HS TVB 27 Résilience

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Journal associatif et sans publicité déposé au dépot légal de la Bnf. Achevé d’imprimer en novembre 2022 à Synergie Copy, Villeurbanne. Ne pas jeter sur la voie publique - Numéro ISSN : 2495 - 9847 - Numéro CPPAP : 0624 G 93965. Nº 27 NOVEMBRE 2022 GRATUIT Revue participative de solutions Evelyne Josse, Ryadh Sallem, Guetty Long Le Jour d’après ... Résilience, comment se relever après un traumatisme HORS-SÉRIE - RÉSILIENCE

Le magazine TVB est l’un des principaux outils de l’association Tout Va Bien qui a pour objet social la diffusion de solutions et de connaissances à impact positif sur l’environnement, la société et le vivre-ensemble.

Inspiré du journalisme de solutions, TVB a créé en 2016 le principe de l’initiative au kilomètre. En relayant les démarches inspirantes d’acteurs locaux, de manière participative avec tous les citoyens, l’association espère stimuler les envies d’agir à côté de chez soi. Nous partageons également des intiatives inspirantes venues d'ailleurs et des avis d'experts permettant de comprendre les enjeux.

L'association développe également des actions socio-culturelles d'éducation pop ulaire, essentiellement autour de l'éducation aux médias. Nos actions permettent souvent d'apprendre en faisant, de découvrir des outils pour créer et vérifier l'in formation.

SOMMAIRE

L’équipe du projet 3

Réaliser ce hors-série en seulement quelques séances avec des lycéens nîmois relevait d’un défi que l’on a réussi tous ensemble. Un joli symbole, lorsque le thème choisi se trouvait être la résilience. Les professeurs ont travaillé la no tion de résilience en cours de français, de gestion et management et de sport. L’idée du magazine est arrivée pour laisser une trace de ce projet, s’initier à l’univers journalistique, et partager avec tous l’inspiration véhiculée par les personnes interrogées et mobilisées. Donner des clés, aux plus jeunes, pour apprendre à surmonter des étapes difficiles. Leur donner la parole et une plume dans un magazine construit avec eux. Telles étaient nos humbles am bitions que nous souhaitons aujourd’hui partager avec vous, en espérant que vous y trouviez également quelques ressources utiles. Bravo encore à tous ceux qui ont permis la réalisation de ce projet. Belle lecture.

4 & 5

Infographie, la résilience principes et définitions 8 & 9

Evelyne Josse définit le parcours de résilience

La résilience vue par le magistrat Brice Barbier 10

11

12 13 & 14

6 & 7 Guetty Long, la rage du devoir de mémoire

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Ryadh Sallem, le dépassement de soi

Le jour d’après, une association pour se reconstruire

Rencontre avec une médecin du travail : « la résilience, c’est mon quotidien »

L’EMI chez TVB

Tout Va Bien, le journal qui réinvente demain Association loi 1901 Ligue de l’enseignement 20, rue François Garcin 69003 Lyon contact@toutvabienlejournal.org

Directrion de Publication Laurianne Ploix

Comité de rédaction Raphaëlle Vivent Et l’équipe du Lycée Saint-Vincent de Paul

Mise en page Laurianne Ploix

Photographies Prises par TVB, libres de droit ou cédés par nos partenaires, reproduction non autorisée

Hors-série avec le soutien financier du Pass Culture du Lycée Saint-Vincent de Paul de Nîmes

Plus d’infos sur : Https://toutvabienlejournal.org

Le Tout Va Bien
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Édito

L’équipe du projet

La classe de GT2

Alix, Anaïs, Aymen, Debora, Emma, Eulalie, Ewas, Hermione, Islam, Julie, Lauren Yanay, Lilian, Lilou, Lina, Lison, Louna, Lucie, Marie, Marie, Matteo, Mehdi, Melanie, Melissa, Naïs, Nathan, Océane, Quentin, Rayane, Souleiman, Stanyslas, Victoire.

Les élèves option Gestion et Management des classes de 2GT1, 2GT3 et 2GT4 avec le magistrat Brice Barbier

Adriano, Carla, Hugo, Justine, Kévin, Kryscillya, Lisa-Marie, Numa, Pierre, Sacha, Yannis, Yasmine.

Merci aux professeurs qui ont initiéù ce projet Mme Lecchini, Mme Abeille et Mme Lefevre, ainsi qu’à Raphaëlle et Laurianne de l’association TVB.

La résilience

QU’EST-CE QUE LA RÉSILIENCE ?

Du latin résiliio , qui signifie rebondir. Ce mot était d’abord utilisé dans le domaine de la physique : il s’agit d’une caractéristique mé canique définissant la résistance aux chocs d’un matériau.

La notion s’est ensuite étendue à d’autres domaines. La résilience décrit donc la ca pacité d’un individu, d’un groupe ou d’une entité (nation, entreprise, écosystème, etc.) à survivre, à s’adapter et à améliorer leurs conditions d’existence, malgré un choc ou un traumatisme.

DANS QUELS DOMAINES LA RÉSILIENCE S’APPLIQUE-T-ELLE ?

La psychologie

Capacité d’une personne ou d’un groupe à se développer bien, à continuer à se projeter dans l’ave nir en dépit d’événements déstabi lisants, de conditions de vie diffi ciles, de traumatismes sévères.

Manciaux, Vanistendael, Lecomte et Cyrulnik (2001)

La physique

Caractéristique mécanique définissant la résistance aux chocs d’un matériau.

Larousse

L’informatique

Capacité d’un système à continuer à fonction ner, même en cas de panne.

Larousse

L’économie

Aptitude à revenir sur la trajectoire de la crois sance après une perturbation.

FERRIER Vincent / CASSEZ Sébastien

L’environnement

Capacité d’un écosystème, d’un bio tope ou d’un groupe d’individus (po pulation, espèce) à se rétablir après une perturbation extérieure (incen die, tempête, défrichement, etc.).

Larousse

Mais aussi le monde du travail, les systèmes alimentaires, l’urbanisme, la santé, ...

Source : FERRIER Vincent / CASSEZ Sébastien

principes et définitions

LES FACTEURS DE RÉSILIENCE

Un individu résilient prend appui sur trois types de ressources : celles d’ordre interne au sujet; celles d’ordre familial ; et celles relevant du contexte socio-environnemental.

Source : Marie ANAUT, Professeur de Psychologie, Psychologue clini cienne, Université Lumière-Lyon2

TOUT LE MONDE PEUT FAIRE PREUVE DE RÉSILIENCE

Comme l’écrit Marie Anaut, la résilience n’est pas considérée comme l’apanage de certains individus et absente chez d’autres, mais comme un potentiel présent chez tous les sujets.

Les mécanismes de la résilience peuvent soit être activés spontanément par les individus lors de circonstances particulières (trauma tismes...) ; ou bien être stimulés par des procé dures d’aide ou d’accompagnement (éducatif, thérapeutique, soignant...).

Evelyne Josse définit le processus de résilience

Psychologue et autrice, notamment du livre Le Traumatisme psychique chezlenourrisson,l’enfant et l’adolescent, Evelyne Josse est spécialisée dans l’accompagnement vers la résilience des personnes ayant subi un traumatisme. Elle a pris le temps de nous expliquer le processus de résilience.

TVB : Comment définiriez-vous la résilience ?

EJ : À l’heure actuelle, il n’y a pas de définition consensuelle sur laquelle tout le monde s’accorderait. L’auteur Michael Rutter affirme que la résilience, c’est la capacité de bien fonctionner malgré le stress, l’adversité, les situations défavorables. C’est la possibilité de surmonter, au moins partiellement, des conditions difficiles d’un type ou d’un autre. Pour Boris Cyrulnik, « La résilience, c’est la capacité d’une personne ou d’un groupe à bien se développer, à continuer à se projeter dans l’avenir en dépit des événements déstabilisants, des conditions de vie difficiles, de traumatismes parfois sévères ». Dans ces deux définitions, ce qui est considéré comme une période difficile va du stress au traumatisme, et c’est problématique.

Donc, moi, personnellement, je réserve le terme de résilience aux personnes qui rebondissent après avoir souffert d’un traumatisme ; c’est-à-dire aux personnes qui ont vécu un événement qui est potentiellement traumatique et qui, elles, l’ont vécu comme traumatique. Elles ont eu des symptômes et manifestent une souffrance par rapport à ça. Ma définition de la résilience, c’est la capacité des personnes qui ont été exposées à un événement traumatique et qui en souffrent, qui présentent des symptômes traumatiques, à se relever. Malgré l’événement vécu, elles vont pouvoir continuer à vivre, à se développer et à évoluer. Je crois qu’on peut dire qu’une personne est résiliente quand elle a retrouvé l’aptitude et l’énergie nécessaire pour mener à bien ses tâches quotidiennes, et à se projeter dans l’avenir.

Les personnes résilientes ne souffrent plus de souvenirs douloureux qui sont intrusifs. Dans le traumatisme, on a des souvenirs qui reviennent dans les cauchemars ou de manière involontaire. Et il ne faut pas croire que, tout d’un coup, ça passerait comme avec une baguette magique. On peut à la fois être résilient et avoir des troubles qui continuent à être des troubles traumatiques, présents ou atténués, mais qui n’interfèrent plus avec son évolution de vie.

TVB : Est-ce que la résilience est un processus toujours identique avec des étapes identifiées ?

EJ : Le processus de résilience est propre à chaque personne. Mais c’est vrai que c’est souvent un chemin qui est long, un chemin de reconstruction. Et je dirais que, comme une maison qui a été détruite par un incendie ne se reconstruit pas en un jour, une personne qui a subi un traumatisme non plus.

Mais oui, je trouve qu’on peut repérer quelques étapes sur ce chemin. Dans un premier temps, la personne est traumatisée. J’appelle ça la phase du figement, parce qu’en fait, la personne ne peut pas évoluer, ne peut pas avancer dans sa vie. Elle est complètement sous l’emprise du traumatisme. C’est comme si l’avenir n’existait pas pour ces personnes. Elles ne parviennent pas à envisager une issue positive à leur situation. Elles ont vraiment l’impression que plus jamais rien de bon ne leur arrivera dans la vie. Elles ont l’impression qu’elles sont cassées, qu’elles sont brisées définitivement et donc elles sont bloquées.

Le processus de résilience, va commencer par une phase, que j’appelle le stade de l’espérance. Ce sont des termes qui me sont tout à fait propres, que vous trouvez pas dans les bouquins. Et à ce moment-là, le traumatisme commence à être perçu comme une étape qu’il est possible de surmonter. On ne sait pas encore comment, on ne sait pas encore quand, mais on espère un changement, c’est-à-dire que la personne commence à entrevoir en tout cas qu’un changement de sa situation est possible.

Même si la personne a perdu des plumes dans le trauma, elle se sent de nouveau capable de reconstruire une nouvelle vie ou de reconstruire sa vie. À ce stade, les personnes commencent à espérer qu’elles peuvent s’en sortir mais souvent, elles ignorent quelles solutions elles vont mettre en œuvre.

Et puis vient la troisième étape que j’appelle la préparation au changement. Les personnes envisagent, avec un peu plus de précision ce qu’elles veulent pour leur futur. Et puis la dernière étape, c’est celle que j’appelle l’étape de l’action. C’est à dire que, concrètement, les personnes vont commencer à bouger, à mettre en place des solutions.

TVB : Avez-vous des exemples de processus de résilience à nous donner ?

EJ : Je peux vous raconter des cas de patients. Souvent, l’une des choses qui peut se passer après un trauma, est que l’on revient vers l’humain et des valeurs plus

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simples. L’argent souvent ne devient plus si important, ni la reconnaissance sociale. Les personnes s’approchent plus des valeurs comme l’environnement, l’écologie, l’amour, l’amitié, prendre soin des autres.

C’est le cas d’une dame qui a eu un accident de moto et a été blessée au niveau cérébral. ,Elle a eu un traumatisme crânien qui a eu un impact au niveau cognitif. Elle avait des difficultés de concentration par exemple, et donc sa vie a complètement basculé. Elle disait d’elle-même qu’elle était une machine de guerre, elle travaillait dans une grosse boîte internationale, dans les ressources humaines, à un très haut poste. Elle pouvait licencier 50 personnes sur la journée sans aucun état d’âme. Ça ne lui faisait rien. Et après cet accident, elle a complètement changé. Le fait de souffrir elle-même lui a fait se rendre compte que les autres pouvaient aussi souffrir. Elle a commencé à développer sa capacité d’empathie, donc de pouvoir se mettre à la place des autres. Aujourd’hui, elle s’est formée aux massages sensitifs. Elle se sent plus sereine et épanouie.

Parfois, des personnes me disent « je ne voudrais pas revenir en arrière ». Car après tout un chemin de résilience, elles se disent « ma vie est plus riche qu’avant, je suis revenue à des valeurs essentielles, ma vie me satisfait davantage ». Et ça, c’est ce qu’on appelle la croissance post-traumatique, celle qui permet d’avoir une vie plus épanouissante qu’avant.

TVB : La résilience se travaille-t-elle ? Avons-nous des solutions à notre disposition pour se faire aider ?

EJ :Malheureusement, la guérison, ça ne tombe pas du ciel, on doit y mettre du sien. Gabriel Garcia Marquez disait : « C’est en marchant que le chemin se fait. » Donc il faut se lancer. Mais ça ne veut pas dire qu’on ne doit compter que sur soi. Au contraire, c’est important de se tourner vers les autres. Boris Cyrulnik affirme qu’il n’y a pas de résilience sans réseau social, c’est à dire que l’on ne va pas devenir résilient si on n’est pas en contact avec les autres, on ne devient pas résilient tout seul. Les autres nous permettent de communiquer, de partager notre expérience, de parler (avec des amis ou un psychologue). On peut aussi s’exprimer par l’art, par l’écriture. Ce sont des outils de résilience aussi importants.

Il est important aussi de retrouver une routine quotidienne et de retrouver cette routine le plus rapidement possible. Parce qu’en fait, quand on a vécu un traumatisme et surtout si on est en arrêt, on a tendance à faire un peu n’importe quoi. Ce qu’on a d’ailleurs vu aussi pendant le confinement. Mais après un trauma, c’est essentiel parce que ça va redonner de la stabilité et de la prévisibilité, c’est quelque

chose d’essentiel. Et puis, c’est important de rappeler, qu’avoir une bonne hygiène de vie, notamment une activité physique (pas nécessairement intense) peut aider.

Les recherches scientifiques ont montré que l’activité physique est un antidépresseur plus efficace qu’un antidépresseur chimique. On a fait des recherches avec des gens qui faisaient une demi-heure de vélo, trois fois par semaine, et des gens qui prenaient un antidépresseur. Après trois mois, on avait à peu près le même résultat dans les deux groupes et après un an, les gens qui faisaient du vélo avaient de meilleurs résultats, donc étaient en meilleure forme mentale que ceux qui prenaient les antidépresseurs. Donc ce n’est pas seulement des conseils de mamie que je vous donne là.

Les recherches prouvent aussi que ce qu’on met dans notre assiette, finalement, arrive aussi dans notre cerveau. Par exemple, les aliments comme le fast food ou tous les aliments très travaillés semblent contribuer à la dépression. Et puis, c’est important aussi de reprendre les activités de loisirs, tout ce qui nous fait du bien. Et puis, il existe des thérapies pour modifier le réseau neuronal des souvenirs traumatiques, comme l’hypnose ou l’EMDR.

TVB : Du point de vue d’une psychologue, quelle est la plus grande aide à la résilience pour un patient ?

EJ : Ce sont les liens d’attachement en tant qu’êtres humains. En fait, on se régule dans le lien, on se régule émotionnellement et de manière neurologique dans le lien. Si vous pensez aux nourrissons, ils pleurent parce qu’ils ont faim, parce que leur couche est souillée et ce sont les adultes bienveillants qui vont les calmer. Les nourrissons ne sont pas capables de s’apaiser eux-mêmes, tout seuls. Ils ne peuvent trouver le réconfort que dans le lien. Notre cerveau est fait de différentes parties et il y a des parties qui maturent plus vite que d’autres. Ce que l’on appelle le cerveau émotionnel (qui permet de ressentir des émotions) est mature très vite. Et puis on a une autre partie du cerveau, qui s’appelle le cortex préfrontal. C’est celui qui nous permet de nous dire que ce n’est pas si grave ce que l’on vit, ou que ça ira mieux plus tard. C’est celui qui nous permet de prendre du recul sur les choses et il n’est mature qu’à peu près à 25 ans. C’est pour ça aussi d’ailleurs que vous claquez les portes ou que vous criez quand vos parents vous disent quelque chose. Petit à petit, votre cortex va vous aider à réguler. Mais en fait, toute notre vie, on a besoin de nos proches, on a besoin des autres pour se réguler émotionnellement. Et ça, c’est vrai jusqu’à notre dernier souffle.

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La résilience vue par le magistrat Brice Barbier

Brice Barbier est un magistrat, juge au tribunal de Nîmes. Il est aujourd’hui président de la chambre civile et s’occupe des affaires immobilières et du droit des contrats.

La résilience est un enjeu important dans son métier pour permettre aux personnes ayant vécu des événements traumatiques d’avoir un temps de parole, d’analyse et de justice.

TVB : En quoi consiste votre travail ?

BB : Je suis magistrat, et j’emploie le mot de magistrat car on suit une formation générale. En tant que magistrat, je peux, en fonction de mes affectations, soit être membre du parquet (procureur de la République, substitut) ou magistrat du siège, (juge). La société me donne ce rôle de trancher des contentieux entre des parties, ou de condamner. In fine, je rends des décisions et mon travail, il est là tous les jours, je dois prendre des décisions. C’est le rôle qu’on m’a donné pour finir un conflit entre les personnes qui ne sont pas parvenues à régler leurs conflits, ou pour rendre justice à des victimes.

TVB : Comment s’illustre la résilience dans votre travail ?

C’était en 2015 et le procès s’est pas passé en 2022. Ce procès s’est déroulé sur plus de six mois. C’est historique comme durée de procès.

La durée des instructions est très longue, parce qu’il y a beaucoup d’actes, beaucoup de choses à faire. Mais, pendant ce temps-là, on s’est occupé de ces victimes, qui sont devenues des parties civiles (personnes ayant subi un préjudice, victimes et leurs proches, etc.). Et c’est là que commence le processus de résilience. Parce qu’en fait, le procès a une utilité sociale. C’est à dire qu’à un moment donné, les parties civiles vont attendre le procès parce que c’est un élément réparateur.

Dans la résilience, on parle d’un processus résilient. Il y a le temps de la réparation des blessures physiques. C’est le domaine de la médecine. Et après, il y a le temps d’accepter le choc, de prendre conscience du choc, de prendre conscience de ce qui a causé ce choc, des répercussions de ce choc. Et après de demander justice. Et la résilience, la justice s’y intéresse parce que quand la résilience est présente, on demande justice et non pas vengeance. Et ça, c’est extrêmement important et ça demande du temps pour ne pas être dans la réaction émotionnelle. Le temps de la justice et son rôle social.

TVB : Qu’entendez-vous par rôle social de la justice ?

«Lesprocéssontimportantspour la résilience. Ils ont une utilité sociale.Ondemandejustice et non pas vengeance. »

BB : Petit à petit, on a découvert cette matière, suite aux études réalisées, notamment sur des grands traumatismes. Vous avez entendu parler de la Shoah ? C’est à la lumière de ce traumatisme du siècle qu’on a commencé à se poser la question : comment vivre après ? Le procès qui a suivi, à Nuremberg, a été une étape dans la compréhension de la place de la justice dans le processus de résilience. Nuremberg, a été un moment donné aux personnes, on leur a dit : « On reconnaît ce qui s’est passé, on reconnaît que vous avez été victimes ». Donc, c’est un événement extrêmement important historiquement. Et je prends ce parallèle pour dire que les procès sont toujours importants. Ils sont importants pour la résilience.

Il n’y a pas longtemps, un procès monumental s’est déroulé à Paris. Celui des attentats du 13 novembre.

BB : Le rôle social, c’est de permettre, à un moment donné, quand il s’est passé des choses importantes, que l’on puisse indiquer que justice est passée, que les gens peuvent se reconstruire. C’est une étape extrêmement importante. Parce que quand on juge rapidement en comparution immédiate une personne qui a subi des violences, on a plutôt un phénomène de réaction, mais pas un phénomène d’écoute. Quand on a le temps, quand le processus a pu se faire – parce qu’en plus, les gens sont accompagnés, ce qui est nouveau – en fait le processus arrive et à l’audience, il y a une partie d’acceptation de ce qui s’est passé.

Il y a le drame, il y a la peine, mais pour autant les choses se sont passées et il faudra vivre avec. Parce qu’effectivement, la nouveauté de la résilience, c’est de dire : ce qui s’est passé reste et on vivra avec. Pas comme on pouvait dire à un moment donné, il faut oublier. On n’oublie pas le traumatisme, il est présent, on doit vivre avec les choses.

Et c’est ce tournant-là qui permet d’accepter, de dire qu’on va pouvoir vivre avec la chose. Le procès ne va pas faire revivre les gens. Le procès ne peut pas annuler la peine

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que peuvent avoir les gens. Mais en tout état de cause, il fait partie du processus. Donc, quand vous présidez une audience, vous devez expliquer ce qui s’est passé. Il y a une pédagogie nécessaire à l’audience. Les gens ont besoin d’entendre certaines choses.

Pour accepter, il faut comprendre et il faut un certain délai. C’est pour ça que des fois, on réclame une justice rapide, expéditive. Il faut vite agir, agir, agir, non. La police a besoin de mettre en sécurité les gens, mais la justice a besoin de temps, parce que les gens ont besoin d’un temps pour accepter certaines choses. Il y a le temps de se réparer, le temps d’accepter, le temps d’entendre que la justice ne pourra que prononcer une décision de justice et non pas revenir en arrière. Donc finalement, la résilience s’inscrit dans la justice. Elle accompagne la justice, elle n’est pas dans la justice, elle accompagne la justice, et la justice en a pris conscience, en permettant d’apaiser les choses.

TVB : Avez-vous rencontré un exemple de résilience particulièrement marquant ?

BB : Si vous prenez un fait de violence, on va prendre ce qu’on appelle les viols correctionalisés. Il y a ce qu’on appelle les viols simples. Un viol simple, c’est un viol dans lequel il n’y a pas d’actes de violence supplémentaire, ou par un ascendant sur un mineur. Et pour éviter que les victimes subissent une audience très longue, on accepte parfois la correctionnalisation. La correctionnalisation, ça veut dire qu’on va juger les mêmes faits, mais on va les requalifier en délits, et que c’est le tribunal correctionnel qui va juger. Et là, l’affaire va être jugée en une demijournée. Si vous prenez les mêmes faits aux assises, vous les jugez sur trois jours. Parfois, il y a toute une discussion avec la victime pour savoir ce qu’elle attend du procès. Est-ce qu’elle veut s’exposer à un débat qui donne l’exposé de la totalité de la procédure, la totalité des plaidoiries, les questions des avocats, et les avocats de la défense ne sont pas toujours tendres avec les victimes. Il faut aussi qu’elle soit préparée à accepter cette confrontation. Mais certaines personnes, certaines victimes, disent « je le sais, mais j’ai besoin d’avoir ce temps où je pourrais m’exprimer ».

Un des procès que j’ai pu voir aux assises était un procès extrêmement important pour la victime. Il s’agissait d’une jeune fille qui avait été maltraitée pendant seize ans dans sa famille. Elle était majeure depuis quatre ou cinq ans, le procès s’est déroulé sur cinq jours. Le soir du deuxième jour, on lui donne la parole et pendant 1h30, elle a témoigné. Personne ne lui a posé de questions. Pendant 1h30, elle a exposé ce qu’elle avait vécu. La jeune fille nous a confié : « J’ai besoin de ce procès aux assises et je veux ce temps de parole devant la justice pour mettre mes bourreaux au face à ce que je veux leur dire, protégée par la justice, parce que là, personne ne pourra me dire stop, personne ne pourra me dire vous mentez ». Ca faisait partie de son processus de résilience. Ces cinq jours pour elle, c’était l’échéance de tournant de sa vie.

Et cette jeune fille, je l’ai trouvée très résiliente. Je sais ce qu’elle a vécu, et elle est encore debout. J’étais alors juge

des enfants. Nous avons trois professionnels qui vont faire une analyse globale de la situation sociologique, psychologique, et on a le détail de tout ce qu’ils ont traversé. Et effectivement, quand on voit certains parcours de vie, on se demande parfois comment font-ils pour tenir. Et souvent la réponse est dans ce qu’on appelle la théorie de l’attachement. C’est un élément extrêmement important dont s’est emparé la psychologie de l’enfant, et utile pour les juges des enfants. Ce qui permet très souvent à un enfant de tenir, de grandir, bien qu’il ait subi des choses effroyables, c’est justement l’attachement à une personne, à une figure d’attachement. Alors, si l’attachement ne peut pas être ni son père ni sa mère, ça peut être quelqu’un d’autre. Et ici se trouve tout le travail : créer cette structure d’attachement. Ça peut être une grand-mère, un voisin, un tiers quelconque. En fait, la figure d’attachement c’est celui à qui l’enfant va se raccrocher entre guillemets. Se dire « c’est la peine que je vive parce qu’il y a au moins une personne pour qui j’existe ». Et c’est cet élément-là qui les aident à continuer à vivre.

Il existe un livre écrit par une violoncelliste qui subissait des choses effroyables. Elle était excellente à l’école. En fait, c’était sa seule bouée de secours. Elle plongeait dedans. C’était la seule chose qu’elle avait entrevu pour se dire « si je suis excellente, j’aurais une issue ». Elle s’était fixé un objectif.

Je crois que c’est Boris Cyrulnik qui disait : « On ne peut jamais savoir à l’avance qui va avoir la même capacité de résilience ». Le seul point qu’on a pu observer, c’est que ceux qui ont une structure familiale la plus apaisée possible, et des figures d’attachement – ce qui veut dire qu’un enfant a été aimé par son environnement familial –semblent plus résilients.

TVB : Comment-aidez-vous les gens à s’en sortir ?

BB : Je reprendrais et comme tout à l’heure, en ayant conscience, dans notre présidence d’audience, des temps de parole nécessaires. Et d’essayer d’écouter ce que nous disent les gens dans leurs témoignages. Il y a une discussion avec les avocats qui est importante aussi. Les avocats en fait, ce sont ceux qui connaissent le mieux leurs clients.

Et nous innovons dans l’aide à la prise de parole. Nîmes, suivant Cahors, a entrepris de faire appel à ce que l’on appelle un chien judiciaire. Il s’appelle Rancho, il est abrité à la brigade des sapeurs-pompiers de Saint-Gilles. C’est un chien qui est formé pour aider à la parole en justice. Il y a eu cette semaine un procès d’une agression sexuelle intrafamiliale, incestueuse. Et la parole de la victime était compliquée, on peut s’en douter. Et cette victime, cette partie civile, a été aidée par la présence de ce chien, par Rancho. Il était là pour absorber son stress et la rassurer. Cela faisait 10 ans que le projet était à l’étude. Très souvent, il y a des parties civiles qui disent « Je voulais dire ça, je voulais poser cette question. Je voulais faire ça. » Et en fait, à partir du moment où ce chien les apaise, elles peuvent prendre une meilleure parole et elles ne loupe pas l’épisode, qui ne reviendra pas.

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Ryadh Sallem, le dépassement de soi R

yadh Sallem, athlète paralympique est un multiple champion (15 fois champion de France de natation et trois fois champion d’Europe de basket). Il joue aujourd’hui dans l’équipe de France de rugby-fauteuil, et se prépare pour les Jeux Olympiques de 2024. En 1995, il crée son association CAPSAA pour sensibiliser au handisport et promouvoir une vision positive du handicap. Ce mercredi 9 novembre 2022, nous l’avons interrogé dans le but de comprendre pourquoi et comment il a réussi à atteindre une forme de résilience.

L’acceptation de son handicap et le regard des autres

nous confiait : « la première personne qui doit bien se regarder, c’est soi-même. »

Sadéfinitiondelarésilience

Pour le champion, la résilience se définit par le fait , pour toutes les personnes ayant vécu des épreuves au cours de leur vie, de pouvoir les surmonter, et par conséquent, d’en sortir plus fort qu’avant. Dans son combat résilient, il a créé l’association CAPSAA. Au départ, son but n’était pas de sensibiliser mais Ryadh a un jour été interpellé par un enfant en situation de handicap qui avait peur de mourir après l’école, car il n’avait jamais vu d’adulte handicapé. Il a donc commencé à aller dans les écoles et faire de la sensibilisation.

L’associationd’unevie

«Lapremièrepersonne quidoitbienseregarder, c’est soi-même»

Ryadh Sallem, nous a livré qu’il n’a pas toujours accepté son handicap et son apparence physique, surtout à l’adolescence, qui a été une période difficile à vivre. Le sport lui a permis de sortir de l’hôpital. Et en sortant, il a appris à découvrir le monde et à créer des liens avec les autres. C’est aussi grâce au sport qu’il a pu apprendre à accepter son corps. Alors qu’il pacifie son rapport avec son corps, il cesse aussi de se préoccuper du regard des autres. Comme lui n’avait pas de problème avec son corps, les autres non plus. Il

Ryadh est à la tête d’une association qui se nomme CAPSAA. Chaque lettre a une signification et n’est pas choisie au hasard. Le premier mot « cap » est en référence aux défis et également au handiCAP. Le « s » signifie le sport, le premier « a » l’art, le second l’aventure et le troisième l’amitié. Il aide également les membres de son association à devenir résilients par l’humour, la fête et les échanges. Il explique s’être engagé dans son association pour essayer d’intégrer les personnes en situations de handicap dans une société intelligente. Il dit aussi que lorsqu’on peut jouer ensemble, on peut vivre ensemble. Cette association montre que même si on a un handicap, on est capables de réussir et de faire de sa passion, une réalité.

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Le jour d’après, une association pour se reconstruire

Après un malheureux accident de voiture, à l’âge de 21 ans, Christophe Grotti a décidé de changer sa vie toute tracée pour créer l’association Le Jour d’après qui a pour but d’accompagner les personnes fragilisées par des maladies chroniques. L’association souhaite aider les gens à trouver le chemin de la résilience. Une aide précieuse que son fondateur aurait lui-même aimé recevoir.

Bouleversementtraumatique

Lors de son accident, Christophe Grotti a subi un choc important. Il nous a raconté, qu’après, sa vision du monde est devenue différente. « Le choc peut être tellement important qu’on ne comprend pas ce qui nous arrive et on remet tout en question », nous confiait-il. Sur son lit d’hôpital, il affirme à sa mère « je vais changer ma vie » et il l’a fait. Il crée l’association Le jour d’après pour permettre aux personnes ayant subi un traumatisme d’être accompagnées et d’avoir un suivi.

Lejourd’après

L’objectif de cette association est d’accompagner

les personnes vers le chemin de la résilience avec un suivi spécifique de 5 mois, avec un renouvellement de 6 mois possible. Elle propose à la fois une reconstruction identitaire personnelle (qui elles sont, ce qu’elles veulent et où elles en sont) ainsi que professionnelle (aide à trouver sa voie). Le jour d’après accompagne toutes les personnes souffrant de maladies chroniques, néanmoins la majorité d’entre elles sont atteintes d’un cancer du sein.

Sonpointdevuesurlarésilience

Pour Christophe Grotti, la définition de la résilience, c’est de continuer à être optimiste et développer sa capacité à utiliser des événements douloureux pour grandir. C’est continuer à vivre malgré tout, s’accepter tel que l’on est et essayer de surmonter le traumatisme. Pour lui le meilleur moyen de devenir résilient est de trouver un sens à sa vie. « Ce qui est important, c’est d’aller vers le sens, de mettre du sens dans sa vie » nous confiait-il. Il nous a donné l’exemple de Viktor Frankl, auteur de Nos raisons de vivre, survivant des camps de concentration pendant la Shoah. Il a survécu à ses traumatismes en trouvant un sens : raconter ce qui s’est passé pour éviter que cela ne recommence.

«Cequiestimportant,c’est d’aller vers le sens, mettre du sens dans sa vie. »

RÉSILIENCE

Guetty Long, la rage du devoir de mémoire

Guetty Long est une artiste peintre et gra veur. Elle a montré ses œuvres dans près de de 300 expositions per sonnelles, au public de nombreuses villes et pays. Elle a eu un choc lors de la mort de son père. Ce dernier, le Dr Long, aussi appelé le médecin des pauvres, résistant pendant la Seconde guerre mondiale, a été assassiné sous l’occupation allemande en 1943. Nous l’avons interrogée dans le but de comprendre pourquoi et com ment elle a réussi à atteindre une forme de résilience.

Guetty a consacré son existence à l’art et à la mémoire de son père. Depuis ses 8 ans, où elle vit le choc de sa perte (et la découverte de son engagement résistant), elle s’est employée à mettre un bout de l’histoire de sa famille dans chaque réalisation de sa vie.

Qu’est-cequelarésilience?

Pour Guetty, la résilience est une renaissance, un renouveau. Elle décrit ce terme comme une invention, une sorte de seconde vie dans laquelle nous

prenons conscience que nous n’en avons qu’une. Elle nous confie que la résilience, c’est s’installer en soimême pour pouvoir conscientiser et analyser sans jugement son traumatisme. « Éviter le jugement, c’est la seule façon de pouvoir accepter l’inacceptable » nous lance-t-elle.

Commenta-t-ellesurmontésestraumatismes?

Guetty Long a eu besoin de temps pour se remettre du traumatisme. Le chemin a été long pour accepter les différentes épreuves de sa vie. Elle a dû effacer toute la haine et la tristesse et se faire aider pour cela. L’amitié, la psychanalyse, son amour pour l’humanité et l’exemple de la force de son père l’ont aidée. « Je suis passée du statut de victime à témoin » nous disait-elle, en nous expliquant comment elle a changé son regard sur le monde et son investissement dans la vie.

Elle explique également que la peinture et les rêves ont été pour elle une forme de thérapie. Cela lui a permis de mieux se comprendre elle-même en échappant à une certaine réalité. « Sur une page blanche, on peut dire tous ses rêves et les partager » nous livrait-elle, en nous passant de jolis messages joyeux. Nous lui avons demandé si elle pensait que son père serait fier d’elle aujourd’hui, ce à quoi elle nous a répondu « je pense qu’il ne serait pas mécontent de mon travail ».

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«Jesuispasséedustatut de victime à témoin. »
GuettyLong devantson oeuvre lorsdeson exposition « De notre planète s’élèventdes chantsde résistance»
© GB

Rencontre avec un médecin du travail : « la résilience, c’est mon quotidien »

Un médecin du travail dans la région nîmoise est venu à notre rencontre le jeudi 17 novembre 2022 lors du cours Management et Gestion. À travers de nom breux exemples, il a expliqué et démontré comment la résilience s’applique chaque jour davantage au milieu professionnel.

TVB:Quiêtes-vous?

Je suis médecin du travail à Nîmes. La médecine du travail est une spécialité de médecine appliquée justement au milieu professionnel. Il s’agit de s’assurer que les salariés sont en bonne santé et que leur poste ne présente aucun risque pour eux. Les entreprises doivent gérer la gestion des risques. Nous sommes-là pour les aider, notamment en matière de prévention, par la mise en place des équipements de protection individuels (EPI). Des consultations et des déplacements en entreprise permettent également d’étudier le poste sur place. Je vais vous donner un exemple tout simple. Dans un salon de coiffure, l’utilisation de produits potentiellement dangereux rend nécessaire et obligatoire le port de gants pour se protéger sur son lieu de travail et éviter des risques professionnels.

TVB : Comment voyez-vous la résilience à traversvotretravail?

Lorsqu’une entreprise rencontre des difficultés, financières ou autres, elle va pouvoir proposer des nouvelles techniques de travail. La médecine du travail va permettre à l’entreprise de rebondir plutôt que de fermer.

La résilience au travail est d’autant plus présente quand il y a accident du travail : systématiquement, nous avons une déclaration pour analyser la situation, il s’agit pour nous de connaître le pourquoi et surtout de mettre en place des moyens pour éviter que cela ne se

reproduise. Par exemple, je me souviens d’un salarié en charge de sortir des bennes à ordures. Il y avait une marche, il a chuté et la benne lui est tombée sur le genou. Nous avons analysé les conditions de travail, nous nous sommes déplacés sur le lieu de travail et avons ensuite préconisé une pente pour faciliter le travail et éviter que l’incident ne se reproduise. Il s’agit de faire évoluer et durer l’entreprise avec des salariés en bonne santé. Nous aidons les entreprises à devenir résilientes aux risques qu’elles peuvent représenter pour leurs salariés.

TVB : En entreprise, quelles sont les perspectivespourlarésilience?

En entreprise, une notion importante pour être résilient, c’est probablement le travail en équipe car pour que l’entreprise avance, il faut de la cohésion. Les sorties de cohésion sont des moments que l’entreprise peut organiser en dehors du lieu de travail pour que chacun apprenne à mieux se connaître. Avoir un meilleur rapport au travail est une forme de résilience car on préserve le risque de conflit dans la mesure où les problèmes humains font aussi partie du risque.

L’entreprise peut également mettre en place des techniques qui permettent de rebondir et de faire face à des problèmes de conflits ou à de la surcharge de travail. La résilience, c’est un peu de la prévention en mettant en place des temps de repos, des temps d’échange, etc. La résilience, ça peut aussi être de l’aménagement de poste pour un salarié qui rencontre des difficultés.

TVB : Avez-vous des exemples de résilience danslecadreprofessionnel?

Un salarié avait un problème de malvoyance : nous sommes intervenus dans l’entreprise pour aménager le poste de travail, notamment en agissant sur l’écran, la luminosité, l’éclairage, les repères à mettre en place dans l’entreprise, etc. Le salarié a pu revenir et se sentir utile face à cette étape difficile. On lui a permis de continuer à travailler, on a fait face au

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problème, il est toujours dans l’entreprise, il travaille et est content de travailler.

Une autre entreprise a agi pour faire face au cancer d’un salarié : elle a fait faire une formation pour préparer son retour, avec également une réunion pendant son arrêt de travail, grâce à ce que l’on appelle une visite de liaison pour préparer son retour. Elle a pu reprendre à temps partiel avec un mi-temps thérapeutique et une nouvelle organisation de ses journées pour, ensuite, à terme reprendre son poste de travail initial.

Ainsi, des outils d’organisation favorisent la résilience du salarié, son rebond face à une situation qui pourrait empêcher sa reprise. Maintenir un salarié dans l’emploi, tel est notre rôle. On a une cellule du maintien dans l’emploi. Nous travaillons en permanence avec ce terme, la résilience, on se sert de différents moyens humains, matériels, organisationnels, immatériels pour faire revenir une personne au travail et assurer le maintien et la continuité de l’entreprise.

Un autre cas concret. Je me souviens d’un VRP, qui avait subi une opération d’hernie discale. Ce problème de santé devenait alors un vrai handicap pour l’exercice de son activité professionnelle. Grâce à la coopération de l’entreprise, un dialogue a pu s’instaurer en faisant participer le salarié. Nous avons pu demander le changement de son véhicule en préconisant une boite automatique et un véhicule rehaussé pour une conduite plus agréable avec moins de contraintes, ce qui évite de trop se baisser et une conduite plus agréable avec la boite automatique. Le poste de travail devenait un problème, en réadaptant, l’entreprise n’a pas perdu un salarié et le salarié n’a pas perdu du son travail. II faut souligner l’importance de l’écoute de l’employeur et l’acceptation de mettre en place ce qui a été proposé. Si l’employeur ne participe pas, l’entreprise n’avance pas vers de la résilience puisque si elle perd un salarié c’est l’équivalent d’un échec. Ici, le véhicule adapté a permis de transformer le problème en solution.

TVB:Etsil’entreprisenepeutpasfinancercequi estproposéparlemédecindutravail?

Lorsque la personne est reconnue avec un handicap professionnel, l’employeur se sert de cette formalité ; ce

document va permettre de faire intervenir une entreprise qui va apporter du matériel et/ou des fonds financiers parce que le handicap n’a pas à être financé ni par le salarié, ni par l’entreprise.

La reconnaissance du handicap fait partie de l’organisation en France , ce qui permet aux entreprises de rester résilientes. Ce ne serait pas une résilience, si elles perdaient de l’argent, perdre de l’argent c’est négatif. Là, les dispositifs existants facilitent les accords.

TVB:Commentlesentreprisesdeviennent-ellesde plusenplusrésilientes?

L’exemple à citer, c’est le confinement : l’ensemble des entreprises a pu rebondir avec le télétravail. Il a permis de continuer à travailler. C’est une forme de résilience pour l’ensemble du pays et pour les entreprises pour lesquelles ça a été possible. Il s’agit d’un vrai exemple de résilience : en traversant une épreuve, l’entreprise a pu continuer de croitre ; et c’est une bel un exemple car ce n’est pas que temporaire. Le télétravail reste un outil qu’on a gardé dans les entreprises car il y a eu croissance et évolution de leur organisation. Il est conservé comme un atout.

TVB:Est-ildifficiled’orienterverslarésilience?

Orienter vers la résilience fait partie de mon travail au quotidien, c’est mon but. Le fil conducteur de la médecine du travail est d’accompagner les entreprises en général, et le salarié en particulier vers une croissance, vers un maintien de chacun : le salarié doit rester en activité professionnelle. Notre but, en dehors des visites médicales périodiques, est d’assurer la prévention, on vérifie que tout se passe bien ! Cependant, ce qui est le plus important pour nous, c’est de savoir comment cette personne qui a rencontré un problème de santé évolue, comment elle va pouvoir revenir dans son entreprise ou dans une autre pour qu’elle soit maintenue dans l’emploi. Quand il y a inaptitude au poste, c’est que l’on n’a rien pu trouver… mais l’inaptitude médicale peut aussi entraîner une préparation à un autre poste et on retombe alors dans la résilience ! On transforme un échec en une issue positive !

Contact des acteurs évoqués

RÉSILIENCE
Evelyne Josse - www.resilience-psy.com Ryadh Sallem et l’association Capsaaa - https://capsaaa.net Association Le Jour d’après - www.lejourdapres.org Guetty Long - www.guettylong.com

Un magazine créé lors d’ateliers Créé ton journal Mais au fait, c’est quoi les atelier d’éducation aux médias (EMI) chez TVB, l’asso qui a aidé le lycée dans la réalisation de ce magazine ?

L’EMI chez TVB ?

À Lyon et dans toute la France

Association loi 1901 spécialisée dans l’éducation aux mé dias depuis 2016, nous intervenons auprès de tous les pu blics avec des outils basés sur les valeurs de l’éducation po pulaire (interactivité, ludicité, animations participatives, apprendre en faisant, etc.).

Tous nos animateurs sont des journalistes professionnels, en poste dans différenst médias (TVB, Euronews, etc.). Nous avons développé différents jeux comme le quiz info ou intox, le jeu de société Décrypt’Info, le Mon faux com plot en 100 mots, le quiz réseaux sociaux.

Nous réaliseaons également des ateliers Crée ton journal, Crée ton podcast ou Crée ta vidéo afin de produire en semble un support médiatique. Nous formons également les animateurs jeunesse et les professionnels à l’éducation aux médias.

Nous intervenons régulièrement dans les maisons d’arrêts, dans les hôpitaux psychiatriques, auprès des scolaires, ainsi qu’avec de nombreux acteurs sociaux, comme les MJC, centres sociaux, ALSH, etc.

Plus d’infos sur nos actions https://toutvabienlejournal.org

Les ateliers réalisés par TVB sont toujours : animés uniquement par des journalistes professionnels ou des experts de la thématique pédagogiques, interactifs et ludiques, pour apprendre en s’amusant réalisés dans un objectif de vivre-ensemble apaisé, constructif et sans discrimination sans diffusion d’opinion politique ou religieuse et en faveur du pluralisme et de la diversité modulables en fonction des objectifs recherchés

Pour toute formation ou animation, écrivez-nous à contact@toutvabienlejournal.org

Restons en contact

Vous avez une question, une remarque, une envie, écrivez-nous à contact@toutvabienlejournal.org

Vous souhaitez nous soumettre un sujet, une idée, chercher des solutions avec nous, écrivez-nous à comiteredac@toutvabienlejournal.org

Vous souhaitez organiser un atelier Decrypt’info, Crée ton journal ou un ciné-débat avec nous, écrivez-nous à actionssocioculturelles@toutvabienlejournal.org

Vous avez envie d’organiser un événement pour découvrir des solutions avec nous, nous distribuer ou devenir partenaire, écrivez-nous à partenariats@toutvabienlejournal.org

Hors-série réalisé dans le cadre d’un atelier Crée ton journal de TVB, avec les secondes GT2 et les secondes de l’option management du Lycée Saint-Vincent-de-Paul de Nîmes, avec le soutien financier du Pass Culture.

Et retrouvez-nous sur la toile Abonnez-vous pour recevoir le prochain TVB https://toutvabienlejournal.org Tous droits résérvés TVB 2022
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