SOURCE HIVER 2023

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REPORTAGE EXCLUSIF

Pourquoi les redevances sur l’eau promettent de faire parler d’elles en 2023

La floculation lestée pour le traitement des eaux usées

Les composés perfluorés : les grands absents de la réglementation portant sur la qualité de l’eau potable

Le magazine de l’eau au Québec HIVER 2023, vol. 19 n o 1 www.magazinesource.cc Convention de la poste-publications n o 41122591 18
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« Mais dans l’ensemble, il serait plus intelligent d’éliminer les PFAS à la source, donc avec l’autorité du gouvernement fédéral, qui a le pouvoir légal d’autoriser ou non ces composés. Car ceux-ci ne sont pas nécessaires et leur existence n’est pas justifiée. D’autant plus qu’il existe des produits de remplacement qui sont inoffensifs. Il serait drôlement plus économique d’arrêter d’utiliser ces composés et de découvrir les sources de contamination afin de les traiter. »

— Jean Paquin, ing., EESA Vice-président, technologie Bénévole pour Réseau Environnement

24 LE JURIDIQUE

LES COMPOSÉS PERFLUORÉS : LES GRANDS ABSENTS DE LA RÉGLEMENTATION PORTANT SUR LA QUALITÉ DE L’EAU POTABLE

D’ELLES EN 2023 16 20

Le
magazine de l’eau au Québec
SOMMAIRE ©Tous droits réservés. Droits d’auteur et droits de reproduction : toute demande de reproduction doit être acheminée à MAYA communication et marketing aux coordonnées figurant ci-dessus. Les opinions et les idées contenues dans les articles n’engagent que leurs auteurs. La publication d’annonc es et de publicités ne signifie pas que le magazine SOURCE recommande ces produits et services. Convention de la poste-publications no 41122591. Retourner toutecorrespondance ne pouvant être livrée au Canada aux coordonnées figurant ci-dessus. Dépôt légal : 1er trimestre 2005. ISSN 1712-9117. Le magazine SOURCE est publié trois fois l’an. Éditeur et rédacteur en chef André Dumouchel adumouchel@maya.cc Coordonnatrice à la direction de l’édition Maude Champagne coordination@maya.cc Direction artistique MAYA Designer graphique Sylvain Malbeuf (SymaPub) Journaliste et rédacteur Guy Des Rochers Chroniqueurs Celia Abbas Clément Cartier Me Thibaud Daoust Mathieu Laneuville Christian Vézina Photos de la page couverture et de l’entrevue iStock by Getty Images, Stéphane Lafrance photographe Réviseure linguistique Émilie Pelletier Espace publicitaire André Dumouchel Téléphone : 450 508-1515 adumouchel@maya.cc Abonnement et administration MAYA communication et marketing 457, montée Lesage Rosemère (Québec) J7A 4S2 Téléphone
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HIVER 2023, vol. 19 n o 1 LE MAGAZINE DE L’EAU AU QUÉBEC SOURCEVOL. 19 N O 1 HIVER 2023 4 26 LES AMIS DE SOURCE S LESBONS CONTACTS Ce magazine est imprimé sur papier à contenu recyclé. TRAITEMENT DES EAUX LE TRAITEMENT DES EAUX RÉSIDUAIRES D’UN SITE DE GESTION DES MATIÈRES RÉSIDUELLES 22 CERIU L’IMPORTANCE DE L’AMÉNAGEMENT DES TERRITOIRES ET DE LA CONSULTATION CITOYENNE POUR UNE GESTION EFFICACE DES EAUX PLUVIALES TRAITEMENT DES EAUX LA FLOCULATION LESTÉE POUR LE TRAITEMENT DES EAUX USÉES 18 RÉSEAU ENVIRONNEMENT POURQUOI LES REDEVANCES SUR L’EAU PROMETTENT DE FAIRE PARLER
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NOUVEAUSITE INTERNET

FACE DES PFAS

Pendant que nous respirons et buvons des nanoparticules chimiques quasi indestructibles, il pleut du plastique… Un nouveau roman de science-fiction tiré par les cheveux?

Dans un article récent du magazine européen UP’1, lequel citait les résultats d’une recherche scientifique de l’Université d’Auckland, en Nouvelle-Zélande, on apprenait que près de 5 000 particules de microplastiques se déposent chaque jour, en moyenne, sur chaque mètre carré des toitures de la ville d’Auckland, par la brume ou par des averses. Il pleut du plastique, que je vous disais…

Par ailleurs, il y a quelques années, une étude de l’Université McGill s’est intéressée à une pratique pas aussi innocente qu’elle en a l’air : celle de manger de la neige2. Parce que la neige, aussi immaculée soit-elle, capture quantité de polluants présents dans l’atmosphère et tous les autres types de particules, dont des bactéries, des poussières et des PFAS. C’est pourquoi il est fortement recommandé de ne pas en manger. Avouez que vous aussi, vous pensez à votre prochaine visite à la cabane à sucre. Vous régalerez-vous de sa succulente tire d’érable sur la neige?

Avec un grand verre d’eau, tout passe, me direz-vous ? Pas si vite… Tout comme l’air que l’on respire et le sol d’où sortent nos fruits et légumes, l’eau, même potable, contient des PFAS, ces satanés combinés chimiques qui se retrouvent dans l’environnement pour l’éternité après une vie manufacturière, industrielle ou domestique souvent de courte durée.

Certaines de ces substances sont maintenant reconnues en tant que polluants persistants, voire éternels et

Conséquemment, de plus en plus de réglementations à travers le monde tentent de limiter les dégâts. Pendant ce temps, des PFAS maintenant interdits par des lois, à cause de leur perniciosité, sont remplacés par de nouvelles substances à la dangerosité encore méconnue. Il faut admettre que l’industrie de la chimie a toujours une longueur d’avance sur les restrictions et les interdictions légales.

Réglementer et interdire

Les PFAS sont donc des substances déclinées en des milliers de molécules différentes, dont l’industrie chimique ne cesse de renouveler l’offre et que le secteur manufacturier utilise dans de nombreux produits du quotidien — en fait, dans plus de 200 produits différents. Extrêmement persistants, voire quasiment indestructibles, les PFAS contaminent l’environnement, les populations et les organismes vivants. Nous respirons de l’air, nous respirons aussi des PFAS. Nous buvons de l’eau, nous buvons aussi des PFAS… Notons que même si la problématique des PFAS n’a pas de frontières, on peut s’interroger sur l’état de la situation au Québec.

Un indice : dans le lait maternel des bélugas du Saint-Laurent, on trouve beaucoup de PFAS. Faut-il s’étonner que ces mammifères marins voient la plupart de leurs bébés mourir dès la naissance et qu’en conséquence, cette espèce éprouve de la difficulté à maintenir une population décente, qui la sauverait d’une extinction ?

L’élimination des PFAS des objets du quotidien peut s’avérer compliquée. Néanmoins, cette démarche est absolument primordiale du fait de la persistance de ces forever chemicals (traduit maladroitement en français par « polluants éternels ») et de leurs graves effets sur la santé humaine et l’environnement.

Dans notre reportage principal sur les PFAS, deux experts, Jean Paquin et Charles Leclerc, nous brossent un portrait de la situation québécoise relativement aux PFAS, en soulignant la difficulté de les réglementer, mais en insistant sur le fait qu’il serait plus efficace d’interdire à la source la création de tels produits que d’en interdire l’usage un à un.

D’autre part, en page 24, notre chroniqueur Me Thibaud Daoust nous fait part de la faiblesse de la réglementation canadienne concernant l’usage des PFAS, tout en se demandant si ces normes, bien que très récentes, sont toujours d’actualité, alors que les recommandations de l’Environmental Protection Agency des ÉtatsUnis, adoptées cet été, sont 10 000 fois plus strictes que celles du gouvernement canadien.

C’est donc dire que pour l’instant, nos efforts visant à les enrayer sont insuffisants. Bien que les risques pour l’humain et la biodiversité soient bien réels, en ne mettant pas en place les actions justes, c’est comme si nous avions décidé de jouer à pile ou face avec la vie. Un pari que nous avons bien peu de chances de gagner. n

1 Aget, A. (2022). Il pleut du plastique. Up’.

https://up-magazine.info/planete/pollutions/110385-il-pleut-du-plastique

2 (s. a.). (2016). Manger de la neige, est-ce dangereux ? Gentside.

https://www.maxisciences.com/neige/manger-de-la-neige-est-ce-dangereux_art37230.html

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LE MAGAZINE DE L’EAU AU QUÉBEC SOURCE VOL. 19 N O 1 HIVER 2023 6

LES PFAS: DES POLLUANTS « ÉTERNELS » , OMNIPRÉSENTS ET TRÈS PRÉOCCUPANTS

Jean Paquin n’est pas le premier venu dans l’univers des contaminants émergents. Ingénieurchimiste et biochimiste de formation, il évolue depuis 45 ans dans le domaine de l’environnement. M. Paquin maîtrise plusieurs dossiers relatifs aux contaminants émergents dont font partie les PFAS, et il est une ressource technique hors pair pour Réseau Environnement à titre de bénévole.

« Ce que les gens d’analyse de risques et les toxicologues expriment au sujet des PFAS, c’est que ce sont des composés chimiques pernicieux, dont les milliers de molécules différentes se retrouvent partout à travers le monde, que ce soit sur terre, dans l’air ou dans l’eau, et que ces produits chimiques dits “éternels” ont des effets nocifs sur l’environnement et la santé humaine », ajoute-t-il. Et le Québec n’y échappe pas...

Mais avant d’aller plus loin, remettons le curseur au début et apprenons à mieux connaître cet étrange univers rempli d’acronymes et de mots étranges.

Des milliers de molécules différentes

« PFAS » — à prononcer « pifass » — est l’acronyme anglais de « per- and polyfluoroalkyl substances », que l’on traduit en français par « substances perfluoroalkyliques et polyfluoroalkyliques » et que l’on désigne par l’acronyme « SPFA ». Toutefois, puisque presque partout dans le monde on utilise l’acronyme anglais « PFAS »

pour parler de cette famille de molécules chimiques, c’est donc ce terme qui sera employé dans ce reportage.

Les PFAS sont des substances chimiques dont les propriétés spécifiques expliquent leur utilisation commerciale et industrielle dans plusieurs produits de la vie courante. Des emballages alimentaires jusqu’aux vêtements en passant par les ustensiles de cuisine, les textiles, les cosmétiques, les produits phytosanitaires, les revêtements antiadhésifs et les mousses anti-incendie, les PFAS jouent un grand rôle dans l’efficacité de différents produits et sont largement utilisés à travers le monde depuis les années 1950.

Toutefois, comme ces milliers de molécules — différentes, mais appartenant à la même famille — ne se dégradent pas dans l’environnement (de là leur attribut d’« éternels »), les PFAS finissent par contaminer les organismes vivants, dont les populations humaines qui les ingèrent en respirant, en mangeant et en buvant de l’eau, par exemple.

La quasi-indestructibilité de ces molécules entraîne la contamination de tous les milieux. Ainsi, les sédiments, les sols (dont les terres agricoles vouées à l’alimentation), l’eau et l’air en contiennent tous, d’autant plus qu’elles peuvent être transportées par air et par eau sur de très longues distances, ce qui explique qu’elles polluent même des milieux aussi extrêmes que l’Arctique et l’Antarctique. Et comme ces substances chimiques sont de surcroît bioaccumulables, l’inquiétude ne cesse de grandir concernant leurs effets nuisibles

sur la santé des organismes vivants, dont l’humain fait évidemment partie.

Des substances inquiétantes

Selon un document récent de Santé Canada1, les PFAS forment un groupe de plus de 4700 substances synthétiques utilisées comme surfactants, lubrifiants et répulsifs (pour les poussières, l’eau et les graisses).

À travers le monde, de plus en plus de substances appartenant à la famille des PFAS sont interdites, mais l’industrie chimique les remplace par d’autres substances de la même famille, non encore réglementées, qui pourraient avoir des effets tout aussi néfastes, voire toxiques, sur l’environnement et sur la santé humaine.

« Nous répertorions aujourd’hui plus de 20 000 de ces substances, révèle Jean Paquin. Par ailleurs, il faut faire attention au mot “toxique”. On ne parle pas ici d’une toxicité classique. Par exemple, quand on parle de micropolluants, on les évalue en milligrammes par litre d’eau. Pour ce qui est des PFAS, on parle plus souvent de nanogrammes par litre, donc de concentrations beaucoup plus basses. C’est pour cela que les PFAS sont passés sous le radar, qu’il a fallu du temps avant de les découvrir. »

M. Paquin souligne que lors des années 1970 à 1990, et même après, ces substances étaient utilisées absolument partout, industriellement et commercialement, parce que leur détection était

REPORTAGE
LE MAGAZINE DE L’EAU AU QUÉBEC SOURCE VOL. 19 N O 1 HIVER 2023 8 1 Gouvernement du Canada. (2021). Substances perfluoroalkyliques et polyfluoroalkyliques (SPFA) https://www.canada.ca/fr/sante-canada/services/substances-chimiques/autres-substances-chimiques-interets/substances-perfluoroalkyliques-polyfluoroalkyliques.html
Les PFAS sont omniprésents dans notre environnement. On en trouve dans nos maisons, dans nos restaurants, dans les cosmétiques et dans toutes sortes de produits. Dans les analyses toxicologiques et écotoxicologiques commandées par Santé Canada, on découvre qu’en général, l’exposition des Canadiens aux PFAS dépasse les normes de l’acceptabilité. »
Par Guy Des Rochers
«

passée à travers les mailles du filet. « Ces composés n’avaient pas été identifiés comme étant toxiques, ajoute-t-il. Maintenant, le gouvernement du Canada a une définition pour ces composés chimiques, laquelle utilise davantage les mots “dommageable” ou “néfaste” et non plus uniquement le mot “toxique”, qui est incorrect lorsqu’on parle de composés perturbateurs.

« Dommageables », « néfastes », « toxiques », « perturbateurs » : les épithètes négatives accolées à ces composés chimiques ont de quoi inquiéter, d’autant plus que ces molécules sont bioaccumulables et presque impossibles à éliminer dans l’environnement. Soulignons que la bioaccumulation se définit par l’accumulation d’un contaminant dans les tissus d’un organisme vivant, absorbé à partir de son milieu de vie. Elle survient

quand l’organisme ne parvient pas à éliminer le contaminant.

Selon Jean Paquin, la situation est inquiétante non seulement concernant les PFAS, mais concernant l’ensemble des composés organohalogénés, lesquels représentent une vaste famille de produits qui va des pesticides jusqu’à des composés pharmaceutiques, en passant par des composés persistants et bioaccumulatifs tels les BPC et le DDT.

« J’ai passé 35 ans de ma carrière à l’élimination des BPC, lesquels étaient ciblés parce que l’on sait qu’ils sont extrêmement nocifs pour le vivant, déclare Jean Paquin. Mais ce que j’ai trouvé de vraiment choquant, c’est que pendant tout ce temps, on a autorisé toutes sortes de composés similaires qui sont devenus omniprésents dans

l’environnement, ce qui a induit une variété de problèmes populationnels chez les humains. Plusieurs observations sont actuellement faites au sujet de ces substances en rapport avec certains cancers, des dérèglements hormonaux et des conséquences neurologiques, et maintenant que l’on découvre ces effets, eh bien, comme société, on devrait réagir promptement pour corriger ces problèmes, pour s’attaquer à ces erreurs du passé. »

Pourtant, l’urgence d’agir ne semble pas encore exister, puisque les restrictions à l’utilisation de certains PFAS dans le monde ont conduit à l’exploitation de substances de substitution issues de l’industrie chimique appartenant, elles aussi, aux PFAS.

DES PFAS AU QUÉBEC, MÊME DANS L’EAU POTABLE

Les PFAS utilisent l’air que l’on respire, les sols que l’on foule (dont ceux qui soutiennent l’agriculture), ainsi que l’eau, qu’elle soit brute ou potable, pour contaminer l’environnement. Et au Québec, il n’est pas rare d’en retrouver en faibles concentrations dans l’eau potable et dans les eaux usées, et parfois en concentrations plus fortes dans les biosolides, connus sous les noms de « boues municipales » et « boues industrielles ».

Des PFAS dans l’eau potable ?

« Même si l’eau potable en contient, ce n’est pas tellement par elle que l’exposition aux PFAS se fait, explique l’ingénieur et biochimiste Jean Paquin. En général, c’est à travers l’alimentation que les contaminations s’exercent. C’est au contact de produits de tous les jours. Par exemple, si vous mettez un sac de popcorn au micro-ondes, puisqu’un enduit dans le sac contient des PFAS, des particules s’échapperont de ce sac et vous en consommerez. Votre

exposition aux PFAS sera pas mal plus élevée si vous mangez ce popcorn que si vous buvez de l’eau. »

Heureusement, le type d’industrie qui produit des PFAS n’existe pas sur le territoire québécois. Comme le constate une étude du gouvernement québécois basée sur des suivis réalisés de 2016 à 2021 sur les composés perfluorés dans l’eau potable du Québec :

REPORTAGE
LE MAGAZINE DE L’EAU AU QUÉBEC SOURCE VOL. 19 N O 1 HIVER 2023 9

« [...] ces substances, lorsqu’elles sont détectées, le sont à de faibles concentrations dans l’eau des installations de production d’eau potable. Les concentrations maximales mesurées sont inférieures aux valeurs recommandées par Santé Canada et aux critères provisoires proposés par l’Agence de protection de l’environnement des États-Unis (EPA) pour la qualité de l’eau potable ;

Comme les traitements conventionnels de l’eau potable sont inefficaces pour éliminer les composés perfluorés, les concentrations

mesurées dans l’eau traitée sont essentiellement les mêmes que dans l’eau brute2. »

« Toutefois, ajoute Jean Paquin, on utilise des PFAS dans plusieurs endroits au Québec, avec un potentiel de contamination pour l’environnement, et ce sont ces comportements qu’il est important d’éradiquer à la source le plus tôt possible. »

Contaminations croisées

Alors, si le Québec ne possède pas sur son territoire d’usines à fabriquer des PFAS, de quelle

façon ces substances nocives parviennent-elles à contaminer l’eau ?

Pour répondre à cette question, pensons à la manière dont se faisaient autrefois les exercices de lutte contre les incendies, qui démontre à quel point on se souciait à l’époque très peu des conséquences pernicieuses de ces activités sur l’environnement. Faut-il s’étonner que ces entraînements insouciants aient propagé autant de PFAS dans la nature ?

« Prenons l’exemple classique des mousses antiincendie utilisées sur les bases militaires et dans plusieurs aéroports, explique Jean Paquin. Chez les militaires, on faisait un trou dans le sol, on y mettait de l’eau, et à sa surface, on déposait de l’essence et du diesel pour finalement mettre le feu là-dedans. Cela produisait une grosse fumée noire, puis les gens s’entraînaient à éteindre différents types d’incendies avec des mousses contenant des PFAS... Par conséquent, les hydrocarbures et les PFAS s’infiltraient dans le sol et contaminaient les eaux souterraines. On retrouve dans ces événements une source classique de contamination, ayant lieu surtout sur des bases

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« On utilise des PFAS dans plusieurs endroits au Québec, avec un potentiel de contamination pour l’environnement, et ce sont ces comportements qu’il est important d’éradiquer à la source le plus tôt possible. » 2 Ministère de l'Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques. (2022). Composés perfluorés dans l'eau potable au Québec. Suivis réalisés de 2016 à 2021 https://www.environnement.gouv.qc.ca/eau/potable/composes-perfluores/rapport-composes-perfluores-eau-potable-2016-2021.pdf
technologie Bénévole pour Réseau Environnement

militaires, mais aussi dans d’autres endroits, comme les aéroports. »

D’autre part, Jean Paquin souligne qu’une contamination provient aussi d’autres sources, comme des enduits. En effet, beaucoup d’enduits antitaches contenant des PFAS ont été utilisés sur des meubles, des tapis, des rideaux et toutes sortes de produits d’utilisation domestique.

« Les usines où se pratique ce genre de traitement sont susceptibles de rejeter dans la nature des effluents contenant des PFAS, avance M. Paquin. Prenons un autre exemple, celui des enduits contenant des PFAS appliqués sur différents types de papier que l’on retrouve dans des papetières qui recyclent des papiers. Dans les boues de ces papetières, on retrouve aussi des concentrations de PFAS. »

Selon une étude récente de l’État du Michigan, 13 sources communes de contamination aux PFAS ont été détectées 3. Ce sont la galvanoplastie et la finition des métaux (chromage), les décharges (ordures et décombres de surface), les installations centralisées de gestion des déchets, les aérodromes (commerciaux, privés et militaires), les

installations du ministère de la Défense, les installations de formation du service d’incendie, les blanchisseries industrielles, les sites de pétrole et de pétrochimie, les fabricants de produits chimiques, les fabricants de plastiques, les installations de textiles et de cuir, les fabricants de peinture, et les installations de pâtes et papiers.

Ces rejets industriels pouvant contenir des PFAS et capables de se rendre aux stations d’épuration sont, selon Jean Paquin, les mêmes que l’on retrouve au Québec.

Des solutions ?

Selon Jean Paquin, Santé Canada édicte des normes pour l’acide perfluorooctanoïque (le PFOA) et pour le perflurooctane sulfonate (le PFOS) dans l’eau potable, lesquels sont d’autres types de molécules appartenant à la famille des PFAS. « Cependant, ces critères ont été élaborés il y a presque une dizaine d’années et ils sont actuellement en révision. »

De nos jours, comme les traitements conventionnels de l’eau potable sont inefficaces pour éliminer les composés perfluorés, il n’existe

pas au Québec de pratiques systématiques visant à éliminer les PFAS. « Une solution intermédiaire subsiste quand même : l’utilisation du charbon activé en poudre pour améliorer l’eau potable, explique Jean Paquin. Ce procédé est employé en été pour agir contre d’autres problèmes, mais il a aussi la capacité d’enlever la plus grande partie des PFAS dans l’eau. »

Selon M. Paquin, les municipalités du Québec savent maintenant que l’enjeu des PFAS nécessitera probablement une amélioration des méthodes d’exploitation, d’autant plus que la plupart d’entre elles sont équipées pour faire un dosage de charbon activé lors du traitement habituel de l’eau dans le but d’éliminer ce genre de contaminant.

« Mais dans l’ensemble, ajoute Jean Paquin, il serait plus intelligent d’éliminer les PFAS à la source, donc avec l’autorité du gouvernement fédéral, qui a le pouvoir légal d’autoriser ou non ces composés. Car ceux-ci ne sont pas nécessaires et leur existence n’est pas justifiée. D’autant plus qu’il existe des produits de remplacement qui sont inoffensifs. Il serait drôlement plus économique d’arrêter d’utiliser ces composés et de découvrir les sources de contamination afin de les traiter. »

3 Michigan Department of Environment, Great Lakes, and Energy. (2021). Land Application of Biosolids Containing PFAS: Interim Strategy https://www.michigan.gov/-/media/Project/Websites/egle/Documents/Programs/WRD/Biosolids/PFAS-Biosolids-Strategy.pdf?rev=c81c006 4150d4f45bece88efcf304e3f

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PFAS, ÉPANDAGE ET ÉCONOMIE CIRCULAIRE…

Les propriétés chimiques des PFAS font que ceux-ci sont très difficiles à éliminer non seulement de l’eau potable, mais aussi des eaux usées. De surcroît, les boues municipales (ou biosolides), lesquelles sont des déchets issus du processus d’épuration des eaux usées, peuvent contenir des concentrations élevées de PFAS.

En décembre dernier, des reportages diffusés à Radio-Canada dans le cadre des émissions La semaine verte et Enquête ont révélé que des boues municipales et industrielles contaminées aux PFAS étaient utilisées pour amender des sols en agriculture. On apprenait également que le Québec achetait même des biosolides de l’État du Maine, lequel a d’ailleurs légiféré pour interdire toute forme de valorisation des boues d’épuration des eaux usées sur son territoire à cause de leur concentration élevée en PFAS.

Les réactions ne se sont pas fait attendre. Du fumier humain contenant des PFAS ? Il y avait de quoi alarmer tout citoyen ordinaire… Dans le grand public, c’est donc avec une certaine inquiétude, allant jusqu’à une forme de dégoût, que l’on apprit que ces biosolides étaient épandus sur des terres agricoles et que ces déjections humaines étaient même importées.

Les réactions ont été vives, à un point tel que le ministre de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs (MELCCFP), Benoit Charette, a rapidement déclaré que le Québec resserrera la réglementation concernant l’épandage de biosolides dans les champs et interdira l’importation de déjections en provenance des États-Unis4

Arrêter les épandages de biosolides ?

Face à cette situation, les milieux agricole et industriel se sont publiquement questionnés sur « l’incidence négative » que ces reportages ont pu avoir, provoquant même une prise de position plutôt rapide du ministre Charette à ce sujet. En effet, on peut s’interroger sur ce qu’il adviendrait des boues municipales si le gouvernement en interdisait l’épandage.

« Ce serait un problème, explique l’ingénieur et biochimiste Jean Paquin. Bien sûr, ces biosolides pourraient aller dans un site d’enfouissement ou à l’incinération, mais ces deux façons de faire émettraient beaucoup de gaz à effet de serre. »

Charles Leclerc, un diplômé en environnement de l’Université de Sherbrooke qui occupe actuellement les fonctions de directeur de l’équipe technique chez Réseau Environnement, ne voit pas d’un bon œil l’arrêt total des épandages de biosolides sur des terres du Québec.

« Chez Réseau, nous travaillons en faveur d’une économie verte. Cesser l’épandage des biosolides serait contraire aux principes importants de

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l’économie circulaire, explique-t-il. Ce qui est produit doit être réutilisé. Le pire modèle, en l’occurrence, c’est de générer des matières résiduelles que l’on enfouit ou élimine par incinération. Notre époque doit à tout prix combattre cette économie linéaire. »

Dans les faits, les reportages de Radio-Canada ont quelque peu « choqué » des membres de Réseau Environnement. « Même s’il y a un fond de vérité dans ces documentaires, c’est présenté d’une manière un peu sensationnaliste, constate Charles Leclerc. Les PFAS sont dangereux pour la santé, c’est un fait, mais l’épandage de biosolides, ce n’est pas une pratique risquée en soi. Il faut démêler cet amalgame que les reportages ont fait entre les PFAS et les épandages. Il y a une part de nuances scientifiques à mieux transmettre dans ce type de reportage. »

Travailler à mieux réglementer les PFAS et les biosolides

Réseau Environnement n’a pas manqué de prendre rapidement position dans ce dossier. Il a publiquement exprimé son point de vue dans une publication officielle le 15 décembre 20225. « Essentiellement, notre message est qu’il faut que les choses accélèrent concernant ce dossier, révèle Charles Leclerc. Chez Réseau, nous avions déjà un comité d’experts qui se penchait

sur la question depuis l’été dernier. Nous avons aussi envoyé des lettres aux ministres de l’Environnement du Québec et du Canada pour leur dire que des PFAS, il y en a partout, qu’il s’agit d’un enjeu crucial et important, et qu’il faut rapidement les réglementer, les encadrer et réduire leur propagation à la source. Comme Jean Paquin le mentionnait, ce qui est le plus viable économiquement, c’est d’éliminer à la source la production des PFAS. »

Charles Leclerc précise que concernant la question des biosolides, son équipe continue de collaborer avec le MELCCFP afin de déterminer le plus rapidement possible des seuils temporaires qui pourraient permettre au Québec d’éviter les catastrophes ayant eu lieu dans le Maine et qui étaient dues à des concentrations très élevées de PFAS.

« Il s’agit donc d’établir des seuils qui indiquent qu’à partir de telle limite, on n’épand pas de biosolides à cause du danger inhérent. Et de le faire très rapidement pour éviter que toute la chaîne d’économie circulaire de l’épandage soit paralysée et sacrifiée, stipule Charles Leclerc. Au Québec, il y a des milliers de tonnes de biosolides, et au lieu de prendre le chemin des champs, celles-ci risquent désormais de prendre la route de l’incinération, ce qui occasionnera des coûts substantiels pour les municipalités, donc des coûts pour les citoyens, ainsi que quantité de gaz à effet de serre. » n

4 Lecomte, A. M. (2022). Québec resserrera la réglementation sur l’épandage des biosolides dans les champs. Radio-Canada. https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1938090/quebec-resserrer-reglement-epandage-boue-biosolide-terre-agricole

5 Réseau Environnement. (2022, 15 décembre). Position de Réseau Environnement concernant la présence de SPFA dans les biosolides destinés à l’épandage https://reseau-environnement.com/position-de-reseau-environnement-concernant-la-presence-de-spfa-dans-les-biosolides-destines-a-lepandage/

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Mathieu Laneuville Ing., M. Sc. A. Président-directeur général Réseau Environnement mlaneuville@reseau-environnement.com

n déposant le projet de loi 42 en juin dernier, le gouvernement du Québec faisait un pas en avant dans la protection de notre richesse collective en eau potable. Il s’avançait alors sur une demande de longue date du milieu environnemental relativement à la nécessité de revoir les redevances tirées de l’utilisation de grandes quantités d’eau par des entreprises privées établies au Québec. Le projet de loi 42 prévoyait une révision tous les trois ans des redevances perçues pour l’utilisation d’eau et le dévoilement au public des mesures financées par ces mêmes redevances.

Motivé par l’intime conviction que nos ressources en eau doivent être pérennisées ainsi que par l’intérêt avéré du gouvernement pour la question, Réseau Environnement a mobilisé ses membres pour réfléchir à la bonification du système de redevances sur le prélèvement d’eau. Pour l’occasion, un comité de spécialistes composé de gestionnaires d’infrastructures municipales et de représentantes et représentants de municipalités, du milieu universitaire, de la société civile et du secteur privé s’est réuni afin de discuter des dispositions du règlement en vigueur et des recommandations à mettre de l’avant pour l’améliorer. Dans les prochains paragraphes, j’en reprends les grandes lignes afin de vous présenter cet enjeu qui promet de revenir au programme législatif dans la nouvelle année.

L’abondance de l’eau est un mythe qui doit être déboulonné. Tant en matière de quantité que sur le plan de la qualité, cette ressource collective se trouve sous pression. Il s’agit d’une ressource limitée, non renouvelable, sur laquelle repose notre prospérité économique, mais qui est aussi à la source de la santé de nos collectivités et de la durabilité de nos écosystèmes. Les spécialistes du consortium scientifique Ouranos nous avertissent même des risques grandissants de pénurie d’eau potable au Québec dans les prochaines décennies1. L’eau doit être protégée : c’est un devoir dicté par la Loi sur l’eau

La Loi sur l’eau établit quatre principes directeurs devant guider le gouvernement dans ses efforts de gestion de l’eau, dont celui de l’utilisateurpayeur. Ce principe vient soutenir le développement d’instruments économiques pour rendre redevables les usagers au sujet de leur utilisation de l’eau et de l’éventuelle détérioration qu’ils occasionnent. Les redevances visent à internaliser les coûts supportés par l’environnement dus au prélèvement et à la pollution des ressources en eau. Ce système incitatif

est destiné à envoyer un signal de prix aux usagères et usagers pour démontrer la valeur de la ressource et les amener à modifier leurs comportements. Les recettes perçues par les redevances sont ensuite redistribuées sous forme d’aides financières aux actrices et acteurs qui agissent pour la protection et la restauration de l’eau et des milieux aquatiques. Elles peuvent aussi financer les politiques liées à l’eau, notamment pour soutenir l’acquisition de connaissances sur la quantité et la qualité des réserves d’eau et des écosystèmes aquatiques.

Quelques-unes des recommandations de Réseau Environnement portent sur un élément critique pour l’efficacité de notre système de gestion de l’eau : la transparence.

La base d’une bonne gestion passe par la maîtrise des données. Il est primordial d’équiper nos industries d’instruments de mesure afin de connaître les volumes d’eau prélevés et ainsi de mieux gérer l’utilisation de la ressource à l’échelle du bassin versant. Réseau Environnement recommande de demander à toute industrie prélevant plus de 10 m³ d’eau par jour de déclarer ses prélèvements, puis de compiler cette information dans un registre dont un bilan régional pourrait être rendu public. Sans que la redevance s’applique aux plus petits consommateurs, la collecte et l’utilisation de données doivent se faire dans l’objectif de pérenniser la ressource.

Il est également important de rendre publique l’utilisation faite des fonds tirés de la redevance. Privilégier le réinvestissement dans des projets de protection de la ressource favoriserait la mise en place de solutions concrètes aux problèmes de conservation auxquels nous faisons face.

Dans les semaines et les mois à venir, vous pourrez compter sur Réseau Environnement pour continuer ses efforts de sensibilisation autour de la gestion durable de notre eau potable. Grâce à notre fine expertise et à un brin de volonté, nous pourrons faire de l’année 2023 celle de l’excellence en gestion de l’eau ! n

https://changingclimate.ca/site/assets/uploads/sites/4/2020/11/QC_CHAPITRE_FR_v7.pdf

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E
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1 Alberti-Dufort, A., Bourduas Crouhen, V., Demers-Bouffard, D., Hennigs, R., Legault, S., Cunningham, J., Larrivée, C. et Ouranos. (2022). Québec ; Chapitre 2. Dans F.J. Warren, N. Lulham, D.L. Dupuis et D.S. Lemmen (éd.), Le Canada dans un climat en changement : le rapport sur les perspectives régionales . Gouvernement du Canada.
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epuis les années 1990, la floculation lestée est une révolution dans le domaine du traitement de l’eau potable, augmentant significativement la capacité des usines de traitement. Cette technologie venue d’Europe permet d’accroître de façon importante la charge superficielle et de diminuer d’autant l’espace requis pour les décanteurs. Ces gains d’espace compensent facilement les hausses de coûts en produits chimiques et en énergie, particulièrement en zone urbaine.

La floculation lestée a fait ses preuves et est maintenant de plus en plus utilisée pour traiter les eaux usées : elle est désormais assez bien maîtrisée pour être considérée comme technologie conventionnelle du Guide pour l’étude des technologies conventionnelles de traitement des eaux usées d’origine domestique du ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs.

En résumé, la décantation avec floculation lestée est un procédé de séparation physico-chimique consistant à fixer des particules de flocs sur un agent lestant (plus dense) à l’aide d’un conditionnement chimique incluant du coagulant et/ou du polymère. En combinant ces produits à une optimisation de la décantation lamellaire, il est possible d’accélérer la décantation des particules et d’atteindre des charges superficielles de cinq à dix fois plus grandes que des décanteurs conventionnels.

USÉES

À la base, dans le domaine des eaux usées, on utilise la floculation lestée pour réduire la matière en suspension (« MES »). En fonction de l’application, cela peut avoir pour effet :

1-De réduire la fraction particulaire de la demande biochimique en oxygène ; 2-De coaguler et de décanter le phosphore dissous et les particules de phosphore dissous ; 3-De floculer et de décanter plusieurs autres composantes, dont l’azote et les métaux ; 4-D’accélérer la décantation pour des décanteurs existants.

Par conséquent, la floculation lestée peut être utilisée pour toutes les applications nécessitant un décanteur, que ce soit en décantation primaire, secondaire (dans un traitement à boue activée ou après un traitement par biofilm fixé) ou tertiaire (enlèvement de MES ou de phosphore), pour des applications de traitement des eaux d’orage ou pour des applications industrielles.

Les avantages de la floculation lestée sont :

= Sa compacité, avec une emprise au sol qui est une fraction d’une technologie classique ;

= Sa réactivité pour atteindre une pleine efficacité au démarrage ; = Sa capacité à produire un effluent de très bonne qualité avec des concentrations en MES de <10 mg/l et en phosphore de <0,1 mg/l.

Ses désavantages sont les suivants :

= La floculation lestée nécessite une utilisation plus importante de produits chimiques, dont le dosage variera en fonction de la qualité de l’eau ;

= Ce procédé demande plus d’implication des opérateurs et requiert une instrumentation dont la calibration doit être assurée en tout temps, particulièrement si les caractéristiques de l’eau sont changeantes ;

D
TRAITEMENT DES EAUX
FLOCULATION
POUR LE TRAITEMENT
EAUX
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LA
LESTÉE
DES

LA FLOCULATION LESTÉE POUR LE TRAITEMENT DES EAUX USÉES

= La perte d’agent lestant peut causer une détérioration prématurée des équipements en aval, en plus d’entraîner des frais de nettoyage des canaux et de la tuyauterie ainsi que des coûts associés au média.

Différents supports peuvent être utilisés comme élément lestant : de la boue recirculée, du microsable et de la magnétite.

1)Le premier type de floculation lestée consiste à recirculer une partie des boues densifiées afin d’atteindre des concentrations très élevées en solides (>30 g/l). Les boues densifiées et recirculées font alors office d’agent lestant, entraînant les particules avec elles. Du polymère est injecté avec les boues densifiées pour accélérer le processus de floculation. Une zone de coagulation à mélange rapide précède l’injection de floculant et est suivie d’une zone de transition (dégraissage), puis d’une zone de décantation lamellaire. Cette technologie a comme avantage de ne requérir aucun équipement pour séparer l’agent lestant.

2)Dans le cas de la floculation assistée au microsable, l’affluent est combiné à un coagulant – généralement du chlorure ferrique ou de l’alun – dans un réservoir de mélange rapide, où le microsable et le polymère sont ajoutés. Le microsable multiplie la surface de contact, favorisant l’intégration des polluants et des particules et agissant comme lest pour accélérer la décantation du floc, ce qui permet de réduire de manière importante l’emprise au sol du décanteur. Un hydrocyclone est utilisé pour séparer le sable de la boue captée. La gravité entraîne le microsable vers les parois de l’hydrocyclone,

où il est récupéré pour être réinjecté. Les particules moins denses sont évacuées par le courant à l’intérieur de l’hydrocyclone vers le traitement des boues ou en tête de traitement, selon la configuration du procédé.

3)Depuis une quinzaine d’années, une nouvelle génération d’agents lestants a vu le jour : au lieu du sable, de la magnétite est utilisée comme lest. Un tambour magnétique à aimant permanent sert alors à la récupération de l’agent lestant. La magnétite est beaucoup plus simple à récupérer et présente moins de risques de court-circuitage. L’injection de magnétite peut également être intégrée directement dans un procédé secondaire en utilisant le bassin de boue activée pour le mélange et le décanteur existant pour la récupération du mélange de boue et d’agent lestant sans requérir de polymère. Cela a pour effet d’augmenter la charge superficielle admissible au décanteur et d’utiliser une liqueur mixte plus concentrée, ce qui permet de traiter une charge plus importante ou d’intégrer des étapes de traitement des nutriments à la filière de traitement.

La floculation lestée est un procédé clef dans le traitement de l’eau au Québec. Son application dans le domaine des eaux usées est une évolution logique dans un contexte d’accroissement de la population, de resserrement des normes et de défis liés à la disponibilité du territoire. Les applications de cette technologie sont multiples et permettront certainement d’améliorer la qualité des effluents municipaux et industriels, un pas de plus pour assurer la qualité de notre environnement. n

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Le cabinet Daigneault, avocats inc. a le plaisir d’annoncer que Me Thibaud Daoust est maintenant associé du cabinet, fondé et dirigé par Me Robert Daigneault, Ad.E. biologiste et Adm.A. Me Thibaud Daoust s’est joint au cabinet en 2018. Ses principaux dossiers touchent aux matières dangereuses, aux matières résiduelles non dangereuses, aux milieux humides et hydriques, aux émissions atmosphériques (incluant les GES et le SPEDE) ainsi qu’aux sols contaminés. Il termine des études supérieures spécialisées en environnement et développement durable. Il est également formateur au Centre de formation universitaire en environnement (CUFE) de l’Université de Sherbrooke.

Depuis plus de 20 ans, le cabinet Daigneault, avocats inc. des ressources et du territoire et dessert à travers le Québec une clientèle variée, principalement commerciale, industrielle et institutionnelle.

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Celia Abbas Ing., M. Ing.

L’IMPORTANCE DE L’AMÉNAGEMENT DES TERRITOIRES ET

LA CONSULTATION CITOYENNE POUR UNE GESTION EFFICACE DES EAUX PLUVIALES

Chargée de projets Responsable du conseil permanent Infrastructures souterraines et infrastructures de surface celia.abbas@ceriu.qc.ca

ommençons par le début. Le cycle naturel de l’eau, c’est une eau de pluie qui tombe et qui s’infiltre naturellement dans le sol : cela donne des nappes phréatiques en meilleure santé et des rivières dont l’eau est de meilleure qualité. Or, en milieu urbain, la densification du territoire entraîne souvent une diminution des surfaces perméables et du potentiel d’infiltration du sol. Une fois qu’elle a atteint le sol, la goutte d’eau coule dans la première bouche d’égout qu’elle croise sur son chemin afin de rejoindre rapidement un réseau souterrain.

Le problème, c’est que la pluie, ne serait-ce que quelques millimètres d’eau, tombe sur plusieurs kilomètres carrés qui sont généralement des surfaces imperméables. Près de 80 % de cette eau se rend rapidement aux réseaux de drainage, ce qui entraîne leur dérèglement, c’est-à-dire qu’il y a un très fort débit à la suite d’une pluie, mais un très faible débit en période de sécheresse.

LES ENJEUX ENVIRONNEMENTAUX DES CHANGEMENTS CLIMATIQUES

L’augmentation des précipitations est un phénomène réel. En effet, une augmentation de 2,5 mm/an a été observée de 1960 à 2013 dans le sud du Québec1, ce qui implique une croissance de 100 mm des précipitations annuelles moyennes sur le territoire, soit l’équivalent de l’ajout d’un treizième mois de précipitations. Cette situation représente un danger pour les infrastructures souterraines, les citoyens et l’environnement. Lors de fortes pluies, les réseaux d’eaux usées peuvent ne pas avoir la capacité de transport et de traitement des eaux usées nécessaire. Cela peut engendrer plusieurs problèmes, comme des refoulements vers les résidences, des inondations de surface, des surverses d’eaux usées partiellement ou non traitées dans les milieux naturels, ou une perte des usages récréotouristiques des plans d’eau contaminés. Les changements climatiques risquent donc d’augmenter la vulnérabilité des territoires desservis par des réseaux d’égout et d’entraîner une baisse généralisée des niveaux de service de ces réseaux. Ainsi, les décisions concernant l’aménagement du territoire doivent tenir compte de ce changement de la pluviométrie.

LES ENJEUX ÉCONOMIQUES DES CHANGEMENTS CLIMATIQUES

L’augmentation des risques et des dommages en lien avec les inondations et les pertes d’usage des plans d’eau ont des répercussions directes sur les budgets municipaux. Les conséquences financières des changements climatiques et des phénomènes météorologiques extrêmes sont ressenties

Milliards de dollars

partout au Canada. L’augmentation des pertes en assurance IARD (incendies, accidents et risques divers) est révélatrice de la croissance des coûts associés à ces événements : ces pertes sont de l’ordre de 405 millions de dollars par an de 1983 à 2008, et de 1,8 milliard de dollars par an de 2009 à 2017. Sur cette dernière période, les indemnités d’assurance pour les pertes catastrophiques dépassaient 1 milliard de dollars par année (voir figure 1). Les dommages matériels liés aux inondations sont le principal moteur de ces coûts croissants. Ces derniers sont susceptibles de continuer d’augmenter au cours des prochaines années, en réponse aux changements climatiques2

Afin de contrer les risques environnementaux et économiques liés aux changements climatiques et à l’urbanisation, une conception et un aménagement des ouvrages hydrauliques visant une gestion durable des eaux pluviales dans le respect des normes et règlements s’avèrent essentiels. Un entretien inadéquat et une mauvaise conception de ces ouvrages peuvent mener à des dommages environnementaux majeurs qui risquent de toucher les citoyens. C’est pourquoi les décisions concernant la planification de l’occupation du territoire doivent minimiser l’ajout de surfaces imperméables et favoriser la préservation de zones perméables, l’infiltration des eaux dans le sol et la rétention de la régulation des débits rejetés dans l’environnement.

L’implantation d’ouvrages de gestion des eaux pluviales (OGEP) dans l’emprise publique peut être un enjeu, car l’espace y est limité (présence de voies de circulation routière, cyclable et piétonne, stationnements, etc.). Il est donc important de trouver un juste équilibre entre chaque élément et de faire leur intégration en amont des projets d’aménagement.

Les OGEP comprennent des infrastructures vertes et naturelles, les bassins de rétention, et toutes les mesures qui permettent de réduire le ruissellement le plus près de sa source. Ce sont des pratiques durables qui viennent soutenir l’aménagement urbain et le rendre plus résilient face aux changements climatiques. L’intégration de ces ouvrages doit être portée par une vision à long terme et dans un souci de bénéfices collectifs.

Évidemment, la consultation et l’intégration des citoyens dans les diverses étapes de définition des projets d’aménagement d’OGEP sont primordiales. L’implication des citoyens permettra d’assurer une acceptation et une meilleure intégration des OGEP dans tout projet d’aménagement du territoire.

Pour toutes ces raisons, la collaboration et la communication entre les acteurs du milieu (élus, directeurs, ingénieurs, urbanistes, citoyens, etc.) sont la clé de la réussite de tout projet d’aménagement du territoire. n

1 MELCC. (2015). Précipitations en hausse depuis 1960 – l’équivalent d’un treizième mois ajouté au total annuel. https://www.environnement.gouv.qc.ca/climat/surveillance/1960-2015.htm

2 Moudrak, N., Feltmate, B., Venema, H. et Osman, H. (2018). Combatting Canada's rising flood costs: Natural infrastructure is an underutilized option. Document préparé pour l’Insurance Bureau of Canada. Intact Centre on Climate Adaptation, Université de Waterloo. http://assets.ibc.ca/Documents/Resources/IBC-Natural-Infrastructure-Report-2018.pdf

Figure 1 : Sinistres catastrophiques assurés au Canada (1983-2017)

(Source : Intact Centre on Climate Adaptation, Université de Waterloo)

Feu de forêt à Fort McMurray

Tempête de verglas dans l’est du pays

Inondations au Québec

Tempêtes de vent et de pluie en Ontario

Inondations en Alberta et à Toronto

5,0 4,0 3,0 2,0 1,0 0,0 19831985 1987199520031989199720051991199920071993200120092011201320152017

Sinistre + frais de règlement de sinistres Tendance estimée

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Vice-président, développement des affaires QWATRO

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a gestion des eaux résiduaires générées par l’exploitation d’un site de gestion des matières résiduelles s’avère tout un défi technique. La filière de traitement à proposer doit être adaptée selon trois aspects : les débits des différents effluents générés, la composition de chacun de ces rejets et les objectifs de rejet à atteindre. L’étude de cas ci-dessous présente une solution de filière de traitement devant gérer une « soupe » provenant de quatre effluents de nature complètement différente.

ORIGINE ET COMPOSITION DES EFFLUENTS

Les effluents produits par l’exploitation du site de gestion des résidus solides proviennent des quatre sources suivantes : 1) un lieu d’enfouissement technique (LET) actuellement en exploitation ; 2) un lieu d’enfouissement sanitaire (LES) fermé ; 3) une plate-forme de compostage des matières résiduelles fertilisantes ; et 4) le filtrat d’un système d’épaississement de boues de fosses septiques (BFS).

Évidemment, chacun de ces effluents a ses propres caractéristiques de débit et de charge. Le mélange des quatre se solde par un débit maximum quotidien d’environ 300 m3/j. La concentration en DBO5* est relativement faible, à 160 mg/L, les matières en suspension (MES) sont de l’ordre de 500 mg/L, alors que l’azote total (NTK) et l’azote ammoniacal (N-NH4+) sont respectivement de 310 mg/L et de 250 mg/L.

Les objectifs de rejet à atteindre sont les suivants :

= DBO5 tot ≤ 65 mg/L ;

= MES ≤ 35 mg/L ;

= N-NH4+ ≤ 10 mg/L ;

= Phosphore total ≤ 0,8 mg/L.

PRÉTRAITEMENT – ÉGALISATION ET CHAUFFAGE

La totalité des effluents est dirigée vers un réservoir d’égalisation existant (étang aéré) dans lequel une série de trois aérateurs de surface sont installés. Ces aérateurs permettent de maintenir l’homogénéité du mélange et d’amorcer le traitement biologique.

Un poste de pompage, muni d’une pompe verticale à turbine, est aménagé à l’extrémité de ce bassin d’égalisation et permet d’alimenter à débit contrôlé les réacteurs biologiques. Le refoulement de cette pompe est dirigé vers un échangeur de chaleur qui chauffe l’effluent à 20 ºC. Cet échangeur de chaleur est couplé soit à une bouilloire électrique, soit à un système de géothermie, selon les saisons.

Un système de dosage d’acide phosphorique est prévu en aval de l’échangeur de chaleur pour maintenir les ratios stœchiométriques en nutriments nécessaires au traitement biologique.

TRAITEMENT BIOLOGIQUE

La technologie sélectionnée pour le traitement biologique de ces eaux résiduaires est le réacteur biologique à garnissage en suspension (RBGS). La biomasse qui se développe sur le garnissage est mise en contact avec le substrat organique, les nutriments et l’oxygène dissous grâce à une aération/agitation dans les réacteurs. La biomasse qui se détache du garnissage est évacuée au fil de l’eau. Le procédé ne nécessite pas de recirculation des

boues et, par conséquent, n’exige pas de contrôle particulier du rapport aliments/micro-organismes (rapport F/M) et de l’âge des boues.

Un système d’aération, constitué de trois soufflantes alimentant une série de diffuseurs à grosses bulles, assure le transfert d’oxygène ainsi que le brassage de la phase liquide et du garnissage, ce qui favorise le détachement de la biomasse générée au cours du processus de traitement biologique.

La filière de traitement proposée permet la combinaison d’une première phase dédiée à l’élimination de la DBO5 et d’une deuxième phase de traitement dimensionné pour la nitrification. Deux trains de réacteurs biologiques installés en parallèle ont été considérés. Afin de répartir le débit de façon égale sur chacun des trains de traitement, une boîte de répartition de débit a été installée en amont des RBGS.

Un système de dosage d’alcalinité, sous forme de carbonate de sodium, permet de maintenir une concentration optimale en carbonate pour soutenir la nitrification de l’azote ammoniacal. Le dosage est effectué dans la boîte de distribution et il est contrôlé automatiquement, de façon à respecter la concentration maximale prescrite par la Loi sur la qualité de l’environnement conformément à l’autorisation délivrée, ce qui permet de contribuer à la nontoxicité de l’effluent final.

Finalement, un système d’injection d’antimousse, composé de quatre pompes doseuses, permet d’éviter la formation de mousse, produit indésirable de l’activité biologique, dans chacune des phases du RBGS.

SÉPARATION SOLIDES/LIQUIDE

La biomasse générée lors du processus de dégradation biologique des polluants et qui se desquame du garnissage par le brassage mécanique du média est évacuée des RBGS par les deux conduites de sortie. Cette liqueur mixte est dirigée vers un flottateur à air dissous (FAD) qui permet la séparation des solides de l’effluent traité.

Trois systèmes d’injection de produits chimiques sont intégrés à la chaîne de séparation solides/liquide. Le premier système de dosage injecte un coagulant pour l’agrégation des MES en amont du FAD. Le deuxième système injecte un polymère pour la floculation des boues en amont du FAD. Finalement, le dernier système de dosage injecte de la soude caustique pour ajuster le pH de l’effluent final.

TRAITEMENT TERTIAIRE

Étant donné qu’une portion de l’effluent global du site provient d’un système de traitement des boues de fosse septique, un système de traitement tertiaire par rayonnement aux ultra-violets complète la filière de traitement. Lorsque le système d’épaississement des BFS sera en exploitation (période estivale), les réacteurs UV seront utilisés pour inactiver les bactéries coliformes présentes dans l’effluent final.

DISPOSITION FINALE DES REJETS LIQUIDES ET SOLIDES

L’effluent final de la filière de traitement est disposé par rejet en surface dans un fossé qui est tributaire d’un petit cours d’eau. Il est également possible de diriger cet effluent vers l’ancien système de traitement des lixiviats du LES. Ce système est composé d’une série d’étangs aérés et d’un étang de polissage.

Les boues flottantes recueillies du FAD peuvent être évacuées à deux endroits selon la saison. En période estivale, les boues épaissies sont dirigées vers la cellule du LET qui est en activité. Pendant la saison hivernale, les boues sont pompées vers le réservoir de stockage des BFS, où elles sont épaissies lors de la période d’exploitation estivale. n

*Demande biochimique en oxygène (soit la quantité d’oxygène consommée par les microorganismes) sur une période de cinq jours.

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PERFLUORÉS

Me Thibaud

Avocat associé, LL. B. Daigneault, avocats inc. thibaud.daoust@daigneaultinc.com

epuis plusieurs années, la présence des composés perfluorés dans l’eau alimente les journaux et la recherche, qui tente de mieux en cerner les effets sur l’humain et sur l’environnement. Plus récemment, aux États-Unis, les substances perfluoalkylées et perfluoroalkylées (ci-après « PFAS ») ont été la cible d’une réglementation de plus en plus sévère vu leurs effets anticipés sur la santé, notamment des effets cancérigènes. Dans ce cadre, nous nous proposons de faire un rapide tour d’horizon de la réglementation sur les PFAS au Canada, dont celle portant sur la qualité de l’eau, et d’essayer d’anticiper les propositions réglementaires futures.

LES PFAS ET LA RÉGLEMENTATION CANADIENNE

Actuellement, le cœur du régime réglementaire fédéral sur les PFAS se trouve dans le Règlement sur certaines substances toxiques interdites1, adopté en 2012 en vertu de la Loi canadienne sur la protection de l’environnement (1999) 2. Ce règlement prévoit essentiellement des interdictions de fabriquer, de vendre, d’utiliser et d’importer certains composés de la famille des PFAS et des produits qui en contiennent, sauf exception. Ce règlement de 2012 est voué à être remplacé par un règlement du même nom, au cours de l’année 2023, car un projet de règlement a déjà été mis en circulation au cours du mois de mai 2022 3. Cette nouvelle mouture resserrerait la vis en retirant les exceptions auparavant prévues, dont celle portant sur les mousses anti-incendie qui contiennent des mousses à formation de pellicule aqueuse (aqueous film-forming foam ou AFFF en anglais) 4. Outre cette réglementation fédérale, les PFAS ne sont généralement qu’indirectement abordées dans la réglementation environnementale québécoise et canadienne, à travers des réglementations sur la gestion des matières dangereuses.

LA QUALITÉ DE L’EAU ET LES PFAS

Comme mentionné plus haut, les PFAS ne sont généralement pas abordées dans la réglementation environnementale canadienne et québécoise. Elles brillent donc par leur absence, tout particulièrement dans la réglementation portant sur la qualité de l’eau potable. Les PFAS seraient toutefois couvertes de manière résiduaire par la norme générale de toxicité aiguë pour les effluents des ouvrages municipaux d’eaux usées 5 .

Il faut cependant noter que les lacunes en matière de réglementation ne découlent pas d’une absence d’études ou de recommandations sur les

1 DORS 2012-285.

2 L.C. 1999, c. 33.

3 Gazette du Canada, Partie I, vol. 156, no 20, p. 2365.

4 Ibid

5 Règlement sur les ouvrages municipaux d’assainissement des eaux usées, RLRQ, c. Q-2, r. 34.1, art. 7.

6 Berryman, D., Salhi, C., Bolduc, A., Deblois, C. et Tremblay, H. (2012). Les composés perfluorés dans les cours d’eau et l’eau potable du Québec méridional. Ministère du Développement durable, de l’Environnement, de la Faune et des Parcs, Direction du suivi de l’état de l’environnement.

Il faut également se demander si ces normes, bien que très récentes, sont toujours d’actualité, alors que les recommandations de l’Environmental Protection Agency des États-Unis, adoptées cet été, sont 10 000 fois plus strictes que celles du gouvernement canadien.

PFAS sur le territoire canadien. En effet, dès 2007, le gouvernement du Québec procédait à des échantillonnages de certains composés de PFAS dans dix cours d’eau du Québec et en détectait dans la majorité de ces cours d’eau 6 . Depuis 2018, des recommandations au sujet de normes de concentration de certaines PFAS dans l’eau potable ont été promulguées par le gouvernement fédéral 7 . Celles-ci n’ont toutefois pas encore été intégrées au niveau provincial, bien que quatre ans se soient écoulés depuis leur publication. Il faut également se demander si ces normes, bien que très récentes, sont toujours d’actualité, alors que les recommandations de l’Environmental Protection Agency des États-Unis, adoptées cet été, sont 10 000 fois plus strictes que celles du gouvernement canadien8

À QUOI S’ATTENDRE ?

Il est clair que les PFAS feront l’objet d’une réglementation environnementale plus stricte, quoique la forme de celle-ci reste encore largement à définir. Au niveau fédéral, l’imposition de restrictions supplémentaires à la fabrication, à l’utilisation, à la vente et à l’importation de certaines PFAS et de produits qui en contiennent est déjà enclenchée. Également, depuis avril 2021, le gouvernement fédéral étudie la possibilité de réglementer les PFAS de manière globale, bien que les résultats complets de cette démarche restent encore inconnus 9 .

Sur le plan réglementaire, la réévaluation des normes sur la qualité de l’eau sera certainement la priorité des gouvernements canadien et québécois10 De telles normes feront toutefois face à un grave constat : la grande majorité des usines de production d’eau potable et d’assainissement des eaux ne possèdent pas d’équipements pouvant efficacement capter ou traiter les PFAS. L’imposition de normes strictes devra alors nécessairement être accompagnée d’un soutien financier important pour permettre une transition technologique à grande échelle, si l’on veut raisonnablement espérer les atteindre à court ou moyen terme. En attendant l’entrée en vigueur de nouvelles normes réglementaires sur le sujet, l’amélioration des procédés de traitement visant à réduire les quantités de PFAS dans l’eau potable et dans les eaux usées ne se fera, elle, qu’au compte-gouttes. n

7 Santé Canada. (2018). Recommandations pour la qualité de l’eau potable au Canada : document technique — Le sulfonate de perfluorooctane. Direction générale de la santé environnementale et de la sécurité des consommateurs, Bureau de la qualité de l’eau et de l’air ; Santé Canada. (2018). Recommandations pour la qualité de l’eau potable au Canada : document technique — L’acide perfluorooctanoïque (APFO) . Direction générale de la santé environnementale et de la sécurité des consommateurs, Bureau de la qualité de l’eau et de l’air.

8 United States Environmental Protection Agency. (2022). Questions and Answers: Drinking Water Health Advisories for PFOA, PFOS, GenX Chemicals and PFBS https://www.epa.gov/sdwa/questions-and-answers-drinking-water-health-advisories-pfoa-pfos-genx-chemicals-and-pfbs

9 Gazette du Canada Partie I, vol. 155, no 17, p. 1703.

10 Duhamel, I. (2022, 4 septembre). Faut-il revoir les normes sur les composés perfluorés dans les sources d’eau potable ? Le Soleil https://www.lesoleil.com/2022/09/04/faut-il-revoir-les-normes-sur-les-composes-perfluores-dans-les-sourcesdeau-potable-368c56a629095e898c62b3e83ce83be8

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LES GRANDS ABSENTS DE LA RÉGLEMENTATION
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