu, cette union nous façonnera comme peu d’autres expériences pourraient le faire. Et nous serons introduits dans la présence même de Dieu.


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CHAPITRE 13

La mission sacrée Le mariage au service de notre appel Depuis bien longtemps, le christianisme nous rappelle cette vérité : le mariage ne se suffit pas à lui-même, car tout amour qui ne sert pas la vie est destiné à mourir. — EVELYN ET JAMES WHITEHEAD

— Está Lisa ? En guise de réponse, j’eus droit à un flot d’espagnol auquel je ne compris rien du tout : — Está Lisa ? répétais-je, dans l’espoir que la Mexicaine au bout du fil saisirait l’allusion et me passerait ma petite amie. Finalement, Lisa prit le combiné, mais notre conversation fut tout sauf réjouissante. C’était l’été précédant nos fiançailles et Lisa était partie en mission à Mexico. Au fil de cet été, ses lettres étaient devenues de plus en plus impersonnelles ; elle parlait de moins en moins d’elle-même et de ce qu’elle ressentait, et de plus en plus des choses qu’elle faisait et, en


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particulier, du jeune collègue musclé avec qui elle passait beaucoup de son temps. J’avais été alarmé par l’absence quasi totale, dans ses dernières lettres, de quoi que ce soit concernant notre couple, ou du fait que je lui manquais. Et puis un jour, Lisa m’écrivit, et sa désinvolture ajouta à la douleur : elle envisageait de prolonger son séjour à une année entière. Si je me souviens bien, le fameux collègue réfléchissait, lui aussi, à cette possibilité. Jusque-là, je n’avais jamais téléphoné à Lisa. Les appels internationaux coûtaient horriblement chers pour l’étudiant fauché que j’étais. Et les courriels étaient encore de la sciencefiction pour la majorité des gens. Je ne me souviens plus du début de notre conversation mais, en plein milieu, il y eut un long silence, d’au moins une minute. J’y mis finalement fin en faisant un commentaire pas très sympa (et pas très malin non plus) : « As-tu la moindre idée de ce que ce silence vient de me coûter ? » Notre combat pour tenter d’être ensemble et de servir le Seigneur par la même occasion avait débuté bien avant nos fiançailles. Bien sûr, je voulais que Lisa serve le Seigneur, mais à condition que ce soit avec moi. À l’époque, je n’étais L’un des grands défis du ouvert à aucune autre opmariage est de parvenir à tion.

préserver la vision de notre mission individuelle tout en vivant une relation de collaboration.

J’aurais pu apprendre quelques leçons de mon héros d’alors. Le pasteur allemand Dietrich Bonhoeffer était fiancé alors qu’il était incarcéré à la prison de Tegel à cause de sa participation à un complot visant à renverser Hitler. Tout fraîchement engagé dans une relation amoureuse qu’il savait partagée, Bonhoeffer a certainement dû être tenté d’abandonner cette mission lourde de conséquences qui était d’arrêter Hitler à tout prix. S’il renonçait, il pouvait espérer une vie facile et heureuse, épouser Maria et devenir professeur au séminaire. Pourtant,


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il échangea volontairement cette vision d’une existence facile contre l’incertitude d’un engagement révolutionnaire. Du fond de sa cellule, Bonhoeffer se posa de nombreuses questions difficiles mais fondamentales. Dans un poème rédigé alors qu’il était emprisonné, il se demandait : « Qui suisje ? » Il avait remarqué qu’il était souvent apprécié pour son côté amical, agréable et enjoué. Pourtant, en son for intérieur, il avait l’impression d’être quelqu’un d’autre. Au plus fort de cette crise spirituelle, il entreprit de se poser plusieurs questions essentielles : Qui suis-je ? Celui-ci, ou celui-là ? Suis-je quelqu’un aujourd’hui, et un autre demain ? Suis-je les deux à la fois ? Un hypocrite pour les autres, et une méprisable poule mouillée pour moi ? Qui suis-je ? Toutes mes nombreuses questions se moquent de moi. Peu importe qui je suis, tu le sais, ô Dieu, je suis à toi1.

Relisez cette dernière ligne : « Peu importe qui je suis, tu le sais, ô Dieu, je suis à toi ». La plupart d’entre nous aspirent à l’intimité du mariage ; mais comment entrer dans cette union sans sacrifier ce que nous pensons être notre mission personnelle devant Dieu ? Comment pouvons-nous promettre à notre conjoint d’être d’une fidélité absolue et de continuer à « tomber dans sa direction » alors que nous avons déjà promis que nous serons d’une disponibilité totale pour le service de Dieu ? Ce n’est pas chose aisée que de maintenir l’équilibre entre les exigences d’une relation humaine intense et celles d’un engagement spirituel fondamental et universel. L’un des grands défis du mariage est de parvenir à préserver la vision de notre mission individuelle tout en vivant une relation de collaboration. Peu d’écrits ont traité ce sujet dans le passé simplement parce que la plupart des anciens textes chrétiens supposaient que les croyants « vraiment » sérieux dans leur foi demeu-


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reraient célibataires. J’en ai toutefois découvert un, rédigé par François de Sales (1567-1622). Il a abordé ce sujet d’une manière très honnête. Il avait étudié le droit et la théologie, et avait développé une sorte de ministère de conseiller spirituel épistolaire s’apparentant quelque peu à un « courrier du cœur » du xviie siècle. Ses nombreux conseils aux chrétiens engagés vivant « dans le monde » sont tellement pratiques, utiles et pleins de bon sens que je leur consacre une bonne portion de ce chapitre.

Lettres aux gens du monde Une femme mariée lui dit un jour qu’elle constatait l’existence d’un conflit entre son dévouement conjugal et son engagement spirituel. François de Sales balaya ces tracas d’un revers de la main, et l’encouragea en ces termes : « Soyons ce que nous sommes, et soyons-le bien ». En d’autres termes, si nous sommes mariés, nous sommes mariés, et nous ne devrions pas vivre comme si nous ne l’étions pas. Il précisa également qu’ainsi, nous « honorons le maître dont nous sommes l’œuvre2 ». Accepter ce genre de conseil suppose que nous ne répétions pas l’erreur de John Wesley qui, une fois marié, avait refusé d’ajuster sa vie en conséquence. Wesley avait juré qu’il ne permettrait pas au fait d’être marié de ralentir son rythme d’un seul sermon. Une telle vision des choses est irréaliste, et assurément injuste envers notre conjoint. Le mariage s’accompagne de nouvelles obligations, dont certaines peuvent être particulièrement difficiles à assumer pour les natures ambitieuses. Il m’arrive de devoir sacrifier mes ambitions de réussite dans mon service pour Dieu afin de pouvoir m’impliquer pleinement dans la vie de ma femme et celle de mes enfants. Ces tensions devraient certainement nous amener à nous poser cette question : « Si je néglige une fille (ou un fils) de Dieu afin d’accomplir l’œuvre de Dieu, est-ce que j’honore encore Dieu ? » Les hommes sont tout particulièrement tentés de laisser l’ambition prendre le pas sur le dévouement conjugal, allant


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parfois jusqu’à utiliser un langage spirituel pour justifier leur négligence vis-à-vis de leur épouse ; mais François de Sales met en garde contre un engagement spirituel « mal Dieu n’est pas servi comme il se cadré ». Quand nous nous doit si ceux qui nous entourent marions, nous promettons sont rebutés par notre à notre conjoint d’investir recherche égoïste de piété. une quantité considérable d’énergie, de volonté et de temps dans l’édification et l’entretien de notre relation. S’engager dans le mariage pour continuer de vivre comme un célibataire relève de malhonnêteté spirituelle. Une autre femme avait fait part à François de Sales de son combat intérieur : elle désirait ardemment devenir religieuse, mais se sentait entravée par le joug de son mariage. Il lui prodigua ce conseil : « Dieu n’évalue pas ses serviteurs en fonction de l’honneur lié aux tâches qu’ils accomplissent », mais en fonction de la fidélité avec laquelle ils les accomplissent. Qu’une femme soit à la tête d’un établissement hospitalier, ou qu’elle s’occupe uniquement de ses enfants à la maison, cela n’a pas d’importance aux yeux de Dieu, pourvu qu’elle soit fidèle à l’appel qu’elle a reçu. Une autre femme encore lui confiait ses difficultés à concilier mariage et foi ; François de Sales lui répondit ceci : « Les moyens de parvenir à la perfection varient en fonction des vocations : les religieux, les veufs, et les gens mariés doivent tous rechercher cette perfection, mais pas tous par les mêmes moyens ». Il l’encouragea en lui proposant plusieurs exercices spirituels mais la mit aussi en garde : « Veillez particulièrement à ce que votre mari, vos domestiques et les membres de votre famille ne pâtissent pas des trop longs moments que vous passez à l’église ou dans la solitude pour prier, ou de ce que vous négligez de prendre soin de votre foyer. […] Vous devez non seulement être attachée à Dieu et chérir cette piété, mais aussi faire en sorte qu’elle soit bien vécue par chacun3 ». Dieu n’est pas servi comme il se doit si ceux qui nous entourent sont rebutés par notre recherche égoïste de piété :


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« Nous devons parfois quitter notre Seigneur, affirmait François de Sales, afin de plaire aux autres par amour pour lui ». J’ai rencontré des femmes mariées à des incroyants qui étaient frustrées de ne pas pouvoir participer à la vie de l’église autant qu’elles le souhaitaient. François de Sales les aurait exhortées à vivre avec cette frustration, estimant que la piété authentique ne doit pas permettre à nos devoirs spirituels d’éclipser nos responsabilités conjugales. Pour ma part, l’un des grands défis du mariage est illustré par la liste quasi interminable des tâches qui l’accompagnent. Je voudrais connaître la paix et la sérénité, me concentrer sur la présence de Dieu et me consacrer à l’adoration. Mais la pelouse a besoin d’être tondue, les poubelles débordent, les enfants veulent passer du temps seuls avec moi, la lessive doit être faite, il faut préparer le repas, réparer la voiture, etc. À une femme confrontée au même problème, François de Sales répondit avec douceur, sans la condamner : « Je me souviens que vous m’avez raLa patience ne peut naître conté à quel point le nombre de vos tâches vous pesait », que dans le creuset de la écrivit-il. Puis, au lieu de la frustration. réprimander, il l’encouragea : « Cela vous donne une bonne opportunité d’acquérir de vraies et solides vertus ». À l’en croire, la multiplicité des soucis nourrit notre croissance spirituelle plutôt qu’elle ne la sape, pour autant que nous les abordions en étant constamment prêts à mourir à nous-mêmes et à renaître à notre croissance intérieure : « La multiplicité des affaires est un calvaire permanent car, à l’instar des mouches qui agacent et irritent davantage le voyageur que ne le fait le voyage en lui-même, la diversité et la multitude des affaires causent plus de peine que le poids de ces affaires lui-même ». Il basait sa réflexion sur cette merveilleuse hypothèse, absente de notre manière de penser aujourd’hui : plus la difficulté est grande, plus nous réaliserons que le bénéfice spiri-


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tuel est important, car notre caractère peut être forgé. Quand nous sommes confrontés à tant de responsabilités, il est bien naturel que notre âme soupire après un peu de répit. Mais François de Sales nous exhorte à tirer un profit maximum de ces choses en suppliant Dieu de nous accorder patience, Le mariage limite la vertu et croissance dans la quantité de ce que nous ressemblance à Christ.

pouvons accomplir, mais il

C’est là que réside la clé augmente notre potentiel de du problème : la patience transformation intérieure. ne peut naître que dans le creuset de la frustration. Le mariage et la multitude des tâches qui l’accompagnent deviennent donc l’une des meilleures écoles de patience qui soient. François de Sales nous encourage instamment à « nous engager à reprendre le chemin de la patience, aussi souvent que nécessaire, tout au long de la journée, chaque fois que nous avons tendance à nous en écarter ». Il encouragea cette même dame à persévérer dans la pratique de ce qu’on appelait autrefois la « mortification », en « ne manquant aucune occasion, aussi petite soit-elle, de s’exercer à user de bonté envers chacun ». La pratique de cette vertu de la bonté se révèle particulièrement difficile à vivre (François de Sales lui avoua qu’elle n’y parviendrait qu’avec l’aide de Dieu). Agir comme il le faut est une chose, agir comme il le faut avec la bonne attitude en est vraiment une autre. Le mariage met notre caractère et nos motivations à l’épreuve. Comme l’explique encore François de Sales : « J’ai parlé de “zèle empreint de douceur”, car le zèle empreint de violence nuit à la fois à notre cœur et à la réalisation de nos projets ; ce n’est d’ailleurs plus du zèle, mais de la précipitation et de la douleur ». Il s’appuyait sur la conviction que le fait de devenir quelqu’un de plus mûr honore autant Dieu que le fait d’agir comme il le faut. Le mariage limite la quantité de ce que nous pouvons accomplir, mais il augmente notre potentiel de transformation intérieure. Si un homme ou une femme se concentre sur sa croissance spirituelle plutôt que sur la réus-


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site et la réalisation de nombreux projets, il ou elle découvrira que la relation au sein du mariage procure un environnement propice à la réalisation de notre mission personnelle devant Dieu. Conscient que l’existence de nombreux soucis peut devenir pesante, François de Sales encouragea cette mère à persévérer en gardant les yeux rivés sur l’éternité : Nous serons bientôt dans l’éternité, et nous découvrirons alors combien les affaires de ce monde avaient bien peu d’importance, et à quel point était insignifiant le fait qu’elles se passent bien ou pas. […] Petits, avec quel enthousiasme nous assemblions de petits bouts de bois, de terre et de tuiles pour fabriquer de petites maisons ! Et si quelqu’un venait à les détruire, nous étions dévastés ; mais nous savons à présent que rien de tout cela n’était bien grave. Un jour, il en sera de même au ciel, où nous découvrirons que nos soucis dans ce monde n’étaient en fait que jeux d’enfants.

Cela ne signifie pas pour autant, s’empressa d’ajouter François de Sales, que « les choses de ce monde » soient absolument dénuées de valeur : Je ne veux toutefois pas minimiser l’attention que nous devons porter à ces futilités, car Dieu nous les a confiées afin que nous nous exercions sur cette terre ; par contre, j’aimerais minimiser la passion et l’anxiété que nous associons à cette attention4.

Une autre fois, François de Sales s’adressa à une femme enceinte, extrêmement découragée par le poids de la tristesse qui envahissait son âme. Il la réconforta : Un corps fragile, alourdi par le fardeau de la maternité, fatigué de devoir porter un enfant et gêné par de nombreuses douleurs, ne permet pas au cœur d’être aussi enjoué, actif et prompt à réagir qu’à l’accoutumée, mais cela ne nuit en rien à l’état réel de votre âme5.

Il l’exhorta avec tendresse : « Ma chère enfant, nous ne devons pas être injustes en exigeant de nous-mêmes quelque


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chose que nous ne sommes pas en mesure de donner. […] Soyez patiente envers vous-même ». Les préoccupations conjugales suscitent naturellement plus de fluctuations émotionnelles que le célibat. Cela me rappelle un dimanche matin en particulier. Je devais prêcher quatre fois de suite ce matin-là. Deux de mes enfants décidèrent de déclencher la Troisième Guerre mondiale dans la cuisine. Lisa était en train Notre mission n’inclut pas de se préparer pour partir à l’église, et il fallait que je seulement ce que nous faisons, discipline les enfants. J’étais mais ce que nous devenons. tellement énervé que j’ai craqué : « C’est vraiment génial ! Ai-je eu envie de crier. Comment suis-je censé prêcher en vivant dans un tel bazar tous les jours ? » Ce matin-là, je me suis traîné jusqu’à l’église, émotionnellement très abattu. J’ai simplement demandé à plusieurs personnes de prier pour moi, en leur expliquant la situation. J’aurais bien sûr souhaité que les choses se passent différemment, mais lorsque j’y repense, je me rends compte que cette expérience était probablement profitable à long terme (pour forger mon caractère), même si elle n’avait pas été le meilleur échauffement possible pour ma « performance » de ce dimanche matin-là. François de Sales m’interpelle constamment. Il sait voir en chaque difficulté de la vie une opportunité de progresser spirituellement. Quand une femme, dont le mari luttait contre la maladie, lui écrivit, il répondit à sa détresse : En vérité, si la charité le permet, je m’empresserais volontiers d’aimer les maux de votre cher mari parce que je pense qu’ils vous seront utiles. […] Bien souvent, le monde qualifie de bon ce qui est mauvais et, plus fréquemment encore, de mauvais ce qui est bon !

Ces quelques lettres laissent deviner qu’il considérait que le mariage ne compromettait en rien notre mission envers Dieu. Au contraire, si nous nous y engageons, le mariage de-


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vient un élément essentiel de notre mission ; pas notre unique mission, certes. C’est l’avant-poste à partir duquel nous lançons notre action. Notre mission n’inclut pas seulement ce que nous faisons, mais ce que nous devenons. Le christianisme est l’une des rares religions qui établisse un lien entre réalité intérieure et obéissance extérieure. Nous ne pouvons pas nous concentrer uniquement sur une adhésion extérieure, répétant en cela l’erreur spirituelle fatale des pharisiens. Par contre, une piété intérieure qui ne montre aucun intérêt pour le service dans et pour le monde est une erreur tout aussi sérieuse. Notre mariage sera rendu plus fort en se tournant aussi vers l’extérieur.

Tourné vers l’extérieur Un mariage spirituellement vivant sera toujours l’union de deux individus poursuivant une vision commune extérieure à eux-mêmes. L’Histoire en a conservé plusieurs exemples. J’ai été très touché en lisant les lettres du comte Helmuth James von Moltke, un autre héros allemand qui, comme Dietrich Bonhoeffer, avait conspiré contre le régime nazi. La passion d’Helmuth von Moltke pour sa femme était évidente à la lecture de ses courriers. En voici un extrait : Tu n’es pas un des agents de Dieu qui a fait de moi ce que je suis ; non, tu es moi-même. Tu es mon treizième chapitre de la première épître aux Corinthiens. […] Ce n’est que par notre union, toi avec moi, que nous formons un être humain complet. Nous sommes […] une seule et même pensée créative.

Mais la vie d’Helmuth von Moltke était tout autant dévouée à sa participation à l’œuvre de Dieu sur terre qu’à son profond amour pour sa femme. Quelques heures avant d’être exécuté, il rédigea un autre courrier passionné à son épouse. Avant de le lire, posez-vous cette question : « Qu’écrirais-je à ma femme si je savais que cette lettre était la dernière ? »


La mission sacrée  d 289 Ma chérie, ma vie tire à sa fin, et je peux sincèrement dire en parlant de moi : « Il est mort comblé d’années et d’expériences ». Cela ne veut pas dire que je ne souhaiterais pas vivre plus longtemps, et parcourir plus longtemps les sentiers de la vie sur cette terre à tes côtés. Mais pour cela, il me faudrait recevoir de Dieu une nouvelle mission, puisque celle pour laquelle il m’a créé est désormais accomplie6.

Malgré son mariage si passionné, si riche et si gratifiant, Helmuth von Moltke affirmait que pour poursuivre sa vie sur la terre, il avait besoin que Dieu lui adresse une nouvelle mission. Quelle déclaration remarquable dans la bouche d’un homme qui serait pendu quelques heures plus tard ! Il avait cherché une raison d’être à sa vie en dehors des frontières de son mariage, ce qui contribua en soi à donner davantage de sens Un mariage spirituellement encore à sa relation avec son vivant sera toujours l’union de épouse.

deux individus poursuivant

Dans ce livre, j’ai déjà une vision commune extérieure parlé de l’importance du à eux-mêmes. « nous » par rapport au « je » dans le mariage. Ce « nous » ne s’obtient pas par la dissolution de l’un des partenaires dans l’autre. L’apôtre Paul a clairement affirmé que chacun de nous possède des dons particuliers et a un rôle bien déterminé à jouer dans le royaume de Dieu (voir Romains 12 : 4-8 ; 1 Corinthiens 12 : 1-11). Nous devons tous nous engager passionnément et fidèlement dans notre propre service. Un mariage mature regarde plus loin qu’à lui-même. Il abandonne non seulement la tyrannie des désirs individuels, mais aussi celle du confort du couple. Ce processus conduit le couple d’un « nous sommes » à un « nous avons à cœur ». Une telle transition s’installe progressivement. La vie sexuelle et les loisirs d’un couple sont radicalement transformés dès l’arrivée du premier enfant. Le simple fait de se préparer pour aller à l’église devient une expérience épuisante, lorsqu’il faut rapidement changer la couche du bébé et préparer son sac à


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langer. Ce petit être exigeant met à rude épreuve l’égoïsme de l’amour juvénile et de l’ivresse des débuts de la relation. Lorsqu’ils commencent à élever leurs enfants, les couples apprennent progressivement la valeur du service. Les activités extra-familiales sont limitées. Une fois les enfants indépendants et autonomes, le couple devrait continuer à alimenter son esprit de service. Libérés des exigences liées à l’éducation de jeunes enfants, l’homme et la femme peuvent s’appliquer à élargir leurs horizons. J’ai vu mes propres parents passer par ce processus. À soixante-dix ans, mon père termine sa dixième année de « retraite », mais cette liberté par rapport au travail n’est en fait qu’une réorientation dans le service. Même lorsqu’ils sont en vacances, mes parents demeurent des serviteurs. Un jour, alors que nous leur rendions visite dans un camping, ils nous ont raconté avoir passé deux heures et demie, la veille, à consoler un homme qui venait de perdre sa femme. Ils ne l’avaient jamais rencontré auparavant, mais il avait trouvé auprès d’eux une oreille charitable. Ils avaient annulé leur participation à l’animation musicale du camping afin de pouvoir soulager la solitude d’un homme accablé. Peu de temps après, un jeune homme et sa famille s’installèrent dans le camping. Ce jeune homme, récemment sorti d’un établissement psychiatrique, se dirigea presque immédiatement vers mes parents, et ne tarda pas à les appeler familièrement « grand-père » et « grand-mère ». Pour certains, la retraite est synonyme de solitude ; mes parents, eux, se sont précipités tête baissée pour faire de ces années les années les plus gratifiantes et les plus remplies de leur vie. Alors qu’il aurait été compréhensible qu’ils se reposent et en profitent pour prendre des vacances ou faire une croisière, ils ont trouvé leur épanouissement et une raison d’être à leur vie dans un service incessant. Et comme l’a souvent fait remarquer mon père : « Je me demande comment j’ai fait pour trouver du temps pour travailler ! »


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Sans cette implication et cet engagement dans le service, le mariage ne tarde pas à devenir un lieu bien solitaire. Un mariage égoïste est un mariage creux. Nous avons été créés pour servir Dieu ; aucune affection humaine ne peut étancher cette soif très longtemps.

Deux visions, une vie L’ambition peut se révéler fatale. Au printemps 1996, Lou Kasischke rejoignit une expédition commerciale s’apprêtant à gravir l’Everest. Il allait être témoin de l’une des pires catastrophes de l’histoire de l’alpinisme, un désastre qui ferait la une des journaux dans le monde entier. Plusieurs personnes allaient périr sur le plus haut sommet du monde. Au cours de cette journée fatidique, de nombreux alpinistes avaient refusé de faire demi-tour, malgré l’heure bien trop avancée pour passer la nuit dehors à une telle altitude. Lou décida de rebrousser chemin, et cette décision lui sauva probablement la vie. Malgré son désir ardent d’atteindre le sommet, Lou Kasischke ne voulait pas risquer sa vie afin d’y arriver. Il explique pourquoi : Je ne pensais pas pouvoir atteindre le sommet et en revenir vivant. Dans le meilleur des cas, j’y aurais laissé des doigts et des orteils. Et puis aussi, […] je n’étais pas vraiment soumis aux mêmes pressions que les autres. Dans mon cas, ce n’était pas une question de vie ou de mort, ce n’était pas la chose la plus importante au monde et je ne m’attendais pas à ce que les journaux racontent mon histoire. Les médias, la fortune et la gloire, les records et d’autres trucs de ce genre, représentaient beaucoup pour certains membres de l’expédition. […] Ça m’intéressait aussi, je ne peux pas prétendre le contraire, mais […] mon ambition d’arriver en haut n’étouffait tout simplement pas le reste de mes pensées7.

Cette dernière phrase est très révélatrice : « Mon ambition n’étouffait tout simplement pas le reste de mes pensées ». J’ai


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vu des hommes et des femmes aveuglés par l’ambition, même par leur ambition religieuse : cette sorte d’ambition aveugle a réellement tendance à tout étouffer, y compris l’entourage. Ces gens ne se rendent pas compte du prix qu’ils font payer à leurs proches à cause de leur quête aveugle et obsessionnelle. Si leur conjoint ne s’adapte pas, on peut assister à une sorte de meurtre spirituel. Quelque chose meurt forcément : l’affection, la relation ou la vertu. Les pertes sont inévitables. Mélanger l’ambition et les relations humaines revient à mélanger le feu et la dynamite. L’explosion est inévitable. Si nous voulons apprendre à accomplir notre mission au sein du couple, nous devons apprendre à être plus altruistes et davantage unis l’un à l’autre. Nous devons garder à l’esprit que notre conjoint a, lui aussi, reçu un appel. Nous devons nous intéresser suffisamment à son appel pour comprendre ce qui le fait vibrer et avancer. Quand Lisa et moi, nous nous sommes mariés, nous poursuivions deux missions apparemment incompatibles. Je désirais plus que tout devenir écrivain. La plupart des écrivains professionnels mettent en garde les jeunes écrivains : « Vous voulez vraiment devenir écrivain ? Alors épousez une femme qui pourra subvenir à vos besoins financiers pendant une dizaine d’années ! » Lisa n’a jamais souhaité travailler à l’extérieur. Elle se dévouait entièrement à la mise en place d’un environnement familial propice au développement intellectuel, social et spirituel de nos enfants.

Ce que nous désirons est parfois susceptible de nous détruire.

Sachant cela, vous pouvez aisément imaginer le potentiel de tensions dans notre couple. Mon travail d’écrivain ne m’a pas permis de gagner un dixième de ce dont Lisa aurait eu besoin pour réaliser ses rêves. Être femme au foyer ne lui a pas permis de gagner l’argent dont j’aurais eu besoin pour m’amener rapidement à une carrière d’écrivain autonome.


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Je mentirais en prétendant que cette situation n’a pas suscité quelques discussions animées. Avec le recul, je réalise que ces « différences inconciliables » peuvent se révéler complémentaires, à condition qu’aucun des deux conjoints ne s’efforce de faire « plier » l’autre. En respectant l’appel que Dieu a adressé à chacun de nous, nous sommes parvenus à avancer, même si c’était plus lentement que nous ne l’aurions souhaité. Cependant, quand nous regardons en arrière, nous constatons que cette lenteur apparente nous a aidés à développer notre patience et notre altruisme, deux qualités spirituelles d’une valeur incomparable. Nous pensons souvent tout savoir mieux que personne : Seigneur, pourquoi ne permets-tu pas que les choses se passent comme je voudrais ? Mais nos hypothèses sont souvent fondamentalement erronées. Ce que nous désirons est parfois susceptible de nous détruire. Si nous fixons nos regards sur le sommet de l’Everest au point de ne pas pouvoir faire demitour tant qu’il est encore temps, nos propres désirs peuvent nous mener à la mort. Il y a plus de deux mille ans, un jeune gouverneur d’Espagne s’approcha d’une statue d’Alexandre le Grand et se lamenta ouvertement à ses pieds. Il venait d’avoir trente ans, et il était submergé de honte en comparant ses propres réalisations à celles du grand conquérant au même âge. Nous pourrions penser qu’avoir obtenu un poste de gouverneur d’Espagne à trente ans est déjà une réussite en soi, et pourtant ce jeune homme était anéanti. Moins de trente ans plus tard, ce gouverneur, qui se nommait Jules César, était devenu l’un des plus puissants dirigeants et chefs militaires de l’Histoire. Si puissant, en fait, que ses plus proches amis et conseillers projetaient de le mettre à mort. Ils estimaient extrêmement dangereux qu’autant de pouvoir se retrouve entre les mains d’un seul homme, aussi noble soit-il. En rêvant d’une telle gloire, César n’avait pas imaginé qu’elle conduirait ses plus proches amis à se retourner contre lui. Être attaqué et trahi par vos amis les plus chers, ceux à


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qui vous faites réellement confiance, doit faire partie des malheurs les plus terribles qui puissent vous arriver. L’ambition est souvent une aventure violente. Tout sacrifier pour réussir peut se retourner contre nous et nous anéantir, même si nous atteignons Ma fidélité est indispensable, notre objectif. Dieu a instauré le mariage peut-être mon service ne l’est pas. aussi pour nous permettre de tempérer et de réorienter nos rêves. Lorsque nous sommes obligés de faire des compromis, nous apprenons à distinguer ce qui est réellement important de ce qui ne l’est pas. Nous sommes appelés à revoir nos priorités et à prendre en compte l’opinion et les besoins de l’autre. Les devoirs inhérents au mariage nous rappellent que notre point de vue n’est pas le seul qui existe. Dieu construit une Église et chacun de ses membres est d’une importance capitale. L’œil, la main, le pied, la bouche, etc. : tous ont un rôle à jouer (voir 1 Corinthiens 12 : 14-31). Nous ne sommes qu’un rouage de la machine. Dieu pourrait aisément remplacer n’importe lequel d’entre nous. Pendant mes années de fac, j’avais été profondément affecté par la mort tragique de Keith Green, musicien chrétien talentueux qui savait tout particulièrement interpeller les adolescents. Pourquoi Dieu avait-il laissé partir un tel homme ? En fait, ni Dietrich Bonhoeffer, le grand écrivain et professeur allemand ni Blaise Pascal, le brillant philosophe et apologète chrétien, n’ont vécu jusqu’à l’âge de quarante ans. Jésus lui-même n’a pas passé quarante années sur cette terre. Cette réalité m’enseigne clairement que si ma fidélité est importante, mon service, lui, n’est pas indispensable. L’Église de Christ supporterait très bien que je n’écrive plus un seul livre ou que je ne prêche plus un seul message. Elle n’en souffrirait pas. J’aurais aimé pouvoir offrir à Lisa la maison de ses rêves, et je sais que, de son côté, elle aurait souhaité que je puisse devenir écrivain dès le début de notre mariage. Si nous avions


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l’option de tout recommencer à zéro, elle et moi sommes suffisamment faibles pour probablement choisir un chemin plus facile. Mais, dans le long terme, prendre ce raccourci n’aurait pas joué dans notre intérêt. Comme dans le cas de César, la réalisation de nos premières ambitions aurait pu nous détruire.

Par-delà le mariage L’importance du service au-delà du cercle restreint du mariage est une nécessité, puisque le mariage n’est pas éternel. Quand Dieu nous confie un partenaire, rien ne dit qu’il nous accompagnera jusqu’à la fin de nos jours. Nous l’espérons, bien sûr, mais il est extrêmement rare que les époux décèdent en même temps. Le mariage fait partie de ce monde, et ce monde passe. Nous quittons tous cette terre quand vient notre temps. Otto Piper écrit ceci : La perte d’un conjoint n’est pas simplement un triste événement naturel […]. C’est une intervention divine qui, en mettant fin à une union, permet au conjoint survivant de s’engager totalement au service de Dieu dans l’Église. […] Dès lors, chaque étape du développement de l’individu dépend à la fois de sa soumission à la loi divine et de l’exécution partielle du divin plan de rédemption8.

Quand le mariage est Acceptons deux missions placé dans le contexte du majeures : devenir la personne plan de rédemption de Dieu, nous restons mariés, pour que Dieu veut que nous soyons, autant que cela dépende de et accomplir l’œuvre que Dieu nous, afin d’illustrer l’ennous a confiée. gagement de Dieu vis-à-vis de son peuple. Lorsque le mariage prend fin par la volonté de Dieu, suite à un décès, notre but ultime ne change en rien. Nous sommes désormais « libres » de servir Dieu d’une manière plus active, en apportant aux autres la connaissance de son plan de salut.


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Quand le mariage devient notre recherche ultime, le plaisir que nous retirons de cette relation est entaché de crainte, de possessivité et d’égocentrisme. Nous avons été créés pour admirer, respecter et aimer quelqu’un dont le but dépasse notre petite personne, dont la raison d’être est centrée sur l’œuvre incessante de Dieu qui appelle ses créatures à revenir vers son cœur d’amour. Nous permettons à notre mariage de diriger nos regards par-delà le mariage, lorsque nous acceptons deux missions majeures : celle de devenir la personne que Dieu veut que nous soyons, et celle d’accomplir l’œuvre que Dieu nous a confiée. Si, au lieu de nous contenter d’accepter simplement ces deux missions, nous nous les approprions de tout cœur, notre vie sera comblée, riche, pleine de sens et réussie. Paradoxalement, nous aurons probablement aussi un mariage heureux, ce qui sera en quelque sorte le fruit d’une réorientation de nos priorités sur celles de Dieu.


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ÉPILOGUE

Le couple saint Par notre mariage, nous enseignons à la génération montante ce que la sexualité, le mariage et la fidélité représentent aux yeux des chrétiens. Nous sommes des prophètes, pour le meilleur et pour le pire, de ce que deviendra le mariage chrétien. — EVELYN ET JAMES WHITEHEAD

Par le mariage, Dieu nous met au banc d’essai pour nous attirer à lui. Notre mariage est un programme de formation en vue du seul et vrai Mariage qui ne nous décevra pas. — DAN ALLENDER ET TREMPER LONGMAN III

J’étais seul en voiture, loin de ma famille depuis plus d’une semaine à cause d’un voyage d’affaire, quand j’entendis une chanson qui m’interpella vivement. Après avoir fait le portrait très réaliste d’un conflit relationnel, la chanteuse entraînait l’auditeur avec ce refrain : Personne ne dira « au revoir » Non, personne ne s’en ira Cette fois, chéri, je vais apprendre à t’aimer, à t’aimer Personne… n’a jamais vraiment essayé de t’aimer comme je t’aime.


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Cette déclaration était profonde. Elle était incontestablement biblique, insistant sur la nécessité suivante : « apprendre à aimer » par-dessus tout. Brusquement, je me suis dit que si je parvenais à aimer Lisa comme personne ne l’avait jamais aimée et ne l’aimerait jamais, j’aurais été pour elle un « bon » mari. Mon objectif est, qu’à la fin de sa vie, Lisa puisse dire : « Gary avait des côtés parfois un peu rudes et certains points faibles, qu’il a d’ailleurs dû combattre durant toute sa vie, mais malgré toutes ses faiblesses, il m’a aimée comme personne d’autre ne m’a aimée ou n’aurait pu le faire ». Les parents de Lisa ont eu cinq enfants. Ils ne peuvent donc pas donner à Lisa l’amour exclusif que je suis en mesure de lui offrir. Nos enfants ont deux parents. Ils ne peuvent pas accorder à Lisa toute l’attention que moi je peux lui consacrer. Ma responsabilité, mon appel et ma mission, c’est d’aller au-delà des difficultés et des défis du mariage pour déclarer : « Eh, je ne te quitterai jamais et, d’autre part… (vous pouvez immédiatement constater que je n’ai pas la plume qu’il faut pour écrire de belles chansons, car j’imagine mal qu’on puisse utiliser “d’autre part” dans une chanson)… d’autre part, je vais t’aimer comme tu n’as jamais été aimée ». Je fais des progrès. Après la désastreuse expérience de l’anniversaire de Lisa, il y a maintenant si longtemps, j’ai appris comment lui choisir un cadeau. En fait, elle refuse désormais de me donner des idées de cadeaux. Elle trouve que je m’en sors mieux tout seul, et elle aime être surprise. Récemment, en flânant dans un magasin pendant les vacances, j’ai découvert un oreiller japonais en cosses de sarrasin, et j’ai tout de suite deviné que ça lui ferait très plaisir, même si elle n’en avait jamais entendu parler. Les enfants ont cru que j’étais devenu fou, mais je savais qu’elle apprécierait ce cadeau et qu’elle comprendrait que je l’avais suffisamment observée attentivement pour la connaître mieux que quiconque. J’avais raison. J’ai fait tellement d’erreurs dans mon mariage. Nous avons connu des moments de trahison, d’apathie, de manque d’amabilité, d’égoïsme, etc. Mais le mariage est une longue


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marche. Parfois il nous arrive de démarrer au ralenti, de nous perdre en chemin, et malgré tout, nous pouvons réussir à rattraper un voyage si précieux. Si nous considérons les relations au sein du mariage comme des occasions d’exceller dans l’art d’aimer, qu’importe combien la personne que nous sommes censés aimer est difficile à vivre. Qu’importe même si cet amour reste à sens unique. Cela ne nous empêchera pas d’exceller en amour et de continuer à affirmer : « Que tu le veuilles ou non, je vais t’aimer comme personne d’autre ne t’a jamais aimé ». Un tel amour reflète celui de Christ, un amour incomparable, un amour infiniment plus profond que celui qu’aucun être humain ne pourra jamais connaître. Cet amour offre l’opportunité de naître et de renaître spirituellement. Le prêtre russe orthodoxe Yelchaninov a écrit : Expérimenter ne serait-ce qu’une seule fois la puissance de l’amour nous fait progresser bien plus loin et protège bien plus efficacement nos âmes du mal, que le combat le plus 1 acharné contre le péché .

Nous devons continuer à explorer la puissance de l’amour humain afin de nourrir notre amour divin. Plutôt que de voir le mariage comme un concurrent dangereux du ciel, nous pouvons le considérer comme une école de la foi. Maxime le Confesseur (580-662) a constaté que l’amour que nous témoignons à Dieu et celui que nous témoignons aux autres ne sont pas deux amours différents, mais bien « deux aspects du même et unique amour2 ». Jésus a affirmé la même chose en répondant à la question concernant le « plus grand » des commandements. Il a déclaré qu’il n’y avait pas un grand commandement, mais bien deux : nous devons aimer Dieu et nous devons aimer aussi notre prochain. Un tel amour peut être mis en pratique par l’un ou l’autre des partenaires dans le couple. Si votre conjoint ne souhaite pas se joindre à vous dans cet exercice, rien ne vous empêche de continuer à grandir en l’aimant.


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Les pionniers Si quelqu’un me disait, après avoir écouté un de mes messages : « C’est le premier sermon que j’entends qui ait si peu d’originalité », je le prendrais comme un grand compliment. En effet, ma mission a toujours été, et continue d’être aujourd’hui, de placer côte à côte et d’intégrer l’un à l’autre les Écritures, l’histoire de l’Église et les œuvres classiques du christianisme, afin d’appliquer leur sagesse à notre quotidien. Je préfère redécouvrir la pertinence de ce que les anciens savaient déjà plutôt que d’essayer de découvrir de nouveaux territoires inconnus. S’il est clair que nous n’explorons pas de nouveaux territoires en parlant de spiritualité au sein du couple, nous marchons tout de même en compagnie d’une toute petite minorité. Sans aucun doute, la spiritualité chrétienne s’est concentrée sur le célibat et une recherche de Dieu en solitaire. Cette emphase doit changer. Une grande partie de l’Église sert Dieu dans le cadre d’une vie de famille ; il serait donc tout à fait logique que 90 % de l’enseignement concernant la vie spirituelle soient adaptés au contexte du mariage. J’aime beaucoup ce que Mary Oliver dit à ce sujet : La sainteté conjugale est clairement un idéal dont tout ce que nous voyons et expérimentons est très souvent bien éloigné. […] S’il existe de saints couples dans notre entourage, nous risquons bien de ne pas les reconnaître ; et si nous n’avons jamais tenté de discerner le travail de l’Esprit au sein de notre vie sexuelle, nous ne l’avons probablement jamais vu à l’œuvre. Si les saints sont rares, statistiquement les saints couples le sont encore plus3.

Que se passerait-il si quelques couples chrétiens prenaient ce défi de pionniers au sérieux et se fixaient pour objectif de devenir des « saints couples » ? S’ils cessaient de définir leur relation à Dieu en termes d’individualités et travaillaient de concert pour former une sainte unité, une paire de chérubins entre lesquels la présence de Dieu deviendrait merveilleusement palpable ?


Le couple saint  d 301

Ceci est une invitation. Quelqu’un sera-t-il intéressé de commencer à vivre de cette manière, parmi les gens de votre génération ? Le serez-vous ?


d

303

QUESTIONS

Pour discuter et réfléchir CHAPITRE 1 • Le

plus grand défi au monde

1. Pourquoi avez-vous choisi de vous marier (ou pourquoi désirez-vous vous marier) ? S’agit-il d’une raison biblique ? 2. Selon vous, comment la majorité des chrétiens décriraient-ils la raison d’être du mariage ? 3. L’auteur vous a-t-il encouragé ou découragé en disant que le mariage était avant tout un creuset dans lequel nous pouvons en apprendre davantage sur nous-mêmes et sur Dieu ? Quelle en est votre expérience personnelle ? 4. Que pensez-vous de la critique de l’amour romantique comme base ou comme mesure d’un mariage réussi ? De quelle façon votre propre attitude envers l’amour romantique a-t-elle évolué au cours du temps ? 5. Êtes-vous d’accord avec Gary Thomas pour dire que, dans un sens, la société actuelle « exige trop du mariage » ? Si oui, de quelle manière ? 6. Qu’est-ce que votre mariage vous a révélé à propos de vos attitudes de péché, de vos comportements égoïstes et des autres faiblesses de votre caractère ? Selon vous, pourquoi le mariage fait-il tellement ressortir ces questions de caractère ?


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d  VOUS AVEZ DIT OUI À QUOI ?

7. Si vraiment Dieu seul peut pleinement nous satisfaire et pas notre conjoint, que nous apporte notre conjoint ? 8. Que vous inspire l’idée que Dieu puisse avoir créé le mariage afin de nous rendre saints bien plus que de nous rendre heureux ? CHAPITRE 2 • Trouver

Dieu dans son couple

1. Quel aspect, élément ou événement lié à votre mariage vous a le plus amené à découvrir l’amour de Dieu ? 2. Comment un conjoint découragé peut-il mettre en pratique l’exhortation de l’auteur et rechercher Dieu au cœur de ses déceptions plutôt que de rester tourmenté par les manquements de l’autre ? Quels exercices de la pensée proposeriez-vous ? 3. Hormis les analogies citées dans ce chapitre, en voyezvous d’autres qui illustrent bien la manière dont le mariage fait connaître Dieu et son amour pour le monde ? 4. Gary Thomas oppose une vision du mariage centré sur l’être humain (je reste marié aussi longtemps que mes désirs et mes attentes sont satisfaits) et une vision du mariage centré sur Dieu (je reste marié parce que le mariage glorifie Dieu et invite le monde pécheur à se réconcilier avec son Créateur). Qu’est-ce qui vous motive le plus à respecter vos engagements et à préserver votre mariage ? 5. Au sein de votre propre mariage, êtes-vous davantage motivé par ce qui vous procure du plaisir ou plutôt par ce qui plaît à Dieu ? De quelle manière les églises peuventelles soutenir et encourager cette dernière motivation (de loin plus noble que la première) ? 6. Quel aspect du caractère de Dieu souhaiteriez-vous particulièrement que votre mariage reflète aux yeux du monde ? Comment y parvenir ?


Questions pour discuter et réfléchir  d 305 CHAPITRE 3 • Apprendre

à aimer

1. Mettez en contraste les deux manières de définir le mot « amour », d’une part dans notre société, et d’autre part dans la Bible. 2. Penchez-vous sur les aspects du mariage qui semblent particulièrement appropriés pour nous encourager à mieux aimer. 3. Si quelqu’un tentait de décrire votre amour pour Dieu en se basant sur l’amour que vous témoignez à votre conjoint, que dirait-il ? Que pourriez-vous faire pour servir votre conjoint, fortifier votre mariage et plaire à Dieu ? Donnez un ou deux exemples. 4. Combien de temps consacrez-vous à réfléchir aux moyens de rendre votre conjoint heureux ? En comparaison, combien de temps passez-vous à penser à ce que fait votre conjoint pour vous plaire ? Ce résultat vous paraîtil satisfaisant, ou devriez-vous vous efforcer de changer certaines choses dans ce domaine ? 5. Réfléchissez à la manière dont le mariage révèle les comportements inadéquats et basés sur des préjugés qu’ont certains hommes à propos des femmes. De quelle manière le mariage met-il aussi en lumière les attitudes critiques de certaines femmes envers les hommes ? Votre mariage combat-il ce genre de préjugés ou en souffre-t-il ? Que pouvez-vous faire pour identifier et éradiquer ces attitudes néfastes ? 6. Dieu nous aime malgré nos manquements. De quelle façon le mariage nous apprend-il à aimer notre conjoint en dépit de ses imperfections ? 7. Votre conjoint et vous êtes différents de bien des manières. Quelles différences avez-vous appris à apprécier chez l’autre ? Lesquelles continuent à vous agacer ? Avec un peu plus de compréhension de votre part, pensez-vous pouvoir apprendre quelque chose de ces différences ? Si oui, dans quels domaines ?


306

d  VOUS AVEZ DIT OUI À QUOI ?

CHAPITRE 4 • L’honneur

saint

1. De quelle manière tout manque de respect de votre part, ou tout mépris envers votre conjoint affecte-t-il négativement votre propre vie et celle de vos enfants ? 2. Êtes-vous plus capable de rechercher des « manifestations de la grâce de Dieu » chez votre conjoint, que d’être importuné par ses manquements ? Comment pourriezvous, de manière pratique, passer du mépris au respect ? 3. Quelles manifestations de la grâce de Dieu pouvezvous discerner chez votre conjoint quand vous prenez le temps de les rechercher ? Quelles sont les qualités de votre conjoint et les raisons pour lesquelles vous devriez régulièrement remercier Dieu de l’avoir placé(e) dans votre vie ? 4. Parmi vos sources de mésententes conjugales, lesquelles sont imputables à des différences entre hommes et femmes plutôt qu’à des différences d’opinions personnelles ? De quelle manière la mise en lumière de ces différences peut-elle profiter à la qualité de votre relation ? 5. En quoi le fait de nous efforcer de comprendre notre conjoint au lieu de le juger nous aide-t-il à obéir au commandement biblique de le respecter ? 6. Réfléchissez à des moyens pratiques d’honorer votre conjoint. 7. Quel bénéfice retirerait votre mariage de l’accroissement du respect mutuel ? 8. Gary écrit : « Nous ne vivons pas dans un jardin d’Éden où les soucis sont absents. Nous sommes plongés dans un monde où de nombreuses responsabilités se disputent notre énergie ». Sachant cela, pensez-vous accorder suffisamment de liberté et de compréhension à votre conjoint ?


Questions pour discuter et réfléchir  d 307 CHAPITRE 5 • L’étreinte

de l’âme

1. Connaissez-vous des couples mariés dont la vie de prière vous semble particulièrement réussie ? Si oui, quelles en sont les caractéristiques principales ? 2. Votre vie de prière a-t-elle déjà été entravée par des sentiments négatifs envers votre conjoint ? Des attitudes négatives gênent-elles votre vie de prière actuellement ? 3. Gary écrit : « On nous dit que si nous voulons rendre notre mariage plus solide, nous devons améliorer notre vie de prière. Or, Pierre nous invite à améliorer notre mariage afin de pouvoir améliorer notre vie de prière ». Selon vous, en quoi votre vie de prière serait-elle meilleure si votre mariage se rapprochait de l’idéal voulu par Dieu ? 4. En quoi la fréquence et la qualité de vos relations sexuelles au sein de votre mariage influencent-elles la manière dont vous priez ? Dont votre conjoint prie ? 5. « Les querelles nuisent gravement à la santé de la prière. Vu sous cet angle, le mariage a été instauré pour nous obliger à devenir des réconciliateurs. C’est le seul moyen de survivre spirituellement. » Comment votre conjoint et vous réussissez-vous à résoudre les conflits sans trop attendre ? Qu’arrive-t-il à votre vie de prière quand vous êtes fâché avec votre conjoint ? 6. Quel aspect de la relation entre sexualité et vie de prière vous a le plus intrigué ? Quels autres côtés de la vie conjugale recèlent peut-être aussi des leçons à découvrir concernant la prière ? De quelle manière votre mariage a-t-il contribué au développement de votre vie de prière ?


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d  VOUS AVEZ DIT OUI À QUOI ?

CHAPITRE 6 • La

purification du mariage

1. Au cours des premières années de votre mariage, qu’estce qui vous a le plus surpris à propos de votre propre péché ? 2. Comment réagissez-vous à l’idée que Dieu veuille utiliser votre mariage pour dévoiler votre péché et vous aider à vous en débarrasser ? 3. Votre mariage est-il un endroit où vous pouvez dévoiler votre péché en toute sécurité ? Comment améliorer cet aspect des choses ? 4. Comment un mariage en crise peut-il bénéficier de cette remarque de Gary : « Les couples échouent généralement par manque de repentance bien plus que par manque d’amour » ? 5. Êtes-vous d’accord avec Gary lorsqu’il affirme ceci : « Une grande part de notre insatisfaction conjugale trouve son origine dans notre haine de nous-mêmes » ? Comment pouvons-nous éviter de nous « enfuir » mentalement, d’échapper à ce que nous avons fait ou sommes devenus, et de mettre plutôt notre mariage à profit pour affronter le péché qui a été dévoilé ? 6. Pourquoi les conjoints craignent-ils souvent de confesser leurs péchés ou d’admettre leurs erreurs ? Que doit-il se passer dans notre mariage pour que nous osions être plus transparents (ou : en quoi votre mariage vous a-t-il aidé à devenir transparent) ? 7. Identifiez les deux principaux points faibles de votre relation avec votre partenaire. Quelles sont les vertus morales ou spirituelles positives opposées à ces deux faiblesses (par exemple : dureté et douceur, critiques et encouragements) ? À laquelle allez-vous travailler cette semaine ? 8. Vous est-il arrivé d’utiliser sciemment un point faible de votre conjoint pour l’humilier ou le punir ? Comment auriez-vous pu utiliser cette situation pour encourager votre conjoint et contribuer à sa croissance spirituelle ?


Questions pour discuter et réfléchir  d 309 CHAPITRE 7 • L’histoire

sacrée

1. Comment une meilleure compréhension de la relation entre Israël et Dieu à travers l’Histoire (avec ses moments de célébration, de colère, d’infidélité et de silence) peutelle aider les couples à grandir durant toutes les étapes de leur mariage ? Quelles leçons avez-vous déjà apprises qui vous permettront de mieux faire face aux temps de « colère » et de « silence » ? 2. Êtes-vous d’accord avec Gary lorsqu’il affirme que « nous vivons dans une société de démissionnaires » ? Comment l’Église peut-elle s’adresser plus efficacement aux gens issus d’une telle culture et leur parler des bénéfices liés à la persévérance ? 3. Quel lien établissez-vous entre la persévérance et la sanctification personnelle ? Quels sont les « slogans » de notre société qui s’opposent à la persévérance et à la sainteté ? 4. De quelle manière cette idée de persévérance et de ténacité vous aide-t-elle à faire preuve de patience lorsqu’il s’agit de la croissance spirituelle de votre conjoint ? 5. Que perdriez-vous si l’histoire sacrée de votre mariage prenait fin ? Que perdrait votre conjoint ? Vos enfants ? Votre église ? 6. Prenez le temps d’évoquer avec votre conjoint les épisodes de votre vie qu’il faudrait faire figurer dans l’histoire sacrée de votre mariage, et qui seront racontés à vos enfants, à votre famille et à vos amis. 7. Imaginez comment le fait de respecter et de raconter l’histoire sacrée de votre mariage pourrait favoriser un rapprochement avec d’autres couples que vous connaissez. 8. Comment faire en sorte que l’idée de l’éternité et des récompenses qui vous y attendent puissent vous inciter à cultiver la persévérance au cœur de la routine de la vie conjugale ? 9. Comment aimeriez-vous que les gens parlent de votre mariage lorsqu’ils viendront à vos noces d’or ?


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d  VOUS AVEZ DIT OUI À QUOI ?

CHAPITRE 8 • Le

combat sacré

1. Quels sont les gens que vous admirez pour la manière dont ils gèrent les difficultés au sein de leur mariage ? Qu’admirez-vous le plus chez eux ? 2. Quelle est la différence entre un conflit conjugal productif et spirituellement bénéfique et un conflit conjugal destructeur ? Comment les difficultés que connaît votre mariage peuvent-elles produire des résultats spirituels positifs ? 3. Quelle a été votre réponse à la question de Gary : « Est-ce que je préférerais vivre une vie facile et confortable mais demeurer immature en Christ, ou plutôt être “salé” par la souffrance pour devenir conforme à son image ? » 4. Gary dit ceci d’un bon mariage : « Vous allez devoir vous battre. Vous allez devoir crucifier votre moi. Il est fait de confrontations, de confessions et, par-dessus tout, de pardon ». Pensez-vous qu’une telle manière de voir est exagérée ? Y a-t-il des exceptions ? Comment cette prise de conscience peut-elle soutenir les couples passant par des moments difficiles ? 5. Comment la douleur peut-elle « nous libérer », comme l’a écrit Anne Lindbergh ? Comment pouvons-nous nous encourager mutuellement à ajouter « la compréhension, la patience, l’amour, l’ouverture d’esprit et l’aptitude à demeurer vulnérable » à nos déceptions et à notre douleur ? 6. Pensez-vous qu’Abraham Lincoln et Anne Lindbergh auraient accompli ce qu’ils ont accompli si chacun d’eux avait eu des mariages relativement « faciles » ? Pourquoi ? 7. Comment le fait de croire en la réalité du ciel peut-il encourager les couples chrétiens à persévérer ? 8. Comment pensez-vous que Dieu puisse utiliser les difficultés spécifiques à votre mariage pour affiner votre caractère et vous préparer à un futur ministère ? 9. Pourquoi les difficultés et la souffrance sont-elles inévitables au sein de chaque mariage ? Que se passe-t-il


Questions pour discuter et réfléchir  d 311

quand nous tentons de les fuir ? Que se passe-t-il quand nous essayons plutôt de les affronter ? 10. Quand des difficultés surviennent dans votre mariage, vous et votre conjoint les affrontez-vous de la même manière ? Que pouvez-vous apprendre de l’approche de votre conjoint ? Qu’est-ce que votre conjoint peut apprendre de votre approche ? CHAPITRE 9 • Tomber

vers l’avant

1. Harvey affirme ceci : « Une relation d’intimité est organisée, calculée. Elle se construit. Le sentiment d’unité qui résulte d’une proximité spirituelle authentique n’apparaît pas par hasard. S’il existe, c’est en réponse à une volonté délibérée et à un accompagnement de votre part. Vous choisissez de vous investir ». Au cours de l’année écoulée, combien vous êtes-vous investi en réflexion, en prière, et en efforts délibérés afin de construire une « proximité spirituelle authentique » ? 2. Que faut-il pour que vous ayez l’impression que votre conjoint « tombe dans votre direction » ? Que faut-il pour que votre conjoint ait l’impression que vous « tombez dans sa direction » ? 3. Dans lequel de ces domaines avez-vous le plus de difficulté à croître en direction de votre conjoint : l’intimité physique, émotionnelle ou spirituelle ? Demandez à votre conjoint ce que vous pouvez faire pour progresser dans le domaine où vous êtes le plus faible. 4. Quels aménagements pouvez-vous apporter à votre mariage afin de favoriser une communion et une intimité plus profondes ? 5. Y a-t-il un « classeur » dans le « confessionnal » de votre mariage ? Que devez-vous faire pour pardonner à votre conjoint et vous débarrasser de ce classeur ? 6. Le mariage chrétien attend de vous que vous vous « donniez » à votre partenaire. De quelle manière pensez-


312

d  VOUS AVEZ DIT OUI À QUOI ?

vous que votre conjoint aimerait vraiment vous recevoir ? Comment pouvez-vous donner davantage de vous-même en allant dans ce sens ? 7. La communion est favorisée par trois exercices spirituels : apprendre à ne pas fuir les conflits, apprendre à faire des compromis et accepter les faiblesses de votre partenaire. Laquelle de ces disciplines est votre point fort ? Votre point faible ? Que pouvez-vous faire pour bien utiliser votre force et vaincre votre faiblesse ? 8. Où vous situez-vous sur une échelle allant de la fuite face au conflit à la violence au sein du conflit ? Comment pouvez-vous travailler à développer une réponse plus saine ? 9. Dans le passé, quand votre conjoint vous offensait, aviezvous plutôt tendance à « tomber vers lui » ou à « tomber vers l’arrière » ? En vous basant sur l’enseignement de ce livre, quelles démarches devriez-vous mettre en place afin d’apprendre à « tomber vers l’avant » ? Comment pouvezvous faciliter la « chute en avant » de votre conjoint ? CHAPITRE 10 • Fais

de moi un serviteur

1. À quand remonte la dernière fois que vous avez aimé votre conjoint d’une manière qui vous a coûté quelque chose ? Dans les prochains jours, que pouvez-vous faire pour votre conjoint qui ira dans le sens de l’amour sacrifice ? 2. Êtes-vous d’accord avec Dietrich Bonhoeffer quand il dit que « le mariage chrétien est caractérisé par la discipline et le renoncement à soi » ? Est-ce ainsi que vous considériez le mariage avant de vous marier ? 3. Kathleen et Thomas Hart parlent du « mystère pascal » au sein du mariage, en faisant référence au processus de mort et de résurrection qui peut prendre place dans le mariage. À quoi votre mariage vous appelle-t-il à mourir ? À quoi votre mariage pourrait-il vous appeler à ressusciter ?


Questions pour discuter et réfléchir  d 313

4. Quand vous repensez aux raisons qui vous ont poussé à vous marier, étaient-elles plutôt empreintes ou dépourvues d’égoïsme ? De quelle manière ? Cela a-t-il changé (ou devrait-il changer) et de quelle manière ? 5. Trouvez-vous cela parfois difficile de servir votre conjoint en le laissant vous servir ? Que pouvez-vous faire pour grandir dans ce domaine ? 6. Quelles sortes de messages le monde envoie-t-il aux hommes pour les empêcher de servir leur femme ? Quelles sortes de messages le monde envoie-t-il aux femmes pour les empêcher de servir leur mari ? Comment pouvez-vous marcher à l’encontre de ces messages dans votre mariage ? 7. Quand vous songez à votre mariage, êtes-vous d’accord avec le fait que « les disputes sur des questions de temps ou d’argent reflètent généralement notre désir de “posséder” notre existence plutôt que de mettre nos richesses et notre vie au service d’autrui » ? Comment pouvez-vous utiliser votre temps et votre argent pour mieux servir votre conjoint ? 8. Votre attitude envers les relations sexuelles est-elle davantage marquée par le service ou par l’exercice du pouvoir ? Que pouvez-vous faire pour grandir dans ce domaine ? 9. Selon vous, de quoi votre mariage bénéficierait-il le plus si votre conjoint et vous deveniez de meilleurs serviteurs l’un pour l’autre ? CHAPITRE 11 • Une

sexualité sainte

1. Quels impacts négatifs votre passé a-t-il sur votre sexualité au sein du mariage ? De quelle manière la recherche de conseils spirituels pourrait-elle vous aider à résoudre ces problèmes liés à votre passé ? 2. « Dieu ne détourne pas le regard quand un couple marié partage un moment d’intimité » : cette affirmation vous a-t-elle choqué ? Qu’en pensez-vous ? Envisagez de prier


314

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d  VOUS AVEZ DIT OUI À QUOI ? avec votre conjoint, en remerciant spécifiquement Dieu pour le don de l’intimité sexuelle. Globalement, la sexualité dans votre mariage est-elle plutôt synonyme de bénédiction ou de fardeau ? Depuis toujours ? Sinon, qu’est-ce qui a changé, et pourquoi ? Dans quelle mesure êtes-vous parvenu à « cultiver » de saints appétits ? En quoi cela peut-il affecter votre intimité physique ? La honte vous a-t-elle empêché de donner ce que vous possédez réellement à votre conjoint ? Quelles petites choses pouvez-vous faire pour commencer à vous attaquer à cet égoïsme ? En général, dans quelle mesure pensez-vous que l’égoïsme affecte les couples mariés dans le domaine de leur vie sexuelle ? En quoi un esprit de service peut-il transformer l’expérience de la sexualité conjugale ? En quoi la reconnaissance pour les relations sexuelles au sein du mariage peut-elle aider un couple à surmonter la culpabilité liée à des expériences sexuelles avant le mariage ? Selon Gary, « l’abstinence n’est pas une impasse : c’est une longue voie d’accélération. […] Je ne dis donc pas réellement Non, mais Attends ! » Que pouvez-vous apprendre de cette succession de temps d’abstinence suivis de temps de plaisir, dans le contexte de l’expression sexuelle conjugale ? Dans d’autres contextes de votre vie de couple ? Dans le contexte de la vie en général ? Où en est votre croissance en ce qui concerne l’aspect spirituel de votre sexualité (la générosité et le service) ? Dans quel domaine aimeriez-vous faire davantage de progrès ? Dans quel domaine aimeriez-vous cesser d’agir comme vous le faites ? Que pouvez-vous faire pendant le mois à venir afin de démontrer à votre conjoint votre désir de grandir sur le plan de l’intimité physique ?


Questions pour discuter et réfléchir  d 315 CHAPITRE 12 • La

présence sacrée

1. Comment un mari et une femme peuvent-ils inviter la présence de Dieu dans leur mariage de manière plus délibérée ? 2. Par vos paroles, invitez-vous la présence de Dieu dans votre foyer, ou la rejetez-vous ? 3. Avez-vous déjà fait l’expérience d’un « silence malveillant » dans votre mariage ? En quoi cela offense-t-il Dieu ? 4. En quoi le fait d’être à l’écoute peut-il inviter la présence de Dieu dans notre foyer ? 5. Comment notre insatisfaction conjugale peut-elle nous rappeler notre besoin d’une relation avec Dieu ? 6. « Je me suis rendu compte que mon degré de satisfaction ou d’insatisfaction au sein de mon mariage dépendait beaucoup plus de ma relation avec Dieu que de ma relation avec [mon épouse] ». Êtes-vous d’accord avec l’auteur, lorsqu’il écrit ceci ? Expliquez. 7. De quelle manière votre conjoint reflète-t-il une qualité de Dieu qui vous fait quelque peu défaut ? Que pouvezvous en retirer ? 8. Gary prétend que si notre pasteur vivait chez nous, nous traiterions peut-être notre conjoint autrement ; et pourtant, Dieu est toujours présent ! Comment pouvonsnous devenir davantage conscients de la présence de Dieu et développer ainsi un environnement familial plus propice à la croissance et au développement ? 9. Gary nous avertit : « Dans toute l’histoire de l’humanité, jamais un mariage n’a pu remplir une âme vidée de son sens à cause d’un style de vie non créatif ». Les préoccupations de la vie vous ont-elles empêché de vous engager pleinement à créer ensemble votre famille ? Que pouvez-vous faire pour devenir plus créatif au sein de votre famille ? 10. « Si une famille peut se réjouir de la présence permanente de Jésus, c’est précisément parce que les époux ont


316

d  VOUS AVEZ DIT OUI À QUOI ? souhaité l’inviter au cœur de leur relation » : quels sont les domaines de votre mariage dans lesquels vous n’avez jamais songé à inviter Jésus ? Comment faire pour qu’il y soit aussi invité ? Quelles seraient les implications d’une telle démarche ?

CHAPITRE 13 • La

mission sacrée

1. Avant de vous marier, que pensiez-vous que Dieu voulait faire de votre vie ? Quelle était la mission de vie de votre partenaire avant que vous ne l’épousiez ? Quelle influence votre mariage a-t-il eu sur ces missions de vie ? Qu’en pensez-vous aujourd’hui ? 2. Avez-vous fait preuve, de quelque manière que ce soit, de ce que Gary qualifie de « malhonnêteté spirituelle », en acceptant de vous marier, mais en continuant à vivre ensuite comme si vous étiez célibataire ? Que devriezvous faire pour mettre fin à cela ? 3. Comment pouvons-nous trouver l’équilibre juste entre la fidélité à notre appel et la fidélité envers nos vœux conjugaux ? 4. Pensez-vous que votre ambition ou celle de votre conjoint étouffe votre relation ? Si c’est le cas, comment pouvezvous y remédier ? 5. Réfléchissez honnêtement à la manière dont une ambition du passé aurait pu, si elle s’était réalisée, faire du tort à votre couple ou à vous personnellement. 6. Dans quels ministères êtes-vous engagé au sein de votre communauté ou dans votre église ? Dans quels ministères votre conjoint est-il engagé ? Quels ministères avez-vous en commun ? Ces services que vous rendez en dehors du mariage contribuent-ils à la santé de votre couple ? 7. Réfléchissez à l’impact que peuvent avoir ces étapes de la vie de famille sur un ministère : – Jeunes mariés, sans enfant ; – Mariés, avec de jeunes enfants ;


Questions pour discuter et réfléchir  d 317

– Mariés, avec des enfants adolescents ; – Mariés, seuls après que les enfants ont quitté la maison. Quels sont les avantages et les difficultés liés à chacune de ces étapes en ce qui concerne votre implication dans le ministère auquel vous avez été appelé ? 8. Que pensez-vous qu’il adviendrait si un couple se concentrait uniquement sur la satisfaction de ses besoins émotionnels en excluant toute implication dans l’œuvre de Dieu ? 9. De quelles manières le fait d’être marié a-t-il transformé et fortifié votre façon de vous engager dans le ministère ? ÉPILOGUE • Le

couple saint

1. Voulez-vous vous engager à faire cette prière plusieurs fois par semaine : « Seigneur, montre-moi aujourd’hui comment aimer mon conjoint comme il n’a jamais été aimé auparavant » ? 2. En quoi vous sentez-vous attiré par le défi que Gary vous lance de devenir un « saint couple » avec votre conjoint ? En quoi un tel défi est source d’inquiétude pour vous ? 3. En réfléchissant à tout ce que vous avez lu dans cet ouvrage, citez un ou deux domaines qui vous aideront à repenser votre mariage en terme de relation qui honore Dieu.


d

319

NOTES

CHAPITRE 1 • Le

1

plus grand défi au monde

De sales, François. Lettres à des personnes vivant dans le monde. Paris : Périsse, 1840. Édition consultable sur la bibliothèque de Google [en ligne]. URL : http://books.google. fr (page consultée le 8 mai 2012). La citation est extraite de la page 42 de l’édition anglaise Thy will be done : Letters to persons in the world, Manchester (USA) : Sophia Institute, 1995. 2 Bailey, Derrick Sherwin. The Mystery of love and marriage : A study in the theology of sexual relations. New York : Harper and Brothers, 1952, p. 4. 3 Lewis, C. S. The Allegory of love : A study in medieval tradition. New York : Oxford University Press, 1985, p. 4. 4 Porter, Katherine Anne. The Collected essays and occasional writings of Katherine Anne Porter. New York : Delacorte, 1970. « The Necessary Enemy », p. 182-184. 5 Lewis, C. S. Tactique du diable. Bâle : Brunnen Verlag, 1980, p. 62. 6 Depuis, j’ai appris que, dans ce verset, Paul reprend probablement une expression utilisée par les Corinthiens, mais nous ne sommes pas là pour nous plonger dans la complexité du grec ou de la syntaxe de cette phrase. Le commentaire de Gordon Fee sur 1 Corinthiens est l’explication la plus approfondie et la mieux menée que j’aie jamais lue à propos de ce passage. Fee, Gordon. New international commentary on the New Testament. Grand Rapids (USA) : Eerdmans, 1994. 7 Whitehead, James et Evelyn. A Sense of sexuality : christian love and intimacy. New York : Doubleday, 1989. « The Goods of Marriage », p. 100.


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d  VOUS AVEZ DIT OUI À QUOI ?

8

Oliver, Mary Anne McPherson. Conjugal spirituality : the primacy of mutual love in christian tradition. Kansas City : Sheed and Ward, 1994, p. 12. 9 Ibid., p. 12. 10 Ricucci, Gary et Betsy. Love that lasts : making a magnificent marriage. Gaithersburg (USA) : PDI Communications, 1993, p. 95.

CHAPITRE 2 • Trouver

Dieu dans son couple

1

Lane, Belden. « Rabbinical stories ». Christian century, 16 décembre 1981. Cité par Thomas et Kathleen Hart, The First two years of marriage, New York : Paulist, 1983, p. 117-118. 2 Bailey. The Mystery of love and marriage. Op. cit., p. 101. 3 Mahaney, C. J. « God’s purpose and pattern for marriage ». According to Plan [enregistrement audio]. Gaithersburg (USA) : PDI Communications, 1994. 4 Hughes, Philip E. The Second epistle to the Corinthians, in the New international commentary on the New Testament. Grand Rapids (USA) : Eerdmans, 1962, 1982, p. 178. 5 Barrett, C. K. A Commentary on the Second epistle to the Corinthians, in Harper’s New Testament Commentaries. 2e édition. New York : Harper & Row, 1973 (1e éd. : 1968), p. 175. 6 Cité par Philip Yancey, Touché par la grâce, Nîmes : Vida, 2000, p. 301.

CHAPITRE 3 • Apprendre

Porter. « The Necessary enemy ». Op. cit., p. 184. Yancey. Op. cit., p. 304. 3 Ce passage et ceux qui suivent sont extraits de la brochure de John Barger, Do You Love Me ? Manchester (USA) : Sophia institute, 1987.

2

CHAPITRE 4 • L’honneur

à aimer

1

1

saint

Cité par Leon Morris, The Gospel according to John. In the New international commentary on the New Testament. Grand Rapids (USA) : Eerdmans, 1971, p. 274.


Notes  d 321 2

Cité par Oliver, Conjugal spirituality, op. cit., p. 38. Ricucci. Love that lasts. Op. cit., p. 70. Cité par Ricucci, op. cit. p. 121. Owen, John. Sin and temptation. Texte édité et résumé par James Houston. Portland (USA) : Multnomah, 1983, p. 29. 6 Law, William. A Serious call to a devout and holy life. New York : Paulist, 1978, p. 294. 7 Allender, Dan, Longman III, Tremper. Intimate allies. Wheaton (USA) : Tyndale House, 1995, p. 287. 8 Ibid., p. 281.

4 5 3

CHAPITRE 5 • L’étreinte

1

de l’âme

Cette citation et les quatre suivantes sont tirées de l’ouvrage de Terry Glaspey, Pathway to the heart of God, Eugene (USA) : Harvest House, 1998, p. 16, 24-25. 2 Cette citation et les suivantes sont tirées de l’article de Phyllis Alsdurf, « McCartney on the Rebound », Christianity Today, 18 mai 1998. 3 Cité par Philip Yancey, op. cit., p. 303. 4 Ma femme est arrivée après que j’ai rédigé ceci. Elle a regardé par-dessus mon épaule, a lu ce que j’avais écrit, et s’est exclamée : « T’ai-je jamais dit que tu étais un saint ? » Le rire qui succéda à sa question laissa toutefois le débat ouvert. 5 Cette interprétation est basée sur la New international version, légèrement modifiée par le Dr Fee dans son commentaire. Il existe aussi, dans l’Ancien Testament, un verset qui traite de « l’obligation conjugale », même au sein d’une société polygame : Exode 21 : 10. 6 Ellul, Jacques. L’Impossible prière. 2e éd. Paris : Le Centurion, 1971. 186 pages. La citation est extraite de la page 56 de l’édition anglaise Prayer and modern man, New York : Seabury, 1979. 7 Les citations à propos d’Héloïse et Abelard sont tirées de la première lettre d’Héloïse à Abélard, citée par Bailey, The Mystery of love and marriage, op. cit., p. 5. NDE : Il existe plusieurs éditions françaises consultables en ligne, dont : – Lettres d’Abélard et d’Héloïse (trad. Victor Cousin). Édition bilingue latine et française. Paris : Garnier, 1875. Vol. 2. Texte consultable en ligne. URL : < http://fr.wikisource.org > et


322

d  VOUS AVEZ DIT OUI À QUOI ?

taper la recherche « Lettres d’Abélard et d’Héloïse » (page consultée le 25 mai 2012). – Abélard et Héloïse : correspondance (traduit du latin et présenté par Paul Zumthor). Coll. Bibliothèque médiévale. Paris : UGE, 10/18, 1979 (1re éd. : 1964). URL : < http://www. pierre-abelard.com/tra-Heloise-abelard % 20II. htm > (page consultée le 5 mai 2012). CHAPITRE 6 • La

1

purification du mariage

Oliver. Conjugal spirituality. Op. cit., p. v-vi. Pseudo-Athanase. Vie de sainte Synclétique (trad. sœur Odile Bénédicte Bernard). Série Spiritualité orientale, n° 9. Solesmes : Abbaye de Bellefontaine, 1972. La citation est extraite de la page 284 de l’édition anglaise : PseudoAthanasius. The Life and activity of the holy and blessed teacher Syncletica (trad. Elisabeth Castelli), p. 265-311. In Wimbush, Vincent. Ascetic Behavior in Greco-Roman Antiquity. Minneapolis (USA) : Fortress, 1990. 3 Ambroise (339-397), Tissot. Écrits sur la virginité. Texte traduit du latin et présenté par dom Marie-Gabriel Tissot (1886-1983). Solesmes : Abbaye Saint-Pierre, 1980. 350 pages. Ce recueil contient Des vierges, Exhortation aux veuves, De la virginité, De l’instruction d’une vierge, Exhortation à la virginité. La citation est tirée du livre De la virginité [De virginitate]. Traité dans lequel se trouvent fondues des homélies. Sans doute composé vers 377. Livre 1, chap. VI, § 2526 (traduction des éditions BLF). 4 Lewis, C. S. Les Quatre amours (trad. Denis Ducatel et Jean-Léon Muller). Raphaël, 2005. 255 pages. La citation est extraite de la page 111 de l’édition anglaise : The Four loves. New York : Harcourt Brace, 1971. 5 Hart. The First two years of marriage. Op. cit., p. 50. 6 Allender et Longman. Intimate allies. Op. cit., p. 278. 7 Ibid., p. 288. 8 Pascal, Blaise. Pensées. Texte édité par Michel Le Guern. Paris : Gallimard, 1978, 764 p. 9 Fénelon, François de Salignac de La Mothe. Œuvres. Vol. 18, Manuel de piété. « Instructions et avis sur divers points de la morale et de la perfection chrétienne ». Versailles : Lebel. Paris : A. Le Clère, 1823. La citation est tirée de la page 205 de 2


Notes  d 323 l’édition anglaise Christian perfection, Minneapolis : Bethany house, 1975. 10 Law. A Serious call to a devout and holy life. Op. cit., p. 228. 11 Fénelon. Op. cit., p. 90. CHAPITRE 7 • L’histoire

sacrée

1

Hart. The First two years of marriage. Op. cit., p. 15. Oliver. Conjugal spirituality. Op. cit., p. 26. Ibid., p. 33. Cité par Oliver, ibid., p. 34. Tyler, Anne. A Patchwork Planet. New York : Knopf, 1998, p. 218-219. 6 Jenkins, Jerry. Hedges : Loving your marriage enough to protect it. Brentwood (USA) : Wolgemuth et Hyatt, 1989, p. 142.

3 4 5 2

CHAPITRE 8 • Le 1

combat sacré

Ricucci. Love that lasts. Op. cit., p. 50. Piper, Otto. The Biblical view of sex and marriage. New York : Scribner’s, 1960, p. 114-115. 3 Ibid., p. 134. 4 Les informations concernant Lincoln proviennent de plusieurs sources : – Carnegie, Dale. How to win friends and influence people. New York : Simon and Schuster, 1994. – Foote, Shelby. The Civil war : a narrative. Vol. 1 et 2. New York : Random House, 1958, 1963. – Lincoln, Abraham. Speeches and Writings. 1832-1858. New York : The Library of America, 1989. – Owen, Frederick. Abraham Lincoln : The man and his faith. Wheaton (USA) : Tyndale House, 1976. 5 Les informations concernant Lindbergh proviennent de plusieurs sources : – Berg, A. Scott. Lindbergh. New York : G. P. Putnam’s Sons, 1998. – Chadwick, Roxanne. Anne Morrow Lindbergh : pilot and poet. Minneapolis : Lerner, 1987. – Herrmann, Dorothy. Anne Morrow Lindbergh : a gift for life.

2


324

d  VOUS AVEZ DIT OUI À QUOI ?

New York : Ticknor and Fields, 1993. – Morrow Lindbergh, Anne. Bring me a unicorn. New York : Harcourt Brace Jovanovich, 1971. – Morrow Lindbergh, Anne. Hour of gold, hour of lead. New York : Harcourt Brace Jovanovich, 1973. 6 Peterson, Eugene. Take and read. Grand Rapids : Eerdmans, 1996, p. 44. CHAPITRE 9 • Tomber

Basé sur une histoire vraie proposée par Pam Hoepner au Reader’s Digest américain de juillet 1998. 2 Cité par Oliver, Conjugal spirituality, op. cit., p. 126. 3 Cité par Ricucci, Love that lasts, op. cit., p. 129. 4 J’ai entendu L’Engle réciter ce poème à une conférence à laquelle j’ai assisté en 1998 à Bellingham (USA). 5 Hart. The First two years of marriage. Op. cit., p. 19. 6 Cité par Ricucci, Love that lasts, op. cit., p. 152. 7 Whitehead. A Sense of sexuality. Op. cit., p. 197. 8 Cité par Ricucci, Love that lasts, op. cit., p. 124. 9 Récit raconté dans The Jerusalem Post du 15 mai 1998. 10 Yancey. Op. cit., p. 90. 11 Yancey. Op. cit., p. 323.

CHAPITRE 10 • Fais

vers l’avant

1

1

de moi un serviteur

Piper. The Biblical view of sex and marriage. Op. cit., p. 153. Ricucci. Love that lasts. Op. cit., p. 5-6. 3 Friedman, Jack, Sandler, Barbara. « Winning at home ». People, 11 janvier 1999. 4 Gilbert, Elizabeth. « Losing is not an option ». GQ, septembre 1999. 5 Mahaney, C. J. « A Husband’s Responsibilities ». According to Plan [Série de cassettes audio]. Gaithersburg (USA) : PDI Communications, 1994. 6 Bonhoeffer, Dietrich. Vivre en disciple : Le prix de la grâce. Paris : Labor et Fides, 2009, 330 p. La citation est extraite de la page 149 de l’édition anglaise : The Cost of discipleship. New York : Macmillan, 1963. 7 Oliver. Conjugal spirituality. Op. cit., p. 1. 2


Notes  d 325

8

Piper. The Biblical view of sex and marriage. Op. cit., p. 157. Allender et Longman. Intimate allies. Op. cit., p. 317-318. 10 Cité par Whitehead, A Sense of sexuality, op. cit., p. 13. 9

CHAPITRE 11 • Une 1

3 4

5

6

7

2

8 9

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13

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14

16

sexualité sainte

Cité par Whitehead, A Sense of sexuality. Op. cit., p. 11. Oliver. Conjugal spirituality. Op. cit., p. 13. Allender et Longman. Intimate allies. Op. cit., p. 228. Jean Calvin traite ce sujet dans L’Institution de la religion chrétienne, livre IV, chap. 12, § 26. Voir Calvin, Jean. Institution de la religion chrétienne (1560). Édition revue et corrigée. Genève : Beroud, 1888. 754 pages. Le paragraphe mentionné est consultable p. 576 de l’édition en ligne. URL : < http://www.archive.org/stream/institutiondelar00calvuoft > (page consultée le 7 mai 2012). Oliver, Mary Anne McPherson. « Conjugal spirituality ». Spirituality Today, Printemps 1991, vol. 43, n° 1, p. 54. Leites, Edmund. The Puritan conscience and modern sexuality. New Haven (USA) : Yale University Press, 1986, p. 12-13. Cité par Thomas et Kathleen Hart, « The Call to holiness in christian marriage », Spirituality Today, Printemps 1984, vol. 36, n° 1, p. 16. Piper. The Biblical view of sex and marriage. Op. cit., p. 79. Nahmanides. The holy letter : A study in Jewish sexual morality. Texte édité et commenté par Seymour Cohen. Nothvale (USA) : Aronson, 1993, p. 60. Ricucci. Love that lasts. Op. cit., p. 159. Best, Harold. Music through the eyes of faith. San Francisco : Harper-SanFrancisco, 1993, p. 40. La gratitude est une vertu chrétienne fondamentale, indispensable à une âme saine. J’en parle plus en détail dans mon livre The Glorious pursuit : embracing the virtues of Christ. Colorado Springs (USA) : NavPress, 1988. Piper. The Biblical view of sex and marriage. Op. cit., p. 215. Ibid., p. 216. Hart, Thomas. Living happily Ever after : toward a theology of christian marriage. New York : Paulist, 1979, p. 44. Lewis, C. S. Letters to Malcolm: Chiefly on Prayer. Mariner Books, 2007, p. 102.


326

d  VOUS AVEZ DIT OUI À QUOI ?

17

Lewis, C. S. Lewis. Tactique du diable. Bâle : Brunnen Verlag, 1980, p. 66-67. 18 Nahmanides. The Holy Letter. Op. cit., p. 116. 19 Whitehead. A Sense of sexuality. Op. cit., p. 75. 20 Voir ce débat dans Whitehead. A Sense of sexuality. Op. cit., p. 150. 21 Ibid., p. 151. 22 Trueblood, Elton. The Humor of Christ. New York : Harper & Row, 1964, p. 32. 23 Donald Goergan, cité par Oliver, Conjugal spirituality, op. cit., p. 28.

CHAPITRE 12 • La

1

présence sacrée

Whitehead, James et Evelyn. Marrying well : stages on the journey of christian marriage. New York : Doubleday, 1983, p. 187. 2 Fénelon, François de Salignac de La Mothe. Christian Perfection. Op. cit., p. 4 (italique ajouté). 3 Laurent de la Résurrection (1614-1691). L’expérience de la présence de Dieu. Texte édité par S. M. Bouchereaux. Préface du père François de Sainte-Marie. Coll. Livre de vie, 153. Paris : Seuil, janvier 1997. 4 Oliver. Conjugal spirituality. Op. cit., p. 61. 5 Allender et Longman. Intimate allies. Op. cit., p. 89. 6 Ibid., p. 99. 7 Ibid., p. 101. 8 Allender et Longman l’ont mieux exprimé : « Dieu ne remplit pas exclusivement le cœur humain. Il a créé une humanité qui désire davantage que lui-même. La stupéfiante humilité de Dieu, capable de créer quelque chose qui ne soit pas entièrement satisfait par son Créateur, est incompréhensible » (Intimate allies, op. cit., p. 146). 9 Ibid., p. 161. 10 Ibid., p. 78. 11 Je traite de cela plus en détail dans mon livre The Glorious Pursuit, op. cit.


Notes  d 327 CHAPITRE 13 • La

mission sacrée

1

Bonhoeffer, Dietrich. Résistance et soumission : Lettres et notes de captivité. Paris : Labor et fides, 2006, 630 pages. La citation est extraite des pages 347 et 348 de l’édition anglaise Letters and papers from prison. New York : Macmillan, 1972. 2 De Sales, François. Thy Will Be Done. Op. cit., p. 20. 3 Ibid., p. 46. 4 Ibid., p. 47-48. 5 Ibid., p. 85. 6 Von Moltke, Helmuth James (comte). A German of the resistance : the last letters of count Helmuth James von Moltke. London : Oxford University Press, 1946, p. 51 (italique ajouté). 7 Cité par Anatoli Boukreev et G. Weston DeWalt, The Climb, New York : St. Martin’s, 1997, p. 142. 8 Piper. The Biblical view of sex and marriage. Op. cit., p. 78.

ÉPILOGUE • Le 1

couple saint

Yelchaninov Alexander. A Treasury of Russian Spirituality. « Fragments of a Diary : 1934 ». Cité par Oliver, Conjugal spirituality, op. cit., p. 53 (italique ajouté). 2 Cité par Oliver, Conjugal spirituality, op. cit., p. 24. 3 Ibid., p. 75.


d

329

TABLE DES MATIÈRES

DÉDICACE............................................................................................................ 5 REMERCIEMENTS.............................................................................................. 7

CHAPITRE 1

Le plus grand défi au monde

Un appel à la sainteté plus qu’au bonheur..................................................... 9 CHAPITRE 2

Trouver Dieu dans son couple

Analogies du mariage et vérités bibliques................................................... 27 CHAPITRE 3

Apprendre à aimer

Comment le mariage nous apprend à aimer................................................ 41 CHAPITRE 4

L’honneur saint

Le mariage nous apprend à respecter les autres....................................... 57 CHAPITRE 5

L’étreinte de l’âme

Un mariage de qualité favorise une prière de qualité................................ 81 CHAPITRE 6

La purification du mariage

Comment le mariage révèle notre péché..................................................... 99


330

d  VOUS AVEZ DIT OUI À QUOI ?

CHAPITRE 7

L’histoire sacrée

Construire la discipline spirituelle de la persévérance............................ 117 CHAPITRE 8

Le combat sacré

Permettre aux difficultés de nous rendre plus forts................................. 145 CHAPITRE 9

Tomber vers l’avant

Le mariage nous apprend à pardonner....................................................... 175 CHAPITRE 10

Fais de moi un serviteur

Le mariage peut développer en nous un cœur de serviteur................... 203 CHAPITRE 11

Une sexualité sainte

Une sexualité qui favorise la croissance spirituelle et le développement du caractère............................................................... 223 CHAPITRE 12

La présence sacrée

Le mariage peut nous rendre plus conscient de la présence de Dieu.................................................................................. 257 CHAPITRE 13

La mission sacrée

Le mariage au service de notre appel......................................................... 279

ÉPILOGUE

Le couple saint....................................................................................... 297 QUESTIONS

Pour discuter et réfléchir................................................................ 303 NOTES............................................................................................................... 319


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