Mayotte Hebdo n°1004

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LE MOT DE LA RÉDACTION UN CLIMAT MAGNIFIQUE ? Les campagnes présidentielle et législative aurait-elles été différentes sans l’invasion de l’Ukraine par la Russie ? La stratégie de la majorité n’aurait sans doute pas été la même, le président de la République étant obligé de conjuguer la situation intérieure à l’Est de l’Europe. Ainsi en est-il de son déplacement cette semaine à Kiev, en compagnie du chancelier allemand Olaf Scholz, du Premier ministre italien Mario Draghi, et du président roumain Klaus Iohannis. En attendant, la France et Mayotte voient s’envoler les taux d’abstention lors des derniers suffrages, au point que d’aucuns évoquent comme solutions le vote obligatoire ou la proportionnelle. Si la pratique demeure encore éloignée de ces théories, les résultats de ces élections législatives, que nous connaîtront ce week-end, pourraient bien pousser les dirigeants actuels à se poser des questions. Un rapide coup d’œil sur la situation mahoraise suffit pour se rendre compte d’un certain ras-le-bol de la population : dans la première circonscription, au nord, ce sont une actrice associative et un chef d’entreprise qui se sont qualifiés. Une formidable déception pour la classe politique de l’île au lagon, désavouée une seconde fois après la présidentielle. Les élus locaux sont de plus en plus renvoyés à leur seul intérêt personnel par la population, un constat assez triste de la part des citoyens mahorais, qui désespèrent de voir les actes se marier aux promesses. Bonne lecture à toutes et à tous.

Axel Nodinot

TOUTE L’ACTUALITÉ DE MAYOTTE AU QUOTIDIEN

Lu par près de 20.000 personnes chaque semaine (enquête Ipsos juillet 2009), ce quotidien vous permet de suivre l’actualité mahoraise (politique, société, culture, sport, économie, etc.) et vous offre également un aperçu de l’actualité de l’Océan Indien et des Outremers.

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FI n°3839 Lundi 7 mars 2016 St Félicie

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FI n°3822 Jeudi 11 février 2016 Ste Héloïse

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FI n°3818 Vendredi 5 février 2016 Ste Agathe

marine le Pen

environnement

Port de Longoni

ConSeil départeMental

Quel accueil se prépare pour la présiDente Du Fn ?

Le Lagon au patrimoine mondiaL de L'unesCo ?

la dsP sur la sEllEttE

pas de changement sUr l’octroi de mer

© Jonny CHADULI

Grève à Panima

TéléThon 2016

Des propositions mais toujours pas D'issue

DemanDez le programme

première parution : juillet 1999 - siret 02406197000018 - édition somapresse - n° Cppap : 0921 y 93207 - dir. publication : Laurent Canavate - red. chef : Gauthier dupraz - http://flash-infos.somapresse.com

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FI n°3997 mercredi 30 novembre 2016 St André

© CR: Gauthier Bouchet

Diffusé du lundi au vendredi, Flash Infos a été créé en 1999 et s’est depuis hissé au rang de 1er quotidien de l’île.

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Économie

SÉcuritÉ

Les appeLs à projets de L'europe

Couvre-feu pour Les mineurs

Première parution : juillet 1999 - Siret 02406197000018 - APE 5813Z - Édité par la Somapresse - Directeur de publication : Laurent Canavate - http://flash-infos.somapresse.com

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Musique

Faits divers

Edmond BéBé nous a quitté

ViolEncE En cascadE

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MCG VS SMart

ViCe-reCtorat

UltimatUm oU véritable main tendUe ?

l’institUtion répond aUx critiqUes

Première parution : juillet 1999 - Siret 02406197000018 - APE 5813Z - Édité par la Somapresse - Directeur de publication : Laurent Canavate - http://flash-infos.somapresse.com

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TCHAKS LA PHRASE

LE CHIFFRE

L'ACTION

C'est le jour de la sortie découverte de la biodiversité au sud de Mayotte, dans la forêt domaniale de Dapani. C’est l’Atlas de la biodiversité intercommunale du sud qui donne rendez-vous ce samedi au pont de Dapani pour une immersion dans la forêt. Vous serez amenés à découvrir le sentier de gestion de la forêt domaniale, qui est un itinéraire accessible à tout le monde, mais il faut y venir bien chaussé ! Vous aurez le temps d'observer les arbres de Mao qui sont des espèces protégées et endémiques de Mayotte. Lors de cette immersion, vous serez accompagné d'un forestier et un ornithologue qui répondront à vos questions. Ils vous expliqueront les menaces pesant sur ces écosystèmes ainsi que les moyens mis en œuvre pour préserver le beau patrimoine naturel du territoire. Une belle randonnée vous attend !

Après avoir affiché complet avec 800 personnes venues danser durant sa troisième édition en octobre 2021, le festival Kayamba revient pour sa quatrième édition les 21 et 25 juin sous un format inédit. Mêlant musique traditionnelle et électronique, il aura lieu sur deux soirs et deux lieux avec au programme huit artistes. Le soir de la fête de la musique, le mardi 21 juin, le festival posera ses valises au Makwé à Tsararano pour une soirée exceptionnelle et gratuite. Se produiront sur scène ce jour, Désiré, Alesksand Saya ainsi que Poté. D'autre part, le samedi 25 juin, entrée à 15 €, le festival aura lieu au M'haju à Musical plage dans la commune de Bandrélé pour un format plus électronique avec comme artistes BoogzBrown, Bamao Yendé, Dj Gil, Luminescance et Poté.

18/06

Double ration de Kayamba

« Passi-Kéli est inscrit dans les projets depuis 2008 » Cette phrase, prononcée par Olivier Neis, directeur du SDIS de Mayotte, dans les colonnes de Mayotte Hebdo, prendra tout son sens le 24 juin prochain, lors de la journée nationale des sapeurs-pompiers. Une cérémonie d'inauguration du poste avancé de Passi-Kéli aura en effet lieu ce 24 juin 2022 à partir de 9h30 sur le terrain de football du village. Les véhicules et équipements nouvellement affectés au service départemental d'incendie et de secours seront présentés. À cette occasion, Thierry Suquet, préfet de Mayotte, Abdoul Kamardine, président du conseil d'administration du SDIS, et de nombreux sapeurs-pompiers seront présents à l’événement. D'autre part, une cérémonie de remise de décorations et de galons sera effectuée, ainsi qu’un hommage aux soldats du feu mahorais décédés.

IL FAIT L’ACTU Marie-Joseph Malé quitte Air Austral Arrivé en avril 2012 pour accompagner le redressement de la compagnie Air Austral, MarieJoseph Malé a quitté ce mardi 14 juin ses fonctions de Président Directeur Général, après 10 ans. Le business plan mis en œuvre lors de son arrivée dans la compagnie lui aura permis de « retrouver l'équilibre en seulement une année et d'amorcer par la suite une nécessaire transformation dans le but d'assurer sa pérennité ». « Ce fut un honneur pour moi d'occuper le poste de PDG durant 10 belles années. Ma mission première a été d'accompagner le redressement d'Air Austral de la crise, ça a toujours été ma priorité », a déclaré M. Malé. Suite à ce départ, Joseph Bréma, directeur général délégué chargé des affaires économiques et financières de la compagnie, assurera la transition en tant que Président Directeur Général jusqu'à la mise en place de la nouvelle gouvernance.

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LU DANS LA PRESSE

Chaque semaine, découvrez le regard porté sur l’actualité locale à travers la presse nationale ou régionale

PRÉCARITÉ : DANS LE PLUS GRAND BIDONVILLE DE FRANCE, À MAYOTTE Le 12 juin 2022, par T. Cuny, S. Lerch et J. Chouquet pour France Télévisions.

Sur les hauteurs de Mayotte, un immense bidonville abrite des milliers de personnes. Les citoyens demandent une action de l'État pour reloger les habitants qui vivent dans la précarité. LÀ Mamoudzou (Mayotte), des centaines d'abris de fortune constituent le plus grand bidonville de France. Au milieu des maisons de tôle et de bois, un Comorien sans papier vit dans la précarité depuis dix ans, avec sa femme et ses sept enfants. La plupart des habitants du bidonville n'ont ni électricité, ni eau, et peuvent seulement venir se doucher ou laver leurs vêtements dans des points de collecte. "Je ne me sens pas en France ici, j'ai tout laissé chez moi pour venir, trouver une meilleure condition de vie", raconte un homme.

Dans le bidonville, des milliers de personnes, dont de nombreux enfants, s'entassent. Certaines associations assurent des cours de soutien pour les jeunes. Pour eux, un suivi scolaire évite aux enfants d'emprunter le chemin de la délinquance. "Je suis là pour apprendre, avoir une éducation, essayer d'aller de l'avant", confie un jeune de 17 ans. Un collectif citoyen demande des actions de l'État. Ambdilwahedou Soumaila, maire de Mamoudzou (Mayotte), assure que le bidonville sera bientôt détruit et les habitants relogés. Voici le lien pour revoir le reportage de France 2 : https:// www.francetvinfo.fr/economie/crise-a-mayotte/precarite-dansle-plus-grand-bidonville-de-france-a-mayotte_5193130.html

Donner des cours aux enfants du bidonville

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DOSSIER

Législatives 2022

LE DERNIER CARRÉ

Et il n’en resta que quatre. Le premier tour des élections législatives a rendu son verdict : Estelle Youssouffa et Théophane Narayanin sont en ballotage dans la circonscription 1, au nord, alors que Mansour Kamardine et Issa Issa Abdou se qualifient dans la seconde circonscription, au sud. Comme au niveau national, cependant, l’abstention est préoccupante, avec seulement 41,15% et 47,01% de votants dans les deux zones. L’autre leçon de la constitution de ce dernier carré est l’élimination d’Ensemble, de la Nupes et du RN, les trois blocs dominants lors de la présidentielle.

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DOSSIER

Alexis Duclos & Axel Nodinot

ANALYSE

UN DUEL NARAYANIN-YOUSSOUFFA AU NORD LES RÉSULTATS DU PREMIER TOUR DES ÉLECTIONS LÉGISLATIVES SONT TOMBÉS DANS LA SOIRÉE DE DIMANCHE. ET CE SONT LES DEUX NOVICES, THÉOPHANE « GUITO » NARAYANIN ET ESTELLE YOUSSOUFFA, QUI SONT EN TÊTE DANS LA PREMIÈRE CIRCONSCRIPTION DE MAYOTTE, CELLE DU NORD. ILS ONT RECUEILLI RESPECTIVEMENT 21% ET 17.7% DES SUFFRAGES. LA DÉPUTÉE SORTANTE RAMLATI ALI (ENSEMBLE) NE FAIT QU’UN SCORE DE 7.2%.

a, lui, 17.7%. L’entre-deux tours promet d’être électrique.

Elections Elections législatives législatives 2022 2022 12 et 19 juin 2022

Un autre candidat indépendant, Ahamadi Boura, est troisième (15.7%). C’est notamment Bandraboua et M’Tsamboro qui lui ont permis d’avoir un tel score. Dans la première des deux communes, il est plébiscité par 42.3% des électeurs par exemple. Quatrième, Issahaka Abdillah n’est pas qualifié (14.5%). En oubliant de mentionner sur son bulletin qu’il est le candidat titulaire et sa suppléante, le représentant du parti Les Républicains avait en plus ouvert la voie aux contestations.

Accueil Législatives 2022 > Mayotte (976) > 1ère circonscription

Mayotte (976) -

1ère

circonscription

Résultats de la circonscription au 1er tour Liste des candidats Mme Estelle YOUSSOUFFA

Nuances

Voix

DIV

3 471

% Inscrits

% Exprimés

Elu(e)

8,10

21,04

Ballotage*

M. Théophane NARAYANIN

DIV

2 920

6,82

17,70

Ballotage*

M. Ahamadi BOURA

DVG

2 596

6,06

15,74

Non

M. Issihaka ABDILLAH

LR

2 398

5,60

14,54

Non

Mme Yasmina AOUNY

DVG

1 409

3,29

8,54

Non Non

M. Mohamed MOINDJIE

DVC

1 194

2,79

7,24

Mme Ramlati ALI

ENS

1 194

2,79

7,24

Non

M. Elad CHAKRINA

DVD

1 178

2,75

7,14

Non

M. Ismaila DJAZA

DIV

124

0,29

0,75

Non

M. Antoine AUTRAN

DIV

12

0,03

0,07

Non

*Ballotage

: le candidat peut accéder au 2d tour s'il le souhaite. Nombre

% Inscrits

% Votants

Inscrits

42 833

Abstentions

25 208

58,85

Votants

17 625

41,15

Blancs

482

1,13

Nuls

647

1,51

3,67

16 496

38,51

93,59

Exprimés

2,73

En raison des arrondis à la deuxième décimale, la somme des pourcentages peut ne pas être égale à 100%.

Nuances

Haut de page

C’est acté. Il y aura un duel entre Estelle Youssouffa et Théophane « Guito » Narayanin au second tour des élections législatives dans la première circonscription. Ce dimanche, dans un scrutin marqué par un taux d’abstention important (58.8%), les deux candidats qui se sont souvent répondus par médias interposés ont réussi à s’imposer. La première recueille 21% des suffrages exprimés, le patron d’IBS en

Le parti d’Emmanuel Macron loin derrière Représentante d’Ensemble, la coalition de la majorité présidentielle, Ramlati Ali ne fera pas de second mandat. Ses 7.2% font figure de baffe pour la candidate et Emmanuel Macron. Alors qu’il souhaitait l’investiture du parti présidentiel, Mohammed Moindjié fait exactement le même score. Deuxième femme au niveau des scores (8.5%), Yasmina Aouny disposait pourtant d’une double étiquette, celle de la Nouvelle union populaire écologique et sociale (Nupes) et du Mouvement pour le développement de Mayotte (MDM). « Les petits candidats » de ce premier tour sont finalement Antoine Autran (0.1%) et Ismaïla Djaza (0.7%). De son côté, Elad Chakrina a peut-être coûté à Issihaka Abdillah une place au deuxième tour. Candidat du parti Les Républicains en 2017, l’avocat obtient 7.1% en tant que postulant « divers droite » cette fois-ci.

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MANSOUR KAMARDINE LARGEMENT EN TÊTE DANS LE SUD

DANS LA SECONDE CIRCONSCRIPTION DE MAYOTTE, PEU D'ÉLECTEURS SE SONT DÉPLACÉS AUX URNES POUR CES ÉLECTIONS LÉGISLATIVES, CE DIMANCHE. LES 47% DE VOTANTS ONT NÉANMOINS PLACÉ MANSOUR KAMARDINE (LES RÉPUBLICAINS) ET ISSA ISSA ABDOU EN TÊTE DE CE PREMIER TOUR. LE DÉPUTÉ SORTANT RECUEILLE 32,3% DES SUFFRAGES EXPRIMÉS, SON CONCURRENT DU MDM 19,6%. COMPLÉTANT LE PODIUM, MADI-BOINAMANI MADI MARI N’EST PAS QUALIFIÉ MALGRÉ SES 19%. si son camp devrait être relégué à un rôle mineur, étant donnés les résultats à l'échelon nationale. Lors du second tour prévu dimanche prochain, le député sortant devra néanmoins faire face à Issa Issa Abdou (Mouvement pour le développement de Mayotte). Le centriste s'est effectivement emparé de la deuxième place de la circonscription, en récoltant 4.219 voix (19,6%). C'est seulement 121 votes de plus que Madi-Boinamani Madi Mari, le candidat investi par la coalition présidentielle Ensemble. Le jeune directeur général des services recueille 4098 voix (19%).

Elections Elections législatives législatives 2022 2022 12 et 19 juin 2022 Accueil Législatives 2022 > Mayotte (976) > 2ème circonscription

Mayotte (976) - 2ème circonscription Résultats de la circonscription au 1er tour Liste des candidats M. Mansour KAMARDINE

Nuances LR

Voix

% Inscrits

% Exprimés

Elu(e)

6 959

13,99

32,35

Ballotage* Ballotage*

M. Issa ISSA ABDOU

DVC

4 219

8,48

19,61

M. Madi-Boinamani MADI MARI

ENS

4 098

8,24

19,05

Non

M. Soula SAID-SOUFFOU

DVC

3 011

6,05

14,00

Non

M. Ali DJAROUDI

DVG

1 062

2,13

4,94

Non

M. Mouhamadi MCHAMI

DVC

624

1,25

2,90

Non

RN

567

1,14

2,64

Non

M. Saidali HAMISSI M. Mouhamed ABDOU

DIV

422

0,85

1,96

Non

M. Anli MADI NGAZI

DVG

282

0,57

1,31

Non

M. Toumbou MAURICE

DVD

190

0,38

0,88

Non

M. Ahumad SALIME

DVD

80

0,16

0,37

Non

*Ballotage

: le candidat peut accéder au 2d tour s'il le souhaite. Nombre

% Inscrits

% Votants

Inscrits

49 753

Abstentions

26 364

52,99

Votants

23 389

47,01

764

1,54

1 111

2,23

4,75

21 514

43,24

91,98

Blancs Nuls Exprimés

3,27

En raison des arrondis à la deuxième décimale, la somme des pourcentages peut ne pas être égale à 100%.

Nuances

Haut de page

Il était de notoriété publique que la deuxième circonscription est sa chasse gardée. Mansour Kamardine, qui se présentait pour la cinquième fois aux élections législatives, ce dimanche, réalise un score plus qu'honorable. Le candidat des Républicains réunit en effet presque un tiers des voix exprimées (6.959 voix, soit 32,3%). Il est en bonne voie pour continuer de jouer son rôle dans l'opposition à l'Assemblée nationale, même

2,6% pour le RN A noter le bon score de Soula Saïd-Souffou, pour lequel 3.011 électeurs du sud ont voté, qui pointe à la quatrième place avec 14%. Mais aussi celui d'Ali Djaroudi, candidat de l'alliance de gauche Nupes (Nouvelle union populaire écologique et sociale), avec ses 1.062 voix. La principale désillusion de cette course à la seconde circonscription est peut-être celle de Saïdali Hamissi. Le candidat investi par le Rassemblement national comptait sur le bon score de Marine Le Pen lors de l'élection présidentielle pour espérer toucher du doigt les bancs de l'Assemblée. Il échoue finalement à la septième place, avec 567 des voix (2,6%). Quant à la mascotte mahoraise de cette élection, Toumbou Maurice dit "Mandela", il finit avantdernier pour sa troisième campagne législative, avec 190 voix (0,9%). Si hilarante que soit sa candidature, elle trouve toute sa place dans une campagne qui n'a accouché que de trop rares débats programmatiques sérieux, que mériteraient pourtant les préoccupations des Mahorais. n

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DOSSIER

Propos recueillis par Raïnat Aliloiffa

ENTRETIEN CROISÉ

YOUSSOUFFA–NARAYANIN, DUEL IMPROBABLE DES LÉGISLATIVES ESTELLE YOUSSOUFFA ET THÉOPHANE NARAYANIN SONT PROBABLEMENT LE DUEL QUE PERSONNE N’ATTENDAIT POUR CES ÉLECTIONS LÉGISLATIVES À MAYOTTE. COLLECTIF DES CITOYENS DE MAYOTTE POUR L’UNE, ENTREPRISE DU BTP POUR L’AUTRE, LES DEUX N’ONT AUCUNE EXPÉRIENCE EN POLITIQUE, RÉUSSISSANT POURTANT LÀ OÙ DE NOMBREUX POLITICIENS ONT ÉCHOUÉ. CANDIDATS À LA PREMIÈRE CIRCONSCRIPTION DE MAYOTTE, LES FINALISTES SONT DÉTERMINÉS À ÊTRE LE OU LA PROCHAINE DÉPUTÉ·E DU 101ÈME DÉPARTEMENT DE FRANCE, ET CELA COÛTE QUE COÛTE.

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Mayotte Hebdo : Vous avez battu des politiciens de longue date et des candidats soutenus par des partis politiques. Est-ce une surprise pour vous ? Théophane Narayanin : Non pas du tout ! Je l’ai dit dès le premier jour que j’y arriverai. La surprise est d’être face à madame Youssouffa. Je pensais plutôt être en face d’Issihaka Abdillah ou Ahamadi Boura. Mais dans tous les cas je me voyais au deuxième tour, au regard de l’engouement de la population pour ma candidature. Je rappelle que je ne suis pas un politicien et que nous avons fait seulement deux semaines de campagne contrairement aux autres. On a fait en deux semaines ce que certains ont fait en deux mois, cela montre déjà une certaine efficacité. Nous on parle aux gens, on leur parle d’économie. On leur dit que ce n’est pas avec un carton de mabawas ou un billet de 50€ que l’on fait une vie. Il faut au moins un salaire dans les foyers, il faut du travail et c’est ce que les gens ont beaucoup apprécié. La population veut retrouver sa dignité à travers le travail.

Estelle Youssouffa : Depuis le départ, depuis que je suis en campagne on travaille pour que je sois élue. Notre espoir et toute notre stratégie c’est pour me mener à la victoire. C’est aussi le travail de terrain qui paye. C’est une campagne qui est orientée vers la proximité et qui répond à nos enjeux, c’est à dire la cherté de la vie, les infrastructures, la lutte contre la violence qui transforme Mayotte en enfer. On est dans le concret. Je pense que c’est un message qui fait écho et qui répond à ce que les Mahorais attendent. On est honorés de la confiance qu’ils nous accordent. Ce qui a fait la différence avec les autres je pense que c’est le travail de terrain et le travail de longue haleine. On ne peut pas faire une campagne éclair sur des sujets aussi importants. Aller à la rencontre des électeurs et les écouter ça prend du temps, ça ne se fait pas en quelques jours. Il faut construire un programme cohérent et ancré dans le réel. M.H. : Le 12 juin, les électeurs se sont fortement abstenus. Comment procédez-vous pour les inciter à aller voter pour vous le 19 juin ?

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DOSSIER

T.N. : Je pense que c’est psychologique. Les gens ne voient plus l’intérêt d’aller voter. Aujourd’hui voter est devenu accessoire, contrairement aux générations de nos parents. C’est à nous de les mobiliser, de faire en sorte qu’ils s’intéressent à notre programme. Mais je pense que ce fort taux d’abstention aurait pu être évité s’il n’y avait pas tout ce désordre entre Majicavo, Koungou, Trévani, etc. Ça a été une semaine très difficile. Quand on faisait nos meetings, pour rentrer à Longoni on devait passer par Tsingoni, donc les personnes qui voulaient assister aux meetings n’allaient pas faire le tour de l’île pour venir nous écouter. Ces affrontements ont perturbé la campagne, cela a créé beaucoup de psychoses et je pense que ça justifie en partie l’abstention.

« Je pense que je suis beaucoup plus mahorais qu’elle » E.Y. : On a lancé un appel massif à la mobilisation. On organise des meetings pour mobiliser, rassembler et marteler la question des enjeux de cette élection. Sur les cinq prochaines années vont être débattues les questions de l’avenir du port de Longoni, le positionnement de Mayotte sur le projet gazier, les retraites, la vie cher, la santé… Je pense qu’en prenant le temps de parler aux électeurs et d’expliquer les enjeux on peut mobiliser. Il faut aussi dépasser cette attitude de ne pas faire campagne ou de faire campagne à moitié. Mon électorat s’est mobilisé parce qu’on travaille. De plus, les enjeux de cette élection ont changé avec Monsieur Narayanin au second tour. « Je sais que je vais gagner avec au moins 1000 voix d’écart » M.H. : Que pensez-vous de votre adversaire ? T.N. : Les gens qui me manquent de respect, je ne les aime pas. On m’a appris à respecter les autres et je le fait, mais à partir du moment où quelqu’un ne me respecte pas je l’évite et je ne l’aime pas. C’est le cas avec Madame Youssouffa. Je souhaite qu’elle se rattrape parce qu’elle est vraiment mal partie. Si elle

avait été correcte avec moi j’aurais même pu envisager un désistement. Mais je n’aime pas sa façon de faire, elle s’est fâchée avec tout le monde, elle s’est donnée en spectacle quand le président de la République est venu à Mayotte. Aujourd’hui elle vend un fantasme qu’est la vague migratoire. Je pense qu’elle a fait le plein des voix. Je promets ma victoire et je suis tellement sûr de moi que je sais que je vais gagner avec au moins 1000 voix d’écart. Elle a retourné la population contre elle, son arrogance et son assurance artificielle ne peuvent pas prospérer. Je pense que je suis beaucoup plus mahorais qu’elle. Je l’ai beaucoup aidée, à un moment donné ça frisait la raquette et j’ai dit stop. Être face à elle n’est pas du tout ce que je souhaitais, je me voyais bien face à Issihaka Abdillah qui est un homme propre et intègre. Maintenant je suis face à elle, j’accepte, on fera les choses proprement. E.Y. : Je n’ai pas de commentaire à faire sur Monsieur Narayanin. C’est un repris de justice, il a un casier judiciaire et il se présente à l’élection pour obtenir l’immunité parlementaire. Il est mis en examen pour association de malfaiteurs. Je pense que Mayotte mérite mieux et certainement pas un patron qui veut faire avancer ses affaires au palais Bourbon. Il est important de rappeler que La Réunion n’a pas besoin d’avoir un député supplémentaire. Mayotte, par contre, a besoin d’avoir un enfant du pays pour défendre ses enjeux. M.H. : Avec qui vous êtes-vous ralliés pour optimiser vos chances d’être élu·e ? T.N. : Je me garderai bien de donner des noms, mais à l’heure où je vous parle, nous avons quatre listes qui nous rejoignent. Trois d‘entre elles sont venues spontanément vers moi parce qu’elles estiment que ce qui importe c’est l’avenir de Mayotte et la compétence. Ils trouvent que j’ai un discours cohérent qui leur correspond. Cela me fait chaud au coeur de voir que les gens s’intéressent enfin au sort des Mahorais plutôt qu’à leur intérêt personnel. Les gens savent que j’ai un cadre de vie largement raisonnable, je n’ai pas besoin de plus. Alors mes indemnités de député, je les donnerai à des associations tous les mois, parce qu’elles en ont plus besoin que moi. Cela prouve que je ne veux pas être député

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ni pour un salaire ni pour le costume-cravate, je veux accomplir ma mission, respecter les engagements que j’ai pris auprès de la population. E.Y. : Omar Ali s’est rallié à moi. Les élus du nord du Conseil départemental se sont tous ralliés aussi. Les Républicains également. J’ai aussi reçu l’appel du sénateur Thani et de la députée Ramlati Ali, qui m’ont affirmé leur soutien personnel. Je pense que l’on a un vrai front mahorais qui se met en place autour de moi.

« Un vrai front mahorais se met en place autour de moi » M.H. : Quels sont les principaux enjeux pour Mayotte selon vous ? T.N. : Je vais travailler pour Mayotte. On fera de Mayotte une zone franche globale, ce qui signifie pratiquement l’abandon de la fiscalité, l’abandon des charges sociales, cela mènera à un recrutement massif, l’emploi des fonds et la mise en charge de gros investissements structurels pour le pays. Mayotte a un retard structurel très important et pour rattraper ce retard il n’y a que cela. Il faut aussi faire des formations spécifiques, il faut que des entreprises s’intéressent à Mayotte, qu’il y ait plus d’entrepreneurs sur l’île, que le tourisme se développe. Mais tout cela ne pourrait pas se faire sans une égalité sociale et elle passe par les retraites des plus âgés, par l’augmentation des salaires. Il y a des faux frais, par exemple ce n’est pas normal de payer l’octroi de mer interne. Aujourd’hui on nous taxe 10% d’octroi de mer et ce n’est pas bien. Le carburant professionnel doit être détaxé. Tout cela permettra d’améliorer les fins de mois dans les entreprises. Il y a aussi les mauvais payeurs, ce sont les collectivités. La fonction publique devra prendre tous ses droits et pénaliser les collectivités quand elles ne payent pas parce qu’elles mettent en difficulté beaucoup d’entreprises. Moi je ne suis pas un politique, je suis un entrepreneur et je ne suis pas bon, je suis excellent ! Je peux donner des leçons à beaucoup de politiciens, à des administrations dans le cadre du management de l’argent public. L’argent public est précieux, on ne peut pas faire ce qu’on veut avec. E.Y. : Les questions de l’insécurité et la lutte contre l’immigration clandestine sont fondamentales. Concernant l’insécurité, il faut négocier des effectifs supplémentaires permanents en police et gendarmerie. Il faut aussi travailler pour permettre le retour des Mahoraises et Mahorais policiers, gendarmes et professionnels dans le pénitentiaire. Ils doivent pouvoir

rentrer en Mayotte prioritairement et obtenir une mutation à statut égal et prestations sociales égales à leurs collègues métropolitains. Sur la question de la lutte contre l’immigration clandestine il faut se battre pour avoir un bâtiment de la marine nationale qui soit basé à Mayotte, dans le nord avec la base de lutte contre l’immigration clandestine à M’tsamboro. Le retour de la sécurité et la paix c’est le préalable avant le développement économique et toute discussion à Mayotte. On joue notre vie, on ne peut pas faire autrement. M.H. : Allez-vous rejoindre la majorité, même si elle ne fait pas partie de votre bord politique, ou serez-vous dans l’opposition ? T.N. : Je suis libre et mon parti s’appelle Mayotte. J’irai là où l’intérêt de Mayotte me commande. Je m’inscrirai dans un groupe très certainement majoritaire, je n’irai pas aboyer au fond de la salle comme les mauvais élèves. Je communiquerai de façon consensuelle et respectueuse avec des gens qui apportent un intérêt à Mayotte. Je n’irai jamais dans une opposition, j’irai dans la majorité car pour faire passer les dossiers de Mayotte il faut être dans la majorité. E.Y. : Je suis sans étiquette et je reste sans étiquette. Et comme je ne suis pas Madame Irma je ne connais pas l’équilibre des forces à l’Assemblée nationale. En fonction de la situation on pourra déterminer une stratégie pour pouvoir défendre au mieux les intérêts. Mais je pense que si le président obtient une majorité, elle sera fragile, et on sera dans une législature qui sera en négociation permanente. Cela étant, j’entends peser dans chaque négociation pour obtenir quelque chose pour Mayotte. Je ne me reconnais pas dans les partis politiques donc je ne vois pas l’utilité d’aller porter ma voix à des partis qui font des guéguerres de chefs et qui sont en lutte pour les présidentielles. M.H. : Certains critiquent votre légitimité en termes de représentation, car vous n’êtes pas Mahorais pour l’un, vous ne parlez pas mahorais pour l’autre. Qu’avez-vous à leur dire ? T.N. : Je leur réponds que ce qu’ils disent est violent, cela dépasse le racisme. S’il y avait dix Narayanin à Mayotte il n’y aurait plus de chômage. Mon opposant ne peut pas se vanter de cela. Dix comme elle c’est dix chômeurs supplémentaires. Elle a été très odieuse à mon égard et je réponds dans les mêmes conditions. Je pense qu’au bout de quarante ans dans un pays, si on n’est pas Mahorais de souche on devient Mahorais de coeur. Je suis Mahorais de coeur et Français comme tous les autres. E.Y. : On parle français à l’Assemblée nationale c’est tout ce que j’ai à dire. n

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Propos recueillis par Siak

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MANSOUR KAMARDINE VISE « L’INTÉGRATION COMPLÈTE DE MAYOTTE DANS LA FRANCE » DÉPUTÉ SORTANT DANS LA 2ÈME CIRCONSCRIPTION DE MAYOTTE, CELLE DU SUD, LE LEADER CHARISMATIQUE DU PARTI DES RÉPUBLICAINS DANS LE DÉPARTEMENT, MANSOUR KAMARDINE, EST CANDIDAT À SA PROPRE SUCCESSION. AVEC PLUS DE 30% DES VOIX AU 1 TOUR DIMANCHE DERNIER, IL ARRIVE EN TÊTE, ET AFFRONTERA AU 2ND TOUR CE DIMANCHE, ISSA ISSA ABDOU, SON CHALLENGER DU MDM. SES IMPRESSIONS SUR LES DIFFICULTÉS ACTUELLES DE NOTRE L’ÎLE, SES SOLUTIONS POUR L’AVENIR, UN BREF BILAN DE SA LÉGISLATURE, TEL EST LE MENU DE L’ENTRETIEN QU’IL NOUS ACCORDE CI-DESSOUS. Mayotte Hebdo : La campagne électorale en cours a mis en exergue le besoin pour Mayotte de passer à un nouveau projet politique après celui qui a animé le pays pendant plus de 40 ans. Comment se dessinent pour vous les contours de ce futur projet des 40 à 50 prochaines années ? Mansour Kamardine : L’ancien projet à mes yeux c’était la départementalisation, et ceux qui ont porté ce projet, se sont essentiellement cantonnés à celui-ci sans penser aux autres éléments qui pourraient enrichir le projet de base. Nous avons obtenu la départementalisation en 2011, je dirais que ça mérite d’être souligné parce que souvent, quand on parle des anciens qui ont effectué un travail considérable que personne ne peut nier, ce sont quand même les jeunes générations qui ont parachevé cette départementalisation et qui l’ont obtenu. Maintenant, il y a effectivement un nouveau projet qui se dessine, qui s’appelle simplement « l’intégration complète de Mayotte dans la France ». C’est ce qui nous a conduit à militer avec succès à l’accession de Mayotte au statut de RUP (Région ultrapériphérique),

lequel donne une autre dimension dans les moyens de développement de notre île. Malheureusement depuis 10 ans, plus l’Europe investit, plus on a le sentiment que l’Etat rétrécit ses contributions au développement économique. Or, ce nouveau projet de développement qui désormais doit engager ce territoire, que l’on peut désigner sous le triptyque « égalité sociale, développement économique et protection de l’environnement » et c’est cette trilogie-là qui construit, selon moi, ce projet auquel vous faites allusion. M.H. : L’égalité sociale avec les autres départements et régions de France est au cœur des préoccupations de notre population aujourd’hui, comment faire pour redonner de l’espoir aux familles ? Que dire à ceux qui nous reprochent de trop prioriser cette question dans notre quête d’ancrage dans la France ? M.K. : Mayotte est française, les Mahorais sont des Français, ils ne viennent pas quémander l’aide sociale, ils expriment tout simplement l’idéal républicain d’égalité. Quand on est français, qu’on soit à Mayotte, à La Réunion ou à Paris, on doit pouvoir

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émarger au même niveau de l’aide sociale que nos compatriotes bénéficient. Et je vais tout de suite écarter d’un revers de main l’idée qui, jusqu’ici était véhiculé, notamment par les gouvernements successifs selon lequel donner les mêmes moyens d’aides sociales aux Mahorais serait un appel d’air à l’immigration. Cela est faux, parce qu’en Guyane, où on connaît les mêmes problématiques migratoires, l’aide sociale est fixée au même niveau que la Métropole. En deuxième lieu, il y a la question de l’égalité salariale, la question de l’égalité des retraites, parce qu’il est inacceptable que celui qui a travaillé durant toute une carrière professionnelle se voit allouer une allocation de retraite inférieure à 400€. Ce n’est pas normal, parce qu’il n’est pas responsable de la situation, si l’Etat ne s’est pas organisé pour demander des cotisations aux uns et autres, c’est donc à celui-ci d’assumer cette responsabilité, raison pour laquelle je considère pour ma part qu’il faudra aligner, sans doute, l’allocation de retraite de Mayotte sur l’allocation de base en vigueur dans l’hexagone. C’est ça l’égalité sociale. Donc l’effort doit être consacré pour lutter contre cette pauvreté. Et pour ce faire, ce sont les infrastructures structurantes pour créer de l’emploi, la piste longue, les routes, l’université, l’hôpital, les équipements sportifs et culturels qui doivent permettre non seulement à nos jeunes de s’émanciper par la pratique du sport, mais aussi à Mayotte d’asseoir son positionnement régional dans le cadre par exemple de la tenue des « Jeux des Iles de l’océan Indien ». Ensuite, je pense qu’il faut que tout le monde ait accès à l’eau, à l’électricité, à un logement. Ça, c’est le volet économique rapidement tracé, et puis il y a le volet environnement. Dans ce dernier cas, vous savez que l’Etat et le département ont l’obligation de traiter les eaux usées. Nous avons trois usines de traitement d’eaux usées à Chiconi, Dembéni et à Bandrélé. Elles ont toutes les trois été construites il y a plusieurs années, elles ne fonctionnent pas et probablement les équipements sont en train de se détériorer.

C’est donc de l’argent qu’on a jeté par les fenêtres pour rien. M.H. : La relance économique est une nécessité absolue pour le territoire après la crise du Covid 19 et aujourd’hui la guerre en Ukraine, quelles solutions pour sortir rapidement de cette situation ? M.K. : En matière économique il y a deux axes de relance, la consommation et l’investissement. Je viens de dire que nous avons cette obligation d’avoir la même égalité sociale, donc l’injection dans l’économie mahoraise de 50 %, parce que c’est ce qui manque dans l’égalité sociale, dont 50 % de ce qui est versé ailleurs c’est ici un moyen de relancer l’économie. Si le gouvernement nous accompagne dans ce projet et se laisse convaincre par la pertinence des arguments que nous avançons en termes de développement économique, des infrastructures, la piste longue, le port, les routes, l’université, l’eau, l’électricité par nos besoins dans tous ces domaines cités sont considérables, on aura relancé l’économie. Le gouvernement actuel réfléchit, semblet-il, à l’adoption d’un projet de loi tendant justement à temporiser les prix. Il faut absolument que ce projet s’applique à Mayotte mais ce ne sera pas suffisant, c’est pour ça que moi je propose une indexation de cette temporisation de façon, encore une fois, à ce que le Mahorais paie le même prix qu’ailleurs. Et puis, si tous ces travaux se font, l’emploi participera à la relance économique, ici le chômage est de l’ordre de 30 % de la population active, et les Mahorais ont encore le sourire, quand à 9 % en métropole le gouvernement s’affole à Paris. Il faut donc faire en sorte de développer l’emploi, c’est pour ça que je propose que l’on adopte ici un régime fiscal à travers un projet de zone franche globale sur l’ensemble du territoire dans laquelle on dit aux investisseurs, venez à Mayotte et si vous investissez 100.000 € et créez 5 emplois, vous paierez un impôt minoré (5,5%) à condition que vous réinvestissiez sur place le bénéfice imposable exempté d’impôts.

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qu’ils participent à ce développement encore faut-il qu’ils soient formés. Et là vous avez raison de le dire, beaucoup a été fait car de mon temps, il y avait en tout et pour tout moins d’une dizaine d’écoles à Mayotte. Aujourd’hui il y a des écoles, des collèges et des lycées partout. Il faut donc qu’on soit d’abord exigeant sur l’état-civil étranger qu’on nous sert dans nos services. D’ailleurs c’est une obligation légale, mais souvent les services de l’Etat localement ferment les yeux sur ces obligationslà. Et il faut veiller à ce que l’école soit construite. On a supprimé le SMIAM qui a été imaginé en 1978 par ceux qui nous ont précédé et qui a fait un formidable travail, mais que l’Etat a décidé de fermer en 2015 pour des raisons de faiblesses, parce qu’on critiquait cette institution, on dénonçait des détournements financiers supposés au lieu d’inviter le procureur de la République à aller vérifier la véracité des faits, on a fait le choix de la facilité en supprimant le SMIAM. Et depuis sa suppression il y a peu d’écoles qui sont sorties de terre.

M.H. : L’immigration clandestine et ses conséquences demeurent un vrai problème sur ce territoire, mettant en cause régulièrement les perspectives de développement arrêtées par l’Etat. Que faut-il faire maintenant, selon vous, pour remédier à la situation ? M.K. : Si ce projet, ce rêve d’un vrai projet de développement économique durable du territoire prend forme, il lui faut comme préalable une maîtrise des flux migratoires ainsi que la sécurisation des populations et des biens, qui sont par ailleurs des obligations que nous avons dans un Etat de droit. Beaucoup a été fait, notamment depuis 2017, les forces ont été multipliées par deux, mais ce n’est pas suffisant parce que les bases des ratios utilisés sont fausses. On part du postulat qu’il y a en gros 300.000 habitants à Mayotte alors qu’il y a en réalité plus de 400.000 habitants. Il faut que l’Etat accepte de réfléchir à nouvelle organisation des forces de sécurité sur la base de 400.000 habitants.

Donc il faut arriver à construire des écoles. Ensuite, nous en avons parlé plus haut au début de cet entretien, il y a l’université. Le centre universitaire de Dembéni qui était une promesse de Nicolas Sarkozy, aujourd’hui 10 ans plus tard, on se rend compte que le centre n’a pas évolué, alors que les effectifs eux évoluent avec 4000 à 5000 gamins qui réussissent le BAC chaque année. S’ils étaient tous scolarisés ici on aurait eu une université de 20.000 étudiants. Donc le développement de cette université est une impérieuse nécessité. Il faut absolument qu’on construise une université de plein exercice, un terme qui effraie souvent l’Etat parce qu’il croie qu’il doit s’accompagner d’un transfert de gestion alors que là n’est pas le sujet. J’entends par là que toutes les filières dispensées ailleurs doivent être organisées ici et non pas simplement imaginer des conventions avec des missionnaires qui viennent sur l’île tous les 15 jours pour donner des cours, ce qui ne favorise pas non plus le développement complet de l’université. Il faut également créer le Crous de Mayotte pour rendre l’étudiant un peu plus libre par rapport aux contingences familiales. Et cette liberté participe à la construction de la culture des enfants. n

M.H. : Parlons de l’école si vous le voulez bien, selon vous que faut-il pour améliorer l’existant ? M.K. : L’école est un maillon essentiel dans le développement d’un territoire, loin de moi l’idée de donner l’impression qu’il soit possible de développer cette île sans la participation des Mahorais. Pour

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Propos recueillis par Siak

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ISSA ISSA ABDOU : « JE NE SERAI PAS UN DÉPUTÉ GODILLOT » C’EST L’ENGAGEMENT QUE PREND ISSA ISSA ABDOU, ARRIVÉ EN TÊTE AU 1ER TOUR DE CE SCRUTIN LÉGISLATIF DIMANCHE DERNIER DANS LA 2ÈME CIRCONSCRIPTION ÉLECTORALE DE MAYOTTE. BÉNÉFICIAIRE DE PLUSIEURS RALLIEMENTS PARMI LES 11 CANDIDATS EN LICE, IL TENTERA DE SUCCÉDER À MANSOUR KAMARDINE CE DIMANCHE. IL LIVRE SES IMPRESSIONS DANS NOS COLONNES. Mayotte Hebdo : Vous voilà au 2ème tour de ce scrutin, vous aller affronter Mansour Kamardine le député sortant, dans quel état d’esprit abordez-vous ce nouveau cap ? Issa Abdou : Quand on joue un match c’est pour le gagner, par conséquent il n’était pas dans notre esprit de quitter la bataille au terme du 1er tour. Mais c’est vrai que la lucidité commandait là aussi que tout était possible. Donc heureux, soulagé d’être qualifié pour le 2nd tour et déterminé à aller jusqu’au bout. J’en appelle à nouveau à tous les Mahorais pour opérer un changement et voter pour un député qui va faire concrètement des choses et non pas prêcher la bonne parole pendant toute une mandature et sans concrétisation derrière. Je pense qu’on a les outils, on a les billes pour agir lorsqu’on est député de la République et je souhaite être ce député, qui mettra toute son énergie pour que les choses évoluent sur ce territoire, à commencer par l’épineuse question de l’insécurité. C’est pour cela que nous avons choisi de placer notre engagement sous le thème de « liberté, égalité et sécurité », comme préalable avant d’entamer la construction de ce territoire. M.H. : Vous attendiez-vous à ce résultat ou est-ce vraiment une surprise totale pour vous ? Bénéficiez-vous de ralliement de candidats ?

I.A. : Cette question me permet de remercier Soula Saïd-Souffou qui a, sans hésiter et spontanément avec son équipe, fait le choix de me soutenir sans aucune exigence, mettant juste en avant Mayotte. C’est très courageux de sa part, surtout dans le contexte propre à Sada, bien qu’étant arrivé en 4ème position avec 14 % au 1er tour, il comprend que la situation que nous vivons depuis plusieurs années sur cette île doit changer. C’est un garçon très intelligent, il est arrivé en tête chez lui à Sada et le fait qu’il nous apporte son soutien est une vraie satisfaction pour nous. Nous avons également le soutien d’Ali Madi Ngazi, de Djaroudi Ali et d’autres qui n’ont pas encore rendu publique leur décision de venir avec nous. M.H. : Avez-vous changé de ligne directrice ? I.A. : Il ne faut pas mentir aux Mahorais, nous avons fait une profession de foi que nous n’avons pas changé, nous poursuivons la campagne avec les mêmes thématiques, mais il est vrai que le fait que La Nouvelle Union Populaire – représentée par Djaroudi Ali – nous a rejoint, on est là un peu plus à gauche par rapport à l’orientation initiale que nous avions prise, notamment avec le volet écologique qui a pris une place très importante et que nous développons plus que nous ne l’avions fait pendant notre campagne du 1er tour. En tout cas nous leur avons donné des gages en ce sens, ce

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n’est pas une corvée pour moi parce que je suis une personne qui croit beaucoup au développement durable et à l’écologie donc je n’ai pas de difficulté par rapport à ça. Le reste relève du social, ils y ont trouvé leur compte avec notre programme c’est pour cela qu’ils nous ont rejoint, mais dans ce domaine, ils prêchent un convaincu dirais-je. M.H. : Dans la campagne du 1er tour, vous avez choisi de prioriser la thématique de l’insécurité. Depuis Mayotte a vécu des événements dramatiques il y a quelques jours, que vous inspire le fait d’avoir raison sur un sujet aussi sensible ? I.A. : D’abord, il y a des moments où l’on n’est pas fier d’avoir raison. Là c’est le cas ! On aurait aimé ne pas dire que l’on met en avant la thématique de l’insécurité parce-que c’est notre quotidien. Hélas … Mais on voit bien que nous ne pouvons pas continuer sur cette trajectoire, ce n’est pas possible. Evidemment, un député n’est pas responsable de tout mais quand même il a un rôle important, ce n’est pas qu’un symbole, c’est vraiment une mission qui consiste à faire voter les lois qui sont adaptées à Mayotte et dans ce domaine précis nous avons des propositions que je qualifierais de globales et cohérentes pour en venir à bout, y compris sur la manière de les financer pour qu’on résolve la difficulté du lien sur le maritime, le terrestre et le juridique. Aujourd’hui le Président de la République s’appelle Emmanuel Macron, je ne suis pas membre de « La République en marche » mais il faut prendre acte de ce qui s’est passé lors de l’élection présidentielle. C’est pour cela que je n’ai pas demandé d’investiture à « La République en Marche » dont je ne fais d’ailleurs pas partie, parce que je veux avoir les coudées franches et les mains libres pour défendre Mayotte dans une logique où il faut qu’autour des projets, sur la sécurité mais également sur les autres, on ait vraiment une majorité sinon cela ne servira à rien de continuer à crier au cours d’une nouvelle mandature, je pense que les Mahorais en ont assez de ça.

M.H. : Les Mahorais sont coutumiers des promesses non tenues par l’Etat, qu’estce qui vous fait dire que vous, dans cette situation-là, obtiendrez les moyens de financer et réaliser les projets que vous allez porter ? I.A. : La loi de finances 2022 est la base et elle nous dit la chose suivante « l’effort budgétaire consacré aux départements d’outremer est de 7200€, à Mayotte il est de 4900€, soit un écart à peu près de 2000€ ». Il faut que l’effort budgétaire soit le même que dans les autres départements. Moi je propose que dans le cadre de la loi de finance 2023 l’effort budgétaire de l’Etat pour Mayotte soit ramené au même niveau que celui des autres DOM, en faisant cela, je veillerai à ce que le produit de ce rehaussement soit affecté dans une enveloppe spécifique par une « loi de programmation Mayotte ». Au sujet de ces moyens financiers nouveaux dédiés à notre île, la Cour des comptes dit dans son rapport 2016 qu’il faut une « trajectoire de dépenses publiques », chose que nous n’avions pas réussi à faire parce que nous n’avons pas cette visibilité faute de moyens pour le faire. M.H. : Si on comprend bien, vous sousentendez que vous serez amené à vous rapprocher du gouvernement actuel si vous êtes élu député, il ressort pourtant des résultats de la présidentielle du mois dernier, comme d’ailleurs de ce 1er tour des législatives, un rejet clair des Mahorais pour la politique menée par la macronie. Ne craignez-vous pas de subir à votre tour la même sanction des urnes que la députée sortante de la 1ère circonscription ? I.A. : Allons jusqu’au bout, le candidat qui a été investi par le « Rassemblement National » a aussi fait 2% malgré le score réalisé dans l’île par Marine Le Pen aux élections présidentielles. On voit bien qu’il ne s’agit pas du même scrutin et c’est d’ailleurs pour ça que je dis à tout le monde que je ne suis pas de la « République en Marche ». Je suis membre du MDM et j’ai été investi par lui et non par la formation présidentielle. Donc

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je resterai un député MDM, d’abord Mahorais, portant les propositions de Mayotte au sein de ceux qui ont les manettes du pouvoir aujourd’hui. En revanche, si l’on veut obtenir des résultats, il faudra, de mon point de vue, ne serait-ce que pour éviter de commettre les mêmes erreurs que cette mandature qui se termine, être avec ceux qui seront à même de voter et faire aboutir les projets de loi que je porterai. Et cela ne sera possible qu’avec les députés de la majorité parlementaire. M.H. : Le secteur du bâtiment, plus particulièrement le logement, est en souffrance à Mayotte depuis une quinzaine d’années, vous qui affichez une certitude à pouvoir faire financer les projets de Mayotte, que dites-vous aux professionnels de ce secteur ? I.A. : Quand le bâtiment va tout va, c’est comme ça que l’on dit. Oui dans la loi de programmation il y aura une priorisation à faire, je pense qu’il faut y introduire les grands projets de ce territoire, le CHU, l’université de plein exercice et son Crous, la Cour d’appel indépendante de La Réunion, la préfecture de région, et vous avez raison, un volet très conséquent pour le secteur de l’habitat, très important pour relancer l’économie locale. Avec les acteurs qui portent ce secteur, notamment à travers le dispositif de l’ANRU et être très regardant sur ce que porte aujourd’hui la SIM (Société Immobilière de Mayotte), il faudra s’interroger sur la politique du logement à Mayotte tout court et le logement social en particulier. MH : On constate depuis quelques années à Mayotte une certaine tendance pour l’Etat à se retirer de plus en plus de ses obligations en matière d’investissements au motif que l’Europe intervient financièrement sur ce territoire, alors même que toutes nos collectivités ne sont pas en mesure de faire face à toutes les contraintes que cela suppose. Comment faire pour obtenir de l’Etat des avances en attendant de se faire rembourser par l’UE ? I.A. : J’ai pratiqué les fonds européens lorsque j’étais dans une vie antérieure au Département, il est vrai que cette difficulté, d’être outillé avant de demander un financement à l’Europe, en décourage plus d’un. Il faudrait que l’on s’interroge et que l’on voie ce qui est possible de faire de sorte qu’à partir du moment où l’on peut sortir des gages pour pouvoir porter son projet, on ne soit pas lésé, parce qu’on n’a pas les reins solides au départ pour pouvoir y aller. C’est un élément parmi d’autres, mais ce n’est pas le seul. Il faut penser à la formation pour que nous ayons les ingénieurs, la matière grise nécessaire pour porter ces projets et

éviter que les fonds accordés n’opèrent pas un demitour comme c’est parfois le cas, en particulier sur le contrat de convergence. Je crois que la vraie difficulté se trouve à ce niveau. C’est vrai que c’est un sujet qu’il faudra voir si nous obtenons la confiance des Mahorais, il faudra s’y atteler en urgence. M.H. : Concrètement, qu’est-ce qui empêche aujourd’hui le département de reprendre la main sur le management de ces fonds étant donné que ça n’avance pas plus vite sous gestion des services de l’Etat ? I.A. : Lorsqu’en 2013, le président Daniel Zaïdani a délégué l’autorité de gestion à l’Etat, le Conseil départemental faisait face à deux difficultés. D’abord les finances du département étaient déficitaires, et ensuite on manquait d’ingénierie. Comme je le disais juste un peu avant, si nous reprenons l’autorité de gestion ça sous-entend que nous disposons de la matière grise pour pouvoir porter ces projets. Ce que je reproche à l’Etat aujourd’hui c’est qu’un calendrier de bascule avait été arrêté avec l’idée d’une cogestion, en partageant même les bureaux entre les techniciens de l’Etat et de la CDM. Cela n’a jamais été fait, résultat des courses l’Etat constate que nous ne sommes pas prêts mais il n’a pas fait non plus des propositions pour cela. Donc nous sommes toujours au même point. n

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DOSSIER

Propos recueillis par Axel Nodinot

RÉACTIONS

LE NORD ENVOIE DEUX NOVICES EN FINALE AVEC ESTELLE YOUSSOUFFA, DU COLLECTIF DES CITOYENS DE MAYOTTE, ET THÉOPHANE NARAYANIN, PATRON DU GROUPE IBS, LES ÉLECTEURS DE LA PREMIÈRE CIRCONSCRIPTION DE MAYOTTE ONT PRIVILÉGIÉ DES PRIMO-CANDIDATS À LA DÉPUTATION. UN SENTIMENT DE DÉFIANCE VIS-À-VIS DE LA CLASSE POLITIQUE LOCALE QUI POUSSE CETTE DERNIÈRE À SE POSER DES QUESTIONS ET À EN TIRER – OU PAS – DES LEÇONS.

AHAMADI BOURA, 3ÈME AVEC 2596 VOIX ET 15,74% DE BULLETINS EXPRIMÉS « La campagne électorale s’est bien déroulée, j’étais bien entouré, avec des hommes et des femmes qui m’ont soutenu jusqu’à la fin, je les en remercie. Et puis les urnes ont parlé, je suis obligé de m’y soumettre. Mes résultats sont bien sûr honorables, mais je respecte le résultat des urnes en disant à ceux qui m’ont soutenu : une prochaine fois peut-être. Personnellement, je ne m’attendais pas à ce que Théophane Narayanin et Estelle Youssouffa soient au deuxième tour, ni l’un ni l’autre. L’un des deux candidats qualifiés nous a demandé à être reçu et entendu. Mais la décision de soutien ou non sera collégiale, puisque je n’étais pas seul mais entouré d’une équipe de campagne. Je ne peux pas me permettre de dire quoi que ce soit, je n’ai pas d’instructions à donner aux électeurs. Pour le moment, ni mon équipe de campagne, ni moi-même, n’avons été contactés par Madame Youssouffa ou son suppléant…

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ISSIHAKA ABDILLAH, 4ÈME AVEC 2398 VOIX ET 14,54% DE BULLETINS EXPRIMÉS « Les électeurs ont fait un choix clair, celui de deux discours qui sont différents. Je ne suis pas mécontent de mon résultat, même si j’aurais aimé être au second tour, c’est normal, c’était le but. Maintenant, nous allons analyser les résultats avec les équipes et soutiens, afin d’en tirer des leçons pour l’avenir. Dans la circonscription 2, il n’y avait pas de candidats issus de la société civile. Ici, il y en avait deux, l’un qui est ancré dans le monde économique, l’autre dans les mouvements associatifs, qui revendiquent un certain nombre de choses. J’appelle à voter pour Estelle Youssouffa. C’est la consigne de la fédération Les Républicains de Mayotte, puisque nous avons eu une réunion avec l’équipe de campagne, et nous avons consulté les militants et soutiens. Presque unanimement, ils penchaient vers Estelle Youssouffa. Je ne vais donc pas aller à l’encontre de la volonté de mes électeurs. Au sud, il faut saluer le score tout à fait honorable de Mansour Kamardine, surtout après deux mandats. L’adversaire était de bonne qualité en face. Pour le second tour, aucun candidat n’est propriétaire de ses voix. Les Mahorais vont peser le pour et le contre pour faire un choix utile. Pour moi, ce dernier serait de voter pour Mansour Kamardine, pour la simple raison qu’on ne peut pas rejeter la politique de la macronie et donner son vote au candidat qui en est proche. Ce serait incompréhensible.

RAMLATI ALI, DÉPUTÉE SORTANTE ET 6ÈME AVEC 1194 VOIX ET 7,24% DE BULLETINS EXPRIMÉS « Les électeurs ont fait un choix clair, celui de deux discours qui sont « J’ai suivi les résultats bureau par bureau, comme tout le monde, et j’ai très vite compris que ça allait se passer entre Théophane Narayanin et Estelle Youssouffa. Je représente la majorité présidentielle, je suis la députée sortante, mais tout ce que je faisais là n’était pas pour mon intérêt personnel, mais pour l’intérêt général. A partir du moment où la population a décidé que son intérêt était ailleurs que vis-à-vis de moi, je ne peux que l’accepter, et à mon sens, il n’y a pas de regret à avoir ! J’ai fait mon travail, j’aurais bien aimé être réélue, ne serait-ce que pour le texte sur le pouvoir d’achat qui va arriver et qui me semble très important pour Mayotte. Je ne sous-estime personne, mais il faut qu’ils aient le temps de s’installer. Au moment où nos nouveaux députés vont s’installer, un texte important, qui concerne pleinement Mayotte, va passer. Donc si j’ai un regret à avoir, c’est par rapport à ce texte-là. Bien sûr, je ne peux pas dire que je n’avais pas d’avantages personnels étant députée, mais j’en ai aussi à l’hôpital. Pour le second tour, nous avons discuté ensemble avec la référente mahoraise de la majorité présidentielle, sachant que nous avons donné notre avis [Estelle Youssouffa, NDLR].

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DOSSIER

Propos recueillis par Axel Nodinot

RÉACTIONS

AU SUD, TOUS CONTRE KAMARDINE ALORS QUE MANSOUR KAMARDINE S’EST QUALIFIÉ POUR LA CINQUIÈME FOIS AU SECOND TOUR DE L’ÉLECTION LÉGISLATIVE, IL POURRAIT BIEN CONNAÎTRE À NOUVEAU LE SORT QUI L’ATTENDAIT EN 2007 ET 2012, À SAVOIR ARRIVER PREMIER AVANT DE PERDRE EN FINALE. FACE À LUI EN EFFET, ISSA ISSA ABDOU DU MDM PEUT COMPTER SUR LE SOUTIEN DES CANDIDATS MALHEUREUX DU PREMIER TOUR.

MADI-BOINAMANI MADI MARI, 3ÈME AVEC 4098 VOIX ET 19,05% DE BULLETINS EXPRIMÉS On a fait un bon score, inattendu, mais je l’ai pris avec beaucoup d’humilité, puisque nous avons fait une campagne honnête, à essayer de convaincre les gens de notre projet et de notre méthode. Il y a quelques mois, on me disait « Tu n’es pas connu, tu es jeune ». Malgré ça, on récolte plus de 4000 voix, que les candidats arrivés en tête en nord n’ont même pas ! Selon notre stratégie, il fallait faire carton plein sur la commune de Chiconi. Malheureusement, la participation n’a pas été au rendez-vous, avec 2000 personnes qui ne se sont pas déplacées, sur 5000. C’est ce qui nous coûte le second tour, puisque nous ne sommes qu’à 120 voix. Quand je regarde les deux candidats qui sont arrivés en tête, ils sont en contradiction avec ce que nous avons défendu. Mais l’un d’eux sera le député de Mayotte, et il y a eu des tractations de personnes soutenant Issa Issa Abdou, qui ont pris la peine de me solliciter. Mansour Kamardine ne l’a pas jugé nécessaire, ou ne serait-ce que pour me féliciter. Et je ne juge pas utile la posture consistant à ne faire que gueuler à l’Assemblée nationale. Nous avons certes perdu cinq ans, mais nous n’avons pas le temps, nous devons légiférer.

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SOULA SAÏD-SOUFFOU, 4ÈME AVEC 3011 VOIX ET 14% DE BULLETINS EXPRIMÉS Quand on s’engage dans une élection, c’est pour la gagner. Donc ce n’est pas le résultat attendu, bien que nous ayons accueilli avec beaucoup de satisfaction les résultats de Sada, qui nous ont placé très largement en tête face au député sortant, très clairement désavoué dans sa propre commune. De façon plus générale, Le Temps d’Agir est un petit mouvement, créé en 2020, qui recueille près de 15% des voix pour sa première expérience. J’ai entendu, durant toute la campagne, les gens dire qu’ils ne voulaient ni de Macron, ni de ceux en étant proches. J’observe que les 2ème et 3ème candidats du sud sont pourtant proches de cette mouvance présidentielle. C’est l’expression de la population. Deux candidats LR et MDM accèdent au second tour. Notre mouvement est centriste, le MDM est un mouvement centriste, nous ne sommes pas des gens de droite. Notre comité de soutien a donc décider de soutenir Issa Issa Abdou et de faire campagne à ses côtés. Ce soutien n’est naturellement pas gratuit. L’objectif est de faire en sorte de constituer et de consolider une force centriste, lors des prochaines échéances. C’est le but du congrès de refondation du MDM, début juillet, qui aura pour but de réconcilier le canal historique avec la tendance incarnée par le sénateur Hassani Abdallah. Une campagne est une bataille, la victoire n’est annoncée pour personne. L’objectif est de se mettre en ordre de bataille pour faire gagner Issa Issa Abdou. M. Kamardine représente 30% de l’électorat, il reste donc 70% de personnes qui ne s’y reconnaissent pas.

ALI DJAROUDI, 5ÈME AVEC 1062 VOIX ET 4,94% DE BULLETINS EXPRIMÉS Je pense avoir fait un résultat assez satisfaisant, malgré le fait que nous soyons rentrés très tard dans la campagne. Organisés, nous aurions fait mieux dans les différentes communes. Le mouvement de gauche n’est pas constitué à Mayotte. C’est à partir de la présidentielle, où une petite équipe a soutenu la candidature de Jean-Luc Mélenchon, que cela a débuté. Mais ces scores nous donnent des espoirs pour la suite. J’espère que la NUPES aura la majorité au niveau national. Il faut savoir que c’est la première fois que les causes mahoraises sont inscrites dans un programme national, une réussite par rapport aux autres candidats. Il faut donc savoir que si la NUPES est aux affaires, son programme sera déroulé, et il intègre Mayotte. Je félicite les deux candidats qualifiés au deuxième tour. On est dans une logique de groupe, et nous nous sommes donc concertés pour se positionner en faveur d’Issa Issa Abdou.

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L.G

LES SOLUTIONS CONTRE L’ÉROSION POUSSENT À DOUJANI

Pluies tropicales, extension de l'urbanisation, déforestation ou encore monoculture, l’érosion a de nombreuses causes et des conséquences dramatiques sur l’île aux parfums et son lagon. Pour tenter d’endiguer ce phénomène, le projet LESELAM 3, lancé en 2021, a créé un laboratoire grandeur nature sur un coteau agricole dans le quartier de Doujani. Processus de dégradation et de transformation des reliefs, l’érosion est favorisée par les pluies tropicales et accentuée par l’urbanisation ou encore l’existence de parcelles agricoles cultivées sur des pentes, souvent en monoculture mais aussi sans couverture végétale ou paillage au sol. Chaque année, ce sont “20.000 tonnes de terre qui finissent dans le lagon de Mayotte et participent à son envasement”, détaille Germain Rolland, chargé de mission LESELAM au sein de l’association les Naturalistes de Mayotte. Afin de proposer des solutions à ce problème majeur, le troisième volet du projet LESELAM (lutte contre l’érosion des sols et l’envasement du lagon à Mayotte) a mis en place dans le quartier de Doujani une expérimentation sur un coteau agricole. “Notre objectif est de créer une zone d’aménagement concerté (ZAC)”, explique Élise Guilloux, responsable d'opération aménagement urbain à l’établissement public foncier et d'aménagement de Mayotte (EPFAM). Sur 1.5 hectares s’étend alors la parcelle choisie pour mener à bien

ce projet. “Nous avons choisi le quartier de Doujani car il a une topographie accentuée typique des reliefs mahorais avec des coteaux et une rivière encaissée”, poursuit la géographe urbaniste.

Deux bassins versants, deux objectifs “À droite, nous avons laissé la parcelle en l’état actuel et à gauche, nous avons aménagé des intercepteurs hydriques et végétalisés”, expose savamment Élise Guilloux. Au bas des deux terrains : des ruissellomètres. Outils indispensables dont le bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) assure le suivi et quantifie les sédiments qui dévalent les pentes à chaque épisode pluvieux. “Cette expérience a déjà été menée à échelle réduite. Ici, nous voulons mettre en avant les bonnes pratiques et obtenir sur deux ou trois ans des données pertinentes pour étendre le modèle”, argumente Germain Rolland. Mais alors en quoi consistent ces techniques ? Création de petits fossés

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destinés à canaliser l’eau et la conduire vers la ravine, pose de géotextile pour retenir les sols, revégétalisation et plantation d’espèces disposant d’un système racinaire dense. L’objectif ? Lutter par tous les moyens contre l’érosion en retenant la terre sur les flancs de la colline.

La communication comme arme principale Aidés par les associations Mlézi Maoré et Espoir et réussite dans la réalisation des travaux, les équipes de l’EPFAM, des Naturalistes de Mayotte et du BRGM n’ont aujourd’hui qu’un seul but : pérenniser les aménagements. “Ce que nous avons mis en place ici, ce sont des choses qui peuvent être reproduites facilement et nécessitant peu de moyens”, affirme l’employée de

l’EPFAM. Le but à terme ? “Que la population puisse se l’approprier.” Pour cela, Sandati et Arsalann parcourent au quotidien les quartiers à la rencontre des habitants afin de les sensibiliser. “Nous venons pour discuter et non pour moraliser”, s’exclame Arsalann, employé depuis août 2021 par les Naturalistes de Mayotte. “Nous les accompagnons, faisons un bilan, un suivi, et parfois nous les dirigeons vers des associations”, précise sa collègue Sandati. En shimaoré, en kibushi et parfois même en arabe, le courant passe mieux et tous les riverains peuvent être formés aux risques naturels. Dans une démarche pédagogique, le projet LESELAM 3 a également développé divers supports de communication destiné à tous. Car préserver les sols c’est aussi gagner en productivité agricole, préserver le lagon et ses poissons, mais surtout la santé de l’île et ses habitants. n

Vue sur une partie de la parcelle expérimentale qui s’étend sur 1.5 hectares.

Tereo, l’application aux services de la terre Germain Rolland, chargé de mission LESELAM au sein de l’association les Naturalistes de Mayotte et Elise Guilloux responsable d'opération aménagement urbain à l’établissement public foncier et d'aménagement de Mayotte (EPFAM) arpentant la parcelle expérimentale du projet LESELAM 3 à Doujani.

L’érosion vous inquiète et vous souhaitez agir ? Pour aider les équipes à informer au plus près la population vous pouvez signaler sur l’application Tereo toute pratique vous paraissant dommageable pour l’environnement et les sols mahorais. Auto-construction, brûlis, talus… L’application vous permet de géolocaliser le lieu présentant un risque d’érosion. Rendez-vous sur https://tereo-naturalistesmayotte.sirap.fr/.

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LITTÉRATURE

LISEZ MAYOTTE Abdou Salam Baco, Contes inédits de Mayotte, Archives départementales de Mayotte, 2010.

LE THÉÂTRE DE NASSUR ALLIBERT

AGRÉGÉ DE LETTRES MODERNES ET DOCTEUR EN LITTÉRATURES FRANCOPHONES, CHRISTOPHE COSKER EST L’AUTEUR DE NOMBREUX OUVRAGES DE RÉFÉRENCE SUR LA LITTÉRATURE DE L’ÎLE AUX PARFUMS, NOTAMMENT UNE PETITE HISTOIRE DES LETTRES FRANCOPHONES À MAYOTTE (2015) DONT IL REPREND, APPROFONDIT ET ACTUALISE, DANS CETTE CHRONIQUE LITTÉRAIRE, LA MATIÈRE. Abdou Salam Baco est né à Mzouazia. Après des études secondaires à Maoré et à la Réunion, il débarque à Saint-Etienne en 1983 pour poursuivre ses études supérieures. Titulaire d’un DEUG d’AES (Administration économique et sociale), il s’oriente vers les sciences économiques. Après avoir préparé un diplôme supérieur de conseil en développement, il entreprend des études doctorales sur l’histoire de Mayotte, qu’il clôt par la soutenance de sa thèse en avril 1993. C’est donc en Docteur ès Histoire Économique qu’il débarque à Mayotte en mai 1993 avec femme et enfant. Abdou S. Baco est l’auteur de trois romans – Brûlante est ma terre, Dans un cri silencieux et Coupeurs de tête – et de deux recueils de nouvelles : La Belle du jour et Cinq femmes. Il est également musicien, fondateur du groupe Mobissa à Mayotte. Il travaille dans le milieu culturel dans son pays.

C’est en 1992 que l’écrivain francophone de Mayotte Nassur Attoumani entre en littérature par le théâtre. Il a déjà derrière lui une carrière de footballeur, mais aussi et surtout de musicien. Homme de scène, il s’est progressivement mis à écrire et jouer des sketches avant de franchir le cap et de passer au théâtre. Cette histoire, racontée par Nassur Attoumani lui-même, dans un entretien avec Magali Nirina Marson en 2011, mérite d’être rappelée : « Et ce fut ainsi que, de 1985 à 1988, j’avais écrit des sketches et je les avais joués devant un public toujours abasourdi par mon côté rebelle face à toute forme d’autorité. En 1988, j’ai tout naturellement franchi le pas, en écrivant une pièce de théâtre, La Fille du polygame, qui a été saluée par beaucoup de journalistes métropolitains et réunionnais qui ont assisté à deux représentations publiques organisées par le Conseil général de Mayotte et la Préfecture de Mayotte, à l’occasion des 150 ans du rattachement de Mayotte à la France devant M[onsieur] Louis Lepensec, alors Ministre de l’Outre-Mer de François Mitterrand. » (p. 174) La Fille du polygame est l’histoire de Fatiha, une jeune femme mahoraise qui se veut moderne dans un monde traditionnel. Elle fait un mariage d’amour avec Mhoma, un manchot d’origine grande-comorienne qui l’abandonne bientôt avec un enfant. Elle lui fait donc un procès qui lui permet de dévoiler le cynisme du mariage qu’il a obtenu. Fatiha finit par rentrer dans le

rang en épousant un membre éloigné de sa famille, auquel elle ne sera pas fidèle. Les habitués de cette chronique littéraire reconnaissent le canevas de la fille qui refuse le prétendant choisi par ses parents et finit par se mordre les doigts de son propre choix autonome. Indépendamment du sens de la pièce, le texte intéresse également par son itinéraire éditorial, grâce au truchement de l’historien Claude Allibert. Cette histoire est racontée dans un nouvel entretien paru dans un numéro de la revue Project-îles en 2017 : « Ce soir-là, M. Allibert accompagna Mme Pichard au CMAC, qui pouvait recevoir entre 350 et 400 spectateurs. Il se s’assit [sic] à la première rangée de chaises. Non seulement, il resta jusqu’à la fin du spectacle, qui avait duré 1h35 mais, durant la semaine qui lui restait à passer à Mayotte, il ne ratait pas une seule séance. Nous jouions à guichet fermé chaque soir et nous ne faisons relâche que le dimanche. Chaque soir, M. Allibert arrivait en compagnie de notre metteur en scène et occupait toujours la même place. La veille de son retour en métropole, il vint me voir à la fin du spectacle. – « Est-ce que ça vous intéresse de voir votre pièce éditer [sic] ? me proposat-il[.] […] Voici ma carte. Envoyez-moi votre manuscrit tapé avec les didascalies à cette adresse. Je voudrais en écrire la préface, si ça ne vous dérange pas. J’ai beaucoup de choses à dire sur cette pièce. Cependant, je ne vous garantis pas que la pièce sera

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éditée mais je vous promets de faire tout le nécessaire pour. » (p. 12-13) Claude Allibert devient ainsi l’inventeur de Nassur Attoumani en préfaçant la première pièce qui fait entrer en littérature l’écrivain francophone de Mayotte de la façon suivante : « Si l’auteur ne traitait ce sujet sur le ton badin, s’il n’était pas ce Puck dont le discours s’autorise à la contradiction à condition que cette contradiction débouche sur le rejet des deux termes de l’alternative, il entrerait de plein pied dans un schéma social schizoïde. Il ne peut que s’amuser des deux, car s’il prenait partie pour l’un ou l’autre, il entrerait dans la politique. Où est Nassur Attoumane dans sa pièce ? Qui est-il ? À aucun moment il n’est Outsiroé ! Encore que ! Pourrait-il tenir avec conviction le discours du juge ? Certes pas, comme le prouve sa façon de ridiculiser l'énoncé des attendus à l'issue du jugement. Et seule cette position (voulue consciemment ou inconsciemment) de se gausser de ce qui est criticable sans se prononcer sur ce qui est à garder, lui permet de ne pas sombrer dans le débat d’idées, mais de se maintenir dans la comédie. » (p. 7) Ainsi Nassur Attoumani est-il partout présent mais visible nulle part et émerge comme ironiste. La pièce est promise à une grande fortune comme origine du théâtre à Mayotte. Le site de l’INA possède une captation d’un

moment de ce spectacle où le ministre et le dramaturge se font face. Même si le texte de théâtre est davantage fait pour être joué, c’est-à-dire écouté et vu, que pour être lu, nous ne résistons pas au plaisir d’en citer un extrait, le début de la scène d’ouverture : « BACO : Castro ! Tu te rends compte que M. Bahouili nous a posé un lapin encore une fois. CASTRO : Baco ! Tu sais très bien que ce n’est pas la première fois. Il nous donne toujours un rendezvous après la mosquée et… cela fait une heure et neuf minutes que nous l’attendons. Quand est-ce que les gens ici comprendront la nécessité d'avoir une montre et de respecter la ponctualité et l’exactitude du temps. BACO : Un NOIR ! Quand tu l’invites mardi, il faut bénir le ciel s’il apparaît jeudi. Ces indigènes, soit ils le font exprès, soit ils n’ont aucune notion du temps et de la durée. Ah ! L’heure africaine, quel malheur ! CASTRO : Je crois qu’il est parti chez sa troisième épouse. Moi, je trouve cela inadmissible. BACO : Ce n’est pas sérieux. Comme si ses concubines ne suffisaient pas. Toujours plus, toujours plus… Ces femmes, elles vont causer notre perte. Et pourtant à le voir dans son boubou, on jurerait qu’il est saint. Quel hypocrite !!! » (p. 13-14)

Christophe Cosker

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SPORT

Calendriers - classements - résultats

FOOTBALL

Equipe

Régional 1 Journée 3 AS Bandraboua 1–5 Tchanga SC Diables noirs de Combani 1–1 USCP Anteou AJ Kani Kéli 2–0 Bandrélé FC Jumeaux de Mzouazia 4–2 AS Sada FC Mtsapéré 5–1 ASC Abeilles de Mtsamboro ASC Kawéni 1–0 AS Rosador de Passamainty

Journée 4 – Samedi 18 juin à 15 heures Diables noirs de Combani – AS Bandraboua Bandrélé FC – Tchanga SC USCP Anteou – Jumeaux de Mzouazia ASC Abeilles de Mtsamboro – AJ Kani Kéli AS Sada – ASC Kawéni AS Rosador de Passamainty – FC Mtsapéré

Journée 3 FC Majicavo – Foudre 2000 FC Chiconi 1–2 AJ Mtsahara AS Neige de Malamani 2–1 ASJ Moinatrindri FC Dembéni 2–2 UCS de Sada FC Kani Bé 2–0 USCJ Koungou Olympique Miréréni – US Kavani

Journée 4 – Samedi 18 juin 2022 à 15 heures FC Chiconi – FC Majicavo ASJ Moinatrindri – Foudre 2000 AJ Mtsahara – FC Dembéni USCJ Koungou – AS Neige de Malamani UCS de Sada – Olympique Miréréni US Kavani – FC Kani Bé

J

G

N

P

Dif

1

Jumeaux de Mzouazia

9

3

3

0

0

+8

2

ASC Kawéni

9

3

3

0

0

+5

3

Diables noirs de Combani

7

3

2

1

0

+3

4

AS Bandraboua

6

3

0

1

-2

5

FC Mtsapéré

6

3

2

0

1

+3

6

AJ Kani Kéli

6

3

2

0

1

+2

7

USCP Anteou

4

3

1

1

1

+2

8

Tchanga SC

3

3

1

0

2

+2

9

Bandrélé FC

3

3

1

0

2

-1

10

AS Rosador de Passamainty

0

3

0

0

3

-3

11

AS Sada

0

3

0

0

3

-7

12

ASC Abeilles de Mtsamboro

0

3

0

0

3

-12

Pts

J

G

N

P

Dif

FOOTBALL Régional 2

Pts

Equipe

2

1

AJ Mtsahara

7

3

2

1

0

+2

2

Foudre 2000

6

2

2

0

0

+3

3

AS Neige de Malamani

6

3

2

0

1

+2

4

FC Kani Bé

6

3

2

0

1

+1

5

FC Dembéni

5

3

1

2

0

+2

6

UCS de Sada

4

3

1

1

1

+1

7

ASJ Moinatrindri

3

3

1

0

2

0

8

FC Chiconi

3

3

1

0

2

-1

9

Olympique Miréréni

3

2

1

0

1

0

10

FC Majicavo

1

2

0

1

1

-2

11

US Kavani

1

2

0

1

1

-2

12

USCJ Koungou

0

3

0

0

3

-6

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FOOTBALL Régional 1 féminines

Equipe

Pts

J

G

N

P

Dif

1

FC Mtsapéré

6

2

2

0

0

+6

2

Wahadi ASC

6

2

2

0

0

+6

ASO Espoir Chiconi 0–4 Devils Pamandzi ASJ Handréma 4–1 USC Labattoir Wahadi ASC 4–2 Entente Miréréni / FCO Tsingoni Club Unicornis 4–0 Olympique de Sada FC Mtsapéré 5–0 US Kavani Exemptées : AS Jumelles de Mzouazia

3

Devils Pamandzi

6

2

2

0

0

+5

4

Club Unicornis

3

1

1

0

0

+4

5

ASJ Handréma

3

2

1

0

1

+2

6

AS Jumelles de Mzouazia

0

0

0

0

0

0

Journée 3 – Dimanche 19 juin à 15h30

7

Entente Miréréni / Tsingoni

0

1

0

0

1

-2

8

USC Labattoir

0

1

0

0

1

-3

9

ASO Espoir de Chiconi

0

1

0

0

1

-4

10

Olympique de Sada

0

2

0

0

2

-5

11

US Kavani

0

2

0

0

2

-9

Journée 2

ASO Espoir Chiconi – AS Jumelles de Mzouazia USC Labattoir – Devils Pamandzi Olympique de Sada – ASJ Handréma Entente Miréréni / Tsingoni – FC Mtsapéré US Kavani – Club Unicornis Exemptées : Wahadi ASC

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MAGAZINE D’INFORMATION NUMÉRIQUE HEBDOMADAIRE Edité par la SARL Somapresse au capital de 20 000 euros 7, rue Salamani Cavani M’tsapéré BP 60 - 97600 Mamoudzou Tél. : 0269 61 20 04 contact@mayottehebdo.com Directeur de la publication Laurent Canavate canavate.laurent@somapresse.com Directeur de la rédaction Mohamed El Mounir dit “Soldat” 0639 69 13 38 soldat@mayottehebdo.com Rédacteur en chef Axel Nodinot

# 1003

Couverture :

Législatives 2022

Journalistes Axel Nodinot Romain Guille Raïnat Aliloiffa Lise Gaeta Alexis Duclos Lhaimy Zoubert Ravoay Direction artistique Franco di Sangro Graphistes/Maquettistes Olivier Baron, Franco di Sangro Commerciaux Cédric Denaud, Murielle Turlan Comptabilité Catherine Chiggiato comptabilite@somapresse.com Première parution Vendredi 31 mars 2000 ISSN : 1288 - 1716 RCS : n° 9757/2000 N° de Siret : 024 061 970 000 18 N°CPPAP : 0121 I 92960 Site internet www.mayottehebdo.com