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Î L E D E M AY O T T E

startup weekend

54h pour creer

ta startup

OCTOBRE

2021

AU PÔLE D’EXCELLENCE RURAL DE COCONI (EN FACE DU JARDIN BOTANIQUE)

CRÉATION ‌ INADCOM

14-15-16

AGENCE 360° ‌ MAMOUDZOU

Viens avec une idée Repars avec un projet


LE MOT DE LA RÉDACTION

DE L'AIR DANS NOS POUMONS Souvent, l'Amazonie est dépeinte comme le poumon de la planète. Il est vrai que la plus grande forêt tropicale du monde produit à elle seule entre 5 et 10% de notre oxygène. Loin derrière l'océan qui, quant à lui, en fabrique plus de 50%, grâce à la photosynthèse des phytoplanctons et absorbe à lui seul 30% du CO2 que nous émettons. Or, sous l'effet du réchauffement climatique, le Ph de l'océan se modifie et devrait même être 50% plus acide d'ici 2100. Sous l'effet de ce phénomène, les écosystèmes marins peinent davantage à capturer le CO2 et des zones entièrement désoxygénées apparaissent, avec des conséquences directes sur les animaux marins. Parmi eux, les coraux blanchissent et disparaissent partout à travers le globe. Pourtant, ceux-ci abritent 25% des espèces de poissons à l'échelle mondiale, et font ainsi vivre près d'un milliard de personnes. Alors, si rien n'est fait pour inverser la tendance, pour adapter, enfin, l'activité humaine à son environnement, l'impact sur la biodiversité risque, à terme, de devenir irréversible. D'où la nécessité d'agir maintenant pour protéger les océans, et avec eux, la vie, dont la nôtre. Bonne lecture à toutes et à tous.

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TCHAKS LA PHRASE

L'ACTION

Le collectif Mayotte en SousFrance la "Il n'a jamais été demande levée des motifs question de défilé de impérieux pour tous lingerie fine" La polémique autour de la dernière cérémonie de l'élection Miss Mayotte ne désenfle pas. En cause : le défilé de lingerie de la marque Sunday, qui s'est tenu pendant la cérémonie. Alors que la gérante de la jeune enseigne explique avoir été approchée directement par le comité pour organiser un show de ce genre, l'instance organisatrice dément : "On m'a dit qu'il s'agissait d'une marque de maillots de bain et de tenues de sport. Je lui ai proposé de faire un défilé mais il n'a jamais été question de lingerie fine", assure le délégué du comité, Franck Servel, qui craint une sanction au plus haut niveau de l'organisation, alors que les mannequins participant au défilé n'étaient pas les candidates de l'élection. Un événement que certains estiment être une provocation vis-à-vis des mœurs et traditions mahoraises, du fait de l'échancrure de certaines pièces présentées.

Le maintien des motifs impérieux pour les personnes non vaccinées a encore du mal à passer auprès de certains. Depuis l'arrêté ministériel du 9 juin dernier, les voyageurs ayant un schéma vaccinal complet n'étaient plus soumis à cette contrainte. Plus récemment, le gouvernement a même décidé de lever l'obligation de réaliser un test PCR ou antigénique et celle d'observer une septaine à l'arrivée pour ces mêmes personnes. Une mesure jugée discriminatoire par le collectif Mayotte en SousFrance, qui vient de saisir le tribunal administratif de La Réunion en référé-libéré afin qu'il puisse trancher. Une action déjà intentée par un avocat réunionnais… Sans succès. Le collectif aurait peut-être pu espérer une issue différente à cette affaire si la gratuité des dépistages Covid avait pris fin dans le 101ème département français, ce qui n'est pas le cas.

LE CHIFFRE 2 millions

C'est la somme, en euros, reçue par le centre universitaire de formation et de recherche de Dembeni pour le développement de son projet X-MEM (extensible mobile éducation Mayotte), dans le cadre de l'appel à manifestation d'intérêt "Démonstrateurs numériques dans l'enseignement supérieur", dont il est le seul lauréat ultramarin sur 17 au total. Avec cette enveloppe, l'établissement va pouvoir repenser les supports et la méthodologie en développant des applications et des sites adaptables pour les téléphones. "Durant les confinements, nous nous sommes rendus compte que la moitié des visioconférences était suivie sur mobile", commente la direction du CUFR, qui souhaite utiliser ce médium au service d'une pédagogie innovante. Une piste d'autant plus intéressante que, régulièrement, nombre d'élèves sont privés de classe, tant à cause des blocages routiers intempestifs que des mouvements de grève de leurs transporteurs.

ILS FONT L'ACTU Les premiers élèves de l’école Vatel ont fait leur rentrée Après des mois de préparation et de démarches administratives, la première école Vatel de Mayotte a ouvert ses portes. Huit élèves ont fait leur rentrée cette semaine, prêts à suivre trois ans de formation intense dans le domaine de l’hôtellerie et de la restauration. Ce mardi matin, ils ont rencontré les gérants d’hôtels et de restaurants qui sont déjà séduits par cette promotion unique sur l’île aux parfums. Pour l’occasion, la petite dizaine d’étudiants retenus sur une cinquantaine de candidats a pu échanger avec restaurateurs et hôteliers dans l’optique de trouver une structure qui acceptera de les prendre en stage. Beaucoup de réussite à eux !

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Invitation aux trois évènements du Conseil départemental organisés par l’Agence de développement et d’innovation de Mayotte. Mesdames et messieurs, Nous avons l’honneur de vous convier aux trois événements dédiés au développement économique et à la promotion de l’entrepreneuriat qui se tiendront les deux dernières semaines du mois d’octobre 2021. Ces évènements sont mis en œuvre à la demande du Conseil Départemental de Mayotte et en partenariat avec les acteurs économiques locaux et permettent chaque année de disposer d’un temps d’échange et de présentation de Mayotte autour des grandes perspectives de développement économique de notre territoire. Mayotte, Territoire de prospérité économique bénéficiant de toutes les facilités d’infrastructures et d’éducation adaptées à un développement croissant dans la région, doit constituer une base logistique à fort potentiel. Elle est également la plaque tournante naturelle d’activités économiques de transformation et d’échanges industriels, agricoles et de services entre l’Europe et l’Afrique, et également un relais dynamique dans l’océan indien jusqu’au Moyen Orient, au Sous-continent Indien et à l’Asie du Sud Est. Trois temps forts qui sont déclinés comme suit Du jeudi 14 au samedi 16 octobre, au Pôle d’Excellence Rural (PER) à Coconi • Concours INNOV’ACTION 976-Startup week-end Mayotte, Co-organisé avec le GEMTIC, un évènement qui met en valeur les entreprises innovantes du territoire. Le lundi 18 octobre, au centre de l’île à la MJC de Combani • Mayotte acteur de son développement, deuxième édition, une action tournée en priorité vers les entreprises locales. Les mercredi 20 et jeudi 21 octobre au parvis du cinéma à Mamoudzou • Forum économique de Mayotte, quatrième édition, Mayotte tête de pont de la France et de l’Europe dans le canal de Mozambique. Nous serions très honorés par votre présence et participation qui sera de nature à conforter le message de Mayotte, territoire avancé de la France et de l’Europe pour tous les projets innovants réalisés dans le Canal du Mozambique, auprès des investisseurs et des partenaires intéressés par le projet de développement de Mayotte. Les programmes complets sont en disponibles sur le site de l’ADIM. Vous y découvrirez la richesse des thématiques et des questions abordées à ces occasions. Nous comptons sur votre active participation et espérons avoir le plaisir de vous rencontrer. Madame Zamimou AHAMADI Présidente de l’ADIM

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Axel Nodinot

Photo Franco Di Sangro

PORTRAIT

FOUMO SILAHI 6•

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ÉCRIRE LE PASSÉ ET ÉDITER L'AVENIR

D'ici quelques mois, le Sadois publiera Le projet Mayotte et ouvrira les portes de sa maison d'édition, Hirizi ya Maore, destinée à faire le lien entre auteurs et lecteurs, anciens et jeunes, mémoire et évolution.

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PORTRAIT

C'est avec une assiette de papayes mûres et un verre de jus de fruits que Foumo Silahi nous reçoit sur un coin de son bureau, perché sur les hauteurs de Tsararano. « Le village de ma femme », affirme celui qui est originaire et amoureux de la commune de Sada. C'est d'ailleurs là-bas, ou à Dembéni, que l'éditeur voudrait ouvrir ses locaux, afin d'avoir un « espace posé, détendu, où recevoir les auteurs dans un cadre paisible ». S'il tient à sa commune natale, Foumo Silahi a voyagé : après son collège à Chiconi et son bac littéraire obtenu à Mamoudzou, il étudie la communication à La Réunion, le journalisme à Marseille et les civilisations étrangères à l'université Paris VIII. Un bagage qui lui permet d'avoir une « ouverture sur le monde », assure celui qui ne cesse de distiller des anecdotes historiques sur les îles de l'océan Indien, et notamment Mayotte. C'est d'ailleurs le sujet du manuscrit qu'il termine. Le projet Mayotte, combat d'un peuple qui se bat pour une destinée contrôlée et non subie, s'appuiera sur un cheminement historique pour dessiner

un destin commun au peuple mahorais. Ainsi, à la question « Que faire de Mayotte ? », titre d'un ouvrage de l'ancien préfet Philippe Boisadam, Foumo Silahi rétorque « Que veulent les Mahorais ? ». « Ra Hachiri, notre devise, est répétée comme une chanson, mais le concept va au-delà”, affirme l'auteur et éditeur. “Nous devons être vigilants aux lois, à l'Histoire, aux anciens et aux jeunes générations pour choisir la solution appropriée. » Et, pour réunir un peuple, rien de tel que la culture.

Une révolution culturelle contre l'ignorance Sur ce sujet, l'intarissable Sadois répond de but en blanc : « Oui, il y a un manque de culture sur l'île. Comment se fait-il que moi, qui est né et ai grandi ici, n'ai découvert Ali Omar, Grand Cadi et auteur mahorais du XIXème siècle, il y a deux ans seulement ? L'histoire mahoraise n'est pas assez mise en valeur, notamment dans les manuels scolaires ». Face à ce constat amer, Foumo Silahi appelle à une « révolution culturelle » et à une « reconquête de la

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mémoire » : « Il faut régénérer l'identité mahoraise en se réappropriant la mémoire, pour la retransmettre avec une plus-value ». Pour cela, il veut s'appuyer sur la lecture, comme l'Islam le préconise. « Le premier verset du Coran est Iqra, lis, apprends, enseigne-toi, voyage”, affirme l'auteur. “Le livre est la seule façon de restituer des savoirs. » C'est d'ailleurs de ce mot, en arabe et en shimaoré, que le futur éditeur a orné le logo des éditions Hirizi ya Maore. « Hirizi veut dire talisman”, précise-t-il. “La culture est un talisman contre l'ignorance, pour l'ouverture au savoir et aux connaissances. » Avec sa maison d'édition locale, le Sadois veut se rapprocher des écrivains de l'île. L'un d'entre eux a déjà signé un contrat, et six autres sont intéressés, et « soulagés, rassurés » de pouvoir discuter avec un éditeur en face-à-face. « Je veux m'installer avec pérennité, et m'inscrire dans la qualité, cibler l'excellence », ambitionne Foumo Silahi. Pour cela, il affirme qu'il est « temps de faire connaître les jeunes auteurs » mahorais.

Avis aux jeunes auteurs... Et autrices Foumo Silahi pense à de nombreuses initiatives qui pourraient permettre de rapprocher les jeunes de la

lecture : des négociations avec les établissements scolaires, des concours d'écriture, et bien sûr, l'édition de jeunes auteurs de l'île. « Je veux aller voir des jeunes qui ont des projets, et éditer les meilleurs, pour qu'ils tirent les autres vers le haut », affirme-t-il. Et notamment les délinquants en errance, dont il pense que « s'ils passaient leur temps à lire au lieu de brûler des voitures, on vivrait dans la paix et la prospérité. C'est ce pour quoi les anciens se sont battus, et voir Mayotte à feu et à sang fait vraiment mal ». Autre cœur de cible – et d'espoir – pour l'éditeur, les femmes, essentielles dans la société matriarcale mahoraise. « Ce serait une aubaine de travailler avec elles, si elles veulent de moi”, plaisante-t-il. “Bientôt, il y aura beaucoup d'écrivaines mahoraises, et si elles ont besoin d'une maison d'édition à Mayotte, je me positionne. » Avant que sa petite fille le dépasse, comme il le souhaite, le père de trois enfants sera présent à un colloque du livre et de l'édition, début novembre à la médiathèque de Passamainty. Tout cela pour nourrir de grandes ambitions, comme celle de « ramener une présence mahoraise dans les librairies et bibliothèques métropolitaines, et dans les médias nationaux ». n

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DOSSIER

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CORAUX

UN MONDE FRAGILE

À Mayotte, impossible de les rater. Dans le lagon et en dehors, les coraux habitent les fonds marins, offrant un lieu de vie à des centaines d'espèces. Pourtant, comme partout à travers le globe, ceux-ci sont sérieusement en danger sous l'effet du réchauffement climatique et de la pression humaine. Si bien que la quasi-totalité des coraux de la planète sont menacés d'extinction d'ici 30 ans, alors même qu'ils abritent un quart de la vie sous-marine. Il devient ainsi urgent de les protéger, et avec eux, la biodiversité qui permet à des centaines de millions de personnes de vivre et se nourrir.

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DOSSIER

S.P.

DÉCRYPTAGE

PLEINS FEUX SUR LES CORAUX RARES SONT LES HABITANTS DE L’ÎLE À NE PAS S’ÊTRE EXTASIÉS AU MOINS UNE FOIS FACE À LA DIVERSITÉ DE LEURS FORMES, DE LEURS COULEURS ET À LA RICHESSE DE LA VIE QU’ILS ABRITENT. POURTANT À MAYOTTE, AUSSI, LES CORAUX SONT EN PROIE À DE MULTIPLES MENACES. QUELLES SONT-ELLES ? QUELS SONT LES RISQUES, À TERME, POUR LA VIE SOUS-MARINE ET MÊME HUMAINE ? EXPLICATIONS. 12•

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UN ANIMAL COMPLEXE Ils sont immobiles et pourtant, les coraux ne sont ni des roches, ni des végétaux, mais bel et bien des colonies d’animaux appelés polypes,issus de la même famille que les méduses. L’exosquelette qui sert d’abri à ces polypes peut être dur ou mou, et les végétaux avec lesquels ils vivent en symbiose leur donnent leurs couleurs. Lorsqu’elles évolue dans un environnement sain et suffisamment exposé au soleil notamment, les colonies de coraux grandissent continuellement, à raison de 10 cm par an. Les coraux se multiplient grâce à un processus de fécondation externe essentiellement : ovules et spermatozoïdes sont libérés simultanément, en pleine nuit. Les larves ensuite nées colonisent ensuite d’autres régions où elles sont acheminées au gré des courants. Ainsi, les récifs coralliens sont des structures qui se forment naturellement grâce à l’accumulation des squelettes de coraux durs et à travers la succession d’épisodes volcaniques, d’enfoncements de l’île et de variations du niveaux marins. Mayotte compte à elle-seule près de 300 espèces différentes de coraux qui s’y sont formés il y a plusieurs milliers d’années, représentés en trois types de structures : n les coraux frangeants qui ceinturent le littoral et bordent localement 195 km de côte, comme ceux de Tanaraki ; n les récifs internes forment la double barrière de corail, observables au Nord, sur une longueur de 18 km. Il s’agit d’une formation très rare, puisqu’il en existe moins de dix à travers le monde ; n le récif barrière quant à lui entoure l’île sur 140 km en délimitant le lagon. 12 passes directement ouvertes sur l’océan le traverse.

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DOSSIER

UN ABRI POUR LA BIODIVERSITÉ… ET UN REMPART POUR L’HOMME A l’échelle du globe, les récifs coralliens abritent un quart de la biodiversité sous-marine, puisqu’ils représentent pour bon nombre d’espèces un aire de nourrissage privilégiée, ainsi qu’un abri qui les protège des prédateurs, servant à leur reproduction et à leur développement. Mais les coraux jouent un rôle tout aussi important pour les populations humaines. D’abord, ils constituent une ressource alimentaire pour les populations locales. Par ricochet, ils constituent aussi une source d’emploi, pour les secteurs de la pêche et du tourisme notamment, comme l’illustre à Mayotte la passe en S, l’un des spots de plongée les plus prisés mondialement. Dans le monde, justement, il est ainsi estimé que plus de 500 millions de personnes dépendent des récifs coralliens en termes d’alimentation, et 500 à 1 000 d’entre elles travaillent directement au contact de ces écosystèmes. Mais alors que la crise sismo-volcanique, l’enfoncement, le déplacement de l’île et le risque de tsunami auquel elle est de fait exposée préoccupent de plus en plus autorités et populations locales, les récifs coralliens constituent une protection naturelle du littoral puisqu’ils sont capables de “casser” les vagues, et donc de limiter leur impact de frappe sur la terre ferme.

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UN RISQUE D'EXTINCTION D’ICI 30 ANS Alors que 25% des récifs coralliens de la planète ont déjà disparu, la communauté scientifique estime qu’à ce rythme, 99% des coraux sont menacés d'extinction d’ici 2050. À titre d’exemple, en seulement neuf ans, entre 2009 et 2018, 14% des coraux ont disparu dans le monde, pour une surface de 11 700 km², l’équivalent de la superficie de toute l’île de France. Si à Mayotte, leur situation reste “globalement stable” selon le parc marin, une légère baisse de leur surface et de leur diversité est observée localement depuis le début des années 2010. Aujourd’hui, 12% d’entre eux sont considérés comme “menacés” par l'Office français de la biodiversité.

Répartition des espèces évaluées par territoire en fonction des catégories de la liste rouge (nombre d'espèces entre parenthèses)

“La principale pression, c’est le réchauffement climatique, donc de l’eau”, rappelle le parc marin de Mayotte, qui fait état d’épisodes “de plus en plus fréquents”, alors que les coraux vivent généralement à une température comprise entre 25 et 30 degrés. Au-delà, un phénomène de blanchissement apparaît : stressé, le corail rejette soudainement l’algue avec laquelle il vit normalement en symbiose et qui lui permet de vivre. Il perd alors sa couleur et ne peut dès lors survivre que de quelques heures à quelques jours. Depuis la création de l’Observatoire des Récifs Coralliens en 1998, les récifs mahorais ont subi trois épisodes de blanchissements massifs en 1998, 2010 et 2016, qui ont entraîné jusqu’à 90% de mortalité sur le récif barrière à certains endroits, rappelle encore le parc. Si un corail blanchi peut “revenir à la vie” lorsque son milieu lui redevient favorable, l’accélération du réchauffement des océans complique considérablement le processus. “Mais il y a aussi une grosse pression depuis les côtes”, complète le parc marin qui cite les écoulements de terre dans le lagon, qui asphyxient les coraux en les recouvrant et les privant de lumière. Un déversement d’autant plus important sous l’effet de l’agriculture illégale, les déboisements massifs rendant les sols plus perméables, et donc moins à même de retenir la boue en cas de forts épisodes pluviaux. “Tout ce qui est fait par l’homme à terre de façon déraisonnée finit forcément par toucher les milieux marins”, martèle la structure. Ainsi, les polluants chimiques présents dans les sols et les rivières et les eaux usées mal traitées - voire pas du tout - touchent eux aussi la vie marine. Avec nombre de maladies déversées dans le lagon, les coraux deviennent moins résistants aux menaces naturelles, parmi lesquelles l’Acanthaster planci, une étoile de mer dévoreuse de corail naturellement présente dans le lagon, comme à Tahiti Plage. Enfin, les pratiques de pêche peuvent elles aussi dégrader les coraux, en les arrachant par exemple, si une ancre ou un filet est jeté dans un récif. “Ce n’est pas le principal problème à Mayotte”, rectifie le parc marin en charge de la réglementation. “Les choses sont ici très encadrées et nous avons déployé des mouillages écologiques pour permettre aux bateaux d’amarrer sans jeter l’ancre”. Dans la même logique, la pêche a été strictement interdite dans la passe en S, qui tient son nom de la forme du chenal tracé entre les coraux, et qui abrite un nombre considérable d’espèces récifales : “elle joue un rôle de nurserie et permet notamment à beaucoup de poissons de se reproduire avant qu’ils aillent ensemencer tout le reste du lagon”, explique le parc marin. Une sorte de miracle de la vie, qui garantit aussi le maintien des ressources de pêche dans les eaux mahoraises, mais qui dépend directement de l’état des coraux.

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DOSSIER

Axel Nodinot

AÉROPORT

LES ASSOCIATIONS ET LA PISTE LONGUE, ENTRE RÉCIF ET REMBLAI VOILÀ DE NOMBREUSES ANNÉES QUE LES ESPRITS MAHORAIS S’ÉCHARPENT SUR LE PROJET DE PISTE LONGUE DE L’AÉROPORT INTERNATIONAL DE DZAOUDZI-PAMANDZI, QUI SERAIT VECTEUR DE DÉVELOPPEMENT POUR L’ÎLE. INTÉGRÉES AUX RÉFLEXIONS, LES ASSOCIATIONS LOCALES CRAIGNENT NÉANMOINS POUR LA FAUNE ET LA FLORE DU LAGON, EN ESPÉRANT QUE LA JUSTICE FREINE L’ALLONGEMENT DE LA PISTE.

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Si d’aucuns s’accordent à dire fièrement que Mayotte possède le plus beau lagon du monde, c’est grâce – en partie – à ses coraux. Ceux-ci jouent un « rôle primordial dans le maintien d’un littoral en bonne santé », expliquait dans une étude de 2005 l’IFRECOR (Initiative française pour les récifs coralliens). Avec environ 760 hectares d’herbiers, les habitants du 101ème département français peuvent donc se targuer d’avoir une biodiversité rare à leurs pieds. Seulement, la protection de l’environnement ne peut se dérouler qu’avec le développement économique de l’île, et donc une facilitation des vols long-courrier, qui serait rendue possible par une piste longue à l’aéroport de Dzaoudzi-Pamandzi. C’est à Pamandzi, justement, que la maison du projet piste longue était inaugurée ce lundi 4 octobre, en présence notamment de Damien Cazé, directeur général de l’aviation civile (DGAC), marquant des points pour le remblai, contre le récif. Car, autre que son prix réel, cette construction qui favoriserait le tourisme, le fret, la concurrence entre les compagnies aériennes et donc la baisse des

billets, coûterait aussi cher à la faune et la flore du lagon. "Celles et ceux qui ont une vision plus large sont très circonspects vis-à-vis de ce projet", prévient Franck Charlier, membre de l’association Oulanga na Nyamba. "Il n’y a pas que les dugongs dans la zone !"

LES ASSOCIATIONS DANS UN COMITÉ DE SUIVI DES ÉTUDES ÉCOLOGIQUES Les tortues marines, notamment, mais aussi d’autres espèces, vivent grâce au milieu récifal et lagunaire de Mayotte, dont l’autorité environnementale disait en 2020 qu’il comportait « des peuplements coralliens en bonne santé et des herbiers clairsemés dont des études récentes relèvent la régression ». Cette dernière serait accentuée par la construction d’une piste longue sur le lagon mahorais, même si Christophe Masson, délégué du projet à la DGAC, assure que "dès le départ, les associations ont été associées au projet via un comité de suivi des études écologiques (CSEE). Elles nous apportent le savoir qu’elles ont sur le terrain et les espèces.

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naturel marin en 2011", explique Franck Charlier. "Et les probabilités pour qu’il émette un avis favorable à un projet détruisant l’environnement sont proches de zéro." Pour le membre d’Oulanga na Nyamba, "ce projet de piste longue est mort dans l’œuf, c’est une hypocrisie. Nous sommes dans une aire marine protégée. Le gouvernement a créé un outil juridique qui se retourne contre ce projet." Interrogé à ce sujet, Christophe Masson préfère éluder le cas dans lequel le Parc marin émettrait un avis défavorable au projet, ou du moins, le nuancer. « Le Parc naturel marin est associé à toutes les études, et devra délivrer un avis auquel nous serons attentifs, confirme le délégué de la DGAC à Mayotte. Un avis conforme doit être scrupuleusement respecté. Mais dans un avis, il peut y avoir des réserves, des préconisations, ce n’est jamais tout noir ou tout blanc. » C’est donc le gris qui serait à l’honneur, le même que le remblai d’une piste longue portant nombre de promesses économiques pour Mayotte. Pour la construire, il faudra cependant garder en tête le blanc, celui dont sont teintés de plus en plus de récifs coralliens du lagon. n

Nous devons avoir une étude d’impact la plus fiable possible. Nous sommes tout à fait conscients que le projet de piste longue se trouve dans un environnement sensible." Lancée en septembre 2020, l’étude opérationnelle pour la piste longue privilégie ainsi le "scénario 2", une piste convergente qui prendrait appui sur l’extrémité sud de la piste actuelle. Cette dernière aurait un impact moindre sur l’environnement, même si la végétation de la colline de Foungoujou serait rasée et que le coût de réalisation de cette seconde option, bien plus bas, est aussi un facteur primordial. Le CSEE s’est déjà réuni deux fois, en 2020 et en avril 2021, afin de mettre en place des inventaires d’espèces autour de la zone de l’aéroport, qui seront menés par les bureaux d’études Espaces et Micropoda. La troisième réunion du comité, prévue ce mardi 19 octobre, permettra sans doute aux associations locales de lever le voile sur leurs doutes.

LE PROJET DE PISTE LONGUE, « MORT DANS L’ŒUF » ? En attendant, la lutte continue du côté du récif. Pour cela, les acteurs associatifs locaux peuvent compter sur un outil juridique : l’avis conforme, qui permet de bloquer un projet ayant un impact notable. Cet outil contraignant "a été mis entre les mains du Parc

1995 C’est l’année du premier allongement de la piste de l’aéroport de Mayotte, qui avait pour but de favoriser les vols moyen-courrier à destination de La Réunion. Poussé à 1 930 mètres, le remblai avait déjà recouvert le platier corallien au sud de Petite-Terre. Dans son dernier avis, l’autorité environnementale remarque d’ailleurs que « l’allongement de la piste actuelle en 1995 a eu un impact sur l’hydrodynamique et la faune et la flore dont il conviendra de faire un bilan ».

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S.P.

PORTRAIT

A MAYOTTE, UN PROJET INÉDIT D’ÉTUDES DES CORAUX

DANS LE MONDE DE LA PLONGÉE, LE NOM DE GABY BARATHIEU EST DÉJÀ BIEN CONNU DEPUIS PLUSIEURS ANNÉES. AUJOURD’HUI, LE PHOTOGRAPHE SOUS-MARIN, À TRAVERS SON ASSOCIATION SCIENTIFIQUE DEEP BLUE EXPLORATION, LANCE UN PROJET INÉDIT VISANT À ÉTUDIER LES CORAUX DE MAYOTTE ET LEUR CAPACITÉ À TROUVER REFUGE À DES PROFONDEURS ENCORE TRÈS MÉCONNUES.

Le projet a vu le jour à 120 mètres de profondeur, là où seuls quelques plongeurs parviennent à descendre. Parmi eux, Gaby Barathieu s’est installé à Mayotte il y a cinq ans. Il n’en est jamais reparti. Depuis, il arpente la zone crépusculaire dite mésophotique, où la lumière du soleil peine à percer l’eau et où l’être humain ne peut demeurer que quelques dizaines de minutes. Dès lors, près de trois heures de décompression sont nécessaires, rendant l’exercice particulièrement délicat. Au gré de ses explorations, Gaby Barathieu découvre une vie sous-marine très largement méconnue, tant les recherches sont rares à cette profondeur. Alors, en

2017, le photographe sous-marin, nommé le meilleur de cette année-là, crée Deep Blue Exploration, une association à visée scientifique, qui œuvre pour la découverte et l'étude des peuplements coralliens à différentes profondeurs. Avec son appareil, il immortalise des espèces que jamais personne avant lui n’avait observées à travers les eaux du globe. Quatre ans plus tard, soit il y a quelques semaines, Deep Blue Exploration dévoile un projet d’ampleur intitulé CORCOMA pour parfaire la connaissance des récifs mahorais et surtout, leur évolution au fil du temps, jusqu’à 120 mètres de profondeur. “La plupart des données scientifiques concernent

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des zones situées jusqu’à 30 mètres sous la surface de l’eau”, commente Gaby Barathieu. “Au-delà, il faut des moyens techniques très importants...” Ainsi, l’équipe de dix personnes, composée de plongeurs et de scientifiques, sera chargée d’installer différentes stations de recherche, dont la première sera située dans la passe en S, naturellement. Là, seront mesurés tous les facteurs qui agissent sur la vie des coraux : température de l’eau, salinité, réaction des animaux au stress, génétique… Tout en modélisant en 3D la surface et le volume des récifs tous les six mois. “Il s’agit dans un premier temps de dresser un état des lieux, ce qui n’a jamais été fait, pour ensuite suivre les coraux à long terme.” Ces coraux, Gaby les connaît déjà partiellement, pour les avoir observés et photographiés régulièrement depuis cinq ans. “À Mayotte, il y a des endroits dévastés, notamment au bord des villes, mais d’autres zones débordent encore de vie !” Mais un jour, alors qu’il plonge à 80 mètres de profondeur dans un secteur qui lui est déjà familier, il découvre un récent phénomène de blanchissement des coraux. “J’étais très étonné : la première cause du blanchiment, c’est le réchauffement des eaux. On l’observe généralement en surface, car il y a peu de variations de température en profondeur”, développe le plongeur aguerri.

Dans ces mêmes profondeurs, les connaissances scientifiques manquent encore. Alors, le projet CORCOMA revêt un second objectif : “voir si les espèces récifales peuvent descendre plus bas pour s’installer dans d’autres zones refuges en cas de pollution ou de réchauffement des eaux.” En d’autres termes, étudier comment et dans quelle mesure la biodiversité corallienne est capable de s’adapter face à un environnement soumis à de nombreux risques et parfois même, menacé de disparition. “Encore une fois, comme peu de plongeurs descendent à 120 mètres, c’est un phénomène qu’on connaît très mal aujourd’hui.” Preuve de l'intérêt du projet, soutenu par l’office français de la biodiversité et la Deal, des scientifiques de l’extérieur ont accepté d’y participer, parmi lesquelles Héloïse Rouzé et Michel Pichon, les biologistes qui, en 2019, ont permis d’identifier l’espèce de corail la plus profonde jamais observée, à 172 mètres, en Polynésie française. Une découverte inédite pour la communauté scientifique, qui pensait jusqu’alors que ce type de corail ne se développait qu’entre 30 et 40 mètres, venant soutenir l’hypothèse d’une zone refuge pour les coraux de surface, et un espoir supplémentaire de les préserver. n

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LITTÉRATURE

LISEZ MAYOTTE

LA BANGA, SCÈNE DES PREMIÈRES ET DERNIÈRES BÊTISES

Les aventures d'un adolescent mahorais. Nassur Attoumani (Editions L’Harmattan)

Ces nouvelles construites à partir de l'autobiographie de l'auteur relatent des souvenirs de l'enfance à Mayotte, durant les années 1960-70. A cette époque, le seul lycée de l'archipel des Comores se trouve à Moroni. Dans l'île natale de l'auteur, tout le monde se déplace à pied, une vingtaine de véhicules tout au plus parcourent les routes. Le lecteur retrouve ici le Mayotte évoqué par l'auteur dans son premier roman Le calvaire des baobabs. (2006)

AGRÉGÉ DE LETTRES MODERNES ET DOCTEUR EN LITTÉRATURES FRANCOPHONES, CHRISTOPHE COSKER EST L’AUTEUR DE NOMBREUX OUVRAGES DE RÉFÉRENCE SUR LA LITTÉRATURE DE L’ÎLE AUX PARFUMS, NOTAMMENT UNE PETITE HISTOIRE DES LETTRES FRANCOPHONES À MAYOTTE (2015) DONT IL REPREND, APPROFONDIT ET ACTUALISE, DANS CETTE CHRONIQUE LITTÉRAIRE, LA MATIÈRE. Le banga est l’habitation réelle de l’adolescent à partir de la puberté. Il est aussi le support du premier beau livre sur Mayotte. Il est enfin un thème littéraire récurrent. Par conséquent, c’est dans l’œuvre de Nassur Attoumani encore lui, à nouveau lui, toujours lui - que l’on trouve plusieurs mabanga, celles que l’adolescent a construites et dans lesquelles il a vécu. C’est donc à nouveau dans les nouvelles autobiographiques intitulées Les Aventures d’un adolescent mahorais (2006) que nous puiserons notre matière.

Redoute en hommage au catalogue dont il pille les images pour tapisser les murs. Il n’en dit d’ailleurs pas plus sur les pages de prêtà-porter qu’il retient. Nous apprenons aussi qu’il n’occupe pas seul cette banga qui est luxueuse parce que, comme il le rapporte, sa mère la meuble de lits, d’une table et de chaise. C’est l’une des raisons pour lesquelles cette habitation est paradisiaque et remplit également sa mission aphrodisiaque : « À cause de la propreté de notre banga, beaucoup de filles nous considèrent avec des yeux d’anges. » (p. 72).

Nous trouvons des mabanga dans trois des 23 nouvelles du recueil : « Destin d’un égoïste », « Une Banga paradisiaque » et « Grâce matinée ». Ce sont les deux derniers textes qui retiendront surtout notre attention, en particulier le deuxième, qui est éponyme. Dans « Une Banga paradisiaque », Nassur Attoumani décrit sa garçonnière de la façon suivante : « Je devais avoir dix-sept ans lorsque je construis ma quatrième et dernière banga. Je la baptise La Redoute comme la célèbre usine de prêt-à-porter qui se trouve à Roubaix. L’intérieur de ma garçonnière est tapissé de pages du catalogue dont nous avons usurpé le nom. L’extérieur arbore une belle robe couleur de latérite. Nous sommes trois copropriétaires. Notre banga ne se trouve pas dans le quartier où se concentrent toutes les garçonnières anonymes. La Redoute est une case unique, spacieuse, aérée par deux portes et une fenêtre. » (p. 69)

Mais comme souvent chez Nassur Attoumani, les choses ne sont pas ce qu’elles paraissent. L’apparence trompeuse qu’il façonne est que sa banga est épargnée par le fléau qui contamine alors l’île aux parfums, des puces : « Comme jadis en Égypte pharaonique, Allah a dépêché une épidémie de puces chiques dans tout Mayotte. Une fois que les portes de La Redoute sont closes, nous prenons notre lampe à pétrole, traquons les puces chiques dans toutes les jointures des lits, de la table et de la chaise et nous les brûlons à vif [sic]. Au bout d’une heure d’incinération ininterrompue, nous possédons une petite marge de sécurité de dormir. Cet exercice pénible et crucial dure quelques semaines. Au bout du compte, pour ne pas devenir la proie permanente de ces bestioles sanguinaires, chaque nuit nous dormons par terre, sur une natte sans oreiller, durant tout le reste des vacances. » (p. 71)

Il s’agit donc ici de la quatrième et dernière banga de Nassur Attoumani. Il la nomme La

Ainsi les beaux lits neufs offerts par la mère ne sont-ils pas usés. Dans « Grâce matinée », une

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nouvelle sur les joies du sommeil, la banga est simplement le lieu de l’action, ou plutôt, à l’italienne, du far niente : « Depuis notre tendre enfance, mon frère réfléchit, essaye de trouver des idées positives, me conseille sans cesse. Moi, j’excelle dans la bêtise. J’ai la tête toujours en alerte pour inventer des anomalies à la vie. Chaque jour, de bon matin, papa vient cogner à la porte de Station, notre nouvelle banga. » (p. 73) Cette garçonnière, baptisée Station, est occupée par Nassur Attoumani et son frère. L’action de la nouvelle se déroule pendant les vacances scolaires. Le père aimerait que ses fils l’aident à féconder la vanille qu’il possède. Mais c’est sans compter sur la filouterie d’un fils qui, comme il le dit, « excelle dans la bêtise » et aime « inventer des anomalies à la vie. » Il réussit donc à embarquer son frère dans le stratagème suivant : « Debout ! Espèces de vagabonds ! crie papa. Joignant le geste à la parole, il tire la porte et passe la tête à l'intérieur. Derrière mon cahier ouvert depuis la veille au soir, je réplique.

- Papa, nos révisons nos cours. - Bonjour ! ajoute mon frère, en ramenant son livre sur la poitrine, les yeux lourds de sommeil. Après un mois de réveil matinal forcé, nous avons pris papa de court. - Après vos révisions, n’oubliez pas d’aller féconder les fleurs de vanille, s’excuse-t-il. - Oui, papa ! répliquais-je. Et dès que la porte se referme, nous jetons cahiers et livre sur la table et faisons la grasse matinée. Une grasse matinée bien méritée qui se répète chaque jour jusqu’à la fin des grandes vacances. » (p. 75) Comme on le voit, la banga est une pièce essentielle de l’adolescence. C’est un lieu où l’on grandit et aussi où l’on fait ses premières ou ses dernières bêtises…

Christophe Cosker

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MAGAZINE D’INFORMATION NUMÉRIQUE HEBDOMADAIRE Edité par la SARL Somapresse au capital de 20 000 euros 7, rue Salamani Cavani M’tsapéré BP 60 - 97600 Mamoudzou Tél. : 0269 61 20 04 contact@mayottehebdo.com Directeur de la publication Laurent Canavate canavate.laurent@mayottehebdo.com Directeur de la rédaction Mohamed El Mounir dit “Soldat” 0639 69 13 38 soldat@mayottehebdo.com Rédactrice en chef Solène Peillard

# 970

Couverture :

Coraux, un monde fragile

Journalistes Romain Guille Raïnat Aliloiffa Constance Daire Lise Gaeta Axel Nodinot Direction artistique Franco di Sangro Graphistes/Maquettistes Olivier Baron, Franco di Sangro Commerciaux Cédric Denaud, Murielle Turlan Thomas Lévy Comptabilité Catherine Chiggiato compta@mayottehebdo.com Secretariat Annabelle Mohamadi Première parution Vendredi 31 mars 2000 ISSN : 1288 - 1716 RCS : n° 9757/2000 N° de Siret : 024 061 970 000 18 N°CPPAP : 0121 I 92960 Site internet www.mayottehebdo.com

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Mayotte Hebdo/FLASH infos • 1/2 Page Largeur FU • 190 x 130 mm • Visuel:Quinté+ Week-end • Parution=15/oct./2021 • Remise le=12/oct./2021

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