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Montée au filet Trop faible pour jouer avec le Paris Volley, notre reporter s’est rabattu sur l’équipe d’Issy-les-Moulineaux, plus modeste, pour frapper ses smashs. PA G E 7

Boxer pour se relancer Dans la banlieue de Dunkerque, l’Association culturelle et sportive permet à un public en difficulté de se reconstruire grâce aux sports de combat. PA G E 6

Fin de chantier Luis Fernandes, secrétaire d’Etat aux sports du Brésil, assure dans un entretien que son pays sera prêt pour accueillir, dès le 12 juin, la Coupe du monde de football. PA G E 8

Unepassion japonaise Le pays duSoleil-Levant est aussi celui dupatinage artistique. Annulés en 2011 après lacatastrophe de Fukushima, les Mondiaux s’ytiennent jusqu’au 30mars. Le champion olympique Yuzuru Hanyu,originaire de Sendai, est vénéré. PAGES 4-5

Le Japonais Yuzuru Hanyu, après sa victoire aux Jeux olympiques de Sotchi, le 14 février. CHRISTIAN CHARISIUS/DPA

De la Tchétchénie aux tapis de lutte de Bagnolet AkhmedAibuev défendra les couleurs de la France aux championnats d’Europe

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khmed Aibuev est né en Tchétchénie il y a vingtdeux ans. Mais mardi 1er avril, à Vantaa, en Finlande, il luttera sous les couleurs de l’équipe de France, aux championnats d’Europe. Une première pour celui qui avait été sacré champion de France cadets en 2007 et 2008 mais qui n’avait plus le droit de concourir en Bleu depuis sa majorité. Après cinq ans de procédure, le jeune homme est enfin naturalisé français en septembre 2013, et cinq mois plus tard il est sacré champion de France senior dans la catégorie

Cahier du « Monde » No 21522 daté Samedi 29 mars 2014 - Ne peut être vendu séparément

des moins de 84 kg. Au club de Bagnolet, en banlieue parisienne, le Tchétchène Akhmed a rejoint les Arméniens Evrik et Artak et suit les pas de ses aînés russes Vadim et Kasbek, naturalisés avant lui et qui ont fait les beaux jours de l’équipe de France. « Par peur des bombardements, nous avons fui mon village de Petropalovskaïa, à quelques kilomètres de Grozny. Mais l’endroit que nous avons rejoint était encore pire car les rebelles s’y retrouvaient. On se cachait dans les caves », se souvient Akhmed qui a quitté son pays d’origine à 11 ans. p PA G E 3

Akmed Aibuev (en bleu), à Bagnolet le 13 mars. ANTHONY VOISIN POUR « LE MONDE »


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Samedi 29 mars 2014

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À VOS MARQUES

Lespenaltys, untraumatisme anglais

chronique

Paul Smith Couturier

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es Français connaissent bien les affres de l’épreuve des tirs au but. Ils se souviennent encore du ballon de David Trezeguet qui s’écrase sur la transversale du gardien de l’équipe d’Italie en finale de la Coupe du monde 2006 en Allemagne ou du tir de Maxime Bossis arrêté par Harald Schumacher en demi-finale du Mondial 1982 à Séville. Les Catalans remercient Messi de ne pas avoir tremblé à Santiago Bernabeu pour arracher le clasico (4-3) la semaine dernière. Pour les Britanniques, la séance des tirs au

but s’apparente à un interminable film d’horreur. Tout supporteur anglais porte en lui les cicatrices mentales des six occasions dans lesquelles des erreurs fatales commises pendant les tirs au but ont éliminé la Grande-Bretagne de plusieurs Coupes du monde et championnats d’Europe : Stuart Pearce et Chris Waddle en 1990, Gareth Southgate en 1996, Paul Ince et David Batty en 1998, David Beckham et Darius Vassell en 2004, Frank Lampard, Steven Gerrard et Jamie Carragher en 2006 et, enfin, Ashley Young et Ashley Cole en 2012. C’est pourquoi, lorsqu’on a appris, début mars, qu’un psychiatre du sport accompagnerait l’équipe britannique lors de la prochaine Coupe du monde, les Anglais en ont déduit qu’il allait tenter d’aider les joueurs à surmonter leur problème de penalty. Le psychiatre en question est le docteur Steve Peters, l’homme qui a aidé les cyclistes anglais, sur piste et sur route, à devenir des champions. Mais même pour lui, qui a travaillé avec Chris Hoy, Victoria Pendleton et Bradley Wiggins, résoudre ce problème ne sera pas une mince affaire. Qu’un grand botteur comme David Beckham puisse manquer un tir au but montre que cela peut arriver à n’importe qui. Les footballeurs internationaux sont par nature des hommes qui ont une grande confiance en eux. Mais le mental peut vous jouer de drôles de tours pen-

dant ce trajet solitaire depuis la ligne médiane jusqu’au point de réparation. Et alors que les gardiens de but actuels sont beaucoup plus costauds et agiles qu’autrefois, la cage a gardé les mêmes dimensions, et par conséquent la tâche du tireur est plus compliquée. Lorsque mon entreprise a commencé à dessiner des tenues pour Manchester United, il y a quelques années, je suis allé voir Sir Alex Ferguson. La journée d’entraînement était terminée et tous les joueurs étaient à la cantine du club. Tous sauf un. Sir Alex demanda alors aux entraîneurs pourquoi Cristiano Ronaldo n’était pas avec le reste de l’équipe. « Il est resté sur le terrain, répondit l’un d’eux. Il travaille ses penaltys. » Apparemment, l’attaquant portugais était toujours le dernier à quitter le terrain d’entraînement. C’est une des façons de se préparer à une séance de tirs au but. Mais même la meilleure équipe internationale ne disposera jamais de cinq Ronaldo pour tirer ses penalties. C’est pourquoi le docteur Peters pourrait devenir un homme très important l’été prochain au Brésil, pour la sélection anglaise. Pour ma part, je n’ai jamais eu à arrêter un penalty. Mais si l’on me demandait mon avis, je donnerais une réponse fondée sur mon expérience personnelle : même sous la pression, ne cédez pas à la précipitation. Fermez les yeux et respirez un bon coup. Décidez de ce que vous allez faire et faites-le. Et que la chance soit avec vous ! p (Traduit de l’anglais par Gilles Berton.)

BOONE SPEED

200 millions

C’est, en dollars (145 millions d’euros), le coût du stade que prévoit de construire le groupe dirigé par David Beckham pour abriter l’équipe de Miami que l’ex-capitaine de l’équipe d’Angleterre a décidé de créer. Le projet, dont « les fonds sont disponibles », d’après le conseiller immobilier du groupe, comprend un stade de 25 000 places et s’étend sur 14,5 hectares à Port Miami, sur le front de mer. Il rencontre quelques résistances au niveau local, car le site se trouve sur une île qui abrite un port de plaisance considéré comme le plus fréquenté du monde.

Agenda Samedi 29 mars

Rugby La 23e journée du Top 14 propose un authentique derby francilien. Le Racing Métro 92 se rend à Jean-Bouin avec pour objectif de se qualifier pour les phases finales. Le Stade français est en meilleure position, mais il devra se méfier des Ciel et Blanc emmenés par Jonathan Sexton (photo) : la souveraineté régionale en dépend (15 heures, Canal+). (PHOTO : AFP) Football Choc au sommet en tête du championnat anglais. Arsenal, qui s’est fait corriger par Chelsea (6-0) samedi 22 mars, reçoit Manchester City dans la dernière ligne droite pour la course au titre. L’occasion pour Samir Nasri de retrouver son ancien public qui devrait lui réserver un accueil à la hauteur du traumatisme qu’avait causé son départ en 2011 (18 h 30, Canal+ Sport). Hockey sur glace Quatrième rencontre en finale du championnat de France entre Angers et Briançon. Les Angevins ont créé la surprise en demi-finales en éliminant les Dragons de Rouen (4-1), dont la flamme s’est un peu éteinte. Les Diables rouges briançonnais tenteront de glaner la première Ligue Magnus de leur histoire. Leur défi : remporter quatre matchs (19 heures, L’Equipe 21).

Dimanche 30

Corps à corps

Il grimpe à mains nues, toujours entre ciel et terre. Avant chaque ascension, Chris Sharma, 31 ans, utilise des techniques de visualisation et médite pendant de longues heures. En ralentissant ainsi les battements de son cœur, le grimpeur californien se concentre et prépare son souffle, ses muscles, afin d’entrer en

communion avec la falaise. La grimpe est « une philosophie de vie » pour celui qui a atteint, à l’âge de 14 ans, son premier « premier sommet ». Plusieurs films sur lui et d’autres grimpeurs d’exception seront diffusés au festival Montagne en scène, les 31 mars et 1er avril, au Grand Rex à Paris. p

l ’ h i s t o i r e

L’irrésistible ascension de John Roskelley patricia jolly Chamonix-Mont-Blanc (Haute-Savoie), envoyée spéciale

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orsqu’il a appris qu’il était pressenti dans la catégorie « carrière » aux 22es Piolets d’or (jusqu’au 29 mars), John Roskelley, 65 ans, n’a d’abord pas compris. Il connaissait de nom cette fête de l’alpinisme mondial organisée entre Chamonix-MontBlanc et Courmayeur par son fils Jess, alpiniste reconnu notamment pour son ascension de l’Everest (8 848 m) à l’âge de 20 ans en 2003. Mais il ignorait que les « anciens» y étaient également célébrés depuis 2009 pour l’ensemble de leur « œuvre ». John Roskelley succède aux Italiens Walter Bonatti et Reinhold Messner, au Britannique Doug Scott, au Français Robert Paragot et à l’Autrichien Kurt Diemberger. « Je vis ça comme un énorme coup de chance », sourit l’heureux élu. L’Américain incarne le style alpin encensé par la charte des Piolets d’or : ascensions en autonomie complète, sans oxygène et sans porteurs, esprit de cordée et d’innovation. A ses débuts, John Roskelley fait preuve de tant de discrétion que le magazine Outside – auquel sa technique et sa rapidité n’ont pas

échappé – titre son portrait : « Qui est donc ce type ? » « Je grimpais avec mes copains d’enfance de Spokane [Etat de Washington], explique ce fils de journaliste spécialisé dans la chasse et la pêche, et même si nous enchaînions dans les Rocheuses des ascensions très techniques, nous n’aurions jamais pensé à nous en vanter. » Seule la lettre d’information de leur club d’escalade bénéficie alors de résumés de leurs exploits.

Touche personnelle Géologue de formation, il met rapidement le cap sur l’Inde, le Pakistan et le Népal lorsqu’on lui propose en 1973, à l’âge de 25 ans, une expédition au Dhaulagiri (8 167 m) juste en face de l’Annapurna (8 091 m) du Français Maurice Herzog, l’« idole » dont il avait dévoré le récit : Annapurna premier 8 000. Avec un mois seulement pour préparer son affaire, John Roskelley, qui chausse du 47, ne peut dénicher qu’une paire de 46 et demi dans un bazar de Katmandou. « Mes orteils étaient déjà engourdis au camp de base », raconte-t-il. A la redescente du sommet, ils sont « tout noirs ». Un traitement à base de bains bouillonnants lui permet de n’en perdre que trois, ce qui lui en laisse bien assez pour cou-

rir encore aujourd’hui des ultramarathons ! Remarqué pour ses ascensions audacieuses – face nord-ouest de la Nanda Devi (7 816 m) en 1976, première de la grande tour de Trango (6 286 m) en 1977, première du Gaurishankar (7 134 m)… –, le lauréat remercie Reinhold Messner : « Il nous a affranchis du carcan britannique qui consistait à partir à l’assaut des montagnes comme une armée, avec des cohortes de porteurs et des tonnes d’équipements. » L’Américain, qui déteste toujours autant « grimper lourd » et continue de taquiner les cascades de glace, a ajouté une touche personnelle à sa technique : « Il m’arrive d’utiliser des pointes destinées au lancer du javelot plutôt que des crampons pour être plus précis et plus rapide. » Auteur de récits d’ascensions, l’alpiniste a travaillé neuf ans pour l’Etat de Washington. « Elu trois fois commissaire de comté, j’ai contribué à faire passer une loi sur le contrôle des constructions. Je suis démocrate et je tiens à protéger l’environnement de l’immobilier sauvage cher à certains collègues républicains », dit celui qui vient de terminer la rédaction d’un guide de navigation sur la rivière Columbia. Evidemment, il l’a descendue dans sa totalité, seul, et à la pagaie. p

Formule 1 Ce Grand Prix de Malaisie va faire du bruit. La série d’abandons en Australie, qui a concerné Romain Grosjean, Lewis Hamilton et surtout le quadruple tenant du titre Sebastian Vettel, oblige les favoris à remettre les pendules à l’heure. Mais c’est surtout des moteurs dont il sera question après les nombreuses critiques émises sur le bruit de ces derniers, plus proches d’une mobylette que d’une formule 1 (10 heures, Canal+). Football Et encore un derby ce week-end. Le 108e OL-ASSE de l’histoire aura comme un goût d’Europe au stade Gerland. Lyon doit revenir à hauteur des Verts pour espérer accrocher un ticket européen la saison prochaine. De son côté, Saint-Etienne rêve de Ligue des champions et un faux pas face à son meilleur ennemi serait particulièrement mal venu (21 heures, Canal+). Tennis La tournée américaine se poursuit avec le Master 1000 de Miami. Novak Djokovic (photo) a lancé son année en battant Roger Federer à Indian Wells et arrive en favori sur les courts de Crandon Park. Andy Murray, qui vient de se séparer de son entraîneur Ivan Lendl, aura à cœur de conserver son titre (finale à 6 heures, BeIn Sports 1). (PHOTO : AFP)

Mardi 1er avril

Football Manchester United peut-il créer l’exploit ? Les Red Devils, emmenés par Wayne Rooney et Robin Van Persie, devront faire la différence à domicile pour espérer se qualifier face au tenant du titre et favori à sa propre succession, le Bayern Munich. Cette saison, le Rekordmeister porte bien son nom. Il a décroché le titre national à sept journées de la fin de la Bundesliga. Surnommé « le Théâtre des rêves », l’antre mancunien devra, plus que jamais, porter dignement son nom (20 h 45, BeIn Sports 1).

Mercredi 2

Football Dix ans après, ils se retrouvent. Le PSG reçoit Chelsea en quarts de finale de la Ligue des champions, mais cette fois le match sera bien plus équilibré. Les deux équipes s’étaient affrontées en phase de poules de Ligue des champions lors de la saison 2004-2005. Didier Drogba, tout juste débarqué de Marseille, avait inscrit un doublé et lancé un sanglant « Allez l’OM ! » au public du Parc des Princes pour une victoire (0-3) des Londoniens. Pas d’esprit de revanche pour autant dans les têtes parisiennes, Drogba n’est plus là et Paris n’est pas vraiment le même club qu’en 2004 (20 h 45, Canal+).


PORTRAIT

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Akhmed Aibuev à l’entraînement, à Bagnolet, le 13 mars. ANTHONY VOISIN POUR « LE MONDE »

Le lutteurtchétchèneau maillotbleu lutte

| Naturalisé en septembre 2013,AkhmedAibuev,22ans,va participer à sa première compétition avecl’équipe duFrance : les championnats d’Europe,du1er au6avrilen Finlande

anthony hernandez

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asque de protection et tenue en Lycra assortie, Akhmed Aibuev enchaîne les corps à corps et les exercices de cardio. A 22 ans, le garçon né et élevé jusqu’à l’âge de 11 ans en Tchétchénie, se prépare à participer à sa première compétition sous les couleurs de l’équipe de France : les championnats d’Europe de lutte, organisés du 1er au 6 avril à Vantaa en Finlande. Alors, à l’Institut national du sport, de l’expertise et de la performance (Insep), le temple du sport olympique français, Akhmed Aibuev ne ménage pas ses efforts. Naturalisé en septembre 2013 après cinq ans de procédure, le licencié de Bagnolet, en banlieue parisienne, représente l’espoir de la lutte libre tricolore, une discipline qui reste dans l’ombre de la gréco-romaine et des coups d’éclat des frères Steeve et Christophe Guenot, respectivement en or et en bronze aux Jeux de Pékin en 2008. Akhmed Aibuev, lui, a été sacré champion de France avant de devenir français. En 2007 et 2008, il s’impose dans la catégorie cadets. Mais à sa majorité, le jeune Tchétchène perd le droit de disputer les championnats de France. S’ensuivent quatre longues années de doutes, sans pouvoir s’engager non plus dans les championnats internationaux. « Parfois, je désespérais. Cela a été dur et quelquefois je ne venais pas à l’entraînement, raconte aujourd’hui Akhmed Aibuev dans un français parfait. J’ai réalisé des stages, seul, à l’étranger. A Minsk, lors d’un tournoi, j’ai été le meilleur mais je ne pouvais pas défendre officiellement les couleurs françaises. » A Bagnolet, club champion de France en titre par équipe, le président Didier Duceux pensait aussi que la naturalisation prendrait moins de temps. « Akhmed avait tous les critères, sauf celui de l’autonomie financière imposée par la circulaire Guéant [ministre de l’intérieur de février 2011 à mai 2012]. Il vivait chez ses parents et conciliait études et sport durant de longues journées éprouvantes. A quel moment pouvait-il travailler ? La nuit ? », s’interroge Didier Duceux. Premier club de France, Bagnolet compte

une quinzaine d’étrangers sur ses 200 licenciés. La plupart sont encore adolescents et originaires des pays de l’Est comme Akhmed : Tchétchénie mais aussi Moldavie, Russie ou Arménie. Et Akhmed n’est pas le premier lutteur à être naturalisé. Avant lui, les Arméniens Evrik Nikoghosyan et Artak Margaryan ont également gagné le droit de lutter pour l’équipe de France. L’ex-Russe Vadim Guigolaev est aujourd’hui entraîneur de lutte libre après avoir été médaillé de bronze européen en 2006, son compatriote Kasbek Nicikov compte, lui, pas moins de dix titres de champion de France. Cinq mois après enfin avoir reçu sa carte d’identité nationale, Akhmed est sacré pour la première fois champion de France senior le 2 février, dans la catégorie des moins de 84 kg.

Le club de Bagnolet compte une quinzaine d’étrangers sur ses 200 licenciés. La plupart sont encore adolescents et originaires des pays de l’Est, comme Akhmed « Le processus de naturalisation a traîné. Malgré sa présence depuis quatre ans à l’Insep, Akhmed a souffert d’une préparation plus décousue puisqu’il ne pouvait pas être sélectionné. Tout cela est terminé et il est désormais à plein temps avec nous », raconte Michel Lafon, directeur technique national (DTN) de la Fédération française de lutte. Mais le parcours chaotique pour obtenir la nationalité française n’est rien comparé à ses premières années dans son pays d’origine. Encore jeune lors de la première guerre de Tchétchénie (1994-1996), il se souvient en revanche

parfaitement du second conflit (1999-2000). « Par peur des bombardements, nous avons fui mon village de Petropavlovskaïa, situé à quelques kilomètres de Grozny, la capitale. Mais l’endroit que nous avons rejoint était encore pire car les rebelles s’y trouvaient. On se cachait dans les caves », explique celui qui se décrit comme un « musulman modéré. Au début, les Tchétchènes faisaient plus la guerre pour la patrie que pour la religion. On accordait plus d’attention à la culture de l’islam qu’à la chose religieuse en elle-même. » Malgré la guerre, Akhmed grandit dans un environnement sportif. Son père, passionné de boxe, aménage une salle de musculation dans son garage. A l’âge de 7 ans, il débute le taekwondo et se met à la lutte deux ans plus tard. « J’étais passionné d’arts martiaux, des films de Jackie Chan ou de Jean-Claude Van Damme. Chez moi, on pratique la lutte, la boxe ou le judo… Un homme doit pouvoir se défendre. On aime le face-à-face et la virilité », raconte, Akhmed qui suit aujourd’hui une formation pour décrocher un brevet professionnel de la jeunesse, de l’éducation populaire et du sport. En 2002, alors que la région du Caucase est encore très instable, les Aibuev décident de fuir à Paris, où vit un ami du chef de famille. Moyennant finance, un passeur leur fait traverser en camion la Russie, la Pologne et l’Allemagne. « Même si le conflit armé n’était plus en cours, l’instabilité était très forte. Les Tchétchènes émigrent souvent pour rejoindre une connaissance, un cousin », explique le lutteur. Bénéficiaire du statut de réfugiés, la famille Aibuev se débrouille pour s’adapter à ce nouvel environnement et multiplie les hébergements provisoires. « Je connais bien Paris. On a vécu dans une dizaine d’hôtels intra-muros ou de banlieue : au métro Voltaire, vers la gare Saint-Lazare ou au Blanc-Mesnil. J’allais toujours à l’école, même si je devais faire une heure trente de transport, se souvient le champion. On venait d’arriver. C’était normal. Je ne me suis jamais plaint. » Le président du club de Bagnolet, en SeineSaint-Denis, trouve un logement à la famille grâce à la mairie de cette ville. « J’allais aussi le chercher personnellement lorsqu’il habitait loin, comme je l’ai fait pour d’autres. Tout dé-

pend de la relation humaine et du feeling même si le potentiel sportif est bien évidemment entré en compte. Akhmed est un garçon attachant », affirme Didier Duceux. Traditionnelle dans le Caucase, la lutte tchétchène se caractérise par la prédominance des belles envolées et du spectacle. « Les Tchétchènes ont de la classe. Ils apprécient les beaux mouvements et les belles techniques. Akhmed possède cette qualité mais il doit devenir un poumon », conseille Didier Duceux. Un constat partagé par les autorités fédérales et le DTN, Michel Lafon : « On croit en lui. A Bagnolet, certains entraîneurs étrangers ont cette approche plus technique. Il va améliorer sa préparation physique. » Pour Akhmed, sa lutte mélange deux cultures : « Lors de certains stages à l’Est, mes partenaires occasionnels d’entraînements trouvent que ma lutte est plus européenne. » Amusé par ce paradoxe, le lutteur affiche une ambition immédiate, pas effrayé par son manque d’expérience internationale. « Les Jeux olympiques de Rio, en 2016, c’est mon premier grand objectif. Cela doit être mes Jeux. En Finlande, j’y vais aussi pour une médaille. Je ne veux plus entendre la fameuse phrase : “Tu y vas pour l’expérience” », assène-t-il. Un optimisme tempéré par les deux observateurs avisés. « La Fédération a de réelles ambitions pour sa qualification olympique l’an prochain. Les championnats d’Europe sont sa première confrontation avec l’élite », lance Michel Lafon. Pour Didier Duceux, la compétition est indispensable : « Il lui manque cette expérience internationale qu’il aurait pu emmagasiner chez les juniors. On trouve parfois des défauts de jeunesse dans sa lutte. » Enfin autorisé à briller sur les tapis sous le maillot bleu, Akhmed Aibuev n’en oublie pas ses racines : « Maintenant que je suis naturalisé, je vais pouvoir retourner en Tchétchénie. Je rêve de côtoyer lors d’un stage mon idole Bouvaïssar Saïtiev, aujourd’hui entraîneur. » Rapatrié à grands frais par Ramzan Kadyrov, le président controversé de cette république de la Fédération de Russie, Bouvaïssar Saïtiev est triple champion olympique (1996, 2004 et 2008). Un palmarès que le Français de fraîche date n’ose pas envisager. Même dans ses rêves les plus fous. p

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ENQUÊTE

Madein Japan

patinage artistique

Le Japon accueille les Mondiaux jusqu’au30mars. Ilest aussile pays dunouveauchampion olympique, YuzuruHanyu, idole de tout un peuple foudupatin

philippe mesmer Tokyo, correspondance

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a princesse Aiko, 12 ans, fille du prince héritier du Japon Naruhito, a une idole. Il a 19 ans et un visage d’ange. Il inspire le pinceau des dessinateurs de mangas « yaoi », qui racontent les amours homosexuelles et soft de jeunes éphèbes. Il s’appelle Yuzuru Hanyu et a été sacré champion olympique de patinage artistique en février à Sotchi. Yuzuru Hanyu est plus qu’un sportif : un symbole. Il est né à Sendai, l’une des villes les plus touchées par la catastrophe de Fukushima en 2011, « un sujet difficile à aborder pour moi », confiait-il juste après sa médaille d’or : « La patinoire où je m’entraînais a été détruite par le séisme. Je suis passé par des moments très durs. J’ai réellement envisagé d’arrêter le patinage. »

Yuzuru Hanyu est plus qu’un sportif : un symbole. Il est né à Sendai, l’une des villes les plus touchées par la catastrophe de Fukushima en 2011 Fukushima a eu raison des championnats du monde de patinage que Tokyo devait accueillir en mars 2011. Mais, trois ans plus tard, la ville de Saitama, au nord de Tokyo, est tout à sa joie d’organiser la compétition jusqu’au 30 mars. Afin que la fête soit grandiose, les organisateurs ont choisi la Saitama Super Arena, une enceinte pouvant accueillir 35 000 spectateurs. L’idole Yuzuru Hanyu va enfin pouvoir communier avec son public. Pour d’autres

champions nippons, favoris des concours individuels de ce sport immensément populaire dans leur pays, les Mondiaux sont l’occasion de terminer leur carrière en apothéose : la double championne du monde Mao Asada, alias « Mao-chan », ou encore Akiko Suzuki, 8e aux JO de Sotchi, et Daisuke Takahashi, médaillé de bronze aux Jeux de Vancouver en 2010. Quelle que soit leur performance, ils quitteront la patinoire avec l’immense satisfaction d’avoir contribué à faire de ce sport l’un des plus populaires de l’Archipel. Historiquement, les patineurs nippons ont toujours bien figuré dans les grands championnats. Mais ils ne brillaient qu’à de trop rares exceptions. Troisième aux Mondiaux de 1977, Minoru Sano fut le premier Japonais à se faire un nom sur la scène internationale. « Jusque dans les années 1990, se rappelle Tatsuro Matsumura, chargé des relations internationales à la fédération nippone (Japan Skating Federation ou JSF, créée en 1929, année des premiers championnats nationaux) et ancien patineur de danse sur glace, notre objectif était d’entrer dans les dix premiers pour obtenir le droit d’inscrire deux patineurs l’année suivante. » Pendant longtemps, le public japonais s’est enflammé pour des stars qui étaient le plus souvent étrangères. L’Américaine Janet Lynn, médaillée de bronze aux Jeux de Sapporo en 1972, avait envoûté le public nippon par son image angélique et son sourire lumineux. Puis le Français Philippe Candeloro a fait chavirer le cœur d’innombrables Japonaises dans les années 1990. « Quand j’étais jeune, le patinage n’était pas si populaire, se souvient Shizuka Arakawa, née en 1981 et première Asiatique à avoir remporté un titre olympique, en 2006 à Turin. J’étais gênée quand les gens me posaient des questions. Je ne disais pas que je pratiquais ce sport. » La situation évolue avec la victoire de Midori Ito, qui devient en 1989 la première championne du monde japonaise et en 1992 la première médaillée olympique de l’Archipel. Yuka Sato remporte le championnat du

monde en 1994. « Ces victoires ont eu un effet de levier, note cette dernière. Les enfants qui nous ont vues ont commencé à patiner, augmentant le nombre de pratiquants. » La fédération japonaise décide alors de se réformer. « Jusque-là, on laissait les patineurs se débrouiller, précise Tatsuro Matsumura. On a décidé d’être plus actifs. » D’où la mise en place en 1994 d’un système de sélection qui divise le Japon en cinq régions. Chaque année, les 120 meilleurs se retrouvent pour un camp d’entraînement à Nobeyama, dans le département de Nagano (Centre). « Nous tablons sur la mise en concurrence. Nous faisons venir des stars pour donner envie, indique Tatsuro Matsumara. Nous aidons les jeunes à participer aux compétitions les plus relevées. » « Il n’y a pas besoin d’avoir beaucoup de pratiquants pour réussir, précise une personnalité du milieu olympique nippon. Une dizaine de très bons niveaux par catégorie, c’est suffisant. » Les champions d’aujourd’hui sont le fruit de cette méthode axée sur un travail acharné. « Le vrai talent de Mao-chan, rappelle Tatsuro Matsumura, c’est sa capacité à s’entraîner deux fois plus que les autres.» Nagoya, dans le département d’Aichi (Centre), joue un rôle particulier dans l’histoire du patinage nippon. Midori Ito y a grandi. Elle a inspiré Mao Asada, qui a par ailleurs bénéficié de la qualité des installations ultramodernes de l’université locale, Chukyo. Cet établissement, qui dispose d’un campus à Toyota City, fief du constructeur automobile et situé près de Nagoya, attire beaucoup d’étudiants grâce à ses deux patinoires construites après la victoire olympique de Shizuka Arakawa. De nombreux patineurs rêvent aujourd’hui de s’y entraîner. Kanako Murakami et Akiko Suzuki, présentes à Sotchi, comme la double championne du monde (2007 et 2011) Miki Ando, viennent également de Nagoya. « Les mères d’Aichi sont très enthousiastes, explique Kanako Murakami. Certaines sont même effrayantes. Comme les entraîneurs, elles n’hésitent pas à nous gronder. » « Quand j’étais enfant, se rappelle Mao Asada, qui a commencé à 3 ans des cours de ballet avant de s’orienter

vers le patinage à 9 ans, il y avait beaucoup de gens qui pratiquaient le patinage. Certains étaient très forts. Cette expérience est une des raisons de ma présence à ce niveau. » Sur le plan financier, la JSF se lance dans une intense politique marketing pour recruter des sponsors. « Quand j’ai rejoint la fédération en 1998, se souvient Tatsuro Matsumura, on perdait de l’argent. Il n’y avait que 2 millions de dollars de réserve. » Même s’il y a peu de patinoires au Japon – une centaine tout au plus,

Dix des treize sponsors officiels de la fédération internationale sont des groupes nippons dont plus de 80 temporaires –, la nouvelle politique porte ses fruits. Près de 5 000 pratiquants participent à des compétitions, contre 3 000 dans les années 1980. Quant aux sponsors, ils se bousculent, même si un scandale de détournement de fonds a contraint huit dirigeants de la JSF à démissionner en 2006. Ils permettent de soutenir les jeunes talents, de les envoyer à l’étranger ou d’attirer des entraîneurs, russes principalement. Ces sponsors sont d’autant plus satisfaits que les victoires nippones incitent les télévisions – la chaîne publique NHK et celles, privées, Fuji et Asahi – à multiplier les retransmissions. Et dorénavant, les athlètes sont obligés de porter des tenues portant les logos des marques. A la télévision, les audiences explosent. L’Archipel accueille plusieurs compétitions majeures, comme le Trophée NHK, créé en 1979, qui permet à la chaîne de réaliser des pics à plus de 20 % de part de marché. Les publicitaires se frottent aussi les mains parce que le centre de gravité du patinage mondial s’est déplacé vers l’Asie, continent en


ENQUÊTE

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Yuzuru Hanyu sur la glace de Sotchi le 22 février. LUCY NICHOLSON/REUTERS

Les groupies de Yuzuru Hanyu aux Jeux olympiques de Sotchi, le 14 février. YUSUKE NAKANISHI/CORBIS

plein boom économique. Dix des treize sponsors officiels de la fédération internationale sont des groupes nippons. On y trouve Canon (matériel bureautique et photographique), Kosé (cosmétiques), Sumitomo Seimei (assurances) ou encore Acom (crédit à la consommation). « Sans le Japon, le patinage mondial aurait du mal financièrement, note un bon connaisseur de l’économie du sport. Dans un sens, tout le monde a intérêt à ce que les patineurs nippons deviennent populaires. » Le patinage est désormais un tel business au Japon que certains se demandent si le succès des patineurs de Nagoya ne tient pas également à la tradition mercantile des habitants de cette région. « Pour les annonceurs et les télévisions, c’est parfait, ajoute l’expert de ce business. Les compétitions durent plusieurs heures et les Japonais gagnent. » Les patineurs sont devenus de véritables supports publicitaires. « Depuis son émergence sur la scène mondiale avec sa victoire à 15 ans en finale de Grand Prix en 2005, analysait en 2013 le journaliste du Japan Times Jack Gallagher, Mao [Asada] a quasiment porté seule l’industrie du patinage artistique au Japon. » Et le journaliste de rappeler qu’elle a tant de sponsors qu’il est quasiment impossible de passer une journée sans voir son visage à la télévision, dans le train ou dans la presse. Dans ce contexte, la perspective de son retrait des compétitions a pu susciter des inquiétudes. Les modes sont souvent passagères au Japon. Au sein de la JSF, on a bien conscience que Mao Asada, Miki Ando et Daisuke Takahashi appartiennent à une génération unique, particulièrement talentueuse. « Tant de succès, estime Tatsuro Matsumura, c’est 50 % de travail et 50 % de chance. » Chez les experts nippons, on considère que la nouvelle génération n’a sans doute pas le même talent, même si le titre olympique de Yuzuru Hanyu à Sotchi tend à prouver le contraire. « Beaucoup doivent respirer, note le spécialiste du business. Le succès de ce jeune homme qui plaît tant garantit encore plusieurs années de soutien populaire et donc de confortables revenus. » p

Yuzuru Hanyu en visite dans les locaux de All Nippon Airways, l’un de ses sponsors, le 25 février, à Tokyo.

Entre Asada et Yu-na, une rivalité sur fond de tensions diplomatiques

YUYA SHINO/REUTERS

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La Japonaise Mao Asada (à droite) et la Coréenne Kim Yu-na aux championnats du monde à Turin en mars 2010. GIAMPIERO SPOSITO/REUTERS

a rivalité entre les patineuses artistiques Mao Asada et Kim Yu-na restera dans l’histoire du sport. Toutes deux nées en septembre 1990, elles ont grandi en parallèle sur les patinoires de leurs pays respectifs, le Japon et la Corée du Sud. Leur duel au sommet de la hiérarchie mondiale aura marqué l’évolution d’un sport dominé aujourd’hui par les Asiatiques : Japonais, Coréens, et de plus en plus souvent Taïwanais, voire Philippins. Il aura également suivi l’évolution des relations complexes entre leurs pays, séparés par

de profonds ressentiments liés notamment au passé colonial et au contentieux sur les îlots disputés de Dokdo-Takeshima. Les Jeux olympiques de Sotchi devaient être l’ultime affrontement des deux jeunes femmes. Les fans des deux pays s’y étaient préparés. Comme à chaque fois depuis l’éclosion médiatique de leur rivalité, leur comportement a été décortiqué. Chaque incident lié à l’une et à l’autre a été relayé, déformé, amplifié. Cette fois, la frange la plus extrême – et active – des internautes s’est enflammée à propos d’une image des tribunes de la patinoire de Sotchi montrant un portrait de Mao Asada couvert – volontairement ? – d’un drapeau coréen.

Aucune animosité entre elles Une polémique comme il y en eut tant depuis que les deux patineuses dominent la discipline. Lors du Grand Prix 2008 et du Trophée des quatre continents 2009, les médias sud-coréens avaient fait toute une histoire de ce qu’ils considéraient comme des comportements inadmissibles de patineuses qui auraient gêné Kim Yu-na pendant un échauffement. Les coupables étaient « toujours des Japonaises », avait précisé la chaîne SBS, dont les images montraient Mao Asada sans la nommer. Difficile de savoir si les deux championnes sont sensibles à ces polémiques. Mao Asada, à la technique parfaite, première à accomplir un triple axel, et Kim Yu-na,

une artiste, jamais descendue sous la troisième place lors d’un grand rendez-vous, s’affrontent depuis la catégorie junior. Malgré la passion parfois extrême de certains fans et l’énorme pression médiatique, elles n’entretiendraient aucune animosité l’une pour l’autre. Depuis 2005, elles monopolisent les titres internationaux. Le sommet de leur rivalité reste les Jeux olympiques de 2010 à Vancouver. La « queen » Yu-na, comme l’appellent ses compatriotes, l’a finalement emporté sur « Mao-chan » – chan est un suffixe affectif en japonais. Sotchi devait être une revanche. Les aléas du sport et le talent de la Russe Adelina Sotnikova, finalement sacrée championne olympique, en ont décidé autrement. La Coréenne n’a obtenu qu’une médaille d’argent, au désespoir de tout un peuple, et la Japonaise a terminé sixième, en larmes, après un programme libre éblouissant qui a bouleversé l’Archipel. La page s’est tournée. La Japonaise, elle, a décidé de participer aux championnats du monde de Saitama, où elle a une chance d’ajouter un troisième titre mondial à son palmarès. Elle avoue hésiter encore sur son avenir. Elle l’a déjà dit, « la présence de Yu-na [l’]aide à [s’]améliorer ». Or la Coréenne, elle, a mis fin à sa riche carrière, marquée par un titre olympique, deux titres mondiaux et trois victoires en finale de Grand Prix. p ph. me.


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AV I S AU X A M AT E U R S

ADunkerque,l’ACS boxe lesinégalités prix « le monde » - fais-nous rêver

En dix ans,l’association culturelle et sportive,quienseigne des sports de combat,est devenue un acteur majeur de la cohésion sociale

si tu vas à rio

Mike Havenaar, le « gaijin » de la sélection nippone Né à Hiroshima de parents néerlandais, cet attaquant portera le maillot du Japon, où il a grandi, au Mondial brésilien yann bouchez

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Cours de boxe thaïlandaise à l’espace Philippe-Vanuxem, à Coudekerque-Branche, jeudi 20 mars. ANTOINE REPESSE POUR « LE MONDE »

henri seckel Coudekerque-Branche (Nord), envoyé spécial

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n ne s’entend plus parler. Un boucan de tous les diables a envahi l’espace sportif Philippe-Vanuxem de la ville de Coudekerque-Branche (Nord), dans la banlieue de Dunkerque. Amine, Bilal, Christopher, Hassan, Jean-Jacques, Luis et Morgan viennent de commencer leur échauffement, qui consiste pour l’instant à taper comme des sourds dans les sacs de boxe suspendus à proximité du ring. Si ces gamins d’une quinzaine d’années sont réunis ici, c’est qu’ils ont commis des bêtises assez graves pour être envoyés au centre de placement éducatif (CPE) « Les

« Ils ont l’adrénaline de la boxe, ils peuvent prendre des risques, mais sans dépasser les limites » sophie dupied

directrice du CPE Horizons », dans la commune voisine de Grande-Synthe, qui tâche de les remettre sur de bons rails. « Le sport aide ces ados à se reconstruire, explique Sophie Dupied, la directrice du CPE. Ils apprennent l’assiduité, la solidarité. Ici, ils ont l’adrénaline de la boxe, ils peuvent prendre des risques, mais sans dépasser les limites. » « C’est très valorisant pour eux, et pas un ne nous dit qu’il ne veut pas venir, enchaîne son collègue Moroyne Benmalek. Maintenant, on est comme mari et femme

avec l’ACS », comprendre l’Association culturelle et sportive. Cette structure a vu le jour en 2003 grâce à la volonté de Salim Ben Abdallah, 37 ans, si doux et sympathique qu’on en oublierait presque qu’il fut champion de France de full-contact et qu’il pourrait vous envoyer valser d’une pichenette. Au départ, celui que tout le monde appelle « Ben » souhaitait créer un simple club de sport, et toucher une trentaine de jeunes. En deux semaines, ils étaient déjà 80, et très vite, le rôle de l’ACS a débordé de son cadre sportif. Les sept adolescents à qui l’ancien boxeur demande désormais de trottiner en donnant des coups de poing dans le vent sont loin d’être les seuls pris en charge par son association, devenue une institution dans un bassin dunkerquois sinistré sur le plan social. Chaque semaine, l’ACS et ses 38 bénévoles touchent environ 600 personnes souvent éloignées de la pratique du sport, que ce soient les tout-petits, les revenus modestes, les femmes isolées ou les personnes handicapées, grâce au handi-fight ou au fight adapté. « Dans certains clubs, explique Ben, elles sentent qu’on les juge, du coup elles s’en vont parfois au bout d’une séance. Ici, c’est celui qui juge qui dégage. » L’association ne se contente d’ailleurs pas de favoriser l’accès au sport à des personnes en situation de handicap. Elle en embauche, puisque Jérôme Berteloot gère la communication de l’ACS depuis son fauteuil roulant, tandis que Chantal Vandercryssen, qui a des problèmes de dos, s’occupe de l’accueil et de l’animation. Véritable outil de cohésion sociale, l’ACS collabore aujourd’hui avec de nombreuses structures locales, comme l’Association des Flandres pour l’éducation, la formation des jeunes et l’insertion sociale et professionnelle, Les Papillons blancs de Dunkerque ou encore l’Armée du salut. Son engagement lui a notam-

Cette initiative concourt au prix « Le Monde » – Fais-nous rêver, qui vise à récompenser un projet d’éducation par le sport. Pour en savoir plus : Apels.org

Retour aux sources Fils d'un gardien de football et d'une championne d'heptathlon, le gaijin (terme utilisé au Japon pour désigner les étrangers) tape ses premiers ballons dans un club de Sapporo, où son père a joué par le passé, avant de devenir entraîneur des gardiens. Après un passage par les clubs de Yokohama Marinos et d'Avispa Fukuoka, la carrière du jeune attaquant décolle vraiment en 2010, au club de Ventforet Kofu. En deuxième division japonaise, il termine meilleur buteur du championnat et permet à son équipe d'accéder à l'élite nationale. Une saison plus tard, il s'envole pour un voyage en forme de retour aux sources, aux Pays-Bas, et réussit à se faire une place au Vitesse Arnhem, où il porte le numéro 14, celui du plus célèbre des footballeurs néerlandais, Johann Cruijff. L'équipe du Japon a pris l'habitude de voir s'installer sur son banc des sélectionneurs étrangers – le Français Philippe Troussier (1998-2002) et le Brésilien Zico (2002-2006) sont les plus connus –, comme en atteste la présence de l'Italien Alberto Zaccheroni, à la tête des Samurai Blue depuis 2010. Mais les joueurs naturalisés restent rares. Le cas du Brésilien Alessandro dos Santos, venu au Japon encore adolescent et par la suite international japonais (2002-2006), apparaît comme l'exception la plus connue. La famille Havenaar pourrait cependant encore allonger la liste des naturalisés porteurs du maillot bleu. Le petit frère, Nikki, défenseur de 19 ans et trois centimètres de plus que Mike, a déjà joué quelques matchs internationaux avec les sélections de jeunes. p

0123 ÉDITION SPÉCIALE

MUNICIPALES

Les résultats détaillés ville par ville

SECOND TOUR

LUNDI 31 MARS

ment permis de remporter le concours « Fais-nous rêver » de l’Agence pour l’éducation par le sport et le trophée « Emergence » dans le cadre du dispositif départemental « Nord actif ». Les sept jeunes boxeurs sont désormais montés sur le ring, ont enfilé gants et plastron, et se sont mis deux par deux pour combattre. Comme ils sont en nombre impair, c’est Morgan, un peu plus âgé que les autres avec ses 19 ans, qui a l’honneur de se retrouver face à Ben, et donc de finir régulièrement dans les cordes, voire au sol. Mais une fois l’entraînement achevé, le jeune homme ne montre aucun signe de fatigue. Les autres non plus. Douchés, changés, les adolescents s’apprêtent à filer pour une séance de « workout » en plein air – tractions, pompes, etc. Ils reviendront effectuer un second entraînement de boxe thaïe dans la soirée. Plusieurs participeront au gala international « France versus Cambodge » le 7 juin au Kursaal, grande salle dunkerquoise, qui permettra de collecter des fonds afin de financer des projets au Cambodge. Ce jour-là, sous les yeux du maire de Dunkerque, de l’ambassadeur cambodgien en France, et d’un ambassadeur de l’Unesco, des boxeurs asiatiques affronteront les meilleurs spécialistes français de boxe thaïe. Dans cette même salle, l’ACS organisera le 20 septembre son premier Forum citoyen du sport pour tous, une journée de rencontres et de conférences destinée à prouver que sport et handicap ne sont pas incompatibles. D’ici là, un petit tour à l’espace Philippe-Vanuxem suffit pour s’en convaincre. p

l est peu probable que Mike Havenaar, attaquant du Vitesse Arnhem, ait été l'objet de quolibets racistes depuis ses débuts en première division néerlandaise, en janvier 2012. Sa peau blanche lui a en revanche attiré les insultes de supporteurs du club japonais de Kashiwa Reysol, au printemps 2011. L'anecdote a le goût du paradoxe. Car Mike Havenaar, né à Hiroshima le 20 mai 1987, de parents hollandais, se sent plus japonais que néerlandais, lui qui a été naturalisé en 1994. Interrogé sur ses deux cultures, il répondit un jour, sur le ton de la blague : « Je préfère la nourriture japonaise. C'est la meilleure du monde. Et les filles sont plus jolies, plus petites et plus minces... Attendez, ce n'est peut-être pas une bonne chose à dire, les Hollandaises aussi sont belles. » Toujours est-il qu'en 2011 il a épousé une Japonaise. Depuis le mois de septembre de la même année et une entrée en cours de jeu face à la Corée du Nord, Mike Havenaar porte les couleurs des Samurai Blue, la sélection nippone. Un mois plus tard, pour sa première titularisation, il inscrit un doublé face à la faible équipe du Tadjikistan, lors des éliminatoires de la Coupe du monde. Deux buts de la tête pour un grand gaillard qui mesure 1,94 m. « Il n'y a pas beaucoup de joueurs de grande taille dans le pays, donc il est certain que le fait d'être grand a toujours été un avantage dans ma carrière », analyse-t-il.

EN KIOSQUE


À MOI DE JOUER

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Coup defoudre au match devolley-ball Pas accro aux dessins animés,notre reporter avait raté « Jeanne et Serge ». Ils’est tout de même initié auvolley dans une équipe avecdes garçons et des filles adrien pécout

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aul et Virginie est un roman à lire, diront les amateurs de romans sentimentaux du XVIIIe siècle. Jusque-là, j’ai toujours délibérément snobé cette bluette de Jacques-Henri Bernardin de SaintPierre. Dois-je le regretter ? Aucune idée. Puisque nous en sommes aux confidences, dans le même genre (ou presque), je n’ai jamais regardé non plus le moindre épisode de «Jeanne et Serge ». Ce dessin animé du XXe siècle décrit également une idylle naissante entre deux jeunes gens. A ceci près que l’intrigue n’a pas pour décor le cadre paradisiaque de l’île Maurice, mais des terrains de volley-ball, au Japon. Dois-je regretter de ne jamais en avoir vu un épisode ? Je le crains. Si j’avais suivi les aventures de Serge Takiki et Jeanne Hazuki, apparues sur les écrans français en 1987, peutêtre aurais-je, moi aussi, éprouvé l’envie de m’inscrire dans un club de volley. A l’époque, auprès des écoliers, la série télé offrit un surcroît de popularité à ce sport collectif encore aujourd’hui voué à rester dans l’ombre du foot, du rugby, du basket ou du hand. Il y a un mois, j’avais donc tout à apprendre lorsque le Paris Volley a accepté de m’ouvrir

Vu l’intensité avec laquelle ils cognent dans la balle, je saisis vite pourquoi le coach m’a demandé de rester près de lui les portes de la salle Charpy sise au stade Charléty, voisin du siège du Monde dans le 13e arrondissement. A la va-vite, j’enfile un short dans les tribunes vides. Mes débuts de volleyeur s’accomplissent dans la confidentialité, et ce n’est pas plus mal. « Bonjour à tous, je me présente, je suis une nouvelle recrue du club.» Sur le parquet, la boutade amuse les joueurs de l’équipe réserve. Agés de moins de 21 ans, mes partenaires d’entraînement évoluent en 3e division nationale. Pour la plupart encore étudiants, ils espèrent, eux, disputer un jour des matchs de 1re division avec l’effectif pro du club. Ce défi, ils semblent tout à fait de taille à le relever. Au sens propre du terme, en tout cas : tous me rendent une ou deux têtes. Ce qui s’avère plutôt pratique, convenons-en, pour aller smasher les ballons dans le camp adverse. Chez les hommes, le filet qui sépare les deux équipes culmine à 2,43 m. Perdu dans cette forêt de géants, Anis Guechou, l’entraîneur, affiche un gabarit semblable au mien (1,81 m). Cette similitude m’épargnera un torticolis au moment de l’écouter, les yeux dans les yeux, annoncer le programme de la séance : « Ce soir, pas de match. J’ai simple-

ment programmé quelques séquences pour travailler certains points en particulier. » Inutile de préciser dès lors, donc, qu’un match se remporte en trois jeux gagnants de 25 points. Pour marquer un point, une équipe a le droit à trois touches maximum : soit deux passes puis une attaque. Le but étant que la balle tombe dans la partie de terrain de l’adversaire et que les volleyeurs d’en face ne puissent pas, à leur tour, la renvoyer. « Pour transmettre la balle à un coéquipier et lui permettre d’effectuer une bonne attaque, conseille le coach, tu dois lui passer le ballon quand il arrive juste devant toi, au-dessus du visage. Avec tes mains, forme une sorte de viseur en poussant la balle en l’air à l’aide de tes pouces et de tes index. » Disposés en tandems, les dix joueurs enchaînent les passes sur la largeur du parquet. Anis se dévoue pour devenir mon binôme. Tantôt courtes, tantôt longues, les trajectoires de balle sollicitent mes appuis. « Regarde, mieux vaut assurer le coup: plus je lève la balle, plus tu as le temps d’anticiper et de bien te placer sous elle », indique mon vis-à-vis, à une dizaine de mètres de distance, tout en gardant un œil sur le reste des troupes. Au volley, comme pour tout, un plan B reste également à portée de bras. Lorsque le ballon s’approche trop dangereusement du sol, il ne reste plus qu’à exécuter une manchette. Côte à côte, les bras tendus doivent alors former une surface plane, de telle sorte que le projectile en matériau synthétique puisse y ricocher avec efficacité. J’osais espérer que mon ratio – plutôt honorable – de passes réussies convaincrait Anis de me laisser participer pleinement à la suite de la séance. Etant également statisticien de l’équipe première, l’homme aurait dû s’y montrer sensible. Ce ne fut, hélas, pas le cas. « Adrien, allez, viens jouer ! » m’exhortent pourtant les volleyeurs au moment de travailler les services, puis les smashes offensifs, puis les contres défensifs. Vu l’intensité avec laquelle ils cognent dans la balle, je saisis vite pourquoi le coach m’a demandé de rester à ses côtés pendant toute l’heure suivante. Sauf à chaque fin d’exercice, où j’ai droit à quelques

JEAN-MANUEL DUVIVIER

coups d’essai, histoire de me familiariser avec les gestes de base. Moments trop fugaces pour rassasier le volleyeur qui sommeillait en moi. Direction un second club, à quelques kilomètres de là, pour une nouvelle séance nocturne, à la « section loisirs » du club d’Issy-les-Moulineaux, dans les Hauts-de-Seine. Au téléphone, le responsable, Xavier Geremy, m’avait rassuré : « Ici, vous aurez l’occasion de jouer. Chez nous, le jeudi soir, on ne fait que ça. » Le volley-ball a beau être un sport qui se pratique à six contre six, il est des circonstances où quelques entorses au règlement s’imposent. Pour l’occasion, Xavier Geremy répartit les forces vives en quatre petites équipes : deux de quatre joueurs, et deux de trois joueurs. Il me sélectionne dans la sienne, au même titre qu’un sympathique quadragénaire et une non moins sympathique jeune femme. « Peu importe le niveau, résume l’entraîneur, chacun vient avec ses qualités sportives et, ici, nous ne sommes pas en compétition, nous jouons en équipe mixte. » De fait, presque la moitié des joueurs sont des joueuses. Une anomalie ? Pas vraiment. Sur 100 000 licenciés, la Fédération française compte 48 % de femmes, le taux le plus élevé du pays pour un sport collectif. Sans doute l’effet « Jeanne et Serge ». Décisive en attaque, ma coéquipière, qui ne s’appelle pas Jeanne mais qui l’aurait mérité, se montre très à son avantage. A chaque point marqué, l’équipe conserve le droit de servir. Et aussi la même configuration. Car au volley, c’est bien connu, on ne change pas une équipe qui marque. Mieux vaut quand même connaître les numéros des postes. Au début d’un échange, seuls les joueurs situés à trois emplacements ont la possibilité d’attaquer : ceux qui occupent les postes 2, 3 et 4. A l’inverse, les volleyeurs qui commencent l’échange à l’arrière du terrain, aux postes 1, 6 et 5, ont interdiction d’amorcer la moindre attaque. Lorsque m’échoit le rôle de passeur, plaque tournante de l’équipe, au poste 3, j’ai la lourde responsabilité d’aiguiller tout le trafic aérien de mon escouade. Et ce, en étant quasi en permanence dos au filet, pour distribuer le jeu tantôt à ma gauche, tantôt à ma droite, face à mes coéquipiers. Hasard ou pure logique, l’équipe adverse parvient à combler son retard précisément à cet instant-là. Emmenée par deux anciens d’une cinquantaine d’années, elle capitalise sur les talents de l’un de ses membres au service. J’ai beau plonger sur le parquet genoux en avant, j’ai beau essayer de reprendre la balle du pied (un geste parfaitement licite, bien que peu efficace), j’ai beau m’élever pour mettre mes mains en opposition et contrer un smash, rien n’y fait. Las, au bout de vingt minutes de match, un ultime smash aura raison de notre collectif. 25-19. A Issy-les-Moulineaux, le jeudi soir, chaque match se remporte en une manche. Au total, ma formation en gagnera un et en perdra trois. Même au gré des défaites, Xavier Geremy y croit encore : « Allez, on ne lâche pas ! » Maintenant que je sais à quoi ressemble un match de volley, je ne suis pas près de lâcher. p

pratique

histoire

Aucun contact physique L’idée de ce sport germa dans le cerveau d’un pasteur américain, William Morgan, en 1895. Elle fut popularisée par les organisations de la Young Men’s Christian Association, la YMCA. Le volley est un sport où il n’y a pas de contact physique avec l’adversaire, grâce au filet qui mesure 2,43 m pour les compétitions masculines et 2,24 m pour les féminines.

ce jeu conçu peu après le basket-ball. Il est désormais autorisé de reprendre des balles avec des membres inférieurs de son corps, dont les pieds. Et non plus uniquement de frapper à l’aide de ses mains, de « volée ». Une technique qui donna pourtant son nom à ce sport, autrefois également appelé « mintonette » : mint signifiant « frappe » en anglais.

C’est pas le pied

Il n’y a pas que la taille…

Depuis le milieu des années 1990, une nouvelle règle a dépoussiéré

Contrairement aux idées reçues, il n’est pas

nécessaire d’être grand pour pratiquer ce sport. Les « Lilliputiens », mesurant moins de 1,95 m sous la toise, y ont même leur place. Depuis 1999, les joueurs au gabarit le plus réduit évoluent principalement en qualité de libero. Ce poste, uniquement dévolu aux tâches défensives, est distingué par le port d’un maillot spécifique. équipement

Un ballon Le ballon de volley-ball est plus souple et plus léger que celui du football. Il doit avoir une circonférence comprise entre 65 et 67 cm, une masse

comprise entre 260 et 280 g et une pression comprise entre 0,30 et 0,325 kg/cm².

Protections Même si l’auteur de ces lignes n’a pas eu la prévoyance de se caparaçonner de genouillères et de coudières, il en recommande chaudement l’usage. Surtout à ceux qui désireraient se jeter à même le sol pour rattraper une balle en souffrance sur leur moitié de terrain (9 × 9 mètres). Sinon, pour éviter ces désagréments aux beaux jours, rien de tel que le sable fin du beach-volley, une variante du volley, introduite aux JO en 1996.

popularité

Dans le monde La Fédération internationale de volley-ball sport est celle qui recense le plus de fédérations nationales ou apparentées : 220. Avec 193 Etats reconnus, forcément, même les Nations unies doivent s’incliner. Près de 260 millions de personnes pratiqueraient le volley dans le monde.

Un sport d’école en France Incapable de se qualifier aux JO depuis

2004, la France compte 100 000 licenciés répartis à travers quelque 1 500 clubs, en salle ou en plein air. Un contingent auquel il convient d’ajouter les nombreux collégiens qui font de cette discipline l’une des plus pratiquées en milieu scolaire, derrière le badminton ou encore le handball. D’après le recensement de 2011, ils étaient 79000 dans les rangs de l’Union nationale du sport scolaire (UNSS).


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Samedi 29 mars 2014

| SPORT & FORME | Un terrain de foot dans la favela de Sao Carlos, à Rio de Janeiro, le 7 mars. Le taux d’adhésion au Mondial est tombé à 52 %, contre 79 % en 2008. FELIPE DANA/AP

Luis Fernandes

propos recueillis par bruno lesprit

N

ommé en décembre 2011 secrétaire exécutif au ministère des sports brésilien, Luis Fernandes est devenu en mai 2012 le représentant du gouvernement au sein du Comité local d’organisation du Mondial, après les inquiétudes exprimées par la Fédération internationale de football (FIFA) quant à l’impréparation du pays. De passage en Europe, ce professeur universitaire en relations internationales à Rio de Janeiro, proche de la présidente Dilma Rousseff, a répondu aux questions du Monde, alors que le Brésil est entré dans la dernière ligne droite précédant l’événement: le match d’ouverture entre le pays hôte et la Croatie se déroulera le 12 juin à Sao Paulo. Avez-vous ressenti en Europe de l’inquiétude au sujet de la préparation du Brésil ? Celle-ci est compréhensible. Mais je ne pense pas que ce soit spécifique au Brésil. Avant chaque Coupe du monde, il y a des inquiétudes – c’était le cas pour l’Afrique du Sud en 2010 –, j’ai pu le vérifier dans les archives officielles de la FIFA. Mais Sepp Blatter, le président de la FIFA, a constaté en janvier que le Brésil était « le pays le plus en retard », alors qu’il était le seul à avoir disposé d’un délai de sept années… Cette déclaration n’est pas tout à fait exacte. En fait, M. Blatter en a fait deux, contradictoires. Il a dit cela et, immédiatement après, il a affirmé que ce serait la plus belle Coupe du monde de l’histoire.

Le Brésil devait livrer l’ensemble de ses stades au 1er janvier. Cela n’a pas été le cas… Celui de Manaus a été inauguré le 9 mars. Celui de Cuiaba le sera d’ici à la fin du mois. Les deux autres en retard sont ceux de Sao Paulo et Curitiba. Le premier était pratiquement prêt avant l’accident de son toit [l’effondrement d’une grue a provoqué la mort de deux ouvriers en novembre 2013], et sera livré en avril. La livraison du second est prévue pour fin avril-début mai. A l’exception de celui de Sao Paulo, ce sont les plus petits. Les plus grands, comme celui de Maracana, à Rio de Janeiro, ont déjà été utilisés pour la Coupe des confédérations, en juin 2013. Les retards concernent surtout des travaux d’organisation et d’administration. Les stades seront prêts et pleinement opérationnels pour la Coupe du monde. Les exigences de la FIFA ne sont-elles pas trop élevées ? Nous les acceptons car la Coupe du

la Coupe du monde mais il a coïncidé avec la tenue de la Coupe des confédérations. La majorité des participants soutenaient le Mondial.

« Les stades serontprêts etopérationnels pour la Coupedu monde » | Retarddans la livraison des stades, problèmes d’organisation,agitation sociale... Malpréparé, le Brésil ?Apresque deux mois ducoupd’envoidu Mondial,le secrétaire d’Etat aux sports brésilien répond football

AFP

monde représente une formidable occasion de moderniser les infrastructures, et pas seulement pour le football, même si elle va léguer douze stades modernes. A côté de ceux utilisés pour la compétition, nous en construisons d’ailleurs d’autres, comme celui du club de Gremio à Porto Alegre, ou celui, en voie d’achèvement, de Palmeiras à Sao Paulo, qui suivent un cahier des charges proche de celui du Mondial. Nous avons donc des intérêts communs avec la FIFA, avec parfois une approche et des opinions différentes sur des questions techniques comme, par exemple, la technologie pour le drainage des terrains. A côté de cela, nous améliorons les transports, les aéroports, les ports, l’énergie, la sécurité. C’est une chance historique de présenter le Brésil au monde et de montrer qu’il est investi d’un rôle majeur au XXIe siècle. Le standard de la FIFA est de huit stades. Pourquoi en avoir retenu douze ? La principale raison d’accueillir la Coupe du monde n’est pas l’événement lui-même. C’est de pouvoir accélérer le développement national et régional. A partir des douze villes hôtes, nous avons constitué des pôles pour que toutes les régions de ce pays de taille continentale soient concernées par la Coupe du monde, qu’elles puissent projeter leur image, attirer des touristes et montrer la diversité du Brésil. Les étrangers ont une

idée généralement liée à Rio et à Sao Paulo, guère plus. Je vais donner un exemple, éloigné du football mais concret. Nous avons pu enfin connecter la région amazonienne par câble optique. Notre réseau national reliant les universités et les instituts de recherche avec du haut débit n’atteignait pas cette zone, il fallait utiliser un satellite avec une vitesse réduite. Cela aurait pris beaucoup plus de temps si Manaus n’avait pas été ville hôte. Quel est le coût de cette Coupe du monde ? L’enveloppe globale est de 26 milliards de reals [8,1 milliards d’euros], dont 8 milliards pour la construction et la rénovation des stades. Sur les douze, neuf appartiennent aux Etats fédéraux, les trois autres à des clubs. Les plus coûteux ont été celui de Brasilia et le Maracana, dont le chantier était très complexe parce que c’est un site historique. Il a fallu préserver l’architecture originelle et pratiquement construire un nouveau stade à l’intérieur du précédent. Certaines villes, comme Manaus ou Natal, ne possèdent pas de club résident d’envergure… Cette critique a été plutôt faite à Brasilia, qui n’a pas d’équipe en première division. C’est une ville de plus de 2,5 millions d’habitants mais nouvelle, fondée en 1960. On s’aperçoit que les principaux clubs ac-

tuels sont ceux qui existaient déjà à cette époque, les quatre de Sao Paulo (Corinthians, Palmeiras, Santos, Sao Paulo), les quatre de Rio (Botafogo, Flamengo, Fluminense, Vasco da Gama), deux à Porto Alegre (Gremio, Internacional), deux à Belo Horizonte (Atlético Mineiro, Cruzeiro), et un dans les autres capitales. Cette situation n’a pas changé depuis. Aussi le stade de Brasilia a-t-il été conçu comme une arène à usages multiples, centre de congrès, spectacles, concerts et même centre commercial. Dans les six mois qui ont suivi la Coupe des confédérations, sa fréquentation a été deux fois plus grande que lors des quarante années qui ont précédé. C’est donc économiquement viable. Le Mondial s’est heurté à un fort mouvement social, arguant que l’argent dépensé aurait dû aller aux hôpitaux ou aux écoles… C’est un faux antagonisme. Cette critique serait recevable si nous avions réduit les investissements dans l’éducation et la santé pour construire des stades. Mais c’est l’inverse que nous avons fait. L’étincelle des manifestations de juin 2013 a été la question des tarifs des transports publics, précisément le principal poste d’investissement pour le Mondial. Ce mouvement de protestation aux revendications très diverses, transports, puis santé et éducation, n’était pas centré sur

Un sondage récent a révélé que le taux d’adhésion était tombé à 52 %, contre 79 % en 2008… La moyenne des sondages se situe plutôt entre 62 % et 66 % d’adhésion. Et cette baisse est naturelle. C’est le cycle de chaque événement sportif : enthousiasme quand le pays est élu, diminution jusqu’à un plancher que nous atteignons aujourd’hui et remontée avec la proximité de la compétition puis l’arrivée des équipes. Les sondages montrent aussi que moins les régions sont développées plus le soutien est fort, notamment dans le Nordeste. Les plus critiques sont surtout les intellectuels et les classes moyennes. Les milieux populaires, qui constituent la base sociale du gouvernement, sont favorables. Pensez-vous que le Brésil sera uni derrière son équipe ? Bien sûr. Nous avons eu la meilleure sélection nationale de tous les temps sous le régime militaire, lors de la Coupe du monde de 1970, au Mexique. C’était les temps les plus durs et violents de la dictature, les syndicats, les partis d’opposition étaient persécutés, beaucoup ont été torturés et tués. Des organisations de gauche étaient passées à la lutte armée et avaient demandé à leurs membres de souhaiter une défaite du Brésil parce qu’une victoire aurait renforcé le régime. Les guérilleros ont tenté de suivre la ligne de leur parti, mais ils ont fini par soutenir la sélection parce qu’ils ne pouvaient faire autrement. L’identité collective l’a emporté. En Europe, l’unification nationale a été bâtie avec les guerres, chez nous le football a été un facteur essentiel. Il est très difficile à un Brésilien de lui être hostile. Nous avons en outre un traumatisme, transmis de génération en génération, très présent dans notre psyché : avoir perdu la finale de notre précédente Coupe du monde à domicile, en 1950 contre l’Uruguay (1-2). Même si le Brésil, cinq fois champion du monde, est la nation la plus titrée, ce spectre continue de nous persécuter. Soixante-quatre ans après, nous avons la possibilité de l’exorciser. Etes-vous confiant ? En huitièmes de finale, le Brésil devrait a priori affronter l’Espagne ou les Pays-Bas… J’espère que ce sera les Pays-Bas. Ils nous ont éliminés en 1974 et en 2010, mais nous les avons battus en 1994 et en 1998. L’Espagne, comme l’Allemagne, est très forte. Mais la finale souhaitée par les Brésiliens nous opposerait à l’Argentine, notre rival continental. p

20140329 sph  
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