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COUP D’ŒIL DANS CE QUE J'EN PENSE

Laurent Canavate

Mayotte Hebdo n°501, vendredi 10 décembre 2010

DES INCANTATIONS AUX ACTES Près de 110 000 personnes sur cette île sont âgées de plus de 15 ans. Les autres sont à l'école, avec des enseignants d'un niveau de plus en plus élevé et l'avenir sera peutêtre moins difficile pour eux. Parmi les grands adolescents et les adultes, 35 200 (seulement) occupent un emploi. C'est un niveau dramatiquement bas. 29 300 ne travaillent pas, mais ne sont pas considérés comme chômeurs au sens du Bureau international du travail, soit parce qu’ils ne recherchent pas d’emploi, soit parce qu’ils ne sont pas disponibles rapidement pour travailler (lire Mayotte Eco). 7 600 sont au chômage au sens du BIT. Et dans les 35 200 salariés en exercice aujourd'hui, une part importante n'a pas pu bénéficier de l'école de la République. Ils souffrent d'un illettrisme qui génère des difficultés, des blocages, des gênes. Il y a là, à mon avis, deux des principaux chantiers à mener pour les prochaines décennies, dont la réussite éclaircira l'avenir. Il faut relever en urgence le niveau du système éducatif. Eviter de continuer à sacrifier des générations entières sur l'autel des économies, pour pouvoir avancer un jour. Il faut aussi reprendre en mains, sérieusement, patiemment, efficacement, avec des méthodes à éprouver, toutes ces générations éloignées aujourd'hui de la marche vers l'avant, de l'ouverture sur le monde qui touche Mayotte comme le reste des territoires de la planète. Ces générations entières de parents incapables de suivre les études de leurs enfants, parce que la République a laissé l'île trop longtemps à l'abandon, malgré les appels réguliers, incessants de ces Français de Mayotte, pour des raisons politiques, géopolitiques ou idéologiques. Il faut aujourd'hui mettre les moyens nécessaires pour rattraper ce temps perdu. La facture est là et on ne peut y échapper. Car de toute façon, cette population, ici sans minima sociaux, sans parachute de solidarité, se retrouve alors dans les cités de la Réunion ou de Métropole. Il faut de toute façon payer ce temps perdu, avec les désespoirs que

TOLERIE - PREPAR ATION - PEINTURE

cela entraine, les tensions que cela génère, les risques de violence et de délinquance que cela finit par provoquer. Cette partie de la population ne peut, ne doit pas être oubliée, ni abandonnée à son sort. Il faut remobiliser ces femmes et ces hommes, leur redonner espoir, une chance de s'intégrer dans cette société moderne. Cela passera aussi par le 2ème point essentiel à mon avis : la création d'emplois, le développement économique. Il faut permettre à des milliers de personnes de retrouver ce chemin de l'espoir, et leur proposer un jour un emploi, pour pouvoir subvenir aux besoins de leurs enfants. Il en va là de la responsabilité de nos élus, et de l'Etat. Il faut faire tous les efforts nécessaires pour encourager toute activité, toute entreprise locale. Il faut que les milliers de personnes qui sont allées voter aux élections de la chambre des métiers et de l'artisanat, de la CCI ou de la Capam soient soutenues. Que l'exercice de leur activité soit facilité par les pouvoirs publics, à travers des équipements structurants dynamisants, des aides particulières, des formations adaptées, des moyens de communication, de transports efficaces, à des coûts les plus limités possibles. Que des zones d'activités leur soient dédiées, que des soutiens à l'investissement soient vraiment en place pour les plus créateurs d'emplois, que des secteurs économiques entiers se développent, que des opérateurs inexistants sur l'île puissent s'installer, que la recherche accompagne certains pans de l'économie, comme les énergies renouvelables, l'aquaculture, les principes actifs de molécules issues d'animaux marins, de végétaux endémiques ou non… Il faut penser à aujourd'hui et déjà à demain. Il faut former pour ici, mais aussi pour la région, avec une école de commerce, qui rassemblera ici les élites économiques régionales de demain. Plus la région s'enrichira, plus Mayotte en profitera, y participera. Il serait temps de passer des incantations aux actes.

MAYOTTE

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S LE RÉTRO

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IL Y A 10 ANS

C'ÉTAIT DANS MH

Souvenirs de l’ancien temps Retour dans le passé pour ce numéro. Pour cela, nous allions à la rencontre de Mohamed Boina, 104 ans. Un témoin privilégié du siècle passé car "sur une île où l'histoire s'est jusqu'à maintenant transmise oralement, les souvenirs de ce doyen constituent une véritable richesse pour tous ceux qui souhaitent en savoir plus sur Mayotte et des Mahorais", écrivions-nous. Extrait : "Je suis né au début du siècle dernier, dans un village qui s'appelait Pamandzi Kély. C'était l'un des trois villages de Petite Terre. Il se trouvait sur la presqu'île à coté de Labattoir. Il y avait aussi le village de Foungoujou, à coté de Dzaoudzi, celui de Pamandzi bé, actuel Pamandzi. Dzaoudzi était un fort. En ce temps-là, quasiment tous les "wazungu" habitaient là. A l'exception de quelques planteurs en Grande Terre, comme les Marot de Hajangua, les Blancs étaient à Dzaoudzi. C'est aussi à cet endroit que se trouvaient tous les bureaux de l'administration. Mon père y travaillait. Il y avait un Blanc du nom de Canoville qui avait une entreprise de transports maritimes… Transport de personnes depuis la Métropole ou de la région, de biens, mais aussi de courrier : "les messageries". Mon père travaillait justement là. Il était chargé de récupérer le courrier qui arrivait." Mayotte Hebdo n°438, vendredi 14 août 2009

LA PHOTO D'ARCHIVE Déclaration d’amitié entre la France et les Comores

Juin 2013 : la France et les Comores espèrent tourner la page du contentieux qui les opposait jusqu’alors. Pour cela, le président de la République française, François Hollande reçoit celui de l'Union des Comores Ikililou Dhoinine. À l'issu de leur échange, les deux chefs d'Etat paraphent un document dont l'intitulé est "Déclaration de Paris sur l'amitié et la coopération entre la France et les Comores."

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TCHAKS LE CHIFFRE 2000 C’est le nombre de séismes enregistrés par les sismologues embarqués pendant 14 jours à bord du Marion Dufresne durant la mission Mayobs 4. Si le chiffre est impressionnant, les scientifiques ont toutefois rappelé que l’activité sismique est en baisse. Beaucoup de questions restent encore en suspens après cette nouvelle mission. Mais deux nouveautés sont à noter : le volcan a grossi, avec une nouvelle coulée de lave atteignant 150 mètres de hauteur, et Mayotte continue de s’enfoncer (15cm en un an) et de se déplacer au fur et à mesure que le réservoir magmatique sur lequel elle repose se vide. Pour combien de temps encore ? Pour l’heure, nul ne le sait.

L'ACTION Opération Nyamba 3 Durant l’été, l’association de lutte contre le braconnage marin, Sea Shepherd, est revenue sur l’île pour tenter d’enrayer la chasse illégale aux tortues. Jusqu’à octobre, les bénévoles de Sea Shepherd patrouilleront sur les plages pour protéger ces espèces menacées de mort par les braconniers lorsqu’elles viennent pondre sur nos plages. En l’espace de 14 jours, l’association a déjoué six tentatives de braconnage, sans compter toutes celles avortées à la simple vue des patrouilles. Sea Shepherd France souhaite s’installer durablement sur le territoire pour parfaire sa lutte. Retrouvez l’interview de sa présidente, Lamya Essemlali, dans l’édition du 13 août du Flash Infos.

LA PHRASE “ Mayotte est française depuis 1841 et le restera ” Signée Annick Girardin, la ministre des Outre-mer, cette phrase visait à remettre les pendules à l’heure à ceux qui laissaient encore planer le doute sur le caractère français de Mayotte. Au premier rang desquels, le secrétaire général de la COI (Commission de l'océan Indien) qui avait adopté le point de vue comorien après une réunion des ministres de la Commission durant laquelle l’intégration de Mayotte à cet organe avait été évoquée. La ministre s’est fait plus claire que le président Macron, qui, à l’occasion de la signature de l’accord France-Comores le 22 juillet avait sur ce point déclaré : “ Mayotte est française, pour nous […] nul ne sait dire ce que sera l’avenir ”.

LA PHOTO DE LA SEMAINE Toute la matinée du 6 août, les salariés d’IBS ont paralysé l’île en bloquant à grand renfort de leurs engins de chantier les carrefours stratégiques, comme ici, sur le rond-point SFR de Kawéni. S’il est encore difficile de savoir si les salariés ont été manipulés ou non par leur patron, le sulfureux Théophane Narayanin, dit Guito, ceux-ci disaient craindre pour leurs emplois si Vinci, propriétaire de la carrière de Kangani qu’exploite et occupe illégalement IBS obtenait l’expulsion de cette dernière. Le coup de force était organisé à la veille d’une audience stratégique devant le juge administratif qui doit décider ou non de l’usage de la force publique pour déloger IBS de la carrière. Le bras de fer se poursuit, toutes les parties usant et abusant de mauvaise foi, même si le préfet a voulu prendre le dossier à bras le corps pour tenter d’apaiser la situation, de “ conserver la concorde ” en tentant de trouver une solution négociée. Son prédécesseur, Dominique Sorain, avait quant à lui jeté l’éponge sur cette affaire qui s’enlise depuis une dizaine d’année et avait décidé d’une expulsion par la force fin août… Les affres du turn-over préfectoral.

BRÈVES

Ouparana fait le tour de l’île La maquette de Mayotte, nommée Ouparana, fait depuis début août le tour de l’île. Objectif, montrer à tous les curieux et surtout inviter les habitants à donner leur avis sur les projets d’aménagement prévus d’ici 2050. “ L’idée de ce support autour des problématiques du schéma d’aménagement régional (SAR) est que la population puisse mener une réflexion dans son ensemble sur Mayotte ”, explique Isamël Zoubert, chef du projet au Conseil départemental. Le SAR devrait être finalisé fin 2020 pour baliser les projets des 30 prochaines années. Un objectif ambitieux tant on sait que le renouvellement politique sur l’île est souvent synonyme de remise en cause des précédents engagements.

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LE FLOP LE TOP 16 médailles (3 or, 2 en argent et 11 en bronze)

Une famille de trois personnes

Voilà la moisson récoltée par la délégation mahoraise aux Jeux des îles de l’océan Indien. Un record pour cette équipée composée de 116 sportifs. Certes, le chiffre est bien moins impressionnant que celui atteint par la délégation mauricienne et ses 111 médailles… Mais c’est un bon point pour cette petite île où le sport commence à se structurer avec en projet quelques infrastructures dignes de ce nom. Et qui permettent même au Conseil départemental de rêver d’un accueil des Jeux en 2027.

Jean-François Colombet

Le nouveau préfet de Mayotte est désormais connu de tous en la personne de Jean-François Colombet. Un préfet aux pouvoirs élargis car, comme son prédécesseur, Dominique Sorain, il bénéficie également de l’attribution de Délégué du gouvernement. Jean-François Colombet a pris ses nouvelles fonctions le 29 juillet, après avoir été pendant deux ans secrétaire général de la préfecture de HauteGaronne. Depuis, nous avons déjà pu voir un peu de sa méthode qui privilégie le dialogue, comme sur l’affaire IBS/Vinci et le terrain avec une série de visites dans les différentes communes de l’île. Ce qui n’empêche pas la fermeté : Jean-François Colombet l’a martelé durant sa courte allocution de prise fonction : la lutte contre l’immigration et la sécurité font parti de ses priorités. Priorités pour lesquelles il assure avoir “ un mandat très précis du gouvernement ”.

BRÈVES

Jean-Marie Cavier

Le nouveau chef de la police à Mayotte, c’est lui. En fait de nouveauté, c’est bien l’organisation des services de police nationale du département qui change, avec la fusion de la police aux frontières et de la sûreté publique au sein de la nouvelle Direction territoriale de la police nationale. Car Jean-Marie Cavier était déjà le patron de la police aux frontières du département. Un état-major unique chapeautera ainsi les deux structures pour permettre une meilleure complémentarité des missions. Le mot d’ordre est donc la rationalisation, même si certains syndicats craignent d’ores et déjà que la nouvelle organisation vienne rogner à la fois sur leurs missions et sur leurs effectifs. C’est surtout le cas du côté de la sûreté publique car le gouvernement, à travers cette réorganisation, ne se cache pas de vouloir mettre un nouveau coup de fouet à la lutte contre l’immigration clandestine, mission normalement dévolue à la police aux frontières. Si la nomination de Jean-Marie Cavier est actée, de nombreux arbitrages sont encore en cours.

Photo DomTom Actu

ILS FONT L'ACTU

C’est peu ou prou le nombre de touristes allemands qui ont visité l’île cet été. Pourtant, un récent rapport de la chambre régionale des comptes indique que le Comité du tourisme de Mayotte a déboursé pas moins de 100 000 euros pour aller draguer les voyageurs d’outreRhin, réputés pour avoir un fort pouvoir d’achat. Autant dire que le retour sur investissement est loin d’être au rendez-vous…

BRÈVES

Les baleines sont arrivées

La chimique débarque en métropole

Ça y est, les plus grands mammifères marins sont de retour dans le lagon. Après un aperçu mi-juillet, les baleines à bosse accompagnées de leurs baleineaux sont désormais en nombre à naviguer près des côtes mahoraises. Une aubaine pour les opérateurs organisant des sorties en mer pour les observer. Mais cet été, le parc marin a décidé d’encadrer la pratique, avec une charte à destination de ces sociétés. Il s’agit d’éviter les désagréments qu’ont pu subir les baleines ces dernières années. On a ainsi pu voir des bateaux comme des plongeurs s’approcher trop près des mammifères. L’observation des baleines ne doit pas être un loisir causant des désagréments aux animaux. À 3voir, dans les faits, si cette charte sera respectée malgré une certaine course au spectacle.

Quatre personnes ont été interpellées la semaine dernière à Roanne (Loire) et écrouées le 9 août pour vols aggravés, avec violence, en réunion et par l'administration de substances nuisibles après l'intoxication de plusieurs personnes à qui avaient été “ offertes ” des cigarettes contenant de la chimique, ce cannabinoïde de synthèse bien connu à Mayotte et à La Réunion. Les voleurs ont profité de l’état comateux de leurs victimes pour les dépouiller. Mais toutes n’ont pas réagi de la même manière à l’inhalation de la chimique. Une des victimes a ainsi été retrouvée par les pompiers en train de manger du gravier… Selon les prévenus, leur herbe chimique viendrait de Mayotte.

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À LA RENCONTRE DE...

Solène Peillard

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MARIA MROIVILI

SOCIOLOGUE PASSIONNÉE

ALORS QU'ELLE ENSEIGNE SA DISCIPLINE AUX ADULTES DE DEMAIN AU SEIN DU CENTRE UNIVERSITAIRE, LA MAHORAISE S'INQUIÈTE DE VOIR QUE LES TRANSFORMATIONS SOCIOCULTURELLES DU 101ÈME DÉPARTEMENT NE SUIVENT PAS, LORSQU'IL EST QUESTION D'OFFRIR À SA JEUNESSE DES MÉTIERS NOUVEAUX ET PROMETTEURS, EN SOMME, DES MÉTIERS TOURNÉS VERS L'AVENIR. Plus de la moitié des bacheliers mahorais quittent le territoire pour poursuivre leurs études supérieures, la plupart du temps, à La Réunion ou en métropole. Entre difficultés de langue et d'insertion, différences de culture et de niveau, ils ne sont finalement qu'une poignée à atteindre la deuxième année. Pourtant, à 35 ans, Maria Mroivili compte à son actif deux masters et un doctorat universitaires, tous obtenus dans l'Hexagone. Mais alors même qu'elle se trouvait à plusieurs milliers de kilomètres de Sada, village où s'est établie sa famille, la Mahoraise a choisi de placer son île au cœur de ses travaux. Son île, oui, mais aussi sa propre histoire. À la rentrée 2012, après une première thèse en écogestion dédiée à l'action sociale au sein d'une université parisienne, elle doit, cette fois dans le cadre de ses études de sogiologie “ pure ”, comme elle le dit elle-même, réfléchir à un nouveau sujet. La région champenoise où elle vit alors aidant, elle s'intéresse d'abord à la trajectoire professionnelle des femmes dans les métiers de la vigne et du vin. “ Évidemment, j'ai eu du mal à m'approprier ce thème, alors au bout de six mois, j'ai dû en changer ! ”, s'en amuse-t-elle aujourd'hui. “ Et je n'ai pas dû aller très loin pour ça ”. Sous ses yeux, son propre parcours l'inspire : pendant cinq ans, elle se consacre à la trajectoire, non plus professionnelle mais universitaire des étudiants

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CE QU'ILS EN DISENT Aïcha Abdallah Ali Echati, amie d'enfance de Maria Mroivili Maria est à mon sens le résumé du “ devenir Mahorais ”, au carrefour des combats contemporains pour l’identité, pour l’émancipation des femmes, pour la liberté, pour le vivre ensemble et pour la réussite.

mahorais à l'épreuve du genre. Quel rapport les différentes générations insulaires entretiennent-elles avec leur propre scolarité ? Comment, au fil du temps, les parcours évoluent-ils au sein d'une société en pleine mutation ? Vers quels secteurs ? Quelle influence joue le sexe des étudiants dans leurs orientations ? Autant de questions épineuses, mais certainement pas inconnues à la jeune Maria.

La révélation Très tôt baignée dans la culture musulmane, la Sadoise assimile, à une vitesse incroyable, nombre de versets du Coran qu'elle récite par cœur à la madrassa. À tel point qu'au sein de sa famille, elle devient l'enfant prodige. “ Mais je ne me reconnaissais pas dans cette éducation-là, ça ne me correspondait pas ”, reconnaît à présent Maria Mroivili. Une sorte de mal-être intérieur grandit en elle. Une quête identitaire et intellectuelle, surtout. Elle intègre alors un collège laïque, puis le lycée de Sada où elle décide de s'orienter vers une filière économique et sociale, une révélation qui apportera quelques réponses aux questions qu'elle se pose à elle-même en son for intérieur. “ En classe, j'ai découvert les notions de normes et de valeurs et comme un miroir, elles m'ont aidées à me voir différemment ”, se souvient la trentenaire. Immédiatement, elle interroge son professeur sur ses études. “ J'ai voulu à mon tour devenir prof car il avait fait naître en moi l'amour de la sociologie ”. Enfin, la femme

en devenir trouve sa voie. En 2005, Maria Mroivili intègre le lycée de Mamoudzou et son internat. Elle troque son voile musulman contre des jeans déchirés, et devient même la première jeune fille de son village à arborer une coupe "à la garçonne". Petit à petit et malgré l'incompréhension de son entourage, elle apprend à se façonner une identité qui enfin, lui correspond véritablement. Mais à l'obtention de son baccalauréat, la voilà contrainte de quitter son île, où le centre universitaire de formation et de recherche (CUFR) de Dembéni n'a pas encore vu le jour. Des études, la jeune Maria rêve assurément d'en faire, et elle ne soupçonne pas alors l'étendue du parcours qui l'attend, toujours vertébré par sa passion alors naissante. L'année de son départ, elle intègre l'université du Havre où la Mahoraise suit un DUT en carrières sociales. Trois ans plus tard, la voilà à Reims, qui deviendra “ sa ville d'adoption ”, celle qui verra naître son fils. Pendant deux ans, elle étudie l'intervention sociale dans le cadre de sa licence professionnelle. Puis, de 2009 à 2011, elle se consacre à un master en éco-gestion, management des services de santé et de l'action sociale à l'université de Paris-Est-Marne-la-Vallée, qui la ramène ensuite à Reims pour un master dédié cette fois aux sciences humaines et sociales, éducation et formation. Finalement en 2012, la consécration : Maria Mroivili intègre un doctorat en lettres et sciences

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humaines et sociales. Parallèlement à ses études, elle enchaîne plusieurs activités, dans le social évidemment : coordinatrice pédagogique au sein d'écoles de la deuxième chance, conseillère en insertion dans le milieu associatif et conseillère municipale de quartier, chargée de projet pour la Croix-Rouge française et même conseillère principale d'éducation d'un collège rémois, autant d'approches différentes qui assurent son épanouissement. Au sein de son université métropolitaine, elle devient même chargée d'enseignement et y dispense des cours de sociologie, ainsi que la démographie socio-économique. Dans son laboratoire, elle étaye ses connaissances au contact des pédagogues, historiens, démographes et sociologues avec qui elle travaille chaque jour. Si bien qu'en 2015, deux avant de soutenir sa thèse dédiée aux universitaires mahorais, elle se voit intégrer le CUFR au sein duquel elle travaille toujours aujourd'hui, en tant, une nouvelle fois, que chargée d'enseignement en sociologie auprès des élèves de licence en administration économique et sociale, le seul domaine de l'établissement qui se rapproche du sien, aujourd'hui encore. “ J'y ai vu l'opportunité de confronter mon objet d'études à la réalité, j'avais besoin de sentir que j'avais fait le bon choix ”, sourit-elle en repensant à cette période.

Une mutation sociale perpétuelle mais lente Au contact de ses élèves, Maria Mroivili comprend que la nouvelle génération de mahorais privilégie encore des parcours universitaires courts et peu variés. Alors qu'en métropole, elle constatait avec bonheur la féminisation de plusieurs métiers jusqu'alors considérés comme typiquement masculins, elle comprend qu'à Mayotte, l'offre de vocations et le niveau scolaire en lui-même affichent un sérieux retard, en dépit du développement institutionnel et éducatif – parfois lent – de l'île aux parfums. Elle concentre alors ses recherches sur trois périodes distinctes : des années 70 à 90, ère de refonte du système scolaire mahorais, puis de 90 aux années 2000 et enfin, de 2000 à nos jours. Mais alors qu'elle s'attend à découvrir une évolution sociale profonde, Maria Mroivili s'aperçoit au contraire qu'aujourd'hui encore, “ on se limite à de brèves formations conduisant à des métiers déjà bien connus ”. Finalement, “ les jeunes

mahorais ne s'identifient pas aux transformations de leur société ”. La doctorante produit même une cartographie des parcours universitaires locaux. Sa thèse cite ainsi comme exemple une famille sadoise dans laquelle, sur une génération entière, tous les parents et enfants ont occupé la fonction de policiers ou gendarmes. “ Je remarque une tendance à quitter le système scolaire, favorisée par des dispositifs comme le RSMA ”, pointe-t-elle du doigt. “ Beaucoup de jeunes intègrent ce genre de structures alors qu'ils ont largement le potentiel pour poursuivre leurs études : la nouvelle génération qui devrait pouvoir s'émanciper est finalement en train de subir ce manque de formations universitaires ”. Elle identifie “ les métiers de la paix ” comme les plus populaires, chez les hommes comme chez les femmes. “ D'une part, c'est une bonne chose qui prouve la volonté des jeunes Mahoraises, leur capacité à oser, mais le problème c'est qu'elles interrompent leurs études pour rejoindre la fonction à des niveaux peu élevés ”. Autre constat que Maria Mroivili déplore, le manque de prise en compte des métiers d'avenir dans l'offre de formations localement dispensées, comme le paramédical, notamment. “ Il y a toute une dynamique à construire, même si le conseil départemental commence à s'intéresser au sujet, à travers la mise en place de bourse au mérite pour inciter à aller vers ces branches-là ”. En ce sens, la sociologue relève une lente mais progressive prise de conscience collective : “ Notre société est en perpétuelle mutation. Après une phase de transformation, elle est maintenant dans une phase de révolte marquée à tous les niveaux ”, analyse-t-elle. “ Je ne parle pas de mouvements sociaux, mais du fait que la société entière, toutes générations confondues, se rend compte peu à peu du manque de moyens à Mayotte ”. Preuve en est selon elle, le développement rapide du nombre de conférences et séminaires dans tous les domaines, particulièrement depuis ces deux dernières années. “ Nous sommes en train de comprendre l'importance de l'analyse de la parole, et plus largement du travail d'étude et de la place des universitaires ”. Alors que la sociologie en elle-même n'a jamais fait l'objet d'orientation universitaire à Mayotte, les sciences humaines pourraient finalement sembler vouées à se développer. Une aubaine, peutêtre, sur l'île hippocampe où, en 2017, 65 % des jeunes de 16 à 29 ans étaient en rupture scolaire avant même d'avoir décroché un seul diplôme qualifiant. n

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CE QU'ILS EN DISENT Soulaimana Noussoura, ancien voisin de Maria Mroivili Maria a très vite compris qu'elle pouvait gagner sa liberté personnelle par l'éducation. C'est une femme de qualité, à la fois volontaire et rebelle.

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LE DOSSIER

DÉVELOPPEMENT

DES IDÉES (PAS


Par : Geoffroy Vauthier Solène Peillard Grégoire Mérot

PARTIE 1/2 Assainissement, ramassage des déchets, énergies vertes, ou encore transports : les besoins à Mayotte sont nombreux. Mais des solutions expérimentées ailleurs existent. Parfois extrêmement simples, parfois plus techniques, toutes pourraient être adaptées à notre île pour améliorer son quotidien. Revue de ces idées pas si folles, et qui fonctionnent.

S SI) FOLLES 11

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LE DOSSIER

ASSAINISSEMENT

DES EAUX USÉES ÉPURÉES PAR DES LOMBRICS L’ASSAINISSEMENT DU DÉPARTEMENT EST UN VASTE CHANTIER ENCORE LOIN D’ÊTRE ACHEVÉ. POUR LE SYNDICAT INTERCOMMUNAL D’EAU ET D’ASSAINISSEMENT DE MAYOTTE (SIEAM), AUX FINANCES TENDUES, C’EST AUSSI UNE SOURCE DE DÉPENSES ÉLEVÉES. IL EXISTE POURTANT DES SOLUTIONS PEU CHÈRES. PARMI ELLES : FAIRE INTERVENIR DES LOMBRICS. C’est la commune de Combaillaux, dans l’Hérault (34), qui a donné l’exemple. Au début des années 2000, sa station d’épuration arrive en fin de vie. Mais plutôt que de se raccorder au réseau d’assainissement de Montpellier, elle fait le pari de l’expérimentation, en partenariat avec l’Institut national de recherche agronomique (Inra), qui travaille alors sur un assainissement des eaux usées grâce à… des lombrics. Soutenu par divers organismes et collectivités, dont l’Europe qui en a financé une partie, le projet pilote voit le jour en 2004. Le principe est simple : les eaux usées récupérées sont séparées des matières organiques par un fin tamis. Elles suivent ensuite leur parcours vers le "lombrifiltre", une cuve de 12 mètres de diamètre où elles sont pulvérisées chaque heure durant 20 minutes sur une couche de copeaux de bois et d’écorces de pin abritant les fameux lombrics. Ceux-ci peuvent alors se nourrir des matières organiques qu’elles contiennent encore. À la sortie, on obtient une eau pure conforme aux normes européennes et, passée la dernière étape du lagunage, l’analyse bactériologique ne dépasse pas les 100 unités/ml. Quant aux matières récupérées lors de l’étape du tamis, en début de processus, la moitié organique est, elle aussi, retraitée par des lombrics, et l’autre moitié (plastique, fer, etc.) retrouve la filière classique : recyclage ou incinération.

COÛT DE FONCTIONNEMENT ? Très faible puisqu’il consiste à rajouter, tous les deux mois, quelques centimètres de copeaux dans le "lombrifiltre." n

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ASSAINISSEMENT

JARDIN DES PLANTES ET ÉPURATION

ALLIER À LA FOIS ASSAINISSEMENT ET PÉDAGOGIE, C’EST CE QU’A FAIT LA PETITE COMMUNE DE CORCOUÉ-SUR-LOGNE, EN LOIRE-ATLANTIQUE. SES JARDINS FILTRANTS SONT AINSI DEVENUS UN LIEU DE VISITE. LUDIQUE, ÉCOLO, ET ÉCONOME. On le déplore souvent : Mayotte manque de parcs et de jardins publics. Il est vrai qu’il existe bon nombre d’autres priorités, mais il est possible d’allier l’utile à l’agréable. C’est ce qu’a prouvé la petite commune de Corcoué-sur-Logne, en Loire-Atlantique (44). Désireuse de remplacer sa station d’épuration devenue obsolète, elle a en effet fait le choix d’un procédé complètement naturel : des jardins filtrants. Les eaux usées sont récupérées à l’ancienne station et renvoyées vers la nouvelle, de trois hectares, à 1,7 km de là, via une canalisation. Plusieurs bassins y sont installés. Le premier – de 4 500 m2 – permet sa décantation grâce aux roseaux qui l’entourent. Les eaux s’écoulent ensuite dans trois autres bassins où vivent des plantes – ici des joncs du tonnelier, des typhas ou des iris lacustres

– se nourrissant des matières organiques qu’elles contiennent. Ce sont ensuite des saules plantés sur un hectare qui captent les derniers résidus des eaux circulant lentement à leurs pieds. Chaque jour, 120 à 150 m3 d’eau sont ainsi filtrés. Les végétaux taillés et/ou retirés pour l’entretien du dispositif servent à revégétaliser les berges érodées des rivières locales ou à fabriquer du compost en les mélangeant aux boues récupérées dans le premier bassin.

BONUS : le dispositif a été équipé de panneaux pédagogiques, le transformant par là même en lieu de balade que visitent chaque année quelques 1 500 enfants. À essayer avec des plantes locales pour le plaisir de tous. n

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LE DOSSIER

DÉCHETS

STOPPER LES DÉCHETS DANS LES RIVIÈRES LES RIVIÈRES DE L’ÎLE AUX PARFUMS SONT SI PROPRES QUE BIEN PEU OSENT ENCORE SE BAIGNER DEDANS. ELLES SONT SI PROPRES, D’AILLEURS, QUE LEURS EMBOUCHURES SONT JONCHÉES DE DÉCHETS QUI FINISSENT TÔT OU TARD PAR SE RETROUVER DANS LE LAGON. IL NE SERAIT TOUTEFOIS PAS SI COMPLIQUÉ QUE CELA DE LES RAMASSER. Le système inventé par deux ingénieurs italiens est tout simple. Blue Barriers, comme il s’appelle, consiste en deux barrières positionnées l’une après l’autre de manière oblique par rapport au cours d’eau, et flottant sur la surface. Celles-ci "happent" les déchets à leur passage et les canalisent vers un bassin de récupération où ils pourront être récupérés et retraités. Si le mécanisme se prête peut-être plus, il est vrai, aux rivières profondes et larges, d’autres solutions existent. En Australie, par exemple, des collecteurs sous forme de filets ont tout simplement été installés à la sortie des bouches d’égout. Brillamment simple, l’idée pourrait facilement être adaptée à nos caniveaux, souvent saturés de déchets, mais aussi aux petits cours d’eau au prix d’un léger aménagement permettant, par endroit, l’installation de tuyaux de drainage. Élémentaire et efficace, d’autant que des entreprises françaises en fabriquent. n

Le système Blue Barriers permet de récupérer les déchets transportés par les rivières.

Autre solution pour récupérer les déchets avant qu’ils ne se retrouvent dans le lagon : des filets collecteurs.

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ÉNERGIE

RECYCLER LES DÉCHETS PLASTIQUES EN CARBURANT DES DÉCHETS PLASTIQUES DANS LES MOTEURS ? OUI, C’EST POSSIBLE APRÈS UN PROCESSUS DE TRANSFORMATION. LE PROJET, À DEUX PAS D’ÊTRE COMMERCIALISÉ, POURRAIT BIEN ÊTRE UNE SOLUTION D’AVENIR. Chaque année, plus de 12 millions de tonnes de plastique finissent dans les océans du globe, et le lagon de Mayotte et ses mangroves n’y échappent évidemment pas. Parallèlement, seuls 25 % des matériaux récoltés par les centres de tri sont réellement recyclés, et le processus de transformation demeure extrêmement énergivore, donc extrêmement polluant. Localement, les bornes de collecte ne connaissent pas un grand succès avec seulement 1,2 kilos de déchets recyclés par an et par habitant – contre 70 en métropole –, et la quasi-totalité des déchets non triés est envoyée au centre d’enfouissement de Dzoumogné, dont la pleine capacité devrait être atteinte d’ici 2044. Or, quelques structures planchent, depuis plusieurs années, sur une revalorisation intelligente du plastique, particulièrement sur les territoires en voie de développement, où les problèmes de gestion des déchets sont nombreux, tout comme ceux liés à l’alimentation énergétique. Ainsi, l’été dernier, le comédien Samuel Le Bihan, fondateur de l’association Earthwake, dévoilait sur la Côte d’Azur le premier prototype de sa "Chrysalis", une machine voulue révolutionnaire, capable de transformer tous les plastiques – y compris ceux traditionnellement non recyclables – en carburant. Le principe est simple : les déchets recueillis sont d’abord broyés, puis chauffés à haute température afin de permettre leur distillation. Ce procédé peut transformer un seul kilo de déchet pétrolier en 700 grammes de diesel, 180 d’essence, 40 de carbone et de 80 de gaz, qui sera ensuite réinjecté dans la machine pour permettre son auto-alimentation, tandis que les hydrocarbures ainsi produits peuvent être utilisés pour les moteurs de voitures, de bateaux,

et même dans des générateurs électriques. À terme, la version commercialisable de la Chrysalis, normalement livrée d’ici la fin de l’année, devrait être capable de traiter 70 kilos de plastique en une heure, contre un kilo actuellement. Grâce à elle, Earthwake espère pouvoir recycler 15 000 tonnes de plastique dans trois pays d’Afrique de l’Ouest d’ici l’année prochaine. De quoi produire plusieurs tonnes de carburant et des milliers d’emplois, le tout en dépolluant l’environnement. Adaptée à Mayotte, la Chrysalis permettrait également d’éviter les épisodes de pénurie qui ont marqué les habitants à plusieurs reprises ses dernières années. n

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LE DOSSIER

HYDROLIENNES

LES COURANTS MARINS POUR FAIRE DE L’ÉNERGIE IL N’Y A PAS QUE LES VENTS QUI PEUVENT ÊTRE TRANSFORMÉS EN ÉNERGIE : LES COURANTS MARINS, EUX AUSSI, ONT CET AVANTAGE. PREUVE EN EST : LA PREMIÈRE HYDROLIENNE FRANÇAISE EST ACTUELLEMENT TESTÉE AU LARGE DES CÔTES-D’ARMOR.

Crédit photo Hydroquest

Et si l’océan devenait lui-même une source d’énergie ? À la façon des éoliennes terrestres, des turbines intégralement immergées, appelées hydroliennes, sont capables d’exploiter la force des courants marins. En faisant tourner les pâles, ceux-ci activent un générateur qui les transforme en électricité. Ainsi, à la mi-juin, l’ "HydroQuestOcean", installé au large des Côtes d’Armor, devenait la première hydrolienne française à être raccordée au réseau national, une expérimentation qui devrait durer un an. Avec une puissance d’un mégawatt, elle

peut à elle seule alimenter un millier de foyers. Un rendement certes inférieur à la moyenne affichée par les éoliennes terrestres, mais à Mayotte, le vent de terre n’est, de toute façon, pas assez fort ou régulier pour atteindre un tel résultat. Les turbines sousmarines en revanche sont productives en permanence : l’énergie des courants de marée ne discontinuant jamais. Les côtes du Mozambique seraient d’ailleurs l’un des sites au plus fort potentiel, grâce à la puissance des mouvements hydrauliques locaux. Problème : la mise en œuvre de ces structures demeure particulièrement coûteuse et technique, puisqu’elle revient à installer une petite centrale électrique sur les fonds marins. Du fait de leur immersion permanente, leur entretien est lui aussi délicat, mais de plus en plus de constructeurs conçoivent des mécanismes capables de remonter les turbines à l’air libre, facilitant largement les interventions. Cependant, l’impact environnemental des hydroliennes est encore peu connu, les études sur le sujet étant soit trop récentes, soit encore en cours. D’une part, les ingénieurs estiment que la vitesse de rotation des pâles est trop peu élevée pour ciseler les poissons qui oseraient s’en approcher, de l’autre, quelques détracteurs considèrent qu’à terme, une ferme hydrolienne pourrait forcer la migration de bon nombre d’espèces en influant sur les courants. À étudier, donc. n


ÉOLIEN

POURQUOI PAS UN PARC FLOTTANT ? OUBLIÉ DES PROJETS ÉNERGÉTIQUES LOCAL, L’ÉOLIEN POURRAIT BIEN, POURTANT, ÊTRE PORTEUR. "PAS ASSEZ DE VENT", DIRONT CERTAINS. C’EST SANS COMPTER SUR LA MISE AU POINT D’UNE NOUVELLE TECHNOLOGIE CAPABLE DE CAPTER LES VENTS AU LARGE : L’ÉOLIENNE FLOTTANTE.

Vendredi 9 novembre 2018 : tout Mayotte est plongée dans le noir pendant près de deux heures. À l’origine de cette coupure d’électricité généralisée, une surchauffe du câble sous-marin situé en Petite-Terre, dans la centrale des Badamiers. EDM avait alors dû apprêter pas moins de neuf groupes électrogènes. Un épisode qui rappelle la dépendance de Mayotte aux énergies fossiles : elles constituent aujourd’hui encore près de 95 % des ressources utilisées localement, contre à peine 5 % de solaire. Problème : il ne reste plus qu’un an au 101ème département pour atteindre son objectif de 50 % d’énergies renouvelables. Or, les panneaux photovoltaïques ne pourront pas assurer plus de 32 % des énergies consommées, sous peine de fragiliser la stabilité du système électrique en cas de passage nuageux, d’où la nécessité de mélanger les différents types de production. Côté biomasse, alors qu’un projet de production à partir de bois importé est dans les cartons, la combustion de biogaz au sein du centre d’enfouissement des déchets de Dzoumogné devrait permettre d’alimenter plusieurs

milliers de foyer en électricité d’ici trois ans, ce qui demeurera encore insuffisant, en tenant compte du fait que la consommation des Mahorais augmente presque de 10 % chaque année, et que cette même population est appelée à croître. Alors, grand oublié du mix énergétique local, l’éolien pourrait bien représenter un domaine porteur. Si nombre d’experts s’accordent à dire depuis plusieurs années que le territoire n’est pas suffisamment exposé aux vents, c’était sans compter sur la mise au point d’une nouvelle technologie capable de capter les courants au large : l’éolienne flottante, dont le premier prototype français est connecté au réseau électrique depuis septembre dernier. Contrairement à une structure fixe dont l’installation, très coûteuse, nécessite la fixation d’un immense bloc de béton armé sur les fonds marins qui ne pourra plus être retiré, la version flottante ne requiert que des lignes d’ancrage, facilitant le démantèlement qui, cette fois, ne laisse ni débris ni traces dans le milieu naturel. Autre avantage : alors que la classique éolienne offshore ne peut être fixée qu’à un maximum de 50 mètres de profondeur, son alternative peut être installée jusqu’à 300 mètres de fond. Bien plus éloignée des côtes et de l’activité nautique, l’installation flottante peut être soumise aux vents du large, plus forts et plus réguliers. Ainsi, selon l’institut américain Carnegie, des fermes éoliennes géantes pourraient suffire à assurer l’autonomie électrique des États-Unis et de l’Europe. La première mondiale du genre, située au large de l’Écosse, permet déjà de produire suffisamment d’énergie pour alimenter 20 000 foyers, grâce à cinq éoliennes. n

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LE DOSSIER

ROUTES

DU THERMOPLASTIQUE POUR REBOUCHER LES NIDS DE POULE ALORS OUI, À MAYOTTE, ON RÊVE D’AVOIR UNE ROUTE COMME CELLE DU LITTORAL À LA RÉUNION, MAIS DÉJÀ, ON DEVRAIT COMMENCER PAR ENTRETENIR CELLES QU’ON A. ET POUR ÇA, UNE TECHNIQUE NOUVELLE PERMET D’UTILISER LE PLASTIQUE. ET ÇA, NOTRE ÎLE N’EN MANQUE PAS.

Crédit photos : https://www.geveko-markings.com

Il est vrai que des végétaux plantés dans les nids de poule, comme cela s’est déjà vu à Mayotte, c’est joli. Joli, oui, mais pas pratique et surtout pas recommandé. Malheureusement, malgré de récents efforts sur nos routes, ils sont encore nombreux et, à chaque saison des pluies, se reforment. Une plaie pour les usagers, mais aussi les collectivités qui doivent mobiliser des équipes, mais aussi investir dans du goudron. Toutefois, une entreprise danoise – Geveko Markings – a récemment mis au point un système de rebouchage des nids de poule simple et efficace : le ChipFill, aussi appelé "plastiroute". Le concept ? Des petites pastilles de thermo-plastique disposées dans le trou, ensuite fondues grâce à un chalumeau. Résultat immédiat et efficace. Sur internet, le sac de 12 kg est disponible au tarif hors-taxe de 75€. n

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TRANSPORTS

DES TUK TUK DANS LA VILLE Notre grande voisine, Madagascar, en est bourrée. Nombre d’autres pays d’Asie, mais aussi le Portugal en Europe, les utilisent : les tuk tuk représentent un moyen de transport pratique et économique sur de courtes distances. Traditionnellement équipés de moteur 125cc, certaines firmes en fabriquent même désormais des versions électriques. Paris voit d’ailleurs plusieurs centaines d’entre eux – 400 selon de récentes données – sillonner les sites touristiques depuis quelques années. Si les prix sont très élevés pour ces visites sur-mesure, on peut imaginer un tarif encadré pour en faire un bon complément aux taxis, sur des distances réduites, au sein des quartiers par exemple, ou entre deux villages de brousse, sans avoir à compter uniquement sur les taxis brousse. À réfléchir ! n

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LE DOSSIER

DÉVELOPPEMENT

DES IDÉES COM FOLLES (MAIS P 20•

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PARTIE 2/2 Nous venons de le voir dans la première partie de ce dossier, il y a des petites solutions. Mais il est aussi possible d’avoir aussi de grandes ambitions. Si La Réunion peut avoir une route pour en faire le tour, alors Mayotte peut aussi rêver de plonger dans le futur. Voici quelques idées de grande ampleur, déjà appliquées ailleurs ou en cours d’élaboration.

MPLÈTEMENT POSSIBLES) 21

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LE DOSSIER

TRANSPORTS

S’ENVOYER EN L’AIR PAR TÉLÉPHÉRIQUE LE TÉLÉPHÉRIQUE, CE N’EST PAS RÉSERVÉ AUX STATIONS DE SKI. PREUVE EN EST LE SUCCÈS QU’IL RENCONTRE DANS DE NOMBREUSES VILLES DU MONDE : RIO DE JANEIRO, NEW-YORK, MEDELLIN, BARCELONE, ETC. MÊME TOULOUSE S’APPRÊTE À SAUTER LE PAS. EN PLUS DE DÉSENGORGER LES ROUTES EN SE DÉPLAÇANT DANS LES AIRS, LIMITANT AINSI L’IMPACT AU SOL, UN TEL SYSTÈME PERMET DE DÉSENCLAVER LES QUARTIERS LES PLUS ISOLÉS. Et si Mayotte prenait exemple sur les plus grandes villes du monde, à l’instar de Rio de Janeiro, New-York ou encore Barcelone ? Ces trois villes ont un point commun : elles possèdent toutes un téléphérique urbain. En France, Toulouse est sur le point de sauter le pas d’ici fin 2020. Alors, pourquoi ne pas imaginer un projet semblable sur l’île aux parfums ? L’idée ne paraît pas idiote ou utopique, sachant que le trafic routier de 2015 fait état d’une circulation de près de 20 000 véhicules par jour dans la seule zone de Mamoudzou. Et ce chiffre augmente de 2% chaque année ! Le réseau, composé de 88 kilomètres de routes nationales et de 137 kilomètres de départementales, est constamment congestionné, notamment sur l’axe entre Longoni et le chef-lieu, en raison de sa liaison entre les principaux pôles économiques comme le port ou la zone industrielle de Kawéni. Aux heures de pointe, la vitesse des automobilistes n’excède pas 10 km/h. Se déplacer par les airs peut être une solution alternative et crédible pour éviter les embouteillages chroniques pendant de longues heures entre Tsoundzou et Koungou. Ce nouveau mode de transport collectif fait bonne impression sur le papier. Et il ne semble pas tant irréalisable que cela. Son coût, si l’on prend exemple sur le projet toulousain qui

s’élève à plus de quatre-vingts millions d’euros pour une longueur de 2,6 kilomètres, s’avère tout à fait abordable. Et si l’on pousse le rêve encore plus loin, pourquoi ne pas envisager le déploiement d’un téléphérique sur l’ensemble du territoire, caractérisé par des reliefs doux et des plaines assez vastes ? Le gain de temps serait alors considérable pour les habitants du sud qui rejoignent le nord pour se rendre sur leur lieu de travail, où 70% des emplois sont localisés. Partir du mont Choungui pour rejoindre la pointe Mahabou en seulement quelques minutes serait alors une réalité. Un moyen de découvrir l’île sous un nouvel angle ! Par ailleurs, et sans aller jusqu’à couvrir toute l’île, un téléphérique a une autre vertu : rendre accessibles les quartiers qui le sont le moins. C’est la raison pour laquelle, en 2004, la ville de Medellin en Colombie, bien connue pour son cartel et rongée par l’insécurité, a inauguré la première ligne de son "métrocable" entre les quartiers hauts de la ville – les plus pauvres – et ceux du bas. En désenclavant ces zones déshéritées où l’extrême violence se manifestait régulièrement, le système a contribué à une importante chute de la criminalité. Comment ne pas y voir une solution possible aux bidonvilles qui maillent Mayotte, celui de Kawéni entre autres ? En tout

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À Medellin, en Colombie, l’installation du "métrocable" a permis de désenclaver les quartiers les plus pauvres, participant ainsi à la chute de la criminalité. Un bonus qui s’ajoute à ce transport en commun pour lequel de plus en plus de villes optent à travers le monde.

cas, fort de son succès, le "métrocable" dispose aujourd’hui de six lignes et a inspiré d’autres villes d’Amérique du Sud comme La Paz en Bolivie ou Caracas au Venezuela Dans le plan global de transports et de déplacements de Mayotte sorti en juin 2017, la réflexion d’un transport par câble existe bel et bien entre le terre-plein de M’Tsapéré et le centre de Kawéni, avec deux stations intermédiaires

à Cavani (stade) et à l’hôpital. Le coût du projet est évalué à 40 millions d’euros pour un aménagement à l’horizon 2030. Les charges annuelles s’élèveraient à un peu plus de 470 000 euros et le coût kilométrique serait de l’ordre de deux euros. Toutefois, avec 397 voyageurs aux heures de pointes, son impact serait beaucoup moins important qu’un transport collectif en site propre.n

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LE DOSSIER

TRANSPORTS

SE DÉPLACER DANS UN TRAMWAY SUR PNEU UN TRAMWAY À MAYOTTE ? ET POURQUOI PAS ? NOS VOISINS RÉUNIONNAIS S’APPRÊTENT À EN LANCER UN, ET IL EXISTE DES SOLUTIONS POUR ADAPTER CE TYPE DE TRANSPORTS EN COMMUN À MAYOTTE. BIEN QUE PAS ENCORE AU PROGRAMME CHEZ NOUS, IL POURRAIT BIEN ÊTRE PERTINENT D’Y RÉFLÉCHIR.

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La Réunion bénéficiera bientôt d’un tramway entre Sainte-Marie et Saint-Denis. Baptisé Run Rail, la ligne sera longue de 9 km.

Le concept peut faire sourire mais il est réalisable, y compris sur une petite île ! Pourquoi ne pas interdire la circulation des véhicules au sein même de la ville ou instaurer un système de péage urbain pour laisser la part belle à un tramway ? Un mode de transport écologique et abordable pour ses passagers. Le Métro Express développé par l’Ile Maurice entre PortLouis et Curepipe, d’une longueur de 26 kilomètres peut ainsi donner des idées aux élus mahorais. L’entrée en service de la première tranche, jusqu’à Rose Hill, est attendue dès le mois de septembre 2019, plus de trente ans après les premières réflexions. Coût de l’opération : 460 millions d’euros. Toujours dans l’océan Indien, le Conseil régional de La Réunion a voté l’été dernier la création d’un nouveau tramway baptisé Run Rail entre SainteMarie et Saint-Denis. Long de 9,1 kilomètres, il nécessite un investissement de 300 millions d’euros. Livraison prévue en 2024. Compte tenu de la taille de l’île aux parfums (374km2), un projet de ce type en faisant le tour pourrait jouir d’un bel accueil localement, en décidant même d’implanter au moins une station dans chacune des dix-sept communes du territoire. Seulement, l’éternelle problématique réside dans le foncier disponible, véritable casse-tête. De plus, le tracé d’une telle ligne impliquerait l’expropriation d’habitants et la destruction de biens immobiliers.

Toujours est-il que la construction d’un tramway surélevé, à même le sol, voire souterrain, sillonnant les quatre coins de l’île, ferait définitivement rentrer Mayotte dans une nouvelle ère. Malheureusement, ce projet semble d’autant plus irréalisable que la Communauté d’agglomération Dembéni-Mamoudzou (Cadema) doit prochainement lancer les travaux de son réseau de transports collectifs urbains, Caribus. Sachant que le montant de ce dernier s’élève déjà à 145 millions d’euros, il apparaît plus qu’improbable que l’État et les collectivités mettent une nouvelle fois la main à la poche. Pour couper la poire en deux, Mayotte pourrait s’inspirer de la Chine où a été lancé dans la ville de Zhuzhou un tramway sur pneu, sans rail, en 2018, sur une ligne de douze kilomètres. Il utilise un marquage au sol pour se diriger. Ce véhicule mi-bus mi-tramway, d’une longueur de 32 mètres peut transporter environ 300 passagers et se déplacer à 70km/h. Propulsé par batterie, il peut parcourir 25 kilomètres après charge complète et rapide (environ dix minutes). À la différence d’un tramway classique, son déploiement est plus rapide et moins onéreux puisque la construction d’une ligne de dix kilomètres de long permettrait d’économiser plus de 130 millions d’euros. Peut-être un bon complément au réseau Caribus, pour desservir les autres communes du département. n

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LE DOSSIER

Des maisons flottantes ? Le concept existe déjà, comme ici au Canada, et ne présente pas tant de difficultés que ça pour être mis en place. Avantage : de l’espace gagné sur la terre, et des populations préservées de la montée des eaux. Pas si bête n’est-cepas ?

Construire sur l’eau ? L’idée n’est pas si incongrue et est en fait déjà à l’œuvre dans plusieurs territoires qui ont opté pour cette solution face à la pression démographique et le manque d’espaces constructibles. C’est notamment le cas de Monaco et de HongKong. On l’admettra aisément, Mayotte ne bénéficie pas des capacités financières et d’ingénierie de ces deux géants. Exit donc, l’idée de quartiers entiers sur le lagon. La faune et la flore marines ne s’en émouvront sans doute pas. En revanche, depuis quelques années, se développent de nouvelles constructions sur l’eau, à la fois respectueuses de

l’environnement, moins coûteuses et facilement déplaçables. "Il s’agit de structures spécifiques, entre la maison sur pilotis et la péniche. À l’image de celle-ci, la maison flotte sur l’eau, tout en étant non pas immobilisée mais, au contraire, arrimée à deux poteaux dans l’eau", nous apprend ainsi le site d’ETI Construction, bureau d’études spécialisé dans les constructions techniques. En fait de technicité, il s’agit plutôt là de nouveauté que d’une véritable complexité dans l’ingénierie ; une fois le modèle crée sur l’île, il serait ainsi facilement duplicable. Les constructions aujourd’hui proposées sur le marché sont de type modulaire, ce qui signifie que 80% de la manufacture est faite en usine. Reste

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AMÉNAGEMENT

CONSTRUIRE SUR L’EAU, LA NOUVELLE VAGUE ?

ALORS QUE L’ON PRÉDIT UN DOUBLEMENT DE LA POPULATION DE L’ÎLE AU LAGON D’ICI 2050, LE PETIT TERRITOIRE DE 374 KM2 VA DEVOIR FAIRE PREUVE D’INGÉNIOSITÉ POUR LOGER CONVENABLEMENT L’ENSEMBLE DE SES HABITANTS. ET SI LA RÉPONSE NE SE TROUVAIT PAS NÉCESSAIREMENT DANS LES TERRES… MAIS SUR LA MER ?

ensuite à faire l’assemblage sur place. Les coûts sont ainsi considérablement diminués. Autre avantage de cette maison en ossature bois : sa flottaison. On oublie donc les risques liés à la montée des eaux ou des fortes marées puisque la maison s’élève en même temps que l’eau sur laquelle elle se trouve. Pas non plus besoin de répondre aux normes antisismiques. Pas sûr, en, revanche, qu’elle surfe sur la vague d’un tsunami si un tel phénomène se produit. Quoiqu’il en soit, les maisons construites sur le littoral, non loin de là, ne résisteraient pas non plus et auraient déjà (au moins) les pieds dans l’eau dans le cas d’une élévation du niveau de la mer. La mobilité de ces constructions a ses avantages, elle permettrait, par exemple, d’homogénéiser d’éventuels "quartiers sur l’eau" devenus trop denses. Quelques heures

suffisent et votre maison se trouve déjà de l’autre côté de l’île. Un atout par ailleurs indéniable face aux aléas climatiques. Enfin, il convient de rappeler que si les risques majeurs ne sont jamais évitables, Mayotte bénéficie d’un avantage de taille par rapport aux géants qui construisent des villes entières sur la mer : son lagon. La barrière de corail forme en effet un rempart naturel, quand Hong-Kong ou Monaco sont obligés de construire des digues artificielles à grand renfort de milliers de tonnes de béton. Reste que pour qu’une telle idée puisse devenir réalité sur l’île, les services urbains devront être au rendez-vous. Car si une maison peut avoir sa place sur l’eau tant qu’elle respecte son environnement naturel, les déchets et eaux usées, eux, ne doivent jamais être les bienvenus. n

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HABITAT

DES GRATTE-CIELS POUR GAGNER DE L’ESPACE

ILS SONT DE RETOUR EN GRÂCE. APRÈS DEUX DÉCENNIES DURANT LESQUELLES CES ÉDIFICES GÉANTS ÉTAIENT QUELQUE PEU OUBLIÉS DES URBANISTES, LES GRATTE-CIELS REVIENNENT DEPUIS QUELQUES ANNÉES AU CENTRE DES ATTENTIONS. NON SEULEMENT, ILS SE VEULENT ÉCOLOGIQUES – ET ÇA, ÇA PLAÎT DÉSORMAIS –, MAIS ILS PERMETTENT SURTOUT DE GAGNER DE L’ESPACE. ALORS, ÉVIDEMMENT, ILS SERAIENT PARTICULIÈREMENT ADAPTÉS À MAYOTTE. HÉ OUI !

Les gratte-ciels peuvent-ils être le futur de Mayotte ? Avouons-le, on a un peu de mal à l’imaginer en l’état des choses. Pourtant, ces édifices géants font leur retour en grâce ailleurs dans le monde. Et pas besoin de regarder Dubaï : en la matière, notre propre pays semble y accorder une importance toute nouvelle. Après la tour Majunga à La Défense, inaugurée en 2014 et le nouveau Tribunal de grande instance de Paris, haut de 160 mètres, plusieures autres constructions en hauteur sont au programme ou envisagées. Parmi elles, les tours Duo, de Jean Nouvel, hautes de 180 et 122 mètres ; la tour Triangle, de Herzog & Meuron, de 180 mètres ; l’Hermitage Plaza de 320 mètres ; un projet de six tours de 180 mètres dans le 12ème arrondissement ; The Link – nom de la tour qui devrait abriter le siège de Total – ; ou encore la tour Saint-Gaubain. En somme : finie l’époque où l’on crachait sur les gratte-ciels, on redécouvre aujourd’hui leurs avantages. Le principal d’entre eux ? L’espace qu’ils permettent de gagner au sol. Sur une île à forte densité de population – "La densité de population est particulièrement élevée à Mayotte. En 2017, avec 690 habitants au km², le département n’est devancé que par Paris et cinq autres départements d’Île-deFrance", détaillait d’ailleurs l’Institut national de la statistique et des études économiques en

2017 – et où le foncier est un problème récurrent, ils pourraient représenter une solution. "Et l’environnement ?", dirons alors quelques fervents défenseurs de la cause. Qu’à cela ne tienne, la mode est à la construction de tours écologiques, et certaines d’entre-elles servent même de support à la production d’énergie. C’est ainsi que la Strata Tower, à Londres, possède trois éoliennes à son sommet produisant 80% de ses besoins énergétiques. Mieux : à Pittsburgh, aux États-Unis, le siège de la banque PNC se veut être "le building le plus écologique au monde." Et pour cause : il dispose d’un vaste système de récupération des eaux de pluie, mais aussi d’un système de ventilation naturelle captant l’air frais en hauteur grâce à une cheminée photovoltaïque. Autre exemple, enfin, aux Pays Bas, où la Hawthorn Tower et ses 90 mètres sera en partie couverte de 10 000 arbres, agissant ainsi comme un immense purificateur d’air capable d’absorber 5,4 tonnes de dioxyde de carbone par an et de produire 41 000 tonnes d’oxygène : autant qu’une forêt d’un hectare. De quoi, en plus d’économiser de l’espace, limiter fortement l’impact croissant du parc automobile mahorais sur nos poumons. n

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Les tours Duo et la tour Triangle, à Paris, et la Hawthorn Tower, aux Pays-Bas. Les gratteciels font leur retour en grâce dans le monde. Une solution pour économiser de l’espace à Mayotte ?

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TRANSPORTS

CONSTRUIRE UN TUNNEL ENTRE GRANDE-TERRE ET PETITE-TERRE

LE PONT ENTRE PETITE-TERRE ET GRANDE-TERRE N’AURA ÉTÉ QU’UN FANTASME. DE TOUTE FAÇON, CELA N’AURAIT PAS ÉTÉ TRÈS BEAU SUR LE LAGON. EN REVANCHE, POURQUOI PAS UN TUNNEL ?

En mai dernier, on fêtait les 25 ans de l’inauguration du tunnel sous la Manche. À Mayotte, bon nombre d’habitants imaginent un pont pour relier Grande-Terre à PetiteTerre. Mais un pont sur le lagon, c’est moche, alors pourquoi pas un tunnel ? La distance ne représente que 1,8 km : bien loin des 50,5 kilomètres séparant le sud-est du RoyaumeUni au nord de la France. Dans le monde entier, il existe peu de tunnels sous-marins connectant deux îles. Le plus long

se trouve au Japon, entre Honshu et Hokkaido. En Europe, l’un des plus célèbres se trouve aux Îles Féroé et permet de rejoindre la ville de Leirvik depuis Klaksvik au terme d’un trajet de 6,3 km. Dans l’océan Indien, un projet est en prévision aux Seychelles. Il consiste en la construction de deux tunnels sur Mahé. Le principal devrait relier Grand Anse, à l’ouest, à Providence, à l’est. L’autre serait entre le district nord de Beau Vallon et English Rivers, un district central. L’étude estime qu’une fois le chantier démarré, il faudrait environ trois ans pour le mener à bien et qu’il devrait coûter plus de soixante millions de dollars. Si l’on tient compte du fait qu’un projet de pont entre Petite-Terre et Grande-Terre ne répond pas aux objectifs fixés par le plan global de transports et de déplacements puisqu’il amènerait une grosse partie du trafic en centre-ville, il apparaît comme peu probable qu’un tunnel soit dans les cartons. D’autant plus que la construction est estimée à plus de 220 millions d’euros d’investissement et que le Département ne semble pas avoir les ressources financières suffisantes pour assumer une telle opération. De facto, un tunnel est pour le moment inconcevable sur l’île aux parfums. Mais qui sait ? Un jour peutêtre… n

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LE DOSSIER

AÉROPORT

UNE PISTE CIRCULAIRE POUR NE PLUS TOURNER EN ROND

SOUVENT PROMISE, JAMAIS RÉALISÉE, LA PISTE LONGUE EST UN DES PLUS GROS SERPENTS DE MER DE MAYOTTE. EN CAUSE : UN LAGON À PRÉSERVER ET SUR LEQUEL UNE NOUVELLE CONSTRUCTION N’EST PAS LA BIENVENUE, MAIS AUSSI DES COÛTS TRÈS ÉLEVÉS. PAS POSSIBLE, DONC ? QU’À CELA NE TIENNE, DES INGÉNIEURS ONT PLANCHÉ SUR UN PROJET DE PISTE…CIRCULAIRE.

L’idée n’est pas utopique, loin de là. Depuis 2012, des ingénieurs néerlandais du Netherlands Aerospace Centre (NLR) – le centre aérospatial des Pays-Bas – planchent très sérieusement sur un concept de piste d’aéroport… circulaire. Baptisé Endless Runway – "piste sans fin" en français –, le projet est soutenu par l’Office national d’études et de recherches aérospatiales (Onera) en France, le Centre allemand pour l’aéronautique et l’astronautique (DLR), et leurs homologues espagnol et polonais. Autant dire qu’il pourrait bien voir le jour dans quelques années. Le principe ? Une piste non plus rectiligne, mais circulaire et inclinée vers les bordures extérieures afin que la force centrifuge plaque les avions au sol. Ses avantages sont nombreux, selon l’équipe qui travaille sur le projet : la fin des vents de travers, avec des atterrissages et décollages désormais systématiquement face au vent – les pilotes sont informés au préalable du meilleur axe pour atterrir/décoller –, la possibilité de faire

atterrir ou décoller plusieurs appareils en même temps, une empreinte carbone de l’aéroport réduite, une meilleure répartition des nuisances sonores, mais surtout… une piste équivalente à 9 km. C’est en tout cas la taille préconisée par les chercheurs. Autant dire qu’elle peut accueillir nombre de gros porteurs sans aucun problème ! Oui mais voilà, pour atteindre cette distance, il faut un diamètre de… Trois kilomètres. Et c’est là que le bât blesse car, si un tel projet devait devenir effectif, une piste de ce genre ceinturerait complètement l’île, ce qui n’est évidemment pas envisageable sauf à déplacer l’aéroport en Grande-Terre. Soyons tout de même objectif, si le projet est pris au sérieux, ce n’est à priori pas demain qu’il apparaîtra : les règles de l’aviation civile sont drastiques, les normes de construction des appareils tout autant et adaptées aux pistes, et on imagine mal que tout cela évolue d’un claquement de doigts. n

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PORTRAIT

Grégoire Mérot

DES CHIFFRES ET DE L’ÊTRE

GILLES HALBOUT, VICE-RECTEUR

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Le nouveau vice-recteur de Mayotte, brillant mathématicien mais aussi fin lettré, s’est fait une mission personnelle de résoudre les problèmes auxquels fait face l’école mahoraise. Une équation dont il lit les facteurs d’un œil humaniste et qu’il ne pourra résoudre sans ses valeurs les plus profondes et l’énergie qu’il a déjà su trouver dans le territoire. Portrait.

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" La lutte elle-même vers les sommets suffit à remplir un

cœur d’homme. Il faut imaginer Sisyphe heureux." Ces mots de Camus, Gilles Halbout les a faits siens. Il les cite à la volée comme ces mantras que l’on adopte pour la vie. "Camus me fait beaucoup de bien", confesse le nouveau vice-recteur, aussi féru de lettres que de chiffres, précisant d’un ton professoral : "Il nous rappelle qu’il y a beaucoup d’optimisme à trouver en partant d’une situation qui pourrait tendre au pessimisme". Une philosophie qui résonne avec un écho tout particulier sur cette île qui peine à se dresser dans un océan de défis. Loin d’un optimisme béat, Gilles Halbout et son mentor prônent plutôt la force de la volonté, le travail salvateur, émancipateur. Ces valeurs font œuvre de patrimoine génétique dans la famille de Gilles Halbout, et elles n’ont pas souffert d’atavisme depuis trois générations. "Je suis le produit du produit de la méritocratie républicaine", explique le petit-fils et fils de profs. Né dans le Nord, il suit très jeune sa mère qui s’installe près de Toulouse pour enseigner à l’École normale supérieure. Une nouvelle terre qui renforcera son sens de l’effort. "J’ai grandi dans la banlieue toulousaine, pétrie de tradition rugbystique", se souvient-il. Un sport qu’il adopte et qui l’adopte. Sur le terrain comme dans les classes, l’enfant veut exceller. Naturellement bon élève, il fonce vers l’embut et transforme l’essai. Bac, prépa, Normal Sup’ rue d’Ulm… C’est le grand chelem. Il le sait, tout le monde ne rejoindra pas aussi aisément l’élite. Et de son parcours sans fausse note, le vice-recteur tire aujourd’hui quelques enseignements à prodiguer à la jeunesse. "Je me serais volontiers tourné vers les métiers de la justice, mais à cet âge, on a du mal à sortir de son cocon alors je me suis tourné vers la voie qui m’était prédestinée", analyse-t-il. Sans amertume, puisqu’il adorait les maths. Mais il souhaite aujourd’hui que les jeunes aient le choix, qu’ils puissent s’émanciper à travers leurs choix

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PORTRAIT

"JE ME LAISSE TROIS ANS POUR Y PARVENIR" d’études et de carrières. Au vicerectorat, il souhaite ainsi mettre l’accent sur l’orientation. Et œuvrer pour l’élargissement des filières d’enseignement supérieur sur l’île car "quitter le milieu familial à 18 ans peutêtre très dur, a fortiori quand il s’agit de quitter Mayotte pour Paris."

HOMME DE LETTRES Justement, sa jeunesse à lui aussi était parisienne. Et puisqu’il chaussait moins souvent ses crampons, c’était dans les sorties culturelles qu’il s’épanouissait lorsqu’il s’échappait des équations. On pouvait le retrouver dans les clubs de jazz ou face à un orchestre philarmonique. Devant les planches de théâtre, aussi. "Tout ce

qui touche à la culture", en somme, même s’il l’avoue dans un sourire, il n’est "surement pas le meilleur pianiste de la famille". Sur l’île au lagon, il ne retrouvera pas cette effervescence des arts. Et le déplore déjà. "Il n’y a pas de lieu de culture alors même que nous sommes sur une terre de fortes traditions culturelles, c’est dommage de ne pas développer cela car c’est le meilleur instrument pour s’ouvrir à l’autre, pour découvrir", insiste celui qui n’a pas manqué d’assister à un Debaa dès son arrivée et qui file suivre les ateliers de la troupe nomade du Théâtre du soleil. Alors Gilles Halbout mettra un point d’honneur à ce que l’ouverture aux arts se marie aux projets éducatifs. Car celui qui sera bientôt recteur ne manque pas d’ambition pour transformer l’école mahoraise. Avec déjà une idée majeure : mettre en place une pédagogie différenciée. "Les élèves qui sont en difficulté doivent être pris à part sinon ils ne feront qu’accumuler du retard. Dans le même temps il faut sécuriser le parcours des élèves qui ont une relation normale à l’école", explique-t-il, ajustant ses lunettes rectangulaires. En deux semaines, Gilles Halbout a déjà pris contact avec l’ensemble des acteurs pour mettre la machine en branle le plus rapidement possible. L’homme est pressé. Cela tombe bien, il y a urgence. Et s’est fixé trois ans pour transformer l’école. Un vaste chantier, "mais l’énergie des équipes et des partenaires est là". Objectif : que l’école redevienne le socle de la société et qu’elle regagne la confiance des mahorais. Qu’elle soit un lieu de paix, de développement personnel et commun harmonieux. Il l’assure, les soutiens répondront à l’appel, sur place comme au ministère. Pas question donc, de céder au fatalisme face à la démographie galopante : "à l’inverse de la métropole, nous avons des moyens en augmentation, il y a des besoins à Mayotte mais il ne faut pas que cela soit un puits sans fond. Nous mettrons l’accent sur une éducation de qualité et

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non de quantité, et cela doit se ressentir jusque dans l’architecture des nouveaux établissements", martèle-t-il d’un ton professoral.

"JE FAIS TOUT PAR PASSION" De quoi ravir le ministère de l’Éducation nationale avec qui il entretient une confiance réciproque. Une confiance qui s’illustre déjà par sa nomination. C’est en effet lui qui a demandé le poste. Même si tout ne s’est pas vraiment passé comme prévu. Après avoir enseigné et gravit les échelons dans l’enseignement supérieur en Languedoc-Roussillon, jusqu’à devenir président de la Communauté d’universités et d’établissements (Comue) de la région, Gilles Halbout voulait "voir d’autres horizons". "Je voulais un poste plus opérationnel et me suis intéressé au cas de Mayotte qui m’a semblé très intéressant au vu des défis à relever", relate-t-il. Son choix fait, il se dit : "je me laisse trois ans pour y parvenir". Le président de la Comue s’en ouvre à un collègue qui travaille au ministère de l’Éducation nationale pour faire remonter l’information. Le calcul est finement opéré. Mais c’était sans compter une inconnue dans l’équation : la démission surprise de son prédécesseur, Stephan Martens. Près de

deux ans avant son plan initial, le ministère demande donc à Gilles Halbout de prendre la relève. "Je l’avoue, je n’étais pas prêt", confie le rugbyman. Il saisit pourtant l’opportunité en vol et fonce sans marquer d’arrêt de volée. Mais le reste de l’équipe ne suit pas. Gilles Halbout se fait plus taciturne. "Les choses sont un peu compliqués", lâche-t-il tristement, évoquant sa femme et ses filles restées en métropole, faute d’avoir pu préparer le départ à temps. Heureusement, il a déjà su ici trouver l’énergie dont il a besoin. Et nul doute que l’équipée sera rapidement réunie. Le tandem, du moins, qui s’est marié à Cambridge quand lui était de passage au MIT et elle à Cambridge. À cette époque comme aujourd’hui, le docteur en mathématiques fait "tout par passion". Et des équations complexes à l’administration du rectorat mahorais, il veut transposer sa plus grande compétence : résoudre les problèmes. Une lutte vers les sommets à la fois personnelle et inspirante. Souhaitons que les valeurs qui l’animent nous permettront d’imaginer une jeunesse heureuse, luttant elle-aussi vers les sommets, dans l’optimisme, sur le chemin de l’émancipation. Caribou Gilles Halbout. n

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OFFRES D'EMPLOI OFFRES DE FORMATIONS FICHES MÉTIERS TÉMOIGNAGES CONSEILS


LE MÉTIER DE LA SEMAINE

LE GUIDE TOURISTIQUE AUSSI APPELÉ GUIDE INTERPRÈTE, CONNAÎT SUR LE BOUT DES DOIGTS LE MONUMENT, LA VILLE OÙ L’EXCURSION QU’IL EXÉCUTE ET A LES CAPACITÉS DE L’EFFECTUER EN PLUSIEURS LANGUES ÉTRANGÈRES. CE MÉTIER VOUS INTÉRESSE ? DÉCOUVREZ SUR CETTE FICHE COMMENT DEVENIR GUIDE TOURISTIQUE : ÉTUDES, SALAIRE, QUALITÉS REQUISES… AINSI QUE LES TÉMOIGNAGES DE ANDRÉ, MADELEINE ET CÉSAR, TOUS LES TROIS GUIDE INTERPRÈTES DEPUIS PLUSIEURS ANNÉES. EN QUOI CONSISTE LE MÉTIER DE GUIDE TOURISTIQUE ? André : Ce métier consiste à présenter un trajet touristique à un groupe de personnes en plusieurs langues. Pour cela nous devons connaître à la perfection le lieu, la ville ou le monument en question et veiller au confort des visiteurs. Madeleine : Un guide a pour mission d’accompagner un groupe de touristes et de leur décrire dans leur langue le site visité. Il est donc nécessaire dans un premier temps d’effectuer une investigation historique personnelle pour pouvoir transmettre toutes les informations, les anecdotes ou les secrets du lieu concerné. César : Suite à la demande d’une agence de voyage ou d’une autre entreprise touristique, nous effectuons une visite à un groupe de personne. Il s’agit de partager nos connaissances sur le site en plusieurs langues étrangères et de répondre à toutes les questions des visiteurs. Qu’est-ce que vous aimez le plus dans votre métier ?

Madeleine : Il est parfois difficile de s’adapter à un public et de les captiver. César : C’est une profession qui exige beaucoup de disponibilité. Il nous arrive de travailler 7j/7 en été et pendant les vacances scolaires de noël. Quelles sont les qualités requises pour exercer ce métier ? André : Il faut être disponible, dynamique et passionné. Madeleine : Il est important de savoir transmettre notre passion et bien sûr connaître l’excursion que l’on présente et plusieurs langues étrangères. César : Être débrouillard, dynamique et à l’écoute des visiteurs, sont selon moi les qualités requises pour exercer ce métier.

QUELLE EST LA FORMATION POUR DEVENIR GUIDE TOURISTIQUE ?

André : C’est un métier qui nous permet de transmettre notre passion et nos connaissances.

Pour exercer ce métier il faut être titulaire de la carte professionnelle de guide-interprète qui se prépare en un an après un BTS dans le secteur du Tourisme ou dès la 2ème année de licence.

Madeleine : C’est une profession très enrichissante qui nous donne la possibilité de parler en plusieurs langues étrangères.

Y A-T-IL UN CONCOURS POUR EXERCER CE MÉTIER ? Non

César : J’aime avoir la possibilité de transmettre mes connaissances et de voir les personnes curieuses et enchantées par la visite.

EXISTE-T-IL DES ÉCOLES SPÉCIALISÉES DANS CE DOMAINE ?

QU’EST-CE QUE VOUS AIMEZ LE MOINS DANS VOTRE MÉTIER ?

QUEL EST LE SALAIRE D’UN GUIDE TOURISTIQUE ?

André : C’est un métier très saisonnier.

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Le forfait par jour d’un(e) guide touristique varie entre 50 et 70€. Quant au salaire mensuel, il est compris entre 1600 € et 2200 € net mensuel.


OFFRES D'EMPLOI EDUCATEUR / EDUCATRICE DE JEUNES ENFANTS RESPONSABLE DE STRUCTURE D'ACCUEIL PETITE ENFANCE PSYCHOLOGUE DE L'EDUCATION NATIONALE CONTRACTUEL(LE) (H/F)

AMBULANCIER / AMBULANCIÈRE

APG BEAUX ENFANTS - 976 - MAMOUDZOU La Garderie des Beaux Enfants de Grande Terre, crèche associative à gestion parentale de 32 enfants, créée en 1989, située à Mamoudzou, est à la recherche d'un éducateur (trice) de jeunes

VICE RECTORAT DE MAYOTTE - 976 - MAYOTTE

Les Psychologues de l'Éducation nationale (spécialité Éducation, Développement, Conseil en Orientation Scolaire et Professionnelle "EDCOSP") exercent leurs fonctions dans les établissements

SUD AMBULANCE SARL - 976 - MAYOTTE

Réalise le transport sanitaire ou l'accompagnement de personnes (patients, personnes blessées ou accidentées, ...) vers les structures de soins selon les règles d'hygiène, de confort

* voir site Pôle emploi

OFFRE D’EMPLOI OUVRIER POLYVALENT PARC AUTOMOBILE ET LOGISTIQUE PR OGRES

CO

N FIANCE

JUSTICE

Cadre d’emplois des Adjoints techniques territoriaux (cat. C) Filière technique recrutement statutaire / non statutaire avec une expérience sur des fonctions similaires.

Sous l’autorité du directeur des services techniques, l’ouvrier polyvalent exécute les travaux d’entretien, la maintenance des véhicules dans son état d’origine, conduit des engins de chantier de la collectivité dans le respect des règles de sécurité et de protection de l’environnement. Il assure la réception, le stockage, la préparation et la distribution des marchandises du magasin. Entrepose, garde, maintient et distribue des produits et matériels spécifiques à l'activité des services. Principales missions : - Intervenir en toute autonomie sur des installations industrielles simples et exécute des travaux de maintenance mécanique, de montage, de démontage, de réglage, de réparation et de remise en service d'ensembles et de sous-ensembles industriels. - Effectuer sur les chantiers tous les travaux de creusement, de déblaiement ou de terrassement - Diagnostiquer, contrôler les équipements et rendre compte au chef d’équipe ou responsable de service les difficultés rencontrées sur les véhicules contrôlés - Assurer l’entretien courant des machines, des matériels et du local utilisés - Appliquer et faire appliquer les règles et consignes de sécurité liées aux travaux en cours dans l’atelier mécanique et le magasin Profil recherché : - Titulaire au minimum d’un de ces diplômes : CAP-BEP-BAC PRO Mécanique - Techniques de base d'intervention sur les véhicules - Maîtrise des consignes de sécurité - Règles spécifiques d’entretien de certains locaux et matériaux - Permis B obligatoire Rémunération : Statutaire / Non statutaire Poste à pourvoir rapidement, adresser CV et lettre de motivation à : drh@dzaoudzi-labattoir.fr Date limite des dépôts de candidature le 15 août 2019.


OFFRE D’EMPLOI AGENT DE RESTAURATION SCOLAIRE Cadre d’emplois des Adjoints techniques territoriaux (cat. C) – filière technique recrutement statutaire / non statutaire avec une expérience sur des fonctions similaires. Placé sous l'autorité fonctionnelle du Chef d'établissement et sous l’autorité hiérarchique de la Directrice des Affaires Scolaires, l’agent participe aux activités de production de repas, aux missions de réception, distribution et de service des repas, d'accompagnement des convives et d'entretien des locaux et matériels de restauration. Principales missions : 1- Aider à la réalisation des préparations culinaires simples et des cuissons rapides dans le respect des bonnes pratiques 2- Echanger avec les autres agents de restauration afin d'optimiser l'exécution des tâches qui lui sont confiées 3- Repérer les dysfonctionnements et les signaler à son responsable 4- Réceptionner, contrôler et ranger les produits, vérification et suivi des bons de livraisons, enregistrement des températures et suivi de la traçabilité 5- Assurer le service des repas dans le respect des bonnes pratiques d'hygiène 6- Adopter une attitude d'accompagnement auprès des convives pendant le temps du repas 7- Assurer l’accueil des enfants au restaurant scolaire 8- Nettoyer et entretenir des matériels des équipements des fournitures et des locaux 9- Participer à la plonge Profil recherché : - Assidu, organisé, responsable, pédagogue et qualité relationnelle - Bonne qualité relationnelle - Notions sur la qualité nutritionnelle - Expérience similaire bienvenue Rémunération : Statutaire / Non statutaire Date limite des dépôts de candidature le 1er août 2019 3 postes à pourvoir dès le 7 août 2019 - Temps de travail : 24 heures/semaine - Horaires différents en période scolaire et de vacances scolaires - Notions sur les allergies alimentaires et gestes de 1er secours - Titulaire au minimum d’un CAP cuisine ou équivalent - Obligation de prendre ses congés pendant les vacances scolaires

Envoyer cv et lettre de motivation au service des Ressources Humaines Mairie de Dzaoudzi-Labattoir, Rue de l’hôtel de ville BP 93 - 97610 Dzaoudzi-Labattoir - drh@dzaoudzi-labattoir.fr

OFFRE D’EMPLOI RESPONSABLE DE SITE DE RESTAURATION SCOLAIRE Cadre d’emplois des Techniciens territoriaux (cat. B) – filière technique recrutement statutaire / non statutaire avec une expérience sur des fonctions similaires. Placé sous l'autorité fonctionnelle du Chef d'établissement et sous l’autorité hiérarchique de la Directrice des Affaires Scolaires, l’agent est chargé de l’animation, la coordination et la gestion du site de restauration. Il contribue à la continuité du service et peut, à ce titre, de façon ponctuelle, remplacer les membres de l'équipe pour l'exercice des missions. Principales missions : Coordination de la distribution des repas : - Appliquer les règles de sécurité au travail - Prendre part aux réunions organisées par l’autorité fonctionnelle ou hiérarchique - Participer à l'accueil des enfants au restaurant scolaire - Organiser et participer à la distribution des repas - Participer à l’accompagnement éducatif des enfants pendant le temps du repas - Encadrer le personnel intervenant au restaurant scolaire et répartir les tâches de travail - Élaborer les plannings, gérer les absences, en lien avec la Directrice des Affaires scolaires - Mettre en place le plan de maîtrise sanitaire au niveau de la distribution des repas, le faire appliquer dans chaque site et contrôler son application Préparer et passer les commandes auprès des différents fournisseurs de produits alimentaires en respectant le budget et gérer les stocks - Assurer une présence effective sur les temps d’accueil d’enfants. Entretien des locaux : - Effectuer les achats de produits d’entretien et gérer les stocks - Organiser avec la Direction des Affaires scolaires et participer au gros entretien du restaurant scolaire durant les vacances scolaires - Contribuer à l’intégralité des bâtiments et des équipements en signalant tout problème ou dysfonctionnement. Profil recherché : - Rigueur, autonomie et sens de l’organisation - Maitriser les techniques culinaires et les règles d’hygiène et de sécurité - Maitriser les outils informatiques - Expérience similaire exigée et expérience managériale - Obligation de prendre ses congés pendant les vacances scolaires - Temps de travail : 35 heures - Horaires différents en période scolaire et de vacances scolaires Rémunération : Statutaire / Non statutaire Date limite des dépôts de candidature le 1er août 2019 Poste à pourvoir dès le 7 août 2019

Envoyer cv et lettre de motivation au service des Ressources Humaines Mairie de Dzaoudzi-Labattoir, Rue de l’hôtel de ville BP 93 - 97610 Dzaoudzi-Labattoir - drh@dzaoudzi-labattoir.fr


Fiche de poste CHEF DE SERVICE ÉDUCATIF - Présentation de la structure MESSO est une association Loi 1901 à but non lucratif créé en 2017. MESSO signifie DEMAIN en langage shimaoré. Avec MESSO, des mahorais associent leurs compétences avec leur connaissance du territoire, et s’engagent afin que DEMAIN puisse enfin devenir AUJOURD’HUI ! Mayotte est un territoire complexe qui s’ouvre au monde moderne à la croisée des chemins entre traditions et modernité. La départementalisation de 2011 et l’entrée en Région Ultrapériphérique Européenne de 2014 lui donnent enfin les moyens de pénétrer de plein pied dans une économie de marché. Pour mener à bien cet immense défi, l’accompagnement au développement de l’action sociale s’avère nécessaire. C’est dans ce contexte que l’association MESSO voit le jour. La structure se positionne en tant que véritable créateur de solutions locales sur le département dans le secteur social et médico-social. - Le métier : Chef de service éducatif Le métier de chef de service éducatif consiste à organiser l’activité d’une équipe pluridisciplinaire au sein d’un établissement d’accueil et à veiller au bien-être des personnes accueillies. - Les missions Le chef de service éducatif a pour principale mission le pilotage et la mise en œuvre du projet d’établissement au sein de la structure. Il dirige pour ce faire, une équipe socio-éducative ou médico-sociale pluridisciplinaire dont il planifie et coordonne le travail au quotidien Ses missions englobent aussi le suivi des activités du service. Il organise ainsi des réunions d’équipe et transmet les informations nécessaires à la direction et aux équipes sur le terrain. Le travail du chef de service éducatif implique également des missions relatives aux usagers et à leur famille qu’il est d’ailleurs amené à rencontrer aussi bien pour aborder les modalités d’accueil que pour évoquer l’évolution des projets personnalisés. Il doit en outre prêter une attention particulière à leurs besoins et s’efforcer d’apporter des solutions adaptées. Compétences Connaissances en management, en droit d’hébergement ; o Pilotage et gestion de projets ; o Un excellent sens de l’analyse afin notamment d’évaluer, développer et valoriser les compétences de ses équipes et gérer les budgets ; o Une bonne organisation ; o La capacité à conduire et animer des réunions ; o La capacité à travailler en équipe. o Élaboration de contenus structurels o Stratégie de développement des actions de la structure o Bonne qualité en communication Mise en oeuvre des actions o Assurer un suivi régulier des différentes actions o Organisations des réunions de suivi avec les équipes et les partenaires o Coordination et suivi administratif des projets en relation avec a direction o Formalisation des bilans d’actions et bilans financiers o Relais avec les partenaires Gestion du service o Organisation et suivi des plannings de l’équipe o Organisation et animation des réunions d’informations et d’échanges o Organisation des réunions de coordination o Bilan des équipes Diplômes o Le CAFERUIS : Certificat d’aptitude aux fonctions d’encadrement et de responsable d’unité d’intervention sociale ou équivalent o Justifier d’une expérience significative dans le secteur o Permis B exigé Place du poste dans l’organisation Le chef de service, travaille sous la responsabilité directe de la direction Spécificité du poste Ce poste implique des déplacements réguliers sur l’ensemble du département Modalités du contrat CDI o Rémunération selon le profil o Début du contrat : dès que possible

Association Messo

85 route nationale de M’Tsapéré , 97600 Mamoudzou Inscriptions : 02 69 62 18 23 – secretariat.direction@messo.fr - MESSO


OFFRE D’EMPLOI REPONSABLE DU SERVICE DES ASSEMBLEES JUSTICE CO N FIANC E

le cahier

PR O GRES

Cadre d’emplois des Attachés / Rédacteurs (cat. A/B) Filière administrative recrutement statutaire / non statutaire avec une expérience sur des fonctions similaires.

Sous l’autorité du directeur général des services, le responsable des assemblées coordonne l’organisation des mploi & formation instances de décisions avec les élus et les services. Il apporte une expertise juridique afin de sécuriser les actes et les procédures administratives. Principales missions : - Planification et organisation des séances des commissions, du bureau et du conseil communal - Pré-contrôle administratif et juridique, voire rédaction des rapports, projets de délibérations, décisions, arrêtés et pièces annexes … - Rédaction des comptes rendus des réunions et procès-verbaux - Supervision et contrôle de la mise en oeuvre du caractère exécutoire des actes, archivage des délibérations, des décisions et des arrêtés - Pilotage de projets transverses selon les besoins de la direction Profil recherché : Au-delà de ses compétences rédactionnelles, le responsable des assemblées devra être organisé, faire preuve de rigueur et avoir un bon sens des responsabilités. Une bonne maitrise des procédures administratives est attendue. Rémunération : Statutaire / Non statutaire Poste à pourvoir rapidement, adresser CV et lettre de motivation à : drh@dzaoudzi-labattoir.fr Date limite des dépôts de candidature le 15 août 2019.

Appel à projet Ambassadeurs du lagon dans les villages Il s’adresse aux communes, groupements de communes ou aux associations qui réalisent des actions environnementales qui favorisent l’appropriation par les citoyens des enjeux liés au littoral et à la mer. Téléchargez l’appel à projets : www.parc-marin-mayotte.fr

Clôture de l’appel à projet le 30 septembre. Renseignements : 0269 60 73 65


MAGAZINE D’INFORMATION NUMÉRIQUE HEBDOMADAIRE Edité par la SARL Somapresse au capital de 20 000 euros 7, rue Salamani Cavani M’tsapéré BP 60 - 97600 Mamoudzou Tél. : 0269 61 20 04 contact@mayotte.hebdo.com Directeur de la publication Laurent Canavate canavate.laurent@mayottehebdo.com Directeur de la rédaction Mohamed El Mounir dit “Soldat” 0639 69 13 38 soldat@mayottehebdo.com Rédacteur en chef Geoffroy Vauthier

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Couverture :

Développement

Journalistes Ichirac Mahafidhou Lyse Le Runigo Hugo Coëff Romain Guille Solène Peillard Grégoire Mérot Benoît Almeras Correspondants HZK - (Moroni) Direction artistique Franco di Sangro Graphistes/Maquettistes Olivier Baron, Franco di Sangro Commerciaux Cédric Denaud, Murielle Turlan Thomas Lévy Comptabilité Catherine Chiggiato compta@mayottehebdo.com Secretariat Annabelle Mouhamadi Première parution Vendredi 31 mars 2000 ISSN : 1288 - 1716 RCS : n° 9757/2000 N° de Siret : 024 061 970 000 18 N°CPPAP : 0121 I 92960 Site internet www.mayottehebdo.com

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