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PRINTEMPS 2014, vol. 9 no 3

Le magazine des matières résiduelles au Québec

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Le nouveau visage

des enfouisseurs Convention de la poste-publications no 41122591

ENTREVUE avec

Hector Chamberland et Pierre Sylvestre

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Le défi de la valorisation du verre

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ICI ON RECYCLE ! : retombées positives pour les ICI

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Biométhanisation : l’entreprise privée reléguée au second plan

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www.magazine3rve.cc


Le marché des États-Unis verse une prime pour le gaz naturel vert. Il s’agit d’un concept qui n’a pas encore traversé la frontière canadienne. Ainsi, puisque le marché est plus profitable aux États-Unis, BFI a choisi de se tourner vers ce pays. S’il advenait que le prix du gaz naturel canadien devienne concurrentiel, nous envisagerions ce marché. — Hector Chamberland, BFI

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SOMMAIRE

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chroniques 16

DÉVELOPPEMENT DE FILIÈRES LE DÉFI DE LA VALORISATION DU VERRE

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COLLECTE SÉLECTIVE LE RAYONNEMENT DU QUÉBEC EN MATIÈRE DE RESPONSABILITÉ ÉLARGIE DES PRODUCTEURS

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EN LIEN AVEC RECYC-QUÉBEC ICI ON RECYCLE ! : RETOMBÉES POSITIVES POUR LES ICI

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EN LIEN AVEC LE CETEQ BIOMÉTHANISATION : L’ENTREPRISE PRIVÉE RELÉGUÉE AU SECOND PLAN

Éditeur et rédacteur en chef André Dumouchel adumouchel@maya.cc

LE JURIDIQUE

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GESTION HUMAINE DES RESSOURCES

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LES AMIS DE 3RVE

ONSS LES B TACT CON

Chroniqueurs Jean-Louis Chamard Dominique Dodier Christine Duchaine Emmanuelle Géhin Richard Mimeau Maryse Vermette

Direction artistique MAYA communication et marketing Designer graphique Sylvain Malbeuf (SymaPub) Photos de la page couverture et de l’entrevue Alexandre Nadeau Révision linguistique Annie Talbot Impression Carpe diem

Ce magazine est imprimé sur papier à contenu recyclé.

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Le magazine des matières résiduelles au Québec 3RVE VOL. 9 NO 3 PRINTEMPS 2014

Coordination des ventes Grégory Pratte Tél. : 450 508-6959 gpratte@maya.cc Coordination des communications Sarah Drolet-Laflamme Tél. : 450 508-1515 slaflamme@maya.cc Abonnement et administration MAYA communication et marketing 457, montée Lesage Rosemère QC J7A 4S2 Téléphone : 450 508-1515 info@magazinesource.cc www.magazinesource.cc

© Tous droits réservés. Droits d’auteur et droits de reproduction : toute demande de reproduction doit être acheminée à MAYA communication et marketing a u x c o o r d o n n é e s fi g u r a n t c i - d e s s u s . L e s o p i n i o n s e t l e s i d é e s c o n t e n u e s d a n s l e s a r t i c l e s n ’ e n g a g e n t l a responsabilité que de leurs auteurs. La publication d’annonces et de publicités ne signifie pas que le magazine 3Rve recommande ces produits et services. Convention de la poste-publications no 41122591. Retourner toute correspondance ne pouvant être livrée au Canada aux coordonnées figurant ci-dessus. Dépôt légal : 1 er trimestre 2005. I S S N 1712-9117. Le magazine 3Rve est publié 3 fois l’an.

PR I NTE M PS 2014, vol. 9 no 3

Le magazine des matières résiduelles au Québec


adumouchel@maya.cc

éditorial E

L E T E M P S PA S S E V I T E …

n 1970, mon oncle conduisait sa voiture en quasi-permanence avec une bouteille de bière confortablement placée entre les jambes. Mes cousins et moi profitions pendant ce temps de ce grand terrain de jeux que représentait le coffre arrière de la familiale : c’était une grosse Ford brune, avec des laminés de faux bois sur les côtés. Elle était très belle.

André Dumouchel

En 1970, une suite de tristes événements mène à la fameuse crise d’octobre. Des bombes éclatent, le diplomate britannique James Richard Cross est enlevé, de même que le ministre Pierre Laporte, qui perd tragiquement la vie dans la prise d’otages. Le gouvernement fédéral décrète l’entrée en vigueur de la Loi sur les mesures de guerre, et 8 000 soldats canadiens envahissent aussitôt les rues en procédant à un grand nombre d’arrestations sans pour autant avoir de mandat, comme le leur permet la loi. En 1970, Guy Lafleur joue encore pour les Remparts de Québec, René Lévesque vient à peine de créer le Parti québécois, et Johnny Farrago tourne à la radio ! En 1970, personne ne possède d’ordinateur à la maison, ni même au bureau. L’appareil utilisé pour produire une lettre qui n’est pas manuscrite est une machine à écrire. Vous conviendrez aisément avec moi, à la lecture de ce qui précède, que le portrait de 2014 est bien différent de celui de 1970 : les gens ne conduisent plus une bière à la main, tous les passagers d’une voiture portent la ceinture de sécurité, le Parti québécois est considéré comme un vieux parti et les gens visionnent leurs vidéos préférées sur Internet, à même leur téléphone intelligent. Sans oublier la disparition des laminages de bois, qui ne se retrouvent plus sur les voitures, pas plus que Johnny Farrago ne tourne à la radio ! Bref, les temps ont bien changé, et les sites d’enfouissements aussi. Bien sûr, ils n’ont pas tous pris le même virage technologique que ceux de BFI et d’EBI,

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faute de volume et de moyens financiers. Les récents investissements de BFI, par exemple, sont de l’ordre de 40 millions de dollars. Cela dit, il y a un monde de différences entre ce que les citoyens s’imaginent et ce qui en est en réalité – et c’est bien dommage. Comme le disaient Pierre Sylvestre et Hector Chamberland en entrevue, les sites d’enfouissement sont des cibles faciles, et il est très rare qu’ils soient le sujet d’une bonne nouvelle. C’est pourquoi il nous semblait justifié de partager avec vous leurs bons coups. Parce qu’après tout, les temps ont changé – et les sites d’enfouissements aussi ! ENCORE PLUS ! Dans un tout autre ordre d’idées, vous aurez sûrement remarqué que nous avons commencé la production de capsules vidéo complémentaires au contenu rédactionnel de votre magazine environnemental préféré. Cette initiative était devenue nécessaire afin de suivre une tendance lourde dans le monde médiatique. L’immense succès que connaît La Presse + en est un bon exemple. Par ailleurs, comme nous réalisions déjà plusieurs mandats vidéo pour le compte de diverses entreprises et municipalités, il nous apparaissait naturel de vous offrir ce complément d’information. C’est pourquoi nous avions lancé notre série pilote vidéo L’enVert du décor il y a quelques mois. Étant donné le succès de cette série, nous avons décidé de peaufiner son concept, en plus de vous proposer des extraits vidéo des entrevues réalisées pour le compte du magazine. Nous vous invitons donc à visiter notre chaîne YouTube dansmonsoussol.tv. Vous y trouverez entre autres un résumé de l’entrevue que nous avons réalisée avec MM. Chamberland et Sylvestre. Bien entendu, nous comptons sur vous pour nous faire part de vos commentaires et suggestions. Allez jeter un coup d’œil à ces nouveautés et, qui sait, peut-être nous direz-vous : « J’en veux plus! » ■


Le nouveau visage

des enfouisseurs

ENTREVUE avec

Pierre Sylvestre président, EBI et Hector Chamberland directeur du développement des affaires, BFI

Entrevue réalisée par André Dumouchel. Recherche et rédaction par Sarah Drolet-Laflamme.

DE GIGANTESQUES MONTAGNES DE DÉCHETS, D’OÙ ÉMANENT DES ODEURS NAUSÉABONDES ET D’OÙ RUISSELLENT DES EAUX CONTAMINÉES, LE TOUT VISITÉ PAR LES GOÉLANDS. C’EST L’IMAGE QUE PLUSIEURS SE FONT DES SITES D’ENFOUISSEMENT. UN PORTRAIT QUI NE COLLE PAS À LA RÉALITÉ DANS LA PLUPART DES CAS. DES LOIS OBLIGENT AUJOURD’HUI LES SITES D’ENFOUISSEMENT À INSTAURER DES PROCÉDÉS ENVIRONNEMENTAUX DONT LES NORMES SONT SÉVÈRES ET VÉRIFIÉES DE PRÈS PAR LE MINISTÈRE DU DÉVELOPPEMENT DURABLE, DE L’ENVIRONNEMENT, DE LA FAUNE ET DES PARCS. LA GESTION DES SITES D’ENFOUISSEMENT A ÉVOLUÉ : EN PLUS DES SITES COMME TELS, IL Y A MAINTENANT L’ADMINISTRATION DE CENTRALES DE PRODUCTION D’ÉLECTRICITÉ À PARTIR DE BIOGAZ ET LE DÉVELOPPEMENT DE DÉBOUCHÉS POUR LE PRÉCIEUX COMBUSTIBLE PRODUIT. UN MODÈLE D’AFFAIRES EN ÉVOLUTION, DONT LES RETOMBÉES POURRAIENT GRANDEMENT BÉNÉFICIER AU QUÉBEC, QUI TEND VERS L’INDÉPENDANCE ÉNERGÉTIQUE. MAIS PAS À N’IMPORTE QUEL PRIX. DE QUELLES FAÇONS LES GÉANTS DE LA GESTION DES MATIÈRES RÉSIDUELLES AU QUÉBEC ONT-ILS PARTICIPÉ QU’EST-CE QUI LES MOTIVE À INVESTIR DES DIZAINES DE MILLIONS DE DOLLARS DANS DES PROJETS VERTS ?

À L’ESSOR DE PRATIQUES ENVIRONNEMENTALES

3RVE A RENCONTRÉ POUR VOUS PIERRE SYLVESTRE D’EBI ET HECTOR CHAMBERLAND DE BFI.

Pierre Sylvestre

Hector Chamberland

président, EBI

directeur du développement des affaires, BFI

Les lieux d’enfouissement sont maintenant bien différents des sites à ciel ouvert survolés par des goélands, dont l’image reste ancrée dans l’imaginaire collectif. Pourquoi la perception de la population semble-t-elle si difficile à changer ? Avant les années 1970, les déchets étaient entreposés dans des dépotoirs à ciel ouvert qui n’étaient soumis à aucune

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Les lieux d’enfouissement sont maintenant bien différents des sites à ciel ouvert survolés par des goélands, dont l’image reste ancrée dans l’imaginaire collectif. Pourquoi la perception de la population semble-t-elle si difficile à changer ? La meilleure façon de déconstruire ces fausses croyances est d’entreprendre des projets de développement technologiques appliqués aux sites d’enfouissement. En 1985, BFI a fait l’acquisition

?


réglementation. Tout le monde pouvait jeter n’importe quoi, et ce, n’importe où. Au milieu des années 1970, une réglementation a permis à une première génération de lieux de disposition balisés de voir le jour. Les lois sont aujourd’hui très sévères : elles exigent le traitement total autant des lixiviats que des gaz qui émanent des lieux d’enfouissement sanitaires. Les déchets resteront toujours des déchets : ce n’est pas très sexy comme matière. Par contre, ce qu’on en fait maintenant est loin de ce que le public imagine.

nos installations, ils sont agréablement surpris : ce n’était pas l’image qu’ils se faisaient d’un lieu de disposition. Le bruit lié aux camions ainsi que les odeurs sont-ils encore présents dans les zones autour des sites d’enfouissement ? Le bruit des véhicules de transport qui passent tous les jours sur l’autoroute 40, à deux pas de nos installations, est de loin supérieur à celui du va-et-vient de nos camions.

Est-ce parce que les sites d’enfouissement ne font pas suffisamment connaître leurs bons coups ? C’est peut-être le cas, mais je crois que c’est surtout parce qu’il s’agit d’une cible facile. Une bonne proportion de citoyens ne veut pas savoir ce qui se passe avec le bac vert et le sac à ordures après les avoir mis au chemin. C’est facile d’avoir des préjugés. D’ailleurs, quand les gens viennent visiter

Quant aux odeurs, les quelque 300 puits de captage de biogaz les retiennent presque totalement. Par contre, il peut arriver à l’automne qu’il y ait des odeurs près de notre plate-forme de compostage, car les citoyens compostent des quantités importantes de feuilles mortes.

de l’usine de triage de Lachenaie. Nous avons rapidement procédé à des aménagements plus modernes de traitement des eaux et de traitement du lixiviat.

Comment le processus avec Hydro-Québec s’est-il déroulé ? Ça s’est produit en douceur : nous avons eu une belle collaboration avec l’organisation. Par contre, les démarches ont été longues, car il a fallu répondre à ses conditions, par exemple en instaurant un système de transport d’électricité. Trois années de démarches ont été nécessaires, mais depuis 1996, notre système fonctionne 24 h par jour, 7 jours par semaine.

Comment vous est venue l’idée de traiter les biogaz ? Au début, les biogaz étaient brûlés à haute température dans des cheminées. Même si le Ministère ne l’exigeait pas, BFI souhaitait capter les biogaz et en disposer de façon sécuritaire. Par contre, c’était de l’énergie perdue, de la pure perte. Une fois les biogaz captés, il était plus logique de les valoriser. Pu i s q u ’ à l ’ é p o q u e , l e s p r o c é d é s d e transformation des biogaz en gaz naturel n’étaient pas assez avancés et que BFI avait déjà des centrales électriques dans d’autres de ses filiales, la production d’électricité a semblé une avenue intéressante. Nous avons donc soumis un projet à HydroQuébec, qui a offert un contrat de fourniture d’électricité d’une durée de 25 ans. Quant au lixiviat, comment le traitez-vous ? Toutes les eaux des déchets sont captées et recueillies dans les bassins de traitement pour ensuite être envoyées à l’usine de traitement des eaux usées de la Régie d’assainissement des eaux usées Terrebonne/Mascouche. Le gouvernement exige un traitement supplémentaire des eaux avant leur transfert vers l’usine de traitement.

Quelle a été la première initiative environnementale d’EBI ? À la fin des années 1990, alors que la loi ne

Avez-vous, depuis, envisagé d’agrandir cette usine ? Nous avons été tentés d’agrandir l’usine en 2003. Hydro-Québec avait lancé un appel d’offres pour la fourniture de centaines de mégawatts. BFI a soumis sa candidature pour la production d’environ 10 mégawatts, mais vu le prix demandé, notre soumission n’a pas été retenue. Notre prix a été jugé trop élevé, même s'il était plus bas que ce qu’Hydro-Québec offre aujourd’hui pour l’énergie produite à partir d’éoliennes. Si la société d’État n’achetait pas notre électricité, le jeu n’en valait pas la chandelle pour nous. L’usine continue donc de vendre à HydroQuébec seulement l’énergie prévue dans le premier contrat d’une durée de 25 ans. Pourquoi avoir récemment investi plusieurs millions de dollars dans la construction d’une nouvelle usine ? Puisqu’Hydro-Québec a refusé notre offre

l’y obligeait pas, EBI a décidé de valoriser les biogaz. C’était un risque, car nous ne savions pas du tout où cela nous mènerait. De plus, le traitement des biogaz permettait de réduire les odeurs qui émanaient à l’extérieur. D’une pierre deux coups ! Ce n’est qu’à partir du décret de 2006 que nous avons été obligés par la loi de les traiter. J’étais convaincu que c’était bon pour l’avenir. EBI est un producteur d’énergie dans un monde assoiffé d’énergie. C’est une énergie verte qui ouvre de nouvelles possibilités pour l’entreprise. Le Ministère émet habituellement des certificats d’autorisation valides pour cinq ans. Vous en avez obtenu un d’une validité de 28 ans. Quels critères le ministère a-t-il pris en compte pour déroger à ses habitudes ? Le ministère a exigé des travaux majeurs comme la construction d’un mur de bentonite qui ceinture le site. Nous en avons construit un plus profond que celui demandé : il s’enfonce

de fourniture d’électricité supplémentaire, un autre projet a été envisagé afin de valoriser l’énergie additionnelle que nous produisions. C’est comme cela qu’est née l’idée de construire une usine, de transformation du biogaz en gaz naturel. Ainsi, depuis 2007, l’usine de triage de Lachenaie travaille au projet de cette usine qui est présentement en construction. Elle va permettre de nettoyer les biogaz, de le transformer en gaz naturel et de le transférer dans le pipeline de Transcanada. La nouvelle usine aura-t-elle un impact sur les activités de l’autre usine de production d’électricité ? Il y aura probablement un impact. Le contrat qui nous lie à Hydro- Québec arrive à échéance dans sept ans. S’il n’est pas renouvelé, la distribution de gaz naturel sera notre nouvelle offre. Dans ce cas, les installations de l’ancienne centrale seront abandonnées ou déménagées. Vous visez essentiellement le marché américain. Pourquoi ? Le marché des États-Unis verse une prime pour le gaz naturel vert. Il s’agit d’un concept qui n’a pas encore traversé la frontière canadienne. Ainsi, puisque le marché est plus profitable aux États-Unis, BFI a choisi de se tourner vers ce pays. S’il advenait que le prix du gaz naturel canadien devienne concurrentiel, nous envisagerions ce marché. Le magazine des matières résiduelles au Québec 3RVE VOL. 9 NO 3 PRINTEMPS 2014

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jusqu’à la strate d’argile à près de 35 mètres sous la surface. C’est donc une cellule complètement étanche, qui permet une plus grande capacité d’entreposage. Ainsi, seules sortent du site les eaux traitées par notre centrale de traitement, également construite avec l’objectif d’obtenir le certificat. Non seulement les eaux traitées sont-elles propres, on peut même s'y baigner! EBI aurait-elle fait des investissements aussi importants si elle avait obtenu un certificat d’autorisation de cinq ans seulement ? Étant donné les sommes investies, je ne crois pas. Les aménagements demandés pour l’obtention du certificat ont représenté plusieurs dizaines de millions de dollars. Si l’exploitation du site n’avait été permise que pendant cinq ans et qu’au bout de cette période, le certificat n’avait pas été renouvelé, cela aurait certainement mis l’entreprise en péril. Le certificat d’une validité de 28 ans nous a permis de planifier nos activités à long terme. Vous produisez maintenant du gaz naturel à partir du biogaz. Le fait que le gaz naturel provienne de déchets a-t-il influencé le processus ? Les négociations ont été longues et ardues avec les différentes instances, car notre gaz naturel était perçu comme impropre, non noble. Nous avons dû prouver qu’il était de haute qualité. La noblesse de notre gaz n’est pas un enjeu : la composition de notre gaz est la même que celle du gaz naturel d’origine fossile.

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Parallèlement, BFI a fait l’acquisition de camions qui carburent au gaz naturel comprimé. Quel est le bilan ? Nos 40 camions sont commandés et devraient arriver sous peu. BFI possède déjà 150 camions de ce type dans l’Ouest canadien, donc nous sommes certains que le résultat sera satisfaisant. L’installation d’un poste de gaz naturel sur l’un de nos sites nous permettra de répondre au besoin en carburant pour le transport. Au Québec, BFI possède 250 camions dont le moteur pourrait être converti à notre carburant vert. Seriez-vous tenté d’imiter EBI et d’offrir vous aussi votre gaz naturel au public ? Nous ne sommes pas encore rendus à cette étape. Par contre, nous allons assurément évaluer cette possibilité puisque plus le volume produit est grand, plus le coût est avantageux pour le consommateur. Il deviendra ainsi de plus en plus économique de faire le plein de gaz naturel. Votre dernier décret d’agrandissement a été émis en 2009 pour une durée de 10 ans. Quel est l’impact de la durée d’un certificat sur vos activités ? Il est évident qu’il est plus difficile de justifier un investissement de l’ordre de 40 millions de dollars pour la construction d’une usine lorsque nous devons tous les 5 ou 10 ans justifier nos activités. Lors de l’audition, nous avions demandé un agrandissement qui nous permettrait d’exploiter le site pendant 20 ans. Malheureusement, le Ministère a émis un certificat d’autorisation couvrant seulement 10 ans. Lorsqu’on réalise un investissement de cette envergure, on veut s’assurer que nos activités sont garanties pour une longue période.


Ensuite, nous avons fait approuver l’entente par l’Office national de l’énergie puisque le gaz naturel est réglementé par le gouvernement fédéral. Nous nous sommes engagés à faire échantillonner toutes les sept minutes le gaz naturel qui se rend dans le pipeline. Des ordinateurs analysent le gaz et interrompent automatiquement le transfert si le gaz ne respecte pas les normes. EBI a récemment inauguré deux postes à essence au gaz naturel ouverts au public. Qu’est-ce qui vous a inspiré pour ce projet ? Jusqu’en 2008, le coût du gaz naturel était le même que celui du pétrole. À partir de cette année-là, les innovations technologiques d’exploitation ont mené à son abondance sur le marché, et donc à une chute de prix. Nous obtenions donc un prix moindre pour notre produit; nous avons dû réfléchir pour trouver d’autres débouchés. Nous savions que des véhicules pouvaient carburer au gaz naturel, aussi avons-nous décidé de modifier nos camions à cette fin. Il nous est ensuite apparu comme une suite logique d’offrir le gaz naturel comprimé au public. Pour visionner du contenu vidéo exclusif: visitez notre chaîne YouTube à youtube.com/ dansmonsoussol

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Pour visionner du contenu vidéo exclusif: visitez notre chaîne YouTube à youtube.com/ dansmonsoussol

Comment avez-vous alors réussi à justifier l’investissement lié à la nouvelle usine alors que vous n’êtes pas certains de pouvoir poursuivre vos activités à l’échéance du contrat ? Les lois environnementales exigent l’exploitation d’un site pendant de 25 à 30 ans après sa fermeture. Ainsi, le traitement des biogaz est assuré pour cette période de toute façon puisque les matières putrescibles y seront présentes pendant cette période. Nous ne comptons pas laisser ce site orphelin. C’est positif pour la région puisque nous avons un intérêt économique à maintenir l’exploitation. S’il n’est pas possible d’enfouir davantage, les revenus sont néanmoins garantis par la valorisation des biogaz, ce qui assure le prolongement de nos activités. Lors de votre dernière audience devant le BAPE, quel a été le principal argument des opposants ? Les plaintes étaient liées aux odeurs et aux goélands. Les biogaz sont maintenant captés à 98 %, ce qui règle une bonne partie du problème d’odeurs. Pour ce qui est des goélands, nous


Quel est le marché visé ? Nous visons tous les véhicules qui peuvent fonctionner au gaz naturel comprimé. Néanmoins, il faut dire que c’est plus économique pour les flottes de camions qui parcourent de longues distances, car ceux-ci consomment beaucoup de carburant. Personnellement, j’ai une petite voiture avec un moteur à quatre cylindres sur lequel a été ajouté le système qui permet de carburer au gaz naturel, et ça fonctionne très bien. Cela représente une économie de carburant de 25 à 30 %. Les modifications coûtent environ 4 000 $; elles peuvent être amorties sur 20 ans puisque le système est transférable lors du changement de voiture. Les économies sont importantes. En ce qui concerne les émissions, le produit de la combustion du gaz naturel est de 90 % inférieur à celui du diesel et de l’essence. Si tous les véhicules à Montréal fonctionnaient au gaz naturel, il n’y aurait plus de smog. Est-ce une tendance ? Nous vivons une véritable révolution énergétique en Amérique du Nord. Il aurait été difficile de prévoir cela au début des années 2000. Pourtant, il y a bel et bien eu une vague d’innovations qui révolutionnent le domaine des transports et de l’énergie. Les importations de pétrole représentent 12 milliards de dollars par année au Québec. Si nous réduisons cela de moitié, ce sont six milliards de dollars qui ne sortent pas de la province pour l’achat de pétrole et qui restent dans notre économie. C’est énorme. ■

avons recours aux services de la firme Services environnementaux Faucon qui utilise des buses et des faucons afin d’effaroucher les oiseaux. Il n’y a donc presque plus de plaintes liées aux odeurs et aucune quant aux goélands. La Politique de gestion des matières résiduelles (PGMR) du Québec prévoit que 60 % des matières organiques seront détournées des sites d’enfouissement d’ici 2015 et 100 % d’ici 2020. Comment comptez-vous traiter des biogaz s’il n’y a plus de matières organiques dans les lieux d’enfouissement ?

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Lorsque des déchets sont enfouis, ils produisent des biogaz pour une période de 25 à 30 ans. Ainsi, BFI a prévu dans ses modèles financiers que l’enfouissement des déchets avant les dates butoirs fournira suffisamment de biogaz pour justifier l’investissement effectué pour environ 20 ans. L’usine sera complètement opérationnelle ce printemps. Les objectifs de la PGMR auront-ils un impact sur la production de gaz naturel ? Oui, certainement, car le gouvernement du Québec favorise la biométhanisation. Nous

suivons le dossier de près : si la population est intéressée par ces procédés, nous nous dirigerons aussi vers cette technologie. En effet, la biométhanisation peut tout à fait contribuer à combler nos besoins en combustibles. Les villes sont en train d’évaluer ce procédé et n’ont pas encore pris de décisions à cet égard. Tout comme la production de gaz naturel, la biométhanisation exige de très gros investissements. Avant de se lancer dans un tel projet, les villes vont d’abord offrir aux citoyens l’option du compost et évaluer où cela mène. ■


DÉVELOPPEMENT DE FILIÈRES

LE DÉFI DE LA VALORISATION DU VERRE

Jean-Louis Chamard M. Sc. Env. Conseiller principal Chamard et Associés inc. j l . c h a m a rd @ c h a m a rd e t a s s o c i e s . c o m

u fil des décennies, la proportion de verre se retrouvant dans nos matières résiduelles a décru. Les contenants faits de cette matière ont des avantages indéniables, mais ils présentent également des inconvénients, dont celui du poids. C’est ce dernier qui explique la réduction de son utilisation.

A

Au Québec comme ailleurs, la récupération du verre fait couler beaucoup d’encre et de salive. Depuis que le verre est récupéré dans les mêmes bacs de récupération, qu’il est mêlé aux autres matières recyclables et que les camions tasseurs le broient en partie, il est considéré par certains comme un contaminant de matières recyclables. Pourtant, auparavant, le verre était une des premières matières recyclables facilement récupérées et il était trié par couleur pour sa revente aux producteurs de verre creux. C’est encore le cas pour les contenants en verre consignés qui sont récupérés et recyclés par 2M Ressources. Aujourd’hui, on entend les exploitants des centres de tri expliquer que le verre use prématurément leur équipement, qu’il est difficile à trier convenablement et qu’il peut contaminer les autres matières recyclables. Quant aux recycleurs de papier et de carton, ils affirment que le verre complique le recyclage des fibres et qu’il perturbe leurs procédés, au point où certains voudraient qu’il ne soit pas récupéré avec les autres matières recyclables. Le verre fait donc mauvaise figure au sein des matières recyclables alors que sa constitution fait de lui une matière facilement récupérable et recyclable. DES SOLUTIONS POUR LE VERRE Depuis plusieurs années, notre Société des alcools (SAQ) finance une chaire de recherche pour trouver de nouvelles applications au verre récupéré. Une des voies retenues, la micronisation du verre et son incorporation dans le ciment, s’avère si intéressante que Tricentris a construit une installation pour traiter le verre récupéré de ses centres de tri et, en fonction de la réponse du marché, celui des autres centres de tri du Québec. D’autres voies de valorisation sont actuellement explorées, mais aucune ne prévoit son retour sur le marché du recyclage dans son application première : les contenants. On privilégie une utilisation comme laine isolante, fond de route, incorporation dans les trottoirs ou comme matériel de couche de fond de cellules d’enfouissement. Ce n’est cependant pas une grande valeur ajoutée pour ces utilisations. Si on examine le problème dans son ensemble, que ce soit du point de vue des exploitants des centres de tri ou des recycleurs de toutes les matières recyclables confondues, le verre est indésirable s’il est mêlé avec les autres matières recyclables et qu’il n’est pas efficacement trié pour obtenir majoritairement du verre non contaminé d'une part, et, d'autre part, d’autres matières récupérées exemptes d’une contamination par le verre. Cette réalité exige des outils de tri efficaces. Il faut aussi que la valeur ajoutée à la matière recyclable soit suffisante pour que les investissements requis soient rentabilisés sur une certaine période. Si le verre récupéré

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avait la valeur de l’or, le problème ne se poserait pas et de l'équipement déjà implanté. Il faut donc développer de nouveaux produits avec le verre. Déjà, plusieurs entreprises ont mis sur pied des projets de développement de nouveaux produits à valeur ajoutée. Le développement et la commercialisation de ces nouveaux produits devraient être mieux soutenus par les parties prenantes du système de récupération des matières recyclables. Des démonstrations, des utilisations incitatives et un programme de visibilité devraient appuyer ces initiatives. Les municipalités, les sociétés d’État et les organismes gouvernementaux devraient contribuer à ce développement pour que le verre récupéré acquière une plus grande valeur ajoutée. FINANCEMENT DE LA RECHERCHE DE DÉBOUCHÉS À l’inverse, si on ne développe pas de débouchés intéressants auxquels le verre récupéré confère une grande valeur ajoutée, il faudra innover par rapport au tri à la source et à la collecte sélective. On dira que l’origine du problème, c’est que le verre est mélangé avec les autres matières recyclables dans le bac de récupération du citoyen et qu’il est collecté pêle-mêle avec les autres matières recyclables, donc qu’il faut trouver de nouvelles manières de collecter le verre. Certains diront qu’il faut consigner les contenants en verre, dont ceux de la SAQ. Cependant, la consignation n’est valable que lorsqu’on l’applique pour le réemploi des contenants et des emballages pour un usage similaire. Dans le cas des bouteilles de vin, ce n’est le cas qu’à petite échelle, pour des productions locales : cela n'a rien à voir avec le marché mondial de la SAQ.

Si le verre récupéré avait la valeur de l’or, le problème ne se poserait pas et de l’équipement serait déjà implanté. Depuis les tous débuts, la Société des alcools du Québec souscrit aux objectifs de la collecte sélective et contribue à son financement par l'entremise d’Éco Entreprises Québec. Cette dernière finance la totalité des coûts nets admissibles au régime de compensation de la collecte sélective municipale. Elle souhaite augmenter la performance de celle-ci et elle déploie des efforts constants pour y parvenir. La SAQ finance aussi le développement de nouvelles applications pour le verre en visant une plus grande valeur ajoutée. RECYC-QUÉBEC, dont un des mandats est le développement de marchés pour les matières récupérées, pourrait jouer un rôle plus actif dans la commercialisation de ces nouvelles applications. Elle finance déjà, dans une certaine mesure, leur développement. Il faut également que les centres de tri trouvent à mieux s’équiper pour assurer l’efficacité du tri du verre. Déjà, de nouvelles méthodes de tri sont développées ou en cours de développement. Dans le contexte actuel du resserrement des marchés des matières recyclables, il faut accélérer le développement et l’implantation de méthodes et d’équipement de tri à la fois performants et rentables. Le verre et les autres matières récupérées doivent être mieux triés afin que leur valeur ajoutée augmente. Assurément, les coûts globaux de la récupération et du recyclage augmenteront, mais sûrement moins que si on laisse la situation actuelle perdurer. ■ Ce texte vous fait réagir ? Pour nous faire part de vos commentaires, rendez-vous au www.maya.cc, sous l'onglet 3Rve, ou envoyez-nous un courriel à info@maya.cc


COLLECTE SÉLECTIVE

LE RAYONNEMENT DU QUÉBEC EN MATIÈRE DE RESPONSABILITÉ ÉLARGIE DES PRODUCTEURS niveaux de « plus haute performance » pour le plus grand nombre d’indicateurs évalués.

Maryse Vermette B. Sc., MBA Présidente-directrice générale Éco Entreprises Québec mvermette@ecoentreprises.qc.ca

Le Québec brille à plusieurs égards, avec ses programmes et ses actions concertées en partenariat avec les divers intervenants, tant en ce qui concerne les quantités récupérées et la qualité du service de porte à porte que la qualité de la matière traitée. Mentionnons par ailleurs que tout ce chemin a été parcouru en une dizaine d’années seulement, soit la moitié moins que les 20 ans qu’a célébrés la collecte sélective chez nos cousins européens.

lus que jamais, l’optimisation de la gestion de nos matières recyclables est à l’ordre du jour dans les discussions avec les divers intervenants de la chaîne de valeur de la collecte sélective. Des reportages dans les médias – qui soulignent les enjeux actuels auxquels le système est confronté – jusqu’aux échanges parfois enflammés au sein des comités de travail sur la question, la collecte sélective commence à occuper une place grandissante dans la sphère publique et dans la communauté des affaires. La responsabilité élargie des producteurs (REP), une expression qui, il y a quelques années à peine, ne parlait qu’à une poignée d’initiés, est maintenant sur toutes les lèvres en raison de la multiplication des programmes de REP partout au pays et de ses implications financières majeures pour l’industrie. Bien que l’on doive continuer à améliorer et à adapter la gestion des matières recyclables pour faire face aux réalités d’aujourd’hui, peu de gens savent que les résultats des programmes de REP au Québec nous positionnent avantageusement lorsqu’on se compare à d’autres marchés. Une reconnaissance encourageante pour tous ceux qui œuvrent à l’optimisation du système et qui mérite d’être soulignée !

P

Ainsi, le leadership du Québec en matière de REP a récemment été reconnu à deux occasions dans le cadre d’études comparatives menées par des organisations privées et indépendantes hors Québec. Tout d’abord, REP Canada a classé le Québec au premier rang, ex æquo avec la Colombie-Britannique, pour son engagement dans la mise en place des programmes de REP au Canada. Le Product Stewardship Institute de Boston a quant à lui réalisé un exercice exhaustif d’étalonnage des programmes canadiens de REP pour les contenants, emballages et imprimés sous l’égide de l’Association canadienne de l’emballage (PAC Next) et a positionné le Québec comme étant la province ayant atteint les

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ALLIANCES AVEC LE MONDE MUNICIPAL ET DES ÉCO-ORGANISMES INTERNATIONAUX À ce chapitre, nous pouvons aussi être fiers des alliances que nous développons et qui sont une source d’inspiration dans l’implantation des pratiques exemplaires de notre côté de l’Atlantique. À titre d’exemple, mentionnons qu’Éco Entreprises Québec (ÉEQ), l’éco-organisme responsable de percevoir les contributions des entreprises afin de compenser les services municipaux de collecte sélective, entreprend la mise sur pied d’un ambitieux partenariat avec le monde municipal, soit le chantier des pratiques exemplaires de collecte sélective. Dans la même veine, soulignons qu’ÉEQ vient de joindre les rangs d’EXPRA (Extended Producer Responsibility Alliance), un prestigieux regroupement européen d’éco-organismes à but non lucratif en REP des contenants et emballages. Ayant pour mission de promouvoir un système de REP durable et efficace appartenant aux entreprises assujetties, EXPRA offrira à ÉEQ un puits de savoir-faire et un espace d’échanges d’expériences des plus enrichissants. De plus, les exemples d’ailleurs pourront alimenter notre réflexion quant aux avenues d’amélioration du système, notamment l’action 19 du Plan d’action 2011-2015 de la Politique québécoise de gestion des matières résiduelles, qui prévoit « l’évaluation des avantages et des inconvénients liés au transfert à l’industrie de la gestion des programmes municipaux de collecte sélective et de mise en valeur des contenants, emballages et imprimés ». En effet, le gouvernement a prévu que les acteurs impliqués se penchent sur cette question prochainement avec la collaboration de RECYCQUÉBEC. ÉEQ entend bien être un acteur de premier plan dans le développement du modèle d’avenir. L’année 2014 sera sans contredit une année charnière pour l’optimisation de la collecte sélective. Soulignons l’engagement des intervenants de la chaîne de valeur de la collecte sélective au Québec et poursuivons les efforts et l’innovation afin de devenir un exemple inspirant, qui reflète notre réalité québécoise. ■

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EN LIEN AVEC RECYC-QUÉBEC

ICI ON RECYCLE ! : RETOMBÉES POSITIVES POUR LES ICI

Emmanuelle Géhin Responsable de la gestion des programmes comportementaux RECYC-QUÉBEC

is sur pied il y a 10 ans, le programme ICI ON RECYCLE ! de RECYC-QUÉBEC encourage les industries, commerces et institutions (ICI) à mieux gérer leurs matières résiduelles. Depuis sa création, RECYC-QUÉBEC enregistre chaque année une augmentation du nombre d’ICI qui y adhèrent. Ainsi en 2013, le programme a affiché une progression de 20 % ! De plus en plus d’organisations se joignent donc à la grande famille ICI ON RECYCLE !. Avant de parler des avantages tant concurrentiels que financiers que génère ce programme, revenons brièvement sur des faits marquants.

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Le secteur des ICI génère 40 % des matières résiduelles produites au Québec. Il est donc important de sensibiliser tous les acteurs de ce milieu pour que nous puissions collectivement atteindre l’objectif fixé par la Politique québécoise de gestion des matières résiduelles, soit de faire passer de 746 à 700 kg la quantité de matières éliminées par habitant d’ici la fin de 2015. Le programme ICI ON RECYCLE ! est un outil simple qui permet aux ICI de participer à l’atteinte de cet objectif et donc de passer à l’action. En effet, il propose un plan pour la gestion de leurs matières résiduelles qu’ils peuvent adapter à leur propre réalité, avec un accompagnement personnalisé de la part de RECYC-QUÉBEC.

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Grâce aux trois niveaux du programme, l’organisation qui suit la démarche proposée améliore graduellement sa performance. Elle commence tout d’abord au niveau 1, dit « Engagement », qui est une déclaration d’intention et qui vise à confirmer la volonté de l’ICI d’entreprendre la démarche. Le niveau 2, ou « Mise en œuvre » reconnaît les actions concrètes réalisées, tandis que le niveau 3, dit « Performance », fournit une attestation officielle à l’ICI démontrant que celui-ci a atteint un taux de récupération supérieur à 70 % des matières qu’il génère. Ce niveau permet aussi de souligner les initiatives remarquables en matière de réduction à la source.

Sachant que les consommateurs et les clients sont de plus en plus sensibles aux enjeux environnementaux, aucune occasion de montrer patte verte ne doit être négligée. DE BONNES RAISONS D’Y ADHÉRER Bien que les frais d’adhésion au programme soient très modestes, sa mise œuvre nécessite néanmoins quelques efforts, qui sont toutefois loin d’être insurmontables. L’organisation devra notamment évaluer les quantités de matières générées, les modes de récupération à implanter, la sensibilisation à faire autant auprès de ses employés que de ses fournisseurs, etc. En participant au programme ICI ON RECYCLE !, on passe rapidement par-dessus la fameuse question « Combien ça coûte ? » quand on réalise tous les avantages qu’une telle démarche peut rapporter !

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ICI ON RECYCLE ! : RETOMBÉES POSITIVES POUR LES ICI

D’abord, chaque organisation attestée par le programme reçoit des outils de communication qui lui permettent de faire connaître publiquement ses réalisations et engagements envers l’environnement. Sachant que les consommateurs et les clients sont de plus en plus sensibles aux enjeux environnementaux, aucune occasion de montrer patte verte ne doit être négligée. Aussi, les partenaires seront sans doute fiers de faire affaire avec une organisation qui pose des gestes concrets au quotidien !

question de gérer ses matières résiduelles, car la plus belle matière résiduelle est celle que l’on ne produit pas ! Tous ces arguments montrent les perspectives que peut apporter une saine gestion des matières résiduelles dans une organisation. Le programme ICI ON RECYCLE ! est une porte d’entrée facile pour qui veut s’engager dans cette voie. Il permet ainsi de répondre à la question que se posent bien des décideurs : « Par où puis-je commencer ? » Pour plus d’information sur le programme ICI ON RECYCLE ! ou pour y adhérer : www.recyc-quebec.gouv.qc.ca . ■ i

Démontrer son souci envers l’environnement a également un impact très important auprès des employés. Industrie Canada a publié une étude en 2009 qui démontre qu’une entreprise qui se soucie de l’environnement a un plus grand pouvoir d’attraction et de rétention des employés, qui préfèrent travailler dans des organisations dont les valeurs correspondent aux leursi. Selon une étude menée par la Chaire de responsabilité sociale et de développement durableii, dans certains cas, l’implantation du programme ICI ON RECYCLE ! a permis de développer de véritables carrières au sein de l’organisation, de consolider le travail d’équipe et de nourrir le sentiment d’appartenance. Par conséquent, la communication d’actions environ-nementales concrètes est un atout important, particulièrement dans le contexte de pénurie de main-d’œuvre qui sévit actuellement dans certains marchés.

Le rôle de la gestion des ressources humaines dans la responsabilité sociale d’entreprise, Industrie Canada, 2009. La dimension sociale du programme ICI ON RECYCLE ! : résultats d’une étude menée auprès d’ICI participants », Bulletin Oeconomia Humana, édition été 2012.

ii «

La reconnaissance qu’offre le programme ICI ON RECYCLE ! peut également être utilisée comme un avantage concurrentiel. Le fait qu’un organisme reconnu et crédible ait attesté sa démarche vient consolider l’argumentaire d’un ICI qui fait affaire avec les grands donneurs d’ordres. Ces derniers ayant pratiquement tous adopté des politiques d’approvisionnement responsable, ils considèrent avec davantage d’intérêt les organisations qui ont intégré des démarches reconnues. Adhérer au programme ICI ON RECYCLE ! peut aussi permettre de trouver de nouvelles sources d’innovation ou apporter tout simplement une amélioration des façons de faire : réutiliser une matière résiduelle en la valorisant, réduire les quantités d’emballage, transformer une matière pour qu’elle devienne une nouvelle ressource pour une autre organisation, permettre le réemploi d’une matière, etc. Plusieurs initiatives en matière de gestion des matières résiduelles peuvent conduire au développement de nouveaux produits ou tout simplement à la création de valeur pour des produits existants. Enfin, suivre la démarche ICI ON RECYCLE ! peut contribuer à transformer les postes de dépenses en postes de revenus. Une matière résiduelle pourrait facilement devenir une matière première pour un autre ICI et ainsi générer des ventes. Une organisation qui, par exemple, génère beaucoup de carton peut considérer le revendre au lieu de le faire collecter par des récupérateurs. La réduction à la source et l’approvisionnement responsable, qui limitent le gaspillage et favorisent l’achat local, sont sans doute les premiers éléments qui doivent être évalués lorsqu’il est

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EN LIEN AVEC LE CETEQ

BIOMÉTHANISATION : L’ENTREPRISE PRIVÉE RELÉGUÉE AU SECOND PLAN

Richard Mimeau Directeur général Conseil des entreprises en technologies environnementales du Québec (CETEQ) rmimeau@ceteq.ca

dans toutes les villes et régions. Le CETEQ a toujours appuyé le principe visant à améliorer le taux de valorisation de nos matières organiques. Cependant, notre association considère qu’une ouverture plus grande à la diversité technologique et à la place de l’entreprise privée s’avère essentielle à l’atteinte des objectifs du gouvernement.

es entreprises privées qui œuvrent dans le secteur de la gestion des matières résiduelles financeront en partie les divers projets de biométhanisation et de compostage qui vont éclore dans la province d’ici 2020. En effet, des centaines de millions de dollars provenant des redevances perçues par le ministère du Développement durable, de l’Environnement, de la Faune et des Parcs (MDDEFP), une grande partie est acquittée par le secteur privé. Selon les régions et la réalité du terrain, les possibilités de valorisation et les choix technologiques peuvent différer. Le gouvernement favorise, en quelque sorte, l’uniformisation des technologies utilisées afin de valoriser les matières organiques produites par la société québécoise.

L

Le Conseil des entreprises en technologies environnementales du Québec (CETEQ) réitère régulièrement que les meilleures politiques sont généralement celles qui sont axées sur les résultats et non pas sur les moyens. Imposer un moyen peut limiter la capacité d’adaptation d’une entreprise, d’une région, d’une municipalité et faire abstraction de sa réalité propre. Une même solution n’est pas nécessairement recommandable ou applicable

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De plus, le gouvernement a choisi d’orienter le développement de cette filière économique émergente vers le domaine municipal. Ainsi, les municipalités seront affublées du chapeau d’entrepreneur, et ce, au détriment de l’expertise des entreprises québécoises présentes dans le domaine de la gestion des matières résiduelles. Que l’on se comprenne bien, ce n’est pas une critique envers les municipalités; celles-ci doivent jongler avec cette décision, que cela les réjouisse ou non. Le cadre réglementaire du programme de traitement des matières organiques approuvé par le Conseil du Trésor du Québec le 3 juillet 2012 permet aux municipalités admissibles de bénéficier d’une aide financière équivalente à environ 67 % des coûts de réalisation d’un projet de biométhanisation, plutôt qu’à un maximum de 25 % pour un projet privé identique. Un tel cadre réglementaire favorise évidemment la prise en charge de ces projets par les municipalités et régies régionales. RECONNAISSANCE GOUVERNEMENTALE DES INVESTISSEMENTS DE CAPITAUX Devant l’obligation de valoriser l’ensemble des matières organiques (rappelons cependant que celles-ci le sont déjà dans une large proportion dans les lieux d’enfouissement techniques), le

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B I O M É T H A N I S A T I O N : L’ E N T R E P R I S E P R I V É E R E L É G U É E A U S E C O N D P L A N

marché pourrait prendre le virage et investir les capitaux nécessaires. Or, dans ce contexte, les municipalités jouissent d’un avantage concurrentiel des plus manifestes. Depuis près de 20 ans déjà, les biogaz générés et captés dans les lieux d’enfouissement techniques servent à produire efficacement de l’électricité, à alimenter en carburant vert des flottes de camions, à chauffer des usines, des écoles et des serres à tomates, et ce, à moindres coûts. Bien que l’industrie québécoise des matières résiduelles ait investi plusieurs dizaines de millions de dollars, il n’y a actuellement aucune reconnaissance particulière pour cette forme de valorisation. De 1990 à 2009, le secteur des matières résiduelles québécois a également réduit ses émissions de GES de 33,5 %, selon les données du M DDE FP. Tout cela grâce à des investissements privés... de l’argent neuf… injecté dans notre économie. Face à une orientation gouvernementale favorisant les projets municipaux, l’intérêt à investir des capitaux et à créer des entreprises dans ce secteur ne peut que s’effriter.

Bien que l’industrie québécoise des matières résiduelles ait investi plusieurs dizaines de millions de dollars, il n’y a actuellement aucune reconnaissance particulière pour cette forme de valorisation. Le Québec peut compter sur une industrie des matières résiduelles compétente et reconnue, qui connaît bien les

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particularités du marché québécois et qui est capable de proposer des solutions parfaitement adaptées aux besoins des communautés. Le CETEQ, de par sa connaissance de l’industrie et sa présence aux diverses tables de consultation, continuera de faire valoir la place de l’industrie environnementale du Québec dans ce secteur d’activité et d’offrir cette expertise aux décideurs et citoyens du Québec. RÉFORMES ATTENDUES SUR LA GESTION DES MATIÈRES RÉSIDUELLES DANGEREUSES. À l’heure actuelle, un permis de transport de matières dangereuses résiduelles (MDR) est exigible lorsque la destination est un site d’élimination définitif. Mais le transport d’une MDR, quelle que soit sa destination, reste le transport d’une MDR, non ? Les risques ne sont-ils pas les mêmes ? Le temps est peut-être venu d’élargir l’obligation de détenir un permis de transport à l’ensemble des transporteurs de MDR, quelle que soit la destination. Cela permettrait non seulement d’assurer un transport sécuritaire de ces matières, mais aussi une équité dans le marché afin que tous les acteurs soient soumis aux mêmes règles. En plus d’assurer une meilleure traçabilité des matières en circulation au Québec, la mise en place d’un manifeste (registre) de transport des MDR pourrait s’avérer profitable pour la protection de notre environnement. L’industrie dans son ensemble pourrait également en profiter; tel est le cas dans d’autres territoires. Il y a, en définitive, beaucoup de dossiers importants qui devront être menés par le CETEQ de concert avec ses différents partenaires, et ce, afin de contribuer à l’amélioration constante de la réglementation environnementale du Québec. ■

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L'UTOPIE DU BANNISSEMENT DE L'ÉLIMINATION DU PAPIER ET DU CARTON

LE JURIDIQUE

Me Christine Duchaine avocate Coprésidente de Sodavex, cabinet juridique spécialisé en environnement cduchaine@sodavex.com Article écrit en collaboration avec Me Anissa Chekir, avocate achekir@sodavex.com

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a couleur verte est associée à la protection de l’environnement tout autant qu’elle est synonyme d’espoir. Or, bien qu’il soit souhaitable que le premier soit tributaire du second, il serait opportun de rappeler à notre législateur que l’atteinte d’objectifs visant à améliorer l’environnement requiert davantage que de l’espoir pour y parvenir. L’annonce du bannissement imminent du papier et du carton des sites d’enfouissement s’inscrit selon nous dans cette mouvance d’initiatives maladroites visant l’imposition de modifications des habitudes de vie de la société et vouées à l’échec. Il s’agit d’une utopie, puisqu’il est impossible de se conformer au bannissement imposé, et ce, sans égard à la volonté des citoyens de le respecter. Non seulement un tel bannissement semble irréalisable à court terme, mais il nous paraît même risqué puisqu’il pourrait avoir des effets pervers qui mineraient grandement les efforts de valorisation des matières résiduelles de notre société en fragilisant un domaine en émergence que tous souhaitent durable.

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UN RÊVE IRRÉALISABLE La volonté de bannir les matières organiques de l’élimination au Québec a été introduite dans la Politique de gestion des matières résiduelles, qui prévoit que l’enfouissement du papier et du carton sera banni en 2013 et que celui du bois le serait en 2014. Ce bannissement devait être concomitant avec le début de l’exploitation des usines de biométhanisation qui devaient gérer ces matières. Malgré un retard dans la mise en exploitation de ces usines, le législateur annonce qu’il ira de l’avant avec le bannissement, qui sera introduit dans la législation québécoise par une modification de la liste des matières non admissibles à l’enfouissement du Règlement sur l’enfouissement et l’incinération des matières résiduelles pour en exclure le papier et le carton de provenance résidentielle, industrielle, commerciale et institutionnelle. Ainsi, les exploitants de lieux d’enfouissement et les transporteurs de matières résiduelles seront passibles d’amendes ou de sanctions administratives pécuniaires s’ils transportent du papier ou du carton vers un lieu d’enfouissement ou s’ils l’enfouissent. En l’absence d’imputabilité des générateurs de matières résiduelles, nous sommes d’avis que la simple modification de la liste de matières résiduelles non admissibles n’aura aucun impact sur les habitudes de vie des citoyens. Dès lors, le papier et le carton continueront inévitablement d’être acheminés vers les lieux d’enfouissement, étant donné que ni les transporteurs ni les exploitants de sites ne peuvent faire le tri des matières résiduelles qui s’y rendent. La véritable source du problème demeure toutefois l’absence de moyens pour faire respecter une telle interdiction par les particuliers.

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L'UTO P I E D U B A N N I S S E M E NT D E L'ÉL I M I N ATI O N D U PA P I E R E T D U C A RTO N

Ainsi, même dans l’optique où le législateur parvenait à convaincre l’ensemble de la population du Québec de ne plus jeter de papier ou de carton aux poubelles, nous ne serions pas au bout de nos peines, puisque ce n’est qu’une petite partie des ménages québécois qui est desservie par une collecte de matières organiques, communément appelée collecte à trois voies. Force est de constater que seuls deux choix s’offrent à la majorité des contribuables : la poubelle ou le recyclage. Étant donné que ce n’est pas l’ensemble du papier et du carton qui peut être valorisé, la population sera confrontée à un dilemme insoluble : que faire des papiers et cartons souillés qui ne pourront être valorisés et qui ne seront plus admis à l’enfouissement ? D’où l’impraticabilité du bannissement pour l’heure. DES CONSÉQUENCES POTENTIELLEMENT NÉFASTES D’aucuns pourraient prétendre que seuls les exploitants des lieux d’enfouissement subiront l’impact de cette interdiction. Nous sommes plutôt d’avis que l’industrie des matières résiduelles dans son ensemble risque d’être affectée. Le bannissement mettra les lieux d’enfouissement dans une situation d’illégalité immédiate, car le moindre bout de

papier ou de carton présent dans un chargement destiné à l’enfouissement pourra entraîner l’imposition de sanctions administratives pécuniaires et de sanctions pénales. Les exploitants seront donc dans une situation intenable : ils devront soit refuser tout chargement qui contiendra de telles matières, c’est-à-dire la quasitotalité des chargements, ou s’exposer à des sanctions pécuniaires de 7 500 $ chacune ou pénales s’échelonnant de 24 000 $ à 3 000 000 $, sans compter la responsabilité des administrateurs et les risques de révocation des autorisations émises pour non-respect de la loi. Si les exploitants favorisent la première option, les municipalités se trouveront dans une situation fort délicate, car elles ne pourront éliminer leurs matières résiduelles. Dans le deuxième scénario, ce sont les exploitants qui seront dans une situation précaire, et il y a fort à parier qu’ils devront augmenter leurs tarifs pour tenir compte des risques et des frais qui découlent de la modification réglementaire. Un autre effet pervers découlerait de la volonté de la population de se conformer en envoyant l’ensemble du papier et du carton aux centres de tri, sans distinction. Dans une telle éventualité, c’est la filière de

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la valorisation qui se verrait grandement affectée par l’interdiction : les bacs de recyclage seraient remplis de matières impropres à la valorisation qui risqueraient de souiller les autres matières. Les centres de tri se retrouveraient donc à manipuler une plus grande quantité de matières, dont une forte proportion n’aura aucune valeur, ce qui augmenterait leurs coûts d’exploitation et réduirait leurs marges de profits. Cela pourrait s’avérer catastrophique pour une filière fragile comme celle du recyclage. Et la question demeure entière : que feraient les centres de recyclage de toutes les matières impropres à la valorisation ? La filière du recyclage hériterait de l’épineux problème puisqu’elle ne pourra envoyer ces matières à l’enfouissement. L’intention du législateur de bannir l’enfouissement du papier et du carton en 2014 nous apparaît donc vouée à l’échec et risque même de créer un problème circulaire qui va à l’encontre de l’objectif. Le bannissement tel que proposé actuellement ne pourra être une avenue viable tant que les matières visées ne pourront pas être aisément prises en charge. Espérons que le législateur le réalisera avant qu’il ne soit trop tard. ■

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G E STI O N H U M A I N E D E S R E S S O U R C E S

CI BLE R LES RESSOU RCES AYANT U N FORT POTE NTI E L DE LEADE RSH I P : U N GAG E DE RÉUSSITE

Dominique Dodier Directrice générale EnviroCompétences d o m i n i q u e . d o d i e r @ e n v i ro c o m p e t e n c e s . o rg Propos recueillis par Sarah Drolet-Laflamme

a gestion de talents est un nouvel outil de gestion des ressources humaines. Il s’agit de la capacité d’une organisation à cibler les gens ayant un fort potentiel de leadership, du talent et un rendement élevé. L’objectif est de faire progresser ces personnes clés vers les fonctions stratégiques de l’entreprise. La gestion de talents permet à l’organisation d’augmenter sa compétitivité et sa rentabilité en ayant la bonne personne au bon poste, et ce, au bon moment.

L

L’identification de candidats au potentiel élevé se fait habituellement alors qu’ils sont de niveau intermédiaire, voire au début de leur carrière. Ce sont des employés qui se démarquent des autres. Ils ne représentent que de 20 à 30 % des salariés. Les entreprises les plus performantes sont celles qui sont conscientes que le succès est directement lié à la qualité et au développement de leurs employés. La gestion de talents est une pratique dont les preuves ne sont plus à faire. LES ÉTAPES DE L’IDENTIFICATION DES CANDIDATS AU POTENTIEL ÉLEVÉ : 1. Se questionner sur le temps dont nous disposons pour faire les démarches. 2. À partir des objectifs fixés dans le plan d’affaires, cibler les postes clés de l’entreprise. 3. Déterminer le profil du poste à combler et la nature des fonctions. 4. Faire une évaluation du rendement de ces employés. 5. Selon les résultats de l’évaluation, identifier les individus qui pourraient répondre aux exigences des postes ciblés. 6. Pour la suite de la sélection, faire évaluer les employés sélectionnés à l’externe (évaluation psychologique). 7. Compiler les résultats. 8. Développer un plan de développement des compétences. 9. Mettre en application le plan de formation et de développement jusqu’à l’atteinte de l’objectif.

Les entreprises les plus performantes sont celles qui sont conscientes que le succès est directement lié à la qualité et au développement de leurs employés. La gestion de talents ne demande pas d’effectifs supplémentaires, car la plupart des démarches peuvent se faire à l’interne. Par contre, il est fortement suggéré de faire appel à des ressources qualifiées pour l’évaluation du leadership, du style de communication et de la personnalité. Ce travail peut être effectué par un bureau de psychologues industriels. Les résultats peuvent ensuite être récupérés à l’interne afin de valider le plan de formation et de développement de l’individu. Il est possible de développer à l’interne des outils très simples; EnviroCompétences compte d’ailleurs créer tout le coffre à outils nécessaire pour aider les entreprises gérer les ressources au potentiel élevé et talentueuses.

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PERFORMANTS, MAIS PAS NÉCESSAIREMENT PARFAITS Même s’ils peuvent être appelés à remplacer le président d’une organisation, les candidats au potentiel élevé n’ont pas nécessairement de compétences en gestion. Le candidat est ciblé pour son haut rendement : les aptitudes manquantes pour atteindre le poste peuvent être acquises à l’aide d’une formation, de coaching ou de mentorat. Il est cependant important de définir le profil des postes clés à pourvoir, car le plan de formation et de développement des individus en découlera. En effet, c’est le profil des compétences qui permettra de cibler les aptitudes que devront développer les individus. Par exemple, un graphiste peut être appelé à devenir vice-président du marketing en raison de sa créativité, son dévouement, son haut rendement, sa compréhension de la mise en marché qui propulse les ventes, et ce, malgré le fait qu’il possède seulement une formation collégiale. Dans ce cas, les aptitudes en gestion devront être acquises par une formation ou par d’autres moyens. Dans l’évaluation des compétences, il faut garder en tête que quand un humain en évalue un autre, il y a possibilité d’interférences. Ainsi, un patron pourrait évaluer le rendement d’un employé comme étant bon et non pas exemplaire, comme il le mériterait, de peur que ce dernier soit appelé à le remplacer. D’où l’importance d’aller chercher l’aide de personnes compétentes à certaines étapes comme lors de l’évaluation du potentiel de leadership. Il est fortement suggéré d’être épaulé par un ou des mentors, qu’ils soient employés ou externes à l’organisation. DÉFI DE RÉTENTION Une croissance de la demande de biens et services dans le secteur de l’environnement est prévue dans les prochaines années. Les travailleurs qualifiés seront donc plus convoités, ce qui risque fort de modifier la capacité des entreprises à retenir ces employés. Dans ce contexte, démontrer aux employés qu’ils pourront se développer au sein de l’entreprise et occuper de nouvelles fonctions – à la condition qu’ils se démarquent – constitue un atout majeur. Il s’agit là d’un incitatif qui aidera à l’acquisition des ressources et à leur rétention au sein de l’organisation. Une des raisons principales évoquées par ceux qui quittent un emploi n’est pas le salaire, mais bien la nonreconnaissance de leur valeur. Dans un contexte mondial d’ouverture des marchés, la concurrence est inévitablement féroce. Les entreprises québécoises doivent donc accroître leur présence et s’imposer. Ce ne sont pas le prix ni la qualité des produits qui feront la différence entre une entreprise et une autre, mais bien la qualité et les compétences des individus occupant des postes clés, ceux-là mêmes qui sont amenés à interagir avec les clients. Les compétences des employés à ces postes sont garantes de la qualité du service à la clientèle et donc du positionnement de l’entreprise sur le marché. Pour augmenter la productivité et la rentabilité, il vaut mieux les choisir soigneusement. ■

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LES AMIS DE 3RVE

NS O B S LE TACTS CON

STÉPHEN DAVIDSON, ing. Directeur de projets Environnement 1205, rue Ampère, bureau 310 Boucherville (Québec) J4B 7M6 Tél. : 450 655-9640, poste 237 Téléc. : 450 655-7121 stephen.davidson@bpr.ca www.bpr.ca

34, rue de Chenonceau, Blainville, Qc J7B 1P6

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