Transitus

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TRANSITUS


Photos de la 1ère de couverture : Sophia El Mokhtar La Poétesse, personnage, scénographie et poème créés par Lassana Sissoko Photos de la 4ème de couverture : Marie-Amélie Bernhardt L’Oiseau Libre, personnage, scénographie et série photos (au Jardin Japonais) créés par Marie-Amélie Bernhardt






La Manutentionnaire 2 mai 2018



L’Écrivaine 3 mai 2018



La SecrĂŠtaire 5 mai 2018



La Footballeuse en arrĂŞt 11 mai 2018



La Peintre (1) 16 mai 2018



La Peintre (2) 23 mai 2018



La Peintre (3) 24 mai 2018



La Peintre (4) 9 juin 2018



La PoĂŠtesse, Projet de Lassana Sissoko



La Rappeuse, Projet de Valeria Fedorova



L’Oiseau Libre, Projet de Marie-Amélie Bernhardt



La RĂŠdactrice en chef de Vogue, Projet de Nicolas Boyer













FĂŞte du 11 juillet 2018 - Reportage Photos de Shofiul Alom



Shooting photo lors de la fĂŞte du Foyer Transition, le 11 juillet 2018





/ TRANSITUS / Description du projet Transitus / Textes des jeunes du Foyer Transition : - Ô Monde, de Lassana Sissoko, - L’Oiseau Libre, de Marie-Amélie Bernhardt, - La Rappeuse, de Valeria Fedorova, - Dégâts et Structure, de Nicolas Boyer. / Textes publiés dans mes PI durant l’année 2018 www.paysagesinterieurs.com

Atelier de peinture avec Moussa et Cherif


Projet Transitus Transitus (latin) : passage, action de franchir, lieu de passage, passage graduel d’un état à un autre, manière de lier entre elles les idées. Transitus fait écho au nom et à l’action sociale du Foyer Transition, à ma propre intervention artistique, au type de travail qui va être effectué, soit la transformation de moi-même en une autre, à la transmission d’idées, d’histoires, de gestes, peut-être de danses, de mots, etc... Transitus sera une résidence d’artiste de recherche et de production, intégrant la mise en place d’ateliers individuels. Le fait que dans mon travail j’aime m’imaginer en d’autres vies, et la contrainte de ne pas pouvoir filmer les jeunes du Foyer Transition, je proposerai aux jeunes de me raconter ce qui les motive à se lever le matin, ce qui les inspire, les booste, ce qu’ils aimeraient renvoyer comme image d’eux-mêmes en société, quel adulte chaque jeune aimerait devenir, quelles personnes ils sont secrètement, tous ces échanges dans le but de composer, de créer, de façonner avec eux un personnage et une mise en situation de ce personnage. Ainsi, je serai un peu comme de la « pâte à modeler » mise à leur disposition, ayant cependant « son mot à dire » afin de mettre en évidence l’importance des choix dans la création artistique à chaque étape de la réalisation (choix de costumes, maquillage, lumière, lieux, cadrage etc…). La résidence Transitus intègre : - la poursuite de ma recherche personnelle, - les rendez-vous individuels (recherche et production), - et quelques ateliers collectifs en petits groupes (peinture).


Projet Transitus OBJECTIFS de production : 1/ Travail personnel : - écriture - photos - performances - vidéos - peinture 2/ Travail en collaboration avec les jeunes, productions des jeunes : - collages et croquis - textes - vidéos - photos - peinture RESTITUTION de la résidence Transitus : 1/ Livre Transitus comportant des images et des textes réalisés par moi-même et les jeunes. Ce livre sera présenté lors de l’exposition Transitus. 2/ Un panel de vidéos courtes (environ 1 à 2 minutes chacune) dont certaines co-produites avec les jeunes seront présentées dans le cadre de l’exposition Transitus. 3/ Exposition Transitus à Toulouse en janvier 2019. 17 janvier 2019 : vernissage performatif durant lequel j’activerai les saynètes produites lors de cette résidence.


Ô Dié, Nié dié so ké grri Ibétlakoano chi tama Foué té dié kono Mabécé kakala touloumina Mou nou you nata déhalé Louna tama fa Mou nou ya ninéni fangahé Oulou forrako Ma chi tika kélé tono Dou dien kono Ko dié biba Warri é kongo é Fantaya télé boui é

I é rré do Oyé doni foloyé Si yérré la Owyé sénar folowé Lassana Sissoko Mai 2018 Retranscription phonétique du Poème de Lassana Sissoko En Bambara, langue la plus parlée au Mali Poème rédigé pour son projet La Poétesse


Ô Monde, Si tu montes le Monde comme un cheval, Tu vas finir par marcher comme un caméléon Il n’est rien dans ce monde Sur quoi on puisse compter Les gens qui ont cherché à conquérir le monde Sont passés à côté {de leur vie} Les gens qui ont cherché à être les maîtres du monde Ils ont échoué Les gens qui se sont ouverts à leur ambition Ils n’ont pas réussi à se satisfaire Tout ce que tu cherches à avoir, Tu ne pourras même pas le consommer Le monde va se finir L’argent est un problème La pauvreté n’est pas un problème La premier des Savoirs : C’est se connaître soi-même Le deuxième : C’est de prendre le temps de réfléchir à ta dignité Alors cela te portera. Lassana Sissoko Mai 2018 Traduction du Poème de Lassana Sissoko sur le thème de l’ambition.


L’Oiseau Libre En quoi suis-je différente J’ai envie de répondre «en tout» Je suis rousse J’aime tout ce qui est coloré Et qui se voit de loin Je ne suis pas spécialement grande Je me maquille beaucoup Je me déplace en chantant et en dansant Cela me plaît Peu de gens ont le courage D’assumer leur différence et pourtant Cela pourrait peut-être les rendre plus heureux C’est vrai quoi À quoi ça sert d’être comme tout le monde Et de se ranger dans des cases déjà prêtes De nos jours, les gens se ressemblent tous Leurs mines monotones font presque peur Alors, je choisis d’être l’Oiseau Libre Au milieu des oiseaux en cages Je choisis d’être la personne vivante Entourée de robots Je choisis la différence À la place de la ressemblance Je choisis d’être le visage souriant Dans la masse de visages crispés Je choisis d’être moi-même Au lieu de m’oublier Tout cela pour dire que contrairement aux autres Je rayonne de bonheur Et de liberté Grâce à ma différence assumée. Marie-Amélie Bernhardt Mai 2018


La Rappeuse La musique Le silence La nature Les tenues différentes Le théâtre L’expression de soi La famille Les projets du futur Le nouveau jour qui arrive La Sibérie Les films de guerre historiques Regardés avec le père La chanson sur le viorne Le moment présent Vivre au jour le jour L’argent c’est important C’est pas joli de le dire Mais pourtant c’est ça La mer Barcelone Gruissan Michael Jackson Paulo Coelho en russe L’Alchimiste lu à 12 ans Stocké sur le balcon à Popivka Le Roi Ubu The show must go on Valeria Fedorova Mai 2018


Dégâts et Structure Elle vient de se réveiller et se dit : « Il faut que je m’habille ! » Du coup, elle met juste une culotte, Des étoiles sur les seins, Un body en tulle noir, Et beaucoup d’accessoires Genre « too much ». Au final elle se sent habillée, Alors qu’elle ne l’est pas du tout. « Paris, New York, New York, Paris. Non mais Paris, Paris, NEW YORK ! New York ? New York, PARIS ! Yeah New York ! Paris, Paris. NEW YORK! PARIS ! » Nicolas Boyer Juin 2018


/Paysages Intérieurs

Ça va pas bien dans ta « teu-tê » Dans un fol état Être entre « pairs-formeuses » La vieille prune Hocher de la tête Artiste à l’International « Veinale » langue Ordonnance laide La petite nouille Fake family Bonsoir tristesse La non conférence Écrire avec 0 thème Perpétuelle sensation d’être l’invitée d’un dîner de cons Premier jour de Transitus La Manutentionnaire, L’Écrivaine et La Secrétaire La Peintre (1) et La Footballeuse en arrêt La Peintre (2), (3) et (4) Floraison Urbaine sur la Messeplatz Urban Flourishing - Isabel Lewis Miroir ridicule Et puis j’ai eu mal aux pieds Art Basel Gober une boîte de thon Laboratoire des Arts de la Performance « Workation » La théorie du « bite-à-bite » Gagner en Praesens Performer à Paris Lâchage de nous Relation tarifée Entrelacs flasques Tous les chemins - maritimes - mènent à Rome ! Des êtres pénétrants Ces mecs-là, ça grommelle en trottant Pizza goût morve De Rome à Paris Et on vous paye pour ça? FAKA (pénétrer) Dolce Occitania Art Basel Miami Beach Happening Marilyn à Art Basel Miami Beach Fichu grain de sable Hypnotiser l’adversaire


Ça va pas bien dans ta « teu-tê » ? Je me suis fait une deuxième expérience Airbnb en solo, tellement enthousiasmée par la première qui fut exceptionnelle avec Rémi, un repas par an awarded chief and his journalist wife. Ce fut un moment unique, convivial : imaginez dix convives de 30 ans en moyenne, et du monde entier - lieu de rendez-vous La Rotonde dans le 15ème pour une magnifique présentation in english de la soirée que l’on s’apprête à vivre. Pourquoi La Rotonde ? Parce qu’il y a des reproductions de Modigliani, il a peint ces tableaux en échange de repas. Bref, l’awarded chief nous a expliqué que le lieu de rendez-vous était une sorte d’introduction au thème de la soirée, soit un repas inspiré des années 20 que pouvait déguster Modigliani et ses amis artistes et écrivains. Puis, on speak in english, on se présente viteuf, puis on walk en direction de l’appartement où vit l’awarded chief and his wife, qui n’est autre que l’atelier de Modigliani, où il dormait dans son lit bleu, où venaient se droguer Picasso, Hemingway, etc… L’apéritif s’est pris autour de généreuses coupes de Champagne, d’une délicieuse tartinade de thon avec du pain de campagne grillé et chacun nous nous sommes présentés in english! So I was proud because I knew how to present myself as a french visual artist, who lives in Carcassonne (thank you BBB-Centre d’art from Toulouse), and I was smiling by saying a little about my life. I was smiling because I was excited by the fact to speak as a representative french artist who is in the french écurie of artists - I laugh in the interior of myself. I was smiling about whose have some doubt about my contemporaneity as the female curator I have recently met, and I was really proud for all who support myself to evoke my artwork. So, there was a couple from Greenwich Connecticut, a couple from Belgium, a young woman from Austin Texas, a couple from Paris and us from Carcassonne, in the south of France !


Donc, me retrouvant seule à Paris le 8 janvier, j’ai regardé d’autres expériences Airbnb et j’ai vu le cours de Swing pour quatre personnes max, rendez-vous au 104, avec le couple de profs. 1h30 à danser au 104, et comme j’étais seule, j’ai dansé en couple avec le prof qui est un mix entre Fred Astaire et Jene Kelly, ce qui est plutôt agréable, et comme j’apprends vite puisque j’ai passé mes trente dernières années en cours de danse sur glace, danse classique, de salon, puis danse orientale, perse, puis salsa, kizomba, ragga dance hall,… Tu vois quoi, je choppe tout direct surtout avec un bon guide, du coup mes profs m’ont invitée à venir danser à la Péniche Concorde. J’y suis allée, mon prof’ m’a fait danser la première danse, et du coup, j’ai pas arrêté d’être invitée. J’ai essentiellement dansé le rock, à donf’ Alors…. Il me faut évidemment parler des mâles, j’aimerais ne pas avoir à en parler, mais hélas, y’a rien à faire, ils sont partout ces blaireaux, c’est absolument dingue : vieux, moches, rabougris, gris et les mecs ils y vont. Serait-ce une philosophie de vie, du genre « tente tout avec ce qu’il est possible d’être une femelle seule et parmi toutes abordées, il est possible qu’il y ait une aveugle, sourde, et muette. » Si ils se contentaient de danser, franchement la caste féminine en sortirait grandement apaisée : le plaisir de la danse étant satisfait, le mec se contenterait d’un sourire, d’une tapote cordiale sur l’épaule, voire d’un échange de quelques mots sympathiques, mais non, v’là que le vieux te dit qu’il est tout le temps sur facebook, qu’il te demande si tu y es : - Ben non, mon vieux, j’y suis pas, j’aime pas. Je trouve ça con, facebook. Puis il te dit qu’il ne t’avait encore jamais vue (oh my god-fuck you-´tain tu bousilles tout-dans mon imaginaire t’étais juste un vieux fun, et là tu vires vieux macho à la con, pépé ça va pas bien dans ta teu-tê? Ok je me casse, avant que le trentenaire, aux épaules et au rythme manquants ne tente un truc, il est 21h, this is the end. Je peux désormais dire que j’ai dansé au 104, et à la Péniche Concorde.


Dans un fol état Il n’est pas évident d’écrire dans le temps du collectif. Le temps du collectif est un temps où je travaille tout à fait différemment que lorsque je suis seule, où j’ai mon programme limite de type “armée”, avec des objectifs clairs, cons et clairs, et des surprises qui font muter le projet de départ. Dans le temps du collectif, je me sens à la fois coincée, je veux dire que c’est comme si je déplaçais la totalité de mon être dans une cage, ou un cadre, comme encadrée/recadrée/délimitée, et à la fois je me sens dans un fol état et je me sens nue, comme gambadant dans une forêt luxuriante, offrant de gros fruits au goût exotique inconnu et puissant. Le collectif c’est pas vraiment mon truc en général, car j’ai un penchant à m’effacer face aux autres. Avec le Groupe Vengeance c’est différent, chaque artiste membre est bienveillant, et ce temps du collectif stimule en moi des choses que je ne serais pas aller chercher sans le groupe. On est comme des animaux sauvages affamés. Sensation d’être des humains retrouvant notre animalité boulimique. Urgence de ramener de la bouffe au groupe. J’aime cet enchaînement, cette sorte de soumission au groupe, à partir du moment où cela reste ponctuel.


Être entre « pairs-formeuses » Jeudi on se fait Grévin avec les copains du Groupe de recherche Groupe Vengeance, le musée tu situes ? Julie pense à cette performance depuis deux mois je crois, du moins elle m’en a fait part alors que nous étions en pleine formation au BBB-Centre d’art de Toulouse. Et j’avais trouvé cette idée géniale, et voilà, on y est maintenant. Les workshops du matin servent à mettre au clair ce que l’on veut faire et ce que l’on veut dire, pour qu’il y ait un fil rouge. Il est étonnant comme, même dans le pire des cas où c’est un échec pour je ne sais quelle raison étrange, ce sera une réussite. Le pire des cas serait que l’on se fasse jeter par la sécurité du Musée, mais les moindres traces vidéos précédant l’éviction seront d’autant plus énormes. Si l’on ne se fait pas jeter, l’autre pire des cas, c’est que l’on soit raide et que l’on ne trouve pas trop nos marques (j’en doute), et là encore, ce ne sera pas grave, car il en sortira quand même des pépites. Sans oublier le temps du débriefing le lendemain.


La vieille prune Il m’est possible de me projeter en l’autre, je veux dire qu’assise à la Rotonde au plus près d’une reproduction d’un tableau de Modigliani, celui-ci plutôt mal peint, très mal peint même, contrairement aux autres ponctuant l’espace rouge flamboyant - je réalise à la fin de mon premier casse-croûte en solitaire, que je peux me projeter en toutes ces autres, qu’elles soient jeunes ou vieilles, belles ou moches, gracieuses ou disgracieuses, blanches, blacks ou asiatiques, et bien il m’est possible de me projeter en toutes ces femmes. Sorte d’empathie connective, viscérale. Alors je me dis, mais enfin non, celle-ci est bien trop vulgaire et oppressive vis à vis de son enfant, telle autre est bien trop molle avec sa voix plaintive, souffreteuse. Et pourtant malgré cette sensation d’extrémismes douloureux je me projette en elles aussi. Il y a une femme, positionnée à -10° de mon champs de vision, elle doit avoir 50 ans, elle a une grâce naturelle absolument délicieuse, elle n’est pas maquillée si ce n’est peut-être ses yeux de biches, elle a une position ondulée, rythmée par de multiples lignes en diagonales, qui fait ressortir son cou façon Man Ray, ce n’est pas une posture façonnée, c’est intrinsèque à ce qu’elle est. Elle m’évoque Barbara. L’homme avec qui elle est, impossible de m’y projeter dedans, il est plutôt gros et flasque, on imagine qu’il ère dans l’espace se satisfaisant d’être un mâle aux pleins pouvoirs ancestraux. Il a ce regard mielleux des laids, il me fait l’effet des choux à la crème basse qualité. Ses petits yeux noirs virevoltent tandis que ses doigts boudinés forment des sortes de lignes directives autour de son visage - tu vois ce que je veux dire? Il est question d’autoritarisme dans les gestes, c’est comme si une bite ne lui suffisait pas, il lui en faut dix petites supplémentaires formant deux éventails encadrant sa gueule. Il fait le paon, mais alors sa tête n’est pas sa tête?! Et dire que cet homme est peut-être tout à fait sympathique, en tout cas peu inspirant. Je réalise subitement avec une conviction indécrottable que je ne peux me projeter dans aucun homme présent à la Rotonde. Il me faudra déterminer si il existe un type d’homme pour lesquels j’ai suffisamment d’empathie pour me projeter en eux sans concession, sans doute et sans limite. Oh l’homme s’est levé, il est très petit, un pull mal choisi moule son buste, car l’homme n’a peur de rien : ses seins et son ventre de femme enceinte sont ainsi valorisés. C’est sur une vieille prune du Gers, hommage à mes ancêtres, enfin une partie, soit la moitié pour être précise, donc c’est sur la vieille prune que


Vincent Lindon, Sandrine Kimberlain et leur fille dévaleront lentement l’allée centrale de La Rotonde. Il est flagrant qu’ils ont voulu être vus. Je dois avouer qu’ils sont très beaux, et qu’ils ont l’air gentils. Vincent fait escale à la tablée à côté de la mienne, une famille d’habitués de La Rotonde, des tailleurs (d’habits) : - Je repasse bientôt, pour un nouveau costume. Rendez-vous pris sur fond d’embrassades signe d’une longue amitié, ou plutôt d’une relation professionnelle particulièrement chaleureuse. Ils sortent enfin. Et cette vieille prune me replonge dans le souvenir de mon enfance, il me semble que c’était hier, lorsque ma grand-mère me proposait des prunes à l’alcool, ou encore un sucre imprégné d’eau de vie. Culture alambiquée. Et je sais que je vais laisser mourir ce jour dans le doux souvenir d’une enfance lointaine et si proche, une enfance gâtée qui fait de moi un être handicapé par rapport à certaines choses, et une femme libérée sur d’autres. Je suis bien heureuse de me foutre au plus haut point de ce qu’il sera pensé de moi à la lecture, ou à la visualisation de telle performance, de tel dessin, ou tel comportement. Ce qui compte c’est mon propre jugement, si je trouve que je me suis mal comportée, le poids de la culpabilité découlera de ma propre auto-critique, et ce sera bien assez douloureux. Non ! Nulle crainte du qu’en dira-t-on. D’ailleurs j’emmerde le qu’en dira-t-on, et plus précisément ceux qui aiment à le pratiquer. Le fardeau psychologique de se voir plus conne à ce qu’on aspire, est suffisamment violent. La vieille prune a eu raison de mon corps et de mon esprit, elle est en train de me raconter quelque chose, de me révéler à moi-même ce que je suis, à moins que ce ne soit qu’un moi déliré? Ce qui est sûr, c’est que je continue à pouvoir me projeter en toutes les femmes que je vois, et aucunement en les hommes. Le serveur efféminé, soit un mec type trader de la gastronomie, qui inspecte qui mange quoi, combien de temps une telle sirote sa vieille prune, une meuf seule est-ce suspect, m’enfin non c’est impossible. Et bien cet homme-là je ne m’y projette pas non plus.


Hocher de la tête Je sors d’une conférence où l’artiste était au centre. L’artiste est toujours au centre. On attend de l’artiste qu’il soit au centre. Il y avait les trois profils autour de la table, l’artiste Maurice Blaussyld, en dehors, à l’opposé, en opposition, ésotérique à la belle part d’originalité suscitant le sourire attendrissant, il y avait Laurent Montaron, un artiste au carré et au millimètre sur les concepts et maniant la langue parfaitement de sorte que tout coule, je dois bien avouer qu’une telle fluidité et une telle clarté dans les propos sont appréciables et à jamais atteignables pour moi, et Anne Bonnin, la commissaire de l’exposition Duographies, une femme très accueillante qui m’a permis de visiter l’exposition normalement fermée au public, alors que j’étais en avance, son job était de présenter, ponctuer, dynamiser l’échange, relancer. Il est appréciable d’entendre les artistes parler, chaque artiste a sa façon de voir les choses, de conceptualiser, de réagir aux choses, voire de se tromper sur l’analyse de leur propre travail. Je devrais songer plus souvent au plaisir possible du public à m’entendre dire des conneries avec enthousiasme. Ce qui compte, ce n’est pas ce que tu dis, mais comment tu le dis. S’amuser avec les mots et les postures pourraient être une visée pour moi. Ce soir, j’ai pris des notes et j’ai hoché de la tête comme à mon habitude, cela me permet d’entendre (entendement) ce qui est dit, de conscientiser au mieux les propos de chacun et chacune. Cela me donne aussi une contenance, il y a une part de théâtralité dans ce type de gestes dégageant une idée de sérieux, ce que je ne dis pas je le joue, car je n’aime pas parler, et pourtant j’aime tant écouter quiconque parler, même le mal-parler j’aime l’écouter, alors pourquoi je ne suis pas plus tolérante vis à vis de moi-même. Pourquoi dois-je viser des extrêmes pour conquérir un semblant d’épaisseur. Il me faut faire des œuvres monumentales, pour me prouver que je peux être maîtresse d’œuvre d’un projet, de l’idée à sa réalisation ; il me faut provoquer le public pour me sentir exister pleinement, il me faut faire rire pour me sentir aimée, il me faut écrire pour me rappeler que je suis intelligente, il me faut marcher vite et à grandes enjambées pour ressentir ma puissance, il me faut souvent parler de “pénétration” que ce soit d’un espace, ou d’une pensée pour m’imposer, il me faut travailler à la chaîne notamment la céramique et le tissus pour ressentir la douleur du labeur ouvrier.


Il me faudrait apprendre à parler pour séduire. Cueillir totalement le spectateur passe par le déploiement maîtrisé des postures langagières à références culturelles. Parler, c’est séduire, car après tout on peut si souvent dire une chose et son contraire, les arguments autour sont comme des petits anges moqueurs au sourire niais, ils illustrent à renfort de trompettes un bon mot. Ce que j’aime par dessus tout, lorsque j’écoute un/une artiste parler, c’est me situer par rapport à ce que la personne ose affirmer (part de courage que je n’ai pas à l’oral). Par exemple, je suis en totale opposition à la posture de Maurice Blaussyld, où il en vient à dire qu’il s’ennuie et que c’est l’ennui qui le fait produire, sans l’ennui son travail n’existerait pas - moi, je ne m’ennuie jamais, même emprisonnée dans une pièce vide, de la couleur qu’il te plaira d’imaginer (un minimum propre quand même), pendant des jours, des mois, jamais je ne m’ennuie, car je trouve qu’il y a justement dans la création de textes et/ou projets, et/ou dessins, et/ou sculpture, et/ou corporel, et/ou photo etc… l’impossibilité même de s’ennuyer. L’ennui n’est-il pas ce moment où tu ne fais rien et te laisse aller à la désespérance de tout? Je n’éprouve jamais cela. Il dit aussi qu’il ne réfléchit pas, mais il reçoit un ordre, auquel il obéit. Je suis encore une fois en stricte opposition à cette idée, pour ma part je réfléchis beaucoup, tout le temps, et les multi-réflexions engendrent mes œuvres, dès le lever je réfléchis, et je ne reçois d’ordre de personnes, et encore moins d’une force surnaturelle qui comme par hasard serait un mâle à grosse barbe blanche - non merci. Il me faut ajouter tout de même que lorsqu’il dit qu’il ne réfléchit pas, il ajoute “qu’il pense du mieux qu’il peut”, je trouve cela savoureux et peut-être une caractéristique typique de sa personnalité. Il dit aussi qu’il fait une œuvre qui plaît aux souffrants. Disait-il cela pour susciter le rire ou est-ce avéré? Et qu’en est-il de ma propre perception de son travail? Comme Laurent Montaron, je me réjouis que ce travail puisse être vu, discuté, que cela puisse exister, mais je ne suis pas souffrante. Il dit qu’il fait une œuvre qui ne communique rien, mais qui est là. Maurice Blaussyld a, je pense une humilité grande et sincère, et à la fois une assurance prétentieuse. J’ai passé un excellent moment, et me suis ennuyée aucunement.


Artiste à l’international Lorsqu’il m’a été proposé d’écrire sur ma pratique d’artiste, j’ai de suite été stimulée par ce challenge. Pourtant dans ma pratique justement, je n’écris pas trop sur mon travail, j’écris plutôt autour de ce qui concerne ma pratique, je parle mal de cette pratique, je n’argumente pas et je ne commente pas non plus d’un point de vue historique de l’art mes propres actions, je ne fais pas de thèse. Je ne trouve pas que cela soit primordial d’entendre l’artiste auto-questionner, auto-thésifier à l’oral ce qu’il ou elle produit. J’ai toujours pensé que c’était à l’autre, cet être culturé, diplômé et gradé du beau langage idéel, prenant jouissance d’associer telle pratique à telle autre ancestrale, citer telle écrivaine ou tel philosophe faisant écho à telle pratique artistique, justifiant l’injustifiable. Tout être est cependant en capacité de recevoir l’œuvre en pleine gueule et d’en chercher à comprendre le sens de son émergence, sauf peut-être l’artiste. C’est ainsi que je conçois l’ordre. C’est à dire que l’on a bien assez de travail, entre la production à part entière, le souci de gagner de l’argent par la vente d’œuvres et par les résidences d’artiste, de tenter d’obtenir des aides à la création, des aides à l’édition, postuler à tel concours, tel prix, telle subvention, telle résidence d’artiste, rédiger des projets, des notes d’intention, refaire son portfolio au moins une fois par an, actualiser son site et il faudrait en plus que je parlasse bien de ma pratique qui est pour moi un mystère car j’ai le nez dedans et que je pense même que pour que perdure la jouissance absolue et le travail intensif, il vaut mieux que je tourne autour d’une idée de moins en moins vague, certes, mais vague quand même. Je n’aime pas l’idée que tout artiste doive parler de son travail, certains sont bons à cet exercice, tant mieux, bravo, Hare Krishna, mais d’autres sont mauvais en cela, ma foi tant pis, n’allons pas briser des carrières qui n’ont même pas encore véritablement commencé. Pour ma part, je pense que je suis la plus mal placée. Oui, je me considère la plus mal placée pour analyser mon travail. Acceptes-tu de tout nous dire sur ta vie d’artiste à l’international, nous raconter ton processus créatif, tes obsessions, ta vision du monde, tes projets… Enfin tout ce qui te passera par la tête naturellement? C’est à ça que j’ai dit ok, ça m’intéresse. On sait très bien qu’il ne s’agira pas de tout raconter, c’est impossible, mais ce qui me passera par la tête sera l’essentiel je pense. Je sais depuis que je suis toute petite que je suis une artiste, parce que tout mon être est tourné vers la production d’ouvrages esthétiques (soit questionner le beau et le laid par le faire) pour lesquels je déploie une énergie totale où le cerveau est


autant convoqué que la main et l’œil ; le corps entier tourné en lui-même et vers l’extérieur à la fois. Prégnance absolue du réel, certitude d’être au cœur de la vie, de ce que c’est que vivre, de questionner -corporellement, artistiquement- les choses correctes à questionner pour s’approcher de la vérité. Par exemple, toute petite il m’arrivait de dessiner des objets autour de moi, je prenais un grand plaisir à m’imposer de progresser, travailler les ombres, et j’appréciais de constater que mon dessin quand bien même il n’était pas une représentation réaliste de l’objet, il racontait encore plus l’objet, ou du moins avec mon propre regard sur cet objet. Ce qui compte c’est représenter quelques éléments vrais venus soutenir le propos, comme pour assurer aux cerveaux la reconnaissance, et ensuite le reste graphique raconte tout. Je m’étonne souvent des similitudes entre les médiums si différents, similitudes dans l’approche de ces médiums serait plus correct. Je veux faire une livre comme je produis mes œuvres ; le livre produit sera un livre-œuvre et non un livre-thèse.


“Veinale” langue Mes prochains jours seront faits de travail, d’amis retrouvés et célébrés, de performances, de délires, de workshops, de vernissages. Attablée à un petit restaurant, sirotant une bière et grignotant des frites, avant d’assister à une conférence, je veux réfléchir à moi. Faut que je continue à être l’entrepreneuse, la preneuse de risques, la productrice, l’investisseuse, la designeuse, l’ouvrière, l’agente, la commerciale, la mannequin vieillissante à bourrelets et à sale gueule, qui ne fume pas mais boit, la promotteuse prometteuse, et les soirs de vernissages/opening night pour poufs à pognons, où des mecs à poils mais épilés serviront la Blanquette de Limoux Supérieure On the Rocks ou Brut. Il est des fantasmes -ou phantasmes - que l’on a depuis une décennie dessiné et qu’on ne doit pas se refuser. Des mecs à poils, jeunes et beaux, au service de vieilles - voilà un tableau parfait de rééquilibrage de forces en ces temps de néo-considération des préjudices moraux subis par les meufs de 7 à 117 ans. Je l’écris là, un peu de manière abrupte, mais c’est bien ce que je compte faire, après ma participation au Festival Traverse Vidéo (en mars 2018 à Toulouse), et ma résidence d’artiste Transitus, toujours à Toulouse au Foyer Transition au printemps. De toutes façons, qu’est-ce qui compte? Quand bien même je persisterais à aller dans tous les sens, et qu’on me le reprocherait encore et encore, ajoutant à cela que je n’ai pas les codes du discours art contemporain, l’écriture étant un liant sincère, j’ai envie de dire : foncer est la seule réponse valable. J’emmerde le temps, j’emmerde l’espace, j’emmerde la mort, j’adule la vie, et j’emmerde la meuf en fourrure encombrée de ses sacs Gucci, croisée tout à l’heure en me rendant à la conf’ qui offre à voir à la rue un faciès de limace avec sa langue retournée qui prend le temps de saluer chaque dent, et alors elle nous donne à voir sa “veinale” langue, son envers gris-bleuté, comme si elle semblait me dire : « Je te donne à voir ma version la plus laide, car tu n’es rien ».


Ordonnance laide Je me sens bien ce matin, puissante et dévorante de vie. C’est aujourd’hui que je déciderai de mon advenir. Que les vents déchaisnés me viennent en aide Je sens monter la fièvre pour laquelle je plaide Coupable! D’être la femme vengeresse, Pour l’éclosion d’un monde où l’Homme enfin délaisse La croyance en un Dieu, masle et barbu et niais, Permettant aux horreurs domestiques, aux plaies Vives de perdurer et soumettre à toutes Une ordonnance laide


La petite nouille Certaines meufs qui ont réussi dans le milieu de l’art et qui bavent de jouissance de cette réussite, qui se gargarisent - tu vois le genre, tu situes, y’en a pas tant que ça (non pas qui ont réussi, là y’en a beaucoup, mais qui sont ces êtres prétentieux) et bien ce genre de meufs n’aiment pas mon travail, elles dédaignent mes personnages, ces personnages autoritaires qui sont total freaky, les répugnent direct, a priori. Ces quelques meufs présupposent des choses négatives et rabaissantes sur ce que je fais. Et je suis hallucinée, combien ces meufs pourtant cultivées, aux parcours riches en écoles d’art, et donc des lieux de grandes libertés d’expérimentations, ouverture d’esprit, et bien ces meufs ne m’aiment pas. Autre paradoxe, les meufs faisant autorité dans tous les autres domaines que celui artistique, m’aiment. La majorité des meufs, m’aiment et aiment mon travail, et veulent de moi que j’émerge. Tous les hommes, aiment mon travail, m’aiment, même les machos, les sexistes, les misogynes, et même les racistes quasi tous les hommes. Et ça me plaît, car ça me réjouis de voir que la part de ces abrutis de mâles machos, sexistes, misogynes, racistes sont idiots et bêtas au point de ne pas se rendre compte que je me moque d’eux, je leur rentre dedans, les pénètre de mon être, les humilie, les retourne comme des crêpes et pourtant ils affichent un sourire niais. Alors ça j’adore. C’est strictement l’inverse que quand je danse le swing avec un vieux, et que c’est un moment magique et que ce vieux, d’une manière hallucinamment inappropriée me drague. Ben mes perf’ avec ce type de malotru, c’est l’inverse et c’est bon, et je ris à l’intérieur. Alors je crois bien que je puis dire que je me marre secrètement en pensant à ces deux types de postures différentes : celle des meufs qui ne m’aiment pas sans comprendre, et celle des mecs qui adhèrent sans comprendre. Entre ces deux pôles : l’intelligentia ! Délivrée des codes du ce qu’il faut ou ne faut pas entendre comme art ou non-art. Ceux/celles qui foncent, ceux/ celles qui tentent, expérimentent sans se traumatiser pour certains manquements élitistes. Je ne considère pas hommes ni femmes les gens qui subissent leur vie au regard de quelque dogme ou religion que ce soit - désolée - t’es sur terre c’est pas pour subir l’enfer de lois particulièrement connes. Ok buona notte je danse avec une meuf qui veut de la musique arabe « Merde un restau libanais quoi! », son corps semble nous dire. Elle s’agite comme un verdasson, chose que je trouve charmante au départ,


avant de me rendre compte qu’elle a un mental de vipère. Après l’avoir encouragée durant la première musique en l’applaudissant sagement assise sur ma chaise, je ne résiste pas et me lève, elle me rejette corporellement, je persiste à vouloir trouver de la chaleur en elle, souvenez-vous le casse-croûte à La Rotonde où je me demandais si il existait un type d’homme en lequel je pouvais me projeter en totale connectivité… Et bien il semblerait que je ne puisse finalement pas me projeter en femmes de pierre, en ces femmes qui savent qu’elles ne sont pas des gueuses, veulent bien chauffer des gueux, mais exècrent les gueuses comme moi. Et bien ça, ça m’excite au point où je lui tournerai le dos en faisant mes plus beaux déhanchés, mes sourires libérés et invitant la tablée de jeunes femmes à danser et avec lesquelles nous danserons et rirons comme si nous nous étions toujours connues. Sorte de temps parallèle, comme lorsque tu es en croisière sur un bateau prestigieux et que tu es hors temps et totalement connectée aux autres. L’israélienne voulait se faire des arabes, et encore, elle quittait Paris à 6h du mat’... Donc bon, il était 2h du mat’- tu fais le calcul- tac-tac, tic-tac ouais? Pas le temps. Même le mec qui l’a approchée et qui s’est vu répondre ça, a reculé du buste et a eu un rire frénétique, exprimant un truc du genre Ah! Ok! Tu me chauffes pour rien là, ´tain t’es bonne avec ta danse touché-coulé, mais c’est pas possible en fait. Le mec à 2h du mat’ - Eurêka - vient de capter la poussée d’Archimède. D’érection à petite nouille il n’y a qu’un millième de seconde.


Fake family Je suis attablée au restaurant préféré de mon séjour à Paris, dans le sens où c’est vivant, bohème, et dès que tu rentres tu fais partie de la “fake-family” mais c’est agréable de voir un certain théâtre de la vie. Il y a beaucoup d’artistes, enfin des hommes qui s’affirment comme tels, mais le sont-ils vraiment, ça c’est une autre histoire, des photographes enfin c’est ce qu’ils clament par dessus les épaules frêles de certaines mais le sont-ils vraiment, il y a des galeristes enfin des hommes qui se revendiquent galeristes, mais là encore le sont-ils vraiment, des vieux en fin de vie, ah ben ça au moins tu peux pas le dissimuler mec.


Bonsoir tristesse La joie du désespoir La joie dans le désespoir La force de cette petite femme blonde Accoudée au bar Une envie de survivre Imagine Sylvie Testut En plus petite, et plus vieille d’une décennie et causant moins cinéma que souvenir d’enfance “Ma tante disait que les yeux étaient le reflet de l’âme” Voulant désespérément un peu de tendresse depuis 19h Auprès des hommes seuls au bar, ou des couples, Saoule depuis le premier verre Quatre jeunes mecs échaudés l’embêtent Elle ne se laisse pas faire Comme une petite fille elle se rebiffe Un instinct de survie La solitude enjoyée comme rempart à la mort “Le sucre ma mère elle dit que…” Elle discute avec un mec bien plus bourré qu’elle Ils monologuent chacun de leur côté En mimant le jeu de la discussion sociale Ils ont encore la conscience de ne pas savoir de quoi ils parlent Ils le disent haut et fort Avant de passer le cap de la totale perdition Cet endroit est étonnant, on dirait un théâtre “Je suis une sorte de papa!”, aime lancer le maître des lieux aux oreilles de certaines “J’adore” répond-elle les yeux rougis, au bord des larmes Tous ces acteurs ont l’air seuls, et tristes derrière leur masque affichant un sourire fatigué Ils semblent discuter entre eux, mais ils sont seuls. On pourrait les extraire de cette scène Ce serait pareil Depuis minuit trente tout le monde s’est mis à fumer C’est le code Un mec au bar cherche une meuf La solitude oui, mais à deux.


La non conférence La première semaine de l’exposition Temps de Colère, du Groupe Vengeance, à l’Inattendue Galerie à Paris, à laquelle je participe vient de s’achever. Peut-être décrire en quoi consiste ma participation, voire même le contexte de cette proposition? Je vois que toute la salle hoche de la tête, mis à part les endormis et les peu passionnés de la chose artistique. Donc, je vais même commencer par le contexte du contexte de la proposition : souvenez-vous! De septembre à décembre 2017, j’ai bénéficié avec onze autres artistes professionnels d’une formation au BBB-Centre d’art de Toulouse, financée par la Région Occitanie, soit un temps intensif dédié à ma profession d’artiste mise à part la production d’œuvres. Car, pour ceux qui dans cette salle ne savent pas en quoi consiste le travail d’artiste, et bien il est typiquement celui d’une cheffe d’entreprise. Alors bien sûr, je féminise absolument sciemment dans le sens où je suis une femme, et que je souhaite que vous palpiez le nombre de textes lus, et entendus qui parlent aux hommes uniquement. Je ne me soucie guère du ressenti mâle, car si il n’est pas content, il n’a qu’à sortir, et tout l’extérieur est à lui et non à elle, malgré les luttes prenant diverses formes, le monde est à lui pour au moins deux décennies encore. Bref, de septembre à décembre j’ai donc été en formation intensive, soit une formation professionnelle me permettant aujourd’hui d’être très efficace dans tout ce que j’entreprends, de mieux cibler mes interlocuteurs/trices et d’avoir confiance en moi au point de comprendre ce que “réseau” veut dire. “Mieux cibler”, cela semble comporter l’idée d’ “éliminer, réduire”, en réalité étonnamment cela veut dire “élargir et augmenter son réseau, son champ d’action”, c’est logique, mais il faut l’expérimenter pour le concevoir. AAA-h! Le BBB-Centre d’art! Ce qui m’a été apporté est concret et à la fois immatériel. Le concret je l’ai évoqué précédemment, mais l’immatériel, soit la confiance en soi, en son approche, en son professionnalisme, c’est une histoire de sensation, et de visualisation réaliste de soi, soit prendre conscience ce en quoi on n’est pas bonne, et ce en quoi on est d’ores-et-déjà bonne, performante ; et que c’est énorme en fait! Savoir s’appuyer sur ses qualités professionnelles change le comportement, la posture vis à vis des pros susceptibles de travailler avec toi. Dans cette formation, pour ma part, il y a eu comme une transformation comportementale ; le fait de savoir ce que l’on vaut, et ce que l’on veut,


permet d’avoir une posture droite, mais pas raide, souple mais pas flasque. BaciBaciBaci-Centre d’art. Ah vous voulez faire une pause pipi? Ben barrez-vous les incontinents, moi je continue. Donc, Julie Meilleur qui a fait ses études à la Villa Arson puis à Bourges, que j’ai rencontrée au BBB-Centre d’art et qui a un dynamisme, un enthousiasme et un volontarisme qui font plaisir, m’a invitée à participer aux workshops de Temps de colère et produire des pièces en solo et/ou en collaboration avec les membres du Groupe Vengeance. Julie m’a proposé, j’ai disposé. Cela ne se refuse pas. Il faudrait être folle. Voilà le contexte, et le contexte du contexte. Alors qu’est ce qui se passe au 50 rue des Tournelles? Je m’y rends tous les jours de 11h à 18h, je me régale d’échanger avec mes nouveaux amis, avec mes pairs ; je dois avouer que mon apport se limite à mon enthousiasme corporel. Vous l’avez remarqué, je ne suis pas du genre à être une maestria du langage, on n’est pas tous égaux, on n’est pas tous bons en langage, et je remercie ceux qui ne m’en tiennent pas rigueur. Donc, que se passe-t-il durant les sessions Temps de colère? On émet des postulats, on envisage des tests, on teste, on prend des notes, on dessine, on produit de nouvelles perf’, on débriefe, on s’organise, on programme, on bosse, on déconne, on s’engueule, on se casse, on se barre, on revient, on se chuchote à l’oreille, on se fait découvrir des artistes, on réorganise, on prend du retard, on rattrape aussitôt par un workshop démentiel au Musée Grévin, on chante, parlons-en du chant : J’ai chanté sur Dalida avec Mathilde Fernandez, qui est une amie du Groupe Vengeance de longue date, depuis la Villa Arson, et que j’ai découverte au Nouvel An grâce à Renaud Héléna, mon ami artiste installé à Berlin. Le premier janvier, vers deux heures du mat’, il nous a dit : - « Vous allez voir, c’est énorme! » en lançant le clip de Mon Dieu, puis Égérie - en effet, c’est énorme. Scotchée en ce début d’année 2018. BAM. Alors je vois une ‘tite meuf, toute mignonne, électrique, doucereusement piquante, elle cantate dans l’inattendue galerie. Mais qui est cette fille, je l’ai déjà vue quelque part? On chante ensemble, … BAM, je la reconnais, visage d’ange diabolique, buste nu perforé de petits drapeaux américains qui la font saigner. Putain je viens de chanter sur Céline Dion avec mon coup de cœur artistico-musical de l’année?! L’année 2018 sera encore meilleure que 2017, je le sens.


Écrire avec 0 thème Est il possible d’écrire avec 0 thème au départ, juste parce que tu sais le plaisir que c’est de jouer avec les mots, de voir rire des gens qui lisent tes textes pour les plus aboutis, et juste parce que tu as fini de manger, et que tu es seule et que tu as envie de provoquer des réactions en chaînes? Il semblerait que oui. Oui, il est possible d’écrire alors que rien ne stimule à cela. Pas un lourdaud dans les parages, enfin si on creuse un petit peu, on peut en trouver un assis sur une banquette du Café de l’industrie. Faut dire que je suis plutôt fermée, aujourd’hui, c’est à cause de la marche sous la pluie de tout à l’heure. Ça m’a glacée. Et je ne veux voir et observer personne. C’est très rare ça. Si j’avais été mieux placée dans la salle peut-être aurais-je écrit sur les gens. L’inspiration tient aussi au positionnement dans une salle.


Perpétuelle sensation d’être l’invitée d’un dîner de cons Si il est vrai que ce titre est limpide, je tiens à préciser que cette sensation fortement dérangeante sur le moment où je perçois mon décalage vis à vis des autres individus, est aussitôt compensée par mes ouvrières internes qui rient de me voir souffrir alors même qu’elles savent de quel bois je me chauffe, et me transmettent de fait une sorte de joie, qui corporellement se transforme hélas en sourire niais et en hochements de tête divers qui n’améliorent pas l’image que je donne, bien au contraire. Et mon corps reste planté là, portant et supportant la cruelle expérience, imposant ainsi à tout mon être l’humiliation la plus intense et à la fois l’excellence intérieure. Quel challenge perpétuel pour mon esprit, et j’ai le privilège de me frotter à ce douloureux exercice plusieurs fois par jour. Je me réjouis de vivre cette vie oxymoresque me permettant d’exercer mon mental, et si je vis assez longtemps, je pense que je serai une vieille particulièrement drôle, et des jeunes gens au corps parfaits et nus viendront me demander conseils sur l’art bien sûr, sur la vie et sur la réussite de sa vie - car entre temps, je veux dire entre ce moment où j’écris et un âge d’ancêtre, et bien il est prévu que je réussisse. Du bulot à la perle rare il n’y a qu’un pas, j’en fais le pari journalièrement. Pour revenir au fait que j’ai la perpétuelle sensation d’être une conne, car in fine c’est bien de cela dont il est question, et plus précisément l’impression que l’on m’a spécialement invitée pour explorer ma connerie, j’aimerais étudier un peu plus en profondeur cette observation. /Vous le savez, je suis totalement tournée vers moi-même, totalement égocentrée on le sait, c’est un fait, j’aime m’étudier, me scruter, mais dans un esprit totalement tourné vers l’autre, en traitant de moi-même je traite de l’autre, je ne suis rien de plus ou rien de moins que l’autre, je suis un/une autre en puissance, et je suis moi. Je suis moi, grâce à l’autre, l’autre me permet de mieux me connaître, et je me perçois dans d’autres vies possibles. Je t’en conjure, n’aies pas la nausée à lire “je”, aies la finesse d’entendre ce jeu, car il y a un peu de toi aussi dans mes élucubrations. Si la conne n’aime pas parler, tu auras noté qu’elle aime écrire, jusqu’à en faire des digressions infinies./


Donc, revenons à cette sensation qui, en même temps d’être un coup de poignard est porteur d’un avenir prometteur. À chaque fois qu’une personne étant dans le “luxe de sa réussite” me dénigre, il est impressionnant comme cela m’excite, c’est comme si tout mon être intérieur s’animait. J’entends les ouvrières internes organiser une grève générale, une révolution qui me donne aujourd’hui un sourire niais, mais demain? Renato Rizzi, architecte passionné et passionnant, invité par un des pensionnaires à la Villa Médicis, Marc Leschelier lui-même architecte, absolument charmant avec sa fine moustache et sa longue chevelure brune, cet homme est très beau et je ne doute pas qu’il fasse rêver les jeunes étudiantes parisiennes qu’il a comme élèves. Trinquons à la beauté des mâles Qui enseignent quelque matière artistique que ce soit! Trinquons aux rêves érotiques Des jeunes étudiantes parisiennes en architecture! Trinquons à Paris depuis Rome! Trinquons à Rome! Je me suis donc retrouvée, tel un cheveu dans la soupe, telle une mouche coincée dans le gosier, telle une gueuse chez le Roi, à dîner à la Villa Médicis. Attablée, je sirotais mon vin rouge et dégustais mon plateau de charcuteries et fromages. Face à moi l’immense parc, je reconnais la fontaine du Dieu Mercure de Jean de Bologne, éternellement figé dans ce mouvement léger et sautillant et la silhouette noire de l’arbre au loin sur fond de ciel bleu-gris-nuit. L’immensité spatiale, la sensation de l’immensité. J’étais seule à table, et bientôt les pensionnaires et compagnes des pensionnaires s’installèrent. - Qui es-tu, me demande Ruan Arroyo, compositeur taquin précédemment invité à la Villa Velasquez. - Je m’appelle Sophia El Mokhtar et je suis artiste plasticienne. (Notez le professionnalisme) Il fut aisé de discuter avec lui, nous aurions pu établir un échange sincère ponctué de taquineries si j’avais été moins coincée par l’étrange position de l’intruse, et je lui montrai mes billets à l’effigie de La Galeriste et de L’Artiste à l’international, le voyant enthousiaste par cette offrande je lui montrai mes cartes de visites façon Polaroïds présentant une sélection de personnages créés en 2015. Billets et polaroïds à mon effigie, firent le tour de la table à La Villa Médicis.


Un regard dénigrant me fit retomber (puis rebondir aussitôt, intérieurement parlant, si vous avez suivi le descriptif de mon fonctionnement interne décrit plus haut). Que je sois une buse dans l’art oratoire, de l’échange le plus simple et basique jusqu’à la présentation orale de mon travail, cela ne m’empêchera pas de m’incruster par côté, je ne réussirai pas par la voie royale, mais par la voie de côté, la voie de la gueuse et cela me plaît ainsi. Cécile Fromont, historienne de l’art invitée par Éric Beaudelaire, artiste pensionnaire à la Villa Médicis, fut très chaleureuse et drôle, jeune femme cultivée, pétillante et très belle. Trinquons à ces professeures du domaine artistique quel qu’il soit! Trinquons à l’intelligence, au savoir, au pouvoir, à la force, au courage de toutes celles qui enseignent! Trinquons à leur sagesse! Trinquons à ses élèves américains! Trinquons à Chicago! Trinquons à l’académie américaine de Rome qui l’accueille en résidence de recherche. Trinquons à l’histoire de l’art africain dont elle est spécialiste! Elle est intervenue pour parler des origines des tapisseries présentes à la Villa Médicis, en provenance des Gobelins, et qui étaient des ouvrages servant d’offrandes diplomatiques au 17ème siècle. Me mettre dans des situations inconfortables, devient peu à peu un but recherché de plus en plus conscient, me permettant ainsi de tester mes limites et mettre ensuite des stratégies pour aller au-delà de ces limites, ou plutôt compenser ces limites. Sorte de revanche perpétuelle sur le destin qui devrait m’être réservé. Je suis tout le temps en lutte, en lutte pour la conquête de nouveaux territoires, en lutte pour ma propre mutation, en lutte pour ma propre émergence.


Premier Jour de Transitus Premier jour au foyer transition pour ma nouvelle résidence d’artiste Transitus - sentez-vous mon excitation, ma joie et ma fierté d’enchaîner ces expériences artistiques auprès de publics (jeunes : les publics!). Je me suis installée, tranquille. J’ai été la manutentionnaire durant trois heures environ, j’ai fait peur, j’ai fait très peur, j’ai fait sourire, rire. Mes fiches sont prêtes. C’est à dire que normalement, je prévois des rendez-vous individuels avec 10, voire les 30 jeunes de la structure, je me suis donc préparé des fiches, soit des guides pour mes entretiens à venir. Si j’ai fait peur à un jeune homme, j’ai réussi à happer Valeria qui va passer me voir dans une demi-heure et mon challenge sera de la motiver pour prendre rendez-vous et commencer le travail avec elle rapidement. Ayant la contrainte de ne pas pouvoir filmer les jeunes, j’en suis arrivée au fait que j’aillais être une sorte de pâte-à-modeler pour eux, pâte-à-modeler ayant cependant son mot à dire. Lors des premiers entretiens, ces jeunes me raconteront ce qui les motive pour se lever le matin, ce qui les inspire, en quelles personnalités ils et elles se projettent. Il devrait apparaître une chanson, un poème, une danse folklorique, une scène de film, une star, un opéra, une pièce de théâtre, ou je ne sais quoi d’autre, et à partir de cette œuvre les jeunes créeront une saynète que j’interpréterais, ils et elles seront forces de proposition, et j’essaierai de les guider pour que cela fonctionne le mieux possible. Pour parvenir à l’objet final de chaque jeune, il y aura de leur part un travail d’écriture allant du mot à la nouvelle selon les affinités de chaque jeune, un travail de collage et dessin à partir de magazines de mode découpés. Toutes ces productions seront autant d’éléments pouvant enrichir l’édition du livre Transitus. De mon côté, j’ai décidé de tenter de créer un vocabulaire de gestes, de mouvements de danse pourrait-on même dire, pour chacun des personnages que j’interpréterai durant cette nouvelle résidence. Aujourd’hui La Manutentionnaire a émis de son corps un geste type, en écrivant je réalise que j’aurais dû travailler sur au moins trois mouvements, je me suis contentée d’un, c’est idiot. Je m’en veux.


C’est à dire que, comme une militaire, j’ai respecté ce que je m’étais annoté comme obligation de production journalière soit : - un texte - un Polaroïd - une série de photos - une performance filmée (soit un geste dansé, un geste clairement identifié et identifiant le personnage) Descriptif écrit du geste de La Manutentionnaire : C’est une posture hochée, une posture sujette aux hochements, exprimant l’autosatisfaction du devoir accompli, constat des choses faites et de quelques unes restant à faire. Pendant que le bassin bascule vers l’avant, les bras se croisent avec souplesse et décontraction, aussitôt les talons se lèvent et se rabaissent, se lèvent se rabaissent sur un rythme techno intériorisé, seule la tête exprime un semblant de réflexion sur le travail accompli, la respiration s’entend à force, puis au bout de 7 à 10 élévations, rotation de 60°. Et rebelote. Je me demande si il serait envisageable de passer une journée sur ce geste de départ, et voir ce qu’il advient. Aurais-je l’audace de ce risque, qui sera abysse ou montagne? En tout cas pas fleuve tranquille. Au fait, Valeria, la vaillante jeune résidente, curieuse et enjouée est revenue me voir comme prévu, et elle est emballée par la totalité du projet. Rendez-vous avec elle vendredi de 15h à 16h. Elle est très motivée, je l’ai remerciée chaleureusement, elle a été surprise de cela, pourtant grâce à elle la résidence vient de basculer dans une réussite possible. Ma chaleur était donc en-deçà de ce que j’aurais dû lui exprimer. Mon challenge était de parvenir à fixer un rdv dès le 1er jour de résidence : c’est fait!


La Manutentionnaire, L’Écrivaine et La Secrétaire 9 mai 2018 Ce sont les trois premiers personnages que j’ai incarnés durant la première semaine de résidence au Foyer Transition à Toulouse. Ils m’ont permis de rentrer direct en relation avec les jeunes du foyer qui sont très accueillants, et très motivants. Déjà de belles pistes de travail avec deux jeunes, un garçon et une fille, qui se sont engagés à travailler avec moi sur un minimum de trois rendez-vous afin de réaliser avec chacun d’eux, une performance filmée et photographiée. Voilà, j’entame ce jour la deuxième semaine de résidence qui s’annonce très fructueuse. 10 mai 2018 / Les rendez-vous individuels avec chaque jeune de la structure consistent à faire émerger au travers d’un questionnaire-guide une œuvre (livre, poème, chanson, danse, scène de film, etc...) qui les motive, les met en joie, les booste, leur donne de la force. Au bout de 3/ou plus rdv les jeunes auront réalisé une saynète pour laquelle ils/elles auront créé la scénographie, la chorégraphie, les costumes, le maquillage, la lumière, les déplacements, les mouvements, les paroles enfin tout avec mon aide et je serai pour eux comme de la pâte-à-modeler, une actrice à leur service. Je travaille d’ores et déjà avec Lassana et Valeria. Le travail avec Lassana est très avancé, il a écrit un poème en bambara sur le thème de l’ambition, avec des métaphores chevaleresques et cameleonesques. C’est très beau, je l’ai enregistré pour pouvoir apprendre son poème. Aujourd’hui pour notre deuxième rendez-vous on attaque le décor, et le costume. Avec Valeria, le travail du premier rdv a permis de faire émerger ce sur quoi elle souhaite travailler, soit reprendre les textes qu’elle a écrits sur son tel et qu’elle chante. Elle a aussi évoqué l’idée de créer l’instru’. On se revoit demain. À 14 h j’ai rdv avec Marie-Amélie, je lui ai fourni le questionnaire imprimé, de façon à ce qu’elle puisse commencer le travail si son planning le lui permet (elle prépare le Bac). De plus amples news : Eh Beh soon !


La Peintre (1) et La Footballeuse en arrêt 16 mai 2018 Le personnage du jour pour Transitus. Post Scriptum chiffré de Transitus : - 14 jeunes abordés, - 9 concrètement engagés dans le processus créatif, - quelques textes à publier, - 5 personnages soit 5 gestes dansés, - centaines de photos, - dizaines de vidéos. 17 mai 2018 La Peintre (1) Transitus, résidence au Foyer Transition à Toulouse. Hier j’ai rencontré Marie-Amélie en premier rdv et on a bien travaillé. Elle va m’apprendre la K-pop, paroles et mouvements de danse. 24 mai 2018 La Footballeuse en arrêt Performance filmée, réalisée dans le cadre de la résidence Transitus au Foyer Transition à Toulouse. Les rendez-vous individuels avec les jeunes se poursuivent et ne se ressemblent pas, ceux qui s’engagent me font confiance, ont fait le choix de me faire confiance et donc se jettent à corps perdu dans l’aventure. Que je ne les déçoive pas. 24 mai 2018 Lassana a peint le décor de la saynète pour laquelle il a d’ores-et-déjà : - écrit le poème en bambara (sur le thème de l’ambition), - choisi le costume, la perruque et le maquillage, - et identifié la posture de ce personnage. Personnage que j’interpréterai en respectant au max ses consignes. Moussa et Cherif sont venus peindre. C’était la première fois. Ils sont passés d’inquiets de mal faire à inarrêtables.


La peintre (2), (3) et (4) 24 mai 2018 Performances filmée de La Peintre (2)... Comment dire, je n’ai pas résisté à la tentation de profiter du décor peint de Lassana. 5 juin 2018 Session photo de deux heures au Jardin Japonais avec Marie-Amélie, Elle souhaite mettre en lumière le bonheur de prendre conscience de sa différence et de la revendiquer. Elle a un travail d’écriture en cours et samedi prochain on s’occupe du costume de la deuxième partie de sa vidéo. À suivre donc ! 5 juin 2018 La peintre (3), Performance filmée au Foyer Transition à Toulouse / Préparation du support et préparation du corps par rapport à ce support, ainsi que du support par rapport à ce corps, mais aussi du corps par rapport au lieu, de ce lieu par rapport à ce corps, sans oublier le lieu par rapport au support, mais aussi de ce corps par rapport à ce son, et bien sûr de ce son par rapport à ce lieu, et ce support par rapport à ce son qui résonne en ce lieu, et ce corps qui résonne et raisonne. Demain je me dois de : - fixer les ultimes rendez-vous de travail avec les jeunes engagés dans le projet Transitus, - réaliser une à trois perf’ filmées inspirées par certains échanges, - préparer le terrain pour la perf’ picturale et musicale du lendemain. Voilà ce que je peux dire aux curieuses et aux curieux. Le bon son : Brooke Candy « DAS ME » (2012)


7 juin 2018 La peintre (3), Diffusion via Facebook Live depuis le Foyer Transition à Toulouse Musiques dans l’ordre de diffusion : - Angel Haze /Werkin girls - Brooke Candy /Das me - Iggy Azalea /Fancy - Kreashawn /Gucci Gucci - Lady Leshur /Queen’s Speech - M.I. A /Bad girls - Missy Elliott /Gossip folks - Queen Latifah /Latifah’s it up - Millie Jackson / All the way lover 9 juin 2018 La peintre (4) Phase de préparation du support à peindre. Musique : Horse Lords au moers festival Écouter et voir sur Arte Concert 9 juin 2018 Peinture de La peintre (4) Résidence Transitus au Foyer Transition à Toulouse 9 juin 2018 / Diffusion via Facebook Live depuis le Foyer Transition à Toulouse / Pour mettre le son à ma perf’ du jour soit La peintre (4) qui peint- direction Arte Concert! Y’a plus qu’à cliquer sur les liens ci-dessous et les alterner : - horse-lords-au-moers-festival-2018 - gregory-porter-a-jazz-a-la-villette 9 juin 2018 / Diffusion via Facebook Live depuis le Foyer Transition à Toulouse / Rdv individuel avec Marie-Amélie Pour Transitus, résidence d’artiste au Foyer Transition à Toulouse.


Floraison Urbaine sur la Messeplatz 13 juin 2018 / Diffusion via Facebook Live depuis Art Basel / Isabel Lewis Messeplatz Art Basel Session performative de ce qu’elle nomme l’Urban Flourishing (floraison urbaine) Bon ben je me lance pour l’expérience d’Urban Flourishing. Kisses from Basel


Urban Flourishing - Isabel Lewis En tout cas, aujourd’hui, soit le 13 juin, je viens de vivre une belle introduction à ma série de happenings durant les quatre jours d’Art Basel à venir, en participant au projet Basilea porté par Isabel Lewis : je me suis retrouvée en binôme avec l’artiste pour vivre et expérimenter ce qu’elle appelle l’Urban Flourishing. C’est étonnant tout ce que j’ai pu ressentir et entendre les yeux fermés et protégée par Isabel. Je me suis surprise à chercher la lumière, à garder ce repère rassurant et réchauffant, j’ai pu observer aussi une fois l’exercice bien lancé que je cherchais à aller vers l’autre systématiquement, celui ou celle qui éternue, parle, tousse, traîne sa valise, le corps veut aller naturellement à la rencontre de l’autre, tout en gardant le contact rassurant avec la luminosité, la lumière, le soleil. Me forçant à aller vers l’ombre, soit sous l’architecture monumentale de la Messeplatz, j’avais besoin de me retourner systématiquement vers la lumière, comme pour me donner du courage. Lorsque j’ai à mon tour protégé Isabel, j’étais parfois comme une agente de police et parfois je dansais en écho à elle formant un contre-point suspendu à ses gestes. Je me suis vue jouir d’être là, je me suis étonnée de sourire autant. La joie ne se refrène pas. Et demain, dans quel état serai-je lorsqu’en La Galeriste je pénètrerai Art Basel? Je me demande si je me sentirai aimée ou suspectée de quelques troubles psychiatriques quels qu’ils soient, et du coup si je ferai peur. D’ailleurs me verra-t-on? Me calculera-t-on? Probablement plus que si je suis dans mon état banal. Vais-je conquérir des cœurs ou subir humiliations sur humiliations? Que je vous rassure, même dans le second cas, ce que je tirerai comme enseignement, et ce que je produirai comme œuvre performée par la suite sera d’autant plus fort. Bien sûr il est préférable de susciter l’intérêt, voire d’obtenir de nouveaux contacts professionnels qui me mèneraient, en workshops à New York, à Tokyo, à Punta del Este… Mais bon, en attendant je suis à Bâle en Suisse, je m’apprête à performer pendant quatre jours, et l’échec ne me fait pas peur, puisque je m’en nourris.


Miroir ridicule L’émergence de l’éventualité d’une éventuelle émergence dans le domaine artistique, inspirée par ces espèces de nanophénomènes qui te font entrevoir des possibles particulièrement jouissifs, ce temps-là, donc, de surexcitation boulimique, dédié à la fabrique d’un être victorieux, permet difficilement de laisser de la place à l’écriture. Car l’écriture même basique comme je la pratique nécessite du temps, non pas pour écrire et réécrire et ré-ré-réécrire mais plutôt pour laisser la place à l’esprit de se déployer et de composer de nouvelles pensées. « Je ne lâche rien et je ne lâcherai rien », cela je le dis tout le temps, et maintenant je l’écris pour ne pas laisser de place au doute et à l’essoufflement. Il faut me voir courir les vernissages, tenter de m’incruster à une after, visiter les foires et bientôt performer dedans, rentrer à la maison, raconter mes enthousiasmes par rapport à la résidence d’artiste Transitus en cours à Toulouse, solliciter des retours critiques quant à ce que j’ai produit, repartir pour un vernissage, revenir, postuler à tel appel, ou tel autre prix, mettre à jour le site, le CV, puis repartir. Je viens d’arriver à Muttenz, pour Art Basel et je me dois de programmer mes prochains jours à l’heure près, car je vais essayer de participer à un grand nombre de conférences, rejouer mes personnages tout au long d’art Basel, participer à la performance d’Isabel Lewis, et me filmer ponctuellement via Facebook live. Muttenz est une jolie ville, propre, calme, qui sent la vache puissamment. Demain j’ai une mega grosse journée, je ne sais pas comment je vais faire pour tout faire. Les cinq prochains jours s’annoncent intenses et ce qui est étrange, c’est que la visualisation des plages horaires de 11h à 17h dédiées à la performance personnelle dans les allées d’Art Basel, m’apparaissent comme des moments de repos et de plénitude absolues. Car je sais que ces moments-là seront faits d’une multitude de plaisirs physiques et intellectuels aux différentes formes. Choquer une jeune bourge, l’entendre ruminer quelque chose à mon passage, faire rire une vieille celle-ci non engoncée dans sa bourgeoisie, faire surgir des postures en écho aux miennes créant ainsi une chorégraphie unique avec un ou plusieurs individus, susciter la curiosité et peut-être de nouvelles rencontres qui pourront m’offrir du travail où que ce soit dans le monde.


Vision d’un moi, modifié en La Galeriste, singeant des visiteurs horripilants de prétention, jouissance totale d’être leur miroir outrancier et comique. Je me souviens d’une situation à Art Basel Miami Beach en 2012, où les jeunes loups d’une galerie parisienne étaient hautains au point d’atteindre une sorte d’autisme de caste. Ils étaient beaux et pourtant c’est le laid et le vulgaire qui l’emportent quand je repense à cette situation. Et bien lorsque je me retrouverai en présence de telles postures autoritaires, mon plaisir sera d’être leur miroir ridicule.


Et puis j’ai eu mal aux pieds Comment s’est passée ma journée de performance en La Galeriste à Art Basel? Intéressante. Certes je pense que je n’ai pas poussé le bouchon assez loin sauf par courtes phases. Un bel homme, canado-italien d’environ trente ans, élégamment vêtu, bien mieux épilé que moi m’a interpellée et m’a longuement félicitée. Je lui ai donné un billet et on a fait un selfie vidéo sur du rap que je nommerais californien, je n’y connais rien mais cela m’évoquait un son dans une grosse américaine décapotable, sillonnant le bord d’océan californien (donc). Ce beau mec, en tweed raffiné bleu, m’a donné une confiance à tout casser. Et puis j’ai eu mal aux pieds. Je crois que demain je ne vais pas du tout filmer, je vais plutôt être à l’affût de l’autre potentiellement promoteur de mon travail, car je trouve particulièrement intéressant que ce soit l’autre qui me révèle en tant qu’œuvre. Laisser la place à cet autre curieux, me sculpter. J’ai été photographiée, et j’ai joué avec ça, mais pas assez. Alors demain je serai totalement libérée de mon autofilmage, et du coup totalement dédiée à la création posturale. Le challenge sera de provoquer de nombreuses traces photographiques sans que moi je n’en produise. Je trouve cela d’autant plus intéressant et paradoxalement libérateur. Je vais être totalement dédiée à performer. Je me demande si je peux /// j’ai un flash - Je coupe : Il m’est arrivé comme horrible pensée ce jour qu’il était possible qu’il n’y ait pas pire mysogines qu’un certain nombre de femmes. Je ne suis pas sûre de ce que j’avance, mais dans la caste des bourgeois, la caste décideuse et surportrice d’artistes au travers des galeries à coup de 95000 dollars min, éventuellement mécènes, les hommes sont open et les femmes fermées, les hommes semblent prêts à se laisser porter sans préjuger de quoi que ce soit, de poésie, d’humour, or ces femmes ne semblent pas entendre. À moins qu’il y ait une façade qu’elles ne brisent pas facilement, comme pour se rassurer. Voilà une chose que je vais essayer d’observer plus finement aujourd’hui. /// Durant le workshop d’Isabel Lewis, de 17h à 19h, l’artiste m’a accueillie très chaleureusement en me reconnaissant derrière le masque de La Galeriste, par contre une des participantes, membre de l’équipe assistant l’artiste, m’a fixée du regard sans jamais sourire à mes sourires car je suis un être absolument inoffensif. Alors je me dis, suis-je bête elle regarde quelqu’un juste derrière moi. Je me retourne, rien. Elle continue à (me) fixer, je tourne la tête, toujours rien. Elle voit que je vois, je lui souris et elle reste morne, comme désolée de me voir.


Art Basel 14 juin 2018 / Diffusion via Facebook Live depuis Art Basel / La Galeriste à Art Basel La vidéo présente la transformation de moi (déjà maquillée) en La Galeriste ainsi qu’une session posturale face à l’œuvre de Lara Almarcegui (Pavillon d’Espagne - Biennale de Venise 2013) 15 juin 2018 / Diffusion via Facebook Live depuis Art Basel / L’artiste à l’international à Art Basel La vidéo en live du 15 juin présente : - l’arrivée au parking de Messeplatz - la transformation dans la voiture - une session posturale depuis le panier d’un vélo - une session posturale depuis l’œuvre de Lara Almarcegui Bon visionnage - les critiques sont les bienvenues - comme toujours 16 juin 2018 / Diffusion via Facebook Live depuis Art Basel / La Mécène à Art Basel Non mais did you understood? What happened? I was dancing in the Space of Kamel Mennour, i was performing as usual and (I love when women laugh) I heard a woman smiling so i gave her a bill and she said « wonderful » then another woman smiling with joy « amazing » then to the man sitting near... and he was there smiling, he was reclaming his bill he said anything like « it was great! Thank you! » and he took it. Always smiling. So i gave billets to the Kamel Mennour Crew! And himself! Isnt’it crazy? Je me fais une pause Ruinart, qui porte bien son nom, mais là franchement, trop d’émotions. I gave a bill to Kamel Mennour !!!!! 17 juin 2018 / Diffusion via Facebook Live depuis Art Basel / L’Agente de l’artiste Sophia El Mokhtar Performance à Art Basel (quatrième et dernier jour) Kisses from Basel


Gober une boîte de thon 23 juin 2018 Gober une boîte de thon à l’huile, avec du pain, ingurgiter du coca, et se préparer pour la big session de travail avec Valeria (14h à 17h). Amener du son, du bon gros RAP de meufs, un parasol, des peintures en bombe, des fringues à taguer, et autres accessoires... Puis de 17h à 18h : autre big session de travail avec Lassana, à moins que je ne fasse pas le poids face au match de foot Corée du Sud/Mexique... PS : forte probabilité pour qu’il y ait de la diffusion en direct ce jour, - de 15h à 17h environ (session GRAFF’ avec Valeria), - puis de 17h30 à 18h (tournage de la saynète de Lassana). Bons baisers depuis le cœur de l’Occitanie

24 juin 2018 / Diffusion via Facebook Live depuis le Foyer Transition à Toulouse / Oh Monde ! Poème et scénographie de Lassana Sissoko


Laboratoire des Arts de la Performance 30 juin 2018 En direct from La Plaine Saint Denis pour Croisière sur La Plaine. Performance collective avec Nour Awada dans le cadre du LAP (Laboratoire des Arts de la Performance) à Mains d’œuvres (Saint Ouen) July 2018, LAP, Paris Workshop with the LAP, Laboratoire des Arts de la Performance. This is a wonderful art project created by Nour Awada. I was invited by Groupe Vengeance, and the idea was that each artist propose a protocol around the art of Performance. It was really intense and quite passionating to be and work with artists with similar concerns. I have the chance to propose the workshop called Alter Ego. I will present soon this protocol and how the artists of the LAP took hold of my proposition. It was quite exciting and very moving for me to be the witness of such a good improvisation and involved artwork. 6 juillet 2018 / Diffusion via Facebook Live depuis Paris 19e/ Reenactment de la performance Cut Piece de Yoko Ono avec Siham Ayouch pour la Demolition Party, soirée d’inauguration des nouveaux locaux de l’Agence FRESH Architectures. (64 rue de Crimée, Paris 19e) * Demolition Party? Ben c’est une performance collective avec le LAP (Laboratoire des Arts de la Performance - projet porté par Nour Awada) Kisses from Paris


« Workation » 18 juillet 2018 En workation ! En workation que fait-on ? On « work » et on « vacation » en découvrant-savourant la musique Ai No Noi « être loin de la maison » 19 juillet 2018 Depuis 2015, des billets à mon effigie circulent de ma main -ou de mon poitrail- à autrui. Distribution d’environ 2000 billets. J’ai arrosé de billets la Région Occitanie depuis Carcassonne, en passant par Toulouse, et Montpellier. Puis il y a eu Paris, puis l’Italie (la Villa Médicis à Rome) et la Suisse (Art Basel à Bâle), puis re-Paris, puis re-Toulouse. Les retombées économiques et sociales de tels investissements, quant à mon entreprise personnelle Sophia El Mokhtar, seront d’autant plus importantes que je conserverai les traces des différentes éditions de ces billets dans les différents contextes d’apparition. Nota Bene : les billets sont susceptibles de prendre une valeur exponentielle le jour où l’émergence de l’artiste Sophia El Mokhtar sera officiellement advenue. Je conseille à quiconque détenteur-trice d’un de mes billets de le conserver un demi siècle à l’abri de la lumière et de l’humidité. D’envisager de me le faire signer avant que je ne décède, au détour d’une de mes expositions et/ou performances et/ou résidences d’artiste. En 2068, qui peut dire la valeur que cela aura, hein? À bon investisseur-euse, salut!


La théorie du « bite-à-bite » 29 juillet 2018 Superbe défilé « surprise » de Marianne Plo pour le vernissage du Festival 811 Vertiges Contemporains le 28 juillet à Duilhac-sous-Peyrepertuse. Voulant correctement écrire le nom du village, le titre précis du Festival, et les noms des cinq artistes sélectionnés par Lieu Commun, je cliquai sur le 1er article. Les artistes participant à ce premier festival 811 sont au nombre de cinq, il y a donc Marianne Plo et Katrine Ardit qui présentent des œuvres in situ, spécialement créées pour le festival et trois autres artistes mâles que je m’abstiendrai de citer, non pas que je ne les aimasse pas bien au contraire, mais c’est une réaction viscérale poussée à son paroxysme par un article de La Dépêche daté du 28 juillet au matin (et dire qu’on a les idées claires à ce moment-là de la journée) qui, pour une raison basée probablement sur ma théorie du « bite à bite », omet de citer les deux artistes femmes, car ce journaliste pense le monde qu’à partir de lui-même en tant qu’il est uniquement comme lui, soit mâle.

*La théorie du « bite-à-bite » est souvent évoquée dans mes PI : www.paysagesintetieurs.com


Gagner en Praesens 6 août 2018 Workshop de Danse avec talons de Julia Zac aux Halles de la Cartoucherie, à Toulouse. C’est donc en Agente de l’Artiste Sophia El Mokhtar que j’ai participé à cet atelier de danse. C’est beau de voir marcher des femmes et des hommes en talons, je pourrais passer des heures à regarder. Grâce à ma participation au LAP de Nour Awada, à Paris en juillet, j’ai pu expérimenter un truc très perso entre autres choses expérimentées plus fondamentales, celle de voir si, grâce à toutes mes performances publiques en Occitanie, Paris, Île de France, Bâle, Rome, j’avais appris de mes personnages puissants et charismatiques au point d’avoir gagné en praesens. Dans mes sensations, lors des workshops filmés et photographiés au LAP, j’avais l’impression que oui ! Or, pas du tout ! Témoins photographiques et vidéos à l’appui. C’est en mollusque que j’apparais au monde, encore et toujours. Mon corps me trompe, mon corps me ment. Il me fait croire en un moi qui n’existe pas. Mon état normal ne permet pas d’exprimer tout ce qu’il y a en moi. Sans les artifices je demeure un individu insipide, flasque et mou, un être trop discret à mon goût, qui se contente d’un coin de salle sombre, de croûtes voire miettes de pain sec, d’un peu d’eau. Que surtout on ne me regardât pas, que surtout je ne fisse pas trop de bruit, que surtout je ne perturbasse pas, que je ne dérangeasse pas, que je ne troublasse pas, que je ne me misse pas en avant… Alors que le fond de moi bouillonne ! Je ne peux décemment pas mettre en sourdine ce qui gronde. L’Agente de l’Artiste Sophia El Mokhtar me permettra d’atteindre le Nirvana ce jour, d’avoir l’ancrage au sol d’une lionne, de pouvoir regarder chaque personne dans les yeux, de sembler mener un combat contre tout, d’ « être » vraiment. Et l’on y revient systématiquement, du faux pour atteindre le vrai, je trouve cela tellement paradoxal, que je ne me lasse pas de l’écrire. L’illusion pour atteindre le monde des Idées. Oh Yeah !


Performer à Paris 27 août 2018 Ready to work for Julie Meilleur Je vais performer dans Mascaparade, performance de Julie Meilleur en résidence aux Grands Voisins à Paris : le 5 septembre à 20h30. 1er septembre 2018 Hashtag la résidence de Julie Meilleur aux Grands Voisins - Hashtag à Paris Hashtag ça bosse dur - Hashtag je marche 13km/jour parce que je le veux et que j’aime ça - Hashtag chuis à fond - Hashtag je kiff grave - Hashtag si tu savais ce que l’on vit - Hashtag vive l’art et les expérimentations - Hashtag viens le 5 septembre à 20h30 aux Grands Voisins il y aura de la division cellulaire, des chevaux, des Mammamouchis, des Madonnes, du folklore, du tunning, des Têtes Cacahuètes, de la danse, du théâtre, des effets spéciaux Hashtag générosité - Hashtag unique! Kisses from Les Grands Voisins, Paris 5 septembre 2018 H-0,5 Cour oratoire des Grands Voisins Mascaparade de Julie Meilleur 11 jours d’une intensité jouissive, aussi bien pour l’esprit que pour le corps. Du rire. Et nos corps dansant et suant à torrent. Que vive longtemps en moi le doux souvenir de cette soirée étonnante, où j’aurais été un Cheval Mammamouchi, danseuse folklorique, Impresario clownesque et Madonna. Grazie mille a Julie Meilleur della commedia francese, della Costa Azzurra. 6 septembre 2018 Performance « Give me my eggs » à la Galerie L’Officine Au 4 rue des Maronites, Paris 20e Mon panel de dents est prêt! Performance possiblement diffusée via facebooklive aux alentours de 19h30 Nos objectifs à Gabrielle Lerendu et moi-même seront de convoquer les déesses du dégueulasse, alors écrit comme ça à 3/4 d’heure du début de la perf’ on se dit que c’est très audacieux, mais il faut mettre la barre haute! Kisses from la Capitale!


Lâchage de nous Faudrait qu’on se fasse des actions à la con De type tu vois le genre C’est la nuit, y’a que des mecs à cet endroit Du coup on dirait que la rue elle appartient qu’à eux Surtout qu’ils te le font sentir Quand c’est des machos, Enfin tu vois le genre ! Ben voilà, quand y’a un lieu qu’on sait qu’il est comme ça On l’identifie et on le crame Alors on le crame comment Ben on prend un plan, on écrit “ici : machos qui font se sentir mal les meufs” Tu visualises? On entoure en rouge et on dit que de telle heure à telle heure “Place des Grandes Femmes” ben y’a que des hommes Alors on se réunit toutes, de 0 à 136 ans et on se fait un lâchage de nous Systématiquement, un peu comme une action limite militaire, Où t’as la cheffe qui a une expérience de dingue des actions Coups D’ Boul’ Et qui flaire direct quand il faut faire la “pilier de bar”, Pour coincer le mec tête de nœuds.


Relation tarifée Il est tard C’est la nuit Tu rentres de l’usine Tu te sens moche Ton corps te pèse Besoin de caresses T’as que cent balles Tu t’installes dans un bar Tu commandes un whisky Tu as chaud Et ce soir Tes besoins débordent Trop de frustration Faut que tu baises Celui-là fera l’affaire Tu lui demandes Combien pour un cuni ? Il est tôt Le ciel est bleu Ton employé de maison t’a servi Le petit déjeuner au lit Tu ne veux pas lire le journal Tu veux un beau mec T’hésites par rapport au planning Avant ou après le déjeuner Avec tes cadres dirigeant-e-s Venu-e-s de toute la France Pour le bilan annuel De ton entreprise Faut que tu te sentes forte Surpuissante pour les affronter Allô, Olivier est-il dispo? Prélèvement automatique Corps à corps torride Service professionnel habituel Tu seras la meilleure.

Un homme Pour un cuni Pour une péné Pour t’embrasser Pour te caresser Te dire qu’il a envie de toi Ou se taire Pour te sentir belle Pour gagner en puissance Pour être la Maîtresse du Monde C’est toi qui payes C’est toi qui décides.


Entrelacs flasques Assise dans un grand café-restaurant Piazza di San Silvestro que j’affectionne depuis ma dernière virée en mars à Rome car j’avais un peu renoué avec l’écriture, et que les serveurs sont des mâles, et ils ondulent parmi les tables avec un bon port de tête pour certains, enchaînant un demi-tour glissé sur demi-pointe talon bas, lever de la jambe libre-pointe, demi-rotation nette de la tête, bras souples et le plateau est devenu prolongation du bras gauche. Je vais donc essayer d’écrire. Je dis cela car je doute d’y parvenir. Je suis dans un tel état d’excitation depuis une année, que mon cerveau a trop de choses à penser pour parvenir à me trouver du travail et me faire connaître. De fait, se concentrer pour faire rire par l’écrit, et bien il n’y parvient pas. Je dois le rassurer, le mettre en condition avec un Spritz et des frites pour lui donner la première stimulation, mais cela ne marche plus. Il veut tout anticiper, me préparer à, me rappelle que le temps file, me scrute, il ne doute jamais, pas ésotérique pour un sous il laisse pourtant la place aux rêves porteurs de nouveaux projets. Je tente de capter une part de cerveau disponible, par une piqûre de rappel des plaisirs d’écriture à Miami Beach, New York, Venise, Paris, Saint Hilaire (village audois du commencement). Et malgré ces souvenirs de grandes joies, de rires délicieux, mon cerveau semble ailleurs comme cristallisé dans une unique volonté : mon émergence. Il se dit que c’est possible, et donc il ne cesse de calculer l’âge que j’aurais dans deux ans, dans quatre ans, que définitivement il n’y a pas le temps d’enfanter, qu’il n’y a pas de temps à perdre, il me fait voir des courbes, des chiffres, des objectifs, il me décerne des trophées lorsque je le surprend, mais il me demande de réagir urgemment, de trouver une stratégie de compensation mentale lorsque ma débilité a pris le dessus sur mon intelligence lors d’un échange calamiteux. Alors il ne peut pas me faire écrire, non pas que je sois sous son commandement, je ne suis pas soumise à mon cerveau, mais enfin pendant qu’il pense aux stratégies d’émergence, il ne sait pas me laisser de place en ces entrelacs flasques, pour mon travail d’écriture.


Les performances, cela ne le perturbe pas, non pas qu’il ne faille pas de l’esprit pour performer (et faire rire) mais le corps a désormais acquis une intelligence autonome qui jusqu’à ce jour ne m’a pas fait défaut, j’entrevois même que ce corps jubile de donner des leçons à l’engoncé cervelet. Mais le cerveau est intelligent, il se nourrit de la joie d’exploration du corps et salue souvent ses exploits pendant que ce corps ricane, en vivant pleinement les douceurs piquantes des choses de la vie. Comme il est question de lui dans ce texte, il daigne me laisser du temps pour écrire. Mais qu’en sera-t-il lorsque, attablée je tenterai d’écrire sur tel cul, telles postures sociales ou sur mes propres sensations? Ô, cerveau je t’en conjure Laisse du temps pour l’écriture Ô, tas de nœuds gélatineux Prépare un terrain glorieux Â, ton image et celle du corps Pour l’émergence d’une œuvre d’or Ê, remémores-toi les jouissances Avant que de ne penser puissance Ô, Capitole de mon territoire La Sagesse de l’Élue s’écrira en lettres capitales.


Tous les chemins - maritimes - mènent à Rome ! 26 septembre 2018 Gondolier Ciao Ciao Bambina Buenas noches mi amor Cançons de Dalida en el camí cap a Barcelona Bona nit els meus amics! Bons petits de Catalunya

27 septembre 2018 Civitavecchia, arrivo!

30 septembre 2018 Hey! Di nuovo nei miei « Paesaggi Interiori » con il Testo 220 - entrelacs flasques (intreccio flaccidi) Baci da Roma, la città dal cuore caldo.


Des êtres pénétrants C’est encore au café-restaurant de la Piazza di San Silvestro, en observant lo spettacolo d’arte di questi uomini, que j’ai réalisé que je suis un homme italien dans mes performances. C’est à dire à la fois “rentre dedans” et “ondulant”, à la fois “brutal” et “charnel”, “pénétrant” et “suspendu aux regards”, “grossier” et “raffiné”, “soumis à son genre” et “interprète d’une danse personnelle”, “esclave” et “créateur”. J’ai toujours pensé plus ou moins consciemment que notre enjeu, à nous les femmes, pour être véritablement au monde, reposait sur notre capacité à nous visualiser comme des êtres pénétrants ; se voir soi-même en capacité de pénétrer des gens et des lieux, d’imposer sa présence, cela ne veut pas dire écraser l’autre par une posture hautaine (que nenni!) mais plutôt se visualiser comme des êtres bien là, et un peu au-delà du “là”. À mort, la discrétion! Et vive, la pointe de vulgarité! Et je reviens sur la notion de marquage de territoire, pisser dans l’espace public étant, non pas un désir personnel mais un objet conceptuel aidant à la visualisation, plutôt parfait : sois ce chien qui pisse partout pour que les autres sachent qu’il existe, marquons le territoire, envahissons-le, faisons-le déborder de nous, imposons-nous, pour raconter nos existences. C’est bien ce que je vois de moi lorsque je performe. Je me vois à chaque fois en conquérante de nouveaux espaces, en exploratrice de territoires réservés, pour cela la vulgarité est une alliée. Elle me rappelle qu’il faut pénétrer ardemment le monde sinon se cacher puis mourir.


Ces mecs-là, ça grommelle en trottant En étant dans la file d’attente pour le Festival Ō, Musica, Danza, Arte, en ce troisième soir je me souviens d’hier où un italien trapu d’environ trente ans et sa meuf, sont fièrement passés devant moi-même et deux italiens bien sympathiques qui m’ont fait croire un instant que j’étais romaine, même si nous parlions anglais. Deux bien beaux spécimens de la gente masculine soit dit en passant et très équilibrés, ils eurent pu être des potes dans quelque autre vie, quelque autre temps et quelque autre Capitale. Bref, ce lourdaud à la chevelure morte, nouée mollement en une queue sans style, nous a donc doublés, il avait d’abord fait mine de demander à la Teneuse de listes si il pouvait rentrer, elle lui avait rétorqué : - Avez vous une réservation ? - Non. - Donc, vous attendez. Et puis il était resté là, greffé de sa meuf, devant nous donc. L’idiot commençait à grommeler en se retournant vers mes nouveaux amis afin de répandre de l’animosité envers les teneuses des listes. Cela ne prit pas car, comme je vous le disais, mes nouveaux amis Sylvio et Giuseppe sont des êtres équilibrés et raffinés. Cet homme frustré et bouillant en lui, comme il doit lui arriver souvent au vu de sa forme en théière (aussi bien sa gueule que l’ensemble de son corps), a décidé de tenter auprès de l’autre Teneuse de listes. Elle lui aurait donné la même réponse si elle en avait eu le temps, car la précédente Teneuse de listes, affectée par les grognements qu’elle avait provoqués malgré elle, nous a réclamés ce monsieur : - Dove l’uomino? Je trouve cela regrettable de le traiter comme un Roi alors que c’est un brigand appuyé par sa frêle meuf, qui lui donnait des coups de menton pointu sur son épaule charnue, comme pour titiller encore plus son envie d’en découdre. Et bien, ce genre de mec ça obtient ce que ça veut et ça ne daigne pas remercier et en plus ça continue de râler ; ces mecs-là ça grommelle en trottant perpétuellement.


Pizza goût morve Et cette musique dissonante me donnait le tournis et le rire de cette femme comme un bombardier à deux détonations, et ce duo de femmes russes qui parlementaient sur tout et peut-être sur moi, ça forme un flot de paroles ininterrompues ponctuées de rires de crécelle, et ce serveur édenté et cette pizza acide, j’ai l’impression que le cuisinier a craché dedans, d’un commun accord avec le serveur parce que j’ai pas voulu de son eau en bouteille (j’ai bien vu qu’il a fait la moue) et ce jeune couple mou titubant avec un bébé fille aux longs cheveux bruns dans les bras du mec, et ce vieux sri lankais soit trop alcoolisé soit éreinté par sa journée de vingt heures qui ne parvient pas à ouvrir la monumentale porte, et ce très grand cinéma porno qui jouxte mon hôtel, et cette vision dégoulinante et suintante des sécrétions diverses, et mes grimaces au moment où j’écris, et cette italienne qui se dit que je suis frappée de disgrâce dans mon costard bleu et noir, et cette musique sortie du tréfonds d’un garage miteux, et ces cris aigus de femmes bientôt suivis de ceux d’hommes, tous les soirs ils s’aboient l’un l’autre et ce match de foot perpétuel qui résonne dans les rues de la ville, et cette rumeur moite, et ces lumières qui frappent nos visages comme on fouetterait des moustiques en plein vol, et ces airs fatigués des mâles à la peau suintant du gras, et ce faux gazon mille fois piétiné, mille fois souillé par les pluies rares mais brutales, et ce verre resté vide, et cette ambiance musicale dissonante devient séduisante à force, par excès de dégoût. Et cette ambulance hurlante qui ne sauvera personne ce soir, et je ne terminerai pas ma pizza goût morve et citron réunis. Post scriptum très perso et constat hachement que pour ceux qui me suivent au plus près et qui vibrent à chaque hochement pro : Mon cerveau est désormais apte à écrire à nouveau, ce soir je reconnais sa patte et je suis rassurée quant à mon prochain voyage aux states qui saura provoquer les diables je l’espère, et duquel je reviendrai avec au moins quelques textes.


De Rome à Paris 1er octobre 2018 La Bambina, nouveau personnage créé pour et à Rome, durant l’Evento O, Musica, Danza, Arte, filmé par Andrea. Les billets de La Bambina par terre ?! Tutto bene ! Au début j’avoue j’ai été choquée par le geste d’Andrea! Ma finalmente quésso qué quélqué billetti parterra, ma non fa valiori ! Vafenculo tutti ! Et che vive tutto typo d’arte ! Ô solé mio ! Et les poules seront bien gardées. PS : ce jeune sur la vidéo, Andrea, veut être directeur artistique mais il n’a pas fait d’étude dans ce sens! Il m’a dit que l’Italie c’est bizarre, que le Big problème en Italie c’est la mafia, toute l’Italie m’a-t-il dit en est rongée alors il envisage de quitter le pays pour les USA. Colpo al cuore, quand on pense à cette belle énergie, à ce dynamisme et cette apertura notamment via l’Evento Ō! Mais c’est que ce soir j’étais en transe mes amis sur le son de Mawimbi magnificat assolutamente magnificat! Pour quiconque voulant visiter Rome, je dis envisagez de venir en septembre/octobre le temps est magnifique, incroyable et en plus il y a l’Evento Ō et les Giovedi della Villa Medici : le dream quoi ! Baci di Roma per la ultima sera

6 octobre 2018 Ce soir je serai une Nébuleuse pour Océane Mériaux, ondulant et dansant sur la Place de l’Hôtel de Ville, pour La Nuit Blanche, à Paris !


Et on vous paye pour ça? Il faudra que je me souvienne longtemps de ce vieux et sa meuf, vieille France ; rances. Velours cottelé, parka de type chasse à cours, naturellement kaki, col en velours cottelé beige acquis en 1978 année de leur mariage et qu’ils portent même l’été, dès qu’ils sont de sortie - Bam ! - au son « d’un papa-une maman, bleu-rose, bleu-blanc-rouge, après la messe, se retrouver pour une marche des étriqués, serre tête velours vert, beau cheveu, laide intériorité, grande vulgarité. Une vulgarité non nourricière, une vulgarité mortifère qui, atteignant un tel paroxysme ne peut fournir la moindre inspiration créative. Avec eux, là, il y a cul de sac. Ça suinte la mort par chez eux, pas une once de vivacité de l’esprit, du pur « cadavéré ». Comme si, en imaginant que l’on représente l’Humanité comme un territoire comportant des infinités de routes, avec des directions multiples, menant à des villes de grandes mixités, culturellement riches, ou vers des villages pour se ressourcer ou sombrer dans la mélancolie ou encore rechercher sur tel monument aux morts le nom d’un arrière grand-oncle trucidé à 19 ans, avant de n’avoir pu connaître l’amour, ou la campagne pour gambader nus, ou la mer pour s’imaginer plus libres que la liberté elle-même, ou la montagne pour se palper maîtres et maîtresses de nos destinées, ou telle Cité Médiévale pour entendre ce que les siècles tentent de nous raconter, ou tel autre bâtiment industriel pour y danser, ou cette friche désaffectée hypnotisant les romantiques toujours à la recherche d’une terra incognita ; et puis il y a les culs de sacs. Ces endroits qui t’imposent de repartir vite, si tu restes là tu crèves, tu deviens aigri-e, méchant-e, tu souilles les potentialités de ton cerveau. C’est comme si tu sortais ton cerveau et que tu parvenais à isoler chaque boudinet le composant, et le garnissais avec un « bêtat-bloquant » qui empêche la circulation des idées, et donc l’apprentissage de nouveaux concepts pour penser encore plus loin ; la curiosité ce délicieux penchant des êtres les plus raffinés à mes yeux, ces deux vieux-là de la caste des aristo déchus en sont privés, enfin s’en sont volontairement privés, ils sont même je pense des militants de la non-curiosité. Ils rejettent tout ce qui ne leur ressemble pas. Je performais donc, pour la Nuit Blanche, précisément pour Océane Mériaux, elle-même invitée par Open Mode Festival de Paul Levrez, Place de l’Hôtel de Ville à Paris, en date du 6 octobre 2018 ; et aux alentours de 22h30, alors que nous avions reçu compliments divers et autres volontés de nous prendre en photos, nous traitant d’individus magnifiques, nous remerciant verbalement ou par des sourires et rires fort aimants ; donc vers 22h30 j’entendis leurs rires grinçants : « Et on vous paye pour ça? »


FAKA (pénétrer) 7 octobre 2018 FAKA : pénétrer ou occuper en langue zoulou FAKA est un duo de performers de Johannesburg, en Afrique du Sud. Parfait écho à mon « texte 221 : des êtres pénétrants » publié dans mes PI (http://paysagesinterieurs.com) Alors : « FAKA ! » 16 octobre 2018 Voilà un catalogue à l’image de son Festival, dont la directrice artistique, Simone Dompeyre, est une passionaria gourmande d’expérimental. Et lorsqu’elle s’engage, je veux dire que cette meuf si elle dit oui à ton travail, alors elle se mouille, elle y va quoi. J’avoue elle m’a scotchée. Belle expérience! Kisses from Paris

Texte de Simone Dompeyre, extrait du Catalogue Traverse Vidéo 2018 « Une certaine laideur délirante m’a toujours fascinée. Les choses qui sont perçues comme peu séduisantes et peu désirables me semblaient particulièrement intéressantes. Cela dit, je trouve ces choses réellement laides. » Cindy Sherman La formule « Clown en art » entraîne immanquablement une référence, celle du nom de Ugo Rondinone, puisque, dès 1996, il en convoque la gure dans Where Do We Go From Here, où quatre d’entre eux, loin de tenir leur rôle d’amuseur, s’agitent dans leur sommeil à même le sol de la galerie d‘exposition. Très récemment, en octobre 2017, ce sont quarante cinq sculptures, en taille humaine, de clowns dans des activités ou manières d’être du quotidien aussi bien cuisiner que lire, dormir/ rêver que bailler. Leur visage identiquement maquillé de blanc n’occulte pas qu’ils sont originaires des divers types raciaux africain, asiatique, caucasien... en habits très colorés, ils ne sécrètent pourtant pas la joie attendue d’eux. Boltanski, quant à lui, a pris en modèle, pour Portrait de l’artiste-Boltanski-en clown -titre programmatique- l’artiste de cabaret Karl Valentin -1882-1948- dont les sketches absurdes se souvenaient du dadaïsme pour questionner la condition humaine jugée dérisoire.


Deux œuvres, trois artistes masculins. Le clown est marque du masculin, alors que ne s’autorisaient à la femme ni la grimace ni les contorsions autres que sensuelles. Le clown est preuve de cette distinction régnante des possibilités accordées selon le « genre : sois belle et tais-toi. » Cependant, après Orlan qui renversa le protocole et les motivations de la chirurgie esthétique, elle investit, en dirigeant une suite d’opérations faites à son propre corps, l’histoire de l’art. En empruntant ces icônes, elle démontrait la force des modèles, des prototypes esthétiques ce qu’elle continua en recourant au numérique pour ses portraits photographiques, en image jamais achevée dont elle se veut maîtresse. Après Cindy Sherman qui empruntant les codes du grotesque allait dans le sens du clown... Cindy Sherman en preuve par l’absurde, de l’emprise des canons de la beauté féminine, les contrarie ; elle s’affuble d’accessoires qui les écrasent fausses dents comme cicatrices voire déformation de parties du corps ou enlaidit son visage en grimaçant ou son corps en prenant des poses le désavantageant. Désormais des performeuses, outre des humoristes en one-woman show, s’engagent plus nombreuses dans cette transgression de l’activité réservée à un « genre » ; qu’elles y accentuent les stéréotypes de la féminité ou inventent des personnages de remise en question dans des attitudes de refus de cette « bienséance ». Elles se font paroles en acte et en corps et dans la dissonance. La femme en clown joue à être femme, selon les normes édictées, qu’elle et son corps s’y conforment ou explicitement, n’y parviennent pas. Elle joue le corps grotesque, se travestit plus qu’elle ne s’habille, en vêtements « discordants » de couleurs fluo, avec une coiffure trop bien peignée et laquée voire une perruque visible ou franchement en désordre, avec sur le corps des épaisseurs ajoutées, autant d’inversions de l’esthétique normée. Sophia El Mokhtar emprunte cette voie, elle sur-joue, en posture caricaturale, grotesque des comportements féminins ; cependant elle redouble l’exhibition des stéréotypes en y assemblant le critère social. Ses propositions incluent des professions « réservées » jusque-là comme – et si éloignées pourtant« madame pipi » ou « patineuse ». Depuis peu partagées avec le changement de la désignation du métier, lorsqu’elle passa de « femme de ménage » à « technicienne de surface ». Non acceptée, dans le domaine de la foi, de la croyance, de la direction de pensée en religion : la curé ; elle y garde exceptionnellement l’appellation au masculin tant le féminin serait dévastateur alors qu’elle réclame cette forme féminisée sachant que le sémantisme est porteur de l’idéologie voire la façonne. Le nom des métiers reconnaît en cette déclinaison la- restriction de la- place des femmes, leur implication sociale. Ainsi orthographie-t-elle les métiers tolérés, dans le siècle dernier, pour les femmes dans les sphères de l’art, avec le –e et le déterminant au féminin : la cheffe d’orchestre, la galeriste …


Les actions incitent à l’attention par le comique révélateur ou plaisir censément innocent. Elles ont été performées dans la cour d’un lycée, dans la rue, dans un cinéma, en écho avec chacun des lieux : la jeune artiste à l’international, la galeriste ou la jeune mécène. En pantomime, Sophia dénote le métier ; ses gestes comme son accoutrement le parodient. Cela conduit à une certaine autodérision puisque ils intègrent des métiers artistiques ou proches de l’art et dès lors de sa propre pratique. Elle ne se déplace pas sans sa valise malgré ses talons hauts, et ne se retourne pas vers les passants sauf si sa fonction le lui réclame pour leur tendre des billets de banque imprimés à son effigie/ métier. En filigrane, sans passer aux mots, elle dénonce la force de l’argent, dans le domaine artistique outre la relégation du féminin. « Ecce femina/ Voici la femme » plagie le « Ecce homo » attribué à Ponce Pilate, par L’Evangile selon St Jean, lorsqu’il présenta au peuple, Jésus ayant été battu et couronné d’épines, avant sa crucifixion. Avec ce titre, elle se risque à la réaction de ceux qui lisent ; censée être plus virulente que celle amusée ou dédaigneuse de la rue qui ne verrait que le/la clown. Elle touche la religion pilier de sociétés… ou lecture antagoniste et néanmoins complémentaire, elle invite la pensée nietzschéenne dont le dernier ouvrage porte en provocation cette formule comme titre. Le philosophe y attaque la morale chrétienne qui englue la civilisation. Il l’écrit en autobiographie non pour que se connaisse sa personne personnelle, ni que se distingue un moi rationnel mais en auto-exposition de sa pensée comme acte corporel, puisqu’elle ne peut se développer sans précisément le corps. Il n’y suit pas les modes de clarté attendue mais leur préfère le biais, le décalé, la parodie, très sciemment, il s’y dit le clown de la pensée : « peut-être suis-je un pitre ». Ecce femina n’a sans doute pas la prétention de faire ouvrir les ouvrages philosophiques mais ce syntagme n’est pas plus innocent que l’option de la clown féminine en terrain artistique, renversant l’attente du spectacle pour enfants. Elle le sait, pour preuve, elle opte pour l’hapax quand elle désigne diversement, en plusieurs formulations son travail comme « autroportrait/ autre-au-portrait (ou autres-aux-portraits)». Elle le dit en jeu de mots, elle le fait en figures du comique. Castigat ridendo mores: Elle corrige les moeurs en riant, cet aphorisme du XVIIème siècle, connu pour sa reprise par Molière- quand « elle » remplaçait « la comédie »- s’attribue aisément à cette vague de femmes clowns qui exhibe en ridicule et risible, cette distinction que d’aucuns défendent comme voulue par un Dieu, que d’autres disent «naturelle» et biologique, à seule fin de garder la domination d’un masculin fantasmé sur un féminin fantasmé.


Les mœurs sont culturelles. Elles se font, elles peuvent se défaire en défaisant les images qu’elles ont essaimées en pensées obligatoires. Le « Les femmes (ont été) élevées comme des saintes et traitées comme des pouliches.» de Georges Sand avec un humour noir assuré, attaquait cette discrimination. Georges Sand, qui, sous son pseudonyme écrivit, participa au politique et sinon accessoirement, en pionnière s’habillait en homme, c’était au XIXème siècle. L’artiste dit : « Dans mon travail qui s’articule autour de la performance, de l’écriture, et de la céramique, je construis et je raconte des histoires. Il y a au départ une volonté de passer les barrières des convenances, du savoir vivre ou du savoir parler. Avec empathie et autodérision, je me moque de certains codes sociaux, fascinée par les postures d’autorité. J’aime m’imaginer dans d’autres vies. J’aime me voir en « d’autres » au travers des photos et des vidéos. J’aime être moi, au travers d’une autre. Les différents personnages actués dans mes performances ou évoqués dans mes textessont inspirés de situations vécues, réinterprétés de façon grotesque. Les objets que je réalise en céramique, tissus, aluminium ou en plâtre sont souvent produits en réaction à quelque chose ; par exemple subitement enragée par une petite phrase sexiste je crée « le plâtre c’est comme une femme » (2014) qui est aussi bien une sculpture qu’un texte. Ce que je produis forme un ensemble centré sur la performance telle une tactique d’insertion dans le monde, à travers laquelle je suis maîtresse du jeu. » Pour ce faire, son travail inclut d’autres médiums et temporalités que l’éphémère action du corps. Diffusée sur internet via facebook-live, elle crée une figure par performance qu’elle décline en vidéo, polaroïd, autroportrait, texte, et objet en terre, ou sur dessin, peinture, tissus, carton… Simone Dompeyre Directrice artistique du Festival Traverse Vidéo Avril 2018



Dolce Occitania 31 octobre 2018 Hey trop cool ! Good News ! Heureusement que j’ai tardé à lancer l’impression de mon livre Transitus, hésitant sur sa forme finale car je viens de recevoir un courrier de Carole Delga, Présidente de la Région Occitanie m’informant qu’une Commission s’était réunie début octobre, et m’avait attribué la subvention que j’avais demandée dans le cadre d’un appel d’Aide à l’Édition de livres d’artistes. Cette aide tombe à pic et me permet de ne pas autofinancer Transitus. La Bambina dit Grazie Dolce Occitania, e aggiunge anche che l’artista sta lavorando molto e lei non lascerà andare ; La Mécène met plus d’argent sur ma tête ; La Galeriste «Vogue» autour de moi. Avanti ! Warm Kisses with Occitanie beating in my heart! 18 novembre 2018 À la reconquête de La Chapelle Saint Gimer! Deux mois de boulot façon bulot, fourmi, chèvre, braconnière, braqueuse, Star du cinéma italien, laide, chanteuse, yukuléléeuse, vulgaire, plantureuse, fumeuse de cigares, actrice de théâtre pompeuse, danseuse, éditrice des billets de 11 dollars d’Occitanie, écrivaine, céramiste, caviste, Dieue, gueuse, bienfaitrice, grotesque, calculatrice, provocatrice, rappeuse, animale, bestiale, sale, divine, convaincante, trouble, persistante, saignante et trébuchante, vatefairefoutriste, raffinée, internationale, à mourir de rire, bête à pleurer, d’une intelligence rare, traumatisante, endurante, sobre, moche, animée, vivante, Cheffe, ouvrière, charmante, et drôle. Bons baisers de Carcassonne, cœur battant d’Occitanie! Sophia El Mokhtar alias La Bambina

Happening La Bambina à la FIAC Face à Wallpaper Marylin de Philippe Parreno (Gladstone Gallery) 18 octobre 2018 Crédit Photo : N.L.


Art Basel Miami Beach 8 décembre 2018 10:10 - 14:10 (20:10 en Fr.) Paris-Miami Vol Air France avec l’Airbus A380 Grande emozione to come back in Miami Beach 9 décembre 2018 H-2 ‘Tain ce que j’ai mal au bide, et mon cerveau ne voulant pas se projeter dans le futur proche de moi performant à Art Basel Miami Beach qu’il m’a fait laver mes chaussettes en laine bleue, y’a vachement une urgence de laver des chaussettes en laine à Miami Beach. Bref, H-2. Que va-t-il se passer aujourd’hui, aurais-je la force et la puissance requises pour à la fois poursuivre ma recherche (intention/corporel/ découverte/échec et/ou réussite entraînant de toutes façons du positif) et pénétrer ou aimer à croire le pénétrer le milieu? Dignité dans le grotesque, Chercheuse dans le burlesque, Véracité dans le geste, Férocité dans l’instant, Générosité dans le « Praesens ». Et de toutes façons : Castigat ridendo mores ! (Elle corrige les mœurs en riant) Kisses from Art Basel Miami Beach

Happening Marilyn à Art Basel Miami Beach Face à l’œuvre de Marcelo Moscheta à la SIM Galeria 9 décembre 2018 Crédit Photo : @neo.bc



Happening Marilyn à Art Basel Miami Beach Je suis dans un état de stress que je n’ai pas l’habitude d’avoir pour mes performances. J’ai développé ce stress au matin du 18 octobre 2018 avant de me jeter dans les bras de la FIAC. Pourtant, en juin à Art Basel en Suisse, je n’étais pas du tout stressée, j’étais en mode automatique, militaire, je me gare là, telle heure je fais ça, je me maquille dans la voit’, j’improvise de là à là, je fais du rentre dedans, je me démonte pas, je me filme… Mais là, j’angoisse, et je crains les imprévisibles choses, et si l’on ne m’aimait pas ici et surtout comment je vais réagir face à ce/ces grain/s de sable ; je sais pourtant que mes personnages me permettent de sortir systématiquement de situations délicates avec facilité, style et grandeur et même glamour (et j’apprends d’eux d’ailleurs pour ma vraie vie, dans mon véritable état en tant que moi j’utilise les stratégies instinctives-animales mises en place par mes personnages), mais suis-je vraiment en capacité de me sortir de quelque situation que ce soit? Et c’est ça qui me stresse, être confrontée à un événement auquel je n’ai pas pensé, et vis à vis duquel je réagirais mal et entraînerait ma déchéance professionnelle, alors que je n’ai même pas encore véritablement commencé. Alors il me faut songer au plaisir personnel que j’éprouve à me connecter aux autres par mes actions, me laisser aller absolument sans concession dans les joies du corporel dans tout ce que ce corps a intégré depuis l’enfance, à la joie que c’est de faire rire, de faire parler, de me faire photographier, de danser, de me mouvoir dans certains espaces qui ne veulent pas de « ça » ou « qui ne mangent pas de ce pain-là » ou que « le marché de l’art est une chose sérieuse et certainement pas un endroit pour les artistes », de me prendre pour une star de cinéma, de jouer un rôle, d’être moi-même au travers d’une autre, de rêver, de calculer, d’observer les autres au travers de mon masque, de transcender la sensation de liberté, vibrer, vivre. Me visualiser aussi en exploratrice d’un « territoire friqué », y entendre la critique et la fascination. Tiens je pourrais enfin écrire sur ça, la dualité entre fascination et répulsion du milieu des Foires Internationales d’Art Contemporain où se mêlent porcs et œuvres magistrales pointues qui font d’ores-et déjà sens ou feront sens dans un avenir plus ou moins proche. Bof, non. Je laisse cette réflexion pour plus tard.


Fichu grain de sable Et moi qui pensais ne pas avoir pensé à un pire qui pourrait m’arriver, genre expulsée direct ou prison-c’est impossible il y a tant d’amour à Miami Beach! Au vu des retours positifs des personnes croisées entre l’Hôtel et le Convention Center, cela s’annonce comme un jour « happené » sans encombre! /Walk-walk/ - Hi!- Hi!body check control-bag check control-ok good-have a nice day-Oh you look so good-I like all of you-Oh thank you my dear, I give you a special gift-Oh it’s amazing, thank you and enjoy Art Basel-thank you-walk-walkOh yes, Here I am Art Basel!!!! Roarrrrr Madam? Madam? MADAM! You mustn’t do your promotion here-what?-Don’t give cards-?-really? Ok I don’t give card /I lied of course/j’ai menti naturellement Voilà je viens de faire la rencontre du grain de sable, qui est une jeune femme blanche d’environ 34 ans, aux traits fins, jolie, sosie des femmes peintes par Alex Katz-cheveux raides châtains clairs-mais étant bornée et méchante et aigrie ce qui impacte son visage au niveau des yeux, à travers eux on sent l’étroitesse d’esprit - on l’a missionnée pour un truc et elle, elle veut aller au-delà, se disant peut-être qu’elle gagnera en grade, ou qu’elle sera félicitée pour avoir plus répondu au devoir qui lui a été demandé, derrière ses yeux y’a des fermetures éclair très serrées-à l’intérieur c’est un diable qui boue, si elle pouvait elle me brûlerait vive, mais elle n’en a pas le droit, donc sa façade corporelle la maintient en mode personnage de cire, même la sueur coule à l’intérieur d’elle-même. Enfin voilà, c’est une fasho quoi. /Walk-walk-walk/ Oh can I take a picture of you, please? Of course, you’re welcome! Wonderful! Thank you my dear! May I ask you please to send me your picture on my e-mail address? Yes of course I will do that! Oh Thank-y..-NO! don’t do that-NO- you mustn’t -Don’t do that! NO-So come…bla-bla-checking your bag-?-Hi-Hi-you look amazing! You’re fantastic-thank you…-COME! COME and get out-you mustn’t perform-it’s forbidden to do performance-Really? But it’s crazy, I don’t understand why-You must’nt do that, Performance is forbidden-Are you saying I can’t enter in the Art fair?-NO!Euh,… sorry I am French and I am not sure to understand what do you mean by « NO » : You mean I can’t enter? -NO!


Et elle et son bulot, sorte d’assistant mollusque greffé à elle pour hocher de la tête en fonction de ce qu’elle lui signifie, ce mec type petite-armoire-àglaces, sous l’emprise de sa supérieure, voit bien qu’il y a un truc d’abusé, mais bon un travail quand on en a un on fait tout pour le garder, même des trucs injustes. Fichu grain de sable, il a muté en rocher, là. I don’t understand I went recently in la FIAC in Paris, and before, I performed four days in Art Basel in Switzerland and I was totally free to do my performance and give bills! NO ! But it’s horrible! /Et je tournoie sur place façon Sarah Bernhardt, feignant le drame, genre je suis sur le Titanic et l’on m’apprend qu’il s’est pris un iceberg et que l’insubmersible est en train de couler. Que je prenne du plaisir dans l’injustice qui me frappe! Pendant ce temps c’est du béton que j’ai en face de moi, zéro réaction, juste des NO qui sortent - Et comme tout ça commence à m’amuser sérieusement (à l’intérieur de moi) je fais le choix de la radicalité : So if I can’t enter in the Art fair you have to give my money back. - NO! What? Are you saying that I can’t enter And I can’t have my money back? - NO! /Double tour sur moi-même, et je cherche des yeux compatissants, et je lève mon bras genre je vais m’évanouir - Oh le kiff, je te jure, c’est quoi ce foutage de gueule, je vais me les faire royal et un/e par un/e, ça faisait longtemps qu’on m’avait pas traitée comme ça, genre que je suis de la merde, ça me fait du bien de me rappeler tout ce par quoi je suis passée, mais aujourd’hui je suis armée des rencontres pro exceptionnelles et qui m’ont respectée, et c’est ce qui me donne confiance, de fait Marilyn tient son cap, tient bien la barre du Happening qui prend une saveur toute particulière à cet instant. Alors je regarde la meuf de la sécu et je lui dis que c’est horrible ce qui m’arrive, et je lui demande si elle trouve ça normal que je perde 60$-rien de sa gueule de béton ne sort- alors je me tourne vers son assistant-bulot non pas pour obtenir une réponse ou quelque signe de vie que ce soit, mais juste pour m’entraîner à parler anglais et me rappeler mes capacités théâtrales, jouer, faire du bruit, et des gestes, être vue, et si l’on m’expulse d’Art Basel Miami Beach et qu’en plus on ne me rembourse pas mes 60$ : je vous assure, on va m’entendre encore plus!


So I decided to play : Where it is written that I mustn’t do performance-...-NO-I want to read -how do we say (?) « lawyer text » which explain that it is forbidden to perform...-?-please I want to read the « lawyer text » where it is explained that I can’t perform and that I can’t have my money back? Sur ce, arrive un mec genre quoi voyons, le mec qui a créé fbk en plus tassé, 50cm en moins et plus charnu mais sans être gras. Il me salue, et demande à comprendre ce qui se passe, je lui dis que je suis horrifiée car on me refuse l’accès à Art BMB et que l’on ne me remboursera pas. - No Madam don’t worry of course you will enter, but you can’t performTrouvaille spontanée que je me réjouis d’exprimer aussitôt : - But I could walk!? - Of course you could walk- Oh thank you so much! I am so happy!


Hypnotiser l’adversaire J’aime l’aspect physique dans ce que j’entreprends, j’ai conscience qu’il me faudra être endurante, et je sais que je le suis, sauf si le corps me lâche. J’aime courir, partir en mission auto-décrétée, me donner des contraintes, m’imposer telle action, réfléchir à ce que je fais, et ce que je ne fais pas, envisager pour moi une vie hors normes, être perpétuellement surprise de mes propres actions et des rencontres engendrées, conquérir des cœurs et des esprits aussi éclectiques qu’il soit possible de concevoir, passer par la fenêtre quand la porte demeure close, passer par l’autre fenêtre si l’on m’a rejetée par la première, finalement ramper dans les égouts et pénétrer l’espace par le sous-sol, l’incrustation aura été plus longue mais insuffisante, alors s’infiltrer en mode liquide comme la pluie par le toit, mais l’isolation parfaite me fait disparaître dans la terre, le temps de me reconstituer et tenter enfin la meilleure des stratégies de pénétration, incruster le matériau humain en mimant une personnalité de pouvoir, me fondre en une autre puissante, m’empowerer, m’emparer des codes sociaux des personnes qui font autorité ou font eux-mêmes illusion, et par mimétisme, en y ajoutant l’auto-dérision et le glamour, hypnotiser l’adversaire! Peut-être y a-t-il un risque, c’est de m’hypnotiser moi-même et ne pas me rende compte que je me noie dans les yeux des gens qui semblent bien m’aimer.

11 décembre 2018 Mes amis la journée s’annonce ensoleillée à Miami Beach et j’ai des envies de Marilyn dans la piscine du Plymouth Hôtel... Warm Kisses from Miami Beach où il fait boum-boum vivre! Happening Marilyn dans la Piscine du Plymouth Hôtel Filmé via Facebook-live 11 décembre 2018 Miami Beach



Merci à Carole Delga, Ancienne Ministre, Présidente de la Région Occitanie qui a suivi ma demande de subvention pour ce livre. Le livre Transitus est financé par la Région Occitanie. au Conseil Départemental de la Haute Garonne pour le financement de la résidence d’artiste Transitus. à Monsieur Ludovic Grima, Directeur du Foyer Transition à Toulouse, qui a suivi le bon déroulement de la résidence d’artiste, à Monsieur Vincent Ladade, psychologue et référent culturel de la Résidence d’Artiste au Foyer Transition à Toulouse qui a rendu possible mon intervention au Foyer, à toute l’équipe d’Erasme MECS Transition, Cécile Aleman, Cécile Blondin, Daniel, Elodie, Julien, Martine, Yamina, Yassine, à tous les jeunes du Foyer Transition, et en particulier ceux avec lesquels j’ai eu le plaisir de travailler Marie-Amélie Bernhardt, Nicolas Boyer, Valeria Fedorova, Lassana Sissoko, Cherif, Chris, Ibrahim, Lylia, Moussa Yaté, Shofiul Alom, Siaka Sidibé, Siradio et Yaya.


www.sophiaelmokhtar.com Retrouvez les performances filmĂŠes de la RĂŠsidence Transitus sur ce blog : www.residence-transitus.tumblr.com/



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