LM magazine 183 - janvier 2023

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A RT & C ULTUR E Hauts-de-France / Belgique
N°183 / JANVIER 2023 / GRATUIT © Jean-Louis Fernandez (Spectacle Demi-Véronique) © Thomas Lang
BAÙBO Jeanne Candel 30 & 31 JANVIER Arras Théâtre HASARD Pierre
19 & 20 JANVIER Douai Hippodrome
Danse Théâtre
Rigal
Petit
©Yves
Arnaud Bertereau 09 71 00 5678 tandem-arrasdouai.eu À partir du 3 janvier 2023, la billetterie est ouverte du lundi au vendredi de 14h à 19h Théâtre BUGGING Étienne Rochefort 8 FÉVRIER Douai Hippodrome DOM JUAN David Bobée . Molière 2 & 3 FÉVRIER Douai Hippodrome
©

SOMMAIRE

magazine

© Pauline Darley

November Ultra

NEWS – 08

PORTFOLIO – 14

David Popa Entre terre et ciel

RENCONTRE

Pierre Mathues – 10 Plus belge la vie November Ultra – 24 Chambre à part

Omar Sy et Mathieu Vadepied – 46 Francs-tireurs

Pierre-Emmanuel Barré – 74 Trash test

MUSIQUE

– 24

November Ultra, Laurent Bardainne & Tigre d’eau douce, Brussels Jazz Festival, We Loft Music, Chilly Gonzales, Loyle Carner, Nick Wheeldon, Emma Peters, La Voix humaine, André Manoukian, Aitch, The Residents, Lalalar, David Cranf

LM magazine 183 - janvier 2023

Steven Cohen, Put your heart under your feet... and walk !

© Allan Thiebault

ÉCRANS

– 46

Tirailleurs, Joyland, Venez voir, The Banshees of Inisherin, 16 ans LIVRES – 54

Tous les vivants, Philosophie de la chanson moderne, Sortir au jour, Et si les Beatles n’étaient pas nés ?, Aux origines de la pop culture

EXPOSITION

– 56

Musée des beaux-arts de Charleroi, On Display, Pierre Dubreuil, Kaléidoscope, Agenda

THÉÂTRE & DANSE

– 74

Pierre-Emmanuel Barré, Seb Mellia, Aymeric Lompret, Kyan Khojandi, Fanny Ruwet, Histoires en série, Dom Juan ou le festin de Pierre, Steven Cohen, Triptych, Pelléas et Mélisande, Juste la fin du monde, Ukraine Fire, Bernard Werber, Agenda

LE MOT DE LA FIN

Amaury Guichon Merci pour le chocolat

– 98

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et Mélisande OPÉRA CLAUDE DEBUSSY DU 30 JAN. AU 8 FÉV. 2023 François-Xavier Roth direction musicale Daniel Jeanneteau mise en scène
opera-lille.fr Pelléas

Direction de la publication Rédaction en chef Nicolas Pattou nicolas.pattou@lastrolab.com Rédaction Julien Damien redaction@lm-magazine.com Camille Baton info@lm-magazine.com Publicité pub@lm-magazine.com

LM magazine – France & Belgique 28 rue François de Badts 59110 LA MADELEINE - Ftél : +33 (0)3 62 64 80 09

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Direction artistique & graphisme Cécile Fauré cecile.faure@lastrolab.com

Couverture Mirage Série Fractured David Popa www.davidpopaart.com c @david_popa_art

Administration Laurent Desplat laurent.desplat@lastrolab.com Réseaux sociaux Sophie Desplat Impression Tanghe Printing (Comines) Diffusion C*RED (France / Belgique) ; Zoom On Arts (Bruxelles / Hainaut)

Ont collaboré à ce n° : Selina Aït Karroum, Fatma Alilate, Thibaut Allemand, Rémi Boiteux, Madeleine Bourgois, Virginie Dupont, Raphaël Nieuwjaer, David Popa et plus si affinités.

LM magazine France & Belgique est édité par la Sarl L’astrolab* - info@lastrolab.com

L’astrolab* Sarl au capital de 5 000 euros - RCS Lille 538 422 973 Dépôt légal à parution - ISSN : en cours

L’éditeur décline toute responsabilité quant aux visuels, photos, libellé des annonces, fournis par ses annonceurs, omissions ou erreurs figurant dans cette publication. Tous droits d’auteur réservés pour tous pays. Toute reproduction, même partielle, par quelque procédé que ce soit, ainsi que l’enregistrement d’informations par système de traitement de données à des fins professionnelles, sont interdites et donnent lieu à des sanctions pénales. LM magazine est imprimé sur du papier certifié PEFC. Cette certification assure la chaîne de traçabilité de l’origine du papier et garantit qu'il provient de forêts gérées durablement. Ne pas jeter sur la voie publique.

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style !

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© Fabienne Bernard

PIERRE MATHUES

Plus belge la vie

Royaume de l’absurde et de l’autodérision, le plat pays a trouvé en Pierre Mathues un ambassadeur de choix. Dans son spectacle désormais culte, La Belgique expliquée aux Français, cet ancien professeur nous raconte comment on peut vivre si longtemps sans gouvernement, que "non, peut-être" ça veut dire "oui", et qu’une bonne frite est toujours cuite deux fois – par contre, rien sur la dernière coupe du monde de foot… Rencontre avec l’autoproclamé "Prix Nobelge", qui mérite bien son titre. Propos recueillis par Julien Damien

Il paraît que vous étiez enseignant avant de monter sur scène… En effet, j’ai toujours eu envie d’expliquer des choses à des gens qui n’ont rien demandé ! Mes spectacles sont des sortes de conférences, comme des cours mais en plus joyeux. Et tout ce que je raconte est vrai !

Selon vous, les Français méconnaîtraient donc la Belgique… Bon, les Nordistes la connaissent bien. On est très proches, on utilise quasiment les mêmes mots. Il drache de la même façon de part et d’autre de la frontière ! J’explique surtout la Belgique à des Français situés un peu plus loin.

Que leur expliquez-vous alors ? Cela va des belgicismes à la gastronomie, en passant par la géographie, l’histoire ou la politique, pas toujours facile à comprendre, comme nos six gouvernements simultanés et nos 60 ministres... On a aussi deux rois et deux reines. D’ailleurs, si vous voulez on vous en prête, même si vous avez déjà un empereur en France... Mais le vrai thème du spectacle, c’est l’autodérision. Le Belge s’autorise à rire des autres, car il se moque d’abord de lui-même.

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socié t é
« Il drache de la même façon des deux côtés de la frontière »

Selon vous, d’où vient cette autodérision ?

Du fait qu’on n’a pas une longue histoire. La Belgique est née en 1830. Avant cela on a été bourguignon, espagnol, hollandais, autrichien, français… Nous avons été envahis par tout le monde ! Il n’y a pas de langue belge. Chez nous, on parle celle des voisins.

D’ailleurs, il n’y a pas un accent belge, mais plusieurs… Oui, quand on habite à Tournai, Mouscron ou Comines, grosso modo dans le Far West du Hainaut, on parle ch’ti. Mais plus loin, à Charleroi où je suis né, les "i" deviennent des "é". On ne dit pas " merci" mais "mercé". À Namur le phrasé est plus lent, l’emblème de la ville c’est d’ailleurs un escargot ! À Liège on parle en souriant et puis à Bruxelles, on pratique 105 langues. C’est la ville la plus cosmopolite du monde après Dubaï.

Belgique rime avec "exotique" mais aussi "dramatique", ditesvous. Alors, qu’est-ce qui fait son exotisme mais aussi son drame ? Un peu la même chose. J’adore qu’il faille 541 jours pour former un gouvernement. C’est à la fois drôle et pitoyable. Les Belges finissent toujours par trouver une solution, mais elle est souvent plus compliquée que le problème !

Quel est le propos de votre nouveau spectacle, Prix Nobelge ?

Je suis un amoureux de la langue française et grand collectionneur de dictionnaires, j’en ai une cinquantaine à la maison. Je voulais donc monter un spectacle sur les mots. Et je me suis attribué le Prix Nobelge, car je le mérite ! Mais j'en distribue aussi...

Comment avez-vous choisi les mots dont vous parlez ? C’est un abécédaire. On commence par la lettre A avec "anagramme" puis on termine avec la lettre Z comme "zinzin". J’ai choisi des mots qui m’amusent, je milite notamment pour l’entrée dans le dictionnaire du mot "chokotoff".

« En Belgique il faut être un peu fou, sinon tu deviens dingue »

Qu’est-ce que c’est ? C’est un caramel au chocolat. Quand j’en offre à un Français il me répond systématiquement : « bah, c’est un michoko ». Mais non, le michoko est un ersatz du chokotoff, c’est quatre divisions en-dessous ! D’ailleurs, "tof " ça veut dire "génial" à Bruxelles. C’est plus qu’un bonbon, c’est un médicament !

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Une expression que vous aimez ?

« Si tu téléphones à une voyante et qu'elle ne décroche pas avant que ça sonne, raccroche ».

C’est une fulgurance signée d’un grand philosophe belge : JeanClaude Van Damme !

D’ailleurs vous le rappelez, la Belgique a une forme de cerveau… Oui, je l’ai piquée à Charline Vanhoenacker celle-là. Et pour ceux qui font semblant de ne pas comprendre, on est situé juste là, au-dessus de la France !

Finalement, la Belgitude existe-t-elle ? Et quelle en serait votre définition ?

C’est un art de vivre et des collisions improbables. Par exemple manger une pêche au thon ou du poulet à la compote. Et puis, c’est une bonne dose d’autodérision. La situation est désespérée ? Eh bien ce n’est pas grave. Pour citer Jaco Van Dormael : « En Belgique il faut être un peu fou, sinon tu deviens dingue ».

La Belgique expliquée aux Français

Malmedy, 31.03, Salle La Fraternité, 20h 12/10€, amapac.be À visiter / pierremathues.be À lire / La version longue de cette interview sur lm-magazine.com

Prix Nobelge

Houdeng-Goegnies, 18 & 20.01

Cercle Horticole, 20h, 12 > 8€, cestcentral.be Jodoigne, 21.01, Chapelle Notre-Dame du Marché, 20h, 12/10€

Binche, 24.01, Théâtre de Binche, 20h, 12/8€ Soumagne, 26.01, Centre culturel, 20h, 16/11€ Chaudfontaine, 28.01, École Marcel Thiry 18h30, 20€

Fleurus, 03.02, La Bonne Source, 20h, 14/12€ Chimay, 10.02, Centre culturel, 20h, 12/10€

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© Christophe Danaux Bemuse, série Fractured, Finlande

DAVID POPA

Entre terre et ciel

Une œuvre peut être éphémère et marquer durablement les esprits. En témoignent les fresques de David Popa. Biodégradables, réalisées avec des produits naturels sur des sols rocheux, au milieu des vignes ou sur la glace, ces peintures monumentales évoquent le travail du Français Saype. Révélées depuis le ciel par l’œil d’un drone, elles conjuguent street art et land art avec la même maestria, et nous invitent à prendre de la hauteur.

Né à New York, David Popa vit en Finlande depuis huit ans avec sa femme et ses deux enfants. Et a été à bonne école : son père n’est autre qu’Albert Popa, l’un des premiers graffeurs à sévir dans la Grosse Pomme, dans les années 1970. « Il m’a enseigné dès mon plus jeune âge les bases du dessin et de la

peinture », raconte l’intéressé, qui a perfectionné son style dans la rue, avant de délaisser les murs pour le grand air. « J’ai commencé par de petits essais sur des rochers, explique-t-il. L’avènement des drones m’a ensuite permis de découvrir d’incroyables formes abstraites et textures sur lesquelles intervenir ». Ne restait plus qu’à trouver la bonne méthode pour concilier sa technique et la splendeur de ces paysages. « J'ai essayé toutes sortes de mélanges pour créer une peinture biodégradable à pulvériser sur ces surfaces. Mais je n'y suis pas parvenu. En fin de compte, j'ai abandonné l'idée que mon travail devait avoir une quelconque permanence ».

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portf o l i o
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© DR
suite p. 20
Fractured, Female, Finlande Fractured, Male, Finlande Born of Nature II, collaboration avec Juuso Hämäläinen, Finlande Redemption, Sulitjelma, Norvège

L'Américain s’est alors inspiré d’un procédé qui a déjà fait ses preuves. Il se sert des matières premières utilisées pour les peintures rupestres, il y a 40 000 ans : charbon de bois, craie, pigments de terre mélangés avec de l’eau… En somme, des composés naturels. Citons aussi la lie du vin (ce dépôt organique que l'on trouve au fond des bouteilles) qui colore cette immense fresque exécutée au cœur d’un vignoble du Médoc et représentant deux mains tenant du raisin. Certes, celle-ci fut effacée dès les premières pluies, mais « la beauté de l'œuvre réside dans son caractère éphémère ».

Portraits cassés

La série Fractured demeure tout aussi inoubliable. Elle date du début

de l’année dernière. « Le conflit en Ukraine venait juste de commencer », se souvient David Popa. Ces portraits ont été réalisés au charbon de bois, en équilibre (très) instable sur d’immenses blocs de glace flottant dans le golfe de Finlande, au sud du pays. Le lieu n’a rien d’anodin : ce bras oriental de la mer Baltique sépare sa terre d’adoption de la Russie. Ces visages semblent littéralement se briser en morceaux, éparpillés façon puzzle. Ils symbolisent la rupture des relations entre les peuples suite à la guerre menée par Poutine et, plus largement, « une humanité fracturée ». Tout est dit. Julien Damien

À visiter / davidpopaart.com c @david_popa_art À lire / L’interview de David Popa sur lm-magazine.com

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Le Pouvoir de la Terre, Château Cantenac-Brown, Médoc, France Inceptus, île Bergsoyan, Norvège

Le Zénith - Lille

L’Aéronef - Lille

Tom Villa
Thomas Ngijol
Clara Luciani
COMPLET TEN56. + Solar Eruption sam. 14 jan. | La
Café - Lille Pierre-Emmanuel Barré invités : Guillaume Meurice Aymeric Lompret Giedré - Benjamin Tranié sam. 14 jan. |
Bigflo & Oli
COMPLET
sam. 07 jan. | Le Splendid - Lille
mar. 10 jan. | Le Casino - Arras Jeu. 12 fév. | Le Th. Sébastopol - Lille DER. PLACES
jeu. 12 jan. | Le Zénith - Lille
Bulle
Le Zénith - Lille
sam. 14 jan. | La Cdt° Publique - Rbx
sam. 06/05 |
COMPLET
Skip The Use mer. 18 jan. |
dim. 07/05 | Le Zénith - Lille
COMPLET Soso Maness jeu. 26 jan. |
Queen Symphonic mar. 31 jan. |
ven. 03 fév. |
Lorenzo mar. 31 jan. | Le
DERNIÈRES PLACES Dosseh mer. 01 fév. | The Black
Fabrice Eboué jeu. 02 fév. |
ven. 03 fév. |
Verino jeu. 2 fév. | Le
Le Splendid - Lille
Le Zénith - Amiens
Le Zénith - Lille
Zénith - Lille
Lab - Wasquehal
Théâtre - Béthune
Le Colisée - Roubaix
Théâtre Sébastopol - Lille
agauchedelalune.tickandyou.com et dans les points de vente officiels habituels RÉSA: Soilwork + Kataklysm + Wilderun lun. 6 fév. | Le Splendid - Lille Loud + Lary Kidd sam. 11 fév. | Le Grand Mix - Tourcoing Revocation + Goatwhore Alluvial + Creeping Death sam. 11 fév. | The Black Lab - Wasquehal Leprous mar. 14 fév. | Le Splendid - Lille Jazzy Bazz sam. 18 fév. | Le Splendid - Lille Scylla dim. 19 fév. | L’Aéronef - Lille B.B. Jacques sam. 25 fév. | Le Flow - Lille DERNIÈRES PLACES Franglish sam. 25 fév. | Le Splendid - Lille DERNIÈRES PLACES Yungblud lun. 27 fév. | L’Aéronef - Lille COMPLET In Extremo mer. 1 mars | Le Splendid - Lille La P’tite Fumée ven. 3 mars | Le Splendid - Lille Deen Burbigo + Ratu$ sam. 4 mars | Sceneo - Longuenesse Dewin Townsend dim. 5 mars | Le Splendid - Lille RB Dance Company : Stories mar. 7 mars | Le Théâtre Sébastopol - Lille Fakear mar. 07 mars | Le Splendid - Lille graphisme : marceau truffaut - hypothèse.studio
© Pauline Darley

NOVEMBER ULTRA

Chambre à part

Sa pop délicate et sa voix envoûtante lui valent parfois des comparaisons avec Lorde ou Frank Ocean – dont elle est fan. Révélée par le single Soft & Tender en 2020 (qui fit l'effet d'un baume apaisant en plein confinement) November Ultra s'est depuis fait une place à part sur la scène musicale hexagonale, tout en douceur et sincérité. Pour cause, c'est dans sa chambre de Boulogne-Billancourt que la chanteuse hispano-française a composé son premier album, Bedroom Walls, condensé de folk intimiste et de berceuses mélodieuses. Qui se cache derrière ce timbre duveté et ces nuages de tulle ? La toute première lauréate du prix Joséphine* se dévoile. Propos recueillis par Camille Baton

À quoi ressemblent vos débuts ? J’ai découvert la musique grâce à mon grand-père d'origine espagnole. Quand j’étais toute petite, il m’a appris ma première chanson, un air traditionnel de copla, la Salsa Mora. Après cela, je n'ai plus arrêté de chanter ! Par exemple, je suis tombée amoureuse de la Mélodie du bonheur, que j’ai même recréée dans ma chambre. Ensuite, à l’âge de six ans, je suis entrée au conservatoire. Plutôt médiocre au piano, ma maîtrise était néanmoins

suffisante pour m’accompagner, lire des partitions et surtout composer. Si je joue de la musique, c’est d’abord parce que j’adore chanter.

Pourquoi ce nom, November Ultra ?

Au début, c'était juste November, quand je faisais partie du groupe Agua Roja. Tout simplement parce que je suis née en novembre.

*nouvelle récompense musicale dont le jury est composé d’artistes et de créateurs

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interview
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m usi q u e
« J'écris à toute heure du jour ou de la nuit »

Puis, lorsque la bande s’est séparée, j’ai ajouté "Ultra", en référence à Nostalgia, Ultra, la mixtape de Frank Ocean. Ce pseudo m'a permis de mettre à distance ma vie personnelle et celle de musicienne. Comme un moyen de préserver une part d'intimité.

Pourquoi avez-vous choisi de composer vos chansons chez vous, seule dans votre chambre ? C'est extrêmement difficile de raconter des choses intimes dans des endroits qui ne sont pas familiers. Composer chez moi m’a donc rassurée. Ensuite, j'écris à toute heure du jour ou de la nuit. Impossible d'attendre l'ouverture du studio jusqu'au lendemain. Il faut que j’enregistre tout de suite, en un seul geste. Je tiens à saisir l'émotion à l'état brut avant tout le reste, même si parfois, techniquement, ce n'est pas parfait. Enfin, le studio reste un domaine très masculin, avec une surenchère technique. Voilà pourquoi j'ai réalisé une grande partie de l’album avec mon ordi, mon micro et ma carte son.

On parle souvent de "bedroom pop" pour décrire votre musique. Et vous, comment la qualifieriezvous ?

Cette appellation est assez juste car elle sous-entend "fait maison".

Et dans mes morceaux on entend effectivement mon chat, le lit qui craque, le fait que je ne joue pas très bien de la guitare... Donc ce terme "bedroom" me plaît bien. Celui de "pop" aussi, avec cette idée de l’intime qui devient universel. Pour moi, la pop, c’est réussir à se connecter à l’autre.

« Je tiens à saisir l'émotion à l'état brut »

Pourquoi chantez-vous essentiellement en anglais ?

Je ne voulais pas que ma mère comprenne les paroles ! Elle est espagnole et mon père portugais, j’ai grandi avec trois langues à la maison. Quand j’ai commencé à composer, je n'arrivais pas à écrire en français car j’avais peur que ma famille tombe sur mes textes. J’ai donc commencé à composer en anglais. C'est devenu mon terrain de jeu.

Dévoilez-vous vos sentiments pour mieux toucher les autres ? Écrire une chanson est l’acte le plus autocentré de la terre, c’est comme une séance chez le psy. Quand je lui parle, je n'ai pas envie d’aider le monde, mais d’abord m’aider moi. Mais avec des effets probablement positifs pour mon entourage. De même, avec ma

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musique, en terminant un morceau comme Soft & Tender je me suis dit : "si ça m’a apaisé, peut-être pourra-t-il toucher les autres".

Quel est votre rapport à la scène ? J’ai l’impression de faire voyager ma chambre. C’est un endroit où je me sens protégée, je me sens bien sur scène. Il y a aussi comme un pacte avec mon public. Kae Tempest a écrit un très beau livre sur le sujet, Connexion. Pendant un concert, l’artiste, le public et la musique doivent trouver le moyen de se connecter. J’ai le sentiment d’avoir cette chance.

D’ailleurs en janvier vous vous produisez dans un endroit pas comme les autres : au Louvre-Lens, dans la Galerie du temps, au cœur de l’histoire de l’art… Comment appréhendez-vous ce concert ? C'est un magnifique symbole. Déjà, l’endroit porte le plus joli nom au monde. J’essaye justement d'arrêter le temps avec ma musique. Ce sera donc un concert totalement différent, idéal pour insister sur cette notion d’intimité.

Lens, 28.01, Louvre-Lens (Galerie du temps) 21h, 14 > 5€, louvrelens.fr

Anvers, 30.03, De Roma, 20h, 17/15€ deroma.be

À lire / La version longue de cette interview sur lm-magazine.com

«
J’essaye d'arrêter le temps avec ma musique »
© Elisa Baudoin

LAURENT BARDAINNE & TIGRE D'EAU DOUCE

É nergie solaire

Par où commencer pour présenter Laurent Bardainne ? On pourrait classiquement citer Poni Hoax. Puis Limousine ou Lost, son tandem éphémère (?) avec Camelia Jordana. Énumérer aussi les collaborations avec Pharrell Williams, Cassius, Philippe Katerine, Oxmo Puccino, Daniel Darc… On pourrait, surtout, débuter par Tigre d’eau douce : on retrouve dans ce quartette certains complices avec lesquels il jouait voici vingt ans au sein du Crépuscule des dinosaures. En deux albums, le félin s’est fait un nom et une place à part dans le paysage jazz actuel, versant soul, funk et spiritual. On devine l’ombre de quelques génies du sax ténor (dont Coleman Hawkins, Ben Webster ou Albert Ayler…), tandis que les mélodies évoquent de grands noms soul – songez à Marvin Gaye, à Bill Withers. Un son porté par le souffle chaud et rond de l’orgue Hammond d’Arnaud Roulin. De son côté, le toucher feutré et précis du batteur Philippe Gleizes rappelle souvent Tony Allen. Bref, si Laurent Bardainne s’est fait connaître, au sein de Poni Hoax, avec un rock anxieux et angulaire, le voici redevenu un entertainer inspiré, proposant une musique solaire dont, finalement, on n’a jamais eu autant besoin. Thibaut Allemand Beauvais, 12.01, L'Ouvre-Boîte, 20h, 18 > 5€, asca-asso.com Faches-Thumesnil, 24.03, Les Arcades, 20h30, 16>8€, ville-fachesthumesnil.fr

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© Agnès Dherbeys
–Licences 1-001911 / 2-001912 / 3-001913 THÉÂTRE MUNICIPAL DE BÉTHUNE Boulevard Victor Hugo F - 62400 Béthune Renseignements et réservations 03 21 54 97 40 - theatre-bethune.fr Billetterie : application B-Tick Alexis Hazard Fait son festival Nosferatu Ciné-concert ONL vendredi 12 mai samedi 6 mai Carmen Cie Chicos Mambo vendredi 26 mai Stephan Eicher jeudi 13 avril Manu Payet Nouveau spectacle samedi 15 avril Dominique A jeudi 6 avril Time Square jeudi 30 mars Artimini Festival jeune public Alex Vizorek Ad Vitam 21 mars > 6 avril jeudi 16 mars Stories RB Dance Company samedi 11 mars Laura Felpin Ça passe Julien Clerc samedi 4 mars jeudi 2 mars Ben vendredi 10 février Un couple magique jeudi 19 janvier complet ! dernières places !

BRUSSELS JAZZ FESTIVAL

Notes capitales

Bruxelles et le jazz, c’est une grande histoire. La réputation de la capitale belge dans ce domaine n’est plus à faire : la ville chère à Toots Thielemans regorge de clubs, de musiciens et de rendez-vous idoines. Le Brussels Jazz Festival en fait justement partie, célébrant un genre séculaire… et jamais à bout de souffle.

Nabou Claerhout © Monday Agbonzee Jr.

Trop souvent, on a accolé au jazz l’épithète "élitiste". Et pourtant, s’il est une musique ouverte aux quatre vents, c’est bien celle-ci ! Installé à Flagey (sans doute le quartier le plus cosmopolite de Bruxelles) ce festival en fait une nouvelle fois la démonstration. En sus de figures locales (la tromboniste belge Nabou Claerhout, l’artiste underground Nixie) sont attendues ici des pointures internationales pour qui le syncrétisme n’est pas un vain mot. À commencer par Henry Wu, alias Kamaal Williams. Révélé en 2018 avec l’album The Return, ce Britannique marie comme peu d’autres culture club londonienne et notes bleues, c’est-à-dire jungle, garage, dubstep et hard-bop. Question mélange des genres, sa compatriote Emma-Jean Thackray n’a pas plus de leçons à recevoir. La fondatrice du label Movementt concasse jazz, funk, house et psychédélisme, marquant la rencontre improbable entre Sun Ra et… les Beach Boys ! Pour notre part, parmi tout ce beau monde, on ne manquera pas Alabaster DePlume. Auteur du mirifique Gold, ce poète et compositeur mancunien brouille les pistes entre spoken world et ethio-jazz, folk et mélodies japonisantes, arabisantes… Bref, un monde à lui tout seul, à l’image de ce festival. Julien Damien Bruxelles, 12 > 15.01, Flagey, 1 concert : 26 > 9€ • pass 1 jr : 70 > 55€, www.flagey.be Sélection / 12.01 : Claerhout/Baas/Peet + Henri Texier... // 13.01 : Emma-Jean Thackray, Shake Stew, Kamaal Williams... // 14.01 : Trombone Ensemble Nabou Claerhout feat. Robin Eubanks, Black Flower, Alabaster DePlume... // 15.01 : Anneleen Boehme Solo + Nabou Claerhout & Lynn Cassiers, Julia Hülsmann Quartet, Wolfert Brederode, Matangi Quartet & Jasper van Hulten, Benjamin Lackner Quartet... // 12 > 15.01 : Exposition de Patrick Van Vlerken

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C M J CM MJ CJ CMJ N 19.01 LAURA PRINCE 5TET 09.02 EDOUARD FERLET "PIANOÏD" 26.03 DELVON LAMARR ORGAN TRIO 11.04 PORTICO QUARTET 25.05 JAM SESSION 26.05 YOANN LOUSTALOT TRIO "YETI" 16.06 THOMAS GONZALEZ TRIO 27.03 BRAD MEHLDAU (Coprod ONL / L’Aéronef ) Infos et billetterie : tourcoing-jazz-festival.com P r o d . : A C T / lic 3 PL A TES V -R-2002-004880

WE LOFT MUSIC

La Cave aux poètes est, comme son nom l’indique, un lieu clos. Alors, elle décide de prendre l’air, et nous avec, en s’incrustant chez les autres : la Villa Cavrois, le Temple protestant ou encore… des lofts de particuliers. En tout, une dizaine de lieux patrimoniaux ou inattendus accueillent des concerts d’invités triés sur le volet. La techno cinématographique de Laake au Conservatoire, la kraut-techno d’Encore au Gymnase ou le folk cotonneux de Geoffrey Le Goaziou, dans une usine textile, sont quelquesunes des propositions déroutantes de La Cave - qui prouve qu’on peut être bas de plafond et avoir les idées larges ! T.A. Roubaix, 19 > 29.01, La Cave aux poètes et divers lieux, 1 concert : 15€ > grat., caveauxpoetes.com Sélection / 22.01 : Geoffrey Le Goaziou // 28.01 : Encore // 29.01 : Laake

CHILLY GONZALES

Avec Chilly Gonzales, on ne sait jamais à quoi s’attendre. Ce pianiste virtuose a collaboré avec Daft Punk, Jarvis Cocker, Boys Noize, Feist, Drake ou Puppetmastaz. Il a également signé une quinzaine d’albums, une méthode d’apprentissage du piano et un livre sur la question du goût en musique (Plaisirs (non) coupables). Enfin, il a repris en main la tradition du disque de Noël. Bref, avec ce Canadien, on peut simplement s’attendre… à l’inattendu. T.A.

Amiens, 13.01, Maison de la Culture, 20h30, 30 > 15€ Liège, 23.03, Le Forum, 20h, 43/38€, www.leforum.be Mons, 24.03, Théâtre le Manège, 20h, 40 > 35€, surmars.be

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Laake © Thomas Guerigen © DR
© JOHAN JACOBS HENRI TEXIER EMMA-JEAN THACKRAY NABOU CLAERHOUT KAMAAL WILLIAMS BENDIK GISKE LINDA FREDRIKSSON ALABASTER DEPLUME SHAKE STEW JULIA HÜLSMANN QUARTET METTE HENRIETTE BLACK FLOWER BENJAMIN LACKNER QUARTET & MANY MORE V.U./E.R.: Gilles Ledure, Rue du Belvédèrestraat 27/5 1050 Brussel / Bruxelles design by raf-thienpont.be

LOYLE CARNER

Top chef

Jusqu’ici Loyle Carner, 28 ans, régalait le hip-hop anglais, dans tous les sens du terme. Auteur de deux albums roboratifs, il n’était pas avare en… conseils culinaires et saupoudrait son second essai, Not Waving, But Drowning (2019) de références au chef italien Antonio Carluccio ! Un Jamie Oliver du hip-hop ? Peut-être. En tout cas, il se tenait à distance de l’agressivité inhérente au grime et à la drill, lui préférant une approche plus pop, collaborant avec Sampha, Jorja Smith ou Tom Misch. Bon élève, le Londonien respecte l’histoire du genre. Ses effluves jazz rappelaient les belles heures du rap new-yorkais du début des nineties, et You Don’t Know samplait le fameux Deep Shadows de Little Ann. Pas étonnant qu’un amoureux des boucles comme le regretté MF Doom l’ait soutenu à ses débuts. Son dernier LP en date, Hugo, produit par Kwes (et Madlib, aussi) le montre plus "adulte". Il y évoque, à la suite de Kendrick Lamar, sa récente paternité et les responsabilités qui vont avec. Dont, évidemment, l’obligation de faire bouillir la marmite... Thibaut Allemand Bruxelles, 25 & 26.01, Ancienne Belgique, 19h, complet !, abconcerts.be

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© Jack Davison
JAN—FÉV. 23 LILLE AERONEF.FR licences : n°1-1064625 2-1064626 / 3-1064627 01.02 Lous & The Yakuza 04.02 Zone de turbulent.e.s : Infecticide + Chevalier Surprise + Vulves Assassines + Daisy Mortem + Petula Black Sperm +Pipo & Bimbo + Miss G L’AÉRONEF … & PLUS Joakim 20.01 Kamaal Williams + guest 06.01 Aéro Teenage Tour Concert de restitution 14.01 Electric Callboy + Annisokay 27.01 Mademoiselle K + Ravage Club 31.01 The Cool Greenhouse + Cool Sounds 26.01 iNOUïS du Printemps de Bourges Amouë + Demain Rapides + Joni île + Konga Infos, résas & agenda complet www.tumetonnesproductions.com MARS LES GOGUETTES dtf 16.03 • Splendid • Lille FÉVRIER GUS ILLUSIONNISTE AUrélie saada 04.03 • Splendid • Lille STéphane PAUL MIRABEL 01.02 • Théâtre Sébastopol • Lille 08.02 • • Lille Théâtre Sébastopol BERNARD WERBER YVES JAMAIT MARC LAVOINE 10.03 • Palais des Congrès • Le Touquet CAMILLE & JULIE BERTHOLLET YANISS ODUA 11.03 • Splendid • Lille MADAME FRAIZE 10.02 • Palais des Congrès • Le Touquet 11.02 • Palais des Congrès • Le Touquet 04.03 • La Bulle Café • Lille 08 & 09.03 • Théâtre Sébastopol • Lille 10.03 • Théâtre Sébastopol • Lille 25.03 • Splendid • Lille

NICK WHEELDON

Né et grandi à Sheffield, Nick Wheeldon échoua voici dix ans quelque part dans l’est parisien. Auteur d’une vingtaine d’albums au sein d’une dizaine de groupes aux intitulés un brin fantaisistes (parmi lesquels The Jesus Loves Heroin Band ou Os Noctàmbulos), ce stakhanoviste britannique signait en 2021 un premier album sous son nom. Comme s’il n’était plus question de plaisanter. Wheeldon fait partie de ces songwriters habités et inspirés, dans la lignée des Bob Dylan, Gene Clark, Alex Chilton et autres Neil Young. On exagère ? Rejoignez donc ce concert traditionnellement matinal – il n’y a pas que votre week-end qui en sera chamboulé. T.A. Lesquin, 21.01, Centre culturel, 11h11, gratuit, centrecultureldelesquin.fr

EMMA PETERS

C’est une histoire touchante, celle d’une ado "fan de" qui passe de l’autre côté du miroir. Emma Peters reprenait des standards du hip-hop français en guitare-voix et les postait sur les réseaux (Aya Nakamura, Lartiste, Damso…). De clics en aiguille, elle se fait un nom et s’essaie à la composition. Mais oubliées, les reprises rap d’hier. Place à une chanson française mutine, nourrie au jazz, à la bossa, et entonnée d’une voix à la charmante fêlure. T.A. Oignies, 20.01, Le Métaphone, 20h30, 18/15€, 9-9bis.com

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© Alex Horn / Datapanik © Elisa Parron
TIM DUP / LAAKE LONNY / Ô LAKE LES HAY BABIES ARYANE / ENCORE CHAHU / ARLT GEOFFREY LE GOAZIOU S8JFOU & SIMON LAZARUS ET BIEN D’AUTRES… + D’INFOS SUR CAVEAUXPOETES.COM LA CAVE AUX POÈTES, 16 RUE DU GRAND CHEMIN - 03 20 27 70 10 INFO@CAVEAUXPOETES.COM - WWW.CAVEAUXPOETES.COM FESTIVAL 19 29 JANVIER MUSIQUE & PATRIMOINE SAI CALAIS SON Retrouvez l’ensemble de la programmation : www.spectacle-GTGP.calais.fr www.billetterie.calais.fr Retrouvez le programme ici 12 Janvier BLACK COMEDY Grand Théâtre – 20h30 – Farce anglaise 14 Janvier AXEL BAUER + SIMON GOLDIN Gérard Philipe – 20h30 – Chanson rock 18 Janvier CENDRILLON LE GRAND BALLET DE KIEV Grand Théâtre – 20h30 – Ballet classique COMPLET 20 Janvier ORCHESTRE NATIONAL DE LILLE CONCERT WAGNER / BRUCKNER Grand Théâtre – 20h00 – Musique classique 20 Janvier KERY JAMES Gérard Philipe – 20h30 – Hip-hop 27 Janvier CELKILT & LES 3 FROMAGES Gérard Philipe – 20h30 – Rock’n’Drôle - Rock Celtique

LA VOIX HUMAINE

1958. Francis Poulenc, ravagé par une peine de cœur, se plonge dans La Voix humaine, un monologue théâtral de 1930 signé de l’un de ses meilleurs amis, Jean Cocteau. Le pitch ? Une femme, au téléphone, s’adresse à l’amant qui l’a quittée. Poulenc en tire un drame lyrique en un acte d’une étonnante modernité, recréant par exemple les sons du quotidien (la sonnerie au xylophone, les coupures téléphoniques à coups d’archets). La soprano Véronique Gens et l’ONL, sous la direction d’Alexandre Bloch, rendent justice à une œuvre paradoxale, à la fois pur produit de l’avantgarde du xxe siècle et traduction d’un sentiment éternel. T.A. Lille, 25.01, Nouveau Siècle, 20h, 55 > 6€, onlille.com

ANDRÉ MANOUKIAN

Jadis homme de l’ombre de Liane Foly, André Manoukian devint populaire en tant que juré pour La Nouvelle star, amusant la galerie de sa faconde lunaire. À Lille, au Casino Barrière, "Dédé" se fait plus pédagogue pour évoquer une histoire de la musique comme on l'a peu entendue – saviez-vous que l’exécution de Robespierre a donné naissance au jazz ? Au Zéphyr de Hem, il s'entoure cette fois des Voix du Levant pour renouer avec ses racines orientales... T.A.

Lille, 22.01, Casino Barrière, 18h, 37 > 28€ (Les Notes qui s'aiment) // Hem, 09.02, Le Zéphyr, 20h, 35/31€, zephyrhem.fr (Les Voix du Levant)

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V é ronique Gens © Franck Juery © Emmanuelle Nemoz / AMP
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+33 (0)3 20 70 66 66 atelierlyriquedetourcoing.fr Ven 20.01.23 | 20 h Dim 22.01.23 | 15 h 30 TOURCOING Théâtre Municipal R. Devos OPÉRA LE MONDE SELON MOZART Les Ambassadeurs ~ La Grande Écurie Alexis Kossenko direction musicale François de Carpentries & Karine van Hercke mise en scène L’Atelier Lyrique de Tourcoing est une association subventionnée par la Ville de Tourcoing, la Région Hauts-de-France, le Conseil Départemental du Nord et le Ministère de la Culture / Drac Hauts-de-France. TOUR COING 20 + 22 01 JEUNE PUBLIC THÉÂTRE MUSICAL OPÉRA CONCERT TOUR COING 20 + 22 01
édition + communication info@lastrolab.com
Licence 2-2020-005984

AITCH

Voici une poignée d’années, Aitch faisait parler de lui à la faveur de quelques free-styles et singles bien sentis. Mais les vues ne font pas vivre, et Harrison James Armstrong se levait chaque matin à quatre heures pour pointer chez son grand-père, petit artisan. Aujourd’hui, le Mancunien sort du lit à l’heure qui lui chante, et sa ganache s’affiche en quatre par trois pour promouvoir le déo Lynx – l’équivalent british de notre fameux Axe. Peu de chance que le jeune homme incarne l’avenir du rap anglais mais, à vrai dire, on s’en fiche. À 23 ans, ce kid représente parfaitement le zeitgeist actuel. C'est-à-dire un "ici et maintenant" coincé entre un avenir incertain et un passé glorieux avec lequel il joue volontiers, se faisant tirer le portrait dans les locaux de feu Factory Records, samplant Fools Gold des Stone Roses et conviant le Happy Mondays Shaun Ryder à marmonner une intro sur 1989. Aux dernières nouvelles, il supplie Liam G. de bosser avec lui. Alors, Aitch, simple médiateur culturel de l’ancien fleuron de l’industrie textile ? Pas seulement. Naviguant entre hip-hop classique, trap, R&B et pop, l'Anglais se cherche encore. Pas de souci : en rap comme ailleurs, certaines des plus belles discographies sont le fruit de longs cheminements. Thibaut Allemand Bruxelles, 28.01, Botanique, 19h30, 25,50 > 19,50€, botanique.be

Capitol Records

album sorti en août 2022

écouter / Close to Home m u sique

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À
Le kid de Manchester a i t c h o ffmoc.laici
©
Ciesay

THE RESIDENTS

Depuis le milieu des années 1960, ces Californiens pratiquent d’abracadabrants collages sonores à partir de standards (James Brown, Beatles…). Célèbres pour leur dégaine (haut-de-forme et masque de globes oculaires), The Residents sont les pionniers de l’anonymat dans la pop moderne. Leur œuvre éparse s’est penchée sur le rock, le jazz, les musique concrètes, électroniques… Ce concert, qui tient davantage de la performance théâtrale, est une occasion rare pour "Meet The Residents", comme ils disent. T.A. Bruxelles, 29.01, Botanique, 19h30, 29,50 > 23,50€, botanique.be

LALALAR

Le rock turc connaît ces dernières années un second âge d’or, grâce à des diggers avertis et des formations telles Derya Yıldırım & Grup Şimşek, Altın Gün ou Gaye Su Akyol… auprès de laquelle officie Ali Güçlü Şimşek, guitariste de Lalalar. Ces derniers s’emparent de la tradition via le sampling, et la confrontent à des basses rugueuses et des rythmes électroniques. Le résultat, éclectique et électrisant, commente allègrement, et avec ironie, les soubresauts de la société turque. C’est Byzance ! T.A.

Anvers, 26.01, Trix, 19h, 17/13,50€, trixonline.be Arlon, 27.01, L'Entrepôt, 20h30, 16,70€, entrepotarlon.be Charleroi, 28.01, Eden, 21h, 15 > 10€, eden-charleroi.be

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© DR © DR
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DAVID CRANF

La musique à la barre

Un pied dans les tribunaux, l'autre dans les studios : ainsi avance David Lefranc, aka David Cranf. Voilà plus de 20 ans que cet Arrageois concilie droit et musique, entre techno et chanson française. Le Filtre , son premier album (autoproduit), sort à la fin de ce mois. Compte-rendu d'audience.

Entre la robe noire et les claviers, David Lefranc a « choisi de ne pas choisir ». Inscrit au barreau d'Arras depuis 2006, spécialiste du code de la propriété intellectuelle (après une thèse sur le sampling, ça va de soi), l'homme est aussi un passionné de musiques électroniques. Plus précisément d'acid house, comme en atteste son éternel tee-shirt affublé d'un smiley. « Je ne m'en suis jamais remis. Certains citent les Stones ou les Beatles, moi c'est Dr Phibes ». À la fin du siècle dernier ses premiers titres techno passent sur Radio Galaxie. Son pseudo ? The Necromorph. « C'est vrai, ça semble sorti de Harry Potter », s'amuse le père de famille de 47 ans, pas peu fier d'annoncer qu'un de ses morceaux d'antan, The Hunchback (1995), ressort ces jours-ci, repêché dans les arcanes du web par un label berlinois – donc connaisseur.

Pop kaléidoscopique

Une surprise, car entre-temps le style de David Lefranc, qui se produit depuis 2017 sous l'alias David Cranf, a bien évolué. « Je suis une sorte de pot-pourri de plein d'influences, j'écoute des musiques brésiliennes, Bill Withers, Stevie Wonder mais aussi Barbara, Brel ou Alain Chamfort, l'artiste dont je suis peut-être le plus proche... ». En témoigne son premier album, Le Filtre, condensé de textes chantés en français, dans un phrasé élégant, et posés sur des notes de piano et des sonorités electro, voire funk ou hip-hop. « Une pop exploratoire et cinématographique », résume l'auteur-compositeur-interprète, à travers laquelle il évoque, pêle-mêle, la famille (« source de toutes les psychopathologies »), l'adolescence, la violence et la bêtise des hommes (Ragoût d'ego, L'Homme défoule) ou simplement le temps qui passe (L'Écart). Une sacrée plaidoirie. Julien Damien

Release Party

Le Filtre Sainte-Catherine-les-Arras, 26.01, Musée de l'histoire de la vie foraine, 19h30, gratuit

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À écouter / Le Filtre (David Cranf, sortie le 26.01) The Hunchback (The
sortie le 27.01) À visiter / david-cranf.net m usi q u e
© Bernard Delhalle
Necromorph,

OMAR SY & MATHIEU VADEPIED

Francs-tireurs

Durant la Première Guerre mondiale, près de 200 000 Sénégalais ont combattu sous le drapeau français, mais furent vite oubliés par les livres d'histoire. En 1998 disparaissait le dernier d’entre eux, dans l’anonymat... Mathieu Vadepied leur rend hommage à travers le poignant Tirailleurs, avec dans le rôle phare Omar Sy. L’interprète de Lupin campe ici Bakary Diallo, un Sénégalais qui s’engage volontairement dans l’armée française, en 1917, pour retrouver son fils Thierno, qui a lui été enrôlé de force. Mais au fil des combats, ce dernier commence à gagner en estime et à s’affranchir, tandis que son père ne pense qu’à le ramener vivant chez eux… Entretien avec deux francs-tireurs du cinéma.

Comment ce projet est-il né ?

Mathieu Vadepied : Tout est parti d’une question. Et si le soldat inconnu était un tirailleur sénégalais ? Cette interrogation me suit depuis mes 18 ans...

Omar Sy : Mathieu était chef opérateur sur Intouchables, et un jour à la cantine on discute de son envie d’être réalisateur et de son idée. Il me parle alors d’un article lu dans Le Monde consacré au dernier tirailleur de la Première Guerre mondiale, Abdoulaye Ndiaye… mort la veille de recevoir la légion

d’honneur promise par le président français. Puis, il me pose cette fameuse question. On a ainsi réfléchi à ce film durant dix ans, jusqu’à le présenter aujourd'hui.

Le sujet n'a jamais été vraiment abordé au cinéma. Est-ce que cela a constitué une motivation supplémentaire ? Omar Sy : Oui ça a été un moteur, en tout cas pour moi. Je n'avais moi-même jamais imaginé que le soldat inconnu puisse être un tirailleur sénégalais.

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interview
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écran s

Sans doute, par manque d’information et l'effacement de cette population de notre mémoire collective. Tourner ce film était donc nécessaire.

leçons. Nous voulions toucher les cœurs, plus que les têtes.

Omar, le rôle de Bakary vous touche-t-il à titre personnel ?

L’écriture du scénario aura duré dix ans. Pourquoi si longtemps ?

Omar Sy : Parce que Mathieu ne savait pas écrire, il était analphabète (rires) !

Mathieu Vadepied : Blague à part, c'était très compliqué car on ne trouve pas de témoignages directs de ces tirailleurs. On ne savait pas comment adopter le meilleur point de vue pour cette histoire. Nous avons donc exploré des tas de pistes. Cette maturation était indispensable pour écrire un film juste, ni revanchard ni donneur de

Omar Sy : Je suis assez extraverti et bavard. Le fait de jouer en peul, qui est ma langue maternelle, révèle chez moi quelque chose de très intime et que je n’avais jamais exprimé auparavant. Elle contient toute mon éducation, cette discrétion, ce calme... Le français ne m’aurait pas permis de dévoiler cette facette.

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« Un film juste, ni revanchard ni donneur de leçons »

Mathieu Vadepied : Oui, Bakary n’est pas un personnage expansif, il intériorise beaucoup. Il observe en silence, n’a pas les codes et ne comprend pas tout. Il voit son fils s’éloigner et prendre l'avantage car il parle français.

Quel fut votre parti pris concernant la réalisation ?

Mathieu Vadepied : Je voulais être au plus près des personnages, pour appréhender leur environnement, sur le plan humain, la perception des autres, les décors... Notre approche très immersive et

Tirailleurs

la bande son traduisent aussi la rudesse à laquelle ces hommes étaient confrontés.

En réhabilitant les tirailleurs, ce film met en lumière de remarquables acteurs noirs. Était-ce aussi un objectif de ce film ?

Omar Sy : Ce n'est pas la première chose à laquelle on a pensé. Mais une fois sur le plateau, avec tous ces acteurs noirs autour de nous, je me suis rendu compte de la portée du film, et c’est une bonne sensation.

Propos recueillis par Camille Baton

Photos © Marie-Clemence David / Light Motiv

De Mathieu Vadepied, avec Omar Sy, Alassane Diong, Jonas Bloquet… Sortie le 04.01

À lire / La version longue de cette interview sur lm-magazine.com

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JOYLAND Modern Love

Un coup d'essai comme un coup de maître. Pour son premier film, le Pakistanais Saim Sadiq raconte une histoire d'amour hors norme : celle entre une artiste transsexuelle et un jeune époux étouffant dans une société patriarcale. Une œuvre magistrale, effrontée… et frontale. Haider vit avec son père, son épouse Mumtaz, mais aussi son frère aîné, sa belle-sœur et leurs enfants. Sans emploi, il finit par décrocher un rôle de danseur dans une troupe menée par Biba, artiste transgenre dont il s’éprend sur-le-champ. Iconique, irréelle, celle-ci fabrique son propre folklore. Démesurée, son image hante son prétendant et l’espace public, jusque dans la demeure paternelle, et rappelle l’importance d’habiter son propre corps. Car dans ce huis-clos familial, le patriarcat régit le quotidien. Face aux injonctions, Haider et Mumtaz s'adaptent, entre autocensure sous le toit familial et danse libératrice sur les rooftops de la ville. Malgré moult fenêtres, miroirs, patios, chambranles, portes entrebâillées pour (re)cadrer et enfermer les protagonistes (quand ils ne sont pas tout simplement filmés de dos), rien à faire, les corps ne fileront pas droit ! Saim Sadiq rend ici hommage à la communauté trans de Lahore, ville dont il est originaire. Ce premier long-métrage remarqué (prix du jury "Un certain regard" à Cannes, entre autres) illustre bien la schizophrénie propre au Pakistan : il a été sélectionné pour les Oscars, puis interdit de diffusion dans le pays... Pourtant, au-delà du simple plaidoyer transgenre, ce film défend toutes les libertés dans un mouvement choral et universel. Selina Aït Karroum

De Saim Sadiq, avec Alina Khan, Ali Junejo, Rasti Farooq, Sarwat Gilani… Sortie le 28.12

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© Condor Distribution

Amoureux de la culture

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VENEZ VOIR

La grâce de l'instant

Avec son titre en forme d'invitation, le huitième long métrage de l'Espagnol Jonás Trueba ne manque pas d'intriguer. Tourné avec les mêmes acteurs principaux que le lumineux Eva en août (2020), Venez voir brouille une nouvelle fois la frontière entre fiction et réalité, pour provoquer des étincelles de joie.

Dans un café de Madrid, deux couples de trentenaires écoutent le pianiste Chano Domínguez. La caméra s'attarde sur leur visage, saisissant l'émergence d'une émotion. L'ouverture est d'une troublante beauté. Elle traduit aussi un projet esthétique : tourner en laissant faire le temps, et voir ce qui advient au fil de la prise. Ce court film (à peine une heure) affiche ainsi ce goût de l'instant, avec ce qu'il comporte de singulier. L'histoire, pourtant, est des plus ordinaires. Un couple déménage à la périphérie de la capitale espagnole, l'autre s'interroge sur ce choix. Peutêtre manqueront-ils l'occasion de se réunir ? Finalement, l'invitation est acceptée : Elena et Guillermo "viendront voir". Par un dimanche ensoleillé, les amis se retrouvent, les conversations reprennent. Petit à petit, l'apparence de bonheur se craquelle : l'enfant attendu par Susana et Dani n'est pas arrivé, et la bourgade n'est pas aussi accueillante qu'elle en avait l'air. Venez voir n'entend pas écorner les rêves petit-bourgeois des trentenaires, plutôt révéler une incertitude existentielle plus profonde. Comment changer sa vie ? Le film ne donne pas de réponse, mais rend sensible la grâce du présent. Raphaël Nieuwjaer

De Jonás Trueba, avec Itsaso Arana, Vito Sanz, Francesco Carril, Irene Escolar... Sortie le 04.01

© Itsaso Arana / Vito Sanz / losilusos films

THE BANSHEES OF INISHERIN

Irlande, 1923. Sur fond de guerre civile, deux amis se livrent à une joute retorse sur l’île (fictive) d’Inisherin depuis que l'un a décidé de mettre fin à leur relation du jour au lendemain, sans explication… Martin McDonagh (Three Billboards) sert ici une fable existentialiste emplie d'humour noir. Entre superstition verdoyante, châtiment et auto-sabotage absurde, cette amitié ébranlée traduit le ressentiment de tout un pays… contre lui-même. Brendan Gleeson et Colin Farrell sont parfaits en frères ennemis gagnés par la fièvre insulaire. Imprégnée de mythologie celte autant que du théâtre de Beckett, cette fresque offre des plans dignes d’un tableau de Vermeer. On en oublierait presque la cruauté de ce jeu de massacre, qui va crescendo… Selina Aït Karroum

De Martin McDonagh, avec Colin Farrell, Brendan Gleeson, Kerry Condon, Barry Keoghan… Sortie le 28.12

16 ANS

Nora et Léo se rencontrent lors de leur rentrée en seconde, et tombent amoureux au premier regard. L’une vit en cité HLM et l'autre dans un quartier résidentiel. Leur idylle bascule lorsque le grand frère de l'adolescente est accusé de vol dans l'hypermarché où il travaille puis viré par son patron... qui n’est autre que le père de Léo. Leur amour devient impossible. Au fur et à mesure la romance vacille, les deux clans se déchirent... Dans cette version contemporaine de Roméo et Juliette , la condition sociale se substitue à la vieille querelle de famille, mais le propos n'en est pas moins shakespearien. Le film est servi par une réalisation tout en pudeur, où les scènes de tendresse s'opposent à la violence des hommes. Celle-ci aura-t-elle une fois encore le dernier mot ? Camille Baton

De Philippe Lioret, avec Sabrina Levoye, Teïlo Azaïs, Jean-Pierre Lorit … Sortie le 04.01

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© Fin Août Productions © 20th Century Studios. All rights reserved. Property of Searchlight Pictures

Roman Muradov

Tous les vivants (Dargaud)

Entre deux mondes : c’est là que se situent à la fois le récit de Tous Les vivants et son héroïne. Cette dernière a voulu en finir avec la vie, mais voilà qu’un bref passage dans un pseudo-purgatoire assez fascinant la renvoie chez les vivants. Retour sur Terre donc, mais pas tout à fait, et c’est dans cet entre-deux que se déploie le style si singulier de Roman Muradov. Après le remarqué Aujourd’hui, demain, hier, le Californien d’origine russe narre cette aventure avec ses planches crayonnées intrigantes et délicates. Incarnés mais évanescents, la protagoniste et l’univers qui l’entoure ne rappellent aucune autre histoire de fantômes. Doté d'un sens de l’humour très européen (le récit pourrait être le chapitre d’un livre de Mircea Cartarescu), Muradov décrit aussi bien la colocation entre la jeune fille et son propre spectre que les règles absurdes régissant le monde. S’il peut paraître d’abord austère et fort peu romanesque, Tous les vivants est un livre qui gagne en consistance à chaque relecture. Une curiosité à la poésie entêtante. 160 p., 22€. Rémi Boiteux

Bob Dylan

Philosophie de la chanson moderne (Fayard)

Voilà près de 20 ans que la suite des Chroniques se fait attendre. Viendra-t-elle ? Pas sûr, mais Bob Dylan a peutêtre trouvé une autre manière de se raconter : à travers les chansons des autres (Elvis Presley, Little Richard, The Clash...). Pas pour tirer la couverture à lui. L'Américain est d'une humilité et d'un enthousiasme qui feraient passer l'ouvrage pour celui d'un simple mélomane. Pour chaque chanson, l'approche est la même : le poète la raconte à sa manière avant d'en commenter la genèse et l'interprétation. Pas très "philosophique", mais ça vit, ça vibre. Et voilà que le passé remonte à une vitesse foudroyante, sans nostalgie. « [La musique] appartient à une époque, tout en restant intemporelle ; elle aide à bâtir des souvenirs et en est elle-même un », conclut Bob. 352 p., 39,90€. Raphaël Nieuwjaer

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livres

Amandine Dhée

Sortir au jour (La Contre Allée)

Après la maternité dans La Femme brouillon puis la sexualité dans À mains nues, Amandine Dhée nous livre ses réflexions sur un autre sujet pour le moins existentiel : la mort. La sienne, certitude dont personne ne sait rien, mais aussi celles que l’on redoute, des gens qu’on aime. Il y a aussi les disparus que l’on tait ou ce mystère qu’on essaie d’expliquer à ses enfants, car il fait partie de la vie, paraît-il. Ces évocations intimes et souvent touchantes sont entrecoupées du témoignage de Gabriele, thanatopractrice. Le trépas, c’est son quotidien. On comprend vite pourquoi l’autrice nordiste lui a donné la parole : le regard qu’elle pose sur les défunts, à la fois respectueux et pragmatique, nous permet de cerner un tant soit peu cette grande inconnue. 128 p., 16€. Madeleine Bourgois

Pierre Bayard

Et si les Beatles n’étaient pas nés ? (Les Éditions de Minuit) Une novellisation de la BD de David Blot et Jérémie Royer ou du film de Danny Boyle ? Non. Une façon d’accrocher le lecteur, plutôt. Car Bayard, féru de physique quantique, imagine une myriade d'univers possibles : un monde sans Proust, sans Freud… On en passe. Chacune de ces absences ouvre de nouvelles perspectives : tel dramaturge aurait alors connu une postérité plus longue (Ben Jonson plutôt que Shakespeare), telle artiste aurait pu s’épanouir (Camille Claudel plutôt que Rodin), des révolutions auraient pris une autre tournure (Proudhon plutôt que Marx). L’exercice, vertigineux, est mené avec maestria. L’habituel style pince-sans-rire de l'auteur joue avec l’érudition sans l’étaler. Une promenade conviviale dans des mondes fantaisistes. 192 p., 17€. T.A.

Loïc Artiaga & Matthieu Letourneux Aux origines de la pop culture (La Découverte)

La littérature française dans la deuxième moitié du xx e siècle, c’est le Nouveau Roman, les Hussards… Enfin, c’est ce que l’histoire officielle a validé. Dans l’ombre, et à la même époque, s’arrachaient romans policiers, d’espionnage, de SF, d’érotisme… Des bouquins à très gros tirages dont on a retenu quelques héros (OSS 117, Coplan, San-Antonio) et, plus rarement, des auteurs (Simenon, Dard, Kenny, Bruce ou de Villiers). Dans cet ouvrage richement illustré, les deux universitaires reviennent sur l’épopée et l’impact de ces "romans de gare", qui furent à la fois créateurs d’un imaginaire collectif et secoués par les vastes changements culturels et politiques de leur époque. Une belle mise en perspective de la littérature populaire. 192 p., 20€. Thibaut Allemand

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MUSÉE DES BEAUX-ARTS DE CHARLEROI

Acte de (re)naissance

Initiées en 1889, les collections communales de Charleroi sont riches de quelque 4 000 œuvres mais n'avaient jusqu'ici pas de musée. Tel un trésor sans coffre, ces peintures et sculptures étaient alors hébergées dans les greniers de l'Hôtel de ville ou les salles du Palais des beaux-arts, sans espace dédié. Depuis le mois de décembre, la cité wallonne possède enfin son musée des beaux-arts. Visite guidée.

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Musée des beaux-arts de Charleroi © Ville de Charleroi © Photo Tom Colaux

«

Ça nous manquait cruellement, concède Paul Magnette, le bourgmestre. Il est fondamental qu'une ville de plus de 200 000 habitants comme Charleroi possède son propre musée des beaux-arts. Trop longtemps, notre cité a été méprisée : ce serait "la plus laide du monde"..., déplore l'élu socialiste. La culture est un moyen pour elle de se réapproprier son histoire et son identité, pour mieux se projeter dans l'avenir ». Sans occulter le passé. Le choix du lieu s'est en effet porté sur un bâtiment datant de 1887, et accueillant auparavant les anciennes écuries de la gendarmerie. Soit un immeuble de 2 080 m2 encore parsemé de mangeoires et de colonnades de pierre bleue. Celui-ci est situé au pied de la fameuse tour Signal érigée par l'architecte Jean Nouvel, autre emblème du renouveau que vit la commune wallonne.

Pas si classique

Concrètement, le musée compte d'abord, au rez-de-chaussée, un espace de 400 m2 dédié aux expositions temporaires. La toute première est consacrée à une icône de la région, les éditions Dupuis, qui fêtent leurs 100 ans. Outre cet anniversaire, « il s'agissait aussi

« La culture est un moyen de se réapproprier son histoire et son identité, pour mieux se projeter dans l'avenir »

de marquer les esprits dès le début, en sortant du classicisme. On ne s'attend pas forcément à voir de la BD dans un tel endroit , explique Eve Delplanque, responsable administrative des musées de la ville. On retrouvera cette petite impertinence dans nos prochains accrochages, consacrés au sport puis aux femmes artistes belges ».

La Joconde de Charleroi ?

L'exposition permanente est installée au premier étage. Au sein de pièces lumineuses sont dévoilées •••

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Fleur de terril, 1927 d'Edmond Doumont © Photo Julien Damien Lucy I Have a Dream, 2009 © Johan Muyle © photo Julien Damien
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Masques © James Ensor © Paul Louis Couleurs du pays de Charleroi © Daniel Fauville

120 œuvres signées de nombreux artistes carolos. On déambule ici au fil d'un parcours chronologique reflétant des thématiques (un peu comme un voyage dans l'histoire de l'art), du néoclassicisme

presqu'exclusivement des modèles féminins. D'ailleurs, dans la salle consacrée au réalisme social, ce ne sont pas tant les mineurs qui sont mis à l'honneur, mais plutôt les hercheuses, les travailleuses de l'ombre, à l'image de la Fleur de terril d'Edmond Doumot. Cette lumineuse huile sur toile magnifie une femme forte et fière de son labeur, tout un symbole en ces lieux.

de François-Joseph Navez à l'art contemporain (Johan Muyle), en passant par les paysages de Charleroi, son sens de la fête (James Ensor), le surréalisme (Magritte, Jean Ransy)... La galerie des portraits, elle, célèbre

Julien Damien

Musée des beaux-arts de Charleroi Charleroi - 67 boulevard Pierre Mayence mar > ven : 9h-17h • sam & dim : 10h-18h collection permanente : gratuit expositions temporaires : 5 > 2,50€ (gratuit -12ans), charleroi-museum.be

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Il s'agissait de marquer les esprits en sortant du classicisme »
Musée des beaux-arts de Charleroi © Ville de Charleroi © Photo Tom Colaux

LES ÉDITIONS DUPUIS ONT 100 ANS

Secrets de fabrication

2022 marque l'inauguration du Musée des beaux-arts de Charleroi, mais aussi un autre événement : le centenaire des éditions Dupuis ! Monter une exposition anniversaire sur ce fleuron belge qu'est l'école de Marcinelle avait tout du traquenard – façon Zorglub. « Comment résumer un siècle d'édition dans un espace de 400 mètres carrés ? Pas évident... », avoue Morgan Di Salvia, rédacteur en chef du journal Spirou. Impossible d'être exhaustif. Le choix fut donc tout autre : immerger le public dans cette "fabrique de héros" que sont les Schtroumpfs, Gaston Lagaffe, Spirou, le Marsupilami... entre autres ! En clair : expliquer dans le détail comment on réalise une bonne BD, du premier croquis à l'impression. La scénographie reprend ainsi les codes esthétiques de l'usine (« un clin d'œil au passé industriel de Charleroi ») avec par exemple ses vestiaires renfermant quelques astuces de scénaristes. Entre planches originales (signées Franklin, Jijé, Morris...) ou documents internes (les notes des correcteurs sont savoureuses) on découvre la recette d'une bonne mise en couleur, des produits (très) dérivés ou quelques secrets bien gardés – à l'image de cette poitrine trop opulente de Natacha... En somme, une belle balade dans l'envers du décor. J.D.

La Fabrique de héros Charleroi, jusqu'au 30.07, Musée des beaux-arts, mar > ven : 9h-17h • sam & dim : 10h-18h, 5>2,50€

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© Julien Damien Interior Views Of The W. & L.t, Wild And Lethal Trash Shop – 1996Marc Newson (1963) - © Tom Vack, courtesy of Marc Newson Ltd, 2021

ON DISPLAY

Rayons d’action

Le Design Museum Brussels nous invite à faire les magasins, mais pas n’importe comment. Associant petite surface et caractère éphémère, la boutique constitue un laboratoire de recherche pour les architectes et designers. L’exposition On Display. Designing the shop experience retrace son évolution, en tendant un miroir à notre société. Ou quand la boutique devient la vitrine de nos comportements.

Au cours de son histoire, la boutique endosse plusieurs rôles, en tant que lieu d’interaction, de consommation et de design. Aux yeux de Benjamin Stoz, c’est surtout un formidable outil d’analyse de la société. « À la fin du xixe siècle, l’espace de vente copie les codes de l’intérieur privé et bourgeois, richement décoré, à coups de mobilier rembourré style Louis XVI, miroirs dorés, lambris et boiseries. C’est alors un reflet de la réussite du commerçant et du statut social de sa clientèle », détaille le commissaire de cette

exposition, lui-même architecte d’intérieur. Le petit magasin de l’entre-deux-guerres est plutôt une ode au divertissement (façon music-hall, cinéma, théâtre) tandis que dans les années 1980, il s’inspire du musée et de la galerie d’art. « Le produit y est présenté comme une œuvre, pour mieux estomper l’idée de transaction financière ». En témoignent les échoppes de la marque Olivetti, laquelle fait appel à l’architecte italienne Gae Aulenti et au studio BBPR. « Les machines à écrire trônaient parmi des œuvres d’art.

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exposi t i o n
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« La technologie est au service de l’architecture, et non l’inverse »

Elles étaient disposées comme telles, sur des socles, afin de légitimer l’objet industriel en lui attribuant une forte valeur culturelle. La boutique mythique de Venise est d’ailleurs devenue un musée », poursuit Benjamin Stoz.

Image de marque

Parmi les aménagements emblématiques de l’exposition, citons aussi le magasin de bougies Retti, au milieu des années 1960, à Vienne. « Ce tout premier projet de Hans Hollein illustre sa théorie selon laquelle la technologie est au service de l’architecture, et non l’inverse ».

Une façade brillante en aluminium poli anodisé est percée d’une entrée en forme de deux lettres "R " dos à dos, qui mène à l’intérieur d’un espace d’une quinzaine de mètres carrés au sol orange. « Un cliché de l’époque, en pleine ère de la conquête spatiale. On a l’impression de traverser un décor de 2001, l’Odyssée de l’espace plutôt qu'une boutique de bougies ! ». De quoi raviver la flamme de la clientèle ? En tout cas, vous ne ferez plus votre shopping comme avant… Virginie Dupont Bruxelles, jusqu’au 05.03, Design Museum Brussels, tous les jours : 11h-19h, 10 > 3€ (gratuit - 12 ans), designmuseum.brussels

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Interior Views Of The W. & L.t, Wild And Lethal Trash Shop – 1998 B-bis architecten and Marc Newson (1963) © Daniel Nicolas
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Pierre Dubreuil, The First Round, ca. 1932, Tirage moderne au palladium, Don Tom Jacobson, Palais des beaux-arts de Lille © PBA Lille / Photo J.-M. Dautel

PIERRE DUBREUIL

L’illustre inconnu

Connaissiez-vous Pierre Dubreuil ? Né à Lille voici pile 150 ans, ce photographe bénéficia d'une renommée internationale de son vivant, avant de tomber dans l’oubli. Pour cause, ses négatifs et archives furent détruits lors d’un bombardement, durant la Seconde Guerre mondiale. C’est à la passion d’un collectionneur américain, Tom Jacobson, que l’on doit sa redécouverte. Celui-ci a fait don au Palais des beaux-arts d'une centaine d'épreuves, non pas originales mais tirées de diapositives de l'artiste. Ces images sont aujourd'hui rassemblées dans une exposition monographique, la première consacrée au Lillois depuis 1987 – et sans doute pas la dernière.

« Il fut l'un des tout premiers à considérer la photographie comme un art, tandis qu'elle cherchait à reproduire la réalité », commence Alice Fleury, la directrice des collections du musée nordiste. À ses débuts, Pierre Dubreuil fit en effet partie du pictorialisme, mouvement international regroupant des artistes qui voulaient imiter la peinture. Pour cela, ils inventaient moult procédés offrant à leurs prises de vue des qualités picturales (tirage à l'huile, gomme bichromatée). En témoigne cette image de ballerine aux faux airs de gravure, et semblant tout droit sortie d'un tableau de Degas. •••

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Pierre Dubreuil, Ballerine, 1902, Tirage moderne au palladium, Don Tom Jacobson, Palais des beaux-arts de Lille © PBA Lille / Photo J.-M. Dautel

Mais Dubreuil s'éloignera vite des pictorialistes pour expérimenter d'autres techniques, jouant avec les reflets, la lumière (son « pinceau », disait-il) et les cadrages. Ses clichés de monuments parisiens, par exemple, sont systématiquement cachés derrière un premier plan des plus surprenants, telle cette Éléphantaisie montrant une Tour Eiffel floue... et obstruée par une statuette de pachyderme – oui, c'est gonflé.

Objets connectés

Dans les années 1920, suite à l'incendie de son atelier lillois et des drames personnels (dont la mort d'une de ses filles, emportée par la grippe espagnole), Pierre Dubreuil s'installe à Bruxelles. Il focalise cette fois sur les objets :

jouets, masques, vinyles, douilles, cadenas, outils... Ses images télescopent tout et n'importe quoi, mais jamais n'importe comment (son sens de la composition est indéniable) et possèdent parfois cette inquiétante étrangeté chère aux surréalistes. Surtout, elles deviennent de plus en plus nettes, dans la lignée de la "straight photography" « qui met en valeur les qualités intrinsèques du média ». Ses portraits, eux aussi, dénotent, à l'instar de ce jeune boxeur au regard intense, dont la forme des yeux dialogue subtilement avec celle de ses gants... entre autres œuvres à redécouvrir d'urgence. Julien Damien

Lille, jusqu’au 27.02, Palais des beaux-arts lun : 14h-18h • mer > dim : 10h-18h 7/4€ (gratuit -12 ans), pba.lille.fr

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Pierre Dubreuil, Tempus fugit, 1923, Tirage moderne au palladium, Don Tom Jacobson, Palais des beaux-arts de Lille © PBA Lille / Photo J.-M. Dautel Pierre Dubreuil, Éléphantaisie, 1908, Tirage moderne au palladium, Don Tom Jacobson, Palais des beaux-arts de Lille © PBA Lille / Photo J.-M. Dautel

Natterer, Meine Augen zur Zeit der Erscheinungen (Mes yeux au temps des apparitions) (détail), avant 1921. Collection Prinzhorn, Heidelberg. N° inv. 166. D. R. Photo © Sammlung Prinzhorn, HeidelbergDesign graphique Les produits de l’épicerie

exposition 14 OCT. ———29 JAN. 20 22 20 23 VILLENEUVE D’ASCQ musee-lam.fr Le LaM est un Établissement Public de Coopération Culturelle dont les membres sont la Métropole Européenne de Lille, la Ville de Villeneuve d’Ascq et l’État. August
SURRÉALISME CHERCHER ART NATUREL ART BRUT ART MAGIQUE L'OR DU TEMPS
© Julien Damien

KALÉIDOSCOPE

Haut en couleur

La collection du MUba ne manque pas de couleurs. C'est justement cette thématique que le musée tourquennois explore dans sa nouvelle exposition, qui rassemble des œuvres datant du XVIe siècle à nos jours. Du lys blanc de L’Annonciation de Maurice Denis au teint verdâtre du Portrait de ma concierge de Jean Fautrier (en passant par la palette d'Eugène Leroy) ce parcours offre une balade tout en nuances dans l'histoire de l'art.

Le saviez-vous ? Le MUba Eugène Leroy bénéficie d'un fonds de près de 3 000 pièces. « Ce qui n'est pas énorme pour un musée des beaux-arts », tempère Mélanie Lerat, la directrice. Plus que par la quantité, cette collection se distingue par sa qualité, sa variété, comme le démontre Kaléidoscope. À la manière de l'instrument optique, cette exposition joue ainsi avec les couleurs et les formes (voire les sens), initiant d'étonnants dialogues entre 150 œuvres aux époques et styles bien distincts.

Émotions chromatiques

Sous la lumière zénithale du musée, le noir et le blanc vibrent aussi bien sur une toile au fusain de Lucien Jonas que dans une composition géométrique de Sol LeWitt. Le jaune court d'un autoportrait renversé (et renversant) de Baselitz à un paysage en clair-obscur de Camille Corot. Le bleu dessine quant à lui une marine abstraite chez Martin Barré ou magnifie un paysage flamand du XVI e siècle. Sans oublier le vert qui jaillit d'une sculpture organique d'Elmar Trenkwalder pour rebondir sur les photographies de conifères d'Antoine Petitprez. En y réfléchissant bien, ces sapins portraiturés comme des êtres humains trouvent un écho avec la Réunion de 35 têtes d'expression de Louis-Léopold Boilly... Mais sans doute trouverezvous là d'autres connexions. Car au MUba comme ailleurs, c'est bien le regard qui fait l’œuvre. Julien Damien

Tourcoing, jusqu'au 12.02, MUba Eugène Leroy, tous les jours sf mar : 13h-18h 5,50/3€ (gratuit -18 ans), muba-tourcoing.fr

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De Versailles à Amiens

C’est un échange de bons procédés. Le Musée de Picardie prête à Versailles la série des "chasses exotiques" de Louis XV et accueille en retour six chefs-d'œuvre de la chambre du Roi-Soleil. Il s’agit des quatre Évangélistes (Saint Matthieu, Saint Luc, Saint Jean et Saint Marc ), du Denier de César peint par Valentin de Boulogne, mais aussi d' Agar et l’ange de Giovanni Lanfranco. Habituellement présentées à dix mètres du sol, ces toiles sont ici dévoilées sous un angle inédit : à portée de regard.

Amiens, jusqu’au 26.02, Musée de Picardie, mar > ven : 9h30-18h • sam & dim : 11h-18h, 7/4€ (gratuit -26 ans), amiens.fr

Picasso & abstraction

Cette exposition décrypte pour la première fois les relations entre l'Espagnol et l'art abstrait. S'il se défendait farouchement d'appartenir à ce mouvement, il en est sans doute le précurseur. Auscultant quelque 140 de ses créations, ce parcours montre comment l'artiste a dessiné les contours de l'abstraction et joué avec ses codes tout au long de sa carrière, de ses premières expérimentations cubistes (en marge des Demoiselles d'Avignon) jusqu'à son flirt avec l'action painting. Bruxelles, jusqu'au 12.02, Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, lun > ven : 10h-17h • sam & dim : 11h-18h, 17 > 5€ (gratuit -18 ans) fine-arts-museum.be

Lisette Model

« Photographiez avec vos tripes ! », clamait Lisette Model auprès de ses élèves – dont une certaine Diane Arbus. Non, l'Américaine n'avait peur de rien. Surtout pas de s'approcher de ses modèles, qu'elle saisissait par surprise, en gros plan et recourant au flash si nécessaire, un peu à la manière d'un Weegee, la poésie en plus. Il en résulte de sublimes portraits de "freaks" (ces prostituées ou clochards) ou scènes satiriques (la bourgeoisie sur la promenade des Anglais à Nice). Une œuvre culte, ici retracée en 150 images.

Charleroi, jusqu'au 22.01, Musée de la Photographie, mar > dim : 10h-18h 8 > 4€ (gratuit -12 ans), museephoto.be

Les Fabriques du cœur et leur usage

Le MACS a 20 ans. Pour marquer cet anniversaire, le musée des arts contemporains pose un regard éminemment poétique sur le monde. Conçue à la manière d'un conte, en une dizaine de chapitres, cette exposition rassemble les œuvres d'artistes de divers horizons et époques (citons Luc Tuymans, James Ensor, Louise Bourgeois) qui chacun à leur manière ont redessiné les contours de notre quotidien (les maisons, les paysages...) pour mieux le réenchanter. Hornu, jusqu'au 19.03, MACS, mar > dim : 10h-18h, 10 > 2€ (gratuit -6 ans), mac-s.be

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© Alice Sidoli - Musée de Picardie

Champollion,

la voie des hiéroglyphes

Rentrée en fanfare pour le Louvre- Lens, qui célèbre un double anniversaire : le sien tout d'abord, puisque le musée a désormais dix ans, et puis un second, des plus vertigineux. Il y a pile deux siècles, un certain Jean-François Champollion perçait le secret des hiéroglyphes, donnant du même coup naissance à l'égyptologie. Réunissant près de 350 pièces, cette exposition nous plonge en plein xixe siècle, sur les traces de cette découverte majeure qui rendit leur voix aux pharaons... Lens, jusqu'au 16.01, Louvre-Lens, tous les jours sauf mardi : 10h-18h, 11/ 6€ (gratuit -18 ans), louvrelens.fr

Bien conservés !

C’est l’une des plus anciennes institutions de la capitale des Flandres. Inauguré en 1822, le Musée d’histoire naturelle de Lille fête ses 200 ans... mais reste bien conservé. Pour marquer le coup, une exposition immersive nous plonge dans les coulisses du lieu, en plein cœur des réserves. On déambule ainsi au milieu d'objets et de spécimens jamais dévoilés. Cet anniversaire offre aussi l'occasion de découvrir le projet de transformation du bâtiment, préfigurant de grands changements d'ici 2025.

Lille, jusqu'au 03.07, Musée d'histoire naturelle, lun, mer, jeu, ven : 9h30 > 17h • sam & dim : 10h-18h, 5/3,50€ (grat. -12 ans), mhn.lille.fr

Égypte, éternelle passion

Le saviez-vous ? Le Musée royal de Mariemont possède la plus grande collection égyptienne de Wallonie – la seconde du Royaume. De Morlanwelz aux secrets des pharaons, il n'y a donc qu'un pas... et peut-être encore moins. Plus qu'un simple retour en arrière, cette exposition observe en effet comment l'Égypte antique irrigue notre quotidien. Des jouets à notre architecture, en passant par la pop culture, ce parcours est conçu comme un véritable miroir de la société contemporaine.

Morlanwelz, jusqu'au 16.04, Musée royal de Mariemont, mar > dim : 10h-17h 8 > 3€ (gratuit -18 ans), musee-mariemont.be

Chercher l'or du temps

L'art brut et le surréalisme ont rarement fait l'objet d'une lecture croisée. C'est justement tout le propos de cette exposition. À travers plus de 300 œuvres signées, entre autres, par Jean Dubuffet, Salvador Dalí, Joan Miró ou encore Magritte, ce parcours chronologique montre comment ces deux mouvements se rejoignent. En filigrane, Chercher l'or du temps témoigne aussi de l'émergence d'un nouveau rapport à la création artistique, ouvrant du même coup de réjouissantes perspectives.

Villeneuve d'Ascq, jusqu'au 29.01, LaM, mar > dim : 10h-18h, 10/7€ (gratuit -12 ans), musee-lam.fr

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Stèle cintrée attribuée au règne de Cléopâtre VII © Musée du Louvre, Dist. RMN Grand Palais / Christian Décamps © Eric Canto

PIERRE-EMMANUEL BARRÉ

Trash test

Il est la preuve vivante que l’on peut encore rire de tout. Avec Pfff…, titre de son dernier spectacle, Pierre-Emmanuel Barré place le curseur très haut question irrévérence. Tant mieux ! Au fil de cette conférence un poil décalée, le Breton règle ses comptes avec un monde aussi inspirant que désespérant. De la crise climatique aux inégalités entre les sexes, en passant par les violences policières, il n’épargne rien ni personne (surtout pas lui) avec des saillies acérées, parfois outrancières mais ô combien percutantes. Rencontre avec un anarchiste de la gaudriole. Propos recueillis par Julien Damien

D'abord, pourquoi ce spectacle s'appelle-t-il Pfff… ? C’est ce que les spectateurs se disent en sortant de la salle. Je n’aime pas prendre le public en traître. Au début, je voulais même l’appeler On ne rembourse pas, mais c’était vraiment se tirer une balle dans le pied, fallait garder un peu de mystère... En réalité, les gens sortent de la salle en se disant que c’est la meilleure chose qu’ils

aient vu depuis Nicolas Sarkozy en garde à vue. C’est juste que je suis mauvais pour trouver des titres. Mon précédent spectacle s’appelait Nouveau spectacle, c’est vous dire.

« La meilleure chose à voir depuis Nicolas Sarkozy en garde à vue »

Quelle est la forme ? Que verra-t-on sur scène ? C’est une conférence ayant pour modeste objectif que les gens repartent moins cons et que je reparte plus riche. Pour l’instant, ça marche pour moi. Pour ces trois dernières représentations, ce sera un format un peu particulier. J’ai invité des copains talentueux et drôles, comme Aymeric Lompret, GiedRé et Benjamin Tranié,

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interview
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théât re & d a n s e

mais aussi des copains tout court, comme Guillaume Meurice.

Pourquoi ce choix de la conférence ?

Déjà, ça me permet d’avoir l’air intelligent, et c’est une occasion qui se présente assez rarement dans ma vie, il fallait sauter dessus. Et puis c’est un format très marrant à jouer, c’est plus théâtral que le stand-up, laissant place à l’humour visuel, et j’adore ça.

Quels sujets abordez-vous ?

Il n’y a pas vraiment de fil conducteur, j’aborde plein de thèmes comme le chômage, l’égalité hommes-femmes, le dérèglement climatique, mais aussi l’orgasme prostatique et les bâtonnets de

colin du capitaine Igloo. Rassurezvous, les deux derniers sujets ne sont pas liés, on ne joue pas avec la nourriture.

« Avec ce spectacle, les gens repartent moins cons et moi un peu plus riche »

Pandémie, guerre, crise écologique... N'est-ce pas une époque formidable pour les humoristes ?

Ça fait des bons sujets, c’est vrai, mais quand 90 % de la population sera à découvert à la fin du mois, la priorité ne sera pas d’aller rigoler dans les salles de spectacles. En 1940, il y avait des bonnes blagues à faire, mais je ne suis pas certain

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© Eric Canto

que ce fut une période très faste pour les humoristes. Et puis il arrive un moment où trop de choses vont mal, les gens n’ont plus envie de rire du tout. Si je me fais larguer juste après avoir appris que ma maison est saisie et que mon fils a une leucémie, si un mec arrive en criant « Eh ! Qu’est-ce qu’il fait un chat à la salle de sport ? Des abdominous ! Hahaha ! », je ne suis pas sûr de ne pas le tarter.

Pour vous, la grande question ne serait donc pas : « quelle planète va-t-on laisser à nos enfants ? », mais plutôt : « doiton laisser des enfants à notre planète ? »... Votre humour deviendrait-il de plus en plus noir à mesure que notre avenir s'obscurcit ?

Non, parce que je ne suis pas spécialement inquiet pour l’avenir. Je ne suis ni optimiste, ni pessimiste. J’ai bien conscience qu’à plus ou moins court terme, l’humanité est foutue, mais est-ce vraiment un mal ? On s’autodétruit comme des crétins en se gâchant la vie au travail pour acheter le dernier iPhone et l’utiliser pour supprimer nos interactions sociales… C’est donc un peu prétentieux de penser qu’il

faut absolument sauver l’espèce humaine.

Seriez-vous toujours "un sale con", comme l'annonçait votre premier spectacle ? Vous voyez que je suis nul en titre, dix ans après le premier spectacle, on continue à en profiter pour m’insulter. Heureusement qu’il ne s'appelait pas "Pierre-Emmanuel Barré suce pour deux euros", vous imaginez comme ma vie serait un enfer ?

Finalement, ne seriez-vous pas la preuve, contrairement à ce que l'on peut entendre à longueur de journée, que l'on peut encore rire de tout ? Honnêtement, je pense que j’ai entendu cette question 7863 fois cette année. Ce n’est pas contre vous, hein, mais apparemment il existe une règle tacite entre journalistes et vous êtes obligés de la poser. Mais je trouve bizarre qu’on dise ça, parce que je n’ai pas du tout l’impression qu’on puisse dire moins de choses qu’avant. Il suffit d’allumer CNews ou de regarder Hanouna (ne le faites pas) pour voir qu’on peut dire n’importe quelle merde qui nous passe par la tête sans aucune conséquence.

Lille, 14.01, Zénith, 20h, 45 > 32€, zenithdelille.com agauchedelalune.com

À lire / La version longue de cette interview sur lm-magazine.com À visiter / www.pebarre.com

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OUVREZ LES VANNES !

Ils sont corrosifs, loufoques, burlesques ou poétiques… mais pareillement hilarants. Ces valeurs sûres (ou en devenir) de la gaudriole débarquent près de chez nous pour le meilleur et le rire – et ce n’est pas de la blague. J.D.

SEB MELLIA

C'est n'est forcément pas le plus connu des stand-uppers, mais sans doute l'un des meilleurs. Voilà plus de 10 ans que Seb Mellia écume les petites salles de France et de Navarre avec le même personnage : luimême. C’est-à-dire le bon pote marrant qui transforme ses péripéties en vannes en or massif (de sa quête du préservatif en pleine nuit au stage de récupération de points du permis). Dans le pur style des comiques américains, ce vague sosie de Jake Gyllenhaal alterne tranches de vie et moments d’impro d’anthologie - « en fait, moi j’parle pas, je note juste ce que vous dites, vous allez me rendre riche ». Le sens du partage, quoi. Lille, 26.01, Théâtre Sébastopol, 20h, 35€, theatre-sebastopol.fr

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© Thomas Braut

AYMERIC LOMPRET

Le panel des humoristes ch’tis ne se résume pas à Dany Boon ou à l’affreux Jeanfi Janssens. Aymeric Lompret ne joue pas de son accent. Plutôt d’une fausse naïveté, qu’il met au service d’un vrai sens de la provocation. Ce complice de Pierre-Emmanuel Barré (duquel il figure à l’affiche du spectacle Pfff…) n’en porte pas moins un regard acéré sur l’actualité, avec des envolées lunaires, absurdes, à la façon d’un Raymond Devos trash –oui, rien que ça.

Lille, 14.01, Zénith, 20h, 45 > 32€ zenithdelille.com // agauchedelalune.com (dans le cadre du spectacle Pfff de Pierre-Emmanuel Barré, voir page 74)

KYAN KHOJANDI

Une bonne soirée. Voilà ce que nous promet Kyan Khojandi dans son deuxième spectacle. Après avoir évoqué ses pulsions, l’ancien héros de Bref déroule de son débit mitraillette le film (plus ou moins vrai) de sa vie de trentenaire. Entre souvenirs de cour de récré et digressions sur les Chevaliers du Zodiaque , relations amoureuses et aventures du quotidien (sa virée accidentelle dans un bar gay), le divin chauve explore, sans en avoir l'air, la construction d'une identité et l’acceptation de soi.

Lille, 17.01, Le Zénith, 20, 45 > 15€ Bruxelles, 31.01 & 01.02, Cirque royal complet !

FANNY RUWET

Vous avez honte d’être invité à un anniversaire par erreur ? Fanny Ruwet, elle, en fait un spectacle. Dans Bon anniversaire Jean, cette jeune prodige belge du stand-up élève le malaise au rang d’art – « j'étais cette enfant bizarre dont on ne sait pas si elle va devenir prix Nobel ou psychopathe », dit-elle. Entre deux confessions (très) intimes, la Bruxelloise aborde aussi des sujets plus profonds, de sa bisexualité à la féminité, quelque part entre la lose, l’humour et la mélancolie.

La Louvière, 18 & 19.01.2023, Le Palace, complet !, cestcentral.be Charleroi, 20.01.2023, Eden, 20h, 25/20€ Bruxelles, 21.01.2023, Théâtre du Vaudeville, 20h, 25/20€

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© Hadrien Hanse © Stéphane KerradKB Studios Paris © Laura Gilli

HISTOIRES EN SÉRIE Retour en fanfare

Histoires en série, saison 5. Après Arnaud Cathrine, Brigitte Giraud ou Sylvain Prudhomme, la nouvelle "showrunneuse" du festival de lectures théâtralisées du Bateau Feu se nomme Agnès Desarthe. La romancière a imaginé un récit à voir et à écouter au fil d'une soixantaine d'escapades littéraires.

L'an passé, il nous avait emmené en Amérique, bien accompagné par l'écrivain baroudeur Sylvain Prudhomme. Cette fois, le Bateau Feu confie sa nouvelle intrigue à Agnès Desarthe. Pour l'occasion, l'autrice de Mangez-moi ou d'Un secret sans importance (entre autres) a écrit un texte inédit, Harmonie majeure. Découpé en cinq épisodes, son récit suit les musiciens d'une harmonie municipale, dans un village, qui s'apprête à donner un concert pour Noël. Il y sera question d'amours contrariées, d'humour et de mystère... mais aussi de musique, grand thème de cette édition – pour mieux s'échauffer avant le carnaval de Dunkerque ? L'intrigue change, mais le principe reste le même : sept comédiens s’emparent de cette histoire qui se savoure par épisodes, au fil de lectures disséminées dans toute l’agglomération dunkerquoise et en Flandres. Un parcours à suivre de médiathèques en salles des fêtes, comme une bonne série donc. En cinq ans, la formule a fait ses preuves, et devient de plus en plus addictive. D'ailleurs, pour marquer cet anniversaire, les auteurs des précédentes éditions se réunissent lors d'une lecture musicale, rythmée par le pianiste Manuel Peskine – pour le coup, on peut parler d'un retour en fanfare. Julien Damien Dunkerque & son agglomération + Flandres, 06 > 28.01, Le Bateau Feu & divers lieux lectures gratuites (lecture musicale Le Goût des mots : 6€ • spectacle L'affaire furtif : 9€ atelier d'écriture : 20€), lebateaufeu.com

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Agn è s Desarthe © Dante Desarthe
SAIS N6 CESTCENTRAL.BE toute la saison ↓ 18.02 LE THÉÂTRE LA LOUVIÈRE c’estCentral THIERRY LHERMITTE FLEURS DE SOLEIL
© Arnaud Bertereau

DOM JUAN OU LE FESTIN DE PIERRE

Libertin repensé

Dom Juan fait partie de ces personnages ancrés dans l’imaginaire collectif. Vous croyez bien le connaître ? Sûr ? Revu et corrigé par David Bobée, le héros de Molière, manipulateur et bourreau des cœurs, traduit aussi la parfaite figure du patriarcat. Toute ressemblance avec des situations réelles n’a évidemment rien de fortuit...

Membre fondateur de l’association Décoloniser les arts, David Bobée se distingue par son engagement en faveur d’une plus grande diversité (de sexes, d’origines) sur les planches. Pour sa première mise en scène en tant que directeur du Théâtre du Nord, il s’attaque à Dom Juan, une icône du théâtre dont il livre une lecture très politique. « Je n’aurais jamais cru monter cette pièce, ni même monter un Molière », confie celui qui a pris les rênes de la maison lilloise en 2021. Pourtant, nous y voilà. Ce fieffé menteur et séducteur est apparu comme le candidat idéal « pour participer aux débats qui animent

notre époque, explique l'intéressé. Toutes les discriminations contre lesquelles on lutte se retrouvent dans cette pièce. Chaque scène représente une forme d’écrasement de l’autre en raison de sa classe sociale, de son âge, de son sexe ou de son accent… ».

Inversion des rôles

Dom Juan serait donc une statue à déboulonner, comme celles, immenses, échouées sur le plateau. Ce choix scénographique rappelle les images de monuments glorifiant le colonialisme mis à terre par des militants antiracistes à travers le monde dans le sillage •••

83 théât re & d a n s e

du mouvement Black Lives Matter. David Bobée a confié le rôle principal au jeune Radouan Leflahi, qui s’était déjà illustré dans son

Peer Gynt, tandis que Sganarelle, le célèbre valet du héros, est lui joué par un comédien noir – histoire d’appuyer cette fameuse domination. Le metteur en scène a aussi choisi de transformer deux

rôles masculins en personnages féminins – le frère d’Elvire, l’épouse trompée de Dom Juan, et le père de celui-ci. « Depuis trop longtemps au théâtre, les femmes sont réduites à des objets sexuels, des vierges à marier ou des servantes. J’ai voulu rompre avec cette tradition ennuyeuse et confier à des actrices des partitions riches ». Ou comment réinscrire un classique du répertoire dans notre temps, sans le dénaturer. Madeleine Bourgois

Lille, 17 > 29.01, Théâtre du Nord mar, mer & ven : 20h • jeu : 19h • sam : 18h dim : 16h, 18/9€, theatredunord.fr Douai, 02 & 03.02, Hippodrome, jeu : 19h30 ven : 20h30, 22 > 5€, tandem-arrasdouai.eu

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© Kalimba
«  Toutes les discriminations contre lesquelles on lutte se retrouvent dans cette pièce »
© C. Raynaud de Lage 03 28 51 40 40 lebateaufeu.com la (nouvelle) ronde Arthur Schnitzler Yann Verburgh Johanny Bert THÉÂTRE | MARIONNETTE + 16 ANS jeudi 2 février | 19 h vendredi 3 février | 20 h tarif 9 €

STEVEN COHEN Radical

libre

Steven Cohen est né en 1962 en Afrique du Sud. Dans ses créations souvent radicales, il questionne une identité multiple d’homme blanc, queer, juif et éduqué au temps de l’Apartheid. L'œuvre de ce chorégraphe, performeur et plasticien traduit un engagement politique et une indéniable poésie. Pour preuve, ces deux pièces présentées à Bruxelles.

Put your heart under your feet… and walk ! est dédié à son compagnon, le danseur Elu Kieser (1968-2016). Pour surmonter le deuil, Steven Cohen propose un rituel théâtralisé. Il célèbre une vie partagée qui n’est plus. Le titre est inspiré de sa nounou Nomsa, qui lui avait conseillé de mettre ses émotions de côté pour progresser. Face à l'épreuve, l’artiste réinvente un équilibre jusqu’à la confrontation physique avec la mort. Chaque pas sur le sol jonché d’étranges chaussons est une avancée. Mais le jardin d’Eden devient progressivement insoutenable. Dans un abattoir, des bêtes sont mises à mort. Le fabuleux maquillage de Steven Cohen est baigné de sang. Entre tension et émotion, il réapparaît pour une dernière prière à Elu... Dans son autre spectacle, le Sud-Africain reçoit dans un Boudoir à l’apparente douceur de vivre, empli d'objets et de mobilier Art nouveau. Les invités déambulent au sein d'un parcours mémoriel, qui prend la forme d'une installation. Un espace projette des films où sont évoqués l’exil, la Shoah... De la petite à la grande histoire, l’artiste nous tend un miroir où se mêlent horreur et paradoxes. En tenue phosphorescente et talons hauts, Steven Cohen devient une chrysalide, et renaît encore une fois... Fatma Alilate Boudoir Bruxelles, 20 > 22.01, Les Halles de Schaerbeek, ven : 19h & 20h30 sam : 17h, 18h15, 19h30, 20h45 • dim : 15h, 16h15, 17h30, 18h45, 16 > 6,50€, halles.be Put your heart under your feet …and walk ! Bruxelles, 24 > 28.01, Théâtre National, mar, ven & sam : 20h15 • mer : 19h30, 21 > 7€

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Boudoir © Julie Masson
TRIPTYCH THE MISSING DOOR THE LOST ROOM AND THE HIDDEN FLOOR CESTCENTRAL.BE toute la saison ↓ 27, 28.01 LA LOUVIÈRE LE THÉÂTRE c’estCentral SAIS N6 PEEPING TOM OUT OF HOME COMMUNICATION Urban Posting, Display Racks, Visitor Information, Cultural Spots, Hotels, Bars and Restaurants, Universities, Libraries, Bicycle parkings, Bus Stops, Indoor Posting (bars & restaurants), Banners on Street Lamps, Amusement Parks, ...

TRIPTYCH : THE MISSING DOOR, THE LOST ROOM & THE HIDDEN FLOOR Stranger Things

Le collectif belge Peeping Tom réadapte trois de ses pièces courtes créées entre 2013 et 2017, avec une nouvelle équipe de performers. Soit autant de huis clos inquiétants où les corps (et les esprits) se déchaînent, entre contorsions acrobatiques et trompe-l'œil. Frissons garantis...

On ne sait jamais trop à quoi s'attendre avec Peeping Tom ("voyeur", en anglais). Est-ce du théâtre ? De la danse ? Du cinéma ? Sans doute un peu des trois. Mais une chose est sûre : son répertoire tend invariablement vers l'étrange, pour notre plus grand plaisir. Formé en 1999 par le Français Franck Chartier et l'Argentine Gabriela Carrizo, ce collectif n'aime rien tant que brouiller les pistes entre les genres, mais aussi la frontière (ténue) entre réel et imaginaire. Leurs personnages sont en prise avec un monde qui leur glisse entre les doigts, au sein de décors souvent clos (leur marque de fabrique) mais mouvants, presque vivants... Ce triptyque en offre la parfaite illustration. Au fil de ces trois pièces courtes réarrangées comme les chapitres d'un même livre, on croise des hommes et des femmes perdus dans le temps et l'espace, entre leurs souvenirs et un avenir incertain. Ici un mourant erre dans un labyrinthe de portes fermées comme dans ses pensées ( The Missing Door ), là des danseurs se débattent dans une cabine de bateau instable en pleine mer ( The Lost Room) ou tentent de s'échapper d'un restaurant en proie à la montée des eaux (The Hidden Floor). Evidemment, personne n'en sortira indemne –surtout pas nous. Julien Damien

La Louvière, 27 & 28.01, Le Théâtre, 20h, 17,50 > 8€, cestcentral.be

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© Maarten Vanden Abeele
Roméo&Juliette Suite Benjamin Millepied 06 & 07 avril

PELLÉAS ET MÉLISANDE

C'est l'unique opéra achevé de Claude Debussy. Un coup de maître. Inspirée de la pièce du Belge Maeterlinck, créée en 1902 dans un climat de scandale, Pelléas et Mélisande fit l'effet d'une révolution dans le répertoire lyrique. L’histoire ? Un mari jaloux assassine son demi-frère, soupçonné d’être l’amant de sa femme. Sans cesse retouchée, cette œuvre symboliste vise l'équilibre parfait entre les mots et la musique, repense les relations entre l’orchestre et les voix – quasi surnaturelles. Résultat : il n'y a ici aucun air. Dirigés par F-X Roth, Les Siècles recréent cet instant suspendu avec des instruments d'époque, pour mieux l'ancrer dans la nôtre. J.D. Lille, 30.01 > 08.02, Opéra, 20h (sauf sam : 18h), 72 > 5€, opera-lille.fr

JUSTE LA FIN DU MONDE

Après une longue absence, Louis retourne dans son village natal pour annoncer à sa famille sa mort prochaine, mais il n'y parviendra pas. Ce long dimanche ravive souvenirs et tensions entre le jeune homme et ses proches, devenus si lointains... Tenanciers d’un « théâtre nomade de proximité », les Fous à réAction adaptent ce chefd'œuvre de Jean-Luc Lagarce. Une pièce grave et joyeuse, tout en non-dits et malentendus, qui ne pouvait que leur seoir. J.D. Hénin-Beaumont, 12.01, L'Escapade, 20h, 12 > 5€ Armentières, 26 & 27.01, Le Vivat, 20h, 18 > 2€, levivat.net

© Frédéric Iovino © Jeanne Roualet
www.theatredunord.fr 03 20 14 24 24 © Arnaud Bertereau DOM JUAN OU LE FESTIN DE PIERRE MOLIÈRE / DAVID BOBÉE CR É ATION À LILLE DU 17 AU 29 JANVIER 2023 EN HAUTS-DE-FRANCE À DOUAI LES 2 ET 3 FÉVRIER À VALENCIENNES LES 6 ET 7 AVRIL IL SANGUE I MUSIQUE PIPPO DELBONO I PETRA MAGONI MAR. 17 JAN. I 20H 03 20 77 18 77 l WWW.LEVIVAT.NET PLACE ST VAAST, ARMENTIÈRES CHANGEMENT DE SPECTACLE ! ELLES VIVENT I THÉÂTRE ANTOINE DEFOORT I L’AMICALE MER. 1ER FÉV. I 20H

UKRAINE FIRE

On les avait découvertes en 2014 avec Freak Cabaret. Grimées telles des clownesses gothiques, elles revendiquaient alors la puissance des femmes et leur liberté. Réfugiées en France depuis le 24 février et l'invasion russe, les Ukrainiennes de Dakh Daughters n'ont rien perdu de leur énergie punk, qu'elles mettent cette fois au service de leur pays en souffrance. Ces multi-instrumentistes télescopent rock, jazz et chants traditionnels des Carpates (en hommage à leur terre natale), mais aussi textes poétiques et projections vidéo, dans un cabaret en forme d'exutoire contre les horreurs de la guerre. Plus qu'un spectacle, un acte de résistance. J.D. Bruxelles, 01.02, Le 140, 20h, 25 > 8€, le140.be Valenciennes, 04.02, Le Phénix, 20h30, 30 > 5€, lephenix.fr

BERNARD WERBER

Écrivain français parmi les plus lus au monde (Les Fourmis, Les Thanatonautes ...), Bernard Werber s'essaie à la scène et nous convie à un Voyage intérieur. Dans cet "objet théâtral non identifié", il est question d'hypnose, de régression vers des vies antérieures... Accompagné par la chanteuse et harpiste Vanessa Burel (aka Francoeur), le romancier invite aussi la salle à participer à des expériences méditatives, en quête d'histoires enfouies. J.D. Lille, 08.02, Théâtre Sébastopol, 20h, 39 > 29€ theatre-sebastopol.fr

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© BW Prod
© Olga Zakrevska

La Revue des Galeries (Alexis Goslain)

À l'heure où l'actualité s'assombrit inexorablement, cette revue réchauffe les fêtes de fin d'année. Entre caricatures, chansons et sketches politiques, ce spectacle passe la "une" de nos journaux à la moulinette. Mieux, il compte un nouvel invité de marque : Molière ! À l'occasion des 400 ans de sa naissance, la joyeuse troupe emmenée par Alexis Goslain imagine les réactions et commentaires du plus grand des dramaturges s'il était projeté à notre époque – oui, ça promet. Bruxelles, jusqu’au 22.01, Théâtre royal des Galeries mar > sam : 20h15 • dim : 15h, 30 > 12€, trg.be

Le Voyage de Gulliver

(J. Swift / C. Hecq & V. Lesort)

Seul survivant d’un naufrage, un chirurgien anglais se réveille sur une île, où il est fait prisonnier par des êtres minuscules… Vous avez sans doute reconnu l’argument des Voyages de Gulliver de Jonathan Swift. Cette adaptation est toutefois des plus surprenantes. Pour cause, elle est signée Christian Hecq et Valérie Lesort. Après sa relecture de La Mouche, le duo redouble de fantaisie. Ici, les lilliputiens sont incarnés par des personnages micomédiens, mi-marionnettes, dans un spectacle totalement irrésistible. Charleroi, 07 & 08.01, PBA, sam : 20h • dim : 16h, 16 > 8€, pba.be // Dunkerque, 13 & 14.01

Le Bateau Feu, ven : 20h • sam : 19h, complet !

Le Petit Chaperon rouge

(J. & W. Grimm / Das Plateau)

Qui a peur du grand méchant loup ? Certainement pas le Petit Chaperon rouge, ni sa grand-mère. Pour Charles Perrault, ces personnages étaient victimes de leur naïveté. Deux siècles plus tard, chez les frères Grimm, elles deviennent des femmes fortes et prêtes à se venger du prédateur... C’est justement cette version dont s’empare le collectif Das Plateau. Notre héroïne évolue au fil de tableaux virtuels, comme on tournerait les pages d’un livre, pour interpréter un conte qui n’a jamais été aussi moderne.

Lille, 11 > 14.01, Le Grand Bleu, mer : 15h jeu & ven : 10h & 14h30 • sam : 16h, 13 > 5€ legrandbleu.com // Valenciennes, 18 & 19.01 Le Phénix, mer : 15h • jeu : 20h, 25 > 5€, lephenix.fr

Presque Parfait ou le paradis perdu (Cie Pré-O-Coupé / Nikolaus)

Figure du cirque contemporain, Nikolaus nous livre sa version (très) personnelle de la Genèse. Dans un jardin d’Eden aux allures de décharge publique, le clown et jongleur allemand rejoue les étapes clés de la création du monde. Accompagné par Adam et Ève, il puise dans un bric-à-brac fort utile, entre poubelles et vieux pneus. Les saltos, portés acrobatiques et autres numéros de hula hoop s’enchaînent, tandis qu’un clochard céleste s’envole avec son piano sur des notes de Chopin. Une performance divine.

Lille, 12 & 13.01, Le Grand Sud, 20h, 21 > 6€, larose.fr

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© Isabelle De Beir et Kim Leleux
LILLE THÉATRE SÉBASTOPOL Photo : Laurie Tedone Licences L-R-22-11995 / L-R-22-11996

Influences

Hasard (Pierre Rigal)

Qu’est-ce que le hasard ? Existe-t-il seulement ? Autant de questions auxquelles s’attaque Pierre Rigal. Dans sa nouvelle pièce, le chorégraphe toulousain met en scène six interprètes pris dans un étrange ballet, à la croisée de la danse et de l’illusion. Leurs mouvements sont guidés par des contraintes collectives et individuelles, dessinant chacun des figures géométriques. Au fur et à mesure leurs gestes révèlent des cohérences, voire des coïncidences. À moins que tout cela ne soit écrit d’avance… Douai, 19 & 20.01, L’Hippodrome, jeu : 19h30 • ven : 20h30 22 > 5€, tandem-arrasdouai.eu

(Thierry Collet / Cie Le Phalène)

Thierry Collet n’est pas un magicien comme les autres. En témoigne ce spectacle interactif, dans lequel ce féru de nouvelles technologies et de sciences cognitives détricote les mécanismes de manipulation à l’œuvre dans notre société, qu’ils soient politiques ou commerciaux. Dans un décor ressemblant à un bureau de vote, le mentaliste invite le public à participer à une série d’expériences démontrant le pouvoir des mots, et à quel point nous sommes influençables. Une performance d’utilité publique.

Mons-en-Barœul, 24 > 26.01

Salle Allende, mar & mer : 20h • jeu : 19h 21 > 8€, larose.fr

Mental Circus (Viktor Vincent)

Dans son précédent spectacle, il nous démontrait que le hasard n’existait pas (Les Liens invisibles). Viktor Vincent ausculte cette fois l’histoire de son art (le mentalisme) pour mieux révéler la puissance de l’esprit. Dans une ambiance feutrée, le Valenciennois à la moustache soigneusement taillée nous plonge dans le New York de la prohibition, en revisitant les exploits d’artistes de music-hall des années 1930. Télépathie, lancer de couteaux, prémonition… Préparez-vous à être bluffé ! Jeumont, 27.01, Gare numérique, 20h, complet ! Lille, 29.01, Théâtre du Casino Barrière, 18h 39/33€ // Bruxelles, 12.02, Cirque royal, 17h 39 > 29€ // Calais, 02.04, Grand Théâtre, 17h 22 > 11€, spectacle-gtgp.calais.fr

Devenir (La Bande Passante)

Spécialiste du « théâtre d’objets documentaire », la Bande Passante poursuit son exploration des archives. Après Vies de papier, Benoît Faivre et Tommy Laszlo nous plongent cette fois dans les journaux intimes d’adolescents d’hier et d’aujourd’hui. Entremêlant jeu, manipulation, musique ou vidéo, le spectacle soulève un tourbillon d’émotions et de questionnements propres à cette période de la vie. Et dessine une constellation de vies incandescentes, qui pourraient tout aussi bien être la nôtre.

Arras, 31.01 & 01.02, Théâtre, 19h, complet !, tandem-arrasdouai.eu

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janv juill 2023 Vieux-condé Design : Studio Corpus • Licences n° 1/1006113 –2/1080744 –3/1000889 leboulon.fr

Théâtre Royal des Galeries

LaMémoire l’ de eau

Du 1 au 26 février 2023
 www.trg.be 02 512 04 07
Directeur : David Michels En coproduction avec La Coop asbl et Shelter Prod avec le soutien de taxshelter.be, ING et du tax-shelter du gouvernement fédéral belge
Avec Christel Pedrinelli, Séverine De Witte, Laura Fautré, Bénédicte Chabot, Frédéric Nyssen et David Leclercq.
de Shelagh Stephenson adaptation de Brigitte Buc et Fabrice Gardin Mise en scène : Fabrice Gardin Décor : Lionel Lesire Costumes : Sophie Malacord Lumières : Félicien Van Kriekinge
N° de licence spectacle : PLATESV-R-2019-001135/001137/001138 Réservez vos billets sur casinolille.fr ou à l’accueil de votre casino. DIMANCHE 5 MARS / 18H00 CONCERT à partir de 31€ Camille & Julie Berthollet EN SCANNANT CE QR CODE Retrouvez l’ensemble de notre programmation SAMEDI 11 FÉVRIER / 20H30 DANSE à partir de 31€ Rodin JEUDI 2 MARS / 20H30 DANSE à partir de 37€ La belle au bois dormant VENDREDI 17 FÉVRIER / 20H30 CONCERT à partir de 37€ Imagination