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N° 30 • Automne 2010

> Spécial Venise

N CHEF-D’ŒUVRE EN PÉRIL N MARCO POLO ET ANTONIO VIVALDI NOUS INVITENT EN VÉNITIE

Rencontre PLAISIRS GOURMANDS PARTAGÉS AVEC CHANTAL THOMASS

Marathon ZANZIBAR LA PERLE VERTE DE L’OCÉAN INDIEN

Francophonie 42es ASSISES DE LA PRESSE FRANCOPHONE

Humanitaire HAÏTI, L’ESPOIR AU CŒUR DES RUINES

Voyage VERSAILLES LE RÊVE D’UN ROI


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Sommaire

Éditorial

N° 30 • Automne 2010 Venise Chef-d’œuvre en péril . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . P. 04 À l’écoute de Jean-Paul Monchau . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . P. 08 “Pou yon Ahiti nuovo” . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . P. 10 Les héros de Haïti . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . P. 14 Haïti L’espoir au cœur des ruines . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . P. 17 Parce qu’elle le vaut bien . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . P. 22 Lettre ouverte à Madame Christine Lagarde. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . P. 24 « Le chemin est long par les préceptes, court par les exemples » . . . . . . . P. 25 L’impôt des non résidents . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . P. 26 Les chiffres de la retraite 2010 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . P. 30 Vers un “open business model” de la valeur durable ? . . . . . . . . . . . . . . . . . P. 32 Les Français face au droit suisse . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . P. 34 L’histoire de la Francophonie. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . P. 38 42es Assises de la presse francophone . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . P. 41 Plus qu’une union, une âme. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . P. 43 Synthèse. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . P. 44 Zanzibar La perle verte de l’Océan Indien . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . P. 48 Les abeilles et le miel. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . P. 54 Marco Polo et Antonio Vivaldi nous invitent en Vénitie. . . . . . . . . . . . . . . . . . P. 58 Un été avec Katharine Hepburn. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . P. 70 Veneziano Stravaganza. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . P. 72 Une nuit en ville au temps d’Henry IV. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . P. 74 Hôtel national des Invalides et Musée de l’Armée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . P. 78 Les Bretons d’ici . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . P. 82 Hissez la voile ! . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . P. 84 Au Théâtre ce soir . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . P. 86 OMYP Opération “Port Durable” . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . P. 90 20e Cérémonie de Remise des prix de la Fondation Arditi. . . . . . . . . . . . . . . P. 94 Grand Prix littéraire Jean d’Ormesson 2010 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . P. 97 Exposition Vienne 1900 Une révolution artistique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . P. 98 “Nicolas II” par Henri Troyat . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . P. 102 Lycée Français Maurice Druon de Genève . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . P. 105 Le pays de la séduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . P. 106 Entretien avec Christian Vellas . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . P. 110 Versailles Le rêve d’un roi . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . P. 112 Plaisirs gourmands partagés avec Chantal Thomass . . . . . . . . . . . . . . . . . P. 119 Un viticulteur bourdicois amoureux du… Valais . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . P. 124 Gastronomie L’évolution au fil des âges. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . P. 128

Expatria Cum Patria Association nationale des Français établis hors de France - Loi 1901 Président-Fondateur : Serge Cyril Vinet Vice-Président : Jean-Jacques Poutrieux Secrétaire Général : Marie-Thérèse Clausen

Éditeur, Directeur de la Publication, Rédacteur en chef Serge Cyril Vinet Rédacteur en chef Adjoint Didier Assandri Éditorialiste Thierry Oppikofer Directeur de la Communication Victor Nahum Directeur du Comité de Rédaction Bernard Daudier Edito : Thierry Oppikofer Politique internationale : Antoine Frasseto À l’écoute de… : Pierre Olivièro Carte Blanche : Jacques-Michel Tondre J’aimerais vous dire : Serge Cyril Vinet France Monde Mobilité : Françoise Delagrave Conjoncture : Marie-Ange Andrieux Droit suisse : Patrick Blaser Francophonie : Gorges Gros, Jean Miot Sport & Tourisme : Patrick Blaser Santé prévention : Jean-Jacques Descamps Nostalgie : Samira Aguerguan Le billet de Dany : Dany Vinet Radioscopie : Joanna David-Mangin Voile : Coralie Masle-Callu Théâtre : Lorella Bertani Écologie : Victor Nahum Exposition : Corinne Charles Chronique littéraire : Dominique Ortiz Carnets de voyage : Kathereen Abhervé Rencontre : Anne-Marie Cattelain-Le Dû Écho du terroir romand : Alain Barrière Gastronomie : Jean-Jacques Poutrieux Régie publicitaire Daedalus Publi FM Imprimerie P.C.L. Lausanne Tirage : 80.000 exemplaires vérifié par attestation notariale

es hasards des vacances estivales m’ont amené à visiter brièvement deux pays de l’ancien Bloc de l’Est, la Roumanie et la Bulgarie. Les effets désastreux de la crise économique actuelle y sont plus visibles qu’ailThierry Oppikofer leurs, malgré l’aplomb que leur donne l’appartenance à l’Union européenne. L’héritage de l’absurde système collectiviste, générateur de misère, est encore bien tangible, avec ses dévastations sociales, culturelles et architecturales. Mais ce qui frappe, au-delà de la modestie des salaires, de la pauvreté et de l’exclusion de certaines minorités, ce sont deux éléments apparemment sans rapport l’un avec l’autre. D’abord, sur les plages de la Mer Noire comme dans les petits restaurants de Bucarest, la famille ne se compose pas de deux générations et d’un yorkshire, comme chez nous. Grands-parents, et parfois arrière-grands-parents, participent de la réalité quotidienne. Ensuite, dans les rues des capitales ou des villes de province, dans les sites touristiques comme dans les zones urbaines excentrées parfois si marquées par les alignements staliniens qu’on se croirait revenu trente ans en arrière, on ne ressent aucun sentiment d’insécurité. Passionnés de culture française et parfois francophones, les Bulgares et les Roumains nourrissent une image idyllique de nos pays. Pour ne pas la gâcher, nous ne leur avons pas parlé des voitures brûlées, des zones de non-droit, des risques d’une promenade au Jardin anglais et du danger mortel qu’il y aurait à refuser une cigarette à telle ou telle bande de jeunes. Passionnés de culture française et parfois francophones, les Bulgares et les Roumains nourrissent une image idyllique de nos pays. Pour ne pas la gâcher, nous ne leur avons pas parlé des voitures brûlées, des zones de non-droit, des risques d’une promenade au Jardin anglais et du danger mortel qu’il y aurait à refuser une cigarette à telle ou telle bande de jeunes. N

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Illusions orientales


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chef-d’œuvreenpéril

TANDIS QUE ROME, FORTE D’UN PASSÉ MULTIMILLÉNAIRE, FIÈREMENT CAMPÉE SUR LES VESTIGES DE SES TEMPLES ET SUR LES PARVIS DE SES BASILIQUES, SE PRÉVAUT À JUSTE RAISON DU BEAU NOM DE VILLE ETERNELLE, UNE AUTRE VILLE, NON MOINS ILLUSTRE, NON MOINS PARÉE DES PRESTIGES D’UN POUVOIR ANCIEN ET D’UNE BEAUTÉ IMMÉMORIALE, CETTE VILLE SE PRÉSENTE À NOS YEUX COMME UN CHEF-D’ŒUVRE EN GRAND PÉRIL : C’EST VENISE. AUCUN LIEU HABITÉ SUR LA PLANÈTE NE FIGURE MIEUX ET DE FAÇON PLUS SYMBOLIQUE CE QU’IL Y A DE FRAGILE, DE PÉRISSABLE, DE MENACÉ DANS LES CONSTRUCTIONS HUMAINES, AU GRÉ DES CHANGEMENTS QUI AFFECTENT LE MONDE CONTEMPORAIN… i le visiteur inspiré qui a gravi le campanile de San Giorgio Maggiore, à l’entrée du Bassin de Saint-Marc, peut se dire que de là-haut, treize siècles le contemplent, il songera aussi avec une indicible mélancolie que les Pyramides de Gizeh seront encore debout quand Venise, peut-être, aura été détruite ou dévastée. Deux périls en effet mettent en jeu aujourd’hui la survie de la Cité des Doges, qui, par un jeu de miroirs, la renvoient à son passé : bâtie sur des marécages, tapie au fond de sa lagune pour se protéger des dangers de l‘océan, cette ville qui avait fait de l’eau son rempart, c’est l’eau qui demain risque de l’engloutir. Ville-refuge où vint s’établir

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jadis un peuple de pêcheurs pour fuir les hordes d’Attila, ce sont désormais d’autres hordes qui l’envahissent, celles des touristes qui déferlent chaque jour par milliers, altèrent profondément son visage et la menacent d’étouffement. La menace que fait peser l’océan est bien connue, elle nourrit depuis longtemps les fantasmes littéraires, où Venise apparait sous les traits d’une nouvelle Atlantide, vouée à disparaître un jour sous les flots. Chaque année, les vues de la Place SaintMarc recouverte par l’acqua alta, celle des visiteurs marchant sur des tréteaux pour atteindre la Basilique, ont leur place dans les magazines. Elles suscitent un mélange de fascination et d’effroi, comme tous les dérèglements de la nature, aggravés ici par la peur de l’irréparable. Cette montée des eaux est liée à la géographie même de la cité, et elle a ponctué son histoire. Seulement, elle a gagné, au cours des dernières décennies, en fréquence et en amplitude. L’alarme a été


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Politique internationale sonnée en novembre 1966, où la conjonction inhabituelle de plusieurs phénomènes (une grande marée, un puissant vent du Sud et de fortes pluies) a causé “l’inondation du siècle” : une montée des eaux de presque deux mètres, des milliers d’habitations noyées, les mobiliers anciens flottant dans les rues à la dérive. On a pris soudain conscience des risques qui pesaient sur la Sérénissime ; partout, en Italie et dans le monde, les amoureux de la ville se sont émus et beaucoup se sont mobilisés. Des études ont été lancées pour analyser la menace et chercher les moyens d’y remédier. Défi lancé à la nature, prouesse architecturale unique au monde, Venise a été dressée sur de la boue, un sol instable formé d’argiles et de limons où l’on a planté des milliers de pieux tirés de forêts entières de chênes et de mélèzes, sur lesquels s’appuient les bâtiments

l’économie commerciale et industrielle de l’hinterland vénitien. La création, dans la première moitié du XXe siècle, d’une vaste zone industrielle à Marghera, à la lisière de la terre ferme, basée sur la métallurgie, la chimie et le raffinage pétrolier, puis la construction d’un nouveau port, ont bouleversé l’écologie de la lagune et ont eu sur le centre historique les effets les plus pervers. L’exploitation massive de la nappe phréatique pour couvrir les besoins en eau de l’industrie a causé l’abaissement du socle qui soutient la ville. Le creusement de profonds chenaux dans la lagune pour permettre l’accès de gros navires en a perturbé l’hydrographie. Enfin, dans la ville même, la Magistrature des Eaux, institution millénaire chargée de veiller au bon entretien des quelque 200 canaux, a relâché sa vigilance : faute d’être nettoyés régulièrement, les canaux s’envasent, contrariant la libre circulation des eaux. Que dire enfin de la pollution créée par l’industrie pétrolière et chimique, qui ronge le marbre des palais et la

(ne dit-on pas que la Basilique de la Salute repose à elle seule sur un million de pilotis ?). Or, on le sait, la cité lacustre s’enfonce lentement mais de manière jusqu’ici inexorable. Il suffit au visiteur pour s’en convaincre d’observer, depuis le pont du vaporetto qui le conduit dans les méandres du Grand Canal, l’eau qui bat au rez-de-chaussée des palais dont les marches sont verdies par la vase. Cet affaissement est dû à des changements multiples provoqués par la main des hommes. C’est d’abord l’élévation générale du niveau de la mer, conséquence du réchauffement climatique. De manière plus spécifique, ce sont les interventions menées au cours du dernier siècle pour développer

brique des campaniles ? Si une part de ces méfaits peut être combattue par l’action administrative ou les innovations techniques (en matière de pollution notamment), le péril majeur qui est la montée des eaux est à une toute autre échelle. Aux grands maux, les grands remèdes ! C’est ainsi qu’a vu le jour il y a près de vingt ans, au terme de multiples réflexions et débats d’experts, un ambitieux projet qui a reçu le nom de Moïse, Mose en italien, un acronyme qui désigne à la fois la figure biblique sauvée des eaux et le dispositif inventé pour préserver Venise de la noyade : Modulo Sperimentale Elettromeccanico. Projet audacieux à tous égards : par sa nouveauté technique d’abord. Puisque ce sont les grandes marées d’équinoxe, où à d’autres moments les colères de l’océan qui envahissent la lagune et submergent la cité, on va boucler par intermittences les entrées de la lagune, les trois passes, à Chioggia, à Malamocco et au Lido par où celle-ci communique avec la haute mer. Pour cela, on va installer un jeu de digues mobiles, des battants re-

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Politique internationale >> pliés par le fond qui se relèveront en cas de

besoin et agiront comme des portes. Ce dispositif ambitieux, totalement inédit, a fait l’objet d’une vive controverse. On lui a reproché un coût colossal, plus de quatre milliards d’euros, une conception hasardeuse, et les dangers selon certains auxquels il exposera les équilibres lagunaires. Pour beaucoup, il est inadapté à la menace, et ne résistera pas à l’élévation attendue du niveau des océans. Aprement combattu par les défenseurs de l‘environnement, Moïse est devenu, dans la dernière décennie, l’objet d’une confrontation politique. Les écologistes ont cherché des solutions alternatives, moins coûteuses, moins complexes et à leurs yeux moins risquées : fermeture de la lagune au trafic des gros navires, écrêtement des marées par le rétrécissement et la fermeture partielle des passes au moyen de bateaux-portes. Une équipe scientifique de l’Université de Padoue a imaginé de son côté l’injection dans le sous-sol vénitien d’énormes quantités d’eau de mer en vue de soulever, de 20 à 30 cm

en dix ans, le socle qui supporte la ville. Ces propositions plus ou moins réalistes sont restées sans suite. Dès 2003, le gouvernement de Silvio Berlusconi a donné le coup d’envoi au projet Mose, une décision confirmée trois ans plus tard par Romano Prodi. Un chantier pharaonique a été ouvert, le plus important lancé en Italie depuis longtemps : www.expatria-cum-patria.ch

3 000 ouvriers, une centaine de navires sont à l’œuvre. Les difficultés techniques de l’entreprise, conjuguées à la crise budgétaire qui secoue l’Italie, permettront-elles de conclure les travaux en 2014, après un report de deux ans ? On peut en douter. Et une fois achevé, le dispositif gardera sa charge d’incertitude sur sa réelle efficacité. Mais la Cité des Doges sauvée des eaux, pourra-t-on la sauver d’un autre péril, qui est la sclérose à laquelle elle est exposée par son destin touristique ? Celle-ci se lit d’abord

dans le déclin démographique. La ville historique, à son apogée l’une des plus peuplées d’Europe avec plus de 250 000 habitants, n’en comptait plus que 100 000 au milieu du XXe siècle. Aujourd’hui, il en reste à peine 60 000. Ce vieux corps malade se vide peu à peu de son sang. Il y a plus d’une raison à cet exode : dans les schémas de la vie moderne, asservis à la vitesse, à la commodité, à l’automobile, vivre à Venise est un anachronisme. Pour le visiteur d’un jour ou l’hôte d’une saison, c’est un sortilège. Mais pour l’homme d’affaires, le cadre pressé, c’est une gageure. Paradis des touristes, la ville peut devenir un enfer pour ses habitants : la vie y est coûteuse, le logement hors de prix en raison de la spéculation immobilière qui vide les habitations pour en faire des chambres d’hôtel ou les vendre à des étrangers; l’emploi est réduit désormais aux seuls besoins des touristes : restauration, hôtellerie, commerce de souvenirs, assurés par une main-d’œuvre qui est partie habiter sur la terre ferme. Pour un Vénitien, comment circuler dans les rues étroites comme des tranchées quand on marche à contresens des 80 000 touristes qui certains jours avancent en troupeaux derrière leur guide ? Comment accéder au vaporetto pris d’assaut par la troupe ? C’est la malédiction des lieux trop célèbres, trop vantés, trop visités. Les palais, cédés à de riches étrangers qui y sont seulement de passage, n’offrent plus aux regards, à la nuit tombée, que des façades sans lumières, aux volets clos. Les campi où, jadis, on faisait la conversation, où couraient les masques, sont aujourd’hui envahis

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Politique internationale ville est devenue l’un des hauts lieux de l’art contemporain. Avec ses 18 000 étudiants, l’Université, la Cà Foscari, est un lieu de référence dans les disciplines commerciales, mais aussi l’architecture, l’aménagement de l’espace, la gestion des biens culturels : des matières

où l’héritage et les vocations de la ville peuvent le plus naturellement s’affirmer. Tel est aujourd’hui le défi que pourrait relever la Sérénissime : plutôt que d’être uniquement une ville-musée ou pire encore une sorte de Disneyland qui a désormais son clône à Las Vegas, offrir au monde un modèle de ville à l’échelle humaine, ouverte à la marche à pied, à la conversation sur les places, à la convivialité, où la lenteur et la Beauté, si malmenées Antoine Frasseto dans le monde actuel, gardent toute leur vaANCIEN CONSUL leur et tout leur sens. Un modèle et un point GÉNÉRAL DE FRANCE À de réflexion et de débat pour le futur. N VENISE ET À TRIESTE

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fratana@wanadoo.fr

par les éventaires de marchands forains qui vendent la camelote importée du bout du monde ; les échoppes des artisans, les petits métiers, les commerces alimentaires ont cédé la place aux vendeurs de verroterie, de masques en carton-pâte et de gondoles en matière plastique. L’an passé, 21 millions de touristes ont foulé la place Saint-Marc, on en attend bientôt 25, 30 millions peutêtre, grâce aux Chinois qui s’ébrouent à travers le monde. La ville va-t-elle résister à une telle marée ? Les murs des palais vont-ils tenir contre le mouvement des vagues que créent les embarcations à moteur, malgré les limitations de vitesse qui leur sont imposées ? L’entretien de ce patrimoine, rongé par les agressions de la nature et de l’homme, cette maintenance coûte cher. Les subventions de l’Etat, la générosité des mécènes, la ferveur des associations de sauvegarde qui se démènent pour sauver les œuvres les plus menacées, tous ces efforts ne suffisent pas. Alors, nécessité faisant loi, il a fallu recourir à des sponsors, dont le soutien s’affiche parfois avec insolence, comme une marque de la “marchandisation” de la ville, à travers des panneaux publicitaires placardés au front des monuments. Mais ne cédons pas au “déclinisme”, à une compassion littéraire, à la nostalgie du temps passé. Le prestige artistique et culturel de Venise reste intact, son pouvoir de fascination demeure. Les grandes manifestations qui jalonnent son calendrier continuent d’attirer du beau monde : le cinéma, les arts plastiques, l’architecture y ont toujours leurs rendez-vous, incontournables, comme la musique qui enchante à nouveau les ors de la Fenice, relevée de ses cendres. Grâce à de grands mécènes où la France, avec François Pinault, tient maintenant le premier rang, la


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À l’écoute de… le strict respect de la légalité. Au total, sur près de 1100 enfants en procédure au 12 janvier 2010, 591 enfants ont ainsi eté transférés en France. En effet, soucieuse de respecter ses engagements internationaux et la souveraineté haïtienne, la France a souhaité que seuls les enfants légalement adoptés au regard de la loi haïtienne en vertu d'un jugement d'homologation, puissent être acheminés vers la France. Les procédures administratives de légalisation et de délivrance du passeport ont éte accélérées, avec l'accord des autorités haïtiennes.

Ambassadeur de France Chargé de l'Adoption internationale au Ministère des Affaires Etrangères & Européennes

Jean-Paul

> France Magazine : Lors du terrible séisme qui a frappé Haïti faisant plus de 200 000 victimes, vous avez été la cheville ouvrière de l'aide à l'adoption pour les familles françaises d'enfants haïtiens, évitant erreurs et quiproquos. Il semble que la mission ait été délicate. Quel jugement portez-vous sur l'action de la France ? Jean-Paul Monchau : Dès que l'ampleur du séisme a été connue, le Service de l'Adoption Internationale (SAI) du ministère des Affaires étrangères et européennes, avec le Centre de Crise du Quai d’Orsay et l'Ambassade à Port au Prince, s'est mobilisé entièrement pour Haïti. Il s'est agi de procéder à l'évacuation en urgence des enfants blessés, au transfert des enfants vers la France dans les meilleures conditions possibles, et à l'accélération des procédures d'adoption, dans www.expatria-cum-patria.ch

po.pegase@bluewin.ch

Monchau

Pierre Oliviéro CONSEILLER ÉLU À L'AFE

ANCIEN PRÉSIDENT DE LA PROTECTION DE L’ENFANCE ET DE LA MATERNELLE FRANÇAISE DE

GENÈVE

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> FM : Concernant Haïti, votre mission permet-elle actuellement de poursuivre l'adoption d'un nombre importante d’enfants haïtiens par des familles françaises. Un quota a-t-il été fixé ? Des aides spécifiques ont-elles été prévues ? J.-P. M. : Malgré la présence de 12 Organismes agréés français en Haïti, deux tiers des procédures engagées par des candidats français y étaient menées de manière individuelle, laissant les familles candidates à l'adoption totalement dépendantes des directrices de “crèches” (les orphelinats) qui détenaient les pièces du dossier, procédaient à l'attribution d'un enfant, sollicitaient ensuite le consentement à adoption des parents biologiques et imposaient leurs conditions financières... Les procédures, initiées avant le séisme pour 445 autres enfants, se poursuivent dans le cadre de la reprise des activités des institutions haïtiennes. A cette fin, le SAI a débloqué des crédits de coopération afin de remettre en état le bâtiment de l'Institut du Bien-Etre Social (IBESR), autorité centrale pour l'adoption internationale en Haïti et de doter le Tribunal Civil de Port-au-Prince de matériel informatique et logistique destiné à assurer son bon fonctionnement. Le dépôt de tout nouveau dossier, en revanche, n'est désormais concevable que dans un cadre légal rénové et sécurisé afin de répondre à l'éthique de la Convention de La Haye de 1993 et à l'intérêt supérieur des enfants, l'adoption étant, avant tout, une mesure de protection de l'enfance privée de famille. Le ministère des affaires étrangères et européennes étudie donc, en liaison avec les autorités haïtiennes, les possibilités de réformer ce cadre afin de pouvoir, dans les meilleurs délais, reprendre les adoptions. L'Assemblée nationale haïtienne a, dans ce


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À l’écoute de… sens, en mai 2010, voté une loi qui a pour effet notamment de prohiber l'adoption individuelle et de mieux encadrer le processus d'adoption, noamment au moyen d'enquêtes sociales… Cette loi doit encore être approuvée par le Sénat puis promulguée. > FM : En dehors d'Haïti, est-il possible d'obtenir le chiffre annuel des adoptions “internationales” par des familles françaises ? J.-P. M. : Le nombre de candidats français à l'adoption, plus de 25 000, au regard du nombre d'adoptions réalisées en France (environ 800 par an) et à l'étranger (3 à 4 000 par an) montre l'impossibilité mathématique de satisfaire le désir d'enfant de chacun. Pourtant, la France est le troisième pays d'accueil dans le monde pour le nombre d'adoptions internationales. Dans ce contexte, on ne peut que constater que le nombre des enfants étrangers adoptés par des familles françaises depuis 2006 ne cesse de décroître : 2006 : 3985 ; 2007 : 3166 ; 2008 : 3271 ; 2009 : 3017 Cette diminution est constatée aussi dans les autres grands pays d'accueil des enfants : Etats-Unis (-27%), Italie (-15%), Espagne... et correspond à un phénomène de contraction de l' adoption internationale dû à la mise en place de politiques familiales et au développement de l'adoption nationale dans plusieurs pays émergents, autrefois importants pays d'origine des enfants adoptés en France. Ainsi, les Brésiliens, les Coréens, les Chinois, les Vietnamiens, par exemple, sont mieux armés pour éviter les abandons d'enfants et, si nécessaire, sont désormais en mesure d'adopter un grand nombre de leurs enfants privés de famille... > FM : Existe-t-il une priorité et des critères précis concernant les pays d'origine, l’âge, la formation, la langue des enfants adoptés ? J.-P. M. : Les familles françaises adoptent dans plus de 70 pays différents mais 81% des adoptions internationales sont realisées dans 10 pays : Haïti, Ethiopie, Vietnam, Russie, Colombie, Mali, Chine, Cameroun, Côte d'Ivoire, Brésil. Les zones Amérique et Afrique, avec 33% respectivement, emportent la palme des adoptions, notamment en raison du fort nombre d'adoptions réalisé en Haïti et Ethiopie ; puis la zone Asie avec 18% et, enfin, l'Europe (pays d'Europe de l'Est et Russie surtout) avec 16%.

> FM : Quel a été votre rôle dans la mise en œuvre de la réforme de l'adoption internationale ? J.-P. M. : Le Président de la République m’a nommé Ambassadeur chargé de l’Adoption internationale en juin 2008, et chargé de la mise en œuvre de la réforme de l’adoption internationale, à la suite de la publication du Rapport de M. Jean-Marie Colombani. Cette mission de réforme qui m’a été confiée avait pour objectif, non pas de “faire du chiffre”, mais bien de rendre le dispositif de l’adoption internationale plus lisible et de permettre aux familles d’adopter dans des conditions davantage sécuridées et accompagnées. Adopter mieux, en quelque sorte. De façon très concrète, la réforme s'est concrétisée par la création d'une autorité centrale forte, le Service de l'Adoption Internationale (SAI), implanté au ministère des affaires étrangères et européennes et dotée de 23 agents (diplomates, magistrats, médecin, agents des affaires sociales ). Cette structure, que je dirige, assure donc désormais le pilotage et la coordination du dispositif français de l'adoption internationale. La réforme a ensuite consisté à définir une stratégie pour l'adoption internationale, adaptée à chaque pays. En effet, chaque pays d'origine des enfants présente des particularités juridiques, institutionnelles, adSur près de 1100 ministratives auxquelles nous devons nous adapter, au regard de la souveraineté des enfants en pays d'origine. Enfin, un troisième aspect de la réforme a été la mise en œuvre d'une procédure au en matière de protection de 12 janvier 2010, coopération l'enfance, avec des crédits prévus à cet effet 591 enfants ont et le déploiement du réseau des Volontaires de la protection de l'enfance et de l'adoption ainsi eté transférés internationale, lancé à l'initiative de Mme la ministre Rama Yade en août 2008. en France. Aujourd'hui, cette partie de la réforme est achevée. Le SAI élabore désormais une stratégie pays, en étroite concertation avec les opérateurs français (Agence française de l'Adoption, OAA, associations de familles adoptives et d'enfants adoptés), participe à de nombreuses rencontres internationales et européennes, a mis en place des actions de coopération institutionnelle dans de nombreux pays d'origine des enfants et a renforcé la communication et l'information sur le sujet de l'adoption internationale, sur les réalités de l'adoption internationale. Vos lecteurs peuvent consulter la rubrique “adoption internationale” rénovée et modernisée du site internet du ministère des Affaires étrangères et européennes : www.diplomatie.gouv.fr Les projets ? Nous n'en manquons certes pas et la tâche demeure immense. Je veux lancer de nouveaux chantiers : contribuer à la réflexion ouverte au sein du Conseil Supérieur de l'Adoption sur l'agrément pour adopter, lequel est délivré par les conseils généraux des départements, renforcer le rôle de l'Autorité centrale dans le suivi post-adoption, etc. Je conserve un souvenir très marquant de mes années passées à titre professionnel à Genève. J'ai conservé à Genève et en Suisse de très nombreux amis. Deux de mes enfants y sont installés. La Suisse est très présente dans notre famille. N

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Humanitaire

«PouyonAhitinuovo»

Le degré de destruction (comme ici dans le quartier de Canapé Vert, à Port-au-Prince) explique pourquoi des dizaines de milliers de personnes choisissent de vivre dehors, dans des camps de fortune qui sont désormais devenus des bidonvilles hautement vulnérables à l’approche de la saison des ouragans. Photo : Marko Kokic/CICR

ALORS QUE LES ORGANISMES D'ASSISTANCE SE HÂTENT POUR FOURNIR DES ABRI À L'ÉPREUVE DES OURAGANS, LA CROIX-ROUGE ET LE CROISSANTROUGE FICR VOIENT DES SIGNES D'ESPOIR DANS LES DÉCOMBRES.

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vant que le tremblement de terre du 12 janvier ne détruise sa maison et ses moyens d'existence, Carmel était administratrice dans un hôpital à Delmas, un quartier de l'est de Port-au-Prince, la capitale haïtienne. Désormais sans abri et sans emploi, elle affronte un avenir incertain avec anxiété, détermination et espoir. « En quelques secondes, raconte-t-elle, j'ai vu tout mon univers s'effondrer, littéralement. J'ai perdu mon travail, que j'adorais, j'ai perdu mon logis, avec tout ce qu 'il contenait. Le pire, c'est d'avoir vu partir mes meilleurs amis et mes collègues. Le lendemain, j'ai trouvé la force de creuser des fosses et

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de planter des clous dans des cercueils improvisés pour enterrer mes proches. Aujourd'hui, je refuse de quitter ma ville. Mon unique espoir, c'est de la voir revivre un jour. » Dans la ville portuaire de Léogâne, à 29 kilomètres à l'ouest de la capitale, même tableau. Le paysage évoque Mogadiscio ou Beyrouth au plus fort des conflits. Selon les experts, Léogâne est détruite à 80 %, et même les structures encore debout sont trop fissurées pour être réparables, ou voisines de bâtiments qui devront être démolis. Ceux dont le logis est encore debout n'y remettront pas les pieds ; encore moins question d'y passer la nuit. « Je rentre en coup de vent chez moi pour attraper des vêtements et quelques affaires, puis je ressors tout aussi rapidement », dit Robeny Leandre, un commerçant de 42 ans qui a perdu sa boutique et sa maison, mais, par bonheur, pas sa famille. Sa petite épicerie tient toujours debout, mais des fissures béantes strient les


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murs. Quant à sa maison, « personne n'est Ils sont maintenant épaulés par des cenTrouver des venu nous dire si elle est sûre, mais je taines de volontaires du monde entier qui terrains est connais la réponse »,confie-t-il. travaillent sans relâche pour dispenser des Tout au long de la crise, des milliers de messoins d'urgence, mettre en place des strucessentiel. Si sages ont été échangés dans le pays - et tures d'assainissement, offrir un appui psynous pouvions dans le monde entier - par SMS ou téléchologique, réunir les familles séparées et phone mobile pour lancer des appels à bâtir des abris temporaires dignes de ce en obtenir nous l'aide. nom. Avec 21 unités d'intervention d'urgence avons au moins « À tous dans la zone Mont-Joli-Turgeau... déployées, 33 sociétés nationales mobilisées Jean-Oliver est coïncé sous les décombres et 600 volontaires et délégués du monde en5 000 volontaires de sa maison... Il est vivant mais gravement tier, la réaction au séisme en Haïti est la plus Croix-Rouge prêts grande mobilisation au bénéfice d'un seul blessé. SVP, SVP, venez au plus vite. URGENT. » pays dans toute l'histoire du Mouvement inà les viabiliser. Dans les jours et les semaines qui ont suivi ternational de la Croix-Rouge et du Croisle tremblement de terre, les volontaires et sant-Rouge. les agents humanitaires ont entendu d'inEt pourtant, même avec l'assistance fournie nombrables appels, de voix de personnes par d'autres organisations, tout cela risque qui ont vu leur monde bouleversé, où tout ce de ne pas suffire. Avec près de 1,2 million de qui leur était familier a été écrasé par la napersonnes qui ont un besoin immédiat de MICHAËLE GÉDÉON, ture en quelques minutes d'apocalypse. Ils trouver un abri, cette catastrophe, l'une des PRÉSIDENTE DE ont entendu des voix de détresse, mais aussi pires des dernières décennies, pourrait enLA SOCIÉTÉ NATIONALE d'espoir. core s'aggraver. DE LA CROIX-ROUGE Trois mois plus tard, leurs paroles restent Alors que nous mettons sous presse,des diHAÏTIENNE vraies. Des milliers de personnes vivent touzaines de milliers de personnes vivent enjours dans la détresse, sans emploi, privées core dans des abris de fortune, sous des de nourriture, de soins de santé et d'abris bâches en plastique tendues sur des cordes adéquats, alors que la saison des pluies apet des piquets trouvés dans les ruines. À porte avec elle la menace d'une nouvelle caPort-au-Prince, on compte plus de 500 tastrophe. camps improvisés où les survivants se pres« II tombe parfois jusqu’à 50 millimètres de sent ; dans la capitale surpeuplée, les espluie en deux heures, avec des paces libres sont rares. vents très violents », explique « L'un de nos grands proLe séisme a fait environ 1,2 million de Michaële Gédéon, la présiblèmes, c'est que ces camps sans-abri. À Port-au-Prince, plus de 500 dente de la Société nationale ont surgi sur les terrains qui camps de fortune, tel celui-ci dans un cende la Croix-Rouge haïtienne. étaient libres, explique Éric tre sportif à Carrefour, ont surgi dans tous Or, la saison des pluies, chaRossi, le chef d'une unité d'inles espaces que les survivants pouvaient cun ici en est bien conscient, tervention d'urgence de la trouver. Photo : Marko Kokic/CICR est suivie par les ouragans. Croix-Rouge française. Or, ils Voici deux ans, trois ouragans Gustav, Hanna et Ike - et la tempête tropicale Fay ont fait des centaines de morts, des dizaines de milliers de sans-abri, et aggravé la malnutrition chronique dans plusieurs régions du pays. En 2004, la tempête tropicale Jeanne a fait 1 900 morts, et les inondations 2 600 victimes supplémentaires. Bien avant le 12 janvier, les volontaires de la Société nationale étaient dûment formés à la réaction aux catastrophes, des premiers soins communautaires à la distribution de vivres et d'abris. Ils ont été appuyés, dans ces activités, par les délégations permanentes des Sociétés nationales de l'Allemagne, du Canada, de l'Espagne, des États-Unis et de la France, ainsi que du CICR.

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Écologie >> n'étaient pas libres par hasard : ce sont des

zones inondables. » Dans le camp du Bel Air,qui s'étend à perte de vue et où vivent plus de 20 000 personnes, des jeunes s'affairent à déblayer des espaces pour les familles qui continuent à affluer dans ce qui devient rapidement un immense bidonville, avec ses marchés, ses vendeurs, ses prêtres, ses points d'eau et ses postes de premiers secours. Un peu partout dans la ville, de nombreux habitants campent devant leur logis, trop efLa Société nationale de la Croix-Rouge haïtienne et le CICR installent un système de distribution d’eau à Cité-Soleil. Photo : Marko Kokic/CICR

frayés pour le réinvestir, et pourtant réticents à quitter leur quartier. D'autres quittent carrément les villes. Selon le gouvernement, plus de 235 000 personnes ont gagné les campagnes, souvent accueillis par des parents ou des amis. Une question de place Au cours du mois qui a suivi la catastrophe, le Mouvement a réagi en fournissant des matériaux pour les abris d'urgence - bâches, outils, tentes - à près de 20 000 familles (95 000 personnes). Depuis, la FICR a fourni des abris pour quelque 400 000 personnes. Il s'agissait, dans la plupart de cas, d'abris “d'urgence”, permettant, dans l'immédiat, de préserver l'intimité et de se protéger du soleil et de la pluie. Cependant, la menace des ouragans fait que les organisations doivent, dans le même temps, fournir des abris provisoires plus solides, à l'épreuve des tempêtes. Sous la houlette de la Société nationale de la Croix-Rouge haïtienne, les volontaires bâtissent deux types d'habitations provisoires www.expatria-cum-patria.ch

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Les camps de fortune ont surgi sur les terrains qui étaient libres. Or, ils n’étaient pas libres par hasard : ce sont des zones inondables.

ERIC ROSSI,

CHEF D’UNE UNITÉ D’INTERVENTION

D’URGENCE DE LA

CROIX-ROUGE FRANÇAISE

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conçues par la Croix-Rouge : l'une à armature en bois, de 12 mètres carrés sur un seul niveau, capable de résisterà un ouragan ou à un séisme, et une version à armature en métal, de deux étages, occupant la même surface au sol. Les équipes travaillent 24 heures sur 24 pour atteindre un objectif ambitieux : construire 20 000 abris à un étage pour les zones rurales et urbaines et 15 000 unités de deux étages pour les familles dans les zones urbaines, où l'espace est rare. Pourtant, la construction n'est pas le plus gros problème. « La difficulté numéro un, c'est l'espace », explique Nelson Castano, qui dirige l'opération de secours de la FICR à Port-au-Prince. « La ville était déjà gravement surpeuplée, et à présent, des secteurs entiers de Port-au-Prince sont inhabitables. » La recherche de nouveaux sites de construction se heurte souvent à des problèmes délicats de propriété foncière. Michaële Gédéon le confirme : « Trouver des terrains est essentiel, explique-t-elle. Si nous pouvions en obtenir, nous avons au moins 5 000 volontaires Croix-Rouge - la moitié de nos effectifs - qui sont prêts à les viabiliser en aménageant des réseaux de drainage et des égouts. » Le problème ne concerne pas que Port-auPrince. À l'ouest de la capitale, Léogâne est la zone urbaine la plus proche de l'épicentre du séisme. Dans le centre, près de 10 000 personnes dorment dans le stade de football Gustave Christophe, serrés comme des sardines sous des abris précaires. Cette ville de 180 000 habitants - moins les 10 000 ou davantage qui ont péri dans la catastrophe - a été rasée. Le graffiti en créole qu'on peut lire sur le mur d'une église en piètre état résume bien les choses : « Pou yon Ayiti nouvo, yon Leyogàn tau nef » (« II nous faut une Haïti nouvelle, mais une Léogâne entièrement neuve »). Un sprint suivi d'un marathon Réuni à Montréal presque un mois après le séisme, le Mouvement - représenté par 23 sociétés nationales, la FICR et le ClCR - s'est engagé à poursuivre son effort de secours intégré pendant les 12 mois à venir, et à répondre aux besoins de 80 000 familles (soit environ 400 000 personnes). Le Mouvement a aussi promis de fournir des soins de santé pour une zone qui comprend 500 000 habitants, à Port-au-Prince et alen-


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Écologie tour, ainsi que de l'eau et des services d'assainissement pour 30 000 familles. Il s'est en outre engagé à contribuer au rétablissement des capacités de la société nationale, qui a perdu de nombreux volontaires et employés, ainsi que plusieurs bâtiments essentiels. La FICR a assumé la coordination du “Cluster Shelter”, un groupe de près de 40 organisations internationales de secours qui assument chacune divers aspects des secours à court et à moyen terme dans le domaine de l'hébergement. Il s'agit d'un effort massif et complexe, qui exige de trouver des terrains, de régler les questions de propriété, d'évacuer les débris,

L’intervention rapide à l’ère du SMS

de déplacer des camps, de construire des abris communaux contre les ouragans, de mettre en place des systèmes d'assainissement, d'expertiser les bâtiments endommagés, d'acheminer des matériaux de construction et de trouver de la main-d'œuvre qualifiée, pour ne citer que quelquesunes des tâches à accomplir. Pendant ce temps, le Mouvement ne perd pas de vue l'objectif final, c'est-à-dire aider Haïti à se reconstruire, avec des logements et des bâtiments commerciaux qui pourraient éviter une répétition du drame du 12 janvier 2010. « Si la réaction aux catastrophes est un sprint, la reconstruction est un marathon », a déclaré le secrétaire général de la FICR,

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« Hôtel Montana, rue Franck Cardozo Pétionville, écroulé. 200 personnes peut-être ensevelies. » « Nous sommes rue Saint-Martin, sous le Bel-Air, près de l’hôtel. Nous mourons de faim. À l’aide. » par message texte, vers l’un des rares hôpitaux de la ville qui accueillaient encore des patients. Le système a aussi aidé les équipes de recherche et sauvetage à trouver des personnes prises sous les décombres. Dans un cas, un homme resté cinq jours prisonnier des débuts d’un bâtiment dans le centre de Port-au-Prince a été sauvé après avoir envoyé un SOS par message texte. En outre, la Société nationale de la Croix-Rouge haïtienne et la FICR se sont alliées à une société de téléphonie mobile pour envoyer chaque jour des messages textes à plus de 1,2 million d’abonnés concernant notamment Après le séisme, les vaccinations, les abris et l’assainissement. les téléphones Une pression sur une touche a permis de faire ce portables ont été un qui aurait demandé des jours de travail à une outil déterminant armée de volontaires. pour les secours. Des stations de De “victimes” à secouristes recharge payantes L’idée de recourir à la téléphonie mobile dans la telles que celle-ci réaction aux catastrophes n’est pas nouvelle. ont permis aux Après le tsunami de 2004 dans l’Océan indien, il utilisateurs de est apparu clairement que les communications garder le contact. hertziennes modernes pouvaient jouer un rôle clé, Photo : Reuters/ pour l’alerte précoce comme pour la gestion des Eduardo Muñoz crises. Les communications numériques sont une petite composante d’un effort concerté à plus long terme phoniques étaient détruits, les messages textes étaient souvent au sein du Mouvement visant à ce que les personnes les plus la seule manière pour des personnes désespérés, affamées ou durement touchées par les catas trophes naturelles puissent blessées de se manifester. mieux se faire entendre. Ces personnes ne sont plus considéLe système d’information d’urgence a permis de localiser les rées simplement comme des “victimes”, mais bien comme une appelants par GPS, de marquer leur emplacement sur des force importante de secours de première ligne, qu’il faut mobicartes et de relayer leur appel aux volontaires sur le terrain. liser et habiliter dans le cadre de l’effort général d’assistance. Un mois après le tremblement de terre, plus de 16 000 messages liés à la catastrophe avaient été échangés grâce à ce sys- Il en va en effet de leur relèvement, de leur avenir, de leur vie et de leurs moyens d’existence. tème. Dans un cas, des Haïtiens blessés ont pu être dirigés,

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es appels désespérés ont été envoyés par message texte dans les jours suivant le séisme à Port-au-Prince. Ils ont été transmis grâce au service d’information d’urgence, un projet de communication en cas de catactrophe mis sur pied par la Fondation Thomson Reuters, en partenariat avec le FICR pour permettre aux survivants des catastrophes naturelles de recevoir et d’envoyer rapidement des messages. On est loin de l’appel à l’aide traditionnel, mais en Haïti, où les moyens de transmission et les réseaux télé-

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Humanitaire >> Bekele Geleta, qui s'est rendu en Haïti avec

le président de la FICR, Tadateru Konoé, huit jours après le tremblement de terre. « Nous devons ensemble transformer cette tragédie en une chance de renaissance pour Haïti. » Une génération pour reconstruire La reconstruction prendra des années, voire une génération entière ; mais on note des signes encourageants. Malgré la destruction, le chaos et la douleur, la vie reprend dans les rues et les camps de Port-auPrince. Un mois après le choc, la circulation est intense. Les autobus et les camionnettes sont pleins. Les troupes des Nations unies, et, au centre ville, les soldats américains patrouillent. De nombreuses routes sont barrées parce que les engins de chantier enlèvent les gravats et démolissent les bâtiments chancelants. Des milliers de personnes font la queue devant les bureaux de transfert d'argent dans toute la ville. Les banques ont ouvert et le prix de l'essence a commencé à baisser. On trouve davantage de nourriture sur les mar-

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Nous devons ensemble transformer cette tragédie en une chance de renaissance pour Haïti.

BEKELE GELETA,

SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DE LA

FICR

LeshérosdeHaïti EN DÉPIT DE LOURDES PERTES, LA SOCIÉTÉ NATIONALE DE LA CROIX-ROUGE HAÏTIENNE A RÉAGI AVEC UNE DIGNITÉ, UN SANG-FROID ET UN PROFESSIONNALISME HORS DU COMMUN. lace Saint-Pierre à Pétionville, petite commune de la banlieue est de Port-au Prince, des centaines de survivants se sont rassemblés : choqués, hébétés, nombre d'entre eux blessés. Si certains n'ont que des blessures superficielles, d'autres présentent des plaies profondes, des blessures ouvertes à la tête, des membres écrasés ou de graves fractures. Juste en face, dans le garage situé sous le bureau du maire, les volontaires de la Société nationale de la Croix-Rouge haïtienne ont installé un poste de premiers secours. L'espace est encombré par les voitures, mais un flux continu de personnes se frayent un chemin. On panse des blessures, on réduit des fractures. «Ce n'est pas l'endroit idéal, dit Rita Aristide, volontaire chevronnée de la Société nationale, rodée par le passage des ouragans, mais les gens se présentent et nous nous occupons d'eux.» Aujourd'hui , ce sont des milliers de personnes comme Rita Aristide qui sont au cœur de la réaction du Mouvement de la Croix-Rouge et du Croissant Rouge à la catastrophe. La Société nationale haïtienne

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chés de rue, même si les prix ont doublé et si de nombreuses familles doivent encore mettre en commun leurs ressources pour pouvoir s'acheter les biens les plus indispensables. Et bien que l'avenir soit incertain pour tous ici, un dimanche matin récent, on pouvait voir des familles entières, vêtues de leurs plus beaux atours - les petites filles en robe blanche et souliers noirs vernis tenant la main de leurs pères en complet et cravate converger vers les ruines d'une église. Quelques instants plus tard, ils se tenaient réunis fièrement sur les décombres, écoutant leur prêtre et entonnant des hymnes solennels. Dans un autre quartier de la capitale, Pierre Marie Gérard, un charpentier de 29 ans, ressent lui aussi de l'espoir, de la fierté et l'appel de l'avenir, alors qu'il assemble des logis à l'épreuve des ouragans avec d'autres volontaires Croix-Rouge. « Je suis avant tout un Haïtien, et malgré l'horreur de cette catastrophe, je suis enthousiasmé à l'idée de contribuer à bâtir une Haïti nouvelle. Je veux que le monde ait une autre vision de nous. Je rêve d'une Haïti nouvelle. » N


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Humanitaire a une large expérience en la matière, acquise après le passage des ouragans de 2007 (Dean et Noël) et de 2007 (Fay, Gustav, Hanna et Ike). Ses employés et ses volontaires ont eu l'occasion d'apprendre à fournir une assistance vitale dans des circonstances terribles. Au cours de la seule année dernière, la Société nationale a dispensé une formation aux premiers secours à près de 8 000 volontaires. Victimes et volontaires C'est sans doute cette expérience qui explique en partie pourquoi les volontaires de la Société nationale de la Croix-Rouge haïtienne ont pu réagir si rapidement, même après avoir subi d'aussi lourdes pertes. « Au début, je ne pouvais simplement pas accepter ce qui s'était passé », raconte Cariolain, volontaire de 31 ans à l'œuvre dans un poste de premiers secours dans un camp improvisé à l'intérieur d'un stade de football. « C'est grâce à mon travail de volontaire que j'ai pu faire face. » Dans lesjours qui ont suivi la catastrophe, les volontaires haïtiens ont fait mieux que faire face : ils ont été à la pointe des efforts de secours, nouant rapi-

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dement des partenariats avec les organisations internationales d'assistance et secourant la population alors même qu'ils pleuraient leurs propres collègues, leurs amis et leurs parents et alors même qu'une partie importante de leurs ressources essentielles - réserves de sang, de médicaments, de vivres, moyens de communication avait été détruite. Avant le tremblement de terre, la Société nationale comptait quelque 2 500 volontaires à Port-au-Prince et environ 10 000 dans tout le pays. Aujourd'hui, un grand nombre d'entre eux, et de nombreux employés aussi, ont disparu et sont présumés morts. « Les volontaires aussi ont subi des pertes considérables », a déclaré le président de la FICR Tadateru Konoé pendant une visite en Haïti le 20 janvier. « Ils sont traumatisés et en deuil. Et pourtant, leur désir d'aider leur prochain l'emporte. Ce sont de vrais héros de l'humanitaire, et leur engagement nous inspire à la fois fierté et humilité. » L'engagement des volontaires de la CroixRouge haïtienne et le respect qu'ils ont acquis au sein des communautés vulnérables signifient aussi qu'ils ont pu, eux et d'autres délégués du Mouvement, acheminer une aide vitale rapidement dans des lieux auxquels les grandes organisations ne pouvaient ou ne voulaient accéder : les camps de fortune du Bel Air, l'un des bidonvilles les plus violents de Port-au-Prince, ou Belekou, le quartier le plus pauvre de Cité-Soleil. C'est l'une des raisons pour lesquelles les distributions réalisées par le Mouvement se sont généralement déroulées sans encombre. « Nous n'avons ni barbelés, ni gardes armés, assure un responsable d'équipe de la FICR. Nous nous en remettons à notre emblème et à la confiance dont jouit la Croix-Rouge haïtienne auprès de la population » Aujourd'hui, la Société nationale continue à œuvrer aux côtés des collègues de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge du monde entier pour réaliser des évaluations, estimer les besoins, distribuer des secours,fournir des soins médicaux, offrir un

Nous n’avons ni barbelés, ni gardes armés. Nous nous en remettons à notre emblème et à la confiance dont jouit la Croix-Rouge haïtienne auprès de la population.

LE RESPONSABLE

D’UNE ÉQUIPE DE LA

FICR

Des membres de la Société nationale de la Croix-Rouge haïtienne amènent une femme âgée à un poste de premier secours à La Primature, à Port-au-Prince. Photo : Marco Kokic/CICR

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>> appui psychologique et mettre en place des

services d'eau et d'assainissement à Portau-Prince et dans les environs. Un partenariat a ainsi été conclu avec des habitants déplacés pour installer un système temporaire de distribution d'eau dans leur camp, connu ici sous le nom de “Terrain Aera”. Après avoir consulté les habitants, la Croix-Rouge et le Croissant-Rouge ont installé une citerne souple qui fournit 15 litres d'eau par personne et par jour pour 2 000 personnes. « L'eau, c'est la vie, explique Hélène Fleurival. On attend les vivres longtemps, mais on peut se passer de manger. On ne peut pas se passer d'eau. Maintenant, nous avons de l'eau à boire, Dieu soit loué ! » De nombreuses délégations permanentes du Mouvement ont aussi exprimé leur admiration pour leur collègues haïtiens. « Nous avons une dette immense à l'égard de nos collègues haïtiens », s'exclame Riccardo Conti, le chef de la délégation du CICR en Haïti. « Alors qu'ils vivaient dans une incertitude tragique et qu'ils pleuraient leurs disparus, ils ont continué à venir travailler et à soutenir les opérations. »

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Un employé de la Société nationale de la Croix-Rouge haïtienne donne les premiers soins à un jeune garçon blessé à la tête. Photo : Talia Frenkel/CroixRouge américaine

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Dans tout le Mouvement, les délégués utilisent volontiers le terme de “héros” quand ils évoquent leurs collègues haïtiens. Ils racontent des histoires de volontaires comme les infirmières Michelle Yvétia et Emmanuella Michel, qui s'efforcent de réconforter les blessés tout en pansant leurs plaies, ou Guetson Lamour, administrateur et responsable de la logistique, s'affairant pour veiller à ce que les secours parviennent au bon endroit en temps voulu. Les plus chanceux Et pourtant, un grand nombre de ces volontaires se décrivent comme les chanceux, ceux qui ont le privilège de pouvoir aider les autres. Pluviose Louken, informaticien, offrait ses services comme volontaire à la Société nationale pendant son temps libre ; depuis le séisme, il assiste des milliers de survivants blessés à Canapé Vert. « Je n'avais nulle part où aller, alors je suis venu ici. Ma maison a été détruite. Ma famille va bien. Certains de mes cousins ont été blessés, mais rien de grave. Ici, je peux aider ceux qui ont eu moins de chance que moi. » N


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Haïti

L’espoir aucœurdesruines

UN VÉTÉRAN DE L'AIDE HUMANITAIRE ÉVOQUE MOGADISCIO OU BEYROUTH EN PLEIN CONFLIT : DES QUARTIERS ENTIERS NE SONT PLUS QUE DÉCOMBRES. UN AUTRE ÉVOQUE LE TSUNAMI DE 2004 DANS L'OCÉAN INDIEN, QUI AVAIT RAYÉ DE LA CARTE DES COMMUNAUTÉS ENTIÈRES ET FAIT 230 000 MORTS DANS PLUS DE DIX PAYS. LES CHIFFRES SONT COMPARABLES : 235 000 MORTS EN HAÏTI, 1,2 MILLION DE SANS-ABRI, MAIS ICI, LA CATASTROPHE EST CONCENTRÉE SUR UNE ÎLE DÉJÀ EXPOSÉE À LA PAUVRETÉ CHRONIQUE AUX OURAGANS ET AUX INONDATIONS. ET POURTANT, L’ESPOIR EST LÀ : L'AMPLEUR DE LA RÉACTION MONDIALE ET LA TÉNACITÉ LÉGENDAIRE DES HAÏTIENS FORMENT L’ASSISE SUR LAQUELLE HAÏTI POURRA SE RELEVER.

DES ÉCLAIRS DE JOIE DANS LA DOULEUR Même parmi les décombres en dépit de leur propre peine, de nombreux volontaires expliquent que leur travail leur donne une raison de vivre, voire parfois un motif de joie. « Je travaillais au poste de premiers secours quand le chef d'équipe m'a appelé », raconte Jude Celoge volontaire de 25 ans auprès de la Société nationale de la Croix-Rouge haïtienne « II m'a dit : "Jude, vite, va à Carrefour-Feuilles, une fille est toujours en vie sous les décombres." Cinq minutes plus tard, j'étais sur place. Des habitants étaient là avec des marteaux, des scies, des burins et des pelles. Un secouriste de la Croix-Rouge s’était glissé par une ouverture dans les gravats et il parlait à la jeune fille. Elle était sous la douche au moment du séisme. Elle nous a tout de suite donné un numéro pour appeler sa famille. » La jeune femme, Darlen Etienne, a survécu. Photo : Reuters/Eduardo Muñoz, avec l’autorisation de www.alertnet.org

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UNE RÉACTION MONDIALE INSTANTANÉE L'opération en Haïti est rapidement devenue l'une des réactions les plus massives, les plus rapides et les plus complexes à une catastrophe naturelle de toute l’histoire de Mouvement. Moins d’un mois après le séisme, plus de 600 personnes représentant 33 Sociétés nationales de la Croix-Rouge ou du CroissantRouge étaient à pied d’œuvre en Haïti. À la fin du mois de janvier, 21 Unités d’intervention d’urgence de 16 Société nationales, avec 232 personnes, avaient été déployées. Ci-dessus, Joel Calazan Batista, volontaire de la Croix-Rouge dominicaine, prépare des bâches pour les distribuer à Port-au-Prince. Sous l’égide de la Société nationale de la Croix-Rouge haïtienne, les volontaires du Mouvement ont installé des hôpitaux d’urgence, organisé des services de soins de santé de base. En quelques semaines, ils soignaient 1 600 patients par jour. Ci-dessous, un volontaire de la Société canadienne de la Croix-Rouge soigne la jambe cassée de Guedline, 12 ans, à l’extérieur de l’hôpital universitaire de Port-au-Prince. Photo : Marco Kokic/CICR

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DES SOUFFRANCES SILENCIEUSES Le tremblement de terre a durement éprouvé les personnes qui étaient déjà très vulnérables. Les personnes âgées, par exemple, ont beaucoup souffert du traumatisme et des tensions causées par le séisme. Cet homme, qui a perdu son logis dans la catastrophe, se tient dans l’ancienne chapelle d’un foyer pour personnes âgées, dans le quartier Delmas 2 de Port-au-Prince. Photo : Marco Kokic/CICR

DES PERTES INCOMMENSURABLES Comme le tremblement de terre s’est produit en plein jour, bien des écoles, bureaux administratifs et centres commerciaux étaient très fréquents au moment où les bâtiments se sont effrondés. À gauche, Roselord Oregene vient d’apprendre que sa fille Sefmi, âgée de 11 ans, a perdu la vie dans son école de la rue du Centre, à Port-au-Prince. Photo : Marco Kokic/CICR

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QUAND LA VIE REPREND SES DROITS Même dans la souffrance et la douleur, la vie reprend ses droits. Ce sont souvent les enfants qui nous rappellent qu’après le deuil, l’espoir et le bonheur reviendront. Ici, une partie de football dans les débris, avec, au fond, les ruines de la cathédrales Notre-Dame. Photo : Marco Kokic/CICR

RECONSTRUIRE BRIQUE APRÈS BRIQUE La reconstruction d’Haïti prendra des décennies et exigera un investissement massif de main-d’œuvre, de capitaux et de volonté politique. Pour de nombreux habitants, la reconstruction a commencé avec les briques, les barres métalliques ou les déchets de bois qu’ils ont pu dégager des décombres : une question de survie immédiate. Cet homme transporte des parpaings récupérés dans les gravats d’une église effondrée à Port-au-Prince. Photo : Reuters/Carlos Barria avec l’autorisation de www.alertnet.org

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FNACA Fédération Nationale des Anciens Combattants en Algérie, Maroc et Tunisie 37-39 rue des Gâtines - 75020 Paris • Tél. 01 44 62 86 62 • www.fnaca.org

Il a donné dans le drame de la Guerre d’Algérie.

L’État

doit lui accorder la Retraite du Combattant dès 60 ans et sa Revalorisation substantielle. La FNACA agit inlassablement pour défendre les droits des Anciens d’AFN et rendre hommage à leur 30 000 compagnons morts au printemps de leur vie.

B U L L E T I N D ’A D H É S I O N À remplir et à envoyer à : FNACA - BP 438 - 1208 Genève Je soussigné souhaite adhérer à l'association la FNACA. NOM : ………………………………………………………… Prénom: …………………………………………………… Adresse : ………………………………………………………………………………………………………………………… Marceau KAUB Délégué Général de la FNACA pour la Suisse kaub@net2000.ch Tél.00.41.78.708.22.71

Tél: …………………………………………………… Courriel : ……………………………………………………………… Date et lieu de naissance : …………………………………………………………………………………………… Régiment : ………………………………………………………………………………………………………………………… Bon pour Accord (manuscrite) Lieu & Date

Signature

Victor NAHUM Délégué de la FNACA pour la Suisse Romande macnahum@bluewin.ch Tél. 00.41.79.789.00.00


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Carte blanche

Parce qu’elle levaut bien…

l faut vraiment n'être jamais sorti de son trou pour s'étonner qu'un contribuable français possède un compte à l'étranger, pour s'en prendre de ce fait à Mme Bettencourt, et pour en faire une affaire d'Etat. Les circonstances de ma vie professionnelle ont voulu que je sois amené à ouvrir un compte bancaire au Canada, puis en Pologne, puis en Thaïlande, tout simplement parce que j'ai travaillé dans ces pays, en l'occurrence comme journaliste, et que pour régler mes dépenses, je devais y disposer d'un carnet de chèques. J'y ai souvent perdu au change. Je n'y ai en tout cas jamais rien gagné sur le plan fiscal, au point que l'administration des impôts – hommage soit rendu à la direction des impôts des Français de l'étranger qui m'a toujours bien conseillé, et dans la plus PARCE QU'ON grande transparence – m'a chaque fois remboursé S'ACHARNE SUR ce que j'avais payé en trop. Il ne s'agissait pas alors ELLE, J'AI ENVIE d'un quelconque “bouclier fiscal” mais tout simpleDE PRENDRE LA ment de l'application à ma modeste personne des DÉFENSE DE dispositions du code des impôts. LILIANE Toute la question, quand le fisc a connaissance d'un BETTENCOURT, À compte à l'étranger, est de savoir si ce compte COMMENCER PAR contrevient à la législation française, quelle est sa LA QUESTION DE raison d'être, et à quoi il sert. En l'occurrence, LiSES COMPTES EN liane Bettencourt a indiqué à l'AFP qu'elle allait réSUISSE. gulariser sa situation. Autrement dit, ses comptes en Suisse étaient, jusqu'à leur découverte, irréguliers. Mais la curée médiatique avait commencé avant de savoir ce qu'il en était. Sans doute aurait-ce été trop demander, de la part de justiciers auto-proclamés qui s'abritent derrière leur carte de presse pour prononcer des condamnations sans jugement, de s'entourer de quelque prudence. Il est tellement plus facile de stigmatiser la détentrice d'un compte en Suisse et de laisser entendre que son chéquier n'a servi qu'à financer des opérations illégales, comme l'a fait l'ensemble de la presse française dans l'affaire dite Woerth-Bettencourt, y compris les organes supposés êtres “à la solde du pouvoir”. Le problème, c'est que l'aristocratie du journalisme, autrefois constituée de ceux qui avaient bourlingué sur tous les continents se recrute aujourd'hui parmi les journalistes politiques, à tu et à toi avec les ministres, les élus, et leurs collaborateurs, mais jamais sortis de leur cocon. On ne choisit plus la profession de journaliste pour témoigner mais pour défendre des idées. On se dit “de gauche” ou “de droite” comme on se dit, par tradition familiale, “Renault” plutôt que “Peugeot” ou “Citroën”. Pour ma part, vu mon âge, il m'est arrivé de voter pour François Mitterrand, mais pas chaque fois, pour Jacques Chirac, mais pas chaque fois, pour Lionel Jospin, mais pas chaque fois... Le tropisme droite-gauche m'a toujours été étranger, sauf quand il s'agissait de choisir entre l'Union soviétique du goulag et les Etats-Unis. Les circonstances font tout simplement que tel

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homme et tel programme me paraissent, à tel moment de l'histoire de mon pays, mériter ou non ma confiance. Les révélations extraordinaires des journalistes politiques pourraient donner à penser qu'ils étaient cachés sous la table lors d'entretiens supposés sans témoin, à l'Elysée, à Matignon, ou dans je ne sais quel ministère. Certes, ils ont “des sources”. Mais la vérité est qu'ils n'ont affaire qu'à des seconds couteaux, tâcherons en mal de reconnaissance et guère mieux renseignés que les journalistes eux-mêmes. Ces informateurs-là s'estiment bien mal récompensée du talent qu'ils s'attribuent et ne s'en consolent qu'à la lecture des articles auxquels ils ont contribué. Quant aux stars de la profession, patrons de journaux, responsables de rédaction, hôtes d'émissions littéraires à la télévision, ils ont certes accès, eux, au saint des saints. Ils pensent d'ailleurs que c'est un droit qui relève de la sélection naturelle. Mais ils sont tellement imbus de leur importance qu'ils prennent pour argent comptant tout ce qu'on leur raconte, partant du principe qu'on ne saurait, eux, les embobiner. Des quantités de

Liliane Bettencourt et sa fille Françoise.

livres, vite oubliés, témoignent de ce phénomène. Tout journaliste qui a été en poste à l'étranger et qui s'est intéressé à l'économie des pays dont il avait à rendre compte s'est habitué à jongler avec les milliards. En France, on jongle avec les centimes. Les écoles de journalisme, qui vous formatent pour la télévision, vous apprennent à décliner les adjectifs qui vont frapper l'imagination. Une somme, qu'il s'agisse de centimes ou


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michel.tondre@laposte.net

Carte blanche de milliards, n'est jamais réduite aux quelques chiffres qui la définissent : elle est toujours “rondelette”, “coquette”, à moins qu'il ne s'agisse de la “bagatelle” de quelques centaines, milliers, ou millions d'euros ! Il suffit d'écouter les compte rendus de la Bourse : pour quelques pour cent de différence d'un jour à l'autre, selon l'humeur du journaliste, le CAC 40 aura “grappillé” quelques points ou se sera “effondré”. Un point sur combien ? Le plus souvent, on ne s'embarrasse pas de ce genre de détail, comme si ce point mythique avait la même valeur, qu'il s'agisse du CAC 40 ou du Dow Jones. A trois zéros près, pourquoi s'embarrasser. Sur France Inter, en annonçant l'annulation de la garden party du 14 juillet à l'Elysée, à une heure d'intervalle, on a évalué cette économie à 738 000 euros, puis à 738 millions, sans sourciller. Dans les deux cas, on a toutefois tenu à préciser que, de toute façon, ce ne serait qu'une goutte d'eau. Payés grâce à nos impôts, toujours les premiers à se mettre en grève, les journalistes de Radio France ont une vocation extraordinaire : toujours taper sur le gouvernement, à moins qu'il ne s'agisse d'un gouvernement de gauche. Pour en revenir à Mme Bettencourt, sa fortune est évaluée à 17 milliards d'euros, une somme qui échappe à mon entendement, et ses comptes en Suisse représenteraient “la bagatelle” (cette fois on peut le dire) de 78 millions d'euros. Je m'y perds dans tous ces zéros mais je fais une comparaison à la louche : C'est comme si, ma fortune personnelle étant évaluée à un million d'euros – ce qui ne serait pas impossible si j'étais propriétaire d'un appartement bien situé à Paris – on s'interrogeait sur l'origine des 5 000 euros dont je disposerais parallèlement sur un livret de caisse d'épargne. Certes, il y a des chiffres qui donnent le vertige, mais quand on a le vertige, on s'abstient de faire Éric Woerth. de l'alpinisme et de commenter ce qu'on ne comprend pas. Vous l'aurez remarqué : on ne l'appelle plus que “la milliardaire”, avec une connotation insultante qui n'existerait pas au masculin, mais cela échappe évidemment aux partisans de la féminisation du vocabulaire français. Vice suprême, elle aurait reçu du fisc, au titre du “bouclier fiscal” un remboursement de 30 millions d'euros. La belle affaire ! Si je calcule bien, au titre de son patrimoine, elle a dû s'acquitter d'un impôt de solidarité sur la fortune de quelque 300 millions d'euros... N'eût-elle pas omis de déclarer ses comptes en Suisse, sa facture fiscale aurait été de 1,4 million de plus. Qu'est-ce qu'un million quand on possède 17 milliards ? C'est la démonstration par l'absurde de l'inanité de l'ISF. Finissons-en avec cet impôt imbécile qui taxe de l'argent virtuel, en oubliant les œuvres d'art et les antiquités, et supprimons cette usine à gaz que constitue le bouclier fiscal, inventé, ne l'oublions pas, par Dominique de Villepin. Comment en est-on arrivé là ? A l'origine, il y a la plainte de l'héritière, Françoise Bettencourt Meyers, contre le photographe François-Marie Banier, qu'elle accuse d'“abus de faiblesse” pour avoir obtenu de “la milliardaire” quelques petits “cadeaux” dont la valeur totale avoisine le milliard d'euros. Se greffent làdessus des enregistrements clandestins qui, dans toute autre affaire, seraient considérés comme irrecevables. Nombre d'affaires judiciaires, ces dernières années, ont été cassées parce qu'elles reposaient sur des écoutes qui n'avaient pas été Jacques-Michel autorisées par un juge. Tondre Mais ne comptez pas sur un journaliste pour vous

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le rappeler. Pour autant, ces enregistrements, dès lors qu'ils avaient été portés à la connaissance du public, ne pouvaient plus être ignorés, et quiconque était cité par son nom devenait automatiquement un coupable en puissance, sans la moindre considération pour le principe de la présomption d'innocence. Mais la loi reste la loi, et nul ne saurait être condamné sur la foi d'écoutes clandestines. On peut changer la loi. Personnellement, il ne me gênerait pas que l'on puisse mettre hors d'état de nuire un criminel identifié grâce à des écoutes clandestines. Mais dans cette affaire, que ceux qui passent leur temps à défendre les droits des criminels présumés plutôt que les droits des victimes ne viennent pas se prévaloir d'une écoute clandestine pour invoquer une “affaire d'Etat”. Que justice soit faite, pourvu que ce soit selon les règles de la justice. Dans un autre siècle, le général de Gaulle avait proclamé que la politique de la France ne se faisait pas à la corbeille – il parlait de la Bourse. La corbeille a disparu. Elle a été remplacée par l'internet, avec toutes les dérives que cela implique : n'importe qui peut violer l'intimité de n'importe qui, à l'aide de son téléphone portable transformé en caméra vidéo, diffuser ses images sur la Toile, et faire condamner un ministre pour propos racistes... Il paraît que c'est aussi un téléphone portable qui est à l'origine des enregistrements incriminés dans l'affaire Bettencourt. Que l'opposition s'empare de tout ce qui lui passe sous la main pour embarrasser la majorité, surtout quand elle n'a rien à dire sur les vrais sujets d'actualité, c'est le jeu de la démocratie. Que la presse s'en fasse aveuglément le relais, c'est inacceptable. Si ce n'est pour rétablir l'équilibre entre majorité et opposition, à quoi peut bien servir la si convoitée carte professionnelle de journaliste ? En réalité, ce n'est plus que l'instrument, sans autre conséquence, d'une forme de corporatisme paritaire. Autrefois, c'était une de ces fameuse niches fiscales : un journaliste pouvait déduire 30% de son revenu au titre de ses frais professionnels. Ce n'était qu'une forme de subvention à la presse, souvent incapable de payer dignement ses salariés. Depuis un trentaine d'années, cet avantage est plafonné à 7 650 euros, autrement dit, il est en voie d'extinction. Reste la gratuité de l'entrée des musées. On y apprend beaucoup de choses. Les journalistes devraient en profiter plus souvent. N


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J’aimerais vous dire

Lettre ouverte à Madame Christine Lagarde

serge.c.vinet@bluewin.ch

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MINISTRE DE L'ECONOMIE & DES FINANCES

Madame le Ministre, Je vous serai très reconnaissant de bien vouloir consacrer quelques minutes de votre temps précieux à la lecture de ce courrier, dont la seule préoccupation est d’attirer votre attention sur quelques pratiques nouvelles mises en exergue par de subtils calculs financiers ne correspondant pas tout à fait à la philosophie républicaine qui animait jusqu’alors l’attribution des bourses scolaires aux enfants des Français résidant hors de France. Les Temps changent, les pratiques aussi ! Deux fois par année, parfois plus si nécessaire, les conseillers élus à l’A.F.E. se réunissent auprès du Consul Général de France de leur circonscription, assisté de son administration, étudiant et calculant ensemble les bourses que nous soumettons à l’approbation de notre administration tutélaire. Dans notre approche, nous prenons en compte les paramètres et critères habituels, tels que la situation familiale - privée & professionnelle - nombre d’enfants à charge - montant des revenus - charges, assurances charges locatives et ou montant des hypothèques si il y a lieu - copie de la déclaration fiscale de l’exercice précédent ainsi que l’avertissement d’impôt de l’année en cours. Jusque-là, tout va bien. Depuis quelques années, avec la baisse des taux et la crise économico-financière sous-jacente, sont apparus de nouveaux produits financiers et de nouvelles méthodes, à la grande satisfaction d’officines soucieuses de placer leurs produits auprès d’un public pas toujours très averti, mais dans un secteur hautement concurrentiel. Lorsque le futur acquéreur d’un bien immobilier sollicite le concours d’une banque, en vue d’obtenir un prêt bancaire, il lui est rappelé quelques principes de base afin de lui éviter certaines déconvenues. Un apport minimum de 20% de la valeur du bien lui est demandé, tout en lui stipulant que le montant annuel du remboursement du prêt effectué ainsi que l’amortissement du capital emprunté ne devra pas excéder 25% de ses revenus annuels. Ça, c’est la partie classique, toujours en vigueur. Bien que les taux soient au plus bas depuis bien longtemps, l’argent se faisant plus rare et les conditions bancaires suite à la crise, plus contraignantes, certaines compagnies d’assurances se sont invitées dans le concert des banques avec de nouvelles formules plus souples pour le futur acheteur. Versement initial : 10% de la valeur du bien aucun amortissement du capital, celui-ci est garanti par une hypothèque au 1er rang sur la totalité du bien - conditions récentes : Taux fixe 2,42% sur 10 ans. Les taux actuels étant particulièrement bas, l’acquéreur a tout intérêt de bloquer son prêt avec un taux fixe sur une longue durée, se mettant ainsi à l’abri de probables fluctuations et Serge Cyril Vinet turbulences avec un taux variable. L’opération ainsi décrite permet d’acquérir un CONSEILLER ÉLU bien immobilier assez vaste pour loger toute la À L’A.F.E. POUR famille sur une durée de 10 à 15 ans pour un LA SUISSE ET LE moindre coût, avec des revenus confortables LIECHTENSTEIN

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puisque remboursant juste les intérêts de la dette, sans la dette. Bénéficiant d’une aide boursière pendant quasiment toute la durée des études, l’acquéreur n’a plus qu’à attendre que les enfants soient en âge de quitter le cocon familial pour vendre son bien, rembourser son hypothèque initiale et d’empocher au final une superbe plus-value nette d’impôt (après 15 ans). Il ne lui reste plus qu’à acheter à nouveau un bien immobilier plus modeste, quasiment sans crédit, pour lui et son épouse, les enfants vivant leur vie. Il suffit pour s’en convaincre de comparer l’indice du coût à la construction des 15 dernières années et celui d’aujourd’hui, pour comprendre que les personnes ayant bénéficié de ce genre d’opération, n’ont pas perdu d’argent, loin s’en faut (bien conseillées il est vrai par des spécialistes salariés à l’intérieur de multinationales). Prétendre le contraire serait nier l’évidence ou, en tout cas, relèverait d’une méconnaissance totale du marché. Abstraction faite, bien sûr, des pays victimes des subprimes. Conclusion : chaque jours plus nombreux, ces cas dénotent d’une dérive à des fins spéculatives au détriment des familles qui elles, sollicitent des bourses scolaires uniquement et seulement pour donner une éducation française à leurs enfant vivant en terre étrangère. Car enfin, quelle est l’utilité des bourses, si ce n’est de soulager financièrement les familles à faible revenu ? Ce n’est certes pas de favoriser par quelques truchements l’obtention de valeurs immobilières avec le concours d’une aide détournée de sa véritable vocation. C’est indécent ! Les bourses scolaires font partie intégrante des valeurs républicaines que nous ont forgées nos aînés au fil des années. Tous ceux qui, comme moi, dans leur jeunesse, ont eu la chance d’obtenir des bourses, permettant ainsi d’être mieux armés pour affronter la vie, se veulent confiants à l’idée de vous voir recadrer les bourses scolaires dans leur fonction première qu’était la leur. Dans cette attente, veuillez agréer, Madame le Minsitre, l’assurance de ma très haute considération. » N


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J’aimerais vous dire

«Le Chemin est long par les préceptes, court par les exemples.»* *APOPHTEGME DE SOCRATE e 28 mai 1958, Le Réal de Madrid remportait une nouvelle fois la Coupe d'Europe des Champions avec les di Stéfano, Gento et notre Raymond Kopa national. Ce dernier auréolé de ce nouveau titre, faisait briller les couleurs de la France sur les pelouses ibériques et européennes, mais aussi, et surtout, les yeux de millions de jeunes que nous étions alors. Il rejoignit ses coéquipiers à l'hôtel Laxbrogarden à Kopparberg, toute petite bourgarde de Suède, où doit se dérouler la Coupe du monde de football. La France se retrouve placée dans le groupe B en compagnie de l'Ecosse, de la Yougoslavie et le Paraguay. Le 8 juin 1958, le premier tour commence : France - Paraguay. La France gagne 7 buts à 3. Just Fontaine signe 3 buts et Roger Piantoni, Maryan Wisnieski, Jean Vincent et Raymond Kopa aggravent le score en mettant un but chacun. Trois jours plus tard, c'est au tour de la Yougoslavie de s'incliner 3 buts à 2 où Fontaine glisse deux fois la balle au fond des filets. Le 15 juin 1958 voit la France se défaire de l'Ecosse 2 buts à 1. Raymond Kopa et Just Fontaine se font un plaisir d'assurer la première place de leur groupe pour les Quarts de finale. Le 19 juin 1958, la France est confrontée à la redoutable équipe de l'Irlande du Nord. Score sans appel. Après que Maryan Wisnieski ait ouvert le score, insatiable, Just Fontaine envoie à deux reprises la balle au fond de la cage tandis qu'Hervé Piantoni parachève le score - 4 à 0. Les choses sérieuses commencent... La Demi-finale qui nous est proposée est de rencontrer l'équipe du Brésil. Ce 24 juin est à marquer d'une belle pierre. Albert Batteux notre entraîneur national, aligne Claude Abbes (St Etienne) dans les buts - à l'arrière Raymond Kaelbel (Monaco) - André Lerond (O. Lyonnais) - Milieu de terrain Armand Panverne (Stade de Reims) - Robert Jonquet (Stade de Reims) - Jean-Jacques Marcel (O. de Marseille) - à l'attaque, Maryan Wisnieski (RC Lens)Raymond Kopa (Réal de Madrid) - Just Fontaine (Stade de Reims) - Roger Piantoni (Stade de

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Reims) & Jean Vincent (Stade de Reims). En face, les Brésiliens nous cueillent à froid en inscrivant dès la 2e minute un but superbe de Vava. Fontaine réplique en ouvrant le score pour la France à la 9e minute. Le feu follet Didi donne l'avantage aux Sud-américains à la 39e minute, juste avant le repos. En seconde mi-temps, rivés à notre écran de télévision en noir & blanc, assis devant un diabolo menthe, médusés par tant de talent, nous avons découvert un gamin de 17 ans. Artiste virevoltant, le jeune Pelé aggrave le score en inscrivant 3 buts à la 53e, 64e et à la 73e minute. Roger Piantoni a bien un sursaut d'honneur, en réduisant la marque à la 83e minute, mais c'en est fini. Score sans appel : le Brésil se qualifie pour la finale 5 buts contre 2 seulement à la France. Mais quel match ! Nous étions fiers de nos gars. Du grand football, du beau jeu et le sentiment d'être le témoin d'une découverte exceptionnelle en la personne du jeune Pelé. Depuis ce jour-là, comme lui, tous les gamins du monde marquant un but, s'embrassent. Avant, cela n'existait pas. Que du Bonheur ! C'est le 28 juin 1958 que nous devons rencontrer l'Allemagne de l'Ouest pour l'obtention de la Troisième place. Just Fontaine met un point d'honneur a glisser 4 buts aux Allemands, Raymond Kopa et Yvan Douis (OSC Lille) parachèvent le résultat par un 6 à 3. Meilleur buteur (toujours d'actualité 52 ans après) : Just Fontaine avec 13 buts en 6 matchs Meilleur joueur de la Coupe du Monde 1958 : Raymond Kopa. Quelque temps après, notre lycée, soucieux de nous faire partager les grands moments de notre pays, décide d'emmener notre classe, ce mercredi 11 mai 1960, vers le port de Saint-Nazaire. Plus de 150 000 curieux, et probablement plusieurs millions de téléspectateurs sur la planète, s'agglutinent pour vivre une intense Edson Arantes do Nascimento, émotion. dit Pelé. En effet, les Chantiers de l'Atlantique, après plus de 4 années de travaux, vont lancer le plus grand paquebot du monde avec ses 315,66 mètres et ses 160 000 cv lui permettant d'atteindre les 31 nœuds en vitesse de croisière et les 34 nœuds en vitesse de pointe. Il est 16 heures 15, le navire majestueux entre pour la première fois dans les flots de l'Atlantique. Le FRANCE est lancé ! Madame Yvonne de Gaulle baptise le géant des mers. Quel insigne honneur ! Pour conclure son discours, le Général de Gaulle s'est exclamé en levant selon son habitude ses deux bras au ciel « VIVE LE FRANCE ! » Ce ne fut qu'au printemps 1962 que les premiers passagers purent profiter de la première traversée Le Havre - New York. Son nom était bien porté. Les technologies de pointe, associées au prestige de la France, véhiculaient à travers le monde une image que bien des pays nous enviait. Pourquoi faut-il aujourd'hui que notre Nation, essouflée, endettée, soit devenue incapable de se ressaisir ? Elle si brillante par le passé, fille aînée de l'église, tordue de douleurs dans ses contradictions, en vienne à paraphraser le jeune Périclès interrogeant son Maître Socrate : « Comment se fait-il que notre Cité ait ainsi décliné ? » N

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France-Monde Mobilité

L’impôt

expatriés et étrangers ont ainsi acquitté 0,9% de la recette 2008 alors qu'ils ne représentaient que 0,6% des foyers fiscaux. Le montant moyen “non-résident” s'élève à 4500 € contre 3500 pour les résidents.

des non résidents

Chiffres clés 2009 de l'IR, résidents (R) et non-résidents (NR)

LA CAMPAGNE 2010 DE L'IMPÔT SUR LE REVENU 2009 A DÉMARRÉ EN PLEINE CRISE DU FINANCEMENT DE LA DETTE DES ETATS ET DES TURBULENCES SUR L'EURO, AU MOMENT MÊME OÙ SE PROFILAIT LA RIGUEUR. LE GOUVERNEMENT A DÉJÀ PROGRAMMÉ UNE RÉDUCTION DES DÉPENSES PUBLIQUES. QU'EN SERA-T-IL DE NOS IMPÔTS ? LA REMISE EN CAUSE DES NICHES FISCALES ET SOCIALES EST ENTAMÉE ET LE SACRO-SAINT BOUCLIER FISCAL DEVRAIT SE FISSURER POUR FINANCER LA RÉFORME DES RETRAITES. DANS CE CONTEXTE, LE CONTRIBUABLE NE SE FAIT GUÈRE D'ILLUSIONS SUR LE SORT DE SES IMPÔTS FUTURS. QU'EN EST-IL POUR L'HEURE DES IMPÔTS DES NON-RÉSIDENTS ?

L'impôt sur le revenu (IR) Le non-résident est établi hors de France et n'a conservé sur le territoire national ni son lieu de séjour principal (183 jours/an), ni son activité professionnelle, ni le centre de ses intérêts économiques (art. 4 B-1 du code général les impôts CGI). Un seul de ces trois critères emporte la résidence. La personne dont le foyer est resté en France (conjoint marié ou pacsé, enfant), l'agent de l'Etat en service hors de France et le salarié détaché conservent le statut de résident. Le non-résident est imposé sur ses seuls revenus de source française, lesquels donnent lieu aux obligations déclaratives au Service des impôts des particuliers non-résidents (SIPNR). En l'absence de revenus, il peut être soumis à une imposition forfaitaire sur son logement en France dont il a la jouissance (art. 164-C CGI). Réservée aux contribuables résidant dans un Etat non lié avec la France par une convention (hormis tous les cas d'exonération), cette taxation est de fait quasi tombée en désuétude. Pour éviter les doubles impositions, la France a signé des conventions fiscales bilatérales avec 111 Etats étrangers (liste sur www.impots.gouv.fr). L'IR en chiffres 10% de la population se déplace chaque année. Les non-résidents assujettis à l'IR sont proportionnellement plus nombreux que les résidents. Français www.expatria-cum-patria.ch

La retenue à la source (RAS), paiement en temps réel. Elle s'applique aux traitements, salaires, pensions et rentes viagères et ne dispense pas des obligations déclaratives (art.182-ACGI).

Barèmes 2009 de la retenue à la source Tranches de revenus annuels (nets imposables)

Tranches de revenus mensuels (nets imposables)

moins de 13 977 € de 13 977 à 40 553 € au-delà de 40 553 €

moins de 1165 € de 1165 à 3 379 € au-delà de 3 379 €

Taux applicable 0% 12% 20%

La tranche à 12% est libératoire. Les montants excédant celle-ci sont imposés au barème progressif avec un taux minimum de 20%. Un taux inférieur peut être demandé si le contribuable estime que son revenu mondial le justifie. Le détail de ses revenus étrangers est alors exigé. Nouveauté 2010 : la retenue pour les artistes est désormais de 15% (au lieu de 20). Les sommes prélevées sont à reporter en case 8 TA de la déclaration 2042 C, selon les modalités prévues à l'annexe 2041-f. Impôt de solidarité sur la fortune (ISF) Les non-résidents sont imposés pour leurs biens situés en France (biens meubles corporels, immeubles ou droits réels immobiliers possédés directement ou indirectement, créance sur un débiteur...). Le seuil 2009 a été fixé à 790 000 euros (au lieu de 770 000 l'année précédente) et les tranches du barème réévaluées de 2,9%. Pas de décote de 30% sur la résidence principale mais les dettes et les emprunts immobiliers sont déductibles. 51 conventions inter-

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France-Monde Mobilité nationales visent la détermination du domicile fiscal pour l'impôt sur la fortune. Les doubles impositions sont, dans tous les cas, éliminées par l'octroi d'un crédit d'impôt par l'Etat de la résidence ou par voie d'exonération avec application de la règle du “taux effectif”. 566 000 contribuables ont acquitté l'ISF 2008 pour un montant moyen de 6 732€. Parmi eux, 80 000 sont des non résidents, soit 14% des assujettis à cet impôt. N

ISF : Barème 2009 Tranches du patrimoine Jusqu'à 790 000 € De 790 001 à 280 000 € De 1 280 001 à 2 520 000 € De 2 520 001 à 3 960 000 € De 3 960 001 à 7 570 000 € De 7 570 001 à 16 480 000 € Au-delà de 16 480 000 €

Taux d'imposition 0% 0.55 % 0.75% 1% 1.30% 1.65 % 1.80%

Déclaration 2725 M (préremplie) ou 2725 “vierge". Obligation de désigner un représentant en France autorisé à recevoir les communications relatives à l'assiette, au recouvrement et au contentieux de l'impôt.

Aperçu sur… …La lutte contre la fraude et l’évasion fiscale, les ETNC dans la collimateur ! Une retenue de 50% est appliquée - à compter du 1er mars 2010 - en cas de versement de somme via un établissement financier établi dans un État ou Territoire non coopératif (ETNC)* quelle que soit la résidence fiscale du bénéficiaire effectif : 1/ sur les rémunérations acquittées à des non-résidents (art. 182-B CG) ; 2/ sur les revenus des capitaux mobiliers (art. 187 CGI). Un prélèvement forfaitaire du même taux est opéré sur les produits de placement à revenu fixe (125- A CGFI). *18 États sur la liste noire (arrêté du 12 février 2010 JORF 17/02/2010 p. 2923) : Anguila, Belize, Brunei, Costa Rica, Dominique, Genade, Guatémala, Îles Cook, Îles Marshall, Liberia, Montserrat, Nauru, Niue, Panama, Philippines, Saint-Kitts-et-Nevis, Sainte-Lucie, Saint-Vincent et les Grenadines.

…Les pensions de retraite publiques sont imposées en France, sauf dans 15 pays principalement africains (Bénin, Burkina Faso, Cameroun, Centrafrique, Côte d’Ivoire, Mali, Mauritanie, Mayotte, Niger, Sénégal, Sri lanka, Togo, Tunisie, ainsi que les Territoires de Nlle Calédonie et St-Pierre-etMiquelon). À contrario, les pensions privées sont taxées dans le pays de résidence, hormis dans 8 pays ou Territoires (Arabie Saoudite, Argentine, Canada et Québec, Chili, Monaco, Nigéria, Polynésie française). …La déductibilité des charges pour l’IR des non-résidents est autorisée dans deux cas seulement : 1/ la réduction d’impôt pour investissements locatifs dans les zones de re-

vitalisation rurale (art. 199 E, 199 decies CGI) ; 2/ le crédit d’impôt sur les primes d’assurances pour loyers impayés, soit 50% de la prime (art. 200 nonies du CGI). …Le crédit d’impôt “intérêts d’emprunt” bénéficie seulement au non-résident qui fait construire en France un logement destiné à devenir, dès son achèvement, son habitation principale (article 200 quaterdecies / cf. rescrit administration). …L’imputation des déficits sur les bénéfices ou revenus de source française imposables en France est de droit. …Les placements financiers en France sont exonérés : ensemble des placements effectués en France et des revenus de toute nature qui relèvent de la catégorie des revenus de capitaux mobiliers : obligations, actions ou droits sociaux - à l’exception des titres de participation et des parts ou actions de sociétés à prépondérance immobilière - dépôts à vue ou à terme, comptes courants d’associés, contrats d’assurance-vie ou de capitalisation souscrits auprès de compagnies d’assurance française. … Les charges sociales non dues : prélèvement social de 3,40%, contribution sociale généralisée (CSG) et contribution pour le remboursement de la dette sociale (CRDS) ne sont pas imputés sur les revenus du patrimoine des non-résidents. …Le mandataire fiscal est officiellement reconnu s’il dispose d’une délégation écrite pour effectuer la déclaration de l’IR en lieu et place du contribuable expatrié. Une case OTA est prévue à cet effet dans la cadre signature. Les “plus” de la déclaration en ligne Simplicité : déclaration sans certificat depuis n’importe quel ordinateur, aucun justificatif à envoyer, fenêtres “mode d’emploi” à chaque étape de la déclaration. Nouveauté 2010 : les déclarations de revenus fonciers 2044 et 2044 spéciale sont prérenseignées des informations relatives aux biens et locataires mentionnées sur la déclaration en ligne de l’année antérieure. >>

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France-Monde Mobilité >> Souplesse : la déclaration peut être corrigée à tout mo-

ment, les imprimés sont téléchargeables. Sécurité : délivrance d’un accusé de réception dès la déclaration terminée. Nouveauté 2010 : l’indicateur de trafic permet à l’usager

d’éviter les moments d’affluence en temps réel ; le “bison fûté” de la déclaration ! Ristourne : réduction de 20 € consentie seulement aux contribuables non-résidents l’année de leur départ, ainsi qu’aux agents de l’État en mission à l’étranger. N

Pour en savoir plus Accueil : lundi-vendredi, 9 h-16 h). Service des impôts des Particuliers non-résidents (SIPNR) TSA 10010 - 10 rue du Centre - F-93465 Noisy-le-Grand Cedex (RER A : Noisy-le-Grand Mont d’Est) Tél.: (+33) 01 57 33 83 00 - Fax : (+33) 01 57 33 82 66. nonresidents@dgfip.finances.gouv.fr Accueil téléphonique : Centre impôts Service (lundivendredi 8 h-22 h / samedi 9h-19 h. Tél.: +33 (0)810 46 76 87. Site internet : www.impots.gouv.fr (Particuliers Vos préoccupations - Vivre hors de France). Dépliants : Impôts 2009 Salariés exerçant leur activité hors de France et Agents de l’État en service hors de France. Dates limites de dépôt des déclarations IR 2009 (papier et internet). • 30 juin (zone Europe, littoral méditerranéen, Amérique du Nord et Afrique). • 15 juillet (zone Amérique centrale et du sud, Asie - sauf pays du littoral méditerranéen -, Océanie et autres pays). Réception des avis d’imposition ou de non-imposition : d’août 2010 à janvier 2011.

Dates limites de paiement : en fonction des dates d’arrivée des avis. Trésorerie des non-résidents : 10 rue du Centre F-93465 Noisy-le-Grand - Tél.: (+33) 01 57 33 83 00 Fax : (+33) 01 57 33 90 31 Prélèvements mensuels ou prélèvement à l’échéance : Centre prélèvements services F-59868 Lille Cedex. TéL.: 33 (0)810 012 009 - Fax : 33 (0)3 20 62 82 55/5. cps.lille@finances.gouv.fr Dates limites de dépôt et de paiement de l’ISF 2009 : • 15 juillet (Europe) • 31 août (hors Europe) Délais de réclamation : 3 ans pour l’IR et l’ISF : 1 an pour les impositions établies par retenue à la source. Délais de prescription : 3 ans pour toutes les taxes assimilées à des impôts directs : retenue à la source, prélèvements libératoires. Extension possible des délais jusqu’à 10 ans, en cas de manquement aux obligations de déclaration. L’impôt 2009 sera prescrit en 2012.

Brèves AGS pour déménager “écolo”. Déménageur international, AGS est le leader français du transport domicile à domicile à travers le monde. Avec ses 125 bureaux dans 75 pays dont 18 en France et 23 en Europe - il est présent sur la presque totalité des pays d'Afrique. Le Groupe propose le transport de véhicules, des entreposages, des garde-meubles avec assurances multirisques en supplément. Un système de “tracking” permet au client de suivre 24/24 le déroulement de son déménagement. Un argument de poids pour les âmes écologistes, AGS plante un arbre (avec certificat à l'appui) pour chaque déménagement de plus de 10 m3, afin de compenser les émissions de C02 liées à l'activité. Par ailleurs, recruteur permanent, la société privilégie, pour les embauches en début de carrière, la formule du Volontariat International en Entreprise (V.I.E.). De nombreuses opportunités s'offrent aussi à des militaires en reconversion ou à des profils plus expérimentés pour la responsabilité d'une filiale - anglais courant requis, eswww.expatria-cum-patria.ch

pagnol et portugais souhaités. www.ags-demenagement.com L'Europe des retraites, quel âge ? L'âge légal de la retraite dans l'Union européenne varie entre 60 ans en France (ainsi que pour les femmes en Autriche, Grèce, Italie, Lituanie, Malte, Pologne, Royaume-Uni) et 67 ans en Allemagne et en Suède. Mais l'âge réel du départ en retraite est en moyenne à 59,4 ans en France, contre 59,3 en Pologne, 60,4 ans en Italie, 60,9 en Autriche, et 62 ans en Allemagne. Ce sont les Roumains qui partent le plus tard, à 64,3 ans. 3 personnes sur 10 auront 65 ans et plus en 2050. “Lofts Vignerons”, la vente et l'achat de lofts “authentiques” Restaurer l'habitat traditionnel détérioré au cœur des villages vignerons des Corbières, dans le Minervois, c'est le pari audacieux de Claude Espada, initiateur du concept. Pour convaincre le client potentiel,il propose la visite

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France-Monde Mobilité virtuelle d'un loft témoin. Splendide ! L'achat de ce rêve nécessitera une dépense moyenne de 2 500 € le m2 pour le terrain, les murs, l'aménagement et la restauration compris. Prix du calme et de la modernité alliés au bon goût d'autrefois. Par comparaison, le prix moyen du m2 à Paris est de 6730 €. www.loftsvignerons.fr Certification “Voltaire”, pour attester du niveau en orthographe. Lancée par la petite société lyonnaise innovante Woonoz, la certification Voltaire est destinée à valoriser les compétences sur le CV. Conçue sur le modèle du Toefl en anglais, la gradation du test peut aller de 0 à 1 000 points : 922 points étant le meilleur résultat obtenu pour l'instant. A 300 points, un candidat est jugé apte à rédiger un texte simple. Cette certification peut être passée dans les 35 centres d'examen des universités partenaires. Un réel plus à l'embauche, les employeurs déplorant le faible niveau en orthographe de leurs collaborateurs, en dessous de 40 ans surtout. www.certification-voltaire.fr L'ECTI, des seniors à toute épreuve. Association d'utilité publique présidée par un ancien de l'industrie du pétrole Georges Dupasquier, l'ECTI met 3 000 professionnels retraités au service du développement économique et social. 5 000 domaines de compétences sont couverts par des ingénieurs volontaires intervenant auprès d'entreprises en France et à l'étranger, créateurs d'entreprise, chambres de commerce et d'industrie, unions patronales, ONG et organisations internationales (ONU, BRED, Banque mondiale...). Cet organisme de ressources humaines bénévoles effectue 2 000 missions par an, dont un tiers à l'étranger. En recherche permanente d’experts et de missions, l'ECTI est présente dans l'hexagone à travers 150 délégations.

actuellement. Ils pourront opter entre “les sciences économiques et sociales” (SES) ouvrant sur les questions du pouvoir d'achat, de la valeur ajoutée et du chômage, ou bien “les principes fondamentaux de l'économie et de la gestion” (PFEG) abordant toutes les facettes de l'entreprise dans sa dimension sociale, comme acteur économique et créateur de richesses. Un programme de 54 h annuelles en vue d'améliorer la culture économique des futurs actifs. Les enseignants du secondaire - peu accoutumés à la culture d'entreprise - sauront-ils faire passer la fibre à leurs élèves ? C'est apparemment le pari que fait le gouvernement. Latitude France, l'actualité du réseau français dans le monde. Lancé en mars dernier, sous l'égide du ministère des Affaires étrangères et européennes, le site présente un maillage complet de l'offre française en matière d'aide au développement, de coopération décentralisée, culturelle, économique, linguistique, universitaire, intellectuelle, scientifique et technique dans 160 pays. Complémentaire du site France Diplomatiiel, a pour vocation de rendre les projets réalisés à l'étranger plus visibles auprès du grand public, des médias et des élus français. Il se veut être à la fois vitrine,centre de ressources, magazine, lieu de débats ou encore plateforme de coopération pour les agents du ministère. Une ambition surdimensionnée ? Plus de 500 000 événements sont organisés chaque Françoise année dans le monde. N Delegrave www.latitudefrance.org

Homeland Services, l'ange gardien des expatriés. Une palette de services offerte aux expatriés durant leur séjour hors de France. La devise de l'enseigne : Reposez-vous sur nous, partez l'esprit tranquille. Conciergerie, relation avec les locataires, assistance dans les démarches administratives et dans l'intendance de vos biens... autant d'aides sur-mesure concoctées par l'enseigne pour ses clients. A expérimenter ! www.homeland-services.com L'enseignement de l'économie, trop négatif à l'égard de l'entreprise ? La refonte des programmes d'enseignement de l'économie au lycée décidée par le ministre de l'Éducation nationale, Luc Chatel, entrera en vigueur à la rentrée 2010. Tous les élèves de seconde auront un enseignement d'économie, au lieu de 43%

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La Lettre d’Information des Français de l’Étranger

Leschiffres dela

retraite2010 AU 1er AVRIL 2010, LES RETRAITES ET LES MINIMA SONT REVALORISÉS DE 0,9 %. À CETTE OCCASION, NOUS AVONS CHOISI DE VOUS COMMUNIQUER DANS CETTE LETTRE LES PRINCIPAUX CHIFFRES DE LA RETRAITE DU RÉGIME GÉNÉRAL DE LA SÉCURITÉ SOCIALE.

Bon à savoir SALAIRES MINIMUM ET PLAFOND > Salaire minimum soumis à cotisations de sécurité sociale pour valider un trimestre : 1 772 euros ; > Salaire plafond mensuel soumis à cotisations de sécurité sociale : 2 885 euros. PRÉLÈVEMENTS SUR LA RETRAITE > Cotisation d’assurance maladie Ce prélèvement est de 3,2 % pour les retraités domiciliés fiscalement à l’étranger. Vous en êtes exonéré si : • vous résidez ou travaillez dans l’un des États membres de la zone d’application des règlements communautaires1 et si vous bénéficiez des prestations d’assurance maladie dans votre pays de résidence ou d’activité ; • vous résidez à Monaco ; • vous êtes titulaire de l’allocation veuvage ou du complément de retraite (article L 814-2 du code de la Sécurité sociale). > Contribution sociale généralisée (CSG) Ce prélèvement ne concerne que les retraités domiciliés fiscalement en France. Le taux est de 6,6 % ou 3,8 % selon le montant de la cotisation d’impôt. > Contribution pour le remboursement de la dette sociale (CRDS) Ce prélèvement de 0,5 % concerne uniquement les retraités domiciliés fiscalement en France et assujettis à la CSG. 1

Zone d’application des règlements communautaires : Allemagne, Autriche, Belgique, Bulgarie, Chypre, Danemark, Espagne, Estonie, Finlande, France, Grèce, Hongrie, Irlande, Islande, Italie, Lettonie, Liechtenstein, Lituanie, Luxembourg, Malte, Norvège, Pays-Bas, Pologne, Portugal, République tchèque, Roumanie, Royaume-Uni, Slovaquie, Slovénie Suède, Suisse. www.expatria-cum-patria.ch

L

e nombre de trimestres validés ne correspond pas forcément à la durée d’activité. Il est déterminé en fonction du montant du salaire annuel brut et ce, dans la limite de quatre trimestres par an. Ainsi pour 2010 : 1 772 euros valident un trimestre, 3 544 euros valident deux trimestres, etc.

REVALORISATION AU 1er AVRIL 2010 Les retraites sont revalorisées de 0,9 % par l’application d’un coefficient égal à 1,009. Cette augmentation s’applique à la mensualité de retraite d’avril payée en mai. Nous vous communiquons également les minima, maxima et les montants de différentes prestations ainsi que les plafonds de ressources pour les obtenir. Montants mensuels Minima Minimum contributif 595,64 € Minimum contributif majoré 650,87 € Retraite de réversion 268,55 € Maxima Retraite personnelle 1 442,50 €* Retraite de réversion 778,95 €* Compléments de retraite Majoration de la retraite de réversion par enfant à charge 91,12 € Majoration pour conjoint à charge 50,81 € Majoration pour tierce personne 1 038,36 € Allocation de veuvage 1er année et 2e année 570,21 € Plafonds de ressources pour obtenir : La retraite de réversion : • personne seule 1 535,73 €** • ménage 2 457,17 €** La majoration pour conjoint à charge 658,14 € L’allocation de veuvage 712,76 € * Ces montants, indexés sur l’évolution des salaires, ont été revalorisés au 1er janvier 2010. ** Les plafonds de ressources pour obtenir une retraite de réversion sont calculés en fonction du Smic au 1er janvier.

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La revalorisation de 0,9 % s’applique également aux salaires servant de base au calcul des retraites par l’intermédiaire de nouveaux coefficients d’actualisation. À titre indicatif, nous vous communiquons la revalorisation, au 1er avril 2010, des salaires plafonds soumis à cotisations depuis 1970. À titre d’exemple, les années en gras représentent les 25 meilleurs salaires plafonds pour un assuré né en 1950 et prenant sa retraite en 2010. N

Années

Salaires plafonds

Coefficients de revalorisation

Salaires revalorisés

1970 1971 1972 1973 1974 1975 1976 1977 1978 1979 1980 1981 1982 1983 1984 1985 1986 1987 1988 1989 1990 1991 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009

18 000,00 F 19 800,00 F 21 960,00 F 24 480,00 F 27 840,00 F 33 000,00 F 37 920,00 F 43 320,00 F 48 000,00 F 53 640,00 F 60 120,00 F 68 760,00 F 82 020,00 F 91 680,00 F 99 600,00 F 106 740,00 F 112 200,00 F 116 820,00 F 120 360,00 F 125 280,00 F 131 040,00 F 137 760,00 F 144 120,00 F 149 820,00 F 153 120,00 F 155 940,00 F 161 220,00 F 164 640,00 F 169 080,00 F 173 640,00 F 176 400,00 F 179 400,00 F 28 224,00 € 29 184,00 € 29 712,00 € 30 192,00 € 31 068,00 € 32 184,00 € 33 276,00 € 34 308,00 €

7,919 7,103 6,401 5,915 5,216 4,390 3,732 3,219 2,895 2,642 2,323 2,051 1,832 1,728 1,638 1,571 1,536 1,479 1,445 1,394 1,356 1,334 1,293 1,293 1,269 1,255 1,224 1,211 1,197 1,184 1,179 1,155 1,129 1,111 1,094 1,074 1,056 1,038 1,027 1,019

21 730,36 € 21 440,33 € 21 429,13 € 22 074,48 € 22 137,64 € 22 085,29 € 21 574,20 € 21 258,56 € 21 184,30 € 21 604,61 € 21 290,82 € 21 499,38 € 22 907,08 € 24 151,44 € 24 871,26 € 25 563,95 € 26 272,94 € 26 339,64 € 26 513,95 € 26 623,74 € 27 088,70 € 28 015,84 € 28 408,43 € 29 532,00 € 29 622,25 € 29 834,98 € 30 083,26 € 30 395,14 € 30 853,96 € 31 341,96 € 31 705,67 € 31 588,49 € 31 864,89 € 32 423,42 € 32 504,92 € 32 426,20 € 32 807,80 € 33 406,99 € 34 174,45 € 34 959,85 €

Tous les salaires sont exprimés en montant annuel brut (dans la limite du plafond de la Sécurité sociale).

Pour plus d’informations www.lassuranceretraite.fr Cnav - Information des Français de l’étranger 75951 Paris cedex 19 Guides (disponibles sur notre site) : “Français de l’étranger, votre retraite de la Sécurité sociale” ; “Carrière en France et à l’étranger, la retraite de la Sécurité sociale”.

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Conjoncture suite CET ARTICLE S’INTÈGRE DANS UNE SÉRIE DE PUBLICATIONS INITIÉE DANS FRANCE MAGAZINE N°27 “QUELS LEVIERS D’UNE CROISSANCE AUTRE ET DURABLE ?” 35 PROPOSITIONS DE LA COMMISSION INNOVATION & IMMATÉRIEL DU GROUPEMENT DES PROFESSIONS DE SERVICES. WWW.GPS.ASSO.FR. WWW.FRANCEMAGAZINE.ORG

CAPITAL PARTIES PRENANTES DANS LES SERVICES

Vers un delavaleurdurable ? es parties prenantes se définissent comme des groupes d’acteurs financiers, économiques ou sociétaux qui impactent ou sont impactés par la stratégie de l’entreprise et ses activités. Leur rôle semble actuellement connu et reconnu, largement relayé sur les dix dernières années par la démarche de développement durable, qui identifie particulièrement les aspects humains et environnementaux. L’intérêt plus prospectif porte désormais sur les pratiques opérationnelles de management des parties prenantes permettant de générer de la performance et de la valeur durable. Cet enjeu s’inscrit de manière forte dans l’économie de l’immatériel, dans laquelle les entreprises vont évoluer de façon croissante dans un « open business model », où leur patrimoine se structure autour d’actifs immatériels relationnels dépendant de l’extérieur. La compétitivité repose sur la capacité à générer une relation pérenne à valeur ajoutée avec les parties prenantes. Les services étant en première ligne dans cette chasse à la valeur relationnelle

puisqu’une majorité des effectifs sont en contact direct et permanent avec ces parties prenantes, voici quelques propositions concrètes de la Commission GPS « Innovation & Immatériel ».

L

maandrieux@deloitte.fr

Le management des parties prenantes

www.expatria-cum-patria.ch

Marie-Ange Andrieux DIRECTEUR DES PARTENARIATS DELOITTE, CO PRÉSIDENT DE LA COMMISSION GPS INNOVATION ET IMMATÉRIEL

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La valeur de l’entreprise se construit avec des partenaires nombreux et variés, qui n’ont pas nécessairement le même impact ou niveau de légitimité. Chaque entreprise doit donc (proposition 1) identifier, cartographier et hiérarchiser ses parties prenantes. Cette cartographie ordonnancée des parties prenantes doit intégrer une double dynamique en vue d’évaluer (proposition 2) les relations de l’entreprise avec elles : > prioritiser les parties prenantes au regard de leur degré d’importance relative pour la mise en œuvre des objectifs stratégiques, > analyser la nature de leurs interrelations


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Conjoncture suite

avec l’entreprise et le niveau d’impact sur la performance financière et la valeur immatérielle. La mise en place d’une analyse multi critères enrichie d’un ensemble d’indicateurs de mesure (proposition 3) permettra de rendre visible l’invisible subtil qu’est la qualité d’une relation. C’est le management des parties prenantes au travers de l’activation d’un capital partenaires. Bien que de cette démarche doive résulter une cartographie spécifique à chaque stratégie d’entreprise, on observe à l’usage trois cercles : de premier rang (salariés, actionnaires), de deuxième rang (clients, fournisseurs, autres partenaires opérationnels, acteurs financiers…) ou de troisième rang (pouvoirs publics, organismes professionnels et sociaux, concurrents, académiques et experts…). La nature des métiers de services peut moduler significativement cette analytique partenariale : à titre d’exemple, les services aux collectivités intégreront dans un cercle prioritaire les acteurs de la territorialité, les services aux entreprises dits KIS (knowledge Intensive Services) seront centrés sur les clients (co-création de l’offre). Le management par les parties prenantes En vue d’optimiser des interactions multidimensionnelles dans le temps (relation court ou long terme) et dans l’espace (à tous les niveaux de l’organisation et de profondeur différente), l’entreprise doit mettre en place un plan d’actions (proposition 3) pour piloter ces relations en visant une sorte de co-régulation. C’est le management par les parties prenantes. Cette intégration des parties prenantes dans le management même de l’entreprise constitue un levier de valorisation des actifs immatériels essentiels à sa performance : > D’abord, le capital humain, tant le capital individuel avec une sensibilisation et une formation des salariés au management de la relation avec les parties prenantes (proposition 4) que l’efficience collective (pour une dynamique comportementale du partage ) : au-delà des savoir-faire, les salariés dans leur savoir-être extérieur sont les meilleurs

ambassadeurs de l’entreprise comme ses indispensables atouts pour générer la confiance des marchés opérationnels et financiers, > Ensuite, l’innovation , par le talent d’inventer en communauté de pratiques ou réseaux sociaux d’entreprises ouverts sur l’extérieur (proposition 13) pour une co-création des offres avec les clients et les partenaires, constitutive de fidélisation comme d’avantage compétitif,

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L’intérêt plus prospectif porte désormais sur les pratiques opérationnelles de management des parties prenantes permettant de générer de la performance et de la valeur durable.

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> Enfin, les marques et plus largement la notoriété et la réputation de l’entreprise, véhiculées au travers de ce maillage relationnel ancré dans la communauté économique et financière, vecteur indispensable d’une stratégie d’influence. Ces interdépendances avec les réseaux environnementaux réels ou virtuels ne sont pas exemptes de risques, l’enjeu de maîtriser la e-réputation n’étant qu’un des derniers en date. Ces risques sont à identifier et à intégrer dans la gouvernance des parties prenantes. La prise en compte des parties prenantes participe d’une évolution du modèle entrepreneurial, synthétisée autour de l’exigence des 3P qu’exprimeraient les marchés auprès de l’entreprise : « Profit », « People », « Planet ». Mais, pour qu’un open business model de la valeur durable soit acceptable par l’entreprise, nous proposons de moduler les 3P par les 3L, des attentes que pourrait formuler l’entreprise aux marchés : > « Long term », au delà des profits, la reconnaissance dans la valorisation de l’entreprise de l’impact des investissements de long terme dans les actifs durables, > « Loyalty », l’acceptation que l’entreprise ait besoin de construire la loyauté de ses hommes et de ses partenaires pour générer de la valeur durable, > « Liabilities », la nécessité de définir les champs de responsabilités de l’entreprise vis-à-vis de l’environnement et de savoir en poser les limites. La vraie richesse de l’entreprise sera alors de disposer d’une réelle capacité à être acteur de sa propre valeur. N


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Droit suisse DANS LE CADRE DE CETTE NOUVELLE CHRONIQUE DE FRANCE MAGAZINE, ME PATRICK BLASER, AVOCAT A GENEVE, NOUS PRESENTE L’ACTUALITE JURIDIQUE FRANCO-SUISSE AU TRAVERS DES DERNIERES JURISPRUDENCES RENDUES PAR LE TRIBUNAL FEDERAL SUISSE DANS DES AFFAIRES CONCERNANT DES FRANÇAIS RESIDANT OU NON EN SUISSE.

écidément, l’actualité judiciaire franco-suisse ne manque pas d’animation. C’est d’abord la victoire de la chaîne de télévision M6 sur sa concurrente, la Télévision Suisse Romande, qui se disputent les beaux yeux des Suisses romands. C’est ensuite celle d’un travailleurcontribuable frontalier, imposé à la source, qui entendait bénéficier des mêmes déductions fiscales que les contribuables résidant en Suisse. C’est enfin le retrait abrupt de l’autorité parentale d’une mère qui a pris l’initiative, regrettable, de s’établir en France avec sa fille sans en référer au père.

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TELEVISION TRANSFRONTALIERE PAR SATELLITE : M6 gagne son match contre la TSR (Télévision Suisse Romande) et peut continuer à diffuser sans restriction ses programmes en Suisse romande. (arrêt du 12 janvier 2010, 4A_203/2009)

Les Français faceau droit suisse

Depuis plusieurs années, Métropole Télévision et la Télévision Suisse Romande (TSR) se livrent des batailles judiciaires acharnées à propos des programmes de M6 diffusés en Suisse romande. Dans ce contexte, le Tribunal fédéral suisse a rendu un dernier arrêt en date du 12 janvier 2010. La TSR voulait obtenir qu’il soit fait interdiction à Métropole Télévision de diffuser en Suisse romande certains programmes de M6 comprenant notamment des messages publicitaires spécifiquement destinés au public suisse romand, sans y être expressément autorisée par les titulaires des droits d’auteurs sur les œuvres concernées. La TSR demandait également que cette interdiction porte également sur la diffusion d’un certain nombre de films et séries télévisés. www.expatria-cum-patria.ch

La TSR invoquait, à l’appui de sa demande judiciaire, que la diffusion des programmes de M6, dont elle requérait l’interdiction, violait la loi suisse sur les droits d’auteur et constituait une concurrence déloyale. En effet, selon la TSR, la violation dénoncée permettait à Métropole Télévision de s’épargner le paiement de droits de diffusion pour la Suisse, alors que la TSR devait débourser des sommes considérables pour obtenir l’exclusivité sur ce territoire. Par ailleurs, Métropole Télévision pouvait offrir à ses annonceurs des tarifs qui n’avaient pas à tenir compte de frais de licence, ce qui n’était pas le cas de la TSR. Dans ce contexte, la TSR estimait son dommage à au moins 10 millions de francs suisses. Le Tribunal fédéral ne s’est finalement pas montré à l’écoute des arguments soutenus par la TSR et s’est rangé à ceux développés par Métropole Télévision en reconnaissant que cette dernière n’avait commis aucune violation du droit d’auteur suisse et aucune concurrence déloyale. A la première question : la diffusion sur sol suisse par M6 d’œuvres nécessite-t-elle l’autorisation spécifique des titulaires de droit exclusif d’utilisation desdites œuvres ?, le Tribunal fédéral a répondu : non. Dans ce cadre, le Tribunal fédéral a en effet considéré que la loi suisse sur le droit d’auteurs n’a pas à s’appliquer à la diffusion par satellite d’œuvres depuis la France et cela même si l’émission contient des publicités qui ne sont destinées qu’aux téléspectateurs suisses. Partant, une telle diffusion ne nécessite pas une autorisation spécifique pour la Suisse, des titulaires des droits d’auteurs. A la seconde question : la diffusion incriminée des programmes de M6 constitue-t-elle un acte de concurrence déloyale ?, le Tribunal fédéral a également répondu : non. A ce propos, le Tribunal fédéral a rappelé qu’un acte licite en soi pouvait néanmoins constituer un acte de concurrence déloyale dans la mesure où il est perpétré contrairement aux règles de la bonne foi. Dans le cas d’espèce, la diffusion incriminée des programmes de M6 est licite en soi puisque le Tribunal fédéral a d’abord jugé qu’elle ne violait pas les droits du donneur de licence selon la loi suisse sur les droits d’auteurs. Allant plus loin, le Tribunal fédéral a ensuite admis que Métropole Télévision n’agissait

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pas de mauvaise foi puisqu’elle n’a fait qu’utiliser de bonne foi une possibilité technique, soit la diffusion nécessairement transfrontalière des œuvres litigieuses. Résultat ? La TSR a vu sa demande judiciaire en constatation de droit, en cessation de trouble, en interdiction et en dommages et intérêts intégralement rejetée. C’est le signe que, à l’instar des oiseaux, la diffusion télévisuelle par ondes hertziennes et par satellite ne connaît pas non plus de frontière. IMPOSITION DES FRONTALIERS À LA SOURCE : un travailleur frontalier résidant en France et travaillant en Suisse obtient la remise en question de l’imposition à la source en tant qu’elle exclut certaines déductions fiscales effectives. (arrêt du 26 janvier 2010, 2C_319/2009)

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Un travailleur frontalier domicilié en Haute-Savoie mais exerçant son activité lucrative en Suisse a gagné son bras de fer contre l’Administration fiscale cantonale Un acte licite en soi genevoise. peut néanmoins Imposé à la source sur son salaire, le frontalier a fait valoir qu’il avait également le constituer un acte droit de bénéficier des déductions fiscales de concurrence dont bénéficient les contribuables « ordinaires » tels ses frais effectifs de transport déloyale dans la et de repas, ses primes d’assurance malamesure où il est die et d’assurance vie, ses cotisations 2e et 3e piliers ainsi que ses frais médicaux. perpétré L’administration fiscale cantonale genecontrairement aux voise lui a toujours refusé ces déductions au motif qu’elles n’étaient pas prévues règles de la dans le cadre de l’impôt à la source des bonne foi. frontaliers et que cette situation ne créait pas de discrimination, la situation d’un frontalier n’étant pas comparable à celle d’un résident en Suisse. Cet avis a été partagé par le Tribunal administratif de Genève mais pas par le Tribunal fédéral suisse qui a créé la surprise en admettant le recours du frontalier. Par son arrêt, le Tribunal fédéral a mis fin à une des règles fondamentales de l’imposition à la source qui exclut toutes déductions fiscales. Cette règle se fondait sur le fait que les taux d’imposition à la source étaient plus bas que les taux ordinaires puisque les déductions fiscales étaient déjà intégrées de façon forfaitaire dans la fixation du taux. Le Tribunal fédéral n’a pas été sensible à cette approche pragmatique du problème. Le Tribunal fédéral a en effet d’abord voulu s’assurer que la différence de traitement entre un travailleur frontalier imposé à la source et un contribuable domicilié en Suisse taxé de façon ordinaire était juridiquement admissible. Or le Tribunal fédéral est arrivé à la conclusion que cela n’était pas le cas notamment sous l’angle de l’accord sur la libre circulation des personnes entré en vigueur en Suisse en juin 2002, et de la jurisprudence de la Cour de Justice des communautés européennes.

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Selon cette jurisprudence, il est certes admissible de faire une distinction sur le plan fiscal entre les résidents et les non-résidents lorsque l’essentiel du revenu imposable provient de l’activité déployée dans l’Etat de résidence. Par contre, une telle discrimination entre résidents et non-résidents n’est plus acceptable lorsque le travailleur frontalier tire l’essentiel de ses revenus de son activité déployée en Suisse et non dans son Etat de résidence. Dans ce dernier cas, le Tribunal fédéral ne voit en effet pas de différence objective suffisante permettant de taxer différemment une activité salariale d’un résident et d’un non-résident alors que celle-ci s’avère en réalité comparable. Dès lors, le Tribunal fédéral a estimé que le travailleur frontalier qui réalise la quasitotalité de ses revenus en Suisse doit être qualifié de quasi-résident et traité comme un contribuable résident. Cette décision ne met pas en péril l’institution de l’impôt à la source qui constitue avant tout un moyen d’obtenir que l’impôt dû soit payé, mais modifie uniquement l’imposition du travailleur frontalier qui peut bénéficier dorénavant des mêmes déductions fiscales qu’un contribuable résidant en Suisse. Mais il pourrait ne s’agir là finalement que d’une victoire à la Pyrrhus. Dans ce contexte, il a en effet échappé au Tribunal fédéral qu’avec cette jurisprudence le travailleur frontalier est finalement gagnant par rapport au contribuable résidant en Suisse. En effet, le travailleur frontalier bénéficie, dès lors, d’une sorte de cumul entre les déductions forfaitaires et celles effectives compte tenu du fait que le taux d’imposition à la source intègre déjà, de façon forfaitaire, les déductions fiscales. Partant, l’administration fiscale cantonale genevoise pourrait être tentée (et elle l’est !) d’appliquer un barème rectifié de l’imposition à la source des travailleurs frontaliers afin d’éviter toute discrimination « à l’envers » à l’encontre cette fois des contribuables résidant en Suisse. Par ailleurs, l’administration fiscale cantonale genevoise, toujours pour éviter cette discrimination « à l’envers », pourrait envisager (c’est déjà le cas !) d’inviter les travailleurs frontaliers à remplir une déclaration fiscale complète afin de tenir

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l’ensemble de leurs revenus mobiliers et immobiliers, comme cela est le cas des contribuables résidant en Suisse. Bref : le problème de l’imposition des travailleurs frontaliers est loin d’être réglé et l’arrêt du Tribunal fédéral semble avoir mis le feu aux poudres. DROIT DE LA FAMILLE : autorité parentale retirée à une mère, vivant séparée du père, qui traverse la frontière pour vivre en France avec sa fille à l’insu de son père. (arrêt du 27 août 2009, 5A_645/2008)

Deux parents, non mariés et domiciliés à Genève, ont obtenu, suite à leur séparation, l’autorité parentale conjointe sur leur fille, née en 2004. Par la suite, la mère de l’enfant a toutefois pris la décision unilatérale de retirer sa fille de la crèche à Genève pour la scolariser en France voisine où elle résidait dorénavant avec son nouveau compagnon, tout en prétextant qu’elle continuait à vivre à son domicile genevois. Sur ce, chacun des parents a demandé à l’Autorité de Surveillance des Tutelles de Genève de lui attribuer à titre exclusif l’autorité parentale et la garde de l’enfant et, corollairement, de les retirer à l’autre parent. Démise de son autorité parentale, la mère a recouru au Tribunal fédéral pour obtenir la restitution de son autorité parentale et le retrait de celle du père. La mère a soutenu que la décision querellée de lui retirer l’autorité parentale procédait d’une volonté de l’autorité de la sanctionner pour avoir décidé unilatéralement de déménager avec sa fille de Genève en France où elle l’a scolarisée. La mère n’a pas obtenu du Tribunal fédéral l’écho escompté. Selon le Tribunal fédéral, ce n’est que lorsque des faits nouveaux importants l’exigent pour le bien de l’enfant que l’attribution de l’autorité parentale même conjointe peut être modifiée. Etant toutefois rappelé que l’intérêt de l’enfant commande une certaine stabilité dans ses relations avec ses père et mère. Partant, chaque divergence des parents concernant l’enfant ne constitue pas une modification essentielle. www.expatria-cum-patria.ch

S’agissant de l’autorité parentale conjointe, son retrait à l’un des parents implique surtout que les fondements essentiels de la responsabilité commune des parents n’existent plus. Tel est notamment le cas lorsque la volonté des parents de coopérer s’est évanouie. Dans le cas d’espèce, il a été établi que les parents ne s’accordaient plus pour exercer l’autorité parentale conjointe puisque ces parents n’étaient plus en mesure de dépasser leurs divergences pour prendre ensemble les décisions fondamentales relatives à l’intérêt de l’enfant. L’autorité parentale conjointe ne pouvait par conséquent plus être maintenue. Encore faut-il déterminer auquel des deux parents l’autorité parentale exclusive doit être attribuée, respectivement retirée à l’autre parent. Le principe fondamental pour le choix du Selon le Tribunal parent auquel doit être attribuée l’autorité fédéral, ce n’est que parentale est l’intérêt de l’enfant, celui des parents étant relégué à l’arrière-plan. lorsque des faits Cette attribution doit se faire de manière à répondre le mieux possible aux besoins de nouveaux l’enfant, le juge devant tenir compte de importants l’exigent toutes les circonstances importantes pour le bien de celui-ci notamment les relations pour le bien de personnelles entre les deux parents et l’enfant que l’enfant, les capacités éducatives respectives des parents, leur aptitude à prendre l’attribution de soin de l’enfant personnellement et à s’en l’autorité parentale occuper ainsi qu’à favoriser les contacts avec l’autre parent. Il faut choisir la solumême conjointe tion qui est la mieux à même d’assurer à peut être modifiée. l’enfant la stabilité des relations nécessaires à un développement harmonieux des points de vue affectif, psychique, moral et intellectuel. Si le juge ne peut se contenter d’attribuer l’enfant au parent qui en a eu la garde pendant la procédure, ce critère jouit d’un poids particulier lorsque les capacités d’éducation et de soin des parents sont similaires. Dans le cas d’espèce, le Tribunal fédéral a jugé que le prononcé du retrait de l’autorité parentale à la mère n’était pas “insoutenable”. Si dans le cas d’espèce les parents présentaient chacun des capacités éducatives équivalentes et une possibilité comparable de logement pour l’enfant, il apparaissait que le père avait plus de disponibilité que la mère pour s’occuper de l’enfant et mieux à même que la mère de favoriser des contacts avec l’autre parent. Dans ces circonstances, le Tribunal fédéral Patrick Blaser a confirmé que l’autorité parentale pouvait AVOCAT, ETUDE être retirée à la mère et attribuée au père. B OREL & BARBEY Dura lex, sed lex ! N JUGE SUPPLÉANT À LA COUR DE JUSTICE, GENÈVE

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patrick.blaser@borel-barbey.ch

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Francophonie nistérielle permanente de la Francophonie. L’avènement de la coopération francophone « Dans les décombres du colonialisme, nous avons trouvé cet outil merveilleux, la langue française », aimait à répéter le poète Léopold Sédar Senghor, ancien président du Sénégal. Une formule qui reflète la philosophie des pères fondateursde la Francophonie institutionnelle - Senghor et ses homologues tunie terme “francophonie” est apparu vers la fin du XIXe siècle sien, Habib Bourguiba, et nigérien, Hamani pour décrire l'ensemble des personnes et des pays utilisant le Diori,ainsi que le prince Norodom Sihanouk, français. Il acquiert son sens commun lorsque, quelques dédu Cambodge - et qui consiste à mettre à cennies plus tard, des francophones prennent conscience de l'exisprofit le français au service de la solidarité, tence d'un espace linguistique partagé, propice aux échanges et à du développement et du rapprochement des l'enrichissement mutuel. Des hommes et femmes de lettres seront peuples par le dialogue permanent des civià l'origine de ce mouvement. Quoi de plus naturel pour une entrelisations. prise adossée à l'usage de la langue. C'est là tout l'objet de la signature à Niamey, le 20 mars 1970, par les représentants de 21 Premiers pas Etats et gouvernements, de la Convention Des écrivains initient le processus, dès 1926, en créant l'Association portant création de l'Agence de coopération des écrivains de langue française (Adelf) ; suivent les journalistes, culturelle et technique (ACCT). Nouvelle orregroupés en 1950 au sein de l'Union internationale des journalistes ganisation intergouvernementale fondée auet de la presse de langue française (aujourd'hui Union de la presse tour du partage d'une langue commune, le francophone) ; en 1955, une Commufrançais, chargée de promounauté des radios publiques francovoir et de diffuser les cultures L’ORGANISATION INTERNATIONALE DE phones est lancée avec Radio France, de ses membres et d'intensiLA FRANCOPHONIE DÉNOMBRE UNE la Radio suisse romande, Radio Cafier la coopération culturelle POPULATION DE PLUS DE 803 MILLIONS nada et la Radio belge francophone. et technique entre eux. ET 200 MILLIONS DE LOCUTEURS DE Cette communauté propose auLe projet francophone a sans FRANÇAIS DE PAR LE MONDE. jourd'hui, avec une audience sans cesse évolué depuis la créacesse accrue, des émissions comtion de l'ACCT devenue, en munes diffusées simultanément sur les ondes des radios membres, 1998, l'Agence intergouvernementale de la contribuant ainsi au renforcement du mouvement francophone à traFrancophonie et, en 2005, l'Organisation invers le monde. ternationale de la Francophonie. En 1960, la première institution intergouvernementale francophone Avec l'ACCT, la coopération s'engage dans voit le jour avec la Conférence des ministres de l'Education (Conféles domaines de la culture et de l'éducation. men) qui regroupait au départ 15 pays. Cette conférence ministéPartenaire depuis le début des années 70 du rielle permanente compte aujourd'hui 41 Etats et gouvernements Fespaco, le Festival panafricain du cinéma et membres. Elle se réunit tous les deux ans pour tracer les orientade la télévision de Ougadougou (Burkina tions en matière d'éducation et de formation au service du dévelopFaso), l'Agence crée en 1988 son Fonds franpement. Les universitaires s'en mêlent à leur tour en créant, une cophone de production audiovisuelle du Sud année plus tard, l'Association des universités partiellement ou enqui aura aidé, à ce jour, à la réalisation de tièrement de langue française, qui deviendra, en 1999, l'Agence uni1400 œuvres de cinéma et de télévision. En versitaire de la Francophonie (AUF). L’AUF compte aujourd'hui 677 1986 est inauguré le premier des centres de établissements d'enseignement supérieur et de recherche répartis lecture et d'animation culturelle - Clac - qui dans 81 pays. Elle est l'un des opérateurs spécialisés de la Francooffrent aux populations des zones rurales et phonie. des quartiers défavorisés un accès aux livres Le mouvement s'élargit aux parlementaires qui lancent leur assoet à la culture. On en dénombre aujourd'hui ciation internationale en 1967, devenue l'Assemblée parlementaire 225, répartis dans 18 pays. En 1993, le prede la Francophonie (APF) en 1997. Elle regroupe actuellement 65 mier MASA, Marché des arts du spectacle parlements membres et 11 observateurs et représente, selon la africain, est organisé à Abidjan (Côte Charte de la Francophonie, l'Assemblée consultative du dispositif d'Ivoire). Parallèlement, un programme institutionnel francophone. d'appui à la circulation des artistes et de La Conférence des ministres de la Jeunesse et des Sports (Conféjes), leurs œuvres est lancé, ouvrant les froncréée en 1969, est, avec la Confémen, la deuxième conférence mitières aux créations d'arts vivants : théâtre,

L’histoiredela

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Francophonie danse, musique. En2001, l'Agence crée un nouveau prix littéraire, le Prix des cinq continents de la Francophonie, qui consacre chaque année un roman de langue française. De grands noms de la littérature francophone s'engagent à ses côtés : Jean-Marie Gustave LeClésio, René de Obaldia, Vénus Khoury Ghatta, Lionel Trouillot font notamment partie du jury. Des écrivains tels que Mathias Esnard et Alain Mabanckou, lauréats, respectivement, en 2004 et 2005, s'affirment dans la sphère littéraire.

Ces concertations politiques au plus haut niveau ont progressivement renforcé la place de la Francophonie sur la scène internationale, tout en élargissant ses temps d’action et en améliorant ses structures et modes de fonctionnement. Pour être plus plus conforme à la dimension politique qu’elle a acquise, la Francophonie est doctée, sur décision du Sommet de Cotonou (1995, Bénin), d’un poste de secrétaire général, clé de voûte du système institutionnel francophone. Le premier secrétaire général est élu au Sommet de Hanoï (Vietnam) en 1997 en la personne de Boutros BoutrosGhali, ancien secrétaire général des Nations-unies - il occupera ce poste jusqu’en 2002. Au cours de ce même sommet, la Charte de la Francophonie, principal texte de référence, est adoptée.

Présence des radios et télévisions Dans les années 70 et 80, les réseaux francophones s'organisent. Un Conseil international des radios et télévisions d'expression française (CIRTEF) est créé en 1978. Composé aujourd'hui de 44 chaînes de radiodiffusion et de télévision utilisant entièrement ou partiellement la langue française, il développe la coopération entre elles, par l'échange d'émissions, la coproduction et la formation des professionnels. En 1979, à l'initiative de Jacques Chirac, maire de Paris, les maires des capitales et métropoles partiellement ou entièrement francophones créent leur réseau. L'Association internationale des maires francophones Avec Abdou Diouf (AIMF) deviendra, en 1995, un opéAbdou Diouf, ancien président rateur de la Francophonie. de la République du Sénégal, En 1984, la chaîne de télévision est élu secrétaire général de francophone TV5 naît de l'alliance la Francophonie au Sommet de cinq chaînes de télévision pude Beyrouth, en 2002. Il imbliques : TF1, Antenne 2 et FR3 pulse une nouvelle dynamique pour la France, la RTBF pour la à l’Organisation dans ses deux Communauté française de Belvolets : les actions politiques gique et la TSR pour la Suisse, reet la coopération pour le dévejointe, en 1986, par le Consortium loppement. Une nouvelle de télévisions publiques Québec Charte de la Francophonie Canada. TV5 Afrique et TV5 Améadoptée par la Conférence mirique latine voient le jour en 1992, nistérielle, à Antananarivo suivies par TV5 Asie en 1996, puis (Madagascar), en 2005, ratiode TV5 Etats-Unis et TV5 Moyennalise les structures de la Orient en 1998. La chaîne, dénomFrancophonie et ses modes de mée TV5 Monde depuis 2001, fonctionnement et consacre Abdou Diouf, secrétaire général de compte aujourd'hui 7 chaînes de l’appellation d’Organisation inl'Organisation internationale télévision et TV5 Québec Canada. ternationale de la Francophode la Francophonie. Transportée par 44 satellites, nie. reçue dans 189 millions de foyers À la culture et à l’éducation, de par le monde, elle constitue le principal vecteur de la Francophodomaines originels de la coopération frannie : la langue française dans la diversité de ses expressions et de cophone, se sont ajoutés, au fil des Somcultures qu'elle porte. mets, la champ politique (paix, démocratie et droits de l’homme), le développement duLe Sommet : une nouvelle dimension politique rable, l’économie et les technologiesnuméLe Sommet des chefs d'Etat et de gouvernement des pays ayant le riques. L’Institut de l’énergie et de français en partage, communément appelé “Sommet de la Francol’environnement de la Francophonie voit le phonie”, se réunit pour la première fois en 1986 à Versailles (France), jour à Québec en 1988 et un Institut des nouà l'invitation du président de la République française François Mitvelles technologies de l’information et de la terrand, Quarante-deux Etats et gouvernements y participent et reformation doté d’un Fonds des inforoutes tiennent quatre domaines essentiels de coopération multilatérale : le remplace l’École internationale de Bordeaux développement, les industries de la culture et de la communication, en 1998. les industries de la langue ainsi que le développement technologique Dans le domaine capital de la promotion de couplé à la recherche et à l'information scientifique. la démocratie, l’OIF envoie sa première mis-

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Francophonie >> sion d’observation d’un processus électoral

en 1992, lors des présidentielles et législatives en Roumanie. L’assistance électrorale offerte en réponse à la demande des États concernés ne se limite pas à l’observation des scrutins. Elle englobe divers appuis institutionnels et juridiques, la formation des personnels électoraux, l’assistance technique et matérielle. En 2000, au Mali, la “Déclaration de Bamako”, premier texte nominatif de la Francophonie en matière de pratiques de la démocratie, des droits et des libertés, est adoptée. La Francophonie se dote ainsi de pouvoirs contraignants face à ses membres qui ne respectent pas les valeurs démocratiques communes.

Au plus près des populations Avec les premiers Jeux de la Francophonie, en 1989, la Francophonie institutionnelle prend une dimension populaire et se met à l’écoute de la jeunesse : le Maroc accueille 1 700 jeunes de 31 pays francophones autour de concours culturels et sportifs. Depuis, les jeux se tiennent tous les quatre ans : France (1994), Madagascar (1997), Canada-Québec (2001), Niger (2005) et Liban (2009). Une Conférence francophone des organisations internationales non gouvernementales tenue en 1993 avec la participation de 31 OING accréditées auprès des instances de la Francophonie associe désormais la société civile au processus d’élaboration, de réalisation et d’évaluation de la coopération multilatérale francophone. La Conférence des OING se réunit tous les deux ans sur convocation du secrétaire général de la Francophonie. En 2009, 63 organisations internationales non gouvernementales et autres organisations de la Société civile, intervenant dans les divers champs d’activité de la Francophonie, sont accréditées. N

UNION INTERNATIONALE DE LA PRESSE FRANCOPHONE COMITE INTERNATIONAL BUREAU Présidence internationale Alfred DAN MOUSSA Directeur du développement des Rédactions du groupe Fraternité Matin (Abidjan) Vice-présidents internationaux Alain-Blaise BATONGUÉ Directeur du quotidien Mutations (Yaoundé) Abdelmounaïm DILAMI Rédacteur en chef du quotidien L'Economiste (Casablanca) Vice-présidents internationaux régionaux Pour l'Afrique Centrale Jean-Pascal N'DONG-OBIANG Directeur général de Radio Nostalgie (Libreville) Pour l'Amérique du Nord Jean SAINT-CYR Rédacteur en chef du journal Acadie Nouvelle (Caraquet Nouveau-Brunswick) Pour le Maghreb Amer OUMAlOU Directeur du quotidien d'Algérie (Oran) Pour l'Afrique de l'Ouest Edouard OUÉDRAOGO Directeur du quotidien l'Observateur Paalga (Ouagadougou)

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Pour l'Europe Philippe DESSAINT directeur en charge des projets événementiels de TV5 Monde (Paris) Trésorier international François STEVENIN Journaliste Le Peuple Valdôtain (Aoste) Secrétaire général international Georges GROS Rédacteur en chef de La Gazette de la presse francophone (Paris)

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42 Assisesdelapressefrancophone RABAT, 1ER > 5 JUIN 2010

La responsabilité politique et sociétale des médias 200 JOURNALISTES DE LA PRESSE ÉCRITE ET AUDIOVISUELLE ONT PARTICIPÉ AUX 42es ASSISES, QUI ONT CÉLÉBRÉ LE 60e ANNIVERSAIRE DE L’UNION INTERNATIONALE DE LA PRESSE FRANCOPHONE (UPF). PLUSIEURS INTERVENANTS VENANT À DIFFÉRENTS PAYS FRANCOPHONES DÉBATTRONT DES THÈMES EXPOSÉS CI-APRÈS.

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Francophonie >> La liberté a pour corollaire la

responsabilité Il n’est pas un seul endroit sur la planète où quelqu’un anonyme ou puissant, n’ait eu à se plaindre de l’irresponsabilité des médias, même si chacun mesure ce que le respect de ses propres droits doit à la liberté d’expression. Mais chaque journaliste fait-il bien le distinguo entre “le droit d’informer” et “le droit à l’information” ? La loi suffit-elle ? Qu’apporte l’éthique ? La formation des journalistes est-elle suffisante sur ce point précis ? Vers une information à deux vitesses ? La notion de “Mass Media” tend à disparaître. Les médias ont cependant pour mission d’informer, de mettre le grand public à niveau dans tous les domaines, sociétaux, po-

litique, économique, scientifique, culturel… Force est de constater une dégradation des contenus quand l’info-spectacle est privilégiée, quand la crédibilité l’emporte sur la véracité, quand la vulgarisation-séduction prédomine, quand la moindre rumeur d’Internet devient information, quand n’importe qui peut s’intituler journaliste ou même agence. Ne risque-t-on pas d’évoluer vers une information à deux vitesses, réservant la plus sophistiquée et la plus sérieuse aux couches les plus aisées ? L’influence du politique Le monde politique accorde une importance grandissante aux médias. D’où la volonté permanente de contrôler, de maîtriser, de censurer ou de discréditer. Les médias font-ils réellement l’opinion www.expatria-cum-patria.ch

comme ils le croient ? L’aide publique aux médias est-elle une entrave à leur liberté ? Inversement, comment protéger les médias des ingérances politiques ? Comment éviter la connivence, l’influence ? N

Al-Jezira en français ?

A

près l’arabe et l’anglais, les autorités du Qatar ont l’ambition de lancer Al-Jezira en français. Grâce à cette chaîne d’information en continu, Doha veut récupérer le marché de la francophonie en Afrique, où le minuscule émirat investit massivement. Le Qatar s’intéresse également de près à la population française d’origine maghrébine. Al-Jezira est l’outil de la très active diplomatie du Qatar.

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Plus qu'une union, une âme

imoges, 1950... Soixante ans plus tard, la frêle amicale voulue par Dostaler O'Leary est devenue notre chère et forte UPF. Partie pour défendre la langue française, elle a fait siens d'autres combats, tout aussi justes, tout aussi importants. Et d'abord le premier d'entre eux : la liberté de presse, cette liberté, mère de toutes les autres, fille de la démocratie et de l'humanisme. Revendiquant sa dimension francophone avant même la naissance de la Francophonie politique, l'UPF, malgré les obstacles, les mauvais coups, parfois la simple adversité, n'a jamais baissé les bras. Aucune des luttes qu'elle mène n'est achevée, qu'il s'agisse du français, aujourd'hui agressée au sein même du pays - où il est né, ou du droit des journalistes de s'exprimer librement, dans un environnement juridique stable et équitable, sans craindre menaces et représailles d'où qu'elles viennent. Sans craindre d'être jetés en prison... Disons-le net : sur ce point, trop de dirigeants politiques francophones font encore la sourde oreille ou arguent de motifs injustifiés. L'UPF le déplore, se bat et se battra jusqu'à la dernière garde à vue, jusqu'à la dernière peine privative de liberté prononcée pour sanctionner un délit d'opinion. Cela a été dit et répété à Yaoundé, cela sera redit lors des prochaines Assises et autant de fois qu'il le faudra, tant que ce scandale perdurera en terre francophone.

L

Notre avenir : nos “fondamentaux” Au fil des ans, au fur et à mesure que les “indépendances” s'installaient, prenaient tant bien que mal le chemin, souvent douloureux, de la démocratie, l'UPF a applaudi l'éclosion de leurs médias, publics et privés, avec un seul souci en tête : la qualité de leurs contenus. Très vite, elle a soutenu les actions de formation, aidé à l'organisation de la profession, incité les dirigeants politiques à promouvoir chez eux une véritable économie de la communication. Dire que ceux-ci l'ont partout entendu serait présomptueux. Des progrès substantiels ont néanmoins été accomplis, même si, trop souvent encore, les journalistes du Sud, faute d'être salariés de véritables entreprises, travaillent dans une précarité financière et sociale inquiétante. Une précarité qui, naturellement, ne facilite pas l'indépen-

dance d'esprit..., mais ne saurait cependant justifier les graves entorses aux bonnes pratiques professionnelles constatées ici et là. Parallèlement, depuis tout aussi longtemps, L'UPF conduit ce combat majeur en faveur de l'éthique et de la déontologie. Sur ce point également, la situation s'est globalement améliorée, mais beaucoup reste à faire, au sein des écoles de journalisme, au sein aussi des rédactions et des organisations professionnelles. Mais, qu'on ne s'y trompe pas : le “gombo” ou l’“enveloppe”, pratiqués au Sud, ont leur pendant au Nord, “ménages” et autres arrangements tout aussi détestables, qui flétrissent l'image du plus beau métier du monde, le nôtre. Etre libre, c'est aussi respecter son métier, respecter son lecteur, son auditeur, son téléspectateur. Bref, c'est aussi être responsable. L'un ne va pas sans l'autre. L'UPF, quel que soit le lieu et l'instant, le rappelle sans cesse, d'autant plus fermement aujourd'hui qu'Internet et ses “blogs” ont troublé la donne en contestant aux journalistes le monopole de l'information. Tous ceux qui ont participé aux Assises de Yaoundé l'ont dit : seuls survivront les professionnels et les médias, y compris électroniques, qui resteront attachés ou reviendront aux “fondamentaux” du métier : la vérification, le tri, la prudence, voire le doute... Notre force : notre diversité Pourquoi la petite amicale de 1950 a-t-elle pu devenir, soixante ans plus tard, cette organisation reconnue et écoutée ? Grâce à la qualité de ses dirigeants successifs et de ses membres, bien sûr. Mais aussi, probablement, parce que ceux qui l'ont créée ont eu une véritable intuition en l'appelant “union”. Ni “ONG”, ni “association”, ni “club” : “union” ! Une union de journalistes qui, tous, à égalité, qu'ils soient du Nord ou du Sud, partagent le même amour du métier, la même soif de liberté et de démocratie, le même goût pour la chose publique, le même respect du lecteur, le même sens de la responsabilité professionnelle. Ils utilisent aussi la même langue, notre belle langue française, avec ce qu'il faut de couleurs locales, d'expressions originales, d'accents différents, pour que, tout en restant la langue de Molière, celle des Lumières, elle soit aussi l'outil d'une autre mondialisation que celle que tentent de nous imposer les chantres piteux de l'uniformisation des cultures. La force de la Francophonie, la force de notre Union, c'est justement cette diversité acceptée, proclamée, recherchée, qui - paradoxe de l'humain - est le plus sûr ciment de notre unité. La diversité exige la tolérance, la solidarité, conduit à l'humanisme et à la paix. Toutes valeurs qui fondent ce grand mouvement francophone, unique au monde, qui, comme la Révolution française autrefois, attire aujourd'hui des peuples venus d'autres sphères culturelles. En un mot comme en cent, l'UPF n'est pas un corps, comme on l'entend des architectes ou des médecins, mais, osons-le, une âme. Une âme vivante, sage parfois, impétueuse aussi, mais jamais silencieuse, une âme qui n'a qu'un objectif : l'excellence d'une profession indispensable dans un Georges Gros monde, globalisé et électronique, à la recherche néanmoins d'un développement durable profitant SECRÉTAIRE GÉNÉRAL à chacun... N DE L'U.I.P.F.

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Francophonie La responsabilité politique et sociétale fondamentale et universelle des médias, dans chaque pays du monde, est de contribuer à la démocratie par l'information juste et honnête du citoyen. Toutes les responsabilités spécifiques des médias sont ordonnées à celle-là. Cette vision globale de la responsabilité médiatique a sous-tendu les travaux des 42es Assises de l'Union de la presse francophone, à Rabat, comme elle a irrigué le développement du prometteur dialogue national marocain "Media et société", particulièrement étudié lors de ces trois journées du 1er au 3 juin 2010. La responsabilité des éditeurs de médias est de construire et faire vivre les entreprises d'information écrites, radiophoniques, télévisuelles ou numériques nécessaires à la collecte, au traitement et à la présentation au citoyen de l'information qui lui est utile dans tous les domaines de la vie sociale et publique. Les éditeurs doivent s'efforcer de garantir l'indépendance et la responsabilité de leurs rédactions, ce qui passe entre autres par des conditions de travail dignes et négociées ; par des affirmations claires d'une ligne éditoriale assumée au grand jour ; par des recrutements sur la base de la compétence et de la formation ; par la mise en œuvre d'un professionnalisme exigeant, d'une organisation collective partenaire de son environnement. La responsabilité spécifique des médias publics, à condition qu'ils soient libérés des pressions politiques, et que leur équilibre économique soit assuré, est de développer les connaissances, d'élargir les horizons du public, en permettant à chacun de mieux se comprendre en comprenant le monde et les autres. Les médias publics ont un supplément de responsabilité et d'obligation de résultat sur l'accès et la participation à la vie publique. Universalité, diversité, indépendance, innovation sont leurs maîtres mots. Un média public n'est pas un média de l'Etat, encore moins du gouvernement, c'est un média des citoyens. La responsabilité des journalistes est d'exercer leur mission d'informer avec conscience, rigueur, honnêteté, avec le respect du public et des normes universelles de l'éthique journalistique. Elle est de réintroduire du collectif dans les méthodes de travail des rédactions, de s'organiser pour

relever ensemble les défis techniques et éthiques de l'information à l'ère numérique. Elle est de ne cesser d'accroître leurs compétences, de jouer leur rôle de “dépréjugeur” et de passerelle entre les différents univers culturels de la planète. La responsabilité de la société civile est d'encourager par ses choix de lecture, d'écoute et de consultation, par ses achats, par son interaction avec les médias, par sa critique des médias comme par ses encouragements, une bonne pratique médiatique. Des associations ou clubs d'usagers, des cercles de réflexion, peuvent y contribuer. La responsabilité politique des Etats est de contribuer aux conditions d'une presse pluraliste, libre, indépendante et responsable. Ce n'est pas la répression qui rend la presse responsable. C'est l'émancipation. C'est la formation des journalistes, l'éducation du public aux médias dès l'école, c'est l'accès aux sources et la protection des sources, c'est un cadre législatif juste et spécifique. L'aide publique à la presse d'information générale et politique, si elle est nécessaire, et elle peut l'être, doit être mise en œuvre dans la transparence, sur des critères objectifs et indiscutables. Les interventions de l'Etat dans le de la vie des médias, doivent transiPas de liberté sans domaine ter par le maximum de corps intermédiaires, responsabilité. pour garantir au maximum les préoccupations d'intérêt public. Mais la Toutes ces responsabilités se complètent et responsabilité ne s'interpénètrent, mais ne se confondent pas. est fallacieux et contreproductif pour la dépeut s'exercer que Ilmocratie d'assigner aux médias des fonctions dans la liberté. qui ne sont pas les leurs, comme de donner aux Etats des prérogatives qui ne sont pas les leurs. Dès lors, tous les moyens sont bons. Tous les M*A*R*S* (moyens d'assurer la responsabilité sociale des médias, selon la dénomination du professeur Claude-Jean Bertrand) inventoriés et répertoriés, ont leur intérêt, même s'ils ont chacun leurs limites et doivent être adaptés à chaque situation concrète. C'est la conjonction de ces différents moyens qui contribuera à resserrer le tamis de l'irresponsabilité. C'est la prise en mains des processus d'amélioration des médias par les professionnels eux-mêmes, en y associant le public, qui réduira le champ de la régulation autoritaire. Faire contrôler la responsabilité des médias par le seul pouvoir d'Etat, c'est ouvrir la porte à l'absolutisme. Laisser faire les seules lois du marché, c'est ouvrir la porte au mercantilisme. Laisser les professionnels s'autoréguler en vase clos, c'est faire le lit du corporatisme. Une société moderne, à la hauteur de la complexité croissante des problèmes rencontrés, combine les mécanismes et les processus de participation et de dialogue, avant d'en arriver aux sanctions. La nécessaire adaptation des avancées de la démocratie médiatique aux rythmes propres de chaque société nationale ne doit pas être un alibi pour ralentir le mouvement. Les dérapages observés chez quelques-uns ne peuvent justifier la mise sous tutelle des autres. N GEORGES GROS RABAT, 3 JUIN 2010

Synthèse

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ous portons tous le rêve francophone, c'est-à-dire la liberté, les droits de l'homme, la démocratie, la paix, la promotion de toutes les valeurs communes. N'est-ce pas là le rôle primordial qui revient aux Médias francophones ? Notre Union représente une ressource humaine de plus de 3 000 professionnels, éditeurs, cadres, journalistes de l'Ecrit comme de l'audio-visuel, répartis dans 125 pays. Notre vocation n'est pas seulement celle de Joachim du Bellay “défense et illustration de la langue française”. Vous ne contredirez certainement pas mon théorème: « l'amitié entre les peuples commence par l'amitié entre ceux qui les informent ». De l'Afrique aux confins de l'Asie du sud-est, de l'Europe au Québec, par ses qualités, sa diversité, sa richesse, notre langue commune peut répondre aux aspirations des ethnies les plus diverses. Défendre la culture Française, c'est comme pour toute culture - défendre la liberté. Et la liberté de la Presse est bien la première de toutes les libertés. Les dictateurs de tous bords l'ont bien compris, qui commencent par l'étrangler ; dès lors, ils peuvent étouffer toutes les autres, mais

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De gauche à droite : MM. Alfred Dan Moussa, Abdelmounaïm Dilami, Président de l'UIPF section Marocaine, Khalid Naciri, Ministre de la communication du Royaume du Maroc, Georges Gros et Jean Miot.

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désormais dans le silence... Certes, il y a eu déclin de la Francophonie. Pas seulement sur l'usage du français dans les organisations internationales, mais pire ! - sur son utilité. Le sentiment est largement partagé, notamment dans la jeunesse, qu'être francophone est d'une autre époque et peu utile dans le monde qui se construit. La culture est devenue, aux côtés de la politique et de l'économie, un pilier et un acteur incontournable de la mondialisation. Nous devons donc impérativement et de toute urgence relever le défi de cette mondialisation culturelle, dont on mesure aujourd'hui les conséquences inquiétantes: force est de constater qu'elle devient le théâtre d'un

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Francophonie >> conflit entre les civilisations et les religions.

Il est indispensable de consolider ce dialogue des cultures, parallèlement au dialogue politique et économique. La Francophonie est une union géoculturelle, dont le français est la langue et le vecteur de dialogue. Voilà le rôle de l'Union de la Presse Francophone dans la mondialisation, parallèlement aux actions de soutien à la démocratie et aux droits de l'Homme, de médiation pour la paix et la promotion de valeurs et de biens communs au niveau mondial. Vous connaissez tous mon antienne : « l'Ecrit aura toujours le dernier mot ». Que je complète par cette affirmation : « l'Ecran sauvera l'Ecrit ». A condition que la Presse joue à fond la complémentarité entre le Web et le papier, développe ce nouveau paradigme. A l'heure de la prodigieuse révolution numérique, le journaliste du XXIe siècle est obligatoirement plurimédia. Internet, c'est toujours de l'Ecrit. Mais il y a danger : n'importe qui, aujourd'hui peut s'intituler journaliste, jouer à l'agence de presse. Si tous les journalistes

De haut en bas, de gauche à droite : Dany Vinet en compagnie de M.Tidiane Dioh, Responsable de programme Médias à l'OIF Paris, de M. Babacar Noël N'Doye du groupe Walfadjzi au Sénégal, et de son époux, Serge-Cyril Vinet.

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Élection

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’association de la presse diplomatique a élu son comité. Président : Vincent Hervouet (LCI) ; vice-présidents : Daniel Vernet (Boulevard Extérieur) et Xavier Panon (La Montagne) ; secrétaire général : Marie Bezou (BQ) ; secrétaire général adjoint : Mme Dominique Lagarde (L’Express) ; trésorier : Jacques HubertRodier (Les Echos) ; trésorier adjoint : Alain Barluet (Le Figaro).

13e Sommet à Montreux (3 semaine d’octobre 2010) e

Le tableau de la chronologie des Sommets se présente comme suit. 1er : Versailles ; 1986, 2e : Québec, 1987 ; 3e : Dakar, 1989 ; 4e : Paris, 1991 ; 5e : Grand Baie, 1993 ; 6e Cotonou, 1995 ; 7e : Hanoï, 1997 ; 8e : Moncton, 1999 ; 9e : Beyrouth, 2002 ; 10e : Ouagadougou, 2004 ; 11e : Bucarest, 2006 ; 12e : Québec, 2008 ; 13e : Montreux, 2010 ; 14e : Kinshasa, 2012. i déclin du français il y a, c’est celui de l’offre. Quand on ouvre un lycée ou un collège français à l’étranger, on le remplit très vite. Même les pays qui, comme la Tunisie, en comptent déjà deux, en veulent un troisième. » Jean-Pierre Raffarin, représentant du président français auprès du Conseil permanent de la francophonie

«S

sont devenus des blogueurs, tous les blogueurs ne sont pas journalistes. D'où la nécessité d'une information “labellisée”, dont on peut être sûr qu'elle a été contrôlée, vérifiée par des journalistes professionnels. Lors de nos dernières Assises, en novembre dernier à Yaoundé, nous avons été plus de deux cents confrères, venus d'Afrique et d'Europe, à travailler sur « l'éthique et la déontologie des nouvelles technologies de l'information et de la communication ». Passionnant débat qui nous a tout naturellement conduits à cette évidence : la liberté de l'information a pour corollaire la responsabilité. C'est ce débat que nous allons prolonger ensemble ici à Rabat, en nous interrogeant sur le danger que représenterait pour la démocratie une information à deux vitesses, ainsi que sur l'influence du politique sur notre métier. J'ai bien dit « débat ». Il ne s'agit pas d'aligner une suite de monologues, aussi brillant fussent-ils, mais d'échanger, de « nous limer la cervelle », comme disait le grand Montaigne. En guise de conclusion, permettez-moi de citer la superbe définition de la Francophonie que donne la romancière et dramaturge Canadienne, d'origine acadienne, Antonine Jean Miot Maillet : « Un arbre est plus qu'un arbre : il SECRÉTAIRE GÉNÉRAL est tronc, racine, sève, feuilles, fruits, vent DE L'UNION DE LA dans les branches d'où s'échappent les oiPRESSE seaux du ciel. C'est la plus belle image que FRANCOPHONE m'inspire la Francophonie ». N FRANCE

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Francophonie Message adressé à Sa Majesté Mohamed VI

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Au terme des travaux des 42es Assises de l'Union, internationale de là presse Francophone, qui ont eu lieu à Rabat du 1er au 5 juin courant sous le Haut patronage de Votre Majesté, et qui coïncident avec le soixantième anniversaire de l'UPF, les participants ont l'honneur d'exprimer à Votre Majesté leur profonde reconnaissance et sincère gratitude pour les louables efforts de Votre Majesté en vue de raffermir davantage l'édifice de la francophonie sur des bases saines et solides, et renforcer les relations et le rapprochement entre les pays membres de l'UPF et leurs peuples respectifs, dans un esprit d'ouverture et de tolérance et Ie respect de leur diversité et de leur spécificité. Nous réitérons à Votre Majesté nos vifs remerciements pour les marques d'attention dont nous étions entourés ainsi que les facilités accordées pour assurer le plein succès de ces Assises, dont les conclusions constructives apporteront certainement une valeur ajoutée à la profession, à la déontologie et au développement des moyens de communication.

M. Robert Dossou, Président en exercice de la Cour Constitutionnelle de la République du Bénin.

JEAN MIOT

A gauche : M. Abdelmounaïm Dilami, Président des éditeurs marocains et Président de la section UIPF du Maroc, en compagnie de Madame l'Ambassadeur Farida Jaidi, Conseillère diplomatique auprès du Ministère des Affaires Etrangères du Royaume du Maroc. A droite : le Fribourgeois Narcisse Niclass et un collègue Marocain, en toute convivialité.

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LE TOUR DU MONDE DES MARATHONS

ZanzibarLaperleverte

del’OcéanIndien

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Sport & Tourisme APRES LE MYTHIQUE MARATHON DE NEW YORK (FRANCE MAGAZINE N° 20/2008) ET CELUI, OLYMPIQUE, DE PEKIN (FRANCE MAGAZINE N° 26/2009), NOTRE CHRONIQUEUR, PATRICK BLASER, A PRIS LE GRAND LARGE POUR POSER SES BASKETS SUR L’ILE PARADISIAQUE DE ZANZIBAR. SUR CETTE PERLE DE L’OCEAN INDIEN, IL N’Y A PAS (ENCORE) DE MARATHON OFFICIEL. IL SUFFIT TOUTEFOIS DE L’ORGANISER SUR MESURE, A TITRE PERSONNEL. L’ESPACE ET LES PLAGES NE MANQUENT PAS !

vant d’être envahie par des flots de touristes dès la fin du XXe siècle, Zanzibar, véritable joyau de l’océan Indien, a vu débarquer sur ses côtes une mosaïque de civilisations qui ont, successivement, modulé à leur image ses paysages et son architecture en y laissant des traces heureusement indélébiles. Ce “va et vient” constant remonte déjà aux Egyptiens, envoyés par leurs pharaons, auxquels ont succédé les marchands phéniciens et grecs, puis les Perses et les Arabes ainsi que les Hindous, suivis des Portugais finalement chassés par les Arabes d’Oman qui ont régné sur cette île en maîtres absolus dès le XVIe siècle jusqu’à ce que l’île soit placée sous protectorat britannique en 1895 lequel subsista jusqu’à la proclamation de l’indépendance de Zanzibar en 1964. Voilà résumé en une phrase plus de deux millénaires d’histoire !

A

Zanzibar : ville de l’Unesco Point d’orgue de l’architecture à Zanzibar : sa vieille ville, située au bord de l’océan, qui est inscrite au patrimoine de l’Unesco et qui fait partie des cent sites mondiaux à préserver en toute priorité. Et, hélas, la notion de patrimoine en danger n’est pas, dans ce cas particulier, un vain mot. La vieille ville de Zanzibar perd en effet de son lustre d’antan à la vitesse grand « V » et cela malgré des travaux de réhabilitation constants mais insuffisants. Et c’est dommage alors que tant de charme émane de ses ruelles étroites, lesquelles constituent un véritable labyrinthe, et de ses habitations, avec terrasses, qui permettent de remonter le temps et de s’y arrêter. En bref, la splendeur de la ville, qui remonte pour l’essentiel à l’époque où Zanzibar avait acquis le statut de capitale de l’Empire d’Oman, se devine plus qu’elle ne se voit à l’exception de quelques demeures magnifiquement réhabilitées en… hôtels. Un écomuseum de portes monumentales Il convient d’aborder la vieille ville par les quais qui longent le détroit de Zanzibar en commençant par les jardins Forodhani qui permettent d’apercevoir les principaux monuments de la ville (dont le fort Arabe et la maison des Merveilles). Puis il ne faut pas hésiter à s’engouffrer dans le dédale des ruelles et se laisser aller aux impressions qu’elles suscitent immanquablement.

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Sport & Tourisme L’élément principal de l’architecture à Zanzibar réside dans les portes qui ornent les maisons. Elles sont magnifiquement sculptées. Et pour cause : elles sont censées refléter la position sociale du propriétaire de la maison. Alors, on ne lésine pas sur les sculptures pour le plus grand plaisir des yeux. Les motifs, symboliques, sont essentiellement d’influence arabe ou indienne. Ces portes sont de véritables œuvres d’art. La légende veut d’ailleurs qu’à Zanzibar, on érige d’abord la porte puis que l’on construise sa maison autour ! Le porche d’entrée des maisons aisées donne traditionnellement sur une cour intérieure richement décorée autour de laquelle s’articulent les différentes pièces. Certaines de ces maisons ont été transformées en charmants petits hôtels, ce qui contribue d’ailleurs à les maintenir en état. Paradoxe de l’histoire. Ce sont actuellement surtout des Omanais, autrefois chassés de l’île, qui reviennent à Zanzibar, avec leurs pétrodollars, pour réhabiliter les maisons construites autrefois par, peut-être, leurs ancêtres ! L’île de Zanzibar est une grande plage Où que vous vous trouviez sur l’île, les plages ne sont jamais loin. Et c’est sur l’une d’entre elles qu’il conviendra de jeter votre dévolu pour effectuer votre marathon. Vous n’aurez que l’embarras du choix. Toutes ces plages présentent l’avantage de se jeter en pente très douce dans l’océan, d’être constituées de sable fin assez dur, ce qui évite aux pieds de s’enfoncer, d’être quasiment désertes (eh oui !) et sans limites (le tour de l’île constitue en effet presque une seule et même plage !). Selon les endroits, il n’y a pratiquement aucun obstacle qui vous oblige à revenir sur vos pas. Par contre, il faut impérativement tenir compte des marées. L’idéal c’est bien évidemment d’entamer son marathon à la marée descendante. C’est d’ailleurs plus prudent. A certains endroits, la marée haute peut en effet réduire la plage à sa

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Sport & Tourisme >> plus simple expression. Dans ce cas, im-

possible ni d’avancer, ni même de reculer ! Il faudra vous résoudre à poursuivre votre parcours à la nage ! Dès les premières foulées, le plaisir est envahissant : la beauté et la solitude des lieux, entre le sable blanc, l’eau turquoise de l’océan et la végétation luxuriante de la côte, permettent aux kilomètres de défiler dans une douce euphorie. Parfois, on a la chance d’apercevoir un boutre (bateau de pêc h e u r s caractéristique de Zanzibar) fendre l’eau surmonté de sa voile unique et dont la construction remonte aux temps les plus ances-

traux. Ou de longer un petit village, authentique !, regroupant quelques huttes aux toits de chaume qui se prélassent à l’ombre des cocotiers. Bref, dans cette île paradisiaque ni le temps, ni les kilomètres ne comptent. Ils disparaissent dans le sable. Et c’est bien ainsi ! N

patrick.blaser@borel-barbey.ch

Déjà parus

Patrick Blaser AVOCAT, ETUDE BOREL & BARBEY, GENÈVE

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• Barcelone : au centre du modernisme de Gaudi, (France Magazine No 29/2010) • Rome : au cœur de l’antiquité romaine (France Magazine No 28/2010) • Athènes : retour aux sources en 490 avant Jésus Christ (France Magazine n° 27/2009) • Pékin : de la cité interdite à la cité olympique (France Magazine n° 26/2009) • Les trois Suisses, Zermatt, Davos et Jungfrau (France Magazine n° 25/2009) • Marrakech, entre orangers et palmiers, le charme mauresque (France Magazine n° 24/2009) • Berlin, la Mecque européenne de l’architecture d’avant-garde (France Magazine n° 23/2008) • Boston, les charmes d’un marathon déjà centenaire (France Magazine n° 22/2008) • Chicago, le marathon de tous les contrastes (France Magazine n° 21/2008) • New York, un marathon mythique à ne pas manquer (France Magazine n° 20/2008)

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Santé prévention

Lesabeilles

etlemiel LA GOURMANDISE N’EST PLUS UN PÉCHÉ LORSQU’ON PEUT SE RÉGALER D’UN MIEL FONDANT ET PARFUMÉ, SUR UNE BONNE TARTINE DE PAIN FRAIS.

Le miel répond à une définition très précise : Le miel est la denrée produite par les abeilles méllifiques à partir de nectar des fleurs ou des sécrétions provenant de parties vivantes de plantes, ou se trouvant sur elles, qu’elles butinent, transforment, combinent avec des matières spécifiquement propres, emmagasinent et laissent mûrir dans les rayons de la ruche. Cette denrée peut être fluide, épaisse ou cristallisée. Il découle de ce texte rédigé par le législateur que le miel est, par définition un produit entièrement naturel qui ne peut contenir aucun additif, ni colorant, ni conservateur, ni parfum artificiel. Il arrive sur votre table tel que les abeilles l’on fait et tel que www.expatria-cum-patria.ch

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Apport calorique du miel : 100 g de miel apportent 300 calories alors que 100 g de sucre en apporte 400.

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l’apiculteur consciencieux l’a récolté. Les miels, produits de la ruche, ont, en général, des propriétés similaires à celles des plantes dont ils proviennent. > Ils rentrent dans le cadre des thérapeutiques naturelles, sans toxicité. > Ils peuvent intervenir bénéfiquement sur notre état de santé. > Ils améliorent la résistance de notre organisme, et permettent de traiter certaines affections. En toute logique, le miel devrait avoir une place importante dans notre alimentation, et remplacer l’usage de sucres traités chimiquement, d’autant plus qu’il possède une action nettement moins nocive que le saccharose, sur la genèse des caries dentaires. En fonction du temps et de la qualité des flo-


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Santé prévention 80% de sucre et 20% d’eau environ. Antianémique, antiseptique, apéritive, béchique (qui calme la toux), digestive, diurétique, dynamogénique, émolliente (qui relâche, défend et amollit), fébrifuge qui combat la fièvre), laxative, sédative, vicariante (qui supplée à la déficience).

raisons, il peut y avoir plusieurs récoltes par an. Il existe une telle variété de miels que l’on ne devrait pas parler de miel au singulier. Chacun peut toujours trouver de quoi satisfaire sa gourmandise parmi toutes les sortes de miels. Liquides ou solides - le miel sort liquide de la ruche et ne commence à cristalliser qu’au bout de plusieurs jours, selon la nature des sucres qu’il renferme, les miels sont aussi différents de couleurs que de goûts. En général, les miels les plus clairs sont les plus fins, tandis que les miels ambrés ou carrément sombres sont plus fort en goût, l’un des miels les plus forts étant le miel de sapin, dont les abeilles butinent le miellat. Comment les abeilles transforment le nectar en miel ? Les abeilles produisent le miel à partir des fleurs qu’elles butinent. Elles pompent cette solution sucrée avec leurs trompes et la font passer ensuite dans leur jabot. Dès que celui-ci est rempli, la transformation du nectar en miel peut commencer. Il perd de son humidité et la nature de son sucre se modifie : le saccharose se transforme en glucose, lévulose ou fructose. Ensuite, la butineuse rentre à la ruche avec son précieux fardeau et le donne aux ouvrières de la ruche, qui à leur tour avalent le nectar avant de le régurgiter à nouveau, pour le répartir dans les cellules où il est ventilé afin de lui ôter le maximum d’humidité. Le miel contient alors

Comment prendre le miel et en quelle quantité ? Les façons de prendre le miel sont multiples : sur du pain frais ou grillé, dissous dans de l’eau ou du jus de fruits à température ambiante ou juste fraîche, dans une boisson chaude (mais surtout pas brûlante) comme le lait, le thé ou toute autre infusion. Mélangé aux yaourts fromages blancs, salades de fruits, en accompagnement de crêpes, gauffres, le miel remplace naturellement le sucre ainsi que dans nombre d’autres préparations culinaires. Ce merveilleux “aliment-médicament” qu’est le miel est d’une totale innocuité, sans toxicité même à dose élevée, il n’a aucune

La Gelée Royale

Historique C’est parce qu’elles sont élevées avec cette substance blanchâtre sécrétée par les jeunes abeilles ouvrières que les larves d’abeilles deviennent des reines. La gelée royale sera sa nourriture sa vie durant soit 5 à 6 ans, alors qu’une ouvrière ne vit en moyenne que 45 jours. La reine continue, elle, à profiter de cet élixir de jouvence et de vitalité pour pouvoir ainsi pondre jusqu’à 2 000 œufs par jour, vivre 50 fois plus longtemps que les autres abeilles et assurer à elle seule la descendance de la ruche. La Gelée Royale et ses propriétés Indications : anorexie, asthénie, convalescence, état dépressif, fatigue, fragilité capillaire, grippe, impuissance, sénescence, surmenage, amaigrissement, troubles du métabolisme. Comment la consommer ? La Gelée Royale pure fraîche : en élément doseur à raison d’un ½ gramme chaque matin à jeun et midi (la laisser fondre sous la langue). La Gelée Royale pure étant un produit très fragile, elle ne doit être en aucun moment mélangée avec un autre produit, ni être en contact avec l’air, d’où l’importance du conditionnement en élément doseur étanche. Elle est à conserver dans le bac à légumes de votre réfrigérateur. Si vous avez des difficultés à l’alaver, mélangez-là avec un peu de miel.

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QUELLES SONT LES VERTUS DU MIEL ? Propriété et indication thérapeutiques plus spécifiques attribués aux principaux miels unifloraux Origine Botanique ACACIA

Propriétés

Indications

Aspect, saveur, odeur…

Régulateur intestinal

Paresse intestinale, tout particulièrement chez les jeunes enfants

Parfum léger et agréable, il est liquide et cirstalise difficilement

BRUYERE

Antiseptique des voies urinaires et diurétique. Antianémique Dynomogénique (qui augmente la force et l’énergie)

CHATAIGNIER

Favorise la circulation sanguine

EUCALYPTUS

Antiseptique général des voies respiratoires et urinaires

Etat spasmodiques D’une saveur prononcée, d’origine diverses. un peu amère, il est foncé, Nervosisme en général et visqueux et épais troubles divers qui en découlent : insomnies, palpitations, etc. Maladies circulatoires dans leur ensemble

Foncé et épais, il est d’une saveur âcre, très particulière

Affection touchant à la sphère De couleur et de saveur respiratoire et à l’arbre variable suivant les espèces urinaire dans leur ensemble

LAVANDE

Antiseptique général et anti-inflammatoire des voies respiratoires Antispasmodique

Affection touchant à la sphère respiratoire dans son ensemble Rhumatismes chroniques

De couleur blanche à dorée, et d’une saveur très agréable

MENTHE

Apéritif

Contre l’inappétence Stimulant

Ambré foncé à consistance pateuse

MANUKA

Antiseptique puissant et anti-inflamatoire des voies respiratoires

Affection touchant à la sphère ORL

Ambré clair à consistance pateuse

ORANGER

Antispasmodique Sédatif nerveux

Etats spasmodiques d’origine diverses Nervosisme en général et les troubles divers qui en découlent : insomnies, palpitations, etc.

Jaune ambré transparant, onctueux, il a une saveur très agréable

ROMARIN

Cholagogue Cholérétique

Insuffisances hépatiques et vésiculaires Insuffisances digestives et général

De couleur blanche à or pâle, et d’une saveur très agréable

SARRAZIN

Reminéralisant

Déminéralisation Anémies, fatigue

De couleur très foncé, miel pateux

Antiseptique général

Maladies infectieuses en général touchant aux sphères respiratoires, digestives et urinaires

Il est plus ou moins foncé avec une saveur asssez forte

Antispasmodique Sédatif nerveux

Etats spasmodiques d’origines diverses Nervosisme en général et les troubles qui en découlent : insomnies, palpitations, etc.

Jaune clair, transparant, il a une saveur et un parfum agréables

Fébrifuge

Affections fébriles en général

Jaune clair, avec une saveur douce et agréable

Dynomogénique

Etats de fatigue, de convalescence et d’efforts physiques intenses

Il est presque incolore, transparent, avec une saveur agréable

THYM

TILLEUL

TOURNESOL TREFLE

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Il faut savoir que toutes les propriétés énumérées pour chacun de ces miels ne signifient nullement que le miel est à lui seul capable de résoudre complètement les troubles ou les affections.

incompatibilité avec des produits médicamenteux. Il n’a aucune contre-indication, ne provoque aucun effet secondaire, il peut donc être pris de la naissance à l’âge le plus avancé. L’extraction du miel Pour rendre vivite au rucher, l’apiculteur doit d’abord enfumer ses hôtesses, afin de les

Santé prévention rendre moins agressives. Cette technique trompe les abeilles : elles croient qu’il y a le feu dans la ruche et se gorgent de miel pour préserver leur provisions. Ainsi lestées, elles sont bien trop lourdes pour pouvoir se défendre et surtout, elles descendent dans la partie inférieure de la ruche, permettant ainsi à l’apiculteur de prélever les cadres remplis de miel. Il faut ensuite désoperculer les cellules cachetées de cire avec un couteau spécial. Les cadres sont mis dans un extracteur où ils vont tourner très rapidement. Le miel projeté coule au fond de l’appareil avant d’être recueilli pour être filtré, puis laissé mûrir quelques jours dans un maturateur, avant d’être mis en pots. Si vous aimé le miel liquide, il vous suffit de mettre le pot à chauffer doucement au bain marie pour qu’il retrouve l’aspect que vous aimez (attention à ne pas chauffer trop fort ni trop longtemps). Cette pratique est interdite par la loi aux apiculteurs. N

jjdescamps@thermalp.ch

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Cadeaux !

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ous vous proposons d’offrir aux 20 (vingt) premières personnes qui téléphoneront au 021 626 04 41 une cure d’un mois de gelèe royale pure, soit 3 éléments doseurs de 10 grammes.

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Jean Jacques Descamps


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Venise depuis le Campanile. N’est-elle pas la ville la plus romantique du monde ?

MarcoPolo T et AntonioVivaldi nousinvitenten Vénitie VENISE EST UNE VILLE À NULLE AUTRE PAREILLE, NON SEULEMENT POUR SON INÉGALABLE BEAUTÉ, MAIS AUSSI POUR SA STRUCTURE URBAINE : UNE VILLE “DANS L'EAU”, QUI A EU RECOURS À TOUS LES ARTIFICES ET AUX TECHNIQUES LES PLUS RAFFINÉES POUR TIRER PARTI D'UNE SITUATION PEU CONFORTABLE.

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outefois, l'eau a aussi toujours représenté une protection naturelle. En effet, c'est dans les îles de la lagune que les populations de la terre ferme cherchèrent refuge quand Attila, en 452, envahit la Vénétie. Venise n'a jamais eu besoin de constructions fortifiées pour se défendre contre l'envahisseur et a donc pu développer un type d'architecture complètement indépendant des nécessités défensives. Occupant une position privilégiée, aux confins de la terre et de la mer, entre l'Orient et l'Occident, elle travaille à son indépendance politique, religieuse et économique. Aux alentours de l'an 1000, la rupture avec Byzance est consommée ; Venise prêtera main forte à son ancien maître et obtiendra en échange des privilèges commerciaux dans tout l’Orient Byzantin. Une solide organisation politique et policière est nécessaire, qui sera à l'origine du Miracle Vénitien. Les commerçants enrichis ne supportent plus l'autorité absolue du Doge et, en 1143, des Conseils de Sages sont constitués. Venise devient alors République Oligarchique. Le pouvoir se présente de la façon suivante. > le Doge est choisi parmi les grandes familles, > son pouvoir n'est pas héréditaire, > le Grand Conseil est une Assemblée législative, > le Conseil des Dix est chargé de la sûreté de l'Etat, surveille tout, Doge inclus. Cette République, très en avance sur son temps, garantit le pouvoir et est protégée par une police et une justice implacable. Pendant 10 siècles, cette structure assurera à Venise une stabilité remarquable,

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Spécial Venise qui lui permettra de devenir une cité d'échanges internationaux et une ville d'Art incomparable. Cette Perle de la Lagune est installée sur cent dix huit îles, reliées entre elles par quatre cents ponts. L'un des aspects les plus remarquables de Venise est sa double voie de communications, les canaux pour les marchandises et les Calli pour les personnes, ce que Le Corbusier estimait être la structure d'une ville idéale. Etre Vénitien reste un privilège, parfois cher payé : habiter un musée vivant, supporter un afflux de touristes constants mais aussi goûter au luxe extrême et gratuit de la lenteur, de la pérennité et de la beauté... La ville offre à chacun un reflet différent, très personnel suivant son état d'âme journalier. Un peu d'histoire Venise fut fondée en 811 par les habitants de Malamocco qui, fuyant les Francs, s'établirent sur les îles plus sûres du Rivo Alto, aujourd'hui Rialto, et élurent alors leur premier doge Aquello Partecipazio. L'aventure millénaire de la République ainsi inaugurée, la ville était placée dès 828 sous la protection de Saint-Marc, dont le corps avait été ramené d'Alexandrie par des pêcheurs.

années de siège ! En 1797, Napoléon pénètre à Venise et abolit une constitution vieille de dix siècles. Puis, avec le Traité de Campoformio, il cède la ville et ses dépendances à l'Autriche en échange de la Lombardie. La Place Saint Marc Musset l’a qualifié de “Salon du Monde” et cela s'insère parfaitement dans la vision que les Vénitiens ont de leur ville : un immense appartement plein de couloirs tortueux. L'architecte Palladio disait : une ville n'est rien d'autre qu'une grande maison. Il a fallu plusieurs siècles pour installer ce splendide salon. Elle fut dallée en

La Place Saint-Marc.

L'Empire Vénitien Du 9e au 13e siècle, Venise va exploiter sa position privilégiée entre l'Orient et l'Occident. Sa puissance maritime et commerciale lui permettra de conquérir des marchés importants en Istrie et en Dalmatie. En1204, elle conquiert Constantinople avec l'aide des Croisés. Les produits du pillage affluent à Venise, tandis que prospère le commerce de tout ce qui est précieux. Marco Polo revient de Chine avec des richesses fabuleuses et éblouit l'Europe par les récits de ses voyages. De sa rivalité qui l'oppose longtemps à Genes, jalouse de son hégémonie maritime, la République sort victorieuse en 1381. L'apogée La 1ère moitié du 15e siècle voit son apogée et le maximum de la puissance vénitienne. Les Turcs sont battus à Gallipoli en 1416 et les Vénitiens tiennent en Orient les royaumes de Moree, de Chypre, de Candie. En Italie, ils s'emparent, entre 1414 et 1428, de Vérone, Vicenze, Padoue, puis Brescia et Bergame. L'Adriatique est Mare Veneziano, de Corfou au Pô. Le déclin La prise de Constantinople par les Turcs en 1453 annonce la décadence. La découverte de l'Amérique déplace les courants commerciaux. Venise est obligée de soutenir une lutte épuisante contre les Turcs qui s'emparent de Chypre en 1500. La fameuse bataille de Lepante - 1571- à laquelle prend part la flotte vénitienne, arrête l'invasion turque. Au 17e siècle, les Turcs conquièrent Candie après 25

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1267, après remblayage du canal qui la longeait. Malgré la construction de l'aile Napoléonienne (musée Correr), la Place Saint-Marc, sur l'espace ouvert, procure une sensation de légèreté et de liberté enivrante. La Piazzeta, au-delà des images romantiques léguées par le 19e siècle, est l'expression artistique d'un pouvoir. C'est là que se dressent deux colonnes qui marquaient pour les bateaux l'entrée officielle dans Venise. L'un porte SanThéodor terrassant le dragon et l'autre le Lion de Saint-Marc, devenu le symbole de Venise. Toutefois, on ne passe jamais entre les deux colonnes de la Piazzeta : c'est là qu'avaient lieu les exécutions capitales et les mises au pilori. Il ne faudra jamais perdre de vue que, pendant mille ans, l’obsession de Venise est le commerce et les affaires par tous les moyens. Gare à celui qui l'entrave !

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actuel, commencé en 1063 et consacré en 1094, se réfère à SainteSophie de Constantinople, un modèle oriental en croix grecque à cinq coupoles. Etonnant mélange d'orientalisme et de gothique, cette basilique est emblématique de la ville ouverte sur la mer et sur l’orient. On y trouve de magnifiques mosaïques de style byzantin. La beauté de ces mosaïques tient aussi à leur extrême simplicité et à leur poésie : l'âme d'Adam est représentée par un papillon posé sur son épaule. Le Rétable, la Pala d’Oro a été volé à Byzance. Les Vénitiens se vantaient des vols qu'ils commettaient, car ils devaient, dit-on, rapporter impérativement, de chaque voyage, trois objets d’art achetés ou volés.

Le Campanile.

Le Palais des Doges Cette étonnante bâtisse déséquilibrée, dont la lourde masse rose repose sur de frêles colonnes, est cependant d'une grâce extrême, typique du maniérisme propre au 16e siècle. C'était à la fois

La Basilique St-Marc.

Le Palais des Doges.

Le Campanile Nous ne visiterons pas le Campanile qui est en réfection. Il faut se rappeler qu'il s'est écroulé en 1902, 1000 ans après sa construction et fut reconstruit Dove Era, Come Era : comme il était. Le Campanile est détaché de l'église, ce qui est typique de l'architecture romane et se trouve dans le même axe que la Porta Della Carta et permet ainsi d'équilibrer la place par rapport aux masses horizontales et denses de la basilique du Palais des Doges. La Basilique Saint-Marc Elle est aussi en réfection. Elle a été d'abord la chapelle privée du Doge avant de devenir La Cathédrale de Venise et le sanctuaire où repose la dépouille de Saint-Marc. L'édifice www.expatria-cum-patria.ch

l'appartement privé et officiel du doge, le siège du gouvernement où la politique de Venise était discutée par le Grand Conseil et le Palais de Justice. Il y avait, là aussi, les salles de tortures, Les Plombs, c'est-à-dire les prisons sous les toits dont le plafond était recouvert de plomb, ce qui rendait la chaleur d'été insupportable. Casanova y fut enfermé. La richesse extrême des peintures risque de vous étourdir : Bellini, Veronese, Tintoret, Tiepolo, etc. A plusieurs endroits du palais, vous pourrez voir des Bocche de Leone (gueules de lion) dans lesquelles étaient glissées les dénonciations !!! l'Etat garantissait le secret, mais les accusations devaient porter la signature du dénonciateur et le nom de trois témoins ! Si l'accusation était mensongère, le dénonciateur était poursuivi par la justice. Le fameux Pont des Soupirs n’est nullement romantique. Il relie le Palais des Doges aux Prisons. Les Noces de Venise et de la Mer Une somptueuse cérémonie célèbre, depuis l'an mille, la conquête sur les pirates des villes d'Istrie et de Dalmatie. Elle exprime admi-

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Spécial Venise rablement le lien qui unit Venise à la mer faisant pendant de longs siècles sa grandeur et, encore aujourd'hui, sa beauté. Chaque année, le jour de l'Ascension ou “Sensa” en Vénitien, le doge, vêtu de drap d'or, embarquait sur le Bucentaure, sa galère de parade toute dorée et allait jeter un anneau à la mer en disant : « Nous t’épousons ô notre mer en signe de réelle et perpétuelle domination ! » La Gondole Depuis des siècles, c'est le moyen de transport à Venise. Elle est austère et sobre, ne serait-ce que par son noble fer, partie la plus ca-

reau... Un peu plus loin, c'est la Ca’D’oro, joyau du Grand Canal, appelé ainsi parce qu’à l'origine, des feuilles d'or recouvraient tous les objets de décoration... le reste était peint en bleu outremer. C'était la seule demeure égalant le palais des Doges. La Ca’Rezzonico est actuellement le musée du 18e siècle vénitien. Il donne une idée de ce qu'était un palais grâce à son riche ameublement. On passe devant un petit palais qui, dit-on,

Le Pont du Rialto.

L’insubmersible gondole !

ractéristique, faisant contre-poids au gondolier et tenant lieu d'ornement symbolique.

Le Pont des Soupirs.

1er jour à Venise Dans une ville comme Venise, baignée et bercée par l'eau, il faut absolument s'abandonner à la douceur d'une promenade sur le Grand Canal et se laisser glisser le long de cette voie royale. C'est ce que nous faisons avec notre bateau privé. Long de presque 4 kilomètres, en forme de S inversé, le Grand Canal est bordé de 175 palais ! Il fait un temps splendide ! La promenade est enchanteresse... Sur les toits des palais sont posées de petites terrasses en bois appelées ”Altaire“. Les Vénitiennes, pour obtenir le célèbre blond vénitien, s'installaient là-haut, les cheveux déployés sur les bords d'un chapeau sans fond et couverts d'un mélange d'aluminium et de plomb, puis les séchaient au soleil ! Une petite maison rouge à deux étages. C'est la maison du bour-

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porte malheur. Chaque propriétaire a eu un destin tragique et il est toujours à vendre... On aperçoit le Palais Venier Dei Leoni. C'est là, en 1949, que Peggy Guggenheim installe sa colletcion de tableaux. C'est une des plus belles au monde. Le Pont du Rialto Ce fut le premier grand pont de Venise et le seul jusqu'à la moitié du 19e siècle. Ce pont n'a qu'une arche, permettant ainsi de laisser passer les ga-

lères. Rialto est le cœur économique de Venise. C'est là que tout se vendait, d'où la proximité de la Magistrature et des banques liées au commerce.

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Spécial Venise >> L'Eglise dei Frari

L’île de Burano, au charme irrésistible.

La Basilique des Frari, immense, est un exemple du Gothique Italien, qui reste cependant fortement Romain. En effet, le gothique français et allemand n'était pas toléré en Italie, Gothique étant synonyme de Barbare. Le seul élément gothique accepté fut l’Arc, car il tient mieux les poussées et permet de réaliser des constructions plus hautes. Le tableau sur l'autel de l’Assomption de la Vierge de Tiziano (Titien) est un véritable chef-d'œuvre. Il présente une vision laïque des miracles. Ce phénomène était courant à Venise, car la Sérénissime jouissait d'une grande indépendance religieuse vis-à-vis de Rome. S'il avait été peint à Rome, ce tableau aurait été considéré comme une hérésie. A voir absolument.

Les “Scuole” Les Scuole, qui furent, jusqu'à 400 à Vensie, étaient des confréries laïques vouées à la dévotion et aux œuvres de bienfaisance, auxquelles se consacrèrent des citoyens des classes moyennes du Moyen Age jusqu'à la chute de la République. Leurs sièges étaient de magnifiques palais, dont l'intérieur était décoré par d'illustres artistes. Pour avoir une idée de la richesse artistique de ces institutions, il suffit de visiter la Scuola Grande di S. Rocco, où le Tintoret a représenté merveilleusement des scènes de l'Ancien et du Nouveau Testament. Eblouissant !

Visite rapide de l'Île de Torcello, île fantôme et berceau de la ville de Venise. Nous passons devant l'Île du Lido. C'est la plage des Vénitiens, un centre de villégiature à l'atmosphère un peu décadente, siège du Casino, de La Mostra, de l'Hôtel des Bains, célèbre hôtel de la fin du siècle passé où fut tourné le non moins célèbre film“Mort à Venise”.

LA LAGUNE Burano Notre bateau nous emmène vers Burano pour déjeuner. Le grand charme de cette île tient à ses maisons colorées. Chaque famille peint sa maison de couleur différente, blanc, bleu, rouge, jaune... pour la distinguer de celles des autres familles et pour que l'homme, parti en mer, puisse la reconnaître de loin. Burano est célèbre pour sa dentelle. Prix exorbitants pour les belles pièces ! C'est aussi un lieu de villégiature pour artistes et écrivains. Nous déjeunons extrêmement bien au Ristorante Da Romano (fruits de mer et poissons). www.expatria-cum-patria.ch

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Le Ghetto.

Le Ghetto Dans un coin reculé du Cannaregio, à l'abri de la


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Spécial Venise bruyante et joyeuse Strada Nuova, le Ghetto est d'une beauté poignante. C'est le premier ghetto dans l'histoire de l'Occident. En dialecte vénitien, on prononçait geto (dieto) pour indiquer la coulée de la fonderie qui se trouvait là. Le Ghetto était prononcé Gue par les juifs d'origine germanique et c'est ainsi que s'est formé le mot Ghetto, évocateur de barbaries. La Giudecca Paisible et presque délaissée, cette île charmante offre au visiteur un visage glorieux de Venise. C'est ici que s'élève l'Église du Rédempteur, de Palladio, qui doit son origine, comme la Salute à un vœu fait au moment de la peste de 1576.

L’île de Giudecca.

L'Arsenal “Le Christ Une première darse devant Ponce existait déjà en Pilate” (Tintoret). 1104, lorsque les Croisades ont donné un essor considérable aux constructions navales. Entouré de murailles médiévales scandées de tours, l'arsenal a deux entrées : l'une sur terre, composée d'un portail de guet précédé de lions grecques antiques, et l'autre sur mer marquée par les deux tours entre lesquelles passe le vaporetto. La peinture vénitienne L'Ecole de Venise se caractérise par une sensualité affirmée qui se traduit par la primauté donnée à la couleur sur le dessin, et par un sens inné de la lumière qui se manifeste dans les paysages baignés d'une atmosphère voilée atténuant les contours, comme on le voit presque chaque jour à Venise. Les historiens ont souvent opposé à l'Art savant et idéaliste des Florentins, la manière plus spontanée et plus libre des peintres vénitiens, dont l'exemple s'est perpétué jusqu'aux Impressionnistes.

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Les véritables débuts de la peinture vénitienne commenceront avec la dynastie des Bellini (Jacomo et Gentile), mais surtout le fils cadet, Giovanni Giambellino (1430-1516), artiste d'une profonde spiritualité, l'un des premiers peintres de la Renaissance à avoir su intégrer avec naturel le Paysage à ses compositions de Figures. Le Musée de l'Academia L'Academia contient 354 œuvres s'étalant du 14e au 18e siècle. Toute l'histoire de la peinture vénitienne est contenue là : Carpaccio, Lorenzo, Lotto, Veronese, Titien, Tintoret, Tiepolo, Canaletto, Guardi, Zuccarelli, etc. Une série de chefs-d'œuvres défile devant nous. Mérite absolument le détour ! On ne peut pas oublier l'Impérissable musique d’Antonio Vivaldi. Le Pô Venise s'estompe peu à peu, ville qui tient sur des forêts de pieux enfoncés dans la vase, sous le niveau de l'eau. Pierre sur bois. De l'apparente précarité d'un tel assemblage, Venise tire sa prodigieuse solidité. Son assise est si souple, qu'elle pourrait être la seule ville au monde qui survivrait à un violent tremblement de terre ! Nous nous engageons dans des méandres banalisés ; un peu de mer, et nous voilà à l'embouchure du Pô. Nous ne nous arrêterons pas à Chioggia car un accident maritime a eu lieu devant l'embarcadère et l'on ne peut pas accoster. Le fleuve, Pô, très large par endroits, provoque de fréquentes inondations et l'on voit à de nombreux endroits le travail constant de remblaiement et de consolidation des digues. Le désavantage proviendra du fait qu'on ne verra rien au-delà des rives du fleuve, mais un silence magique nous surprend tout au long de la traversée. Padoue C'était au 1er siècle avant JC, une des cités les plus prospères de la Vénétie grâce au commerce fluvial, à son agriculture et à la vente des chevaux.

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La Basilique Saint-Antoine de Padoue.

Maître. Une des gloires de l'Humanité ! Trente neufs fresques ornent les murs évoquant les vies de Joachim et d'Anne, de la Vierge et du Christ. Au registre inférieur, les puissantes figures en grisaille reprennent à gauche les vices, et à droite, les vertus. Le Jugement Dernier, au revers de la façade, sert de conclusion à l'œuvre. Cet ensemble, d'une exceptionnelle unité d'exécution, est d'une beauté sans pareille, par la puissance dramatique des scènes, l'harmonie de la composition et le sentiment religieux intense qui s'en dégage. La Madone, à qui la chapelle est dédiée, est représentée plus de 20 fois. C'est la médiatrice entre la fragilité humaine et la miséricordieuse justice divine. A connaître absolument.

La Basilique SantAntoine de Padoue.

Du 11e au 13e, Padoue réussit à devenir une Commune Libre et connut son apogée sans l'autorité éclairée de la famille Da Carrara (1337-1405), période où furent bâtis de nombreux palais et églises. En 1405, elle passe sous la domination de la République de Venise, à laquelle elle demeura fidèle jusqu'à Bonaparte.

“Le Baiser de Judas”, une fresque signée Giotto.

Giotto et la Chapelle Scrovegni Les fameuses fresques de Giotto ont été restaurées depuis peu et il a fallu réserver de nombreux mois à l'avance pour une visite de 16 minutes ! Cela restera pour moi un des grands chocs du voyage. A l'intérieur de la Chapelle de la Famille Scrovegni dont le nom restera à jamais célèbre, Giotto a mis en scène l'Avènement. Ces fresques sont considérées comme le Chef-d'œuvre absolu du www.expatria-cum-patria.ch

Une université célèbre Fondée en 1222, cette université, la plus ancienne d'Italie après Bologne, connut un rapide développement et attira des étudiants de l'Europe entière. Galilée y enseigna, Pic de la Mirandole, Copernic et Le Tasse y étudièrent. Nous assistons par hasard au bizutage d'étudiants en médecine... Une bonne détente inattendue, drôle et leste à la fois... L'Eglise Saint-Antoine La Basilique de Saint-Antoine, que les habitants de Padoue appellent Il Santo, est le principal monument de la ville. Ce sanctuaire est un des plus célèbres, des plus fréquentés et des plus grandioses du monde chrétien. Il est riche, en outre, d'importants chefs-d'œuvres. Sur la place qui précède l'église, Donatello érigea une admirable sta-

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Spécial Venise tue équestre du Guattamelata, nom donné au condottiere vénitien Erasmoda Nardi qui mourut à Padoue en 1443. C'est la première œuvre de cette taille coulée en bronze en Italie. L'ensemble majestueux de l'édifice révèle une certaine influence de la Basilique SaintMarc à Venise. A la fois romane et gothique, elle forme un tout harmonieux et original qui distingue la Basilique de tout autre temple de la même époque. L'intérieur est marqué par une grandiosité austère. Elle mesure 118 mètres de long, 32,50 mètres de large et le centre de la voûte atteint 38,50 mètres de haut. Le toit est formé de huit coupoles byzantines. La basilique est éclairée par 3 rosaces, l'une sur la façade, les deux autres de part et d'autre du maître-autel. Splendide ! Nous visitons le fameux Caffe Pedrocchi, théâtre de l'insurrection estudiantine contre les Autrichiens en 1848. Nous buvons le fameux café à la menthe, plus ou moins apprécié par nos voyageurs... Excellent déjeuner au restaurant Il Prato. Vérone Verone, Urbis Nobilissima, est parmi les plus glorieuses, les plus an-

Vérone et le célébrissime balcon de Juliette.

tiques, les plus belles villes d'Italie. Avec 270 000 habitants, c'est la plus grande ville de Vénétie après Venise. Elle jouit d'une situation géographique et d'un climat exceptionnel et se trouve au centre des principales voies de communication. Cette ville magnifique a, de tout temps, inspiré poètes et écrivains ; fameuses Facultés de Sciences Économiques, de Lettres, de Médecine et de Musique ; illustres musées et bibliothèques, tout cela a contribué à faire de Vérone l'un des principaux centres touristiques d'Italie. Colonie romaine sous l'empire, c'est sous la seigneurie des Scaliger qui régnèrent de 1260 à 1387, qu'elle connut son apogée. Elle passa ensuite sous la domination des Visconti de Milan, puis en 1405 sous la tutelle de Venise. La Place aux Herbes est une petite merveille, les façades sont ornées de fresques mythologiques, de grands balcons couverts de fleurs, de colonnes, de fontaines, le tout particulièrement animé et coloré les jours de marché. L'aventure amoureuse de Romeo et Juliette, immortalisée par Sha-

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kespeare, trouve dans l'atmosphère médiévale de Vérone une correspondance générale. L'une d'elles est la maison de Juliette avec son célèbre balcon. Quelle déception ! Ce petit recoin est envahi de hippies, sales ou drogués, de chewing-gum, de boîtes vides et de toutes sortes de détritus. Un vague kiosque vend d'affreux souvenirs aux touristes… A éviter absolument. La Piazza Dei Signori est vraiment l'endroit le plus distingué, le plus aristocratique de la ville. Elle est remarquable par l'harmonie pleine de recueillement qui s'en dégage. Ce splendide amphithéâtre surnommé Les Arènes, l'un des plus grands du monde romain peut contenir, sur ses 44 étages de gradins, quelque 25 000 spectateurs. Bâti fin du 1er siècle, il donne actuellement chaque été de prestigieuses représentations d'art lyrique de niveau international connu du monde entier. San Zeno Maggiore C'est l'une des plus belles églises romanes d'Italie du Nord. L'extérieur est remarquable par son décor de bandes lombardes et d'arcatures en façade. Le porche, reposant sur deux lions, abrite d'admirables portes en bronze des 11e et 12e siècles. L'intérieur impose par la nudité et la hauteur de la nef, coiffée d'une charpente en berceau continu. Le maître-autel est surmonté d'un splendide tryptique de Mantegna, remarquable témoignage de cet important artiste dont les compositions se caractérisent par leur rigueur et le rendu sculptural de ses figures, ainsi que par leur richesse d'ornementation. Arrivée au Palazzio Verita Poete, pour un concert d'opéra digne du théâtre de Vérone. Le soprano Mami Sakuta et le tenor Alex Magri nous enchantent littéralement ; au piano : Aldo Guizzo. Une totale surprise. Il est vrai qu'ils font partie du Conservatoire. Un cocktail de très grande finesse nous réunit avec les artistes et leurs amis, dans le jardin du palais, sur une merveilleuse pelouse, à l'abri des regards et du bruit. Un délicieux moment que nous aurions du prolonger en supprimant le dîner sur le bateau. Un vrai regret. Mantoue En 70 avant JC, Mantoue donne naissance au plus grand poète de l'antiquité romaine, Virgile, l'auteur inoubliable qui raconte les errances d'Énée fuyant Troie et les origines de

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Spécial Venise Mantoue, qui a vu naître Virgile.

terre aux pauvres, construisit des ponts et favorisa les artistes.Mantegna fut un familier de sa cour. Frédéric II fut nommé duc par Charles Quint en 1530, embellit la ville en construisant de magnifiques édifices. Les Gonzague-Nevers présidèrent aux destinées de la ville jusqu'en 1707.

Cremona.

>> Rome ; ses autres ouvrages, les Bucoliques

et Les Georgiques, cauchemar des apprentis latinistes, évoquent les travaux ou les plaisirs de la campagne et reflètent, par leur ton mélancolique et leur musique harmonieuse, la douceur voilée des paysages mantouans. Sous le mécénat de la famille des Gonzague, souverains éclairés, protecteurs des arts et des lettres, la cité fut, aux 15e et 16e siècles, un des principaux centres intellectuels et artistiques de l'Italie du Nord. Jean-François de Gonzague fit appel au fameux pédagogue Vittorio Da Feltre et confiat au peintre véronais Pisanello, vers 1450, la décoration des murs du Palais Ducal. Son fils Ludovic II, condottiere de son métier, distribua de la

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Palais Ducal C'est un imposant édifice de plusieurs époques. Il fut pillé par Bonaparte et il reste peu de choses exceptionnelles. Dans la visite des appartements, à noter de remarquables Sinopies de Pisanello (dessins préparatoires d'une fresque, tracée dans une terre ocre, voisine de la sanguine). Elles évoquent des épisodes inspirés des chansons de geste des Chevaliers de la Table Ronde, le tout au sein d'un univers fantastique et intemporel. Superbe ! On visite la célèbre Chambre des Époux (Camera degli Sposi), ainsi nommée car on y enregistrait les mariages. Célèbres fresques de Andrea Mantegna. Avec une maîtrise absolue des raccourcis et une science prodigieuse de la perspective, le peintre joue avec l'architecture du lieu, créant une vision vertigineuse où s'interpénètrent les espaces et les matériaux. Décors sculptés en trompe-l'œil, combinés au stuc et ses guirlandes de feuillages et

de fruits. L'extraordinaire trompe-l'œil de Mantegna atteint son apogée dans L'Oculus par lequel des amours et des domestiques contemplent la scène. Cette invention connaîtra un immense succès dans le monde des arts de l'époque. A visiter absolument. Remarquable déjeuner au Ristorante Aquila Nigra. Finesse, délicatesse et inventions. Tous nos déjeuners sont des "tops" de la cuisine italienne, hors des sentiers battus ! Cremona Cremona, au charme provincial tranquille, fut la dote de Bianca Maria Visconti à Francesco Sforza qui se maria dans cette ville le 25 octobre 1441. La domination modérée des Visconti et la Renaissance l’enrichirent de beaux palais et d'églises décorées en éléments de terre cuite. En 1567, naissait Claudio Monteverdi qui créa une longue tradition musicale.

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Spécial Venise Une statue signée Andrea Palladio à Vicenza. La ville du Violon Crémone est la patrie des plus grands luthiers de tous les temps dont les instruments sont encore recherchés aujourd'hui par les violonistes de renom, à prix d'or : • Andrea Amati à qui le roi de France (Charles IX) commandait des instruments au 16e siècle, • son neveu Niccolo, • Antonio Stradivarius, le plus célèbre qui créa plus de 1000 instruments, • Andrea Guarneri et Giuseppe Guarnera del Gesu. Le mélomane averti distinguera facilement le timbre d’un Stradivarius, d’une pureté cristalline de celui d'un Giuseppe Guarnera del Gesu, puissant et profond. Nous visiterons un luthier français de moins de 40 ans, installé à Crémone depuis 15 ans. Après avoir étudié le violoncelle pendant sept ans, il se destine à la lutherie. Très pédagogue, il nous explique simplement les différentes phases de la fabrication Un portrait d'un instrument et comment placer au mieux l'âme ! d’Andrea Palladio. Passionnant ! Nous visiterons ensuite la scène du théâtre Ponchielli, la plus grande d'Europe à l'époque, et à l'excellente acoustique. Nous déjeunons toujours très bien au restaurant Histroria Del 700. Vicenza Nous logeons sur les collines de Vicenza, dans un ancien monastère transformé en hôtel#### à Arcugnano, à l’Hôtel Villa Michelangelo. C'est plein de charme, de verdure, pelouses et grands arbres avec vue plongeante sur la ville. Lieu idéal pour un séjour artistique. Service d'hôtel et de restaurant de premier ordre. C'est un actif centre industriel et commercial qui ajoute aux traditionnelles productions de textiles, le travail particulier de l'orfèvrerie ainsi que des industries mécaniques et chimiques. La ville est magnifique et il est conseillé de la visiter tranquillement à pied. La stratification historique des différentes époques (romaine, gothique, baroque, néo-classique) a créé des combinaisons sophistiquées et, en même temps, spontanées. Andrea Palladio Artiste exceptionnel, il vécut longtemps à Vincenza. Il fut le dernier grand architecte de la Renaissance qui réussit dans un art d'équilibre suprême, la synthèse de la leçon antique et des préoccupations modernes. Il entreprit plusieurs voyages à Rome et écrivit un traité :

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Les Quatre Livres de l’Architecture, qui fit connaître son œuvre dans l'Europe entière. Le Style Palladien se caractérise par la rigueur du plan où les formes simples et symétriques prédominent par l'harmonie remarquable des façades qui combinent le fronton et le portique. Il travailla pour la riche clientèle de Venise qui souhaitait refaire construire des demeures dans la campagne voisine. Il ajouta un sens parfait des décors et de l'implantation, donnant de l'importance au socle, de telle sorte que les villas surgissaient comme de nouveaux temples sur les rives de la rivière Brenta ou sur les pentes des Monts Berici. Les Villas Palladiennes Dans les environs de Vicenza,

nous visitons deux importantes villas Palladiennes : la Villa Valmarana dite Dei Nani, car des nains décorent le mur de clôture de la propriété. A l'intérieur, les salles du rezde-chaussée ont été entièrement peintes de fresques par Gianbatis-Ta Tiepolo, pleines de verve et de saveur, qui évoquent l'histoire grecque antique, divers aspects de la vie quotidienne campagnarde en Vénétie et des scènes de carnaval, thème cher à l'artiste. Les pièces sont plaisantes, pas trop grandes et intimes.

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Spécial Venise

>> La Villa Rotonda

Nous prenons un sentier bucolique qui, en trente minutes, nous emmène à l'une des œuvres les plus célèbres du Palladio. C'est son suprême chef-d'œuvre construit entre 1550 et 1552 pour le chanoine Paolo Almerico désireux de se retirer. C'est une construction cubique aux quatre angles parfaitement orientés selon les points cardinaux, pour permettre un plus grand jeu d'ombres et de lumières sur les façades. Chaque façade semblable se prolonge par un Pronaos avec six colonnes ioniques à fût lisse, élevé sur un perron. C'est splendide et grandiose à la fois. Nous ne pourrons hélas pas la visiter, étant elle aussi en réfection. Theatro Olimpico Un autre choc !!! Lieu de réunions des gens de culture, ce merveilleux théâtre de bois et de stucs fut dessiné en 1580 par Palladio sur le modèle des théâtres antiques. L'hémicycle des gradins est surmonté d'une très belle colonnade dont la balustre porte des statues. La scène est admirable, inouïe. Imaginez des niches, des colonnes, des statues se superposant et laissant entrevoir d'étonnantes perspectives de rues, des trompe-l'œil !! À ne pas manquer !

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La célèbre Cene signée Leonardo da Vinci.

Nous déjeunons au restaurant Il Pestello : une baccala alla Vicentina con polenta. Excellent. La soirée se terminera par la visite de la Villa Godi Malinverni. Encore une très belle villa de Palladio. Après nous être désaltérés, eau fraîche et jus de fruits, nous assistons à un récital privé : • Violoncelle : Luca Fiorentini (le même qu'à Venise) • Pianoforte : Teresa Trevisan • Œuvres des Chostakovitch : sonate opus 40 pour violon-piano ; Granados ; Saint Sens, etc. Nous assistons à un récital de haut niveau, brillant, plein d'émotions. Des artistes dont on reparlera. Un très agréable cocktail nous est offert sur le perron, dominant les vastes terres du domaine plantées d'agrumes de fleurs et de légumes, nous faisant regretter de quitter si vite ce pays béni des dieux. La Cene C'est dans l'ancien réfectoire du couvent (cenacolo) que se trouve la célèbre Cène de Léonard da Vinci peinte à fresque entre 1485 et 1497 à la demande de Ludovic le More. Composition savante (l'espace peint semble le prolongement de l'espace réel) et dramatique, elle évoque l'institution de l'Eucharistie : la bouche entrouverte du Christ suggère qu'il vient à peine de finir de parler. Sur les visages des disciples se discerne la stupeur qui laisse présager le désastre imminent dont Judas sera l'auteur. La chute d'une bombe sur le réfectoire en 1943 exposa l'œuvre aux intempéries et à la poussière. Depuis mai 1999, après vingt et une années de travail, le réfectoire est enfin visible avec les couleurs originales des drapés, le clair-obscur des incarnats, le tout baigné dans une douce lumière... C'est magique ! A visiter bien sûr absolument. N

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Nostalgie

COMME LES JOURNÉES D’ÉTÉ ME SEMBLAIENT LONGUES À 12 ANS. LES SEMAINES PASSAIENT AVEC LENTEUR DANS MA CAMPAGNE NORMANDE ET SI MAUPASSANT AVAIT SU AVEC TALENT MAGNIFIER LES PAYSAGES ET PERSONNAGES DE MON ENFANCE, SEUL L’ENNUI M’ACCOMPAGNAIT CES LONGS MOIS DÉNUÉS DE POÉSIE.

Unété avec KatharineHepburn ne carte postale de l’Ile de Ré, une lettre de Nîmes et des bons baisers de Perpignan : voici les bribes d’ailleurs que m’apportaient mon gentil facteur, des fragments de Dolce Vita, des parcelles de terrasses ensoleillées, des échantillons gratuits de chambre avec vue. J’attendais que la saison passe et que septembre vienne frapper à ma porte. Là, nous redeviendrons tous plus ou moins égaux, le trajet quotidien redeviendrait pour tous le même, pavé d’obligation, d’horaires fixes et battu par la même pluie fine et régulière. Mais d’ici là, je devais me contenter de mon chat, du jardin de mon père et de mes rêves. Jusqu’à ce soir de juillet, avec l’air blasé que l’on se donne souvent à cet âge-là et à la quête d’un film passable à regarder, je découvris, dans ma campagne profonde, mon paradis, mon Eldorado : Turner Classic Movie. Une chaîne consacrée unique-

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ment aux films classiques, sélectionnés par thème avec le plus grand soin . Les dialogues étaient fins et drôles, les tenues des actrices à couper le souffle, les acteurs beaux à en mourir, la mise en scène soignée. Les chansons des comédies musicales pour leur part n’avaient la prétention d’être que des allers simples vers le merveilleux. Je savais que je signais à cet instant ma passion à vie pour les vieux films. A présent, si je vois du noir et blanc, je cesse toute activité. J’aperçois Billy Wilder au générique, je souris. Je surprends Paul Newman en larmes devant Elisabeth Taylor, je tombe amoureuse. Le cycle Katharine Hepburn commençait ce soirlà. Je la connaissais peu et, pour être honnête, je la trouvais bien moins jolie que ses consœurs. Pourtant, à peine le film commencé, je savais qu’il allait devenir mon classique, ma référence.

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Nostalgie

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portant des groupes de touristes sans élégance sous le pont des soupirs. Je goûtais au vrai expresso et mon palais chavirait. Je ressentais au plus profond de ma chair le ghetto juif. Mes doigts effleuraient chaque detail sur les pierres chaudes des bâtisses. Je m’endormais paisiblement à l’ombre d’un arbre d’une piazzetta. Marchant des heures, rêvant à l’amour, je finis par découvrir, ô joie, la boutique de l’antiquaire du film. La veritable. L’originale. Le vendeur n’avait rien de Rossano Brazzi et il ne vendait pas de magnifiques verres de Murano du XVIIIe siècle. Mais j’y étais. J’étais dans la tête de

David Lean et dans les chaussures de Katharine Hepburn. J’étais au Cœur de Venise et je remerciais au plus profond de moi mes parents de m’avoir laissé m’ennuyer ces longs étés d’adolescence. Car mon imagination aurait été bien moins riche sans l’univers des films classiques et je n’aurai jamais visité la Venise des années 50 sans cela. Il ne me reste plus à present que de déguster un café devant Tiffany’s sur la 5e avenue tel Audrey Hepburn et danser dans les bras d’un Américain à Paris, si possible aussi beau que Samira Aguerguan Gene Kelly. N

Samira.Aguerguan@hotmail.com

Summertime de David Lean (1955) ou Vacances à Venise pour la version française. Mon premier film en version originale sous-titrée avait donc l’élégance d’être dirigé par le célèbre réalisateur de Laurence d’Arabie. Vacances à Venise est un réel moment de grâce de 99 minutes, sublimé par la mode des années 50, magnifié par la Grande Miss Hepburn et le plus bel italien que la terre ait porté, Rossano Brazzi. Une deuxième obsession venait de naître : je devais visiter la Sérénissime. Pour vous conter l’histoire, Jane Hudson (K. Hepburn), une secrétaire d’âge moyen de l’Ohio réalise enfin le voyage de ses rêves en se rendant à Venise. Elle arrive par train, munie de sa caméra, les yeux ébahies par tant de beauté. Et si elle aime se revendiquer indépendante, elle découvre rapidement à quel point il est douloureux de visiter seule et sans amour la belle Cité. Que c’est triste Venise, chantait mon amour d’Aznavour. L’interprétation de l’actrice est aussi subtile que le mouvement des caméras et le tout est sublimé par la musique du film… Cette musique qui nous touche au plus profond de notre âme, celle qui nous fait espérer qu’un amour flamboyant nous attend là quelque part, au détour d’une rue pavée non loin d’un joli pont. L’histoire bascule lorsqu’elle rencontre un bel antiquaire, Renato de Rossi (R.Brazzi), sur la Place Saint Marc. La mise en scène de leur première rencontre est la plus belle qui m’ait été donné de voir jusqu’alors, et représente parfaitement le “meet-cute”, cette technique des comédies romantiques qui permet au spectateur de se souvenir de la manière dont les deux protagonistes se sont connus. Qui est cet antiquaire ? Jane Hudson restera-t-elle fidèle à ses principes ? Venise prouvera-telle son romantisme légendaire ? Car vous vous en rendrez compte assez vite, la véritable héroïne de l’histoire, c’est finalement elle, la belle Cité des Doges. Je ne vous dirai rien de plus de l’intrigue afin de vous laisser découvrir ce film deux fois nommé aux oscars pour le prix de la meilleure actrice et celui du meilleur réalisateur. Et j’avoue ressentir une pointe de jalousie à l’idée que quelqu’un découvre ce petit chef d’œuvre pour la première fois. A 22 ans, soit 10 ans plus tard, j’avais enfin mon billet de deuxième classe en main, mes rêves en tête et une petite somme d’argent pour mes premières vacances en tant que jeune femme. Décidée à revivre le film, me voici arrivant par train à la gare Santa Lucia. Le décor était le même et mon cœur battait la chamade. A quai, mes plus belles robes dans ma valise, j’étais étourdie par l’activité autour de moi, l’odeur de l’eau, le soleil qui me caressait. Et là, le périple pouvait commencer. Munie moi aussi de ma petite camera, j’ai suivi chaque pas de Katharine Hepburn : de la place Saint Marc au canal dans lequel elle chute, je découvrais cette Venise, si loin des clichés à la guimauve et si éloignée de ses gondoles trans-


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Le billet de Dany

Veneziano Stravaganza... a Piazzetta est le lieu de rencontre préféré des Vénitiens au XVIIIe siècle. Saltimbanques & Marchands y étalent leurs traiteaux. Sur la Place Saint Marc (La Piazza), les boutiques de café restent ouvertes très tard la nuit. Le carnaval dure trois bons mois. C'est un spectacle magnifique où le peuple de Venise s'étourdit et s'offre à lui-même. Le port de la "Bauta" et du "Tabarro" favorise la f ra te r n i sation des classes sociales. J'ai choisi de vous emmeTomaso Albinoni. ner à Venise en compagnie de trois illustres musiciens Vénitiens qui ont marqué le XVIIIe siècle avec trois de leurs instruments fétiches : Tomaso ALBINONI et son violon (1671-1750) - Alessandro MARCELLO et le Hautbois (1684-1750), Antonio VIVALDI & la Mandoline (1678-1741). Tomaso ALBINONI, né et mort à Venise, fut l'un des compositeurs les plus importants du XVIIIe italien. C'est si vrai que Jean Sébastien BACH, qui savait déceler le bon grain, n'hésita pas à lui emprunter quelques thèmes. Comme bon nombre de ses contemporains, ce Vénitien a exploré avec bonheur tous les genres. On en commandait sans cesse de nouveaux et, d'une cour à l'autre, on se disputait

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Dany Vinet

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l'honneur de les monter avec éclat à l'occasion de telle ou telle festivité. Entre 1694 et 1740 vit représenter la quasi totalité de la cinquantaine d'opéras d'ALBINONI. Beaucoup de ces œuvres sont considérées aujourd'hui comme disparues. Heureusement qu'il nous reste le célèbre Adagio en sol mineur dont "L'inventeur" est le Musicologue Italien GIAZOTTO qui, en 1945 , fit paraître une étude sur Tomaso ALBINONI et un catalogue thématique de ses œuvres. Ce dernier, publié en 1958 chez RICORDI à Milan, confirme que cet Adagio fait partie d'une Sonate à Trois en Sol Mineur, sans numéro d'Opus, dont demeurent seulement la Basse chiffrée et deux fragments du premier violon... GIAZOTTO conclut qu'il s'agit certainement d'une sonate d'église et jugea nécessaire de confier à l'orgue, voire même au clavecin, la basse dont l'original est conservé à la bibliothèque d'Etat de LIPSIA. Violons, Altos, Violoncelles et contrebasses complètent la formation. Cette mélodie grave et chantante, souple et chaleureuse, profondément émouvante, est devenue une œuvre populaire dans le meilleur sens du terme. Alessandro MARCELLO, philosophe & Mathématicien qui, sous le pseudonyme d'Etérico STINFALLICO, organisait avec son frère Bénédetto des concets privés où il faisait jouer la musique de ses contemporains et la sienne, rare, toujours marquée par une puissance préromantique qui tranche sur l'engouement d'un VIVALDI. Ainsi, le concerto pour hautbois, cordes & continuo en ré mineur (célèbre depuis le film mythique “Mort à Venise” avec l'inégalable Dick BOGARD), l'Andante e spiccato, par lequel débute notre concerto, est d'une grandeur pas si courante dans ce répertoire qui se veut plaisant. Régulièrement ponctué par de grands ac-


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Le billet de Dany cords de cordes, ce mouvement échappe pourtant à l'austérité par le contraste qui s'introduit avec la sonorité acérée et les fines broderies du hautbois. L'œuvre publiée en 1716 à Amsterdam, fit rapidement le tour de l'Europe. Ce fut les grands débuts du hautbois qui permirent à Jean Sébastien BACH de faire plus ample connaissance avec les joyaux de la musique italienne qu'il venait de découvrir par VIVALDI. Il composa même un condensé pour clavier de l'admirable adagio BWV 974, longtemps attribué par erreur à Benedetto MARCELLO. Le Finale seul, rejoindra la tradition plaisante et fera la part belle à la virtuosité, l'accompagnement de l'orchestre se pliant à un rythme plus capricieux. Pour savourer cette œuvre pleine d'émotion, je ne saurais trop vous inviter à écouter l'interprétation de Heinz HOLLIGER, "l'Hautboïste" par excellence. Né en 1939 à Lucerne, c'est la référence. Lauréat de nombreux concours internationnaux, il occupe depuis de nombreuses années le devant de la scène. Il s'est défini quatre horizons : 1> Compositeur moderne. 2> Interprète d'avant-garde. 3> Concertiste classique. 4> Direction d'orchestre. Son interprétation du concerto d'Alessandro MARCELLO pour hautbois & hautbois d'amour, est devenue pour moi synonyme d'évasion d'une très rare et profonde émotion. La Mandoline, traditionnellement liée, dans l'imagination populaire à la chanson napolitaine, fut bien négligée par les compositeurs de toutes les époques, peut-être à cause de sa sonorité métallique et un peu sèche; son rôle se limitant dans la musique classique à quelques apparitions épisodiques dans le répertoire lyrique, comme accompagnement d'une sérénade ou d'une romance. Dans la tradition théâtrale vénitienne, la mandoline fait son apparition, avant VIVALDI, comme instrument "obligé" au sein de l'orchestre. Au cours des longues années de son infatigable activité de compositeur lyrique, de pédgogue et "Maître de concerts" des orphelines adoptées par l'hôpital de la piété,

Antonio Vivaldi et sa mandoline.

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à Venise, le “Prêtre Roux" Antonio VIVALDI n'a cessé d'explorer avec une imagination inépuisable, les nouvelles ressources de timbres et de coloris instrumentaux. Par une belle soirée estivale, qu'il est doux et agréable de se faire bercer aux sons de "l'Intégrale" des trois concerti, répertoire unique pour mandoline solo dans l'histoire de la musique.

Seul VIVALDI a eu le mérite de deviner les possibilités de cet instrument et d'avoir su l'utiliser pour composer des œuvres admirables. Il est quasiment certain que VIVALDI composait pour la mandoline dite "Napolitaine", munie de 8 cordes couplées deux par deux et accordées comme les 4 cordes d'un violon ; c'est ce qui explique comment VIVALDI, violoniste remarquable, a pu traiter la mandoline avec une maîtrise si extraordinaire. Prenez soin d'apprécier cette musique dite baroque, si légère, si aérienne ; avec l'ensemble à nulle autre pareille, j'ai nommé l'ensemble I Solisti Vénétie sous la direction de l'incomparable Claudio Scimone. Arrivederci tutti ! N


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Histoire 1

LaNuitduMuséedel’Armée2010

“Unenuitenvilleautempsd'HenryIV” COMPAGNIE DE 1602 GENÈVE DELEGATION PARIS 2010 n 1999, les Compagnons du Devoir de la Fonderie de Coubertin, sise dans la vallée de Chevreuse, non loin de Paris, de même que les Compagnons charrons, mettaient tout leur savoir-faire à la disposition de la Compagnie de 1602 de Genève, afin de produire, à l’identique, une pièce d’artillerie légère de type “faucon” des Cali2 bres de France de l’époque du roi Henry IV. Cette dernière, le Falco, correspond aux témoignages liés à l’Escalade de Genève, lesquels mentionnent la mise en batterie d’une telle pièce vers la fin de la bataille, sur le haut de la Treille. Au milieu de la nuit, ce canon se mit en effet à tonner contre la cavalerie du duc de Savoie, aggravant ainsi le désordre de la retraite du Savoyard. Onze ans plus tard, alors que la France va commémorer le souvenir d’Henry IV (1553-1610), roi de France et de Navarre, assassiné à Paris par Ravaillac le

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14 mai 1610, - il y aura tout juste 400 ans en 2010 -, l’idée de présenter Falco dans le cadre de la Nuit du Musée de l’Armée sis dans l’enceinte de l’Hôtel des Invalides, à Paris, le 15 mai 2010, a germé autant dans l’esprit des responsables du Musée que dans celui de la Compagnie de 1602. Cette pièce d’artillerie n’usurpe pas le droit d’aller se faire admirer dans la ville des Lumières, ce d’autant plus que nul n’ignore le soutien apporté à la ville de Genève par Henry IV, entre la fin du XVIe et le début du XVIIe siècle. Les relations liant le Béarnais, - surnom du roi Henry IV -, à Genève sont ainsi pratiquement sentimentales et méritent d’être soulignées, car elles influencent aussi l’état d’esprit des dirigeants genevois dans la conduite des


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Histoire affaires de la Seigneurie et des relations diplomatiques de cette dernière, le commandement de ses troupes, voire la fonte de ses canons. Ainsi, tout commence en novembre 1589, treize ans avant l’Escalade. Ne voulant pas trahir ses racines huguenotes, Henry IV assure alors les Genevois, en guerre depuis près de neuf mois contre le duc CharlesEmmanuel de Savoie et ses partisans, de son soutien et désire leur apporter autant secours qu’assistance. Cela ne sera de loin pas sa dernière intervention en faveur de la cité de Calvin. En effet, un mois après avoir signé, en avril 1598, l’Édit de Nantes, le Roi exige encore que Genève soit mentionnée dans le traité de

paix de Vervins, conclu la même année, entre la France, l’Espagne et la Savoie, preuve de sa détermination à vouloir secourir la cité en cas de nécessité. Par la suite, en date du 22 novembre 1600, Esaïe Colladon, docteur en Droit et en Médecine et Recteur de l’Académie, notera dans son journal de quelle manière le Roi, venu près de Genève pour prendre d’assaut le fort Sainte-Catherine appartenant au duc de Savoie, reçoit les envoyés de la ville venus à sa rencontre : « il les receut avec une benignité incroyable, les remercia de la bonne volonté qu’ils declaroyent, & en même temps otant son chapeau ajouta qu’il savoit bien combien ils l’avoyent aimé dès lors qu’il n’etoit que Roy de Na1 & 4. Démonstration d’armes dans la Cour d’honneur des Invalides. 2. Henry IV, roi de France et de Navarre. 3. La délégation de la Compagnie de 1602 au grand complet devant l’Hôtel national des Invalides. 6. Mise à feu du canon de la Compagnie de 1602, reproduction d’une pièce française de l’époque d’Henry IV.

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Histoire >> varre, mais, quant à luy, qu’il les aimeroit & comme Roy de Navarre

& comme Roy de France, & qu’ils connoitroyent par effet combien il etoit affectionné envers la ville, laquelle tous ses gens, comme il disoit, desiroyent de voir, mais qu’on se pouvoit assurer que ce n’etoit pas pour y faire mal ». Le 22 mai 1601, Esaïe Colladon mentionne encore la lettre écrite par le Roi à François de Bonne, seigneur et futur duc de Lesdiguières, chef incontesté des huguenots du Dauphiné et lieutenant-général des armées d’Henry IV, lettre transmise par les soins de ce dernier à Messieurs de Genève. Elle souligne que le Roi, s’adressant à Les8. Groupe des artilleurs ; à gauche : Schneebeli, le Chef de la Délégation de la Compagnie de 1602 ; 3e depuis la gauche : Madame Sylvie Leluc, Conservateur du Département de l’Artillerie du Musée de l’Armée. 9 & 10. Démonstration d’armes dans la Cour d’honneur des Invalides. 11. Présentation des costumes de la Compagnie de 1602.

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diguières, « luy mandoit qu’en cas que ledit duc (de Savoie) attentât quelque chose contre Geneve, luy ne faillît de nous aider & envoyer capitaines propres, selon qu’ils connoitroit etre expedient ». Le 30 août 1602, le roi de France écrit à Philippe de Béthune, ambassadeur de France à Rome, et le prie de demander au Pape d’intervenir afin que les troupes espagnoles, concentrées en Savoie par le comte de Fuentes, se retirent au plus tôt, ajoutant à l’intention de Clément VIII, qu’il « croye, sy ledict Roy d’Espagne ou ledict duc de Savoye ou autre m’ataquent, ou mes alliez, à force ouverte ou par surprise, je partiray de la main à la mesme heure, et n’y a sorte de considération ny de respect qui me retienne

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Histoire et puisse empescher que je n’achève ce que les autres auront commancé, quoy qui puisse arriver ». Le Roi n’a pas tort de se méfier, car à la fin du mois d’octobre 1602, près de 12 000 hommes et 1 200 chevaux sont concentrés en Savoie. Une véritable armée stationne ainsi aux portes de Genève. Enfin, au début du mois de janvier 1603, quelques semaines seulement après l’Escalade, une lettre d’Henry IV arrive en ville. Sa teneur est la suivante : « Très chers & bons amis, J’ai entendu avec un tres grand deplaisir l’entreprise faitte sur vôtre ville par les gens du duc de Savoye, & ayant sceu comme courageusement & vertueusement, vous les avés repoussés & chatiés, je vous diray que c’est un des plus grands contentement qui me pourroyent avenir. (…) Vous me ferés plaisir tres agreable de me donner souvent avis, & bien particulièrement, de tout ce qui s’offre & à quoy vous vous resolvez concernant le dernier remuement, ce qu’attendant je vous

Rome et frère du Duc de Sully, le 5 janvier 1603 : « Sans doubte sy ledict duc eust esté aussy heureux & bien servy en l’exécution de son desain qu’il l’avoit esté au project & à la conduicte d’icellui, il auroit pris ladicte ville & en seroit maistre maintenant. Quoy advenant, mon honneur & ma parolle m’obligeoient de y accoure & employer toute ma puissance au recouvrement d’icelle, tout ainsy que je fis pour celle d’Amyens quand les espagnols la surprirent, car ladicte ville de Genève n’importe moins à mon Royaume que l’autre ». En conclusion, hormis les motifs éminemment politiques d’un tel comportement, - le roi de France désire à cette époque s’assurer de Genève, de Gex, de la Valteline ainsi que

Chargement du canon diray que si le duc vous assiege par de la Compagnie de force ouverte ou autrement, je vous 1602, reproduction promets d’employer toute ma puisd’une pièce française sance &, si besoin est, je n’epargnede l’époque d’Henry IV. ray ma propre personne pour vous deffendre & secourir contre luy & contre tous ceux qui luy assisteront. Par quoy avertissés moy diligemment de ce qu’il fera. J’ecris & commande dès à present aux gouverneurs de mes provinces qui sont proches de vous, qu’ils veillent soigneusement avec vous à votre conservation & qu’ils vous assistent, si etes pressés, de tout ce qui sera en leur pouvoir comme si c’etoit pour la conservation des plus importantes places que j’aye en leur gouvernement. Je prie Dieu, tres chers & bons amis, qu’il vous aye en sa garde ». A Paris, ce 8 janvier 1603. Signé HENRY Le roi de France a du reste bien conscience de son engagement personnel lorsqu’il écrit à Philippe de Béthune, son ambassadeur à

du passage vers Strasbourg -, nous ne saurions douter qu’Henry IV ait eu quelque affection pour Genève. En effet, il tisse des liens avec la République depuis trente ans, ordonne à ses officiers de lui apporter le secours nécessaire, exige que l’on rase le fort Sainte-Catherine, sis aux portes de la ville et qui constitue pour elle une grande menace, se dresse de toute sa puissance contre les prétentions de la Savoie et de l’Espagne et consent à verser mensuellement à la République, à la suite de l’Escalade, 2 000 écus d’or pour le maintien d’une garnison. Un tel Roi ne peut qu’occuper une place de choix dans le cœur des Genevois passés et >> présents.

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Histoire

HôtelnationaldesInvalides etMuséedel’Armée Un peu d’histoire (Source : www.invalides.org)

En 1670, soit 68 ans après l’Escalade, Louis XIV décide de faire construire un bâtiment susceptible d'abriter ses soldats invalides ou trop âgés pour servir. Il confie son projet au Secrétaire d'Etat à la Guerre, Louvois, qui choisit l'architecte Libéral Bruant pour la construction de l'hôtel, dont le plan n'est pas sans rappeler l'Escorial de Philippe II (Espagne). Ce projet s'inscrit dans le courant charitable et social du XVIIe siècle et l'Hôtel des Invalides devient un exemple pour bien d'autres pays européens. La construction de l'enceinte militaire est achevée en trois ans seulement et les premiers invalides s'y installent dès octobre 1674. La vie des 4 000 pensionnaires (fin XVIIe siècle) est soumise aux exigences d'une caserne et d'un monastère. Divisés en compagnies, les soldats travaillent dans des ateliers de confection d'uniformes, de cordonnerie, de tapisserie et d'enluminure,

afin de combattre l'oisiveté. Les grands blessés, au nombre d'une centaine, sont pris en charge dans l'Hôpital, installé au Sud-Est. Celui-ci est toujours actif aujourd'hui alors que la pension des vieux soldats autour de la cour est maintenant dévolue aux espaces du musée. En 1676, le projet de l'église, au sud, est confié à Jules HardouinMansart qui réalise la grande église royale, dite Eglise du Dôme (reprenant les plans de son grand oncle François Mansart) et achève l'église pour le culte quotidien des pensionnaires, l'Eglise des Soldats. L'Eglise du Dôme est un chef d'œuvre de l'architecture classique française ; son décor est confié aux plus grands artistes de Louis XIV (Charles de la Fosse, Jouvenet et Girardon) qui travaillent aussi à Versailles. Point de référence dans le paysage parisien culminant à 101 mètres, elle est inaugurée par le roi le 28 août 1706. Sous Napoléon Ier, le Dôme devient le Panthéon des gloires militaires de la France en accueillant, notamment, le tombeau de l’Empereur, de Turenne et l'urne contenant le cœur de Vauban. En 1989, à l'occasion du bicentenaire de la Révolution française, le dôme a été redoré pour la cinquième fois depuis sa création ; 550 000 feuilles d'or ont été nécessaires pour l'opération. L'Église des Soldats, dite aussi “chœur des pensionnaires”, destinée au culte et aux offices quotidiens de ces derniers, est achevée

Réception dans les jardins de l’ambassade de Suisse. De gauche à droite : Général Robert Bresse, directeur du musée de l’Armée et son épouse ; RolandDaniel Schneebeli, le Chef de la Délégation de la Compagnie de 1602 ; le Colonel Bernard Capdeville, Commandant militaire des Invalides ; Madame Sylvie Leluc, Conservateur du Département de l’Artillerie du Musée de l’Armée. A l’arrière-plan, Son Excellence l’ambassadeur de Suisse Ulrich Lehner.

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Histoire

Zones d’engagement : Cour d’honneur, Accueil Nord, Esplanade jusqu’à la Grille Nord. en 1679. L'Eglise Saint-Louis des Invalides, dont la voûte est ornée des trophées militaires de la France, abrite le caveau des gouverneurs où reposent de nombreux gouverneurs des Invalides, des maréchaux de France et des grands chefs militaires. Dédiée à saint Louis et consacrée à la Sainte Trinité, l'église est rattachée administrativement au musée de l'Armée dès sa création en 1905. Elle est aujourd'hui le siège du vicariat aux armées françaises. Le musée de l'Armée, pour sa part, a été créé en 1905 par la fusion du musée d'Artillerie et du musée historique de l'Armée. Le musée d'Artillerie (créé sous la Révolution et installé en 1871

aux Invalides) est lui-même héritier de deux des plus prestigieuses collections d'armement : la collection du garde-meuble de la Couronne et la collection des princes de Condé (Chantilly). A partir de 1852, ces deux collections sont déposées aux Invalides et enrichies de multiples fonds provenant, entre autres, de la Bibliothèque Nationale, du Louvre, de l'artillerie de Vincennes, de l'hôtel des Monnaies, du château de Pierrefonds, de nombreuses acquisitions dues aux campagnes coloniales et de dons privés. Le musée historique de l'Armée quant lui, a été fondé en 1896. Parmi les collections les plus prestigieuses du musée, on peut citer les armes et armures anciennes (la 3e en importance au monde), les petits modèles d'artillerie (unique au monde et dont l’une des pièces a été prise en compte dans la création de notre pièce d’artillerie FALCO) et un ensemble exceptionnel de pièces du XIXe siècle relatives à Napoléon Ier et aux maréchaux de l'Empire notamment. Le musée de l'Armée se place parmi les plus grands musées d'art et d'histoire militaire au monde. Sa situation au sein d'un monument à vocation militaire comme l'Hôtel National des Invalides lui offre un caractère d'exception. Rares sont les musées militaires qui présentent une telle diversité d'œuvres et couvrent des périodes chronologiques aussi larges. N

Délégation “Paris 2010” Who’s who : Roland-Daniel SCHNEEBELI Chef de la Délégation Christian COLQUHOUN Adjoint du Chef de Délégation, ancien Président de la Cp de 1602, liaison “Suisse Tourisme” et OPAGE Jean-Marc BARBERIS, Vice-président de la Cp de 1602, Liaison Comité Cp 1602 Didier TRIBOLET Trésorier (n’était pas à Paris) Jean-Michel ONEYSER, Chef du groupe “Falco”, liaison ambassade de Suisse à Paris Eric FILLETTAZ, Chef du groupe “Arquebusiers” Georges JULLIARD Chef du groupe “Piquiers” Christine HESSELS Chef du groupe “Musique” - Batterie de Tambours Gabrielle SCHNEEBELI, Chef du groupe “Ad hoc” (Compagnes, Compagnons et enfants en costumes) Yves PENET Chef de l’Arsenal de la Cp de 1602 (n’était pas à Paris) René ODIER Transport de “Falco” Alexandre ODIER Transport de la délégation Luc BUSCARLET Couverture photos Logistique transport : Odier excursion Logistique sécurité/ logement / nourriture : Musée de l’Armée, Hôtel des Invalides, Paris

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Allocution de Roland-Daniel Schneebeli Ambassade de Suisse à Paris (Nuit du Musée de l'Armée 2010) 15 MAI 2010

Excellence, (Ambassadeur Ulrich LEHNER) M. le directeur du musée de l’Armée, (Général Robert BRESSE) M. le commandant militaire des Invalides, (Colonel Bernard CAPDEVILLE) M. le divisionnaire et attaché militaire auprès de l'ambassade de Suisse, (Divisionnaire Jacques DOUSSE) Mme le chef du service d'action culturelle et musicale du musée de l’Armée, (Mme Christine HELFRICH) Mme Le conservateur du département d'artillerie du musée de l'Armée, (Mme Sylvie LELUC) M. le chef de presse de Suisse tourisme, Chers compagnes, chers compagnons. Mesdames et Messieurs, C’est une grande joie pour,moi aujourd’hui de prendre la parole devant vous, au nom de la Compagnie de 1602. En effet, la manifestation que nous allons vivre ce soir dans le cadre somptueux des invalides sera l’aboutissement logique d’une collaboration et d’une amitié qui ont commencé il ya près de 12 ans. En ce temps-là, alors qu’au bout du lac Léman nous cherchions le moyen de pouvoir présenter aux Genevois et aux visiteurs de Genève un canon qui rappellerait l’artillerie mise en place la nuit de l’Escalade, j’ai eu le grand plaisir de faire la connaissance de Mme Sylvie Leluc, conservateur du département d’artillerie du musée de l’Armée. Je n’ignore pas qu’elles doivent être les demandes parfois saugrenues qui arrivent sur le bureau d’un conservateur de musée. Malgré cela, Mme Leluc a tout de suite été intéressée par cet épisode de l’histoire de Genève, qui vit les troupes du duc Charles Emmanuel de Savoie échouer lamentablement à la prise de la ville, dans la nuit du 11 au 12 décembre 1602, épisode qui fait également partie de l’histoire de France. En effet, à cette époque, en plus de ses alliés que sont Berne et Zurich, l’un des grands protecteurs de Genève, avec les princes protestants allemands et la reine Elizabeth 1ère d’Angleterre, était Henri IV, roi de France et de Navarre, souverain généreux et visionnaire. D’éducation huguenote, épris de liberté, fin stratège et politique, Henri IV possédait avec Genève des liens autant politique que sentimentaux. De nombreux officiers du roi sont alors en service commandé à Genève, depuis fort longtemps. Le dernier en date à l’époque de l’échec du duc de Savoie, était le baron de Villars, parti la veille de l’attaque et revenu aussitôt après, ce qui alimente parfois la version du piège tendu par les Genevois aux Savoyards. Les relations qui existent entre la France et Genève en 1602 influences les autorités de cette dernière dans leurs préférences, dans les mesures employées, dans les normes, et bien sûr, dans les choix de l’armement de la Cité. Ainsi, nous n’ignorons pas aujourd’hui que l’arsenal de Genève comportait, pour la protection des quelque 13 000 habitants de la Cité, pas moins de 120 bouches à feu, dont des pièces identiques aux fameux calibres de France, série de sept catégories de www.expatria-cum-patria.ch

canons que se réserve le roi de France Henri Il, 50 ans avant l’Escalade. Si les recherches nous ont conduits à travers toute l’Europe, c’est au travers des documents retrouvés à la bibliothèque nationale de France, dans les archives d’état de Genève et celles de Turin, avec l’aide du musée de l’armée, des compagnons du devoir et de notre cher et regretté ingénieur en chef de l’armement Michel Decker, que nous avons plus recréer à l’identique la piète d’artillerie Falco que les visiteurs de la nuit du musée pourront admirer sur l’esplanade des invalides. Malgré tout, la Compagnie de 1602 ne se limite pas à un canon, aussi beau soit-il. Forte de près de 2 500 membres, pouvant présenter 700 costumes, dont des dizaines de cavaliers, montrant ce que pouvait être une ville au début du XVIIe siècle, avec ses artisans, ses bourgeois, sa garde soldée, ses gens des campagnes environnantes, ses autorités, son bourreau, ses hommes d’armes, piquiers, arquebusiers, argoulets et tambours, notre association est avant tout à vocation historique. En effet, plus qu’une victoire contre un ennemi fourbe, nous commémorons le souvenir de ceux qui se sont sacrifiés pour leur liberté, pour un mode de vie et de pensée qui à modelé l’Esprit de Genève, tel qu’il est aujourd’hui, Genève est considérée comme la fenêtre de la Suisse ouverte sur le monde. Sans la résistance victorieuse au duc de Savoie, Genève ne serait peut-être pas devenue un canton Suisse. Dès lors, nous ne pourrions avoir ce grand plaisir d’être reçus en ce lieu merveilleux par M. L’ambassadeur Lehner, que je remercie chaleureusement pour son accueil. Enfin, à tout seigneur tout honneur, sans les relations privilégiées que nous entretenons avec le musée de l’armée, sans ce lien affectif qui unit Paris et Genève, la France et la Suisse, les autorités militaires françaises ne nous auraient peut-être pas ouvert les portes des invalides avec autant de courtoisie. Au nom de la Compagnie de 1602, j’invite les représentants civils et militaires à transmettre aux autorités françaises toute la reconnaissance qui est la nôtre. Excellence, Mmes et MM., J’avais prévu deux mots de remerciement, je crois qu’il y en a quelques-uns de plus, ce n’est que le reflet de notre profond respect et de notre grande reconnaissance pour vous tous.(paroles ajoutées sur place en fin de discours). Je vous remercie.

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LesBretons d’ici

l y a environ quarante ans, à Onex, une commune du Canton de Genève, des Bretons ont fondé une Amicale, l’Amicale des Bretons d’Onex. Quelques années et membres plus tard, l’Amicale a ouvert ses portes aux Bretons de Genève. Après une période faste, l’association a commencé à décliner, départs et divergences de vues ayant réduit ses activités à peau de chagrin. Jusqu’à il y a 15 ans. Une nouvelle équipe a réactivé l’Amicale, devenue entretemps l’Amicale des Bretons de Suisse romande. Plus tard, réunissant des Bretons du Valais, de Neuchâtel, de Fribourg et de Bâle et de “France voisine”, elle est devenue l’Amicale des Bretons de Suisse – Kevredad Bretoned Helvetia.

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TOUTES LES ASSOCIATIONS ET AMICALES VOIENT DÉCROÎTRE LEUR NOMBRE D’ADHÉRENTS. TOUTES ? NON. CAR UNE POIGNÉE D’IRRÉDUCTIBLES OPTIMISTES RÉSISTENT ENCORE ET TOUJOURS À LA MOROSITÉ AMBIANTE. LES MEMBRES DE L’AMICALE DES BRETONS DE SUISSE ET DE FRANCE VOISINE, COMME CEUX DE L’AMICALE BRETONNE DU LÉMAN, SONT TOUJOURS PRÊTS POUR UN FEST-NOZ.

C’est où la Bretagne?

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éographiquement, la Bretagne se trouve à la péninsule occidentale de l’Europe. Mais en réalité, la Bretagne est partout dans le monde, partout où des Bretons se réunissent au nom de leur origine. Et qui est Breton ? Être Breton, c’est d’abord une histoire d’amour : c’est, selon Jakes Page, aimer le « Vieux Pays de nos Ancêtres » - hon Bro Gozh va Zadoù -, aimer ceux qui le font tel qu’il est, avoir envie de partager quelque chose avec eux. Est Breton celui qui décide de l’être.

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Un bureau dynamique L’Amicale est dirigée aujourd’hui par un bureau dynamique et dévoué. Le co-président de l’amicale, Jakes Page – qui partage sa couronne avec sa complice Christiane Beley (photo) – est né à Brest… il y a quelques printemps. Il a débuté à l’arsenal à 14 ans


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En savoir plus

motion de la Bretagne - et de l’idée bretonne -, conférences. Et organise son assemblée générale annuelle. Aujourd’hui les liens entre les membres de l’Amicale sont essentiellement virtuels. L’Amicale existe essentiellement par son site internet Breizh Helvetia – www.breizhhelvetia.org – qui se décline en version papier chaque semestre et dans laquelle les membres font paraître ce qui leur tient à cœur (événements, culture, rubriques spécifiquement bretonnes). Une liste breizhhelvetia de YahooGroupes permet également de recevoir toute l’année toutes les informations concernant l’Amicale. Il n’est pas toujours nécessaire de se rencontrer physiquement pour vivre amicale-

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avant de déposer ses valises il y a cinquante ans au bord du Léman où il a repris des études d’ingénieur à Genève, ce qui lui a permis de parcourir le monde. Amoureux de la montagne et marié à une vendéenne ayant une prédilection pour la mer, Jakes Page vit désormais à Evian, les pieds dans l’eau et la tête dans les cîmes. Jakes qui s’occupe également de l’Organisation des Bretons de l’Extérieur (OBE), milite pour une Bretagne plus autonome. Jean Voruz assure le secrétariat et la trésorerie en plus de son rôle de Relations Publiques et de Webmaster. Les membres de l’Amicale – qui compte aujourd’hui 130 adhérents – s’étant disséminés et éparpillés sur un territoire plutôt vaste, le bureau à renoncé à organiser ses propres manifestations. L’Amicale participe en revanche aux fêtes, festivals et festnoz qui se déroulent en Suisse et France voisine par le biais de stands documentaires, pro-

joanna.david.mangin@gmail.com

e lundi soir, les Bretons vous invitent : danses bretonnes, danses populaires, musique… c’est tous les lundis à Ambilly. L’Amicale de Bretons du Léman, co-présidée par Jakes Page et Christiane Beley, a pour objet la danse, la musique, la culture bretonne, « mais c’est surtout un prétexte pour créer un lien entre les Bretons d’ici ». La troupe comprend une quinzaine de danseurs - bretons et savoyards - et se réunit tous les lundis pour apprendre et pratiquer une trentaine de danses bretonnes - parmi les 300 dont la Bretagne peut s’enorgueillir - et bien sûr… des Gavottes. Le groupe se produit dans les fêtes de village, lors des jumelages de communes, anime les après-midi des maisons de retraite… Samedi 10 juillet dernier, une Soirée en Bretagne, mêlant harpe celtique, contes, danses traditionnelles, cidre et far breton a enchanté petits et grands. Plus d’informations sur www. Bzhleman.net

Joanna David-Mangin

ment ses idées et ses rêves de Bretons en suisse. Et les membres d’Amicale ont la satisfaction de savoir qu’elle existe, qu’elle communique, qu’elle fournit une contribution – même si elle est modeste – à des activités telles que le réseau d’écoles Diwan. L’amicale est financée à plus de 95% par les seules cotisations des membres. Que toute personne qui considère qu’il est bon qu’existe une amicale des Bretons de Suisse contribue financièrement au succès de son activité… N

Cette rubrique est la vôtre Vous êtes expatrié et souhaitez partager votre expérience ? Envoyez-nous vos témoignages et vous serez peut-être sélectionnés par notre équipe pour apparaître dans notre rubrique... Bienvenue chez vous ! Radioscopie.francemagazine@gmail.com

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Voile

Hissezlavoile! Dominique Wavre, navigateur suisse, voit le jour à Genève le 4 juillet 1955. Sa passion naît dès l’age de 13 ans sur le lac Léman. Son bateau : la gîte mesurée n’excède pas 10 degrés. La surface de voile au portant est de 600m2. La stabilité du monocoque est assurée à 127,5 degrés. Le tirant d’eau est de 4 m 50. Le mat s’élève à 28 m. La longueur atteint 18,28 m. Biographie express • 1970-1978 Moniteur de l’école de voile de Genève. 7 participations au Tour de France à la voile. 360 000 miles parcourus. • 1983 Tour de France à la voile ville de Genève. • 1988 Champion suisse de surprise skipper. • 1990 4 participations à la course en solitaire du Figaro. • 1991-1992 Coach du Défi Français coupe de l’America. • 1999 Supervision de la construction du 60 pieds Open 60 Suisse. • 2001 5e place au Vendée Globe. • 2005 2e Vendée Globe sur Imoca 60, 4e place. • 2006 4e route du Rhum • 2008 3e Barcelona World Race sur Tenemos II. Ses sponsors : Flexcelle, entreprise suisse de panneau solaire (avenue des Ports 26 - CH 1400 Yverdon-les-Bains). http://www.dominiquewavre.com Femmes d’exception Née le 4 août 1942, Annette Roux fait partie de la famille Bénéteau, une entreprise créée par Benjamin Bénéteau en 1884. Mais, à l’époque, la société est un chantier naval dont la vocation est de construire des chalutiers à voile. 80 ans plus tard, une descendante, Annette Bénéteau, prendra les rênes du groupe. 75e fortune de France, estimée, en 2009, à 400 M€ (821,06 M€ en 2008). Secteur : Construction navale Adresse : ZI des Mares - BP 66 Ville : 85270 Saint-Hilaire-de-Riez http://www.beneteau.fr Autres personnalités féminines dans un monde machiste... mesdames Autissier, Arthaud, Ellen Mac Arthur, Maud Fontenoy, laquelle, devant la classe de CM1 de Mme Busson, dédicacera son livre écologiste. http://www.maudfontenoyfondation.com/fondation.php. www.expatria-cum-patria.ch

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De plus en plus de confort, de plus en plus d’électronique, et de plus en plus d’environnement (possibilité de recyclage de l’eau, des bateaux ramassent les détritus dans les ports, moteur écolo). La Fédération des Industries Nautiques (FIN) existe depuis 40 ans, elle est constituée de 760 membres lobbying sur les industries nautiques des vendeurs de bateaux à moteurs afin d’effectuer des révisions telles que celles réalisées sur les voitures. Nouveau principe mis en place : le maillage d’un réseau de déconstruction tel que les primes à la casse par la FIN :

“APER” soutenu par M. Eric Leclerc. Il s’agit de recycler certains matériaux tels que l’inox et l’aluminium afin de les valoriser. Avec des opérateurs déchets tels que Veolia. Et de permettre ce recyclage sur des points conseils PHU qui peuvent être directement les vendeurs Le Skipper M. Jourdain sponsorisé par Veolia nous donne son opinion sur l’écologie devant les élèves de EDHEC.


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Voile Des skippers, médicalement suivis dans leur régime alimentaire, leur forme physique et leurs conditions de sommeil.

Assurances Le législateur permet de financer en LOA l’achat d’un bateau avec une assurance depuis plus de 10 ans avec un taux de TVA de 9,8 %. SMP : le sinistre maximum possible. La perte totale du bateau corps peut être assurée à hauteur de 50 000 millions d’euros. Le bateau est remplacé à neuf, même s’il a plus de 4 ans. La responsabilité civile du skipper est également assurée en cas de convoyage. Il y a une co-assurance avec notamment AGF. Economie 70% de la production française est exportée. Le marché intérieur a perdu 20 % de son chiffre d’affaires cette année mais sur les autres marchés, la perte représente 40 %, notamment le marché espagnol. Et le marché scandinave 80 %. La France est le 1er loueur européen. Elle est le 1er vendeur mondial de voiliers et de catamarans habitables. Elle est le 4e producteur mondial de bateau à moteur. Matériaux : mât carbone (contraintes : raideur de la voile, et conditions météo plus clémentes). 50 % bois, 50 % colle non imputrescible. Gréement et voile réalisés en France, accastillage fabriqué en Scandinavie, parures belles et extérieures produites en Italie. Moteur suédois. Un petit constructeur réalise en moyenne 2 bateaux par an, fait pour des week ends, et non du mille marin de navigation dans les tempêtes. TOFINOU

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Les métiers Des métiers valorisés : charpentiers… Nantes : la plus grande école d’architecte navale centrale et Southampton en Angleterre. La Rochelle : chômage technique 3 mois pour les artisans de Bénéteau (perte de 40 % de CA). Idée retraités Les Seychelles. Pays indépendant. Loyer mensuel de 500 euros, 3 pièces et pas d’impôts foncier ni d’habitation, la nue propriété restant à l’île. Actualités www.taraexpeditions.org www.barcelonworldrace.com www.ilesdusoleil.com Windicap : Tour d’Europe à la voile par des personnes handicapées et valides, également Jolokia défi : des marins handicapés et valides tentent le défi de l’Odyssée des Epices en 2010. Idée enfants Construire son bateau dès 12 ans, pendant 5 ans, coût collectif de 10 000 euros le bateau et 10 000 euros le gréement, en bouleau. Multimono Philonautic. N

iaoranacorail@ifrance.com

Sauvetage par les Cross *MRCC Les secours survole à 300 pieds l’eau afin de nous retrouver. Les équipements nécessaires sont : perche IOR, un feu à main visible à la caméra infrarouge de jour comme de nuit. La fréquence de détresse internationale est 21.82 mhz, et la fréquence marine est 156.800 mhz. Un satellite iridium peut être utile, ainsi qu’un tourmentin orange fluo, et un flasheur portatif. Les zones de secours sont délimitées et se trouve dans le Yamsar ou sur Search and Rescue area. La couleur des avions est blanche et rouge. L’alerte est déclenchée entre 30 minutes et 2 heures, nécessaire pour le ralliement. La recherche peut durer 6 h. La balise Argos donne un positionnement et émet 401.65 mhz, la balise de détresse Lipor Epirb émet sur 406 mhz.

Coralie Masle-Callu

Remerciements Franck Ludot Axa Yachting Solutions Alain Maignan La justice Tresco Guillaume Arnauld des Lions Fédération des Industries Nautiques Le monde marin… en quelques clics http://www.coml.org - http://www.eol.org http://www.iobis.org


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Théâtre

AuThéâtre cesoir ne institution culturelle aussi prestigieuse que le Grand Théâtre de Genève aspire constamment à l'excellence pour s'inscrire dans l'avenir et la nouvelle saison 2010-2011, sous la direction de Tobias Richter, en est la preuve. Avec le soutien de la ville de Genève, du Cercle du Grand Théâtre, de l'Association des communes genevoises, des partenaires et des mécènes, mais également grâce à son public fidèle, le Grand Théâtre poursuit sa mission : faire partager la passion du lyrique et du ballet, permettre à notre cité de maintenir son rang de ville internationale et de perpétuer le rayonnement de notre opéra qui compte parmi les plus grandes maisons d'opéra du monde. Mais, surtout, d'offrir au plus large des publics d'intenses moments d'émotion et de partage. Mais cette mission consiste aussi à préserver et maintenir les métiers de l'opéra. Il ne s'agit pas ici de songer seulement aux solistes et aux chefs d'orchestre mais aussi à tous ceux donc le savoir-faire et la compétence rendent la magie du plateau possible. Ces fabricants de magie œuvrent dans les différents ateliers de notre théâtre : la fabrication des décors, des costumes, des perruques et des accessoires pour ne citer que ceux-ci. Ils œuvrent aussi dans l'obscurité de l'arrière-scène qu'il s'agisse de la machinerie ou du son et de la vidéo. Du personnel chargé de l'accueil au bureau d'étude, un seul mot d'ordre : mettre sa passion et ses compétences au service du spectacle. Un opéra est une formidable combinaison de ces savoir-faire qui vont de l'habilleuse à la régisseuse de scène, de la soliste au machiniste, de l'accessoiriste à la maquilleuse. Un seul maillon manque et le spectacle est impossible. Au delà de l'importance des choix artistiques de la saison c'est aussi une recherche constante de perfection qui anime tous ceux qui œuvrent au sein du Grand Théâtre, qu'ils soient sous les feux des projecteurs ou à l'ombre des coulisses. Car la machine doit être bien huilée et avancer sans faux pas pour que l'émotion puisse nous envahir. Et c'est bien l'émotion qui sera au cœur de cette nouvelle saison, sublime invitation à la découverte, ou à

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la redécouverte, d'œuvres majeures du répertoire. Quelle meilleure ouverture de saison alors que ce Barbiere di Siviglia qui nous donnera l'occasion d'écouter deux versions, l'une pour pour soprano, l'autre pour mezzo-soprano. Émotion toujours avec la pétillante opérette de Franz Lehâr Die lustige Witwe,mise en scène par Christof Loy, la nouvelle figure emblématique de la scène lyrique genevoise. Le voyage émotionnel se poursuivra par de grands classiques tels qu'Eiektru de Strauss ou Orphée et Eurydice de Gluck. Un théâtre, quel qu'il soit, se doit de collaborer avec le monde cultur el qui l'entoure et donc avec d'autres institutions. C'est ainsi que le Grand Théâtre présentera de belles coproductions avec Les Vêpres siciliennes de Verdi - une œuvre trop rarement jouée - et I puritani de Bellini, tous deux coproduits avec De Nederland se Opera. La clôture de saison promet d'être fantastique avec L'Amour des trois oranges de Prokofiev, une coproduction du Deut sche Oper am Rhein et du Gran Teatro La Fenice de Venise. La qualité du Ballet du Grand Théâtre n'est plus à vanter. Aux côtés des créations maison, cette saison nous promet des moments forts avec, notamment, la participation exceptionnelle du Tanztheater Wuppertal Pina Bausch, la célèbre compagnie fondée par la regrettée et trop tôt disparue Pina Bausch. Enfin, le Grand Théâtre proposera quatre soirées de récital d'anthologie où l'on appréciera les voix de Jennifer Larmore, José van Dam, Anne Schwanewilms et Anna Caterina Antonacci. Un programme protéiforme, qui annonce une grande saison dont Genève peut s'enorgueillir. Nul doute que, comme au son de la lyre d'Orphée, chacun succombera à son charme… N LORELLA BERTANI PRÉSIDENTE DE LA FONDATION DU GRAND THÉÂTRE DE GENÈVE

Agenda du Grand Théâtre de Genève > Septembre 2010 - Il Barbieri di Siviglia Le 1er à 18 h Conférence. Le 4 à 20 h (première). Le 5 à 17 h. Les 7 et 8 à 20 h. Le 12 à 17 h. Les 13, 14, 16 et 18 à 20 h. Le 19 à 17 h. > Octobre 2010 - Sed Lux Permanet Le 5 à 20 h (première). Le 6 à 18 h Conférence. Le 7 à 20 h. Les 8 et 9 à 20 h. Le 9 à 20 h. Le 10 à 17 h. > Novembre 2010 - Elektra Le 9 à 18 h Conférence. Le 10 à 20 h (première). Le 13 à 20 h. Le 14 à 20 h (Jennifer Larmore). Les 16, 19, 22 et 25 à 20 h. > Décembre 2010 - Die lustige Witwe Le 5 à 20 h (José van Dam). Le 9 à 18 h Conférence. Le 14 à 20 h (première). Les 16 et 18 à 20 h. Le 19 à 17 h. Les 21 et 23 à 20 h. Le 26 à 17 h. Les 28, 29 et 31 à 20 h.

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Il barbiere di Siviglia 1

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> 2 versions, pour mezzo-soprano et soprano > melodramma buffo en deux actes de gioacchino rossini (1792-1868) livret de cesare sterbini d’après la comédie de pierre-augustin caron de beaumarchais (1775) > direction musicale : alberto Zedda > mise en scène : damiano michieletto > décors : paolo Fantin > costumes : silvia aymorino > lumières : Fabio barettin > chœur : ching-lien Wu > orchestre de la suisse romande, chœur du grand éâtre comte almaviva > Juan Francisco gatell, John tessier bartolo > eduardo chama, alberto rinaldi rosina > Jane archibald (soprano), silvia tro santafé (mezzo-soprano) Figaro > tassis christoyannis, pietro spagnoli don basilio > burak bilgili, ugo guagliardo Fiorillo > harry draganov berta > carine séchaye, bénédicte tauran

Location Par correspondance, téléphone, internet et guichet. Ouverture pour tous les spectacles 1er septembre 2010. Dès le 1er juin 2010 pour Il Barbiere di Siviglia. Au guichet, dans le hall du Grand Théâtre 5, place Neuve, du mardi au samedi de 10 h à 18 h et les jours de spectacle sans interruption jusqu’à la représentation. Les dimanches et lundis, pour les représentations au Grand Théâtre et pour celles au BFM. Les guichets ouvrent 1 h 30 avant le début du spectacle. Courrier postal : Grand Théâtre de Genève Billetterie 11, boulevard du Théâtre CP 5126 - CH-1211 Genève 11 Téléphone : +41 22 418 31 30 du mardi au samedi de 10 h à 18 h. Les lundis de représentation, un accueil téléphonique est assuré à partir de12 h. Fax : +41 22 418 31 31. Courriel : billetterie@geneveopera.ch Internet : www.geneveopera.ch

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1. La maquette du décor de Paolo Fantin. 2. Le maestro Alberto Zedda. 3. Figaro (Dietrich Henschel) et Rosina (Maria Bayo) dans la production dirigée par Guillaume Tourniaire en 2000 au Grand Théâtre.

Fiez-vous à tout le monde, et vous aurez bientôt à la maison ] une bonne femme pour vous tromper, de bons amis pour vous la souffler et de bons valets pour les y aider. pierre-augustin caron de beaumarchais le barbier de seville Aye, aye, trust every one, and you'll soon have your House incomparably furnish'd, ] with a good Wife to cuckold you, good Friends to be her Gallants, and as good Servants for their Purpose. pierre-augustin caron de beaumarchais le barbier de seville l ne s’agit pas simplement d’une nouvelle production de plus, mais d'une occasion rare d'écouter la version pour mezzo-soprano et la version pour soprano grâce à deux distributions qui alternent. Figaro-ci, Figaro-là, un autre personnage célèbre de Séville est de retour sur les rives du Léman. Depuis plus de deux siècles, ce héros populaire, grâce à sa vivacité, à son enthousiasme et à son insolence, fait le tour du monde et continue à enchanter. Figaro annonce les thèmes de la révolution et reste le serviteur virevoltant, l’entremetteur et le cabotin provocateur. Chahutée lors de sa création grâce à une cabale savamment orchestrée, l'œuvre est devenue, dès la deuxième représentation, le tube de l’opera buffa. Assurément, il faudra courir pour écouter deux fois Una voce poco fa. N

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LOCATION Dès le 1er juin 2010 à 10 h. Billets de Fr. 22.- à Fr. 289.CONFÉRENCE DE PRÉSENTATION par Sandro Cometta en collaboration avec l'Association genevoise des Amis de l'Opéra et du Ballet 1er septembre 2010 à 18 h 15 au Grand Théâtre DIFFUSION DU SPECTACLE sur la RSR-Espace 2 samedi 23 octobre 2010 à 20 h

4, 7, 8, 13, 14, 16, 18 septembre 2010 à 20 h. 5, 12, 19 septembre à 17 h.

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Elektra op.58 1

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opéra en un acte de richard strauss (1864-1949) tragédie de hugo von hohmannsthal d’après sophocle > direction musicale : stefan soltesz > mise en scène : christof nel > scénographe : roland aeschlimann > costumes : bettina Walter > lumières : susanne reinhardt > analyse scénique : martina Jochem > chœur : ching-lien Wu > orchestre de la suisse romande, chœur du grand éâtre Klytämnestra > eva marton elektra > Jeanne-michèle charbonnet chrysothemis > erika sunnegardh aegish > Jan vacik orest > egils silins aufseherin > nn 1ère servante > isabelle henriquez 2e servante > olga privalova 3e servante > carine séchaye 4e servante > nn 5e servante > bénédicte tauran

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1. Base de projet des costumes de Bettina Walter pour Elektra. 2. Christof Nel. 3. Gwyneth Jones est Elektra dans la production dirigée par Jeffrey Tate en mars 1990 au Grand Théâtre.

Je suis folle, c’est vrai, mais je vous en supplie, laissez-moi être folle ! sophocle electre

I may well be mad, but I beg of you, Allow me to be mad sophocles electra

Mycènes après la guerre de Troie.

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10, 13, 16, 19, 22, 25 novembre 2010 à 20 h.

La sœur d'Iphigénie, troisième fille d'Agamemnon et de Clytemnestre rêve de révolte et de vengeance. Pour réaliser son désir obsessionnel de venger son père, lâchement assassiné par Clytemnestre et son amant Égisthe, elle attend le retour de son frère Oreste. En une heure quarante-cinq, Richard Strauss traduit l'accablement résultant de la névrose obsessionnelle d'Électre, au moment où la psychanalyse freudienne se diffuse en Europe. C'est le début d'une collaboration fructueuse avec le poète Hugo von Hofmannsthal. Anti-opéra de la violence et de la hargne, il nous plonge dans la dynastie des Atrides pour une autre saga familiale, à travers une œuvre novatrice au frénétisme désordonné qui parle de l'œdipe féminin et de l'hystérie autodestructrice. N LOCATION Dès le 1er septembre 2010 à 10 h. Billets de Fr. 22.- à Fr. 289.CONFÉRENCE DE PRÉSENTATION en collaboration avec l'Association genevoise des Amis de l'Opéra et du Ballet 9 septembre 2010 à 18 h 15 au Grand Théâtre DIFFUSION DU SPECTACLE sur la RSR-Espace 2 samedi 15 janvier 2011 à 20 h

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Die lustige Witwe La Veuve joyeuse 1

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opéra en trois actes de Franz lehàr (1870-1948) livret de victor léon et leo stein d’après la comédie de henri meilhac L’Attaché d’ambassade (1861) version genevoise en trois langues (allemand, français et anglais) > direction musicale : rainer mühlbach > mise en scène : christof loy > décors : christian schmidt > costumes : ursula renzenbrink > lumières : olaf Winter > chorégraph : omas Wilhelm > chœur : ching-lien Wu > orchestre de la suisse romande, chœur du grand éâtre baron mirko Zeta > José van dam valencienne > Jennifer larmore danilo > Johannes martin Kränzle hanna glawari > annette dasch camille de rosillon > bernard richter raoul de st brioche > Fabrice Farina njegus > silvia Fenz

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1. La soprano Annette Dasch. 2. Rainer Mühlbach. 3. Jeannette MacDonald et Maurice Chevalier incarnèrent les rôles principaux dans la célèbre version au cinéma The Merry Widow en 1934 réalisée par Ernst Lubitsch. 4. Jean Brun (Baron Mirko Zeta) et Nicole Broissin (Hanna Glawan) dans la production de 1976 au Grand Théâtre.

L’amour n’est que le roman du cœur ; C’est le plaisir qui en est l’histoire pierre-augustin caron de beaumarchais Love is but the Romance of the Heart; Pleasure is its History pierre-augustin caron de beaumarchais

rès d'un quart de siècle plus tard, elle revient avec son charme et ses millions nous conquérir, mais surtout pour conquérir l'attaché d'ambassade qui préfère le champagne et les grisettes aux missions diplomatiques. Depuis plus d'un siècle, ce n'est plus un secret, l'inflexible prince Danilo se laissera prendre dans les mailles du filet adroitement tissé par la richissime Hanna Glawari. Il connaîtra l'heure exquise en sauvant le royaume de Pontevedro de la faillite. Joyau de la muse légère, pétillante comme le champagne auquel il est souvent fait allusion, l'œuvre qui abolit les frontières et fuit la morosité, nous promet des fêtes de fin d'année entraînantes. Nous n'irons pas chez Maxim's, nous irons au Grand Théâtre nous griser à l'heure exquise. N

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14, 16, 18, 21, 23, 28, 29, 31 décembre 2010 à 20 h. 19, 26, décembre à 17 h.

LOCATION Dès le 1er septembre 2010 à 10 h. Billets de Fr. 22.- à Fr. 289.CONFÉRENCE DE PRÉSENTATION par Alain Perroux en collaboration avec l'Association genevoise des Amis de l'Opéra et du Ballet 9 septembre 2010 à 18 h 15 au Grand Théâtre DIFFUSION DU SPECTACLE sur la RSR-Espace 2 samedi 29 janvier 2011 à 20 h

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OMYP Opération“PortDurable” L’OMYP (ORGANISATION MONDIALE DES YACHTS-CLUBS ET PORTS ÉCOLOGIQUES) EST UNE ORGANISATION NON-GOUVERNEMENTALE GENEVOISE DEPUIS 1997. UN LABEL QUI TRADUIT UNE NOUVELLE APPROCHE CONCERNANT LA REVALORISATION ET LA PRÉSERVATION DES ZONES PORTUAIRES.

’OMYP a pour mission d'accompagner les ports, marinas et également les Yachts-Clubs dans une démarche de développement durable. Les ports ont toujours été les portes de la mer et surtout les premières bases du commerce extérieur de tous les pays ayant accès à la mer. Une action transfrontalière digne d'intérêt qui aurait fait réellement plaisir à notre regretté Michel Baettig, directeur des Affaires intérieures et régionales à l'Etat de Genève, l'un des pères fondateurs des relations transfrontalières. Amoureux de ses lieux, et pour ceux qui vivent au bord d'un port, j'ai, depuis mon enfance, senti l'odeur des ports. Aujourd'hui, les odeurs de sel et d'algues ont disparu ; il ne demeure que celle des égouts mélangés a celle du mazout et des peintures. Une odeur infecte, parfois dangereuse, surtout par les fortes chaleurs. Un vieux marin m'a dit un jour « dommage, hier, il était possible de pêcher au bord des quais. Aujourd'hui les mulets ont disparu. » De plus, les ports de commerce, depuis des siècles, ont accumulé des tonnes et des tonnes de détritus qui se sont accumulés au fond. C'est vraiment cette mission et, je dirais plus, cette lourde responsabilité, qu'a prise l'OMYP avec l'aide d'une marée de bénévoles dirigée par une secrétaire générale volontaire et dynamique, qu'il faut saluer par son action de développer au travers de son label une nouvelle expertise. Les “ports durables” avec ce label de qualité pour les ports, avec le rêve de créer une fois, par une action internationale, "une journée mondiale de nettoyage des ports", ce qui inclut les débarcadères, lacs, estuaires et cours d’eau. En effet, depuis 2005, l'OMYP organise dans la région lémanique "l’opération Net’Léman" dont la dimension transfrontalière et fédératrice a remporté un réel succès auprès des habitants du tour du lac, Suisses et Français. Une action transfrontaliere digne d'intérêt qui aurait fait réellement plaisir à notre regretté Michel Baettig, directeur des Affaires intérieures et régionales, l'un des pères fondateurs des relations transfrontalières.

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ENTRETIEN AVEC MADAME AMANDA MÉLIS, SECRÉTAIRE GÉNÉRALE OMYP > FM : Que fait l’OMYP concrètement ? Amanda Mélis : L’OMYP développe des programmes spécifiques à l’attention des autorités portuaires, ainsi que de ses usagers. L’objectif de ces programmes est d’impliquer l’ensemble des acteurs, plaisanciers, professionnels, navigateurs. Tous ont un rôle à jouer dans la préservation du milieu naturel, des lacs, mers et océans. La sensibilisation de ces acteurs commence dans les ports qui sont l’interface entre le milieu urbain et le milieu aquatique. > FM : Quelles sont les ambitions de l’OMYP au niveau mondial ? AM : L’OMYP s’engage fortement pour une prise de conscience des citoyens du monde dans le domaine de la prévention des atteintes à l’environnement engendrées par les activités portuaires et, plus généralement, pour la prise en compte des principes du développement durable dans les activités du nautisme. En effet, la pollution www.expatria-cum-patria.ch

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croît de jour en jour. Selon la nature et l’intensité des activités portuaires, son impact sur le milieu naturel prend des dimensions considérables. Afin de pallier à cette situation, il s’avère essentiel de proposer des solutions pour gérer efficacement les déchets, de miser sur les énergies renouvelables et de mettre en place un label spécifique aux ports et aux usagers. Ce label, développé et étudié par un groupe de travail et des spécialistes issus de l'EPFL et de l'Université de Lausanne, propose des mesures d'amélioration continues et adaptée à chaque port. Ce Label de “ports durables” implique également les usagers de façon active, prône de façon très résumée des valeurs telles que :


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Écologie favoriser la mixité sociale, la dynamique du tissu économique local et veiller à ce que l’impact sur l’environnement soit limité. > FM : Est-ce que la région lémanique va constituer le lieu privilégié pour développer de tels projets ? AM : Où que nous soyons, la problématique demeure encore immuable avec plus ou moins de pollution. Il se trouve que nous nous trouvons en Suisse et que le Fondateur Français vit à Genève. Il est très difficile de mettre un terme à certaines habitudes ou pratiques qui continuent à polluer l’environnement. L’OMYP, au travers de ses projets, s’adresse aujourd’hui à l’ensemble des communautés qui pratiquent un loisir ou une activité ayant un lien avec le milieu naturel proche des zones portuaires. Les ports et yacht-clubs sont des lieux privilégiés où se côtoient toute une communauté de navigateurs qui ont déjà conscience de cette problématique. C’est aussi à eux d’expliquer aux plus jeunes et montrer l’exemple. A nous de leur offrir des outils performants. Enfin, le lac Léman est connu pour être un réservoir de navigateurs talentueux et les hautes écoles de la région sont le berceau de nombreux projets innovants ! > FM : Vous êtes la secrétaire générale de l'OMYP, vous vous êtes immédiatement engagée intensivement depuis 6 ans déjà et cela de façon bénévole. Une telle implication n'est-elle pas astreignante à la longue et surtout depuis si longtemps ? AM : Depuis sa création, ce sont aussi tous ceux qui collaborent, ainsi que tous les membres du comité de l’OMYP qui travaillent bénévolement, même si mon rôle de secrétaire générale demande une implication permanente et quotidienne importante. Mais pour tenir sur la durée, il faut d’abord être passionné, convaincu de la valeur des projets et effectivement, il faut consacrer beaucoup de temps, de l’énergie et persévérer ! > FM : D'où vous vient cette volonté de revaloriser et préserver les zones portuaires ? AM : L’OMYP est née par la volonté de son fondateur amoureux des ports et, il faut le dire, des yacht-clubs. Né au bord d'un port, il connaît parfaitement le fonctionnement et l'odeur d'un port. Mais c'est aussi une prise de conscience du problème de cette pollution qui sévit dans les ports, et également, plus simplement, par amour de l’écosystème aquatique dans sa globalité. Parmi les membres du comité, tous ont une histoire personnelle liée à la mer, au lac, aux ports.… Et partagent des valeurs communes, comme “l’esprit marin”, le respect du milieu naturel, la volonté d’agir concrètement et de partager son vécu. En ce qui me concerne, je pratique la plongée sous-marine depuis plusieurs années. Aucun plongeur ne pourra nier le fait que l’activité humaine génère de nombreux déchets qui se retrouvent souvent au fond, ou surtout, à proximité des ports. Mais la problématique des déchets ne s’arrête pas aux ports, elle commence bien en amont et envahit les mers et les océans ; et lors des remous ou des tempêtes, ses déchets s'engouffrent non seulement sur les côtes, les plages, mais surtout, et cela se voit moins, dans les ports mal protégés.

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> FM : Il semble que ce soit un travail de longue haleine, car il est frappant de constater qu’il n’existe que peu de mesures concrètes à l’attention des usagers des ports, professionnels et autres promeneurs. AM : Il est vrai que la France, avec le Grenelle de la mer, est un des pays, à l’instar de pionniers comme la Suède ou la Finlande, qui ont engagé des mesures visant à améliorer l’état du littoral en impliquant mal les ports dans ce processus. Nous pensons que les autorités ont certes un rôle important à jouer, notamment pour adapter les infrastructures portuaires aux besoins des usagers tout en limitant l’atteinte à l’environnement naturel, mais il manque parfois des outils performants. Toutefois, il apparaît que les usagers, que ce soit le navigateur ou le propriétaire d’un yacht de 3 étages, a un rôle prépondérant à jouer. Sans prise de conscience globale, c’est-à-dire chez tout le monde, pas seulement chez ceux qui sont les premières victimes du réchauffement climatique ou de la disparition de certaines espèces nécessaires à leur survie, il y aura toujours 3 camps : les victimes directes, ceux qui agissent à leur échelle et les fatalistes. > FM : Parlons de “Net’Léman”. En quoi consiste cette opération ? AM : “Net’Léman” est une journée dédiée à la préservation et au maintien de la beauté et de la santé du lac Léman. Cette action annuelle qui rassemble de nombreux acteurs de la région lémanique durant une journée, consiste en un grand nettoyage des rives et des fonds du lac Léman, mais spécifiquement dans les ports, près des débarcadères, embouchures, quais ; là où les déchets se font plus nombreux. Net’Léman a donc pour objectif de sensibiliser les communautés vivant proche du lac, de tous âges et horizons, à l’importance de préserver et respecter son environnement. Depuis 2005, la participation et l’engagement de quelque 3 000 plongeurs bénévoles et, à terre des, milliers également de bénévoles, dont un tiers de jeunes entre 5 et 17 ans, ont permis de récolter près de 66 tonnes de déchets. Ce n'est pas rien pour un lac réputé comme étant parmi les plus propres au monde.

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Cette opération a déjà eu lieu dans les villes et communes d’Hermance, Anières, Collonge-Bellerive, Cologny, Genève la Rade et le Rhône, Versoix, Crans-près-Céligny, Founex, Coppet, Prangins, Nyon, Gland, St-Prex, Morges, Lausanne Ouchy, Lausanne Vidy, Lutry, Cully, Vevey, Montreux, Villeneuve, Le Bouveret, St-Gingolph (CH-F), Evian, Sciez, dont une vingtaine de ports. En 2010, Yvoire, St-Sulpice et Rolle participeront à leur tour. > FM : Quels résultats espérez-vous d’une telle action ? Pensez vous à cette idée extraordinaire d'une Journée mondiale de nettoyage des ports et des marinas, incluant les yacht-clubs ? AM : Grâce à une collaboration étroite avec les autorités des différentes villes et communes, ainsi que par le biais des médias, des sociétés locales, des associations partenaires telles que l’Association pour la Sauvegarde du Léman (ASL), qui jouent depuis 30 ans un rôle important pour préserver la santé du lac

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macnahum@bluewin.ch

Écologie

Victor Nahum

Léman, de nos sponsors et des centres de plongée, nous touchons un large public que nous espérons sensibiliser de façon concrète. Les écoles et les entreprises commencent à participer à l’opération, ce qui veut dire que cette action véhicule des valeurs communes et représente un moyen concret d’aborder différentes thématiques car, au final, l’objectif est de préserver les ressources de la planète. D’ailleurs, nous en profitons pour lancer un appel à des volontaires qui seraient intéressés à participer à l’opération qui aura lieu le samedi 25 septembre 2010. Les inscriptions se font sur Hyperlink http://www.netleman.ch - www.netleman.ch > FM : Vous prévoyez de prolonger cette action au niveau international dans d’autres pays du monde ? AM : En effet, avec le succès de cette opération, notre volonté nous oblige à nous développer dans d’autres pays du monde. Aussi,

nous recherchons activement des volontaires prêts à coordonner nos actions dans des secteurs précis. Et, dans la foulée, nous lançons un appel à des sponsors ou mécènes intéressés par la dimension de cette opération et avec la perspective de décliner le concept à l’international. Celui-ci remporte un vif succès sur les plages, mais n’est pas encore très courant dans les ports car il nécessite la mise en place d’une expertise particulière et un dispositif spécifique, assortie d’une collaboration étroite avec les autorités portuaires, les capitaineries des ports, mais également les Présidents des marinas et des yacht-clubs privés. Nous nous activons également à nous entourer avec des décideurs des différents acteurs locaux concernés par la prise en charge des déchets et leur recyclage. > FM : Comment avez-vous financé les interventions de Net’Léman depuis 2005 ? AM : Une opération telle que Net’Léman demande une importante implication humaine. Grâce au travail de son comité et des nombreux bénévoles, Net’Léman a su trouver sa place et fédérer de nombreux partenaires depuis 2005. C’est grâce à sa dimension particulière que cette initiative a d’ailleurs été récompensée par le Prix cantonal genevois du développement durable 2009. Nous sommes également soutenus par des sponsors, dont des fondations reconnues et qui, pour la plupart, sont fidèles depuis le début. Sans eux, il y aurait encore 66 tonnes de déchets au fond du lac Léman et personne n’en saurait rien. > FM : Quel futur pour l’OMYP ? AM : Bien que nous continuerons à fonctionner bénévolement faute de moyens, cela ne nous empêchera pas d’être dynamiques et créatifs. Mais il nous faudrait être davantage soutenus, afin de jouer un rôle encore plus actif. Nous devons continuer à mobiliser les propriétaires de bateau, navigateurs, autorités portuaires, sensibiliser les générations futures au programme “ports durables” et son label de qualité afin d’être en mesure de soutenir les ports et yacht-clubs vers une démarche de développement durable qui, au final, aura des conséquences positives pour l’ensemble des acteurs concernés et, bien entendu, pour la préservation du milieu naturel des zones portuaires. N

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Cérémonie

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CérémoniedeRemisedesprixdela

FondationArditi 15 JUIN 2010

ette année est une année bien particulière. C'est le vingtième anniversaire de la Fondation ARDITI. Ce n'est pas rien. Vingt ans, c'est une tranche non négligeable de l'existence d'un homme. Cela fait aussi déjà 10 ans que nous sommes entrés dans le XXIe siècle. Comme le temps passe vite... Je crois qu'il me fait surtout prendre conscience de son côté très éphémère de notre jeunesse, en la voyant défiler devant nous, elle aujourdhui si brillante venant d'horizons divers ; celle dont les lauréats viennent d'être récompensés. Elle, soucieuse de son devenir, soucieuse aussi de corriger quelques égarements pris au détriment de la liberté au sens le plus noble qui soit. C'est en particulier le cas du jeune Johannes KÖPPEL dans son mémoire “The SWIFT affair” où ce jeune homme, lauréat dans les Relations Internationales, démontre que les trans-

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ferts financiers internationaux appelés Swifts, basés mondialement à Bruxelles, sont systématiquement contrôlés 24 heures sur 24 par la C.I.A. américaine. Dans un pays où le secret bancaire relève d'une quasi religion, ça à le mérite d'être clair et courageux. Puis, en écho au message de bienvenue de son Président Métin Arditi, cette vingtième session s'est vu clôturée par une allocution brillantissime de son excellence Elias Sanbar, Ambassadeur de Palestine auprès de l'UNESCO. Chargée d'émotion à peine voilée, son invitation au rapprochement des peuples et aux âmes de bonne volonté, d'où qu'ils viennent, nous rappelle dans ses propos humanistes à souhait, de l'immensité de la tâche qui nous attend. Si tous les gars du monde voulaient bien se donner la main... SERGE C. VINET

PROGRAMME

PROGRAMME MUSICAL

La cérémonie débutera à 18 heures précises

Brèves allocutions • M. Métin Arditi, Président de la Fondation • Prof. Jean-Dominique Vassalli, Recteur de l'Université de Genève et membre du Conseil de la Fondation Arditi. • M. Charles Beer, Conseiller d'État, Président du Département de l'instruction publique. Présentation des Lauréats et remise des Prix par les Doyens ou Présidents d'Ecoles • S.E. Elias Sanbar, Ambassadeur de Palestine auprès de l'UNESCO. Quelques notes de musique par des participants au projet MUSIMAX. Musimax regroupe des talents prometteurs parmi les jeunes élèves du Conservatoire de Musique de Genève. Réception vers 19 heures 15

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CONCERT MUSIMAX Ch. Scharres CakeWalk Laure Mili, 10 ans, Trompette Ulysse Arzoni, 12 ans, Piano A.Vivaldi Concerto en sol mineur - allegro Camille Berthollet, 11 ans, Violoncelle Anna Borkenhagen, 12 ans, Violoncelle Simeng Fan, 12 ans Professeurs Julie Fortier Miaomiao Li, Piano Denis Guy, Violoncelle David Rodeschini, Trompette


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Cérémonie

Prix décernés par la Fondation

Allocution de

Métin Arditi

À L’UNIVERSITÉ DE GENÈVE Prix en Sciences Economique et Sociales Prix en Economie Politique Prix en Histoire de l'Art Prix en Histoire Prix des Lettres Prix en Biologie Prix en Informatique Prix en Médecine (thèse MD/Phd) Prix de Français moderne

Mesdames, Messieurs, Permettez-moi de vous souhaiter une très cordiale bienvenue à notre vingtième cérémonie de remise des prix. Nous couronnons aujourd'hui 15 lauréats, ce qui porte leur total, depuis les débuts de la fondation, à 216. Je veux le dire une fois encore, l'Université de Genève produit des gradués qui feraient la fierté des meilleures universités du monde. Tout-à-l'heure, vous écouterez nos lauréats présenter leurs travaux, et vous concluerez par vous-même que nous avons à Genève une université de toute première classe, dont nous devons être très fiers. Selon la tradition, les présentations qui vous sont proposées à chacune de nos cérémonies s'articulent autour d'un même thème. Cette année, ce sera l’exil. Entre l'exil et l'université, me direz-vous, quel lien ? Je crois bien qu'il y en a un, et même un lien essentiel. Hugues de Saint-Victor, un moine saxon du XIIe siècle, nous a laissé un texte d'une beauté transcendante, Il dit ceci : L'homme qui trouve que sa patrie est douce est encore un tendre novice. Celui à qui chaque terre semble natale est déjà fort. Mais celui pour qui le monde entier est une contrée étrangère, celui-là est parfait. J'ai trouvé ces mots dans un texte d'Edward Saïd intitulé Réflexions sur l'exil. La proposition est paradoxale. Mais elle est juste. L'homme parfait est bel et bien celui qui garde une distance à l'égard de chacun, même de ses proches, surtout de ses proches. C'est celui qui ne se dit jamais : je suis ici chez moi. A défaut, ce serait dire : Et toi, tu ne l'es pas. Et donc : Si je veux, je te chasse. Alors, on se pose la question : Qu'est-ce qui caractérise l'homme parfait ? La femme parfaite ? A l'évidence, c'est celui ou celle qui a choisi de vivre à l'écoute de l'autre. Sans velléité de domination. Un être en harmonie avec lui-même autant qu'avec la société. Et voici une deuxième question, plus délicate : l'Université a-t-elle un rôle à jouer dans ce processus ? En d'autres termes, peut-elle contribuer à rendre ses étudiants parfaits ? Et, le cas échéant, comment ? Il y a, bien sûr, la formation. C'est elle qui permet de trouver sa place dans la société. D'être utile. De gagner sa vie. Ce que l'on appelle le savoir-faire. Sur ce plan, rien à dire. Et puis, il y a ce que l'on appelle, ou plutôt ce que l'on n'appelle pas, ou alors rarement, le savoir-être. La dimension humaniste. Pour suivre un raisonnement parallèle à celui de notre moine saxon, devenir un loup de la finance, c'est très bien. On peut faire beaucoup d'argent. Ce n'est pas si mal. Mais on peut le perdre, emporté par sa dépendance à ce même argent. On peut même perdre l'argent des autres... Tandis qu'un loup de la finance qui a lu Shakespeare et Dante, qui s'y est arrêté, celui-là aura les meilleures chances d'être à l'écoute. A celuilà, on confiera le destin des grandes entreprises. De lui, on dira peutêtre : il est parfait. Le besoin d'enseigner les humanités, au moins durant le cycle bachelor, apparaît moins criant au sein d'une université que d'une école polytechnique. Apparaît... Car qui peut affirmer qu'un étudiant en droit, ou en économie, ou encore en médecine, a moins besoin d'humanités

À L’INSTITUT DE HAUTES ÉTUDES INTERNATIONALES ET DU DÉVELOPPEMENT Prix en Relations Internationales À L’ÉCOLE POLYTECHNIQUE FÉDÉRALE DE LAUSANNE Prix en Architecture et Urbanisme PRIX SPÉCIAL INTERDISCIPLINAIRE Prix Jeanne Hersch en Éthique ou Philosophie morale À CHACUN DES DOUZE COLLÈGES DE GENÈVE Prix en Composition française (travail de maturité) La Fondation Arditi est reconnue d'utilité publique

qu'un physicien ou un mathématicien ? On pourrait même arguer du contraire… Il ne s'agit pas de faire joli. Il s'agit d'être efficace. L'Université de Genève est universelle. Elle est reconnue mondialement pour ses recherches de pointe en micro-biologie, en génétique, en mathématiques. En matière d'humanités, il suffit de prononcer quelques noms, et l'on sait de suite dans quelle tradition on se place : Piaget, Starobinski, Hersch, Butor, Steiner... Aujourd'hui encore, les professeurs d'humanité qui enseignent à Genève sont invités dans les meilleures universités du monde. Il faut en faire profiter tous les étudiants. Bien sûr, c'est compliqué. Il faut se battre contre des professeurs qui trouvent que déjà leurs étudiants sont surchargés, il faut obtenir des crédits, trouver des locaux, opérer des arbitrages… Mais alors, l'Université de Genève serait dans la ligne de Hugues de Saint-Victor. Elle offrirait à ses étudiants la voie au succès… au très grand succès.

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LAURÉATS ET TRAVAUX PRIMÉS Prix Jeanne Hersch en Éthique ou Philosophie morale Rim ESSAFI « L'Etat dans la Théorie de la justice de John Rawls » Alexandre FEDEREAU « Écophilosophie » Prix remis par Monsieur François DERMANGE, Professeur à la Faculté Autonome de Théologie Protestante et membre du Conseil de Fondation Lettres Violaine FRIEDLI « La circularité dans l’œuvre d’Elena Schwarz » Prix remis par Monsieur le Professeur Eric WEHRLI, Doyen de la Faculté des Lettres Français Julien ZANETTA « La mémoire et son double. Conceptions de la mémoire dans le Salon de 1846, le Salon de 1859 et Le peintre de la vie moderne de Charles Baudelaire » Daniele CARLUCCIO « Céline, l'entêté envoûteur. Figuration de la vie intérieure et capture du lecteur dans Féérie pour une autre fois » Prix remis par Madame Patrizia LOMBARDO professeure à la faculté des Lettres et membre du Conseil de Fondation Economie Politique Matthieu STIGLER « Le lien entre écart des prix des produits agricoles et asymétrie de la transmission : un essai » Prix remis par Monsieur le Professeur Bernard MORARD, Doyen de la Faculté des Sciences Économiques et Sociales Relations Internationales Théophile SOSSA « La microfinance face aux besoins d'inclusion financière : une étude de cas en milieu rural au Bénin » Johannes KÖPPEL « The SWIFT Affair : Swiss Banking Secrecy and the fight against Financing » Prix remis par Monsieur le Professeur Daniel WARNER, Directeur du Centre pour la Gouvernance Internationale à l'Institut des Hautes Eludes Internationales et du Dévoloppement Médecine (MD-PhD) Marie SCHAER « Understanding psychosis through cortical comptextty : a MRI study 22q11.2 deletion syndrome » Prix remis par Madame la Professeure Brigitte PITTET-CUÉNOD, Vice-doyenne associée de la Faculté de Médecine Histoire de l'Art Nathalie NG CHIN YUE « Peindre la photographie : Gerhard Richter et Chuck Close » Prix remis par Monsieur Mauro NATALE, Professeur honoraire à la Faculté de Lettres et membre du Conseil de Fondation Histoire Vincent FONTANA « Sous l'œil des commissaires - Lois, institutions et pratiques policières à Genève durant la période française (1798-1813) : puissance et limites du modèle napoléonien » Hélène ZUMSTEIN « Les figures du glacier. Histoire culturelles des neiges éternelles au XVIIIe siècle » Prix remis par Monsieur le Professeur Michel PORRET, Directeur du Département d'Histoire générale à la Faculté de Lettres Biologie Aurélia WEBER « Etude de l'influence de deux populations de bactéries acétiques appartenant aux espèces Gluconacetobacter europaeus et Acetobacter pasteurianus sur la production de vinaigre en système immergé » Yamila Paula CARDOSO « Diversification and historical biogeography of Pseudancistrus brevispinis species complex (Siluriformse : Loricariidae) of the Guiana Shield » Prix remis par Monsieur le Professeur Jean-Luc VEUTHEY, Vice-doyen de la Faculté des Sciences Informatique Javier BELMONT « Automatisation d'une méthode de Reverse Enginreering basée sur un système de production » Prix remis par Monseiur le Professeur Jean-Luc VEUTHEY, Vice-doyen de la Faculté des Sciences Architecture Prix remis en octobre 2009 à L'EPFL Lorraine BEAUDOIN « L'infrastructure du métro aérien comme lien et lieu. Equipement mixte à Jannowitz Brücke Christophe JOUD (Bertin, D) » Joël MEYLAN « Un centre culturel à Genève » Nicolas SEDLATCHEK

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Grand Prix Littéraire Jean d’Ormesson 2010 cales, une manière de se tenir à l'écart des autres. » Par une soirée d'hiver en gare de Reims, le près avoir écarté bon nombre d'ouvrages, ce n'est pas moins jeune homme descendant du train n'a de 16 premiers romans qui furent sélectionnés au cours du qu'une vague idée de ce qu'il est et encore dernier exercice, entre fin septembre 2009 et juin 2010. moins de ce qu'il va faire de son existence. Tout au long de l'année, au cours de ses 7 séances de sélection, le Prétextant les vendanges, en vérité, il vient Comité de Lecture du Grand Prix Littéraire Jean d'Ormesson, dans pour parler à son grand-père. C'est un son ensemble, a porté son choix sur les romans suivants : homme d'un autre âge qui l'attend sous une pluie battante,quasiment inapprochable. > On ne boit pas les rats kangourous d'Estelle NOLLET aux Editions Albin Michel Dans la vieille bâtisse de Vigny> L'imposteur de François MARCHAND lès-Reims, le jeune homme > La Stratégie du Père de Geoffroy de CLAVIERE compte sur les soirées passées > Retour à la Ligne de Julie JEZEQUEL en tête à tête à déguster du > Le Jardin des Secrets de Kate MORTON aux éditions des Presses de la Cité vieux rhum, pour en savoir un > Les Treize Desserts de Camille BORDAS aux éditions Joëlle Losfeld peu plus... Le vieil homme > Les Restes de Jean-Jacques de Pierre STRASSE madré, se dérobe à toute ques> Anna la Nuit de José ALVAREZ aux éditions Grasset tion. > Les Veilleurs de Vincent MESSAGE En dépit de son jeune âge, le > Les Vies Lewis de Louis Henri de la ROCHEFOUCAULD aux éditions Léoo Scheer jeune narrateur couve en lui > Quai des enfers d'Ingrid ASTIER une vieille mélancolie. Les si> Fourrures d'Adélaïde de CLERMONT TONNERRE aux éditions Stock lences assourdissants sont > Les Hommes de Couleurs de Cloé KORMAN pourtant bien plus évocateurs > Le Cambrioleur qu'il n'y paraît. > Dans ma Peau de Guillaume de Fonclare aux éditions Stock Comme son humeur, le grand> La femme qui pleure de Viktor LAZLO père, tantôt taciturne, parfois bougon, souvent secret, ne Au mois d'avril, seuls six ouvrages restaient en piste : Anna la Nuit, cède en rien des confidences que souhaiteDans ma Peau, Les Hommes de Couleurs, Les Vies Lewis, Fourrures rait entendre son petit-fils. Le vieillard vaet Le Cambrioleur. t-il enfin révèler à son petit-fils les vérités La séance du mois de mai voit retenir les trois ouvrages suivants : que ce dernier est venu chercher ? Anna la Nuit de José ALVAREZ aux éditions Grasset, Les Vies Lewis Né à Paris en 1985, Louis-Henri de la ROde Louis Henri de la ROCHEFOUCAULD aux éditions Léoo Scheer et CHEFOUCAULD est critique de livres à Paris Dans ma Peau de Guillaume de FONCLARE aux éditions Stock. Match et de musiques aux Inrockuptibles. Le 24 juin, le jour de la Saint-Jean, Le Lauréat du Grand Prix LittéA 25 ans, ayant une descendance littéraire raire Jean d'ORMESSON 2010 est attribué à Les Vies Lewis de Louis qui reste une référence en la personne de Henri de la Rochefoucauld aux éditions François de la ROCHEFOUCAULD et Léo Scheer, par 7 voix contre deux à ses célèbres Maximes, il n'a pas hésité Dans ma Peau de Guillaume de FONTà relever le défi par un premier roman CLARE (lauréat tout récent du Grand très réussi, bien dans son époque. prix France Télévisions). Les Vies Lewis, c'est deux générations, deux mondes qui s'observent, Présentation du Roman, de l'Auteur qui cherchent à se comprendre, se et de son Editeur côtoient comme l'hyperbole et Extrait : « Très jeune, les querelles et l'asymptôte, mais finalement, ne se rapports de force m'épuisaient déjà, rencontrent jamais. curée vaine et pénible. Avoir à subir à Ecriture sensible, très littéraire, qui longueur d'année les tensions entre n'a pas échappé à Léo Scheer nouvel mes parents, la fragilité de la mère et éditeur (2002). la pesanteur bornée de mon père me Après avoir enseigné la sociologie à suffisait largement. Mais ces intermil'ENA, Polytechnique et les Ponts & nables nuits de vacances passées à Chaussées, ce dernier a conçu et déécouter ma famille se déchirer veloppé le projet Canal +, on lui doit m'avaient fait entrevoir une solution. également la création de M6. J'avais appris des interventions de Il est marié à Nathalie Rheims depuis Lewis, rares mais précises et radi1989. N L'ANNÉE 2010 FUT, SELON NOUS, RICHE EN PREMIERS ROMANS ET D'UNE EXCELLENTE QUALITÉ.

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Exposition

Vienne1900 Egon Schiele, Mère et enfant, h. s/bois, 36 x 29 cm, © Leopold Museum, Vienne.

LA FONDATION BEYELER A BALE PRESENTE UNE GRANDE EXPOSITION QUI REUNIT PLUSIEURS DOMAINES DE L'ART SUR LE THEME DE VIENNE AU DEBUT DU XXE SIECLE.

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Unerévolution artistique FRANCEMAGAZINE N°30 98 AUTOMNE 2010

Gustav Klimt, Judith II, 1909, h. s/toile, 176 x 46 cm, © Fondazione Musei Civici di Venezia, Galleria Internazionale d'Arte Moderna di Ca' Pesaro.


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Exposition A chaque époque son art ; à l'art, sa liberté ». C'est la devise que font inscrire les fondateurs de la Sécession viennoise sur le fronton du bâtiment de la Sécession, que conçoit l'architecte Joseph-Maria Olbrich et qui est réalisé en 1898. Cet édifice, à la structure cubique épurée, surmonté d'une immense coupole en feuilles de laurier stylisées recouverte d'or, à la façade blanche sans fenêtre, est devenu depuis lors d'un des emblèmes de Vienne : un symbole de la nouvelle architecture, mais aussi un manifeste des nouvelles conceptions artistiques qui déclenchent une révolution esthétique laquelle, depuis Vienne, se propagera à tout le monde occidental. La Sécession viennoise est une fondation de plusieurs artistes et architectes réformistes qui se constitue en 1897, en réaction à la tradition académique compassée et conservatrice de l'art dominant alors à Vienne. Ses membres fondateurs possèdent la fougue de la jeunesse. On trouve parmi eux l'architecte autrichien Josef Hoffmann, disciple d'Otto Wagner, qui

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À gauche : Gustav Klimt, Les poissons rouges, 1901 1902, h. s/toile, 181 x 67 cm, © Kunstmuseum Solothurn DübiMüller-Stiftung. À droite : Egon Schiele, Femme allongée, h. s/toile, 96 x 171 cm, © Leopold Museum, Vienne.

a vingt-sept ans en 1897 ; le Viennois Koloman Moser, qui a étudié le design et la peinture à l'Académie des Beaux-Arts de Vienne, puis s'est formé comme graphiste à l'Ecole d'Arts Appliqués de la ville. Il a vingt-neuf ans en 1897. Josef-Maria Olbrich, qui a fait une formation en arts appliqués et en architecture, a trente ans lorsqu'il conçoit le bâtiment de la Sécession - sa première réalisation architecturale. Tous vont se trouver à l'avant-garde des idées de leur temps. Rejetant l'académisme officiel et le conservatisme bourgeois, le mouvement jouera un rôle capital dans l'évolution de l'Art Nouveau vers un style plus épuré, autant dans le do-

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maine de la peinture, que dans celui des arts appliqués. Il fut aussi un foyer d'art vivant concernant la musique, la poésie et l'architecture. Parmi ses membres, on compte la grand architecte de la Vienne Art Nouveau, Otto Wagner, et l'artiste déjà réputé, Gustav Klimt. GUSTAV KLIMT (1862 – 1918) Klimt est un des plus célèbres peintres autrichiens. Né et mort à Vienne, il est un contemporain du Suisse Ferdinand Hodler (devenu membre de la Sécession viennoise dès 1900), sur qui il exerça une influence au début du XXe siècle (voir son paysage Attersee). Après des études traditionnelles aux Beaux-Arts de Vienne, il commence par des commandes officielles dans sa ville, des fresques et des dessins pour des revues. Ses prises de position contre l'art pompeux et passéiste de la Vienne des années 1880 et son style révolutionnaire pour l'époque le font naturellement adhérer à la Sécession

en 1897. L'affiche stylisée qu'il réalise pour la première exposition sécessionniste, représentant Thésée et le Minautore, est jugée immorale et doit être modifiée. Klimt est un homme au charme ambigu, à la personnalité complexe, au grand raffinement, dont toute la vie se déroule entouré de femmes. Plus sa carrière avance, plus il s'intéresse à l'essence même de la féminité. Il réalise de nombreux portraits de femmes issues de la grande bourgeoisie mécène de Vienne, les mêmes qui, par ailleurs, se rendaient aux premières consultations de la nouvelle science que Freud nommait psychanalyse. A part les femmes alanguies et

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Exposition >> les variations sur les âges de la vie, il peint

les fatales, les castratrices, les héroïnes bibliques. Sa Judith de 1909 est une femme encore toute entière possédée par le désir de vengeance, au visage émacié, aux mains crispées, dont l'une agrippe la longue chevelure d'un Holopherne décapité. Dans chacun de ses tableaux, il renouvelle son expression entre figuration et abstraction, entre corps féminins et motifs géométriques stylisés. Les poissons rouges, que Klimt a voulu dans un premier temps intituler A mes détracteurs, pour répondre au scandale provoqué par ses récentes fresques de l'Université, montre le thème de la femme aquatique, qui semble flotter dans l'eau. On y retrouve le principe de réversibilité de la figure et du fond, cher à Klimt, où la forme d'un poisson parsemé d'or s'inscrit en creux entre les courbes des corps de la partie supérieure. Dès 1907, le Viennois réalise des centaines de dessins érotiques, qui ne sont plus des esquisses préparatoires, mais des œuvres autonomes de grand format. A travers ces évocations fugitives, ces postures impudiques, c'est surtout la sève de l'amour, la pulsion de vie, que le peintre viennois cherchait à capter, pour lutter contre le spectre inéluctable de la fin de toute chose.

EGON SCHIELE (1890 – 1918) Lorsque Vienne se scandalise du style de Klimt, en rupture avec la tradition, la ville ne sait pas encore ce qu'elle va découvrir avec un artiste comme le jeune Schiele. Ce peintre autrichien se forme aux Beaux-Arts de Vienne. En 1907, il fait la connaissance de Klimt. Il n'a que dix-sept ans lorsqu'il lui présente ses premiers dessins, totalement éloignés de la tradition académique. Klimt reconnaît immédiatement le talent artistique du jeune homme. Au début, Schiele travaille selon les lignes décoratives de l'Art Nouveau. Mais il transforme le style décoratif Sécession par son irréalisme et son étrangeté, allant même parfois jusqu'à l'abstraction (Fleurs stylisées sur un fond décoratif). Il s'affirme vite par son style brisé, ses lignes cassantes et encombrantes. Dans ses portraits, dont plusieurs sont exposés à Bâle, il ne se limite pas seulement à www.expatria-cum-patria.ch

Ci-dessus : Egon Schiele, Fleurs stylisées sur un fond décoratif, 1908, h. s/toile, rehauts d'argent et de bronze doré, 65 x 65 cm, © Leopold Museum, Vienne. À gauche : Gustav Klimt, Attersee, 1901, h. s/toile, 80 x 80 cm, © Leopold Museum, Vienne.

interpréter la physionomie du visage (Mère et enfant). Par sa façon d'allonger et d'exalter les formes, d'accentuer les angles, il exprime aussi son propre état d'âme. "Tout est mort vivant" : cette citation de Schiele en dit beaucoup sur le caractère de son art, qui semble toujours osciller entre la vie et la mort. Ses autoportraits et ses représentations de modèles semblent souvent être plus proches de la mort que de la vie. Son graphisme exacerbé et fébrile s'exprime aussi dans une multitudes de dessins et peintures à thème érotique. Les modèles s'offent impudiquement au regard (Femme allongée) et, même lorsqu'il s'agit d'un couple d'amants, ceux-ci semblent repliés sur leur solitude et dans l'incapacité de communiquer. L'inspiration passionnée, révoltée, voire violente, de Schiele a permis de voir en lui, comme en Van Gogh et en Munch, les peintres qui sont aux sources de l'expressionnisme.

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Exposition de cet atelier-coopérative qu'il sera contraint de fermer en 1933. De ces ateliers sortiront des pièces de mobilier, de verrerie (Série de verres), d'argenterie (Boîte), des textiles (tapisseries ou vêtements), dont le style géoCi-dessous : métrique et épuré pose les fonJosef Hoffmann, dements du prochain Boîte, vers 1910, mouvement stylistique qui se démétal laqué, veloppera : l'Art déco. intérieur en Non seulement les Ateliers vienverre,© Leopold nois se distinguent par la haute Museum, Vienne. qualité intrinsèque et par l'originalité de leurs productions, mais ils se montrent aussi d'avant-garde sur le plan social. Les locaux privilégient l'éclairage et l'hygiène ; des avantages sociaux sont donnés aux ouvriers (les ébénistes, par exemple, bénéficient d'une à deux semaines de congé payés, avantage pratiquement sans précédent dans l'Europe du début du XXe siècle) ; les réalisations sortant des Wiener Werkstätte ne portent pas seulement le monogramme du designer, mais aussi celui de l'artisan qui les a fabriquées, dans une volonté d'instaurer une égalité véritable entre artistes et artisans. La remarquable exposition de la Fondation Beyeler rassemble plus de deux cents œuvres – peintures, dessins et objets d'art appliqué. Tous les artistes précédemment cités y sont représentés, ainsi que le jeune LES ATELIERS VIENNOIS (1903 – 1933) Oskar Kokoschka. A travers ce vaste panoEn juin 1903, les Ateliers viennois (Wiener Werkstätte) sont officielrama, on verra également l'interaction lement fondés à Vienne par Josef Hoffmann et Koloman Moser, souentre peinture et mobilier, céramique, artenus par le riche banquier Fritz Wärndorfer. Ce sont des groupes genterie et textiles : une rare occasion de d'ateliers artisanaux, dans toutes les branches de l'artisanat : ébédécouvrir en une visite des œuvres qui, nisterie, orfèvrerie, travail du métal, du cuir, reliure, bureau d'archiquelque cent ans plus tard, restent d'une tecte et cabinet de design, établissant le principe de l'œuvre d'art modernité étonnante et toujours source totale. Leur audience sera considérable dans le monde entier. Hoffd'inspiration des designers actuels. N mann devient le directeur artistique et le designer le plus prolifique Ci-contre : Otto Prutscher, Série de verres, vers 1907, © Leopold Museum, Vienne.

abecedart@sunrise.ch

L’exposition Vienne 1900. Klimt, Schiele et leur temps Jusqu'au 9 janvier 2011 à Bâle, Fondation Beyeler Baselstrasse 101 - CH – 4125 Zurich Heures d'ouverture : tous les jours de 10 à 18 h, le mercredi jusqu'à 20 h. Le musée est ouvert les jours fériés.

La publication Corinne Charles DOCTEUR EN HISTOIRE DE L’ART

Vienne 1900. Klimt, Schiele et leur temps Commissaire : Barbara Steffen, éd. Fondation Beyeler, en anglais et en allemand, environ 200 pages et 250 illustrations en couleur.

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Littérature

NicolasII PAR HENRI TROYAT (Edition Omnibus) l y a trois ans, le 2 mars 2007, Henri Troyat nous quittait. Celui qui, né Lev Aslanovitch Tarassov à Moscou le 1er novembre 1911, était devenu l'écrivain et le

dominique.ortiz@bcv.ch

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biographe préféré des Français, laissait, depuis son fauteuil d'académicien, une œuvre où la Russie était omniprésente. Une œuvre dans laquelle celui qui avait dû fuir

Dominique Ortiz

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Littérature avec sa famille le pays de sa naissance à l'âge de six ans lors de la Révolution d'Octobre 1917 pour gagner la France ne cesserait de fouiller les territoires immenses de sa terre natale - dont il ne foulerait pourtant plus jamais le sol - pour mieux sans doute comprendre ses traditions, ses mentalités et cet univers aussi bien réel que rêvé, prosaïque ou magnifié et dont chacun des Tsars de cette longue, passionnante et parfois sombre histoire ferait l'objet de sa plus stricte attention. Il y a vingt ans tout juste, comme terme quasi ultime de sa grande histoire des Tsars, Henri Troyat s'était signalé par une saisissante biographie du dernier des Romanov et de la lente descente aux enfers qu'avait connue Nicolas II, consécutivement au piétinement de la Grande Guerre autant qu'au surgissement de la Révolution de

Henri Troyat

1917 qui consacrera la victoire des Bolcheviques. Dans cette biographie, comme dans celles que Troyat avait consacrées aux prédécesseurs de Nicolas II, l'on retrouve cette approche érudite des événements qui est la marque d'un historien mais que vient rehausser le talent du romancier qui, comme le disait Dumas et comme l'a tant pratiqué Zweig, sait pertinemment que les faits doivent être secondés par les conjectures psychologiques afin de dégager une image probable de ce que des individus ont pu ressentir lorsque le destin décide de les confronter à des événements hors normes. Pour Nicolas II et sa famille en effet, l'Histoire ne sera pas avare de faits historiques qui leur ont été fatals comme plusieurs siècles de Monarchie absolue en France avait scellé la fin de Louis XVI avant même que celui-ci soit même seulement monté sur le trône. Comme le montre bien Henri Troyat,

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le parallèle entre Louis XVI, Marie-Antoinette et leurs enfants d'une part, Nicolas II, Alexandra Fedorovna et leurs quatre filles sœurs du tsarévitch d'autre part sont saisissants. Ce lent abaissement de leur fonction de souverain, cette brusque érosion du respect qui leur était dû, cette intolérable dégradation de leur condition dont ils sont les victimes courageuses mais résignées sont en effet la conséquence d'événements gigantesques - une guerre mondiale jamais imaginée par aucun esprit et qui marque l'entrée du monde dans le XXème siècle, c'est-à-dire dans l'inconnu de la guerre totale et des destructions de masse, une Révolution où l'idéologie joue le rôle d'amplificateur sans souci des victimes et pour laquelle la fin justifie les moyens quels qu'ils soient , enfin une soif de revanche grossière qui voit dans l'abaissement des uns la triste et sordide élévation des autres - ainsi que de mauvaises décisions qui sont toujours les fruits amers de l'indécision. Comme l'avait dit François Furet à propos de la Révolution Française de 1789, que seule la main ferme - et jamais indécise de Napoléon saura terminer dix ans plus tard, "la Révolution est un bloc". On ne saurait en prendre les bons côtés en omettant ceux qui nous dérangent. On ne saurait magnifier la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen sans regarder les excès de la Terreur en face, on ne peut en effet glorifier cette volonté d'un peuple de changer de régime pour se donner des institutions nouvelles consacrant les idées des Philosophes et des Lumières sans regarder avec sévérité le sort qui fut réservé au Roi et à sa famille dont les conditions d'emprisonnement au Temple comme à la Conciergerie sont une tâche rouge pour tous les amis de la Déclaration de 1789. A cette aune-là, Henri Troyat nous fait partager les conditions sans cesse dégradées de la famille des Romanov suite à l'abdication du Tsar Nicolas II. Comme à Paris en 1792, les conditions du début de cette vie sous surveillance empirent rapidement lorsque Kerenski perd peu à peu sa prédominance et que les partisans de Lénine progressent. Le parcours des Romanov, qui sont transportés dans des conditions précaires de Tsarkoie Selo - près de St-Petersburg - vers Tobolsk puis Iekaterinbourg vers ce climat sibérien si effrayant pour les conditions de vie qu'il impose, témoigne de ce constant abaissement. >>


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Littérature >> Même si la famille fait face, heureuse d'être ensemble mais tou-

jours dans la crainte d'une séparation, les vexations sont quotidiennes. Pourtant il suffit de voir les photographies des membres de cette famille abandonnée par tous pour sentir cette solidarité et cette proximité des parents et de leurs enfants dans cette épreuve. Nicolas II et Alexandra Fedorovna ont en effet eu leurs cinq enfants sur une période de quelque dix années. Ceux-ci ne sont donc pas trop éloignés par l'âge et seront très proches. Les quatre filles sont si liées entre elles qu'elles signent souvent leur correspondance des quatre lettres O.T.M.A. initiales de leurs prénoms. Olga est l'ainée, douce et timide elle a un large visage typiquement russe. Tatiana sa cadette est grande et svelte, quand on regarde sa photo qui accueille les visiteurs sur le site de la Maison Ipatiev à Iekaterinbourg l'on est surpris de sa beauté dont le visage est déjà celui d'une époque à venir. Son originalité éclate avec ses cheveux coupés plus court que les codes de l'époque et l'acuité de son regard, avide de découvertes et d'énergie franche. Marie, la troisième, est d'une beauté plus classique. Elle de grands yeux magnifiques que toute la famille appelle "les soucoupes de Marie" tant ils sont lumineux et larges. Anastasia quant à elle, avant de devenir l'objet d'une légende aussi persistante qu'improbable après le massacre de la famille impériale, est résolument sportive et d'allure plutôt garçonnière. Toutes les quatre surprendront leurs gardes par leur simplicité, leur absence de morgue aristocratique que leurs geôliers s'attendaient à devoir corriger. Le tsarévitch Alexis est quant à lui le petit dernier des cinq enfants du couple impérial et l'objet des tendres sollicitations de son père qui malgré l'adversité tente de faire son éducation de prince. Il est de santé fragile et ses parents s'inquiètent des rigueurs du climat et de ses fréquentes maladies qui altèrent le devenir de ce bel enfant né pour être souverain. Mais le train fracassant de l'Histoire dans la Russie de 1917/1918 est autant en marche que dans la France de 1792/1793 et les souverains russes ne seront pas plus chanceux que leurs lointains homologues français. Comme l'a bien compris Nicolas II à travers les bribes d'informations qu'il reçoit tout de même malgré son isolement et son enfermement, Lénine est un de ces hommes déterminés, pour qui seule l'idée compte et qui est prêt à tout lui sacrifier pour assurer sa réussite. Un homme insensible aux problèmes de conscience et dont le Tsar ne doit pas espérer un appui mais au contraire craindre pour son sort. Certes en cette première moitié de 1918, la Russie fidèle à Nicolas II est encore vivante et les armées blanches combattent souvent avec succès et regagnent des territoires faisant espérer au Tsar une possible libération. Mais un organisateur de génie, Trotski, a réorganisé l'Armée Rouge avec tant d'efficacité que la Révolution bolchévique y gagne du terrain au dé-

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triment des Blancs fidèles au Tsar. Et comme pouvait le craindre Nicolas II, face aux avancées des troupes qui lui sont fidèles dans la région de Iekaterinbourg, Lénine décide de couper irrémédiablement avec le passé en condamnant le Tsar et toute sa famille à être exécutés. Un commando est alors formé pour se rendre à la maison Ipatiev où dans la nuit du 16 au 17 juillet 1918 la famille est réveillée en sursaut pour être rassemblée à la cave et s'entendre signifier la sentence de mort. Le tsar, sa femme et leurs cinq enfants ainsi que certains proches sont tous fusillés sur place. Lénine, dira Trotski, avait très bien compris qu'avec cet acte brutal il condamnait la Révolution bolchevique à vaincre ou à périr sans voie médiane et sans aucune chance de retour en arrière. Le destin de la Russie était donc à présent scellé en cette nuit de juillet 1918 pour les quelque sept décennies à venir. La maison Ipatiev allait longtemps rester un lieu désaffecté et interdit par les autorités de l'URSS. Puis les années passant un culte secret de témoignage de respect aux Romanov sur les lieux du massacre allait conduire le pouvoir de l'époque a instruire le maire de Iekaterinbourg - un certain Boris Eltsine - à raser la maison Ipatiev en 1977. Aujourd'hui une église construite à l'emplacement de la maison Ipatiev témoigne des derniers moments des Romanov tandis que leurs cendres ont rejoint la Cathédrale Pierre-et-Paul à St-Petersbourg. Sorte de témoignage - triste mais eschatologique - que malgré les drames de l'Histoire et la cruauté des individus certains martyrs de l'Histoire - solidaires dans leurs tombes avec tous ceux qui en sont si souvent oubliés - retrouvent la paix dans les lieux de leurs ancêtres pour témoigner de la continuité des grands peuples (*). N (*) En 2000, Nicolas II et sa famille ont été canonisés par l'Eglise orthodoxe de Russie et considérés comme martyrs. En 2008, la Russie les a aussi réhabilités.


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Écologie

La Fondation a pour buts dans ses articles de : Art. 4 - But : • Développer et promouvoir le “Lycée Français Maurice Druon - Genève”, en particulier dans les six cantons romands (Fribourg - Genève - Jura - Neuchâtel - Valais - Vaud) ; • De rassembler tous les Français de Romandie y compris les binationaux, dans un esprit oecuménique ; • De promouvoir la pensée, la culture et la langue française. • La Fondation peut effectuer toute opération se rapportant directement ou indirectement à son but. Art. 7 - Ressources : Les ressources de la fondation sont les revenus de ses avoirs et de ses activités, ainsi que tous les dons, legs, subventions et autres attributions, de quelque nature que ce soit, qu’elle recevra, mais que le conseil de fondation est libre de refuser. Les biens de la fondation doivent être placés conformément aux éventuelles dispositions légales en la matière.

Est-il besoin d’apporter les précisions suivantes : • Les comptes de la fondation sont controlés à chaque exercice annuel par un audit agréé & indépendant. • Chaque opération requiert la double signature. • Les comptes annuels de la fondation “Lycée français Maurice Druon - Genève” dûment audités paraîtront dans France Magazine tous les ans. Le Conseil de Fondation : Madame Sandra Coulibaly-Leroy, Madame Marie-Thérèse Clausen, Madame Danielle Vinet, Monsieur François Bellanger, Monsieur Jean-Pierre Capelli, Monsieur Nicolas de Ziegler, Monsieur Marceau Kaub, Monsieur Pierre Oliviéro & Monsieur Serge Cyril Vinet. Souhaiterait lancer un appel à Souscription à tous les citoyens français ou double-nationaux qui résident dans les six cantons romans, soucieux de se voir ériger le lycée français auquel ils aspirent depuis bien longtemps.

COMITE d’HONNEUR Favorable au projet du Lycée Monsieur Claude Hagège, professeur au Collège de France Madame Jacqueline de Romilly de l’Académie française Monsieur Christian Cabrol, membre de l’académie de médecine, professeur de médecine - Monsieur Dominique Paillé, ancien conseiller du Président de la République Madame Christine Arnothy, écrivain - Monsieur Philippe d’Estienne du Bourguet, industriel - Monsieur Robert Berghe, Directeur de l’École Valmont, Lausanne - Monsieur Philippe Dubois, chef d’état-major de la police vaudoise Monsieur Michel Charasse, ancien ministre, sénateur du



Puy de Dôme - Monsieur Jean-Claude Casadesus, Chef de l’orchestre national de Lille - Madame Nicole Guedj, ancien ministre, Conseiller d’Etat - Monsieur Pierre Bergé, mécène - Monsieur Alain Larcan, ancien président de l’Académie de médecine, président de la fondation scientifique du Général de Gaulle - Monsieur David Khayat, membre de l’Académie de médecine, professeur de médecine Monsieur Christian Poncelet, ancien ministre, ancien président du sénat, sénateur & président du Conseil Général des Vosges - Monsieur Paul Lombard, Avocat.

Bon de Souscription

Je soussigné, m’engage à contribuer personnellement à l’édification du Lycée Français Maurice Druon - Genève par un versement annuel d’un montant de 500 chf (Cinq Cents Francs) pour une durée de Cinq années (5 ans) sur le compte bancaire de la fondation en constitution du même nom. La construction du lycée s’élevant à 35 Millions de Francs suisses (35.000.000 chf) ; si le projet ne démarrait pas, les souscripteurs se verraient intégralement remboursés de leurs dons. Faut-il préciser que les dons uniques sont les bienvenus. Nom : ......................................................................Prénoms : ........................................Date de naissance :……………………………… Profession :........................................................................................................................Nombre d’enfants scolarisés :……………… Adresse : ........................................................................................Code & Ville :..............................................Signature : Banque Cantonale de Genève - N° de prestation : 5017.95.54 Franc suisse - S. Vinet Rubrique LYCEE FRANCAIS MAURICE DRUON GENEVE - N° IBAN : CH6200788000050179554 N° BIC/SWIFT : BCGECHGGXXX - Clearing/CB : 788 - Uniquement par virement. À retouner dûment signé à Fondation Lycée français Maurice Druon Résidence des Crêts Cologny - Chemin des Hauts Crêts, 4 - CH - 1223 COLOGNY

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Tricentenaire de la naissance de Jean-Jacques Rousseau

Lepaysdelaséduction ean-Jacques Rousseau quitte La République de Venise le 22 août 1744(1). Débute alors la traversée des Alpes par le col du Simplon et la découverte du massif alpin. Se souvient-il de son voyage d’Annecy à Turin et du passage du Mont-Cenis en avril 1728? Les perspectives qui se révèlent aux cols, la vue sublime des sommets, c’est comme une confirmation des ambitions les plus folles. Qu’allait-on trouver au prochain refuge ? Qui serait au dîner ? Tout pouvait, tout devait devenir l’occasion de rencontres extraordinaires : des amis au grand cœur, des femmes mystérieuses, des personnages louches, des intrigants formidables. Chaque fois qu’on approche un hameau, une ferme, une grande bâtisse, tout peut arriver(2). Quelques jours suffisent pour gagner Sion. Il raconte : Mon premier projet en sortant de

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Je n’ai voyagé à pied que dans mes beaux jours, et toujours avec délices.

JEAN-JACQUES ROUSSEAU

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chez M. de Montaigu (1692-1764) était de me retirer à Genève, en attendant qu’un meilleur sort écartant les obstacles put me réunir à ma pauvre maman; mais l’éclat qu’avait fait notre querelle et la sottise qu’il fit d’en écrire à la Cour me fit prendre le parti d’aller moi-même y rendre compte de ma conduite, et me plaindre de celle d’un forcené. Je marquai de Venise ma résolution à M. du Theil chargé par intérim des affaires étrangères après la mort de M. Amelot. Je partis aussitôt que ma lettre: je pris ma route par Bergame, Côme [Les Iles Borromée sur le Lac Majeur] et Domodossola ; je traversai le Simplon. A Sion, M. de Chaignon (1703-1787) chargé des affaires de la France [depuis le 31 mai 1744] me fit mille amitiés: à Genève M. de la Closure m’en fait autant(3). Secrétaire auprès de l’Ambassadeur de France à Venise, Jean-Jacques entrevoit un monde conçu pour servir le prestige du royaume; ce milieu lui déplaît. En dépit de certains avantages liés à sa fonction et d’un travail accompli avec rigueur, il prend vite ses distances avec l’univers diplomatique. Il se sent attiré par un autre monde, poussé vers d’autres personnes, d’autres savoirs, d’autres espaces. S’il a pris à cœur son métier de secrétaire d’ambassade à Venise, c’était d’abord pour lui un métier, une charge, dont il se devait de s’acquitter avec application et efficacité(4). L’activité conforme à ses aspirations s’appelle le “voyage”, recherche du sens de sa vie, et son œuvre est travaillée désormais par cette quête. Pour Rousseau [compte] le sentiment des choses dans la littérature, la musique, l’amour et la nature… Son inspiration est dans le fil de ce sentiment. La question du sens des choses, telles qu’elle s’ouvre et prend forme dans une histoire affective, est toujours celle d’un sentiment. Elle ne s’éprouve, ne se comprend et ne se résout que par sa propre impression. Elle ne vient à elle-même que par sa propre voie. C’est la grande leçon de Rousseau(5). Le savoir de l’autodidacte qu’il est se déploie grâce à une succession de rencontres ; les voyages deviennent une musique de l’espace. C’est le voyage dans la diversité qui fait mon enrichissement personnel. […] Ce qui est commun aux hommes, c’est la liberté donnée à chacun de se transformer, comme dirait Rousseau. C’est en marchant qu’on se transforme, parce que les paysages que l’on traverse changent à chaque virage. Ils se découvrent. On les découvre. On se découvre


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avec eux(6). Tout à ses fantaisies, en quelques jours, Jean-Jacques Rousseau arrive à Sion, capitale valaisanne. Quatre-vingt-dix ans plus tard, en avril 1834, Alfred de Musset, empruntera la même route après avoir quitté George Sand. Il écrit : Quand tu passeras le Simplon, pense à moi, George ; c’était la première foi que les spectres éternels des Alpes se levaient devant moi, dans leur force et dans leur calme ; j’étais seul dans le cabriolet, je ne sais comment rendre ce que j’ai éprouvé. Il me semblait que ces géants me parlaient de toutes les grandeurs sorties de la main de Dieu, je ne suis qu’un enfant, me suis-je écrié…(7). Le voyage de Jean-Jacques Rousseau, à travers les Alpes, constitue un intermède idéal. Il permet à ses sentiments, à ses pensées, à ses désirs de dialoguer entre eux. Quittant fâché la fonction de secrétaire, la marche le délivre. Le pas léger, la réflexion en alerte, il entrevoit de nouvelles idées, autour notamment des droits de l’homme. Il n’ignore qu’un jour il enverra à l’Académie de Dijon, un mémoire(**). En Valais, Jean-Jacques Rousseau découvre un pays où, estime-til, l’habitant est roi de son univers, seigneur de ses droits, souverain de ses ambitions, maître de son temps. Il sait par intuition plus que par calcul qu’il s’agit de se donner les moyens d’écrire. Il entend cette prédiction paternelle : quand tu voyagerais autant que ton père…?(8). Il tient à proclamer l’avènement d’un monde où s’accomplira ce qu’il sent déjà poindre, ici et là. A Chambéry, auprès de Mme de Warens, sa passion pour la lecture et son besoin d’écrire l’occupait des heures durant. Un jour, il écrira sa vie pour s’expliquer, pour se défendre, pour avouer ses fautes, pour se faire pardonner, se faire enfin reconnaître. Gérard de Nerval donnera plus tard un sens intéressant à l’idée de mémoire: L’intérêt des mémoires, des confessions, des autobiographies, des voyages même tient à ce que la vie de chaque homme devient ainsi un miroir où chacun peut s’étudier, dans une partie du moins de ses qualités ou de ses défauts(9). Dans ses rêves, Jean-Jacques Rousseau présage les idéaux que défendront un jour les citoyens. Ses rêves ne se limitent pas aux images qui viennent à lui dans son sommeil mais prennent corps à travers son désir de faire revivre les événements de son passé. Autour d’expériences à partager. Le travail auquel Jean-Jacques Rousseau aimera se livrer - en herborisant passionnément, à divers moments de sa vie - peut être associé aux ambitions du rêveur de réunir un bouquet de projets pour la postérité. L’œuvre de Jean-Jacques Rousseau forme une sorte d’auto-analyse avant la lettre, avec sa vérité et son parcours. D’une certaine façon Rousseau fait aussi de son lecteur, en se livrant ainsi à lui, son analyste(10). Il songe peut-être à son indépendance financière et se convainc d’adopter une vie simple et frugale. Thoreau parle de cette existence frugale en accord avec ses longues randonnées : La frugalité, c’est la découverte que la simplicité comble, découverte d’une jouissance parfaite avec trois fois rien : de l’eau, un fruit, et le souffle du vent. Ah ! Pouvoir s’enivrer de l’air qu’on respire! (11). La copie musicale parviendra-t-elle à lui assurer cette situation matérielle condition de son autonomie ? Il porte en lui le désir de parler de ses émotions et la volonté de les communiquer très lar-

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gement. Encore faut-il une vaste audience. Quand on est jeune, on est aisément persuadé que ce qu’on désire correspond à ce qu’on mérite, et on suppose que, si on veut vraiment quelque chose, on a le droit de l’obtenir par grâce divine(12). Une intéressante remarque de l’historien Edgar Quinet parlant de Citoyen de Genève s’impose ici : Ce novateur est venu en France avec les convictions déjà formées d’un républicain suisse [on parlerait plus volontiers d’un citoyen genevois] ; il portait en lui l’évidence de la liberté expérimentée depuis trois siècles(13). Songeant à exposer ses vues sur le Valais, Jean-Jacques Rousseau envisage d’en écrire l’histoire. A Sion, il s’installe le samedi 29 août à l’auberge du Lion d’or (***) ; y descendront, plus tard, Goethe, Wagner, Chateaubriand, Lamartine, Musset… Dans La Nouvelle Héloïse, Julie écrit à Saint-Preux : Il y a longtemps que vous avez un voyage à faire en Valais. Je voudrais que vous puissiez l’entreprendre à présent qu’il

ne fait pas encore froid. Quoique l’automne soit encore agréable ici, vous voyez déjà blanchir la Pointe de Jamant, et dans six semaines je ne vous laisserai pas faire ce voyage dans un pays si rude. Tâchez donc de partir dès demain : vous m’écrirez à l’adresse que je vous envoie, et vous m’enverrez la vôtre quand vous serez arrivé à Sion(14). Ami de Jean-Jacques Rousseau, Jean-Vincent Caperonnier de Gauffecourt (16911766) connaît bien le Valais. Il y a exercé la fonction de responsable de la fourniture des sels pour la Cour de France. Il se rappelle l’avoir entendu évoquer cette période, pareille à un séjour de la suprême félicité(15). Jean-Jacques Rousseau, en parlant de cet ami, écrit: Il était impossible de le voir sans l’aimer et de vivre avec lui sans s’y attacher tout à fait. Je n’ai vu de ma vie une physionomie plus ouverte, plus caressante, qui eût plus de sérénité, qui marquât plus de sentiment et d’esprit, qui inspirât plus de confiance(16). >>


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Tricentenaire de la naissance de Jean-Jacques Rousseau

© Archives de la Ville de Sion.

>> Dans un compte-rendu sur les jardins d’Elysée de Tempé et d’Ar-

mide, le Mercure ironise, rappelant de quelle manière Jean-Jacques Rousseau idéalise le lieu. Au fond, ces jardins enchantés valent ces montagnes agrestes du Valais que les talents et l’égalité ont choisies pour asile ; où l’on sait tout sans avoir rien appris ; où l’on trouve tout, excepté le luxe et la comédie ; où il ne manque aux fortunés habitants que d’avoir M. Rousseau pour directeur et pour maire(17). Avant de s’installer aux Etats-Unis, Marguerite Youcenar séjourne fréquemment en Valais ; elle y fera des rencontres qui la marqueront jusqu’à la fin de sa vie. D’ailleurs Marguerite Yourcenar en a profondément admiré les paysages. Je suis restée à Evolène quelques jours de plus que je le pensais, émerveillée par ce pays si immémorialement beau et si secret, dont les traditions et les coutumes n’apparaissent que peu à peu(18). On pourrait reprendre l’expression d’Olivier de Kersauson sur ce pays : comme jardiné par la main de Dieu(19). Lucien Lathion parlant de la Lettre sur le Valais - Lettre 23, s’exclame : Si nous ôtons de ces pages les deux seules indications géographiques qui s’y trouvent, soit les noms de Valais et de Sion, nous devons admettre qu’elles peuvent s’appliquer à n’importe quel pays montagneux, et à n’importe quels montagnards aimant la vie simple et rurale, l’indépendance, et pratiquant l’hospitalité(20). Photographie de l’Auberge Katherine Mansfield découvre du Lion d’or. le Valais et entreprend de longues randonnées. Sion l’impressionne particulièrement. Nous sommes arrivés à une ville, c’était la foire, une énorme foire, sur la place du marché. Au milieu, il y a avait des gens en train de danser, sur les côtés, on achetait des cochons et de la limonade, et dans les cafés, sous les marronniers aux fleurs roses et blanches, il y avait encore davantage de gens ; aux feDessin de l’Auberge du nêtres des maisons, on voyait Lion d’or. des pots de narcisses blancs et des jeunes filles qui regardaient la tête couverte de foulards orange ou cerise. Tout avait l’air si gai, si agréable(21). Quelques années plus tard, en 1754, Jean-Jacques Rousseau, lors de son périple sur le Léman en compagnie de la famille Deluc, passe une nuit à Bex, à Saint-Maurice et à Vevey, va admirer le torrent Pissevache et prend ses repas à Aigle et à Villeneuve. La semaine passée sur le lac Léman ne lui est pas moins attachante. Une telle expérience apporte en effet de profondes satisfactions non sans risques… car naviguer, c’est servir la beauté du monde. C’est

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une vie dense que celle de marin, une vie remplie et couturée. La navigation est une science sévère qui procure des plaisirs vernis de frais. Je pense que naviguer est un exercice de foi. J’ai tiré du bien et de la vertu de ce métier parce que je l’ai pratiqué librement(22). Ce séjour valaisan renvoie aux premiers jours de Jean-Jacques Rousseau alors installé à Môtiers. Ne s’empresse-t-il pas d’adresser quatre lettres au Maréchal de Luxembourg, lettres destinées à lui donner une image du Val de Travers, l’un des districts de la Principauté de Neuchâtel? A Môtiers, dans la maison de Madame Boy de La Tour, proche parente de Daniel Roguin, Jean-Jacques Rousseau aspire aux silences propices à la réflexion, aux ressourcements qu’il goûte au milieu de la nature, aux complicités associant tolérance et douceur de vivre, aux rencontres avec des amis dénués de préjugés et soucieux de mieux comprendre les exigences d’une humanité au service du plus grand nombre. Il sent les beautés de la nature dans son divin ensemble(23). George Sand mesure l’écart qui sépare JeanJacques Rousseau et ses contemporains et s’exclame en référence à ce séjour: L’Emile. Triste société que celle des hommes sans éducation ! Il faut pourtant, plus que jamais, que je m’y habitue : si je rentre dans les derniers rangs du peuple, d’où je suis probablement sorti, et dont j’ai vainement essayé de me séparer, il me faudra certainement plus d’une fois avoir raison, par la force du poignet, de certaines natures grossières que la douceur et le sentiment ne sauraient convaincre. O Jean-Jacques ! Avais-tu prévu cela pour ton Emile ? Non, sans doute, et pourtant tu as été assailli à coup de pierre dans ton humble chalet, et forcé de fuir la vie champêtre pour n’avoir pas su te faire craindre de ceux dont tu ne pouvais te faire comprendre(24). Ecoutons Jean-Jacques Rousseau évoquer avec nostalgie la terre valaisanne, l’hospitalité de ses habitants et la douceur de ses domaines : J’aurais passé tout le temps de mon voyage dans le seul enchantement du paysage, si je n’en eusse éprouvé un plus doux encore dans le commerce des habitants. Vous trouverez dans ma description un léger crayon de leurs mœurs, de leur simplicité, de leur égalité d’âme, et de cette paisible tranquillité qui les rend heureux par l’exemption des peines plutôt que par le goût des plaisirs. Mais ce que je n’ai pu vous pein-


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dre et qu’on ne peut guère imaginer, c’est leur humanité désintépusse goûter pleinement aucun, ce furent ressée, et leur zèle hospitalier pour tous les étrangers que le hasard ses délicieux environs, et tout d’abord le lac: ou la curiosité conduisent chez eux. J’en fis une épreuve surpreil la côtoie d’une onde si limpide qu’on peut nante, moi qui n’étais connu de personne et qui ne marchais qu’à voir les poissons frétiller à trente pieds de l’aide d’un conducteur. Quand profondeur, comme si on les j’arrivais le soir dans un haavait dans la main. De plus, les meau, chacun venait avec tant bords du lac jusqu’à Lausanne d’empressement m’offrir sa sont un pays enchanté. Je maison que j’étais embarrassé n’oserais le décrire, d’abord du choix, et celui qui obtenait la parce que vous avez l’intention préférence en paraissait si de le visiter, puis parce que Volcontent que la première fois je taire et spécialement Rousseau les ont dépeints, comme perpris cette ardeur pour de l’avisonne ne les dépeindra plus(26). dité. Mais je fus bien étonné Comment ne pas prendre plaiquand après en avoir usé chez sir aux pérégrinations du Cimon hôte à peu près comme au toyen de Genève le conduisant cabaret, il refusa le lendemain du Pays de Neuchâtel aux mon argent, s’offensant même crêtes du Jura, à l’Ile Saintde ma proposition…(25). Nous suivions plus haut Alfred de Pierre… au Valais… et jusqu’en La Cascade de Pissevache, 1811, par Musset à travers les Alpes, Angleterre, dans les vallées du Gabriel Lory, père (1763-1840). pressé de gagner Paris ; emDerbyshire ? L’évocation du marpruntant le même chemin, cheur - philosophe nous remplit l’amant de George Sand, le médecin Pietro Pagello, restera quelques en effet de bonheur. Bel hommage rendu à jours à Genève. Il décrit la Ville et les rives du lac Léman : Nous visiun Jean-Jacques Rousseau qui décidément tâmes Genève, marché de manufactures en or et en argent et en horguide toujours les pèlerins ! N logerie. Mais ce qui me procura un grand plaisir, bien que je n’en Genève, avril 2010.

Notes (1) Victor Ceresole, Jean-Jacques Rousseau à Venise, 17431744, A. Cherbuliez, Genève, 1885, p. 17 (2) Frédéric Gros, Marcher, une philosophie, Carnets Nord, 2009, p. 97 (3) Jean-Jacques Rousseau, OC I, pp. 323-324 (4) Jean-Marc Chavarot, Sensibilité et sensitivité chez JeanJacques Rousseau, Le Cercle herméneutique, 2009, p. 195 (5) Jean-Marc Chavarot, op. cit., p. 160 (6) Azous Begag, La guerre des moutons, Fayard, 2008, p. 31 (7) Sand et Musset, Le roman de Venise, Actes Sud, 1999, p. 203 (8) Jean-Jacques Rousseau, OC V, p. 124 (9) Jean-François Nivet, Troyes Roman, Séquences, 2003, p. 42 (10) Jean-Marc Chavarot, Sensibilité et sensitivité chez JeanJacques Rousseau, Le Cercle herméneutique, 2009, p. 21 (11) Frédéric Gros, Marcher, une philosophie, Carnets Nord, 2009, p. 128 (12) Jon Krakauer, Into the Wild, Presse de la Cité 1997, p. 218 (13) François Garçon, Le modèle suisse, Perrin 2008, p. 44 (14) Jean-Jacques Rousseau, OC II, p. 65 (15) Raymond Trousson, F. S. Eigeldinger, Dictionnaire de J.-J. Rousseau, Champion, 1996, p. 901 (16) J. Urbain, Chroniques genevoises et d’ailleurs, Editions Espaces, 1966, p. 93 (17) François Jost, Jean-Jacques Rousseau suisse, P. U. Fribourg, 1961, tome I, p. 86 (18) B. Glutz-Ruedin, Sept écrivains célèbres en Valais, Ed. monographic, 2008, p. 101

(19) Olivier de Kersauson, Oceans’s songs, Le Cherche Midi, 2008, p. 129 (20) François Jost, Ibid., p. 195 (21) B. Glutz-Ruedin, Sept écrivains célèbres en Valais, E. monographic, 2008, p. 60 (22) Olivier de Kersauson, Oceans’s songs, Le Cherche Midi, 2008, p. 91 (23) George Sand, L’homme de neige, Babel, 2005, p. 239 (24) Georges Sand, Ibid., p. 544 (25) Jean-Jacques Rousseau, OC II, pp. 79-80 (26) George Sand et Alfred de Musset, Le roman de Venise, Actes Sud, 1999, p. 318 (*) Rémy Hildebrand : Président du Comité européen JeanJacques Rousseau et Chevalier dans l’Ordre des Palmes académiques. (**) L’Académie des sciences et belles-lettres attribuera le prix de morale 1750 à Jean-Jacques Rousseau pour le Discours sur les sciences et les arts. (***) aujourd’hui : Brasserie du Grand Pont, Grand Pont 6, 1950 Sion ; information aimablement transmise par l’Office du tourisme du Valais. Nous tenons à remercier pour leur collaboration : - Monsieur Patrice Tschopp, archiviste à la Ville de Sion. - Monsieur Laurent Dubois, photographe à la Bibliothèque cantonale et universitaire de Lausanne. - Monsieur Simon Roth de la Médiathèque Valais-Sion.

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Entretien plus objectifs : un respect excessif de certaines valeurs, un amour-propre qui pousse à ne faire miroiter que les bons côtés d’un personnage célèbre – je pense à Henry Dunant ou Rousseau par exemple – paralysent certains auteurs suisses. Citons trois réussites : L’Histoire de Genève, sous la direc t i on

Christian

du Savoyard Paul Guichonnet, La Genève des Genevois par le Montpelliérain Émile Doumergue, ou encore Voir Genève de l’Américain Charles Scott.

ANCIEN JOURNALISTE FRANÇAIS ÉTABLI À GENÈVE DEPUIS PLUS DE 50 ANS. > France Magazine : Christian Vellas, comment vous est venue cette passion pour Genève qui vous a amené à écrire une demi-douzaine d’ouvrages sur la cité de Calvin ? Car à votre accent, on reconnaît un Français du Sud... Christian Vellas : Ce sont les heureux hasards de la vie ! J’ai épousé une Genevoise et aujourd’hui, double-national, il y a près d’un demi-siècle que je suis ici. J’ai été chef d’édition de la Tribune de Genève pendant plus de trente ans. Plus que d’autres “Genevois venus d’ailleurs”, mon métier de journaliste m’a conduit, jour après jour, à connaître intimement cette ville. Professionnellement, j’ai dû apprendre Genève par cœur, et cette expression indique bien la part d’affectif qu’il y a dans cet apprentissage. > FM : Certes... Mais de là à écrire une “Histoire de Genève” ! D’où vous vient ce goût de l’Histoire ? Ch.V : Savoir déceler dans les événements quotidiens l’importance du passé, et leur influence sur l’avenir, doit être une qualité pour tout journaliste... Mais j’ajoute une remarque : les livres écrits par des étrangers sur Genève sont toujours intéressants car souvent www.expatria-cum-patria.ch

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> FM : Revenons à votre “Histoire de Genève racontée par le professeur Chronos”, préfacée par le conseiller d’État David Hiler. Quelle a été votre démarche ? Ch.V : Je ne suis pas historien. Seulement un “passeur” qui a voulu expliquer, de manière amusée et détendue, l’Histoire genevoise à tous ceux qui sont rebutés par des ouvrages trop savants. Les jeunes notamment. Il leur suffit de lire ce livre, et ils sauront l’essentiel de cette passionnante aventure. Genève est un cas unique, qui a toujours voulu rester libre et s’est forgé un destin à part. L’apport d’un illustrateur aux dessins impertinents - Fiami - a encore renforcé le côté ludique de l’ouvrage. Mais attention ! L’approche historique reste rigoureuse, la Genève de Calvin ne plaisantant pas avec les faits, la chronologie ou les documents. David Hiler, qui est lui historien-économiste, m’a fait plaisir en écrivant : « Enfin une Histoire de Genève qui sort des sentiers battus ! (...) Si vous avez envie de faire connaissance avec le passé


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Entretien de votre canton, rapidement et sans effort exagéré, ce livre est fait pour vous. »

près de la douane de Perly/St-Julien, avec son “S” pour Sardaigne, gravé à l’envers par un ouvrier illettré.

> FM : Votre dernier livre est un Guide, intitulé “Genève insolite et secrète”. Est-il possible de dénicher des secrets dans une ville aussi petite, si on la compare à de grandes capitales comme Paris ou Rome ? Ch.V : Ce Guide est une commande des Éditions Jonglez, de Versailles. Il fait partie d’une collection – 23 ouvrages à ce jour – portant tous ce titre “Insolite et secret” et fouinant dans les principales villes d’Europe. Évidemment, il est plus facile de trouver des sujets méconnus dans des villes comme Venise, Londres ou Lisbonne... Mais j’ai été étonné en enquêtant sur Genève. Moi qui croyais tout connaître de cette ville, j’ai découvert des choses surprenantes !

> FM : Combien de trouvailles aussi insolites dans ce Guide ? Ch.V : Une centaine. On pourrait citer d’autres sujets tout aussi intrigants : ces faunes dévorant des bébés sur des façades d’immeubles à Champel, le bas-relief représentant Lénine, sans le nommer, sur la tour du Molard, ou Juliette Drouet, maîtresse du sculpteur Pradier et de Victor Hugo, dansant toute nue sur le socle d’une statue au Jardin des Bastions...

> FM : Quelle est votre méthode pour dénicher ces sujets ? Ch.V : Le point de départ est souvent une bribe d’information, lue ici ou là, dans des archives ou d’anciennes chroniques. L’intérêt ainsi éveillé, il suffit ensuite de creuser. Parfois, c’est un vrai travail d’enquêteur. Toujours passionnant. L’affaire de l’inscription contre l’antéchrist, par exemple. C’est en relisant l’article sur “Genève”, dans l’encyclopédie de Diderot et d’Alembert, que j’ai relevé l’indignation de ce dernier. Il s’offusquait de l’existence de cette attaque contre la papauté, alors gravée sur la façade de l’Hôtel de Ville depuis 1558. Qu’était devenue cette plaque de bronze ? Personne n’était au courant, et j’ai pourtant interrogé nombre de spécialistes... Un indice m’a mené à la bibliothèque universitaire où j’ai retrouvé une gravure de Pierre Escuyer (1749-1834). Sur laquelle on aperçoit cette fameuse plaque. Ensuite, dans d’autres documents, j’ai appris qu’elle avait été déplacée en 1814, quand Genève s’apprêtait à entrer dans la Confédération (les cantons catholiques ne pouvant admettre pareille offense). Pour aller où ? Dans la cathédrale Saint-Pierre ! Tout d’abord discrèÀ gauche : plaque dans la cathédrale avec l'inscription contre l'antéchrist tement, dans la saromain, en latin. À droite : borne frontière avec le “S” de Sardaigne inversé. cristie. Puis ostensiblement, sur > FM : Et donc que même les vieux une paroi, à quelques mètres de la chaise de Calvin... Genevois ignorent... Des exemples ? Ch.V : Cette plaque de bronze notamment, > FM : Pourquoi autant d’histoires méconnues ? accrochée à l’intérieur de la cathédrale Ch.V : Par manque de curiosité, le plus souvent. Je suis toujours Saint-Pierre, et dénonçant “l’antéchrist roétonné de constater qu’il y a des gens qui habitent toute une vie à main”, c’est-à-dire le pape... Elle est en la rue Machin-Chose, et que jamais ils n’ont cherché à savoir qui latin, et plus personne ne la remarque ! Ou était ce Machin-Chose... Autre remarque : le promeneur ordinaire l’histoire rocambolesque des canons de ne lève jamais les yeux au-dessus du rez-de-chaussée quand il l’arsenal, dans la Vieille Ville, emportés par déambule en ville. Et pourtant, c’est souvent plus haut qu’on peut les Autrichiens en 1814, et récupérés grâce découvrir une architecture, un mascaron, un détail insolite. En déaux efforts opiniâtres du lieutenant Joseph finitive, pour mieux “voir” sa ville, il suffit parfois d’ouvrir les Pinon... Ou encore cette borne-frontière yeux. N

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Les carnets de voyage de Kathereen Abhervé

La grille du Château.

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Versailles

Une naissance difficile Depuis, le château et ses jardins ont fait peau neuve, attirant chaque année plus de trois millions de visiteurs, amateurs d'art, passionnés d'histoire, mélomanes, botanistes et touristes du monde entier. Tous s'y pressent avec un plaisir gourmand, les uns par amour du Grand Siècle, les autres pour s'imprégner de l'ambiance raffinée des jardins en imaginant le Roi Louis XIV s'y promenant avec ses courtisans ou simplement pour faire de beaux clichés. D'autres encore aiment à se réfugier au Hameau pour y rêver à Marie-Antoinette Le parterre d'Eau jouant à la bergère loin de la et une statue de Cour. bronze représentant Assurément, pénétrer dans le l'une des principales domaine du château de Verrivières de France. sailles n'est pas anodin car cet immense château bâti au sommet d'une colline venteuse et hostile, était au XVIIe siècle, une prouesse architecturale qui fut ponctuée d'hésitations, de tâtonnements, d'embellissements, de constructions et de démolitions, d'agrandissements successifs et ruineux. Le château tel que nous pouvons l'admirer aujourd'hui, éclatant de majesté dans le renouveau de ses ors et la blancheur retrouvée de ses marbres, n'est pas sorti en un jour de sa bogue de boue, et la belle harmonie des jarDEPUIS BIEN LONGTEMPS, J'AVAIS ENVIE DE dins ponctués de bassins et de fontaines jaillisRACONTER LE CHÂTEAU DE VERSAILLES TEL QUE JE santes imaginés par Le Nôtre, le plus grand des L'AI DÉCOUVERT LORSQUE, À L’ÂGE DE 11 ANS, JE jardiniers, n'est pas non plus le fruit du hasard. SÉCHAIS LES HEURES D'ÉTUDE DU LYCÉE POUR Pourtant en 1661 lorsque, à la mort du cardinal MaM'ALLER PERDRE DANS LE LABYRINTHE DES zarin, Louis XIV (1643-1715) décide de devenir le BOSQUETS DU PARC POUDRÉ D'UNE LUMIÈRE maître absolu du royaume de France, rien ne préBRUMEUSE ET DORÉE, ET RÉVEILLER D'UN PETIT disposait le site marécageux et malsain de VerCAILLOU LES EAUX DORMANTES DES BASSINS. LES sailles à devenir la demeure des rois de France et le ÉTRANGES MONSTRES DE BRONZE ÉMERGEANT, siège du gouvernement. GUEULE OUVERTE, DES FONTAINES, SOMNOLAIENT SOUS LA MOUSSE TANDIS QUE LES HÉROS DE LA Versailles, l'endroit le plus affreux de la terre MYTHOLOGIE QUE LOUIS XIV AVAIT VOULU DE Versailles est né de l'imagination d'un jeune roi rêMARBRE BLANC, S'EFFRITAIENT TRISTEMENT AU veur et ambitieux, et de sa volonté farouche à transBORD DES ALLÉES SILENCIEUSES. PUIS DANS LE former le modeste pavillon de chasse de son père, CALME DU JOUR FINISSANT, J'ATTENDAIS QUE LE en un palais à nul autre pareil. De la gentilhommière CHÂTEAU S'EMBRASE COMME UNE TORCHE, AU de briques et de pierres bâtie à l'endroit « le plus afSOLEIL COUCHANT. freux de la terre » selon Saint-Simon, il en fit le plus beau château du monde qui deviendra le symbole de la magnificence monarchique. La grandeur, la splendeur et la richesse excessive du château ravissent et étonnent. En effet, si l'on imagine les conditions de vie misérables du peuple français au milieu du XVIIe siècle, comment ne pas se révolter contre ces travaux d'Hercule qui, pour forcer la nature et la plier aux exigences royales, nécessita une véritable armée d'ouvriers et vida consciencieusement les caisses de l'État, malgré la vigilance de Colbert ? Le terrain en pente et marécageux ne se prêtait guère à la construction d'un palais. Alors le site fut remodelé et plusieurs villages tout simplement rasés.

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Les carnets de voyage de Kathereen Abhervé >> Pour ces colossaux « remuements » de

terre, creusements et terrassements, les Gardes suisses vinrent en renfort. On fit aussi appel à des ingénieurs pour construire des machines capables de conduire l'eau sur des dizaines de kilomètres jusqu'au château, non pour alimenter d'éventuelles baignoires (on ne se lavait pas à cette époque par crainte des maladies véhiculées par l'eau !) mais pour les très nombreux bassins et fontaines du parc. Il faut dire qu'à Versailles, il n'y a pas une goutte d'eau. Il est bien difficile aujourd'hui d'imaginer les difficultés techniques et les déploiements d'ingéniosité mis en oeuvre pour transporter cette eau si précieuse, maintenir la pression nécessaire aux puissants jets d'eau dont certains jaillissent à plusieurs dizaines de mètres de haut et alimenter les immenses pièces d'eau, comme le Grand Canal sur lequel Louis XIV faisait voguer des modèles réduits de navires de sa flotte, des gondoles vénitiennes, une felouque, des yachts anglais et... la réplique d'une galère. Les jardins et les jets d'eau qui ne fonctionnaient jamais ensemble, faute de pression suffisante, faisaient l'objet d'un soin tout particulier et Louis XIV publiera même à l'intention des visiteurs un guide Manière

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de Montrer les Jardins de Versailles. Durant plus de quarante ans, Versailles est un immense chantier sur lequel travailleront quotidiennement jusqu'à 36 000 ouvriers. Les travaux entrepris en 1661 par Louis XIV s'achèveront en 1710 avec la construction de l'actuelle chapelle royale. L'opéra ne sera construit qu'en 1770, soit 55 ans après sa mort. Les visiteurs actuels qui souhaitent découvrir le parc du château peuvent profiter durant l'été, des Grandes Eaux musicales pour déwww.expatria-cum-patria.ch

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1. La Cour de marbre illuminée par le soleil couchant. 2. Le bosquet des bains d'Apollon. 3. Vue sur la Chapelle royale depuis la tribune. © Château de Versailles, Christian Milet. 4. Détail de la grille du Château. 5. L’Orangerie du Château.


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couvrir bosquets, bassins, jets d'eau jaillissant au rythme d'enregistrements d'extraits d'opéras de Lully, Desmaret et Rameau exécutés par l’ensemble Les Talens Lyriques de Christophe Rousset. De Vaux-le-Vicomte à Versailles En août 1661, alors que Louis XIV vient d'imposer son pouvoir absolu, son surintendant des Finances, Nicolas Fouquet, ancien ministre du cardinal Mazarin, invita, contraint et forcé, le roi à l'inauguration de son château de Vaux-le-Vicomte dont la splendeur architecturale dépassait de loin toutes les demeures royales. Accusé de complots et de malversations, Fouquet se savait menacé et la fête somptueuse qu'il donna pour éblouir le roi, considérée comme la plus belle fête de toute l'histoire, n'arrangea rien. Conçue par les plus grands artistes de l'époque dont Fouquet était le mécène, cette fête, véritable œuvre d'art éphémère, dura le temps d'une nuit. Exaspéré par une telle provocation, Louis XIV fit aussitôt arrêter son surintendant qui sera, au terme d'un simulacre de procès, emprisonné à vie et ses biens confisqués. Le roi en profitera pour « récupérer », outre les orangers et un millier d'arbres de Vaux, la plupart des grands artistes que Nicolas Fouquet protégeait comme l'architecte Le Vau, les jardiniers Le Nôtre et La Quintinie, le peintre Le Brun, le cuisinier Vatel, Molière et Giacomo Torelli, spécialiste en machines de théâtre. En décidant la construction du château de Versailles, Louis XIV veut surpasser la splendeur de Vaux-le-Vicomte. Avec la fête des Plaisirs de l'Isle enchantée qu'il donna du 7 au 14 mai 1664 dans le parc (le château était alors trop petit), le jeune roi, lui-même incarnant le chevalier Roger victorieux de la magicienne Alcine, voulut faire oublier celle, royale que donna Fouquet trois ans plus tôt. Durant cette semaine de fête ininterrompue durant laquelle se succédè4

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rent défilés, concerts, pièces de théâtre, feux d'artifice, festins aux chandelles, courses de têtes, les jardins servirent de décor à la grande pièce héroïque à machines dans laquelle le roi était le héros. La fête terminée, Louis XIV n'abandonnera pas ce rôle qu'il poursuivra durant toute sa longue vie de monarque. Les décors se transformeront au fil des décennies et au gré des désirs royaux, et Versailles deviendra un véritable théâtre sans théâtre où, de son lever à son coucher, Louis XIV ne cessera de jouer son propre rôle.

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6 et 8. Les Pages et les Chantres en concert à la Chapelle royale. 7. Une quinte de violon de l'ensemble des 24 violons du Roi. © CMBV, Jacques Postel Versailles et la musique Outre sa passion pour le théâtre, Louis XIV était grand amateur de musique et de danse. Il avait appris à danser et à jouer de la guitare. N'était-il pas considéré comme le meilleur danseur du royaume ? Il devient rapidement le centre des ballets que l'on composait pour lui. Danser était une projection de l'image royale dans sa perfection. Puis à 32 ans, le roi s'arrêta de danser et se passionna pour l'opéra. Il suivra l'élaboration de tous les opéras de Jean-Baptiste Lully, de la conception aux représentations qui seront données dans des théâtres temporaires improvisés. Lorsque l'on voulait représenter un grand opéra avec une machinerie compliquée et de nombreux figurants, on construisait dans le manège de la www.expatria-cum-patria.ch

Grande Écurie une salle provisoire que l'on démolissait après la fête. Les autres spectacles étaient donnés dans des théâtres de verdure construits dans le parc. Louis XIV avait pourtant projeté la construction d'un vrai théâtre qui faute d'argent ne se réalisera pas. L'opéra royal sera construit en 1770 par Gabriel, l'architecte de Louis XV, pour le mariage du Dauphin et de l’archiduchesse MarieAntoinette. Il n'est pas un moment de la vie versaillaise qui ne soit prétexte à entendre de la musique. Elle fait partie intégrante de la vie quotidienne des princes : concerts réguliers, bals, chasse à courre, intermèdes symphoniques les jours de grand couvert, messes interprétées par les cinquante choristes et cinquante instrumentistes de la Chambre. Le moindre événement donne lieu à une création musicale commandée spécialement pour l'occasion (guérison du roi, victoire, retour de la guerre, mariage, naissance et décès d'un souverain ou de l'un de ses proches) à des compositeurs comme Charpentier, Delalande, Lully, Marais, Couperin ou Rameau. Plusieurs grandes institutions sont sollicitées comme la Chapelle qui joue quotidiennement, la Chambre pratiquement tous les jours, La Grande bande des vingtquatre violons et les petits violons accompagnent bals et festins, renforcés si besoin par les vents et percussions de l’Écurie. Plus tard toute la famille de Louis XV, excepté lui-même, cultivera l'amour de la musique. La reine et ses filles étaient d'excellentes musiciennes. Dès son arrivée à la Cour de France, Marie-Antoinette qui jouait de

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la harpe et chantait fort bien paraîtil, exprima son grand intérêt pour la musique en imposant Grétry et Gluck qui fut à Vienne, son maître de musique. Certains de ses opéras ont été donnés dans le petit théâtre que la reine avait fait construire à Trianon (1778-1779). Une toile de fond de cette époque est encore visible dans ce ravissant théâtre fraîchement et magnifiquement restauré.

Le Centre de musique baroque de Versailles - CMBV Le château a perdu ses princes, mais la musique est restée l'emblème de Versailles grâce au Centre de musique baroque de Versailles qui, depuis 1987, s'est donné pour mission la redécouverte et la promotion du patrimoine mu8 sical français incluant le répertoire scénique, qu'il s'agisse de la danse ou de l'opéra des XVIIe et XVIIIe siècles. Le répertoire baroque français ayant été composé essentiellement pour la Cour, la plupart des concerts de la saison du CMBV se déploie au sein même du château. Cette jeune institution nationale associée au château de Versailles, a également lancé d'importants chantiers artistiques comme la restitution de décors en toile peinte pour l'opéra royal ou la reconstitution d'instruments. Outre des travaux de recherches sur le répertoire baroque et son interprétation, le CMBV propose un programme de formation musicale et vocale mise en œuvre par sa Maîtrise et Les Pages et les Chantres dirigés par Olivier Schneebeli. Leurs prestations seront programmées tous les jeudis à la Chapelle royale du 6 janvier au 26 mai 2011. Des nombreuses activités du CMBV, celle la plus appréciée du grand public est certainement sa saison annuelle de concerts et de représentations scéniques qui s'ouvrira cette année avec les Fêtes baroques

proposées en hommage à des compositeurs ayant marqué la musique française (les 24, 25 et 26 septembre 2010). Les Grandes Journées thématiques consacrées à André Campra qui avait déjà été célébré en 1993, révéleront un très grand compositeur lyrique à la croisée des siècles, des styles et des goûts qui signa, outre une vingtaine d’opéras, l'un des plus important corpus de cantates françaises. Les festivités commenceront par un dimanche à Trianon avec quatre concerts et un buffet (3.10). Les concerts suivants survoleront en neuf étapes l’art protéiforme du compositeur aixois qui se trouvera magnifiquement servi par Les Folies Françoises (16.10), La Symphonie du Marais (17.10), le Concert Spirituel d'Hervé Niquet (19.10), Les Nouveaux Caractères (6.11) ou La Risonanza (19.11). La saison se poursuivra sur la scène de l'Opéra royal avec deux ballets pantomimes dansés par la Compagnie l'Éventail et interprétés par le jeune ensemble Les Siècles de François-Xavier Roth qui ressusciteront la splendeur des représentations à la Cour au temps de Marie-Antoinette (30.11 et 4 et 5.12). Puis la Galerie des Batailles servira de décor au Grand Bal à la Cour de Henri IV reconstitué par la Compagnie Il Ballarino et l'ensemble Doulce Mémoire de Denis Raisin Dadre (8.12). Ce spectacle sera donné dans le cadre de la commémoration du quatrième centenaire de la mort du roi Henri IV (8-14 décembre) à laquelle se joindra Le Poème Harmonique de Vincent Dumestre (12.12). La saison s'achèvera avec Bellérophon, la dernière tragédie lyrique de Lully restée inédite, qui sera recréée à l'Opéra royal de Versailles, dans une version concertante, par Christophe Rousset à la tête Des Talens Lyriques (17.12). Assister à un concert au château de Versailles est une expérience inoubliable qui conduit les auditeurs dans un espace-temps assez étrange. N

Renseignements Établissement public du musée et du domaine national de Versailles RP 834 - 78008 Versailles Cedex Information : +33 130 83 78 00 Spectacles : +33 130 83 78 89 - www. chateauversailles.fr Grandes Eaux musicales, jardins du château de Versailles jusqu’à 31 octobre 2010. Les samedis, dimanches et jours fériés. www.chateauversailles-spectacles.fr Centre de musique baroque de Versailles - CMBV Hôtel des Menus-Plaisirs 22, avenue de Paris BP 20353 78003 Versailles cedex Information : +33 139 20 78 10 - www.cmbv.fr

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k.abherve@geneveopera.ch

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Kathereen Abhervé


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DÉJEUNER VIP À LA TABLE DE L’ORENOC

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P LAISIRS GOURMANDS PARTAGÉS AVEC PAR ANNE-MARIE CATTELAIN-LE DÛ

ChantalThomass

SA LONGUE SILHOUETTE NE TRAHIT GUÈRE L'AMOUR QUE CHANTAL THOMASS, STYLISTE APPRÉCIÉE, VOUE AUX METS RAFFINÉS ET AUX BONS VINS. POURTANT, SOUS SA CÉLÈBRE ET IMMUABLE FRANGE NOIRE JAPONISANTE, SES YEUX PÉTILLENT DEVANT LE MENU IMAGINÉ POUR ELLE, « THE VIP », PAR ERIC BRUJAN, CHEF INVENTIF, DE L'ORÉNOC, RESTAURANT GASTRONOMIQUE DU MÉRIDIEN ETOILÉ. ET LORSQU'ELLE SAVOURE LES DESSERTS, SOULIGNÉS D'UN EXCELLENT RIESLING VENDANGES TARDIVES, ELLE CONFESSE, MUTINE, SES PÊCHÉS DE GOURMANDISE. SANS ACTE DE CONTRITION, ABSOUTE PAR TOUS LES CONVIVES JOUISSANT AVEC ELLE DE CES MOMENTS PRIVILÉGIÉS.

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êtue de noir, couleur adoptée par facilité, après la naissance de ses deux enfants, poudrée avec légèreté, lèvres rouges, Chantal Thomass ressemble à sa légende. Gravure de mode glamour, stylée, osant marier Chanel et Yamamoto avec des pièces chinées aux puces, ponctuant sa tenue d'accessoires forts : broche surdimensionnée, manchettes-mitaines brodées, montre over-size, épingle à chapeau fichée dans sa cravate en soie. Un look à l’image de sa personnalité, audacieux avec douceur, élégant avec fantaisie, ultra-féminin avec une touche masculine. C'est ce qui, d'emblée, l'impose, la caractérise et prouve sa fi-

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Rencontre >> délité à elle-même, alliée à une extrême

gentillesse reconnue dans ce milieu, la mode, généralement peu tendre et doté d'un ego excessif, ce qui n'est pas son cas. Peut-être parce qu'elle sait que malgré le talent, malgré le travail, malgré la notoriété, rien n'est jamais acquis et qu'on peut, du jour au lendemain, tout perdre, jusqu'à son propre nom lorsqu'on pense davantage en artiste qu'en financier. « Je regrette que, désormais, on attache plus d'importance au retour immédiat sur investissement qu'à la création. Je ne nie pas qu'une entreprise, pour perdurer, doive être sainement gérée mais de là, comme c'est trop souvent le cas désormais, à entraver l'imagination, à couper les ailes aux artistes ! » De l'imagination, du savoir-faire, Chantal Thomass en déborde, ce qui lui vaut d'être en permanence sollicitée pour apposer sa “patte”, sa marque sur des objets. « Je veille jalousement à ne pas m'éparpiller. Je n'accepte que si la marque est cohérente svec mon univers. C'est ainsi que j'ai repensé une ligne de produits de Beauté Nivéa en rose et noir, habillé de rose matelassé, comme ma boutique, une gamme de lave-linge Vedette en édition limitée, paré de dentelle grise des Iphone. Ces opérations de co-branding servent ma marque, l'introduisent auprès d'un public qui ne la connaît pas ou en possède une idée un peu floue. J'aimerais dorénevant participer à la décoration d'un hôtel, concevoir des logos pour des marques que j'apprécie. » L'univers de Chantal Thomass se dessine en rose et noir majoritairement, froufroutant, sensuel, parfois coquin, toujours très féminin. De lingerie portée dessus dessous, en maillots de bain sexy. « J'essaie que mes collections soient pétillantes et gaies comme le champagne rosé que j'adore et qui rend les femmes si belles. Je privilégie le rose qui donne bonne mine et le noir qui met en valeur la carnation et le grain de la peau. Je peux ajouter quelques touches de rouge très gai, de jaune dynamisant. Je veux, sans vulgarité, que chaque femme se sente grâce à mes créations, désirable, voluptueuse. Je m'applique à les embellir sans imposer de diktats, en leur fa-

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cilitant la vie, au contraire. J'appartiens à cette génération de femmes qui a voulu, et souvent réussi, au prix de réels efforts, à concilier travail, vie de famille, vie amoureuse et vie sociale, tout en veillant à leur forme et leur beauté, osent recourir à la chirurgie esthétique. Un sacré challenge qu’on ne peut relever qu’en étant tendre avec soimême, tolérant. En s’offrant de belles parenthèses, de belles choses, de bons vins et de bons dîners si l'on est, comme moi, gourmande. En craquant de temps à autre pour un gâteau, un cru millésimé en se chou-

Desidéesfroufroutantes

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algré ses deux collections de dessous-dessus qu’elle imagine et présente chaque année, Chantal Thomass trouve le temps d’écrire des livres sur son sujet favori “La lingerie”, de participer à des émissions de télévision et de radio sur des thèmes proches de son univers. Ainsi, après notre déjeuner, elle se rendait en studio pour disserter sur “les Fesses”, pour la Cinq. Ou encore meublant et décorant à la demande des marchands du Marché Serpette, le plus chic de Paris, une maison située dans l’enceinte des puces de Saint-Ouen pour relancer l’intérêt des visiteurs et acheteurs notamment. « Je me suis beaucoup amusée en chinant, du lustre spectaculaire à la vaisselle et aux tissus chez quelque 200 marchands. » Sachant toujours mêler élégance, humour et anecdotes. En grande dame. Et relevant le défi d’attirer les visiteurs et de susciter du buzz autour de l’événement. Une expérience que la créatrice aimerait renouveler. Quant à ses propres créations, elles séduisent tout autant les jeunes générations que les aînées. « Le glamour, la sensualité, n’ont pas d’âge », assure Chantal Thomass, ajoutant : « J’aime teinter le sexy d’une pointe d’humour. Collection après collection, je privilégie le troublant, le grisant, l’élégant. »

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choutant. C'est ce que je fais au cours de ce déjeuner, ne mesurant pas mon plaisir, quitte ensuite à observer un ou deux jours de diète légère. Je ne me torture pas en me répétant : “ce n'est pas raisonnable de succomber à ce crémant si fruité, en dévorant ce sublime dessert au chocolat, surprise du chef”. » Gourmande sachant, comme toutes les natures généreuses, régaler aussi les autres, Chantal Thomass révèle son côté “maîtresse de maison, hôtesse”, déployant ses talents, dans sa maison de Mortagne-au-Perche. « A Paris, j'aime sortir, aller écouter un


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Rencontre

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Je regrette que, désormais, on attache plus d'importance au retour immédiat sur investissement qu'à la création. Je ne nie pas qu'une entreprise, pour perdurer, doive être sainement gérée mais de là, comme c'est trop souvent le cas, désormais, à entraver l'imagination, à couper les ailes aux artistes !

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Rencontre >>

concert classique à la Salle Pleyel, comme applaudir un chanteur contemporain à Bercy, dîner en tête-à-tête au Meurice dont j'apprécie le cadre et la cuisine de Yannick Alleno, ou simplement prendre un verre au bar. Mais le week-end, rien ne remplace le tour du marché de Mortagne-au-Perche, l'improvisation des menus en fonction des produits, les repas entre amis ou en famille autour de bonnes bouteilles. » Chantal Thomass, ayant été marraine d'une cuvée rosée de champagne Pannier, a enrichi sa cave campagnarde de quelques bulles qu'elle aime partager. « Mon mari ne boit jamais d'alcool. C'est donc moi qui gère les vins et ai, au fil de mes rencontres, aidée par mes amis, conseillée par des cavistes, constitué ma cave. Curieuse, je l'enrichis de crus découverts au cours de déjeuners. J 'avoue que j'aime particulièrement les blancs et suis aujourd'hui étonnée agréablement par des crus alsaciens que je ne connaissais pas. Le vin est un monde sans limite, convivial,un monde de passionnés. C'est cela, sans nul doute, qui me séduit dans cet univers qui, désormais, heureusement, n'est plus réservé aux seuls hommes. » Et quand la vie lui semble soudain plus grise, Chantal Thomass s'envole, avec son mari, voire avec ses deux petites filles, vers d'autres horizons, avec une préférence certaine pour les destinations urbaines, Shanghai, Dubaï, Istambul, Los Angeles. « Avec, en poche, les adresses épicuriennes glanées de ci de là, vins compris. » N

Menu du déjeuner > Éffiloché de lapin au capucino de blancs de poireau, crème liquide Crémant d’Alsace, Cuvée Bartholdi, AOC Crémant d’Alsace Maison Dopff-Au-Moulin-Riquewhir > Ravioles d’Écrevisses, Purée de Cresson ailée et Bisque montée au beurre Riesling 2008, Grand Cru Kastelberg, AOC Alsace Grand Cru Guy Wach-Domaine des Marronniers - Andlau > Volaille de Bresse pochée façon demi-deuil, sauce crémeuse Pinot Gris 2005, Grand Cru Steinert, AOC Alsace Grand Cru La Cave des Vignerons de Pfaffenheim > Munster Village et Croquant au Cumin Gewurztraminer 2007, Grand Cru Kaefferkopf, AOC Alsace Grand Cru, Domaine René et Étienne Simonis-Ammerschwihr > Panna Cotta à la Vanille de Tahiti et Fruits exotiques Fondant au chocolat Surprise du Chef Riesling 2001, Vendanges Tardives, AOC Alsace Maison Charles Wantz-Barr

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Unviticulteurbourdicois amoureuxdu… Valais A BOURDIC, PETIT VILLAGE À DEUX PIEDS (DE VIGNES) D’UZÈS ET DE NÎMES, DANS LE GARD, EN FRANCE, LOGE UN PERSONNAGE HAUT EN COULEUR, CAR DÉJÀ, À L’ÉCOLE, IL FAISAIT RIRE LA CLASSE, PATRICK CHABRIER ! QUEL RAPPORT AVEC LE VALAIS ? C’EST TOUTE UNE HISTOIRE ! ’est en 1993 que Patrick découvre la Suisse Romande et tombe sous le charme ; en 1999, il vient à la Fête des Vignerons de Vevey. En 2000, la société Gastro Gourmet de Grandvaux leur rend visite et prend l’importation de ses vins en Romandie. Les produits du Domaine sont des vins Pays du Duché d’Uzès rosé, rouge et le blanc (viognier, grenache et marsanne) qui viennent de remporter la médaille d’Or au Concours Agricole de Paris 2010. Ce qui lui plaît, ce sont ses vins IGP Pays d’Oc La Garrigue d’Aureillac déclinés en blanc 2009, un assemblage de viognier, grenache et marsanne avec une bouche onctueuse pour laquelle il a obtenu la médaille d’argent à ce même concours, ainsi qu’au Concours des Vinalies Internationales en 2010. Deux autres vins confidentiels sont vinifiés par Patrick le Riomal de Molines, un cépage carignan avec macération en grains entiers sans égrappages et un vin doux, Les Grains Dorés, assemblage de viognier, muscat à petits grains et de marsanne. Revenons à ses amours, les vins du Valais... En 2001, après avoir rencontré Jacques Staempfli, maintenant Directeur adjoint du Lausanne Palace, il fait la connaissance de l’œnologue Métral qui lui fournit la méthode de vinification de ces VDP des Cévennes 2006. En même temps, il fait la connaissance de Frédéric Zufferey, du Clos de Géronde, à Chippis, qui travaille une quinzaine de cépages. La même année, il se lance dans l’aventure et achète sa première parcelle de Petite-Arvine, s’en suivra une parcelle de Fendant et de Cornalin. Partout où il va, principalement dans sa cave de Bourdic, il est un merveilleux ambassadeur des vins du Valais et principalement de la délicate Petite Arvine. Même sur ses bouteilles de

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VDP des Cévennes, sur la contre-étiquette il cite « La rencontre de Christophe et de l’œnologue Philippe Métral, leur passion commune pour le chardonnay, le sauvignon et le viognier qui leur ont permis de sélectionner les meilleurs terroirs pour ces cépages ». En tout lieu et en tout temps, sur son vélo où il arbore les couleurs du Valais, ainsi que jusque dans sa cave où flotte les drapeaux suisses, et même la casquette Desperate Swisswive. En 2004, il a été intronisé à la Confrérie du Guillon ; l’idéal maintenant serait l’Ordre de la Channe, comme ambassadeur. Comme le temps est un éternel recommencement, maintenant il aime les bonnes descentes de cave, comme quand il avait 20 ans, ses descentes en parachute chez les Paras en tant que Caporal-chef. Domaine Chabrier : +33 4 66 81 28 54 ou domaine.chabrier@terre-net.fr et Frédéric Zufferey 027 456 10 59 ou zuffereyfredericvins@netplus.ch. Une Petite Arvine venue du Sénégal… Il faut être un héros pour cultiver dans l’Hérault de la Petite Arvine… La Grange de Quatre Sous. Hildegard Horat et son mari Alioune Diop, originaire de Ziguinchor en Casamance, viennent de mettre au monde cette bouteille 100% PetiteArvine avec le nom original Bu N’Daw qui veut dire en Oualof ou Wolof (dialecte Sénégalais) Petite. Le domaine se situe à 30 km de Béziers à Assignan, là où les sangliers se perdent dans la garrigue et où le vin coule dans l’intensité du silence. Une surface de 8 ha de vignes dont 60 ares de petite-arvine. Les vignes sont palissées en lyre. Une amie de Hildegard, Marie-Thérèse Chappaz de Fully est venue lui rendre visite. Pour les contacter : +33 4 67 38 06 41 ou hildegard.horat@wanadoo.fr Des Suisses Romands en Hérault Le domaine du Château Bousquette situé à Cessenon sur Orb

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Echo du terroir romand à 15 km au nord de Béziers, est la propriété d’Isabelle et Eric Perret originaire de Romandie. En 1996, à la recherche d’un domaine, le couple a eu un coup de foudre pour cette région et ce terroir. La décision a été prise de se partager entre la Suisse et le Sud de la France. La vigne est en agriculture biologique depuis 1972, c'est-àdire avec le respect des sols, en utilisant des amendements organiques. La vendange, en partie manuelle est éraflée, vinifiée en macération ou traditionnellement avec contrôle des températures avec des faibles rendements (30 hl/ha). L'élevage de 1 à 2 ans en foudres de chêne, permet à leurs vins de développer et d'affiner les caractéristiques du terroir de Saint-Chinian. Pour les contacter: +33 4 67 89 65 38 ou labousquette@wanadoo.fr De Bâle à Pézenas Le Domaine du Bourdic à Alignan du Vent est dirigé par Hans Hürlimann et Christa Vogel, natifs de Bâle. Il y a douze ans, se promenant dans la région de Pézenas, ils ont eu le coup de fou-

dre pour le paysage des Côtes-de-Thongue. A l’origine, ils étaient musicien et compositeur, elle enseignait la musique aux enfants. Hans dut suivre une formation vini-viticole pour démarrer le domaine. Ils ont 16 ha en bio. Leurs origines de musiciens se ressent dans les noms des cuvées, Density, Octandre, l’Hortalesse et Zappa en l’honneur de Franck ! N’oubliez pas de déguster le merveilleux muscat et le 100% tempranillo. Pour les contacter : +33 4 67 24 98 08 ou info@domainebourdic.com. Importateur Gastro Gourmet à Grandvaux. Bernadette au pays des pièces jaunes et des croix blanches Bernadette Chirac, arrivée en calèche lundi 28 juin, a foulé le sol de la vigne à Farinet à Saillon (VS). L'ancienne première Dame de France a attaché les trois ceps appartenant au Dalaï Lama et reçu quelque 300 000 pièces jaunes de 5 centimes pour les enfants hospitalisés. Après avoir traditionnellement

tiré son coup de fusil, elle est repartie avec un chèque de quelque 15 000 francs. Les Rosés de l’été Frédéric Varone Vins SA encave le fruit de 70 hectares de vignes. La famille Varone a toujours été soucieuse d’utiliser des méthodes respectueuses de l’environnement et figure parmi les pionniers de la Production Intégrée. Représentant la 4e génération, Philippe Varone dirige, depuis 1990, l’entreprise familiale créée par son arrière grand-père Frédéric en 1900. Il vous présente sa Dôle Blanche Valremparts, Valais AOC 2009, cépages Pinot Noir 75% et Gamay 25 %. Un nez aux arômes de fraise mûre, fruits rouges, note orangée et cannelle. En bouche frais, fruité, joli gras, tanin léger et sensation fruitée. Contact : avenue Grand-Champsec 30, 1950 Sion 4(VS), 027 203 56 83. La Cave de Genève mise sur la pointe de la technologie, de manière à assurer pleinement une qualité haut de gamme. Dès lors, avec des installations avant-gardistes, elle perpétue la tradition séculaire des hommes de la vigne. Située à Satigny, la Cave de Genève vinifie la récolte de quelque cent vignerons, travaillant 400 hectares de vigne (30% du vignoble genevois) afin d’offrir une diversité de 18 cépages différents. La cave offre un merveilleux rosé, le Comédien, Rosé de Gamay de Genève AOC 2009, Le Comédien rend hommage à Michel Simon, cépage Gamay. Un nez à la belle palette d’arômes de fruits, framboise et groseille, belle persistance. En bouche, il est velouté à l’attaque, rond. Contact : rue du Pré-Bouvier 30, 1242 Satigny(GE), 022 753 11 33.

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Echo du terroir romand Arrière-petit-neveu de vigneron, descendant de la dynastie des Wuischpard, Philippe Bovet se découvre à 18 ans une affinité pour la vigne. Maître caviste, œnologue et viticulteur, il reprend l’ancien domaine viticole en 1992, situé à 450 mètres d’altitude sur la commune de Givrins, entre Jura et Lac Léman. Autodidacte et visionnaire, il cultive des vignes plantées dans les années 80 et produit désormais une vingtaine de crus différents. Pour rester encore un peu en vacances ce Méditerranée, Rosé de Gamay La Côte AOC 2009, Médaille d’Or Sélection des vins vaudois 2010, cépage Gamay. Un nez de délicats arômes de fraises des bois. Bouche vive, friande et fruitée. Finale de notes de fraises. Contact: La Cour, 1271 Givrins, 022 369 38 14. La maison Obrist & Cie, négoce en vins, a été fondée en février 1854 par Emmanuel Obrist. Son fils, Émile Obrist, lui a succédé à la direction de l'entreprise. Très tôt, Émile Obrist a également réalisé l'importance de posséder ses propres vignobles pour assurer la réputation de ses produits de qualité. Propriétaire de vignobles de renom tels que la Cure d'Attalens ou le Clos du Rocher. Aujourd'hui, la maison Obrist est propriétaire de 65 ha de vignes qui s'étendent depuis les vertigineuses terrasses de Lavaux, en passant par le Chablais, jusque dans le Valais central. La maison vous présente N°1-Cuvée E.Obrist, rosé de Garanoir et Gamaret, Vaud AOC 2009. Un nez au bouquet fruité de notes de cerise noire avec une touche poivrée. Bouche ample et onctueuse. Finale persistante et harmonieuse. Contact : avenue Reller 26, 1800 Vevey (VD), 021 925 99 25. Giroud Vins à Sion (VS) : une ascension phénoménale en Valais ! Dominique Giroud, en 1992, fête ses 21 ans. Il vient de terminer sa formation en œnologie à Changins. Dès sa sortie de l’école, le jeune homme s’associe avec son père François pour créer les vins F&D Giroud. Les associés possèdent un hectare et demi de vignes et n’ont pas d’outil de production. Un an plus tard, ils achètent une cave à Chamoson, qu’ils conserveront jusqu’à l’inauguration du complexe de Sion. En 2007, quinze ans après la création, Dominique Giroud est propriétaire de plus de 50 hectares de vignes. La maison vous présente la Dôle de Blanche qui est un rosé élaboré avec du Gamay et du Pinot Noir vieilles vignes pressés en blanc et dont les proportions respectent celles de la Dôle traditionnelle. Fraîche et vineuse, la Dôle Blanche conjugue harmonieusement charme, vivacité et structure. Contact : route de Nendaz 1, 1950 Sion 4(VS), 027 205 74 74 - info@giroud-vins.ch Recette pour mettre en valeur ces rosés Saumon cru au coulis de tomates Ingrédients pour 4 personnes : 500 g de saumon (d’Ecosse si possible) cru et coupé en lanières de 2 cm de largeur ; 4 tomates bien mûres ; 4 c. à soupe d’huile d’olive ; 8 feuilles de basilic ; sel et poivre du moulin. Pelez les tomates, épépinez-les puis passez-les au mixer avec www.expatria-cum-patria.ch

l’huile d’olive, et le basilic afin d’obtenir un coulis fin. Salez et poivrez, puis mettez au frigo pendant 1 heure en même temps que 4 assiettes de service. Au moment de servir, versez le coulis de tomates au fond des assiettes. Dressez par-dessus en étoile, les lanières de saumon. Salez et poivrez légèrement ces dernières et servez immédiatement. Rubrique à broc… de vin et vos sorties terroir à privilégier ! En septembre Vinéa à Sierre (VS) du 3 au 5, avec à la tête Elisabeth Pasquier une Française née dans le Sud-ouest, qui tient d’une main de fer la manifestation, et comme on sait que dans le vin, il y a 80% d’eau et que l’eau est ferrugineuse, c’est normal ! Vinéa aura cette année deux invités d’honneur, Tessin et Châteauneuf du Pape, mais aussi les Grands Crus du Valais, une vingtaine de producteurs membres de la charte Grain Noble ConfidenCiel avec les grands vins liquoreux du Valais de Petite Arvine, Amigne, Sylvaner, Ermitage, Pinot gris ou Païen. Seront présentes également l’Association Clos, Domaines et Châteaux, regroupant de prestigieuses propriétés vaudoises et l’Association Wine Chablais ainsi que d’autres regroupements régionaux. Infos : 027 456 31 44 ou info@vinea.ch La balade gastronomique à travers le plus haut vignoble d’Europe à Visperterminen (VS) le 12. Infos : 027 948 00 48, ou info@heidadorf.ch La Marche des Cépages de Sierre à Salquenen (VS) le 11. Infos : Guy Loye, président, 027 455 12 50 ou guy.loye@netplus.ch La Fête du Vin de La Neuveville (BE) du 10 au 12, pendant 3 jours (et 3 nuits !!!), vous pourrez déguster les vins de la région et les spécialités culinaires, écouter des concerts, faire la fête dans les différents stands, passer un bon moment et en finale le Grand Cortège avec plus de 500 figurants le 12 à 14 h 30. Infos: info@feteduvin.net Foire aux Saveurs et aux Vins de l’Arc à Moutier (BE) du 10 au 12. Infos : 078 395 10 21 ou info@forum-arc.ch La Route Gourmande à Chailly/Montreux (VD) le 12. Infos : 0848 868 484 ou info@montreuxriviera.com Fromages et Cîmes à Ovronnaz (VS) le 12 et 13. Infos : tél. 027 306 42 93 ou info@ovronnaz.ch La Balade Vins et Saveurs à Conthey (VS) le 18. Infos : 079 820 80 17 ou vinsetsaveurs@conthey.ch Le Temps du Cornalin à Flanthey (VS) le 18. Infos: 027 458 12 14 ou http://www.letempsducornalin.ch Le 2e Championnat Suisse des écaillers au Comptoir Suisse de Lausanne (VD) le 19. C’est une compétition de présentation d’un plateau de fruits de mer (huîtres, coquillages, crabe, langoustines, bulots, etc.) dans un temps imparti. Participation du Champion du monde d’ouverture d’huîtres, Marcel Lesoille, ces records doivent servir la reconnaissance du métier d’écailler et démontrer la facilité d'ouverture des mollusques sans se blesser et sans abîmer le produit. Info : Beaulieu Exploitation SA : 021 643 21 11 et Organisateur Championnat. Tél.: 026 677 08 90.

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Echo du terroir romand La Fête de la Saint Martin et du vin nouveau à Peissy (GE) le 6 novembre, avec le Domaine des Perrières partenaire officiel du Monde du Cirque Genève 2010 (http://www.mondeducirque.ch) qui a élaboré pour ces festivités deux vins. Fût n'en bulle, vin blanc, à partir de Chardonnay et de Sauvignon blanc, mûris en fûts de chêne et Le dompteur, vin rouge que Bernard Rochaix a assemblé avec du Merlot, Gamaret et Cabernet Sauvignon élevés en fûts de chêne. Infos OPAGE : 022 388 71 55 ou Domaine Les Perrières: 022 753 90 00.

En octobre et novembre Le Salon Goûts et Terroir à Bulle (FR) du 28 au 1er novembre. Infos : 026 919 87 57 ou http://www.gouts-et-terroirs.ch

Loèche les Bains pour les Gourmets ou son titre Leukerbad for Gourmets (VS), présente 23 chefs avec, chacun, en majorité, une entrée, un plat et un dessert. C’est une alliance entre les sensibilités des chefs de différentes origines, les produits du terroir Valaisan et l’ambiance de chaque lieu dans cette station de 67 km2, de presque 1 600 habitants à 1 398 m d’altitude. Les délices de la cuisine valaisanne sont accompagnés de vues idylliques du village. Contact: Weber AG Verlag Tél. 033 336 55 55 ou http://www.weberverlag.ch

Haute montagne et haute cuisine Histoires et recettes du Waldhotel Fletschhorn à Saas-Fee(VS). Le Fletschhorn existe depuis des millions d’années, et le Waldhotel depuis 100 ans. L’équipe actuelle est certes plus récente, mais elle compense sa jeunesse par une énergie débordante. Ce livre regroupe les meilleures recettes de Markus Neff, de l’escalope viennoise au chausson truffé Wellington, agrémentées d’anecdotes sur la région, ses habitants et la vie quotidienne au Fletschhorn. Contact : 027 957 21 31 ou Alain Barrière info@fletschhorn.ch

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a.barriere@romandie.com

Bagnes Capitale de la raclette au Châble (VS) le 25 et 26, aura pour invités la commune d’Ayent avec ses encaveurs, sa laiterie et ses alpages, ainsi que le Vacherin Fribourgeois. Défilé des reines Entremontantes titrées, de moutons, de chèvres, de chevaux, de poneys avec plus de 100 têtes de bétail. Infos : 027 776 16 82 ou http://www.verbier-st-bernard.ch La Fête des Vendanges du 25 au 27 à Neuchâtel (NE). Invité d’honneur La Béroche, dès le 28 août au soir, vous aurez le nom de la Miss Fête des Vendanges. Le vendredi, à 21 h 15 grand cortège de Guggenmusik et le dimanche à 14 h 30, grand cortège et corso fleuri sur le thème Evasion magique avec la nouvelle reine. Infos : 032 889 68 90 ou info@fete-des-vendanges.ch La Fête des Vendanges du 25 au 27 à Lutry (VD), le samedi à 14 h une régate nautique et un grand cortège à 15 h, le dimanche. Infos : contact@fetedesvendanges.ch Les 7e Swiss Cheese Awards auront lieu à Neuchâtel (NE) du 30 au 3 octobre, la fine fleur du fromage Suisse sera en effet à l'honneur, plus de 400 fromages seront en compétition. Du 1er au 3, des spécialités viendront de tous les cantons et seront sur le marché du fromage avec l’Office des Vins et Produits du Terroir de Neuchâtel avec les cors des Alpes et sonneurs de toupins. Le dimanche, il y aura le brunch campagnard des Femmes paysannes sur réservation (032 889 68 90), des présentations de bétail et initiations à la lutte suisse sur un vrai ring de sciure à la place des Halles. Infos : 031 390 33 33 ou info@cheese-awards.ch.

Quelques livres pour découvrir le Vin et la Gastronomie en Valais et plus loin Depuis 80 ans, le Jury des Prix de l'OIV récompense les meilleurs ouvrages écrits d'un volume important dont le contenu représente un apport scientifique, original (apport d'idées nouvelles et personnelles), pertinent et de portée internationale pour le secteur de la vigne et du vin. Cette année, le Jury des Prix de l'OIV, qui s'est réuni le 23 juin 2010, a attribué le Prix de l'OIV dans la catégorie Œnologie à : Le Vin Rosé sous la direction de Claude Flanzy, Gilles Masson, François Millo (France) Éditions Féret. Notons une présence suisse dans les auteurs Alain Gruas de Schenk SA à Rolle. Le Vin Rosé s'est vu décerner le prix mondial du meilleur livre sur le vin, lors de la remise des World Cookbook Awards en 2010.


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L'évolution aufildesâges QUE CE SOIT L'ÉVOLUTION, TRÈS LENTE, OU LE PROGRÈS, PLUS RAPIDE, CE SONT DES CHANGEMENTS QUE L'ON NE PEUT QUE CONSTATER, CE SONT DES MOUVEMENTS INÉLUCTABLES. e n'aurais pas la prétention de vous affirmer avec précision, ni avec conviction, quand et encore moins comment l'homme est arrivé sur terre ? Je laisse cela à ceux qui sont capables d'expliquer avec des arguments scientifiques auxquels ils sont les seuls à croire, avec une assurance déconcertante, ce qu'il est difficile pour ne pas dire impossible à démontrer. Comme tout le monde, je sais que l'histoire est basée sur des récits, sur des écrits, sur des preuves qui permettent à l'historien de décrire des périodes du passé, sans pour autant en avoir la certitude. La préhistoire, à défaut d'écrits ou de preuves irréfutables ne peut être que suppositions sur la base de découvertes, de constatations, et aujourd'hui d'analyses, mais qui devront subir une interprétation, ce qui nous éloigne encore de la réalité. On peut toutefois imaginer que le premier souci de l'homme a été de vivre et, pour cela, il a dû satisfaire à des fonctions vitales : respirer, boire et manger. Pour respirer, il a dû trouver l'endroit où l'air, le climat lui convenait, ce dernier étant sujet à changement, il a du continuellement s'adapter. Pour évoluer, grandir, se développer, se déplacer, il lui a fallu boire et manger, c'était là son plus grand souci, il a longtemps couru après la nourriture qu'il avait tantôt en abondance, tantôt en insuffisance, n'ayant ni méthode ni moyen de conservation. Il lui fallait aussi conserver, entretenir, protéger la chaleur de son corps simplement par le choix des habitats où il restait et par la vêture. Il a dû s'habiller ou plutôt se protéger, et ses "vêtements" étaient étroitement liés à

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L’association nourriturehabillement subsiste, différemment, les critères ne sont plus du tout les mêmes et pourtant, il a toujours tendance à s’habiller aussi bien qu'il se nourrit ou à se nourrir aussi mal qu'il s'habille.

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sa nourriture, il se couvrait avec les peaux de bêtes qu'il avait chassées, ou avec les fibres des végétaux dont il se nourrissait… Tout cela est bien loin de la nourriture d'aujourd'hui, qui, pourtant toujours essentielle, car on ne peut s'en passer, est devenu accessoire, banale. La peur du manque qu'il fallait éviter à tout prix, car il était fatale, a été remplacée, de nos jours, par le problème du trop que l'homme est incapable de gérer, et qui entraîne l'obésité. L'évolution s'est passée sur des centaines de milliers d'années, rien d'anormal qu'elle soit gigantesque et amène à faire des comparaisons presque grotesques. L'habillement, aujourd'hui, dépend essentiellement du pétrole, de la chimie et sa fonction protectrice, chauffante, rassurante, a pratiquement disparu, c'est la mode qui le gère, la technique permettant de chauffer et rafraîchir l'air ambiant. On ne peut que constater que toutes les valeurs fondamentales, qui ont permis à l'humain d'exister, ont disparu. Bien que pour l'homme du XXIe siècle, les fonctions de base soient restées les mêmes, qu'elles impliquent toujours le besoin de boire et manger, de conserver la température du corps, de se déplacer, aujourd'hui, dans la société de consommation dans laquelle nous vivons, tout se ramène à un critère : l'argent… seul le manque d'argent semble important. Les besoins, les plaisirs, l'utile, le futile, l'indispensable, l'inutile, qu'avons-nous comme valeurs aujourd'hui, notre société est, me semble-t-il, en perdition, chaque jour amenant son lot de preuves. Tout se mesure en argent, et si on commence à utiliser l'argent pour faire des comparaisons, on arrive à des résultats insensés, paradoxaux voire même aberrants.


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Quant au patron, propriétaire d'un trois étoiles, il serait ridicule de vouloir comparer son revenu avec ce qu'émarge un directeur de banque, qui n'a pourtant rien investi, qui se sert de l'argent des autres pour faire son métier, et dont les résultats, même négatifs, n'altèrent pas son salaire. Soyons réalistes, l'évolution est permanente et ne s'arrêtera pas, l'homme a traversé les âges, les siècles, l'association nourriture-habillement subsiste, différemment, les critères ne sont plus du tout les mêmes et pourtant, il a toujours tendance à s'habiller aussi bien qu'il se nourrit ou à se nourrir aussi mal qu'il s'habille. Au début, l'homme s'est rassemblé en horde, tribu, ethnie, peuplade, pour finalement former un pays, une nation, ou un état. La nourriture et l'habillement indis-

jjpoutrieux@bluewin.ch

Aujourd'hui, si vous allez manger dans un trois étoiles avec votre épouse, le montant de la facture va certainement être de loin supérieur à ce qu'un habitant du Bengladesh a pour se nourrir pendant une année. Et pourtant, si vous faites la comparaison qualité-prix, vous aurez payé moins cher que si vous étiez allés prendre votre repas chez le spécialiste du hamburger du coin en dégustant du coca light ! Les cuisiniers qui travaillent dans un trois étoiles sont loin de gagner ce que gagnent des employés de banque et pourtant, ils font deux fois plus d'heures de travail, autrement plus pénible.

Jean-Jacques Poutrieux

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pensables à la vie, soucis premiers de l'individu sont devenus, au fil du temps, des préoccupations nationales auxquelles l'industrie a pallier, qui maintenant fait partie de l'économie des pays. Certes, aujourd'hui, nous devons toujours nous habiller, nous vêtir, mais, pour l'usuel, le prêt-à-porter, bon marché, satisfait nos besoins. Nous devons aussi toujours manger, nous nourrir, mais comme la vie trépidante que nous menons ne nous permet plus de chasser, de paisiblement cueillir nos fruits, ou de cultiver nos légumes et souvent de les apprêter, elle ne nous en laisse plus le loisir, les fast-food, sandwicheries, et autres cafétérias, brasseries ont de beaux jours devant eux ! Pourtant lors d'un événement tel mariage, baptême, communion, anniversaire, etc., le prêt-à-porter ne suffit plus et nous sommes attirés par le sur-mesure, le magasin chic qui va nous adapter le costume, le smoking, le tailleur ou la robe longue. Et pour fêter, nous irons dans un lieu à la hauteur de l'événement, un restaurant où le chef nous présentera une carte somptueuse, ou nous concoctera un menu de fête. Nos habitudes n'ont plus rien à voir avec celles de l'histoire que nous connaissons, encore moins avec celles de la préhistoire que nous imaginons. Vivons notre époque, vivons notre temps, aujourd'hui nous avons tout à disposition, sachons l'apprécier. Afin que l'abondance ne se transforme pas en problème, essayez simplement de vous souvenir de deux règles : • Il faut manger de tout un peu, le corps ne prenant au passage que ce dont il a besoin. • Ne pas consommer plus que ce que l'on brûle, ainsi l'organisme n'a pas besoin de stocker et ne fabriquera pas de graisses superflus, qu'il est difficile d'éliminer. N


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No 30 France Magazine  

Le Magazine des Français établis hors de France N° 30 - Automne 2010

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