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Page 1

École d’architecture de la ville & des territoires à Marne-la-Vallée

master Métropoles PFE 2016

Villefranche-de-Rouergue Projet de Fin d’Études Alice Villatte & Alix Sportich du Réau de la Gaignonnière Sous la direction de David Mangin et Rémi Ferrand


Tome 2

DÉCLIN OU SURVIE des

VILLES MOYENNES FRANÇAISES PFE - Villefranche-de-Rouergue

Alice Villatte & Alix Sportich du Réau de la Gaignonnière Sous la direction de David Mangin et Rémi Ferrand Master Métropoles // eavt // pfe 2016


Nous remercions particulièrement l’ign qui nous a gracieusement fourni les données numériques, indispensables à la production des documents de ce projet, dans le cadre d’un partenariat avec l’École d’architecture de la ville et des territoires à Marne-la-Vallée.


Table des Matières

3

Quand le Patrimoine joue contre la ville

5

Introduction du travail

6

Les vieux s’emparent des villes

13

La République et ses territoires Une France qui vieillit Où vieillir, où mourir ? Tropisme et sédentarité Villes du Centre/sud-ouest : types de répar tition

14 16 18 20 21

Villefranche-de-Rouergue : le territoire, la ville et la bastide

23

Historique de la ville et de la bastide L’ancienne enceinte : exutoire des problèmes urbains de la bastide Les rues de la bastide Les places de la bastide Le rez-de-ville Les seuils, les découvertes et les surprises La bastide qui se vide

26 48 60 70 82 86 90

Rez-habi(li)ter la bastide : projet

97

Recherche de stratégies pour la bastide La bastide comme « société de pièces » La boîte à outils Les trois nouvelles places publiques Les pièces extérieures collectives (1) Une cours simple Remembrement d’immeubles Les pièces extérieures collectives (2) Placettes à l’emporte-pièces Coursive Les pièces extérieures individuelles (1) Nouvelles arcades aménageables Les patios Les pièces extérieures individuelles (2) La rue jardin La façade jardin

98 99 102 103 104 106 108 110

Expérience villefranchoise à la Mairie

113

Bibliographie

119


Š geoportail.fr


Quand

le patrimoine joue contre

la ville Villefranche-de-Rouergue - Alice Villatte & Alix Sportich du RÊau de la Gaignonnière


6

Introduction du travail Ce volume présente la sythèse du travail produit sur Villefranchede-Rouergue, mené dans le cadre du Projet de Fin d’Études 2016 du Master Métropoles à l’eavt sur les centres des villes moyennes et petites en France. Il contient à la fois la recherche préliminaire (sur le vieillissement de la population et sur l’analyse de la ville et de la bastide), les documents du projet présenté à sa soutenance le 30 juin 2016 ainsi qu’un texte à propos de l’étude que nous a confiée la ville de Villefranche-deRouergue, en prolongation du Projet de Fin d’Études. Depuis quelques décennies, nous assistons en effet au déclin de ces centres. Les morphologies anciennes, la valeur locative élevée, la promotion par l’État du neuf, la perte d’attractivité, la disneylandisation des centres et le « narcissisme » patrimonial toujours plus invasif ont (paradoxalement?) troqué la France des clochers pour celle des supermarchés. Neuf vs vieux, libre vs contraint, périphéries vs centre : « ceci tuera cela ». Nous nous sommes aussi spécifiquement intéressés aux retraités dans la ville. Le vieillissement global de la population en France et les économies présentielle et résidentielle - qui prennent la relève de l’économie de production dans plusieurs régions de France (d’après Laurent Davezies, les retraites font partie du système très efficace de redistribution des richesses produites en France qui favorise notamment « l’égalité territoriale » en métropole) - amènent ce sujet au centre de nombreux débats et vont contraindre acteurs et intellectuels du territoire à y prendre part. Trois territoires nous semblent particulièrement typiques : 1/ le littoral atlantique, 2/ le centre sud-ouest et 3/ le littoral méditerranéen. Nous nous sommes focalisés sur le centre sud-ouest qui tend, d’après les chiffres de la datar, à accueillir 45% de personnes de plus de 65 ans dans sa population à l’horizon 2040. Beaucoup de centres des petites villes de cette région sont densément habités par des retraités (maison familiale, tropisme, contrainte économique, etc.), les actifs plus jeunes privilégiant plus généralement le (ou les) garages, le jardin et le pavillon. Ces deux facteurs (perte de l’attractivité du centre et vieillissement de la population) engagent, dans cette région comme dans d’autres, un nouveau paradigme territorial pour ces villes. Notre projet se situe sur la bastide du xiiie siècle de Villefranche-de-Rouergue, qui en est un exemple. Les 1 500 habitants hébergés dans cet ensemble urbain unique ne sont plus que l’ombre des 11 000 qui y habitaient au MoyenÂge. La fuite des habitants vers la périphérie (la population de la bastide a presque diminué de moitié depuis les années 1960) a entraîné une réaction en chaîne : – moins d’habitants,


7 – moins de commerces (surtout depuis la création de zones commerciales en 2005), – baisse de la demande de logements, – baisse du coût du foncier, – paupérisation du centre-ville, – vacance, dégradation voire destructions de logements devenus insalubres par maque d’occupation, – insalubrité générale de la bastide (odeurs fétides, chats errants, humidité, etc.), – baisse de la demande de logements, – moins d’habitants, – etc. La sauvegarde patrimoniale (la façade plutôt que l’habiter, le touriste – estival – plutôt que l’habitant) n’a pas aidé : 34 % de bâtiments vides (pour une densité de 80 lgt/ha), 10 % proches de la ruine, 32 % des commerces fermés et la valeur foncière au plus bas (30 000€ pour un immeuble, qui dit moins ?) La vacance commerciale, très largement commentée par les médias et sur laquelle se focalisent beaucoup d’élus, n’est pas la cause de cet état mais résulte surtout de la vacance des logements. Les nombreux locaux commerciaux vides (36% de commerces vacants) attendent certes des acquéreurs mais surtout des clients. C’est pourquoi nous n’avons pas abordé de manière prioritaire la question commerciale et avons plutôt centré notre travail sur la question du logement dans ce centre-ville. Dans ce cas précis où le Patrimoine joue contre la ville, respecter un héritage n’est pas nécessairement le conserver. Dans le cas de la bastide, la destruction devient une forme de préservation. À Villefranche, la dé-densification est notre méthode et la dé-croissance notre raison. La ville y est dessinée par une architecture quotidienne du logement et non par l’image et le programme d’exception. Ainsi nous sommes-nous fixés trois objectifs : – diversifier les types de logements, jusque là exigus et mal éclairés, – cibler particulièrement les retraités et les jeunes couples, qui fuient vers la périphérie pavillonnaire, – reconquérir le rez-de-ville, abandonné aux garages et aux commerces.

dessins et photo © A.V. & A.SdRdlG.

L’état actuel de la bastide permet à une population plutôt très pauvre (salaire mensuel net moyen : 600 €) d’habiter en centre-ville, et donc de profiter de ses avantages (proximité des commerces, des services et des amis). Le centre comme ghetto de retraités est une absurdité et l’intervention doit être ciblée dans l’espace pour assurer la cohabitation de ces différentes populations. La diversité des formes et des situations appellent aussi la diversité des projets : une cour simple ; un remembrement parcellaire ; des placettes à l’emporte-


8 pièce ; une coursive ; des arcades extensibles ; des patios ; une rue jardin et des jardins extérieurs sont un extrait non exhaustif des possibilités de transformation et de préservation de l’héritage édifié de la bastide. Les 8 projets d’habitation, les 3 places publiques et la « boîte à outils » sont choisis et dessinés en fonction de la vacance des immeubles et d’un degré d’interventionnisme (destruction totale/ partielle, transformation, construction). Trois leviers ont été nécessaires pour y parvenir : – la vacance des immeubles de la bastide (34 % de logements vacants) – la quantité d’espaces publics (45% de la superficie de la bastide) – le faible coût du foncier (environs 30 000 € pour une maison) La vacance de logements comprend à la fois des immeubles en vacance simple (logement en état d’être habité) et des immeubles en péril (qui va de l’insalubrité à des risques d’effondrement). Nous avons donc orienté nos propositions en prenant principalement en compte la vacance et le péril des logements qui permettent des interventions de restructuration des logements et des îlots plus radicales. Nous pensons qu’il est nécessaire de repenser les pratiques patrimoniales en France au regard des difficultés économiques et financières des petites villes et du délabrement général de leur centre ; qu’il faut remettre au cœur de l’ambition politique le besoin anthropologique d’habiter ; qu’il faut continuer l’écriture historique du palimpseste de nos territoires (urbains comme ruraux) en intégrant l’architecture et les besoins contemporains ; enfin mettre en avant la poétique du présent plutôt que la nostalgie du passé. Ce projet a reçu les félicitations du jury lors de sa soutenance le 30 juin 2016 ; il était composé par Paul Landauer (architecte et directeur du laboratoire Observatoire de la Condition Suburbaine, à l’eavt), Éric Alonzo (architecte), Jean Taricat (sociologue), Yves Roujon (architecte), Jean-Louis Violeau (sociologue et directeur du laboratoire Architecture Culture Société, associé au CNRS et à l’École d’Architecture de Paris Malaquais), Valter Caldana (architecte et directeur de l’École d’Architecture Mackenzie, à São Paulo), David Mangin (architecte et Grand Prix de l’Urbanisme 2008) et Rémi Ferrand (architecte). Ce projet a en outre été l’un des 9 projets retenus en finale du concours Young Talent Architecture Award (ytaa), qui récompense les meilleurs projets de diplôme européens. Il a, en outre, été exposé à Venise lors de la biennale 2016 à la fois par le ytaa, et par l’École d’architecture de la ville et des territoires dans le cadre de la présentation du travail du master Métropoles sur les centres des villes moyennes françaises et sur São-Paulo. Alice Villatte & Alix Sportich du Réau de la Gaignonnière

un foncier peu cher


9

45% d’espaces publics en bastide

dessins © A.V. & A.SdRdlG.

immeubles vacants immeubles en péril


10


11

photos Š geoportail.fr


12

Š Martin Parr


Les

vieux

s’emparent des

villes introduction sur les retraités comme levier économique pour certains territoires


14

La République et ses territoires

p.6

« Beaucoup de responsables vivent encore aujourd’hui dans cette idée que, pour favoriser le développement de leur région, la seule planche de salut est de dynamiser son appareil de production, d’augmenter le niveau de qualification de ses emplois, d’attirer des emplois métropolitains supérieurs. »

p.6

« L’Île-de-France reste plus que jamais la région locomotive de la croissance nationale, mais aussi l’une de celles où le revenu par habitant progresse le moins rapidement. Le grand Ouest français, que tout semblait destiner au marasme, voit au contraire son revenu par habitant augmenter rapidement. La Côte d’Azur qui, en termes de compétitivité productive, figure parmi les wagons de queue, attire les populations les plus riches. »

p.16

« Les budgets publics ont ainsi de puissants effets de redistributions .(...) La redistribution ainsi opérée transfère du revenu entre les ménages, mais aussi entre ces agrégations particulières de ménages que sont les territoires. »

p.19

« Elle (la couverture des services et prestations publics) est devenue aujourd’hui la première source de revenu de nos régions: il n’y a pas une seule région française, Île-de-France comprise, dans laquelle la somme des salaires privés soit supérieure à la somme des salaires publics et des prestations sociales. »

p.30

« Les pensions de retraite constituent aujourd’hui et constitueront plus encore à l’avenir un facteur majeur de dissociation entre production et revenu des territoires. Elles représentent en 2004, 23,5 du revenu des ménages déclarés à l’impôt. (...) La Creuse, voit sont revenu déclaré dépendre pour 35% des pensions de retraite, PO 34%, la Nièvre, le Lot et le Var 33%. »

p.31

« De façon générale, les pensions de retraites sont aujourd’hui, à côté des autres prestations sociales et des dépenses publiques, un vecteur majeur du développement local français. [...] Les pensions de retraite constituent un élément décisif de rééquilibrage des revenus des régions dans la mesure où l’on observe, de façon générale en Europe, que ce sont les régions à plus faible PIB par habitant qui ont les plus forts taux de présence de personnes de plus de 65 ans. »

p.34

« Tous occupés à intégrer l’unique «nouvelle donne» productive que serait la mondialisation, la plupart des analystes de la géographie économique n’ont pas pris la mesure des impacts territoriaux de cette dissociation désormais extrême entre temps de travail et temps de loisirs, temps de la production et temps de

Laurent Davezies, coll. « la République des idées », éd. Seuil, 2008


15 la consommation. » « Ces transferts de revenu depuis les lieux d’emploi vers les lieux de résidence bénéficient aussi aux espaces ruraux péri-urbains, même éloignés des villes. [...] Paradoxalement, c’est ce même mécanisme hier stigmatisé par l’expression « banlieue dortoir » qui constitue aujourd’hui l’un des mécanismes du renouveau démographique, économique et social du monde rural ! »

p.37

« On peut considérer que les retraités qui en ont les moyens tendent à se localiser (en emportant leur revenu avec eux) dans des espaces touristiques et que ce sont généralement les mêmes facteurs qui attirent les touristes et retraités mobiles. »

p.39

« Entre 1990 et 2004, le revenu déclaré des ménages a augmenté en France de l’ordre de 130 milliards d’euros soit une progression de 28%. Ce ne sont pas les régions ou départements les plus riches ou les plus productifs au départ qui ont le plus bénéficié de cette augmentation. Au contraire, les départements parmi les moins développés du Pays (Hérault, Pyrénées-Orientales, Morbihan, Hautes-Alpes, Lozère...) se retrouvent en haut de la liste, avec une variation de l’ordre de 50%. En revanche, ce sont les territoires les plus développes qui connaissent la plus faible augmentation. L’Île-de-France, par exemple, ne progresse que de 20%. » « L’emploi se développe plus rapidement dans les zones moins actives! Les territoires « productivo-résidentiels », comme Nantes, Saint-Nazaire ou Annecy, qui arrivent à combiner développement productif et attraction-rétention de revenus résidentiels apparaissent comme parmi les plus dynamiques. De façon systématique, les départements ayant les meilleures performances de création nette d’emplois salariés privés sont des départements «périphériques» notamment de l’Ouest français et du Sud. »

p.63

p.65


Une France qui vieillit

source : Banque Mondiale, ocde

Espérance de vie en France

source : datar

Parmi les + 60 ans (en millions)

source : datar

Démograhie française (en millions)

16

+ de 60 + de 75

1975

1990

2008

Population FRANCE 52,6

Population FRANCE 56,6

Population FRANCE 62,1

+ de 60 ans 9,7

+ de 60 ans 10,8

+ de 60 ans 13,6

9,7

13,6

4,7

5,8

0,5

0,9

0,4

72 ANS

76 ANS

81 ANS

3,2 + de 85

10,8


17 2020

2030

2040

Population FRANCE 66,0

Population FRANCE 68,5

Population FRANCE 70,7

+ de 60 ans 9,7

+ de 60 ans 20,2

+ de 60 ans 21,9

17,4

8,5

20,2

11

2,3

2,5

85 ANS

86 ANS

21,9

14,4

3,9

87 ANS


Où vieillir, où mourir ?

dépendance

18

Hôpital gériatrique Hospitalisation à domicile EHPAD Auxiliaire de vie

infrastructure lourde coût très élevé (public & privé) cas graves et rares dédomiciliation des patients

Aide à la personne

aucune infrastructure coût élevé (privé) maintien à domicile services en voie de généralisation

colocation de vieux MARPA / EHPA

logement foyer

Accueil de jour

infrastructure moyenne coût élevé (privé) dédomiciliation du client ghettoïsation des vieux Résidence service

camping car

Résidence sénior médicalisation

dessins © A.V. & A.SdRdlG.

résidence à domicile


19 he

nc Ma

ée

d Ven

nte are e Ch ritim Ma he

c e zèr Ardè

Lo

des

Lan

Migration nette des +60 ans entre 2003 et 2008

source : insee 2008

Soldes migratoires départementaux en 2014 des retraités en valeur absolue

Var

source : cnav

Poids démographique

re

Ind

ute

a eH es d Alp vence Pro

dos lva Ca te or ô re C rm t istè d’A Ille e e Fin n ain lha Vil rbi o M ue ire Lo antiq Atl é de Ven nte are e Ch ritim Ma gne rdo de e on Do èch Gir t Ard Lo rd des Ga Lan n t Tar s aul r e e é s H én ue Pyr antiq de Au ées Atl n les é r Py ienta Or

Migration

te Cô rmor d’A n lha rbi Mo

re

èv Ni

e eus Cr èze gne or l rdo C anta C Do t Lo on eyr Av

source : insee 2011

Densité des communes dont la population comporte +25% source : insee 2011 de retraités dans les aires urbaines

Communes dont la population comporte + 25% de retraités

source : insee 2011

Densité des communes dont la population comporte + 25% de retraités

source : insee 2011

Vieux des villes, vieux des champs

Part des retraités de plus de 55 ans dans la population


20

Tropisme et sédentarité

BRETAGNE 2 littoraux et un coeur privilégiés par les retraités Brignoles, en 2006 20% des nouveaux arrivants sont des retraités

2- CENTRE SUD-OUEST VENDÉE 1 littoral privilégié CHARENTE MARITIME littoral et arrière pays privilégiés

répartition diffuse des retraités entre les grandes agglomérations

GIRONDE 1 littoral privilégié LANDES / PAYS BASQUE le territoire entier habité par les retraités

PAYS NIÇOIS territoire entier apprécié des retraités

1- LITTORAL ATLANTIQUE

3- LITTORAL MÉDITERRANÉEN PAYS CATALAN littoral et arrière pays privilégiés

Les Sables D’Olonne, 54% de sa population sont des retraitrés

Saint Raphaël, en 2006 18% des nouveaux arrivants sont des retraités


Villes du Centre/sud-ouest : types de répartition en frange de ville

abandon de la couronne

21

répartition homogène

aires urbaines :

65 00 0

73 00 0

b. ha

b. ha

b. ha

BERGERAC

AURILLAC

00 b. ha

DECAZEVILLE

10 000 - 20 000

13 0 00

b. ha

St FLOUR

20 000 - 30 000

b. ha

b. ha

SARLAT

18 4

b. ha

USSEL

FIGEAC

MILLAU

19 6 00

13 4 00 b. ha

b. ha

TULLE

b. ha

13 4 00

25 40 0

28 500

20 00 0

VILLEFRANCHE DE ROUERGUE

30 000 - 50 000

b. ha

b. ha

b. ha

VILLENEUVE SUR LOT

MARMANDE

GUÉRET

56 00 0

36 500

31 5 00

b. ha

45 00 0

BRIVE LA GAILLARDE

60 000 - 80 000

84 100

CAHORS

ab. 0h

ab. 0h

b. ha

PERIGUEUX

AGEN

RODEZ

101 40

102 40

+ 100 000 hab.

111 60 0

source : insee


22

© A.V. & A.SdRdlG.


Villefranche-de-Rouergue ĂŠtude prĂŠliminaire sur le territoire, la ville et la bastide


24


25

photo © A.V. & A.SdRdlG.


26 xive : la zone franche du

Moyen-Ă‚ge

10 124

population commune 2016 population bastide 1341

dessin Š A.V. & A.SdRdlG.

Les habitants et les commerces se concentrent dans les enceintes


27

Les bastides ĂŠconomiques

Taille et importance des bastides

source : Essai sur la rĂŠgularitĂŠ


28

Comparaisons morphologiques des bastides

source : Essai sur la régularité

Les îlots de la bastide sont divisés en deux par une venelle de salubrité

source et dessins : Le Bâti ancien en Bastide


29

source : Essai sur la rĂŠgularitĂŠ


Principaux types de bâtiments dans la bastide

Bâti sur la place Notre-Dame

Bâti en lanière

Bâti d’angle

30

source : Le Bâti ancien en Bastide


31

plan type (6 rue Jean de Pomairols)

plan type (12 rue Alibert)

plan type (6 arcades Reynies)

source : Le Bâti ancien en Bastide


32 xviie : la sénéchaussée du

Rouergue

10 000 9 000 population commune XVIIe

Les enceintes font place à une promenade qui ouvre la bastide sur les faubourgs

source : insee, carte de cassini


33

habitation des commerçants/artisans commerce atelier d’artisan

dessins © A.V. & A.SdRdlG.

Les commerçants et artisans travaillent en rez-de-chaussée et vivent dans les étages


34

Contruction(s) de la bastide

Evolution de la construction


35

Détail d’une façade à colombage

Détail d’une venelle

Détail de toiture Détails de construction

source et dessins : Le Bâti ancien en Bastide, Le Bâti ancien en Rouergue


36 xixe : l’ex-capitale de

Haute Guyenne

8 500 5 154

Le chaulage des sols a permis un développement de l’agriculture

source : carte de l’état major et insee (chiffres de 1852)


37

habitation des paysans grenier de stockage des rĂŠcoltes

dessins Š A.V. & A.SdRdlG.

Les paysans utilisent caves et rez-de-chaussĂŠe comme grenier de stockage


38

1950 : la fuite vers les champs

8 187

33 233 233

Les commerçants les plus aisÊs se construisent des maisons dans les champs ...

source : carte ign et insee


39

des occupants différents dans un même immeuble : le commerçant en bas et les locataires en haut

dessins © A.V. & A.SdRdlG.

... et louent leur anciens appartements en centre-ville


40

1975 : rupture lieu de vie / lieu de travail

12 775 12 279

2 648

Une politique de logement extra-muros beaucoup plus volontariste

source : carte ign et insee


41

les premiers logements vacants : l’offre de logements est supérieur à la demande, qui se porte plutôt sur la maison pavillonnaire

transformation de certains rez-de-chaussée en garage

dessins © A.V. & A.SdRdlG.

Peu de commerçants habitent encore en centre-ville


42

2001 : un centre que l’on contourne

Création de la départementale de contournement au nord de Villefranche

source : carte ign et insee


vers Rode z

43

ver s

vers Rodez

Cah

ors

... qui entraine une transformation en rond-point de la bastide

vers Toulo use

vers Toulo

avant 2001

après 2001

dessins © A.V. & A.SdRdlG. / photo © google.fr

use

vers Cahors


44

2005 : création des zones commerciales Le Farrou

Route de Montauban

Apparition des zones commerciales en périphérie sur la route de Montauban et au Farrou

source : carte ign et insee


45

dessin et photo (bas) © A.V. & A.SdRdlG. / photo (haut) © google.fr


46

2016 : une bastide en ruine

12 775

1 560

Le départ des habitants entraîne une désaffection des bâtiments ...

source : carte ign et insee


47

les rez-de-chaussée comprennent principalement des garages et des boutiques vides l’augmentation de la vacance des logements entraine une ruine des bâtiments vides non entretenus. La ville en détruit certains qui présentent un danger pour les riverains

dessins © A.V. & A.SdRdlG.

... et la désaffection des bâtiments est un facteur principal de leur départ


48

L’ancienne enceinte : exutoire des problèmes


urbains de la bastide

49

la promenade voie, platanes et stationnements

la place pénétrante parkings d’entrée dans la bastide

voie, quai bas et rivière

dessins © A.V. & A.SdRdlG. / photos © géoportail.fr

le quai


50

Parking extĂŠrieur Ă la bastide (stationnement gratuit)


51

photo © A.V. & A.SdRdlG.


52

Les quais (hauts et bas) de l’Aveyron et la porte des gorges (au fond)


53

photo © A.V. & A.SdRdlG.


54

Le boulevard périphérique (en contre-bas) et la chapelle des pénitents noirs


55

photo © A.V. & A.SdRdlG.


56

Parking de la Poste et de la Banque de France, à l’entrée de la bastide


57

photo © A.V. & A.SdRdlG.


58

Vue dans la bastide depuis les Allées Aristide Briand (boulevard périphérique)


59

photo © A.V. & A.SdRdlG.


60

Les rues de la bastide

Ombres cumulĂŠes (9h - 11h - 13h - 15h - 17h - 19h)


61

Les équipements

Ils principalement situés en frange de bastide, là où sont les parcelles les plus grandes, où l’on a beaucoup construit au xixe siècle.

Le réseau des places

Autour de la place centrale (NotreDame) s’organisent des places plus petites, en parvis des églises ou du musée.

La masse bâtie

Les voies traversières

Plus d’une centaine de voies larges de 1,6 à 3 m concentrent une bonne partie des problèmes de la bastide : vis-à-vis et promiscuité; humidité et manque de lumière.

Les voies charretières font environ 6 m de large et la majorité des commerces de la bastide les longent. Le boulevard périphérique est en sens unique tout autour de la bastide, la transformant en un immense rond-point.

dessins © A.V. & A.SdRdlG.

Les voies charretières et le boulevard périphérique

1466 logements dans la bastide 16,1 ha de superficie 45% de la surface est du domaine public


62

Les voies charretières


63

photos © A.V. & A.SdRdlG.


64


65

photos © A.V. & A.SdRdlG.


66

Les voies traversières


67

photos © A.V. & A.SdRdlG.


68


69

photos © A.V. & A.SdRdlG.


70

Les places de la bastide

Plan des masses bâties de la bastide


71

la « case en moins » structure primaire de la grille 2 700 m²

résultant d’une succession de transformations de 260 m² à 3 830 m²

la « dent creuse » résultant d’une démolition de 20 m² à 215 m² dessins © A.V. & A.SdRdlG.


72

Place notre-dame (pièce centrale à arcade)


73

photo © A.V. & A.SdRdlG.


74

Place de la fontaine


75

photo © A.V. & A.SdRdlG.


76

Place des pères (parvis de l’église St Joseph)


77

photo © A.V. & A.SdRdlG.


78

PlaceAntoine de Morlhon (place de la halle couverte)


79

photo © A.V. & A.SdRdlG.


80

Placette/parking résultant d’une démolition de bâtiment (rue du marteau)


81

photo © A.V. & A.SdRdlG.


82

Le rez-de-ville

Plan de rez-de-chaussĂŠe de la bastide


83

les garages 33% des rez-de-chaussée

les commerces 30% des rez-de-chaussée

les habitations 21% des rez-de-chaussée dessins © A.V. & A.SdRdlG.


84 voitures en rez-de-ville


85

photos © A.V. & A.SdRdlG.


86

Les seuils, les dĂŠcouvertes et les surprises

Effet de porte

les arcades

les enjambĂŠes

Effet de palier

les escaliers urbains

les pentes


87

dessins et photos © A.V. & A.SdRdlG.


88

les ouvertures

Effet de mur

les rues courbes

les bâtiments écran

les débouchés sur façade


89

dessins et photos © A.V. & A.SdRdlG.


90

La bastide qui se vide incendie ou effondrement péril imminent péril simple

Plan des immeubles en péril


91 immeubles vacants immeubles partiellement vacants

Š Mairie de Villefranche-de-Rouergue

Plan des immeubles vacants


92


93

photos © A.V. & A.SdRdlG.


94


95

photos © A.V. & A.SdRdlG.


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© A.V. & A.SdRdlG.


Rez-habi(li)ter la bastide projet


Recherche de stratégies pour la bastide

Foirail

Bastide-jardin

La bastide appartement

Parcours et repères

Les 4 portes de la bastide

Privatisation et copro.

Privatisation des voies traversières

Cours privées en cœur d’îlot

Stratégie adoptée

Destruction des immeubles vides

Destruction des îlots vides à +50%

Nouvelles places à arcades

Parcours piétons

Voies à double-sens

Opportunisme foncier

Percement

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photos © A.V. & A.SdRdlG.


La bastide comme « société de pièces »

99

Conserver l’intégrité des voies qui débouchent à l’extérieur de la bastide « Le couloir n’a pas de fonction sauf celle d’être un passage secret »

Louis Kahn, « la pièce, la rue et le contrat humain », in Silence et Lumière

22 situations où l’on peut intervenir sur la voie traversière

« La rue est une pièce résultant d’un contrat, la rue est dédiée à la ville par chaque propriétaire de maison en échange de services communs »

Ibidem

11 « îlots » dont plus de 50% des immeubles sont vacants ou en péril (sites de projet) - 8 « îlots » en copropriété après privatisation d’une voie traversière : 4 « îlots » privilégiant les « pièces » communes extérieures et 4 « îlots » privilégiant les « pièces » individuelles extérieures - 3 nouvelles places intégrant les voies traversières, qui viennent créer, avec la place Lescure déjà existante, un système de places secondaires : 1 place / quartier de bastide

Intervenir sur les immeubles en péril restants dessins © A.V. & A.SdRdlG.

55 interventions ponctuelles prenant en compte la vacance des immeubles contigus, réglées par une « boîte à outils »


100

place Lescure

n


101

dessins © A.V. & A.SdRdlG.

50 m

0 10


« boîte à outils » Etat actuel

4 maisons mono-orientées dont 2 en péril

Etat projeté

2 maisons bi-orientées

logement indépendant pour la mamie en RDC

2 maisons avec garage en rez-dechaussée

1 maison habitable en rez-de-chaussée

5 maisons mono-orientées dont 2 en péril

3 maisons avec jardin

terrasse au premier étage accessible depuis la rue

Transformer en jardin

Conserver le rez-de-chaussée

Réhabiliter une maison contiguë

102 La

n

0

10 m


Les trois nouvelles places publiques 103

La place des pièces

La place des façades

dessins © A.V. & A.SdRdlG.

La place des caves

0 10 m


104 Les pièces extérieures collectives Une cour simple

n

état actuel

(1)

état projeté

immeubles en péril immeubles vacants

0

La destruction des immeubles vacants permet aux pignons d’être percés de nouvelles fenêtres

2

10 m


105 Remembrement d’immeubles état actuel

état projeté

0

10

20 m

dessins © A.V. & A.SdRdlG.

Remembrer par la construction de pièces : ici un coin cheminée, là une salle-de-bain, ailleurs des placards ...


106 Les pièces extérieures collectives Placettes à l’emporte-pièces état actuel

n

immeubles en péril immeubles vacants

Créer des cours partagées par deux ou trois maisons

(2)

état projeté


107 Coursive

état actuel

état projeté

3.00

3.00

3.00

3.00

3.00 3.00 3.00 3.00 3.00

3.00

3.00

3.00

3.00

2.0

0.00

0.00

0.80

+3.00

+3.00

0.00

+3.00

+3.00

0.00

0.00

0

10

20 m

2

10 m

La destruction des immeubles vacants ouvre de nouvelles façades et la coursive permet de retourner la circulation

dessins © A.V. & A.SdRdlG.

0

duplex

duplex

-3.50


108

Les pièces extérieures individuelles (1)

Nouvelles arcades aménageables état actuel

n

état projeté

immeubles en péril immeubles vacants

Les colonnes permettent aux habitants de construire, à leur rythme, des extensions de leurs appartements


109 Les patios

état actuel

état projeté

0

Remembrement des parcelles pour créer des maisons de villes autour de patios centraux

2

20 m

10 m

dessins © A.V. & A.SdRdlG.

0

10


110

Les pièces extérieures individuelles (2)

La rue jardin

n

état actuel

état projeté

immeubles en péril immeubles vacants

La destuction de deux lanières permet de créer des jardins et de rendre les maisons traversantes

0

10

20 m


111 La façade jardin

état actuel

état projeté

0

2

Conserver les façades périphériques de l’îlot pour garder la géométrie globale et séparer les jardins des voies

15 m

10 m

dessins © A.V. & A.SdRdlG.

0

5


© A.V. & A.SdRdlG.


Expérience villefranchoise Mairie à la

à propos de l’Étude réalisée en octobre 2016 pour la commune


114 À Villefranche-de-Rouergue, on ne manque pas d’idées. Qu’elles soient soumises par la sous-préfecture, proposées par les associations, réclamées par les habitants ou soufflées par les services de la Mairie tout le monde vous le dira … et d’ajouter « mais il n’y a pas d’argent ! » Mais Villefranche ne souffre pas plus du manque d’argent que du manque d’idées. Le manque le plus criant y est celui de la stratégie ! Une stratégie c’est ce qui évite de naviguer à vue. C’est un cap qui rassemble et organise un certain nombre d’idées et qui, par une planification, permet d’avancer pas à pas vers un horizon meilleur. Mais si le manque de stratégie à Villefranche est très clairement un handicap pour l’avenir, il n’est certes pas responsable de tous les maux de la bastide. Le cabotage municipal et la politique de l’autruche, pratiquée depuis 30 ans à tous les niveaux de l’État, ne sont pas étrangers aux 34% de logements vacants, aux 36% de commerces vides et au salaire net mensuel moyen en bastide de 600€ que l’on connait aujourd’hui. Et si l’État, les médias et nous, architectes, nous étonnons depuis peu de l’état des centres de nos villes, c’est une réalité vécue par les habitants depuis longtemps. Dès notre arrivée, nous avons fait sensation : que des jeunes architectes de Paris, pas même originaires de la région, s’intéressent à Villefranche semblait inespéré. Pas tant pour le projet lui-même que pour le surprenant élan d’espoir qu’il a suscité. Il ne faut pas sous-estimer l’attente en projets des villes de la catégorie des 10 à 15 000 habitants (à peine au-dessous des villes moyennes). Et si nous n’avons l’expérience que de Villefranche, nous ne serions pas surpris que de semblales porblèmes se retrouvent dans la plupart des villes de ce genre. Des problèmes, il y en a certes plein, mais trois semblent prédominer : la décentralisation qui oublie les territoires ruraux, le Patrimoine qui écarte les habitants et un stéréotype de la ville trop ancré dans l’imaginaire des décideurs. À Villefranche, donc, on regarde d’un mauvais œil la décentralisation. Politique émancipatrice pour les métropoles, elle ne l’est franchement pas pour les sous-préfectures, où le retrait de l’expertise de l’État (contraignant à choisir entre les bureaux d’études privés, extrêmement chers, ou la renonciation pur et simple d’expertise), la réduction drastique des dotations (- 1 000 000 € annuels), la course aux emplois et aux contribuables (à coup de zones d’activités et de lotissements), le manque de réseaux entre les services publics (la Poste et la sncf, tous deux établissements publics et importants propriétaires fonciers, privilégient la stratégie foncière plutôt que territoriale), la marche forcée vers la Communauté de communes (où l’opposition entre présidence et mairie faisait blocage) sont autant de facteurs qui enchaînent la décision municipale et favorisent le sentiment d’impuissance.


115 Ce sentiment est largement exacerbé par un État mi-figue mi-raisin (qui prône à la fois l’autonomie des communes et de leurs communautés et continue l’ingérence chronique), la politique nationale de la valeur locative cadastrale (qui favorise l’investissement foncier aux centres des métropoles mais a des conséquences tragiques pour ceux des petites villes) ou encore la politique patrimoniale organisée entre experts à l’écart des habitants1. Le Patrimoine, justement, est un outil dangereusement employé par la Mairie (n’oublions pas que c’est elle qui fait les démarches de classification). Il résulte en effet d’un mélange de prestige de clocher (qui aura le plus de monuments inscrits ?) et de volonté électorale. S’il est bien connu que la politique patrimoniale contemporaine française est orientée vers les visiteurs plutôt que vers l’habitant du quartier2, la bastide en est un produit type. Les quelques projets qui sont portés par la Mairie l’illustrent parfaitement : la place Notre-Dame (place centrale) a troqué son parking (utilisé par les commerces et les habitants) contre une fontaine et un carillon qui sonne du Brassens ; la promenade St Jean, avec boulodrome, amphithéâtre et kiosque sur les rives de l’Aveyron n’est qu’une vitrine sur le boulevard périphérique  ; et le nouveau centre culturel, qui regroupera des équipements déjà tous présents dans la bastide, aura pignon sur rue sur le plus gros parking en bastide, fréquenté principalement par les visiteurs. Ces trois projets – saupoudrés dans la bastide pour un total de près de 8 000 000€ (soit l’équivalent de 260 maisons achetées à 30 000€ dans la bastide) – sont quasi exclusivement dirigés vers ceux qui n’y habitent pas, vers ceux qui, maintenant que le centre-ville est vide, représentent l’écrasante majorité des électeurs. A cela, viennent s’ajouter les vaines opérations de rafraîchissement « 100 façades » suivit des « 50 façades » (que ça coûte cher !) qui éludent le plus important, à savoir l’architecture impraticable qui se cache derrière elles. Mais la protection pose un problème que les élus de Villefranche ne veulent pas voir : elle contraint drastiquement les opérations de transformation chez les particuliers (de la couleur des volets aux types de tuiles utilisées), augmente les frais de succession des immeubles, oblige les propriétaires à faire appel à des artisans spécialisés, et surtout ne représente des avantages fiscaux que pour les bailleurs (les non résidents). Elle devient en somme une force coercitive de plus (comme si les cadres urbain et bâti ne suffisaient pas) pour les derniers habitants de la bastide. Idée reçue, image

1  Blanchard Pascal, Histoire, patrimoine et mémoires dans les territoires de la Politique de la Ville, rapport à François Lamy, ministre délégué chargé de la ville, octobre 2013 2  Lire l’ensemble de l’oeuvre de Françoise Choay


116 perçue ou réalité vécue, ce n’est pas tant la protection en elle-même qu’il faut remettre en cause que la méthode trop experte qui écarte les habitants et leur donne un sentiment de ne plus vivre chez eux. Les premières à en pâtir sont les Architectes et Urbanistes de l’État (abf ou non) que l’on ne considère plus et dont les visites sont perçues comme des poids plutôt que comme des aides. Contraintes et exonérations fiscales interrogent – dans ce quartier qui est le plus pauvre de l’Aveyron – sur celui qui mettra la main au porte-monnaie. S’il faut compter sur les propriétaires, ni les marchands de sommeil (qui n’ont aucun scrupule à louer des bouges aux plus démunis pour avoir l’assurance de toucher un loyer caf) ni les héritiers (pour qui la ruine de leur bien est l’unique moyen de ne plus payer la taxe foncière) semblent être intéressés. A défaut d’investisseurs privés (propriétaires ou promoteurs), les bailleurs sociaux semblent être les seuls capables d’investir en bastide. L’avantage que possède la Mairie, c’est d’être le garant de leurs emprunts bancaires : un moyen de pression non négligeable pour les inciter à construire en bastide. Mais le « social » fait mauvais genre, et l’on confond – à Villefranche – trop souvent office hlm (qui encadre et suit les locataires) et marchands de sommeil (qui voient leurs logements comme un pur investissement). Alors on écarte les bailleurs sociaux dans l’espoir (certainement vain) qu’un promoteur de résidence sénior sonne de nouveau à la porte. Ainsi écarte-t-on les seuls investisseurs sérieux. L’image préconçue du centre-ville (riche, commerçant et touristique) colle à la pierre de la bastide3. C’est, hélas, probablement son plus grand handicap. C’est le principal combat que nous avons mené pendant ce mois. Du commerce, du tourisme et aucune voiture, c’est le modèle des centres des grandes agglomérations, c’est le triptyque magique qui - paraît-il - marche partout. Mais à Villefranche, le commerce de centre-ville souffre (un peu) de la concurrence de la zone commerciale, (beaucoup) du décalage entre produits, prix pratiqués, et besoins des autochtones, et (à la folie) du manque d’habitants dans le quartier. Et ni les touristes (à qui sont réservés les prix) ni le marché du jeudi n’y pallient. Mais les politiques actuelles, à l’instar de la médecine, s’évertuent à traiter les symptômes plutôt qu’à soigner le mal. Quant à la voiture, personne ne semble remarquer l’excellente cohabitation entre elle et le piéton (la structure des rues les contraint de rouler au pas) ni ne relève le besoin capital que représente la

3  Lire aussi : Gintrand Franck, « Les cinq idées reçues qui tuent les centres des villes moyennes » in Les Echos, 30/07/2014


117 voiture pour les habitants de ce territoire rural (d’ailleurs, aucun des thuriféraires de l’anti-voiture ne pourrait s’en passer). On pointe inlassablement le même problème : elles gênent pour faire le lèchevitrine ! Étonnamment, la relève des commerces semble être effectuée par les associations. Dans le Rouergue, et malgré les politiques de l’État, les réseaux associatifs sont dynamiques. Voilà que le Secours Populaire a pris la place d’une vitrine vide en plein centre. Les Hauts Parleurs, bar associatif, fait figure de tête de proue du dynamise en bastide. Ce dynamisme s’explique à la fois par le besoin capital de structures pour gérer la pauvreté et l’exclusion et par l’arrivée de néo-ruraux. Ces derniers sont une chance inespérée pour le pays villefranchois. Il existe d’ailleurs une étrange symétrie entre eux et les élus : ces derniers ont des préjugés ruraux sur la ville alors que les néo-ruraux arrivent avec leurs préjugés urbains sur la campagne. Un cocktail qui peut être prometteur ! Ainsi ces personnes très qualifiées (les bac+5 sont courants) développent-ils le monde associatif (chorale, bar, cinémas, etc.), promeuvent-ils les circuits courts et de proximité biologiques (coopérative paysanne), s’investissent-ils politiquement et vont-ils même jusqu’à retaper un village entier complètement déserté ! Il faut compter leurs enfants qui seront les écoliers et les habitants de demain. Mais là encore, malgré la raison qui plaide en faveur des associations et des nouveaux paysans, le sacro-saint commerce prime4 et l’on préfère afficher des posters géants pour cacher les vitrines vides (pour près de 15  000€). Cela est d’autant plus incompréhensible que la commune ne touche plus aucune recette des commerces, la compétence étant maintenant communautaire. Nous insistons sur le modèle associatif qui, décidément, est un bon enseignant. Ces dernières années, les associations ont souffert de l’appel d’offre et de la concurrence qu’elle a généré. La baisse drastique des aides n’a pas non plus aidé. Mais les associations portent en elle un modèle intéressant : faire beaucoup avec peu. Pour survivre, elles ont su mettre en réseau des acteurs5 qui gravitent autour d’elles. N’est-ce pas le fondement d’une pensée stratégique ? Ainsi, entre une décentralisation qu’il faut revoir en profondeur, un patrimoine trop expert et surtout trop peu concerté et des préjugés tenaces, le sentiment d’impuissance se fait sentir en Mairie et dans la bastide. Ce sentiment paralyse largement la décision politique et

4  Comparons simplement le nombre d’articles de presse sur concernant le commerce des centres des villes moyennes et ceux concernant le logement pour nous en convaincre. 5  Latour Bruno, Nous n’avons jamais été modernes, éd. La Découverte, Paris, 2006 [1991], 210p. Morin Edgar, Introduction à la pensée complexe, éd. Seuil, Paris, 2005 [1990], 160p.


118 produit, de plus en plus, une incompréhension entre les différents échelons et services de l’État et une action sur le terrain de moins en moins lisible et de moins en moins fructueuse. Aujourd’hui, il existe un ressentiment pesant entre Mairie et habitants de la bastide qui complique extraordinairement les initiatives de l’une ou des autres. Cet échantillon de choses auxquelles nous avons été confrontées pendant le mois d’octobre 2016 est révélateur du manque de cohérence des différents échelons de la puissance publique. Cela est évidemment dû à la période actuelle de changements profonds : mutations institutionnelles (avec l’effacement des communes pour les communautés), mutations économiques (la région Occitanie rapproche Toulouse et Montpellier), mutations culturelles (à la fois dans les exigences périurbaines des villefranchois et rurales des néoruraux) et sociétales (est-il possible, voire souhaitable, de revenir aux centres d’avant ?). Il faut aussi compter avec l’invariant poids des ego et des idéaux personnels. Ce sera d’autant plus vrai que, dans l’avenir, il faudra ajouter – outre les acteurs institutionnels classiques – la société civile, qui s’invite, de plus en plus et pour le mieux, dans la danse décisionnelle6. Dans ce capharnaüm, la vision stratégique est primordiale, et son apprentissage en master est un capital inestimable dans notre futur métier. C’est aujourd’hui que nous nous rendons compte combien précieux est la capacité de regarder à la fois loin dans le temps (passé et futur) et l’immédiatement présent, de pouvoir cumuler et faire interagir entre eux différentes connaissances (architecturaux, bien sûr, mais aussi urbanistiques, commerciaux, anthropologiques, philosophiques, économiques, administratifs, etc.) et surtout de savoir les cristalliser entre eux dans un projet. A Villefranche, cette capacité de voir plus loin que le bout de sa parcelle nous a apporté légitimité et reconnaissance des élus. Il faut se rendre compte à quel point les élus, tout comme les services de l’État (local ou central), manquent désespérément de pensée stratégique. Que ce soit au niveau communal ou communautaire, la Politique de la Ville comme les politiques de la ville sont constituées par l’accumulation des volontés spécifiques des différents acteurs. Ainsi le Contrat de Ville à Villefranche est-il plutôt un catalogue d’actions indépendantes, dont la portée reste très relative par le simple manque de cohésion et de politique stratégique. Dans un tel

6  Bacqué Marie-Hélène et Mechmache Mohamed, Pour une réforme radicale de la Politique de la Ville, rapport à François Lamy, ministre délégué chargé de la ville, juillet 2013


119 état de choses, il est peu probable que la puissance publique puisse endiguer la misère (et le mot n’est pas exagéré) dans la bastide. Cet échec du fonctionnement dans l’administration des villes, Yves Dauge, Sénateur-Maire de Chinon, le constate7 et appelle à la mise en réseau des compétences de tous les acteurs (services publics, habitants, commerçants et administration) pour enrayer le déclin des centre-villes français. En tant qu’étudiants, nous devons être forces de propositions. Toutefois, face au nouveau paradigme des centres des petites villes, et face au défaut de stratégie des politiques publiques, deux directions semblent poindre : soit l’État (à tous les niveaux) se réveille, prend le problème à bras le corps, arrête la promotion du neuf en périphérie (loi Pinel, primaux accédants... ), exige et permet de véritables ambitions politiques dans le Contrat de Ville et débourse des sommes suffisantes pour supporter l’effort colossal dont ont besoin les centres comme ceux de Villefranche ; soit il continue dans la direction actuelle, c’est-à-dire dans une politique du pansement – dont l’égalité territoriale deviendra le mythe fondateur  – qui exacerbera les tensions sociales, raciales et communautaires déjà présentes dans la bastide, où les violences iront croissantes. A Villefranche-de-Rouergue, problèmes sociaux et sociétaux sont intimement liés aux problèmes urbains et architecturaux. C’est pourquoi cette bastide fascine, c’est pourquoi le traitement de l’un ne peu se passer du traitement de l’autre.

Alice Villatte & Alix Sportich du Réau de la Gaignonnière 7  Dauge Yves, Plan national en faveur des nouveaux espaces protégés, rapport au Premier Ministre Bernard Cazeneuve, 1/02/2017


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Villes moyennes en France

in Les Echos, 30/07/2014


Mise en page par Alix Sportich du Réau de la Gaignonnière Livret imprimé à l’École d’architecture de la ville et des territoires par Amélie Facompré

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Tome 2 Déclin ou Survie des villes moyennes françaises / Villefranche de Rouergue  

EAV&T Marne La Vallée Projets de fin d'étude 2016 David Mangin et Rémi Ferrand

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