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N° 32 • Printemps 2011

> Spécial Genève  GENÈVE INSOLITE ET SECRÈTE  LE GRAND THÉÂTRE DE GENÈVE

Hommage JACQUELINE DE ROMILLY DANS LE JARDIN DES MOTS

Humanitaire HAÏTI, CONGO, SÉNÉGAL, NIGER LE CICR PRÉSENT

Rencontre CHRISTOPHE LAMBERT UN HOMME LIBRE


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Sommaire

Éditorial

N° 32 • Printemps 2011 Rencontre avec un petit tigre d’Asie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . P. 06 La saga d’une naturalisation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . P. 10 Le grand nivelage . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . P. 12 Espoir sur deux roues . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . P. 16 Un campement après le déluge. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . P. 18 Le coût de la faim . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . P. 21 Entreprise du Patrimoine vivant Vers l’excellence française du capital immatériel ? . P. 24 Le retour en France Un choc culturel inversé . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . P. 26 Obligations du banquier gérant de fortune . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . P. 30 Entretien avec Stève Gentili. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . P. 32 Petit lexique de la pensée unique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . P. 34 J’aimerais vous dire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . P. 36 La Voix des Français de l’Étranger . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . P. 39 Quand Culture et Passion riment avec Hostellerie et Francophonie . . . . . . P. 42 De la psychiatrie pour animaux. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . P. 44 Perdre du poids, pas la vie. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . P. 46 À l’écoute de Daniel Goepfert . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . P. 50 De Thucydide à Jacqueline de Romilly . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . P. 54 « La vie ? Le voyage vaut la peine d’être fait une fois ». . . . . . . . . . . . . . . . . P. 58 Images de la femme à la fin du Moyen Âge . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . P. 60 Pour mieux “voir” Genève . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . P. 66 Si le Grand Théâtre de Genève vous était conté ?. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . P. 68 Au Grand Théâtre de ce soir à juin 2011. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . P. 75 Christophe Lambert Un homme libre . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . P. 88 Tricentenaire de la naissance de Jean-Jacques Rousseau . . . . . . . . . . . . . . P. 96 La Marine est aussi présente sur la terre ferme . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . P. 100 Michel Rocard “Si ça vous amuse” . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . P. 102 Évolutions de la Vie Associative . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . P. 105

Expatria Cum Patria Association nationale des Français établis hors de France - Loi 1901 Président-Fondateur : Serge Cyril Vinet Vice-Président : Jean-Jacques Poutrieux Secrétaire Général : Marie-Thérèse Clausen

Éditeur, Directeur de la Publication, Rédacteur en chef Serge Cyril Vinet Rédacteur en chef Adjoint Didier Assandri Éditorialiste Thierry Oppikofer Directeur de la Communication Victor Nahum Directeur du Comité de Rédaction Bernard Daudier Edito, Hommage : Thierry Oppikofer Politique internationale : Antoine Frasseto Société : Jacques Neirynck Humanitaire : Inah Kaloga, Katharina Schindler, Ricci Shryock Conjoncture : Marie-Ange Andrieux France Monde Mobilité : Françoise Delagrave Droit bancaire suisse : Patrick Blaser Entretien avec…, J’aimerais vous dire, Hommage : Serge Cyril Vinet Carte Blanche : Jacques-Michel Tondre Rencontre : Khouyibaba Larbi Animaux : Dounya Reiwald Santé prévention : Jean-Jacques Descamps À l’écoute… : Didier Assandri Le billet de Dany : Dany Vinet Exposition : Corinne Charles Genève : Christian Vellas Carnets de voyage : Kathereen Abhervé Tricentenaire de la naissance de Jean-Jacques Rousseau : Rémy Hildebrand Chronique littéraire : Dominique Ortiz Société : Jean-Jacques Poutrieux Régie publicitaire Daedalus Publi FM Imprimerie PCL Presses Centrales SA

ans notre conception démocratique moderne, le pouvoir est délégué par le peuple aux élus, et le droit légitime de manifester ne saurait Thierry Oppikofer se muer en gouvernement par la rue. L’Etat peut et doit maintenir l’ordre public, au besoin en faisant un usage proportionné de la force, sa compétence régalienne. Naturellement, les révolutions qui ont agité un certain nombre de pays au cours de l’histoire, singulièrement celles de 1789 en France, et de 1917 en Russie, paraissent aujourd’hui légitimées à titre rétrospectif, puisque l’on n’imagine pas aujourd’hui une France monarchique ou une Russie tsariste (encore que…). En somme, chacun admet qu’il y ait de bonnes raisons de descendre dans la rue, d’exprimer sa colère, de renverser les tyrans. A cet égard, M. Ben Ali en Tunisie ou M. Moubarak en Egypte ont vite trouvé dans notre monde politico-médiatique autant d’ennemis déclarés qu’ils avaient, hier, de quasi-courtisans. Admettons que les temps aient changé, et qu’on n’est plus à l’époque où des régimes comme ceux du bloc de l’Est réprimaient les velléités de liberté sans que l’Occident bouge (Berlin 1953, Prague 1968, etc.). Reste à espérer que si les choses tournent mal du côté de Tunis ou du Caire, les démocraties sauront aussi protester contre les probables excès de ces islamistes qu’on nous décrit aujourd’hui comme « modérés et paisibles ». Mais qu’en est-il du pouvoir de la rue chez nous ? Les grèves à répétition d’une part, la multiplication des exactions commises par des casseurs d’autre part, montrent que même nos systèmes policés dans tous les sens du terme peuvent parfois s’enrayer et la violence urbaine s’épanouir. L’ennemi des “musclés”, ce sont les réformes, les riches, l’OMC, la hausse des tarifs administrés, le Forum de Davos, le Bal de l’Opéra, que sais-je ? Avant de faire la morale aux pays moins démocratiques que les nôtres, observons par exemple le niveau de déficit public de l’Hexagone, bombe à retardement génératrice potentielle de futures colères démonstratives. On ne manquera pas, alors, d’occasions de donner l’exemple d’une maîtrise complète, digne de gentlemen, de la situation. N

Conception graphique Raphis Tirage : 80.000 exemplaires vérifié par attestation notariale

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Uneruetrès fréquentée


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Rencontreavecun

petittigred’Asie

La fameuse Baie de Ha Long.

SUR LE GRAND THÉÂTRE DU MONDE, L’ASIE EST ENTRÉE EN SCÈNE. PAS DE SEMAINE, POINT DE JOUR SANS ENTENDRE PARLER DE LA CHINE, SANS CROISER DANS NOS COLONNES EXPERTS, ANALYSTES, PRÉVISIONNISTES, PROPHÈTES DE MALHEUR QUI DISSERTENT SUR L’INEXORABLE DÉCLIN DE L’OCCIDENT, LE BASCULEMENT DE LA RICHESSE ET DE LA PUISSANCE VERS LES GRANDES MÉGAPOLES DE L’EXTRÊMEORIENT. CE QUI A LONGTEMPS NOURRI LES RÊVERIES EXOTIQUES D’ÉCRIVAINS VOYAGEURS INSPIRE AUJOURD’HUI DE NOIRS FANTASMES SUR LE THÈME CHER À PAUL VALÉRY : « NOUS AUTRES CIVILISATIONS, NOUS SAVONS MAINTENANT QUE NOUS SOMMES MORTELLES ». e qui suscite la crainte des vieilles nations d’Europe et l’appréhension des Etats-Unis donne une belle assurance aux leaders des pays d’Asie. « Selon toute vraisemblance, le XXIe siècle sera asiatique » a fait savoir au dernier forum de Davos le président indonésien. L’ambition est là, poussée par un formidable appétit de biens matériels, une énergie sans mesure, une confiance éperdue dans l’avenir. Comme si l’optimisme, qui a habité pendant longtemps les sociétés occidentales, et leur foi dans le progrès, avaient désormais changé de camp. N’a-t-on pas appris au fil d’un récent sondage que les Français, pour près des deux tiers, voyaient le futur sous un jour sombre ? Et où se loge, dans l’éventail des pays

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sondés, le comble de l’optimisme ? Au Vietnam, dont la population, à 70%, se déclare confiante dans l’avenir. Ce résultat peut laisser perplexe, s’agissant d’un pays où règne encore une dure contrainte dans l’exercice des droits de l’homme, où n’existe ni parti d’opposition ni syndicat, où le moindre écart par rapport à l’idéologie officielle conduit à « l’internement administratif », qui est l’assignement à résidence, et souvent à la prison. Une question incorrecte vient à l’esprit : la liberté politique est-elle nécessaire au bonheur des peuples, si, par ailleurs, on a décidé de les laisser s’enrichir ? On est forcé d’y songer quand on parcourt un pays qui ressemble à une ruche immense dont les abeilles sont sorties dès l’aube et bourdonnent jusque tard dans la nuit. Justement, dans la nuit survoltée de Ho Chi Minh Ville, que ses habitants (ils sont aujourd’hui plus de 7 millions) continuent d’appeler Saïgon, entre les publicités insolentes de Chanel et de Versace ornant les murs de verre de


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gratte-ciel flambant neufs, au-dessus du flot incessant des scooters qui ont désormais remplacé les vélos (il y en a ici près de 5 millions !), on voit briller sur fond rouge la faucille et le marteau et flotter des banderoles couvertes de slogans. Si vous demandez à votre guide ce qui est écrit sur ces oriflammes, il vous dira qu’il n’a pas le temps de les lire, trop occupé à faire son métier (et d’ailleurs ajoutera-t-il tout bas en confidence, les gens s’en fichent…) Fin janvier s’est tenu dans la capitale le 11e Congrès du Parti Communiste, un événement quinquennal qui, au-delà des incantations rituelles sur les vertus du marxisme-léninisme, sur la pensée de l’Oncle Ho et sur la marche vers le Socialisme, a offert l’occasion de faire le point sur la situation du pays et sur ses orientations pour demain. Force est de constater l’immobilisme politique du régime, solidement muré dans ses dogmes et dans son appareil, et où l’on cherche en vain des signes de relâchement (ces jours-ci, un ancien cadre local du parti tombé en dissidence a écopé de huit ans de détention pour « propagande antigouvernementale » : il s’était livré sur Internet à des commentaires critiques sur un contentieux foncier opposant des citoyens à l’Etat).

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Mais le Congrès a surtout servi de tribune à des comptes-rendus éloquents sur les progrès accomplis dans le champ économique et social. Si le taux de croissance, sous l’effet de la crise mondiale, a fléchi en 2009, c’est pour afficher un taux enviable de 5,3%. Et l’an dernier, la croissance a retrouvé son rythme de croisière, qui a été, depuis 10 ans, supérieur à 7%, faisant du pays, derrière la Chine, l’un des plus dynamiques de la région. Cette croissance est en partie alimentée par les investissements étrangers dont le Vietnam est, après la Chine, le premier bénéficiaire en Asie, preuve de la confiance qu’il inspire dans les milieux internationaux. Instauré en 1986, le doi moi, le renouveau, a porté ses fruits, et prouvé la vertu d’une recette inventée dans l’empire voisin, l’économie de marché à orientation socialiste, avec ses ingrédients : fin de la collectivisation des terres, création d’un secteur privé désormais prédominant, l’Etat ne conservant qu’un rôle de pilotage et d’encadrement de l’économie. Troisième exportateur de riz, second producteur de café, le Vietnam entend mener tambour battant une politique de développement qui, tout en préservant l’agriculture, vise à une large industrialisation. Mais les défis à relever sont immenses : avec près de 90 millions d’habitants dont plus de la moitié a moins de 30 ans, le pays voit arriver chaque année un million de jeunes sur le marché du travail. Le taux élevé de croissance soutenu ces dernières années a permis de faire face à cet afflux de main-d’œuvre par des créations d’emplois massives. Celles-ci doivent s’accompagner d’une politique active de formation, apte à faciliter l’entrée de jeunes peu qualifiés dans une économie en rapide mutation. Pays naguère rangé parmi les plus pauvres, le Vietnam s’enrichit. Mais cet enrichissement creuse l’écart entre les campagnes où les paysans restent courbés au bord des rizières et les villes où pointe le luxe tapageur des nouveaux nantis. Le pouvoir est conscient de cet autre défi et résolu à introduire plus d’équité dans l’irruption du bienêtre. Il a pris aussi conscience des menaces qu’un développement à bride abattue fait

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moyens de les contenir. Un autre succès indiscutable de la politique menée depuis la réunification du pays réside dans sa pacification, au lendemain du douloureux épisode des boat people, et dans son intégration dans la communauté des nations. Au plan régional, après l’isolement consécutif à l’intervention au Cambodge, le Vietnam a trouvé sa place. Membre depuis 1995 de l’Association des nations du sud-est asiatique (ASEAN) dont il a exercé la présidence en 2010, il est entré trois ans plus tard dans la Communauté économique Asie-Pacifique (APEC). Avec la Chine, l’ancien suzerain, l’allié pendant la guerre d’indépendance, puis l’adversaire face au Cambodge, les rapports restent empreints de méfiance, sous-tendus par des revendications de souveraineté en Mer de Chine méridionale (sur les îles Paracels et Spratleys). Mais Pékin reste un modèle et son influence est incontournable. L’entrée du Vietnam à l’OMC en 2007 a parachevé son intégration internationale. Une politique extérieure animée par un esprit de réconciliation et de coopération tous azimuts a conduit à des relations confiantes et fructueuses avec l’ennemi d’hier, les Etats-Unis, aujourd’hui premier client et 3e investisseur. Rendue possible par la levée de l’embargo américain en 1994, scellée par la visite du président Clinton en 2000, la normalisation a dû surmonter des contentieux hérités de la guerre : recherche obstinée par Washington des disparus pendant les combats, réclamation des victimes vietnamiennes de « l’agent orange », le défoliant hautement toxique déversé sur les forêts et les villages au cours de hostilités - des séquelles qui n’ont pas fait obstacle à un rapprochement. Enfin l’ouverture au monde extérieur doit beaucoup au développement spectaculaire du tourisme, qui a amené l’an dernier plus de 5 millions d’étrangers (principalement asiatiques, mais aussi américains et européens) à découvrir un pays gorgé de beautés naturelles et de monuments et à l’hospitalité légendaire. On aborde ce pays chargé de souvenirs nostalgiques ou douloureux, l’esprit occupé par les malheurs qui l’ont accablé dans le dernier demi-siècle : ultimes et cruelles péripéties d’une histoire jalonnée d’é preuves, où se lit le combat millénaire du Vietnam

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pour affirmer son identité et sauvegarder son indépendance. Libéré de dix siècles d’occupation chinoise, émancipé de cent ans de colonisation française, un moment courbé sous le joug japonais, jadis victorieux des khmers, des Mongols et hier encore de l’énorme puissance américaine, ce pays au long et riche passé semble avoir aujourd’hui une grande confiance en son destin. On quitte ainsi une terre désormais en paix avec elle-même et avec le monde, tournée résolument vers l’avenir, et qui témoigne de l’inflexible volonté d’un peuple à survivre et à aller de l’avant. N

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antoine.frasseto@sfr.fr

>> courir à l’environnement et cherche les

Antoine Frasseto ANCIEN AMBASSADEUR DE FRANCE ET CONSUL GÉNÉRAL DE FRANCE À GENÈVE


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Lasagad’une

naturalisation

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Le baptême de la République n'était ni celui de l'eau, ni celui du sang, ni celui du feu, mais celui du papier, le seul qui sacre l’authentique électeur français.

A peu près Français Né Belge sans l’avoir choisi, un heureux hasard voulut que j'épouse une Française. Dans la corbeille de mariage, la République, bonne fée, avait glissé un cadeau imprévu, la possibilité de me naturaliser Français, ce que je choisis de faire séance tenante. Le consul adjoint de Lausanne me fit endosser la nationalité française au terme d'un discours dont j'admirai la sobriété et le bon goût : « Signez là ! » Ce n'était pas plus difficile que cela de devenir le citoyen d'un État prestigieux. Je fus aussitôt versé dans la réserve de l'armée française, avec un ordre de route pour le dépôt de Perpignan en cas de conflit. J'adore cette ville, le climat est excellent et la distance par rapport au front maximale. Hélas ! Je fus privé par ma belle-famille d'une prérogative essentielle du citoyen : le droit de critiquer le gouvernement. Un Français par naturalisation ne peut médire d'un ministre, de droite ou de gauche, sans se faire rappeler à l'ordre. La liberté pleine et entière de parole n'est accordée qu'à la seconde génération. La lecture du Canard Enchaîné, réservée au Français de souche, me fut interdite. Malgré ce contretemps mineur, je couvais des yeux mon livret de famille, mon passeport, ma carte d'immatriculation au consulat français de Lausanne, tous ces signes extérieurs de mon appartenance à un véritable État. Le pullulement de ces documents me remplissait d'une certaine joie. Malencontreuse vanité, dont je fus vite puni. Le baptême de papier Un jour, on me sollicita d'occuper une fonction d'administrateur dans une société de droit français et on me demanda une photocopie de ma carte d'identité. Cela avait l'air tout à fait normal. Tellement que je donnai négligemment un coup de téléphone au consulat français afin qu'il me procure cette carte d'identité en sus de mon passeport, de mon livret de famille et de ma carte d'im-

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matriculation. Avec ce document supplémentaire, je me sentirais encore un peu plus français. En fait, je ne l'étais pas du tout. Avec un air faussement contrit, le consul m'apprit que seule comptait la carte d'identité. Un passeport ne suffisait pas pour être français ou pour obtenir une carte d'identité. Un passeport ne possédait pas plus de valeur probante qu'un billet de chemin de fer. C'était au mieux une présomption de nationalité française, pas une preuve. Il ne suffisait donc pas que j'aie opté pour la nationalité française en présence du consul de France. En tant que fonctionnaire, il n'avait pas le droit de s'en souvenir : ces plages d'amnésie sélective provenaient des servitudes de sa fonction. En revanche, il retrouverait tout de suite la mémoire si j'exhibais une attestation de nationalité française que seule pourrait me délivrer une administration, sise à Nantes, qui recense tous les Français de l'étranger et à laquelle le consulat de Lausanne avait transmis mon dossier. J'écrivis donc à Nantes pour obtenir cette attestation. Au bout de six semaines, je reçus en retour un formulaire, muni d'une signature prudemment illisible, selon lequel il me fallait fournir un certificat de nationalité, délivré par le consulat où j'étais immatriculé avant de recevoir en échange une attestation de Nantes. Je me rendis à nouveau au consulat de France à Lausanne pour obtenir ce certificat. Le consul me répondit qu'il pourrait me le procurer uniquement au vu de ma carte d'identité, celle pour laquelle précisément je demandais l'attestation à Nantes. La situation paraissait sans issue. J'en fis l'observation au consul qui me félicita chaudement pour avoir ainsi découvert, par moi-même, un des cercles vicieux du droit administratif français. « C'est un tuyau lors des examens dans toutes les Facultés de Droit. Vous auriez pu devenir juriste. Bravo pour votre esprit d'observation. » Comme je ne tenais pas à me spécialiser en


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droit administratif mais à devenir vraiment citoyen français, je lui demandai comment sortir dudit cercle vicieux. Avec un fin sourire, le consul me communiqua la recette que je n'aurais certainement pas découverte tout seul : il fallait que je me rende au tribunal d'instance le plus proche, c'est-à-dire Annemasse, en territoire français, pour obtenir, au vu de mon passeport, réputé nul, un acte de nationalité française. En présentant au consul cet acte, sans aucune valeur en lui-même d'ailleurs, il pourrait me rédiger un certificat. Celui-ci transmis par mes soins à Nantes m'obtiendrait une attestation de nationalité. Et sur présentation de celle-ci, le consulat me délivrerait une carte d'identité. Je m'extasiai devant la subtilité du processus. Un papier sans valeur aucune, le passeport, engendrait un acte, qui donnait naissance à un certificat, qui garantissait une attestation, qui se muait en carte d'identité. Le géniteur de la carte était bien le passeport mais à la quatrième génération. A chaque étape, le papier prenait une consistance croissante. Seul un véritable citoyen français était qualifié pour comprendre la procédure et susceptible de persévérer à travers ce parcours du combattant. Le baptême de la République n'était ni celui de l'eau, ni celui du sang, ni celui du feu, mais celui du papier, le seul qui sacre l'authentique électeur français. Animé d'une saine méfiance, je téléphonai au tribunal d'Annemasse pour savoir de quels documents il convenait que je me munisse pour obtenir l'attestation qui déclencherait le processus. La téléphoniste m'apprit, d'une voix outrée, qu'il n'était pas question de divulguer ce renseignement à distance et qu'il fallait que je me présente en personne au tribunal pour l'obtenir. Comme j'objectai timidement que cette procédure mesquine m'imposerait deux aller-retours Lausanne-Annemasse, la communication fut coupée par le claquement sec d'un com-

jacques.neirynck@epfl.ch

Société

Jacques Neirynck CONSEILLER NATIONAL PROFESSEUR HONORAIRE À L’ECOLE POLYTECHNIQUE FÉDÉRALE

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biné reposé sans ménagement. Je partis sur le sentier de la guerre, muni de tous les documents possibles et imaginables. Arrivé à Annemasse, j'abordai la téléphoniste qui s'occupait par ailleurs de la réception et qui jouissait aussi de la prérogative de m'accorder l'attestation. Ses pouvoirs paraissaient sans limites : apparemment, les juges, s'ils existaient, ne jouaient dans ce tribunal qu'un rôle supplétif. D'une voix rogue, cette personne, essentielle pour ma véritable naturalisation, me récita la liste des documents que je devais produire. A sa consternation, je les exhibai tous. Rageusement, elle empoigna une machine à écrire, modèle 1900, et commença à compléter un formulaire en utilisant prudemment deux doigts, sans doute pour ne pas user les autres. Quand la rédaction du document fut terminée, d'un geste ample, elle l'enferma dans un tiroir qu'elle verrouilla à clé. - Et mon attestation ? demandai-je faiblement. - Vous ne voulez tout de même pas que je vous confie l'original ? me demanda-telle d'un ton scandalisé. - Je demande simplement deux copies. - Deux ! s'exclama-t-elle devant cet accès de prodigalité. Cela vous coûtera deux francs par photocopie. J'admis ce prix et l'attestation sortit de son tiroir pour être photocopiée. Le prix de cette ultime démarche s'élevait à quatre francs. Je produisis une pièce de dix francs. La préposée n'avait pas de monnaie et elle serra farouchement les documents contre sa maigre poitrine : à ce stade de la procédure, certains clients antérieurs les lui avaient sans doute arrachés à bout d'exaspération. En fin de compte, un bistro voisin consentit à me rendre quatre pièces d'un franc contre ma pièce de dix francs et la dégustation d'un quart Vichy. Là, et nulle part ailleurs, réside l'insondable génie du peuple français : à tous les coups, le gargotier pallie les défaillances de l'énarque. N


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Legrand nivelage AVEC LA CATASTROPHE URBAINE MASSIVE QUI FRAPPE DE PLEIN FOUET LA CLASSE MOYENNE D'HAÏTI, LA NOTION DE VULNÉRABILITÉ PREND UN SENS NOUVEAU. peine descendue du véhicule tout-terrain de la Croix-Rouge, je suis assaillie par des personnes brandissant leur CV. Je suis de retour à Tabarre Issa,un camp ouvert par le gouvernement aux portes de la capitale, Port-au-Prince, où travaillent de nombreuses organisations humanitaires. En parcourant ces CV parfaitement présentés - informaticiens, infirmières, réceptionnistes, enseignants -, une chose me frappe : combien il est facile de tout perdre dans une catastrophe naturelle, et combien il est difficile de reprendre pied ensuite. L'un des CV est particulièrement parlant.

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Trois pages, rédigées dans un français élégant, prient le destinataire de bien vouloir considérer la candidature de Manes Barthelemy, un pasteur de 38 ans, ancien principal d'une école religieuse. « Je m'occupais d'une ONG (organisation non gouvernementale) qui aidait les enfants défavorisés, mais maintenant, c'est moi qui dépends des ONG présentes ici pour avoir de l'eau, un toit et des soins de santé », explique-t-il, exhibant une enveloppe de photographies de son ancienne vie, quand il avait une maison, un emploi et un statut. « J'ai perdu tous mes repères. Je ne connais personne dans ce camp, et je ne sais pas comment faire pour sortir de ce cauchemar et pouvoir à nouveau nourrir ma famille. » Plus de six mois après le séisme qui a fait quelque 300 000 morts et rasé 100 000 maisons, les membres de ce qui était la classe moyenne d'Haïti sont devenus les nouveaux

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Manes Barthélémy, que l’on voit ici entouré de sa famille dans le camp de Tabarre Issa, à Port-auPrince, était principal d’une école religieuse avant le tremblement de terre. Photo Benoît Matsha-Carpentier/FICR


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J’ai perdu tous mes repères. Je ne connais personne dans ce camp, et je ne sais pas comment faire pour sortir de ce cauchemar et pouvoir à nouveau nourrir ma famille.

MANES BARTHELEMY, 38 ANS, PASTEUR ET ANCIEN PRINCIPAL D'UNE ÉCOLE RELIGIEUSE

Odette Mednard, couturière et propriétaire d’un petit magasin d'alimentation, a perdu presque tout son stock et de nombreux clients dans le tremblement de terre. Elle relance maintenant son commerce tout en aidant d'autres concitoyens, grâce à un programme de microcrédit soutenu par la Croix-Rouge américaine. Photo : Talla Frankel/Croix-Rouge américaine

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pauvres dans ce pays en proie à une immense pauvreté. La classe moyenne a toujours représenté ici une proportion réduite de la population (15% environ), au statut fragile ; le terme désigne une gamme étendue de personnes (depuis les propriétaires et gérants de petites entreprises jusqu'aux administrateurs, médecins, avocats et propriétaires de maisons) disposant de revenus réguliers, même s'ils sont parfois modestes. Toute cette population a bien du mal aujourd'hui à survivre. « On nous a oubliés », s'exclame Antoine Petit, 48 ans, père de deux enfants et propriétaire d'une affaire d'import-export disparue lors du tremblement de terre. « Ma maison doit être démolie, mais le gouvernement ne nous verse aucun dédommagement : comment reconstruire ma vie ? » Antoine loue quelques chambres sordides, sans eau courante, chez un ami. Même si son quartier ressemble aujourd'hui à Beyrouth aux pires moments de la guerre civile, il préfère, comme bien d'autres Haïtiens de la classe moyenne dans sa situation, vivre dans un quartier qu'il connaît. Selon Kesner Pharel, économiste local et consultant en gestion, « la classe moyenne est la plus mal lotie aujourd'hui en Haïti. Ces gens avaient investi tout ce qu'ils avaient dans leur logement, et ils ont tout perdu. Les classes aisées ont l'argent nécessaire pour se relever, et bon nombre des pauvres, qui n'avaient rien avant le séisme, pas même une maison, sont plus accoutumés à l'adversité. » La vulnérabilité, revue et corrigée Les organisations humanitaires ont pour spécialité d'aider les personnes les plus vulnérables : les familles monoparentales, les familles nombreuses, les handicapés et les personnes âgées. Les catégories, cependant, dépendent du contexte, et en Haïti, où le Mouvement est confronté à la plus grande catastrophe urbaine qu'il ait connue, la notion de vulnérabilité change de sens. « Ce séisme a bouleversé ma vision de la vulnérabilité, explique Michaële Gédéon, présidente de la Société nationale de la Croix-Rouge haïtienne. En quelques secondes, la classe moyenne a vu son univers réduit à néant. Fonctionnaires, avocats, médecins, hommes d'affaires, ont perdu leur statut social du jour au lendemain. J'ai compris qu'une personne qui hier encore n'était

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Humanitaire >> pas perçue comme vulnérable pourrait le

devenir demain. » Dans la période qui suit une catastrophe naturelle, chacun, riche ou pauvre, est considéré vulnérable et a droit à une assistance humanitaire ; mais quand la phase de reconstruction commence, les organismes d'aide doivent prendre des décisions difficiles pour utiliser au mieux leurs ressources limitées. Traditionnellement, elles consacrent l'essentiel de leurs efforts aux plus vulnérables ; or, en Haïti, l'ampleur de la catastrophe urbaine suscite une nouvelle manière de voir. Oxfam a ouvert des cantines communautaires et lancé des programmes “travail contre rémunération”, deux recettes éprouvées au début d'une phase de reconstruction, mais l'organisation verse aussi des fonds, pour la première fois, à des corps de métier tels que soudeurs, maçons et plombiers, et elle offre aux propriétaires d'épiceries un accès au microcrédit. « La plupart des organisations aident les plus démunis », affirme Philippa Young, experte en moyens de subsistance pour Oxfam en Haïti. « On ne crée ni emplois, ni possibilités économiques de cette manière. Il ne faut pas se contenter d'aider les gens à survivre. » Les travailleurs et les représentants de la classe moyenne qui ont cette volonté d'entreprendre et de mettre la main à la pâte bénéficient de projets qui leur donnent accès au crédit. La Croix-Rouge américaine a donné 8,2 millions de dollars à Fonkaze, la plus grande institution de microcrédit du pays, et aide ainsi plus de 200 000 personnes à créer de petites entreprises. Odette Mednard, couturière et propriétaire d'un petit magasin d'alimentation, a perdu la majeure partie de son matériel dans le tremblement de terre, mais aujourd'hui son entreprise se développe. « Mon mari était maçon, mais il n'a pas de travail depuis six mois. C'est moi qui fais vivre la famille à présent. Sans Fonkaze, tout serait fini. » Retrouver un salaire Les experts de la reconstruction soulignent que les programmes axés sur les moyens d'existence sont généralement centrés sur l'aide aux entrepreneurs, pour qu'ils redémarrent ou lancent des entreprises ; il ne s'agit pas de rendre aux membres de la classe moyenne leurs emplois de fonctionnaires, de médecins ou d'avocats.

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Antoine Petit, assis devant les ruines de sa maison de trois étages, avait une entreprise d’import-export. Cet entrepreneur de 48 ans est aujourd’hui prêt à accepter n’importe quel petit emploi. Photo : Tina Stallard/CroixRouge américaine

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On nous a oubliés. Ma maison doit être démolie, mais le gouvernement ne verse aucun dédommagement : comment reconstruire ma vie ?

ANTOINE PETIT, 48 ANS, PÈRE DE

DEUX ENFANTS ET PROPRIÉTAIRE D’UNE AFFAIRE D’IMPORT-EXPORT DISPARUE LORS DU TREMBLEMENT DE TERRE.

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Toutefois, en Haïti, on s'efforce de faire en sorte que ceux qui ont toujours un emploi continuent au moins à toucher un salaire. « Nous nous sommes associés avec Partners in Health (une ONG américaine), et nous dépensons 3,8 millions de dollars pour payer les salaires de plus de 1800 médecins, infirmiers et autre personnel haïtien, dont bon nombre n'avaient pas été payés depuis avant même le séisme, dans le plus grand hôpital public de Port-au-Prince », explique Julie Sell, porte-parole de la Croix-Rouge américaine en Haïti. Les organismes de secours, cependant, le disent sans ambages : après une catastrophe urbaine de cette ampleur, leur action a des limites. Pour Philippa Young, « Haïti a besoin d'un immense effort de reconstruction, pour remettre sur pied les fabriques, l'industrie, les infrastructures. Tout cela dépasse de loin les capacités d'Oxfam et de la communauté des ONG. » C'est au gouvernement haïtien, avec l'aide des donateurs internationaux, de placer résolument le pays sur la voie du relèvement. Le premier ministre Jean-Max Bellerive, qui préside la Commission intérimaire pour la


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Humanitaire reconstruction d'Haïti aux côtés de Bill Clinton, est convaincu que la classe moyenne mérite davantage d'attention. « Tout le monde veut agir dans les camps, pour aider les plus pauvres, explique-t-il. Mais cela ne changera rien en Haïti. Une fois que l'on aura dépensé deux ou trois milliards de dollars, nous ne serons guère plus avancés qu'au soir du 11 janvier, une perspective qui n'enchante personne. » Un coup terrible Avant même le séisme, les membres de la classe moyenne n'avaient guère la vie facile. De nombreux représentants de cette minorité économique avaient fui l'instabilité politique du pays pour chercher un travail à Paris, New York, Miami ou Montréal. Depuis la catastrophe, l'exode se poursuit ; bien des membres de ce groupe ont rejoint leur famille élargie à l'étranger avec leurs enfants. « II faudra des années, sinon des générations, avant que la classe moyenne ne retrouve tout ce qu'elle a perdu dans le tremblement de terre, affirme l'économiste

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Mon mari était maçon, mais il n'a pas de travail depuis six mois. C'est moi qui fais vivre la famille à présent. Sans Fonkaze, tout serait fini.

ODETTE MEDNARD, COUTURIÈRE ET PROPRIÉTAIRE D'UN PETIT MAGASIN D'ALIMENTATION

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Kesner Pharel. C'est un coup terrible pour Haïti, car ces personnes sont essentielles pour le relèvement du pays. » De nombreux membres de la classe moyenne vont tirer parti de la reprise de la construction, soit grâce à un emploi dans le secteur, soit en retrouvant leur ancien travail une fois que les écoles, les hôpitaux et les bureaux auront été reconstruits. Dans l'intervalle, cependant, s'ils n'ont pas pu créer leur entreprise, il leur reste l'option de trouver du travail auprès des organisations humanitaires. Les CV que j'ai recueillis dans les camps ont été transmis au responsable des ressources humaines de la FICR en Haïti. Aujourd'hui, Antoine Petit a un contrat de traducteur à court terme auprès de la Croix-Rouge britannique, et Manes Barthelemy donne des cours privés de français et de créole au personnel du camp de base de la Croix-Rouge à Port-au-Prince. « C'est un début, et ça me permet de retrouver un peu de dignité, dit Manes Barthelemy, mais ce que je voudrais par-dessus tout, c'est retrouver ce que j'ai perdu. » N


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Espoir surdeuxroues DANS UNE RÉGION ISOLÉE DE LA RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO EN PROIE À LA GUERRE, LES CONVOIS DE CAMIONS ET DE MOTOCYCLETTES NE PEUVENT S'AVENTURER SUR LES CHEMINS DE MONTAGNE RAIDES, BOUEUX ET TORTUEUX. LA DISTRIBUTION DES SEMENCES ET DES ARTICLES DE MÉNAGE AUX FAMILLES DÉPLACÉES SE FAIT DONC PAR LE MOYEN LE PLUS EFFICACE À DISPOSITION : LA BICYCLETTE.

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imon est en nage. Il s'arrête un instant pour boire une gorgée d'eau et voit d'autres cyclistes le dépasser. L'un d'eux lui lance : Tufagnengufu ! (courage en swahili). Simon les regarde en souriant et se lance à leur poursuite, pas aussi vite qu'il le souhaiterait étant donné le terrain accidenté et la charge qu'il t ransporte. Il est pourtant bien déterminé à ne pas être le dernier au point de ralliement ce soir. Contrairement aux apparences, Simon et ses compagnons ne participent pas à une course cycliste. Ils font partie d'un peloton de mille cyclistes qui sillonnent le district de la Tshopo dans le cadre d'une opération d'assistance du ClCR et de la Croix-Rouge de la République démocratique du Congo (RDC) en faveur des populations d'Opienge.

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Il y a des endroits où Papa Noël vient en traineau ; chez nous, il a envoyé mille vélos d’espoir.

Terrain accidenté La Province orientale (nord de la RDC) est connue pour la luxuriance de sa nature et la beauté de ses paysages. « C'est vrai que c'est beau, mais regardezmoi ce chemin, maugrée Simon : pour ne pas se blesser et arriver entier, il faut regarder le sol, pas garder la tête en l'air comme un touriste. » L'insuffisance et l'état de délabrement des routes signifie qu'il faut parfois des jours, voire des semaines, pour acheminer biens de nécessité courante, vivres ou médicaments. Seuls les “tolékistes” (du lingala toleka, qui signifie “passer”), ces cyclistes professionnels, parviennent à se faufiler dans ce dédale de routes impraticables. Ce défi de tous les jours vient s'ajouter à l'instabilité chronique de la région. La forêt avoisinante a accueilli, au fil des années, de nombreuses familles apeurées, jetées hors de chez elles par la violence et le conflit armé qui oppose les forces armées nationales à plusieurs groupes armés. On estime à plus de 50 000 le nombre de personnes affectées, dans la région, par ce conflit dont on parle peu. Certaines d'entre elles ont dû quitter leurs villages et ceux qui sont restés ne sont pas mieux lotis. Des villages pillés et détruits, des récoltes perdues, des perspectives sombres et aussi incertaines que ce chemin de terre : voilà ce à quoi beaucoup d'hommes et de femmes de la Tshopo sont confrontés. Si près de 70 % d'entre eux sont revenus et recommencent à cultiver leurs terres, ils continuent de partager leurs ressources avec plus de 15 000 personnes déplacées, venues de villages éloignés et qui, elles, n'osent pas encore prendre le chemin du retour. Casse-tête logistique C'est pour eux que Simon pédale. En effet, la route qui mène à Opienge et à Balobe, deux des localités les plus durement touchées par le conflit, bien que d'une importance vitale, est impraticable. Quant à la piste d'atterrissage, son état nécessite de gros travaux. C'est à ce défi logistique que se sont trouvées confrontées les équipes du CICR et de la Croix-Rouge de la République Démocratique du Congo (RDC), lorsqu'elles ont cherché la meilleure manière d'acheminer de l'aide aux populations déplacées, résidentes et retournées d'Opienge et de ses environs. « De Kisangani à Bafwasende, pas de pro-

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blème, explique EliasWieland, chef du bureau du CICR à Kisangani. Mais comment relier Bafwasende à Opienge avec près de 72 tonnes de semences et 4 000 trousses d'ustensiles ? » Cette question, il y a longtemps que les habitants de cette région l'ont résolue, grâce aux “tolékistes”. Léger, facile à entretenir, s'adaptant au terrain local, le vélo est vite devenu l'outil essentiel de cette opération d'assistance d'un genre nouveau. « J'ai dû organiser des convois de camions, acheminer des vaccins à dos de porteurs, gérer des rotations d'avions, organiser le chargement d'une barge, engager des motards pour les terrains difficiles. Mais un cortège de mille vélos, c'est une première ! », s'exclame Jean-Marie Falzone,coordonnateur logistique. Graines d'espoir Trois jours plus tard, Simon arrive, fourbu mais satisfait. « C'était dur, mais on a l'habitude de ce terrain. Pour moi, ce n'est pas seulement un défi physique comme le Tour de France. C'est mon travail, mais cette foisci, c'est aussi la possibilité de faire quelque chose d'utile », explique Simon en déposant le colis de 45 kg - des semences - qu'il transportait. En effet, malgré la fertilité des sols, les conflits successifs ont empêché les habitants de cultiver leurs terres. Fébronie, une mère de famille de 30 ans, témoigne : « La vie est devenue difficile. Avant, on cultivait notre terre et Opienge nourrissait tout le territoire de Bafwasende. Mais comment cultiver avec toutes ces tensions ? Avant le conflit, un gobelet de riz coûtait 100 francs congolais ; aujourd'hui, il est à 300 francs. » En juillet et août, 4 000 ménages déplacés et retournés d'Opienge et des environs ont reçu chacun un kit de 20 kg de semences de riz et 18 kg d'ustensiles de ménage. Si tout va bien, Fébronie pourra commencer à récolter son riz dans cinq mois. Juste à temps pour Noël. Simon sourit. « Je croyais que je portais des graines. C'est maintenant que je comprends pourquoi elles étaient si lourdes : elles pesaient le poids des espoirs de toutes ces mamans. À Noël, ces graines apporteront de la joie. Il y a des endroits où Papa Noël vient en traîneau ; chez nous, il a envoyé mille vélos d’espoir. » N INAH KALOGA COORDONNATRICE COMMUNICATION DU CICR BASÉE À KINSHASA (RDC)


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Sénégal

Uncampement aprèsledéluge L’AUTOMNE DERNIER, DE GRAVES INONDATIONS ONT FAIT DES CENTAINES DE MILLIERS DE SANS-ABRI EN AFRIQUE OCCIDENTALE. DANS LE NORD DU SÉNÉGAL, LA CROIX-ROUGE SUISSE (CRS) A FOURNI UNE AIDE D’URGENCE À DES HABITUÉS QUI, MÊME EN TEMPS NORMAL, N’ONT PAS UNE VIE FACILE.


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Réalités endant des semaines, Sira avait tenu bon dans l'espoir que la pluie allait enfin cesser. Mais l'eau continuant à monter, elle se résigna à réunir le strict nécessaire et à le charger sur sa tête. Puis, elle arrima le plus petit de ses trois enfants sur son dos, attrapa les autres par la main et partit à l'assaut de l'eau, qui lui arrivait aux genoux. Cette nuit-là, le village entier dut fuir et abandonner, la mort dans l'âme, maisons, biens, champs, petit bétail et réserves de céréales pour trouver refuge quelques kilomètres plus loin, au sec. Quelques jours plus tard, le personnel chargé d'acheminer l'aide d'urgence de la CRS découvrit un bien triste tableau. « La pluie s'était arrêtée et les gens se tenaient debout, sans protection, sous un soleil de plomb. Ils n'avaient pu sauver que quelques maigres affaires et n'avaient même pas d'eau potable. Plusieurs enfants étaient déjà malades », relate Balz Halbheer, l'un des logisticiens de la CRS. Le camion de la CroixRouge transportait 126 tentes, ainsi que des articles d'hygiène et des ustensiles de cuisine pour permettre aux gens d'assurer leur survie.

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Des conditions de vie difficiles L'ensemble du Sénégal était en état d'urgence climatique. La région, régulièrement éprouvée par la sécheresse dans le passé, était à présent ravagée par des inondations. Des semaines durant, des trombes d'eau s'étaient déversées, détruisant les maisons en torchis et les cabanes en paille. Les eaux stagnantes formaient désormais un milieu propice aux vecteurs d'épidémies. Paludisme, diarrhée et éruptions cutanées se répandaient parmi les enfants. L'immense plaine bordant le fleuve Sénégal, dans le nord du pays, s'était transformée en lac. Les repérages menés par la CRS mirent en évidence la profonde détresse des Peuls, une ethnie semi-nomade qui vit dans cette région avec ses troupeaux. Même en temps normal, sa précarité est extrême du fait du climat, rendu hostile par la chaleur accablante, de l'isolement et de l'absence de soins. Tandis que les hommes marchent toute la journée avec leurs vaches et leurs chèvres, les femmes cultivent des jardins et des champs pour leur propre consommation. Un espace de vie menacé La région offrait autrefois d'abondantes

Un village de tentes érigé sur un haut plateau aride loin de tout.

À propos De la sécheresse au déluge, des extrêmes toujours plus fréquents En Afrique occidentale, il est assez rare que des intempéries dégénèrent en graves inondations. Le Sahel est en effet plutôt confronté aux sécheresses. Ses terres arides s’étendent sur plusieurs centaines de kilomètres de large, au sud du Sahara, et ceinturent l’Afrique. De vastes territoires du Sénégal, du Mali, du Burkina Faso ou du Niger se trouvent dans cette zone écologiquement sensible qui, bien qu’inhospitalière, accueille de très nombreux bergers et nomades. Une mauvaise saison des pluies et la crise alimentaire est inévitable. Or, depuis quelques années, les extrêmes climatiques se multiplient. La région a ainsi souffert de pluies diluviennes et d’inondations en 2007. L’an dernier, les pluies ont commencé dès le mois de juin. En août, la situation a empiré, les sols arides ne parvenant plus à absorber l’eau. Les inondations ont touché seize pays et fait plus de 600 000 sans-abri. Dans certains pays, les structures locales de la Croix-Rouge ont pu parer directement aux besoins des familles. Elles ont distribué des biens de secours achetés sur place et aidé les gens à bâtir des logements de fortune. Mais au Sénégal et au Burkina Faso, des centaines de milliers de sans-abri ont rendu la situation bien plus dramatique. En réponse à l’appel de la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, la CRS a dépêché cinq logisticiens au Sénégal et au Burkina Faso. Ils ont coordonné toute l’aide internationale de la Croix-Rouge et se sont chargés de distribuer le matériel envoyé depuis la Suisse, qui comprenait, outre les tentes, des ustensiles de cuisine, des sets d’hygiène et des outils pour plus de 1000 familles.

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zones de pâture que les Peuls sillonnaient librement avec leur bétail. Mais à présent, la culture du riz et de la canne à sucre s'est largement approprié les terres fertiles longeant le fleuve. Les bergers ont ainsi vu leur espace de vie se réduire, ce qui les a contraints à se rabattre sur des zones inondables. Le village de Sira en avait fait les frais. Il fallut trois jours pour monter les tentes stables qui allaient pouvoir loger les familles de bergers pendant un à deux ans. Des latrines et un approvisionnement en eau douce furent également installés avec l'aide précieuse de 30 bénévoles de la Croix-Rouge venus de la bourgade de Richard Poli, non loin de là. Si les femmes restèrent à l'écart, les hommes et les enfants prirent part aux manœuvres. «J'ai été frappé par leur résistance. Pour nous autres Européens, travailler dans cette chaleur extrême était incroyablement dur », explique Balz Halbheer. Avant l'installation dans le campement, l'imam vint et se livra à un rituel de bénédiction clos par le sacrifice d'une chèvre. Sira et d'autres femmes fabriquèrent ensuite un foyer et préparèrent un véritable festin auquel les Suisses furent chaleureuwww.expatria-cum-patria.ch

Une tente de la CRS peut abriter cinq personnes.

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sement conviés. Oubliant alors en partie leur timidité, les femmes se joignirent à la fête. « Merci, les Suisses », lança Siro dans un large sourire, tandis que les enfants s'amusaient avec le ballon de football offert par les délégués de la Croix-Rouge en guise de cadeau d'adieu. N KATHARINA SCHINDLER


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Lecoûtdela

faim

Une mère amène son enfant au centre de santé de Goudel, à Niamey, la capitale du Niger. Il souffre de malnutrition grave, à l'instar d'un nombre croissant de jeunes enfants dans la région. Photo : BenoitMatsha-Carpentier/FICR

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POUR ENDIGUER LA CRISE ALIMENTAIRE AU NIGER, LE MOUVEMENT FOCALISE SES EFFORTS SUR LES CAUSES ÉCONOMIQUES DE LA CRISE : LE MANQUE D'ARGENT LIQUIDE ET LES PRIX PROHIBITIFS.

es marchés de Niamey et des autres villages du Niger, en Afrique de l'Ouest, regorgent de nourriture et de vendeurs. Des femmes chargées de calebasses disposent des étals et vendent du millet et d'autres céréales. Le poisson séché est disposé sous le soleil tandis que toute une gamme de produits trônent sur de grands plateaux en argent. Pourtant, ce n'est pas au marché que se rend Mariama* pour nourrir sa famille. Elle se lève tous les matins à 6 heures pour gagner les champs qui entourent son village dans le nord du Niger et ramasser les tiges de millet que les paysans ont laissées derrière eux. Sa récolte servira à nourrir sa famille. Son mari est mort voici deux ans, et elle n'a ni travail, ni argent. Le sort de cette veuve n'a rien d'exceptionnel dans ce pays confronté à une crise aiguë de sécurité alimentaire. Bien que les employés de la Croix-Rouge nigérienne affirment qu'il y a de la nourriture en vente sur les marchés, la sécheresse qui a compromis la dernière récolte fait que la plupart des habitants du pays ne peuvent pas se permettre d'acheter la nourriture importée des pays voisins. Un sac de 50 kilos de millet se vend désormais près de 13 000 francs CFA (25 dollars des États-Unis). « C'est deux fois le prix normal, qui était de 6 000 francs en octobre 2009 », explique Ciaran Cierans, le chef de la sous-délégation de la Croix-Rouge irlandaise à Niamey. « La mauvaise récolte de cette année signifie aussi que ces prix sont hors d'atteinte pour bien des familles d'agriculteurs », relève Alta Sarr-Cissé, chargée de la sécurité alimentaire au sein de la FICRau Sénégal. Elle relate l'histoire d'un agriculteur : « Cette année, il a conservé toute sa récolte dans ses silos pour nourrir sa famille. Ils n'avaient pas assez de céréales pour vendre, et maintenant qu'ils ont tout consommé, ils n'ont pas d'argent pour acheter de quoi manger. »

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Des millions de personnes menacées Dans un pays où plus de 80 % de la popula-

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Réalités >> tion dépend de l'agriculture, les effets com-

vétérinaires pour améliorer la santé des troupeaux et pour acheter du bétail aux bergers au prix du marché avant la sécheresse. Les animaux ont ensuite été abattus sur place, et la viande distribuée aux villageois. « Il n'est pas fréquent d'être payé pour sa vache et de recevoir en prime la viande et même la peau », a expliqué récemment Moussa Ag Minar, le maire de Gossi, à une équipe de tournage vidéo du ClCR. « Les paysans sont ravis. » De nombreux fermiers liquidant leur stock de bétail, les bêtes amaigries vendues au marché de Gossi ne rapportaient que 38 euros. Le programme du ClCR a versé aux éleveurs près de 200 euros, ce qui leur a permis de réinvestir dans leurs troupeaux, de nourrir leurs bêtes, d'acheter des vivres ou d'épargner dans l'attente de temps meilleurs. « II n'y avait pas de marché pour les bêtes, soit parce que les paysans ne trouvaient pas preneur, ou parce qu'ils étaient contraints de vendre à des prix dérisoires », explique Dragana Rankovic, coordonnatrice en matière de sécurité économique pour le ClCR à Niamey. À ce jour, plus de la 10 000 paysans ont bénéficié du programme au Mali et au Niger, grâce à l'achat et à la distribution de près de 38 000 têtes de bétail. « L'année prochaine, explique Dragana Rankovic, il est prévu de vacciner le bétail à plus grande échelle, de restreindre le volet réduction du cheptel et de dispenser aux propriétaires de bétail une Les animaux formation de base en matière de santé et de nususceptibles de trition animales ». Dans l'intervalle, le CICR et survivre sont d'autres organisations d'aide fournissent aussi nourris et soignés une aide alimentaire directe. dans le cadre d’une action entreprise Goutte à goutte contre la sécheresse conjointement par le Les mesures économiques visant à assurer la séCICR et les services curité alimentaire ont pour objet de stabiliser les vétérinaires du marchés et de donner à davantage de personnes Niger et du Mali. la possibilité d'acheter de la nourriture. La tâche Photo : CICR sera ardue. La situation est compliquée par la désertification, par les affrontements qui opposent Croix-Rouge nigérienne et la Croix-Rouge les paysans de diverses communautés et par la lutte entre bergers irlandaise, grâce à un financement de la pour les terres et pour l'eau, sans oublier le banditisme armé. Croix-Rouge britannique, mettent en œuvre Chacun sait que ces problèmes ne vont pas disparaître du jour au des programmes “travail contre rémunéralendemain, et que c'est le développement à long terme qui constitue tion” et des programmes de transfert d'arl'enjeu vital. « Pour nous, l'essentiel, c'est l'eau », explique Ciaran gent liquide, pour injecter dans les marchés Cierans, ajoutant que la Croix-Rouge irlandaise mène actuellement locaux l'argent si cruellement nécessaire. des projets d'irrigation goutte à goutte, qui économisent l'eau en la Un programme “travail contre rémunérafaisant parvenir lentement jusqu'aux racines des plantes. « Outre tion” a employé 5 000 femmes à Tanout en ces méthodes d'irrigation, nous creusons de nouveaux puits. » juin et juillet pour construire et remettre en L'objectif premier est d'assurer des récoltes plus régulières ; au cas état des réservoirs qui recueillent les eaux où les mauvaises récoltes se poursuivraient, la Croix-Rouge irlande ruissellement, utilisées ensuite pour le daise et les autres partenaires envisagent un autre moyen de stabibétail et les cultures. liser l'offre de nourriture et les marchés locaux : la création de banques de céréales, dans lesquelles les graines sont stockées Bétail contre rémunération lorsque la récolte est bonne, pour être utilisées en périodes de diAu Niger comme au Mali, le ClCR s'efforce sette. « En période de récolte, les prix baissent, explique Ciaran Ciede toucher les bergers qui ont perdu ou qui rans. L'année suivante, quand ils reprennent l'ascenseur durant la risquent de perdre leurs bêtes sous-alimensaison sèche, les paysans devraient pouvoir racheter les céréales tées. Comme la sécheresse menace près de auprès de la banque, à un prix inférieur. » N RICCI SHRYOCK 70% du bétail dans la région, la délégation du ClCR basée à Niamey a lancé un proJOURNALISTE ET PHOTOGRAPHE INDÉPENDANT *Prénom fictif gramme alliant réduction du cheptel et soins BASÉ À DAKAR (SÉNÉGAL)

binés de la sécheresse, des mauvaises récoltes et de la hausse des prix alimentaires ont placé près de 10 millions de personnes en situation de risque dans la région. Selon une étude nationale publiée par le gouvernement nigérien, près de 17% des enfants de moins de 5 ans souffrent de malnutrition aiguë. Par rapport à lamême période de l'année dernière, c'est 42% de plus. Amadou Tidjane Amadou, responsable de la communication au sein de la Croix-Rouge nigérienne , explique que les mauvaises récoltes entraînent aussi un déficit d'emplois dans les villages. « Dans le temps, les gens vendaient leurs bêtes, mais avec la crise, toutes les brebis et les chèvres sont mortes. Sans cette source habituelle de revenus, les villageois se trouvent démunis. » C'est la raison pour laquelle la Société de la

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Conjoncture LES EPV1 SONT DES ENTREPRISES ARTISANALES OU INDUSTRIELLES DÉPOSITAIRES D’UN SAVOIR-FAIRE RARE, DE FONDS D’ARCHIVES ET/OU DE MACHINES ANCIENNES, SOLIDEMENT IMPLANTÉES DANS UNE RÉGION ET PARTICIPANT DE CE FAIT À LA VIE DE LEUR TERRITOIRE ET À L’EMPLOI LOCAL. SI LES DÉTERMINANTS STRATÉGIQUES DES EPV LES PRÉDISPOSENT À ÊTRE DES CHAMPIONS DE L’ÉCONOMIE DE L’IMMATÉRIEL2, À QUELLES CONDITIONS ?

Vers l’excellence française du capital immatériel ? Un business model des EPV intégrant des actifs immatériels délivrant de la valeur durable localisée en France Dans l’économie de l’immatériel, les sources de la croissance et de la compétitivité se déplacent du capital technique et financier vers le capital immatériel. Actuellement, selon la moyenne européenne, deux tiers de la valeur des entreprises est composée d’actifs immatériels dont la cartographie, autour de trois piliers, correspond aux fondamentaux stratégiques des EPV, dont le business model pourrait à cet égard être renforcé : a) Le capital humain3 : les savoir-faire sont d’une rareté exceptionnelle chez les EPV et relèvent souvent d’une longue tradition (52% des EPV ont été créées entre 1950 et 2000, 20% entre 1900 et 1950, 19% entre 1800 et 1900). Les enjeux stratégiques concernent : > l’organisation de leur transmissibilité et la capacité d’attirer les talents nécessaires au développement futur (d’autant qu’un tiers des EPV4 rencontrent des difficultés de recrutement, du fait de la pénurie des compétences recherchées), > mais également l’efficience collective, la capacité à créer des synergies entre les hommes (voire les « compagnons ») autour d’une communauté de pratiques et d’un projet car dans les EPV les valeurs riment avec la valeur, b) Le capital relationnel externe : le talent de créer une relation durable et à forte valeur ajoutée avec leurs clients (le capital clients) mais aussi leurs fournisseurs, leurs parties prenantes4 et leur écosystème : la valeur rime avec partage car le produit final est le fruit d’une co-création et d’une vraie plateforme d’intelligence collective fortement intégrée dans l’économie du territoire. Depuis 2005, le développement du www.expatria-cum-patria.ch

réseau EPV a constitué une avancée significative : non seulement la reconnaissance des EPV par la collectivité est organisée mais les entreprises membres se connaissent mieux et si possible travaillent entre elles, 70% utilisant le label dans leur relation avec les clients et les fournisseurs. Cette démarche est également soutenue soit par une marque, soit par une notoriété et une réputation, opportunément complétée par le label, c) Le capital structurel interne : l’innovation6, technologique ou plus organisationnelle tout au long de la chaîne de valeur, est un facteur crucial de compétitivité pour renouveler et enrichir en permanence les métiers traditionnels des EPV, condition sine qua non de leur pérennité et de leur développement pour maintenir ou élargir leurs parts de marché. Les enjeux de l’organisation et des systèmes d’information reposent notamment sur les procédures pour capitaliser les savoir-faire, sécuriser les actifs immatériels, gérer les risques qui s’y attachent, les protéger en termes de propriété intellectuelle. Par exemple, 2/3 des EPV7 disposent de collections significatives de moules, dessins ou modèles : or, dans la moitié des cas, ces collections ne sont pas inventoriées alors que l’archivage numérique n’a été mis en place que par 21% des entreprises concernées. Après une première étape quinquennale réussie de structuration de la filière EPV, une stratégie d’investissement dans l’immatériel, organisée et coordonnée par les animateurs de cette filière, pourrait actionner des leviers de pérennité et de performance durable au service de la valeur long terme de cette composante emblématique du patrimoine national. Une valeur d’utilité collective pour le patrimoine national La valorisation globale du capital immatériel des EPV ne génèrerait pas qu’une valeur directe pour ces entreprises : elle serait aussi source d’un renforcement de leur valeur d’utilité collective au travers de différentes externalités positives : > Economiques : A l’heure où la ré-industrialisation et la relocalisation des emplois deviennent des préoccupations urgentes, d’une part, et où l’économie de l’immatériel est attendue pour créer la croissance et les emplois qui nous manquent, d’autre part, les EPV incarneraient un modèle industriel créateur d’emplois sur le territoire français, dynamisé par les actifs immatériels. Les EPV pourraient donc synthétiser un schéma de développement conjoint à l’économie industrielle et de l’immatériel, contributeur à la constitution d’un mittelstand à la française souhaité par beaucoup

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Conjoncture

Un écosystème de la valeur immatérielle au service de la création de croissance et d’emplois par les EPV Le développement de la valeur immatérielle des EPV pourrait être catalysé par l’intégration de cette démarche dans un écosystème original, d’ores et déjà organisé pour une large part, autour des parties prenantes suivantes : > Pour gérer et valoriser l’immatériel : Le réseau des EPV, dont la gouvernance et l’efficience opérationnelle éprouvées, pourraient être utilisées pour la mise en place d’un réseau social interne mettant à disposition des entreprises membres une plateforme de partage des bonnes pratiques de management (stratégie, gestion, contrôle, sécurisation des actifs immatériels), voire un baromètre de l’immatériel des EPV, à relayer par des actions de communication pour accentuer la visibilité et la marque au travers de ces opérations, > Pour mesurer l’immatériel : Un expert de la mesure susceptible d’accompagner une démarche de cartographie et de mesure de la performance des actifs immatériels avec une forte proximité des EPV : à titre indicatif, l’Ordre des Experts Comptable, déjà partenaire des EPV, publie le « Tableau de bord de l’immatériel de la PME », et dispose d’un réseau de 18 000 professionnels maillant le territoire français. Un argumentaire structuré autour de la

valeur immatérielle est essentiel pour bien préparer une opération de levée de fonds (car niveaux de valorisation et d’indépendance sont liés) ou de transmission (pour un prix de cession équitable du patrimoine entrepreneurial), > Pour financer l’immatériel : Un financier investissant sur le long terme, et acceptant d’intégrer dans son diagnostic, sa valorisation financière et ses conditions d’investissement (que ce soit en prêts ou en capitaux propres) les résultats de la notation précédente des actifs immatériels. La recherche de financement demeure un exercice difficile (pour une EPV sur quatre ces 12 derniers mois selon l’enquête précitée), a fortiori s’il s’agit d’investir dans des actifs immatériels qui ne figurent pas au bilan pour la plupart ! > Pour protéger l’immatériel : Un expert de la Propriété Intellectuelle (soulignons les accords existant déjà entre les EPV et l’INPI), de l’Intelligence Economique, voire de l’assurance car ne faudraitil pas innover autour de la garantie des actifs immatériels ? La poursuite du soutien des pouvoirs publics serait un atout indispensable à cette valorisation de la filière EPV. « Rien n’arrête une idée en marche lorsque son temps est venu »8. Le temps de l’économie du quaternaire est venu : celui des business models alliant intelligemment l’industrie et l’immatériel. Les EPV peuvent jouer la carte de l’excellence française de l���immatériel. Et, c’est maintenant ! N

L

e label EPV (créé par la loi en faveur des PME du 2 Août 2005) est une marque de reconnaissance du MINEFI mise en place pour distinguer des entreprises françaises aux savoir-faire artisanaux et industriels d’excellence (www.patrimoine-vivant.com). Sur proposition d’une Commission Nationale Indépendante, le label est décerné pour 5 ans par le Secrétariat d’Etat chargé du Commerce, de l’Artisanat, des PME, du Tourisme, des Services, des Professions Libérales et de la Consommation. L’Institut Supérieur des Métiers (ISM) est en charge d’assurer le Secrétariat Général de la Commission et de l’instruction des demandes d’attribution et de la Commission (contact@patrimoine-vivant.com). Le label ouvre droit à des avantages fiscaux (crédits d’impôt), une participation à des salons emblématiques, des appuis en matière d’exportation, de financement et de communication. Parmi les 833 entreprises labellisées, 72% ont moins de 20 salariés. Les secteurs concernés sont la décoration (26%), le patrimoine bâti (18.3%), la culture et les loisirs (16.4%), la mode et la beauté (16%), les arts de la table (11.4%), les équipements professionnels (9.1%) et la gastronomie (2.8%).

1 Voir encart sur le label EPV. 2 Voir du même auteur France Magazine n° 27 : « Economie de l’immatériel : quels leviers pour une croissance autre et durable ? » 3 Voir du même auteur France Magazine n° 29 : « Capital humain : quelle stratégie pour un développement durable générateur de performance long terme ? » 4 Enquête réalisée en novembre 2010 sur un échantillon de 380 EPV (Source : EPV). 5 Voir du même auteur France Magazine n° 30 : « Capital Parties Prenantes : vers un open business model de la valeur durable ? » 6 Voir du même auteur France Magazine n° 28 : « Innovation : quels enjeux d’une croissance annoncée ? » 7 Voir enquête précédemment citée note 4. 8 Victor Hugo.

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Marie-Ange Andrieux DIRECTEUR DES PARTENARIATS DELOITTE, CO PRÉSIDENT DE LA COMMISSION GPS INNOVATION ET IMMATÉRIEL

maandrieux@deloitte.fr

pour renforcer notre tissu économique et sa compétitivité. Rappelons que les EPV produisent en France et que deux tiers ont une activité d’exportation. > Patrimoniales : les EPV contribuent au patrimoine immatériel national d’image, d’attractivité mais également culturel. Au-delà des savoir-faire portés par les produits, il s’agit de l’exemplarité autour d’un business model qui réconcilie le long terme avec la performance et le respect du capital humain. Des entreprises qui incarnent au plus haut point le principe que la France a toujours souhaité porter très haut : l’excellence des Arts & Métiers, des créateurs (relevant de l’Art) qui transforment cette créativité dans des produits magnifiques (grâce à leurs métiers). Les EPV travaillent avec leur cerveau droit et leur cerveau gauche et c’est un gage de croissance équilibrée. Là est l’exemplarité d’une autre forme de rareté, non seulement à préserver mais à diffuser.


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LeretourenFrance

Un

chocculturelinversé

BEAUCOUP D'EXPATRIÉS ESTIMENT QUE LE RETOUR AU PAYS EST PLUS DIFFICILE QUE L'EXPATRIATION. PLUS ON PASSE DE TEMPS À L'ÉTRANGER, PLUS ON PERD SES REPÈRES. « ON N'EMPORTE PAS LA PATRIE À LA SEMELLE DE SES SOULIERS » DISAIT DANTON. DE NOS JOURS, UN NATIONAL QUI REVIENT DE L'ÉTRANGER N'EST PAS PROPHÈTE EN SON PAYS. UN RETOUR QU'IL FAUDRA PRÉPARER. LA RÉINSERTION EST PLUS COMPLIQUÉE AVEC LA CRISE. FINI L'ELDORADO DE L'ASSISTANAT. 5E PUISSANCE ÉCONOMIQUE MONDIALE ET 2E ÉCONOMIE EUROPÉENNE, LA FRANCE RESTE UNE TERRE ACCUEILLANTE POUR SES RESSORTISSANTS. ENCORE FAUT-IL CONNAÎTRE LES PROCÉDURES ET PROFITER DES POTENTIALITÉS DE SES TERRITOIRES.

Douce France ? 2,8 millions de personnes étaient à la recherche d'un emploi en 2009. La création d'emplois est redevenue légèrement positive au 3e trimestre 2010 (+0,6% sur un an). Les services marchands (+0,5%) sont les plus porteurs, dopés par l'intérim (+3%). L'industrie reste le maillon faible de l'économie française (-0,5%), 37 trimestres consécutifs de destruction d'emplois dans ce secteur !

Prochaines dates 14 décembre pour des entretiens personnalisés et 16 décembre pour des consultations téléphoniques sociales (sur rendez-vous : tél. 01 43 17 60 79). www.mfe.org

Rapatriement, la solidarité à l'œuvre Certaines situations de détresse ou des événements graves survenus à l'étranger sont à l'origine de retours. Le gouvernement a consacré en 2009 près de 600 millions au rapatriement. Le Comité d'entraide aux Francais rapatriés (CEFR) accueille, héberge et accompagne les Français rapatriés pour leur insertion sociale et professionnelle (173 personnes accueillies en 2009). Il comprend une structure d'accueil à Vaujours (SeineSaint-Denis), 10 centres d'hébergement, d'adaptation et de réinsertion sociale, en province et 6 maisons de retraite médicalisées.

Sources : Insee, enquêtes Emploi Montpellier est la ville préférée des Français en 2010 - selon Ipsos pour son climat ensoleillé, la qualité de l'environnement et l'absence de pollution, l'ambiance et la convivialité. Nantes l'est pour le coût de la vie, la sécurité des biens et des personnes. Les expatriés en France sont, avant tout, des retraités venant chercher une douceur de vivre (42% de plus de 55 ans en 2010 selon HSBC). www.expatria-cum-patria.ch

Guider son retour Les craintes le plus souvent exprimées ont trait aux complications administratives. Le guide du retour en ligne de la Maison des Français de l'Étranger (MFE) balise toutes les démarches à entreprendre avant le départ comme à l'arrivée. La bible absolue (téléchargement gratuit). La situation est différente selon que l'on revient d'un pays de l'Espace économique européen ou d'ailleurs. Attention aux ruptures de droit et aux délais de carence. Des séances de coaching individualisé sont organiséesà la MFE.

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Équivalence et validation l'expérience La France est ressentie, à juste titre, comme un pays où les diplômes sont primordiaux. Leur reconnaissance est de droit dans l'espace économique européen. La situation diverge pour le reste du monde. Une


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France-Monde Mobilité attestation de comparabilité des diplômes étrangers, délivrée par le centre ENIC NARIC France, pourra être utile www.enicnaric.net. La validation des acquis de l'expérience (VAE) constituera un plus sur le marché de l'emploi. www.vae.gouv.fr. Pour en savoir plus : www.euroguidance-france .org/fr/. Un retour vers la case chômage ? Les entreprises ne réservent pas toujours le meilleur sort à leurs collaborateurs de retour au sein de l'entreprise. Dans un contrat d'expatriation, le salarié devrait toujours exiger que figurent les conditions du retour. Pour la recherche d'un emploi, il est conseillé de s'adresser aux branches professionnelles pour connaître les opportunités d'embauche dans son secteur. En cas de perte d'emploi, les allocations chômage ne sont pas automatiques. Passer par l'intérim sera parfois nécessaire pour totaliser le nombre d'heures de travail requises pour l'ouverture des droits, même si on a travaillé dans un pays de l'Union européenne. Dans certaines condions, une allocation temporaire d'attente pour les expatriés (ATA) peut être obtenue. Home Sweet Home, revenez innover, vous êtes attendu ! La région Provence - Alpes-Côte d'Azur (PACA) a mis en œuvre un programme unique en France d'accompagnement des projets de relocation. Un réseau de plus de 100 partenaires peut conforter les Français expatriés dans leur projet de créer leur propre activité. Les secteurs soutenus : technologies de l'information et de la communication, multimédia, environnement et énergies renouvelables, sciences de la vie, aéronautique, agroalimentaire… En 5 ans, le programme a accompagné l'implantation en Provence de 46 entreprises venues d'autres régions du monde, dont 70% des USA.

Brèves Mon facteur en ligne et internet devient bureau de poste ! La solution Mon FacteurEnLigne.com permet aux particuliers, aux travailleurs indépendants et aux petites entreprises d'envoyer des courriers simples ou recommandés sans se déplacer. Proposé par la société lyonnaise Axelio, conseil spécialisé dans les solutions innovantes de la gestion des flux de documents, le site Web est très facile d'utilisation. L'internaute fournit un document Microsoft Word ou PDF. Au prestataire ensuite de l'imprimer, le mettre sous pli et l'affranchir. Les courriers sont remis à la Poste, qui se charge de la distribution. L'avantage mis en avant pour concurrencer le service “Lettre recommandée électronique de la Poste” est la liberté de l'internaute : pas de prépayé, pas d'abonnement, pas d'enregistrement obligatoire de ses coordonnées. Et en plus, les tarifs sont attractifs selon les utilisateurs. http://www.monfacteurenligne.com/ L'Inde, un pays agricole où investir ? Les représentants du secteur agricole indien - présents au salon international de l'alimentation (SIAL) sous l'égide de la chambre de commerce et d'industrie franco indienne - étaient venus pour vanter le potentiel agricole de leur pays. C'est que la France occupe une part de marché bien modeste (1,7%) au pays de Gandhi. Elle est son 15e fournisseur et son 11e client. Une marge de progression certaine dans ce pays de plus d'un milliard d'habitants, qui a connu en 2009 une croissance de 7,7%. 300 entreprises françaises installées sur place emploient 40 000 personnes. L'hexagone se situe au 7e rang des investisseurs étrangers (stock 750 US$). C'est sur ce terrain de l'investissement que les Indiens invitent les entreprises françaises à réaliser des co-productions dans le domaine agricole et alimentaire. Leurs atouts : une démocratie stable, une main-d'œuvre de plus en plus qualifiée, une ouverture au monde, qui devraient compenser la faiblesse des infrastructures et la lourdeur de l'administration. Le maintien de notre suprématie agroalimentaire ne vaut-elle pas que l'on considère ce géant agricole qui est parvenu à l'autosuffisance alimentaire en moins d'un demi-siècle ? http:// www.ccifranceinde.com/fr/index.htm Prise en charge de la scolarité à l'étranger (PEC), statu quo encadré ! Geneviève Colot, député UMP de l'Essonne, et Sophie Joissains, sénateur UMP des Bouches-duRhône, ont remis, début novembre, leur rapport au président de la République. Elles dressent un bilan plutôt positif de cette mesure instaurée en 2007 et font deux préconisations : 1> prolonger le moratoire en limitant la PEC aux seules classes de lycées. Son extension aux autres classes serait programmée en fonction des possibilités budgétaires (autant dire aux calendes grecques).

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France-Monde Mobilité >> 2> Cristalliser la PEC au niveau des frais de

scolarité de l'année 2007/08 par établissement. Elles suggèrent, en cas de désengagement des entreprises, des mécanismes de compensation, notamment à travers la taxe d'apprentissage. Enfin, les rapporteurs s'interrogent sur la pertinence de « laisser au seul ministère des affaires étrangères la gestion de cette enveloppe budgétaire qui concerne tout autant l'éducation nationale » (la co-tutelle refait surface). La projection d'une gratuité à toutes les classes de l'enseignement français à l'étranger a été évaluée à 700 millions €. En 2009, la PEC a coûté à l'Etat 20 millions pour 9 000 élèves français. Lire le rapport http://www.un-monde-en-partage.com/wpcontent/uploads/2010/11/rapport-sur-laprise-en-charge-des-frais-de-scolarite.pdf “Equance”, l'architecte du patrimoine des expatriés. Le groupe, installé à Montpellier, est un leader reconnu pour sa compétence internationale vouée aux non-résidents Français. Les atouts d'Equance : une expertise en gestion de patrimoine pour les expatriés et les résidents français ; une vision globale du patrimoine (assurance vie, immobilier, prévoyance...) ; une relation de proximité qui s'appuie sur un réseau de consultants présents dans 40 pays ; des partenaires prestigieux (Commerzbank International S.A., Allianz Life Luxembourg, MMA, Suravenir, Aliénor Capital, EFG Asset Management, Alpha Wealth Management, Prédica...) ; une indépendance qui favorise une sélection adaptée des produits (un plus par rapport aux prestations bancaires). Dans la perspective proche d'une réforme de la fiscalité du patrimoine, confirmée par le Premier ministre, le recours aux conseils avisés d'experts n'est pas forcément une mauvaise idée. http://www.eguance.com/

basée sur trois langues officielles (allemand, anglais, français) pour permettre à un brevet d'être valable sur l'ensemble du territoire de l'Union, a été jugée “discriminatoire” par l'Espagne et l'Italie . « Un compromis à 27 hors d'atteinte » a commenté le commissaire européen au marché intérieur, Michel Barnier. Voilà 10 ans que l'Europe bute sur le sujet. Le compromis prévoyait l'enregistrement du brevet dans l'une des trois langues et un résumé traduit dans les deux autres langues, ramenant le coût de traduction à moins de 700 €. Actuellement, un brevet en Europe doit être validé pays par pays, avec, à chaque fois, une traduction dans la langue nationale adéquate. Coût de l'opération : environ 20 000 € dont 14 000 en traduction . Et encore, le brevet n'est valide que dans la moitié des pays de l'UE. On comprend que certaines entreprises renoncent à protéger leurs inventions dans toute l'Union, notamment les PME-PMI. Aux Etats-Unis, la validation d'un brevet ne coûte que 1850 €. Vu l'enjeu de compétitivité, certains Etats membres pourraient recourir à la coopération renforcée pour contourner l'obstacle de l'unanimité.

Repères 2009 • Baisse générale des demandes de brevets à l’Office européen des brevets, pour la première fois en 20 ans : 135 000 demandes contre 146 000 en 2008 (-8%). Secteur le plus demandeur : la technologie médicale (12,2 % du total). • Baisse du nombre de brevets délivrés : 52 000 contre 59 800 en 2008 (-13%). • Accroissement des demandes pour les énergies renouvelables (biomasse, énergie produite par les marées et la houle, énergies hydraulique, photovoltaïque, solaire thermique et éolienne) : 1 259 demandes, contre 993 l’année précédente (+ 27%). Le top 2 des demandes : l’énergie éolienne (+ 51%) et l’énergie solaire thermique (+ 38 %). Les plus gros demandeurs sont les Américains (27% des demandes portant sur l’énergie éolienne et 12% sur l’énergie solaire thermique) et les Allemands (23% pour l’énergie éolienne et 34% pour l’énergie solaire thermique). Sur 363 demandes dans le domaine de l’énergie photovoltaïque, 108 provenaient du Japon (30%), 77 des Etats-Unis (21%) et 46 d’Allemagne (13%).

Brevet européen, pas d'accord L'Union à 27 bloque. En raison d'une querelle linguistique, les ministres de l'industrie et de la recherche des Etats membres ont échoué, le 10 novembre, à se mettre d'accord sur la création d'un brevet commun. La proposition de la commission, www.expatria-cum-patria.ch

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Sources Organisation européenne des brevets (OPE)


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Rendez-vous Expo : Expat expo, la première édition du salon des expatriés à Paris s’est tenue les 4, 5 et 6 février 2011 au Parc Floral (porte de Vincennes). Plus de 100 exposants, un programme de conférences grand public et de nombreux ateliers et animations pour un objectif : apporter des éléments de réponses concrètes aux questions que se posent tous ceux concernés par la mobilité internationale. Dimanche 6 février de 17 à 18 h conférence sur le retour en France.

À voir : Le film “Nous partons” (Die fremde) de la cinéaste allemande Feo Aladag, qui vient de se voir décerné le prix Lux 2010 du Parlement européen. L���histoire met en scène une jeune Allemande d’origine turque de 25 ans “Umay”, qui a fui Istanbul pour échapper à un mariage forcé. Elle espère construire une vie meilleure à Berlin. Mais son arrivée inattendue crée des conflits dans sa famille déchirée entre son amour pour elle et le respect des valeurs de leur communauté. Ancienne actrice, Feo Aladag (38 ans) réalise son premier film en tant que productrice, scénariste et metteur en scène. Un coup de maître !

f.delagrave@orange.fr

À visiter : Le musée de l’Acropole d’Athènes expose plus de 350 vestiges du célèbre site antique, regroupés dans un bâtiment de verre inspiré de la clarté mathémacienne et conceptuelle de l’ancienne Grèce. Conçu par l’architecte francosuisse Bernard Tschumi, le niveau inférieur du musée repose sur des pilotis au-dessus des fouilles archéologiques existantes que laisse entrevoir un sol transparent. La visite est une promenade entre la trentaine de colonnes de sculptures géantes archaïques, à la rencontre des 5 Cariades du temple d’Erexthion, jusqu’au point culminant de la salle du Parthénon où la lumière naturelle est le metteur en scène et démontre les couleurs et le volume des frises, des métopes et des frontons du temple. Situé au pied du monument antique, l’édifice offre une vue panoramique sur le Parthénon. Saisissant d’émotion et d’esthétisme ! Entrée gratuite le dimanche.

Françoise Delagrave

France Monde Mobilité Lettre éditée par France-Expatriés 119 rue Cardinet, 75017 PARIS. Tél.: +33 01.42.27.28.79 • Fax: +33 01.75.57.80.77 Internet : http://w ww.france-expatries.com • Directrice de publication : Marie-Claude Alquier • Conseillère éditoriale : Françoise Delagrave • Rédacteur en chef : Renaud Alquier • Conception/Réalisation : Jordane Rousseau

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Droit bancaire suisse

Obligations dubanquier gérant defortune LE TRIBUNAL FÉDÉRAL SUISSE A RENDU RÉCEMMENT UN ARRÊT DE PRINCIPE CONCERNANT LE DEVOIR D’INFORMATION QUI INCOMBE AUX BANQUES EN MATIÈRE DE GESTION DE FORTUNE.

et arrêt du Tribunal fédéral du 16 novembre 2010 résume les principes généraux applicables en matière de contrat de gestion notamment sous l’angle des informations que la banque doit donner à son mandant lorsqu’elle est liée à ce dernier par un contrat de gestion de fortune.

C

UN RESSORTISSANT FRANÇAIS DANS LES ARÈNES BOURSIÈRE ET JUDICIAIRE HELVÉTIQUES Un ressortissant français, domicilié en France, ancien concessionnaire automobile reconverti dans l’investissement immobilier, avait ouvert un compte bancaire en Suisse et confié à la banque un mandat de gestion pour toutes opérations de bourse et tous investissements et placements habituellement pratiqués par les banques. Aucun profil de gestion n’avait été formellement spécifié si ce n’est que le mandant : > n’avait pas de revenus réguliers, > avait un “horizon temps” supérieur à trois ans, > avait une “tolérance à la volatilité” moyenne > souhaitait préserver son capital. En cours de mandat, le client de la banque s’est pris au jeu (à l’issue incertaine) de la bourse en donnant directement des instructions d’achats de certains titres. Du coup, la part actions/fonds d’actions de son portefeuille est passée en trois ans d’environ 25 % à plus de 75 %. Mais avec en prime des pertes boursières importantes. Entendant faire assumer ses pertes par la banque, le client a été éconduit par cette dernière, laquelle avait en outre, et préalablement, résilié le contrat de gestion avec effet immédiat. LE RECOURS AUX TRIBUNAUX Et les parties de s’affronter devant les tribunaux. Avec, d’un côté, le client soutenant qu’il avait toujours exprimé la volonté de préserver son capital initial et reprochant à sa banque d’avoir modifié « à l’insu de son plein gré » la gestion de son portefeuille en augmentant rapidement la part des actions et autres « véwww.expatria-cum-patria.ch

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hicules agressifs » (sic !) et, par conséquent, le risque de s’appauvrir (ou de s’enrichir ; mais dans ce cas de figure, les Tribunaux sont rarement saisis) ! De l’autre côté la banque qui, bien que ne contestant pas l’intention initiale du client de préserver son capital, n’a pas manqué de mettre en exergue les velléités malheureuses manifestées par le client de s’ingérer directement dans la gestion de son portefeuille. Le client n’était toutefois pas au bout de ses peines. Après le marasme boursier, le fiasco judiciaire. Qu’on en juge. Tribunal de Première Instance de Genève : le client de la banque est entièrement débouté. Cour de Justice de Genève : l’appel du client est rejeté. Tribunal fédéral suisse : le recours du client l’est également. Lot de (maigre) consolation : cette affaire a contribué à alimenter la jurisprudence en matière de droit bancaire suisse. LE DEVOIR D’INFORMATION DE LA BANQUE A propos du devoir contractuel de diligence et de fidélité de la banque envers son client en matière d’opérations bancaires, il convient de distinguer trois relations contractuelles différentes : > La gestion de fortune, > Le conseil en placements, > La relation compte/dépôt. Dans le cas d’espèce, les parties ont manifestement conclu un mandat de gestion de fortune (cela tombe bien puisque nous avions abordé, dans ces mêmes colonnes, les devoirs de la banque en matière de conseil en placements, voir France Magazine N° 17 pages 18-20). Selon le Tribunal fédéral, les personnes qui s’occupent, à titre professionnel, de gestion de patrimoine, à l’instar du gestionnaire de fortune, ont un devoir particulier d’information, envers leurs clients. Le devoir d’information trouve sa source dans la bonne et fidèle exécution du mandat. Il découle de ce devoir d’information que la banque doit : > renseigner le client sur les risques des investissements envisagés, > le conseiller au besoin de manière appro-


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priée quant aux différentes possibilités de placement, > le prévenir contre la prise de décisions inconsidérées, > tenir compte du niveau propre de connaissances du client et de la nature des placements entrant en considération. Il incombe ainsi à la banque de s’informer, en questionnant son client, sur le niveau de connaissances de ce dernier et sur sa tolérance au risque. Les obligations du mandataire sont d’autant plus strictes lorsqu’il s’agit d’affaires à option ou d’opérations à terme, lesquelles sont, selon l’expérience, hautement spéculatives et en conséquence risquées. LA BANQUE A RESPECTÉ SES OBLIGATIONS Dans le cas d’espèce, les Tribunaux ont retenu que l’on ne pouvait pas reprocher à la banque : > d’avoir mal exécuté les ordres boursiers donnés par le client, > de lui avoir fourni des renseignements faux ou des conseils téméraires, > de s’être livrée à des opérations déraisonnables ou non conformes aux usages bancaires en matière de gestion de fortune. Le client n’a d’ailleurs pas formulé ces reproches. Par contre, le client a fait grief à la banque de s’être écartée des instructions reçues en augmentant de manière agressive le pourcentage des actions en portefeuille. Or, les Tribunaux ont constaté qu’il ressortait de la procédure que c’est le client qui avait changé d’attitude et souhaité une gestion plus agressive, ce que la banque a effectué conformément aux desiderata du client. Ce faisant, on ne saurait reprocher à la banque une mauvaise exécution de son mandat. LA BANQUE NE PEUT GARANTIR AU CLIENT QU’IL SERA TOUJOURS GAGNANT !

antérieures (concessionnaire automobile, gérant d’un parking multiplace et investisseur immobilier). > pouvait comprendre la répartition du cours de son portefeuille. > devait comprendre le sens et la portée des biens-trouvés bancaires qu’il avait signés. > devait se rendre compte de la volatilité du risque inhérent aux actions de sociétés technologiques américaines, étant rappelé qu’il suivait régulièrement l’évolution des cours sur Internet. > avait privilégié un certain type de placement en toute connaissance de cause en donnant notamment lui-même des ordres de bourse après s’être dûment renseigné sur les risques. Comme le confirme cet arrêt, l’étendue et la portée du devoir d’information de la banque doivent être appréciées cas par cas. En tout état, et pour éviter par la suite tout malentendu, il est important de bien définir, dès le début de la relation contractuelle, le profil personnel du client et les objectifs visés par ce dernier Patrick Blaser en considération de sa connaissance des AVOCAT, ETUDE marchés financiers, BOREL & BARBEY de sa fortune, de ses JUGE SUPPLÉANT À LA COUR DE JUSTICE, revenus et de ses atGENÈVE tentes. N

Au passage, le Tribunal fédéral n’a pas pu s’empêcher d’envoyer une pique au recourant boursicoteur. En soutenant qu’il avait donné pour instructions à la banque de préserver son capital, le Tribunal fédéral renvoie le recourant dans les cordes en remarquant que le client entendait en réalité faire des placements à son seul profit, mais aux risques de la banque, en ce sens que les gains éventuels devaient lui revenir, alors que les pertes éven• Crédit immobiliers : la prudence des banques suisses, tuelles devaient être assumées par la banque. France Magazine n° 26 Le Tribunal fédéral a jugé que cette approche était… • Le secret bancaire suisse n’est pas négociable, « inconcevable » ! France Magazine n° 21 De surcroît, le Tribunal fédéral a considéré qu’on ne • La banque suisse à l’épreuve du MiFiD, pouvait pas, dans le cas d’espèce, qualifier le recouFrance Magazine n° 20 rant de “demeuré” (ce n’est pas dans le texte de l’ar• Le droit des héritiers aux renseignements bancaires, rêt !) complètement imperméable aux “facéties” de France Magazine n° 19 la bourse (ce n’est pas non plus dans le texte de l’ar• Le devoir d’information de la banque en matière de rêt !). conseil en placements, France Magazine N° 17 C’est tout à l’honneur du recourant qui aurait toute• Blanchiment d’argent : une répression en évolution, fois préféré être qualifié de “demeuré”, ne serait-ce RFE Magazine n° 13 que l’instant d’un arrêt. • Secret bancaire suisse : du mythe à la réalité, Dans le cas d’espèce, les Tribunaux ont retenu que le RFE Magazine n° 5 client en question : • Banques suisses, les nouvelles exigences de diligence > disposait de connaissances certaines en matière contre le blanchiment de capitaux, RFE Magazine n° 4 financière suite à ses activités professionnelles

Droit bancaire suisse déjà parus

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patrick.blaser@borel-barbey.ch

Droit bancaire suisse


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Entretien avec…

Stève

Gentili > France Magazine : Stève Gentili, vous présidez le Forum Francophone des Affaires. Est-ce une nouvelle organisation internationale ? Quels sont ses buts ? Stève Gentili : Le Forum Francophone des Affaires a été créé en 1987. En un peu plus d’une vingtaine d’années, il est devenu l’un des tout premiers réseaux mondiaux d’entreprises internationales. Présent sur les cinq continents, il fédère les acteurs économiques par professions, par zones géographiques et par pays. Il a conclu des accords avec des organisations économiques homologues dans les régions arabophones, hispanophones et lusophones. Il contribue au développement d’une vie économique internationale qui valorise les partenariats public/privé et favorise les échanges, dans le respect des identités, notamment linguistiques. Le FFA regroupe des entreprises par pays et des organisations professionnelles (artisanat, tourisme, transports, agroalimentaire, formation, professions juridiques…). Des structures associées au FFA apportent l’expertise du domaine particulier sur lequel elles sont positionnées : la Fondation Internationale Francophone Finance Assurance Banque (FIFFAB) pour les secteurs banque, assurance, finance ; le Groupement du patronat francophone sur les questions particulières de stratégie et de direction d’entreprise ; l’Observatoire économique francophone comme outil de veille et d’information sur l’environnement des entreprises francophones. Le Forum Francophone des Affaires est aussi un partenaire reconnu des gouvernements et des pouvoirs publics locaux. Beaucoup de leurs membres participent régulièrement aux activités du FFA qui sont un lieu de réflexion, de débats et d’action au www.expatria-cum-patria.ch

point d’intersection de l’économique et de l’international. C’est un cadre de dialogue entre la sphère publique et le monde économique ; c’est utile. Les grandes manifestions que nous organisons sont « Les Assises de la francophonie économique » qui réunissent régulièrement, autour des chefs d’Etat et de gouvernements, des élus, des décideurs économiques, des experts, pour débattre de sujets d’actualité économique qui concernent le monde francophone ; le « Prix de la francophonie économique » qui distingue les initiatives exemplaires de chefs d’entreprises, seule récompense spécifiquement destinée à une entreprise francophone. Le FFA a par ailleurs créé le « pôle entreprises » de l’Union pour la Méditerranée (UPM). Le Forum Francophone des Affaires est très investi dans la promotion de la formation à l’économie et à la gestion en français. C’est pourquoi nous menons l’opération « 1 000 stages en entreprises » qui permet à des titulaires d’un diplôme de grande école ou de 3e cycle d’acquérir une première expérience. Le FFA récompense le « meilleur livre d’économie francophone » qui porte sur la recherche et la vulgarisation des disciplines économiques et financières dans les pays francophones. Enfin, le Forum Francophone des Affaires œuvre en collaboration avec les ministères, les chambres de commerce, les organisations professionnelles, les collectivités locales qui ont une action internationale. A titre d’exemple, en 2010, dans le cadre du partenariat qui rapproche le RDEE Canada (Réseau de développement économique et d’employabilité) représentant le FFA au Canada et les autorités canadiennes a été lancée la Banque d’offres d’emploi authentifiées, en lien avec Pôle Emploi international, pour rapprocher l’offre d’emploi au Canada francophone avec la demande - les candidats franco-

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Entretien avec… phones qualifiés. Le FFA peut être sollicité pour relayer des politiques publiques auprès de la société civile en matière de dynamique d’investissement à l’international, de développement durable ou d’appui à l’entreprise. > F. M. : L’essentiel de la croissance économique et démographique de la communauté francophone semble devoir se faire en Afrique. Cette dernière représente déjà plus de 50% de la population francophone mondiale. Peut-on envisager une croissance de la francophonie économique sur ces bases ? S. G. : Dans une certaine mesure, oui, si le français se maintient et se développe comme langue de formation, d’enseignement et de travail. Il faut bien comprendre que si les futurs responsables et acteurs économiques ont été formés dans une autre langue que le français, ils ne disposeront ni du vocabulaire ni des référentiels professionnels lorsqu’ils seront en fonction. Par conséquent, c’est un véritable enjeu pour la francophonie économique que de rester présente dans ces secteurs. De plus, il est important que les entreprises travaillent aussi en français ; ce que nous observons au Forum Francophone des Affaires, contrairement à ce que l’on entend communément, à savoir qu’il n’y aurait qu’une langue pour les affaires, c’est que le français est un vecteur de communication et d’échange économique entre entreprises implantées dans d’autres espaces linguistiques, arabophones, hispanophones, lusophones, etc. Il est à remarquer par exemple que des Chinois s’intéressent au monde francophone. Le FFA était d’ailleurs le créateur et l’animateur du Pavillon des entreprises francophones qui a reçu des millions de visiteurs à l’Exposition Universelle de Shanghaï. Nous y présentions la francophonie économique et l’action des entreprises francophones. > F. M. : La Chine est de plus en plus présente dans la vie économique en Afrique. Que pensez-vous d’une politique nouvelle de partenariat avec certains pays d’Afrique francophone ? S. G. : Cette politique est déjà à l’œuvre. La coopération sud/sud est de plus en plus une réalité, de nouveaux partenariats se nouent, entre l’Afrique et l’Amérique latine par exemple, entre la Chine et l’Afrique également. De

nouvelles formes de coopération et de partenariat vont probablement se développer. Le FFA est, par exemple, partenaire d’une conférence qui se tiendra prochainement à Pékin sur la sécurité alimentaire en Afrique, et ce, sous l’angle de l’action des entreprises francophones.

Le Forum Francophone des Affaires œuvre en collaboration avec les ministères, les chambres de commerce, les organisations professionnelles, les collectivités locales qui ont une action internationale.

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> F. M. : Nous venons de commémorer le 50e anniversaire des indépendances africaines. Aujourd’hui, hormis la langue, que partageons-nous ? S. G. : La langue, c’est déjà beaucoup. Au Forum Francophone des Affaires, nous savons qu’au-delà de la langue, nous avons en commun des valeurs et des intérêts. Nous avons, bien évidemment, une part d’histoire commune. Les défis qui sont devant nous nous amènent à imaginer que ces liens se renforcent pour y répondre, car précisément, nous avons une manière de voir certaines questions qui nous rapprochent. > F. M. : La France assure cette année la présidence du G20. Comment le Forum Francophone des Affaires aborde-t-il ce rendez-vous, les sujets qui y seront traités relevant de l’économie et de l’international ? S. G. : La francophonie est un prisme pour voir et analyser nombre d’aspects des relations économiques internationales. Il y a, si je peux m’exprimer ainsi, une zone de recoupement, des points de convergence. Le Président de la République Nicolas Sarkozy a indiqué que dans le cadre de la présidence française du G20 les questions de gouvernance économique, de sécurité alimentaire seraient à l’agenda, elles concernent à l’évidence une grande partie du monde francophone. Les entreprises francophones ont un rôle à jouer dans le jeu économique tel qu’il se redessine. Pour notre part, nous comptons participer à la réflexion sur les questions qui concernent les entreprises ; nous essaierons de faire voir leur originalité dans la démarche francophone au regard des enjeux de développement de nos entreprises. N SERGE CYRIL VINET

site : www.ffa-int.org


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Carte blanche

Petit lexique de la penséeunique Abstinence

dame qui acheté la charge de huissier de justice. Qu'on se le dise.

en une journée. Aujourd'hui, on traverse la France en TGV en trois heures et on peut joindre instantanément tout point de l'hexagone par l'internet. Mais il paraît qu'il faut continuer à “décentraliser”.

Petit lexique de la pen L'abstinence est généralement reconnue comme la panacée pour lutter contre l'alcoolisme, le tabagisme et la toxicomanie. De façon tout aussi générale, elle est systématiquement rejetée quand elle est prônée par le pape pour lutter contre le sida et les autres maladies sexuellement transmissibles. Allez savoir pourquoi.

Adoption

Quand il s'agit pour deux personnes du même sexe de se donner la possibilité de jouer au papa et à la maman, il y a lieu de ne pas confondre les droits de l'enfant, universellement reconnus, avec un prétendu droit à l'enfant, qui n'a aucune base juridique ni morale.

Audiovisuel Quand il est public, c'est un trou financier que nos impôts doivent combler : France 2, France 3, France 4, France 5, France O, France 24, Arte, TV5, Euronews, France Inter, France Info, France Culture, France Musique, le mouv', sans compter France Bleu et Fip, et leurs déclinaisons régionales ! A-t-on besoin de toutes ces chaînes dont les journalistes passent leur temps à critiquer le gouvernement et se mettent grève, au moindre désagrément, laissant à l'audiovisuel privé le monopole de l'information?

Avortement

Curieusement, ceux qui militent pour l'avortement militent également contre la peine de mort, et ceux qui militent pour la peine de mort sont contre l'avortement. Pour les partisans de la peine de mort, l'avortement est un crime insupportable ; pour les partisans de l'avortement, la guillotine est un crime abominable ; et tout cela au nom du respect de la vie!

Le désir d'enfant est parfaitement symétrique du désir de ne pas avoir d'enfant. Il s'agit de mettre au même niveau l'IVG (interruption volontaire de grossesse) et la PMA (procréation médicale assistée), pourvu que ce soit la sécurité sociale qui paye.

Biodiversité

Diététique

Nouvelle religion qui équivaut, dans un langage politiquement correct, au créationnisme. Dans cette religion, chaque individu dépend de l'autre pour le maintien d'un ordre divin. “Au commencement”, il y avait des ours dans les Pyrénées et pas de moutons. L'ours a été réintroduit dans les Pyrénées pour rétablir cet ordre divin qui n'avait pas prévu la présence du mouton dans ces montagnes audelà desquelles la vérité n'est pas la même qu'en-deçà. Aux bergers de se faire une raison.

A en croire les nutritionnistes, tout ce qui est bon est mauvais : bon au goût mais mauvais pour la santé. A quoi bon vivre plus longtemps si c'est pour se priver de tout ce qui est bon ?

Culture Politique qui consiste, en France, à sacrifier le château de Versailles à de prétendus “artistes” comme Jeff Koons et Takashi Murakami. D'aucuns y trouvent leur compte.

Avocat

Décentralisation

A l'avocat, on dit “maître”, à l'avocate, on ne dit pas “maîtresse”, pas plus que l'on appelle “huissière” la

Napoléon Ier a inventé le département, défini comme un territoire que le préfet pouvait traverser à cheval

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Désir d'enfant

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Dinosaure Animal disparu, sans que l'homme n'y soit pour quoi que ce soit, à la différence des baleines qui, si l'on en croit les écologistes, sont en train de disparaître par la faute de l'homme. Et alors ? L'éradication des moustiques responsables du paludisme, de la dengue ou du chikungunya sera une grande perte pour la biodiversité mais un grand progrès pour l'humanité.

Diplomatie Discours qui consiste, depuis la présidence de François Mitterrand, à promettre à des Etats en rivalité les uns contre les autres qu'on veut les voir siéger comme membres perma-


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Carte blanche nents au Conseil de sécurité des Nations Unies : l'Inde et le Pakistan, le Brésil et l'Argentine, l'Afrique du Sud et le Nigeria.

Etat Autrefois, l'Etat était une construction politique destinée à faciliter le commerce, dans tous les sens de ce terme, entre les citoyens. L'Etat providence a tout changé. Désormais, on veut, en France, que l'Etat protège le citoyen contre le chômage, contre le sida, contre les inondations, contre la canicule, contre les tempêtes de neige. Vaste programme !

Etats-Unis Hyperpuissance (concept créé en 1999 par Hubert Védrine, ministre des Affaires étrangères) qui aura eu le génie de faire croire, chaque fois qu'elle est entrée en guerre, que c'était pour des motifs entièrement altruistes. Ainsi s'est imposé le dollar comme monnaie de référence universelle.

une reconnaissance grammaticale.

Populisme

Grève

Dénonciation démagogique de la démagogie. Du temps des Grecs anciens, le “démagogue” était celui qui éduque et qui conduit le peuple.

Selon Carl von Clausewitz « la guerre n'est que la continuation de la politique par d'autres moyens ». De la même façon, la grève ne devrait être que la continuation de la négociation par d'autres moyens. En France, c'est tout le contraire.

Humoriste Opposant politique qui, sous prétexte d'amuser la galerie, peut se livrer à toute propagande idéologique, sans que son intervention soit prise en compte par le CSA au titre d'un accès équitable des partis politiques à l'audiovisuel.

Remaniement Un remaniement ministériel est une opération qui consiste à envoyer au pilon, aux frais du contribuable, tout le papier à en-tête qui ne correspond plus à la définition du poste occupé par le ou la ministre.

Rides Quand on dit d'un film qu'il n'a pris aucune ride, c'est qu'il a autant de rides qu'on en a pris soi-même sur son visage.

enséeunique Objet de tous les fantasmes du ventre mou de la politique française, de Raymond Barre à François Bayrou, et bouc émissaire de tous les gouvernements, de droite comme de gauche, acquis au libéralisme mais incapables d'en assumer les conséquences. Quand reconnaîtra-t-on enfin l'Europe d'abord comme une communauté culturelle ?

Quand il s'agit d'une carte, il faudrait qu'elle soit distribuée sans discrimination à tous ceux qui la réclament. Si on y adjoint l'adjectif “nationale” cela devient un gros mot. L'identité nationale, c'est bien pour les Papous ou pour les Nambikwaras, découverts au Brésil par Claude LéviStrauss en 1938, mais pas pour les Français.

Mariage De même que la première cause de décès est la naissance, la première cause de divorce est le mariage. Mais si on ne choisit pas de naître, on choisit de se marier.

Féminisation

Piscine

Il paraît qu'il faut féminiser tous les noms de profession. Pour autant, comme l'avait signalé en son temps le député MRP Pierre-Henri Teitgen (1908-1997), il faudra être attentif au fait que “homme public” n'est pas le masculin de “femme publique”.

Déplaisir solitaire qui consiste à faire des “longueurs” pour le plus grand plaisir de son médecin traitant.

Francophonie Creuset destiné à accueillir toutes fautes de français et à leur accorder

Succès

Il est curieux de constater à quel point, dans tous les domaines de la vie, du sport à la création artistique, le succès donne du talent.

Travail

Les syndicats sont partisans de l'instauration d'un droit au travail, pourvu qu'on n'en use qu'avec modération : ni trop d'heures par semaine, ni trop d'années dans une vie.

Tunisie Certes, Paris n'a rien vu venir. Mais où, ailleurs qu'en France, les opposants tunisiens ont-ils trouvé refuge ? N michel.tondre@laposte.net

Europe

Identité

Politique Obsession française qui consiste à déterminer si l'on est de gauche, donc démocrate, cultivé et généreux, ou de droite, donc fasciste, inculte et égoïste.

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Jacques-Michel Tondre


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J’aimerais vous dire

Cen’estpaslafin. Cen’estmêmepaslecommencementdelafin. Maisc’estpeut-êtrelafinducommencement. WINSTON CHURCHILL ujourd’hui, Madame Christine Lagarde, notre ministre des Finances se préoccupe de la rétribution de notre PEL, Prêt Epargne Logement. Préoccupation louable au demeurant, tant ce placement ne servait quasiment pas d’intérêt... ou si peu. Pendant ce temps, les bourses mondiales, les matières premières flambent et l’or continue de grimper. Encore que sur le métal jaune, je mettrais un bémol... En effet, il y a environ 6 mois de cela, j’indiquais à celles et ceux qui avaient eu la bonne idée de suivre mes indications (investir un maximum de 10% de ses avoirs), à savoir lorsque le cours de l’once flirtait autour de 400 $ (2005), d’envisager la vente de ceux-ci entre 1 200 et 1 300 $ l’once. D’aucuns me feront remarquer fort justement, que les cours ont dépassé ces derniers jours les 1 400 $ l’once. Soit ! Un bénéfice réel à condition de rester en monnaie américaine. Sinon, que penser d’un lingot négocié à 1 300 $ à un cours de 1,10 contre franc suisse il y a 6 mois, et celui vendu aujourd’hui à 1 400 $ l’once à 0,97 contre franc suisse ? Faites le calcul et vous vous apercevrez très rapidement qu’il valait mieux s’en défaire lorsque je vous le chuchotais. Mais, me direz-vous, où est passée la crise de 2008 ? Le système monétaire et les places financières à bout de souffle il y a seulement deux ans, étaient au bord de la faillite. De triste mine, les banquiers ont à nouveau le sourire. Quelle prouesse ! La cause ? Les nouveaux critères demandés par la Banque des Règlements Internationaux. En effet, vous avez tous en mémoire la superbe annonce de Monsieur Barak Obama d’injecter aux Etats-Unis d’Amérique une somme colossale en liquidités d’un montant de 650 milliards de dollars US ; histoire de relancer la consommation. C’est merveilleux, c’est la distribution gratuite de la monnaie. Ne vous leurrez pas, plus subtilement, d’une manière beaucoup plus feutrée, la plupart des banques centrales ont fait la même chose, y compris la Banque Européenne. Les banques centrales occidentales déversent des liquidités gratuites dans les banques. Celles-ci s’empressent de les mettre en valeur par le jeu de crédits accordés à des taux supérieurs. Le tour est joué, les banques se reconstituent aisément et on ne peut plus rapidement leurs capitaux propres, très diminués, il est vrai, par cette crise latente et les amortissements douteux. Les nouveaux critères de la BRI accordent aux banques un délai jusqu’à 2018 pour asseoir confortablement leurs fonds propres. Elles y arriveront forcément par les fabuleux bénéfices engrangés sans l’intervention des actionnaires. Redouter l’Ironie, c’est craindre la Raison ! Par quel mécanisme, par quels procédés les banques centrales arrivent-elles, à première vue, à retourner la situation ? Dans l’ère de la globalisation, toutes les banques sont plus ou moins tributaires

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de crédits douteux. Alors les banques centrales les reprennent, ainsi que les dettes croissantes des Etats. En échange, elles mettent à disposition des liquidités... en clair, la planche à billets tourne à plein régime. De quoi donner le sourire aux bourses ! Non ? Il y a ceux qui usent le Temps et ceux qui sirotent le Soleil et la Lune. Seulement voilà, comme dans toute pièce de monnaie, il y a le recto et le verso. Cette distribution de bonbons empoisonnés, je parle de l’argent frais, trompe l’épargnant et les caisses de pensions, tenues qu’elles sont de consacrer la grande majorité de leurs investissements dans des obligations actuellement rémunérées à des taux très réduits. Que leur reste-t-il ? Les matières premières pour les plus affirmés. L’immobilier pour les plus spéculateurs, et le marché des actions pour ceux qui croient encore aux relations concertées entre le succès de nos entreprises et les subtilités de la corbeille. Vous avez là les trois raisons du succès de trois recettes : rebondissement des bourses, hausse continuelle de l’immobilier et flamboiement des matières premières. Les anciens n’ont de cesse de vous rappeler que les arbres ne montent jamais jusqu’aux cieux. Si la rétribution des obligations (y compris celles d’Etats) avoisinait les 5%, les épargnants ne se lanceraient pas dans des investissements inconsidérés, voire même hautement hasardeux. Vous êtes en présence d’une réalité, d’une conséquence et d’une prévision : • La Réalité ? En 1974, il nous fallait 4,34 chf pour acheter 1 $ US. Aujourd’hui, il ne nous faut plus que 0,97 chf pour 1 dollar US. Triste réalité d’un Etat surendetté et lourdement déficitaire. • La Conséquence est celle de l’abondance de la monnaie bon marché. • La Prévision, c’est la préparation inéluc-


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J’aimerais vous dire

table de multiples bulles dans l’avenir. « Quand on suit une mauvaise route, plus on marche vite, plus on s’égare. » Denis Diderot. Bien évidemment, les banques centrales sont toutes tributaires les unes des autres dans cette globalisation voulue, faut-il se le rappeler, à force et à cri par les Etats-Unis. Les actifs de la banque centrale américaine comprennent aussi ces fameux paquets d’hypothèques qualifiées de douteuses pour ne pas dire frauduleuses. C’est le poste le plus important. Rien que cela. La banque centrale européenne en charge de l’Euro gère ce dernier avec un bilan d’une grande ampleur de $ US ainsi couverts, accompagné des dettes astronomiques de la Grèce, du Portugal et... Et la Banque Nationale Suisse dans tout cela ? Et bien, elle compte comme actif principal des réserves d’Euros ainsi couverts... N’importe quelle banque agissant de la sorte et présentant un tel bilan serait sommée ipso-facto de le déposer. Vous avez là réunis sous vos yeux tous les ingrédients des discussions que nous aurions aimé voir abordées lors du récent G 20 de Séoul. Hélas, mille fois hélas !... Alors, nous allons attendre que gentiment l’inflation resurgisse, se nourrissant de la hausse des matières premières et des sommets de l’immobilier. Puis, dans une action concertée sur le globe, de gros investisseurs vont décider qu’ils n’ont plus confiance au papier-monnaie, et vous assisterez à une redistribution des cartes avec la chute des monnaies gratuites telles que le dollar US, la Livre Sterling et l’Euro. Saupoudrez sur cela une remontée des taux générant l’inflation, ayant pour ambition de contrôler la monnaie et de freiner les prix, mais aussi de retourner le marché obligataire... Il va pourtant bien falloir aborder sérieusement le sujet du désendettement, de comptabiliser réellement les pertes et les banqueroutes, engendrant à elles seules une multitude d’emplois. C’est tout l’enjeu des consultations et des travaux du G 20 pour l’année qui s’ouvre avec, à sa tête, la présidence de la France. Eviter la crise du papier-monnaie accompagnée de l’inflation et redéfinir un nouvel ordre mondial pour les générations futures. « Aucun de nous, en agissant seul, ne peut atteindre le succès. » Nelson MANDÉLA N

C’estcurieux!Àchaque foisquejedécouvre quelquechosedenouveau, c’estpourm’apercevoir quelepassém’acopié. JEAN COCTEAU

n s’y refuse, et pourtant, nous serions bien inspirés de tirer les leçons du passé ! Nous venions de subir le cuisant échec de l’Union latine et abordions la crise financière des années 19291934. Bien sûr, subsistent quelques différences et le contexte n’est plus tout à fait le même. C’est vrai, mais il faudrait être atteint de cécité pour ne pas voir quelques similitudes entre la situation actuelle et celle des années 1929 - 1934. C’est d’une évidence concernant les banques dans la crise actuelle, même si la réaction s’est faite beaucoup plus vive pour sauver certaines d’entre On nous avait bien elles. Il y a plus de 80 ans, nous tentions de digédit qu’une rer le fameux jeudi noir du 24 octobre 1929, unification déclencheur de la crise financière qui allait se prolonger jusqu’au printemps 1934. A monétaire devait cette époque, tout comme maintenant, la couronner un Suisse était sous les projecteurs de nombreux gouvernements étrangers, relayé en processus cela par la presse sur un sujet toujours le d’intégration même, le secret bancaire. Toutefois, bien qu’il n’était pas encore inscrit sous une loi politique, fédérale, il s’imposait déjà comme une aréconomique, dente obligation de la protection de la sphère juridique, fiscale et privée. Il y a deux années, tout le monde garde ensociale réussi. core en mémoire la une des journaux : « La liste dérobée des clients de la HSBC »... Similitude vous disais-je, quand, en octobre 1932, trois directeurs de la Banque Commerciale de Bâle (Basler Handelsbank) sont arrêtés à Paris, porteurs d’une liste de quelque 2 000 clients. D’aucuns prétendent que cette triste affaire fut à l’origine de l’inscription du secret bancaire dans la loi fédérale sur les banques du 1er février 1934. Vous connaissez la suite... Faut-il sans cesse y revenir ? Est-ce bien nécessaire ? C’est bien connu, depuis, le monde a terriblement évolué... dit-on.

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J’aimerais vous dire >> Au moment des événements de 68 où la

France s’engluait dans la “chienlit”, notre franc français s’échangeait à parité avec le franc suisse. Au début de l’été 1969, Georges Pompidou accédait à la fonction suprême de la République Française. Quelques semaines plus tard, il dévaluait le franc français de 12% pour relancer l’économie. Parité franc français - franc suisse en 1969. Aux abords de l’an 2000, avant que ne surgisse l’€uro, 4 francs français nous étaient nécessaires pour l’obtention d’un franc suisse. Bien des échos se firent entendre pour attirer notre attention sur un fait sans précédent, l’€uro, calculé comme une monnaie forte et rigide, ne connaîtrait pas de dévaluation. Qu’à cela ne tienne ! Certaines monnaies ne s’en privent pas, elles. Il suffit, pour cela, d’observer les variations de l’US $... pour les besoins de l’économie américaine. Mais devant ce mastodonte ingouvernable que semble devenu l’Europe, que pensezvous qu’il advînt du fameux franc suisse ? Dix années après l’avènement de l’€uro, pensez-vous qu’il garde aux yeux du monde entier cette valeur que l’on nomme “Valeur Refuge” ? 1 € = 6,55957 francs français que divisent 1,25 chf (valeur au 23.12.2010) = 5,2476 équivalant de nos francs français. CQFD. On nous avait bien dit qu’une unification monétaire devait couronner un processus d’intégration politique, économique, juridique, fiscale et sociale réussi. Force est de reconnaître qu’aucun de ces aspects n’est achevé pour l’heure actuelle. En d’autres termes, on a posé le toit avant de creuser les fondations. En rigidifiant les parités de change par le biais d’un système unifié tel que l’€uro, les pays qui l’ont adopté n’ont plus à leur disposition de rapides possibilités d’ajustement. Il suffit d’observer simplement, pour s’en convaincre, la situation des deux protagonistes principaux dans la zone €uro, l’Allemagne et la France : le premier subissant une surchauffe économique, facteur du boom de ses exportations vers ses voisins de l’est (il récolte au demeurant les germes semés par le chancelier Willy Brandt avec son Ospolitik), alors que la France voit sa croissance qualifiée de “modérée”... Devant une telle situation, pour faire plaisir à son voisin, l’Allemagne devrait augmenter ses taux d’intérêt, freinant ainsi son activité

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économique ; pendant que la France n’ajusterait en rien ses taux directeurs. Vous imaginez les tensions des gouverneurs de la Ceux qui ne Banque Centrale Européenne. Ce n’est pas aussi simple qu’il y paraît, mais connaissent pas nous sommes devant les prémices d’une leur histoire crise financière européenne avec un risque non négligeable d’éclatement du système s’exposent à ce monétaire. qu’elle Le gouvernement allemand est fatigué de payer pour les mauvais élèves. recommence... La crise récente de l’€uro est due à la dérive des finances publiques des Etats européens. Le grand risque aujourd’hui est que les mesures d’austérité prises dans l’urgence par les Etats européens n’asphyxient la reprise économique dans l’œuf et n’amputent enÉLIE WIESEL, core bien davantage le peu de pouvoir PRIX NOBEL d’achat qui reste aux consommateurs euroDE LA PAIX. péens. L’idée qui prévaut pour l’heure serait que la crise actuelle atteindrait son apogée lors de la fin du mandat de monsieur Jean-Claude Trichet, Gouverneur de la Banque Centrale Européenne, vers le mois d’octobre 2011, là où la zone €uro risquerait d’éclater avec une sortie par le bas des pays faibles et, d’emblée, une sortie par le haut des pays comme l’Allemagne, le Luxembourg, la Hollande, etc. En d’autres termes, les pays de l’Europe du nord face aux pays du “Club Med”. Je ne crois pas du tout au retour des monnaies nationales. Paradoxalement, ça ne servirait les intérêts de personne. Ce retour s’agrémenterait de faillites en cascades des pays les plus faibles et, pour les plus forts, une réévaluation qui pénaliserait fortement le commerce extérieur en les entraînant dans une spirale déflationniste. C’est le risque qu’encourt l’Allemagne, ainsi que certaines nations comme la Suisse souffrant d’une monnaie surévaluée, de par son statut de valeur refuge. Non, je pense que nous allons nous diriger vers une scission en deux parties : 1> Les pays les moins endettés, c’est-à-dire ceux de l’Europe du nord, gardant un €uro autour de 1,30 à 1,35 par rapport à l’US $, et 1,30 face au franc suisse. 2> Les pays de l’Europe du sud dits “les pays du club Med” plus soucieux de leurs déficits abyssaux que de leur croissance qui fait défaut. Pour cette seconde zone, le challenge est capital : allier la productivité à la compétitivité, sans l’interventionnisme permanent de l’Etat, où la part des institutions publiques avoisine les 50% de la formation de richesse intérieure mesurée par le produit intérieur brut. Les charges sociales doivent être ramenées à des proportions respectables et le capital ne doit plus être l’objet d’acharnements qui ont conduit, comme bien d’autres, à la vente de la quasi totalité du groupe Taittinger, groupe séculaire de famille française, en des mains étrangères. Je ne puis m’y résoudre. « Il ne faut jamais juger les gens sur leurs fréquentations. Tenez, Judas, par exemple, il avait des amis irréprochables. » Paul Verlaine Faut-il vous rappeler que le budget de l’Union Européenne ne représente aujourd’hui que 1% du P.I.B. européen ? « Ceux qui ne connaissent pas leur histoire s’exposent à ce qu’elle recommence... » Elie Wiesel, prix Nobel de la Paix. N

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VousavezditAnomalie ? 2011 , si nous n'y prenons garde, risque d'être l'année de tous les dangers. Surtout pour le Sénat ! Au-delà des méandres et des circonvolutions habituelles en ces périodes pré-électorales, il est bon d'attirer l'attention de nos concitoyens, lecteurs et collègues ayant quelques vues sur la Maison des Sages. En effet, au début du printemps, nous devrions nous diriger vers une consultation électorale, appelée “Les Cantonales”, celleci offrant un mandat aux Conseillers Généraux, chargés de gérer les cantons pendant une durée de 6 ans.

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La mémoire est aussi menteuse que l'imagination, et bien plus dangereuse avec ses petits airs studieux.

FRANÇOISE SAGAN

Quel rapport, me direz-vous, avec le Sénat ? En premier lieu, la moitié des cantons est appelé à s'exprimer. Mais si, comme bon nombre d'observateurs éclairés nous le prédisent, le succès ne devait pas être au rendez-vous pour la Majorité Présidentielle, cette absence de résultats positifs pourrait nourrir quelques inquiétudes quant au déroulement des prochaines sénatoriales. En second lieu, mettons en évidence le rôle des Conseillers Généraux nouvellement élus, rejoignant ainsi le Quorum des Grands électeurs, seuls appelés à se prononcer aux échéances sénatoriales de fin septembre 2011. Car, nous ne le soulignons jamais assez, seuls les Grands électeurs votent aux sénatoriales. Sans bercer dans le pessimisme, les craintes de voir se profiler un succès de l'opposition, sont réelles. Nous pourrions assister au basculement du Sénat vers l'opposition, ne fût-ce que d'une voix. Une première sous la Ve République ! Vous avez dit Anomalie ? Cette petite phrase fut lancée comme une invective à l'attention du Sénat, par Monsieur Lionel JOSPIN, Premier Ministre lors de la cohabitation avec Monsieur le Président de la République, Jacques CHIRAC. Fatigué que le Sénat de l'époque lui afflige une politique d'opposition, celle-ci lui devenant insupportable, Monsieur Lionel JOSPIN s'était laissé aller en qualifiant le Sénat

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“d'anomalie de la République”. Force est de reconnaître que le premier Sénat fut créé le 24 décembre 1799, suite à un coup d'Etat. Le 3 nivôse de l'an VIII, le 24 décembre 1799, pour revenir à notre calendrier usuel, se réunissait pour la première fois à Paris, au Palais du Luxembourg, une assemblée du même nom et du même lieu qu'aujourd'hui. Il est vrai que ce dernier a longtemps été frappé d'un péché originel. En effet, Le Sénat, composé de personnalités remarquables, provenait du coup d'Etat perpétré le 18 brumaire (9 novembre) par un impétueux général tout auréolé de ses victoires et répondant au nom de BONAPARTE. Tout ceci à l'encontre du Directoire, un régime républicain fatigué, mais légal. D'emblée, Bonaparte, s'est fait nommer “Premier Consul Provisoire” avec, à ses côtés, deux complices du coup d'Etat, j'ai nommé SIEYES & DUCOS. Leur première fonction fut : « Changements à apporter aux dispositions organiques de la Constitution dont l'expérience a fait sentir les vices et les inconvénients ». Bonaparte, seul maître à bord, dicta les termes le 13 décembre (22 frimaire) de la nouvelle Constitution. « Fondée sur les vrais principes du gouvernement représentatif, sur les droits sacrés de la propriété, de l'égalité et de la liberté ». Pour mémoire, rappelons cette phrase qui clôturait le préambule : « Citoyens, la révolution est fixée aux principes qui l'ont commencée : elle est finie. » Le Pouvoir exécutif se voyait confié à trois consuls, nommés pour 10 ans et nominativement désignés : BONAPARTE, CAMBACERES & LEBRUN. Le pouvoir législatif était lui, réparti en 4 assemblées : le Conseil d'Etat, nommé par le Premier Consul, chargé de rédiger les projets de loi. Le Tribunal pour les discuter. Le Corps législatif pour les voter. La clef de voûte de ce curieux dispositif avait pour nom : le Sénat. Conservateur de la Constitution, composé de “80 membres inamovibles et à vie, âgés de 40 ans au moins”, il se devait d'être nommé en majorité par les trois Consuls auxquels viendraient s'ajouter les deux anciens, Sieyès & Ducos comme Premiers Sénateurs.

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>> Les choix se porteraient dorénavant, sur

“des citoyens distingués par leurs services et leurs talents”... « Le Gouvernement ne veut plus, ne connaît plus de partis. Il ne voit en France que des Français. » s'était exclamé Bonaparte. Les premières nominations démontrèrent que le souci de réconciliation était bien réel. On y trouvait Fouché (ministre), Tronchet et Malesherbes qui avaient eu l'audace de défendre Louis XVI. Creuzé-Latouche qui, lui, s'était distingué en refusant de voter la mort du Roi. Dailly, le doyen d'âge, et Choiseul-Praslin, un pur produit de la noblesse ; mais aussi des représentants du monde des affaires, de grands négociants de Nantes, Bordeaux, Marseille, Rouen ; sans oublier des banquiers comme Pérrégaux. Leur âge et leur notoriété aidant, les Sénateurs se virent convoqués au pas... de course, dans les salons de Boffrand du Petit Luxembourg, le 24 décembre 1799, pour l'élection de leur premier président : Sieyès.

Serment fut prêté par ses collègues et décida de sièger pour la suite de l'ordre du jour “sans discontinuation”. Cette longue nuit de Noël 1799 fut mémorable à bien des égards ; peut-être est-elle à l'origine de l'histoire de longues nuits interminables passées en débats feutrés au Sénat. Après les Cantonales du printemps, sera-ce encore le temps de corriger les méfaits de nos errements et d'éviter, en octobre prochain, que Monsieur Lionel Jospin nous impose une explication de texte, où le Sénat, devenu socialiste, ne serait plus à ses yeux une anomalie ? Les 155 conseillers élus de l'Assemblée des Français de l'Etranger feraient bien d'y réfléchir sérieusement en renouvelant les 6 sièges de Sénateurs à pourvoir, sachant bien qu'une seule défection pourrait nous être fatale. « La mémoire est aussi menteuse que l'imagination, et bien plus dangereuse avec ses petits airs studieux. » Françoise SAGAN N

serge.c.vinet@bluewin.ch

La Voix des Français de l'Etranger

Serge Cyril Vinet CONSEILLER ÉLU À L’A.F.E. POUR LA SUISSE ET LE LIECHTENSTEIN

RésistanceetObéissance VoilàlesdeuxvertusduCitoyen. ParObéissance,nousaimonsl’Ordre, ParlaRésistance,nousaimonslaLiberté. P ALAIN

our paraphraser un écrivain célèbre, il existe malheureusement dans notre propre parti, l’UMP, la « tentation d’une île » luxueuse et confortable, pleine de certitudes condescendantes vis-à-vis des élus des Français de l’étranger que nous sommes. Dans cette île, vivent et prospèrent des ministres, des conseillers spéciaux, d’anciens élus en quête de postes, des membres éminents du parti, bref, beaucoup de ceux qui participent à un système de copinage dont la grande majorité des Français ne veut plus entendre parler. Ces pratiques douteuses décrédibilisent la politique, ceux qui la pratiquent et partici-

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pent au fossé de défiance toujours plus grand qui sépare les électeurs de leurs élus. Face à cela, des élus de l’Assemblée des Français de l’Etranger qui s’évertuent, depuis plus de quarante ans, à défendre nos deux millions d’expatriés. Certes, ils n’ont pas de chauffeurs ni d’assistants et tous ou presque sont obligés de travailler pour gagner leur vie. Cela comporte tout de même un avantage de taille : ils sont tous dans la vie réelle et nous ressemblent furieusement.

Mais que n’ont-ils pas fait ? Et bien, croyez-le ou pas, certains ont eu l’idée insensée et saugrenue de présenter


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Écologie

rlabro@gmail.com

«La tentation d’une île…»

Robert Labro CONSEILLER À L'AFE POUR L'ITALIE ET MALTE MEMBRE DU BUREAU DE L'AFE SECRÉTAIRE DE LA COMMISSION DES AFFAIRES SOCIALES REPRÉSENTANT POUR LA FRANCE DE LA FONDATION MAGNA CARTA

leur candidature à l’investiture de leur parti pour les futures élections législatives de 2012 dans les 11 circonscriptions de l’étranger. Ils pensaient, à tort certainement, avoir quelques compétences et états de service à faire valoir. Ils pensaient que face aux problématiques bien spécifiques de leurs compatriotes (Scolarité - Bourses - Sécurité - Francophonie - Couverture sociales - Retraites - etc.), ils pouvaient apporter une certaine expérience vécue. Ils pensaient avoir une légitimité issue du peuple. Les malheureux, ils n’avaient pas compris… Ils n’avaient pas compris que certains ministres cherchaient, en 2012, une sécurité de l’emploi d’une durée de 5 ans toujours plus longue que celle qu’ils ont aujourd’hui et qui ne va que jusqu’au prochain Conseil des Ministres et puis qui sait ce qui va se passer en 2012… Ils n’avaient pas compris que certains de ces futurs mandats seraient, en partie tout du moins, une chasse gardée. Bien sur des “hochets” sont déjà prévus : tel poste de suppléant par ici, ou, peut-être, telle médaille par là. Ces quelques os à ronger devraient suffire à apaiser les mécontente-

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ments. Ils n’avaient pas compris que leurs candidatures seraient passées au tamis des intérêts particuliers, des appuis politiques et des calculs électoraux. Au final, ne resteront que quelques candidats issus de nos rangs : parce qu’à l’UMP, ils ne pouvaient pas faire autrement. Il faut donc nous rassembler, faire entendre notre voix pour que nos fossoyeurs entendent bouger ce qu’ils pensent être un cercueil. Car, en fin de compte, la parole et la décision restera aux 125 000 électeurs de chaque circonscription. Et ceux-ci, n’en déplaise aux apparatchiks, ne sont ni des idiots ni dénués de sens moral. Il faut entrer en résistance avec toute la force de nos convictions. Il ne s’agit, excusez du peu, que de la défense de la démocratie et de l’intérêt général. (C’est pour cela que le cercle Kleber fut créé en son temps, C’est pour cela qu’il intervient aujourd’hui.) Un Consul demande à Chateaubriand : « Selon vous, comment arrive-t-on au pouvoir ? » Instantanément, le grand homme lui répond par cette phrase somptueuse : « On y arrive par ce qu'on a de pire et l'on s'y maintient par ce qu'on a de meilleur… » N


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Rencontre

Camille Oostwegel (à droite), au cours de son entretien avec Khouyibaba Larbi.

CamilleOostwegel

Culture et Passion rimentavec Hostellerie et Francophonie

Quand

POUR CEUX QUI NE LE CONNAISSENT PAS, CAMILLE OOSTWEGEL EST UN HÔTELIER LIMBOURGEOIS DANS L’ÂME, MAIS UN FRANCAIS DE CŒUR.

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Rencontre

> Qu’est-ce qui fait que vous entretenez des liens particuliers avec la France ? Ma passion pour l’histoire de France, mes origines. Mon arrière grand-père s’appelait Hardy. Il était originaire d’Orléans et Jeanne d’Arc faisait partie de ses ascendants. Ma région, le Limbourg, a toujours été baignée par la culture Française. Louis XIV, d’Artagnan et Napoléon ont déjá séjourné dans notre province. Je suis aussi capitaine-lieutenant de la compagnie des mousquetaires d’Armagnac pour l’escadron des Pays-Bas. J’ai été interviewé par Stephane Bern lors de son émission sur Anne d’Autriche sur France 2, et mes meilleurs amis sont Georges Moustaki et Henri Landier, que dire de plus ? En 2002, je suis nommé consul honoraire de France à Maastricht pour la province du Limbourg. Que peut-on espérer de mieux ?

> Est-ce votre amour de la France qui vous a inspiré votre passion pour les châteaux-hôtels ? Bien sûr, l’histoire et la littérature m’ont toujours aidé à la conception et à la restauration des châteaux et de leurs jardins. Lors du Sommet du Traité de Maastricht de 1992, François Mitterrand, en visitant le jardin du château Neercanne, m’a textuellement dit ceci : « c’est la France, ici. » > Que représente la francophonie pour Camille Oostwegel ? C’est tout simplement l’union des amoureux de la langue française. En d’autres termes, la francophonie a contribué à la richesse culturelle de la France. En conclusion, ma conception de la vie est simple : « être au service des autres, car la vie vaut la peine d’être vécue, à condition de l’employer au service d’autrui. » Un livre a été consacré en néerlandais à Monsieur Camille Oostwegel, il s’agit de Alles Moet Bevochten Worden (On peut tout combattre), une sorte de biographie. Je vous avoue que je ne savais pas par quoi commencer cet entretien car tout a été dit sur ce Monsieur ; c’est une sommité aux Pays-Bas et même à l’étranger. J’espère que j’aurai contribué, à ma manière, à vous faire connaître cet Ami. N

Khouyibaba Larbi

Les châteaux-hôtels 1984 : Château Neercanne 1986 : WinselerHof 1997 : Château St. Gerlach 2005 : Kruisherenhotel Maastricht

Pour plus d’informations sur Camille Oostwegel : www.chateauhotels.nl

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larbi502@hotmail

> Khouyibaba Larbi : Qui êtes-vous, Camille Oostwegel ? Camille Oostwegel : Mon histoire avec la France a commencé à l’age de 10 ans quand j’ai entrepris mon premier voyage avec mes parents vers Paris, la Normandie et la Bretagne. J’ai goûté très jeune à la potion magique de la francophonie. Plus tard, ma passion pour l’histoire, la culture et la gastronomie m’ont poussé à entreprendre des études d’hôtellerie à Maastricht commencées en 1969 et terminées avec succès en 1972. Donc, à moi le monde, et surtout la France pour y commencer mon premier job, grâce à la main tendue de Monsieur Paul Dubrule, fondateur de Novotel, cet homme qui a eu l’idée magique de créer une chaîne francaise, semblable à celle, américaine, de Holiday Inn. Aujourd’hui, on peut parler d’un empire francais de l’hôtellerie, je veux parler du Groupe Accor. Ce travail m’a permis d’acquérir de l’expérience dans le domaine hôtellier et promu directeur-adjoint du premier Novotel à l’étranger : Bruxelles, Anvers et, pour finir, Breda aux Pays-Bas. En 1980, je décide de retourner au berceau de mon enfance, le Limbourg Hollandais où je crée, avec 4 employés, mon premier restaurant, le Kasteel Erenstein. 20 ans plus tard, je suis à la tête de 4 chateaux-hôtels, 7 restaurants et 400 employés ! Je peux dire que la France m’a porté chance. Ces chateaux représentent l’histoire de notre région, donc, en les restaurant, j’ai un peu contribué à la sauvegarde de ce patrimoine historique.


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Les chevaux de loisirs, confinés à des lieux trop étroits, seront enclins parfois à devenir mordeurs et même méchants.

DEPUIS UNE VINGTAINE D’ANNÉES, LES PROFESSIONNELS S’APPLIQUENT À MIEUX COMPRENDRE LE COMPORTEMENT DE NOS AMIS À QUATRE PATTES ET ILS FONT BIEN !

Dela

psychiatrie pour animaux? a société européenne se développe à grand pas à tous les niveaux. Si ce développement est positif ou négatif, il est une question légitime et de plus en plus souvent posée. En médecine vétérinaire, il n’en va pas différemment, les hôpitaux font passer les chiens en IRM, les scanners sont à l’ordre du jour et plus d’un animal passe des semaines en observation dans un box entouré d’autres canidés mal dans leurs peaux. Depuis une vingtaine d’années, les questions concernant la qualité de vie des animaux est un thème abordé de plus en plus souvent. C’est la naissance de la médecine comportementale, que je n’aime pas appeler de la psychiatrie car elle essaie en effet de tenir compte de l’éthologie des espèces et non pas simplement d’administrer des calmants ou autres psychotropes. La médecine comportementale se développe pour toutes les espèces, mais particulièrement pour les animaux de compagnie qui ont

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ce grand privilège de ne pas être considérés seulement comme de la viande ambulante, de la fourrure, de l’ivoire ou un réservoir aphrodisiaque. Les chats peuplent nos appartements et jardins, malheureusement aussi nos routes où la priorité reste la liberté de manœuvre des automobilistes souvent pressés et peu enclins à causer un accident pour un chat. Ils sont omniprésents dans les hôpitaux, où il jouent un rôle d’infirmiers ou de soutien psychologique pour les malades à deux jambes. A la maison, ils sont le plus souvent les camarades de jeu d’enfants ou les compagnons affectueux d’adultes en mal d’amour.


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Bref, ils remplacent souvent une personne humaine et y parviennent à merveille. Seulement cette grande adaptabilité d’un animal qui, à l’origine, était habitué à chasser toute la journée sous la voûte céleste, n’est pas sans limites. Quand les appartements deviennent des palais de glaces, sans aucune surface où attacher une griffe, sans aucun arbre où grimper et sans possibilité aucune d’accéder à un niveau autre que la table de la cuisine, qui lui est interdite, le chat peut développer un malaise que l’on appellera de l’anxiété. Car il veut bien attendre sa maman toute la journée et somnoler, vu qu’il n’y a rien d’autre à faire, mais quand au soir, les lumières s’allument, et madame fait son entrée, quand toute la tension de cette journée passée à attendre que le temps s’écoule, s’écoule enfin, s’évapore, comment ne pas

même tardive. L’éducation faisant défaut, la communication étant souvent inadéquate et les échanges incompréhensibles pour le canidé les troubles du comportement sont à l’ordre du jour. Ils se terminent souvent par une euthanasie si le propriétaire n’a pas la chance de rencontrer un comportementaliste. Peu de différences pour notre noble ami, le cheval. Selon son utilisation, il développera des symptômes divers. Le cheval de course est enclin à souffrir d’ulcères de l’estomac, sa préparation saisonnière étant souvent mal organisée, les sauteurs confinés à des boxes sans paddock rongeront leurs portes et les chevaux de loisirs, confinés eux aussi à des lieux trop étroits, seront enclins parfois à devenir mordeurs et même méchants. Comment s’attendre à autre chose du cheval, cet L’étude du animal des steppes, génétiquement procomportement de grammé à brouter dix-sept heures par nos compagnons jour sous un ciel radieux, sans frontières, prend de plus en avec une pâture à perte de vue. Cet aniplus d’importance mal dont le champ visuel a été façonné de pour leur bonheur. manière à ce qu’il voit tout autour de lui

oublier où est la caisse et laisser échapper une petite flaque à l’entrée, sous le nez de la dame effarée. Comment s’empêcher alors de courir comme un fou de haut en bas des escaliers et de tout renverser, ou dans un accès de joie, de grimper aux rideaux ? Le chien connaît souvent un sort similaire. Une petite sortie pipi le matin pour éviter le pire et ensuite, une journée entière à dormir dans un coin chaud quand c’est au mieux, dans une niche froide ou au pire un chenil, pour l’empêcher de venir gratter à la porte d’entrée. Le chien, cet animal hautement social, ne demandant qu’à nous accompagner toujours, se retrouve confiné et enfermé, seul. Lui aussi compte les mouches qui s’écrasent contre la vitre, les fourmis qui passent devant lui ou les oiseaux qui se posent dans l’arbre devant la fenêtre. Il attend patiemment le retour du maître adoré et sa joie est toujours intacte lors de cette arrivée

afin de pouvoir fuir en cas de danger, cet animal pour qui le trot n’est qu’une manière intermédiaire d’avancer, jamais cependant un pas de course… Pour toutes ces nouvelles manières de vivre imposées à nos animaux, et encore, nous n’avons parlé ici que des plus chanceux d’entre eux, il est incontournable de remédier à cette immense douleur. Car c’est en effet de douleur qu’il faut parler, même si nombreux sont ceux, toutes espèces confondues, qui ne se lamentent pas, ceci ne faisant pas partie de leur bagage éthologique, non, ils nous communiquent leur anxiété, leur angoisse de la seule manière possible pour eux, dans leur langage, souvent corporel et souvent incompris par nous autres, humains, trop distraits par nos vies encombrées. La seule manière d’améliorer la qualité de vie des ces créatures si proches de nous est d’essayer de nous en approcher en décryptant leur manière de fonctionner, leur manière de communiquer et de vivre. C’est ce que s’astreint à faire la médecine comportementale, toujours un peu plus et toujours un peu mieux, pour le Dounya Reiwald mieux. N

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homeoverhalten@reiwald.ch

Animaux


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Santé prévention UNE PERTE DE POIDS DE 10% SUR SA MASSE DE GRAISSES RÉDUIT DE 50% LES COÛTS MÉDICAUX (RÉF. QUOTIDIEN DU MÉDECIN) ET SURTOUT AMÉLIORE VOTRE QUALITÉ ET VOTRE ESPÉRANCE DE VIE.

Perdredupoids, our perdre du poids sur sa masse graisseuse, tout en conservant sa masse maigre (muscles), plusieurs conditions sont incontournables : 1> Faire l’état de la situation : poids, taille, tour de taille, tour de hanches, tour des chevilles. Mais surtout, faire le test de la détermination de la structure du poids pour bien différencier le pourcentage d’eau, de muscles et de graisses (voir fiche test Tanita). Sur le cas présenté, cet homme de 52 ans, avec un poids de 88,8 kilos pour une hauteur de 170 cm, a un indice de masse corporelle (ou body mass index) de 30, ce qui le situe dans la catégorie “Surpoids” proche de la catégorie obèse n° 1. Une analyse plus approfondie des résultats montre qu'en fait, cet homme n'a pas besoin de maigrir puisque ses pourcentages de graisse et de muscles sont tout à fait dans les normes. Ce cas de figure n'est pas forcément courant. Avant “de rentrer en régime”, parlez-en à votre médecin traitant, surtout si vous êtes en thérapie (hypertension, cortisone, anti-coagulants, cancer, problèmes neurologiques, etc.). Avec son accord, profitez de refaire un bilan, et en particulier, vérifiez le bon fonctinnement de votre thyroïde. 2> Etablir un plan d’alimentation raisonnable et bien équilibré À notre avis, celui proposé depuis des années par Weight Watchers est le meilleur. Contrôler son appétit et ses

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, paslavie… pulsions vers le réfrigérateur en utilisant autant de fois qu’il sera nécessaire les propriétés étonnantes de régulateur d'appétit du Bouton de Bigaradier bio. 3> Bouger pour maintenir et renforcer sa masse musculaire 4> Même si aucune tisane n’est en mesure de faire fondre les graisses, elles peuvent sans aucun doute être très utiles en augmentant le métabolisme de l’organisme et ses capacités de fonctionnement. Nous conseillons en général de boire tous les jours un litre d’infusion que vous préparerez de la manière suivante : Verser un litre d'eau bouillante sur 3 pincées d'un mélange composé à parts égales de Sauge officinale bio, Citronnelle odorante bio, Menthe véridis bio, verveine odorante bio et Rhyzome de chiendent bio. Laisser infuser deux minutes. Filtrer et rajouter 30 gouttes d'actiplante d'artichaut et 30 gouttes d'actiplante de prêle. Boire chaud ou froid durant la journée. 5> Soutenir une situation d’harmonie par des méthodes de détente. 6> Pour assurer une perte pondérale régulière, se fixer un objectif à long terme tout en sachant qu’un kilo de graisse de réserve équivaut à 9 000 calories. 7> Rejeter catégoriquement toutes les méthodes miraculeuses La dernière escroquerie en date vous promet de vous faire perdre jusqu’à deux kilos par jour avec un cocktail de plantes.

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Santé prévention

Monsieur, Nous ne vous cacherons pas notre stupéfaction et notre incrédulité à la lecture des pages de publicité que vous avez acceptées dans votre numéro 14 du 19 août 2010 “DES PLANTES QUI FONT MAIGRIR”. Comment une institution aussi sérieuse et respectable que la vôtre peut-elle laisser passer de telles énormités et être complice d'une opération commerciale très contestable ? Comment une maison digne de ce nom peut-elle “vendre” sa crédibilité à une organisation malfaisante ? Vous le savez mieux que quiconque, la grande majorité de vos clients pensent que si votre support publie (publicité ou rédactionnel) une information celle-ci ne peut être que sérieuse et honnête sans même imaginer pouvoir la remettre en question. Ce qui est loin d'être le cas pour la publicité concernée. Savez vous qu'en Belgique plusieurs femmes sont décédées et plusieurs dizaines encore sous dialyse pour avoir consommé des pilules dites chinoises pour maigrir. Ces pilules vendues sans aucune garantie contenaient des plantes hautement toxiques qui ont détruit le système rénal de ces malheureuses personnes piégées par un discours du même tonneau que celui que vous avez publié. Affirmer qu'en un mois, la cure amincissante aux plantes vous permet de vous déwww.expatria-cum-patria.ch

barasser de TOUTE la surcharge pondérale d'une manière naturelle, peu importe la quantité de kilos superflus, est un mensonge et une tromperie méritant des sanctions d'une sévérité exemplaire. IL N'EXISTE PAS DE PLANTES CAPABLES DE FAIRE FONDRE LES GRAISSES... Savez-vous que le Fucus doit être utilisé avec beaucoup de précautions chez les personnes sous médicament pour la thyroide. Ce qui est souvent le cas chez ceux qui prennent du poids. Savez-vous que l'hamamelis, par son action vaso-constrictive, est fortement déconseillée à ceux qui souffrent d'hypertension. Savezvous que la reine des prés, par son action fluidifiante, est déconseillée aux patients sous anti-coagulants (sintron, marcoumar, aspirine cardio, etc.). Loin de nous l'idée de mettre en doute l'efficacité des plantes mais les affirmations illusoires décrites dans cette publicité font un tort considérable aux phytothérapeutes sérieux et discréditent complètement la phytothérapie. Avec de tels comportements irresponsables, monsieur Pascal Couchepin a eu tous les prétextes inespérés pour supprimer la phytothérapie de l'assurance de base. N Jean Jacques Descamps

Cadeaux ! Nous vous proposons d’offrir aux 20 (vingt) premières personnes qui téléphoneront au 021 626 04 41 un paquet de 50 g (soit environ 400 boutons) de bigaradier bio en provenance du Jardin de Jacky.

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À l’écoute de…

Lenouveausystème scolairedeBâle-Ville > France-Magazine : Daniel Goepfert, merci de bien vouloir accueillir France-Magazine afin de nous expliquer les changements du système scolaire de Bâle-Ville. Pourriez-vous d’abord nous faire un petit historique de l’Instruction Publique en Suisse ?

Daniel

Goepfert VICE-PRÉSIDENT DU GRAND CONSEIL DE BÂLE-VILLE LORS DE LA PROCHAINE RENTRÉE SCOLAIRE EN AOÛT 2011, LES ENFANTS NÉS APRÈS LE 30 AVRIL 2002 SUIVRONT UN NOUVEAU CURSUS. POURQUOI LE CANTON DE BÂLE-VILLE A-T-IL RÉFORMÉ SON SYSTÈME, QUELS SONT LES CHANGEMENTS ET COMMENT VONTILS AFFECTER LE FUTUR PARCOURS ÉTUDIANT, VOICI QUELQUES-UNES DES QUESTIONS AUXQUELLES DANIEL GOEPFERT, PROFESSEUR DE FRANÇAIS ET D’HISTOIRE ET VICE-PRÉSIDENT DU GRAND CONSEIL DU CANTON DE BÂLEVILLE A BIEN VOULU RÉPONDRE.

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Daniel Goepfert : le système scolaire suisse ressemble au système français. Au XIXe siècle, la Suisse a introduit, avec une avance de six ans sur Jules Ferry, son école publique, obligatoire, laïque et gratuite. Mais la grande différence entre la Suisse et la France, c’est que chez nous, ceci est réglé de manière cantonale avec… 26 systèmes différents et, bien sûr, 26 ministres cantonaux de l’Instruction Publique. Seules les Écoles Polytechniques, Zurich et Lausanne, sont gérées au niveau fédéral. Tout le reste est du ressort cantonal, que cela soit dans l’application comme dans le financement. Nous parlons ici de tous les enseignements, jardin d’enfant (maternelle), écoles primaires et secondaires I, secondaires II (lycées ou gymnases), universités, lycées professionnels, hautes écoles spécialisées, pour ne citer que les plus importantes. Les cantons sont autonomes là-dessus. > FM : Comment se différenciait le système bâlois par rapport aux 25 autres ? D. G. : Le Canton de Bâle-Ville a, jusqu’à ce jour, un système scolaire unique en Suisse. Nous avons 4 années d’école primaire, alors que les autres cantons en ont 5 ou 6, puis 3 ans d’école d’orientation (OS-Orientierungsschule), toutes catégories confondues, avec des enseignements avancés pour les mathématiques, l’allemand et le français afin de supporter les élèves qui en auraient nécessité. Passé ce cycle d’orientation, les élèves vont soit à l’école de formation (WBS-Weiterbildungsschule) qui dure 2 ans et prépare à un apprentissage soit au lycée qui dure 5 ans et prépare aux études supérieures. Mais il y a des problèmes avec la WBS. D’abord, c’est un cycle court de 2 ans, ce qui fait que beaucoup d’élèves ayant suivi ce cursus n’arrivent pas à décrocher un certificat et ont besoin d’une 10e ou 11e année pour y parvenir (seuls 25% y arrivent avec le cursus normal de 9 ans), ensuite, elle n’a pas bonne réputation. Pour ceux qui vont au lycée, ils ont ensuite le choix entre les Écoles Polytechniques, les Universités où les Hautes Écoles Spécialisées (HES) qui dispensent un enseignement plus pratique par rapport aux Universités. Malheureusement, l’apprentissage n’est pas assez estimé à BâleVille, bien qu’il soit une bonne option pour apprendre un métier, car tout le monde n’a pas envie de faire 5 ans de lycée et des études d’une même durée et aussi parce que nous avons introduit récem-

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À l’écoute de… ment une maturité professionnelle, examen qui qualifie ceux qui apprennent un métier et leur ouvre les portes des HES, pour se spécialiser dans telle ou telle branche (sciences de la vie, les TIC, le management, etc.) …et qui, très souvent, conduisent à de meilleures carrières car le cycle est plus rapide, il est axé sur la pratique, et les employeurs sont très demandeurs de ces ingénieurs qui ont déjà une première expérience de la vie professionnelle tout en ayant un bagage important de connaissances. Ce passage par les HES est très prisé dans les autres cantons, mais comme dit, insuffisamment reconnu à Bâle-Ville. > FM : Cela me semble beaucoup d’options pour un seul pays ; je peux imaginer que cela n’allait pas sans poser problème lorsque des familles déménageaient d’un canton à l’autre. Est-ce l’origine de la réforme ? Qu’est-ce qui va changer ?

à partir de 2013 avec changement de professeurs au milieu, ce qui n’était pas le cas jusqu’à présent. Ce qui est intéressant, c’est que dès le primaire, il y aura du français, à partir de la 3e année et puis de l’anglais en 5e année. Ceci est important pour les enfants francophones, car dès la 3e année de primaire, ils auront des cours dans leur langue maternelle. Les effectifs sont limités à 25 enfants par classe. Là aussi, l’école se trouve dans le quartier de la famille. Changement très important, les écoles d’orientation et de formation (OS et WBS) disparaissent complètement et sont remplacées par le degré secondaire I qui va durer 3 ans. Il y aura 3 filières, une filière à exigences élémentaires (appelée A-Zug, Allegemeine Bildung), une autre filière à exigences moyennes (appelée E-Zug, Erweiterte Kentnisse), et enfin, une dernière à exigences étendues (appelée P-Zug, ProGymnasium). La filière à exigences les plus élevées prépare normalement au passage vers une école de maturité. Toutes ces

D. G. : Effectivement. Même sans de grands déplacements, le simple fait de déménager d’une rue à l’autre, et donc de passer de BâleVille à Bâle-Campagne, par exemple, entraînait des changements dans la scolarité et dans les programmes suivis par les enfants concernés. Nous ne parlons pas ici de changements entre Zurich et Genève ou Bâle et le Tessin mais simplement d’une rue à l’autre ! En résumé, il n’y avait pas d’harmonie dans le programme scolaire suisse. C’est là qu’intervient le changement avec HarmoS. HarmoS est un nouveau concordat scolaire suisse issu de l’accord intercantonal sur l'harmonisation de la scolarité obligatoire. Il harmonise pour la première fois au niveau suisse la durée des degrés d'enseignement, leurs principaux objectifs et le passage de l'un à l'autre, tout en actualisant les dispositions du concordat scolaire de 1970 qui réglementent déjà uniformément l'âge d'entrée à l'école et la durée de la scolarité obligatoire. Les cantons prennent individuellement la décision d'adhérer au concordat. À ce jour, 15 cantons y ont adhéré. Le 21 mai 2006, les nouveaux articles constitutionnels sur la formation ont été acceptés par le peuple suisse, avec une majorité très Procédures d’adhésion au concordat HarmoS. nette de 86%, de même que par tous les cantons. Désormais, les autorités publiques (soit classes sont réunies dans la même école. Le les cantons ou, selon le degré de l'enseignement, la Confédération et passage d’une filière à l’autre est autorisé, les cantons) sont tenues par la Constitution de réglementer de masuivant les résultats. La répartition des nière uniforme partout en Suisse certains paramètres fondamentaux élèves dans les classes est de 16 dans la fide leur système éducatif. lière A, 23 dans la filière E et 25 dans la filière P. Un certificat de fin de cycle > FM : …et pour Bâle-Ville, cela signifiera beaucoup de sanctionne le degré secondaire I. changements ? Après l'école obligatoire, les adolescents passent au degré secondaire II qui va durer 4 D. G. : À Bâle-Ville tout va changer. Rien ne sera plus comme avant. ans. Le degré secondaire II est structuré en Pour le jardin d’enfant (maternelle), elle reste obligatoire à partir de voies de formation générale et de formation l’âge de 5 ans pour 2 années, mais l’entrée pourra être anticipée car professionnelle. Les écoles de formation géil est prévu de graduellement avancer l’âge d’une année d’ici à 2016. nérale sont les écoles de maturité (gymL’école se trouve dans le quartier de la famille, et les classes sont linases) et les écoles de culture générale mitées à 20 enfants. (ECG). La formation professionnelle peut Ensuite, le cycle primaire va passer à 6 ans (contre 4 ans auparavant)

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professionnel en entreprise avec un enseignement dans une école professionnelle et des cours interentreprises ou dans une école professionnelle à plein temps telle qu'une école de métiers ou autre école professionnelle dispensant un enseignement à plein temps. Pour les adolescents qui ne peuvent entamer directement une formation professionnelle, ni poursuivre leur scolarité dans une école du degré secondaire II, il reste la possibilité des offres transitoires telles que travail pratique en entreprise et enseignement général ou offres visant à l'intégration (cours destinés aux adolescents allophones parfois complétés par des stages). Cette réforme rallonge donc la scolarité d’une année et permet des cycles communs dans un même bâtiment plus longs que par le passé. À Bâle-Ville, tous les partis politiques soutiennent cette réforme. Cette réforme a pour but un meilleur découpage de la carrière scolaire, une meilleure harmonie nationale et surtout, pour notre Canton, la suppression du cycle court de 2 ans qui n’avait pas de bons résultats. > FM : Que se passera-t-il pour les enfants qui ne parlent pas l’allemand ? Est-ce que cela sera plus simple pour eux de s’intégrer et ne pas être pénalisés ?

D. G. : Dans un premier temps, le système devrait être plus cohérent avec les cycles des autres pays, tendant à ne pas pénaliser un enfant qui suivrait une partie de sa scolarité chez nous. Ensuite, le français et l’anglais font leur apparition au primaire, qui devrait permettre aux francophones et anglophones de pouvoir montrer leurs qualités plus précocement. Pour ceux qui ne parlent pas du tout allemand, Bâle-Ville a de grands avantages, déjà maintenant. Avant le jardin d’enfant, les enfants peuvent www.expatria-cum-patria.ch

fréquenter des structures préscolaires où l’allemand sera appris par immersion avec un encadrement pédagogique, ce qui est le meilleur moyen d’apprendre. Pour ceux qui sont déjà scolarisés, il y a toute une panoplie d’aide par le canton ; cela peut aller par des cours particuliers payés par le canton, des cours supplémentaires pour un groupe d’élèves d’une classe, voire pour toute une classe, s’il s’avérait que tous les élèves d’une classe ne maîtrisent pas bien l’allemand, les fameuses “Fremdsprachenklassen”. Le but de ces mesures étant de donner un niveau d’allemand correct à ces élèves tout en ne négligeant pas les autres matières. En règle générale, une année suffit, ce qui peut paraître étonnant pour nous adultes, mais les enfants apprennent vite ! > FM : Daniel Goepfert, ceci est fort utile pour comprendre ce qui est en train de changer au niveau de la scolarité suisse en général et bâloise en particulier. Y a-t-il une dernière précision que vous voudriez apporter ? D. G. : Si, je voudrais encourager les parents étrangers qui viennent s’installer à Bâle à envoyer leurs enfants dans les écoles d’État. Elles sont les plus qualifiées pour permettre aux enfants de suivre un cursus satisfaisant tout en s’intégrant à la vie associative du canton. Pour ceux qui sont anglophones, il y a possibilité, depuis cette année, de passer une maturité bilingue aux gymnases du Kirschgarten, Leonhard, et du Wirtschaftsgymnasium ainsi qu’au Gymnasium Münsterplatz, qui est reconnue à l’international. Donc, l’école publique du canton s’adapte aux nouvelles exigences de mobilité des familles qui travaillent dans des multinationales et continue de remplir son devoir premier d’un enseignement public, obligatoire, laïc et gratuit. N

Pour en savoir plus dassandri@bluewin.ch

>> être accomplie sous forme d'apprentissage

Pour plus de renseignements sur le programme bâlois : www.ed-bs.ch et www.edk.ch pour le programme HarmoS, ou directement auprès de M.Goepfert : daniel.goepfert@edubs.ch

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Didier Assandri


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Nature

La Fondation a pour buts dans ses articles de : Art. 4 - But : • Développer et promouvoir le “Lycée Français Maurice Druon - Genève”, en particulier dans les six cantons romands (Fribourg - Genève - Jura - Neuchâtel - Valais - Vaud) ; • De rassembler tous les Français de Romandie y compris les binationaux, dans un esprit oecuménique ; • De promouvoir la pensée, la culture et la langue française. • La Fondation peut effectuer toute opération se rapportant directement ou indirectement à son but. Art. 7 - Ressources : Les ressources de la fondation sont les revenus de ses avoirs et de ses activités, ainsi que tous les dons, legs, subventions et autres attributions, de quelque nature que ce soit, qu’elle recevra, mais que le conseil de fondation est libre de refuser. Les biens de la fondation doivent être placés conformément aux éventuelles dispositions légales en la matière.

Est-il besoin d’apporter les précisions suivantes : • Les comptes de la fondation sont controlés à chaque exercice annuel par un audit agréé & indépendant. • Chaque opération requiert la double signature. • Les comptes annuels de la fondation “Lycée français Maurice Druon - Genève” dûment audités paraîtront dans France Magazine tous les ans. Le Conseil de Fondation : Madame Sandra Coulibaly-Leroy, Madame Marie-Thérèse Clausen, Madame Danielle Vinet, Monsieur François Bellanger, Monsieur Jean-Pierre Capelli, Monsieur Nicolas de Ziegler, Monsieur Marceau Kaub, Monsieur Pierre Oliviéro & Monsieur Serge Cyril Vinet. Souhaiterait lancer un appel à Souscription à tous les citoyens français ou double-nationaux qui résident dans les six cantons romans, soucieux de se voir ériger le lycée français auquel ils aspirent depuis bien longtemps.

COMITE d’HONNEUR Favorable au projet du Lycée Monsieur Claude Hagège, professeur au Collège de France Madame Jacqueline de Romilly de l’Académie française Monsieur Christian Cabrol, membre de l’académie de médecine, professeur de médecine - Monsieur Dominique Paillé, ancien conseiller du Président de la République Madame Christine Arnothy, écrivain - Monsieur Philippe d’Estienne du Bourguet, industriel - Monsieur Robert Berghe, Directeur de l’École Valmont, Lausanne - Monsieur Philippe Dubois, chef d’état-major de la police vaudoise Monsieur Michel Charasse, ancien ministre, sénateur du



Puy de Dôme - Monsieur Jean-Claude Casadesus, Chef de l’orchestre national de Lille - Madame Nicole Guedj, ancien ministre, Conseiller d’Etat - Monsieur Pierre Bergé, mécène - Monsieur Alain Larcan, ancien président de l’Académie de médecine, président de la fondation scientifique du Général de Gaulle - Monsieur David Khayat, membre de l’Académie de médecine, professeur de médecine Monsieur Christian Poncelet, ancien ministre, ancien président du sénat, sénateur & président du Conseil Général des Vosges - Monsieur Paul Lombard, Avocat.

Bon de Souscription

Je soussigné, m’engage à contribuer personnellement à l’édification du Lycée Français Maurice Druon - Genève par un versement annuel d’un montant de 500 chf (Cinq Cents Francs) pour une durée de Cinq années (5 ans) sur le compte bancaire de la fondation en constitution du même nom. La construction du lycée s’élevant à 35 Millions de Francs suisses (35.000.000 chf) ; si le projet ne démarrait pas, les souscripteurs se verraient intégralement remboursés de leurs dons. Faut-il préciser que les dons uniques sont les bienvenus. Nom : ......................................................................Prénoms : ........................................Date de naissance :……………………………… Profession :........................................................................................................................Nombre d’enfants scolarisés :……………… Adresse : ........................................................................................Code & Ville :..............................................Signature : Banque Cantonale de Genève - N° de prestation : 501 795 54 Franc suisse - S. Vinet Rubrique LYCEE FRANCAIS MAURICE DRUON GENEVE - N° IBAN : CH 62 0078 8000 0501 79 554 N° BIC/SWIFT : BCGECHGGXXX - Clearing/CB : 788 - Uniquement par virement. À retouner dûment signé à Fondation Lycée français Maurice Druon - Résidence des Crêts de Cologny - Chemin des Hauts Crêts, 4 CH - 1223 COLOGNY

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Hommage

DeThucydide*à JacquelinedeRomilly *THOUKUDIDÈS EN GREC

Depuis quelque dix ans, je n'ai jamais été vers Sainte-Victoire sans me dire que c'était peut-être la dernière fois - ou en tout cas la dernière saison : il suffit d'un col de fémur cassé, ou d'une fatigue au cœur, et il faudra tirer un trait. Or, cette conscience, toujours latente, double ma joie, m'aidant à mieux regarder, afin de mieux me souvenir. Je sais bien qu'aucun souvenir ne me rendra l'éblouissement de la lumière ni la fraîcheur du vent. Je sais bien que, lorsque je penserai plus tard à l'ocre de la terre, je ne reverrai pas ces contrastes luxueux entre les rouges sombres et les bruns clairs, entre la discrétion de ces sols couleur de vieux bois et l'éclair arrogant des terres à bauxite. Non : cela sera perdu. Mais

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** “Sur les chemins de la Sainte Victoire” - 1988 - Éditions Julliard www.expatria-cum-patria.ch

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j'essaie. Et sans doute cette conscience d'une beauté qui va d'un moment à l'autre m'échapper, est-elle ce qui, aujourd'hui, m'incite plus que tout à écrire... Je sais de quoi je parle quand j'évoque, avec ferveur, les auteurs de la Grèce classique ; mais je le sais mieux encore quand il s'agit de ces collines. Je ne suis heureuse que là, et par elles. Je sais chaque amorce de sentier, et ceux qui aboutiront ou finiront perdus dans une broussaille impraticable. Je sais où soufflera le vent, où donnera le soleil, où chaque fleur aura des chances d'être déjà ou


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Hommage encore épanouie. Je connais jusqu'aux cicatrices du paysage ; j'ai vu les incendies qui l'ont ravagé et j'ai vu repousser les jeunes plants, beaucoup moins élevés que la végétation d'alentour ; j'ai vu les sentiers devenir des chemins, et parfois des routes. Il n'y a que la permanence de la beauté et son renouvellement qui, chaque fois, me surprennent. »** Sa vue faiblissant, elle emmagasinait tous les détails et les couleurs que la vie lui distillait. Cet esprit brillantissime, doté d'une mémoire prodigieuse, laissait éclater tout son talent lorsque armé, de la “dialektiké” (art de discuter) et de la “rhétoriké” (art de persuader par le discours), elle nous expliquait les vertus du polythéisme : « Si je commence par la religion, c'est d'abord parce qu'elle est invoquée à propos

de Socrate à qui l'on reproche de n'avoir pas eu les mêmes dieux que la Cité ; c'est aussi parce que dans l'ensemble de l'histoire, les idées de tolérance et d'intolérance ont, le plus souvent, été liées à des querelles religieuses. Eh bien ! Le polythéisme est certainement la forme de religion qui se prête le moins à l'intolérance. Les dieux multiples peuvent se partager entre des peuples divers. Dans Homère, les mêmes dieux se divisent entre Achéens et Troyens selon leur goût personnel, librement. Ils n'appartiennent pas à un des deux camps. Ce qui fait qu'on peut adopter éventuellement des cultes étrangers. On le faisait encore au Ve siècle à Athènes. Cela fait surtout que l'on peut reconnaître dans des dieux étrangers la traduction, l'équivalent de ses dieux propres. C'est ce que fait Hérodote, reconnaissant dans les dieux égyptiens des dieux grecs sous d'autres noms. Le principe est donc une ouverture absolument extraordinaire. Mais le principe est peut-être encore plus net dans le domaine politique. L'idée maîtresse de la démocratie à Athènes était le débat, c'est-à-dire la libre possibilité d'exprimer ses opinions et de ne pas avoir à en pâtir. D'autre part, dans l'éloge de la démocratie que l'on lit dans Thucydide, Périclès précise bien que le libéralisme, la tolérance veut qu'à Athènes, en dehors du respect des lois qui marquent une limite, on

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n'en veuille pas aux gens s'ils agissent à leur fantaisie et qu'on ne les brime pas pour cela, qu'on les laisse faire “anepachthôs” sans se plaindre. Démosthène dira de même qu'on se conduit dans Athènes en s'abstenant de faire grise mine à ceux qui pensent ou agissent d'une façon que l'on n'approuve pas tout à fait. Mais cela va plus loin que simplement la mine et l'expression. Il s'agit vraiment de tolérance et de comprendre la pensée d'autrui, de l'écouter et d'en tenir compte, quelle que soit l'opinion que l'on ait soi-même. Je trouve qu'une des plus belles expressions de ce principe se >>


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Hommage >> trouve dans l'Antigone de Sophocle, quand

le roi a pris sa décision et que son fils lui reproche son attitude et lui demande de tenir compte de l'opinion d'autrui en disant, par exemple : « Veux-tu donc parler seul, sans que l'on te réponde ? » et en précisant que s'il veut faire régner ce qu'il pense et uniquement cela, il serait bienfait « pour commander tout seul dans une Cité vide ». Le principe démocratique se confond ici avec le principe de la tolérance, même en tenant compte des limites que j'ai indiquées au début. Ceci, qui définit l'esprit grec par opposition aux Barbares

d'Asie, est sans doute le point de départ de notre sentiment si vif pour la tolérance. Mais si l'on trouve cet esprit dans la religion, dans la politique, même au temps de la Cité triomphante, c'est parce qu'il s'inscrivait dans une vision profonde de l'homme grec. Celui-ci voulait dominer l'esprit de querelle, de vengeance et introduire tout d'abord la justice puis, si possible, la douceur, l'équité, la compréhension. C'est le mouvement de l'Illiade qui s'achève par l'apaisement, quand Achille renonce à sa vengeance. C'est le mouvement de l'Orestie, où de crime en crime, on arrive enfin à l'instauration d'une justice qui arrête les crimes www.expatria-cum-patria.ch

et amène l'apaisement. Mais par-delà la justice, il s'agit de mieux comprendre l'autre (...) Ce sentiment de solidarité humaine qui se marque si fortement dans cette fin de l'Illiade sera la grande découverte de la pensée grecque dans les siècles qui suivent, et on aboutit à cette pensée de Ménandre : « Rien de ce qui est humain ne m'est étranger » (...) La preuve est faite en ce moment que nous avons encore besoin de telles leçons. » Jacqueline de Romilly Devant la multitude d'éloges consacrés à cette grande Helléniste qu'était Madame Jacqueline de Romilly, j'ai préféré, quant à moi, vous rappeler ses leçons « L'exemple des Grecs est vivant » sur la tolérance , la religion et la politique, datant de 1997. Née le 26 mars 1913, elle s'est éteinte le 18 décembre 2010 à 97 ans J'ai eu cet immense privilège d'échanger quelques écritures avec elle, notamment pour la réintroduction dans nos lycées du grec et du latin et puis ce “cadeau” qu'elle nous a adressé le 4 mars 2009, en acceptant d'être parmi nous dans le Comité d'Honneur de la “Fondation du Lycée Français Maurice Druon - Genève”. Merci Madame, je vous ai tant aimée. N SERGE CYRIL VINET

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Le billet de Dany

Dany Vinet

CETTE CITATION DE SIR WINSTON CHURCHILL, PARMI TANT D'AUTRES, ILLUSTRE PARFAITEMENT L'HUMOUR DONT IL ÉTAIT FRIAND ET DONT IL NE SE PRIVAIT EN RIEN, MÊME À L'ÉGARD DE CEUX QU'IL ESTIMAIT.

'est un dimanche matin, vers le milieu de l'année 1940. Winston Churchill, son légendaire chapeau vissé sur le crâne et son non moins célèbre Roméo Juliette calé entre ses dents, se rend à la permanence londonienne du chef de la France Libre. Vêtu d'un costume aux carreaux peu seyants, d'une chemise à rayures et d'un nœud papillon à petits pois, il entre dans le bureau du Général Charles de Gaulle, qui, assis derrière son bureau, l'aperçoit, lève la tête et lui lance : « Je ne savais pas que carnaval était commencé. » Du tac au tac, Winston Churchill lui rétorque : « Oh, je vous en prie, tout le monde n'a pas votre chance d'être déguisé en général inconnu !… » Que d'amour, mon Dieu, que d'Amour... « Si le Churchill des années 1940-1941 n'avait pas existé, on pourrait très bien imaginer un Hitler de plus de 80 ans, règnant aujourd'hui sur une grande Allemagne nazie qui s'étendrait de l'Atlantique à l'Oural, et qui sait, plus loin encore. » Cette évocation impressionnante datant de 1967 due à l'essayiste allemand Sébastian Haffner rend toute sa légitimité au vieux lion, diaboliquement pragmatique mais habité d'un humour typiquement britannique, pour ne pas dire corrosif. Provoquant, voire même narquois à l'égard de la gentry médicale, il mettait un point d'honneur à apprécier quotidiennement ses huit à dix cigares par jour ; agrémentant ses déjeûners et dîners où, merveilleux épicurien qu'il était, se délectait du plaisir avoué et hautement revendiqué en fin connaisseur des vins et spiritueux qu'il savourait abondamment avec délectation. Et, dans on art consommé de vous lancer : « La politique est plus dangereuse que la

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Lavie ? Le voyage vaut la peine d’être fait une fois

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Le billet de Dany guerre… À la guerre, vous ne pouvez être tué qu'une seule fois. En politique, plusieurs fois. » Ou, entre deux volutes de ses La Aroma de Cuba (introuvables aujourd'hui) : « Quand on doit tuer quelqu'un, ça ne coûte rien d'être poli. » En pénétrant dans la belle demeure du Kent, Chartwell, le manoir de Sir Winston Churchill devenu propriété de la Nation Britannique, vous êtes saisi par un coupe-cigare. Au beau milieu de sa table de travail entre des clichés familiaux et quelques statuettes, aucune des photographies privées ou publiques, aucun des portraits peints ou dessinés confidentiels ou officiels ne nous présentent Winston Churchill sans son cigare. Aux yeux du monde, comme Charlie Chaplin avec son chapeau, Il est impossible de se remémorer Winston Churchill sans son cigare. Le coupe-cigare trône et prend toute sa notoriété. Adulé et décoré par bon nombre de Nations pour des exploits militaires répertori��s sur quatre guerres, cet écrivain-historien reconnu, honoré du Prix Nobel, était aussi un remarquable joueur de polo. Ce véritable gentleman, excellent peintre et artisan averti, était avant tout, un amoureux inconditionnel des plaisirs de la vie. Il concentrait son indomptable énergie à tout savourer. Aimant tellement le champagne, servi midi et soir à Chartwell, qu'il donna le nom de sa maison préférée à l'un de ses chevaux de courses, Pol Roger. Il est vrai que la maison champenoise lui offrit en retour son nom au meilleur millésime. Le Johnnie Walker était coutumier des lieux comme le cognac Hine. Il ne fut surpris que très rarement dans un état d'ébriété avancé, mais malgré cela, ses facultés demeuraient intactes. Un soir, il dînait chez son gendre, Sir Christopher Soames ; ce dernier, voyant que Winston Churchill s'assoupissait vers la fin du dîner, l'interpella devant ses invités afin de le tirer momentanément de son état… léthargique. Il l'interrogea sur le choix de l'homme politique qu'il préférerait parmi tous ceux qu'il avait côtoyés tout au long de sa longue carrière. Winston lui fit connaître sa préférence en la personne de Mussolini. Interloqué, Sir Christopher, insista sur les raisons de cette réponse. Churchill lui répondit : « Parce qu'il a tué son gendre ! » Une autre fois, côtoyant l'ivresse plus que d'habitude, une dame lui fit remarquer en

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public : « Mais vous êtes ivre ! » « Oui, susurra-t-il, et vous, vous êtes laide ; mais demain, moi je serai de nouveau sobre. » Curieusement, c'est un incident qui décida l'initiation au cigare de Winston Churchill. Il débarqua en 1895 sur la Havane avec un camarade officier, en pleine rébellion cubaine contre l'Empire espagnol. Devant l'impossibilité de quitter Cuba, ils furent contraints de passer quelques jours dans l'un des meilleurs hôtels de la ville, se satisfaisant des meilleurs produits locaux : les cigares et les oranges. Depuis ce séjour, il ne se sépara jamais de ses cigares cubains et s'assurait d'en avoir où qu'il soit, à portée de la main. Même pendant les années difficiles, ses stocks étaient constamment approvisionnés par des fournisseurs réguliers. Chartwell recélait en permanence quelque 4 000 cigares dans une pièce parfaitement chambrée, tout près de son bureau, classés par boîtes étiquetées “Gros”, “Petit”, “Enveloppé” ou “Nu”. A l'instar des vrais fumeurs de cigares, il ne les terminait jamais complètement. Les laissant s'éteindre, il préférait les mâcher. Cette fin de cigare émiettait le bout du cigare. Il inventa une bande de papier brun, collée à une extrémité et la baptisa “Les belly-bandos”. Ce procédé, selon lui, devait lui permettre d'assurer sa consommation quotidienne en lui préservant sa santé... Il humidifiait le pied du cigare avant d'y faire un trou à l'aide d'une allumette extra longue qu'il recevait du Canada. Il soufflait à travers le cigare pour s'assurer du tirage et l'allumait avec une bougie, voire même le rallumait si le cigare s'éteignait. Muni de son cendrier favori en argent, ce dernier avait la forme d'une pagode. Légèrement incurvée en son sommet, il y déposait l'objet du délit, et l'emportait constamment en voyage au moyen d'une mallette spécialement conçue pour lui. Cet homme remarquable, d'une autre époque, à qui l'Angleterre doit tant, possédait de multiple talents. A Chartwell, on est surpris par les capacités exprimées en peinture de Winston Churchill. Plusieurs œuvres, témoignent de sa passion et y sont exposées. Pour conclure, je ne puis résister à l’envie de vous délivrer quelques dernières pensées pleines de vérité : « Le succès c'est d'aller d'échec en échec sans jamais perdre son enthousiasme ». « Agissez comme s'il était impossible d'échouer. » N


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Exposition

Fig. 1 : Le Roman de la Rose, manuscrit parisien, 1353, Bibliothèque de Genève. © BGE

A BILBAO, LE MUSEE DES BEAUX-ARTS DEVOILE LES NUANCES ET CONTRADICTIONS DE LA CONDITION FEMININE A L'EPOQUE GOTHIQUE, OFFRANT PLUS D'UN PARALLELE AVEC LA SITUATION ACTUELLE DES FEMMES.

Imagesdela

femme àlafindu MoyenÂge

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Exposition avait fait sculpter sur le fronton de son palais brugeois. Le parcours s'organise en six grandes sections thématiques, qui montrent à travers peintures, sculptures et objets d'art la diversité des rôles féminins entre le XIIIe et le XVe siècle. Il en résulte un ensemble surprenant et des images contrastées, qui vont de la louange à la misogynie. La présentation débute par la Vierge Marie, le modèle féminin par excellence dans la société médiévale. Mais en tant que vierge, mère et reine du Ciel, le modèle était contradictoire et impossible à suivre. Pour les théologiens médiévaux, la femme est d'égale dignité avec l'homme. Pourtant, les clercs, hommes de religion et d'Eglise, rédigeaient des textes qui en donnaient une image négative, faisant remonter à Eve, la première pécheresse, la source des défauts féminins présumés. Toutefois, cette littér a t u r e misoFig. 2 : Valve de miroir, La cour du dieu Amour, ivoire parisien, vers 1310-1330, Paris, musée du Louvre. © RMN/Daniel Arnaudet

Fig. 3 : Plateau de noces, Le Triomphe de l'amour, Florence, vers 1453-1455, Londres, National Gallery. © Nat.Gallery

’exposition propose un corpus vaste et varié d'objets d’art représentant des femmes ou les symbolisant. Toute une iconographie occultée jusqu’ici pour des raisons morales apparaît aujourd’hui grâce à un regard contemporain sans préjugé. Le titre "Plus est en vous" invite les visiteurs à dépasser les images stéréotypées de la femme médiévale que la période romantique a laissées – dames mises sur un piédestal, adulées mais inatteignables, ou ne pouvant choisir leur mari, ou dépourvues de biens propres, ou encore cloîtrées et contraintes à porter une ceinture de chasteté pendant les absences de leur époux. "Plus est en vous" est la devise que Louis de Bruges, célèbre collectionneur de manuscrits et amateur d'art éclairé au XVe siècle,

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g y n e émanait d'hommes qui devaient se détourner des plaisirs de la chair, leur statut leur imposant célibat et chasteté. Une grande partie des objets d'art profane de cette période mettent en scène une autre

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dame idéalisée, celle de la poésie courtoise et la fin'amor. L'une des sources des scènes galantes est le célèbre Roman de la Rose, dont un exemplaire est exposé à Bilbao (fig. 1). Les scènes d'amour et de séduction sont représentées sur des manuscrits, des coffres et coffrets, des pièces d'orfèvrerie, des tapisseries et aumônières. La valve de miroir conservée au Louvre (fig. 2) transpose en personnages les allégories du Roman de la Rose. Entre les joies de ce monde que l'homme aime à partager avec une femme et les conventions voulues par la société, les épisodes montrés sur les œuvres mènent en fait à une institution essentielle pour la femme médiévale, celle du mariage. Les tapisseries, ainsi que les grands coffres et coffrets sculptés exposés, témoignent d'une revalorisation du mariage, jusqu'alors en crise du fait des contradictions contenues dans l'idéal courtois (le couple, mais sans le mariage). Au XVe siècle, la société et l'art du Moyen Age traversent de profonds changements, qui mèneront progressivement à la Renaissance. Les valeurs courtoises de loyauté, honneur et fidélité ont disparu, mais noblesse et classe marchande aisée lui restent attachées. Avec une certaine nostalgie de cette période, les patrons commandent alors aux artistes des œuvres qui tentent de concilier les anciennes valeurs et les réalités du mariage. Les cadeaux du mari à l'épouse glorifient certes la valeur de l'amour dans l'union conjugale. Mais ils contiennent aussi des avertissements contre un pouvoir féminin excessif, à l'exemple de Phyllis qui subjugue le célèbre philosophe grec Aristote et le monte comme un animal, ou de Dalila, qui www.expatria-cum-patria.ch

Fig. 4 : Devant de coffre, Grisélidis, l'épouse soumise, Florence, vers 1450, Bergame, Accademia Carrara. © Comune de Bergamo-Acc.Carrara

Fig. 5 : Maison de prostitution, manuscrit flamand "Faits et dits mémorables, vers 1470, Paris, Bibliothèque de l'Arsenal. © BNF séduit Samson et lui enlève le secret de sa force exceptionnelle, résidant dans sa chevelure (fig. 3). Les traités d'éducation et les prédications de certains hommes d'Eglise donnent à voir la femme idéale comme pieuse, chaste, pudique et obéissante. Le succès de l'histoire de Grisélidis, jeune et humble paysanne, qui se marie avec le marquis de Saluces et doit endurer les pires humiliations de son époux, montrent la soumission que l'homme attendait de sa moitié dans le couple (fig. 4). L'exposition aborde également le thème des plaisirs charnels à travers des objets qui peuvent les évoquer à nos yeux contemporains. C'est de nouveau une vision en

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Fig. 6 : Coffret L'amour charnel, Rhin supérieur, vers 1400, VillingenSchwenningen. © Franziskanermuseum

nuances qui se dessine, oscillant entre l'érotisme raffiné issu de la tradition courtoise et une réalité plus crue (fig. 5). Les deux coexistaient, dans une liberté et une impudeur qui peut paraître surprenante de nos jours. Des œuvres à réputation sulfureuse, comme l'insigne érotique, la ceinture de chasteté et les fabliaux à thème grivois sont l'anthithèse de l'idéalisation de la dame de la littérature courtoise. A sa manière, l'art médiéval a laissé des images où le désir érotique féminin n'était pas omis, comme on peut le voir sur un épisode sculpté sur un coffret allemand : une dame en robe élégante s'est em-

les voit artisanes, commerçantes, chefs d'entreprise ou chefs de famille en l'absence de leur époux ou à sa mort. Mais l'on constate aussi les restrictions à leur essor professionnel (interdiction d'exercer les métiers de juristes ou de médecins par exemple), la faiblesse des salaires féminins et le manque de reconnaissance officielle de leur travail. A cette époque apparaît également la première femme-écrivain professionnelle de langue française, Christine de Pizan. Un de ses livres, La Cité des Dames, est exposé à Bilbao (fig. 7). Avec des questions comme « Faut-il croire les hommes quand ils affir-

parée d'un pénis, qu'elle tient dans sa main gauche, et en cueille un autre du miraculeux arbre aux phallus (fig. 6). Les autres scènes du coffret traitent aussi du thème de la sexualité masculine sous le contrôle féminin. Les femmes au travail, provenant des différentes classes sociales, occupent un autre secteur de l'exposition. Les œuvres soulignent leur rôle économique à la maison, aux champs et dans les villes. Au XVe siècle, on

ment que les femmes n'ont que de faibles capacités intellectuelles ? » ou celles relatives à la différence d'éducation et d'instruction des filles par rapport aux garçons, Christine de Pizan posait, sans le savoir, la première pierre d'un long débat, qui n'a rien perdu de son actualité. Dans les faits, la condition féminine à la fin du Moyen Age est déterminée par la théologie et par le droit. Dans un manuel de droit, on découvre son statut juridique à l'époque

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gothique. Si l'inégalité entre les deux sexes est avérée, les femmes bénéficient d'une protection juridique certaine. Elles peuvent être détentrices de seigneuries et exercer des pouvoirs équivalents à ceux des hommes. Les différents statuts sociaux féminins sont étudiés : la religieuse, les situations autour du mariage (l'épouse, la femme dotée, hors mariage, la veuve, la femme d'affaires). Il en résulte des images contrastées et ambivalentes. Au quotidien, la femme n'a cessé de s'échapper du cadre dans lequel la société tentait de l'enfermer. Au sein de la maisonnée, elle faisait usage de contre-pouvoirs grâce à ses connaissances en cuisine, en botanique et en diététique. Le manuscrit Les quinze Joies du mariage, dont il n'existe que quatre exemplaires au monde et dont un est exposé pour la première fois, relate les astuces du contre-pouvoir féminin et la niaiserie des maris qui se laissent berner. D'autres œuvres présentées révèlent que l'art et la littérature du Moyen Age oscillent entre la valorisation et la dévalorisation de la gent fémine. Si l'arsenal idéologique des clercs misogynes a alimenté les visions négatives de la femme, l'étude des images sur les œuvres d'art témoigne souvent d'une vision positive. Pendant les trois derniers siècles du Moyen Age, ces dernières furent en grande partie réalisées par des hommes, et l'histoire écrite par eux. Toutefois, la fille d'Eve y est omniprésente. La fin de la période médiévale est marquée par une amélioration de son statut dans le mariage et dans la famille. En dépit de certaines restrictions, la femme médiévale s'avère plus libre que celle de la

Corinne Charles DOCTEUR EN HISTOIRE DE L’ART

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période suivante, la Renaissance. Cette exposition, conçue sans frontière géopolitique, a bénéficié de prêts provenant des plus grands musées européens. Quant aux œuvres choisies, elles furent réalisées dans divers centres artistiques majeurs de la période gothique : Allemagne, Belgique, Espagne, France, Italie, Pays-Bas du Sud et Suisse. A Bilbao, les visiteurs auront ainsi l'occasion de découvrir une sélection d'objets rares, peu ou pas étudiés jusqu’à présent. N

Fig. 7 : La Cité des Dames, Christine de Pizan, manuscrit français, vers 1450-1480, Bibliothèque de Genève. © BGE

L’exposition “Plus est en vous.” Images de la femme au Moyen Age (XIIIe - XVe siècles) Jusqu’au 15 mai 2011 à Bilbao Musée des Beaux-Arts - Museo de Bellas Artes de Bilbao Museo Plaza 2 • E - 48011 Bilbao Heures d’ouverture : mardi-dimanche 10 - 20 h.

Le catalogue “Plus est en vous.” Images de la femme au Moyen Age (XIIIe - XVe siècles) sous la direction de Corinne Charles. Textes en espagnol et en français, env. 600 pages et 250 illustrations en couleur. Visites par la commissaire de l'exposition, Corinne Charles. Renseignements sur demande : abecedart@sunrise.ch

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Pourmieux“voir”

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(suite)

VOUS CROYEZ CONNAÎTRE GENÈVE ? VOUS ÊTES UN VIEUX GENEVOIS, UNE GENEVOISE ÉRUDITE, QUI REVENDIQUENT TOUT SAVOIR SUR LEUR VILLE ? VOUS ÊTES UN VISITEUR OCCASIONNEL DE LA CITÉ DE CALVIN ? UN TOURISTE PLUS CURIEUX QUE LES AUTRES ? LE GUIDE GENÈVE INSOLITE ET SECRÈTE, QUE VIENT DE PUBLIER CHRISTIAN VELLAS AUX ÉDITIONS JONGLEZ, VA VOUS SURPRENDRE. NOUS AVONS DÉJÀ PRÉSENTÉ CET OUVRAGE DANS LES N° 30 (AUTOMNE 2010) ET 31 (HIVER 2010) DE FRANCE MAGAZINE. VOICI À NOUVEAU DEUX SUJETS ÉTONNANTS SUR LA CENTAINE QUE COMPTE CE GUIDE, QUI DEVRAIENT VOUS INCITER À VISITER GENÈVE DE MANIÈRE PLUS APPROFONDIE ET SORTIR DES SENTIERS TOURISTIQUES TROP BATTUS.

Juliette Drouet toute nue aux Bastions e promeneur distrait s’attardera peu autour du buste d’Augustin-Pyrame de Candolle dans le Parc des Bastions. Certes, cet auguste personnage est le fondateur du Jardin botanique et planta dans ces terrains alors marécageux, en 1818, tout un catalogue d’essences rares. Arboretum transféré en 1904 sur de plus vastes espaces, route de Lausanne, à la sortie de la ville. Ce promeneur devrait pourtant s’intéresser au décor gravé sur le piédestal. Quatre danseuses, escortées d’angelots jouflus, tournoient gaiement autour du buste sévère. Mignonnes ces danseuses, peu ou pas vêtues ! Le tout est l’œuvre du sculpteur James Pradier. Et qui est la jeune fille qui a posé pour cette ronde ? Sa jeune maîtresse 2 d’alors, Juliette Drouet. Celle-ci va tomber enceinte et mettra au monde, en 1828, une fille, nommée Claire. Pradier, qui doutait peut-être d’être le père, chasse la mère et son enfant. Ce qui indigne son ami Victor Hugo, qui obligera Pradier à reconnaître la petite Claire deux ans plus tard. Hugo prenant le rôle de parrain. Il est vrai que Juliette était à présent dans le lit de l’écrivain. Elle n’y restera qu’un temps, mais Hugo ne l’abandonnera jamais et l’aidera toute sa vie.

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Pradier aimait trop les jeunes filles Que devint James Pradier ? Toujours amateur de chair fraîche, il meurt d’une crise cardiaque à l’âge de 62 ans, en 1852, lors d’un déjeuner sur l’herbe en compagnie d’une adolescente de 16 ans, Adeline. N www.expatria-cum-patria.ch

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3 1 Juliette Drouet virevoltant sur le socle de Candolle. 2 James Pradier. 3 Le buste d’AugustinPyrame de Candolle dans le parc des Bastions.


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Le Passage Muret bouché et cadenassé e Passage de Monetier, entre la rue du Perron et la rue des Barrières, se prolongeait autrefois par le Passage du Muret – ou Mouret – en direction de la rue de la Fontaine (jadis rue du Boule). Il en reste des traces, notamment sur la terrasse Agrippad’Aubigné, où une galerie aujourd’hui murée longe le mur de clôture de l’ancienne prison de l’évêché. Si on a la curiosité de regarder par l’étroite grille qui l’éclaire à la mi-parcours, on aperçoit quelques marches d’escalier, coupant la dénivellation. Cette courte galerie s’achève par une porte de fer rouillée. De là, elle plongeait par un escalier fort raide jusqu’à la rue de la Fontaine, où l’on remarque son accès muré sous un lierre épais. Il est frappant de comparer les lieux actuels avec ceux qui sont représentés sur une vue d’avant 1924. Un bâtiment de trois étages était

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alors construit sur le passage Muret. La massive prison de l’Évêché occupait tout l’arrière de cet espace depuis 1842, quand elle prit la place des anciennes résidences des évêques. Cette prison fut désaffectée en 1914 et finalement rasée en 1940. Avant 1842, le passage Muret était à ciel ouvert. Selon la tradition, c’est par cette issue que le dernier évêque de Genève, Pierre de la Baume, se serait enfui nuitamment en 1533. Les envahisseurs d’espace sont là ! On remarque, au-dessus de la porte cadenassée de la terrasse Agrippa-d’Aubigné, à hauteur du lampadaire, une curieuse mosaïque semblant représenter une tête avec deux yeux noirs. De quoi s’agit-il ? Depuis les années 1990, Space Invaders, un célèbre jeu vidéo développé en 1978 par la société japonaise Taito, est détourné par Invader, un artiste street français. Celui-ci assimile ces carrés de mosaïque à du pixel numérique et cimente ses compositions sur les murs des villes, dans le monde entier. Cet “envahisseur” opère dans la plus grande discrétion ! Quelques dizaines de ces figurines sont ainsi répertoriées à Genève. On les découvre notamment sous le pont des Bergues, place de la Synagogue, rue de l’Arquebuse, derrière la gare Cornavin, place du Cirque, place Bel-Air... Toutes difféChristian Vellas rentes, toutes uniques. N

1 1 Une porte rouillée ferme l’ancien passage du Muret. Dans le cercle rouge, la mosaïque clandestine d’Invader. 2 La porte murée d’ou s’échappa l’évêque Pierre de la Baume. 2

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christian.vellas@gmail.com

LE DERNIER ÉVÊQUE DE GENÈVE L’A EMPRUNTÉ POUR FUIR


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Les carnets de voyage de Kathereen Abhervé

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CETTE NOBLE INSTITUTION PLUS QUE CENTENAIRE, BÂTIE AU PIED DE LA VIEILLE-VILLE DE GENÈVE, A TROUVÉ DEPUIS PLUSIEURS DÉCENNIES, GRÂCE À DES DIRECTEURS D'ENVERGURE, SA PLACE PARMI LES PLUS GRANDS THÉÂTRES LYRIQUES EUROPÉENS.

GrandThéâtredeGenève vousétaitconté? www.expatria-cum-patria.ch

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Grand Théâtre de Genève. Place de Neuve Photo : GTG / Mario del Curto

Pas de théâtre chez les réformateurs Si la ville de Genève peut s'enorgueillir de posséder l'une des plus anciennes universités du monde, il n'en va pas de même pour son opéra dont la construction fut très longtemps freinée par les calvinistes. L'arrivée de Voltaire à Genève et son établissement au cœur de la cité dès 1755, a apporté un souffle nouveau à la vie culturelle brimée pendant des siècles par la rigueur de l'Église réformée. Dans sa demeure genevoise des Délices, aujourd'hui transformée en musée dédié à son illustre propriétaire, le philosophe français organisait rencontres, représentations théâtrales et divertissements.

Ceci incita sans doute les autorités, en quête de distraction pour les soldats étrangers venus maintenir l'ordre, à accepter la construction d'une salle de spectacle malgré les craintes de Jean-Jacques Rousseau qui, en 1758, écrivait : « Avec quelle avidité la jeunesse, d'ailleurs bons citoyens, n'attendent-ils que le moment de favoriser l'établissement d'un théâtre, croyant rendre service à la patrie et au genre humain. » (Lettre à d'Alembert) Le premier ancêtre du Grand Théâtre Finalement, en 1766, un petit théâtre en bois, le Théâtre de Rosimond, sort de terre entre l'actuelle promenade des Bastions, nom donné aux remparts de la Vieille-Ville, et la porte Neuve sur l'emplacement de laquelle trône aujourd'hui la statue équestre du général Dufour. Dans ce petit théâtre de 800 places, appelé aussi la « Grange des étrangers », se donnaient comédies et opéras-comiques éclairés aux

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Les carnets de voyage de Kathereen Abhervé >> chandelles. Furent-elles à l'origine du

Neuve fut démoli en 1880 quelques mois après l'achèvement d'un troisième théâtre construit dans le même périmètre.

Le Théâtre de Neuve Quinze ans plus tard, un nouveau théâtre, en pierre cette fois, est construit à l'angle de

Le Grand Théâtre n'usurpe pas son nom L'édification d'un nouveau théâtre plus spacieux, plus en conformité avec le prestige grandissant de la ville et en meilleure adéquation avec les goûts de la grande bourgeoisie genevoise de la seconde moitié du XIXe siècle, préoccupait la municipalité depuis plusieurs décennies. Après de nombreuses tergiversations dues au coût énorme d'une telle construction, les travaux purent commencer en janvier 1875, grâce à l'héritage inespéré du duc Charles de Brunswick, qui mourut en 1873, léguant sa fortune à la Ville de Genève. D'après les plans du peintre

sinistre qui anéantit le théâtre une nuit de janvier 1768 ? Ou s'agissait-il plutôt, comme le sous-entendait Voltaire, d'un incendie criminel : « Les Genevois ont brûlé le théâtre de ce pauvre Rosimond. Que ne brûleraient-ils celui de Paris ! Je n'aime pas les incendiaires, cela peut aller loin. »

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l'actuel Parc des Bastions et de la rue de la Croix-Rouge. Mais la scène et la fosse d'orchestre s'avérèrent rapidement trop exiguës pour accueillir des spectacles dignes de la plus grande ville de Suisse. Inauguré en octobre 1783 avec la représentation du Jeu de l'amour et du hasard de Marivaux, le Théâtre de Neuve, du nom de la porte sud de la ville qui sera démolie en 1853, réservé en priorité aux officiers étrangers et aux actionnaires, pouvait recevoir 1 100 spectateurs dont 940 assis ! Durant la période troublée de la Révolution, il dut fermer à plusieurs reprises. En 1792, il servit de lieu de réunion à un club révolutionnaire et fut même transformé en filature de coton... Après le départ des troupes d'occupation française en 1798, le Théâtre de Neuve rouvrit quelque temps, puis définitivement en 1817 avec des programmations où se mêlaient vaudevilles, ballets, comédies, opérettes et les grands opéras de l'époque signés Donizetti, Rossini et Weber, quoique le public préférât le répertoire français, léger de préférence. Les opéras de Meyerbeer, d'Auber et de Gounod y furent programmés et Faust y remporta un succès constant, mais pas autant que La Fille de Madame Angot, célèbre opéra-comique de Charles Lecocq. Les plus grands danseurs de l'époque comme Isadora Duncan, Nijinski et les Ballets russes s'y produisirent. Le Théâtre de www.expatria-cum-patria.ch

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1. Machiniste-cintrier en passerelle de cintres, 1949 Photo : Archives GTG/ Freddy Bertrand. 2. Incendie, 1er mai 1951. Photo : Archives GTG/ Freddy Bertrand. 3. Grand Théâtre de Genève, reconstruction. Photo : G. Schmocker/ R. Bélissard. 4. Tobias Richter, directeur général du Grand Théâtre de Genève. Photo : GTG / Odile Meylan. 5. Die Lustige Witwe de Franz Lehár, décembre 2010. Mise en scène Christof Loy. Direction musicale : Rainer Mühlbach Photo : GTG / Monika Rittershauss. 6. Chœur fixe du Grand Théâtre de Genève. Photo : GTG / Omar Garrido.

genevois Henri Silvestre, remaniés par l'architecte Jacques-Élisée Goss, le Grand Théâtre fut construit sur un vaste terrain de 3 000 m2 offert par l'État de Genève. Situé sur les anciens fossés de la ville, entre le Musée Rath édifié en 1826 et le Conservatoire de Musique achevé en 1858, face au Parc des Bastions – premier jardin botanique ouvert à la population en 1817-, le Grand Théâtre fut inauguré triomphalement en octobre 1879 avec l'opéra Guillaume Tell de Rossini.

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L'équipement de la scène, invisible des spectateurs, a également profité de cette résurrection qui a permis de construire une cage de scène, plus couramment appelé cintres, de 30 mètres de haut accueillant une cinquantaine de perches ou équipes capables de soulever toiles peintes et décors de plusieurs tonnes. Le plateau, le plus grand de Suisse, n'ayant pas échappé à cette transformation, fut équipé de 6 ponts de scène de 17 tonnes chacun, montés sur vérins hydrauliques pouvant descendre jusqu'à 13 mètres de profondeur afin d'escamoter un décor complet en quelques secondes. Ainsi métamorphosé, le Grand Théâtre, placé sous la direction du metteur en scène Marcel Lamy, fut inauguré le 10 décembre 1962 avec la version française de l'opéra Don Carlo de Verdi.

Les saisons s'y succédèrent avec bonheur et ce nouveau théâtre à la pointe du progrès technique devint l'une des scènes lyriques les plus renommées d'Europe. Ce bâtiment en pierre de taille et molasse, dont la façade monumentale embellie de colonnes, balcons, bustes et sculptures allégoriques taillées dans le marbre blanc comme l'ensemble dominant le fronton sommital, est de style Second Empire. De l'intérieur somptueux réalisé par de nombreux artistes, peintres et sculpteurs de l'époque, il ne reste qu'un magnifique escalier de marbre à double volée conduisant à un foyer de style Louis XIV, richement décoré, dont les ors, lustres de cristal et grands miroirs rappellent par leur splendeur, la célèbre galerie d'Apollon du Louvre. La salle de spectacle, à l'italienne, au luxueux décor, surmontée d'une coupole centrale, fut détruite, tout comme la scène et la fosse d'orchestre, la machinerie et les cintres, par l'incendie qui dévasta le Grand Théâtre, le 1er mai 1951, lors d'une répétition de La Walkyrie de Wagner. Le théâtre resta fermé 10 ans. Le renouveau Ce désastre a eu toutefois l'avantage d'amener les acteurs de la reconstruction à reconsidérer l'architecture de la salle et à moderniser l'équipement de la scène. Des problèmes financiers et politiques retardèrent les travaux qui ne commencèrent qu'en 1958 sous la direction de l'architecte milanais Marcello Zavelani-Rossi et du Genevois Charles Schopfer. L'aménagement intérieur avait été confié au pein-

Des directeurs d'envergure Après le passage rapide (1962-1965) du premier directeur, qui eut tout de même le temps de signer une douzaine de produc5

tre et décorateur d'origine polonaise, Jacek Stryjenski qui mourut prématurément avant d'avoir pu achever son œuvre dont l'exécution fut confiée à Albert Cingria et Georges Tamarasco. L'ancienne salle à l'italienne richement décorée fut remplacée par une salle de spectacle de conception nouvelle, dite à l'allemande, offrant aux 1 500 spectateurs répartis sur deux balcons et un vaste amphithéâtre disposés face à la scène, une visibilité totale quelle que soit la place. Les murs entièrement recouverts de bois de palissandre, un bois exotique encore autorisé dans les années 60, garantissent une acoustique exceptionnelle et confèrent à la salle une certaine sobriété contrastant avec la richesse du plafond métallique concave conçu par Jacek Stryjenski. Constitué de plaques d'aluminium rehaussées de feuilles d'or et d'argent, la voûte du plafond percée d'orifices lumineux en verre de Murano évoque, par sa spirale étoilée, la voix lactée. Prolongeant à la verticale cet impressionnant toit de métal, un monumental rideau de fer de près de 17 tonnes permet de fermer l'espace scénique.

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tions, la direction générale resta jusqu'en 1980, aux mains de metteurs en scène tels que Herbert Graf (1965-1973) et Jean-Claude Riber (1973-1980) qui produisirent plus de 50 spectacles. Ancien adjoint de Rolf Liebermann à l'Opéra national de Paris, Hugues Gall leur succéda durant une quinzaine d'années (1980-1995) avant de retourner à la barre du grand vaisseau parisien. Renée Auphan, ancienne cantatrice, le remplaça aux commandes de l'institution (2001-2009) qu'elle abandonna à Jean-Marie Blanchard, pour diriger l'Opéra de Marseille. Lui-même ayant acquis une très grande expérience du monde lyrique, comme directeur de l'Opéra de Nancy et Lorraine et administrateur de l'Opéra Bastille à Paris, prit la direction du

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Les carnets de voyage de Kathereen Abhervé >> Grand Théâtre avec l'ambition de le mainte-

nir au niveau de ses prédécesseurs. Ce qu'il fit brillamment durant huit ans, hissant la scène lyrique genevoise à un plan encore jamais atteint. La direction générale est assurée depuis septembre 2009, par Tobias Richter qui connaît lui aussi très bien le monde lyrique, pour avoir présidé aux destinés de l'opéra de Kassel, Brême et Düsseldorf, tout en poursuivant une importante carrière de metteur en scène sur les plus grandes scènes lyriques, par ailleurs commencée en 1972, à Genève. Fils du célèbre chef d'orchestre, organiste et chef de chœur Karl Richter, l'actuel directeur du Grand Théâtre, qui est également aux commandes du Septembre Musical de Montreux-Vevey, est bien décidé à maintenir le Grand Théâtre au nombre des grandes scènes lyriques internationales. Ses priorités : renouveler le répertoire avec des ouvrages peu joués à Genève et conserver une place à la musique contemporaine.

la reconstruction d'une partie importante du Grand Théâtre en 1962, l'institution se dota d'un chœur composé de 46 chanteurs de diverses nationalités, capable de participer à toutes ses productions lyriques. Plusieurs chefs de renom s'y sont succédé et la Coréenne Ching-Lien Wu le dirige depuis juillet 2001, avec beaucoup de talent. Cette résurrection s'accompagna également de la création d'une 7. Grand Théâtre de Genève, le foyer central, miroir. Photo : GTG / Carole Parodi. 8. Grand Théâtre de Genève, le foyer central. Photo : GTG / Carole Parodi. 9. La salle, le plafond et le rideau de feu de Jacek Stryjenski. Photo : GTG / Carole Parodi. 10. Services des Habilleuses. Production : Coppélia - BFM - décembre 2006. Photo : GTG / Ariane Arlotti. 11. A l’atelier perruques, maquillage avant l’entrée en scène. Photo : GTG / Eddy Mottaz. 12. L’atelier du cuir, rue Michel Simon, octobre 2006. Photo : GTG / Ariane Arlotti.

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Une véritable révolution Outre le vent de modernité qu'avait apporté 9

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compagnie de ballet avide d'explorer la pluralité stylistique de la danse au XXe siècle, ce qui amena le nouveau Ballet du Grand Théâtre à travailler avec des artistes comme Georges Balanchine, Mikhail Baryshnikov, Rudolf Noureïev, Jirí Kylían et William Forsythe. Actuellement dirigée par Philippe Cohen, cette troupe de 22 danseurs de formation classique provenant du monde entier, travaille pour chaque nouvelle création avec des chorégraphes invités, un bon moyen pour renouveler le langage de la compagnie. Le Ballet du Grand Théâtre, outre ses créations annuelles sur la scène genevoise, tourne dans le monde entier avec les pièces de son répertoire et représente l'un des meilleurs ambassadeurs de la cité de Calvin.

Rhône, a servi d'usine hydroélectrique pour alimenter en eau potable jusqu'en 1963, des milliers de foyers genevois. Désaffecté et désœuvré, ce grand vaisseau de pierre échoué au milieu du Rhône à quelques mètres du lac Léman, a depuis 1997, retrouvé une nouvelle jeunesse grâce au cœur de bois qui bat en son sein. Les architectes Michel Buri et Serge Candolfi réalisèrent une salle de près de 1 000 places, entièrement en bois, éclairée par la lumière naturelle provenant des hautes verrières ponctuant les façades. Pas de coulisses ni de cintres pour cet « opéra sur l'eau ». Classé au patrimoine du canton de Genève depuis 1988, le bâtiment des Forces-Motrices, témoin de l'architecture industrielle du XXe siècle, dont la maquette avait été présentée à l'Exposition universelle de Paris en 1900, est devenu un haut lieu culturel genevois. Depuis, le BFM accueille des manifestations variées - concerts et opéras, spectacles de théâtre et de danse, divers salons et festivals -, dont plusieurs spectacles du Grand Théâtre, comme des ballets et certains opéras à effectif réduit.

Le bâtiment des Forces-Motrices (BFM) Malgré leur technologie de pointe, les installations scéniques des années 60 ont fait l'objet de fréquentes réparations et modernisations qui obligèrent le théâtre à fermer ses portes durant des périodes plus ou moins longues. Les travaux les plus conséquents furent programmés durant la saison 1997-1998 pour la modernisation de la machinerie de scène devenue obsolète après 35 ans d'utilisation, ce qui nécessita le transfert des spectacles, le temps d'une saison, au bâtiment des ForcesMotrices. Cette étonnante construction de pierre de taille construite en 1886 sur le

Le Grand Théâtre en chiffres Le public s'étonne toujours du prix élevé des billets. Pourtant le Grand Théâtre pratique une politique tarifaire à la portée de toutes les bourses en proposant un éventail de prix s'échelonnant de 14.- à 289.francs suisses ; le prix d'un billet variant selon la situation dans la salle et le type de spectacle. Ces tarifs ne représentent toutefois que le quart de leur coût réel ! Avec un budget annuel de 59 millions de francs suisses, soient environ 55 millions d'euros, le Grand Théâtre de Genève, soutenu par des partenaires publics et privés, emploie 330 employés fixes et environ 150 temporaires répartis en une trentaine de corps de métiers se répartissant dans trois secteurs d'activité différents : artistique, technique et administratif.

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Les mille et un métiers Les saisons genevoises sont construites selon le système italien du « stagione » qui consiste à programmer une série de nouvelles productions lyriques (environ 8 par année) et chorégraphiques (2 à 3 par an) réalisées en principe dans les ateliers de la maison. Leur exécution nécessite le savoir-faire de nombreux artisans, tels que bottiers, couturières et tailleurs, perruquiers-maquilleurs, accessoiristes, menuisiers, serruriers et peintres-décorateurs chargés de la construction des décors pouvant peser plusieurs dizaines de tonnes. Les machinistes se chargent de les « charioter » c'est-à-dire de les transporter, de les monter sur la scène, puis de les actionner pendant le spectacle. Dans l'ombre des coulisses règne alors une folle activité faite d'entrées et de sorties d'artistes costumés assistés de leurs habilleurs, de déplacements de décors, d'abaissement des ponts de scène sous la vigilance des électro-mécaniciens, de manœuvres minutieuses de perches et d'équipes de projecteurs, d'effets spéciaux, de bruitages réglés par l'équipe son. Vêtus de noir, tous ces hommes de l'ombre œuvrant chaque soir de représentation dans un anonymat total, sous la conduite de la régisseuse générale, - véritable commandant de bord du plateau -, sont essentiels et indispensables à la qualité et à la réussite des spectacles. L'autre grand ordonnateur de la représentation étant bien sûr le chef d'orchestre dirigeant du haut de sa petite estrade, les chanteurs, les choristes qui ne doivent jamais perdre sa baguette de vue, et les musiciens serrés autour de lui dans la fosse d'orchestre située en contrebas du plateau. C'est l'Orchestre de la Suisse Romande qui, outre sa propre saison de concerts

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Les carnets de voyage de Kathereen Abhervé >> symphoniques, assure la plupart des représentations lyriques et chorégraphiques du Grand Théâtre.

La saison 2010-2011 du Grand Théâtre Les saisons d'opéra sont généralement élaborées trois ou quatre années à l'avance par leur direction qui, après avoir choisi les œuvres, détermine pour chaque spectacle, l'équipe de production réunie autour d'un metteur en scène, un chef d'orchestre et une distribution de chanteurs ad hoc, car on ne chante pas les opéras de Wagner comme les opérettes de Johann Strauss. À Genève, les saisons du Grand Théâtre coïncident avec l'année scolaire et le premier spectacle marque généralement la rentrée des classes. Bâtiment des Forces Motrices Photo : GTG / Carole Parodi.

Cette année, les nostalgies automnales ont été chassées par une nouvelle production ébouriffante du Barbier de Séville de Rossini mis en scène par Damiano Michieletto. Ouverte dans la bonne humeur, la saison ponctuée de huit opéras, trois spectacles de danse, quatre récitals et un spectacle pour enfants, s'achèvera aux premiers jours de l'été, avec L'Amour des trois oranges, un opéra loufoque que Prokofiev composa d'après une fable italienne de Carlo Gozzi (du 13 au 25 juin). Si l'on s'est laissé griser, durant les fêtes de fin d'année par les charmes de La Veuve Joyeuse de Franz Lehár interprétée par la pétillante Annette Dasch, on aura aussi compati aux malheurs d'Elektra, la fille vengeresse d'Agamemnon, qui suggéra à Richard Strauss et à son librettiste Hugo von Hofmannsthal, des pages déchirantes. La saison s'est poursuivie avec I Puritani de Bellini qui inspira au metteur en scène Francisco Negrin et à son décorateur Es Devlin, un monu-

mental espace de métal gris enfermant, dans leurs principes religieux, les républicains du parti de Cromwell en conflit avec les royalistes. Une autre grande rivalité, celle des guelfes et des gibelins qui s'affrontèrent en Sicile au XIIIe siècle, sera au cœur des Vêpres siciliennes, opéra en cinq actes de Verdi, donné en coproduction avec De Nederlandse Opera (du 4 au 19 mai). Mis en scène par Christof Loy, cet opéra créé à Paris en 1855 sur un livret d'Eugène Scribe et Charles Duveyier, sera présenté dans sa version française, tout comme L'Amour des trois oranges de Prokofiev qui fut créé dans les années 20, dans la langue de Molière. C'est également dans la version française d'Hector Berlioz que sera présentée la production suédoise Orphée et Eurydice de Gluck (du 9 au 19 mars). Le chorégraphe Mats Ek en signera la mise en scène. Pour compléter cette saison riche et variée concoctée par Tobias Richter, la comédie tragique Punch and Judy du compositeur anglais Sir Harrison Birtwistle, créée dans les années 60, viendra apporter une petite note provocatrice (du 1er au 19 avril) tandis qu'une version écourtée de La Flûte enchantée sera proposée au jeune public (du 31 mars au 3 avril). Trois spectacles de danse sont également à l'affiche de cette saison qui commençait avec deux créations mondiales exécutées par le Ballet du Grand Théâtre sur de la musique de Schönberg et Fauré et se poursuivait en février avec Néfes, présenté par la compagnie Tanztheater Wuppertal de la regrettée Pina Bausch. Emanuel Gat sera ensuite le chorégraphe invité pour la troisième création du Ballet du Grand Théâtre, Préludes et Fugues qui sera dansée sur Le Clavier bien tempéré de J.S. Bach (du 21 au 29 mai). La saison n'est pas encore achevée que déjà se dessine à l'horizon des mélomanes, des amoureux de beau chant et des amateurs de danse, un éventail de nouvelles productions pleines de promesses, de raretés peut-être, qui s'ouvrira à la curiosité du public, le 19 avril prochain. N

Renseignements Grand Théâtre de Genève 5, place Neuve, Genève • www.geneveopera.ch Billetterie du Grand Théâtre ouverte du mardi au samedi de 10 h à 18 h et les jours de spectacle. Réservation et envoi du programme complet sur demande, par téléphone, courriel ou courrier : +41 22 418 31 30 • billetterie@geneveopera.ch • Billetterie du Grand Théâtre 11, boulevard du Théâtre • CP 5126 CH – 1211 Genève 11

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La petite Zauberflöte Papageno raconte La Flûte en 90 minutes… Au Grand Théâtre Production Opéra de Zurich De Wolfgang Amedeus Mozart (1756 - 1791) Livret d’Emmanuel Schikaneder DIRECTION MUSICALE PHILIPPE BÉRAN MISE EN SCÈNE ULRICH PETER DÉCORS & COSTUMES LUIGI PEREGO ORCHESTRE DU COLLÈGE DE GENÈVE CHANTÉ EN ALLEMAND TEXTES PARLÉS EN FRANÇAIS SUNG IN GERMAN SPOKEN TEXTS IN FRENCH LOCATION dès le 1er septembre 2010 à 10 h.

Billets de Fr. 17.- à Fr. 69.31 MARS 2011 À 10 H. 1, 2, 3 AVRIL 2011 À 14 H 30. 3 AVRIL 2011 À 17 H.

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« Il faut plus de savoir pour reconnaître la valeur de ce livret que pour la nier (…) Il suffit que la foule prenne plaisir à la vision du spectacle : aux initiés n’échappera pas, dans le même temps, sa haute signification. » “One needs greater wisdom to acknowledge the worth of this libretto than to negaite it (…) It is enaugh that the crowed would find pleasure in seeing the spectacle: at the same time, its high significance will not escape the initiates.” JOHANN WOLFGANG VON GOETHE

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2 1 Le célèbre décor peint de Karl-Friedrich Schinkel pour le ciel étoilé de la Reine de la Nuit en 1816 à Berlin. Exposé au Deutsches Theatermuseum de Münich. 2 et 3 La production de l’Opéra de Zurich en 2003.

our dépasser La Flûte enchantée, un des plus grands poètes allemands n'a pu que reculer, conscient que la magie de l'œuvre revient à la musique. Le livret de ce Singspiel, tiré de Contes orientaux de Wieland, a été écrit par Emmanuel Schikaneder, le premier Papageno. Ce dernier, notre narrateur, est un oiseleur qui aime le vin, les femmes et qui n'hésite pas à mentir pour se valoriser. Il rêve d'une femme semblable à lui, Papagen. Lorsque l'ouvrage est créé le 30 septembre 1791 dans un théâtre des faubourgs de Vienne, le siècle des lumières, à qui il doit tant, est sur le point de s'achever. Révolutionnaire pour son époque, Mozart montre l'égalité des sexes (en des temps où le langage épicène n'avait pas cours). Il présente un parcours d'obstacles pour accéder à la connaissance et à l'amour. Une œuvre qui mène des ténèbres vers la lumière, chacun devant trouver son chemin à travers des épreuves et des énigmes. Chacun trouve le miel de ses attentes dans ce chef-d'œuvre de poésie et de vérité devenu un “tube” dès sa création. Pour les uns, c'est une belle histoire féerique, et pour les autres, il s'agit d'un parcours initiatique. A revoir pour les initiés, et à découvrir pour tous ceux qui voudraient s'initier à un art populaire et intellectuel, exigeant et pourtant accessible quels que soient les âges. En somme, un véritable enchantement qui ne craint pas le temps qui passe. N

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o go beyond The Magic Flute, one of the greatest German poets could only take a step back, knowing that the real enchantment of Mozart's work lies in his music. Emmanuel Schikaneder, the first Papageno, wrote the libretto of this Singspiel, and will be our storyteller; Papageno is a bird-catcher, with a fondness for wine and women; he is also a compulsive liar because he wants to be seen in a good light. He dreams of a wife just like himself, Papagena. When the work premiered on 30 September1791 in a suburban Viennese theater, the Age of Enlightenment, from which it draws so much of its content, was coming to an end. A revolutionary before his time, Mozart championed equality of the sexes (long before such notions as gender-neutral language became the norm). A series of obstacles lies on the road to knowledge and love. The Magic Flute leads us on a path from darkness into light; it is up to each one of us to find our way amidst trial and tribulation. This masterpiece of poetry and truth, a hit since its first performance, lives up to everyone's expectations. For some, it is simply a beautiful fairytale, for others it is a rite of initiation. Connoisseurs will want to see it again, others may simply want to discover a work of art which is both highbrow and lowbrow, demanding and accessible, for all ages. The magic of The Magic Flute is its amazing >> ability to withstand the test of time. N

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Punch and Judy Punch et Judy “What we were not trying to do was to write a children’s opera that would faithfully represent the traditional Punch and Judy puppet play… No, what we wanted was something quite different : a stylized and ritualistic drama for adults that used all the imagery, the trappings and paraphernalia of the original as a departure point.”

« Ce que nous essayions précisément de ne pas faire était d’écrire un opéra pour enfants qui reproduirait fidèlement le théâtre de marionnettes traditionnel anglais de Punch et Judy. Non, nous voulions quelque chose d’assez différent : un rite dramatique stylisé pour adultes qui aurait pour point de départ l’ensemble des images, des accessoires et de l’attirail de l’original. » STEPHEN PRUSLIN

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Théâtre Au BFM Tragi-comédie ou comédie tragique en un acte de Harrison Birtwistle (1934 - ) Livret de Stephen Pruslin Ensemble Contrechamps CHANTÉ EN ANGLAIS AVEC SURTITRES SUNG IN ENGLISH WITH SURTITLES LOCATION dès le 1er septembre 2010 à 10 h.

Billets de Fr. 22.- à Fr. 249.CONFÉRENCE DE PRÉSENTATION en collaboration avec 3

l’Association genevoise des Amis de l’Opéra et du Ballet 30 mars 2011 à 18 h 15 au BFM DIFFUSION DU SPECTACLE sur la RSR-Espace 2 Samedi 21 mai 2011 à 20 h 1, 4, 6, 8, 12, 14, 16, 19 AVRIL 2011 À 20 H. 10 AVRIL 2011 À 17 H.

1 Le baryton Andrew Shore était Punch dans la production de l’English National Opera en 2008. 2 La mezzo-soprano Lucy Schaufer était Judy. 3 Harrison Birtwistle. 4 et 5 La création de cette production a eu lieu au Young Vic Theatre à Londres en mars 2008. 5 u cours des années 60, Sir Harrison Birtwistle écrit son premier opéra Punch and Judy qui sera un coup de maître. Il demeure une pièce centrale de son œuvre et probablement un des meilleurs exemples du théâtre musical depuis Stravinski. Il n'est pas sans rappeler l'ambiance dramatique de Renard. S'inspirant du spectacle traditionnel pour enfants et grâce à un langage intuitif, le compositeur donne à entendre une musique qui chante la tristesse des lamentations et danse la joie des fêtes. Une œuvre originale qui ne laisse pas indifférent, et qui stimule l'affect et l'esprit. Une tragi-comédie ou une comédie tragique ubuesque de Birtwistle et de Pruslin, certes troublante, voire inquiétante, mais extrêmement divertissante. Pour des sensations fortes, ne cherchez plus, rendez-vous au BFM pour rencontrer Pretty Polly, objet des désirs de Punch dans une atmosphère de cirque. N

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uring the 1960's, Sir Harrison Birtwistle wrote his first opera Punch and Judy that soon proved a master stroke. Probably one of the best examples of musical theatre since Stravinsky, its dramatic spirit has many characteristics of the violent irreverence found in the oldest narrative traditions, such as the Reynard cycle. Starting from a typical English genre of children’s puppet entertainment, the composer uses an intuitive musical language to express plaintive lamentations and rambunctious, festive joy. The result is a profoundly original and compelling work, which provokes strong emotional and intellectual responses. A tragi-comedy of Ubuesque proportions, Birtwistle and Pruslin’s opera is a disturbing and unsettling work, but never fails to entertain. For those who like their opera with a bite, this season's place to be is the BFM to witness Mr Punch's rough wooing of Pretty Polly, in a rollicking circus-like >> atmosphere. N

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Les Vêpres siciliennes e Sicilian Vespers Patria oppressa… Sois maudite, ô France ! Toi dont la vaillance, Hélas ! a conquis Notre beau pays ! Puisse la Sicile En vengeur fertile De ses bords sanglants Chasser ses tyrans ! LES VÊPRES SICILIENNES

Patria oppressa… A curse on you, France! You promess has, alas, Conquered our fair kingdom! May Sicily find e strength for revenge And expel the tyrants From her bloodied shores THE SICILIAN VESPERS

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a rivalité des guelfes et des gibelins a permis à Charles 1er d'Anjou de s'installer en Sicile. Le lundi de Pâques 1282, une émeute éclate à Palerme. Le 30 mars, à l'heure des vêpres, la population s'en prend aux Français. Jeune frère de Saint Louis et oncle du roi régnant, Philippe III le Hardi, Charles 1er est chassé de Sicile. Plusieurs fois nommé metteur en scène de l'année par la presse, réclamé par toutes les scènes internationales, Christof Loy présente sa vision d'une œuvre trop rarement jouée, composée après la célèbre trilogie populaire et créée au moment de l'Exposition universelle en 1855 à Paris. N

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aking advantage of the conflict between the Guelphs and the Ghibellines, Charles, the first king of the Angevin line, has invaded Sicily. On Easter Monday, 1282 , a riot breaks out in the streets of Palermo. On March 30th, as the bells ring for vespers, the local population fights back against the French. Charles, the younger brother of the saintly king of France Louis IX and uncle of the reigning French monarch Philip III the Bold, is driven out of Sicily. Award-winning director Christof Loy, whose stage designs are sought after by all major opera stages across the world, presents his vision of an all-too-infrequently performed work, created after Verdi's famous popular trilogy and first performed in Paris at the 1855 World Fair. N

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Grand opéra en cinq actes de Giuseppe Verdi (1813-1901) Livret d’Augustin Eugène Scribe et Charles Duveyrier DIRECTION MUSICALE YVES ABEL MISE EN SCÈNE CHRISTOF LOY DÉCORS JOHANNES LEIACKER COSTUMES URSULA RENZENBRINK LUMIÈRES BERNT PURKRABEK CHOREGRAPHE THOMAS WILHELM DRAMATURGIE YVONNE GEBAUER

1 Christof Loy. 2 La soprano Malin Byström. 3 Yves Abel. 4 La production de 1985 au Grand Théâtre dirigée par Donato Renzetti avec Olivia Stapp (Hélène), Lorenzo Saccomani (Guy de Montfort) et Giuliano Ciannella (Henri).

Au Grand Théâtre Nouvelle Production En coproduction avec De Nederlandse Opera

HÉLÈNE MALIN BYSTRÖM HENRI FERNANDO PORTARI GUY DE MONTFORT TASSIS CHRISTOYANNIS JEAN DE PROCKLA BALINT SZABO COMTE DE VAUDEMONT CHRISTOPHE TILQUIN NINETTA CLÉMENCE TILQUIN THIBAULT HUBERT FRANCIS DANIELI FABRICE FARINA MANFREDO VLADIMIR ILIEV

LOCATION dès le 1er septembre 2010 à 10 h. Billets de Fr. 22.- à Fr. 289.CONFÉRENCE DE PRÉSENTATION par Anselm Gerhard en collaboration avec l’Association genevoise des Amis de l’Opéra et du Ballet 3 mai 2011 à 18 h 15 au Grand Théâtre DIFFUSION DU SPECTACLE sur la RSR-Espace 2 Samedi 11 juin 2011 à 20 h 4, 7, 10, 13, 16, 19 MAI 2011 À 20 H

ORCHESTRE DE LA SUISSE ROMANDE CHŒUR DU GRAND THÉÂTRE CHANTÉ EN FRANÇAIS AVEC SURTITRES SUNG IN FRENCH WITH SURTITLES

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Anna Caterina Antonacci « Tout d’un coup, j’ai vu entrer dans la salle Anna Caterina Antonacci, et cela a eu l’effet d’une véritable déflagaration. Sa voix est unique et son talent de comédienne incroyable. Une vraie diva aussi, avec ses angoisses, sa agilité, ses caprices. Mais j’aime les animaux difficiles à dompter. » JULETTE DESCHAMPS (SUR SON EXPÉRIENCE DE METTEUR EN SCÈNE AVEC A. ANTONACCI)

“All of a sudden Anna Caterina Antonacci makes her entrance and the effect is literally explosive. Her voice is one of a kind and her acting talents are unbelievable. She can be a real diva too, insecure, agile, temperamental. But I love the added challenge of taming a real, wild animal.” JULETTE DESCHAMPS (ON HER EXPERIENCE AS STAGE DIRECTOR WITH A. ANTONACCI)

Au Grand Théâtre LOCATION dès le 1er septembre 2010 à 10 h.

Billets de Fr. 17.- à Fr. 69.18 MAI 2011 À 20 H

itellia remarquée en 2006 au BFM,la flamboyante Cassandre des Troyens est de retour sur le plateau du Grand Théâtre. Sans grandiloquence, elle excelle dans la tragédie et alterne le répertoire baroque et le grand opéra français. Elle ne cache pas sa passion pour la culture française, en particulier pour le beau chant. Dans un univers réputé pour son cloisonnement, elle brave les interdits, impose ses convictions, et comme Poppea, elle se donne les moyens pour arriver là où elle le souhaite. Un grand moment en perspective avec une diseuse, une tragédienne, une cantatrice incandescente et hallucinée à la voix ample. N

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n 2006, her first performance in Geneva (Vitelliain Mozart's La clemenza di Tito) was soon followed by an incandescent Cassandre in Berlioz's LesTroyens. La Antonacci now returns to the Geneva stage as a recitalist. She excels in tragedy without being bombastic; gravitating between the baroque repertoire and French grand opera. She loves French culture in particular the flawless vocal lines of the beau chant. Sure of her artistic convictions, she boldly crosses over the boundaries of genre and style; like the character of Poppea, she gives herself the means to reach her goals. This great tragedienne, equipped with a prodigious voice and a fine talent for drama, brings fire and vision to everything she sings. An unforgettable evening awaits. N

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FNACA Fédération Nationale des Anciens Combattants en Algérie, Maroc et Tunisie 37-39 rue des Gâtines - 75020 Paris • Tél. 01 44 62 86 62 • www.fnaca.org

10 ans de guerre (1952-1962)

3 millions de Combattants La FNACA exige > L’attribution de la Carte du Combattant aux Anciens d’Algérie, Maroc et Tunisie > L’égalité des Droits > La reconnaissance du 19 mars 1962 “cessez-le-feu” de la guerre d’Algérie, comme journée du Souvenir et du recueillement à la mémoire des 30 000 militaires tombés en Afrique du Nord et de toutes les victimes civiles.

La FNACA participe À la sauvegarde des acquis.

B U L L E T I N D ’A D H É S I O N À remplir et à envoyer à : FNACA - BP 438 - 1208 Genève Je soussigné souhaite adhérer à l'association la FNACA. NOM : ………………………………………………………… Prénom: …………………………………………………… Adresse : ………………………………………………………………………………………………………………………… Marceau KAUB Délégué Général de la FNACA pour la Suisse kaub@net2000.ch Tél.00.41.78.708.22.71

Tél: …………………………………………………… Courriel : ……………………………………………………………… Date et lieu de naissance : …………………………………………………………………………………………… Régiment : ………………………………………………………………………………………………………………………… Bon pour Accord (manuscrite) Lieu & Date

Signature

Victor NAHUM Délégué de la FNACA pour la Suisse Romande macnahum@bluewin.ch Tél. 00.41.79.789.00.00


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Préludes & Fugues Preludes & Fugues Au BFM Création Mondiale Musique de Johann Sebastian Bach Das wohltempieriete Klavier (Le Clavier bien tempéré) CHORÉGRAPHIE, COSTUMES, LUMIÈRES EMMANUEL GAT BALLET DU GRAND THÉÂTRE LOCATION dès le 1er septembre 2010 à 10 h.

Billets de Fr. 14.- à Fr. 99.21, 24, 25, 26, 27, 28 MAI 2011 À 20 H 22, 29 MAI 2011 À 17 H

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ur le frontispice du clavier bien tempéré, Bach écrit : « Pour la pratique et le profit des jeunes musiciens désireux de s'instruire… » et cette œuvre (comme toute la musique de Bach) joue pour moi le rôle d'une sorte de mentor, de manuel, de guide, de compagnon. A mon avis, Bach n'avait pas son pareil pour transformer la structure et la forme en un objet musical incorporant les vérités fondamentales. Le Clavier bien tempéré est l'incarnation de la plupart de mes convictions sur la production artistique en général, et la chorégraphie en particulier. J'aborde donc ce projet avec une profonde reconnaissance, en toute humilité et rempli d'amour pour cette musique. Préludes & Fugues ne sera aucunement une tentative d'illustrer la musique de Bach ou de la traduire en mouvement, mais plutôt une proposition de co-existence des structures. Le noyau de ma recherche chorégraphique tourne autour du développement de mécanismes et le processus de leur ajustement. Je suis convaincu que la danse est dotée, pour la plus grande partie, des qualités qu'on prête à la musique, et avant toute autre chose, de ses qualités non-verbales. Tout comme l'art musical résonne au plus profond de nous-mêmes au travers de structures de son abstraites, la danse met à nu la capacité de donner substance par le biais de structures mobiles qui changent constamment. Dans le contexte d'une pertinence ardente à la pratique de la danse contemporaine, Préludes & Fugues propose une réflexion sur la structure et la forme, une méditation sur les aptitudes singulières de la danse. N

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n the title page of The Well Tempered Clavier Bach writes: “…for the Use and Profit of the Musical Youth Desirous of Learning…”, and indeed this work (as all of Bach's music) is to me a kind of mentor/manual/guide/companion. Bach's way of transforming structure and form into a musical object thar holds fundamental truths, is to me unmatched. The Weil Tempered Clavier embodies most of my beliefs regarding art-making in general and choreography in particular. It is with profound humility, gratitude and love for this music, that I embark on this project. Preludes & Fugues will be in no way an attempt to illustrate the music of Bach nor to translate it into movement, but rather a proposition for a coexistence of structures. The core of my choreographic search, revolves around the development of mechanisms and the process of their fine tuning. I believe dance holds much of the qualities associated with music and first and foremost, its non verbal ones. The same way the art of music relates to our deepest selves through abstract sound structures, so does dance bare the capacity to convey substance through moving, ever changing structures. Within a context of a burning relevancy to contemporary dance-making, Preludes & Fugues offers a reflection on structure and form, a meditation on the unique capacities of dance. N

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1 et 3 Silent Ballet, pièce pour neuf danseurs créé pour le Montpellier Danse Fertival en 2008. 2 Emmanuel Gat. 4 Le Sacre du Printemps, une relecture très personnelle de l’œuvre de Stravinski créée pour le Festival Uzès Danse (France) en 2004.

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L’Amour des trois oranges e Love of ree Oranges Mon grand mérite, ou, si vous voulez, mon défaut le plus grave, a toujours été dans la recherche d’un langage musical spécifiquement original. Je déteste l’imitation ; je déteste les procédés déjà vus. Je ne veux pas me cacher sous le masque d’un autre. Je veux être moi-même. My greatest merit, or, if you prefer, my gravest flaw, has been the pursuit of a specifically original musical idiom. I detest imitation; I refuse to be seen wearing somebody else’s mask. I detest those devices which have already been used. I want to be myself. SERGUI PROKOFIEV

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n voyage dans le monde de la loufoquerie, une œuvre à découvrir ou à redécouvrir. Lorsque Benno Besson dirigeait la Comédie de Genève, il avait imaginé une production mémorable de L'Oiseau vert de Carlo Gozzi. Pour sa deuxième et dernière mise en scène lyrique, il s'est laissé tenter par un opéra inspiré par L'amore delle tre melarance du même auteur. Grâce à son complice de longue date, Ezio Toffolutti, nous pourrons clore une nouvelle saison sur un conte tel que l'avait imaginé Benno Besson, le citoyen d'Yverdon, La lutte entre le chaos et l'ordre, entre le bien et le mal s'achève, comme dans tous les contes, dans l'ordre et la paix recouvrés. N

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n opera that takes us down a delightfully absurd path. The opportunity to discover, or rediscover, one of Prokofiev's lesser-known works. When Benno Besson, born in Yverdon-les-Bains and disciple of the great Bertolt Brecht, was the director of the Comédie de Genève, he designed a remarkable production of Carlo Gozzi's The Green Bird. During his lifetime, Besson only staged two lyric works, the second of which was Prokofiev's opera based on Gozzi's L'amore delle tre melarance. With the help of Besson's erstwhile collaborator, Ezio Toffolutti, the season at the Grand Théâtre draws to a close in the spirit of the great Swiss actor and director. The struggle between order and chaos, between good and evil concludes, as in most fairytales, with the 'return of harmony and peace.’ N

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Théâtre

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Opéra en un prologue et quatre actes de Serguei Prokofiev (1891-1953) Livret du compositeur d’après une fable italienne de Carlo Gozzi DIRECTION MUSICALE MIKHAIL PLETNEV MISE EN SCÈNE BENNO BESSON, EZIO TOFFOLUTTI DÉCORS EZIO TOFFOLUTTI COSTUMES PATRICIA TOFFOLUTTI CHŒUR CHING-LIEN WU LE PRINCE CHAD SHELTON LE ROI DE TRÈFLE JEAN TEITGEN FATA MORGANA JEANNE PILAND LA PRINCESSE CLARISSE KATHERINE ROHRER LÉANDRE NICOLAS TESTÉ PANTALON HEIKKI KILPELÄINEN LINETTE ISABELLE HENRIQUEZ NINETTE CLÉMENCE TILQUIN LA CUISINIÈRE CHRISTOPHE STAMBOGLIS SMÉRALDINE CARINE SÉCHAYE ORCHESTRE DE LA SUISSE ROMANDE CHŒUR DU GRAND THÉÂTRE CHANTÉ EN FRANÇAIS AVEC SURTITRES SUNG IN FRENCH WITH SURTITLES AVEC LE SOUTIEN DE LA FONDATION NEVA

1 La production du Deutsche Oper am Rhein lors du Septembre Musical de Vevey-Montreux en 2007. 2 Benno Besson et Ezio Toffolutti à Venise en 2001. 3 La production du Grand Théâtre de Genève en 1984 dans les décors, costumes et lumières de Beni Montresor.

Au Grand Théâtre Nouvelle Production Coproduction Deutsche oper am Rhein et Gran Teatro La Fenice Venise LOCATION dès le 1er septembre 2010 à 10 h.

Billets de Fr. 22.- à Fr. 289.CONFÉRENCE DE PRÉSENTATION en collabora-

tion avec l’Association genevoise des Amis de l’Opéra et du Ballet 9 juin 2011 à 18 h 15 au Grand Théâtre DIFFUSION DU SPECTACLE sur la RSR-Espace 2 Samedi 25 juin 2011 à 20 h (en direct) 13, 15, 17, 20, 23, 25 JUIN 2011 À 20 H

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PHOTO SENSIBLE DANS LA SUITE PRÉSIDENTIELLE DU WARWICK


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Rencontre

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HOMME LIBRE

PAR ANNE-MARIE CATTELAIN-LE DÛ PHOTOS GILLES DE BEAUCHÊNE COIFFURE : JULIE BEAUCÉ MERCI À TOUTE L’ÉQUIPE DU WARWICK CHAMPS-ÉLYSÉES QUI S’EST MISE EN

ChristopheLambert

QUATRE POUR FAIRE DE CE MOMENT UNE PARENTHÈSE ENCHANTÉE.

SILHOUETTE D’UN ADOLESCENT, ENTHOUSIASME D’UN AMOUREUX, SAGESSE D’UN PHILOSOPHE, SÉDUCTION D’UN ACTEUR, VISION D’UN HOMME D’AFFAIRES AGUERRI, CHRISTOPHE LAMBERT CACHE DERRIÈRE SON SOURIRE L’ASSURANCE DE CELUI QUI S’EST DONNÉ LES MOYENS, TOUS LES MOYENS, DE CHOISIR SA VIE ET DE LA RÉUSSIR.

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raquant Christophe Lambert. Avec, à 53 ans (eh oui !), ses allures de jeune homme, son élégance et sa simplicité des personnes éduquées, rompues depuis l’enfance à côtoyer les grands de ce monde, à passer d’un milieu à l’autre avec naturel et curiosité. Christophe Lambert, loin du portrait-robot de l’acteur imbu de lui-même, raconte son cheminement avec franchise et décontraction, ses coups de cœur et ses énervements, ses passions, et ses emportements. Entre premier rôle à l’écran, intuition du businessman, humaniste soucieux de l’avenir des autres, épicurien adorant le vin et les mets savoureux. Rencontre céleste

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Rencontre >> dans la suite présidentielle haut perchée du Warwick Champs-Elysées ourlée d’une large terrasse.

> Depuis deux ans, votre carrière cinématographique connaît une belle envolée. Et 2011 s’annonce bien avec un rôle dans “Ghost Rider 2”. C’est exact, je vais jouer dans “Ghost Rider 2” aux côtés de Nicolas Cage. Le tournage débute dans quelques semaines en Roumanie. J’ai accepté récemment plusieurs scénarios car ils m’intéressaient. Depuis mon premier rôle en 1979, j’ai dû jouer dans plus de 70 films ou téléfilms. Au bout d’un moment, on s’achète le droit de choisir, de refuser ou d’accepter. Je me suis depuis longtemps organisé afin de ne pas être tributaire du cinéma pour vivre. Je ne suis jamais entré dans la course aux cachets. Ça c’est une liberté extraordinaire. > Comment avez-vous acquis cette liberté de choix ? En m’intéressant, depuis 15 ans, à d’autres domaines que le cinéma, en rencontrant des personnes d’autres milieux, des hommes d’affaires, des viticulteurs, des écologistes. J’ai investi dans des sociétés, des sites internet avec bonheur. Je me suis sculpté une vie intéressante, riche, qui m’occupe en permanence. Hyperactif, dans le bon sens du terme, je ne peux pas rester sans rien entreprendre. C’est contraire à ma nature. Je veux en permanence être relié au monde et suis sans cesse en mouvement, au téléphone aussi.

> Vous produisez de temps à autre ? Il ne faut pas se raconter d’histoires. Un acteur reste un acteur, quand il devient producteur, c’est davantage un titre qu’une réelle fonction. Actuellement, j’ai l’idée d’une comédie romantique que je fais écrire et dans laquelle je vais jouer. Elle sera produite, non par moi, mais par la Société d’Anne François, une professionnelle. Un film fonctionne parce que plein de personnes compétentes interviennent chacune à leur place et qu’elles sont heureuses de travailler ensemble. C’est cela le cinéma. Le bonheur de faire fonctionner un groupe, une équipe. > Davantage en France ou encore très “nomade” ? Grâce à Sophie Marceau, je séjourne plus longtemps en France qu’avant. Mais je reste un nomade. Je le suis viscéralement. J’aime bouger, découvrir d’autres lieux, d’autres modes de vie. J’ai été élevé ainsi par des parents qui voyageaient beaucoup. J’étais pensionnaire en Suisse dans une école qui comptait au moins 35 nationalités. Cela ouvre l’esprit, rend tolérant quand, un jour, on déjeune à la table de son copain africain, et le lendemain à celle de son ami asiatique. Cela amorce le voyage. > Mais vous avez bien une résidence principale ? Je réside officiellement en Suisse, mais pas du tout pour des raisons fiscales… Simplement parce que j’y suis venu à deux ans, après être né à New York où mon père, français comme ma mère, était en poste aux Na-

MENU DU DÉJEUNER PRÉPARÉ PAR FRÉDÉRIC GIRAUD Plaisir avoué de recevoir et régaler Christophe Lambert pour Frédéric Giraud, le chef du Warwick, « Je connais et j'apprécie Christophe Lambert, l'homme, l'acteur, l'épicurien. Je sais qu'il aime les plats de saison, simples, dont on veille à conserver les saveurs sans ajouter, comme c'est la mode, une foule d'épices. Cela me correspond. Je lui ai donc concocté un menu très automnal, très parfumé, très terroir. » > CHAMPAGNE DEUTZ, BLANC DE BLANC POËLÉE DE CHAMPIGNONS AUX CÈPES SANCERRE BLANC . H. BOURGEOIS > JOUE DE PATTA NEGRA EN COCOTTE CÔTE DE PROVENCE ROUGE - SAINTE-ROSELINE > MACARONS MOELLEUX ET VERRINE DE CHOCOLAT

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Rencontre

Mettre le vin en… pellicule

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n amateur éclairé, en puisant dans vos souvenirs, en revivant vos émotions de tournage et de dégustation, associez dix de vos films à dix vins.

• CIAO LES MECS, 1979 Un bon Chianti, facile, gai, qu’on boit entre amis, entre hommes. • GREYSTOKE, 1984 Un Château Latour, 1er Cru classé de Pauillac, très travaillé, très dense comme ce scénario. • PAROLES ET MUSIQUE, 1984 Un château Rayas, châteauneuf, vin mythique de la région du Rhône. Très rare, pour moi c’est le Pétrus des Côtesdu-Rhône. Très harmonieux, plaisant comme ce film dans lequel je jouais aux côtés de Catherine Deneuve. • SUBWAY, 1985 Un Château Valandraud, Saint-Emilion Grand cru, premier «vin de garage» de Bordeaux, signé Jean-Luc Thunevin qui a aussi fait Bad Boy, autre vin de garage. Ainsi appelés parce que produits en très petite quantité, pouvant tenir dans un garage, avec beaucoup de soins, sur des parcelles très spécifiques. C’est ça le film de Luc Besson, pour moi le Mac Gyvor des Plateaux. • HIGHLANDER, 1986 Là je choisis un whisky, le Glenmorangie parce que c’est le whisky du film, celui dans lequel tombe le personnage central.

• I LOVE YOU, 1986 Un Mazis-Chambertin Blanc, Bourgogne produit sur la commune de Gevrin-ehambertin, vin compliqué, difficile à élaborer comme ce film de Marco Ferreri. • LE SICILIEN, 1987 Un Sassicaia, un des quatre grands vins italiens, qui vous transporte. Vous devenez en le buvant le nouveau roi d’Italie, il vous métamorphose comme Cimino, le réalisateur. • ARLETTE, 1997 Un Pétale de Rose, délicieux AOC Rosé, Côtes de Provence. Joli, drôle, frais, agréable à boire, comme cette œuvre de Claude Zidi. • LE LIÈVRE DE VATANEN, 2006 Un alcool fort pour aller avec le froid ambiant, très retour à la nature. Un Génépi mais un vrai avec la plante à l’intérieur de la bouteille. • LA DISPARUE DE DEAUVILLE, 2007 C’est pour moi un film particulier puisqu’il est signé Sophie Marceau et que c’est ainsi que nous nous sommes connus et appréciés. Alors en hommage à Sophie, je choisis le vin qu’elle préfère, un château Haut-Bailly, PessacLéognan, Cru Classé de Graves. • L’HOMME DE CHEVET, 2009 J’y joue, aux côtés de Sophie, un homme qui descend pas mal de rhum, donc un Mojito, tout en soulignant le côté positif de ce personnage qui irradie ce scénario et l’empêche de sombrer dans la tristesse.

tions-Unies. Ma mère et mon frère vivent en Suisse. Ce sont mes racines. Cependant, je ne m’y suis jamais réellement installé. J’aime avoir une valise toujours bouclée pour partir au pied levé. Je ne supporte pas de rester plus de trois, quatre semaines d’affilée en un même lieu. > Surfant sur les tendances, avide de nouveautés, vous avez imaginé un site “Wigiwig”, de troc et d’échange. Un succès ? Je suis copropriétaire de ce site dont nous

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sommes en train de changer totalement l’ergonomie pour le rendre plus ludique, plus facile d’accès, avec des liens sur Facebook et Twitter. C’est un site de générosité, une notion que je fais mienne. Je veux aider mais de facon efficace, sans assister, sans tomber dans le charity-business. Wigiwig compte plus de 100 000 membres qui échangent gratuitement leurs savoirs, leurs objets. C’est une communauté très active. Chaque semaine, nous avons en moyenne 600 nouveaux membres. Et chaque visite génère, en moyenne, 8 pages lues. C’est énorme.

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Rencontre >> > Vous êtes membre de l’Institut de Jane

Goudall, récompensée pour son action dans la préservation des grands singes, honorée du titre de “Messager de la Paix des Nations-Unies”, comment l’avez-vous connue ? En tournant Greystoke, j’ai découvert l’existence de cette femme hors du commun, pétrie de bonté, et j’ai décidé de devenir membre de son institut. Mais nous bougeons beaucoup tous les deux, nous avons des agendas très remplis. Et ce n’est qu’en 2009 que je l’ai rencontrée en France. Nous avons l’intention de monter ensemble des opérations de sensibilisation sur les menaces pesant sur la faune et la nature en général. J’aimerais très rapidement aller avec elle sur le terrain. Ce serait un vrai privilège. AUX CHAMPS-ÉLYSÉES…

> Le vin et vous, une longue histoire d’amour ? Mon père aimait le bon vin. Jeune, j’ai donc eu la chance de goûter d’excellents crus et je les apprécie, Sophie Marceau aussi. C’est un plaisir que nous partageons. Les hasards de la vie m’ont permis un jour de rencontrer Eric Beaumard, actuellement directeur du Cinq, au Four Seasons Paris, l’un des plus grands sommeliers du monde. Nous sommes devenus de vrais amis. Il m’a initié à ce monde fabuleux. Nous avons même eu un vignoble ensemble. J’ai aussi acheté, récemment, aux ventes des Hospices de Beaune, des vins magnifiques. J’aime ce milieu et n’ai pas voulu le quitter, c’est pourquoi je me suis, avec plaisir, associé avec Jean-Luc Darfeuille, pour créer Grand Cru Storage à Bordeaux, une espèce de coffrefort pour crus d’exception.

« Aux Champs-Élysées, Au soleil, sous la pluie, À midi ou à minuit Il y a tout ce que vous voulez Aux Champs-Élysées Warwick », pourrait-on chanter en pastichant les paroles de Joe Dassin. Entièrement redécoré il y a deux ans par Pierre-Yves Rochon, l’architecte d’intérieur mondialement connu pour ses aménagements de prestigieux palaces, l’hôtel Warwick, quatre étoiles luxe, offre dans son large lobby paré d’une belle cheminée, son bar W, cosy et intime pour, au fil des heures, s’offrir un “Morning Express Breakfast”, un “Afternoon tea” ou un délicieux Cocktail avant de gagner le restaurant gastronomique ou sa chambre avec vue sur… les Champs-Élysées. Enjoy !

> Christophe Lambert, un homme comblé ? Un homme ouvert sur le monde, qui passe d’un milieu à un autre pour s’enrichir intellectuellement en permanence. Un homme positif, je dirais. N

Suite présidentielle du Warwick Champs-Élysées avec une grande terrasse pour fumer le cigare…

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Rencontre

Christophe Lambert en compagnie de Jean-Luc Darfeuille.

UN COFFRE-FORT POUR CRUS PRÉCIEUX C'est en partant du constat que les Grands Crus aujourd'hui avaient autant de valeurs que des œuvres d'art, des bijoux, des objets précieux que Jean-Luc Darfeuille et Christophe Lambert ont eu l'idée de proposer aux particuliers et aux entreprises de stocker leurs bouteilles d'exception, en un lieu adapté, hautement sécurisé, hors douane, ce qu'autorise la législation dorénavant. « Aujourd'hui une palette de Grands Crus, de 400 à 480 bouteilles peut valoir 400 000 euros, elle mérite des soins particuliers », précise Jean-Luc Darfeuille. Ainsi est né à Bordeaux “Grand Cru Storage”, un sanctuaire dédié aux grands vins, à ceux qui le produisent, l'achètent, le vendent et méritent le meilleur. Développé au sein du groupe Mitsiu spécialisé dans l'externalisation de la logistique des négociants bordelais, Grand Gru Storage, propose de stocker et gérer les bouteilles les plus rares, dans un chai semi-enterré de 3 000 m2, avec une capacité de 4 500 palettes et

250 000 caisses bois, placé sous vidéo-surveillance 24 heures sur 24. Sous 72 heures, Grand Cru Storage peut prendre livraison des bouteilles les enregistrer pour les stocker tout en garantissant une confidentialité totale. Aucune indication de propriétaire ne figure sur les caisses. Sous 72 heures également Grand Cru Storage “sort” les bouteilles, les prépare pour le transporteur avec tous les documents nécessaires, pour les douanes, le fisc, etc. « Beaucoup d'étrangers, exportateurs comme particuliers, Britanniques, Belges, Chinois, nous ont d'ores et déjà confiés leurs trésors, assurés qu'ils sont entre de bonnes mains », confie Jean-Luc Darfeuille. « Ils apprécient notre savoir-faire et notre souplesse puisqu'il est très simple de stocker et de déstocker » . « Notre but, ajoute Christophe Lambert, continuer de nous implanter en Chine, gros marché porteur puis peu à peu dans d'autres pays. »

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Rencontre >> LE CIGARE, TOUT UN CINÉMA Producteurs fumant d’énormes “calibres”, gangsters, inspecteurs de police partageant le même amour du tabac, le cigare joue un rôle souvent de premier plan, même si, aujourd’hui, législation oblige, il n’a plus droit de figurer sur les affiches et les photos. Avant que la loi antitabac condamne, à la quasi disparition, des fumeurs de cigares des affiches et des photos (puisqu’on va même dorénavant jusqu’à les gommer sur les documents anciens), nombre d’acteurs fumaient à l’écran et hors écran le cigare, symbole à la fois de réussite, de bien-être et de plaisir. Aujourd'hui, le cigare est toujours apprécié par le 7e Art qui le consomme davantage dans l'intimité d'un fumoir de palace ou d'une villa louée pour loger les équipes de tournage. Et certains réalisateurs osent encore l'inscrire dans leur scénario, notamment pour donner une allure, une personnalité, très marquées à leurs personnages. Au masculin, comme au féminin. Sur grand écran comme à la télévision. Parmi les feuilletons célèbres, il est un personnage populaire, qui appréciait le cigare, l'inspecteur Colombo. Dans plusieurs épisodes, il fréquente des fumeurs de cigare avec lequel il partage quelques volutes. Peter Falk, l'acteur qui interprêtait le rôle, avant de tomber malade, aimait fumer avec volupté. « Le cigare est un accessoire cinématographe. Presque un symbole, c’est vrai et ce serait dommage s’il disparaissait », affrirme Christophe Lambert.

UNE STAR EN HABIT DE LUMIÈRE Avec leur tête torsadée, leur pied habillé d'une bague dorée, ces nouveaux Davidoff Puro d'Oro jouent la carte esthétique avec classe. C'est la première série de Davidoff dont le mélange de tabacs et la cape proviennent exclusivement de République dominicaine. En artiste, Hendrik Kelner, responsable Davidoff en Républicaine dominicaine et expert en tabac, a perfectionné une cape dont le tabac est cultivé dans la région de Yamasâ, au sud de I’île. La cape Davidoff Yamasa pousse sur une terre rouge, riche en substances minérales, qui lui procure un arôme exceptionnel. Le “Puro d'Oro” est commercialisé en quatre formats: “Deliciosos”, “Magnificos”, “Notables et “Sublimes”. Suivant leur format, les mélanges de tabac varient de “moyen” à “corsé” et séduisent par leur goût intense et équilibré et par leur arôme. Le ruban doré porte le nom des différents formats. A l'instar des premiers conditionnements de Davidoff des années 1940, les 25 cigares assemblés et liés avec un ruban de soie sont présentés dans un coffret enveloppé de papier. • DAVIDOFF “PURO D'ORO” - MAGNIFICOS FORMAT: ROBUSTO DIMENSIONS : LONGUEUR : 130 MM, DIAMÈTRE : 21 MM TEMPS DE FUMAGE : 50 MINUTES PRIX À L'UNITÉ : 13 € COFFRET DE 25 : 325 € Quatre formats pour quatre mélanges de moyen à corsé. Ci-contre, le Magnificos.

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Expatria Cum Patria B U L L E T I N D ’A D H É S I O N

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SUITE DU PRÉCÉDENT NUMÉRO

Tricentenaire de la naissance de Jean-Jacques Rousseau

Que ferait-il de ce bonheur, sinon tenter de le maintenir pour les temps à venir. On a tort de croire qu’on se prépare à la dureté par la dureté […] C’est par la douceur qu’on se prémunit contre le malheur. […] Le bonheur de l’enfance illumine toutes les ombres de la vie. Dans la joie de celui qui grandit pousse la force d’un homme.(38) Pour Jean-Jacques Rousseau, l’Ile de Saint-Pierre devient un lieu de prédilection, un espace conforme à ses idées, à ses aspirations, à son idéal social : On y trouve ni gens d’Eglise ni brigands ameutés par eux. Toute la population consiste en une seule maison occupée par des gens très honnêtes, très gais, d’un très bon commerce, et chez qui l’on trouve tout ce qui est nécessaire à la vie.(39) Les Bernois ne pratiquent pas encore la promotion des droits de ses habitants. La p h i lo s o p h i e des Lumières ne fait pas encore partie du p ro g r a m m e gouvernemental associant L’embarquement. les idées d’une Gravure de Sigmund von Wagner. société égalitaire et la liberté d’expression. Le grand Haller, accablé par les honneurs de l’étranger, n’obtenait pas dans sa ville natale une position digne de lui. Plus tard Charles-Victor de Bonstetten étouffera dans sa cité d’origine et ne saura donner libre cours à sa vivacité qu’au pays romand ou sous des cieux étrangers.(40) L’île Rousseau convient au facile abandon, à la vie douce et reposée, que choisiront des hommes réunis pour s’éloigner des autres

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hommes, pour échapper à la fatigue sociale, et maintenir le rêve d’un homme de bien à l’abri des vérité de la foule.(41) Quelques années auparavant, en avril 1731, Jean-Jacques Rousseau rencontrait les autorités de la Ville de Berne. Il fut leur hôte et se souvient avoir dû expliquer la mission d’un archimandrite – rencontré à Boudry, au café du Lion d’Or – récoltant des fonds pour libérer des esclaves à Jérusalem. Ses voyages à pied, ses rencontres à Vevey, son arrivée à Yverdon – ville refuge après Paris – renforcent son besoin d’indépendance et ses prises de position religieuses. Il revendique pour lui un espace de liberté dans un Etat qui de son côté souligne qu’en dehors de l’Eglise, il n’y a point de salut. Jamais le converti de Turin et l’ancien séminariste d’Annecy n’eut pu admettre l’idée de la réversibilité des mérites ou celle des indulgences, le culte de la Vierge ou le dogme de la transsubstantiation. Et surtout point d’autorité en matière de foi, si ce n’est celle de la Bible et celle de la conscience : conscience subordonnée non à un homme mais à une loi.(42) La confrontation qui surgit à Môtiers s’appuie sur La profession de foi du Vicaire savoyard. Les convictions du « Citoyen de Genève » orientent son existence. Il quitte Paris, la famille du Maréchal de Luxembourg, et, en désaccord avec les autorités religieuses de Môtiers, s’empresse de gagner l’Ile de SaintPierre.

Maison du Receveur. La maison du Receveur et le domaine qui l’enserre plaisent à «Jean-Jacques Rousseau l’insulaire», selon Henri-Frédéric Amiel. Dans les Rêveries, il en décrit toute le bonheur : Pendant qu’on était encore à table, ajoute-t-il, je m’esquivais et j’allais me jeter seul dans un bateau que je conduisais au milieu du lac quand l’eau était calme ; et là, m’étendant tout de mon long dans le bateau,


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les yeux tournés vers le ciel, je me laissais aller et dériver lentement au gré de l’eau, quelquefois pendant plusieurs heures, plongé dans mille rêveries confuses mais délicieuses, et qui, sans avoir aucun objet bien déterminé ni constant, ne laissent pas d’être cent fois préférables à tout ce que j’avais trouvé de plus doux dans ce qu’on appelle les plaisirs de la vie.(43) A la fin de la journée, Jean-Jacques Rousseau s’approche du lac, contemplant des heures durant ses reflets dans l’eau. Dans un roman récemment paru, Natacha Appanah, écrivain mauricienne, décrit ce moment d’extase : Maintenant, le temps semble ralentir, se diviser en secondes longues que je peux savourer, où je peux me glisser tout entière, faire en sorte que chaque parcelle de ma peau ressente en long et en large ce moment-là. Je ne suis pas pressée et, pour une fois, ni je n’essaie d’avoir le dessus sur les heures qui passent, ni je ne les subis. Pour une fois, les heures me sont amies, alliées, sœurs. Mon cœur est ouvert comme le ciel, mon cœur est le ciel.(44) Jean-Jacques Rousseau semble délivré de toute obligation. Commence une période souriante de sa vie. Il sait que ses livres témoignent en sa faveur. Il peut se consacrer à lui-même, ressentir les vibrations de son âme, écouter les murmures de son cœur, parler avec son corps, lui offrir le délicieux relâchement du repos. Le lac lui apporte les bienfaits de l’apaisement. Ce sourire exprime la réjouissance de l’être qui s’épanche dans tous les règnes de la matière jusqu’à s’y diluer, s’y fondre, s’y anéantir. Il témoigne de la certitude que cette disposition lui assure l’infini en même temps que l’éternité. Il est la démonstration que la conscience de soi suffit en soi au ravissement. Il est ce sourire sans invite ni compassion ni attendrissement de la divinité qui ne jouit de « rien d’extérieur à soi, de rien sinon de soi-même et de sa propre existence », comme la définissait Rousseau, pour Patrick Drevet.(45) Le murmure des vagues anime en écho la nostalgie d’un plus grand lac – le Léman – et cette pensée le conduit aux souvenirs de son enfance : O lac sur les bords duquel j’ai passé les douces heures de mon enfance ! Charmants paysages où j’ai vu pour la première fois le maIle de Saint-Pierre (Lac de Bienne). jestueux et touchant lever du soleil, où j’ai senti les premières émotions du coeur, les premiers élans d’un génie devenu depuis trop impétueux et trop célèbre ; hélas ! je ne vous verrai plus. Ces clochers qui s’élèvent au milieu des chênes et des sapins… Ces arbres vénérables, ces sources, ces prairies, ces montagnes qui m’ont vu naître, elles ne me reverront plus.(46) Jean-Jacques Rousseau reçoit quelques rares visiteurs; leur courtoisie et leur confiance l’incitent à poursuivre le séjour dans ce lieu. La saison des récoltes y attire les travailleurs agricoles. Parfois, en fermant les yeux, il croit faire un de ces rêve où la nature, nous apparaît si complète dans sa beauté, qu’on peut dire avoir vu parfois, en songe, le paradis terrestre.(47)

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Aimons-nous comme deux passagers qui traversent les mers pour conquérir un nouveau monde mais qui ne savent pas s’ils l’atteindront jamais.(48) Le 17 octobre 1765, le baron de Grafenried transmet un message officiel à JeanJacques Rousseau. La décision de la Ville de Berne est sans appel. Elle interdit son séjour sur l’Ile, décision irrévocable. Le « Citoyen de Genève » décide d’écrire aux autorités. Il leur demande de transformer ce séjour offert à la méditation en une domiciliation à demeure, acceptant d’avance les conditions qui lui seraient imposées. Il signale également un état de santé fragile. Un second pli lui confirme la décision des autorités bernoises. JeanJacques Rousseau ne dispose que de vingtquatre heures pour quitter l’Ile, propriété de la Ville de Berne! Banni, il recommande Thérèse à Daniel Roguin et songe à se rendre en Angleterre. Niklaus-Anton Kirchberger, à l’origine de son séjour à l’Ile de Saint-Pierre, l’accompagne à Bienne, localité de 1700 âmes, qui le reçoit. MM. Vautravers et Wildermett s’entendent pour l’accueillir au moins jusqu’à la fin de l’année afin de lui donner la possibilité de préparer la prochaine étape de son exil contraint. Il rencontre le pasteur François-Louis Perregaux. Il est en pension chez Johann Heinrich Masel. Pourtant, le « Citoyen de Genève » ne peut rester à Bienne, il décide de partir rapidement pour Bâle. Il ne sait pas encore s’il convient de gagner l’Angleterre, sur la recommandation de Madame de Boufflers, ou de rejoindre à Berlin son « père » Milord Maréchal, (à l’égard duquel il éprouve une belle relation de confiance depuis son séjour à Môtiers). Jean-Jacques Rousseau écrit à Alexandre DuPeyrou, le 28 octobre. Il est déterminé à gagner Bâle. Ces situations lui sont familières. Rappelonsnous qu’il a quitté, en mars 1728, son maître d’apprentissage pour gagner Annecy où il fera la rencontre de Madame de Warens. Passant par le Valais, Jean-Jacques Rousseau retourne à Paris afin d’y dénoncer le comportement peu chaleureux de l’ambassadeur de France à Venise. Ainsi qu’il lui arrive parfois, Jean-Jacques Rousseau se montre énergique, il n’entend pas subir de contraintes et s’efforce à ne pas trop modifier ses plans. Avant son départ, il informe Thérèse qu’il se rend à Bâle. Il y rencontrera Jean-Jacques Luze, en qui il a totale confiance; il déplorera de ne pouvoir rencontrer Jean Bernouilli. >>


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© Bibliothèque de l’Université de Bâle.

>> Jean-Jacques Rousseau aurait aimé, séjourner dans cette cité re-

marquable. En novembre, il reste plus d’une semaine à Strasbourg, il regrette l’Ile de Saint-Pierre, dans cette ville accueillante. Il loge à l’Hôtel de la Fleur, assiste à une répétition du Devin du Village ; réconforté, il songe, disposant de quelques moyens financiers, de passer l’hiver à Strasbourg. Entre courriers, réceptions de visiteurs et corrections d’épreuves, Jean-Jacques Rousseau se décide à rejoindre l’Angleterre. Son cousin Jean Rousseau habite Londres, il lui écrit, lui demande conseil : de quels moyens doit-il disposer pour vivre à Londres ? La ville connaît-elle les embouteillages urbains et la pollution des grandes cités ? Jean-Jacques Rousseau tient à son bien-être. Son séjour en Angleterre répondra vite à ces questions ! Cette peinture de Sigmund von Wagner, patricien bernois, graveur et peintre, apporte une nouvelle dimension aux relations particulières de l’homme avec son animal de compagnie. Rappelons les aventures de JeanJacques Rousseau avec [son] Jean-Jacques Rousseau sur le lac de chien.(50) On Bienne. Gravure réalisée par Sigmund von suppose que Wagner (12.11.1759 - 11.09.1835). Jean-Jacques Rousseau a connu le bonheur de posséder plusieurs chiens. Pourtant, dans Les Rêveries du promeneur solitaire, Jean-Jacques Rousseau est renversé par un chien danois. Mon chien lui-même était mon ami, non mon esclave, nous avions toujours la même volonté mais jamais il ne m’a obéi.(49) Alice Ferney, Dans la guerre, parle du lien de confiance entre le héros et son chien, de l’attachement où on aurait dit qu’un fil invisible attachait la bête à l’homme que les yeux d’or, aux aguets, ne quittaient pas le maître. Le maître voulait-il quelque chose ? S’en allait-il quelque part ? Chacun de ses gestes était épié avec bienveillance, et dans cette attention inaltérable une vie se donnait à une autre, comme s’il n’y avait rien d’autre à faire, comme si un sortilège, depuis la nuit des

temps, avait lié les chiens aux maisons et aux maîtres, et cela quels que fussent leurs manquements.(51) Restée dans la demeure du Receveur, Thérèse assiste au départ forcé de Jean-Jacques Rousseau. Le modeste appartement lui convient(**), il répond si justement au rêve du « Citoyen de Genève » qu’elle décide, sous le charme, de prolonger son séjour, pourtant soudainement contrarié. Le 26 octobre 1765 Il est parti hier matin pour Bienne avec deux lourdes malles. J’ai eu beaucoup de peine à y caser ses robes (surtout celle bordée de fourrure) et ses bonnets arméniens. Je lui ai encore repassé une chemise, j’ai recousu ses boutons et raccommodé ses bas. J’espère qu’il saura se débrouiller sans moi. Il n’a pris que peu de papiers. Il a confié ses manuscrits à Monsieur Du Peyrou ; il m’a laissé ses herbiers et ses cahiers de musique. Après son départ, j’ai nettoyé l’appartement, j’ai balayé, récuré, enlevé les fleurs fanées, ramassé ses livres et ses papiers. Puis j’ai repoussé la commode sur la trappe, trappe qu’il utilisait pour s’enfuir quand arrivaient des visiteurs indésirables. Et ces derniers temps, il y en a eu beaucoup. Sachant qu’il devait partir, aussitôt beaucoup de gens très « comme il faut » ont voulu le voir. Ils débarquaient à l’improviste, Jean-Jacques s’enfuyait par la trappe, me laissant le soin d’expliquer que je ne savais pas où il était. Il fallait que je fisse l’idiote, ce qui n’est pas difficile, selon ses amis et que je gagnasse du temps par des conversations futiles, afin qu’il pût se dissimuler dans l’île. Maintenant, il est parti et il faudra bien que je parte aussi. Mais je m’y sens bien. J’ai quitté mon lit étroit - qui est dans la cuisine - pour dormir tout mon soûl dans le lit de Jean-Jacques, après avoir changé les draps. Que j’ai bien dormi ! J’ai

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même rêvé que Jean-Jacques n’était plus malade, qu’il m’aimait de nouveau et qu’il désirait m’épouser ! Je me suis réveillée de bonne heure et suis restée longtemps sous ma couette à écouter les oiseaux, les bruits du domaine et la langue gutturale et incompréhensible des valets de ferme. Je ne sais pas où nous pourrons nous établir. Jean-Jacques est parti pour Berlin, mais il a aussi une invitation pour l’Angleterre. J’attends des nouvelles. J’aimerais bien rester encore quelque temps ici, où je suis arrivée le 29 septembre. J’avais dû liquider nos meubles et tout notre ménage de Môtiers avant de rejoindre Rousseau. J’ai été gentiment accueillie par le receveur et sa famille. Pendant que JeanJacques herborisait sur l’île et rêvassait au bord du lac, j’ai aidé à la récolte des fruits, à la confection des confitures et des conserves. J’ai fait des promenades, à pied ou en barque, avec les sœurs de la receveuse. Tous ces gens savent un peu de français, j’ai donc pu bavarder à ma guise. Je n’avais pas besoin de faire la cuisine. Je devais seulement maintenir le feu dans l’âtre et veiller à ce qu’il y eût toujours de l’eau chaude pour la toilette de Jean-Jacques. Nous avions pris pension chez le receveur et nous avons passé de bons moments à table (les repas étaient plaisants). Le soir, sur la terrasse, quand le temps le permettait, nous bavardions, Jean-Jacques chantait de vieilles romances. La veille de son départ, nous nous sommes tous réunis dans la salle au poêle de faïence. JeanJacques a chanté une chanson d’adieu qui m’a tiré les larmes. La chanson d’adieu. Gravure de Sigmund von Wagner. © Bibliothèque de l’Université de Bâle.

Notes (38) Alice Ferney, Dans la Guerre, Actes Sud, 2003, p. 302 (39) Pierre Kohler, Rousseau, les Bernois et l’Ile de Saint-Pierre, Paul Haupt, 1919, p. 22 (40) Pierre Kohler, Ibid., p. 26 (41) Senancour, Rêveries sur la nature primitive de l’homme, Droz, 1938, p. 232 (42) François Jost, Jean-Jacques Rousseau suisse, Editions universitaires Fribourg, 1961, pp. 291-292 (43) François Jost, Ibid., p. 333 (44) Natacha Appanah, La noce d’Anne, Gallimard, 2005, p. 142 (45) Patrick Drevet, Le Sourire, Gallimard, 1999, p. 50

Chers amis le sort m’entraîne, Demain, mon cœur déchiré, De regrets amers, navré, Va rompre sa douce chaîne, Et se livrer, sans appui, Aux traits que dardent sur lui La calomnie et la haine. Adieu, retraite chérie, Où, des méchants, oublié Sous les yeux de l’amitié, Je laissais couler ma vie; Où dans ton sein maternel Nature, fille du ciel, J’avais trouvé ma patrie. Adieu, paisible rivage, Où le sort, plus indulgent, Dépose, pour un moment, Les débris de mon naufrage : Lieux charmants dont la douceur Ranimait mon faible cœur Nous sommes bien ici. Sans l’apparition du froid, nous y resterions volontiers. Nous y serions bien demeurés pour toujours. Je vais poursuivre mon ouvrage près du poêle. Je ne sais pas si j’aurai le temps de finir de coudre une nouvelle robe avant que Monsieur Du Peyrou ne vienne me chercher. Partageant la vie d’un grand homme, je me dois d’être toujours élégante et soignée. J’entends du bruit dans la cuisine, on frappe à la porte de la chambre. C’est un messager porteur d’un billet de Rousseau. Je le prie de me le lire, j’apprends ainsi qu’il est bien arrivé à Bienne ; qu’il pense à Rémy Hildebrand moi ; que je lui manque déjà.

(46) Lettre de Jean-Jacques Rousseau au Prince de Beloselski, le 27 mai 1775 (47) George Sand, Le Meunier d’Augibault, Livre de poche, 1985, p. 64 (48) George Sand, Ibid., p. 298 (49) Jean-Jacques Rousseau, OC I, p. 1141 (50) Jean-Luc Guichet, Rousseau, l’animal et l’homme, Cerf, 2006, p. 392 (51) Alice Ferney, Dans le Guerre, Actes Sud, 2005, p. 185 (*) Francis Hallé occupe la chaire de Botanique Tropicale à Montpellier. (**) Alexandre Dumas parle de cette « petite chambre carrée » dans Voyage en Suisse, Hermann, 2005, p. 508 Le Dictionnaire de Jean-Jacques Rous-

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seau et Jean-Jacques Rousseau au jour le jour de Raymond Trousson et de Frédéric S. Eigeldinger - parus aux Editions Champion 1996 et 1998 - se sont révélés très précieux au cours de la rédacteur de cet article. (1) Françoise Kaufmann a conçu ce texte dans le cadre de l’Atelier d’écriture de l’Université du 3e Age de Genève. Référence : - Jean-Jacques Rousseau, OC I, 1959, pp. 652-654 - Album Jean-Jacques Rousseau, Gallimard - Sigmund von Wagner, L’Ile Saint-Pierre ou l’Ile de Rousseau, Editions SPES, 1926, pp. 77-78


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Hommage

LaMarine estaussiprésentesurla terreferme LES HOMMES LIBRES SONT SUPPOSÉS CHÉRIR LA MER, ET IL N’A PAS FALLU ATTENDRE LE GÉNIE DE BAUDELAIRE POUR S’EN RENDRE COMPTE. DES PHÉNICIENS AUX GRECS, DES VIKINGS AUX CONQUISTADORES, CHACUN SAVAIT DÉJÀ CE QUE L’AUTEUR DES FLEURS DU MAL A SU SUBLIMER : « LA MER EST TON MIROIR ; TU COMTEMPLES TON ÂME ». EN FRANCE, IL N’Y A PAS QUE LA MER ; IL Y A LA MARINE, IL Y A DES MARINS. PARMI EUX, L’OFFICIER GÉNÉRAL PIERRE LEAUSTIC, PRÉSIDENT DE L’ASSOCIATION “AUX MARINS”, ET LE RÉSIDANT GENEVOIS OLIVIER DUPONT, OFFICIER DE MARINE QUI A REPRÉSENTÉ LA “ROYALE” DANS LES DEUX SAVOIE.

livier Dupont, après de brillantes études trilingues (HEC Paris, McGill Montréal et Université de Cologne), a enseigné l’économie à l’Ecole d’administration de la Marine de Cherbourg. Marin un jour, marin toujours. Ce passionné, qui a bien connu feu Tabarly ou Olivier de Kersauzon, a fait carrière en Allemagne (où il a rencontré son épouse Ruth), en Autriche et en Suisse, mais n’a jamais quitté la Marine, puisqu’il appartient à cette « réserve opérationnelle » typiquement française, qu’il a assumé et assume encore de nombreuses missions et représentations pour ce corps que l’on ne nomme jamais “Armée de mer”.

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Souvenir et fraternité Autant dire que son ancien supérieur sous l’uniforme, Pierre Leaustic, a pu compter sur lui lorsqu’il a créé, voilà quelques années, l’Association “Aux Marins”, qui compte quelque 1 300 membres. Olivier Dupont en est le délégué en Suisse. « Cette association, explique l’officier de marine, assure le développement et le rayonnement du Mémorial aux marins morts pour la France, sur le site exceptionnel et symbolique de la Pointe Saint-Mathieu, dans le Finistère. Ce vaste cénotaphe, bâti à la fin des années vingt, est ouvert au public depuis 2005. Il conserve et présente un fonds documentaire, des photos, des témoignages concernant les marins morts au combat, en mission ou lors de naufrages. Pour les familles, c’est un moyen de faire ce travail de deuil que l’absence de sépulture rend parfois plus difficile ». L’Association “Aux Marins” effectue un travail patient et méritoire, organise des commémorations, gère un site internet (www.auxmarins.com). « Notre mission est de rassembler, de renforcer les liens, d’aider les familles dans leur démarche mémorielle et de garder viwww.expatria-cum-patria.ch

vant le souvenir de nos camarades marins », dit Olivier Dupont. Mais la Pointe Saint-Mathieu, avec les ruines de son abbaye, son phare et son sémaphore, ses falaises, est un lieu magique qui vaut le détour, même pour le touriste bêtement rivé au plancher des vaches. Les montagnards ont le pied marin Quelle idée curieuse de représenter la Marine dans des départements de montagne, sans même parler de la Suisse ! Notre interlocuteur nous détrompe : il y a beaucoup de similitudes entre le montagnard et le marin. L’immensité de la nature et le défi de l’homme confronté à la solitude, à la réflexion, au danger et aux éléments – mais aussi à la splendeur naturelle : cela est en partage des fils et des filles de l’onde ou du roc, et se mêle parfois, comme en Corse ou au Liban. « Le recrutement de futurs marins ne se fait pas que sur la côte ! Et les spécialistes dans leur domaine professionnel – par exemple les métallurgistes de la vallée de l’Arve, si utiles sur un navire lorsqu’il s’agit de créer une pièce de rechange – sont très recherchés ». Inversement, Olivier Dupont souligne que de

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Hommage « L’âme de nos marins

jeunes médecins, mécaniciens, douce : « Comme le disait Plane sur l ’océan. juristes, effectuent un service Dominique Wavre, ce ne dans la Marine et y acquièrent sont pas des marins d’eau Je l ’ai vue ce matin à la fois une formation et des douce, mais des montaconnaissances des procédures Sous l ’aile d’un goéland » gnards aux pieds salés ». Et militaires. Au besoin, ils seront les Fehlmann, Alinghi ou opérationnels immédiatement. F. BREIZIRLAND autres navigateurs helvéLa Marine est en effet “natiotiques sont là pour le prounale”, parce qu’elle assume de ver. Autre lieu commun : la nombreuses missions au service de collectiMarine se surnommerait “Royale” par goût élitiste. « Rien n’est plus vité – il n’est que d’évoquer entre autres les faux : nous sommes une grande famille unie par l’amour de la mer, marins-pompiers de Marseille. la volonté de servir. Simplement, l’état-major de la Marine se trouvait en l’hôtel qui porte son nom, rue Royale à Paris ». Un superbe Légendes dynamitées immeuble que l’Etat songe à vendre, provoquant… des vagues bien Au passage, Olivier Dupont jette par-dessus au-delà des cercles maritimes. bord la légende des Suisses marins d’eau THIERRY OPPIKOFER

Appel

S

i vous détenez ou recherchez des documents relatifs à des marins disparus, contactez “Aux Marins” : B.P. 4, F-29217 Plougonvelin. Courriel : assauxmarins@orange.fr. Internet : www.auxmarins.com

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Littérature

MichelRocard

“Siçavousamuse” FLAMMARION PARMI LES HOMMES POLITIQUES FRANÇAIS DE LA SECONDE MOITIÉ DU XXE SIÈCLE, MICHEL ROCARD OCCUPE CLAIREMENT UNE PLACE À PART. SON ENGAGEMENT DE MILITANT, SA PROFESSION DE HAUT FONCTIONNAIRE, SA CARRIÈRE POLITIQUE QUI L'AMÈNERA AUX SOMMETS DE L'ETAT APRÈS AVOIR CONNU, PENDANT TANT D'ANNÉES, CE QU'IL A QUALIFIÉ LUI-MÊME DE MARGINALITÉ POLITIQUE ET SON AGILITÉ INTELLECTUELLE TOUJOURS TOURNÉE VERS L'AVENIR EN ONT FAIT UNE PERSONNALITÉ ASSEZ INCLASSABLE À L'HEURE OÙ EST ÉDITÉ CHEZ FLAMMARION UN LIVRE DE SOUVENIRS DONT LE CÔTÉ ATYPIQUE COLLE SI BIEN AU PERSONNAGE.

n effet, ces souvenirs, intitulés avec humour - “Si ça vous amuse”, chronique de mes faits et méfaits - sont plus intéressants que la majorité des livres de ce genre bien particulier que sont les Mémoires, et qui, très souvent, narrent une histoire ou un destin personnel, déjà lu cent fois ailleurs, et que seuls de rares éclairages originaux peuvent parfois venir enrichir. A contrario, Michel Rocard a choisi de raconter dans cet ouvrage son riche et singulier parcours, avec juste ce qu'il faut de rappels historiques sur ses combats politiques et électoraux que les observateurs de ces années-là ont connus par le détail au travers des articles de presse et autres émissions radiophoniques et télévisées de l'époque - au premier rang desquels figure évidemment sa rivalité avec François Mitterrand - pour se concentrer sur les aspects plus prosaïques et

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tellement moins médiatisés de l'action qu'il a menée pendant quelque cinq décennies de vie politique active. Et c'est véritablement dans cette dimension de témoignage très balzacien que Michel Rocard est à la fois original et pédagogique autant qu'intéressant et convaincant. En effet, dans ce livre de souvenirs, les chapitres consacrés à des dossiers aussi complexes et vitaux pour la société française que la réforme de La Poste et de France Télécom, le changement de statut de Renault ou la réforme de la compagnie Air France, que Michel Rocard a traités lors de ses trois ans à Matignon, font entrer le lecteur dans les méandres de la décision gouvernementale et de ses enjeux économiques et sociaux. Ils permettent intelligemment de mieux saisir


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Littérature l'intérêt d'une approche pragmatique, et, in fine, bénéfique au pays, qui fait de la maîtrise des enjeux techniques l'une des composantes essentielles du succès, mais nous font également toucher du doigt les innombrables contraintes et autres empêchements qui ne manquent jamais de surgir lors de tout projet ambitieux. La fierté réformatrice de l'auteur, qui se félicite des succès obtenus sur ces chantiers majeurs, n'étant d'ailleurs - sublime paradoxe - nullement payante en termes politiques directs puisque le défaut majeur de cette approche qui mêle discrétion et absence de médiatisation a, pour contrepartie, l'absence cruelle de tout bénéfice électoral. Sur cette “Méthode Rocard”, comme l'avait

d'ordre sociologique que soucieux de stratégie électorale et de grands discours tactiques. Même si Michel Rocard a été très tôt conscient que l'exercice du pouvoir pour la gauche française passerait par une préparation minutieuse de la conquête de celui-ci et aussi par une réflexion forte sur un programme de gouvernement ; s'il a eu une conscience du temps long - le seul qui permette le changement - ce n'est pas sa mouvance au PS, cette deuxième gauche du parti que lui-même et Jacques Delors ont incarné si fortement avec, pour relai syndical, Edmond Maire et la CFDT, qui sera au premier plan de la stratégie électorale que mettra victorieusement en œuvre son Premier secrétaire. En somme, face à une culture essentiellement historique et juridique (celle de François Mitterrand), Michel Rocard, avec son approche fondamentalement économique et sociologique, était bien en opposition de personne face à François Mitterrand par leurs approches intellectuelles distinctes et finalement antinomiques. Son discours célèbre sur les deux cultures au PS, l'une jacobine (celle qui s'impo-

Michel Rocard entouré de Pierre Mauroy et François Mitterrand, au temps de l’“entente”. En arrière-plan, Laurent Fabius.

qualifiée la presse dans les années quatrevingts, et sur son promoteur, c'est sans doute le diagnostic que son ami Jacques Julliard du Nouvel Observateur avait formulé à l'époque où Michel Rocard ambitionnait, tout comme François Mitterrand, d'accéder à la Présidence de la République, qui est le plus pertinent. L'homme de Conflans-SainteHonorine était en effet à ses yeux davantage administrateur que politique. Plus porté sur les dossiers et la connaissance de leurs aspects techniques, sur l'évolution socio-économiques des sociétés et les changements

sera congrès après congrès pendant les dix ans qui suivent Epinay) et l'autre libérale et décentralisatrice que Michel Rocard échouera à imposer à Metz en 1979 le situait bien à la droite d'un parti qui avait décidé de suivre une autre voie que la sienne. De ce débat, et de l'exercice du pouvoir différent qui aurait pu en résulter, l'élection présidentielle de 1981 et la réélection de François Mitterrand en 1988 trancheront une fois pour toutes les données, laissant à Michel Rocard l'occasion de découvrir un métier qu'il nous dit avoir adoré deux ans durant, ministre de l'Agriculture et lui permettant aussi d'habiter, pendant trois années pleines - avec un bail ô combien précaire - une fonction primo-ministérielle qu'il semble aujourd'hui considérer comme plus décisive que celle de Président de la République. Il est d'ailleurs hautement probable qu'installé à Matignon, Michel Rocard ait pu finalement faire plus de choses que s'il avait revêtu les habits de Président. La fonction de Premier ministre sied en effet

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>> bien mieux aux politiques cherchant à agir en profondeur et à trans-

former la société - ambition toute rocardienne s'il en est - que celle de Président dont la dimension internationale et les problèmes de défense et de géopolitique accaparent passablement l'attention. Surtout pour quelqu'un qui, comme Michel Rocard, a été influencé par un père scientifique de renom ; lequel ne comprendra jamais qu'on puisse s'intéresser à la politique - un univers de vaines discussions entre gens peu sérieux à ses yeux - au détriment des sciences exactes et de la recherche permettant, quant à elles, de nombreuses et utiles avancées. Ce tropisme rocardien, on le retrouvera pendant tout son parcours comme à chaque page de ce livre : cette volonté de coller au plus près des réalités, loin des chimères inutiles et des grands discours générateurs de tant de déconvenues ultérieures. Michel Rocard choisira, par conviction, d'être, tout au

Michel Rocard en compagnie de Charles Konan Banny, économiste et homme politique ivoirien, au cours du colloque Sénat-Essec-Afrique SA sur l'Afrique, le 27 janvier 2005.

long de sa carrière, dans cet univers politique qui fut sa passion, l'homme des anticipations, certes, (« l'homme de tant de renouveaux » dira même le candidat Mitterrand en meeting à Toulouse en 1988) mais toujours solidement étayées par des faits, des statistiques et des raisonnements démontrés. Sa vison économique et sociologique du monde et des sociétés, fortement soucieuse d'égalité dans la liberté et aussi de l'établissement d'un certain nombre de règles garantissant le fonctionnement éthique du système dans son ensemble (le libéralisme au sens noble, originel et véritable du terme, comme il le rappelle dans son chapitre sur la crise financière des années 2007/2009), déjà développée dès les années soixante, achoppera cependant sur ce monde globalisé d'économie sur-financiarisée dans lequel nous vivons aujourd'hui. Les débats sur l'autogestion, l'économie sociale et la participation (idée toute gaullienne qui n'a pas fini d'être moderne et dont la mise en œuvre nécessaire s'imposera sans doute encore dawww.expatria-cum-patria.ch

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vantage ces prochaines années) initiés il y a cinquante ans - et que Michel Rocard reproduit dans son livre - apparaissent d'une incroyable modernité en ce début du XXIe siècle. Surtout pour les lecteurs qui n'auront pas immédiatement à l'esprit les éléments du débat de l'époque de la Guerre froide entre économie de marché et système de planification ni les inévitables références - hors-sujet - à la Yougoslavie du Maréchal Tito. Se retournant aujourd'hui sur quatre-vingts ans de vie terrestre, Michel Rocard peut s'enorgueillir d'une existence particulièrement dense, depuis ses premières heures de militant politique jusqu'au sommet du pouvoir exécutif à l'Hôtel Matignon. A l'instar d'un Jacques Delors, il fut l'un des rares à avoir vu juste économiquement, avant que la gauche française arrive au pouvoir. Il est un de ceux qui ont su amener celle-ci vers des positions plus réalistes et rendu l'alternance politique finalement possible sous la Ve République. A présent, figure à part dans le paysage politique français, voix que l'on consulte volontiers depuis l'Elysée ou lors de la mise en place de groupes de réflexion sur l'avenir de la société française, son livre de souvenirs nous fait rencontrer un combattant d'une autre vision du monde possible et notamment d'un ordre économique mondial moins désordonné. Michel Rocard a cependant la lucidité d'admettre qu'au terme de cette longue aventure individuelle et collective, il fait partie du camp des vaincus. De ceux qui n'ont pu que constater, sans pouvoir s'y opposer efficacement, le développement et l'omnipotence d'un système économique dont la composante financière surdimensionnée et dérégulée ne laisse plus à l'humain la place centrale, et que les Etats ne savent plus véritablement comment appréhender pour le réguler. Des multiples défis présents et à venir qui restent à relever par nos sociétés dans ce monde globalisé qui est dorénavant le nôtre, nul doute que la lecture d'un livre tel que celui de Michel Rocard serve à la fois de stimulant autant que d'avertissement aux acteurs et spectateurs engagés que nous ne devons en aucun cas cesser Dominique Ortiz d'être. N

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Société

Évolution delaVieAssociative L’HOMME A TOUJOURS RESSENTI LE BESOIN DE SE GROUPER, DE SE RAPPROCHER DE SES SEMBLABLES. L’HISTOIRE NOUS LE RAPPORTE ET MÊME LA PRÉHISTOIRE NOUS SENSIBILISE DANS CE SENS, PUISQUE NOUS IMAGINONS NOS ANCÊTRES VIVANT EN GROUPE, EN HORDE POUR CHASSER, SE PROTÉGER, EXISTER.

e tous temps, l’homme s'est associé, rassemblé, regroupé dans le but d’améliorer ses conditions de vie. Je ne vais pas faire l’inventaire des causes, des raisons de ces associations vécues par l’être humain au cours des siècles. Il y a eu de nombreux motifs : religieux, chevaleresques, corporatifs, amicaux, culturels, etc. Je laisse le soin aux historiens d'en constituer l'inventaire, peut-être cela a-t-il été fait, mais, et si ce n’est le cas, ce pourrait être un ouvrage de plusieurs tomes. Nos parents, grands-parents ont adhéré à des associations qui étaient alors le moyen de faire des rencontres, leur permettaient de participer à des activités, de faire des découvertes, leur procuraient des distractions, les sociétés faisaient partie intégrante de la vie de l'époque. Qu'en est-il aujourd'hui ? La télévision a apporté au sein du foyer ce qu'il fallait aller chercher au dehors et plus encore, elle retient "prisonnier" à la maison, le commun des mortels qui aspire au repos, à la tranquillité après une journée de travail devenue de plus en plus harassante et souvent, en prime, un retour à la maison dans une circulation contraignante. Je vais vous exposer mon point de vue sur

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l'évolution de la vie associative que je ressens, en m’inspirant de mon vécu. Je viens de remettre la Présidence de l’A.F.R.V. (Association Française de la Riviera Vaudoise), après en avoir assumé la responsabilité pendant 20 ans. C’est beaucoup par rapport à un seul individu et peu à la fois, par rapport à la société elle-même, qui, cette année, va fêter ses 120 ans. Comme beaucoup de ces associations très anciennes, l’A.F.R.V., créée en 1891 par des notables français installés dans la région de Montreux, s’est appelée la Société Française du Secours Mutuel de Montreux. Elle avait pour but d’aider les Français dans des situations difficiles. La vie, à la fin du XIXe siècle, avait peu de choses comparables avec la vie à la fin du XXe, et encore moins avec celle dans laquelle, le XXIe siècle nous entraîne. À l’époque, le social n’existait pas, La Révolution Française de 1789 n'avait pas réglé tous les problèmes, loin s’en faut ! En 1928, cette société s’associe à la Fraternelle des Poilus de Montreux pour devenir la Colonie Française de Montreux Vevey et environs. En 1998, afin d'éviter les querelles de clocher et ne pas avoir à déterminer des "frontières" pour ladite société, elle prend le nom

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Société >> d'Association Française de la Riviera Vaudoise

“ La télévision a

(A.F.R.V.), et couvre le Haut Lac, le partie Est apporté au sein du du Léman. Son rôle essentiel était de créer des liens foyer ce qu'il fallait entre les Français installés dans la région, aller chercher au sans pour autant ne pas accepter celles et ceux qui ont un penchant pour la France. dehors et plus Ces dernières décennies, la vie civile et sociale a beaucoup évolué. L’arrivée de la Sécurité encore, elle retient Sociale en France, que l’on retrouve dans "prisonnier" à la beaucoup de pays, certes sous une forme différente, a beaucoup changé les besoins et, par maison, le commun voie de conséquence, les comportements des des mortels qui gens. Aujourd'hui, un ressortissant français, légalement installé en Suisse, ne dépend sur aspire au repos, à la le plan social que de la Confédération Helvétranquillité après tique. une journée de Le côté “couverture paternelle” de ces sociétés, n’ayant plus de raison d’être, il ne reste travail devenue de donc que les liens d’amitié et de solidarité à plus en plus consolider. Si, dans un premier temps, ces associations harassante. avaient pour but de rassembler leurs membres autour d’une culture, d’un sport, d’un hobby, la vie devenue trépidante de ces dernières années a tout changé, pour ne pas dire bouleversé. Aujourd’hui, les valeurs qui ont fait la raison d’être du comportement des générations précédentes, ont disparu, le futile a remplacé l’essentiel, l’important est devenu accessoire, le respect est une attitude qui est presque obsolète, que ce soit par rapport à la famille, à la nation, aux lois… Que sont devenus les comportements sociaux élémentaires qui existaient entre les individus, ne serait-ce que la politesse ? Lorsque nous nous retrouvons devant un manque de respect flagrant, devant un comportement anormal, il y aura toujours un psychologue, ces gens qui pensent pour les autres et qui vont vous démontrer que c'est normal. Malgré toutes ces constatations, le monde est ainsi fait aujourd'hui, il est en marche, en perpétuel changement, nous devons faire avec. Nos associations ne peuvent plus être ce qu’elles ont été. Leurs buts sont différents. Ont-elles encore une raison d’être ? On pourrait se poser la question ? À cette question, je réponds OUI. Elles doivent essayer d'amener ce qu’aujourd’hui la société n'est plus capable d'apporter. Plus la peine d’affréter un car pour aller visiter les Grottes de Vallorbe ou celles de St-Léonard. Chacun d’entre nous a les moyens, la possibilité, de le faire à titre privé, mais n’a plus la disponibilité pour s’y rendre le jour décidé par l'association qui l'organise. Pour chacun d'entre nous, le temps, le moment est primordial. Qui, aujourd’hui, n’a pas un agenda où les pages des mois à venir sont déjà bien remplies, et où il est difficile de trouver un week-end de libre ? Même moi, qui suis pourtant à la retraite, je suis tombé dans cette spirale infernale, et malgré moi, je subis ! Certes, nous sommes à l’ère de la communication (téléphone portable, internet, site de contact du type face-book, plaxo, etc), nous sommes atteignables en tous lieux et à toutes heures et pourtant, tributaires de cette fausse facilité de communication, l’individu n’a

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FRANCEMAGAZINE N°32 106 PRINTEMPS 2011

jamais été aussi seul. Le mode de vie change, il n'y a qu'un moyen de s'y adapter, c'est de l'accepter… Mais comment ? Je comprends parfaitement les personnes d’un âge certain, qui trouvent Internet trop compliqué, contraignant et ne veulent pas en entendre parler. Pourtant, dans quelque temps, les commerces de proximité disparaîtront, les services : banque, poste… s’informatiseront. Il y a quelque temps, les ballades se faisaient à pieds ou à vélo, nous n'avions besoin de rien. Aujourd’hui, on prend l’avion et pour cela, il faut un ordinateur et une carte de crédit pour pouvoir acheter un billet, avouez que ce n'est pas la facilité pour tout le monde ! Comment ces personnes ferontelles pour simplement vivre ? Une société comme l’A.F.R.V. doit continuer à exister pour servir de trait d’union entre les Français établis au bout du Léman et le Consulat, que nos Intellectuels, tout droit sortis de l' ENA, ont déplacé à Genève. Elle a la responsabilité de représenter la Colonie française auprès des Autorités Suisses, et d'inciter nos compatriotes à participer aux Fêtes officielles helvétiques. Ne serait-on pas à un tournant crucial où l’individu va se retrouver seul dans des endroits qui n’ont jamais été aussi peuplés ? Certes des sociétés… il y en a toujours plus qui se font et se défont au grè du temps. Aujourd’hui, on crée une société pour un oui ou pour un non !!! On se regroupe, on monte une société pour demander, se défendre, accuser, etc., mais elles sont éphémères et disparaissent aussi vite qu’elles sont apparues. Nos anciennes sociétés qui ont été créées pour des raisons sociales, ont encore leur place aujourd'hui. Elles doivent s’adapter aux besoins sociaux d’aujourd’hui, qui sont complètement différents, moins flagrants mais certainement plus nombreux qu’à l’époque. Elles doivent savoir non pas évoluer mais muter avec les moyens mis à disposition aujourd’hui. Dans la majorité des cas, ce qui fait mourir ce genre de société, c’est le “Vieux” Président, qui ne peut imaginer ne plus se voir appeler “Monsieur le Président”, Jean-Jacques qui se lamente de la situation, Poutrieux mais ne veut rien changer. N

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