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Nº 19 MARS 2020

Journal participatif et de solutions

GRATUIT

HORS-SÉRIE Femmes & migrations

FEMMES & MIGRATIONS enjeux et solutions vers l’égalité Comprendre les enjeux de la migration genrée PAGES 6 À 10

Reportage, l’Éthiopie au fil des femmes PAGES 11 À 21

Agir pour les femmes en migration : zoom sur des initiatives inspirantes PAGES 22 À 33

Témoignages de femmes en migration PAGES 34 À 38

Hors-série réalisé en partenariat avec Frame Voice Report ! de l’union européenne Journal associatif et sans publicité déposé au dépot légal de la Bnf. Achevé d’imprimer mars 2020 par Chirat 3, place Gerson 69005 Lyon Ne pas jeter sur la voie publique - Numéro ISSN : 2495 - 9847 - Numéro CPPAP : 0624 G 93965


Le Tout Va Bien Le TVB est l’un des principaux outils de l’association Tout Va Bien qui a pour objet social la diffusion de solutions à impact positif sur l’environnement, l’individu, la société et le vivre-ensemble. Inspiré du journalisme de solutions, TVB a créé en 2016 le principe de l’initiative au kilomètre. En relayant les démarches inspirantes d’acteurs locaux, l’association espère stimuler les envies d’agir proches de chez soi. Le journal est avant tout un outil citoyen de réflexion collective puisque tout le monde a le droit d’écrire dans ses pages après une courte formation à l’écriture journalistique et la signature de notre charte éditoriale. En passant ensemble en mode solutions, nous espérons voir naître plein d’idées pour réinventer demain.

Edito Nous clôturons notre cycle de réflexion sur les migrations avec ce hors-série consacré aux femmes en migration. Un premier hors-série expliquait le concept de migration et recensait les initiatives culturelles à impact positif de la région Auvergne-Rhône-Alpes. Dans cette nouvelle édition, nous avons souhaité inclure des personnes en migration à la rédaction et recueillir des témoignages et histoires de pays dits du Sud pour comprendre l’enjeu global de ce sujet de société. Nous sommes donc allés en Éthiopie, pays carrefour et en pleine évolution sur la place des femmes. Parce qu’elles représentent environ la moitié de la population, parce que l’égalité des sexes est un enjeu pour la construction d’une paix durable, parce qu’elles ne sont pas toujours visibles, nous avons souhaité nous focaliser sur les femmes, qui, dans les migrations comme ailleurs, sont souvent victimes de discriminations et de violences de genre. Nous espérons humblement inspirer l’égalité et partager des pistes de solutions pour plus de respect du droit des femmes et de leurs spécificités. Laurianne Ploix

NOS FORMULES D’ABONNEMENT

1 AN 10 NUMÉROS 5 HORS-SÉRIES

TVB, Tout Va Bien, le journal qui réinvente demain Association loi 1901 Accueil public : Ligue de l’enseignement, 20 rue François Garçin 69003 Lyon Siège social : 56 route de Genas 69003 Lyon contact@toutvabienlejournal.org Directrice de publication Laurianne Ploix Journalistes Seamus Kearney Elodie Horn Raphaëlle Vivent Alexis Demoment Dorothée Oké Laurence Duran Laurianne Ploix Jeunes en service civique Niloufar Forghani Perrine Getin Mohanad Al Sayed Julie Gaubert Camélia El Cadi Marion Joubert Ali Husaien Personnes en migration Ramadan Bozhlani Erdoan Mahmuti Arjola Doda Neelab Sadat Rhamatalla Abdelkarim Ebaa Amin Bonney Magambo Secrétaire de rédaction Sylvie Mosser Photographes Photographies créditées sur l’image, prises par nos journalistes, gracieusement mises à disposition par les structures partenaires ou libres de droit

RDV sur toutvabienlejournal.org

Mise en page Laurianne Ploix

WEB Tvb en pdf

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MEMBRE ENGAGÉ Tvb au choix + réductions sur nos événements

Partenaires financiers Frame Voice Report ! (Union européenne) Métropole de Lyon Ville de Lyon

50 €

Toutes les photos appartiennent à nos journalistes ou à une structure et sont interdites de reproduction. Tous les contenus rédactionnels sont partagés en licence creative commons by et donc libres de droit à partir du moment où l’auteur est crédité et que le texte n’a pas été modifié. Plus d’infos sur : Http://toutvabienlejournal.org

80 €


HORS-SÉRIE JEUNESSE

L’ÉQUIPE DU PROJET

Afin de s’inscrire dans une démarche inclusive et d’éducation populaire, nous avons

Panorama

rédigé une grande partie des articles de ce hors-série sous forme de trinômes regroupant des personnes en migration, garantes de notre approche du sujet, des jeunes en service

civique, sensibilisés à cette cause sociétale, et des journalistes professionnels pour une rédaction qualitative. Retrouvez ci-dessous l’équipe du projet.

Camélia Laurianne Elodie

Seamus

Laurence

Rhamatalla

Erdoan

Perrine

Arjola

Mohanad

Raphaëlle Charlotte

Anne-Sophie Niloufar Marion

Julie

Alexis

Dorothée

Bonney

Ramadan

Ali

Ebaa

Neelab

RETOUR SUR LES ODD Pour faire suite aux objectifs du millénaire et à leur succès dans la mobilisation et dans la clarification des objectifs internationaux, l’ONU a défini 17 objectifs de développement durable (ODD) pour faire progresser l’humanité, comme l’éradication de la pauvreté, de la faim et la prise en compte des défis climatiques. Vous les retrouvez ci-contre. Les objectifs de développement durable nous donnent la marche à suivre pour parvenir à un avenir meilleur et plus durable pour tous. Ils répondent aux défis mondiaux auxquels nous sommes confrontés et sont interconnectés. Pour ne laisser personne de côté, il est important d’atteindre chacun d’entre eux, et chacune de leurs cibles, d’ici à 2030. Dans le cadre de notre projet, nous nous sommes focalisés sur l’ODD numéro 5, l’égalité entre les sexes, pour comprendre ses enjeux et identifier des pistes d’actions inspirantes, plus particulièrement dans les phénomènes migratoires. Cet ODD vise à autonomiser les femmes et les filles tout en défendant l’égalité de leurs droits afin de garantir un monde pacifique, juste, sécurisé, prospère et durable. Retrouvez plus d’informations sur le site de l’ONU consacré à cet ODD qui rappelle les enjeux actuels (la création de loi pour protéger les femmes, 50 pays n’en ont pas) et les progressions en cours (30 % de mutilations génitales en moins, la progression de l’accès à l’école primaire et de leur représentation dans les fonctions publiques).


Sommaire FEMMES & MIGRATIONS COMPRENDRE LES ENJEUX Pages 6 à 10 7&8 9 & 10 10

Les migrations féminines en quelques chiffres Les spécificités de la migration genrée Retour sur les missions de l’OIM Retrouvez plus de données dans le hors-série 13 de TVB Culture & migrations

REPORTAGE EN ÉTHIOPIE Pages 11 à 21

12 à 15

L’Éthiopie au fil des femmes

15 à 17

L’Éthiopie d’aujourd’hui

18 & 19

Femmes & migrations, ils agissent en Éthiopie

20 & 21

24 heures dans la communauté Awra Amba

TÉMOIGNAGES DE FEMMES EN MIGRATION Pages 34 à 38 35

Khalida Popal croit au pouvoir du foot

36

Fatima Al-Faqeer, la Jordanie se savoure à Lyon

37

Lorena Hoxha, un exemple de résilience

38

Sadia Hessabi, de Kaboul à Lyon, saveurs d’ici et d’ailleurs


AGIR POUR LES FEMMES EN MIGRATION Pages 22 à 33

23

Centre Essor, soigner les traumatismes psychiques de l’exil

29

Impulso, accompagner les femmes au Pérou dans la gestion de leur micro-crédit

24

La Cimade, le guide pour comprendre et la bataille des droits des femmes en situation irrégulière

29

ALPADEF, former les femmes pour leur autonomie dans des projets de coopératives agricoles au Sénégal

25

Santé pour toutes et partout avec Gynécologie sans frontières

30

ItinérENS, les cours de français langue étrangère gratuits pour les exilés

26

Insertion professionnelle et lutte contre l’isolement avec Passer’elles buissonnières

31

2MSG, le cocon familial qui accueille et défend les minorités LGBTQI+

27

Social Builder, opportunités d’emploi et égalité dans le digital

32

À nos sœurs qui brûlent de briller, la pièce de théâtre participatif de Myriam Boudenia

28

L’hôpital Bicêtre et son unité qui redonne un espoir médical aux victimes de l’excision

33

Ce que nous sommes, le projet photographique de Bénédicte de la Taille pour lutter contre les stéréotypes sur les femmes en migration

CONTACT DES STRUCTURES D’AIDE AUX FEMMES EN MIGRATION Page 39 HS TVB #19 - P.5


PAGES 6 À 10

FEMMES & MIGRATIONS COMPRENDRE LES

ENJEUX


Les migrations internationales 272 millions de personnes sont en situation de migrations internationales soit 3,5 % de la

population mondiale

29,4 millions de personnes en situation de déplacements forcés étaient des réfugiés ou demandeurs d’asile.

En 2019, environ 272 millions de personnes sont en situation de migrations internationales, soit environ 3,5 % de la population mondiale, d’après les estimations publiées par la Division de la population du Département des affaires économiques et sociales des Nations unies (DAES). Par ailleurs, fin 2018, l’United Nations High Commissioner for Refugees (UNHCR) a estimé que 29,4 millions de personnes migrant à l’international étaient en situation de déplacements forcés en tant que réfugié·es ou demandeur·deuses d’asile.

Mais quelle place prend le genre féminin dans ces migrations ?

EN 2019, 50 % DE LA POPULATION MONDIALE SONT DES FEMMES

...par tranches d’âges en 2019

...et par provenances géographiques en 2019

Part de femmes dans le bilan démographique mondial Source : United Nations, Department of Economic and Social Affairs Population Division (2019), World Population Prospects 2019

LA PART DE FEMMES DANS LES MIGRATIONS INTERNATIONALES...

s

... de 1990 à 2019

Source : United Nations, Department of Economic and Social Affairs Population Division (2019), World Population Prospects 2019

Source : United Nations, Department of Economic and Social Affairs. Population Division (2019), World Population Prospects 2019

Les femmes en situation de migrations à l’international représentent 3,4 % du bilan démographique féminin mondial en 2019.


et la part des femmes en quelques chiffres Infographies parDoucet Laura Doucet Infographie par Laura

EN 2018, 55,4 % DES PERSONNES MIGRANT À L’INTERNATIONAL LE FONT POUR DES RAISONS PROFESSIONNELLES

Causes des migrations internationales en 2018

Fin 2018, les personnes réfugié·es et en situation de demande d’asile représentent environ 11 % des migrations internationales estimées en 2019. Source : United Nations High Commissioner for Refugees, Global Trends Forced displacement in 2018, pages 2 et 60

Proportion par genres d’hommes et de femmes en situation de déplacements forcés*

Source : United Nations High Commissioner for Refugees, Global Trends Forced displacement in 2018, pages 2 et 60 / Organisation Internationale pour les Migrations (OIM), Migration Data Portal

EN 2018, 70,8 MILLIONS DE PERSONNES SONT EN SITUATION DE DÉPLACEMENTS FORCÉS En 2018, le UNHCR a identifié 70,8 millions de personnes en situation de déplacements forcés pour causes de persécutions, conflits, violences ou violations des droits de l’homme.

Statuts des personnes en situation de déplacements forcés fin 2018

*Ces données ne couvrent que 69 % des personnes en situation de déplacements forcés. En effet les données disponibles ventilées par sexe par le HCR ne permettent pas de couvrir la totalité des personnes en situation de déplacements forcées.

À l’échelle internationale, l’ONU Femmes estime que près d’un travailleur domestique sur 6 est un migrant international et que les femmes représentent 73,4 % des travailleurs domestiques.


HORS-SÉRIE FEMMES & MIGRATIONS

Les spécificités de la migration genrée

P

our comprendre au mieux les spécificités induites par le fait d’être une femme en migration, nous avons rencontré deux travailleuses sociales qui accompagnent des demandeuses et demandeurs d’asile depuis plusieurs années. Alexandra Beckley est chargée d’accompagnement administratif et juridique pour les personnes demandant l’asile au centre d’accueil de demandeurs d’asile (CADA) de Villeurbanne Nicolas-Garnier et Cindy Di Jusco est chargée d’accompagnement juridique et social.

TVB : Pourquoi parlons-nous aujourd’hui de migration genrée ? CdJ : Les difficultés liées aux problématiques de genre touchent la société en général et se retrouvent donc aussi dans la migration. La question du genre dans son aspect global est un vaste sujet. On ne peut pas l’ignorer. Parler que de la question des femmes en migration, ne répond qu’à un aspect de ce que signifie la migration genrée. De plus, si historiquement on avait le mythe de l’homme qui migrait, on trouve de plus en plus de femmes en migration et de femmes seules. Désormais, dans notre travail quotidien, nous essayons d’intégrer les problématiques liées au genre pour nous trouver dans une meilleure compréhension de la personne, tant dans ce qu’elle a vécu sur le parcours de migration que sur les possibles raisons de son exil. La problématique n’est peut-être pas nouvelle, mais les personnes victimes de discriminations ou de violence liées à leur genre, des femmes mais pas seulement, représentent la majorité de celles que l’on accompagne aujourd’hui. AB : Tout à fait. Au sein de notre CADA, selon nos statistiques de l’année 2019, 75 % des protections obtenues visaient des femmes seules sur des thématiques de genre. Cela concernait des femmes victimes de violences conjugales, des petites filles risquant des mutilations génitales, des infanticides (notamment pour des fillettes en situation de handicap que l’on souhaitait tuer pour des sacrifices ou parce qu’elles apportaient la honte sur la famille), des féminicides (la volonté de les tuer parce que ce sont des filles) ou des mariages forcés. La plupart des femmes qui demandent l’asile, au sein de notre établissement, invoquent des motifs de persécution liés au genre. Mais même au niveau national, le dernier rapport d’activité de l’OFPRA affirme que la première thématique invoquée pour une demande de protection est la traite des êtres humains à vocation d’exploitation sexuelle. Certes cela peut toucher des hommes, mais ce sont essentiellement des femmes, parfois très jeunes, qui sont ciblées.

Société

TVB : Quelle est la spécificité d’être une femme en migration ? AB : Une femme va subir des persécutions auxquelles un homme sera moins ou pas confronté. Je pense notamment au viol comme arme dans les contextes de conflits armés ou comme outil de persécution. Là où un homme va être torturé ou incarcéré, une femme sera systématiquement violée qu’importe son âge. Sur certaines routes de l’exil, notamment celles qui passent par la Lybie, toutes les femmes que j’ai rencontrées ont subies des violences sexuelles. CdJ : En effet, ce sont des confirmations que l’on a en entretiens et des traumatismes à gérer ensuite. On se concentre surtout sur les motifs de départ, les seuls retenus pour la procédure, mais on ne peut pas nier le parcours de ces femmes qui nécessiterait souvent des accompagnements psychologiques en plus de nos accompagnements sociaux et juridiques (Ndlr : voir le centre Essor créé à cet effet par Forum Réfugiés p.23 ). L’évocation de ces problématiques peut prendre du temps. La nécessité de créer des lieux sécurisants et bienveillants s’impose donc.

TVB : La convention de Genève qui détermine les causes pouvant justifier l’obtention du statut de réfugié intègre-t-elle les thématiques de genre ? AB : C’est une vaste question. Selon la Convention de Genève, pour obtenir le statut de réfugié, la personne doit, entre autres, prouver qu’elle est persécutée sur l’un des 5 motifs suivants : sa race ou son ethnie, sa nationalité, sa religion, ses opinions politiques ou son appartenance à un groupe social. Lors de la création de cette Convention en 1951, aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale, les rédacteurs avaient en tête pour cette question du groupe social plutôt les « cobayes » utilisés par les nazis, etc. En 1997, la plus haute juridiction administrative, le Conseil d’État, est venue censurer une décision de la Cour Nationale du Droit d’Asile (CNDA, anciennement Commission des Recours et des Réfugiés), juridiction compétente en matière d’asile, pour n’avoir pas accordé de protection à une personne transsexuelle algérienne sans vérifier s’il n’existait pas un groupe social de personnes transsexuelles en Algérie. Depuis, les institutions de l’asile ont intégré la notion de genre dans la reconnaissance de nouveaux Groupes Sociaux. Néanmoins, la Convention de Genève ne couvrant pas toutes les situations de persécution, la « Protection Subsidiaire » offre également une possibilité de protection sur 3 autres motifs : pour un civil, le fait d’être dans un pays ou une zone de conflit généralisé, ensuite le fait d’être soumis à une peine de mort, ou le fait de fuir une situation de torture ou de traitements inhumains ou dégradants. Les femmes victimes de violences vont être quasiment toutes protégées sur ce dernier motif mais c’est une protection qui est moindre, plus courte et conditionnée. CdJ : Il me semble important que les institutions de l’asile intègrent de manière systémique, dans leurs grilles de lecture des motifs de fuite, les persécutions de genre pour pouvoir reconnaître les traumatismes subis et leur illégalité.

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HORS-SÉRIE FEMMES & MIGRATIONS

CdJ : Nous essayons d’intégrer au mieux cette thématique de genre, en général, dans les CADA en adaptant nos pratiques et en étant attentifs à cela. Le fait d’y réfléchir tous ensemble et d’y être tous sensibilisés a aussi été positif. Donc, former tout le monde sur les problématiques mais aussi sur les méthodes d’accompagnement me semble très important : connaître tous les outils et contacts à donner aux femmes victimes de violences pour qu’elles puissent se (res)saisir de leur vie.

à la CNDA de protéger une personne qui a subi des persécutions d’une gravité telle, que le critère d’actualité de la crainte n’est plus requis. Par ailleurs, des divisions thématiques et spécialisées ont été mises en place au sein de l’OFPRA, notamment sur les questions de genre (torture, orientation sexuelle, etc.). Une adresse dédiée a été créée afin de mieux prendre en compte les situations de vulnérabilité. Il est également possible pour le demandeur de choisir le sexe de l’officier de protection qui écoutera la personne, un tiers d’une association habilitée peut participer à l’entretien OFPRA aux côtés du demandeur… Il ne faut pas hésiter à utiliser davantage tous ces outils.

AB : Il existe des outils juridiques qui ne sont pas utilisés, donc avant de vouloir créer autre chose, je pense que nous pourrions accompagner les demandeurs d’asile à se servir de l’existant. Je pense notamment au mécanisme juridique de l’exceptionnelle gravité des persécutions qui permet à l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) ou

CdJ : Et je crois que comme nous le disions au début, les violences et les discriminations liées au genre touchent tous les pays, toutes les couches sociales. Cette dimension doit être un des moteurs d’analyse pour reconnaître une différence de traitement entre les hommes et les femmes, pour ensuite pouvoir mieux y remédier.

TVB : Quelles solutions avons-nous aujourd’hui pour accompagner au mieux la migration genrée ?

Laurianne Ploix

Retour sur les missions de l’OIM

L

’Organisation internationale pour les migrations (OIM) est une organisation internationale dépendant de l’ONU. Créée dans les années 1950 pour gérer l’émigration des déplacés et réfugiés économiques européens, elle s’appelait initialement Comité intergouvernemental pour les migrations européennes (CIME) après être passée par un stade provisoire. Elle assuma notamment la responsabilité de la réinstallation d’environ 180 000 réfugiés hongrois ayant fui en Autriche et en Yougoslavie en 1956/1957. L’OIM agit sur le principe selon lequel les migrations s’effectuant en toute légalité et dans le respect de la dignité humaine sont bénéfiques à la fois pour les migrants et pour la société. L’organisation définit sa mission selon 4 points : relever les défis croissants de la gestion des flux migratoires, favoriser la compréhension des questions liées à la migration, promouvoir le développement social et économique à travers les migrations et œuvrer au respect de la dignité et du bien-être des migrants. Pour cela, l’OIM fournit une assistance internationale en matière de migration, conseille et aide les États dans leur politique migratoire, prend part aux réponses humanitaires

© OIM

HS TVB #19 - P.10

en coordonnant les migrations liées aux situations de crise ou d’urgence, construit des programmes facilitant le retour volontaire et la réintégration des réfugiés, etc. Pour comprendre les enjeux de la migration, l’OIM publie un rapport sur l’état de la migration dans le monde (que vous pouvez retrouver en suivant le lien www.iom.int/wmr). Dans le dernier, publié en 2020 sur des chiffres 2019, on peut voir qu’entre 2000 et 2020 la proportion de la population mondiale en situation de migration est passée de 2,8 à 3,5 %, la part des femmes de 47,5 à 47,9 %. Le dernier rapport souligne, par ailleurs, la montée des migrations liées à des problématiques environnementales dues au réchauffement climatique. L’organisation dispose également d’un site de données concernant la migration (migrationdataportal.org). L’image ci-contre en est extraite et illustre le pourcentage de femmes parmi les victimes de trafics. Nombre de pays sont au-dessus des 75 %, la Chine est à 88 %, la Russie 85 %, les États-Unis  92  %, l’Allemagne 80 %, l’Éthiopie 79 %, la Géorgie et la Tanzanie 100 %. Un planisphère qui illustre la vulnérabilité particulière des femmes dans les mouvements migratoires, à l’échelle internationale. L’OIM agit donc pour limiter les dangers de la migration. Elle dispose, entre autres, de deux bureaux spéciaux de liaison, à New-York et à Addis-Abeba. À l’échelle de l’Éthiopie, pays sur lequel nous nous focalisons dans cette édition, sur les mois de septembre et octobre 2019, l’OIM a recensé 11 000 retours forcés d’Arabie aoudite parmi lesquels 331 personnes vulnérables ont été assistées dans le transport et l’hébergement. 11 400 visites médicales ont eu lieu, 45 000 individus ont profité d’actions de sensibilisation à l’hygiène, 16 500 ont bénéficié d’hébergement d’urgence, 5 400 réfugiés ont été aidés pour des migrations à l’arrivée en Éthiopie et 500 pour leur départ du pays. Retrouvez dans la rubrique suivante des actions mises en place pour aider les femmes en migration dans ce pays de la corne de l’Afrique. LP


PAGES 11 À 21

ÉGALITÉ FEMMESHOMMES

EN ÉTHIOPIE

© Laurianne Ploix


Histoire

S

L’Éthiopie au fil des femmes

i l’Histoire nous est souvent contée par le prisme des hommes, TVB est allé en Éthiopie pour découvrir puis transmettre son histoire à travers les femmes qui l’ont faite. De Lucy, notre ancêtre australopithèque à la présidente actuelle de l’Éthiopie, en passant par la mythique reine de Saba, nous vous raconterons succinctement l’histoire du berceau de l’humanité, au fil des femmes. Puis, des témoignages de contemporains illustreront les efforts faits et restant à faire pour une meilleure égalité femmes-hommes dans un pays en plein développement. L’Éthiopie se trouve à l’est du continent africain dans ce que l’on appelle la Corne de l’Afrique. Ses frontières côtoient à l’est Djibouti et son accès à la mer Rouge, au sud la Somalie et le Kenya, à l’ouest le Sud-Soudan, au nord-ouest le Soudan et au nord-est l’Érythrée. Elle est reliée à la Méditerranée par la vallée du Nil et la vallée du Rift : le grand fossé du Rift est une faille à la surface de la Terre, qui s’étend de la Syrie au Mozambique, englobant la mer Rouge. Des traces écrites et artistiques révèlent la présence d’une civilisation dans ce pays il y aurait au moins 5 000 ans.

Lucy, notre ancêtre de 3,2 millions d’années En 1974, le squelette d’un hominidé de sexe féminin est découvert dans le fond d’un lac asséché à Hadar, au nord-est de l’Éthiopie. Les archéologues qui la découvrent écoutaient Lucy in the sky with diamonds des Beatles au cours de leurs recherches et décident de nommer ce nouvel Australopithecus afarensis Lucy. Les Éthiopiens l’appellent eux Dinqnesh, qui signifie « la merveilleuse » en amharique. Dans le musée national d’Addis-Abeba, nous pouvons voir une reconstitution du squelette de la jeune fille de 3,2 millions d’années (âge déterminé par les techniques de radiochronologie).

Les 3 grandes étapes de l'évolution morphologique humaine

Apparition des outils et du langage

Australopithèques

- 1,9 millions d'années

La fabrication d'outils

- 2,2 MA

Primates & hominidés bipèdes

- 2,5 millions d'années

La bipédie Apparition de la marche

- 4,2 MA

- 7 millions d'années

Selon le professeur Henri de Lumley

Allongée dans son coffre de verre, la jeune fille de 1 m 05 se devine à travers ses nombreux fragments osseux. Des dents à la ressemblance terriblement humaine, ancrées dans la mâchoire, des côtes disposées en arc de cercle et son bassin dessinent un squelette familier. Son port de tête, la courbure de sa colonne vertébrale, son bassin et son fémur permirent aux scientifiques de définir qu’elle était apte à la bipédie (le fait de marcher debout sur 2 pieds, l’une des caractéristiques de l’être humain). Ses longs bras et ses phalanges courbées portent à croire qu’elle était également arboricole (se déplaçant dans les arbres), les chercheurs parlent alors de structure corporelle « bilocomotrice » car capable de se déplacer de deux façons. Sa découverte rendit caduques les anciennes théories qui pensaient que la bipédie était liée à l’évolution de la taille de notre crâne, qui apparut finalement bien plus tard. Aux côtés de Lucy, dans le musée national d’Éthiopie, on retrouve un autre squelette, celui de Selam (« paix » en amharique), une autre petite fille de 3 ans qui aurait, elle, 3,3 millions d’années. L’ensemble des recherches réalisées dans la région ont permis aux scientifiques de créer des reconstitutions supposées de nos ancêtres (voir photo). On suppose donc que Lucy, Selam et leurs contemporains représentent le chaînon manquant entre les genres australopithèque et homo dans la probable lignée de l’être humain.

La reine de Saba et le royaume d’Aksoum Les premières civilisations humaines auraient vécu en Éthiopie à partir d’environ 3 500 ans avant Jésus-Christ et formeraient le pays de Pount dans lequel l’Égypte toute puissante des pharaons venait chercher or, ivoire, myrrhe et esclaves en bateau. Le guèze, langue à l’origine des langues arabe et amharique, se développe dans le nord du pays entre -2 000 et -1 500 avant Jésus-Christ. Une civilisation arabe aurait pu investir le territoire. Le royaume d’Aksoum voit le jour aux alentours de -400 avant Jésus-Christ, d’après les dernières recherches archéologiques et la première trace écrite de ce Royaume (Périple de la mer Érythrée qui date du Ier siècle et rédigé par un marin égyptien parlant grec). Situé au carrefour des routes maritimes entre la Méditerranée et l’Inde, il aurait été l’un des plus puissants du monde antique.

La production de nourriture Apparition de la chasse Changement de morphologie Domestication du feu (-400 000).

Homo (Habilis, Erectus, Sapiens...)

Carte réalisée sans respect des proportions pour plus de lisibilité © L.Ploix

HORS-SÉRIE FEMMES & É MIGRATIONS

Les historiens ne savent pas vraiment expliquer l’apparition d’une civilisation aussi puissante que celle du royaume d’Aksoum, qui à son apogée s’étendait des bords du Nil à l’Arabie recouvrant les territoires actuels du nord de l’Éthiopie, l’Érythrée, Djibouti, une partie de l’Égypte, du Yémen et de l’Arabie saoudite. La légende éthiopienne a, elle, une explication. Aksoum aurait été fondé par Askoumawi qui ne serait autre que l’arrière-petit-fils de Noé. Son royaume aurait prospéré jusqu’à ce qu’un serpent géant, Wainaba, ne


De gauche à droite. Une reconstitution de Selam et le squelette reconstitué de Lucy en arrière-plan avec des répliques de ses os en noir, au musée national d’Addis-Abeba. Les stèles funéraires d’Aksoum hautes d’une vingtaine de mètres. L’effondrement de la première aurait marqué l’avènement du christianisme dans le Royaume. La seconde a été rendue à l’Éthiopie par l’Italie en 2005. Sortie de la messe de l’église Sainte-Marie-de-Sion à Aksoum, construite pour les femmes par Haïlé Sélassié car elles n’avaient pas le droit d’aller à l’église auparavant. © Laurianne Ploix

vienne s’imposer sur ses terres pendant 400 ans. La population locale l’aurait nourri de lait et de vierges pour éviter qu’il ne dévore toute la population. Un homme, Angabo, serait venu du pays des Sabéens (de l’autre côté de la mer Rouge) et aurait demandé le trône s’il réussissait à vaincre Wainaba. La population locale accepta et il tua le serpent sans l’affronter mais en lui offrant une chèvre remplie de poison. Le Royaume d’Aksoum prospéra à nouveau, Angabo eu pour descendance une seule fille, Makeda, qui deviendra la mythique reine de Saba. Le royaume d’Aksoum se développe par le commerce maritime avec les Byzantins, les Arabes et les Perses en vendant des pierres précieuses, des céréales, de l’ivoire (car à l’époque il y avait encore des éléphants), et des esclaves. Il est à son apogée d’environ 200 à 500 après Jésus-Christ. Il crée des pièces de monnaie en bronze, en argent et en or et édifie d’immenses stèles indiquant les tombeaux. La richesse de cet empire semble incontestable. Au IVe siècle, le roi Ezana se convertit au christianisme et des pièces sont frappées avec la croix chrétienne, une première mondiale. Au Ve siècle, la Bible est traduite pour la première fois en guèze et le christianisme façonne la vie du royaume. Aujourd’hui encore, environ la moitié de la population éthiopienne est chrétienne (majoritairement orthodoxe). En 615, la fille du prophète Mahomet et quelques fidèles fuient les persécutions en Arabie pour se réfugier en Éthiopie où ils introduisent l’islam. Aujourd’hui, environ 34 % de la population éthiopienne est musulmane et Nagesh, la ville où aurait vécu la fille du prophète, est un lieu de pèlerinage musulman. L’islam gagne progressivement en importance de l’autre côté de la mer Rouge et les routes commerciales se détournent progressivement d’Aksoum, la chrétienne. À partir de l’an 700, l’Éthiopie entre dans une période que l’on appelle « l’âge sombre » et sur laquelle nous avons peu d’informations.

La reine Judith et le Moyen Âge éthiopien Nous retrouvons des traces de vie humaine en Éthiopie avec les églises troglodytes de Lalibela construites au XIIe siècle. Mais les légendes orales parlent d’une reine Judith ou Goudit (ou encore d’autres appellations), particulièrement sanguinaire et opposée à l’avènement du christianisme dans le royaume d’Aksoum, qui aurait vécu autour de l’an 1000. Elle se serait alliée avec différents dissidents pour faire tomber Aksoum et détruire

La légende de la naissance de Ménélik et de l’Arche d’Alliance en Éthiopie Différentes légendes et histoires racontent la naissance de Ménélik et la possible présence de l’Arche d’Alliance à Aksoum. Nous vous raconterons une version. La reine de Saba se serait fait vanter les mérites du roi Salomon comme un homme particulièrement sage et intelligent. Curieuse, car elle-même éprise de sagesse, la reine de Saba aurait alors préparé un voyage vers Israël avec plus de 700 chameaux, des pierres précieuses et d’autres ressources du royaume d’Aksoum afin de montrer sa richesse. Lors de leur rencontre, pour tester l’intelligence du roi, la reine l’aurait mis au défi de différencier 2 fleurs, une vraie et une fausse, absolument identiques, sans avoir le droit ni de les toucher ni de les sentir. Le roi Salomon, futé, aurait ouvert la fenêtre de la pièce et deviné la vraie fleur lorsqu’il aurait vu ses pétales danser avec le vent. Comme il aurait remporté tous les défis et prouvé sa sagesse, la reine lui aurait offert la cargaison de sa caravane. Touché, le roi aurait été séduit par la reine et l’aurait demandée en mariage. Celle-ci aurait renoncé car il avait déjà plus de 60 épouses, 80 concubines et de nombreuses conquêtes. Ils auraient alors passé un accord, elle ne toucherait pas aux vivres ou boissons du palais et il ne la toucherait pas. Elle se serait alors installée dans la chambre du roi dans un lit séparé à l’autre bout de la pièce. La veille du départ de la reine, Salomon aurait ordonné la préparation d’un dîner très salé et épicé et de ne laisser qu’une carafe d’eau au pied de son lit. Assoiffée en pleine nuit, la reine aurait cherché désespérément de quoi s’hydrater et aurait fini par succomber à la carafe au pied du lit de Salomon. Alors qu’elle s’en serait saisie, le roi lui aurait attrapé le bras, soulevant qu’elle ne respectait pas leur accord. Se serait ensuivie une nuit d’amour pendant laquelle Ménélik aurait été conçu. À son départ, Salomon aurait demandé à la reine de donner un anneau d’or avec le dessin d’un lion à son futur enfant s’il venait à naître et de le renvoyer en Israël à l’âge adulte. Ménélik serait né sur le chemin du retour et revenu en Israël à la vingtaine. Sa mère lui aurait offert un miroir pour qu’il se regarde et puisse ainsi reconnaître son père. Salomon l’aurait reconnu avec l’anneau d’or. Pour le protéger pendant son retour et éloigner l’Arche d’Alliance des convoitises de Jérusalem, le roi Salomon l’aurait remis à son fils qui l’aurait ramené au royaume d’Aksoum. Il séjournerait depuis dans l’église Sainte-Marie-deSion à Aksoum, interdit de toute vue et surveillé par un gardien nommé à vie et nommant le gardien suivant. L’Arche d’Alliance est le coffre mythique qu’aurait construit Moïse sur le mont Sinaï pour y loger les tables de la loi (2 tables de pierres) sur lesquelles seraient inscrits les 10 commandements. Une réplique des tables, ou tabot en amharique, se trouve dans chaque église chrétienne du pays. Lors des cérémonies du Timkat en janvier, les tables de la loi sont descendues jusqu’à la rivière la plus proche dans une procession de fidèles tous vêtus de blanc.


Église enterrée de Saint-Georges, la plus aboutie du sanctuaire de Lalibela. © Laurianne Ploix

de nombreuses églises et monuments. Certains lui prêtent des revendications juives, mais la science et l’histoire ne semblent pas approuver pas cette théorie, car cette même légende lui prête l’origine de la dynastie Zagwé qui aurait construit la nouvelle Jérusalem, d’influence orthodoxe, à Lalibela. Les Zagwé n’ont laissé aucune trace écrite, aucune pièce de monnaie, rien qui puisse permettre d’expliquer et comprendre cette dynastie qui disparaîtra à la fin du XIIIe siècle laissant un magnifique patrimoine enterré. Yekuno Amlak, qui renversa probablement les Zagwé, se disait descendant du roi Salomon et de la reine de Saba, et créa la dynastie salomonienne qui domina le pays pendant environ 500 ans. Le Moyen Âge, bien documenté, fut le théâtre de nombreuses guerres de religion entre chrétiens et musulmans. La figure la plus légendaire de ces affrontements reste probablement Al-Ghazi surnommé « Ahmed Gragn le Gaucher » qui, grâce aux armes fournies par Zeila l’ottomane et l’Arabie du Sud, avait quasiment envahi la totalité de l’Éthiopie méridionale et orientale en 1532. L’Éthiopie demanda l’aide de l’Europe chrétienne (à l’époque, l’Éthiopie était quasiment le seul royaume chrétien hors d’Europe) et les Portugais envoyèrent 400 mousquetaires dirigés par le fils de Vasco de Gama. Le Gaucher lui trancha la tête en 1542 auprès du lac Tana. En 1543, Galawdewos, nouvel empereur éthiopien, et le reste des forces lusitaniennes battirent les musulmans dans une bataille où périt Ahmed le Gaucher et l’Éthiopie resta libre et chrétienne. La ville de Gondar fut construite en 1636 et nommée capitale permanente (et non plus nomade). Entre 1784 et 1855, les empereurs se soumirent aux volontés des seigneurs féodaux et à leur puissance entraînant une guerre civile qui marquera la chute de Gondar.

L’impératrice Zaouditou et l’Éthiopie moderne Au XIXe siècle, Téwodros, ancien Robin des Bois qui volait aux riches pour donner aux pauvres, avait réussi à attirer la sympathie de la population. Il fut nommé empereur en 1855 et instaura l’unité éthiopienne. Il créera une armée et une usine d’armements nationale, un vaste réseau routier et imposera l’amharique comme langue nationale, en remplacement du guèze. L’empereur Yohannès lui succèdera et verra l’arrivée des Italiens en Érythrée. À sa mort, Ménélik II montera sur le trône et leur cédera l’Érythrée pour installer la paix, mais les Italiens continueront d’avancer jusque dans le Tigré. Ménélik II se lancera donc dans une bataille contre les Italiens qu’il remportera à Adoua en 1895. Fait exceptionnel dans les guerres coloniales, la bataille d’Adoua permit à l’Éthiopie de devenir le seul État indépendant du continent. Ménélik II fonda la capitale actuelle Addis-Abeba, installa l’électricité et construisit des écoles et des hôpitaux. HS TVB #19 - P.14

Lorsqu’il décéda paisiblement, son petit-fils lui succéda, mais il ne plaisait pas aux nobles, qui lui préférèrent Zaouditou, fille de Ménélik. Cependant, le ras Tafari, cousin de Ménélik, voulait aussi le pouvoir et un accord fut trouvé en nommant Zaouditou impératrice et Tafari régent. Les nobles moururent progressivement sur le champ de bataille et Zaouditou succomba à la maladie en 1930. La même année, Tafari fut couronné empereur sous le nom d’Haïlé Sélassié. L’année suivante, la première constitution éthiopienne voyait le jour et marquait l’unification du pays.

La résistante Sylvia Pankhurst et les derniers conflits En 1935, les troupes italiennes de Mussolini envahissent l’Éthiopie et, en peu de temps, L’Éthiopie, l’Érythrée et la Somalie deviennent l’Afrique orientale italienne. La communauté internationale s’incline en espérant éviter un ralliement de Mussolini à Hitler. La suffragette britannique Sylvia Pankhurst, fondatrice du journal New Times and Ethiopian News en 1935, s’engage contre l’opposition italienne et appuie la résistance locale qui s’organise et ne cesse de s’opposer aux occupants. En 1940, dans le cadre de la Seconde Guerre mondiale, l’Italie déclare la guerre à la Grande-Bretagne, qui lève alors son accord tacite de ne pas défendre l’Éthiopie avec laquelle elle noue des liens depuis plusieurs siècles. Le 5 mai 1941, l’Éthiopie est libéré lorsque les troupes alliées et l’empereur marchent à Addis-Abeba. Le régime autocratique de l’empereur fait naître des tensions dans son pays et son garde du corps tentera même un coup d’État. En 1962, l’Éthiopie s’annexe l’Érythrée et la guerre éclate en 1964 avec la Somalie, au sujet de la possession du territoire Ogaden. En 1973, un groupe militaire surnommé le Derg (le « comité » en amharique) affaiblit l’image de l’empereur, notamment grâce aux médias, et prend le pouvoir en 1974, emprisonnant Haïlé Sélassié. Le Derg s’installe au pouvoir pendant une trentaine d’années en suivant les doctrines marxistes. L’URSS appuya l’Éthiopie qui vainquit militairement la Somalie mais l’Érythrée résistait. Le parti se scinda ensuite en deux, avec le Parti révolutionnaire du peuple éthiopien qui considérait que le Derg avait « trahi la Révolution ». Pour se débarrasser de ses opposants, le Derg se lança dans ce que l’on appelle aujourd’hui la Terreur rouge qui fit des centaines de milliers de victimes et de nombreux exilés. Les divers groupes d’opposition finirent par s’unir et fonder le Front démocratique révolutionnaire des peuples éthiopiens (FDRPE). L’Union soviétique en déclin, la montée du FDRPE et le conflit en Érythrée amenèrent Mengistu Haïlé Mariam à se rendre compte de sa probable défaite et à fuir au Zimbabwe. En 1995, la République démocratique fédérale d’Éthiopie fut proclamée, un scrutin organisé et la constitution de la IIe république promulguée.


En 2000, un accord de paix officiel est signé entre l’Érythrée et l’Éthiopie mais les tensions restent vives. Le FDRPE et Meles Zenawi restèrent au pouvoir pendant 21 ans et développèrent l’économie nationale jusqu’à la mort de ce dernier en 2012. Haïle Mariam Dessalegn, originaire du sud du pays, lui succédera jusqu’aux élections de 2015 où il fut élu. Il démissionnera en 2018, laissant la place au Premier ministre actuel, Abiy Ahmed, qui instaure pour la première fois la parité au gouvernement.

© Laurianne Ploix

Laurianne Ploix

L’Éthiopie d’aujourd’hui

D

ans le dernier Global Gender Gap Report du Forum économique mondial, l’Éthiopie apparaissait dans le top 5 des pays ayant réalisé la plus grande progression en matière d'égalité des genres, en 2019. Les critères pris en compte se concentrent dans l’accès à l’éducation, les opportunités économiques, la santé et la survie, la participation et l’émancipation politique. L’indicateur classait L’Éthiopie au 82e rang sur 153 pays.

À titre indicatif, l’Islande est première, la France 15e, et le premier pays africain est le Rwanda en 9e position du fait de la féminisation de sa population à la suite du génocide, qui a tué une grande partie des hommes du pays. Dans ce rapport, le Forum économique mondial estimait qu’il faudrait attendre encore 99,5 années avant de pouvoir atteindre une égalité femmes-hommes. Lors de notre ciné-débat autour de l’égalité femmeshommes organisé à l’Alliance française d’Addis-Abeba, un groupe de jeunes Éthiopiens nous a confié ne pas sentir réellement les mœurs évoluer mais se rassurer ainsi : « La jeu­nesse de la population éthiopienne laisse espérer une progression du droit des femmes dans le pays » (ndlr environ 60 % de la population a moins de 25 ans en Éthiopie, d’après le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères). « Si l’esprit n’est pas encore formaté et qu’on arrive à montrer de nouveaux exemples, de nouvelles façons de vivre aux plus jeunes, peut-être que la place de la femme pourra évoluer dans notre pays. Il y a encore trop de petites filles excisées et mariées de force, de femmes dépendant de leurs maris, violentées, ou qui n’ont pas accès aux mêmes droits et on entend des choses horribles. Mais ce n’est peut-être que le début de notre progression et cela pourrait changer avec les années. Si on continue d’agir, peut-être que l’on verra les avancées dans le temps », nous confiait une jeune femme engagée dans des mouvements féministes.

Une jeune femme de l’Union africaine a soulevé les chiffres mis en lumière dans le film Women and Men que nous venions de projeter. « On voit dans le film les chiffres de l’Unicef de 2007, que j’ai notés et qui disent que, dans le monde, les femmes accomplissent 66 % du travail mondial, produisent 50 % de la nourriture mais ne perçoivent que 10 % des revenus et 1 % des accès à la propriété. Elles représentent 70 % des pauvres. Cette discrimination est donc un problème mondial, dans tous les pays, pas juste en Éthiopie. En Afrique, ce sont souvent les femmes qui travaillent la terre mais souvent elles n’ont pas le droit de la posséder, c’est un problème. Moi, je viens du Sud-Soudan et je connais une association au Soudan, Mygoma, qui a créé un orphelinat et s’occupe de récupérer les bébés abandonnés dans la rue à leur naissance, la plupart parce que ce sont des filles. Le poids de la tradition est lourd et les discriminations nombreuses. Je pense que nous devons nous aussi les femmes ne plus accepter ces discriminations et être solidaires, nous entraider pour faire progresser nos droits. Ce n’est pas une valeur occidentale associée à la perte de nos traditions, c’est une question de droit et de respect de chacun et de chacune, pour que l’on puisse tous vivre en paix, sans discrimination quelle qu’elle soit. »

Une volonté d’intégrer les femmes à la vie publique et politique La République fédérale démocratique d’Éthiopie est actuellement le seul pays d’Afrique à avoir une présidente à sa tête. Mme Mlambo-Ngcuka, aujourd’hui directrice exécutive d’ONU Femmes, a été vice-présidente d’Afrique du Sud de 2005 à 2008 et supervisait notamment les programmes de lutte contre la pauvreté, à destination des femmes en particulier. Mme Sahle-Work Zewde, ancienne fonctionnaire de l’ONU, est donc la deuxième femme à la tête d’un État africain et compte agir pour l’éducation des petites filles. Elle a été élue par le parlement fédéral composé de la Chambre des représentants des peuples (HPR) et de la Chambre de la Fédération. Son rôle reste essentiellement honorifique. Le Premier ministre éthiopien, M. HS TVB #19 - P.15


HORS-SÉRIE FEMMES & MIGRATIONS

Société

Une politique solidaire en matière d’accueil des réfugiés L’Éthiopie recense aujourd’hui entre 102 et 110 millions d’habitants, affiche un taux de chômage d’environ 5 % et une croissance d’environ 7 % (source Banque mondiale). Il s’agit du deuxième pays d’Afrique en termes de démographie mais, malgré une croissance importante, la pauvreté reste élevée notamment en milieu rural où vit environ 80 % de la population. La paix signée avec l’Érythrée en 2018 (qui a valu le prix Nobel au Premier ministre éthiopien, le réel pouvoir exécutif du pays) et la loi promulguée le 17 janvier 2019 qui donne droit aux réfugiés présents sur le territoire éthiopien de travailler, aller à l’école et avoir des comptes en banque attirent de plus en plus de réfugiés de la Corne de l’Afrique. Ces réfugiés fuient des pays en proie à des guerres comme le Yémen ou la Somalie ou des pays autoritaires comme le Soudan. L’ambassadeur d’Éthiopie en France nous confiait : « Nous voulons être solidaires malgré nos petits moyens. »

Abiy Ahmed, a également confié la moitié de ses ministères à des femmes dont ceux de la Défense et de la Paix. Le Premier ministre, qui aurait déclaré que « les femmes sont moins corrompues que les hommes », a également nommé Mme Meaza, fondatrice de l’association des femmes juristes éthiopiennes, à la tête de la Cour suprême. Cette dernière est devenue célèbre dans les années 1990 lorsqu’elle assurait la défense d’une jeune femme qui avait tué son mari parce qu’il l’avait enlevée, violée et mariée de force à 14 ans. En gagnant le procès, elle faisait évoluer la loi éthiopienne qui interdit désormais l’enlèvement en vue d’un mariage. Cette histoire a notamment était reprise dans le film Difret (« courage » en amharique) produit par Angelina Jolie. Les femmes occupent des rôles de plus en plus importants dans la vie publique et politique. Henok Teferra Shawl, ambassadeur d’Éthiopie en France, nous explique : « Nous sommes convaincus que notre développement ne se réalisera pas sans le concours des femmes et la participation des femmes à tous les échelons. Nous avons donc une politique volontariste et cela se traduit notamment dans nos représentants politiques. Notre présidente est une femme, mais notre présidente de la Cour suprême également, et la moitié des membres du cabinet du Premier ministre sont des femmes. Nous avons aussi des femmes dans des rôles importants et puissants de la société, des femmes juges, des femmes dans la haute fonction publique, etc. Nous devons construire notre pays avec le concours de 51 % de la population. » Le Premier ministre, Dr Abiy Ahmed, est d’ailleurs reconnu par la communauté internationale pour son travail pour l’égalité femmes-hommes et la paix renforcée et signée HS TVB #19 - P.16

avec l’Érythrée lui a permis de recevoir le prix Nobel de la paix en 2019. Sur place, les Éthiopiens sont plus partagés, notamment à cause des conflits qui opposent les ethnies principales du pays. Le pays compte plus de 80 ethnies et les deux plus importantes, les Oromos – 34 % de la population – et les Amharas – 27 % – s’opposent violemment (assassinats, etc.). Les Tigréens (environ 6 % de la population) étaient au pouvoir jusqu’à l’arrivée de Abiy Ahmed en 2018. Celui-ci, le premier Oromo à accéder à la primature dans l’histoire moderne de l’Éthiopie, a libéré les opposants politiques, rétabli des libertés fondamentales et permis le vote au parlement du retrait de tous les groupes armés de la liste des terroristes (Oromo Liberation Front, Afar Liberation Front, etc.) pour encourager le retour des groupes d’opposition et garantir la liberté d’expression. Il aurait également appelé les Éthiopiens qualifiés qui ont migré à revenir au pays pour l’aider à le développer. Pour M., issu de la communauté tigréenne au nord du pays, il fait moins bien que l’ancien Premier ministre tigréen qui avait développé économiquement le pays et le fragilise en permettant l’opposition armée. Pour E., issu de la communauté Oromo au sud-est du pays, Abiy Ahmed, alors qu’il est Oromo, ne met pas suffisamment en avant sa communauté, qui est la plus grande du pays et devrait donc représenter l’Éthiopie. Pour A., de la communauté Amhara, au centre du pays, il ne défend pas assez les Amharas, qui subissent des attaques violentes des Oromos, notamment en probable répression de possibles traces d’esclavage des Oromos par les Amharas, et sur lesquelles il fermerait les yeux voire les aiderait dans un esprit complotiste, alors que sa femme est amhara. Pour M., qui se considère seulement Éthiopien, il a le mérite de vouloir parler de l’Éthiopie en général sans la séparer en ethnies qui s’opposent depuis trop longtemps. Les prochaines élections générales qui se tiendront à l’été 2020 représentent un enjeu majeur pour maintenir les volontés paritaires du gouvernement et une paix fragilisée par le nationalisme ethnique.

Une représentation des femmes qui évolue À Addis-Abeba, capitale du pays, nous pouvons croiser des femmes agents de sécurité ou propriétaires de petits commerces, la gentrification des métiers semble parfois dépassée et l’égalité s’installer dans certains lieux. Pour confirmer


cette impression, nous avons échangé avec Meseret Manni, la première femme à avoir entraîné une équipe de football masculine en Afrique. L’ancienne joueuse internationale, qui nous confie « avoir arrêté de jouer au football à cause d’une blessure », est devenue le coach officiel du club de sa ville de naissance, Dire Dawa, à l’est du pays, en 2015. Elle pousse le club jusqu’à la première division et entraîne l’équipe féminine nationale. Pour elle, « l’égalité entre les hommes et les femmes n’est pas encore atteinte, nous les femmes nous avons de grosses difficultés mais il y a des progrès. Depuis une dizaine d’années environ, il existe un championnat féminin et une dizaine d’équipes en première division, où les joueuses sont elles aussi désormais payées. Mais nous devons continuer à lutter et faire prendre conscience, à tout le monde, que les femmes peuvent tout faire, il faut juste leur laisser une chance. Mon histoire le prouve. J’ai mené une équipe d’hommes de la ligue nationale (équivalent CFA en France) à la première ligue (équivalent première division en France). Il suffit de nous faire confiance. C’est un combat qui doit venir des femmes mais aussi des hommes ». Elle note une évolution dans le pays, où les filles qui jouent au football ou deviennent sportives professionnelles sont moins mal jugées et parfois même soutenues, mais insiste sur le fait que c’est un combat collectif pour permettre à chacun d’avoir le droit de faire ce pour quoi il est compétent. Aujourd’hui directrice de la Messi Dire Academy Football Club à Dire Dawa, elle continue également d’entraîner l’équipe nationale féminine et espère la faire se qualifier pour les Jeux olympiques. En décembre 2019, en Sierra Leone, Victoria Conteh, ancienne joueuse internationale, est devenue coach du club East End Tigers FC et ainsi la deuxième entraîneuse d’une équipe masculine en Afrique. Des femmes inspirantes qui font naître l’espoir d’une évolution vers plus d’égalité. L’Éthiopie, qui se dit fière d’avoir été gouvernée par la reine de Saba, a choisi le slogan touristique « Terre d’origines ». De ce pays souvent considéré comme le berceau de l’humanité, nous espérons avoir relaté les prémices d’une évolution favorable du droit des femmes et de leur place en Éthiopie, mais également en Afrique et dans le reste du monde. L’Union africaine, qui siège à Addis-Abeba, a d’ailleurs dédié cette année 2020 à « l’accélération des actions et efforts pour mettre fin aux guerres, aux conflits civils, aux violences de genre et à la prévention des génocides » en reconnaissant le rôle des femmes africaines, souvent les premières victimes des conflits, dans l’atteinte de cet objectif. La Burkinabé Minata Samaté Cessouma, commissaire aux affaires politiques de l’Union africaine, a d’ailleurs annoncé dernièrement « reconnaître et amplifier la place des femmes et des filles pour faire taire les armes à feu en Afrique » comme thématique d’un pré-sommet du Gender is my agenda campaign (GIMAC). Nous ne pouvons que souhaiter que l’évolution vers la parité induise l’évolution vers un monde en paix, et que les deux soient en chemin. Image de la campagne de l’Union africaine pour mettre fin aux guerres, aux conflits civils, à la violence sexiste et aux génocides.

LP

© Whiz Kids Workshop

Les Tibeb Girls, premier dessin animé africain à mettre en scène des super-héroïnes, ont été imaginées par Bruktawit Tigabu.

Elles font évoluer les mœurs par la culture Nous avons échangé avec Bruktawit Tigabu de Whiz Kids Workshop, une entreprise de production de contenus audiovisuels. La jeune femme est devenue célèbre en Éthiopie avec le dessin animé largement récompensé Tsehai loves learning. Diffusé à la télévision locale et suivi par plus de 5 millions d’enfants, les aventures de Tsehai la girafe sont également diffusées à la radio pour toucher environ 20 millions d’enfants. Pour la jeune femme, les émissions de télévision représentent le meilleur moyen pour éduquer rapidement de nombreux enfants dans son pays. Whiz Kids Workshop réalise également des séries télévisées pour les jeunes, créées avec les jeunes, comme les programmes Involve Me ou Little Investigators. Ces dernières années, l’équipe travaille sur l’égalité femmes-hommes et le droit des petites filles. En 2014, un Involve me : watch me consacré à l’éducation des jeunes filles a vu le jour en langue wolaita, parlée dans le Sud-Ouest éthiopien. Les livres et vidéos défendant le droit d’accès des petites filles à l’école et illustrés par leurs témoignages ont été distribués dans une centaine d’écoles de la zone. Ces dernières années, Bruktawit, son mari et son équipe ont également lancé la série animée pour jeunes adolescents Tibeb Girls qui met en scène trois jeunes filles super-héros. La série a pour objectif de montrer des exemples de femmes indépendantes qui s’assument, s’accomplissent et trouvent des solutions aux problèmes. Pour la maman d’une jeune adolescente qu’est Bruktawit, cette série vise à donner des exemples inspirants et stimulants pour les jeunes filles, pour leur avenir. L’organisation britannique Girls effect finance les créations artistiques du girls band éthiopien Yegna. Cinq jeunes filles éthiopiennes abordent dans leurs chansons des sujets tabous comme les mariages forcés ou la migration des jeunes sur une musique pop. Les jeunes femmes sont très populaires et cumulent des milliers de vues sur YouTube. Elles ne s’arrêtent pas à la musique et proposent des podcasts et des émissions de télévision ou de radio, toujours sur le thème du droit des femmes et de leur émancipation. Selon Girls effect, 76 % des filles qui écoutent Yegna disent que le groupe les a encouragées à continuer leur scolarité et 65 % des auditeurs auraient changé leur vision des filles. © Yegna


HORS-SÉRIE FEMMES & MIGRATIONS

Sensibilisation

Femmes & migrations, ils agissent en Éthiopie

L

ors de notre reportage, nous sommes allés à la rencontre d’acteurs locaux qui se mobilisent pour les droits des femmes et les personnes en migration. Rencontre avec les associations éthiopiennes Setaweet et Entoto ainsi qu'avec l’ONG italienne CIFA.

Setaweet, la voix féministe éthiopienne Dans les locaux de l’association éthiopienne, une équipe de jeunes s’affaire dans des bureaux partagés. Quatre femmes et un homme travaillent sur des projets visant à sensibiliser les Éthiopiens à l’égalité des sexes. Alexander Yohannes, chef du projet What she ware exhibition (une exposition des tenues portées par les femmes violées ou abusées sexuellement afin de lutter contre les stéréotypes), et Kamlaknesh Yasin, community manager de l’association, ont répondu aux questions de TVB. Setaweet a vu le jour en 2014 sous le format de groupes de discussions féministes qui se regroupaient les deuxièmes mardis du mois. Progressivement, les paroles sont devenues des actes et l’association mène aujourd’hui des projets et stages de sensibilisation aux droits des femmes et contre les stéréotypes de genre.

Plus de 2 000 élèves touchés par des stages de sensibilisation Depuis 2 ans, l’association propose un stage d’une journée dans les écoles publiques mais aussi privées et religieuses. Alexander consulte sa collègue responsable du projet et nous affirme que plus de 2 000 élèves de 6 écoles partenaires ont assisté à leur stage de sensibilisation. Financées par le ministère de l’Éducation et réalisées à la demande des professeurs, ces journées visent à expliquer le contexte des droits des femmes, ceux qui ne sont pas respectés et ce que l’on peut changer. Le succès est tel que l’association pense se développer dans d’autres villes du pays et quitter la capitale pour aller aussi dans les écoles de Gondar (nord-est du pays) et de Dire Dawa (est du pays), notamment. Kamlaknesh Yasin, community manager de l’association, précise tout de même : « Il est difficile pour nous de parler d’égalité des sexes, certains pensent que parce qu’on en parle on pousse les jeunes à avoir des rapports sexuels alors qu’on fait de l’éducation justement pour que ce ne

soit pas fait n’importe comment. Nous devons contextualiser nos actions et définir les choses, comme la notion de féminisme même, qui donne lieu à de nombreuses interprétations erronées. »

Une découverte pour les jeunes garçons La jeune femme poursuit en expliquant que lors des stages, ce qui revient le plus régulièrement c’est la surprise des jeunes garçons. Autant la plupart des jeunes filles ont conscience des difficultés qu’elles rencontrent ou rencontreront, autant les garçons découvrent les injustices et difficultés rencontrées par les jeunes filles, et c’est là, selon elle, leur impact le plus palpable. Pour Alexander, il est important qu’en tant qu’homme il s’engage pour la cause des femmes et plus largement pour l’égalité qui finalement touche tout le monde. Il a d’ailleurs organisé avec l’ambassade de Suède en Éthiopie un concours photo de pères s’occupant de leurs enfants à la fois en Éthiopie et en Suède. L’égalité femmes-hommes n’est donc pas qu’une affaire de femmes.

CIFA, l’ONG qui sensibilise aux dangers de la migration irrégulière L’ONG italienne CIFA est fondée en 1980 à Turin pour aider les enfants en difficulté et faire valoir leurs droits, en accord avec la Convention internationale des droits de l’enfant de 1989. Elle se développe dans plusieurs pays, dont l’Éthiopie il y a une dizaine d’années. CIFA met en place des actions de coopération internationale, de développement et sensibilisation à la citoyenneté internationale, et d’adoption internationale. L’antenne éthiopienne se charge désormais uniquement de projets de développement et de sensibilisation. Nous avons rencontré Nadia Rossetto, la coordinatrice de CIFA Éthiopie. La jeune femme nous reçoit avec un café éthiopien traditionnel bien noir et savoureux. Passionnée, elle nous parle des différents projets en cours. Le premier, Girls at school, vise à favoriser l’accès des jeunes filles à l’école dans le woreda (district) rural d’Ambassel, dans la région Amhara. En collaboration avec IFSO, une ONG éthiopienne, et les autorités locales, une école a été rénovée et du matériel scolaire distribué aux enfants les plus démunis (une centaine de bénéficiaires). Une auberge a également été construite pour héberger 30 jeunes filles et leur permettre de continuer leur scolarité après l’école élémentaire, stade où s’arrêtent la plupart des jeunes filles pour travailler au foyer ou aux champs. Elles poursuivent désormais leurs études à l’université et l’ONG prend en charge leurs frais de scolarisation et de vie loin du foyer familial.


English summary Setaweet is an Ethiopian association that raises awareness about gender equality and women’s rights in schools, developing different programmes to fight against gender stereotypes.

L’équipe de Setaweet dans la bibliothèque féministe de l'association, à AddisAbeba, janvier 2020. © Laurianne Ploix

CIFA is an Italian NGO that helps Ethiopians create their own businesses in rural areas to encourage people to stop seeing irregular migration as the only way towards empowerment. The NGO raises awareness about the dangers people face on an irregular migration route. They develop also programmes to help girls gain access to secondary education.

Renforcer les opportunités locales pour éviter les migrations irrégulières Nadia évoque ensuite le projet Myroots, fondé par l’Agence italienne pour le développement et la coopération, et auquel CIFA participe dans la région de Dessie, en zone rurale amhara, à quelque 500 km à l’ouest de Djibouti. L’objectif de ce programme est de lutter contre les causes de migration irrégulière, spécialement pour les femmes, en créant des opportunités qui leur permettent de ne pas percevoir le départ comme l’unique possibilité d’épanouissement. Pour cela, l’ONG s’organise autour de différents axes : le développement socio-économique de la zone (notamment en octroyant des micro-crédits et des formations professionnalisantes pour permettre de monter un projet, essentiellement des petits commerces locaux), la prévention en matière de santé et la mise en place d’activités inspirantes (avec des sensibilisations dans les écoles et des événements artistiques), le renforcement de la connaissance de la loi (lors de stages avec les autorités locales pour connaître les alternatives à la migration irrégulière, notamment avec l’OIM).

L’Union européenne finance également le projet Stemming Irregular Migration in Northern and Central Ethiopia (SINCE), un consortium d’ONG internationales et locales qui mettent en œuvre des stages et des formations garantissant un emploi (secteurs textile, métallurgie ou construc­tion) dans les services publics. 1 500 personnes, essentiellement des jeunes et des femmes, ont été accompagnées en 2 ans et ont trouvé un emploi dans le secteur public ou privé. Le but annoncé est encore de limiter les migrations irrégulières en améliorant les conditions de vie sur place, un questionnement de chaque jour.

Ces actions se destinent aussi bien aux personnes qui souhaitent partir qu’à ceux qui sont de retour. Pour la jeune femme, il y a une réelle méconnaissance des dangers de la migration irrégulière. « Les jeunes Éthiopiennes migrent vers l’Arabie saoudite en espérant améliorer leurs conditions économiques. Elles partent par Djibouti, passent par le Yémen, en guerre, et arrivent parfois en Arabie saoudite où elle deviennent souvent des esclaves et n’ont aucun droit, en tant que femme irrégulière sur le territoire, ou sont expulsées du pays. », explique Nadia. Selon l’OIM, 55 000 Éthiopiens auraient migré vers l’Arabie saoudite en 2018, et environ un demi-million se trouvait déjà en Arabie saoudite en 2017 lorsque Ryad a lancé une campagne contre l’immigration clandestine. En deux ans, 260 000 Éthiopiens auraient été expulsés et renvoyés par milliers chaque mois en Éthiopie. Nombre d’entre eux reviennent traumatisés et honteux, incapables de retourner dans leur famille et aucune structure n’est actuellement en mesure d’accueillir et d’aider autant de personnes d’un coup. Pour éviter qu’elles ne soient abandonnées, démunies en pleine rue ou qu’elles repartent par l’ouest et la Libye en visant l’Europe, l’ONG essaie de créer des opportunités valorisantes, en Éthiopie, et de sensibiliser aux dangers de la migration irrégulière. Un jeu de l’oie a été créé pour « expliquer à quel point le parcours migratoire irrégulier peut être dangereux et violent », nous dit Nadia. MyRoots aurait déjà aidé 5 000 personnes, essentiellement des femmes, des jeunes et des migrants de retour, et touché indirectement 300 000 personnes.

Entoto Beth Artisan, l’emploi créatif

Un projet pilote de construction d’un centre de soutien psycho-social, accueillant essentiellement les femmes victimes de violences et de traumatismes à leur retour de migration, a également été lancé par l’ONG. Il propose soutien et formations professionnelles. Le nom de centre est préféré à celui d’hôpital afin de lutter contre les stéréotypes liés aux souffrances psychiques.

Entoto Beth Artisan est une entreprise sociale éthiopienne fondée en 2012 et certifiée commerce équitable par la World fair trade organization (WFTO) depuis 2016. Elle permet aux femmes éthiopiennes atteintes par le VIH de retrouver un emploi correctement rémunéré, pour subvenir à leurs besoins, à travers des formations à l’artisanat. Plus d’une centaine de femmes travaillent aujourd’hui dans l’entreprise et créent des bijoux, vêtements, sacs, etc. L’entreprise est en pleine expansion et prévoit d’employer 250 femmes dont un tiers de séropositives pour augmenter sa production et ses ventes dans différentes galeries de la ville. LP Nadia Rossetto, coordinatrice de l’ONG CIFA en Éthiopie, devant une image du jeu de l’oie du parcours de la migration irrégulière utilisé dans les ateliers de sensibilisation au nord-est du pays. Janvier 2020 à Addis-Abeba. © Laurianne Ploix HS TVB #13 - P.19


© Laurianne Ploix

24 heures dans la communauté Awra Amba

A

u nord-ouest du pays, en plein bush, à une petite centaine de kilomètres de Bahir Dar qui borde le lac Tana, Zumra Nuru a créé en 1972 une communauté utopique où femmes et hommes seraient tous égaux. TVB est allé partager 24 heures de la vie de cette communauté. Le soleil sèche la terre des hauts plateaux éthiopiens qui n’ont plus vu la pluie depuis le mois d’octobre. La voiture vient de quitter le béton et s’élance sur un chemin de cailloux et de terre ocre, laissant derrière elle une fumée de poussière qui semble tout recouvrir. Les Amharas qui longent le chemin observent curieux ou indifférents cette traversée brisant le temps. Un panneau en tôle bleu et blanc indique que les prochaines constructions de terre-paille forment la communauté Awra Amba, « les maîtres des collines» en amharique. Une pancarte Guest House trône au-dessus d’un bâtiment qui contient une quinzaine de chambres composées d’une couche et d’une petite étagère moulée dans les murs de terre humide et de paille recouverts de peinture jaune. Une porte faite de tôle et de bois peut se fermer avec un petit cadenas, des dessins aux murs rappellent les couleurs vives des paysages qui nous entourent.

« Un homme ne peut pas naître sans une femme »

De haut en bas. Les ateliers de tissage unisexes qui permettent de faire vivre la communauté. Zumra Nuru et sa fille Aregash dans le centre d’informations du village. La maison de retraite pour les personnes âgées dépendantes, l’école et l’entrée de la communauté Awra Amba. À droite, des femmes s’occupent du bétail de la communauté. © Laurianne Ploix

Délestée de mes bagages, je suis invitée à prendre une boisson rafraîchissante sur la petite place centrale des bâtiments d’hébergement pour touristes. Aida et son père, Asnaske, nous rejoignent vite, c’est lui qui s’occupe d’elle en ce moment, sa femme travaille à la comptabilité de la communauté, lui, guide, ne travaille pas aujourd’hui. Derese, le cuisinier de la communauté, nous emmène grimper la colline la plus proche pour observer le coucher

de soleil. Nous longeons les ateliers de tissage où hommes et femmes travaillent ensemble. Puis nous traversons des champs où femmes et enfants travaillent et gardent le bétail. Des oignons, des mangues, des tomates sont cultivés ici sur des terrasses d’irrigation, du tef (céréale locale) et des vaches nourrissent en partie la communauté. Nous rentrons pour le dîner qui se tient rapidement une fois la nuit tombée, vers 19 h pour les étrangers (2 h de plus qu’en France) ou 1 h de la nuit en heure amharique qui commence lorsque le soleil se lève et que la vie commence (6 h du matin en heure internationale correspond à 1 h de la journée en heure amharique, qui se divise en 2 cycles de 12 heures). Les discussions nous amènent à évoquer l’angle de mon reportage, l’égalité femmes-hommes. Asnake nous raconte que Zumra, le fondateur de la communauté, aurait souvent expliqué l’inégalité des femmes et des hommes par un esprit égoïste et autocentré de l’homme qui, se croyant plus fort que la femme, aurait eu envie de la diriger ; mais que c’est un raisonnement erroné puisqu’un homme ne peut pas naître sans une femme, et ne peut donc pas lui être supérieur. Pour Asnake, qui évoque à plusieurs reprises l’idéologie communiste, nous sommes tous égaux et ne devrions faire aucune différence ni dans les tâches quotidiennes, ni dans nos jugements. C’est l’esprit de la communauté, « nous sommes tous des êtres humains » est une phrase qui revient souvent dans la bouche des membres anglophones rencontrés.

« On ne leur donne pas l’égalité, on reconnaît juste les droits naturels » Le lendemain matin, après un petit-déjeuner pris au rythme cadencé des machines à tisser, une entrevue avec Zumra, le fondateur, est prévue. Sa fille, Aregash, me reçoit dans le centre d’informations construit sur la place du village, elle fera la traduction. Zumra, âgé aujourd’hui de 72 ans, arrive tranquillement dans l’ombre de la maisonnée. Vêtu d’une chemise blanche, il porte un chapeau de laine verte sur la tête ; une écharpe, avec le symbole du village, tombe sur son buste. Tout le monde le connaît et le salue respectueusement sur son chemin. Regard perçant et discours calme mais passionné, le fondateur explique, en appuyant ses arguments


de mouvements de mains décidés, qu’il a voulu construire une communauté de paix ouverte à tous les êtres humains qui souhaitent vivre dans la paix, l’amour et la solidarité. Sur le mur du centre, des paroles de Zumra. L’une d’entre elles annonce : « Faire un métier de femme ne change pas ton sexe, il change ton ignorance. » Je le questionne donc sur son travail pour l’égalité des sexes et l’homme me répond : « Nous ne travaillons pas pour l’égalité, nous ne la donnons pas, nous restituons simplement des droits naturels. Nous sommes tous des êtres humains et notre esprit nous différencie des animaux, nous pouvons donc nous en servir pour être plus justes, nous reconnaître tous comme humains et aider les personnes dans le besoin. » L’homme insiste beaucoup sur la notion de paix, pour lui, « tout est question de choix, si nos comportements et nos discours sont bons et vont dans le sens de la paix, il n’y a plus de raison d’arriver au conflit. Penser bien et agir bien », conclut-il, avant d’ajouter que si chacun se sent bien, respecté et aidé alors la paix peut s’installer.

Une communauté qui fait parler d’elle en Éthiopie Zumra est désormais connu de la majorité des Éthiopiens tout comme son histoire qui s’impose un peu comme une légende. Il aurait tenu des discours d’adulte dès ses 4 ans en se demandant pourquoi sa mère faisait tout à la maison et au champ, devait laver les pieds de son père et le servir alors que ce dernier la traitait mal. Il aurait questionné également l’absence d’aide portée aux pauvres et le cloisonnement causé par les religions. Il grandit en revendiquant les droits humains et sa famille le rejette le prenant pour un fou atteint de maladie mentale. À 13 ans, il quitte donc le foyer familial et part voyager dans la région Amhara à la recherche de personnes comprenant ses idées. Il dormira dans les forêts et reviendra travailler à la ferme tout en continuant pendant les saisons sèches à chercher des partenaires. Il finira par trouver, en 1972, quelques familles ouvertes à ses idées, dans la zone de Woreba Fogera. La communauté Awra Amba venait de voir le jour. Vue comme une secte dangereuse car ne suivant aucune religion reconnue et ayant une organisation en coopérative inconnue, elle fait face à des menaces de mort de la part du voisinage ; ses membres partent alors en errance. Le gouvernement régional reconnaît et protège finalement la communauté autour de l’an 2000 et lui donne accès aux terres où le village actuel est construit. Aujourd’hui, la communauté regroupe environ 500 membres (dont les parents de Zumra qui ont finalement rejoint la communauté) divisés en deux catégories. Les membres de la coopérative, qui travaillent et vivent sur place, et les membres de la communauté qui peuvent vivre partout dans le monde mais adhèrent aux valeurs

English summary

et transmettent les 5 principes de Zumra : le respect du droit d’égalité Arwa Amba is a community foundes femmes, le respect du droit des ded by Zumra Nuru in the 1970s in a enfants, l’aide aux personnes qui rural area of the Amhara region. ne peuvent pas travailler à cause People here try to live together by de leur âge ou de leur santé, la prérespecting gender equality. Every vention des mauvais actes et des member chooses work solely accormauvaises paroles pour aller vers ding to their abilities. The commula coopération, l'acceptation de tous nity is based on solidarity and work cooperation. They also promote a les êtres humains comme des frères message of world peace. et des sœurs, malgré les différences. Un comité mensuel regroupe les membres pour décider de l’organisation et de l’évolution de la communauté. Chacun choisit son travail dans la communauté en fonction de ses envies et compétences. On trouve dans le village une Guest House, un restaurant, un petit musée et un centre d’informations pour les dizaines de touristes de passage chaque jour, un jardin d’enfants, des écoles primaires, secondaires et préparatoires reconnues par l’État, une maison de retraite pour les aînés sans famille, des ateliers de tissage, principal revenu de la communauté, des boutiques de vente, des champs à cultiver et le bétail à nourrir. Sur la petite place centrale, les touristes qui restent dormir questionnent la croyance agnostique du village, qui croirait tout de même en un pouvoir suprême et aurait simplement regroupé les principes de toutes les religions pour n’en garder qu’un : ne fais pas aux autres ce que tu n’aimerais pas que l’on te fasse. La communauté aujourd’hui acceptée reste parfois polémique et soulève de nombreux débats dans la région. Je quitte cette communauté bien mystérieuse, petit hameau rural de travailleurs résistants, avec de nombreux questionnements, mais aussi la satisfaction de voir des personnes se mobiliser et s’engager pour la paix et l’égalité, notamment des femmes, dans un pays où, selon le gouvernement, 50 % d’entre elles sont victimes de violences de la part d’un partenaire, 40 % mariées avant 18 ans et moins de 20 % ont accès à l’école secondaire. Une expérimentation effective innovante qui porte l’espoir d’inspirer un monde plus paritaire et inclusif. Laurianne Ploix

© Laurianne Ploix

HS TVB #13 - P.17


PAGES 22 À 33

AGIR POUR

LES FEMMES EN MIGRATION


HORS-SÉRIE FEMMES & MIGRATIONS

Santé

Soigner les souffrances psychiques de l’exil

D

epuis plusieurs années, les associations alertent sur la souffrance psychique des personnes exilées, une réalité souvent invisible et donc oubliée. Pourtant, un rapport du Comité pour la santé des exilés (Comede) de 2016 révélait que 62 % des personnes accueillies avaient été victimes de violence, 14 % de torture et 13 % de violences liées au genre et à l’orientation sexuelle, avant ou pendant leur migration.

. Né en 2007, le centre de santé Essor s’adresse à ces personnes exilées en souffrance psychique et aux victimes de violences intentionnelles et de tortures. Parmi les patients accueillis, 47 % sont des femmes. « Il n’y a pas vraiment de troubles genrés, spécifiques aux femmes, précise d’emblée Elise Haquart, l’une des psychologues du centre. Toutefois, il existe des problématiques spéci­ fiques aux femmes. ». Parmi celles-ci, les violences conjugales, qui poussent de nombreuses femmes à fuir, et les violences sexuelles, notamment en situation de conflit ou de post-conflit. « Il y a également des femmes qui essayent de s’extraire de réseaux de traite d’êtres humains, notamment celles originaires du Nigéria », explique Elise Haquart. Quant aux principaux troubles dont souffrent les femmes, ce sont souvent les mêmes que les hommes : troubles du sommeil, anxiété, dépression, troubles cognitifs (difficultés de mémorisation ou de repérage), isolement. « Ce n’est pas de l’ordre de la maladie psychiatrique. Ces troubles sont en lien avec des choses vécues et qui n’ont pas été digérées », précise la psychologue.

Un lieu de confiance Situé à Villeurbanne, le centre Essor est un service de l’association Forum Réfugiés-Cosi, agréé centre de santé par l’Agence régionale de santé. Il propose un accueil pluridisciplinaire, avec la présence de médecins généralistes, de psychologues, d’un psychiatre, d’un kinésithérapeute et d’une art-thérapeute. « Les personnes reçues passent au départ un entretien d’accueil et d’évaluation avec un médecin et un psychologue. Ensuite, tous ensemble, nous décidons du parcours de soin le plus adapté », indique Valérie Abjean, la cheffe de service du centre. « La spécificité du lieu, c’est le travail avec les interprètes professionnels. Nous faisons appel à eux à chaque fois que c’est nécessaire », poursuit-elle. L’accompagnement consiste essentiellement en des consultations, individuelles ou familiales, associées à quelques ateliers collectifs. En moyenne, les patients sont suivis 15 mois par l’équipe. « Mais bien sûr, une moyenne ça ne veut rien dire, nuance

© Margaux Cormorèche / Louve des Steppes

Valérie Abjean. Il y a des personnes qu’on verra deux fois et ça ira mieux. D’autres pendant 4 ans, car c’est un lieu où elles se sentent en confiance. » Parmi les autres thématiques plus spécifiques aux femmes, on note toutes les questions liées à la grossesse et à la maternité. Nombre de ces femmes ont fait le choix de partir pour leurs enfants. « Il y a donc beaucoup d’investissement pour que ça se passe bien. Et en même temps, c’est très difficile de faire naître et d’élever ses enfants quand on est loin de ses proches, de son groupe d’appartenance, de ses repères habituels. Cela crée beaucoup de désarroi, d’autant plus quand, soimême, on ne va pas bien », explique Elise Haquart.

Reconstruction L’obtention des papiers, et avec, l’assurance d’une plus grande stabilité, semble être un élément essentiel de la reconstruction des personnes en souffrance psychique. « Même s’il y a évidemment d’autres éléments, comme la réunification familiale, l’autonomie, le travail, ou au moins, le sentiment de trouver sa place dans la société d’accueil », raconte la psychologue. « On voit aussi, bien sûr, des belles réussites, même si cela demande du temps. Des personnes qui arrivent à trouver des nouveaux départs, à retrouver une famille, un projet professionnel, une stabilité, conclut Elise Haquart. On le voit heureusement tous les jours. Et ça donne du sens à notre travail. » Ramadan Bozhlani, Mohanad Al Sayed, Raphaëlle Vivent

600

patients aidés chaque année lors de

3 000

consultations.

English summary The Essor health centre in Villeurbanne, France, helps people in exile who have experienced trauma. Doctors, psychologists and therapists provide free consultations, open to everyone aged over the age of six.

HS TVB #13 - P.19


HORS-SÉRIE FEMMES & MIGRATIONS

Justice

Vous pouvez télécharger le Petit guide pour conjuguer la migration au féminin de la Cimade crée en 2013 sur le site web de l’association. © La Cimade

La Cimade milite pour le droit des étrangères 1

guide pour sensibiliser aux enjeux de la migration genrée.

L

a violence peut faire partie de la réalité des migrations féminines. Pour venir en aide à ces femmes particulièrement vulnérables, l’association la Cimade les accompagne dans leurs démarches.

Un guide pour sensibiliser à la migration genrée La Cimade, association qui défend les droits des étrangers, propose des permanences d’accueil et des ateliers sociolinguistiques pour les accompagner. En parallèle, l’organisation mène des actions de sensibilisation tel un petit guide en ligne : Conjuguer la migration au féminin. Ce court document pédagogique fait partie d’une lignée de publications qui s’attaquent aux préjugés sur la migration. « Ce guide sensibilise en interne et interpelle en externe les regards portés sur les femmes migrantes », indique Violaine Husson, responsable nationale des questions Genre et Protections à la Cimade.

English summary La Cimade has produced a guide to explain the specificity of women on migration and associated issues. The group campaigns for the recognition of women’s rights when it comes to irregular migration, promoting ways to provide protection.

En Europe, un peu plus de la moitié des migrants sont des migrantes, d’après le guide de la Cimade. Ces femmes partent en exil pour les mêmes raisons que les hommes. Étudiantes, épouses, entrepreneuses, réfugiées,

employées, elles sont toutes à la recherche d’une vie meilleure. Leur statut de femme migrante les rend, par contre, particulièrement vulnérables face aux violences. Porter plainte, faire une demande de divorce ou tout simplement obtenir un certificat médical peut vite se transformer en véritable parcours du combattant, surtout si la personne est en situation irrégulière. Par conséquent, l’association dédie notamment des permanences à l'information des étrangers victimes de violence – en grande majorité des femmes – des droits et des démarches à effectuer. « Le premier rendez-vous est téléphonique, pour éviter que des personnes de même nationalité ne se rencontrent. Car le réseau pourrait le savoir et cela mettrait la femme en danger », explique Violaine Husson.

Protéger légalement les femmes en situation irrégulière Si une femme migrante se retrouve dans une situation à risques, le besoin d’être protégée est essentiel. Toutefois, si celle-ci ne possède pas la carte de séjour alors elle n’aura pas accès à des droits essentiels. Aucun suivi social, ni médical, et aucune ordonnance de protection ne sera délivrée à son égard. La Cimade se bat pour ces femmes car « elles doivent pouvoir rentrer dans le droit commun pour être protégée comme toutes les autres femmes », explique Violaine Husson. Ebaa Amin, Niloufar Forghani, Marion Joubert, Seamus Kearney


English summary

Santé pour toutes avec Gynécologie sans frontières

L

’ONG Gynécologie sans frontières (GSF) suit une approche globale pour prendre soin des femmes sur le plan médical, social et psychologique. Elle apporte des soins gynécologiques gratuits dans les pays où les infrastructures sont insuffisantes, voire inaccessibles. Depuis 2015, elle intervient aussi en France, dans les camps et centres d’hébergement où vivent des milliers de femmes exilées à la santé précaire.

Claudie Louet et Eve-Marie Armagnat, toutes deux sages-femmes, sont les référentes lyonnaises de GSF, une ONG fondée en 1995, qui réunit des gynécologues obstétriciens et des sages-femmes bénévoles. Après des années de présence à l’étranger, pour des missions de formation des acteurs locaux, GSF a jugé indispensable de prendre également soin des femmes exilées en France. La mission humanitaire d’urgence Caminor voit le jour dans les camps de réfugiés du nord de la France. Un dispensaire mobile de gynécologie obstétrique a été installé sur place pour prodiguer des soins indispensables. À l’issue de la mission Caminor, Richard Matis, vice-président de GSF, affirmait que 70 % des femmes rencontrées dans les camps en France avaient subi des violences sexuelles. Les bénévoles de CamiLyon entendent des récits de vie

Gynecologists Without Borders is an NGO that aims to guarantee healthcare for every woman everywhere. They work with gynecologists and midwives to offer treatment for those affected by sexual diseases, violence and trauma and accompany women during pregnancy.

terribles (violences, prostitutions, etc.) entraînant des grossesses non désirées, des maladies sexuellement transmissibles, des blessures physiques et psychiques. GSF s’emploie alors depuis à réparer corps et esprits avec une approche médicale mais aussi sociale et psychologique.

Un déploiement national GSF a poursuivi des maraudes quotidiennes sur les 8 camps et ouvert deux refuges pour que les plus vulnérables puissent se mettre quelques jours à l’abri. Fin 2017, après 25,5 mois de présence, l’ONG recensait 15 475 actes dont 217 suivis de grossesse, 31 accompagnements et prises en charge d’IVG. GSF veut désormais se déployer sur toute la France. Lyon réunit déjà 15 bénévoles avec une présence dans des centres d’hébergement gérés par Forum Réfugiés ou d’autres. Ce sont des interventions collectives, via des ateliers de santé pédagogiques autour de différentes thématiques. Peu à peu des liens se tissent, les échanges se font plus intimes. « Nombre de femmes exilées souffrent de stress post-traumatique. Lors de nos échanges, nous les orientons vers les structures adéquates. Nous ne faisons pas de médecine au rabais, nous les accompagnons pour des actes, des consultations dans les centres hospitaliers de proximité et de qualité », nous confient Claudie et Eve-Marie.

15 475

actes gynécologiques gratuits pour les femmes en migration des camps du nord de la France, et des milliers d’autres à travers le monde.

Laurence Duran

Intervention au centre d'acceuil de demandeurs d’asile (CADA) de Lille autour de l’outil pédagogique de GSF « relations et préventions ». © GSF HS TVB #19 - P.25


HORS-SÉRIE FEMMES & MIGRATIONS

Société

Une insertion professionnelle « à la buissonnière »

© Elodie Horn

P

asser’elles buissonnières est une association lyonnaise, fondée par un médecin et une juriste, pour accompagner les femmes malades et/ou exilées vers un retour à l’emploi.

400

femmes accompagnées vers l’emploi et sorties de l’isolement

Ce jeudi matin, dans le 1er arrondissement de Lyon, 5 femmes participent à un des ateliers de l’association Passer’elles buissonnières. Trois d’entre elles sont occupées à fabriquer des colliers avec des perles récupérées, pendant que deux autres apprennent à utiliser des machines à coudre. « C’est le deuxième atelier auquel je participe après le yoga et la méditation. Aujourd’hui, je suis venue tester l’atelier couture pour me faire un sac, ça me permet de ne pas rester sans rien faire », sourit Anastasia, une des 35 femmes actuellement accompagnées par l’association. Cette dernière est née de la rencontre de Valérie Cadiou et Marion Huissoud-Gachet, respectivement médecin et juriste de formation, alors bénévoles pour Médecins du Monde. Elles réalisent que les maladies et l’exil provoquent les même effets : l’exclu-

sion et l’isolement, et qu’il serait intéressant de mélanger ces publics. « Nous avons observé que les femmes, lors d’un processus de migration, sont généralement celles qui tirent les choses vers le haut. Ce sont elles qui apprennent la langue le plus rapidement et s’adaptent plus facilement », précise Valérie Cadiou. C’est ainsi qu’elles imaginent Passer’elles buissonnières, une association réservée aux femmes afin de leur offrir un espace où se retrouver.

Des ateliers collectifs et un suivi individuel Codirectrices et salariées de l’association, elles articulent leur action autour d’ateliers collectifs. Ouverts aux adhérentes, ils sont animés par des bénévoles experts dans leur domaine. En parallèle, elles leur apportent un suivi individuel afin de les accompagner sur le chemin du retour à l’emploi. « L’exil et la maladie provoquent des ruptures dans les parcours de vie. Il y a aussi les changements de priorité, la maladie qui diminue la capacité physique et empêche de faire le même métier, tout cela peut mener à un déclassement professionnel », souligne Valérie Cadiou. Grâce à leur « passerelle buissonnière », ce sont plus de 400 femmes qui ont été accompagnées par l’association depuis 2012 et bon nombre d’entre elles ont pu accéder à un retour à la formation. Bonney Magambo, Julie Gaubert, Marion Joubert, Elodie Horn

English summary Passer’elles buissonnières is a French association that offers workshops to help migrant women, fight against exclusion and help them to find a job. Since 2012 more than 400 women, dealing with illness or migrations difficulties, have been helped by the association.

Atelier couture chez Passer’elles buissonnières pour former et faire se rencontrer les femmes en migration. © Elodie Horn


English summary

Social Builder, faire sa place dans le numérique

F

ormer les femmes aux métiers du numérique, voilà le but que poursuit la start-up parisienne Social Builder. Le nouveau défi cette année : lancer la première promotion qui inclura des femmes avec un parcours migratoire.

L’aventure commence en 2011, quand Emmanuelle Larroque, directrice générale et fondatrice de Social Builder, souhaite monter un projet pour favoriser la mixité dans le numérique et rendre accessibles à tou·t·es les métiers dans ce secteur d’activité. En effet, seulement 27 % de femmes en France osent s’y aventurer et très peu d’entre elles accèdent à des postes haut placés. « Le problème, c’est que les femmes se posent elles-mêmes leurs limites, car elles ne savent pas se reconnaître dans le rôle d’une autre femme », appuie Sara Squartini, responsable du programme Women In Digital 93. Ce programme, Women In Digital 93, en référence au département de Seine-Saint-Denis, a pour objectif de former les femmes les plus éloignées de l’emploi, sans distinction d’âge, de diplôme ou de nationalité. Le seul critère ? La motivation. Un choix engagé dans ce territoire qui compte 10 % de femmes avec un parcours migratoire, dont 55 % sont actuellement au chômage. Beaucoup sont en situation de monoparentalité, ce qui peut représenter des difficul-

Are there enough women in the digital sector? The association Social Builder believes not. It is helping to coach and train women in difficult situations to gain access to digital jobs and expand their careers. The start-up wrote a manifesto for gender equality in the digital sector, signing partnerships with 70 firms.

tés pour s’insérer au niveau professionnel, c’est pourquoi Women In Digital propose des formations gratuites.

De la sensibilisation à l’accompagnement professionnel Le parcours Women In Digital 93, d’une durée de 6 mois, dont deux mois de stage, prépare aux métiers de développeuse web et intégratrice web. Des femmes primo-arrivantes pourront intégrer cette promotion 2019 et, pour les accompagner au mieux, 3 h de cours de FLE (français langue étrangère, ndlr) par semaine sont comprises. Une référente sociale sera aussi présente pour apporter aide et contenu tout au long de la formation, « pour éviter les décrochages », ajoute-t-elle. En parallèle, Social Builder a lancé un Manifeste pour la reconversion des femmes pour « déconstruire le schéma sociétal ». Signé par 70 entreprises, il donne le plus d’informations possible pour favoriser l’accès aux métiers du numérique. « Pour avoir un impact, il faut que les entreprises s’engagent à respecter les quotas. Il y a urgence et la volonté de recruter des femmes est une évidence », relate-t-elle. Avec son réseau d’alumni pour inspirer les membres de la nouvelle promotion, Social Builder compte 2 500 utilisatrices, et sûrement davantage à venir. Bonney Magambo, Julie Gaubert, Marion Joubert, Elodie Horn

Séance de coaching chez Women In Digital 93 pour former les femmes au numérique, un secteur d’avenir. © Social Builder

2 500

femmes accompagnées vers un emploi dans le numérique

70 entreprises partenaires

HS TVB #19 - P.27


English summary A special clinic in a Parisian hospital is offering surgical and psychological reconstruction after female genital mutilations. Sexologists, victimologists and surgeons are working together to help victims of excision recover from the trauma.

Espoir médical pour les femmes victimes d’excision

L

a chirurgie pour les femmes migrantes qui ont subi l’excision ou une mutilation génitale est une opération de plus en plus courante dans le monde. La France, où l’excision est interdite, est d’ailleurs un des pays pionniers pratiquant cette intervention.

250

femmes par an accompagnées pour une reconstruction chirurgicale et/ou psychologique après des mutilations génitales.

L’unité de l’hôpital Bicêtre dans la région parisienne est l’une des rares en France à prendre en charge les victimes de manière globale et pluridisciplinaire. Chaque année, elle reçoit des centaines de femmes excisées souhaitant bénéficier d’une opération réparatrice. Les mutilations sexuelles féminines constituent une atteinte à l’intégrité physique des femmes et des jeunes filles et permettent donc l’obtention du statut de réfugié ou de la protection subsidiaire. Des femmes en migration essaient ensuite de se reconstruire après ce traumatisme.

Chirurgie et accompagnement global Au-delà de l’acte chirurgical, ces femmes sont entourées d’une équipe composée d’une sexologue, d’une gynécologue-obstétricienne et enfin d’une victimologue et anthropologue, Sokhna Fall, avec qui nous avons échangé.

« On avait démarré sur la chirurgie et on s’est rendu compte qu’il fallait penser beaucoup plus largement le soin. Au fil des années, on fait plus de soins que de chirurgie », explique-t-elle. L’objectif de cette équipe est d’abord d’évaluer l’état psychologique de la patiente et ensuite de déterminer si la chirurgie est la solution la plus adéquate pour elle. Les femmes excisées sont souvent soumises à des a priori sur l’excision. Le principal étant que cette dernière les prive de plaisir sexuel ou de leur féminité. Or « on n’opère pas la honte d’avoir été excisée », souligne Sokhna Fall. L’équipe découvre alors que cette privation de plaisir peut être due non pas à l’excision en elle-même mais au fait d’avoir vécu un mariage forcé, par exemple. La chirurgie leur permet parfois d’obtenir « une forme de justice reconstructrice », par rapport au fait qu’on leur ait pris quelque chose sans demander leur avis. Avec environ 200 à 300 prises en charge par année, ce service de l’hôpital Bicêtre dédié aux femmes excisées tente de leur apporter des solutions aussi bien dans leur vie sexuelle que dans leur vie de femme. Ebaa Amin, Niloufar Forghani, Marion Joubert, Seamus Kearney

HS TVB #19 - P.28

Sokhna Fall, victimologue et anthropologue à l’unité de reconstruction psychique et chirurgicale des femmes excisées de l’hôpital Bicêtre de Paris. © Sokhna Fall


Aider l’émancipation des femmes avec le microcrédit

L

’association Impulso accompagne les femmes au Pérou dans l’obtention et la gestion de leur microcrédit. Nous avons notamment rencontré Hilnoretna Lunar, vénézuélienne expatriée au Pérou.

Le microcrédit est un prêt de faible montant octroyé aux personnes exclues du système bancaire traditionnel (trop pauvres ou n’ayant pas les garanties financières nécessaires). Ils sont accordés par des instituts de microfinance (IMF) et ne sont ensuite, dans la plupart des cas, pas soumis à un accompagnement. Le manque d’accompagnement afin de gérer le remboursement de ce microcrédit, conduit à certaines dérives telles que le surendettement, une augmentation des taux d’intérêts, etc. L’association Impulso agit pour lutter contre cette possible exclusion sociale.

« Une augmentation de 10 % des crédits aux femmes permet une hausse moyenne de 8 % de la scolarisation des enfants et une baisse de 5 % de l’extrême pauvreté » Impulso est une association française intervenant auprès d’entrepreneur(e)s sud-américain(e)s ayant contracté un microcrédit. Association loi 1901, elle a

English summary The organisation Impulso helps women and refugees in Peru to make good use of the possibilities of micro credit. The association Alpadef is teaching women in Senegal how they can have their own projects, so they can be free and earn money for themselves and their families.

pour but d’accompagner concrètement les entrepreneurs à la suite de leur microcrédit, pour qu'ils développent et pérennisent leur projet tout en restant autonomes. L’association travaille main dans la main avec l’équipe de l’IMF Micredisol, basé dans plusieurs villes au Pérou, et accompagne les entrepreneur(e)s pendant six mois. Nous avons rencontré Hilnoretna Lunar, une expatriée vénézuélienne, qui après avoir vécu plusieurs années sur un voilier au large de l’île Saint-Martin, vit désormais dans la jungle péruvienne de la région de Tarapoto, au Pérou. La situation politique de son pays natal, le Venezuela, a poussé cette femme courageuse à l’aventure vers de nouveaux horizons. Voulant allier passion et travail, elle ouvrit son petit commerce de savons élaborés artisanalement et intégralement à base d’huile de coco. Hilno, comme elle se fait appeler par ses clients et amis, vante les mérites des savons à l’huile de coco. Cet ingrédient est d’ailleurs la raison principale de sa venue dans la jungle amazonienne, regorgeant d’huile de coco. Son objectif est de développer et d’inciter les gens à utiliser des produits 100 % naturels pour les bienfaits qu’ils procurent à notre corps (effets curatifs, relaxants, etc.). Accompagnée par la fondation Keshe, l’IMF et Impulso, Hilno est désormais indépendante, autonome et épanouie dans sa nouvelle région. Nicolas Hellot

Former à l’autonomie

L

’alliance panafricaine pour le développement de l’entrepreneuriat des femmes (ALPADEF) est une association qui dispense des formations-actions afin de permettre l’émancipation des femmes au Sénégal.

L’association forme pendant 1 semestre, à hauteur de 4 h par semaine, des femmes immigrées ou vivant en Afrique subsaharienne, porteuses de projet. À la suite de cette formation, un accompagnement personnalisé est proposé et les compétences nécessaires apportées afin de permettre aux femmes de pouvoir finalement gérer leurs projets et leur vie en toute autonomie. Nous avons échangé avec Sylvie di Palma, responsable des relations partenariales. « Nous avons créé

une coopérative agricole de femmes, basée sur les principes de l’agroécologie et du commerce équitable, dans le Saloum, au Sénégal. Nous dupliquons aujourd’hui cette coopérative et formons les femmes sénégalaises pour qu’elles en fassent de même, en Casamance ou dans la région de Saint-Louis. En Afrique, ce sont surtout les femmes les reines de l’économie informelle. Nous faisons en sorte qu’elles puissent créer des activités génératrices de revenus, formelles et valorisantes. Maintenant, elles connaissent les procédés de production et forment d’autres femmes, c’est le cercle vertueux. Nous nous donnons pour objectif de former une cinquantaine de femmes par an. Pour l’instant, nous en sommes déjà à 150 et développons un hébergement d’écotoursime à côté du centre de formation et de la coopérative de Palmarin. Lorsque ces femmes s’engagent dans ces activités rémunérées, elles le font pour de bonnes raisons : la scolarisation des enfants et la qualité de vie de leur foyer, et c’est une véritable satisfaction. » Ali Husaien, Laurianne Ploix

Accompagner les femmes dans leur émancipation avec le microcrédit au Pérou et la formation au Sénégal.

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HORS-SÉRIE FEMMES & MIGRATIONS

Éducation

L’association de l’École normale supérieure (ENS) dispense des cours de français langue étrangère (FLE) aux personnes exilées bénévolement chaque jour. © ItinérENS

ItinérENS, l’asso qui enrichit l’offre de cours de français 250

personnes en migration reçoivent des cours de français gratuits par

70

professeurs bénévoles

À

l’École normale supérieure (ENS) de Lyon, des dizaines d’étudiants et de professeur.e.s proposent bénévolement des cours de français aux nouveaux arrivants en France. Depuis la création de leur association ItinérENS, en 2016, des centaines d’ « apprenant.e.s » – pour reprendre les mots de l’association – de tous niveaux sont venu.e.s y assister… et d’année en année, les classes continuent de se remplir.

C’est une opportunité dont les nouveaux/elles arrivant.e.s étranger.e.s à Lyon se saisissent. Alors qu’elle s’était créée en mai 2016 avec une dizaine de professeur.es pour une vingtaine d’apprenant.e.s à peine, l’association ItinérENS en compte désormais près de 70 pour 200 à 300 élèves.

Une réponse au manque d’offre de cours de FLE

English summary

Dans les murs de la prestigieuse école lyonnaise, les personnes étrangères peuvent suivre des cours de langue française proposés par ItinérENS. Des débutant.e.s aux plus avancé.e.s, tous les niveaux sont proposés, grâce à des étudiant.e.s et enseignant.e.s bénévoles qui viennent les assurer. Toute la semaine, de 10 à 20 heures, ils se relayent pour assurer un maximum de cours.

At the ENS school (École Normale Supérieure) in Lyon, France, dozens of students and teachers are volunteering to offer French classes to new arrivals to France. Itiner’ENS has helped hundreds of people since it was created in 2006 and demand for the classes continues to grow.

« Il n’y avait pas assez d’offre de français langue étrangère (FLE) pour les personnes exilées, explique Sophie, étudiante en géographie qui fait partie des fondateurs/rices. Certains membres faisaient partie d’autres associations de cours de langue et ont fait ce constat. Il y avait beaucoup de demande et pas assez d’offre. » Face à cette offre insuffisante et aux difficultés pour accéder à ce

type d’aide lorsque l’on vient d’arriver et qu’on ne parle pas la langue, l’association a cherché à être le plus accessible possible, notamment en ouvrant ses portes à chacun.e sans regard sur sa situation administrative et juridique.

« Ça me permet de me sentir à l’aise parmi mes amis français » Depuis la rentrée 2019, l’administration de l’école a imposé de limiter l’accès à 2 cours hebdomadaires par personne et de mettre en place un système de carte d’adhérent. Un fonctionnement contraignant pour l’association, qui reste malgré tout dynamique. En parallèle des cours, elle propose aussi des activités culturelles gratuites pour ses apprenant.e.s : visite de musées, spectacles, sorties au théâtre ou encore des ateliers d’écriture. « Cela m’a permis de rencontrer du monde, de me sociabiliser et de découvrir Lyon », raconte Lumiya, originaire d’Azerbaïdjan. « Ma sortie préférée, c’était celle au musée des Confluences », ajoute-t-elle. Arrivée en 2018 en France, la jeune femme a assisté quotidiennement pendant un an aux cours d’ItinérENS. Elle témoigne : « Avant je ne connaissais pas du tout le français, mais maintenant je peux facilement communiquer avec les gens dans la société et ça me permet de me sentir à l’aise parmi mes amis français. Grâce à cette école et surtout aux sorties culturelles, j’ai appris beaucoup de choses concernant le pays et la culture française. » Cerise sur le gâteau, en plus de plaire aux apprenant.e.s et d’en attirer sans cesse de nouveaux/ elles par le bouche-à-oreille, l’association obtient des résultats probants. Dans l’année scolaire 20182019, elle a financé l’inscription à l’examen du Diplôme d’études en langue française (DELF) pour 10 de ses apprenant.e.s… et les 10 l’ont réussi ! Neelab Sadat, Camélia El Cadi, Alexis Demoment


HORS-SÉRIE FEMMES & MIGRATIONS

Social

La chaleureuse famille de 2MSG

L

’association lyonnaise 2MSG (Migrantions minorités sexuelles et de genre) apporte entraide et chaleur humaine aux migrants LGBT. Tous témoignent : c’est devenu ma famille !

« Ici je me sens aimée, c’est tellement important pour moi qui n’ai jamais connu l’affection », témoigne Christel, Africaine, lesbienne et mère de deux enfants. Oui mère de deux enfants car en Afrique, comme dans bien des pays, le coming out est impossible, les personnes LGBT se marient et doivent cacher leur vraie identité. Christel a subi un mariage forcé et vécu les pires violences de la part de son mari furieux de ses réticences. Au bout de 12 années, elle décide de se « révéler » et plus tard demande le divorce. Sa situation empire : menaces de mort, rejet total de sa famille, insultes des voisins, ses enfants sont humiliés à l’école à cause de leur mère. « J'ai eu honte en face de mes enfants, j’ai voulu me suicider », nous confie-t-elle. En 2019, Christel s’est réfugiée en France et a déposé une demande d’asile auprès de l’OFPRA. « Quand je suis arrivée, j’étais vraiment mal en point. Maintenant je vais mieux, j’ai trouvé une famille avec 2MSG. On s’amuse, on cause, on se détend », explique la jeune femme.

1

Une association interculturelle Issue du centre LGBT de Lyon, l’association a vu le jour en mai 2017, portée au départ par quelques « locaux » mais ce sont les migrants qui la font vivre. Le fonctionnement se veut complètement collectif. « C’est essentiel, car seuls les migrants connaissent vraiment leurs problèmes liés à leur identité sexuelle, leur situation, leur vie », témoigne un gay africain. On compte environ une quarantaine d’adhérents et d'adhérentes, venus d’Afrique, d’Inde, du Maroc, de Russie, d’Égypte… Tous ces pays où l’identité LGBT signifie prison, mort ou viol. « Il y a beaucoup de nationalités, mais nous avons vécu les mêmes choses. Je rencontre ici des gens comme moi, je m’y sens bien », souligne un gay marocain.

centre d’accueil, d’écoute, d’entraide et de reconstruction pour les migrant.es LGBT

2MSG propose des moments conviviaux, des soirées festives, des réunions pour décider de l’avenir de l’association et de ses actions. Et aussi et surtout de l’aide pour résoudre des problèmes concrets. Ainsi Christel avait minutieusement écrit le récit de sa vie et de ses souffrances. Avec les conseils de 2MSG, elle a enrichi ce récit par des dates, des noms, pour se donner les meilleures chances d’obtenir l’asile. L’aura-t-elle ? Elle attend la réponse. On l’entend souvent : être migrant LGBT, c’est la double peine. Pour elles et eux, 2MSG est un précieux havre de paix. Indispensable. Laurence Duran L’association 2MSG, du centre LGBTQI+ de Lyon, accompagne les migrant.es victimes de discriminations et de violences de genre. © 2MSG

English summary 2MSG is an association acting on behalf of gender and sexual minorities in order to help them find what they need for their new lives in Lyon, France. There are people ready to provide a sympathetic ear to those abused and subjected to violence and to provide support in terms of HS TVB the administrative procedures for#19 - P.27 asylum.


HORS-SÉRIE FEMMES & MIGRATIONS

Société

© Trait d’Union

Femmes en scène, l’inclusion par l’art théâtral

À

nos sœurs qui brûlent de briller, voici le titre de la pièce créée et mise en scène par Myriam Boudenia lors de l’atelier théâtral «Femmes en scène » de l’association Singa. Ce projet initié par la française Isabelle Duroux et la polonaise Agatha Kroh a pour objectif de fournir des clés de compréhension interculturelle aux femmes participantes. C’est également l’occasion de créer un espace de rencontre entre des femmes « locales » (françaises) et de « nouvelles arrivantes » (d’autres pays). Une opportunité de favoriser l’inclusion.

« J’ai adhéré tout de suite à ce projet qui permet aux femmes de dire : j’existe autrement que par le témoignage de mon parcours de migration », confie l’autrice dramatique et metteuse en scène de 38 ans, Myriam Boudenia. Elle adore faire jouer des novices du théâtre. Par ailleurs, la variété et la complexité des parcours de chacune des participantes ont été pour elle un véritable nid d’inspiration.

Tout s’est enchaîné très vite Ne pas recevoir un savoir-faire mais plutôt vivre une expérience esthétique. Telle est la feuille

English summary Myriam Boudenia has created a theatre play with migrant women and local people. The aim is to encourage inclusion, to allow exchanges where everyone gets to know each other, to see that there is more to people than just their temporary situation of migration. They are not only migrants but first and foremost women.

Favoriser la compréhension et l’inclusion par l’art

de route du projet. Durant chaque atelier, chacune des 16 femmes doit s’exprimer autour d’un thème. Un premier atelier de découverte permettait aux femmes de s’extérioriser. Le non-verbal a pris le dessus. Non pas forcément à cause de la barrière linguistique mais parce que les expressions corporelles donnent une dimension plurielle, émotionnelle à l’interprétation. « Nous revendiquons un art non excluant et immersif avec différents niveaux de lecture. » D’ailleurs, c’est quelquefois difficile de mettre les mots sur certaines choses. Cette méthode a donc permis à toutes les participantes de se manifester et de choisir ce qu’elles voulaient montrer,, de façon naturelle : l’amour, la colère, la joie, s’affirmer, respecter sa zone de confort et celle des autres, etc. Certaines d’entre elles avaient du mal à affronter le regard de l’autre, pour des raisons diverses. Mais ces 30 heures d’ateliers ont été un déclencheur de l’estime de soi et de la volonté de connaître l’autre.

« Je me suis retrouvée sur scène face à Soukaina qui pleurait et « ouah », c’était des larmes de joie et c’était extraordinaire ! » Une restitution publique a eu lieu fin mars 2019. Tout s’est déroulé dans la salle Genton à la MJC Laënnec-Mermoz. « Ça a été tout simplement merveilleux. Je n’ai pu retenir mes larmes », nous explique une participante locale. Les spectateurs ont été séduits par cette pièce vivante de 25 minutes, répartie en plusieurs séquences : le voyage seul et collectif, l'espace inconnu, la peur, le silence, la colère, l’ombre, la lumière, le plaisir d’aller vers l’autre, la compréhension, etc. « C’était une expérience très forte qui valait la peine, c’était une chance, un cadeau. Avec cet atelier, j’ai repris confiance en l’amitié, j’ai repris confiance sur le fait que quelqu’un puisse me comprendre », explique, enthousiaste, une participante en migration. Rhamatalla Abdelkarim, Perrine Gétin, Dorothée Oké


English summary

« Ce que nous sommes » démystifie le parcours migratoire

C

e que nous sommes est un projet de recherche action mené par Bénédicte de la Taille entre mars et mai 2019, qui, en utilisant la photographie participative, vise à mettre en lumière les parcours de femmes isolées en demande d’asile.

Le projet de recherche et de photographie participatif « Ce que nous sommes » change les regards sur le parcours migratoire au féminin. L’équipe de TVB a pu rencontrer la photographe et professionnelle de l’humanitaire à l’origine du projet, Bénédicte de la Taille.

TVB : Qu’est-ce qui vous a amenée à réaliser ce projet ? BdlT : Après avoir travaillé pendant 10 ans auprès de personnes réfugiées, j’ai suivi le master Égalités à l’Université de Lyon 2. J’avais à cœur de mener un projet de recherche sur la question des femmes affectées par les conflits, en utilisant l’outil photographique. L’idée c’était de rendre leur situation visible, car une mauvaise représentation de ces femmes impacte les politiques d’accueil.

TVB : En quoi consiste « Ce que nous sommes » ? BdlT : C’est un travail collaboratif réalisé par et avec des femmes en demande d’asile héber-

« Ce que nous sommes » is a project led by Bénédicte de la Taille, a researcher in gender equality. It focuses on women who have travelled alone on a journey of migration, attempting to highlight their strengths and change the stereotype of a weak woman who depends on a man.

gées au centre d’accueil de demandeurs d’asile Nicolas Garnier de Villeurbanne, géré par l’association Forum Réfugiés Cosi. Elles ont photographié leur quotidien pendant trois mois. Pour l’exposition, nous avons sélectionné 30 clichés sur 500. Chaque photographie est associée à une légende qui est tirée d’une retranscription des sept entretiens individuels et des 10 ateliers que nous avons effectué. Les textes sont anonymes car elles ont voulu présenter un travail collectif. Elles ont pris des photos très métaphoriques. Elles se racontent de manière indirecte, en faisant à chaque fois un lien entre l’image et le récit.

TVB : Pourquoi avoir choisi de mettre en avant le parcours de femmes seules et migrantes pour ce projet ? BdlT : Je me suis intéressée à un groupe de demandeuses d’asile parties seules de leur pays, pour rompre avec les stéréotypes. La figure classique de la migrante que l’on voit dans les médias, lorsqu’on la voit car elle est presque invisible, c’est une femme ayant subi des violences, ou qui suit son mari. Or, l’idée du projet est de montrer qu’elles ne sont pas que des victimes ni des suiveuses. Leurs parcours sont multiples, il n’y a pas qu’une catégorie de femmes en demande d’asile. Ce sont des femmes qui se sont émancipées des violences et qui ne sont pas juste des personnes qui ont fui, elles avaient aussi une vie avant ce départ, elles en ont une après. Ali Husaien, Marion Joubert, Laurianne Ploix

Cliché d’une des participantes issue du projet " Ce que nous sommes ", qui vise à briser les clichés victimisant les femmes en migration. © Bénédicte de la Taille

Des photographies pour lutter contre les stéréotypes liés aux femmes en migration et montrer leurs forces

HS TVB #19 - P.33


PAGES 34 À 38

TÉMOIGNAGES DE FEMMES en

MIGRATION


English summary

Khalida Popal croit au pouvoir du football

L

’activiste féministe afghane manie avec autant de précision le ballon que sa voix. Ses activités l’ont obligée à fuir son pays natal en 2011, toutefois son combat en faveur des femmes est resté intact.

En Afghanistan, le football est l’un des sports les plus populaires. Mais lorsque le footballeur s’avère être une footballeuse, celle-ci peut faire face à des réactions violentes de la part d’une société dominée par ces derniers. « La guerre a beaucoup affecté la culture du pays et les mentalités. Ils pensent que les femmes ne sont pas capables de jouer au football ou de participer à toute forme d’activité sociale », explique Khalida Popal.

« On nous disait que nous étions une honte pour notre pays » La jeune femme a commencé à taper dans un ballon enfant, avec ses frères. À l’âge de 16 ans, elle forme la première équipe féminine de son pays et parvient à constituer la première équipe professionnelle quelques années plus tard. À 20 ans, elle devient la première femme employée de la Fédération de football afghane, mais cet événement renforce les vagues d’intimidations à son égard. « On nous jetait des pierres, on nous insultait, on nous traitait de prostituées. On nous disait que nous étions une honte pour notre pays », se souvient-elle. Les menaces devenant de plus en plus sérieuses, Khalida se résout à quitter son pays en 2011. « Je mettais au défi les dirigeants du pays et cela m’a mise en grand danger, alors j’ai dû fuir », confiet-elle. Le sponsor danois Hummel, une entreprise sportive, l’aide à trouver refuge à Copenhague. Elle arrive alors dans un centre de demandeurs d’asile où elle vivra durant un an et demi. « Évoluer dans un pays si différent était un véritable défi, au début c’était vraiment difficile. Il faut reconstruire son image, sa carrière et ses rêves », appuie-t-elle.

Le sport comme outil d’inclusion avec la Girl Power Organization Le sport lui donne la force nécessaire en Afghanistan pour s’imposer en tant que femme, mais aussi pour s’intégrer en tant que réfugiée au Danemark. Un moyen qu’elle décide de partager avec d’autres réfugiées : « Quand j’étais dans le centre, je me suis rendu compte de l’aide dont ces femmes avaient besoin pour s’affirmer. » Elle organise des parties de football pour alléger le quotidien des femmes du centre. Quand elle obtient enfin son statut de réfugiée,

Khalida Popal is an Afghan football player. She started playing in her home country but had to flee because of the war and the mentality there, which put her in danger. She is now a campaigner in Denmark with her Girl Power Organisation, which helps women express themselves through soccer, to know their rights and fight for them.

elle continue à utiliser le pouvoir du sport en créant la Girl Power Organization. Sa structure, qui s’adresse aux femmes à travers le monde, cherche à trouver des solutions aux défis auxquels les femmes sont confrontées. « Le but de mon organisation est de fournir des opportunités, des outils et d’éduquer parce que je pense que lorsque les femmes connaissent leurs droits, elles peuvent se défendre, non seulement pour elles-mêmes, mais aussi pour améliorer la société », souligne la jeune femme afghane. En Europe, l’organisation vise à aider surtout les migrantes. Girl Power Organization souhaite accroître l’inclusion et la participation sociale de celles-ci en proposant « des activités sportives et des équipements mais aussi des ateliers, des conférences, des événements… », décrit Khalida Popal.

Un cursus en marketing au Danemark À sa sortie du centre, Khalida Popal a su jouer sur un autre terrain, celui des études. « J’ai suivi au Danemark un cursus en marketing et management sportif. » Si elle ne peut plus jouer à un niveau professionnel à cause d’une blessure au genou, elle continue à manager et travaille actuellement au sein du club de football FC Nordsjælland. En parallèle, elle tient un rôle d’ambassadrice pour divers projets caritatifs tels que le Street Child United project ou l’European week, car selon elle « ils autonomisent des groupes de personnes qui sont isolées des sociétés. C’est beaucoup de travail mais cela m’intéresse. C’est quand même formidable et j’en suis heureuse ».

Porte-parole des femmes sans voix Si son visage est devenu un symbole du football féminin afghan, elle ne peut plus retourner dans son pays natal. Ce qui ne l’empêche pas d’œuvrer à distance pour son équipe de football féminin en lui trouvant des sponsors et des adversaires internationaux. En parvenant à s’échapper, Khalida Popal a aussi pu sauver sa voix. Elle l’a récemment utilisée afin de dénoncer des abus sexuels perpétrés contre des joueuses de l’équipe féminine afghane l’année dernière. « Le résultat, raconte-t-elle, est que le président de la Fédération de football afghane, le créateur de cette culture d’abus, a été condamné à une amende et banni à vie. Je suis très fière de ma voix parce qu’elle peut vraiment faire quelque chose. Je peux l’utiliser pour les femmes sans voix du monde entier », conclut la jeune femme souriante. Bonney Magambo, Julie Gaubert, Marion Joubert, Elodie Horn

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HORS-SÉRIE FEMMES & MIGRATIONS

Entrepreneuriat

Fatima Al-Faqeer, la Jordanie se savoure à Lyon

J

ordanienne d’origine, Fatima Al-Faqeer, 39 ans, a créé à Lyon son salon de thé qu’elle a baptisé Petra Nomad Tea. « Depuis mon enfance, j’ai toujours rêvé d’avoir une marque de thé qui représente les valeurs de ma culture et de pratiquer la langue française, que j’apprécie », exprimet-elle.

fessionnelles. Son séjour en France lui permet une maîtrise parfaite de la langue de Molière, mais c’est aussi l’occasion de rencontrer son âme sœur. Par amour, elle reviendra à Lyon en 2008. Elle est aujourd’hui maman de deux enfants. © Dorothée Oké

Salon de thé, d’échange et de partage Entrer dans le salon de thé Petra Nomad Tea, rue Royale, dans le centre de Lyon, c’est faire un bout de chemin avec Fatima Al-Faqeer, à travers ses origines et sa culture. Des paysages attirants, des visages et regards puissants habitent les cadres qui ornent les murs bleus, d’un côté, en pierres apparentes, de l’autre. Les portraits de membres de sa famille témoignent de la culture des bédouins jordaniens. « Pour cela, mon salon de thé est un peu comme un lieu de voyage. Une manière de faire découvrir les réalités de ce pays du Moyen-Orient », explique la jeune femme. Elle partage donc son histoire et la passion de son pays avec ses clients. « Ce salon est un peu un office de tourisme de la Jordanie où tu peux manger et boire », confient quelques clients. Par ailleurs, tous les week-ends, elle fait des brunchs « made in Jordanie » où il est préférable de réserver si on veut pouvoir goûter aux mets jordaniens.

« J’ai enfin trouvé des gens qui croient en moi » En 2006, Fatima Al-Faqeer arrive en France pour réaliser un master en langue française à l’université de Lyon 2. Étant la première femme guide touristique francophone de sa ville de naissance, Petra, elle repart en 2007 pour continuer ses activités pro-

English summary Fatima Al-Faqeer has created a café restaurant in Lyon that specialises in tea and food from Jordan, her country of origin. The 39-year-old set up Petra Nomad Tea with the help of a business incubator run by the association Singa Lyon.

Mais Fatima ne se projetait pas en mère au foyer. Ainsi, dans ses recherches de stabilité professionnelle, elle découvre l’incubateur Singa. Faisant partie de la deuxième promotion, elle a été accompagnée au plus près : réalisation du business plan, gestion d’un budget, formation sur certains outils de communication, etc. Ce suivi lui a permis de trouver des personnes qui croyaient en elle et d’ouvrir, à la sortie, son salon de thé, Petra Nomad Tea.

Une ambition future : aider les femmes « Certaines femmes ont de très beaux projets et veulent travailler, mais n’y arrivent pas compte tenu de leurs situation et environnement. Mon ambition à long terme est de les accompagner dans leur élan », explique Fatima Al-Faqeer, qui pense déjà à de futurs projets. Rhamatalla Abdelkarim, Perrine Gétin, Dorothée Oké


Lorena Hoxha, un exemple de résilience

O

riginaire d’Albanie, Lorena Hoxha est arrivée en France il y a deux ans. D’abord très isolée, elle a réussi, grâce à sa détermination et l’aide d’associations, à reprendre sa vie en main. Elle nous a parlé de son parcours et de ses espoirs.

Lorena Hoxha raconte son histoire d’une voix calme, prenant le temps de bien choisir ses mots. Malgré son jeune âge, elle a fait preuve d’un grand courage et d’une grande résilience. À seulement 22 ans, la jeune femme décide de changer de vie. Elle quitte alors Tropoja, sa ville natale très conservatrice du nord de l’Albanie. Lorena voyage seule avec ses rêves, direction la France, un pays qui l’attire depuis longtemps. « J’ai toujours aimé l’histoire, l’architecture, la culture et la littérature française », explique-telle. En avril 2018, Lorena arrive à Lyon. Les débuts sont difficiles, et la jeune femme passe plusieurs mois très isolée : « Je ne connaissais personne, je n’avais pas d’amis ici, et je connaissais seulement dix mots de français, se souvient-elle. J’ai laissé toute ma vie en Albanie, je devais repartir à zéro. » Une assistante sociale lui conseille un jour de pousser la porte de Tissu solidaire. Depuis quatre ans, cette association entend, grâce à la couture, tisser des liens entre les nouveaux arri© Raphaëlle Vivent

English summary Lorena Hoxha arrived in Lyon from Albania. She has suffered a little bit from the feeling of isolation but now has a lot of friends thanks to local associations. She is also trying to launch classes to teach traditional Albanian dancing.

vants, qu’ils soient réfugiés, demandeurs d’asile ou migrants, et les locaux. Une fois par semaine, Lorena participe à des ateliers de couture, où se côtoient des gens originaires du monde entier. « À Tissu solidaire, j’ai trouvé une grande famille multiculturelle, qui m’a aidée à mieux m’intégrer dans la vie française », raconte-t-elle. Grâce au maillage associatif lyonnais, la vie de la jeune femme devient plus facile. En septembre 2018, elle entame des cours de français avec l’association Coup de pouce université (CPU). Cet organisme aide les personnes étrangères qui souhaitent reprendre des études à atteindre un niveau de langue suffisant pour suivre un cursus universitaire. Les leçons sont intenses, cinq jours par semaine, mais Lorena est très motivée. « J’aimerais plus tard reprendre des études, et faire un Master d’économie à Lyon. » Dans sa ville d’adoption, Lorena renoue également avec l’une de ses grandes passions : la danse. Depuis toute petite, la jeune femme pratique la Vallja e Tropojes, une danse traditionnelle albanaise originaire de sa ville natale. De 16 à 18 ans, Lorena dansait même pour la municipalité de Tropoja et a participé à des spectacles dans toute l’Albanie. En septembre 2019, elle a fait une démonstration de Vallja e Tropojes lors des fêtes consulaires, place Bellecour à Lyon. Lorena a dansé devant plus de 300 personnes : « À la fin du spectacle, beaucoup de gens sont venus me parler de la danse, de mon costume. Les gens trouvaient ça très intéressant. » Face à cet engouement, la jeune fille envisage d’ouvrir un cours de danse traditionnelle albanaise à Lyon. Toutefois, un point noir l’empêche pour l’heure de réaliser tous ses projets. La jeune Albanaise n’a pas encore de papiers français, mais elle ne se décourage pas : « La France et Lyon sont devenus ma deuxième patrie, et cette ville est entrée de façon naturelle dans mon cœur. Elle peut m’apporter beaucoup, mais moi aussi, je peux apporter beaucoup à Lyon », conclut la jeune femme. Ramadan Bozhlani, Erdoan Mahmuti, Arjola Doda, Raphaëlle Vivent

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HORS-SÉRIE FEMMES & MIGRATIONS

Cuisine Sadia a également participé au livre collectif Femmes d'ici, cuisines d'ailleurs, édité avec l’association VRAC, qui permet notamment l’accès à la cuisine bio dans les quartiers populaires grâce à l’achat en gros redistribué à bas prix.

Sadia Hessabi, saveurs d’ici et d’ailleurs

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’origine afghane et arrivée en France à l’adolescence, Sadia Hessabi gère aujourd’hui son propre service de traiteur, KabouLyon, après avoir quitté son métier d’aidesoignante. Portrait d’une femme engagée et résiliente, qui utilise sa cuisine francoafghane et sa bonne humeur pour rassembler les gens et transmettre ses valeurs. Sadia a le sourire lorsqu’elle raconte son histoire. Malgré un parcours difficile, c’est une femme pleine de vitalité et de bonne humeur qui nous explique pourquoi, à quarante ans, elle a décidé de tout quitter pour monter sa propre affaire de traiteur.

Exilée en France à l’adolescence Née en Afghanistan dans les années 1970, elle quitte Kaboul à quatorze ans pour rejoindre la France après le décès de ses parents. C’est à Chalon-sur-Saône qu’elle atterrit chez un oncle éloigné. En trois mois, elle apprend le français et retrouve ses instincts de première de la classe malgré la barrière de la langue. L’adolescente est désireuse de voler de ses propres ailes et elle entame alors un BEP sanitaire et social. « On m’avait dit qu’à dixhuit ans, on pouvait être indépendant et partir de chez ses tuteurs. C’est ce que j’ai eu envie de faire », racontet-elle. Elle devient alors aide-soignante au Vinatier, un hôpital psychiatrique lyonnais. Elle y travaille une vingtaine d’années, animée par l’envie d’aider les autres. Mais après la perte d’un collègue et la dégradation des conditions de travail, elle se rend à l’évidence : ce train de vie ne lui correspond plus.

English summary Sadia Hessabi arrived in France from Afghanistan about 30 years ago and is now involved in a lot of projects run by associations. She has also created an organisation called KabouLyon, which is specialized in the concept of an intercultural kitchen, the mixing of culinary traditions from Kabul and Lyon.

« J’ai eu envie de me lancer dans la cuisine », explique Sadia avec un sourire et un enthousiasme qui lui sont propres. « Quand je suis tombée enceinte, j’ai eu ce besoin inexplicable de reproduire la nourriture de chez moi, de retrouver les saveurs et les épices de mon enfance. » Elle se souvient alors des plats qu’elle préparait avec sa mère, plus jeune. Et de ce besoin est née une envie de partager ses recettes avec le reste du monde par le biais d’un site internet. Parallèlement, elle a obtenu son diplôme de cuisinière et s’est mise à son compte : « J’en ai eu marre d’adapter ma famille à mon travail et j’ai eu envie de faire l’inverse. Je me suis dit que ce serait bien de remettre les choses dans l’ordre et de vivre pleinement. » C’est ainsi que KabouLyon, son service de spécialités culinaires afghanes, voit le jour en 2018. « Cuisiner, pour moi, c’est inventer, c’est essayer, développe-t-elle. C’est mélanger les saveurs. C’est pour cela que j’ai appelé mon entreprise KabouLyon, pour mettre en avant cette mixité. J’ai d’ailleurs un dessert signature qui s’appelle le KabouLyon, une crème dessert à base de cardamone, de thé et de praline. De la praline, on n’en trouve pas en Afghanistan. »

« Changer le regard sur les femmes afghanes » Avec KabouLyon, elle cuisine et intervient dans de nombreux événements. En plus, elle donne des cours à la fondation Paul Bocuse et passe parfois sur France 3 dans l’émission « Ensemble c’est mieux ». À travers tout cela, elle cherche à faire passer un message : « J’avais envie de changer le regard des gens sur les femmes afghanes. Mon pays n’était réduit qu’aux mauvaises choses qu’on montre à la télévision. Mais il y a une culture, il y a une vie, tout un tas de merveilles dont on ne parle pas. » Et pour en parler, Sadia a pour idée d’écrire un livre et de réaliser un film. Deux projets qui s’ajoutent à celui de lancer une cantine participative pour créer du lien social autour de produits bio et locaux. Bref, à l’image de sa cuisine, Sadia Hessabi ne semble pas prête à s’arrêter de surprendre ! Neelab Sadat, Camélia El Cadi, Alexis Demoment


HORS-SÉRIE JEUNESSE

Panorama CONTACTS DE STRUCTURES QUI AIDENT LES FEMMES EN MIGRATION à Lyon, recensement non exhaustif.

YOON ERIS Hébergement citoyen

L’ouvre-porte

Hébergement Hébergement en centres d’accueil Il existe différents centres capables d’accueilir les personnes en migration : - les centres pour demandeurs d’asile (CADA) ; - les centres provisoires d’hébergement (CPH) considérés comme des centres d’hébergement et de réinsertion sociale (CHRS) dédiés à l’accueil des bénéficiaires d’une protection internationale. Il faut enregistrer sa demande d’asile sur une plateforme d’accueil du demandeur d’asile (PADA) pour pouvoir avoir accès à un CADA. Si on n’est pas encore passé au guichet unique (GU) ou si on y est passé sans solutions d’hébergement par le dispositif national d’accueil (DNA), la plateforme de Forum Réfugiés peut vous aider.

Forum Réfugiés-Cosi

Plateforme d’accueil du demandeur d’asile Maison du réfugié 326 rue Garibaldi 69007 Lyon Accueil information, orientation et retrait du courrier du lundi au vendredi de 8 h 30 à 11 h 15. 04 72 77 68 02

Nuits suspendues dans des auberges de jeunesse et accueil citoyen. Travail avec des associations partenaires, pas en direct. contact@louvreporte.org

Terre d’ancrages

Colocations solidaires et hébergements temporaires chez l’habitant. ancrages.hebergement@protonmail.com

L’Appartage

Nuits chez l’habitant et hébergement temporaire pour les mineurs isolés. lappartage@tutamail.com

Singa Lyon

Crée la rencontre entre personnes réfugiées et locales. 145 cours Lafayette 69003 Lyon www.singafrance.com 07 69 54 61 91

Accompagnement La Cimade

33 rue Imbert-Colomès, Lyon 1 lyon@lacimade.org 04 78 28 47 89 Permanence d’un groupe bénévole consacré aux femmes déboutées ou non éligibles à l’asile.

école solidaire pour l’apprentissage du français aux étrangers avec la méthode Gattegno www.eris-formation.org

Centre Essor

Consultations gratuites individuelles et familiales des personnes exilées en souffrance psychique ou victimes de violences intentionnelles. Esplanade de la Perralière 158t, rue du 4 août 1789 Villeurbanne 04 78 03 07 59 centredesante@forumrefugies. org

Passer’elles buissonnières

Accompagnement, formation, conseils médiaux et professionnels. 26 rue des Capucins 69001 Lyon 04 26 17 47 18 www.passerellesbuissonnieres. org

Gynécologie sans frontières

Consultations gynécologiques et suivis de grossesse gratuits. gynsf.org

2MSG

Aide et conseils aux migrants LGBTQI+ Centre LGBTI Lyon, 19 rue des Capucins 69001 Lyon asso2msg.org

Accélérateur de l’insertion professionnelle des personnes étrangères www.yoonfrance.com 07 82 45 44 06

Social Builder

Formation des femmes aux métiers du numérique. socialbuilder.org

Hôpital Bicêtre

Unité de reconstruction des mutilations génitales féminines (excisions et infibulation) dans le service gynécologique. 78 avenue du Général-Leclerc 94270 Le Kremlin-Bicêtre 01 45 21 21 21

ItinérENS

Cours de français pour les personnes exilées www.facebook.com/itinerens

Tissu solidaire

Insertion par l’emploi dans la couture. www.tissusolidaire.org

RESF

Aide des sans-papiers et de leur scolarisation. Médecins du Monde 13 rue Sainte-Catherine 69001 Lyon Téléphone d’urgence 06 31 11 24 29 resf.rhone@laposte.net Permanence les mercredis de 14 h à 16 h

Retrouvez le hors-série, ses articles et plein de ressources sur notre plateforme femmesetmigration.toutvabienlejournal.org


Soirée Femmes & migrations Le jeudi 19 mars de 18 h 30 à 21 h au Tubà, 145 cours Lafayette à Lyon 3

Restons en contact Vous avez une question, une remarque, une envie, écrivez-nous à contact@toutvabienlejournal.org Vous souhaitez nous soumettre un sujet, une idée, chercher des solutions avec nous, écrivez-nous à comiteredac@toutvabienlejournal.org Vous souhaitez organiser un atelier Decrypt’info, Crée ton journal ou un ciné-débat avec nous, écrivez-nous à actionssocioculturelles@toutvabienlejournal.org Vous avez envie d’organiser un événement pour découvrir des solutions avec nous ou devenir partenaire, écrivez-nous à partenariats@toutvabienlejournal.org

À l’occasion de la sortie de ce hors-série, TVB et Singa ont le plaisir de vous inviter à une soirée autour du droit des femmes et des migrations le jeudi 19 mars de 18 h 30 à 21 h au Tubà. Au programme, des témoignages des participants au projet et une table ronde autour des solutions pour les femmes en migration avec Forum réfugiés, Bénédicte de la Taille du projet Ce que nous sommes, Sadia Hessabi de KabouLyon, Yoon, le Tissu solidaire et Singa. Puis nous vous proposerons un moment convivial pour échanger librement autour d’un buffet élaboré par La Petite Syrienne et de musique du monde avec Laura Kindoki. Lors de cette soirée, vous pourrez récupérer d’autres exemplaires de ce hors-série qui sera distribué gratuitement.

Et retrouvez-nous sur la toile Tout Va Bien Lyon, journal local qui réinvente demain Blog.toutvabienlejournal.org @toutvabiennews Tout Va Bien, le journal qui réinvente demain

Le présent document a été élaboré avec l’aide financière de l’Union européenne. Le contenu de ce document relève de la seule responsabilité de TVB et ne peut aucunement être considéré comme reflétant le point de vue de l’Union européenne.

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Hors-série TVB 19 - Femmes & migrations  

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