Hors-Série Charabia Festival

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CREATIVE

PROCESS MAGAZINE

HORS-SÉRIE C H A RA BI A F E STI VA L

CREATIVE

PROCESS MAGAZINE HORS SÉRIE CHARABIA FESTIVAL NOV 19


LE CHARABIA FESTIVAL EXISTE AUSSI GRÂCE AUX PARTENAIRES MÉDIAS

_© Ben Pi


E

S Plus de paillettes dans nos vies avec le Charabia Festival ! Des têtes d’affiches à tomber par terre, de jeunes artistes

ÉDITO

à la plume acérée, et nous, les bras grand ouverts pour chanter, vibrer, danser : le Charabia Festival est de retour. Se laisser envahir par l’émotion des mots manipulés avec brio. Chanter et déclamer pour lutter, penser, panser, faire bouger, mais surtout pour sublimer le réel, et s’envoler. On va se doucher sous une cascade de mots et de sons entremêlés, s’emmitoufler dans les bras chaleureux de la poésie et ressortir chargés des bonnes vibes chères à Barcella & Ulysse Maison d’Artistes, les créateurs du festival. Ça se passe à Reims du 26 novembre au 1er décembre. Benoît Pelletier

O ÉDITEUR/ RÉDACTEUR EN CHEF BENOÎT PELLETIER

OURS COORDINATION ÉDITORIALE AMBRE ALLART

RÉALISATION / DIFFUSION WWW.BEL-STUDIO.FR

DIRECTION ARTISTIQUE BENOÎT PELLETIER

GRAPHISTE MARION LABONDE

CONTRIBUTEURS CYRILLE PLANSON NICOLAS DAMBRE AMBRE ALLART MARIE-CHARLOTTE BURAT ALEXIS JAMA-BIERI

M MENTIONS

S I VOUS S OUHAITE Z DE VE NIR DIFFUS E UR, VOUS ABONNE R POUR RE C E VOIR L E MAGAZINE C HE Z VOUS , OU E N COM MANDE R UN E XE M PL AIRE , CONTAC TE Z N OUS IC I : HE L LO@PROC E S S -MAG.COM POUR DE VE NIR ANN ON C E UR, DIFFUS E UR OU PARTE N AIRE  : BP@PROC E S S -M AG.COM 06 80 65 89 72

LE MAGAZINE PROCESS ES T ÉDITÉ PAR BELLERIPE SARL - 91 BIS RUE DU BARBÂTRE 51 100 REIMS. TOUS DROITS RÉSERVÉS. TOUTE REPRODUCTION , MÊME PARTIELLE ES T INTERDITE, SANS AUTORISATION . LE MAGAZINE PROCESS DÉCLINE TOUTE RESPONSABILITÉ POUR LES DOCUMENTS REMIS. LES TEXTES, ILLUS TRATIONS ET PHOTOGRAPHIES PUBLIÉS EN GAGENT L A SEULE RESPONSABILITÉ DE LEURS AUTEURS ET LEUR PRÉSEN CE DANS LE MAGAZINE IMPLIQUE LEUR LIBRE PUBLIC ATION . CE HORS SÉRIE C HARABIA FES TIVAL ES T DISPONIBLE GRATUITEMENT DANS 220 POINTS DE DÉPÔT À REIMS, RETROUVEZ TOUTE L A LIS TE SUR WWW.PROCESS-MAG.COM COUVERTURE © DR

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SOMMAIRE

04 / BARCELLA 0 6 / L I N E U P G R A N D F O R M AT 08 / SUZANE 1 0 / G I M I C K & L E S AT E L I E R S S L A M . C O M 1 1 / A L A I N PA R É , F O N D AT E U R D ’ I N T E R FRÉQUENCE 1 2 / « J ’A I M E Ê T R E S TO N E AV E C TO I » 1 4 / X AV I E R L E F R A N Ç O I S , A R T I S A N TECHNICIEN 1 6 / OX M O P U C C I N O 1 8 / L E C H A R A B I A D E S J E U N E S TA L E N T S 19 / ON RÉCAPITULE


LE CHARABIA FESTIVAL, UN PROJET SINGULIER Lorsque l’on évoque le nombre de festivals organisés chaque année en France, on cite volontiers le chiffre de 1500. En réalité, ils sont bien plus et cette situation est sans doute une caractéristique propre à la France, où le phénomène festivalier est ancré et fait partie de ce qui définit « l’exception culturelle française ». Diversité, ouverture, découverte. Voilà sans doute ce que l’on attend d’un festival. Et c’est le projet du Charabia, l’un des rares festivals à défendre la chanson d’expression française dans toutes ses dimensions : rock, pop, électro, hip hop, slam… Toutes les expressions chantées y ont leur place et c’est suffisamment rare pour être souligné. Le Charabia, c’est un lieu de rencontre entre les générations d’auteurs-interprètes, les têtes d’affiches et les découvertes, les artistes nationaux et ceux du Grand Est. Tous sont réunis par le même amour des mots et de cette prose si caractéristique de la chanson française, toujours identifiée sous son prisme littéraire. Le Charabia, c’est un festival organisé par des passionnés, évoluant eux-mêmes dans le milieu de la musique. Artistes ou producteurs, ils mettent à profit leur expertise et leur réseau pour faire de ce festival, un événement qui contribue au rayonnement de la ville qui les a vus naître, Reims. De ce partenariat avec la Cartonnerie, scène de musiques actuelles, est née une manifestation singulière dans le paysage des festivals. « Le talent, ça n’existe pas. Le talent c’est d’avoir envie de faire quelque chose. », disait Jacques Brel. C’est vrai et pourtant, l’affiche de cette nouvelle édition du Charabia Festival le ferait presque mentir…

TEXTE CYRILLE PLANSON

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RENCONTRE AVEC

BARCELL A L’HEUREUX CRÉATEUR

DU CHARABIA FESTIVAL Faut-il encore le préciser ? Le rémois Barcella est à l’initiative de ce festival placé sous le signe de la poésie et d’une certaine bienveillance. Nous avons échangé quelques mots avec lui, à l’heure des derniers préparatifs de cette 3ème édition, plus costaude que jamais…

Le Charabia Festival lance sa 3ème édition et l’événement n’en finit pas de monter en puissance. Vous accueillez cette année des figures emblématiques de la scène française... Es-tu parvenu à concrétiser tes ambitions de départ - au moment de la création du festival ?

À vrai dire, ce troisième chapitre dépasse de loin mes espérances initiales. Trois concerts complets en grande salle grâce au boucheà-oreille avant même que l’affichage ait débuté, c’est juste fantastique  ! Le festival est rapidement passé de quatre à six jours, ce qui témoigne d’un intérêt véritable du public et d’un travail rigoureux de la part de mes équipes. Les succès des deux éditions précédentes y ont joué pour beaucoup (Olivia Ruiz, Bigflo & Oli, Gaëtan Roussel) et le Charabia raisonne désormais comme un rendez-vous très attendu en région. Forcément, ça motive ! Ça nourrit l’ambition et j’aime être ambitieux. J’aime l’idée qu’il faut y croire pour le voir. C’est une utile devise… D’après toi, qu’est-ce qui touche le public dans ce festival ?

L’amour des mots, sans hésitation ! Les vertus d’une langue qui nous a fait pousser. D’un côté c’est très rassurant car le succès de ce rendez-vous témoigne de l’attachement d’un public à cette même langue. Ce sont nos racines qui vibrent dans les mots des auteurs. La Chanson Française est en pleine effervescence et celles et ceux qui la penseraient poussiéreuse n’ont qu’à franchir les portes du festival pour comprendre qu’ils se trompent. Je suis de ceux qui pensent qu’à l’heure où la culture américaine prend de plus en plus d’espace, il est essentiel d’œuvrer pour valoriser notre patrimoine. Célébrer les mots et la Chanson Française a du sens. J’en suis convaincu.


Comment parviens-tu à apporter de la cohérence à un festival où se côtoient les grandes têtes d’affiches et les artistes qui en sont aux balbutiements de leur carrière ?

L’éclectisme est une richesse, comme la variation des couleurs sublime la toile du peintre. On s’applique chaque année à coudre une programmation subtile et variée, pour quatre générations. Les enfants, les ados, les adultes et les doyens doivent y trouver leur place. C’était une volonté affichée dès la première édition. Des découvertes (Suzane), des talents locaux (LesAteliersSlam.com), régionaux (Claire Faravarjoo), une journée dédiée aux enfants et bien sûr, des têtes d’affiche. Après, c’est un travail d’équipe. On est en flux tendu pour proposer une programmation ouverte et des tarifs accessibles avec tous les membres d’Ulysse, la structure que j’ai missionnée pour porter à mes côtés le festival. Pour ma part, je suis toute l’année sur les routes, enjoué à l’idée d’aller chiner de nouvelles plumes et de découvrir les artistes de demain. La curiosité n’est pas un vilain défaut ! Je n’ai qu’à tendre l’oreille. Et puis, à dimension humaine, c’est véritablement passionnant.

_© DR

Comment, très concrètement, s’est construit le projet de

Dans la mise en œuvre de ce projet, es-tu parvenu à

sa genèse à aujourd’hui ? Peux-tu nous faire part des dif-

créer une forme d’équilibre vertueux - où chaque acteur

férentes étapes de ton process créatif ?

y trouve son compte - ou bien est-ce encore un combat

De rencontres en rencontres… D’un côté, il a d’abord fallu trouver des fonds et construire un budget, convaincre nos partenaires car on n’a rien sans rien. J’ai pu compter sur une oreille attentive, motivée et bienveillante de la ville bien sûr, avec nos différents élus, tout comme du côté de la région et du département. La moitié de l’économie du festival repose sur leurs épaules.

de tous les jours pour trouver des fonds, faire venir des

Tu es toi-même artiste, pourquoi avoir voulu, en plus de ton métier, créer un festival ?

Parce que j’aime ma ville et les gens qui la composent. Parce qu’un festival est une œuvre artistique et humaine. Parce que Reims m’a porté ces dix dernières années. Parce que la poésie peut construire un monde nouveau. Parce que j’avais le réseau et l’envie pour le faire. Ma mère était prof de lettres et de théâtre. Je suis tombé dans la marmite quand j’étais petit et suis convaincu du pouvoir des mots, de leur capacité à tisser des liens, à fédérer. Notre langue est majestueuse et les chansons nous unissent. Il n’y a qu’à voir la ferveur du stade de Lens chanter Bachelet (« Les Corons ») pour le comprendre. La poésie, la musique ont des vertus médicinales. Il faut célébrer cela et le faire perdurer.

L’autre moitié vient du secteur privé et des entreprises implantées à Reims et en région. Plus d’une trentaine m’accompagnent aujourd’hui dans cette aventure. C’est un équilibre qui demeure fragile mais la philanthropie, l’amour des mots et l’envie de voir Reims en culture motive plus qu’on ne l’imagine. Je m’applique toute l’année à faire croître ce cercle vertueux. Chaque rencontre m’inspire. C’est nourrissant ! Ensuite, il y a toute la deuxième partie, l’organisation en ellemême. Et là, c’est une habile construction avec les équipes d’Ulysse et de la Cartonnerie pour faire de cette semaine un événement à part. Créer une programmation étincelante, gérer l’affichage, décorer les lieux à notre image, accueillir les artistes, le public, humainement, techniquement et poser les meilleures conditions pour que la magie opère. C’est une autre aventure, une ivresse différente mais tout aussi puissante.

QUE L’AVENTURE COMMENCE ET QUE REIMS RAYONNE ! BON FESTIVAL ! B.

artistes…?

Je l’espère, mais encore une fois, rien n’est jamais acquis et tout est perfectible. Après, je ne vois pas ça comme un combat. C’est avant tout une passion. J’agis par envie, pas par besoin. Il m’arrive de trébucher bien sûr, mais je construis cette aventure dans la joie. Je rêve ce festival à l’échelle des références nationales (Les Francofolies de La Rochelle, le Printemps de Bourges). Il faudra donc, et c’est une heureuse nouvelle, continuer à œuvrer pour marquer son empreinte. Comme tous, j’attends beaucoup de la construction de l’Aréna, car avec une telle salle, nous allons pouvoir multiplier les lieux et accueillir davantage de festivaliers pour nous positionner à l’échelle francophone comme un incontournable. Au risque de me répéter, il faut y croire pour le voir ! Cela dépendra, entre autres, des choix politiques futurs. Je reste cependant confiant car je pense que chacun a pris conscience du potentiel que nous avons désormais à faire de ce rendez-vous Rémois un temps fort national.

Que pouvons-nous attendre des prochaines éditions ?

Je les rêves flamboyantes, éveillées et effervescentes bien sûr ! Sans un public fidèle, notre festival n’aurait jamais la saveur colorée qu’on lui connaît. Alors je nous souhaite pour les années à venir une ivresse insouciante, une irradiante complétude et une infinie curiosité ! L’envie toujours renouvelée de chanter en famille, de siffler sous la pluie et d’aimer notre langue avec toute la tendresse qu’il convient d’apporter à un monde en souffrance. C’est par la culture, entre autres, que l’humanité s’élève. À son échelle, le Charabia Festival posera sa pierre à l’édifice. Merci à vous d’y croire car je ne suis pas tout seul à peindre ce tableau.


DE L’A DE L’AIR TEXTE CYRILLE PLANSON

Elle est l’une des égéries de la chanson française. Plus glamour que jamais, Vanessa Paradis revient avec un album qualifié de «  lumineux » par la presse. Dans Les Sources, il est question de nature, d’amour et de rêves. Plus solaire que jamais, elle s’annonce comme la grande _© Matthieu Zazzo tête d’affiche du Charabia Festival, elle qui a traversé plus de trente ans de chanson en cumulant, outre ses propres compositions, des collaborations fructueuses avec Gainsbourg, Souchon, Brigitte Fontaine, Matthieu Chedid et autres Benjamin Biolay. Les Sources, c’est aussi un retour au paradis perdu de l’enfance, l’album ayant pris le nom du domaine dans lequel elle vécut les premières années de sa vie, en Seine-et-Marne. Sorti il y a un _© Zuzana Lettrichova an, elle a poursuivi ses explorations musicales dans une collaboration inattendue avec le rappeur Nekfeu. Ce sont d’ailleurs deux amoureux des mots, issus de l’univers des cultures urbaines qui partagent avec elle l’affiche du Charabia cette année : Grand Corps Malade et Oxmo Puccino sont tout aussi inclassables. AGENCEURS DE MOTS

_© Fifou

Slameur, poète, le premier est récemment passé derrière la caméra avec succès (Patients en 2017, La vie scolaire en 2019). Il a contribué à ce que le slam quitte les arrières salles des cafés, où il était souvent confiné, dans un cercle d’initiés, à la fin des années 1990. Grâce à lui, en devenant le premier slameur porteur d’un réel projet musical, la poésie urbaine a franchi un cap et touché un grand public, amateur de mots, de _© GAB photographe rimes et d’écritures ciselés. À ses côtés pour cette soirée Charabia, Lombre et sa prose saccadée en mode Fauve, mais aussi les rémois d’Ateliers Slam.com en ouverture. Dans un tout autre style, certes, mais avec le même enthousiasme littéraire, Oxmo Puccino est sans doute le premier rappeur à poser – avec MC Solaar – les bases d’un rap partageant autant avec Public Enemy qu’avec Brel, Brassens ou Ferré. En vingt ans de carrière, il est aussi le seul MC à avoir collaboré avec la quasi-totalité des grands noms du rap français. Ses collaborations du moment sont nombreuses, allant du rappeur belge Hamza à Christine and the Queens, en passant par Nekfeu, lui aussi. Paru tout récemment, son _© DR

GRANDE OUVERTE SUR TOUS LES GENRES, TOUS LES STYLES ET S’AFFRANCHISSANT DES CHAPELLES, LA PROGRAMMATION 2019 DU FESTIVAL DONNE DU SOUFFLE À LA CHANSON D’EXPRESSION FRANÇAISE.

dernier album La Nuit du réveil glisse entre chronique sociale et expérience intime. Sur l’affiche du Charabia Fes_© Vittorio Bettini tival ils côtoient DI#SE, 17 ans seulement, révélation fulgurante du rap hexagonal. Après avoir remporté la finale nationale du dispositif Buzz Booster (2017), et plus récemment le Prix des iNOUïS du Printemps de Bourges, il livre un rap mélodique teinté de R&B que ne déparent pas ses textes, volontiers introspectifs, intimistes. Deux autres jeunes pousses seront aussi présentes : rappeur parisien d’origine russe, Davodka se rattache à la grande tradition du rap US, réveil_© DR lant les consciences à grands coups de punchlines bien senties. Au Charabia Festival, il dévoilera en live un set d’une grande puissance, autour de son dernier album, À juste titre, paru au printemps dernier. Pas très loin de là, 2TH complétera l’armada rap de cette édition du Charabia avec toute la fougue de sa jeunesse – il n’a que 18 ans – et un rap mâtiné d’électro qui a déjà beaucoup fait parlé de lui. À cet âge, avec seulement six morceaux et 4 millions de vues sur Youtube, cela commence a en faire un petit phénomène de précocité et de talent.

_© DR

DES UNIVERS SINGULIERS

Une autre veine est explorée par le festival, non moins originale, elle fait la part belle à des auteurs-compositeurs aux univers souvent très singuliers. Au premier rang de ceux-ci, il n’est pas nécessaire de qualifier celui de Philippe Katerine. Sur scène, il surprend toujours. Mais ne nous y trompons pas. Sous une apparente légèreté, un détachement dandy qui fait son charme, l’album Confessions qui vient de sortir, est aussi un opus qui offre un écho, souvent humoristique, à une actualité qui, elle, n’a rien de drôle. Attentats, homophobie, discriminations en tout genre, _© Erwan Fichou & ThéoMercier Katerine se fait plus engagé qu’à l’ordinaire. Sur ces titres, les collaborations nouvelles qu’il a nourries avec Lomepal, Camille, Oxmo Puccino, Léa Seydoux et… Gérard Depardieu ont aussi donné de nouvelles orientations à sa plume fantasque. Tom Poisson par-

_© Ayumi Moore Aoki


E AIR 7

_©William Lacalmontie

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tage avec Philippe Katerine cette écriture singulière. Touchant, sombre diront certains, il se met à nu dans un set d’une simplicité extrême. La musique, les mots, l’artiste et rien d’autre. Un show tout en retenue. Rien à voir donc avec la percutante Melba, jeune pousse au groove imparable et aux textes métaphoriques bien ancrés dans leur époque. Elle fait partage de cette génération de talents féminins de la _© DR chanson française qui n’ont pas peur d’afficher leurs convictions, dans la lignée de Clara Luciani tout récemment, ou en filiation avec Jeanne Cherhal.

Prolongeant cette envie de vous faire découvrir de jeunes artistes, le Charabia Festival innove cette année avec une après-midi de découvertes musicales à Quartier Libre. Objectif : vous faire partager les premiers pas sur scène des talents émergents de la nouvelle scène francophone. Ils seront quatre. Clara Ysé s’est imposée en peu de temps comme une chanteuse-poétesse de grand talent chez qui les plus anciens croiront reconnaître des accents de Catherine Ribeiro. L’émotion sera au rendez-vous. Autre découverte avec Matéo Langlois et sa musique groove accompagnant des textes fort joliment écrits. Là, ce serait plutôt _© G.A.B photographe Nougaro, pour le rythme comme pour la prose, que l’on serait tenté de convoquer pour figure tutélaire. Car ce n’est pas pour rien qu’il a reçu voici quelques mois le Prix d’Écriture Claude Nougaro à Toulouse. Enfin, dans une ambiance résolument électro, on se laissera volontiers aller à la découverte de Glauque et de ses mots qui disent aussi bien l’amour que la colère, la passion que la révolte – à l’image de notre époque, complexe. _© Marie Périlleux Sans oublier Pandore, dont on ne saurait dire si la boîte contient autant de poésie que de mélodie, tant le jeune artiste cisèle avec précision l’une comme l’autre. Un univers très sensible.

Les normands de La Maison Tellier, tenants d’un rock-folk de belle facture seront aussi au rendez-vous. Depuis leur tube Sur un volcan (2013), ils filent bon train avec des titres qui fonctionnent toujours et prennent un tout autre relief, à la fois plus rock et plus orchestré, une fois parvenus sur scène. À l’invite du groupe, on danserait presque sur un volcan, s’il n’était d’autres thématiques explorées dans leur dernier album, où affleure une mélancolie plus présente que par le passé. Un humour et une mélancolie qui sont sans doute la marque de fabrique de la plupart des albums d’Arno, le dernier, Santeboutique, n’échappant pas à la règle. On trouve ici les racines d’un rock primal, organique que le chanteur flamand a réussi à nourrir de sa prose sensible. JEUNES POUSSES

Côté découverte, le Charabia n’est pas en reste avec le trio iAROSS, de jeunes musiciens issus du conservatoire et qui fusionnent ici jazz, rock, chanson française et slam, comme le symbole de cet éclectisme qui caractérise le projet du festival. _© DR Dans un registre électro / chanson, vous seriez bien inspirés de venir jeter une oreille au set de Suzane, car celle qui se présente comme une « conteuse d’histoires vraies sur fond d’électro » est peut-être à l’aube d’une grande carrière. Elle séduit par l’originalité de ses compositions qui s’inviteront longtemps dans vos oreilles. Même chose pour Claire Faravarjoo, avec ses mélodies imparables, les rythmes qui donnent clairement envie de se déhancher et de s’abandonner quelque peu. Toutes deux s’inscrivent dans une soirée dédiée à la jeune garde des artistes de la région Grand Est.

_© Naïssa B.

_© Studio Maje

ET POUR LES PLUS PETITS !

_© Pierre Florent

Pour finir, le Charabia n’a pas oublié les plus jeunes, avec Gimick et leur Planète Groove, un concert un peu fou d’une musique qui vous donne des fourmis dans les jambes, l’envie de se lever et de danser. Mais n’en disons pas plus !! Un concert Planète Groove ne se raconte pas, il se vit. Surtout quand, en plus, on découvre le son d’instruments aux noms étranges  : le cavaquinho banjo, la talkbox, le pandeiro ou le bongo… Alors, prêts à « groover » en famille avec Gimick  ? Ils n’attendent plus que vous !

_© Marc Ory


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SUZANE DYNAMITE L A CHANSON Seule sur scène, l’Avignonnaise a écumé la France entière pour défendre ses chansons electro avec une énergie sans pareil. Ses textes sont directs façon Orelsan, sa musique bricolée façon Stromae. Le déclic a eu lieu grâce à Mylène Farmer, Michael Jackson… et à l’absence d’une nounou. Avignon, milieu des années 90, la grande sœur d’Océane (future Suzane) va s’inscrire à un cours de danse classique. Pas de nounou pour garder la petite de 5 ans, qui s’émerveille devant les pointes et entrechats. Deux ans plus tard, après avoir découvert l’Opéra Garnier à Paris, Océane veut devenir danseuse étoile. « À la télé, on regardait Hit Machine, Mylène Farmer, Michael Jackson… Cela m’a donné envie de me mettre à la danse. Je suis allée au Conservatoire de 8 à 17 ans. École le matin, danse l’après-midi. C’est là-bas que j’ai découvert la chanson française : Edith Piaf, Jacques Brel, Barbara… Mais à 17 ans, j’ai vraiment ressenti la pression, la routine et la rigueur de la danse classique et j’ai tout plaqué, je me suis un peu rangée. J’avais peut-être oublié de rêver. » se souvient la jeune femme. HARCÈLEMENT

Elle devient serveuse dans des restaurants, pendant le Festival d’Avignon, puis à Montpellier. C’est en travaillant dans un dinner qui sert des burgers, qu’elle voit tourner en boucle pendant un an et demi la vidéo d’Elvis Presley se déhanchant en combinaison sur « Jail House Rock ». C’est aussi pendant cette période qu’elle sort en boîte et se prend une claque en découvrant le premier album des Daft Punk, « Homework ». Océane monte à Paris et ressent un besoin urgent d’écrire… sur son carnet de serveuse, à côté des commandes d’entrecôtes et de moelleux au chocolat. Les clients du restaurant où elle travaille, place Sorbier, lui inspirent des

TEXTE NICOLAS DAMBRE

textes. Comme « L’Insatisfait », un homme qui renvoie plusieurs fois son assiette en cuisine. Il y est question de ceux qui sont aigris et qui voient la bouteille à moitié vide plutôt qu’à moitié pleine. Ce premier titre fait l’objet d’un clip en mars 2018, qui est rapidement vu 2 millions de fois. Les débats qui animent les tables autour du harcèlement ou #MeToo l’incitent à écrire «  Slt ». Elle chante : « Les filles comme toi font moins les fières quand elles veulent garder leur boulot / Alors maintenant tu vas te taire / T’en diras pas un mot / Si tu veux garder ton salaire / Pour nourrir tes marmots ». Ses chansons, qui content cash le quotidien des femmes sur fond d’electro, font souvent l’effet d’exutoires. DANSE

Océane a pris comme nom de scène le prénom de son arrière-grand-mère, Suzanne, un N en moins. « Une femme qui m’a beaucoup marquée. J’aimais beaucoup ce prénom avec ce Z au milieu. Et cela me permet de me sentir beaucoup plus libre. » confie t-elle. La serveuse rencontre Chad Boccara, le jeune producteur du chanteur Foé, qui la conseille et l’épaule dans l’enregistrement de ses chansons, avec Valentin Marceau à la réalisation. Le premier « vrai » concert a eu lieu il y a 18 mois dans une petite salle au Nord de Paris, suivi d’un autre… à l’Olympia, en première partie de Feder. Suzane n’arrête alors plus de tourner dans toute la France entre festivals et salles de concerts. Sur scène, comme dans ses clips, la danse tient une place importante. La chorégraphie de ses clips a été assurée par

Nicolas Huchard, danseur de Christine and the Queens. «  J’avais envie d’appuyer les mots avec la danse, et inversement. Mon premier instrument c’est mon corps. » explique celle qui a acquis quelques bases de solfège au Conservatoire de danse et qui a un peu touché le piano. «  Je compose à l’oreille assez spontanément. Mais je commence par le texte, je répète des phrases jusqu’à bien les avoir en bouche. » Le plat principal — le premier album — est annoncé pour janvier.

Tu es de retour de Chine, pays qui t’a inspiré « Il est où le SAV ? »… Je me sens concernée par le réchauffement climatique et l’environnement. En arrivant à Shanghai, cela a été le coup de massue : la ville était tellement polluée que j’avais l’impression d’être dans un futur apocalyptique. J’ai eu le besoin d’en parler dans cette chanson. Quel est ce personnage sur scène avec ce costume bleu à bandes ? Ce personnage ne me permet pas de changer de personnalité mais bien d’affirmer la mienne. J’ai l’impression d’être moins bloquée ainsi avec ma combi, cela me donne plus de liberté. En fait, je me suis posée la question « comment m’habiller ? » lors de mon premier rencart avec le public. Je regardais souvent des films de Bruce Lee avec mon père les dimanches. Sa combinaison à bandes m’a inspiré la mienne, tout comme celle d’Elvis Presley dans « Jail House Rock ». Le bleu vient de Louis XIV, qui en portait beaucoup et que nous avons étudié au Conservatoire, car il dansait. En écoutant tes chansons, on se demande si tu es flemmarde ou bordélique… Chaque personnage que je décris est bien sûr lié à ma personnalité. Les situations que je décris me sont arrivées personnellement ou à des proches, je n’ai pas extrapolé. Mais lorsque je parle de la flemme, c’est aussi une façon de dire que le monde tourne trop vite aujourd’hui, que l’on doit être constamment productifs. Flemmarde et insatisfaite, je le suis un peu. Il y a des paroles qui me sont venues dans des périodes de flemme. Mais en ce moment, je n’ai plus trop le temps de paresser… Effectivement, tu es l’artiste qui a été la plus programmée dans les festivals cet été, devant Hoshi et Jeanne Added. J’ai dû relire l’article plusieurs fois pour le croire ! Cela a contribué à faire parler de moi. C’est surtout le signe que beaucoup de programmateurs de festivals m’ont vite fait confiance. Du coup, depuis un an et demi, je suis beaucoup sur les routes de France. Ou plutôt dans les trains, je connais beaucoup de gares ! C’est une vie difficile qui impose une bonne hygiène de vie, finies les fêtes tard le soir ! Je fais jusqu’à trois concerts par semaine et cela fait un moment que je ne suis pas retournée voir ma famille à Avignon.


_Š Pierre Florent


GIMICK

DU GROOVE À PARTAGER EN FAMILLE PROPOS RECUEILLIS PAR AMBRE ALLART

Alexandre Martin et Mathieu Le Nestour, les deux fondateurs de Gimick, se sont rencontrés en 99 alors qu’ils étudiaient au Centre de Formation des Musiciens Intervenants – initiant les artistes aux interventions en milieu scolaire ou dans les conservatoires. Un feeling naturel entre eux deux dont émanera un premier spectacle programmé 150 fois : le « comptinobook ». Les deux hommes y revisitent les comptines traditionnelles en les associant à des mélodies groove, reggae, disco… et en y ajoutant, toujours, leur petite touche d’humour. Lors du Charabia Festival, Alexandre et Mathieu, rejoints par deux autres musiciens, François Gay et Allan Houdayer, présenteront leur 2nd spectacle, « Planète Groove », imaginé pour les enfants autant que pour les parents. Comment

La pédagogie fait partie intégrante de vos spectacles,

Ont-ils un temps d’adaptation

ce qui j’imagine est directe-

avant de se lâcher ?

ment lié à votre formation au

Comment

Alexandre : Les enfants rentrent très vite dans le concert. Nous sommes aussi des éducateurs pédagogues donc nous arrivons assez rapidement à les faire rentrer dedans car on connaît bien leur univers. C’est plus compliqué pour les parents mais à la fin on constate que tout le monde danse. Et parfois même les bénévoles de festivals ! Mathieu : Ce qui est particulier avec le jeune public, c’est qu’il n’est pas acquis dès le départ. Lorsqu’un public adulte se rend à un concert, il a envie de s’éclater, de se faire plaisir donc il fait l’effort de se mettre dedans dès le début. Alors qu’un enfant, si ça ne lui plait pas, et bien ça ne lui plait pas ! Il ne va pas chercher à faire d’effort pour rentrer dedans. C’est une caractéristique du jeune public.

CFMI…

groove ?

Alexandre : Oui, la pédagogie fait vraiment partie du projet. Je dirais même que ça fait partie de nos vies. À côté de Gimick, je fais notamment des interventions de la crèche aux personnes âgées pour amener tous les âges à la pratique de la musique... Il y a un autre aspect très important dans notre travail, que Mathieu et moi avons trouvé dans notre centre de formation, c’est tout l’aspect diversité culturelle

Mathieu : Chercher à trouver un rapport entre le corps et le son, c’est ça le groove ! C’est une musique qui donne envie d’être vécue avec le corps. C’est important dans nos créations et dans notre pédagogie parce que la transmission de la musique passe d’abord par le corps avant d’être théorisée.

Comment

les

petits

exemple). On amène toutes ces musiques dans notre groove.

ac-

cueillent-ils vos concerts ?

faites-vous

pour

leur donner envie de s’impliquer naturellement ?

Mathieu : C’est à l’écriture du spectacle que se jouent beaucoup les choses. Notre expérience nous permet de savoir les faire se lever au bon moment, savoir quand il est bon, en fonction de leurs voix, de les faire chanter... On leur propose aussi des chorégraphies. Et puis on leur dit qu’ils peuvent aussi se lâcher et faire ce dont ils ont envie. Ils comprennent très vite qu’ils sont libres. Alexandre : S’adresser au public, le faire participer, a vraiment été une volonté de notre metteur en scène, Bertrand Bouessay, qui travaille par ailleurs pour le Bob théâtre (compagnie de théâtre d’objets) et qui fait partie du Ministère Magouille, dont de nombreuses tournées sont à destination du jeune public.

définiriez-vous

le

À l’inverse du premier spectacle qui était une création au-

« PARTAGER LES MOTS C’EST MIEUX QUE PARTAGER LES POINTS »

ciblé jeunesse, ce deuxième

C’est dans cette volonté de découverte que s’inscrit Les Ateliers Slam.com, dans ce goût des mots et du jeu, à la recherche du phrasé bien senti. Le projet est né de l’impulsion de cinq amis, cinq slameurs qui souhaitaient professionnaliser leur passion et la propager. Depuis 2011, l’association promeut le mouvement slam à travers ses interventions dans les institutions culturelles, les écoles, les bibliothèques, les prisons… L’écriture et la posture sur scène sont alors étendues à d’autres champs, et révèlent cet art dans toutes ses nuances. Tout le monde peut se prêter à l’exercice, tout le monde est invité à la faire, et chaque mois la Cartonnerie affiche complet lors des soirées organisées par l’association. Des rendez-vous mensuels et surtout gratuits qui reprennent les trois règles initiées par Marc Smith, inventeur du slam en 1984 à Chicago : 3 minutes, pas de costume et seul instrument autorisé, la voix. Au jury ensuite de décerner ses notes de cœur, car « partager les mots c’est mieux que partager les points » nous confie le fondateur et directeur de l’association Laurent Etienne. Ce sont ces trois mêmes règles qu’il va appliquer à la lettre lors du Charabia Festival, auprès de deux autres slameurs, et claquer haut et fort leur amour des mots.

tout le monde. L’occasion de créer un vrai moment fédérateur entre les générations…

et l’égale dignité de toutes les cultures musicales. C’est quelque chose de très fort pour nous car on va se promener dans toutes les musiques du monde (samba brésilienne, reggae, ska, afrobeat…). On peut visiter un peu toutes les traditions musicales et les mettre dans un groove actuel, c’est vraiment ça qui nous intéresse musicalement. Comment nourrissez-vous ces influences extérieures ?

Mathieu : Grâce aux voyages, aux rencontres… Nous avons par exemple un copain, Kiala, qui a été le guitariste de Fela Kuti, le prince de l’afrobeat. Alexandre : Il y a des influences « musiques du monde » dans ce spectacle mais nous avons avant tout pris le parti d’être en groove. Pour nous, le groove c’est une espèce de sensation corporelle du rythme qui peut pénétrer toute les musiques du monde et d’ici d’ailleurs (bretonne par

Mais qu’est-ce que le slam ? En 2006, Grand Corps Malade révèle à la France ce mouvement musical et ses artistes, les poètes du bitume comme il les nomme, avec son album Midi 20. Une poésie des temps modernes qui agite les mots et parle à une nouvelle génération. En y ajoutant une mélodie, il se rapproche au final plus du spoken word, mais ouvre une brèche vers cet univers. Une communauté et un art qui trouve sa source dès les années 80 aux Etats-Unis et perdure aujourd’hui dans son origine pure à travers Les Ateliers Slam.com. Chacun son flow, chacun sa liberté d’expression. Le principe est avant tout de partager dans le slam, de pouvoir déclamer le texte de son choix sur scène et d’y trouver une oreille attentive, bienveillante. Pas de fioriture, on oublie les costumes ou accessoires, pas besoin de musique non plus, d’apprendre sa récitation par cœur, et que ce soit en rimes ou en prose, ce qui compte c’est la démarche, la performance étant indissociable du discours. À la manière d’une porte qui se ferme avec fracas, le slam est là pour claquer (to slam en anglais), faire pulser le tympan, toucher son auditoire. Petit cousin de la poésie, il en est une version contemporaine, vivante au-delà du recueil. Il dépoussière le genre et lui soustrait ses attributs guindés qui en effraient souvent plus d’un, à tort. Une fois sa surface émaillée, la poésie devient slam, et la langue française n’en est que deux fois plus riche. Quand l’un parle de musicalité, le second dira flow, et un alexandrin deviendra un douze. N’ayons pas peur des mots, on emprunte aussi au rap. À chaque communauté son vocable et sa richesse, mais le slam tient à rester ouvert, sans chercher à cloisonner le genre.

tour des comptines, donc très spectacle a été imaginé pour

_© Marc Ory

_© DR

Mathieu : J’aime l’idée de pouvoir faire découvrir aux enfants – avec des textes qui leur sont accessibles – des musiques qu’écoutent leurs parents. Le funk, la soul, le reggae, le ska… Je pense que c’est une porte d’entrée vers la musique. Peut-être qu’en rentrant chez eux, les parents auront envie de leur faire écouter un morceau de Stevie Wonder ou de Fela Kuti. Je vois vraiment ce projet comme quelque chose de familial, un partage entre les parents et les enfants… une bonne occasion pour chanter tous ensemble et découvrir les goûts musicaux de chacun.

À PA R T I R D E 4 A N S . M E R C R E D I 2 7 N O V. OUVERTURE DES PORTES 14H LA CARTONNERIE FAC E B O O K @ G I M I C K . J E U N E PUBLIC T R A F F I X M U S I C .CO M

À L’ORIGINE DE LA CLAQUE, LE SLAM

AT E L I E R S S L A M . C O M M A R D I 2 6 N OV E M B R E OUVERTURE DES PORTES 20H LA CARTONNERIE

En première partie de Grand Corps Malade, Les Ateliers Slam.com regagnent la scène de la Cartonnerie pour leur première édition du Charabia Festival. Laurent Etienne.com, Thooooomas et Blanche Neige se passent la parole pour trois minutes de slam chacun, montre en main. À vos textes, prêts, partez.

TEXTE MARIE-CHARLOTTE BURAT


RENCONTRE AVEC

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AL AIN PARÉ FONDATEUR D’INTER FRÉQUENCE Ce mécène accompagne nombre de projets associatifs et de jeunes artistes du champ de la musique. Avec autant d’engagement que de franc-parler…

Quel a été l’élément déclencheur pour que vous vous investissiez, à travers la fondation Inter Fréquence, sur le mécénat de projets tels que le Charabia Festival ?

PROPOS RECUEILLIS PAR CYRILLE PLANSON

sensible à la place qu’il faisait aux jeunes artistes de sa région aux côtés des grandes pointures que sont Vanessa Paradis ou Arno, par exemple.

Vous soutenez de très nombreux concerts, en festivals ou en salles, partout en France.

J’ai commencé par faire un état des lieux de la situation. Le soutien financier externe est indispensable à l’économie culturelle. Le financement public est en perte de vitesse. Les sociétés civiles (SACEM, SCPP, SPPF, ADAMI, etc.), contribuent fortement à soutenir les artistes, et les projets, mais verront leur revenu baisser. Dès lors, c’est le financement privé qui doit se développer, c’est à mon avis l’avenir. La rencontre entre ce monde du privé et les artistes est-elle facile ?

Le problème c’est que les artistes réfléchissent à leur problématique et tentent de trouver des solutions entre eux et uniquement entre eux. Ils ne se tournent pas assez vers les autres pour tenter de trouver des ressources annexes. Pourtant, il n’est jamais impossible de trouver des moyens si l’on parvient à se tourner vers les autres, à les amener à se sentir concernés et à s’engager sur des projets. On vient souvent nous solliciter en nous disant : « J’ai un projet de spectacle, mais pas d’argent. » Ce n’est pas la bonne méthode que de s’adresser à nous comme à un guichet. Comment faire alors ?

Vos soutiens bénéficient prioritairement aux jeunes artistes. Pourquoi ?

Pas uniquement. Je soutiens des projets que je juge méritants, j’accompagne les émergences. J’apporte mon aide à ce que je nomme les « artistes-parcours », sur une carrière d’artistes. Ce monde est d’une cruauté épouvantable. On peut sortir deux albums, rater le troisième – cela arrive –, et se retrouver sans solution pour poursuivre sa carrière. C’est là que la fondation Inter Fréquence peut intervenir, en accompagnant le risque que prend l’artiste dans ce moment crucial. Quelle est votre plus grande satisfaction en tant que mécène ?

Mon plus grand plaisir : avoir la certitude qu’à travers la fondation nous avons accompagné un ou deux artistes qui, sans nous, auraient certainement arrêté définitivement leur carrière. C’est de l’espoir sur lequel nous avons investi. À travers nos actions et nos relais en région, nous soutenons de 5 à 600 concerts chaque année, avec une attention particulière portée à la scène émergente. Pour quelle raison avez-vous décidé d’investir autant d’énergie dans le mécénat ?

Il faut savoir parler de son projet selon les bons angles. Il ne faut pas tout centrer sur soi, Quel a été votre parcours personnel menant à cet engagement ? mais au contraire, mettre en balance d'autres problématiques, comme le lieu où l'on vit, ce Pour tout vous dire, mon premier métier, c’était d’être batteur. Je commençais à bien traque l'on souhaite lui apporter, là où l'on a envie d'amener son art… Je suis cycliste et il y a vailler en studio, quand les boîtes à rythme sont arrivées, condamnant toute une généraquelques mois, j’ai parcouru l’Auxerrois – une belle sortie de plus de 200 kilomètres. Je voution. Comme les violonistes avec l’émergence des synthés d’ailleurs. Je me suis reconverti lais m’arrêter dans un café, boire un verre, manger un morceau. dans l’entreprenariat et j’ai créé le groupe Batisanté (effectif de Rien. Tout était fermé… C’est la même chose pour la culture. Cela 500 personnes). J’ai cédé mon entreprise à La Caisse des dépôts et m’a sauté aux yeux. Il était nécessaire d’initier des manifestations consignations. J’avais alors 40 ans. J’ai ensuite développé une acculturelles pour faire vivre les territoires. Je suis parisien et j’avais tivité de conseil et d’accompagnement de dirigeants d’entreprises. LA FONDATION INTER FRÉQUENCE plutôt eu tendance jusqu’à présent à aider de jeunes artistes à se J’ai également investi dans certains projets. Je me suis intéressé de EN QUELQUES MOTS… produire sur Paris, pour y être visibles et qu’ils rencontrent des très prêt au financement au sens large du terme. C’est ce qui m’a Créée en 2013 par Béatrice et Alain producteurs, de la presse, etc. On va continuer à le faire, mais j’ai amené à la philanthropie. Paré, la fondation Inter Fréquence a envie désormais de m’orienter plus fortement vers le développepour objet d’aider à la création, au développement, à la réalisation et à ment culturel du monde rural, celui des petites villes. Tout ceci n’est pas si loin de ce que vous faites aujourd’hui en Et pour le Charabia Festival ?

Reims, n’est pas une petite ville… Barcella parle très bien du Charabia, il a vraiment su faire en sorte que je me sente concerné par son projet. Voilà un artiste qui poursuit son chemin et s’arrête, une fois par an, pour rendre à son territoire tout ce qu’il a pu capitaliser d’expertise, de contacts, de connaissances. J’ai aussi été très

la communication de projets culturels et artistiques. Elle soutient pour cela les projets associatifs et porte une attention particulière à l’émergence de talents (attribution de prix et de bourses aux artistes). Souhaitant avoir un champ d’action élargi, la fondation se montre également présente sur les festivals nationaux. Elle soutient ainsi les organisateurs de spectacle, favorise les échanges internationaux, participe au développement de spectacles jeune public ainsi qu’à la mise en lumière d’auteurs. La Fondation s’attache par ailleurs à donner accès à la culture grâce à l’image et la captation.

_© DR

tant que mécène…

Oui, c’est vrai. Finalement, mon activité dans le domaine du mécénat n’est pas si éloignée. J’ai coutume de dire que ce que je peux apporter c’est pour moitié de l’eau pour étancher sa soif et pour moitié les clés pour creuser son propre puits. Je ne crois pas à l’argent. L’argent n’est que la numérisation d’une action, ce n’est pas une fin. L’important c’est l’initiative.

F O N DAT I O N - I N T E R F R E Q U E N C E . O R G


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AVEC TOI

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Xavier Lefrançois aka « Ferrayoux » (parce qu’il « bricole avec du fer ») est constructeur d’éléments scénographiques et éclairagiste. Missionné par le Charabia pour concevoir une structure métallique et lumineuse en forme de colibri –l’emblème du festival–, Xavier Lefrançois participe par ailleurs à la scénographie de prestigieuses tournées.

Une double casquette nécessaire lorsque l’on est technicien pour la scène, la polyvalence étant de mise…

Effectivement, étant bricoleur en plus de mon métier d’éclairagiste, j’ai appris à concevoir des éléments de décor seul à force d’observation, d’imagination, de rencontres et d’échanges… Je suis autodidacte. La double casquette permet, à mon sens, de bien comprendre les besoins des personnes qui imaginent tel ou tel élément ou effet visuel, d’anticiper les problématiques de manipulation et de transport auxquels on ne pense pas forcément au premier abord.

Depuis quand pratiquez vous ce métier ?

Ça doit faire 15/20 ans, mais ça s’est vraiment amplifié il y a 3 ou 4 ans. L’identité visuelle devient de plus en plus importante pour la scène musicale, les groupes cherchent à se démarquer et à intégrer le public dans un univers particulier… La construction d’éléments scénographiques est venue petit à petit, en parallèle de mon métier principal : je suis avant tout éclairagiste (d’accueil et de tournée), et associé dans une boîte de prestation en son et éclairage, ATS à Rodez, dans l’Aveyron.

ensemble du cahier des charges technique, artistique et bien entendu budgétaire. Le fait d’être éclairagiste me permet de comprendre ou d’expliquer la réaction à la lumière des différentes matières et de pouvoir intégrer des éléments lumineux en fonction du résultat attendu.
Je suis plutôt spécialisé dans le travail du métal ou l’intégration de sources à led. De ce fait, je réalise parfois des décors entiers mais il peut m’arriver de travailler simplement sur une partie bien spécifique, en collaboration avec des créateurs de décors (comme Lucie-Tristan). Comment procédez-vous pour concevoir les décors ?

Comment s’organise votre travail ?

Via dessin, modélisation numérique, maquette... ?

Je travaille en collaboration avec des designers lumières (Damien Dufaitre pour BlackMoon ainsi que Mathieu Delaporte, entre autres) qui vont proposer aux artistes une création, des tableaux, selon les différents morceaux de leur album et une scénographie live adaptée. Quand le projet est validé par l’artiste et sa production, le créateur lumière revient vers moi pour entamer la phase de construction et nous discutons

Ça dépend, principalement par croquis mais quand c’est un peu plus complexe, par modélisation. Exercez-vous uniquement dans le cadre de concerts et festivals ?

J’ai d’abord commencé à faire des constructions ou des adaptations pour le théâtre et la danse. Mais ces dernier temps

RENCONTRE AVEC

XAVIER LEFRANÇOIS ARTISAN TECHNICIEN POUR LA SCÈNE

_© DR


les demandes étaient plus dans la musique. Pour le Charabia par exemple, il fallait travailler sur un élément de l’identité visuelle du festival. C’est très divers mais je travaille principalement dans le domaine du spectacle vivant effectivement.

de tournée dans nos locaux, parfois je me déplace sur une résidence pour l’adapter mais si ce n’est pas nécessaire, le décor est livré par transporteur et réceptionné par l’équipe technique de la tournée.

Ce métier vous oblige-t-il à être constamment sur les

Comment s’est passée votre rencontre avec l’équipe du

routes ?

Charabia Festival ?

Non, quasiment pas. La plupart des constructions sont livrées directement sur les lieux de résidence, de concerts.
Je travaille sur plans puis avec des photos des étapes de construction, ce qui me permet de corriger certains détails au fur et à mesure.

Ulysse Maison d’Artistes, les organisateurs du festival, sont des clients d’ATS et accessoirement, nous sommes aussi devenus copains.
Ils produisent notamment le groupe KKC Orchestra et m’avaient déjà demandé de participer à la scénographie et à la création décor de l’actuelle tournée. C’est une relation de longue date…

Comment se construit un décor de grande ampleur ?

Pour un décor imposant, je travaille d’abord dans mon atelier perso sur les différents éléments qui vont constituer l’ensemble. 
Ensuite, je passe à l’assemblage et la peinture à ATS pour arriver à la pièce finale (ex : éléments de la tournée de Georgio). On a la chance d’avoir un grand local chez ATS. Parfois le montage et l’adaptation se font d’abord avec l’équipe

Quels ont été vos plus gros projets ?

Quelles ont été vos dernières réalisations ? Et sur quoi travaillez-vous en ce moment ?

Dernièrement, en dehors de ce qui a été fait pour Biglflo & Oli, nous avons par exemple réalisé un caisson lumineux pour Aya Nakamura, un panneau lumineux Seine Zoo Records pour Nekfeu, ainsi que pour Jok’Air, Ballet Actuel, KKC… Et actuellement, pour ce qui est de la construction, je viens de réaliser un module de scène roulante pour la nouvelle tournée de Boulevard des Airs. Il y a aussi des projets en cours de développement qui doivent donc rester confidentiels jusqu’au tout premier concert !

E Q U I P E AT S . F R L U C I E -T R I S TA N . F R

L’intégration lumineuse sur des décors de Lucie-Tristan pour les Stadiums de Bigflo & Oli
ainsi que la conception de décors et de panières de transport pour la dernière tournée de Georgio.

PROPOS RECUEILLIS PAR AMBRE ALLART


_© Fifou


OXMO PUCCINO

« LE SUCCÈS, ÇA RÉVÈLE TES FAILLES »

L’un des parrains du rap français est l’une des têtes d’affiche du Charabia Festival. Entretien autour de son 7ème album – qu’il vient défendre à Reims –, « La Nuit du Réveil », sur fond d’introspection.

17

Dans votre nouvel album, diriez-vous que vous vous li-

Vous dîtes « Certains accueils me pincent les lèvres /

par exemple avec –M– ou des musiciens de jazz. Le rap

vrez comme jamais ?

Rapper c’est être tristement célèbre » (sur « Le Droit

vous a t-il semblé à un moment, trop étroit ?

Il y a quelque chose de plus direct et de plus concis sur cet album. C’est sans doute pour cela que vous le ressentez ainsi. C’est aussi un moment très important. Il était important d’être à l’heure musicalement d’un côté, et de l’autre, de m’assurer que mon propos soit bien compris.

de chanter »). Le traitement médiatique du rap vous

Vous avez multiplié les incursions dans d’autres genres,

Vous savez, je suis mon chemin depuis plus de vingt ans sans me soucier des modes ni des autres. Le hip-hop ce sont mes fondations. Après lorsque l’on envisage de durer dans le temps, de se donner le droit de continuer à rêver, l’on n’a pas d’autres choix que de regarder autour de soi ce qui se passe. Grâce au rap, à la musique, j’ai l’occasion chaque jour de rencontrer des artistes de tous horizons, c’est une chance immense. On vous présente souvent comme une figure à part dans le rap français. Quelles sont vos filiations ainsi que votre famille musicales ?

« À part ? », je ne sais pas. À l’écart des clichés que certains se plaisent à véhiculer ? Tant mieux. J’ai grandi entre la musique malienne et la grande chanson française. Entre Ali Farka Touré et Charles Aznavour. Plus tard, j’ai découvert les mots de Brel, puis le rap est arrivé. Un choc. Biggie et consort. Un mode de pensée, une façon de s’habiller, de s’exprimer... Une véritable révolution. Aujourd’hui j’écoute beaucoup de musique. Des instrumentistes en premier lieu mais bien entendu je suis aussi de très près ce qui se passe dans le rap. De Dinos à Vald, de Damso à Orelsan, rarement ce mouvement n’aura été aussi foisonnant. Vous affirmez vous considérer plutôt comme chansonnier que rappeur, pourquoi ?

Parce qu’on me le demande ! (rires) Plus sérieusement, on se moque des étiquettes entre rap et chanson. Tout est question de forme mais le fond, lui, est le même ! Nous avons des auteurs francophones de grand talent, qui choisissent de l’exprimer en chantant ou en rappant, peu importe. D’ailleurs les rappeurs chantent et les chanteurs se mettent à rapper...

Cet album se divise en deux parties assez distinctes, l’une rap, l’autre plus chanson…

Je ne suis pas d’accord. Certains disent que cet album est à la fois un résumé de vingt ans de carrière et une projection vers l’avant. Je manque un peu de recul mais je crois que c’est le cas. Il y a des chansons très acoustiques comme «  Le droit de chanter » et puis d’un autre côté, j’explore de nouvelles sonorités comme le grime anglais ou la trap. Mais avec Phazz et Eddie Purple, les architectes de cet album, on a cherché à développer notre son, homogène, nuancé, hiphop et actuel.

dérange-t-il ?

Je ne parle pas spécialement de moi. Il s’agit de faits mis bout à bout. Le droit de chanter c’est le droit de lutter et il faut bien convenir que l’on demande souvent aux rappeurs de se justifier sur tels ou tels sujets... Mais les rappeurs ne sont pas responsables de la société dans laquelle nous vivons, ils en sont les révélateurs. Dans « Trop d'amour », vous évoquez les violences conjugales. Le monde du rap est-il encore misogyne ?

Je suis le premier à chanter régulièrement le manque d’amour. Il est plus rare d’évoquer les dangers du trop plein d’amour, l’amour étouffant, l’amour pour soi et non pour l’autre. Il est bien trop souvent question de soi alors qu’en amour la seule chose qui compte c’est l’autre. Sur « Le droit de chanter », vous faîtes allusion à quels

« Le Nombril » est un point de vue particulier. Comment

mots ou textes ? D’où vient d’après vous ce choix des

vous est venu ce texte ?

«  gros mots » dans le rap ?

C’est une chanson inspirée par le titre « Fetus » du rappeur new-yorkais Nas. Je cherchais une façon de parler de mes parents, du choix qu’ils ont fait de quitter leur pays, le Mali, pour élever leurs enfants en rêvant à un avenir meilleur. Évoquer mes parents à travers le nombril de ma mère c’est aussi une manière de mettre de la pudeur, de raconter une histoire personnelle avec de la distance.

À l’époque, en tant que premiers rappeurs, on n’avait aucun code. On sortait du bâtiment B de notre cité et, sans transition, on se retrouvait sur le devant de la scène, sans rien comprendre. Le succès, ce que les gens attendent de toi, ça révèle tes failles, tes faiblesses. Nul n’est préparé à cela. Encore moins celui qui sort du bâtiment B. « Le droit de chanter », c’est une chanson pour nos parents qui ont rêvé des destins pour leurs enfants, c’est une chanson pour tous ceux qui luttent au quotidien et rêvent d’un avenir meilleur ou plus simplement, de reconnaissance. « Le droit de chanter », c’est ce que nous avons acquis avec les années. Aujourd’hui les rappeurs remplissent des stades, ils sont en tête des charts et sont les idoles de nos enfants. Le rap tel qu’on l’a connu est terminé. Mais il n’a jamais été aussi vivant et je m’en réjouis.

Vous écrivez : « J'ai grandi sous l'héroïne du Canal de l'Ourcq ». Cette période vous a t-elle marqué ?

C’était une époque très violente. J’ai vu tant de gens tomber lorsque cette drogue est arrivée dans notre quartier. Le premier texte que j’ai écrit « Bonhomme de neige » faisait allusion à cela.

OX M O . N E T

PROPOS RECUEILLIS PAR NICOLAS DAMBRE


14H15-14H45 CLARA YSÉ : LA POÉSIE POUR SE RENDRE LIBRE

Passionnée par l’art lyrique Clara Ysé se tourne finalement vers la composition, afin de ne pas se cantonner dans la stricte interprétation d’œuvres écrites par d’autres. C’est à la suite d’un drame familial que son projet artistique autour de la chanson et des musiques méditerranéennes verra le jour.

LE CHARABIA DES JEUNES TALENTS APRÈS-MIDI DÉCOUVERTE À QUARTIER LIBRE

Clara Ysé commence la musique à l'âge de quatre ans, en étudiant le violon. Quatre ans plus tard, elle découvre le chant, par l'intermédiaire d'une professeure, Yva Barthélémy, qui la prend sous son aile durant une décennie. Les grandes voix lyriques, puis _© DR celles de la chanson, française ou latino-américaine, la bercent depuis l'enfance. De Maria Callas à Mercedes Sosa, en passant par Janis Joplin et Barbara, elle aime écouter ce que les voix, la particularité des timbres, racontent. La musique est un langage dans lequel elle trouve un espace de liberté inaltérable. C'est à l'adolescence que sa mère lui offre sa première guitare. Clara Ysé sort alors des sentiers du chant lyrique et de la musique classique. Son amour de l'écriture et de la poésie la pousse d'abord à mettre en musique des poèmes. Élevée en partie par une femme colombienne qui lui a parlé espagnol dès son enfance, et des grands-parents madrilènes, elle écrit en français, mais ne compose qu'en espagnol. À 19 ans, elle part trois mois en Colombie, un véritable voyage initiatique. C’est lorsqu’elle se lance, avec une amie, dans l’organisation de soirées musique – accueillant jusqu’à soixante musiciens venus de Grèce, de Turquie, d’Iran et du Mexique – que Clara Ysé rencontre les musiciens de talent qui l’accompagnent aujourd’hui. Après le décès accidentel de sa mère en juillet 2017, Clara Ysé écrit ses premières chansons dans sa langue maternelle. C'est une façon pour elle de réapprendre à parler…

Lumineux et populaire, le Charabia Festival est devenu l’un des événements festivaliers phares de la musique à Reims. Décalée, drôle, sophistiquée, cousue-main, urbaine ou champêtre, le Charabia met en lumière les talents précieux d’une chanson française aux multiples facettes et en effervescence permanente. Pour son édition 2019, le Charabia Festival propose une demiejournée de découvertes musicales à Quartier Libre, samedi 30 novembre de 14h00 à 18h00, afin de sortir des sentiers battus et faire la part belle aux artistes émergents de la nouvelle scène francophone dont Clara Ysé, Matéo Langlois, Pandore et Glauque sont de flamboyants représentants. —

ENTRÉE LIBRE DANS LA LIMITE DES PLACES DISPONIBLES

15H05-15H35 MATÉO LANGLOIS : DÉCLAMATION DE TEXTES EN CHANSONS

15H55-16H25 PANDORE : EXPLORATEUR AUDACIEUX DE NOTRE LANGUE

Matéo Langlois baigne dans la musique et les histoires aux allures de légendes depuis tout petit… À l’âge de 12 ans, il débute l'apprentissage du saxophone et entame un cursus classique de 6 ans en école de musique. Il se découvre un amour pour la composition et l'improvisation au fur et à mesure de son parcours. Au travers de petits groupes du lycée qui vont du Dub au HardRock, il découvre le chant et le piano, un instrument qu'il pratique désormais autant que le saxophone. En 2012, il suit une formation professionnelle de musiques actuelles à Toulouse et enregistre plusieurs disques autoproduits. Il perfectionne ainsi son art à travers les nombreux groupes qu'il créé. Matéo compose et interprète également la musique de plusieurs spectacles et rencontre sur son chemin des poètes qui l'aideront à aller vers l'écriture, la chanson et la déclamation de ses textes. En qualité d'auteur-compositeur-interprète, il remporte le 1er prix d'écriture Claude Nougaro catégorie chanson, en 2016. Le point de départ de son projet en solo…

N’ouvrez surtout pas la boîte ! Écoutez ce qu’elle chante à vos oreilles… Si Baudelaire faisait du rock et Nietzsche de la chanson française, alors peut-être que de leur rencontre aurait pu naître Pandore. Plume habile, la liberté combat la morale. La poésie ne peut être, pour lui, que révolte. Artiste lyonnais, Pandore sublime la sensibilité, cherche à atteindre la vérité essentielle en restant fidèle à sa propre nature. Affranchie des carcans de la raison, la poésie peut désormais exprimer l’émotion. Explorateur de notre langue des plus audacieux, l’originalité du style en découle. L’écriture est toute remplie par la pensée. Sur scène, Pandore est robuste comme un rocher et pénétrant comme un brouillard. Son esprit douloureusement subtil exhale, vous enivre et vous emmène, accompagné d'un violoncelle, planer au-dessus d’un monde qui s’évapore.

16H45-17H15 GLAUQUE : FULGURANCE SYNTHÉTIQUE

Ne vous fiez pas à son nom qui pourrait plutôt donner à penser à une rue sombre où se déroulerait une bacchanale malsaine… Glauque ne souhaite pas torturer nos oreilles et propose de la musique plutôt que des cris. Plongés dans l’électronique, les états d'âmes poétiques de Glauque questionnent sans donner de réponses. À bout de souffle, mots et sons s'entremêlent ; entre colère et amour, entre révolte et calme, entre interrogations et certitudes, les mots déplacent les barrières et le groupe belge prend place là où le sale fait le beau. Les passions s'enchaînent et se déchaînent. Puis le silence...

Son premier EP intitulé « Le monde s'est dédoublé » est une renaissance. Clara Ysé est accompagnée des instrumentistes virtuoses qu’elle a connus lors des soirées qu’elle organisait. Leur point de rencontre est leur familiarité avec le bassin méditerranéen : Yulian Malaj, co-compositeur et co-auteur de deux titres de l’EP ; Naghib Shanbehzadeh, batteur et percussionniste ; Camille El Bacha, pianiste concertiste et compositeur ; et enfin, Marc Karapétian, le bassiste de l’EP. La recherche et l'exploration de multiples formes de langage sont au cœur de l'engagement musical de Clara Ysé. Après des études en classe préparatoire, puis en philosophie à La Sorbonne, et au Conservatoire Régional de Paris, c'est au langage scénique qu'elle s'intéresse et à l'art de l'acteur, en prenant des cours à l'École du Jeu. À sa passion pour la scène vient s'associer un amour du cinéma et des images où elle s'aventure en réalisant son premier clip : « Le monde s'est dédoublé ». Une façon pour elle de réapprivoiser le monde et de le réenchanter à travers un univers lyrique, teinté de joie et d’un sentiment de fête. Musicalement, et poétiquement, ce premier EP est le témoignage intime d'une naissance, les six titres du mini-album ayant été écrits l'année suivant la mort de sa mère. Ils sont, pour Clara Ysé, un hymne à la vie libre et vivante. Traversé par la perte, « Le monde s'est dédoublé » est un cri d'Amour qui rend grâce aux aubes nouvelles. C’est aussi une ode à l'Amitié, celle qu'elle partage avec les instrumentistes qui l'accompagnent depuis quelques années…

L E S M O T S D E PA N D O R E . C O M FA C E B O O K @ G L A U Q U E B A N D FA C E B O O K @ M AT E O L A N G LO I S C H A N S O N

18

U N I T- P R O D U C T I O N . C O M


ON RÉCAPITULE ! MARDI 26.11

20H30. LOMBRE

Grande Salle - La Cartonnerie

21H. LES ATELIERS SLAM.COM Grande Salle - La Cartonnerie

21H30. GRAND CORPS MALADE Grande Salle - La Cartonnerie

MERCREDI 27.11

14H30. GIMICK

Le Club - La Cartonnerie

JEUDI 28.11

19H. iAROSS

Le Floor - La Cartonnerie

20H30. LA MAISON TELLIER Grande Salle - La Cartonnerie

22H. ARNO

Grande Salle - La Cartonnerie

VENDREDI 29.11

19H. MELBA

Le Floor - La Cartonnerie

20H30. TOM POISSON Grande Salle - La Cartonnerie

21H45. VANESSA PARADIS Grande Salle - La Cartonnerie

23H15. DJ TONTON MAURICE Le Floor - La Cartonnerie

SAMEDI 30.11

14H. CLARA YSÉ - MATÉO LANGLOIS PANDORE – GLAUQUE Quartier Libre

19H. 2TH

Le Floor - La Cartonnerie

20H30. DI#SE

Grande Salle - La Cartonnerie

21H30. DAVODKA

Grande Salle - La Cartonnerie

21H50. OXMO PUCCINO Grande Salle - La Cartonnerie

01H15. DJ TONTON MAURICE Le Floor - La Cartonnerie

DIMANCHE 01.12

18H30. SUZANE

Grande Salle - La Cartonnerie

19H. CLAIRE FARAVARJOO Le Floor - La Cartonnerie

19H40. PHILIPPE KATERINE Grande Salle - La Cartonnerie


Barcella & Ulysse Maison d’ArtisteS adressent

UN IMMENSE

MERCI

aux lumineux

partenaires du festival charabiafestival.com