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Quentin GASSIAT SÉDIMENTATIONS


Quentin GASSIAT SÉDIMENTATIONS

Galerie XENITHIA-NOMADE Milan, 21-23 mars 2019


SÉDIMENTATIONS Quentin Gassiat arpente les villes européennes et scrute leurs murs en décrépitude. Paris, Rome, Odessa, Kiev, Bucarest... Sur ces murs abonde encore l’affichage commercial, grâce auquel les petits boutiquiers, les guichets de spectacles, les grandes marques de consommation vont tenter d’attirer le regard du passant pour lui vendre quelque chose, le solliciter lui et son porte-monnaie. Mais le passant n’hésite pas à déchirer, lacérer, décoller. Par cet acte anonyme et collectif, le message initial devient inintelligible. Saccager ou détourner ces excroissances de la communication de masse, nous l’avons sans doute tous fait un jour ou l’autre. Ensuite viennent les effets du temps qui passe et de la rigueur des éléments qui délavent, modifient les contours, font déteindre les couleurs. Les lambeaux se détachent, révélant d’autres gestes, d’autres saisons. De ce qui avait originellement une clarté ciblée, celle d’un message publicitaire, il nous reste un patchwork de couleurs et de

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formes. Ainsi nous avons sous nos yeux des sédimentations urbaines. Leur constante : celle d’un regard humain qui malgré son message perdu, nous appelle encore et nous scrute. Miroir du regard de l’artiste qui arpente les rues tel un entomologiste à la recherche de ces affiches éphémères, et qui leur rend hommage en les photographiant sans les altérer lui-même, pour pérenniser la beauté plastique de ces fragments de déréliction. Antoine Chouillou

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DE L’OUBLI À LA VIE

Elles sont destinées à l’oubli, au rebut, à l’effacement. Les affiches sont les images du capitalisme qui se joue de l’inassouvissement des désirs et de la quête sans fin du renouvellement de la pulsion d’achat. Souvent, la jeunesse des corps et particulièrement des visages est le cœur même de ces affiches, à la fois temps immobilisé et idéal d’une consommation qui n’y porterait pas atteinte. Ce capitalisme se nourrit de la mort, de la fuite, du passage du temps. Les photographies de Quentin Gassiat immobilisent ce mouvement. Elles figent le processus de disparition et captent ces corps et ces visages, ces objets de désirs, ces idéaux transitoires avant qu’ils ne disparaissent et ne soient remplacés, encore et encore par d’autres. Dents éclatantes, sourires figés, coups d’œil aguicheurs et lèvres pulpeuses, regards vides qui ne fixent rien et vous englobent, visages impassibles d’un autre monde, brillance du reflet d’une lumière artificielle, intimité de voie publique, attouchements immobiles,

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éternels sourires, nudités hivernales, ailleurs brûlants: ils se superposent, se juxtaposent en d’impossibles rapports disproportionnés, au travers de la violence des déchirures, des lacérations, des salissures, des morsures du temps passé. Quentin Gassiat nous montre ces incroyables signes devenus illisibles, aussi incompréhensibles que les plus anciens des hiéroglyphes, dernières traces d’un passé si proche et qui pourtant nous échappe déjà. Comme une dernière fois, avant d’être enfouis dans la mémoire au rang de ce qui ne vaut pas que l’on s’en souvienne, dans le bric-àbrac de ce qu’on ne se donne pas la peine de jeter et que l’on recouvre, Quentin Gassiat les restitue dans un ultime sursaut. Il donne une noblesse à ces déchets. Il nous amène à leur donner un regard nostalgique, à les considérer. Privés enfin de leur sens marchand, déparés de leur message commercial, ces corps et visages anonymes accèdent ainsi, in extremis, à la vie même. Jean-Marc Felzenszwalbe

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UNE VISIBILITÉ N’EST PAS UNE PRÉSENCE Il y a dans la rue les choses que l’on remarque, qu’elles se distinguent par leur couleur, leur sujet, le plus souvent par leur taille. Cette visibilité, absolu de publicitaire, est essentielle, car elle seule permet d’arrêter pendant quelques secondes le passant, dans un univers de flux qui, comme dans Koyaanisqatsi, ne laissent aucune place au temps suspendu. Néanmoins, cette dernière ne donne corps qu’à des « visuels », oubliés aussitôt qu’aperçus, qui marquent le regardeur de façon inconsciente, sans représenter pour lui l’âme du lieu dans lequel il passe. Or, cette visibilité ne signifie rien si elle ne s’accompagne pas d’une présence. Cette présence, les graffeurs et autres artistes urbains la recherchent sans cesse à travers la dissémination d’œuvres qui, bien que discrètes, comptent tout autant pour qui veut bien les voir. Ce faisant, ils rajoutent de la rue à la rue, de l’information à l’information préexistante.

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Les affichistes ont quant à eux pris un autre parti. Dès les années 1950, Jacques Villeglé, mais aussi Mimmo Rotella ou Raymond Heins ont compris que la rue possédait déjà cette présence, à travers ces affiches qui, exsudant le passage du temps, donnaient à voir la succession d’époques passées. A leur façon, c’est en sortant la rue de la rue, en la reconstituant en atelier, qu’ils lui donnèrent son éclat. Nous passons tous les jours devant ces affiches qui ornent les murs de la ville. A force de les voir nous ne les regardons plus, à force de les reconnaître nous ne les interprétons plus. Elles sont pourtant des miroirs en permanence tournés vers nous, reflétant nos goûts, nos dégoûts parfois, nos désirs et nos aspirations. Depuis des siècles elles constituent un medium véhiculant information, appel à l’ordre, à la révolte, mais plus sûrement encore nos idéaux, projetant sous nos yeux les portraits de ceux qu’une époque choisit pour la représenter. En un sens, elles nous montrent ainsi ceux que nous ne serons jamais, que nous aspirerons toujours à devenir.

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Mais les affiches meurent aussi, souffrant du climat, des gestes des passants, ou tout simplement du passage du temps. A moitié déchirées, elles laissent entrevoir en se sédimentant la strate inférieure d’un mur ou d’un support, qui le plus souvent n’est qu’une autre affiche, un rêve second ayant tout simplement succédé à un rêve premier effacé, oublié déjà, et qui pourtant surgit de nouveau dans cet espace offert. Interroger l’affiche par la photographie, c’est contempler directement cette sédimentation, les déchirures du temps superposant sur un même plan les mois et les années écoulés. C’est aussi questionner un geste, et parier qu’il est possible de donner une présence à ces éléments de contexte urbain, sans pour autant ajouter ni enlever à la rue. Le regard reste celui d’un simple spectateur n’ayant pas participé directement à la captation réalisée. C’est alors l’isolement d’un motif par le cadrage et la composition qui donnera au détail anodin une présence particulière. Quentin Gassiat

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SÉDIMENTATIONS Une visibilité n’est pas une présence

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Quentin Gassiat est un jeune artiste visuel français de 26 ans, vivant et travaillant à Paris. A côté de sa propre pratique artistique, il développe depuis plusieurs années

un

travail

documentaire, allant à la rencontre d'artistes de tous les horizons pour échanger avec eux sur leur parcours et leur travail. Ces entretiens sont publiés

sur

le

site

qgdesartistes.fr

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La galerie Xenithia-Nomade, fondée en 2018 par Antoine Chouillou, a pour objectif de promouvoir des artistes contemporains en organisant des expositions temporaires et en publiant des catalogues sur papier ou en ligne. Les domaines d’intérêt de la galerie sont la peinture, le dessin et la photographie. Pour tout renseignement sur les oeuvres disponibles à la vente ou sur les évènements à venir, le galerie peut être contactée par email (info@xenithia-nomade.com). Ce catalogue a été publié à l’occasion de l’exposition SÉDIMENTATIONS, exposition personnelle des photographies de Quentin Gassiat, organisée par la galerie XenithiaNomade à Milan, via Lanzone 23, du 21 au 23 mars 2019. Les oeuvres choisies pour l’exposition sont accessibles sur le site de la galerie (www.xenithia-nomade.com). Elles constituent une édition limitée à 10 exemplaires, imprimées par digigraphie, au format 30 x 30 cm ou 30 x 48 cm. Un tirage à part en un exemplaire unique a été effectué pour l’exposition SÉDIMENTATIONS en suivant le même procédé. Quentin Gassiat remercie chaleureusement Jean-Marc pour permettre de nouveaux rêves, Émilie pour sa relecture attentive, ses parents et ses frères pour leurs avis et leur soutien et ses amis qui l'ont supporté pendant la préparation de ce projet. Photographies: © 2019 Quentin Gassiat Conception: © 2019 Xenithia-Nomade srls - Viale Monte Santo 1/3, 20124 Milano Aucune reproduction partielle ou totale du présent catalogue, sur tous supports et en tous pays, n’est autorisée sans le consentement explicite de la galerie XenithiaNomade, éditrice de cet ouvrage (info@xenithia-nomade.com).

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XENITHIA-NOMADE www.xenithia-nomade.com

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Quentin Gassiat, Sédimentations  

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