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LE MOT DE LA RÉDACTION

UN VIRAGE POUR MAYOTTE ? Alors que les huitièmes élections municipales de Mayotte se tiennent, chacun se prend à rêver : et si les futurs maires permettaient d'accélérer le développement de l'île ? Et si, passées des années et des scrutins d'essais, de tentatives, de tâtonnements, le département était enfin arrivé à une nouvelle époque ? Celle d'élus locaux déterminés, motivés mais surtout qualifiés ? Car s'il ne s'agit évidemment pas de jeter l'opprobre sur tous ceux qui, bon gré mal gré, ont assuré la fonction – et souvent avec des moyens limités – jusqu'ici, force est de constater que tous n'étaient pas forcément très qualifiés. Et c'est bien normal car le scrutin municipal à Mayotte est des plus contemporains. Les communes, en effet, n'ont été créées qu'en 1977, dans l'urgence, afin de doter Mayotte d'une structure administrative semblable, au moins sur la forme, à celle du reste du pays. Sans doute se disait-on alors "Faisons, et puis on verra plus tard." Oui mais voilà, le plus tard est désormais là. Mayotte est désormais département et l'heure d'avancer est arrivée. La population presse en ce sens. Dans ce numéro de Mayotte Hebdo, nous revenons sur cette histoire des municipales afin d'y apporter un éclairage nouveau. C'est le dossier de la semaine. Vous découvrirez également une nouvelle rubrique – Portrait de chercheur – qui met à l'honneur tous ceux qui contribuent à la découverte du territoire et participent à son rayonnement scientifique. Enfin, c'est un entretien avec la directrice de le CSSSM, Ymane Alihamidi-Chanfi, que nous vous proposons. L'organisme, fort d'un siège flambant neuf, est un symbole de cette nouvelle Mayotte, tant attendue. Bonne lecture à tous.

Tél. 0269 63 63 03

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COUP D’ŒIL DANS CE QUE J'EN PENSE

Laurent Canavate

Mayotte Hebdo n°674, vendredi 3 octobre 2014

MAYOTTE DANS 20 ANS

Un Centre hospitalier universitaire, installé sur les hauteurs de Mamoudzou, non loin du CHM, est accessible par la rocade qui passe par les hauteurs de la ville. Un CHU qui accueille aussi des futurs médecins de Madagascar, des Comores, et même de la côte est-africaine et fait la fierté de Mayotte, tout comme son école de commerce où se pressent des enseignants de renom, mais surtout les futures élites économiques de toute la région, et où l'on parle autant le swahili, que l'arabe, l'anglais… et le français. Une université spécialisée dans l'éducation, les langues et histoires régionales, la biologie marine, avec des chercheurs installés sur place. Certains dépendent directement de la Maison de la mer, un grand centre de recherches monté avec l'Ifremer, qui abrite aussi, en allant vers Hajangoua, le Musée de la mer et du lagon, où trônent le dugong et le cœlacanthe, et des aquariums où les enfants et les touristes découvrent les richesses de notre lagon, classé au Patrimoine mondial de l'Humanité depuis 10 ans déjà. Un évènement qui a changé le regard du monde sur cette belle île que beaucoup rêvent de visiter un jour. Un musée de la civilisation swahilie, pendant du Palais des Merveilles de Zanzibar, où à travers des objets, des films, des reconstitutions, chacun découvre un pan de l'histoire de l'Humanité. Un musée des cultures et traditions populaires, un musée de l'histoire de Mayotte adjacent, entre l'ancienne poste et la Résidence de Petite Terre, reçoivent des milliers de visiteurs, scolaires et touristes mélangés. Les paquebots accostent par dizaines chaque année, arrivant des Seychelles et repartant vers Madagascar, le Mozambique ou Zanzibar, avec des croisiéristes ravis de repartir avec de la vanille bio et de l'essence d'ylang, dont la réputation a franchi les frontières, après quelques décennies de quasi-abandon. Les milliers de tonnes de poissons de l'aquaculture mahoraise, avec son label bio, sont servies sur les grandes tables de l'Europe, chaque jour, et les perles naturelles du lagon, roses ou bleues, ornent les colliers des quartiers chics de la planète. Un pont entre la Petite et la Grande Terre permet de rejoindre facilement l'aéroport international, avec sa piste longue, d'où décollent les avions pour Paris, Bruxelles, Johannesburg, Dubaï, mais aussi toutes les îles et grandes villes de la région. Les touristes vont et viennent, mais aussi les entrepreneurs, les commerçants, qui développent leurs affaires dans la région. Depuis que du pétrole a été découvert dans tout le Canal du Mozambique, Mayotte rayonne et devient un point de ralliement très apprécié pour sa sécurité et sa qualité de vie. Le front de mer de Mamoudzou et sa marina avec ses centaines de bateaux font la joie des navigateurs, mais aussi de tous ceux qui s'y retrouvent tous les jours, tous les soirs pour y boire un verre de jus de fruit frais, se promener, y écouter un concert. La pointe Mahabou est aménagée en parc public, avec ses jeux pour les enfants, ses parcours de santé, son restaurant panoramique et gastronomique qui offre, tout en haut, une vue magnifique sur Mamoudzou, la Petite Terre et quelques îlots. D'autres plages accueillent désormais aussi des hôtels, des restaurants, des bases nautiques remplies tous les week-ends et même en semaine avec les scolaires, pour le bonheur de tous.

TOLERIE - PREPAR ATION - PEINTURE

Le terre-plein de M'tsapéré, longtemps resté en friche, offre, lui aussi, un nouveau visage avec son grand parc des expositions, et son parc adjacent, qui accueille chaque semaine des salons, foires, concerts et autres manifestations régionales, même en saison des pluies. La belle salle de théâtre à côté permet à des troupes locales de théâtre, de danse, de se créer, de présenter leurs spectacles, de se développer et faire voyager leurs œuvres jusqu'à Avignon et New-York ! Mayotte s'exporte ! Les bus sillonnent l'île tous les quarts d'heure le jour, toutes les heures la nuit, des bus électriques, qui s'approvisionnent comme toutes les voitures de l'île, grâce aux fermes solaires et aux turbines géantes installées dans les passes du lagon. Beaucoup de responsables du monde entier viennent découvrir cette île qui fonctionne avec une énergie 100% renouvelable. D'autres viennent s'enquérir des méthodes utilisées pour avoir su conserver un lagon aussi magnifique, de la charte pour l'approche des mammifères marins, des campagnes de sensibilisation qui ont été menées pour arrêter la culture sur brulis ou le braconnage des tortues et des techniques mises en oeuvre pour "replanter" du corail après les deux épisodes d'El Nino successifs. Les constructions sousmarines commencent aussi à intéresser nos voisins et les techniques se développent ici. Les élèves ont tous leur tablette, dans des salles climatisées, toujours grâce à cette énergie renouvelable et désormais quasi gratuite. Leurs professeurs leur apprennent le français et les maths, mais aussi l'histoire et la géographie, les sciences avec des tableaux tactiles, des écrans interactifs. Et le niveau n'a plus rien à voir avec ce que l'île a connu il y a encore vingt ans… Des stades ont vu le jour, avec leurs terrains en gazon synthétique, avec leurs pistes d'athlétisme, avec des gradins couverts, des vestiaires évidemment et des parkings en conséquence, permettant d'accueillir une fois encore les Jeux de l'océan indien, mais surtout l'an prochain les Jeux des îles européennes. Il était temps. 20 ans après l'intégration de Mayotte dans l'Europe… Et une piscine olympique a été inaugurée l'an dernier, après les cinq piscines territoriales, faisant une fois encore la Une du journal local : Mayotte Hebdo… Dans 20 ans, en 2034, il faut espérer que les problèmes de clandestinité auront été résolus, que les bidonvilles auront disparu, tout comme l'insécurité, les logements indignes, l'urbanisme sauvage, les déchets jetés dans les rues et les collines brûlées avant chaque saison des pluies. Il faut espérer que les enfants auront des écoles en bon état, propres, et que les médecins ne fuiront pas l'île, nous laissant dans un désert médical très préjudiciable. L'attractivité du territoire, pour ses habitants d'abord, mais aussi pour conserver ses enfants et pour attirer des compétences est un élément essentiel des prochaines années. L'éducation, la santé, la sécurité, la circulation, l'ouverture sur la région, les loisirs, le développement économique sont des éléments qui devront trouver de sérieuses améliorations. Les responsables socio-économiques, les maires, les conseillers généraux et autres élus, l'Etat, l'Europe, chacun devrait agir rapidement en ce sens, car les enfants grandissent et 20 ans passent vite…

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S LE RÉTRO

Pour tous vos communiqués et informations

Une seule adresse : rédaction@mayottehebdo.com

La mahoraise moderne leur fait peur À l'occasion de la Journée internationale des droits de la femme, votre magazine s'intéresse à l'évolution de la femme au sein de la société mahoraise. Ce qu'il en ressort ? La femme moderne fait peur. Les témoignages en ce sens sont nombreux. "Les femmes d’aujourd’hui aiment beaucoup trop l’argent et les mzungus. Mais heureusement il y a des exceptions. Elles travaillent et gagnent de l’argent, mais elles en demandent toujours plus", pour celui-ci ; "Ma femme m’impose des choses alors que ma mère n’osait pas hausser le ton devant mon père. Les hommes sont là pour protéger les femmes, il suffit de regarder nos constitutions physiques pour voir que la force est du côté des hommes", estime tel autre ; ou encore "La femme d’aujourd’hui se donne trop de liberté. On ne reconnaît plus le mari. Avant, elle ne travaillait pas, alors elle se taisait. Maintenant qu’elle bosse, elle sait qu’elle a plus de pouvoir de décision, plus d’argent, elle s’en fout des hommes. Elle sait qu’elle peut en changer dès qu’elle veut, elle n’a rien à perdre." Mayotte Hebdo n°466, vendredi 12 mars 2010.

Élections départementales : les grands enjeux de Mamoudzou Si la campagne des municipales est cette année au centre de l'agenda politique, il y a cinq ans en revanche, c'était le scrutin départemental qui était dans tous les esprits. Mayotte Hebdo se livrait donc à un zoom sur des points forts de la campagne : le chef-lieu, Mamoudzou. "La population électorale du canton se limite à 4 207 électeurs inscrits sur les listes en 2012. Ce qui en fait un des cantons où le nombre de suffrages à conquérir est le plus facile à réaliser. Mais la bataille électorale sera rude et 5 listes sont en lice", écrivions-nous en expliquant que "Le canton a vocation à développer ses activités agricole et commerciale du côté de Vahibé et au fond de Tsoundzou, mais surtout à y intégrer des pratiques respectueuses de l'environnement, des rivières et des droits sociaux du travail. Le littoral de Passamaïnty pourrait aussi accueillir des activités attractives sur la plage de Dinga-Dinga." Mayotte Hebdo n°695, vendredi 13 mars 2015.

LA PHOTO D'ARCHIVE Majicavo s'agrandit Juin 2012 : les travaux d'extension et de réhabilitation de la maison d'arrêt de Majicavo sont en cours. L'aggrandissement du seul lieu pénitentiaire de l'île est prévu pour accueillir 265 places, contre 105 auparavant, en tout.

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IL Y A 5 ANS

IL Y A 10 ANS

C'ÉTAIT DANS MH


TCHAKS

L'ACTION Mamoudzou se prépare au Covid-19

LA PHRASE LE CHIFFRE 500

C'est le nombre d'agents de catégorie B et C du CHM qui devraient être formés au cours des quatre prochaines années. Ce plan défendu par la directrice de l'organisme, Catherine Barbezieux, devant les instances régionales de l'agence de formation hospitalière vendredi 6, est toutefois tributaire d'une enveloppe de plus d'un million d'euros. Le dossier sera étudié au niveau national en avril-mai prochain, mais "sur le principe, l'avis est pour le moment très favorable", a confié la directrice à nos confrères et collègues de Flash Infos.

"Nous avons des stocks [qui] viennent des stocks stratégiques du ministère de la Santé." La directrice de l'ARS, Dominique Voynet, rassure quant au niveau des stocks de masques destinés, si besoin est, à pallier la propagation du Covid-19. La responsable complète : "le CHM a aussi son propre stock avec des prévisions pour six mois. Alors certes, il y a eu un phénomène d’achat compulsif en pharmacies qui a provoqué l’épuisement de leurs stocks. Mais nous allons recevoir de nouveaux lots dès cette semaine, dont un qui sera livré directement à l’ARS pour pouvoir le débloquer si un cas avéré venait à être découvert à Mayotte, et un autre à destination des pharmaciens pour les professionnels de santé."

Dans le cadre de la prévention contre l’épidémie de Covid -19, la municipalité de Mamoudzou a fait l’acquisition de 100 distributeurs de gel hydroalcoolique ainsi que d’une réserve de gel. Ces équipements ont été installés dans les bâtiments communaux recevant du public, à savoir les établissements scolaires, les maisons des jeunes et de la culture, la médiathèque de Passamaïnty, l’hôtel de ville, les mairies annexes et le point information jeunesse. "Malgré l’absence de cas confirmé de coronavirus sur le territoire de Mayotte, la ville de Mamoudzou se prépare à l’arrivée potentielle du virus. Plusieurs réunions de préparation et de sensibilisation ont été menées au sein de la mairie en lien avec la Cadema et l’ARS", relate la direction de la communication.

LA PHOTO DE LA SEMAINE Violences : encore et encore… Lundi 9 au matin, pendant près d’une heure, de violents affrontements ont opposé un groupe d’une vingtaine de jeunes et les forces de l’ordre, à Doujani. Des violences urbaines qui ressemblaient aux autres, à ceci près qu’un groupe d’automobilistes et de riverains s’en sont cette fois mêlés. Une intervention d’une efficacité redoutable, mais qui laisse entrevoir un ras-le-bol réel chez les habitants, de plus en plus déterminés à en finir eux-mêmes avec ces affrontements.

HISTOIRE

SOLIDARITÉ

Le passé sucrier de Mayotte se dévoile

Le Secours catholique lance un appel aux livres

L’association Les Naturalistes organise un nouveau caféconférence gratuit au pôle culturel de Chirongui le mardi 17 mars à 19h30. Elle mettra à l’honneur l’histoire sucrière de l’île au lagon. Une industrie apparue au XIXème siècle et qui a grandement influencé le développement économique de Mayotte, via l’arrivée de travailleurs venus des Comores et du Mozambique. La conférence, animée par le président des Naturalistes, s’appuiera sur l’exemple des vestiges de Miréréni Bé.

Avis de recherche ! Le secours catholique de Mayotte recherche "des livres de lecture ou autre", en français ou en shimaoré pour les enfants de 2 à 12 ans, dans le cadre de ses animations dans les quartiers. Si vous avez des livres que vos enfants n'utilisent plus, prière d'envoyer un mail à l'adresse com.mayotte@secours-catholique. org, ou d'appeler au 0269 62 10 10.

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LE FLOP LE TOP Deux nouvelles missions pour connaître le volcan Durant les prochaines semaines, deux nouvelles missions scientifiques terrestres viendront prendre de nouvelles mesures des sols marins mahorais dans le cadre du phénomène sismo-volcanique, suivi depuis le mois d’août 2019. De quoi, entre autres, mieux cerner les éventuelles déformations des couches géologiques, et peut-être permettre d’en savoir un peu plus sur la possible poche magmatique qui pourrait se trouver à proximité de l’île. Passées ces missions, le directeur du BRGM, Frédéric Tronel explique que "beaucoup d’actions vont suivre, notamment avec des moyens humains dédiés, via des gens basés à La Réunion, à Mayotte et à Paris. Il y a aussi des moyens scientifiques de terrain : les sismomètres à terre et les moyens de mesure de déformation vont être modernisés. Des missions océanographiques comme le Marion Dufresne vont elles aussi être mises en place entre avril et mai pour poursuivre la cartographie, les prélèvements et refaire des mesures au niveau de la zone éruptive et de l’essaim principal. C’est fondamental, parce que depuis le mois d’août on n’a plus de grandes données physiques sur l’évolution du phénomène."

Nouvel arrêt pour le 787 d'Air Austral

C'est à se demander s'il n'a pas été marabouté ! En début de semaine, le Dreamliner aux couleurs de la Passe en S d'Air Austral a de nouveau été immobilisé, à l'aéroport RoissyCharles de Gaulle. En cause : l'appareil a été "percuté par un objet lors d'une opération de maintenance. (…) Le dommage constaté au niveau de l’empennage arrière de l’avion concerne une partie sensible de la structure primaire. Boeing, qui assiste la compagnie dans le traitement de cet incident regrettable, exige ainsi qu’une étude approfondie pour réparation définitive soit enclenchée avant toute autorisation de remise en ligne", a indiqué la compagnie. Celle-ci a donc dû, une nouvelle fois, affréter un avion de la compagnie Wamos. L'appareil devait rester en convalescence forcé pour une semaine.

IL FAIT L'ACTU Jean-François Colombet

"Nous n'avons pas de baguette magique, nous aurons probablement des heurts et des violences inacceptables dans les semaines à venir, mais ce qui importe déjà c’est que nous soyons mobilisés ensemble", prévient le préfet Jean-François Colombet à l'issue de la présentation d'un "plan de sortie de crise", mercredi 11 à l'hémicycle du Département. Ledit plan est censé répondre aux violences qui agitent Mayotte depuis plusieurs semaines. Des "assises de la jeunesse" se tiendront au mois de juin en ce sens et, d'ici là, il est convenu "d’accentuer la présence et la visibilité des forces de l’ordre sur l’espace public, notamment à la tombée de la nuit et durant celle-ci." Un volet médiation est également prévu avec le recrutement par les associations de 600 bénévoles pour "aller au contact des gens, au contact des jeunes", tout comme un soutien aux communes dans la mise en place de leur Comités locaux de sécurité et de prévention de la délinquance. "Les maires sont un peu seuls, il faut les aider et mobiliser les acteurs autour d’eux", a ainsi concédé le haut fonctionnaire.

PROVERBE Kanga la muhaini uhomojaya. La corbeille de l'égoïsme met du temps à se remplir.

CORONAVIRUS Un premier cas à La Réunion Confirmation mercredi 11 d'un premier cas de coronavirus à Le Réunion. Le patient a été pris en charge par les équipes du centre hospitalier universitaire Nord. "Son état de santé ne présente pas de signe de gravité", indique toutefois le communiqué de presse, mais la personne a tout de même été placée à l’isolement dans le service compétent. Âgé de 80 ans, l'homme revenait d’un voyage aux États-Unis, qui a transité par Paris.

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PORTRAIT DE CHERCHEUR

G.V

DIMITRI THEUERKAUFF

QUATRE ANS DANS LES MANGROVES ARRIVÉ IL Y QUATRE ANS À MAYOTTE DANS LE CADRE DE SA THÈSE, LE BIOLOGISTE MARIN DIMITRI THEUERKAUFF AURA ÉTUDIÉ UN ASPECT BIEN PRÉCIS DES MANGROVES : LES EFFETS DES REJETS D'EAUX USÉES DOMESTIQUES SUR DEUX ESPÈCES DE CRABES. EXPLICATIONS ET RENCONTRE.

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Effets des rejets d’eaux usées domestiques sur la physiologie et l'écologie des crabes de mangrove, Sesarmidae et Ocypodidae : c'est vrai, le nom est quelque peu barbare, mais à l'instar de toutes autres thèses. Étude scientifique par excellence, la thèse met en effet en lumière, par nature, des sujets très spécifiques. Celle-ci est le fruit du travail de Dimitri Theuerkauff, biologiste marin arrivé à Mayotte il y a quatre ans dans le cadre de ladite thèse, "qui fait partie d'un projet plus grand lancé par l'université de Toulouse en collaboration avec le Sieam." Objectif : savoir s'il est possible d'utiliser la mangrove comme mode de traitement secondaire pour traiter les eaux usées domestiques, et connaître les impacts de celles-ci. Le sujet est étudié à Malamani, où est mis en place une station d'épuration expérimentale depuis 2008 : après un traitement primaire effectué grâce à un décanteur-digesteur, les eaux usées sont relâchées dans la mangrove de manière contrôlée et dans une zone bien délimitée. Le tout avec une surveillance de la végétation ; des micro-organismes ; mais aussi des crabes, espèces ingénieures de toute première

importance dans l'écosystème. Or, les acteurs du projet remarquent "des modifications écologiques, notamment sur ces crabes", explique Dimitri. Un constat capital. En effet, "dans la mangrove, le sédiment est complètement anoxique, il n'y a pas du tout d'oxygène. En creusant des galeries, les crabes transforment le sédiment en une sorte de gruyère dans lequel l'air peut s'infiltrer à marée basse. Les palétuviers possèdent des racines qui ressortent pour avoir accès à l'oxygène de la surface, mais ces galeries contribuent aussi largement à leur développement." Et c'est sans compter l'importance que ces "trous" ont aussi sur les cycles du carbone et de l'azote ; ni celle du rôle nettoyeur des crabes car "sans eux, il y aurait énormément de déchets comme des feuilles par exemple. S'ils ne les mangeaient pas, elles seraient embarquées vers le lagon où se ferait leur décomposition. Cela serait très problématique pour des écosystèmes beaucoup plus fragiles." En somme : "sans crabes, les mangroves ne seraient pas aussi développées, et pas en très bonne santé. Elles risqueraient même de disparaître." La nécessité d'en

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PORTRAIT DE CHERCHEUR

savoir plus est donc prégnante. Une thèse devra permettre d'y répondre, et c'est donc Dimitri Theuerkauff qui s'en chargera, pour la présenter à l'université de Montpellier – une des plus réputées en termes d'écologie –, dont le département sciences est en partenariat avec le CUFR.

DES OBSERVATIONS POUR AMÉLIORER LE CONCEPT Les modifications qu'il observe sont en effet bien là. Si on remarque qu'une espèce de crabe a pu tirer profit de l'expérimentation avec une population multipliée, tout comme les palétuviers – "quand vous regardez la mangrove de Malamani depuis le Choungui, vous voyez clairement trois tâches vertes. Elles correspondent aux trois zones expérimentales. La croissance des palétuviers a été augmentée : les arbres sont deux à trois mètres plus hauts que ceux alentours. Leurs feuilles contiennent plus de chlorophylle", explique le chercheur – Dimitri note tout de même "la disparition de certaines espèces très localement, sur la zone d'expérimentation (75m2, ne menaçant donc pas l'espèce), mais aussi une réduction drastique de la biodiversité. On s'est intéressé aux marqueurs

de stress par rapport aux eaux usées et on a démontré que toutes les espèces étaient stressées, bien qu'avec différentes réponses. (…) Nous avons démontré que l'idée initiale – rejeter de l'eau usée fournirait de potentiels nutriments pour les arbres – n'était pas pertinente pour les crabes : on ne peut pas balancer ainsi de l'eau prétraitée, car cela n'est pas sans conséquence sur ces espèces. L'idée est donc désormais de poursuivre le projet, mais en rejetant des eaux mieux traitées, avec un traitement secondaire. La mangrove arriverait seulement en traitement tertiaire." Un projet mis pour le moment entre parenthèses, mais autour duquel les travaux se poursuivent : "Les résultats de cette étude n'entraînent pas d'obligation, mais cela a convaincu de la nécessité d'installer un traitement secondaire pour diminuer l'impact sur les crabes de mangrove. L'idée ne se limitait pas à Malamani, c'était de démontrer à plus grande échelle que si on ne traite pas les eaux usées, il y a des conséquences sur l'écosystème. Cela a souvent était démontré ailleurs, mais le nombre d'études en milieu tropical est relativement faible. D'autant que Mayotte est assez exceptionnelle en termes d'écosystème : on a ici un écosystème insulaire peu fréquent dans la zone. La recherche scientifique y est assez faible, avec des données

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assez limitées. Cela a aussi permis de faire de la recherche fondamentale, de mieux connaître les espèces."

MAYOTTE, TERRE DE SCIENCE ? Une recherche indispensable pour mieux connaître Mayotte, à condition qu'il y ait des chercheurs. Cela tombe bien, le 101ème département semble de plus en plus susciter l'intérêt. "C'est un laboratoire formidable pour la recherche", confirme Dimitri en poursuivant : "d'un point de vue scientifique, le territoire est exceptionnel et très porteur." Il l'assure d'ailleurs : "L'envie de venir à Mayotte est prononcée. On s'en rend compte notamment lors de formations et de congrès. Les gens sont enchantés de venir travailler ici." Les choses semblent changer donc, puisqu'il y a quelques années, la notoriété de l'île était quasiinexistante. "Moi-même, je connaissais Mayotte de nom, mais cela se limitait à ça. Je ne sais même pas si j'aurais pu dire qu'il s'agissait d'un département français. J'en avais très peu entendu parler", confie d'ailleurs celui qui a été le premier doctorant à venir au centre universitaire. Sans regrets : "C'était une superbe expérience". Et même si "ici on n'a pas encore les mêmes moyens qu'en métropole, (…) le développement du CUFR est très fort. En quatre ans, la différence est énorme. Les équipes ont été multipliées par trois. En arrivant je connaissais tout le monde, maintenant ce n'est plus possible. Même en termes d'équipement, il y en a beaucoup plus. D'ailleurs, on manque d'espace." À la fin du mois de mars, Dimitri Theuerkauff s'envolera vers une autre île, plus septentrional pour nous : la Corse. Il y étudiera une autre espèce, les langoustes, dans le cadre d'un postdoctorat. n

LE PARCOURS DE DIMITRI THEUERKAUFF - Licence en biologie générale à Bruxelles - Master en océanographie marine, finalité biologie et écosystèmes marins à Marseille - Thèse menée à Mayotte et présentée à l'université de Montpellier, dont le département sciences est en partenariat avec le CUFR.

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DOSSIER

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ÉLECTIONS MUNICIPALES

UNE HISTOIRE CONTEMPORAINE Ce dimanche 15 mars se tient le premier tour des élections municipales. Un scrutin décisif pour le développement de l'île. Un développement extrêmement rapide qui demande une adaptation permanente des institutions locales, mais aussi de la société tout entière. Et justement, le scrutin municipal est un bon exemple de cette évolution menée tambour battant. Celui-ci est en effet contemporain puisque les communes ne datent que de… 1977 ! Soit un an après la déclaration d'indépendance des Comores et le choix de Mayotte de rester française. Il fallait alors, dans l'urgence, doter l'île d'une structure administrative semblable au reste du territoire français. De quoi expliquer, au moins en partie, comment est perçue cette élection à Mayotte. À ce sujet, le sociologue Abdallah Combo est clair : le maire d'aujourd'hui est l'héritier du chef de village d'hier. De quoi apporter un regard supplémentaire à ce rendezvous phare de la vie politique mahoraise.

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DOSSIER

C.D

HISTOIRE

1977 : IL Y A 43 ANS, 17 COMMUNES CRÉÉES À TOUTE BERZINGUE LE 22 MARS, LES NOUVEAUX MAIRES ENTAMERONT LA HUITIÈME MANDATURE DU GENRE À MAYOTTE. MAIS CINQUANTE ANS PLUS TÔT, LE TERME MÊME DE COMMUNE ÉTAIT INCONNU SUR L’ÎLE HIPPOCAMPE. POURQUOI LES COMMUNES ONT-ELLES ÉTÉ CRÉÉES ? COMMENT SE SONT-ELLES CONSTRUITES ? COUP D’ŒIL DANS LE RÉTRO, À L’OCCASION DE CES NOUVELLES ÉLECTIONS MUNICIPALES.

Mairie de M'tsangamouji 1985

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Mairie de Sada 1985

24 février 2020. Le taxi fonce sous les lampadaires qui illuminent la rue du Commerce. Ses pneus roulent sans effort sur le bitume bien lisse, en plein centre de Mamoudzou. La voiture sillonne ces rues passantes, tourne au niveau de l’Hôtel de ville, ralentit derrière un scooter près du Conseil départemental, freine à une centaine de mètres du CHM. “Vous voyez tout ça !”, s’exclame alors le passager sur le siège avant. “Avant c’était la mangrove qui s’étalait à la place de ces rues. Il n’y avait pas tout ce bitume, ni ces constructions en hauteur. En fait, il n’y avait même pas encore de mairie”, poursuit cet agent communal, en route pour la mosquée après sa journée de travail. Sa remarque résonne d’un son tout particulier en ces jours de période électorale. Car si tous les six ans, l’île aux parfums vibre désormais au son des meetings politiques, ce rendez-vous clé de la vie publique locale n’a que quelques années : 43 pour être exact.

rien, tout à construire. La situation était catastrophique, il n’y avait ni eau, ni électricité, à peine des médecins, pas de téléphone, rien”, martèle le haut fonctionnaire à la retraite. “Les Comores, tout comme la colonisation française, avaient complètement délaissé ce territoire”, se rappelle-t-il encore. Mais l’île s’apprête à connaître un changement de taille, dont il sera, bon gré mal gré, un acteur de première ligne. En effet, en février de la même année, les Mahorais viennent de confirmer leur volonté de rester français, lors d’un deuxième référendum qui signe leur détachement des Comores voisines. Pour garantir leur appartenance à la France, il leur faut désormais une assise juridique. Très vite, il faut prévoir des élections de députés, de sénateurs… et de maires. Or, les communes n’existent tout bonnement pas.

Eté 1976. Philippe Boisadam, secrétaire général de la représentation du gouvernement français atterrit sur Petite-Terre aux côtés du préfet de l’époque, Jean Coussirou. Le métropolitain fraîchement débarqué se souvient bien de ses premières impressions : “Il n’y avait

“Tout s’est passé très vite, car il fallait des élections”, raconte Philippe Boisadam. À des kilomètres de là, au ministère des Outre-mers, on trace à la main les limites de 17 communes. En décembre 1976, Mayotte obtient en effet son nouveau statut de collectivité. Cinq mois plus tard,

UNE DÉCISION TECHNOCRATIQUE

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DOSSIER

Mairie de Pamandzi 1985

un décret paraît au journal officiel : c’est le décret n° 77-509 du 18 mai 1977 portant organisation administrative de la collectivité territoriale de Mayotte. Dzaoudzi, Pamandzi, Mamoudzou, Dembeni, Bandrele, etc., en tout 17 communes, dont les noms s’écrivent noir sur blanc dans les pages du document officiel. Une annexe au décret vient préciser les contours des différents cantons. On y retrouve des dénominations géographiques pittoresques, comme la “portion de route de Sada, cote 92, carrefour route de Sada et chemin d’exploitation allant à l’ancien domaine Junquet” pour délimiter la commune de Dembeni à l’ouest. Ou encore le “milieu ‘‘épingle à cheveux’’ de la grande descente M’Combozi” qui marque la fin de l’administration de Mamoudzou. Ce sont encore ces lignes, écrites dans le calme feutré d’un bureau de la rue Oudinot, qui quadrillent aujourd’hui le territoire. Le hic ? Ces délimitations sont le fruit d’une décision “tout ce qu’il y a de plus technocratique”,

dénonce Philippe Boisadam. “Les Français sont arrivés avec leurs grands sabots pour calquer leur administration européenne sans aucune consultation locale”. Résultat, les 70 villages de l’île, fruits d’une longue histoire qui prenait bien souvent ses racines dans les flux de migrations et des regroupements ethniques, religieux et culturels, se retrouvent absorbés dans ces 17 communes. “Certains étaient à majorité malgache, d’autres arabe, africaine… Chaque village avait ses spécificités propres”, témoigne l’ancien représentant du gouvernement français. “On a par exemple réuni Mamoudzou et Mtsapéré alors qu’ils ne pouvaient pas se sentir, pareil avec Tsingoni et Combani”, relève-t-il. Cette dissolution rapide et arbitraire au sein de la nouvelle organisation municipale peut expliquer en partie la fragilité des communes. Les villages mahorais, basés bien davantage sur une logique de chefferie (lire aussi p.18-19), héritaient d’une organisation ancestrale,

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dont les règles et les coutumes étaient aussi inspirées d’autres cultures, et notamment de l’Islam. Rien à voir, donc, avec la logique municipale française et ses élections au suffrage universel direct, “une langue étrangère” pour Mayotte et ses habitants.

DES COMMUNES SOUS TUTELLE Mais c’est donc avec ces pieds d’argile que les nouvelles communes vont désormais devoir composer. Et la machine met quelques années à se mettre en branle. Les premières élections ? Presque une mascarade à en croire Philippe Boisadam : “Il y avait un côté loufoque : les mairies n’avaient pas de locaux, il n’y a pas eu de campagne, et il ne faut pas oublier que deux tiers de la population ne savaient pas lire ou écrire”. “Il s’agissait bien plus d’une logique de cooptation”, précise Abdou S. Dahalani, le président actuel du Conseil Économique Social et Environnemental (Cesem) de Mayotte qui a participé à la construction administrative des communes. “On a choisi parmi les notables ou bien les membres les plus qualifiés du Mouvement populaire mahorais, ceux à même de devenir maires”. Il faudra attendre les élections municipales de 1983 pour voir apparaître les premières listes candidates, et encore une mandature pour qu’elles rencontrent des listes d’opposition. Passé ce moment électoral, il reste alors aux maires fraîchement élus la lourde tâche de créer leur municipalité. Et ils manquent de tout pour y parvenir. Besoins humains, matériels, financiers : les communes n’en sont qu’à leurs balbutiements. “Au début, les mairies ont fait de la location, comme on loue un logement à un particulier”, explique Abdou S. Dahalani. Les premiers agents recrutés n’ont souvent guère plus qu’un niveau équivalent au diplôme du brevet : ils occupent les postes de secrétariat et de réception des courriers. Et les décisions prises par le conseil municipal sont toutes soumises à la validation du préfet ; si les maires prennent leurs fonctions en 1977, il faudra en effet attendre les années 2000, la décentralisation et l’extension progressive du code des collectivités territoriales à Mayotte pour qu’ils se libèrent de la tutelle de la préfecture, dont les services du contrôle de légalité filtrent toutes les délibérations. Surtout, leurs finances tournent presque à vide. Quelques milliers de francs à peine, juste de quoi équiper les bureaux avec les fournitures de base. Pour mener des projets de plus grande ampleur, les élus ont alors une “idée ingénieuse” d’après Abdou S. Dahalani. Au lieu d’évoluer seuls dans leurs coins, ils se regroupent et créent dès 1979 trois structures qui seront chargées des missions clés pour le territoire : c’est la

naissance de la Société immobilière de Mayotte (Sim) pour les logements, de la Musada pour centraliser les achats de matériel de construction – deux organismes auxquels les communes sont associées –, mais aussi du Smiam, le Syndicat mixe d’investissements pour l’aménagement de Mayotte. Routes, hôpital, dispensaires, eau et même les barges, sont le fruit de cette vieille solidarité communale. En reversant une partie de leurs dotations, les jeunes communes commencent ainsi à remplir peu à peu des prérogatives de mairies à la française. Puis, à mesure que leurs finances s’étoffent, elles gagnent des marges de manœuvre pour mener à bien leurs propres projets, et se consacrer aux travaux de proximité : leur participation au Smiam représentait ainsi 50% en 1985, pour descendre à 15% en 2012. Mais il leur reste encore bien du chemin à parcourir. En cause : la mise en place tardive des impôts locaux, en 2014, qui pâtissent encore aujourd’hui du manque de fiabilisation du cadastre et de la “faible faculté contributive de la majorité des contribuables de Mayotte”, souligne un rapport du Sénat de 2012. Sans cet apport essentiel, les communes ne peuvent s’affranchir entièrement de la tutelle étatique. Et certaines de leurs prérogatives restent alors confiées aux services de l’État. Les permis de construire, par exemple, qui requièrent des personnes qualifiées à même de maîtriser les règles d’urbanisme, sont pour la plupart instruits par la Direction de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement (DEAL). Ce qui n’a pas empêché, d’ailleurs, un certain maire du nord de s’en passer pour construire sa propre maison en 2013. “Un vieux rêve”, avait justifié l’édile de Koungou lors de son audience en 2019. n

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DOSSIER

G.V

MAIRE

LE NOUVEAU CHEF DE VILLAGE ? NOUS L'AVONS VU DANS NOTRE DERNIER NUMÉRO : LES COMPÉTENCES ACCORDÉES AUX COMMUNES FONT DU SCRUTIN MUNICIPAL UN DES PLUS IMPORTANTS POUR LE DÉVELOPPEMENT DE MAYOTTE. MAIS UNE AUTRE RAISON FAIT QUE LES MAHORAIS LUI ACCORDENT UNE CRÉDIBILITÉ TOUTE PARTICULIÈRE : IL EST EN EFFET CELUI QUI SE RAPPROCHE LE PLUS À LA STRUCTURE TRADITIONNELLE DE LA SOCIÉTÉ. Il danse et il chante sur scène. Puis il passe dans les rangées, affichant un léger déhanché qu'accompagnent les voix des femmes, toutes vêtues de salouvas identiques. Il remonte ensuite sur scène continuer son show. Lui, c'est l'un des 87 candidats à un fauteuil de maire à Mayotte. Et si la scène se passe à Dembéni, un dimanche après-midi sur le parking voisin de la Poste, de nombreuses autres semblables, avec d'autres prétendants, se déroulent aux quatre coins de l'île depuis plusieurs semaines. "Pour venir danser et se faire remarquer, il y a des candidats !", ironise un passant qui observe le meeting avant qu'une des femmes, s'avançant vers lui d'une démarche chaloupée, n'essaye de l'entraîner au cœur du rassemblement. "Si si viens, c'est le futur maire", lui assure-t-elle en souriant avant de le laisser poursuivre sa route. À Mayotte, aucune campagne ne peut être menée sans un meeting réussi. Pour cela, les ingrédients sont simples : ramener le plus de monde possible, faire de l'évènement un moment agréable pour tout le monde, et attirer tous les regards sur soi. Le principe même d'un meeting politique, où qu'il ait lieu. Certes, mais à ceci près que chez nous, le programme s'efface parfois derrière la personnalité du candidat. C'est en tout cas ce que regrette le sociologue Abdallah Combo, pour qui ces rassemblements démontrent

bien "l'individualisation des candidats". Il ironise à son tour sur les meetings : "Vous avez remarqué, vous aussi, le nombre de colliers de fleurs ? Il y en a tellement que les candidats ne voient même plus leur public ! Les gens ne jugent pas sur le programme, mais sur le nombre de colliers de fleurs qu'il a autour du cou." En somme : sur l'aura. Et l'aura, selon notre intervenant, tient à une chose : la communauté. "Nous sommes encore dans une société communautarisée, affirme le sociologue, car la communauté compte plus que l'ensemble du territoire et l'intérêt général, qui reste une notion à construire."

UN HÉRITAGE DE LA CHEFFERIE ? Une tendance qui serait héritée de la structure traditionnelle de la société, car les communes sont finalement encore assez récente (lire aussi p.14 à 17). "À mon sens, l'élection du maire est une extension de la chefferie villageoise", explique le sociologue qui poursuit : "Dans la mesure où le maire est celui qui administre l'ensemble des villages qui composent une commune, il est semblable à un ancien chef". Et d'effectuer un parallèle avec leur statut. Ainsi, "longtemps, les maires étaient les grands notables de la commune. Ils étaient les héritiers de la chefferie. Tsingoni est un bon exemple : jusqu'en 1995, c'est Zoubert Adinani, natif du village, dignitaire très respecté, et issu d'une grande famille, qui était maire. Dans certains cas, ce statut

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de dignitaire suffisait, il n'y avait même pas forcément besoin de savoir lire ou écrire. Il suffisait de savoir signer. Je pense que cette logique est la même aujourd'hui". Et c'est parce que cette logique est encore présente que le gros du travail d'un candidat réside… dans la création d'une liste. Car il s'agit là de ne pas oublier ceux qui, à travers leur influence, représentent un réservoir de voix. "Souvent, reprend Abdallah Combo, on retrouve sur une liste des membres des grandes familles. C'est comme une garantie. C'est ce qu'on appelle ici "faire le mraba." Quand on se met un mraba en poche dans chaque village de la commune, on peut quasiment compter les voix qu'on va obtenir. Cet aspect-là demeure primordial aujourd'hui encore. De fait, la composition de la liste compte plus que le projet." Et même si "c'est vrai, les nouvelles générations, les cadres nouveaux, attendent désormais un programme et une vision pour le territoire", ce mode de fonctionnement est encore bien présent : "Il n'y a qu'à voir les têtes de listes et les principaux colistiers. Tous sont issus du village considéré comme le plus noble de la commune, parce que l'image compte beaucoup." D'ailleurs, il n'y aurait pas de hasard dans cette sélection très localisée. C'est, d'une certaine manière, ce que Karl Marx et plus tard Pierre Bourdieu qualifiait de reproduction des élites : "les premières écoles françaises, les premiers pas de l'instruction se sont faits dans ces villages où vivaient les notables. Les enfants de ces grandes familles ont donc accédé plus facilement à l'instruction que ceux des habitants des villages périphériques. Les notables d'hier avaient compris que l'école les aiderait à garder leur aura et le pouvoir." n

*Dans son sens premier, le mraba désigne la cour d'une habitation familiale, autour de laquelle les habitations des générations suivantes s'installent, jusqu'à former un quartier. Par extension, le mraba désigne un groupe de filiation dont tous les membres ont un ancêtre commun. Sept à huit générations peuvent ainsi être regroupées en son sein.

UN NOUVEAU VOTE COMMUNAUTAIRE ? C'est un élément souvent mis en avant par les détracteurs d'une immigration de masse à Mayotte : l'apparition d'un vote communautaire propre aux personnes françaises, mais issues de l'immigration, essentiellement comorienne. "C'est un nouvel élément sociologique à prendre en compte", explique Abdallah Combo, poursuivant : "L'Insee montre qu'à Mayotte, 40% de la population est étrangère. Forcément, les français issus de cette part veulent aussi avoir leur place, et négocient donc leurs positionnements, leurs votes. C'est logique, eux aussi défendent leurs intérêts" On retrouverait donc, là encore, un vote axé sur l'intérêt de la communauté plus que sur l'intérêt général. Un constat qu'auraient bien compris les candidats aux élections municipales, "qui sont souvent plus mesurés sur ce sujet durant les campagnes qu'à l'accoutumée, car ils ne veulent pas se priver d'un potentiel réservoir de voix." Mais peut-on pour autant imaginer que ces votes soient monnayés ? "Cela s'est toujours fait d'une manière ou d'une autre", assure le sociologue : "Cela s'est fait de la même manière avec des jeunes désoeuvrés, à qui certains candidats donnaient parfois un carton de mabawas et de l'alcool pour s'assurer de leurs voix. Tout ce qui peut faire basculer un résultat est bon pour certains candidats. Cette communauté de français issue de l'immigration représente aujourd'hui un vrai poids, et ils en ont conscience." Un schéma que le sociologue dit avoir également constaté chez les Mahorais de La Réunion : "Quand ils décident de voter pour un candidat dans une commune, ils votent tous pour lui. Certains maires réunionnais ont bien compris ce fonctionnement clanique, et l'un d'entre eux me l'assurait : dans certaines communes, les Mahorais peuvent faire ou défaire ou une élection."

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DOSSIER

Raïnat Aliloiffa

FRAUDE ÉLECTORALE

GARE AUX PETITS MALINS CHAQUE PÉRIODE ÉLECTORALE A SON LOT DE NOUVEAUTÉS EN MATIÈRE DE SUBTERFUGE. LES FRAUDEURS SONT PRÊTS À TOUT POUR PARVENIR À LEURS FINS. LES PLUS RUSÉS NE SE FONT PAS ATTRAPER (CAS RARE) MAIS CEUX QUI SE FONT PRENDRE LA MAIN DANS LE SAC ENCOURENT DE LOURDES PEINES. "La matière politique et électorale décuple l’imagination des concernés", prévient d’emblée Gil Cornevaux, président du tribunal administratif de Mayotte. Le juge Cornevaux affirme en apprendre à chaque élection. "Je me demande d’où ils peuvent sortir ces idées et réussir à les mettre en place, pourtant ils y arrivent", sourit-il. Mais si certaines fraudes peuvent prêter à sourire, les conséquences peuvent être très lourdes. Le juge administratif, qui est également le juge électoral pour les municipales et cantonales, a d’énormes pouvoirs. Selon la situation, il peut décider de destituer un élu ou de suspendre son mandat. Il peut aussi rendre un candidat inéligible. Ces compétences vont encore plus loin puisqu’il a le pouvoir de modifier les résultats des élections ou les inverser, c'està-dire déclarer celui qui n’est pas élu comme gagnant. Et dans les cas les plus graves, le juge électoral a le droit d’annuler les élections. À cela, il faut ajouter les sanctions pénales qui peuvent compléter la décision du juge. Cependant, pour qu’il puisse sanctionner, il ne doit se fier qu’à une seule référence : la sincérité du scrutin. "Le juge se prononce uniquement si la fraude ou l’irrégularité est susceptible d’avoir une influence conséquente sur les résultats des élections. On calcule l’écart de voix, s’il est supérieur à 5% il y a peu de chances que la courbe s’inverse même s’il y a eu fraude. En

revanche, si l’écart de voix est inférieur à 5% on s’y intéresse de plus près", explique le président du tribunal administratif. Par conséquent, le juge ne peut statuer qu’après les élections, puisqu’il doit vérifier si la fraude a eu un réel impact sur la sincérité du scrutin. Mais encore faut-il que le juge électoral soit saisi, car même s’il constate une irrégularité ou fraude, il ne peut s’autosaisir. Pour cela, les concurrents s’en chargent. Ils sont très vigilants sur les pratiques des uns et des autres, et n’hésitent pas à se dénoncer dès que l’occasion se présente. Ils ont cinq jours après la publication définitive des résultats pour saisir le juge. Ce dernier a trois mois pour statuer. "Deux périodes sont déterminées pour les contentieux électoraux des municipales. Pour les communes de moins de 9 000 habitants ce sera au mois de mai et pour celles de plus de 9 000 habitants ça se déroulera en septembre", annonce Gil Cornevaux. Il est important de faire la différence entre fraudes et actes illégaux. On ne parle de fraude qu’au moment du vote, avant cela, il s’agit d’acte illégal, autrement dit, d’irrégularité. Le président du tribunal administratif de Mayotte donne quelques exemples de ce qui a déjà été constaté au fil des élections en matière de fraudes et actes illégaux.

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L’ENVELOPPE KANGOUROU "La mairie dispose d’enveloppes de différentes couleurs et chaque année de vote, une couleur est choisie. Ce sont les agents de la mairie qui se chargent de les sortir et de les placer. Et c’est là que s’opère la fraude. La personne prend par exemple 10 bulletins de vote qu’elle plie et qu’elle met chacun dans une enveloppe. Elle repasse ensuite les enveloppes ensemble de façon à ce qu’elles soient très fines, comme s’il y en avait qu’une. Une fois au bureau de vote le fraudeur prend une enveloppe et tous les autres bulletins normalement. Dans l’isoloir il les met dans sa poche et sort les autres enveloppes déjà prêtes. Personne d’autre ne peut tenir l’enveloppe à part l’électeur donc personne ne peut vérifier son épaisseur. Il laisse tomber les enveloppes repassées, mais comme la dernière ne tient pas bien elle va se détacher et par la suite toutes les autres enveloppes vont se décoller aussi. Donc au lieu d’avoir mis un bulletin de vote, il en a mis 10. Mais désormais l’électeur doit signer et le nombre de signatures doit être équivalent au nombre de bulletins de votes dans l’urne. Et c’est là qu’intervient l’accesseur qui est aussi au courant. Il doit essayer de signer à la place de ceux qui ne se déplacent jamais. Il y a des études qui sont faites et on sait qui vient voter ou pas. Il le fait tout au long de la journée et doit signer autant de fois que le nombre de bulletins frauduleux."

LA FRAUDE À LA CHAUSSETTE OU AU SOUTIEN-GORGE "Quand on comptabilise les enveloppes, on les regroupe par paquets de 100 et on les met dans de grandes enveloppes. À un moment opportun, le scrutateur échange un paquet d’enveloppes contre un autre qu’il a caché dans sa chaussette ou soutien-gorge. Cela se fait à plusieurs parce qu’il faut détourner l’attention des autres qui ne sont pas dans la confidence. Donc il y a toujours quelqu’un qui éteint la lumière sans faire exprès par exemple, ou qui perturbe les lieux. Pendant ce temps l’autre fait l’échange."

LES FAUSSES PROCURATIONS "La législation a été modifiée il y a un ou deux ans car il y avait beaucoup trop de trafic avec les procurations. Avant, la procédure se déroulait en trois volets. La personne qui faisait la procuration gardait un exemplaire, un autre était envoyé à la mairie et le dernier à la préfecture ou à l’Insee. Et c’est là que ça tournait mal parce que le volet de la mairie disparaissait miraculeusement ou ils disaient qu’il ne l’avait pas reçu. Maintenant c’est simplifié et sécurisé. La procuration est remplie sur internet, on doit le faire tamponner par la police, gendarmerie ou tribunal judiciaire pour vérifier que c’est bien la personne qui donne l’autorisation. Ensuite elle part directement à l’Insee et c’est l’institut qui fait la demande auprès de la mairie."

MODIFICATION DE LA LISTE ÉLECTORALE "Tous les ans, la liste électorale est purgée avec les arrivées et les sortants. Lors de la constitution de cette liste, le maire radie certaines personnes dont il sait qu’elles ne votent pas pour lui

et inscrit un maximum de personnes qui votent pour lui, en trafiquant les adresses par exemple."

PRESSIONS SUR LES ÉLECTEURS "C’est le fait d’offrir des cadeaux en échange de voix ou d’acheter les électeurs. C’est complètement interdit parce qu’on influe sur l’électeur et la sincérité du scrutin. Mais le juge prononce une sanction uniquement si ces achats de voix ont une réelle incidence sur le résultat de l’élection. Dans le cas contraire, l’acte est répréhensible seulement pénalement."

ACCRO DE SIGNATURE "Il s’agit de faire signer à des personnes leur appartenance à une liste de candidats alors qu’elles ne sont pas au courant. Cela se fait surtout chez les personnes âgées, et elles découvrent après qu’elles sont sur la liste de tel candidat."

LES DOUBLONS SUR LES LISTES DES CANDIDATS "Il y a une période ouverte où les candidats doivent déposer leur liste. Chaque personne sur la liste doit répondre à des critères bien précis. La préfecture délivre en premier lieu un récépissé temporaire qui dit qu’elle a bien reçu la liste. Ensuite les agents de la préfecture ont quatre jours pour vérifier si tous les noms qui figurent sur la liste correspondent aux critères. Parmi eux, il est stipulé qu’il est interdit d’appartenir à deux listes. La préfecture peut recouper les listes et vérifier si un colistier n’est pas sur une autre liste. Ce n’est qu’après les vérifications faites qu’elle peut fournir un récépissé définitif. Cependant, en cas de doublon il ne se passe rien jusqu’aux résultats des élections. Si aucune des deux listes n’est élue, alors il n’y a pas de sanction. En revanche si l’une d’elle gagne, celle qui n’a pas été élue dénoncera l’irrégularité. S’il s’agit d’une personne avec une grande notoriété et que cela peut influencer le choix de l’électeur on peut annuler l’élection. Si c’est quelqu’un qui n’est pas connu ou en fin de liste, l'acte n’a pas d’influence sur la sincérité du scrutin même si cela reste illégal."

FINANCEMENT DES CAMPAGNES "Il y a des règles très strictes concernant ce sujet. Pour une commune de moins de 9 000 habitants, il n’y a pas de compte de campagne à rendre. En revanche, au-delà de 9 000, les candidats sont obligés d’avoir soit un mandataire financier, soit une association de financement et ils sont obligés de rendre un compte de campagne. Un plafond est calculé par circonscription électorale selon le nombre d’habitants. En théorie il ne faut pas dépasser ce plafond, dans le cas contraire vous risquez l’inéligibilité. Je dis bien en théorie parce que cette règle n’est pas toujours respectée. Mais encore une fois si ça n’a pas d’incidence sur le scrutin alors on n’intervient pas. De plus, une personne morale ou publique n’a pas le droit de faire un don. Mais on peut être financé par des personnes privées, à hauteur de 4 600€ par personne." n

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ENTRETIEN

G.V

YMANE ALIHAMIDI-CHANFI, DIRECTRICE DE LA CSSM

"LA CSSM A UN VRAI TEMPS D'AVANCE" NOUVEAU SIÈGE, ADAPTATION DE MAYOTTE AU DROIT COMMUN, MISE EN PLACE DE NOUVEAUX DISPOSITIFS, ETC. : À LA TÊTE DE LA CAISSE DE SÉCURITÉ SOCIALE DE MAYOTTE (CCSM) DEPUIS PLUS DE TROIS ANS, YMANE ALIHAMIDI-CHANFI GÈRE UN DES ORGANISMES LES PLUS IMPORTANTES DE MAYOTTE. ENTRETIEN. Mayotte Hebdo : Il y a un peu plus d'un mois était inauguré officiellement le nouveau siège de la CSSM, toutefois ouvert depuis le 30 septembre dernier. En quoi cette nouveauté peut-elle influer sur l'action de la Caisse et son organisation ? Ymane Alihamidi-Chanfi : La Caisse s'est construite depuis 1977 avec de grandes étapes : le droit de la sécurité sociale spécifique à Mayotte, l'arrivée du régime retraite en 1987, celle de l'assurance maladie en 2004, et d'autres missions diverses et variées qui se rajoutées au fur et à mesure. Il y a donc eu une évolution du personnel et des publics concernés. Mais jusqu'ici, cette évolution s'était faite sans évolution du bâti. Depuis 2002, les directions et présidences demandaient à avoir un siège regroupant tous les services, en vain jusqu'à présent. On avait atteint un stade où la CSSM était répartie sur 10 sites différents sur Mamoudzou et Kawéni. C'était un problème. La Caisse a plusieurs branches – maladie, vieillesse, famille depuis 2015, recouvrement, mais aussi les professionnels de santé et les associations – et, du coup, tous ces publics étaient perdus sur les différents sites. Ce qui change réellement, c'est donc un accueil centralisé avec un guichet unique même si on garde les accueils de proximité comme l'agence de PetiteTerre ou les permanences de Hamjago,

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Sada et bientôt Kani-Kéli. Quelqu'un qui vient pour son allocation familiale peut désormais aussi se renseigner sur son indemnité maladie, par exemple. Et puis il s'agit aussi de l'amélioration des conditions de travail du personnel. Pour vous dire d'où est-ce qu'on vient, certains bureaux de nos anciens locaux étaient des salles de bain réaménagées. MH : Une des grandes difficultés à Mayotte est la question de l'accès aux droits, ou plutôt de l'information des populations sur ces droits. Comment travaillez-vous autour de cette question ? Y.A-C : Dans les grands chiffres, nous avons quelque 182 000 assurés sociaux, 87 000 personnes couvertes par les prestations familiales, 14 700 cotisants et 5 600 bénéficiaires des prestations vieillesse. Toutes ces personnes sont déjà dans nos fichiers. Mais on a bien identifié qu'au regard de la population que l'on peut potentiellement couvrir, on n'a pas tout le monde, notamment sur la partie allocations familiales. Cela fait plus de deux ans que l'on mène une politique d'accès aux droits, avec une chargée de mission dédiée à cela, et qui a pour but de détecter de nouveaux bénéficiaires. Nous avons également une caravane des droits, des opérations régulières en ce sens, une convention avec les 17 CCAS de l'île pour disposer de relais sur le territoire, et nous travaillons sur la communication avec des campagnes médiatiques.

(CPAM), de caisse de retraite, d'Urssaf, d'accueil de la sécurité sociale agricole (MSA) et la partie accident du travail / maladie professionnelle. On est la seule caisse dans l'institution nationale à avoir toutes les branches en même temps. Pour donner un exemple, dans les autres DOM, les CGSS n'ont pas la Caf. On se rend compte ici que nos publics ont intégré plus rapidement que l'institution que chacun pouvait ne représenter qu'une seule et même personne. Et que le service pouvait donc être unique, sans une multitude d'intervenants. En 1945 d'ailleurs, lors de la naissance de la sécurité sociale, c'était le sens de ses valeurs : une unité. C'est ce qui avait été pensé par les pionniers de la "sécu" : un seul et même organisme. En termes de gouvernance, on a donc un temps d'avance, et on fait même grincer des dents d'autres organismes car il ne faudrait pas qu'on donne trop d'idées à d'autres territoires. Toutefois, l'atypie est aussi par rapport aux populations. Même si la nôtre est importante, elle ne l'est pas autant qu'à La Réunion ou dans un autre département. En termes de personnel par exemple, on est loin des 1 200 employés d'une CGSS. Je ne parierai pas qu'une caisse de 1 200 personnes auxquelles s'ajoutent 600 autres personnes de la CAF soit gérable. Ce format regroupé est donc plutôt bien adapté à Mayotte, mais pas forcément à tous les autres. MH : N'y-a-t-il pas tout de même des difficultés particulières ?

MH : Quid des retours de ces actions ? Y.A-C : Nous avons un fichier mouvant, compte tenu du turn-over de Mayotte. On identifie donc qu'on fait rentrer des personnes qui étaient jusque-là complètement inconnues, tout en étant confrontés au turn-over. Mais on récupère des personnes, oui. Pour prendre l'exemple de la mise en place de l'exonération du ticket modérateur – c'est-à-dire la prise en charge à 100 % des frais de santé sous condition de revenus –, on a réussi à avoir 53 000 bénéficiaires. Nous sommes allés les chercher : entre les mois de mai et juin, il n'y en avait qu'une centaine. MH : La CSSM tient un rôle tout particulier à Mayotte puisqu'elle assure des missions ailleurs généralement séparées, comme celle de la CAF. Comment gérer toutes ces casquettes ? Y.A-C : La tâche n'est pas facile mais on y arrive. On fait en effet office de caisse d'allocations familiales (CAF), de caisse primaire d'assurance maladie

Y.A-C : Ce qui est difficile n'est pas tant le regroupement et la gestion de toutes les branches que l'évolution constante de la réglementation et parfois même le manque de visibilité sur ce qui va arriver. On aurait un environnement réglementaire stabilisé, on saurait que tel texte va sortir, on le mettrait en place et voilà. Mais pour le moment, on n'applique pas le code de la sécurité sociale directement d'une certaine manière. On applique un empilement d'ordonnances – celle de 1996 étant celle qui a fondé le droit à la sécurité sociale chez nous – qui sont modifiées au fur et à mesure, parfois sans tenir compte des précédentes, ou en les oubliant, ou en créant même des incohérences. C'est ce qui fait que c'est extrêmement complexe juridiquement et administrativement. MH : Est-ce que ces adaptations permanentes n'empiètent pas sur son efficacité ? Y.A-C : Sans doute. Le changement perpétuel n'est confortable pour personne, ni pour le personnel,

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ENTRETIEN

ni pour la direction, ni même pour nos outils. Effectivement, cela a un impact sur la capacité de gestion sereine que peut avoir un organisme lambda. Toutefois, nous avons un personnel engagé qui, contrairement à d'autres territoires, est en capacité de changer assez rapidement. Ils font le maximum et c'est à souligner. Les caisses nationales nous soutiennent aussi budgétairement, en termes d'outils et d'accompagnement, en ressources humaines, etc. Nous ne sommes pas tout seul, même si ce n'est pas toujours simple. Nous avons participé à la conférence sociale menée à l'époque sous l'égide du préfet Dominique Sorain. S'y trouvaient les représentants dy patronat, les syndicats de salariés, les grandes institutions comme la Dieccte, etc. Et ce que je répète régulièrement, c'est qu'il y eu une méthodologie sur le code du travail mais pas sur la sécurité sociale. Le seul plan dont on dispose aujourd'hui, c'est celui du rattrapage du plafond, fixé à 2036 et celui des taux de cotisation, fixé à 2032. Pour le reste, c'est au coup par coup. Prenons l'exemple des allocations familiales, nous n'en avons à Mayotte que 7 sur 23. Paris décide d'appliquer telle ou telle prestation, on nous demande si on est en capacité de le faire. Si nous sommes accompagnés, nous le faisons, et cette prestation nouvelle apparaît à Mayotte. Ce sont des petites avancées comme ça, au fur et à mesure, alors que cela devrait plutôt être, selon moi, un plan de convergence réglementaire, et non juste un plan de convergence en termes de droits. MH : Pourquoi cela n'est-il pas le cas ? Y.A-C : Parce que c'est compliqué, tout simplement. On l'a bien vu avec le code du travail. Cette méthode dont je vous parle, elle a fait ses preuves au niveau national, elle est donc entendue par les ministères. Ils sont d'accords sur le principe, mais cela prend du temps. Nos parlementaires doivent là jouer tout leur rôle.

MH : Les évolutions sont rapides mais aussi nombreuses. Et d'autres arrivent encore. La CSSM est-elle d'ores et déjà en capacité de les traiter ? Y.A-C : Les équipes évoluent au fur et à mesure. Soit en nombre, soit en outil avec un plan de formation parmi les plus lourds de l'institution. L'exemple type est celui du "parcours de soin", qui n'existait pas à Mayotte. De notre côté, cela implique une évolution et des changements. Mais nous ne sommes pas livrés à nous-mêmes, et bénéficions d'une tutelle qui nous accompagne sérieusement. MH : Une des problématiques est celle du recouvrement des cotisations, délicate. Y-a-t-il des pistes privilégiées pour pallier ce problème et éviter à la caisse d'être déficitaire ? Y.A-C : Au-delà du déficit, c'est aussi la relation avec les entreprises qui est compliquée. Ce qu'il faut bien comprendre, c'est que jusqu'en 2016, on avait une politique de recouvrement suspendue. Cela ne veut pas dire que l'on ne recueillait pas les cotisations, mais qu'on était obligés de le faire manuellement pour des raisons diverses. À partir de 2017, nous l'avons relancé progressivement de manière entièrement automatique. Mais le gros du souci à Mayotte, est la difficile fiabilisation des fichiers. Imaginez que vous créez une entreprise et puis que vous partiez sans la radier. Pour les organismes, il est difficile de l'identifier en tant que telle. Or, sans cela, il y a la taxation d'office. Cela majore, majore et majore encore alors que finalement l'entreprise ne tourne plus. Tout notre travail depuis quelque temps est donc de fiabiliser nos fichiers. Cela veut dire prélever le bon montant, à la bonne personne, dans les bonnes échéances. De 2020 à 2022, notre objectif est vraiment d'améliorer notre relation client et, sur le volet recouvrement, de redonner confiance dans la Caisse. On s'est aussi rendu compte qu'à Mayotte cohabitaient deux publics : un

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déconnecté et un qui attend d'être hyperconnecté, au contraire. C'est aussi un travail que l'on a fait avec les entreprises : les amener vers la dématérialisation, parce qu'on ne peut pas se permettre de perdre une heure lorsqu'on est chef d'entreprise. MH : Par le passé, on pouvait avoir l'impression que la machine était moins bien huilée. Qu'est-ce qui a changé ? Y.A-C : On était un peu loin du national et pas en haut de la pile de ses préocupations. Pas parce qu'il ne le voulait pas, mais parce que ce n'était pas rentré dans les habitudes. MH : D'autres missions peuvent encore vous échoir ? Y.A-C : Le président du conseil, Salim Nahouda, a émis le souhait que la Caisse soit opérateur de l'Agirc-Arrco en cas de mise en oeuvre de la retraite complémentaire pour les salariés de droit privé. Quand on aura la complémentaire santé, cela sera aussi un nouveau dispositif. Donc oui, il peut y avoir d'autres missions. MH : Vous êtes à la tête de la CSSM depuis août 2016. Quels sont les grands chantiers menés dont vous êtes le plus satisfaite ? Y.A-C : Le projet immobilier en premier lieu. Cela n'a pas été une mince affaire et il a fallu parfois se fâcher. L'idée a vraiment été de le penser au mieux. Je pourrais aussi citer la reprise de la chaîne du recouvrement dont nous parlions précédemment. J'ai aussi la satisfaction d'avoir renoué le dialogue social suite au conflit d'avril 2017, tout comme d'avoir participé au plan de soutien aux entreprises de 2018. Et puis nous avons récupéré en 2015 la gestion des allocations familiales, qui était jusqu'alors rattaché à la caisse de La Réunion. Nous avons su mener à bien ce rattachement et l'intégration des 57 agents en interne. MH : Vous dirigez un des organismes les plus importants de Mayotte. À ce titre, vous symbolisez en quelque sorte la nouvelle génération des femmes mahoraise. Vous vous en revendiquez ? Y.A-C : Je n'ai pas l'impression d'être un modèle, et n'en ai d'ailleurs pas la prétention. En revanche je dois reconnaître que je me rends compte d'être peut-être une inspiration. Je suis un bac de Mayotte, que j'ai obtenu en 1993, et cela montre qu'il n'y a pas de raison que les femmes ne soient pas en mesure d'être aux responsabilités. Cela rajoute en revanche

une pression supplémentaire car on nous fait moins de cadeaux. Et puis je pense que la réussite d'une femme tient beaucoup à son environnement familial. Il ne s'agit pas d'obtenir l'aval de sa famille pour avancer, loin de là, mais d'être soutenue. C'est mieux d'assumer des responsabilités dans de bonnes conditions personnelles. Je constate une évolution très importante. J'ai vécu une époque où les femmes disaient ce qu'elles pensaient, mais pas en public. Ma grand-mère, Zéna M'déré, le disait : on venait les chercher en conseils, mais pas pour les mettre au premier rang. Or, aujourd'hui on a deux maires, une députée, une femme qui a été présidente de la CSSM. Petit à petit, elles s'émancipent. Aux hommes, désormais, de suivre. Quoi qu'il en soit, pour assumer pleinement ses responsabilités, il ne faut pas avoir la grosse tête, ni trop se prendre trop au sérieux. Ce n’est pas le bureau ou la position hiérarchique qui compte. Ce sont seulement les résultats. MH : Pour finir, comment imaginez-vous la CSSM dans 20 ans ? Y.A-C : Déjà, j'espère que dans 20 ans on aura toujours notre modèle de sécurité social français, car il est un peu bousculé en ce moment. Sinon, je pense que la CSSM sera toujours dans cette idée de modernité car, même si cela n'est pas toujours l’idée que cela donne de l'extérieur, qu'il reste toujours des choses à améliorer, des choses qui ne sont pas encore complètement intégrées, c'est un service qui est hyper moderne. Je l'imagine efficace et surtout adaptée à son territoire car on ne peut pas simplement se contenter de plaquer sur Mayotte des modèles qui fonctionnent en métropole ou dans les DOM. Le département évolue extrêmement rapidement et, contrairement à ce qu’on peut penser, les gens ici s’adaptent très vite aux nouveaux outils. Il faudra donc que la CSSM soit agile et en avance d’un temps sur eux. Enfin, je suis pour que les personnes originaires de Mayotte ou qui ont un amour particulier pour elle puissent, à compétences égales, avoir toutes leurs chances. C'est la raison pour laquelle je fais en sorte que l'évolution des compétences soient au cœur du sujet. J'espère qu'il y aura dans 20 ans d'autres agents de direction mahorais et mahoraises. Je ne dis pas que les Picards doivent travailler en Picardie et que les Mahorais doivent travailler à Mayotte, mais il est particulièrement important que les Mahorais ramènent ici des compétences et des expériences acquises ailleurs. n

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LITTÉRATURE

Christophe Cosker, "L’Invention de Mayotte", Pamandzi éd. La Route des Indes, 2019.

LISEZ MAYOTTE Chaque semaine, Christophe Cosker, auteur de L'invention de Mayotte, vous propose la quintessence de chacune des trente-six inventions de Mayotte relevées dans l’ouvrage éponyme. En 1902, deux géographes, Malleterre et Legendre, collaborent à un Atlas colonial qui se présente plus précisément comme un Livre-atlas des colonies françaises à l’usage de l’enseignant colonial en France et aux colonies. Il s’agit donc d’un ouvrage pédagogique destiné à l’enseignant de géographie, qu’il exerce son métier en métropole ou dans les colonies françaises à travers le monde. Dans la partie qui traite de Mayotte, l’auteur commence par retracer l’histoire de l’île à grands traits : date de découverte et découvreur portugais, rivalités politiques entre les sultans de la zone et enfin acquisition française. Les derniers paragraphes du texte détaillent les informations géographiques relatives à Mayotte : taille et superficie, découpage de la côte et noms des lieux. Viennent enfin des informations coloniales comme la nature du sol, la pluviométrie et le climat. L’invention de Mayotte s’apparente ici à une compilation des données relatives à l’île. Inventer signifie ici découvrir et connaître, pour dominer par la colonisation.

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Christophe Cosker

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NOTICE SUR MAYOTTE ET LES COMORES Découverte en 1527, par le navigateur portugais Diego Ribero, Mayotte (Maouté) fut longtemps disputée entre les sultans d’Anjouan et les Sakalaves chassés de Madagascar par les Hovas. En 1850, le chef Sakalave Andrian Souli offrit à la France de lui céder Mayotte moyennant une pension de 5 000 francs. Sélim, sultan d’Anjouan, ayant de son côté renoncé à ses droits, le commandant Passot en prit possession officielle le 13 juin 1843. Mayotte mesure quarante kilomètres de longueur, sa largeur varie de quatre à quinze kilomètres. La superficie de l’île est de trois cent soixante kilomètres, celle des îlots d’environ vingt kilomètres. La côte est extrêmement découpée et précédée à une distance de quatre à onze kilomètres d’une ceinture de coraux que dominent les îlots Zambourou [Mtsamboro], Pamanzi [Pamandzi], Bandéli [Bandrélé], Bouni, etc. Les anses du littoral offrent de très bons mouillages. Le sol de Mayotte est assez tourmenté, toutefois l’altitude du plus élevé de ses mornes, le Maregani, ne dépasse guère six cent soixante mètres. L’île est bien arrosée, mais à la saison des pluies les ruisseaux deviennent des torrents.

Le climat est fiévreux, sans être cependant aussi pernicieux que celui du littoral malgache. Les saisons sèche et pluvieuse y alternent sans transition, la température varie de 24°, pendant la saison sèche, à 35° pendant la saison des pluies. La population est composée d’éléments fort divers : indigènes descendant des Arabes, Comoriens, Africains et Malgaches. Presque tous sont musulmans et parlent le Souahéli africain. On compte environ 12 000 habitants, dont une cinquantaine d’Européens. Le chef lieu du gouvernement est Boëni (1 050 habitants), situé sur l’îlot du même nom, port excellent, malheureusement privé d’eau douce. Il a remplacé Dzaoudzi, trop insalubre . La ville de M’Sapéré [Mtsapéré], de création récente, est destinée à supplanter Dzaoudzi et Boëni, par suite de la salubrité de son climat et de l’importance de son marché où se donnent rendez-vous les trafiquants de Madagascar et de la côte d’Afrique. Dzaoudzi est relié par une jetée à la petite île de Pamanzi où se trouvent de bons pâturages. G. Malleterre & P. Legendre, Atlas colonial. Livre-atlas des colonies françaises à l’usage de l’enseignant colonial en France et aux colonies, Paris, Delagrave, 1902, p. 17-18.

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OFFRES D'EMPLOI OFFRES DE FORMATIONS FICHES MÉTIERS TÉMOIGNAGES CONSEILS


LE CAHIER EMPLOI & FORMATION

LE MÉTIER DE LA SEMAINE

CHEF DE RANG

LE CHEF DE RANG EFFECTUE LES OPÉRATIONS DE SERVICE DES PLATS (DRESSAGE DES TABLES, ACCUEIL DES CLIENTS, PRISE DE COMMANDES, ETC.) AU SEIN D'UN ÉTABLISSEMENT DE RESTAURATION SELON LA CHARTE QUALITÉ DE L'ÉTABLISSEMENT ET LES RÈGLES D'HYGIÈNE ET DE SÉCURITÉ ALIMENTAIRES. IL PEUT EFFECTUER LA PRÉPARATION DE PLATS SIMPLES ET COORDONNER UNE ÉQUIPE. ENVIRONNEMENT DE TRAVAIL

- Établissement de restauration mobile (bateau de croisière, train, etc.) - Hôtel - Mess (Armée) - Restaurant à thème - Restaurant gastronomique - Restaurant traditionnel

COMPÉTENCES

- Dresser les tables - Réaliser la mise en place de la salle et de l'office - Accueillir le client à son arrivée au restaurant, l'installer à une table et lui présenter la carte - Conseiller le client dans ses choix de plats selon ses goûts, les suggestions du jour et prendre sa commande - Traiter une commande - Saisir une commande sur informatique - Réaliser un service en salle - Veiller à la satisfaction d'un client - Encaisser le montant d'une vente - Débarrasser une table - Nettoyer une salle de réception

ACCÈS AU MÉTIER

Cet emploi/métier est accessible avec un diplôme de niveau CAP/BEP à Bac (Bac professionnel, technologique, etc.) en services hôteliers et dans les métiers de la restauration et de l'hôtellerie. Il est également accessible avec une expérience professionnelle dans les mêmes secteurs sans diplôme particulier. Les recrutements peuvent être ouverts sur contrats de travail saisonniers ou de très courte durée (extra). La pratique d'une ou plusieurs langue(s) étrangère(s), en particulier l'anglais, peut être requise.

PROPOSENT DES FORMATIONS PREPARATOIRES ADMINISTRATIVES, SANITAIRES ET SOCIALES A DIEPPE en MÉTROPOLE Formation préparatoire aux concours des métiers de la sécurité : gardiens de la paix, surveillants pénitentiaires, gendarmes, policier municipal… Formation préparatoire à l’entrée dans les écoles paramédicales : préparation à l’entrée en Institut de Formation en Soins Infirmiers (IFSI) et en école d’Aide-Soignant (IFAS). Formation préparatoire à l’entrée en Etablissements de Formation en Travail Social : Assistant de service social, éducateur spécialisé, éducateur Inscription sur le site Internet de l’IFCASS www.ifcass.fr jusqu’au 31 mai 2020

Renseignement : Auprès de l’IFCASS au 02.35.82.67.18 et sur son site Internet www.ifcass.fr Auprès de LADOM au 02.69.61.51.28 et sur son site Internet www.ladom.fr

www.facebook.fr/ifcass

Conditions d’entrée : Être inscrit au Pôle Emploi / avoir au moins 18 ans / Avoir un foyer fiscal à Mayotte dont le quotient familial est inférieur ou égal à 26 631 € (« Revenu imposable » de l’avis d’imposition divisé par le nombre de parts) / Ne pas avoir bénéficié d’une autre aide à la mobilité dans l’année / Satisfaire à la sélection sur dossier.


MAGAZINE D’INFORMATION NUMÉRIQUE HEBDOMADAIRE Edité par la SARL Somapresse au capital de 20 000 euros 7, rue Salamani Cavani M’tsapéré BP 60 - 97600 Mamoudzou Tél. : 0269 61 20 04 contact@mayottehebdo.com Directeur de la publication Laurent Canavate canavate.laurent@mayottehebdo.com Directeur de la rédaction Mohamed El Mounir dit “Soldat” 0639 69 13 38 soldat@mayottehebdo.com Rédacteur en chef Geoffroy Vauthier

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Couverture :

Elections municipales. Une histoire contemporaine

Journalistes Romain Guille Solène Peillard Grégoire Mérot Raïnat Aliloiffa Constance Daire Direction artistique Franco di Sangro Graphistes/Maquettistes Olivier Baron, Franco di Sangro Commerciaux Cédric Denaud, Murielle Turlan Thomas Lévy Comptabilité Catherine Chiggiato compta@mayottehebdo.com Secretariat Annabelle Mohamadi Première parution Vendredi 31 mars 2000 ISSN : 1288 - 1716 RCS : n° 9757/2000 N° de Siret : 024 061 970 000 18 N°CPPAP : 0121 I 92960 Site internet www.mayottehebdo.com


Soirée Electorale présentée par Géniale Attoumani et Misbahoudine Bacar Dimanche 15 Mars à 19h00


COVID-19

APPEL A PROJETS ADEME - ENERGIES RENOUVELABLES L’ADEME lance deux appels à projets relatifs aux énergies renouvelables, sur le territoire de Mayotte. Solaire thermique

Photovoltaïque en autoconsommation

Financer des projets d’installations produisant de l’eau chaude sanitaire à partir d’installations solaires thermiques et permettre ainsi d’être économiquement compétitif par rapport aux installations utilisant une énergie conventionnelle.

Financer des projets d’installations photovoltaïques en autoconsommation et ainsi participer à la transition énergétique en contribuant de manière significative au développement des énergies renouvelables sur le territoire.

L’ensemble des éléments des AAP sur : www.reunion-mayotte.ademe.fr Date limite de dépôt des dossiers : - Phase étude : 15 avril 2020 / - Phase investissement : 1er juillet 2020


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Mayotte Hebdo n°923  

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