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La légende du Dahu Comme notre reporter, les adeptes des vacances de Pâques au ski croiseront peut-être sur les pistes une étrange chaussure protéiforme. PA G E 7

Belle et forte A Belfort, à force d’obstination, les femmes ont forcé les portes de la salle de musculation du centre social et culturel des résidences Bellevue. Reportage. PA G E 6

Un pavé dans la roue « Mon premier Paris-Roubaix, en 2003, c’était horrible. » Dimanche, Fabian Cancellara peut remporter son 4e « enfer du Nord ». Entretien PA G E 3

Tous derrière Dubuisson Avec Victor Dubuisson, le golf français tient la pépite capable de lui offrir la victoire en Grand Chelem qu’il attend depuis cent sept ans. Dès le Masters d’Augusta ? Réponse dimanche 13 avril. PAGES 4-5

Victor Dubuisson en finale du championnat du monde de match-play le 23 février à Marana, en Arizona. MATT YORK/AP PHOTO

Lucas et sa « vie de Gitan » L’entraîneur de natation le plus médiatique de France continue de rouler les mécaniques au bord d’un bassin de Narbonne

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hilippe Lucas n’a pas changé. Même crinière blonde, mêmes biceps saillants et lunettes de soleil à la Polnareff. Sans club depuis septembre 2012, sous la menace d’une condamnation en justice pour « abus de confiance » au préjudice du Cercle des nageurs de Melun, l’entraîneur de natation le plus célèbre de France a trouvé refuge à Narbonne. Là-bas, celui qui a toujours sa marionnette aux « Guignols » dispense ses conseils et sa gouaille à un groupe très cosmopolite (huit Français, trois Tunisiens, deux Polonais, un Bulgare et une Néerlandaise).

Cahier du « Monde » No 21534 daté Samedi 12 avril 2014 - Ne peut être vendu séparément

Ses nageurs, engagés aux championnats de France à Chartres jusqu’au dimanche 13 avril, n’ont pas l’aura de celle qu’il considérait « comme [sa] fille » et qu’il a menée il y a dix ans au Graal olympique, Laure Manaudou. « Elle a fait 50 % de sa carrière. En restant avec moi, elle aurait fait un tabac », assure celui dont le nom reste associé à celui de la championne. « Depuis 2007 [et la rupture avec Manaudou], il s’en est passé des trucs. J’ai une vie de Gitan, j’ai une histoire à raconter. Il n’y a pas un mec, avec ce que j’ai traversé, qui aurait continué à entraîner. » Parole de Philippe Lucas. p PA G E 8

Philippe Lucas, à Narbonne, le 14 mars. ULRICH LEBEUF/MYOP POUR « LE MONDE »


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À VOS MARQUES

Inversons les genres

chronique

François Bégaudeau Ecrivain

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n constate souvent, pour la regretter, la moindre audience du sport féminin. Saine vigilance. Il est toujours bon que les mœurs soient remises en cause et éventuellement réformées. Mais un fait social tout aussi contestable n’est jamais noté : la proportion très élevée, dans le domaine féminin, d’entraîneurs hommes. Sans revenir sur les sinistres affaires de coachs de tennis attoucheurs, prenons les équipes nationales de foot, basket et hand.

Les retransmissions télé étant pour le coup très suivies depuis une décennie – en matière de sexe comme de race, la performance abolit les discriminations –, nous avons vu briller les Louisa Necib, Céline Dumerc, Allison Pineau. Et s’agiter sur le banc des entraîneurs aux prénoms sans équivoque sur leur genre : Bruno (Bini), Pierre (Vincent), Olivier (Krumbholz). Pour qui pense que les inégalités hommesfemmes perdureront tant que perdurera le paternalisme, le spectacle d’un homme, fût-il compétent et estimable, distillant la bonne parole à un aréopage de femmes est assez insupportable. Or, c’est très rarement relevé. Pas plus que ne fut relevée, a contrario, la nomination d’une femme pour succéder à Pierre Vincent – alors que bien sûr ce sont des hommes qui, à l’automne dernier, ont succédé à Bini et Krumbholz. Puisqu’il va de soi qu’un mâle dirige des filles, l’exception ne fait que confirmer la règle. Ce schéma est si familier qu’il n’est plus questionné. Comme pour le mariage hétéro ou l’accomplissement de la femme dans la maternité, la donnée culturelle tient lieu de nature. Mais quelle est la nécessité de ce schéma ? Faut-il croire que, douée pour pratiquer un sport collectif, une femme n’est pas capable de le penser ? Que la fonction d’entraîneur est trop rationnelle pour elle, pauvre petite créature d’instinct ? De nombreux contreexemples, dans des pays invariablement plus

progressistes que la France sur ces sujets, liquéfient l’hypothèse. La vérité, c’est que l’opinion majoritaire estime qu’une expertise acquise dans la pratique masculine d’un sport collectif profitera à sa version féminine, étant entendu que l’un est infiniment supérieur à l’autre. Un homme qui dirige un cinq féminin de basket, c’est un peu comme un pro qui gratifie de son expérience un amateur, ou, pire, un adulte qui éduque un enfant. Voilà le présupposé implicite de la répartition admise des tâches. Présupposé qu’il sera possible de retourner en faveur de l’émancipation. Si vraiment le sport co’ féminin est inférieur, il constitue un domaine spécifique dont seules les praticiennes peuvent prendre la mesure. Une femme sera toujours mieux informée, mieux avisée, et donc plus compétente, pour animer une équipe féminine. Et si, inversement, on allègue qu’il s’agit bien du même sport, et qu’une expertise acquise côté hommes peut se transmettre aux femmes, alors il faudra admettre que la porosité marche dans les deux sens, et nommer sans tarder des femmes à la tête des sélections nationales masculines. Marinette Pichon pour diriger le onze bleu au prochain Euro de football en France, ça aurait de la gueule, et ça nous changerait des récurrentes incompatibilités entre coachs et joueurs. A cette proposition citoyenne, nous attendons une réponse claire des instances dirigeantes. p

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million

C’est le montant, en euros, de la prime individuelle que les dirigeants du PSG avaient fait miroiter à leurs joueurs en cas de victoire en finale de la Ligue des champions. Mais après leur élimination en quart de finale face à Chelsea (2-0), mardi 8 avril, les Parisiens devront y renoncer. En 2013, sortis à ce même stade de la compétition, ils avaient perçu 240 000 euros chacun.

Agenda Samedi 12 avril

Football A cinq matchs de la fin de la Premier League, le choc de la 34e journée Liverpool-Manchester City risque de faire des étincelles. Le club de la Mersey compte sur Luis Suarez pour conforter sa place de leader et mettre à distance les Citizens, qui sont à quatre points de la première place mais avec deux matchs en moins. Le vainqueur de ce duel prendra une option sur le titre (14 h 30, Canal+ Sport). Haltérophilie La semaine s’annonce musclée à Tel-Aviv (Israël) pour les championnats d’Europe d’haltérophilie. Pour l’occasion, 500 athlètes, dont quatre Français, ont fait le déplacement. La France espère ramener au moins une médaille grâce à Anaïs Michel (– 48 kg) (photo), médaillée de bronze en 2013 après deux déclassements, ou encore Benjamin Hennequin (– 85 kg), vice-champion du monde en 2011 (22 heures, Eurosport 2). (PHOTO : AFP)

E.SAMPERS/CIMBALY

Dimanche 13

Le soleil vous brûle un coin du visage. Toujours le même côté, pendant des heures. Il fait 40 °C et, à chaque pas, vos pieds s’enfoncent dans les dunes. Le Marathon des sables, qui s’achève lundi 14 avril, est l’une des courses les plus difficiles du monde. En autosuffisance alimentaire (chacun porte sa nourri-

Ruban de sable

ture pour une semaine), les concurrents doivent parcourir près de 240 km, répartis en six étapes. Ils étaient 1 029 à prendre le départ de la 29e édition de ce raid, dimanche 6 avril, et à se lancer à l’assaut des dunes de Merzouga. Les plus belles mais aussi les plus hautes du Sahara sud-marocain. p

l ’ h i s t o i r e

La statue du footballeur bruno lesprit

L

e score est sans appel. Grande-Bretagne : 73. France : 1. Il s’agit du nombre de statues élevées à la gloire d’une personnalité du football, révélé par la base de données Sportingstatues.com, mise en ligne le 7 avril et offrant images, localisation, date d’inauguration, identité du sculpteur et inscriptions sur les plaques ou les plinthes. Son inventaire exhaustif comporte quatre sections : sportifs au Royaume-Uni, joueurs de base-ball aux Etats-Unis, de cricket et de football dans le monde. Dans cette dernière discipline, on apprend que le dauphin des Britanniques est la Chine, suivie par le Brésil, l’Espagne et les Pays-Bas. Ou que le footballeur le plus représenté est, sans surprise, le « roi Pelé », avec sept monuments. Qui d’autre que des sujets de Sa Majesté pouvait s’atteler à un tel projet ? Lancé en 2010, celui-ci émane de chercheurs de l’université de Sheffield, pilotés par Chris Stride. « Au départ, j’étais simplement curieux de connaître le nombre de ces statues, car je suis un statisticien qui aime compter et collecter », explique-t-il. Depuis, le docteur Stride est devenu un spécialiste. Il devait intervenir, ven-

dredi 11 avril, lors de la conférence « Soccer as a beautiful game » organisée par l’université Hofstra (Etat de New York). Son sujet : « Commémorer les héros tragiques : la statuaire de footballeurs morts à mi-carrière ».

Les Français représentés à l’étranger Il ne parvient pourtant pas à expliquer pourquoi la France tient un rang aussi misérable dans ce domaine quand on sait que des nations pas même championnes du monde (Bolivie, Israël ou Indonésie) ont honoré leurs footballeurs. Les deux uniques statues représentant des Bleus sont à l’étranger. Coup de tête, bronze monumental d’Abdel Abdessemed figurant l’agression de Zinédine Zidane sur Marco Materazzi en finale du Mondial 2006, a été exposé sur le parvis de Beaubourg en 2012 et dénoncé comme « contraire à l’éthique sportive » dans une pitoyable lettre signée par une trentaine de présidents de district. L’œuvre a rejoint Doha, au Qatar, où, après des plaintes de religieux, elle a dû être retirée de la corniche pour être accueillie au Musée arabe d’art moderne. L’autre statufié est Thierry Henry, à l’Emirates Stadium d’Arsenal. C’est aux abords du stade Saint-Symphorien que se trouve l’unique hommage de ce type à

un footballeur dans l’Hexagone : un anonyme (comme son auteur), inauguré en 2002 pour le 70e anniversaire du FC Metz, une pièce en bois juchée sur une souche d’arbre dont le jaune du maillot, frappé de la croix de Lorraine, a coulé sur le short grenat. La toute première statue répertoriée, apparue à Copenhague en 1903, était aussi celle d’un inconnu. « Il y avait alors un courant dit vitaliste, sculptant ou dessinant l’être humain dans une forme athlétique, qui était centré sur le nord-ouest de l’Europe et encouragé par des compétitions artistiques autour des Jeux olympiques de Paris, Anvers, Amsterdam ou Berlin », éclaire Chris Stride. Le déclin de la figuration entraîna celui de la statuaire sportive. Son renouveau est récent puisque près de 95 % des réalisations recensées par la fine équipe de Sheffield sont postérieures à 1990. « Le mouvement actuel est né de Grande-Bretagne, avec des légendes comme Jackie Milburn, Billy Wright et les manageurs Matt Busby et Bill Shankly, relève Chris Stride. Pour les clubs, c’est une publicité très visuelle qui forge un particularisme, nécessaire dans ces stades rénovés et sans âme. Pour les supporteurs qui lancent une souscription, c’est un moyen de montrer qu’ils sont les dépositaires de l’histoire du club. » p

Cyclisme Du costaud là encore, mais sur les pavés de ParisRoubaix cette fois ! Avec 257 km à parcourir dont plus de 50 km de secteurs pavés, les coureurs des vingt-cinq équipes en lice devront avoir la main ferme pour rallier l’arrivée. La 112e édition de « l’enfer du Nord » sera aussi l'occasion de faire une reconnaissance de la cinquième étape du Tour de France. Le Belge Tom Boonen et le Suisse Fabian Cancellara, qui ont remporté la course sept fois à eux deux, sont les grands favoris (12 h 50, France 3). Moto Pour la deuxième manche du championnat du monde, les pilotes mettent les gaz : destination Austin, Texas, pour le Grand Prix des Amériques. Malgré une fracture du péroné qui a handicapé l’Espagnol Marc Marquez, le champion du monde en titre a prouvé qu’il avait l’âme d’un combattant en remportant la première manche au Qatar. Son dauphin, le nonuple champion du monde Valentino Rossi, nourrit également de grands espoirs après trois saisons en demi-teinte (20 h 45, Eurosport). Golf Les golfeurs devront gérer leurs nerfs pour venir à bout du Masters d’Augusta. Première levée des quatre tournois du Grand Chelem mais aussi le plus prestigieux, The Masters est un des parcours les plus compliqués du circuit en raison de son tracé tortueux et ouvert à tous les vents (21 heures, Canal+ Sport).

Mardi 15 Football Le SCO Angers effectue un déplacement périlleux à Rennes pour y disputer la première demi-finale de la Coupe de France. Le pensionnaire de L2 reste sur une série de sept matchs sans victoire en championnat. De son côté, le Stade rennais relève doucement la tête après une période qui a vu les hommes de Philippe Montanier flirter avec la zone de relégation. Si le danger semble écarté, une victoire dans la compétition leur permettrait de jouer la Ligue Europa la saison prochaine (21 heures, Eurosport).

Mercredi 16 Football Il reste une place à prendre pour la finale de la Coupe de France, alors Guingamp ou Monaco ? Au classement de Ligue 1, 31 points séparent les Monégasques de James Rodriguez (photo), 2es, des Guingampais, 16es. Mais ne sous-estimons pas la glorieuse incertitude du sport (21 heures, France 3). (PHOTO : AFP)

Jeudi 17 Handball Lutte encore pour un titre avec le match de la 22e journée entre Montpellier et Dunkerque. Les Nordistes se déplacent au Palais des sports René-Bougnol le couteau entre les dents. Après avoir maté son dauphin, le tout-puissant PSG, il y a trois semaines, Dunkerque s'attaque au club héraultais, qui pointe à seulement trois points de la première place (23 h 30, Sport+).

Vendredi 18 Kick boxing Lutte toujours, mais version corps à corps : le Superkombat World Grand Prix rassemble les huit meilleurs combattants de la planète kick boxing en Roumanie pour la grand-messe de la discipline. Impérial sur ses terres, le local Raul Catinas sera opposé, dans la catégorie poids lourds, au Français Brice Guidon. Ça va valser ! (20 h 30, Eurosport 2).


ENTRETIEN

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Fabian Cancellara

« Paris-Roubaix, une course pour les fous » cyclisme

| Triple vainqueur de « l’enfer du Nord » (2006, 2010, 2013), le coureur suisse égalera le record des Belges Tom Boonen et Roger De Vlaeminck s’il s’impose dans la 112e édition dimanche 13 avril

propos recueillis par henri seckel

Dates

U

ne semaine après avoir triomphé pour la troisième fois dans le Tour des Flandres, Fabian Cancellara, 33 ans, sera l’homme à battre, dimanche 13 avril, lors de la 112e édition de Paris-Roubaix. A la veille de la « reine des classiques », celui que l’on surnomme « Spartacus » livre son regard sur une course qu’il connaît par cœur, et dont on dit qu’il faut six mois pour la préparer et six mois pour s’en remettre.

1981 Naissance à Wohlen bei Bern (Suisse), le 18 mars.

2004 Maillot jaune du Tour de France pour la première fois.

2006 Première victoire dans ParisRoubaix.

Comment pourriez-vous présenter ParisRoubaix à quelqu’un qui ne connaît rien au vélo ? C’est une course pour les fous. C’est l’enfer du Nord, vraiment. Une course unique.

2008

Qu’est-ce qui rend cette course unique ? Sans pavés, ce serait juste une course plate, normale. Mais c’est l’une des plus dures de l’année, et la chance est un facteur plus important qu’ailleurs pour éviter les crevaisons et les chutes. On a un vélo qui ne sert que pour cette course. Il est plus long que ceux qu’on utilise habituellement, les deux roues sont plus espacées, les pneus sont plus grands, c’est plus stable sur les pavés. Disons que si notre vélo habituel était une Smart, celui de Roubaix serait une Mercedes 500 classe S. Et puis il y a les douches sous le vélodrome de Roubaix [à l’arrivée], c’est quelque chose qu’un coureur doit vivre au moins une fois dans sa carrière. Mais moi, je ne les ai jamais vues : soit j’ai gagné, soit j’ai fait podium, soit j’ai eu un contrôle antidopage, soit j’ai abandonné pendant la course. Il y a une douche à mon nom [un honneur réservé à chaque vainqueur], mais je n’ai jamais eu la possibilité d’y aller.

Doublé Tour des Flandres et Paris-Roubaix.

Remporte Milan-San Remo et l’épreuve du contre-lamontre aux JO de Pékin.

2010 et 2013

2014 Troisième victoire dans le Tour des Flandres le 6 avril. Favori pour une quatrième victoire à Roubaix le 13 avril.

Faudrait-il mettre des barrières le long des secteurs pavés ? Non, ce serait plus dangereux parce que tu peux te prendre la roue, les pieds ou les mains dedans, et ça fait encore plus mal que de rentrer dans un spectateur. Est-ce une course qui peut inspirer de la peur ? Non, pas de la peur, seulement du respect. Connaissez-vous le tracé par cœur ? Oui, plus ou moins. Pas les noms de chaque secteur ou de chaque village, mais je sais quand il faut tourner à gauche ou à droite, et je sais que quand on passe dans tel secteur pavé, dans tel village ou devant telle maison, il faut être devant.

Alors dimanche vous allez essayer de finir dans le peloton, comme ça vous pourrez enfin voir les douches ? Non, non, je préfère quand même gagner et ne pas voir les douches. De l’extérieur, Paris-Roubaix ressemble parfois à une torture. Peut-on quand même prendre du plaisir sur une telle épreuve ? Oui, oui, tu prends du plaisir. Mais il faut être à 100 % de ta condition physique, et il faut être prêt mentalement. Mon premier Paris-Roubaix, en 2003, c’était horrible. Je n’étais pas prêt, je n’avais jamais fait une course pareille, et j’étais vraiment jeune. J’ai abandonné après 200 kilomètres. Et c’est à ce moment-là que j’ai commencé ma bataille avec cette course. Je me suis dit : « Je reviendrai, et je ferai mieux. » Quelle est la sensation sur les pavés ? Plus tu vas vite, moins ça fait mal. C’est pour ça que tu dois arriver dessus comme dans un sprint. Si tu roules à bloc, tu voles au-dessus des pavés. Sssssioum ! A l’inverse, moins tu vas vite, plus tu te fais mal. Ou alors il faut carrément rouler à 10 km/h, tranquille. Est-ce que sur les pavés, à cause des vibrations, on ne voit qu’une image sur dix ? Non, tu es vraiment concentré, et tu vois tout. Entre la poussière par temps sec et la gadoue par temps de pluie, quel est le pire ? Je n’ai jamais vraiment fait « Roubaix » par mauvais temps, j’ai toujours eu de la chance. Parce que s’il y a du mauvais temps, tu sais que ça va être la guerre contre la boue. La course est plus longue, plus dure, les pavés sont glissants. Ce n’est plus du vélo, c’est du patin à glace, tu peux tomber à chaque mètre. Et tu arrives au vélodrome plein de boue. Dans quel état finit-on Paris-Roubaix ? Même si, mentalement, c’est une des courses les plus dures de l’année, ce n’est pas la plus fatigante physiquement. Mais Roubaix, c’est spécial pour moi, parce qu’ensuite, je ne cours plus avant le mois de mai. Après une étape difficile du Tour de France, tu continues. Ici, non. Alors tu donnes tout. C’est

Comment expliquez-vous votre réussite sur Paris-Roubaix ? Cette course n’est pas faite pour les grimpeurs ni pour les sprinteurs, mais pour les coureurs complets. La maîtrise du matériel, la cadence de pédalage, le positionnement sur le vélo, tu dois avoir le talent pour ça, tu dois être né pour cette course. Fabian Cancellara, vainqueur de Paris-Roubaix en 2013. BRYN LENNON/GETTY IMAGES

pour ça que je suis encore plus fatigué qu’après les autres courses. L’an dernier, j’étais mort. Combien de jours faut-il pour s’en remettre ? Ça dépend aussi du résultat. Si tu gagnes, au bout de deux jours, tu as déjà récupéré. Si tu perds, c’est clair que ça fait plus mal, physiquement et mentalement. Comme on a les mains qui tapent sur le guidon en permanence dans les secteurs pavés, on a mal aux articulations des doigts après la course. En gros, quand tu es en bonne condition physique, tu absorbes mieux les chocs des vibrations sur les pavés et tu récupères mieux. Parvient-on à fermer l’œil la nuit qui suit la course ? Oui et non. Tu dors, mais pas super bien. Ça dépend du résultat. Si tu vas te coucher avec le nez rouge, c’est bon signe, ça veut dire que tu as gagné et que tu as fait la fête, et que tu vas mieux dormir. Y a-t-il un petit moment de déprime après l’enchaînement Tour des Flandres - ParisRoubaix, les deux plus belles courses de l’année ? Oui, mais c’est normal, ce n’est jamais grave. C’est comme un étudiant qui vient de terminer sa thèse. Boum, d’un coup, c’est fini.

Qu’y a-t-il de particulier au niveau de l’atmosphère de la course ? Plus on se rapproche de la frontière, plus il y a des supporteurs belges et plus le public est chaud. Il y a une grande histoire entre les gens du nord de la France et le vélo, ils sont fiers et ils attendent ça chaque année. Il y a beaucoup de monde le long des routes et par-

« Dans le carrefour de l’Arbre, t’es comme dans un tunnel. Il y a un mur à gauche, un mur à droite et, au milieu, la place pour un cycliste. Deux maximum » fois les gens sont trop près, donc c’est vraiment dangereux. Il suffit d’être sur les pavés, de prendre un trou, et poum ! tu finis dans le public. Mais c’est ça, la course, c’est ce qui la rend vivante. Dans le carrefour de l’Arbre [un secteur pavé particulièrement difficile], tu es comme dans un tunnel. Il y a un mur à gauche, un mur à droite et, au milieu, la place pour un cycliste. Deux maximum.

Et vous, êtes-vous né pour cette course ? Je crois que c’est ce que les gens disent. Gagner seul, comme en 2006 et 2010, ou gagner au sprint, comme l’an dernier, quelle est la sensation la plus agréable ? Entrer seul sur le vélodrome, c’est clair. Tu arrives dans une arène, tu as le temps de ressentir la fierté de gagner Roubaix, et ça donne la chair de poule. Pour un coureur, c’est unique. L’important, c’est la victoire, la manière, c’est secondaire, mais le top, c’est de gagner seul à Roubaix. Cela dit, c’est vrai que l’an dernier, au moment où je sens que j’ai une demiroue d’avance et que je gagne au sprint, c’est 100 % d’adrénaline. Si vous l’emportez dimanche, vous rejoindrez Tom Boonen et Roger De Vlaeminck au sommet du palmarès, avec quatre victoires. Quelle importance accordez-vous à cela ? L’objectif, d’abord, c’est de gagner. Mais c’est clair que j’aime l’histoire, et j’aime l’idée de faire l’histoire. Ça apporte une petite motivation supplémentaire. Où sont vos trois trophées en forme de pavé ? Chez moi, dans mon sauna. Il y a trois vitrines, et derrière chacune d’elles, un pavé. Avez-vous déjà prévu de la place pour un quatrième ? Pas pour l’instant, mais je vais trouver. J’ai déjà demandé au concepteur de repenser le sauna. p


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Victor Dubuisson, le 23 février à Marana, en Arizona, lors de la finale du championnat du monde de match-play. STUART FRANKLIN/GETTY IMAGES/AFP


PORTRAIT

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Cactus Boy golf

La légende de Victor Dubuisson, 23 ans, est née le 23 février, après deux coups miraculeux dans le désert d’Arizona. Insaisissable, la pépite du golf français participe à son premier Masters d’Augusta jusqu’au dimanche 13 avril

henri seckel

S’

ils pointent leurs jumelles en direction du sac qui contient les clubs de Victor Dubuisson, les spectateurs du Masters qui s’est ouvert jeudi 10 avril à Augusta, aux Etats-Unis, pourront apercevoir un petit cactus vert gravé sur la tête de l’un d’entre eux. Un clin d’œil du fabricant après l’exploit réussi par le golfeur français de 23 ans le 23 février, sa date de naissance aux yeux du grand public. Ce jour-là, à Marana, dans l’Arizona, Victor Dubuisson dispute contre l’Australien Jason Day la finale du championnat du monde de match-play – un type de partie qui ne se joue pas seul face au parcours, mais face à un adversaire qu’il faut devancer sur une majorité des dix-huit trous. Alors que les deux hommes ont remporté neuf trous chacun et que l’on joue donc la mort subite, le Français est en fâcheuse posture. Egarée au milieu d’un fatras broussailleux à quelques mètres du green, entre le pied d’un cactus et un câble de télévision, sa balle semble injouable, et la partie fichue. Victor Dubuisson transforme alors son club en baguette magique, avec laquelle il embarque tout, y compris la balle, qui finit tranquillement sa course à un mètre du trou. La partie continue. Sur le trou suivant, Dubuisson accomplit un second miracle en s’extirpant à nouveau d’une zone plus que précaire.

« Aujourd’hui, tout le monde l’adore à la fédé. Mais à une époque, Victor était un peu leur bête noire car il ne rentrait pas dans le moule du “good boy” » stéphane damiano

le premier coach de Victor Dubuisson Ces deux coups de génie – et de chance – ont immédiatement valu au Français le sobriquet de « Cactus Boy », et l’admiration de la planète golf. « Je n’avais pas vu autant de magie dans le “petit jeu” depuis le grand Seve », tweete l’ancien numéro 1 mondial nord-irlandais Rory McIlroy, en référence à Severiano Ballesteros, flamboyant joueur espagnol des années 1980, dont le fils, Javier, écrit quant à lui : « Peu importe qui a gagné, Victor Dubuisson est mon nouveau héros ! » Rappelons tout de même que c’est Jason Day qui avait fini par remporter la partie. Mais le golf français tient avec Victor Dubuisson une pépite capable de lui offrir la victoire dans l’un des quatre tournois du Grand Chelem qu’il attend depuis cent sept ans – littéralement, puisque c’est en 1907 qu’Arnaud Massy remporta le British Open. Le succès de Dubuisson en novembre 2013, lors de l’Open de Turquie, devant Tiger Woods et tous les ténors du golf mondial, constitue un bon présage. « Bien sûr qu’il peut gagner un Majeur [un tournoi du Grand Chelem], assure son entraî-

neur, Benoît Ducoulombier. “Golfiquement”, il en a la capacité. » Dès le Masters, où il est le neuvième Français de l’histoire à rêver d’enfiler la veste verte qui fait office de trophée ? Christophe Muniesa, directeur technique (DTN) de la Fédération française de golf (FFG), se montre optimiste : « Il est au plus haut niveau professionnel depuis peu, mais il affiche de solides chances de faire un très bon résultat à Augusta. » C’est devant son poste de télévision, lors de la victoire en 1997 d’un certain Tiger Woods dans le plus prestigieux tournoi de golf du monde, que le Cannois aux faux airs de Brad Pitt s’est pris de passion pour ce sport. Quelques jours plus tard, son grand-père maternel lui mettait son premier club dans les mains, avant que le jeune Victor ne passe entre celles de la famille Damiano, le neveu, Stéphane, puis l’oncle, Roger. « Maintenant, tout le monde s’accroche un peu au train, raconte le premier, qui fut son coach de 8 à 13 ans. Mais les deux qui l’ont véritablement formé, c’est mon oncle et moi. » « La fédération aime bien récupérer Victor et dire que c’est elle qui l’a formé », prévient le second, qui s’en occupa de l’âge de 13 à 20 ans. Du côté de la FFG, Christophe Muniesa assure que « Victor est le parfait produit du golf français » : « Comme tout gamin, il a commencé le golf en club, mais depuis qu’il a 12 ans c’est la fédération qui lui a permis de sillonner la planète et de jouer les meilleurs tournois du monde en tant qu’amateur. » « Aujourd’hui, tout le monde l’adore à la fédé, ironise Stéphane Damiano. Mais à une époque, Victor était un peu leur bête noire, parce qu’il ne rentrait pas dans le moule du “good boy” à qui on passe la main dans le dos. » Le DTN ne nie pas qu’il ait pu y avoir des turbulences : « On pourrait comparer ça à une relation parent-enfant. De temps en temps, c’est difficile, mais c’est aussi ce qui permet à un jeune golfeur de se construire. » « Il a parfois eu un comportement incompris par les responsables de la fédération », confirme son agent, Patrice Barquez. Référence à la propension de son poulain à débarquer comme une fleur dix minutes avant le début d’une partie au lieu des deux heures habituelles, à refuser d’écouter d’autres entraîneurs que le sien, ou à disparaître pendant des semaines sans donner de nouvelles. Une autre manie, ne pas se pointer aux rendezvous, a inspiré une expression à ses amis, qui ne disent plus « poser un lapin », mais « faire une Dubush », autre surnom de Victor Dubuisson (bush : « buisson » en anglais). « Il avait son caractère, il l’a toujours, et c’est pour ça que c’est un grand champion », se marre l’oncle Damiano. « Avec lui, il faut savoir passer l’éponge », résume le neveu. Victor Dubuisson aurait certainement pu nous éclairer sur sa relation parfois compliquée avec l’autorité. Il aurait aussi pu nous dire s’il avait arrêté l’école « à 10 ou 12 ans », comme il l’expliquait récemment, ou « en seconde ou en première, après avoir pris des cours par correspondance », comme l’affirme le DTN. Mais le golfeur accepte de rencontrer les journalistes à peu près aussi souvent que survient une victoire tricolore en Grand Chelem. De toute façon, dès qu’un micro approche, le jeune homme devient lui-même un cactus : insaisissable. C’est que le phénomène a été échaudé par la presse spécialisée, à qui il reproche de lui avoir bâti une réputation de fainéant. Réputation injustifiée, si l’on en croit Stéphane Damiano, qui n’a « jamais vu un jeune bouffer de

la balle à ce point », ou Benoît Ducoulombier, qui parle ainsi de son protégé : « C’est quelqu’un d’assez instinctif, alors que d’autres joueurs sont plus dans la mécanique et passent des heures au practice. Victor préfère s’entraîner sur le parcours, ce qui fait dire à certains qu’il ne travaille pas. Mais son travail à lui, c’est ça. Il aime le jeu. » Surtout, Dubuisson décline les demandes des médias généralistes, ce qui le préserve de toute question sur le sujet qui (le) fâche : sa vie privée – qu’il s’agisse de son expatriation fiscale en Andorre, où il réside depuis 2010, ou de son histoire familiale complexe.

A force de ne pas s’exprimer sur les sujets douloureux, Victor Dubuisson a créé autour de lui, sans le vouloir, une sorte de mystère qui aura du mal à résister à sa nouvelle notoriété Cette dernière suscite pourtant la curiosité, en raison de l’identité de l’oncle du golfeur : Hervé Dubuisson, basketteur français de légende, le premier à traverser l’Atlantique pour tenter l’aventure – avortée – en NBA. Vous n’entendrez jamais Victor Dubuisson parler de lui. Les deux hommes ne se sont pas vus depuis huit ans, conséquence d’une brouille irréversible entre Hervé Dubuisson et la mère de Victor. Ce dernier ne parle plus non plus à son grand-père, qui l’avait initié au

golf, ni à son père, conséquence du divorce chaotique de ses parents. « Pas de questions sur ma vie privée et familiale, je n’aime pas y penser », a-t-il simplement réclamé lors d’une récente conférence de presse. A force de ne pas s’exprimer sur ces sujets douloureux, Victor Dubuisson a créé autour de lui sans le vouloir une sorte de mystère, qui aura du mal à résister à sa nouvelle notoriété. « Je le pousse à être un peu plus clair là-dessus, un peu plus offensif, explique son agent. Peut-être faudra-t-il organiser une conférence de presse pour remettre les choses à plat et lui permettre de dire ce qu’il a envie de dire. S’il continue à être bon, il va falloir passer par là. » Cela paraît inévitable, tant « Dubush » est parti pour occuper le devant de la scène. En septembre, il sera le troisième Français – après Jean Van de Velde et Thomas Levet – à participer à la Ryder Cup, sorte de Coupe Davis du golf, où s’affrontent tous les deux ans une sélection européenne et une américaine. L’ancien numéro 1 mondial amateur, qui se rêve en numéro 1 mondial tout court, va devoir s’habituer aux projecteurs : le golf deviendra olympique aux Jeux de Rio en 2016, deux ans avant que la France n’organise la Ryder Cup. Après avoir été en conflit avec elle, Victor Dubuisson va devenir la figure de proue d’une fédération qui s’est fixé un objectif : atteindre le million de licenciés d’ici à 2025 – contre 420 000 aujourd’hui. Et qui, à l’image de son DTN, Christophe Muniesa, a du mal à masquer une certaine euphorie devant la façon dont les astres sont en train de s’aligner : « On a Jupiter en triangulaire avec Saturne, là, c’est très, très bon. » p

Un autre Français maître du « fitting » Pont-l’Evêque (Calvados), envoyé spécial

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es shaft, comprendre le manche, et les grip, comprendre la partie haute qui permet de tenir un club, s’amoncellent. Des milliers de boîtes en carton sont alignées. Bienvenue au siège d’IGolf Concept, à Pont-l’Evêque (Calvados), la caverne d’Ali Baba du golfeur. Fondée grâce à la fortune de Philippe de Nicolaÿ, l’un des héritiers de la famille Rothschild, l’entreprise est le fournisseur en pièces détachées d’un millier de magasins de golf en Europe. Son directeur, François Magne, 40 ans et un handicap-2, soit un bon golfeur, connaît chaque modèle sur le bout des doigts. « En fonction de ses propriétés techniques, un shaft permet de restituer une balistique particulière liée aussi au swing du joueur. Il existe également beaucoup de nomenclatures techniques pour les grip. » Si François Magne emploie un vocabulaire impénétrable au Français moyen, c’est qu’il est un expert recherché en « fitting ». Le fitting ne se limite pas à la pré-

cieuse connaissance des composantes d’un club de golf dont tous les paramètres de réglage peuvent avoir une incidence sur la trajectoire de la balle. C’est une science qui demande précision et sens de la perception pour adapter au mieux les clubs aux joueurs selon leur âge, leur morphologie ou encore leurs caractéristiques techniques. « Je leur livre un diagnostic et ils deviennent quasiment des patients », dit François Magne.

Conseils précieux Depuis 2003, pour une marque de shaft japonaise, François Magne effectue le relais entre le fabricant et le technicien, qui s’occupe du golfeur. « Je transmets les informations techniques à chaque marque. Le golf de haut niveau est une cellule de recherche permanente avec trois à quatre ans d’avance sur le matériel à la vente. » Sur les tours européens et américains, ses conseils sont précieux aux meilleurs golfeurs du monde qu’il côtoie depuis dix ans. Pour l’ancien numéro 1 mondial nord-irlandais Rory McIlroy, il a conçu une dizaine de drivers, des clubs qui permettent de taper plus loin. Certains champions l’ont im-

pressionné plus que d’autres, à commencer par l’Américain Tiger Woods. « Il possède une perception hors norme et est capable au ressenti de déceler un club légèrement plus rigide qu’un autre. » Steve Stricker, un autre Américain, 6e du Masters en 2009, est également d’une rare précision, selon lui. « Je lui ai monté seize drivers et ils deviennent comme le prolongement de sa main. » Quant au Sud-Africain Ernie Els, vainqueur de quatre tournois du Grand Chelem, il n’hésite pas « à balancer un club » avec lequel il effectue un mauvais coup. Passionné, policé et courtois, François Magne perd son calme lorsqu’il évoque la pratique « déficiente » de son art en France. « Il y a quelques jours, un espoir du golf professionnel français est venu faire tester son club. Il jouait depuis deux ans avec un club hors norme, que seul Hulk aurait pu manier avec efficacité. » Et les magasins qui offrent désormais des conseils en fitting ne remportent pas plus ses suffrages. « Vous testez cinq ou six clubs pendant trente minutes. Puis, on vous vend celui avec lequel la balle est partie le plus loin. C’est malhonnête, mais je suis peut-être trop puriste. » p anthony hernandez


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AV I S AU X A M AT E U R S

A Belfort, les femmes montrent leurs muscles

si tu vas à rio

prix « le monde » - fais-nous rêver

Grâce à la détermination des habitantes des Résidences, un quartier populaire de la ville, la salle de sport n’est plus un espace réservé aux hommes

Majeed Waris, une Black Star dans le Nord A 22 ans, l’attaquant ghanéen brille avec Valenciennes, en attendant le Mondial adrien pécout

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Séance de musculation au centre social et culturel des résidences Bellevue, le 4 avril. MATTHIEU RONDEL/RESERVOIR PHOTO POUR «LE MONDE»

carole mistral Belfort (Franche-Comté), envoyée spéciale

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a ne se presse pas beaucoup pour quitter les lieux. Il est 18 heures ce vendredi 4 avril et quelques hommes sont encore en train de s’entraîner sur les vieilles machines de la salle de musculation du centre social et culturel des résidences Bellevue à Belfort (FrancheComté). Les derniers récalcitrants rechignent à partir, question de fierté, mais tous se plient à la règle en vigueur édictée il y a trois ans maintenant : le vendredi soir, de 18 heures à 20 heures, la salle est réservée aux femmes. L’espace de deux heures hebdomadaires, l’antre de la testostérone devient un lieu plus accueillant pour la gent féminine. Peu d’entre elles étaient, avant cette initiative, membres de la salle de sport. Une dizaine environ sur plus de deux cents inscrits. Le manque de motivation à faire du sport, peut-être. La peur de l’isolement, sans doute. Placé au cœur de ce quartier populaire, le centre, « qui fait plus dans le social que dans le culturel », selon son président Alain Duval, a érigé le sport en l’une de ses priorités en investissant, avec l’aide de la mairie, 15 000 euros dans des vélos flambant neufs et des toilettes pour femmes. Une manière d’attirer les habitants qui peuvent parfois être rebutés à l’idée de se rendre dans le quartier, où la population est composée principalement de personnes âgées et de familles issues de l’immigration et dont l’image est minée par des problèmes sécuritaires sporadiques. Comme toutes les semaines, Soria Tebib est là pour accueillir les femmes. « C’est mon rôle de les rassurer », explique-t-elle dans un sourire. Présente dans la structure depuis trois ans, elle est à l’origine membre de l’association Femmes Relais, hébergée dans les locaux du centre social. « Soria, c'est un relais dans tout le quartier, un poids

de moralité qui séduit même les hommes. Elle a véritablement insufflé quelque chose dans cette salle », s’enthousiasme JeanClaude Bessot, le directeur du centre. Et cela n’a pas été facile. A l’époque, en 2011, Soria porte les revendications de plus en plus nombreuses de femmes qui passent devant la salle de musculation sans oser y entrer. Après une « commission musculation » assez houleuse, il est décidé d’ouvrir un créneau spécifique. « Il y avait une grande mixité sociale, religieuse et gé-

« Il y avait une grande mixité sociale, religieuse et générationnelle, mais très peu de femmes » alain duval

président du centre social et culturel nérationnelle, mais très peu de femmes. C'est la raison pour laquelle on leur a institué un créneau particulier, avec pour objectif qu'elles y trouvent leur indépendance et que, par la suite, elles y aillent quand elles le souhaitent », explique Alain Duval, le président. Ce moment entre filles, « où tous les problèmes de la maison sont laissés de côté », selon Soria, a également un côté pratique. Le nombre de machines étant limité, l’absence des hommes permet de tourner. Cette expérience, qui devait initialement durer un an, est un vrai succès : plus de 50 femmes s’inscrivent, ce qui a poussé la direction du centre à la prolonger. Une décision qui a nécessité beaucoup de discussions avec les hommes, plutôt réfractaires à ce qu’ils considèrent comme une discrimination. Depuis, chaque vendredi soir, ils

traînent un peu des pieds pour souligner leur désapprobation. « Ils marquent leur territoire mais sans méchanceté », analyse Ali, la cinquantaine imposante, qui aide bénévolement les femmes à maîtriser ces nouveaux outils. Grâce à ce système, de nombreuses jeunes femmes se mettent à la pratique du sport en toute tranquillité. C’est le cas d’Inès, la vingtaine, qui passe la porte de cet ancien dojo pour la première fois. « C’est mieux quand on se retrouve entre nous, entre femmes. Ça donne plus confiance. Je ne serais pas venue dans des conditions normales », explique-t-elle timidement. « On est vraiment dans la convivialité, confirme Aïcha, 44 ans. Contrairement aux salles de sport privées, il y a une vraie ambiance familiale. » Et elle sait de quoi elle parle car elle s’entraîne avec sa tante et ses deux cousines. Pour autant, Aïcha rejette l’idée d’une dualité avec les hommes. Avec son amie Ophélie, elle s’entraîne régulièrement en dehors du créneau horaire du vendredi. « On ne vient pas pour ceux qui sont là mais pour nous. On n’a jamais eu de soucis avec les hommes, bien au contraire. On est toujours bien accueillies. » Cette année, pourtant, le nombre d’adhérentes a diminué. En cause, l’augmentation des cotisations, qui sont passées de 16 à 32 euros par an. Un coût nécessaire pour financer le personnel encadrant mais qui a rebuté certaines femmes, qui ne se sont pas réinscrites. « On ne se rend pas compte mais ça représente un coût énorme pour ces femmes », estime Soria. En attendant, une quarantaine de femmes de tous âges continuent de profiter avec plaisir de ce créneau horaire qui leur est spécialement dévolu. p Cette initiative concourt au prix « Le Monde » - Fais-nous rêver, qui vise à récompenser un projet d’éducation par le sport. Pour en savoir plus : Apels.org

ue Majeed Waris brille à ce point-là, il faudrait être d’une redoutable mauvaise foi pour déclarer que l’on s’y attendait. Depuis son prêt à Valenciennes en provenance du Spartak Moscou, au début de l’année, l’attaquant des Black Stars en est déjà à 9 buts en 12 matchs de championnat. C’est simple, personne en France n’a fait mieux en 2014, hormis la star du PSG, Zlatan Ibrahimovic, à créditer d’une unité supplémentaire. « Majeed communique en anglais, mais il veut prendre des cours de français. Il se sent à l’aise chez nous », se félicite Jean-Raymond Legrand, le président du Valenciennes Football Club, actuellement 18e de Ligue 1. A lui seul, le véloce avant-centre de 22 ans pèse déjà plus de 25 % de tous les buts valenciennois. Une manne providentielle pour le club nordiste, même si ce n’est pas encore suffisant pour s’extirper de la zone de relégation. En échange, l’international ghanéen (11 sélections, 3 buts depuis 2012) espère assurer sa place pour le Mondial au Brésil. En Afrique du Sud, il y a quatre ans, il était trop jeune pour figurer parmi les Black Stars qui avaient failli devenir la première sélection africaine à se hisser en demi-finales de la Coupe du monde.

Au pays d’Ibrahimovic Aujourd’hui, malgré son prêt avec option d’achat jusqu’à la fin de saison, Majeed Waris reste toujours sous contrat avec le Spartak Moscou. Chez ce géant russe qui l’a enrôlé en novembre 2012 contre 2,9 millions d’euros, il ne s’est jamais imposé… « Cet hiver, quand on a vu qu’il ne jouait pas en Russie à cause de la concurrence, on a vite appelé son agent, raconte Jean-Raymond Legrand. Nous ne l’aurions sans doute pas attiré s’il n’avait pas eu besoin de se montrer en vue de la Coupe du monde. Pour venir jouer à Valenciennes, le joueur a accepté des sacrifices financiers. » De 2010 à 2012, en Suède, l’avant-centre avait déjà retenu l’attention de Valenciennes à l’époque de ses débuts professionnels. Au pays d’Ibrahimovic, sous les couleurs du BK Häcken, il réussit même à finir meilleur buteur lors de son ultime saison (23 buts). « On regarde dans les championnats scandinaves, parce qu’on y repère des joueurs talentueux à des prix abordables, explique le président de Valenciennes. Et puis, question climat, les joueurs qui réussissent en Suède peuvent en général réussir chez nous. » Originaire d’Accra, la capitale du Ghana, Majeed Waris a commencé le football jeune. Adolescent, dans son pays natal, il fourbit ses armes au sein de l’académie Right to Dream. Cette structure créée en 1999 par un ancien recruteur de Manchester United, Tom Vernon, l’envoie ensuite dans le sud-ouest de la Grande-Bretagne. En 2008-2009, il passe l’année au Hartpury College, établissement spécialisé dans le sport. Un tremplin qui mène partout, de la Suède au nord de la France en passant par la Russie. Et bientôt sur les pelouses du Brésil ? p

Chaque jeudi, l’essentiel de la presse étrangère dans EN VENTE CHEZ VOTRE MARCHAND DE JOURNAUX


À MOI DE JOUER

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La chasse au dahu A Megève, notre reporter est tombé nez à nez avec une créature étrange : une chaussure qui permet de marcher, courir, conduire… et skier. Il fallait la tester stéphane mandard Megève (Haute Savoie), envoyé spécial

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ette année, je me suis fait remarquer sur les pistes. Non pas en raison de mon style, tout en raideur, hérité des années football et d’un genou abandonné sur un terrain synthétique au bord du périphérique parisien. Non pas, non plus, pour mes skis, même si sur les spatules le bonhomme de neige « Duvillard » amuse un petit garçon qui ignore très certainement qu’avant d’être un magasin de ski du mont d’Arbois, Henri Duvillard a été le champion de la station de Megève. Non, ce qui intrigue dans le « Megbus » qui emmène les vacanciers aux remontées mécaniques ou dans la télécabine, c’est ce que je porte aux pieds. En français, en anglais, en allemand, on me questionne quand on ne me demande pas de prendre la pose pour photographier mes « Dahu ». Le dahu, cet animal sauvage qui vit en montagne, je l’ai pas mal chassé, adolescent, en colonie de vacances. Sans jamais pouvoir l’attraper. L’an dernier, j’ai cru enfin le débusquer quand je suis venu à bout de l’interminable piste du grand massif qui porte son nom. Alors quand Nicolas Frey – pas le footballeur français du Chievo Verone – m’a proposé d'essayer ses « Dahu », au début, je n’y ai pas cru. Pensez, une chaussure avec laquelle vous pouvez skier, marcher, courir, conduire, sortir ! Pour me présenter la « bête », le jeune patron de la société suisse Dahu Sports Company me donne rendez-vous chez l’un de ses revendeurs megévans : la boutique Technic Shoes. Le slogan de la maison, c’est : « La chaussure de ski à vos mesures ». Un modèle trône à l'entrée. Il doit être aussi vieux que la légende du dahu. Le propriétaire, David Bac-

Très pratique pour aller prendre un vin chaud, un peu moins pour porter ses skis dans les files d’attente des remontées mécaniques cara, m’explique que la relique a appartenu à son père au début des années 1950. Et qu’une autre légende de la station, Emile Allais, triple champion du monde en 1936 à Chamonix, avait les mêmes. Allais, c’est gravé sur la façade de la maison du tailleur Armand Allard, au centre de Megève, fut le premier à enfiler des pantalons à fuseaux aérodynamiques. Pour faire chaussure à son pied, Allais, comme son paternel, raconte David Baccara, devait enfiler les godillots – en cuir – assis dans une baignoire pleine d'eau, puis les garder 24 heures. Pour préparer les Dahu à mon pied, David m’invite à m’installer dans un fauteuil club et

JEAN-MANUEL DUVIVIER

à retirer mes baskets. Nicolas Frey est arrivé de Fribourg, où est basée son entreprise, avec une paire toute neuve. Première surprise, les chaussures, toutes noires, ressemblent à des bottes de snowboard. En plus chic. Et en beaucoup, beaucoup plus légères que les modèles EmileAllais. Surtout, cinq minutes après avoir été assouplies avec un gros tuyau qui crache de l’air chaud, elles sont prêtes à être enfilées. Première impression : rien à voir avec les chaussures de ski classiques qui nécessitent toujours un bel effort pour y faire pénétrer son pied. Plutôt la sensation de glisser ses petons dans un gros chausson. Deuxième étape, bien serrer les lacets. « Le réglage est dans le laçage », prévient Nicolas Frey. D’abord au niveau du coup de pied, puis de la cheville. David m’invite à faire quelques pas dans la boutique. Jusqu’ici tout va bien. Marcher, impeccable, mais comment vais-je tenir sur des skis avec ces gros chaussons ? Nicolas Frey sort la réponse de sa housse : « L’exosquelette. » Une coque, très légère, dans laquelle il s’agit désormais de placer la chaussure avant de refermer le « spoiler avant » et le « spoiler arrière ». Clic, clac. En deux temps trois mouvements, l’après-ski – ou plutôt l'avant-ski – s’est mué en chaussure de ski. Là, le serrage ressemble davantage à celui des bottes de ski traditionnelles, avec deux boucles en métal. Nouveau test de marche, nouvelle impression. Pas la même souplesse, bien sûr, une fois la botte enfermée dans son exosquelette, mais pas de mollet comprimé ni de tibia écrasé. Et l’ensemble botte plus coque reste bien plus léger qu’une classique chaussure de ski.

Les skis, justement, pas un modèle en vue dans la boutique. Technic Shoes, comme son nom l'indique, fait dans la chaussure. Pour les skis, direction le magasin Duvillard, l’autre légende de la station. L’occasion de mettre mes Dahu à l’épreuve de la voiture. Condition préliminaire, retirer l’exosquelette pour repasser en mode après-ski. Les dix minutes de trajet suffisent à vérifier que la Dahu est aussi confortable pour conduire que pour marcher. Mais pour skier ? Mon impatience, comme celle du lecteur, augmente. Avant de prendre la direction des remontées mécaniques, mon guide suisse Nicolas m’enseigne la meilleure façon de chausser-déchausser-rechausser ses skis avec ses Dahu. Pour chausser, très simple, il suffit de remettre l’exosquelette sur la botte avant d’appuyer sur la fixation. Pour déchausser, Nicolas me montre tout de suite l’astuce : le petit bouton rouge derrière le talon. Une pression ouvre la coque et libère le pied. L’intérêt de la manip’ est que l’exosquelette reste sur la fixation du ski et permet aussitôt de marcher, voire de courir dans la neige sans ressembler à un pingouin. Très pratique pour aller prendre un vin chaud au bar d’altitude, un peu moins pour porter ses skis dans les interminables files d’attente des remontées mécaniques. Dans les œufs, Nicolas m’explique que son invention est destinée au « ski plaisir », « pas aux fous de

vitesse qui s’imposent des chaussures ultrarigides ». Ça tombe bien, pour ma première journée, je n’ai aucune intention de m’attaquer au nouveau record de vitesse que vient de réaliser un Italien, sans doute adepte des chaussures ultra-rigides, flashé à 252,454 km/h du côté de Vars. « Pylônes ou Mandarines ? », me demande Nicolas. Pas téméraire, je préfère éviter les Pylônes, classées piste rouge, pour ma première descente en Dahu : « Mandarines, ça m'ira très bien. » Me voilà face à la manœuvre la plus périlleuse : glisser les bottes dans leurs coques en évitant que les skis ne se fassent la malle. Pas évident, la première fois, de trouver le bon angle. « Bloque ton ski avec ton autre pied », me suggère Nicolas. Sage conseil. Reste à refermer le fameux exosquelette. Beaucoup plus simple. Et c’est parti. Troisième épreuve réussie : je skie. Et j’arrive même à suivre Nicolas. « Alors, comment ça va ? » Plutôt pas mal. Pas de carre. Pas de chute. Pied, cheville et tibia bien tenus sans être comprimés. Mon genou récalcitrant ne manifeste pas de signe de mécontentement. Aucune difficulté pour faire des virages. Ni à droite ni à gauche. Et pendant le premier schuss auquel je me risque, aucun indice qui pourrait laisser craindre que je vais subitement déchausser et finir ma première descente dans un de ces brancards orange qui se tiennent prêts à évacuer les blessés de la piste. En fait, si, il y a un problème, les Dahu ont beau être très performantes, elles ne protègent pas contre les flocons qui tombent dru. Et mes lunettes sont de soleil, pas de neige. Malgré l’adversité, les Dahu m’emmènent sans chute jusqu’en bas de la piste. « On en refait une ? », propose Nicolas, visiblement moins gêné par la purée de pois qui s’est abattue sur la station. Au prix du forfait, on ne va pas s’arrêter là. Dans les remontées mécaniques, j’imite mon guide et me mets à relacer mes chaussures. C’est l’autre petit inconvénient de la Dahu. Les lacets ont tendance à se desserrer légèrement. Et comme « le réglage est dans le laçage », mieux vaut profiter des trajets en télécabine que de tenter bêtement une manœuvre risquée sur un télésiège. La Dahu est une créature encore jeune, m’explique son géniteur. Elle n’a qu’un peu plus de cinq mois d’existence – en boutique –, mais Nicolas la soumet à rude épreuve depuis quelques années déjà. Heureusement pour lui, il compte parmi ses testeurs des skieurs un peu plus aguerris qu’un journaliste parisien qui va six jours par an à la montagne, dont une ex-championne helvète, Aline Bonjour. Pour ma part, je suis désormais prêt à servir de cobaye sur une piste bleue. Direction « Ideal ». Mon genou ne donne toujours pas de signe de fatigue. Et pourtant, je n’ai pas pris ma dose préventive d’anti-inflammatoire. Un miracle n’arrivant jamais seul, la neige s’est arrêtée de tomber. Je m’enhardis. La couleur rouge qui signale l’entrée dans la « schuss » finale ne m’effraie pas. On dit le Dahu particulièrement à l'aise à flanc de colline grâce à deux pattes plus courtes que les autres. Droit dans mes bottes, je me bats avec la pente et les bosses. La dernière fois que j’avais dompté une piste rouge, les skis n’étaient pas encore paraboliques et le dahu encore une légende. p

pratique

où les trouver ?

Les points de vente

Dans les rayons depuis novembre 2013, la Dahu reste une perle rare. Pour l’heure, seuls neuf magasins la proposent à la vente en France. En station, on trouve les chaussures chez Technic Shoes, à Megève (99, rue du GénéralMuffat), Killy Sport, à Val-d’Isère (Immeuble Val Village B) ou encore Jules Melquiond Sports à Serre-Chevalier (Allée des boutiques). A Paris, Lyon et Marseille, on peut les trouver au Vieux Campeur (Auvieuxcampeur.fr).

Le prix Distribuée pour l’instant à 1 500 exemplaires, la Dahu n’est pas vraiment un produit bas de gamme. A 590 € la paire, elle occupe plutôt le haut de la piste et

trie du sport, à Munich. Et, dix jours plus tôt, elle recevait le Prix de l’innovation de la chambre francosuisse du commerce et de l’industrie.

du panier. Mais pour le prix d’une chaussure de ski haut de gamme, vous avez aussi des après-skis haut de gamme. L’« exosquelette » devrait être disponible prochainement en location, mais pas la botte.

Les honneurs Même si elle a été adoptée par l’ancienne skieuse suisse Aline Bonjour, la Dahu n’a pas encore remporté de course du cirque blanc. En revanche, elle a déjà décroché plusieurs prix. Le 27 mars, le réputé Centre de design Nordrhein Westfalen lui a attribué son Red Dot Award dans la catégorie « product design ». Une récompense qui permettra à la chaussure de rejoindre les quelque 2 000 pièces qu’expose le Red Dot Design Museum à Essen, en Allemagne. Le

Les bides

27 janvier, la chaussure inventée par Nicolas Frey a aussi été primée « Produit de l’année » à l’ISPO, comprendre la grand-messe internationale de l’indus-

Avant Dahu, d'autres marques se sont essayées à la chaussure de ski « deux en un ». Dans les années 1980, Bataille promettait la révolution avec sa botte souple entourée d'une double couche de mousse polyuréthane et sa coque rigide. Elle a rapidement disparu des pistes. Comme le système Nava

et ses couleurs fluo. Et même si l’Américain Apex a fait une autre tentative en 2007, la mode des « soft boots » n’a pas survécu aux années 2000. derniers jours

Le ski à Pâques

Bien sûr, les conditions d'enneigement à Pâques ne sont pas partout aussi optimales qu'aux vacances de février. Mais les avantages du ski de printemps ne sont pas négligeables. Le prix des locations d'hébergement affiche de 30 % à 40 % de rabais par rapport à février. Moins de monde sur les pistes, moins de queues au pied des remontées mécaniques et moins de bouchons sur la route. Et pour les familles, de plus en plus de stations offrent la gratuité du forfait aux enfants.


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RENCONTRE

« Faut bien rester vivant » natation

| Sans club depuis septembre 2012, Philippe Lucas, l’entraîneur qui a mené Laure Manaudou au sommet, dispense désormais son savoir et sa gouaille à Narbonne

Au bord du bassin de l’Espace de liberté, à Narbonne, Philippe Lucas est la vedette locale. ULRICH LEBEUF/MYOP POUR « LE MONDE »

elisabeth pineau Narbonne (Aude), envoyée spéciale

«C

’est votre direction qui a voulu faire un article sur moi ? » Philippe Lucas est d’abord méfiant. Les championnats de France de natation, qui se tiennent jusqu’au dimanche 13 avril à Chartres, ne sont pas une raison suffisante à ses yeux pour que Le Monde lui consacre un article. Depuis la fin du duo gagnant qu’il formait avec Laure Manaudou, le grand public a plus ou moins perdu sa trace. Professionnellement s’entend. Car depuis sept ans, sa marionnette aux « Guignols » lui assure une présence médiatique régulière, crinière blonde et biceps saillants de rigueur. Après Melun – le club qui a vu éclore Manaudou –, Canet-en-Roussillon, Dunkerque, Saint-Germain-en-Laye et le Lagardère Paris Racing, l’entraîneur le plus célèbre de la natation française a rejoint Narbonne (Aude) en septembre 2012. Ce matin-là de mars, au bord du bassin olympique de l’Espace de liberté, le nom du complexe où il est désormais basé, Philippe Lucas répartit à la hâte les lignes d’eau. L’horloge affiche 7 h 30. Température de l’eau : 27 °C. Température de l’air : 7 °C. C’est parti pour un 400 m en guise d’échauffement musculaire. A trois semaines des championnats de France, l’heure n’est pas encore à l’affûtage pour les quinze nageurs qui composent le très cosmopolite Team Lucas : huit Français – parmi lesquels Anthony Pannier –, un Bulgare, deux Polonais, trois Tunisiens et la Néerlandaise Sharon Van Rouwendaal, médaillée de bronze aux Mondiaux en 2011. Un groupe « moyen », reconnaît-il. « Aujourd’hui, je n’ai pas de club, c’est compliqué de faire venir des nageurs. » La municipalité dispose de son propre pôle de natation, le Cercle des nageurs narbonnais. Lui est sous contrat (150 000 euros par an tout de même) avec la communauté d’agglomération du Grand Narbonne jusqu’en septembre 2015. « On s’appuie sur l’image et la notoriété de Philippe pour l’associer à des actions promotionnelles », signale Stéphane Erard, le directeur de l’Espace de liberté. Un VRP de luxe qui entend s’installer durablement dans la région et monter son club privé « autour

d’une dizaine de nageurs de haut niveau ». Idéalement, d’ici à septembre. Reste à trouver un sponsor. « Il faudrait un budget annuel de 600 000 euros. Avec Didier [Poulmaire, l’avocat qui gère ses intérêts après s’être occupé de ceux de Laure Manaudou], on a rencontré des gens, mais pour l’instant, rien de concret. » Pour l’heure, la priorité est ailleurs. Un œil sur ses trois chronomètres, Philippe Lucas ne ménage pas ses nageurs, tous qualifiés pour les championnats de France. Les séries défilent : 2 × 200 m crawl-papillon, 8 × 50 m axés sur les départs et les coulées, 200 m battements, etc. Carnet et crayon ne font pas partie de sa panoplie. Cela ne l’empêche pas de tout mémoriser. S’il ignore parfois le nom de ses nageurs, il sait au centième près les temps de chacun depuis la rentrée. Déconcertant. Taquin aussi. « Qu’est-ce qu’elle a l’autre, là-bas, elle est enceinte ? Elle avance pas ! » Et parfois cinglant. « Normalement, on nage ça en 53 secondes. Vous vous en branlez de c’que j’vous dis ? » après un 100 m bouclé en 57 secondes. « On en a écrit, des papiers sur moi, comme quoi Lucas, c’est du volume, que j’étais un tyran… » Il ne nie pas que ses nageurs « avalent » en moyenne entre 16 et 18 km par jour. Mais refuse ce raccourci. Alors, c’est quoi la « méthode Lucas » ? Faute de réponse de l’intéressé, on se tourne vers Samuel Feuillant, le maître-nageur qui le seconde : « La dureté, chez Philippe, elle est dans l’exigence. Mais à l’entraînement, il n’y a pas un mètre qui est laissé au hasard. Et puis surtout, il est terriblement humain. Avec ses nageurs, c’est un fin psychologue. » Dans son autobiographie (Entraîneur, Michel Lafon, 2007), lui-même écrivait : « Il faudrait arrêter de croire qu’on peut amener des sportifs au plus haut niveau avec des caresses. Pas question de les martyriser pour autant mais il ne faut pas les lâcher, il faut (…) se mettre à leur place, vouloir leur réussite. Bref, les aimer. » Le livre s’achevait sur la séparation d’avec Manaudou. Un deuxième est en préparation. « Depuis 2007, il s’en est passé des trucs. J’ai une vie de Gitan, j’ai une histoire à raconter, répète Lucas. Il n’y a pas un mec, avec ce que j’ai traversé, qui aurait continué à entraîner. » Allusion notamment à la saison 2009-2010, quand son groupe s’était établi à Saint-Germain-enLaye : « Je payais de ma poche 585 euros de lignes d’eau par jour. J’aurais pu faire “Koh

Lanta”, “La Ferme célébrités”… des programmes à la con et rester chez moi à boire des canons. Mais j’ai pas voulu. » Il a tout de même accepté des « petites émissions » (« 100 % Foot » sur M6, « Qui peut battre Philippe Lucas ? » sur TF1) pour remplir les caisses. Le voilà désormais, à 50 ans, promu au rang d’ambassadeur providentiel du Grand Narbonne. Pour Samuel Feuillant, c’est bien simple, depuis son arrivée, « tout a changé ». L’école de natation qui porte son nom réunit 80 élèves et les stages qu’il organise affichent complet, les lignes d’eau ont été refaites et une « belle » salle de musculation a vu le jour. Le binôme ne partage pas que l’entraînement. Même gouaille, même poésie. « Vous savez, cette piscine, c’est comme une femme. Avant, elle s’habillait chez Shopi, il est arrivé, il lui a

« J’aurais pu faire “Koh Lanta”, “La Ferme célébrités”… des programmes à la con et rester chez moi à boire des canons. Mais j’ai pas voulu » philippe lucas

mis du Chanel sur le dos. » Du Lucas dans le texte. Il dit encore : « Vous filez à M. Lucas une 2 CV, il en fera une Mégane. Filez-lui une Ferrari, il en fera une formule 1 qui raflera tout. » En parlant de bolide, Philippe Lucas dispose d’un modèle transalpin convoité : Federica Pellegrini, championne olympique en 2008 et quadruple championne du monde. La diva italienne s’entraîne à Vérone et vient régulièrement en stage à Narbonne. Le reste du temps, Philippe Lucas lui envoie un programme d’entraînement quotidien détaillé. « A l’été 2013, aux Mondiaux de Barcelone, Pellegrini a fait vice-championne du monde. Cet hiver [aux championnats d’Europe en petit bassin], elle fait bronze sur le 400 m et or sur le 200. Lucas, il

est là, mais Lucas, c’est Manaudou, c’est personne d’autre », lâche-t-il. Qu’il reste associé à celle qu’il considérait « comme [sa] fille » ne l’agace pas. Elle reste sa plus grande fierté. Son plus grand regret aussi : « Le seul truc, c’est qu’avec elle, j’ai fait la moitié du parcours. Manaudou, elle a fait 50 % de sa carrière. En restant avec moi, elle aurait fait un tabac. » On devine qu’il crève d’envie de se lancer un nouveau défi olympique. Mais « avion de chasse » ou pas, son implication est la même. Qu’importe si les conditions ne sont pas optimales. Et qu’il faut, comme c’est le cas pour ses nageurs après 15 heures, partager le bassin avec les baigneurs du dimanche. Tee-shirt aux couleurs de l’Italie et lunettes à la Polnareff, le coach surveille les lignes 2, 3 et 4 qui leur sont réservées. Arpente les 50 m l’air concentré. Donne les temps. Lève le pouce en signe de satisfaction. Sans prêter attention aux exploits établis dans les couloirs adjacents. Dommage, on aurait aimé connaître son verdict sur l’aller-retour que vient de boucler la mamie au bonnet vert à la ligne 1. A en croire l’horloge du bassin, elle signe un chrono de 10 min 15 s. Une « tringle », comme il les appelle. Le spectacle est parfois cocasse. Une famille se dirige vers l’entraîneur pour être immortalisée à ses côtés : « Tiens, voilà le camping des Flots bleus », persifle la vedette locale. Il a beau prétendre le contraire, l’image, pour Philippe Lucas, reste primordiale. Sa marionnette aux « Guignols » ? Il la trouve « très bien ». Et d’ajouter : « Faut bien rester vivant. » Il est conscient que ses déboires judiciaires le desservent. Début mars, l’entraîneur était jugé par le tribunal correctionnel de Melun pour « vol » et « recel d’abus de confiance » au préjudice du club de la ville où il a exercé de 1983 à 2006. « Depuis 2008, je suis passé quatre ou cinq fois devant le juge et ça fait six ans que je dis la même chose. » A savoir que les chèques falsifiés qu’il est soupçonné d’avoir encaissés – de 20 000 et 5 000 euros – correspondent l’un à des primes de résultats, l’autre à une prime exceptionnelle accordée après les Jeux d’Athènes, où Manaudou avait raflé trois médailles. Le parquet a requis quatre mois de prison avec sursis à son encontre. La décision a été mise en délibéré au 12 mai. « Ils ont épluché mes comptes, ils ont rien trouvé, le procureur sait très bien que j’ai rien fait. Parce que c’est mon nom, on s’acharne. » p


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