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SOURCE HIVER 2023

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REPORTAGE

passée à travers les mailles du filet. « Ces composés n’avaient pas été identifiés comme étant toxiques, ajoute-t-il. Maintenant, le gouvernement du Canada a une définition pour ces composés chimiques, laquelle utilise davantage les mots “dommageable” ou “néfaste” et non plus uniquement le mot “toxique”, qui est incorrect lorsqu’on parle de composés perturbateurs. « Dommageables », « néfastes », « toxiques », « perturbateurs » : les épithètes négatives accolées à ces composés chimiques ont de quoi inquiéter, d’autant plus que ces molécules sont bioaccumulables et presque impossibles à éliminer dans l’environnement. Soulignons que la bioaccumulation se définit par l’accumulation d’un contaminant dans les tissus d’un organisme vivant, absorbé à partir de son milieu de vie. Elle survient

quand l’organisme ne parvient pas à éliminer le contaminant. Selon Jean Paquin, la situation est inquiétante non seulement concernant les PFAS, mais concernant l’ensemble des composés organohalogénés, lesquels représentent une vaste famille de produits qui va des pesticides jusqu’à des composés pharmaceutiques, en passant par des composés persistants et bioaccumulatifs tels les BPC et le DDT. « J’ai passé 35 ans de ma carrière à l’élimination des BPC, lesquels étaient ciblés parce que l’on sait qu’ils sont extrêmement nocifs pour le vivant, déclare Jean Paquin. Mais ce que j’ai trouvé de vraiment choquant, c’est que pendant tout ce temps, on a autorisé toutes sortes de composés similaires qui sont devenus omniprésents dans

l’environnement, ce qui a induit une variété de problèmes populationnels chez les humains. Plusieurs observations sont actuellement faites au sujet de ces substances en rapport avec certains cancers, des dérèglements hormonaux et des conséquences neurologiques, et maintenant que l’on découvre ces effets, eh bien, comme société, on devrait réagir promptement pour corriger ces problèmes, pour s’attaquer à ces erreurs du passé. » Pourtant, l’urgence d’agir ne semble pas encore exister, puisque les restrictions à l’utilisation de certains PFAS dans le monde ont conduit à l’exploitation de substances de substitution issues de l’industrie chimique appartenant, elles aussi, aux PFAS.

DES PFAS AU QUÉBEC, MÊME DANS L’EAU POTABLE Les PFAS utilisent l’air que l’on respire, les sols que l’on foule (dont ceux qui soutiennent l’agriculture), ainsi que l’eau, qu’elle soit brute ou potable, pour contaminer l’environnement. Et au Québec, il n’est pas rare d’en retrouver en faibles concentrations dans l’eau potable et dans les eaux usées, et parfois en concentrations plus fortes dans les biosolides, connus sous les noms de « boues municipales » et « boues industrielles ». Des PFAS dans l’eau potable ? « Même si l’eau potable en contient, ce n’est pas tellement par elle que l’exposition aux PFAS se fait, explique l’ingénieur et biochimiste Jean Paquin. En général, c’est à travers l’alimentation que les contaminations s’exercent. C’est au contact de produits de tous les jours. Par exemple, si vous mettez un sac de popcorn au micro-ondes, puisqu’un enduit dans le sac contient des PFAS, des particules s’échapperont de ce sac et vous en consommerez. Votre

exposition aux PFAS sera pas mal plus élevée si vous mangez ce popcorn que si vous buvez de l’eau. » Heureusement, le type d’industrie qui produit des PFAS n’existe pas sur le territoire québécois. Comme le constate une étude du gouvernement québécois basée sur des suivis réalisés de 2016 à 2021 sur les composés perfluorés dans l’eau potable du Québec :

9 LE MAGAZINE DE L’EAU AU QUÉBEC SOURCE VOL. 19 N O 1 HIVER 2023


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