LM magazine 182 - Décembre 2022

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N°182 / DÉCEMBRE 2022 / GRATUIT

A RT & C ULTUR
Hauts-de-France
E
/ Belgique

Une exposition participative du Musée des Beaux-Arts de Valenciennes

En période de fermeture, les œuvres du Musée cherchent à prendre l’air… et le public est invité à les aider ! Le public est invité à voter en ligne pour les œuvres exposées ! La copie, une pâle imitation ? Faux, contrefaçons, plagiat – cet imaginaire est récent ! Entre préservation des œuvres disparues, hommage et invention, les copieurs sont mis à l’honneur.

EXPOSITION > 1er DÉCEMBRE – 21 FÉVRIER Espaces verts autour du Musée Autour de l’expo…

VISITES GUIDÉES

10 décembre / 7, 14, 21 et 28 janvier / 4 février à 11h …et découvrez également notre programme d’ateliers des vacances de Noël consacré à la copie !

Peter Doherty & Frédéric Lo, Aloïse Sauvage vs Suzane, The Haunted Youth, Makala, Joey Bada$$, KRS-One, Damso, Bonobo, Rosalía, Viagra Boys… ÉCRANS – 50 Nos frangins, Annie Colère, Cow, Les Années Super 8, Les Miens

Kitsch Catch - l’âge d’or franco-belge, Les Fabriques du cœur et leur usage, Au charbon !, Flags, Chercher l’or du temps, Bien conservés !, Agenda

THÉÂTRE & DANSE

– 82

Les Multipistes, Festival Ocytô, Dicklove, Gadoue, La Belle au bois dormant, La Revue des Galeries, Du bout des doigts, Le Cabaret de Madame Arthur, Scoooootch !, Oh Boy !, December Dance, Carcass, Harvey, Maman, Je suis une fille sans histoire…

LE MOT DE LA FIN – 98

Murmure - L’affaire est dans le sac

3 SOMMAIRE LM magazine 182 - décembre 2022 Ladybug © Flora Borsi Legoland © Peur
magazine NEWS – 06
SOCIÉTÉ
10 Women
Ouvrir le jeu STYLE Legoland – 14 La brique,
chic Artik – 22 À pied d’œuvre
– 26 Flora Borsi Le monde à son image
Rachid Bouchareb – 50 Mémoire vive Kitsch Catch – 60 Objectif lutte
du loup
LIVRES
08 La Disparition de Josef Mengele, Une Farouche liberté, Fabcaro sur la colline
in Games
c’est
PORTFOLIO
RENCONTRE
MUSIQUE – 36
EXPOSITION – 60

Direction de la publication

Rédaction en chef Nicolas Pattou nicolas.pattou@lastrolab.com Rédaction Julien Damien redaction@lm-magazine.com Camille Baton info@lm-magazine.com Publicité pub@lm-magazine.com

LM magazine – France & Belgique

28 rue François de Badts 59110 LA MADELEINE - Ftél : +33 (0)3 62 64 80 09

MAGAZINE www.lm-magazine.com

Direction artistique & graphisme Cécile Fauré cecile.faure@lastrolab.com

Couverture World of Grief Flora Borsi floraborsi.com c @floraborsiofficial

Administration Laurent Desplat laurent.desplat@lastrolab.com Réseaux sociaux Sophie Desplat Impression Tanghe Printing (Comines) Diffusion C*RED (France / Belgique) ; Zoom On Arts (Bruxelles / Hainaut)

Ont collaboré à ce n° : Fatma Alilate, Thibaut Allemand, Flora Borsi, Audrey Chauveau, Louisa Darrigrand, Virginie Dupont, Raphaël Nieuwjaer, Peur du loup, Marie Pons et plus si affinités.

LM magazine France & Belgique est édité par la Sarl L’astrolab* - info@lastrolab.com

L’astrolab* Sarl au capital de 5 000 euros - RCS Lille 538 422 973 Dépôt légal à parution - ISSN : en cours

L’éditeur décline toute responsabilité quant aux visuels, photos, libellé des annonces, fournis par ses annonceurs, omissions ou erreurs figurant dans cette publication. Tous droits d’auteur réservés pour tous pays. Toute reproduction, même partielle, par quelque procédé que ce soit, ainsi que l’enregistrement d’informations par système de traitement de données à des fins professionnelles, sont interdites et donnent lieu à des sanctions pénales. LM magazine est imprimé sur du papier certifié PEFC. Cette certification assure la chaîne de traçabilité de l’origine du papier et garantit qu'il provient de forêts gérées durablement. Ne pas jeter sur la voie publique.

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DURABLEMENT

UN LIVRET OUVERT = 30€ ET UN LIVRE OFFERTS*

* Offre réservée aux particuliers limitée à un livre par enfant mineur, dans la limite des stocks disponibles. Opération valable pour l’ouverture à un mineur, si notamment la condition d’âge est remplie, d’un Livret Tiwi, Livret Jeune Mozaic, Livret A ou l’adhésion à un contrat d’assurance vie Vers l’Avenir, avec mise en place de versements réguliers, du 01/12/2022 au 15/01/2023 inclus dans la Caisse Régionale Nord de France. Offre limitée à un abondement de 30 € par souscripteur / adhérent, versé sur le Dépôt à Vue du mineur dans les deux semaines suivant la fin de l’opération, dans la limite des 800 premiers clients, si le contrat est actif à la date de l’abondement. Renseignez-vous auprès de votre conseiller ou sur www.credit-agricole.fr sur l’opération et sur les conditions d’ouverture et de fonctionnement de ces comptes épargne ou sur les conditions d’adhésion au contrat d’assurance vie par le représentant légal. Vers l’Avenir est un contrat d’assurance vie de groupe multisupport à adhésion facultative, souscrit par la Fédération Nationale du Crédit Agricole (FNCA) auprès de PREDICA, entreprise régie par le Code des assurances. Il présente un risque de perte en capital. L’adhérent assuré est un enfant mineur de moins de 18 ans au jour de l’adhésion.Le contrat est signé par les représentants légaux du mineur, agissant en son nom. Les primes peuvent être versées par les parents ou les grands-parents. Les dispositions complètes du contrat figurent dans la notice d’information. Le document d’informations clés du contrat et les informations sur ses options d’investissements sont disponibles sur le site http://www.predica.com/priips/credit-agricole. L’adhérent assuré dispose d’un délai légal de renonciation de 30 jours calendaires à compter de la conclusion de l’adhésion. Contrat assuré par PREDICA, compagnie d’assurances de personnes, filiale de Crédit Agricole Assurances - PREDICA, S.A. au capital entièrement libéré de 997 087 050 €, entreprise régie par le Code des Assurances. Siège social : 16-18 Boulevard de Vaugirard 75015 Paris, 334 028 123 RCS Paris. Vers l’Avenir est distribué par votre Caisse régionale de Crédit Agricole Mutuel, immatriculée auprès de l’ORIAS en qualité de courtier. Les mentions de courtier en assurances de votre Caisse régionale sont à votre disposition sur mentionscourtiers.credit-agricole.fr.

10/2022 – 4373 – Édité par la Caisse Régionale de Crédit Agricole Mutuel Nord de France, Société coopérative à capital variable, agréée en tant qu’établissement de Crédit, dont le siège social est : 10 avenue Foch - BP 369, 59020 Lille Cedex, 440 676 559 RCS LILLE METROPOLE. Société de courtage d’assurance immatriculée au registre unique des intermédiaires en assurance, banque et finance (ORIAS) sous le n° 07 019 406 (www.orias.fr) - Crédit illustrations : Olivier Pautot - DGL/PIT/COM/CCAG - ND : 2246C13

MARCHÉ DES MODES ET DU DESIGN

C'est LE rendez-vous incontournable de la métropole lilloise pour les ama teurs de style. Deux fois par an, le Marché des modes et du design trans forme Roubaix en capitale de la création. Entre les porcelaines de Sophie Masson, les luminaires "haute couture" de KNGB ou les fauteuils vintage de Babel Brune, cette 36e édition révèle des talents uniques dans les Hautsde-France – et tombe plutôt à pic à l'heure de choisir ses cadeaux de Noël… Roubaix, 02 > 04.12, Vestiaire de Maisons de Mode, ENSAIT & Boutique des créateurs ven : 16h • sam & dim : 11h, gratuit, maisonsdemode.com

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© Clémentine Fauquet

BICYCLEAT

Jean-Luc Moerman n'est pas un inconnu en Belgique. Cet artiste s'est révélé dès les années 1990 avec une œuvre protéiforme. Ce n'est toutefois pas de son travail dont il s'agit ici, mais de son action : BicyclEat. Depuis quelques mois, le Bruxellois sillonne les rues de la capitale sur son vélo-cargo pour distribuer des repas chauds aux sans-abris. Il a désormais besoin d'une petit coup de pouce et organise le 13 décembre une vente aux enchères, afin de récolter des fonds. Père Noël, si tu nous lis...

Bruxelles, 13.12, Mont-de-Piété, 13h montdepiete.be (et en direct sur drouot.com)

LE TIRE-LAINE A 30 ANS !

Qui ne connaît pas le Tire-Laine ? Depuis pile 30 ans, cette compa gnie lilloise fondée par l’accor déoniste Arnaud Van Lancker (aka "Nono") fait vibrer la corde sen sible, entre bals, contes et spectacles bien vivants. Histoire de marquer le coup, la joyeuse troupe organise son festival d'anniver saire. Au menu ? Des envolées tziganes (Taraf Dékalé, Samara balouf) et pas mal de clowneries, l'inénarrable Gilles Defacque étant aussi de la partie.

Lille, 02 > 04.12, Salle des fêtes de Lille-Fives, ven : 19h • sam & dim : 15h 10 > 5€, tire-laine.com

Rainbow warriors

Tandis que les autorités qataries interdisent les signes de soutien à la communauté LGBT lors du mondial de foot, l’association Stop homophobie a conçu un "Rainbow Flag" au-dessus de tout soupçon. Sur ce drapeau blanc, chaque couleur de l’arc-en-ciel a été remplacée par son code Pantone. Chacun.e peut ainsi « afficher sa fier té ou sa désapprobation face à une loi liberticide ». La plus belle action de cette coupe du monde, assurément. www.stophomophobie.com

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©
Stop homophobie
BicyclEat © Jean-Luc Moerman Taraf Dékalé © Hervé Leteneur

Mailliet, Matz & Olivier Guez La Disparition de Josef Mengele (Les Arènes)

Josef Mengele. Le "médecin" d’Auschwitz. L’Ange de la Mort. L’abjection incarnée. Fascinant ? À voir… Dans une Amérique du Sud haute en couleur (quels dessins !), on suit son errance : Argentine, Para guay, Brésil… Autant de repaires pour des nazis sans repères, rêvant, pour certains, d’un IVe Reich, tandis qu’en Allemagne la démocratie reprenait ses droits – non sans paradoxes, vous le verrez. L’ex-officier SS, lui, se débat tait avec de multiples identités, la tra hison des siens ou le déclassement social. Cette excellente adaptation, instructive et fidèle au roman d’Olivier Guez, dépeint Mengele comme une autre incarnation de la "banalité du Mal" (d’après le mot d’Arendt à pro pos d’Eichmann). Un petit homme mé diocre et mesquin. Pas fascinant pour un sou lui. 192 p., 24,90€. Thibaut Allemand

Une Farouche liberté (Grasset / Steinkis)

Lorsqu'il s'agit d'évoquer les grandes figures féministes, les noms de Simone Veil ou Simone de Beauvoir reviennent immanquablement. Celui de Gisèle Halimi un peu moins. Pourtant, l'avo cate occupa une place centrale dans les luttes pour l'émancipation des femmes durant le siècle dernier. Elle fut même le véritable catalyseur du droit à l'IVG. Ce que rappelle très justement ce roman graphique inspiré d'un livre d'en tretiens publié en 2020. Emancipé des cases (comme elle), l'ouvrage retrace une vie de combats, de son enfance révoltée en Tunisie jusqu'aux procès les plus marquants. Notamment celui de Marie-Claire Chevalier, en 1972, jugée parce qu'elle avait avorté après un viol... Une époque pas si lointaine, et révolue grâce à cette farouche défenseuse des libertés. 144 p., 22€. Julien Damien

Ceci n’est pas un nouvel album de Fabcaro. N’empêche, il reste indispensable pour quiconque apprécie l’humour absurde du Montpelliérain. Cette monographie, éditée à l’occasion de la rétrospective qui lui est consacrée jusqu’en janvier 2023, à Angoulême, revient sur les influences (Gotlib, Monty Python), parti pris narratifs et graphiques de l’auteur de La clôture. Entretiens, analyses des commissaires d’exposition, dessins rares, ébauches inédites : ce volume fait le point sur un créateur qui a joué avec de nombreux genres et formats (autofiction, BD, roman, roman-photo...) et sur lequel le succès est tombé sans coup férir. Reste une ques tion : comment se renouveler, désormais ? 128 p., 18€. Thibaut Allemand

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Annick Cojean, Sandrine Revel & Sophie Couturier
livres
Mathieu Charrier, Maël Rannou et Camille de Singly Fabcaro sur la colline (6 Pieds sous Terre)

WOMEN IN GAMES Ouvrir

le jeu

Le jeu vidéo s'est imposé comme la première industrie culturelle au monde, mais pas la plus paritaire. Contrairement aux idées reçues, les hommes ne représentent pas l'écrasante majorité des gamers. Si la gent féminine fait bien jeu égal manette en main, elle reste largement sous-représentée dans les studios. Depuis cinq ans, l'association Women in Games œuvre pour davantage de mixité dans le secteur. On démarre une nouvelle partie avec sa viceprésidente, Harmonie Freyburger.

interview
© Aude Freyburger Événement Wig esport Lyon 2020 Niceuu © Michal Konkol

Qu’est-ce que Women in Games ?

Une association professionnelle créée en 2017 par Audrey Leprince et Julie Chalmette, travaillant toutes deux dans le milieu du jeu vidéo et déplorant la faible représentativité des femmes dans cette industrie. Women in Games regroupe aujourd’hui 150 membres. On ac cueille bien sûr les hommes, consi dérant qu’on ne peut pas changer les choses en se privant de la moi tié de l’humanité !

En comparaison, qu'en est-il du nombre de joueuses ?

C’est bien simple, dans le monde, un joueur sur deux est une femme, soit un milliard et demi de ga meuses ! On observe donc une grande différence entre les personnes qui utilisent ce média et celles qui le fabriquent. Dès lors, comment concevoir des histoires représentatives ?

Concrètement, comment ce manque de mixité se traduit-il ?

Quel constat dressez-vous ?

Selon des études réalisées, notamment, par les syndicats SNJV* et SELL**, on recensait en France 22 % de femmes dans les studios en 2021, contre 14% en 2019 et 10,6% en 2014. Il y a donc une progression, mais c'est encore trop faible. Notre objectif est de doubler leur présence d'ici 2027.

Eh bien la majorité des personnages que l’on peut incarner dans les jeux sont des hommes, les femmes n’ayant généralement pas d’histoire à part entière, ni de compétences. Elles sont rarement "jouables". On dénonce aussi des lacunes au niveau de la diversité ethnique ou des communautés LGBT. L’autre conséquence de cette inégalité réside dans la repré sentation d’héroïnes stéréotypées, hypersexualisées, dénudées...

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socié t é
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The Last of Us © Naughty Dog / Sony Hell Blade © Ninja Theory
« Dans le monde, un joueur sur deux est une femme »

En gros, le héros du jeu vidéo, c’est surtout un homme blanc, âgé de 20 à 40 ans, souvent très musclé et à qui il arrive des aventures in croyables. Un cliché de la masculi nité, finalement.

Cette représentation évolue-t-elle ? Oui, on note une belle améliora tion ces trois dernières années. En 2019, seulement 5% des jeux annoncés lors de l’E3, l’un des plus grands salons du genre au monde, présentaient une héroïne. Ce chiffre a atteint 18% en 2020. Les choses évoluent lentement, mais rappelons qu’il faut du temps pour créer un jeu vidéo, jusqu’à cinq ans. Parmi ces titres, on peut citer The Last of Us Part II, le premier blockbuster dont le personnage central, Ellie, est une femme puissante et homosexuelle.

De quelle façon luttez-vous pour atteindre la parité ?

À travers la communication, en sensibilisant les studios. Nous accompagnons aussi le dévelop pement de carrière des jeunes femmes et agissons dès l’orienta tion, pour les encourager à choisir ce métier. Pour cela, nous invitons par exemple des créatrices de jeu vidéo, tous les mois, dans une émission sur Twitch.

Parmi vos actions, on se souvient aussi de l'opération Gender swap … Oui, il s’agissait de dénoncer les attitudes hypersexualisées des personnages féminins. On démontrait que celles-ci étaient inutiles pour le déroulement du jeu, voire grotesques, en les appliquant à des

LES FEMMES DANS L'INDUSTRIE DU JEU VIDÉO EN FRANCE

héros masculins comme Batman ou Superman. Dans cette vidéo, ils affichent des postures sensuelles et tout en minauderies.

Qu’en est-il de l’autre côté de l’écran ?

Lorsque l’on joue entre soi, à la maison, tout va bien, c’est en ligne que les choses se gâtent. On le constate par exemple sur Twitch où de nombreuses streameuses, dans le sillage de Maghla, l'une des plus suivies en France, dénoncent le sexisme, le harcèlement et la vio lence dont elles sont victimes. D’ail leurs, concernant le jeu en réseau, des études montrent que plus de la moitié des filles dissimulent leur identité, c’est-à-dire leur genre, allant jusqu’à utiliser des filtres de voix pour éviter les railleries.

Compte-t-on aussi des championnes d’e-sport ?

Elles sont pour l’heure moins nom breuses que les garçons, mais il y a de grandes joueuses. On peut citer Kayane, spécialiste des jeux de com bats, ou encore Laure Valée, qui s’est imposée comme une figure du journalisme de l’e-sport. Au final, c’est un cercle vertueux : plus il y aura de jeux conçus par des femmes et plus les gameuses pourront s’identifier aux personnages. Mieux, elles pour ront envisager une carrière dans cette industrie, et ensuite jouer les premiers rôles.

Propos recueillis par Julien Damien

* Syndicat national du jeu vidéo

** Syndicat des éditeurs de logiciels de loisirs À visiter / womeningamesfrance.org À lire / La version longue de cette interview sur lm-magazine.com

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Tournoi Interbar WIG, 2019, MELT Toulouse © Women in games

LEGOLAND

La brique, c'est chic

s tyle
Nyhavn Miniland

Copenhague a sa sirène, et Billund ses Lego ! Depuis sa création en 1968, le parc d'attractions danois casse toujours des briques. Preuve en est, il ouvre pour la première fois ses portes à Noël, et s’offre un sapin culminant à dix mètres de haut – tout en Lego, évi demment. À l'heure où la société créée par Ole Kirk Christiansen annonce la construction de son 14 e parc dans le monde pour le printemps 2027, à Charleroi (!), sur l'ancien site de Caterpillar, on est allé se balader dans les allées du site historique. Suivez le guide.

Au pays d'Andersen, l'histoire de Legoland ne pouvait tenir que du conte de fées, soit un récit qui commence mal et finit bien. Il y a près d’un siècle, Ole Kirk Christiansen, menuisier de Billund né dans une famille de paysans pauvres, affronte la faillite de sa société, détruite par un incendie.

Bon an mal an ce veuf, père de quatre garçons, reconstruit son atelier de vente de meubles et d'ustensiles de cuisine... mais la récession passe par là. Il doit di versifier sa production et se lance alors dans la conception de jouets, d'abord en bois puis en plastique.

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Faites vos jeux !
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Permis de construire Une ville dans la ville

L’entreprise Lego (issu de "leg gotd", soit "joue bien" en danois) voit le jour. Grâce au soutien de son fils, Godtfred, la brique emboîtable apparaît en 1953. À la mort du père en 1958, le rejeton reprend même le flambeau. En 1961, celui-ci finance et inaugure l’aéroport. Sept ans plus tard, la curiosité du public pour l’usine grandissant, il monte une exposition hors-les-murs, qui ne fermera jamais ses portes. C’est l’avènement de Legoland...

Mini-mondes Deux générations et 75 millions de briques plus tard (« vous n’y croyez pas ? Venez les compter ! », lance avec malice Kasper Tangsig,

le chargé de communication), le parc est devenu un passage obligé pour les Danois, qui représentent environ 50% du public. Le lieu attire aussi de nombreux voisins alle mands, suédois et norvégiens.

La plupart des visiteurs sont des familles avec enfants, et bien sûr une foule de passionnés. « Je suis fan ! J’ai entraîné ma copine ici. Il fallait absolument que je vois où tout a commencé », témoigne Manuel, trentenaire portugais per-

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« Vous pouvez compter les 75 millions de briques du parc ! »
Arctic Icebreakers

ché à 36 mètres du sol dans la tour d’observation Legotop, qui offre un panorama de choix. Legoland est ainsi divisé en dix zones thématiques. Miniland en est le cœur, et fut la toute première attraction, avec son petit train touristique qui en fait le tour. Elle reproduit à une échelle 1/20 des sites mondiaux il lustres, comme le quartier Nyhavn, à Copenhague, le centre d'Amster dam ou la Tour Eiffel. Aujourd'hui encore, les équipes élèvent brique après brique ces décors fouillés aux scènes animées. Mini boats en est une sorte d’extension. Au fil de l’eau, installés dans de petites barques, les visiteurs traversent la planète en côtoyant les versions

miniatures du Taj Mahal ou du Mont Rushmore.

Matière à réflexion

On se balade, mais on s'active aussi ! Ici, le jeu de construction se manipule jusque dans les files d’at tente. Pendant que les parents dégustent leur Smørrebrød (sandwich danois) les petits inventent avec les briques à disposition. Dans la bien nommée Brick Street, des espaces dédiés bigarrés (Legoland Gallery, Duplo Fun...) invitent à la créativité. Plus loin, Legoredo River et Arctic Icebreakers sont constamment pris d’assaut. « Regardez comme ils s’amusent !, dit avec joie Pia, une mamie danoise. •••

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The Great Lego Reef

Notre fils a 40 ans. Ses enfants et lui adorent ce jeu. Quand ils ont déménagé, il a fallu déplacer 30 boîtes pleines ». Pendant ce temps, ses moussaillons jettent à l’eau les bateaux fraîchement réalisés et admirent leur dérive dans un petit canyon. On rêve, on s'amuse... et on réfléchit. Car pour Lego, il s'agit d'apprendre en jouant. Trafiksko len est par exemple une école de conduite. Après quelques explications multilingues, les conducteurs en herbe gagnent leur mini-voiture arborant le drapeau de leur pays.

Reconstruction Legoland Billund ne se contente pas d'être le parc historique, il assume pleinement son aspect hors du temps. Les innovations

sont bienvenues, comme le ré cent Emmet’s Flying Adventure (soit un film 4D avec écran géant et fauteuils mobiles) mais coha bitent avec les classiques mon tagnes russes, la maison hantée et autres aquariums.

Aujourd’hui, le site s’étend sur près de 15 hectares et pousse la ville, Billund, à se remettre en question : les travaux d’embellissement envahissent le centre-ville. Pour sûr, ils ont une brique dans le ventre ces Danois !

www.legoland.dk

« Notre fils a 40 ans et il adore ce jeu »
Mont Rushmore
Discutons
© Artik

ARTIK

À pied d'œuvre

Si la basket s'est imposée comme un accessoire iconique de la culture pop, à la fois symbole d’appartenance et objet de spéculation, Artik la considère surtout comme un support d’expression. Arrivé en Belgique de sa Macédoine natale en 2010, ce jeune homme de 21 ans partage son temps entre des études d’architecture à l’université de Liège et la customisation de sneakers, qu'il a élevée au rang d'art. Rencontre avec un peintre qui en a sous la semelle.

Pour Artik, tout a commencé un peu par hasard. « Durant la pandémie, j’ai perdu mon job d’étudiant. En cherchant un autre moyen de ga gner de l’argent, j’ai découvert sur Instagram la possibilité de peindre sur des baskets », confie l'inté ressé, dont le pseudonyme résulte de la contraction de son prénom et du mot "unique" dans sa langue maternelle. Avant de se lancer, il a d'abord effectué des essais sur ses propres chaussures, pour s’as surer que ses peintures et vernis tenaient la route. Le reste est une affaire de talent, et d'inspiration. En témoignent La Nuit étoilée de Van Gogh ou Le Fils de l'homme de Magritte, toiles reproduites à la perfection sur des sneakers. Si tous ses dessins sont réalisés au pinceau, le Liégeois a aussi mis au point une technique bien particulière : •••

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styl e © DR

« l'effet terrazzo, constitué d’éclats de pierre et de marbre, mélangés à du vernis transparent avant d’être déposés sur la chaussure ». Rapide ment, les commandes affluent. « Mais je ne suis pas une imprimante. Je demande désormais à mes clients de m’envoyer un sujet plutôt qu’un dessin. À partir de là, je réalise un croquis ». Histoire que chacun se sente bien dans ses pompes.

Pas de côté

En parallèle, Artik développe un projet plus personnel, présenté lors d'une première exposition dans le cadre hypnotique du restaurant Moment, à Liège. Chaque pièce a été pensée et créée à partir d’un court texte, qu'on retrouve à côté des chaussures. La variété des techniques présentées ici illustre le refus d’être limité à un style. Pour preuve cette œuvre bap tisée Pyromane, composée de trois sneakers... dans un brasero. Celleci raconte l’histoire d’un jeune garçon puni par une flamme qu’il n’a pas réussi à éteindre. « Sur une première basket, j’ai représenté le feu, la suie, le côté sombre de la chaleur. Pour traduire l’expérience multisensorielle de cet incendie, j’ai brûlé les deux autres chaussures au chalumeau ». Sa création préférée ? Discutons, qui figure paradoxalement un visage sans bouche, car certaines choses ne peuvent être exprimées avec des mots. Joli contre-pied, n'est-ce pas ? Virginie Dupont À visiter / www.artikcustom.com c @artikcustom

À voir / Exposition temporaire Liège, jusqu'au 31.12, Restaurant Moment (17 rue Bonne Fortune) mer : 19h -20h30, jeu > sam : 12h - 13h30 & 19h-20h30, moment-liege.be

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Solitude © Artik
É phémère © Charlotte Delleur
Flower Fairy

FLORA BORSI

Le monde à son image

De l’intime à l’universel. Pour une fois, la formule n’est pas galvaudée, et sied parfaitement au travail de Flora Borsi. Autodidacte, cette photo graphe et plasticienne hongroise se met en scène dans des "selfies" surréalistes pour mieux disséquer la psyché humaine. « J’essaie de décrire des émotions à travers des personnages », acquiesce l’intéressée, dont la vocation remonte à l’adolescence. « Quand j'ai eu 15 ans, on m'a dia gnostiqué une tumeur au sein. J'ai alors réalisé des autoportraits pour exprimer mes pensées, mes sentiments et mes rêves. Histoire de laisser une petite partie de moi si quelque chose m'arrivait... Mais j’ai eu de la chance, cette tumeur n’était pas cancé reuse ! », raconte la native de Budapest, qui depuis n’a jamais eu besoin de personne pour concevoir ses images. Pho tographie, maquillage, éclairage… C’est bien simple, elle s’occupe de tout ! Dans ce « one person show », Flora Borsi transforme son visage en terrain de jeu au centre duquel brille son regard, ce fameux « miroir de l'âme ». Ici elle se transforme en fleur, là accueille une colonie de fourmis ou se coiffe de spaghettis. « Les ali ments sont pour moi des accessoires comme les autres. Parfois ils ont une signification symbolique, sinon je les utilise simplement pour jouer avec leur forme et leur texture ». En résulte des compositions fantasques, drôles, parfois étranges ou émouvantes, à l’instar de notre couverture, où les contours d'un planisphère noir ruissellent le long de joues blanches, emportés par les larmes. Un vibrant hommage aux victimes de la pandé mie, signé par une artiste… à fleur de peau. Julien Damien

À visiter / floraborsi.com c floraborsiofficial À lire / L’interview de Flora Borsi sur lm-magazine.com

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portf o l i o
« J’essaie de décrire des émotions à travers des personnages »
Antigone
Ethereal
Blackswan
Clown
Spaghetto
When
you
Life Gives
Lemons
© Nicolas Despis

PETER DOHERTY & FRÉDÉRIC LO

La corde sensible

Peter Doherty, combien de divisions ? Com bien de vies, surtout. Des épopées fracas sées avec The Libertines, Babyshambles, The Puta Madres, quelques échappées solitaires et, désormais, un sublime voyage en tandem avec Frédéric Lo. Il y a une quinzaine d’années, on l’imaginait bientôt rejoindre le fameux et funeste Club des 27. Or, touché par la grâce (parfois) et bénéficiant d’un sacré bol (surtout), l'Anglais a survécu. Tant mieux, car l’âge lui va bien. Ses postures de poète maudit prêtaient à sourire ? N’empêche qu’il aura incarné Musset chez Sylvie Verheyde, en 2012. C'est peut-être cette même sensibilité exacerbée et créative qui aura convaincu Frédéric Lo de travailler avec lui. Le Français avait déjà ressuscité Daniel Darc, autre poète électrique bouffé par les mythes. Composées dans une maison normande cossue et confortable, à mille lieues de la déglingue urbaine, leurs chansons s’inscrivent dans la veine mélancolique et légère des Smiths. Des morceaux divins, finement arrangés (cordes, pianos…) comme autant de classiques instanta nés qui passeront l’épreuve du temps et survi vront aisément à Doherty – quelles que soient les existences lui restant à vivre. Thibaut Allemand Lille, 06.12, L'Aéronef, 20h, 30/25€, aeronef.fr

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m usi q u e

ALOÏSE SAUVAGE VS

Les Combattantes

SUZANE

En une poignée d’années, elles se sont imposées comme les figures de proue de la nouvelle scène française. Du féminisme, aussi. Entre rap, pop et textes engagés, Aloïse Sauvage et Suzane étrennent leur deuxième album, et ont pas mal de points communs… J.D.

Nom de nom. Contre toute attente Aloïse Sauvage n'est pas un pseudo. Comme si elle était « faite pour être artiste et monter sur scène », dit-elle.

≠ Océane Colom a piqué le sien (Suzane, donc) à son arrière-grand-mère, en virant un "n" au passage parce qu’elle « adore sa graphie avec le z en plein milieu ». Côté son. Quelque part entre Diam's et MHD, Aloïse Sauvage fusionne chanson française, electropop et afro-trap. Dans son deuxième album (Sauvage) elle ouvre plus encore son jeu, accueillant cordes et piano. ≠ Suzane se définit comme une « conteuse d'histoires vraies sur fond d'electro ». Caméo, son dernier disque, se pare toutefois de rythmes plus chaloupés et rap.

Le sens du combat. Aloïse Sauvage soutient les luttes féministes et LGBT comme en témoigne, entre autres, Crop Top, morceau évoquant les féminicides et le consentement. ≠ Suzane a aussi publié quelques hymnes sans équivoque : le titre SLT, en 2018, dénonçait le harcèlement (« bats-toi fillette ! ») quand le récent Clit is Good , clipé par Charlotte Abramow, célèbre le plaisir féminin – évidemment, YouTube a immédiatement censuré la vidéo. On dit match nul ?

Aloïse Sauvage

Bruxelles, 03.12, Botanique, 19h30 25,50 > 19,50€, botanique.be Valenciennes, 01.04.2023, Le Phénix, 20h30, 19/16€, lephenix.fr

Suzane

Lille, 07.12, L'Aéronef, 20h, 35€, aeronef.fr

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© Fifou / © Boby

THE HAUNTED YOUTH

Teen spirit

Les années passent, le xxie siècle est déjà sévèrement entamé, dans tous les sens du terme. Les modes vont et viennent et, pourtant, certaines choses ne changent pas depuis les années 1950 : la capacité et la foi de jeunes gens à empoigner guitares, basses et batteries pour chanter.

Pour chanter quoi, d’ailleurs ? Oh, à peu près n’importe quoi – ici, le mal-être, principalement. The Haunted Youth (la jeunesse hantée, tout un programme) et son premier LP Dawn of the Freak s’inscrivent dans une histoire plus longue. On pourrait la relier au blues et à ses démons ou, plus près de nous, à tout un pan de l’indie rock US des 90’s qui émargeait du côté de Seattle. Une douleur qui fait écho à celles, bien contemporaines, de ces Belges menés par Joachim Liebens, leader (ostensiblement) écorché vif et un peu démago ( Teen Rebel…), abordant sa santé mentale, sa fragilité émotionnelle – manquerait plus qu’il soit HPI, tiens. Reste que ces carnets intimes sont joliment mis en musique. Les intéressés citent volontiers MGMT ou Tame Impala. À l’écoute de ces chansons, on songe aussi à Matt Fishbeck, loser magnifique, héraut de Holy Shit et mentor d’une scène cali fornienne maudite (Girls, Ariel Pink, John Maus…) ou, sur le versant anglais, à une certaine idée de la new wave – cette alliance de boîtes à rythmes et de guitares cristallines. C’est alors le flacon qui compte, bien plus que le lendemain d’ivresse, d’autant que sur les planches, Liebens se révèle un frontman habité. Hanté, quoi. Thibaut Allemand

Tourcoing, 08.12, Le Grand Mix, 20h, 14 > 6€, legrandmix.com

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© Charlie De Keersmaecker
Oignies Le Métaphone JANVIER DÉCEMBRE PIERPOLJAK + Max’1 & the Rootsmaker LUV RESVAL + SDM Soirée Born Bad Records ZOMBIE ZOMBIE + CANNIBALE + USÉ 03 16 10 20 28 Rue Alain Bashung • OIGNIES Accès A1 sortie 17.1 ‘’Site minier 9-9bis’’ À 30 min de Lens - Arras - Lille 9-9bis.com 19.1 EMMA PETERS + Oaio TAGADA JONES + BANANE METALIK + LES 3 FROMAGES ANNULÉ 2022-23 LILLE AERONEF.FR licences : n°1-1064625 2-1064626 / 3-1064627 Design : les produits de l’épicerie 06.12 Peter Doherty & Frédéric Lo 12.12 Ibrahim Maalouf “Capacity to Love” 09.12 Hatik + guest 02.12 Trust + guest 01.12 Neue Grafik Ensemble + LNDFK 14.01 Electric Callboy + Annisokay 31.01 The Cool Greenhouse + guest 07.02 Hotel Lux + guest 15.02 Big Joanie + guest À VENIR 2023 2023 2023 DÉC. 2022 14.02 Lee Fields “The Sentimental Fool Tour” 10.12 Vitalic + Poltergeist 08.02 Izïa + guest 11.02 Crows + guest 12.02 Ezra Collective + guest L’AÉRONEF … & PLUS

PLANÈTE RAP

Un Planète rap sans Fred, ça ne se refuse pas. Voici quatre dates hip-hop à ne pas rater ce mois-ci. Où l'on croise un Helvète en survêt’, un revenant nostalgique, un pionnier du genre et un grand gaillard pas vraiment à l’aise avec la gent féminine. Thibaut Allemand

MAKALA

Et si la relève du rap francophone venait… de Suisse ?! Douze ans après la fin des pionniers Sens Unik, Makala, un ego gros comme ça et son crew Xtrm Boyz jouent des coudes dans une compétition pas facile. Armé d’un flow tout-terrain, le Genevois fait feu de tout bois sur des instrus caram bolant jazz, bossa, reggae, electro... On retrouve, au gré des productions, des morceaux de Booba, Benny Benassi, Les Baxter ou… Raymond Scott ! Entre egotrips (passages obligés mais plutôt réussis) et petites nouvelles narrées avec un certain sens du style, Makala pourrait rafler la mise. D'ailleurs, qui de mieux qu’un Suisse pour faire sauter la banque ? Tourcoing, 09.12, Le Grand Mix, 20h, 21 > 13€, legrandmix.com Bruxelles, 10.12, Botanique, 19h30, 22,50 > 16,50€, botanique.be

© DR

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KRS-ONE

KRS-One, ou la plus célèbre para cousie du rap. La quoi ? Une hallu cination auditive. Celle qui, depuis plus de 30 ans, nous fait entendre "assassin de la police" en lieu et place de "That's the sound of da police". À quoi ça tient, hein. D’autant que Lawrence Parker, ex-SDF et rat de bibliothèque, ex-graffeur et pionnier du hip-hop conscient, a depuis 1983 beaucoup d’autres choses à proposer, souvent entonnées de sa gouaille héritée des toasters jamaï cains. Bref, un morceau d’histoire, directement arraché au bitume de la grosse pomme. Courtrai, 07.12, De Kreun, 20h, 27,50 > 21,50€

DAMSO

Polyvalent et touche-à-tout, Damso ? Ou simplement opportuniste ? À vous de voir. Révélé via Booba et le crew 92i, depuis auteur de quatre albums, le Bruxellois s’était taillé une réputation d’expert èspunchlines bien grasses. Quelques temps plus tard, surprise ! Il aligne un duo avec Angèle. Pour le reste, entre house-pop, trap et boom-bap, la misogynie en étendard cache mal la dépression, la haine de soi et la misère sexuelle. Et si Damso proposait, finalement, un rap tout en fragilité ?

Lille, 09.12, Le Zénith, 20h, complet ! Bruxelles, 10 &.11.12, Palais 12, 20h, complet !

JOEY BADA$$

En 2019, Joey Bada$$ annonçait arrêter la scène pour se consacrer à ses affaires. C’était un leurre : cette année parut 2000, comme une suite à sa mix tape initiale (1999, sortie en 2012). Ce disque nos talgique est marqué par le retour à un son profon dément new-yorkais, soit du boom-bap traversé de boucles jazz et enrichi de la présence de quelques vieilles gloires (Diddy, Chris Brown…). Celui-ci est conscrit temporellement donc, mais aussi géogra phiquement (Bronx, Queens, Brooklyn et Staten Island). Un devoir de mémoire, en quelque sorte.

Anvers, 07.12, De Roma 20h, complet !

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Ojoz © Douglas Friedman

BONOBO

Bête de set

1999, l’année du singe ? Dans le sillage de Gorillaz, à Brighton, Simon Green, 23 ans, s’affuble à son tour d’un pseudonyme simiesque. Un petit tour chez le label de sa ville, Tru Thoughts (Quantic, Jon Kennedy, Sarah Russel…) puis il signe chez Ninja Tune qui, à l’époque, représente une certaine idée du futur – soit un avenir plein de breakbeats échevelés, d’abs tract hip-hop, d’electronica rêveuse et de jazz concassé. Bref, l’écrin idéal pour le downtempo de Bonobo, dont les sorties régulières le placent en valeur sûre de la maison. Entre moult remixes (pour Gorillaz, London Grammar, Amon Tobin, Michael Kiwanuka ou encore le vénérable jazzman Henri Texier !), l’Anglais signe sept albums dont le dernier, Fragments (un nom chipé à Roland Barthes) témoigne du talent du désormais quadra génaire. À savoir, des titres idéaux pour la scène ET l’écoute domestique : pop ambient lunaire, chemins de traverse folk, écho de musiques du monde… Un canevas modulaire et modelable à l’envi, Bonobo ne livrant jamais deux fois le même set. Thibaut Allemand Bruxelles, 10.12, Forest National, 20h, 37,90€, forest-national.be

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© Grant Spanier

ROSALÍA

Lâchez l'hybride

Mieux qu'une superstar, Rosalía est devenue un phénomène. Entre flamenco traditionnel, pop, R’n’B et reggaeton, l'Espagnole a renversé la table. Elle s'est imposée en moins de temps qu'il ne faut pour dire "olé" comme une créatrice de la trempe de Björk ou de Billie Eilish – oui, rien que ça !

C’est suite à l’écoute de Camarón de la Isla, à l’origine du nouveau flamenco, que Rosalía se découvre une passion pour ce genre né au xviiie siècle. S’ensuit des études à l’École supérieure de musique de Catalogne et un premier album, Los Angeles, dans lequel elle chante simplement accompagnée d'une guitare. Nous sommes en 2016 et, déjà, la jeune femme concilie des publics a priori différents, revisitant des œuvres patrimoniales et populaires. Mais c'est surtout son deuxième disque, El Mal Querer, réalisé avec le composi teur El Guincho (complice de Björk ou de Lous and the Yakuza) qui révélera la chanteuse à l'échelle planétaire, enthousiasmant le public comme la critique la plus pointue – de Pitchfork au NME. Le pari de transmettre son amour pour un art ancestral, par essence extrêmement rigide et codifié, est réussi. Sans doute parce que Rosalía sait l’habiller d’une modernité déconcertante. Motomami (soit "meuf-moto"), paru en mars dernier, pousse toujours plus loin l’innovation, avec un alliage de reggaeton des Caraïbes, de flamenco de Catalogne ou de trap américaine – sans oublier cette voix, tout en puissance et fragilité. En somme, un œil dans le rétroviseur, et tous les possibles en ligne de mire. Louisa Darrigrand Bruxelles, 12.12, Forest National, 19h, complet !, forest-national.be

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© Daniel Sannwald

VIAGRA BOYS

L’an passé, le guitariste Benjamin Vallé passait l’arme à gauche, mais ses comparses n’ont pas rendu les leurs. Ils signaient même au printemps un troisième disque éclatant. Avec, dans leur tote-bag, le lourd héritage des Stooges, de Suicide ou de The Birthday Party, les Suédois (à peine) calmés ont enrichi leur post-punk. N’empêche, on retrouve ce tapis de basse "lour dissime" et de guitares acérées, des claviers et saxos désaxés. Bref, Viagra Boys incarne, encore et toujours, une certaine idée du rock en 2022. T.A. Anvers, 12.12, Trix, 19h30, complet !

BRAINDANCE

Le nom de ces soirées renvoie forcément à la compilation éditée par Rephlex en 2001 et, plus généralement, à l’IDM. Point de techno domestique ici, mais Daniel Avery, Fatima Yamaha, Asa Moto, entre autres, et surtout deux Austra liennes rétromaniaques. Si l’on apprécie le revival deep house UK garage de Logic 1000, on fond totalement face au maelström sonique mêlant hardcore, pop, jungle et UK techno de Haai, dont la science du mélange a séduit Jon Hopkins, Alexis Taylor ou Obi Franky – excu sez du peu ! T.A. Bruxelles, 17.12, Ancienne Belgique, 22h complet !

CALI

Ne faites jamais confiance à un cowboy, ce n'est pas seulement un concert, ni vraiment du théâtre. Plutôt un western musical. Seul sur scène, à l'ombre d'un réverbère, Cali est assis sur un banc. Guitare en bandoulière, le Perpignanais à la voix éraillée se glisse dans la peau d'un clochard céleste. Il se réveille, nous prend à témoin pour raconter sa vie d'avant, quand il était chanteur. S'enchaînent alors des histoires d'amour, d'amitié, tantôt rock ou mélancoliques. Toutes inventées, bien sûr, mais bouleversantes de sincérité. J.D. Mouscron, 16.12, Centre culturel, 20h, 36 / 33€ La Louvière, 17.12, Le Théâtre, 20h, 35€, cestcentral.be

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© Philippe Fernandez © Kirsten Thoen Haai © Imogene Barron
–Licences 1-001911 / 2-001912 / 3-001913 THÉÂTRE MUNICIPAL DE BÉTHUNE Boulevard Victor Hugo F - 62400 Béthune Renseignements et réservations 03 21 54 97 40 - theatre-bethune.fr Billetterie : application B-Tick Julien Clerc © Laurent Humbert jeudi 2 mars 2023 Laura Felpin « Ça passe » © Sasha Marro samedi 4 mars 2023 Ben © Guillaume Landry vendredi 10 février 2023 Jeanne Added © Julien Mignot jeudi 8 décembre 2022

interview

RACHID BOUCHAREB

Mémoire vive

Depuis près de 40 ans, Rachid Bouchareb ne cesse de questionner l'immigration et de dénoncer les injustices dont sont victimes les Français d'origine maghrébine. On se souvient bien sûr d'Indigènes, dans lequel il rendait hommage aux tirailleurs nord-africains qui s'engagèrent en 1943 dans l'armée française. Avec Nos frangins, le réalisateur césarisé retrace cette fois le meurtre de Malik Oussekine, battu à mort par des membres du peloton des voltigeurs motorisés, en marge des grands mouvements de contestation étudiante contre le projet de réforme universitaire Devaquet. Il s'intéresse aussi au meurtre d’Abdel Benyahia, tué par balle cette même nuit de décembre 1986 par un policier ivre. Avec un parti pris assumé : celui de mêler fiction et réalité, images d'archives et personnages inventés. Rencontre.

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© 3b ProductionsFrance 2 CinémaLe PacteWild Bunch International

Comment ce film est-il né ?

Ça fait 35 ans que je le porte, inconsciemment. Je suis de la génération qui a grandi avec cette histoire. À l'époque je sortais d'une école de cinéma et venais de réaliser mon premier film, Bâton rouge. Ce drame m'avait profon dément marqué, révolté. Je suis né en France et d'origine algérienne, donc un enfant de l'immigration comme l'étaient Malik et Abdel. Le pays s'était alors embrasé pour leur rendre justice.

Avec le temps, de quelle façon ce sujet a-t-il évolué selon vous ? Depuis 40 ans les politiques se suc cèdent mais rien n'a vraiment bougé sur l'immigration, l'intégration, les violences policières. J'observe que la première, la deuxième et la troi sième génération issue de l'immigration font l'objet du même débat... C'est devenu le plat de résistance à chaque élection. J'ai toujours été bercé, agressé par ce thème, servi à des sauces différentes.

Vous revenez sur le meurtre de Malik Oussekine mais aussi celui d'Abdel Benyahia, plus méconnu. Était-ce important pour vous de rappeler ce nom ? Oui, parce que ce drame a eu lieu la même nuit. Abdel a été tué quelques heures avant Malik Oussekine par

un policer ivre. On a décidé de le laisser dans l'ombre, mais c'est la même histoire. Un complot a été mis en place et aujourd'hui encore on n’a pas accès à toutes les infor mations. La mort d'Abdel Benyahia a d'abord été cachée à sa famille.

La police a voulu dissimuler cette bavure pour ne pas ajouter de co lère à la colère.

« Le pays s'est embrasé pour leur rendre justice »

"Plus jamais ça !" pouvait-on lire, alors, sur les banderoles des manifestants, au lendemain du drame. C'est aussi inscrit sur l'affiche du film...

Oui, car pour moi cette histoire est aussi celle du peuple de France qui décide, soudain, de rejeter un type de société. Il y avait eu des

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écran s
© Julien Damien

meurtres comparables à celui de Malik, notamment ceux du massacre d'octobre 1961. Ces mortslà sont restés anonymes, comme Abdel Benyahia d'ailleurs. Et puis, pour la première fois, un nom est sorti : Malik Oussekine. Des gens ont défilé dans la rue par cen taines de milliers en brandissant son portrait. Je compare cela à un Mai 68 des étudiants, contre les violences policières.

Comment articulez-vous les images d'archives et les scènes de fiction ?

Je privilégie les archives lorsqu'elles existent pour éviter une reconstitution. Je ne voulais pas d'acteurs pour incarner Pasqua ou Chirac, ça aurait été ridicule. En même temps,

je ne réalisais pas non plus un do cumentaire, mais un film avec un contenu artistique. J'ai donc acheté des caméras utilisées à l'époque par la télévision pour prolonger, à certains moments, des archives – voire les réhabiliter quant elles étaient inexploitables. La fiction peut parfois enrichir des faits réels. Ce procédé m'a simplement permis d'aller plus loin dans l'histoire. Propos recueillis par Julien Damien

Nos frangins De Rachid Bouchareb, avec Reda Kateb, Lyna Khoudri, Raphaël Personnaz... Sortie le 07.12

À lire / La version longue de cette interview sur lmmagazine.com

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© 3b ProductionsFrance 2 CinémaLe PacteWild Bunch International

ANNIE COLÈRE

Naissance d’un combat

À l’heure où le pays de l’Oncle Sam remet en cause le droit à l’avortement, Annie Colère nous rappelle le long chemin que fut l’acces sion à cette liberté fondamentale, en France. Blandine Lenoir nous replonge dans les années 1970 et met en lumière ces inconnues qui luttèrent dans l’ombre pour changer le cours de l’Histoire.

En 1973, soit un an et demi avant la loi Veil, naissait le Mouvement pour la liberté de l'avortement et de la contraception. Dans l’illégalité, plus de 300 antennes dispersées à travers la France ont pratiqué des interruptions volontaires de grossesse grâce à la méthode Karman, technique médicale consistant à aspirer le contenu utérin – loin des aiguilles à tricoter des "faiseuses d’anges". Blandine Lenoir rend ici hommage à ces femmes (et quelques hommes) de courage. L’histoire ? Annie, ouvrière et mère de deux enfants, se retrouve enceinte accidentellement et se rend au MLAC pour avorter. Soumise à l’autorité masculine, elle se découvre alors une force insoupçonnée et s’engage dans ce mouvement fondé sur l’entraide et le partage des savoirs. Laure Calamy (Dix pour cent, Antoinette dans les Cévennes) incarne une femme ordinaire luttant pour toutes les autres. S’il s’agit bien d’une fiction, le film retrace avec réalisme ce combat invisible mais fondamental. Les scènes d’avortement révèlent des actes bienveil lants, sans bain de sang, à rebours des séquences glauques souvent vues au cinéma. Une œuvre nécessaire, célébrant ces batailles d’hier qui firent les libertés d’aujourd’hui – et, espérons-le, de demain. Camille Baton

De Blandine Lenoir, avec Laure Calamy, Zita Hanrot, India Hair… Sortie le 30.11

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© Aurora Films / Local Films

Des spectacles à deux pas de chez vous et au tarif très accessible. Retrouvez toute la programmation sur le site de la métropole.

lillemetropole.fr
������������������������������������ ����u��tur�� n’���� j����m����is été ����ussi pro����h�� d�� ��ous ! Les Belles Sorties

COW

L'amour vache

Vêler, passer à la traite. Parfois, s'ébrouer dans un pré. En s'inté ressant à la vie ordinaire d'une vache laitière, Andrea Arnold fait mieux que dénoncer les conditions d'élevage. Par le prisme de la grande tradition britannique du cinéma social, elle témoigne du prolétariat... des animaux.

Le cinéma social, Ken Loach en tête, vise à rendre perceptible les structures de domination à travers le parcours d'un individu ou d'un groupe. Pour cela, un style s'est presque imposé : caméra portée, extrême proxi mité avec le sujet (parfois ici jusqu'à la collision), montage abrupt, atten tion au corps et aux affects. L'empathie avec le personnage est alors proportionnelle aux obstacles contre lesquels il bute, et dont la dimension systémique se révèle précisément au fil de son parcours obstiné. L'intelligence de Cow tient d'abord à sa manière d'épouser pleinement cette esthétique. D'un même mouvement apparaissent ainsi la singula rité de l'animal et son aliénation. Car c'est bien cela que saisit la réalisatrice de Fish Tank (2009) : une existence inscrite dans un appareil de production qui en conditionne le milieu, les déplacements, les relations et même la durée. Cette vie, c'est celle de Luma, une vache laitière éle vée dans une grande ferme. Un destin qui, en somme, ne peut se comprendre seulement si on considère les animaux comme des membres (particulièrement mal traités) de nos sociétés spécistes et capitalistes. Cow participe ainsi avec force de ce grand mouvement contemporain de reconsidération des liens entre la faune et les humains. Raphaël Nieuwjaer

Documentaire d'Andrea Arnold. En salle

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© Kate Kirkwood / Ad Vitam

LES ANNÉES SUPER 8

Annie Ernaux n'a pas encore publié de roman au moment où elle et son mari Philippe font l'ac quisition, en 1972, d'une caméra Super 8. Au fil de la décennie, les images s'accumuleront (anniver saires, vacances surtout) jusqu'à la séparation du couple, en 1981. Ces bobines n'ont rien d'excep tionnel, mais c'est justement leur caractère commun qui fait leur qualité. Sans ambition artistique, elles constituent une archive fa miliale et un fragment du monde social. En voix-off, la lauréate du Prix Nobel de littérature y analyse son mode de vie petit-bourgeois et ses aspirations de gauche (la visite du Chili de Salvador Allende et de l'URSS de Brejnev). La pelli cule garde aussi la trace des disparus, donnant une tournure sou dain bouleversante à cet essai modeste et lucide. Raphaël Nieuwjaer

LES MIENS

Moussa est doux et altruiste, à l’opposé de son frère Ryad, présentateur télé dont la notoriété n'a d'égale que l'égoïsme. Mais lors d’une soirée, Moussa se cogne violemment la tête. Il souffre alors d'un traumatisme crânien qui transforme complètement sa personnalité : sa bienveillance disparaît et il s’exprime désor mais sans filtre, quitte à blesser son entourage… Pour son sixième long-métrage, Roschdy Zem livre son œuvre la plus personnelle, directement inspirée de sa vie et de celle de son frère, Mustapha. Le film évite l'écueil du pathos et aborde avec beaucoup d’humour la force des liens familiaux. Est-il bon de tout dire à ses proches, même la vérité ? Voici une des nombreuses questions posées par cette fratrie certes fictive, mais terriblement réaliste et touchante. Camille Baton De Roschdy Zem, avec lui-même, Sami Bouajila, Maïwenn... En salle

À lire / L'interview de Roschdy et Mustapha Zem sur lm-magazine.com

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Documentaire d’Annie Ernaux et David Ernaux-Briot. En salle © Shanna Besson © Les Fillms Pelléas
SAMEDI 3 DÉCEMBRE OUVERTURE EXCEPTIONNELLE JUSQU’À 1 H DU MATIN PROMENADE ENFLAMMÉE ET MUSICALE PAR LA COMPAGNIE CARABOSSE MISE EN LUMIÈRE DE LA GALERIE DU TEMPS VISITES ÉGYPTO-DISCO DJ SET À LA SCÈNE DIMANCHE 4 DÉCEMBRE GÂTEAU D’ANNIVERSAIRE ! OUVERTURE DE L’EXPOSITION INTIME ET MOI CONCERT DE ROSE-MARIE STANDLEY À L’OCCASION DE SES 10 ANS ET DES FÊTES DE LA SAINTE-BARBE le louvre-lens s’illumine POUR CÉLÉBRER ENSEMBLE 10 ANS D’AVENTURES HUMAINES ET ARTISTIQUES ! ET DE NOMBREUSES VISITES ET ACTIVITÉS INÉDITES TOUT LE WEEK-END ! ENTRÉE ET PROGRAMMATION GRATUITES Informations sur louvrelens.fr et jai10ans.com
© Collection Barnabé Mons

interview

KITSCH CATCH Objectif lutte

Le Berger bulgare, le Bourreau de Béthune, la Bête humaine, le Gitan tatoué, l’Ange blanc… Ces noms exotiques ne vous disent peut-être rien. Pourtant, ces lutteurs ont enflammé pas mal de soirées entre l’hexagone et le plat-pays durant le siècle dernier. "Sociologue de l'étrange", archiviste pop et chanteur de rock, le Nordiste Barnabé Mons ressuscite le temps d’une exposition bruxelloise cet âge d’or du catch franco-belge à travers des photographies, des vidéos et des affiches originales. On remonte sur le ring.

Comment le catch est-il arrivé près de chez nous ?

Il s’est développé à partir des années 1920 aux États-Unis en marge du music-hall et du cirque, mais toutes les prises de lutte ont été créées en Europe. Si on s’en dispute encore la paternité des deux côtés de l’Atlantique, les grandes figures des débuts sont bien françaises, à l’image de Charles Rigoulot. En France et en Belgique, le catch a vraiment explosé dans les années 1940 et 1950. À cette époque les ga las étaient diffusés à la télévision et les lutteurs de véritables vedettes. Lino Ventura a d’ailleurs commencé comme ça. C’était alors un spec tacle populaire, comme le rock.

Quelle est la particularité du catch franco-belge par rapport à ses cousins américains ou mexicains ? Chaque culture a son esthétique propre. Au Mexique, on s’inspire de l’art précolombien. C’est une sorte de mix entre les super-héros et les divinités incas. Visuellement c’est extraordinaire, mais là-bas on in vestit encore beaucoup d’argent dans ce sport. Aux É tats-Unis, c’est plus triste : les mecs sont tous bodybuildés et ont la même corpulence…

« C’est une discipline transgressive »

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exposi t i o n
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Il y a moins de diversité, les lut teurs portent rarement un masque ou un accoutrement insolite. Ce qui me fascine justement dans le catch franco-belge, c’était son côté "do it yourself ", artisanal : une peau de bête, une grimace, un surnom rigolo et ça y est, on tient un personnage ! Même si certains reprenaient des figures existantes comme Quasimodo ou Batman, il y avait de l’inventivité.

D’où vous vient cet intérêt pour ce spectacle ? Je l’ai d’abord découvert à travers la photographie. Ces personnages aux surnoms et attitudes caricatu rales me rappelaient le rock, pour son aspect très expressif. C’est une discipline transgressive, détournant les codes du sport. Elle offre aussi un tas de représentations sociales.

On voyait débouler sur le ring des personnages dingues. Des lou bards mais aussi des super-héros ou des anges ! C’est un monde où l’éternelle lutte entre le bien et le mal est incarnée par des lutteurs hauts en couleur. Ils pouvaient se moquer de tout : des flics, des hippies, des voyous… Bref, une liberté d’expression qu’on a perdue au jourd’hui.

Par exemple ?

Je me souviens de M'Boaba, un lutteur noir qui surjouait le sauvage, mais pour mieux se foutre du regard des blancs, retournant tous les stéréotypes associés à sa couleur de peau, un peu comme le faisait le chanteur Screamin' Jay Hawkins [ NDLR : l'interprète de I Put a Spell on You ]. Pour dire, il se baladait avec un boa et sa femme était une blanche déguisée façon coloniale… des choses impossibles à voir maintenant !

D'autres catcheurs sur lesquels vous voudriez attirer l’attention ?

À titre personnel, j’adore Travesti Man, un personnage des années 1990 avec un boa autour du cou. Il se faisait surnommer "la folie du xx e siècle", ce qui ne veut absolu ment rien dire ! Plus fort, c’était un policier ! On peut aussi citer l’Ours de l’Oural, avec sa coiffure afro incroyable, qui pose sur une peau de bête et porte une moustache à faire pâlir tous les hipsters.

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© Collection Barnabé Mons

Qu'en est-il aujourd'hui ?

Il y a encore des matchs et il y en aura toujours. Les catcheurs sont des passionnés souvent parrainés par des anciens. Ils sont prêts à traverser la France et à dormir sur un mauvais matelas pour un com bat de 50 balles. Parmi les pros citons l’équipe de Flesh Gordon ou Booster à Maubeuge...

Croyez-vous en un nouvel âge d'or ?

Pour cela il faudrait remettre de gros moyens... Mais je ne vois pas comment on pourrait réhabiliter un truc aussi rigolo et transgressif à cette échelle. Aujourd’hui, j’ai l’im pression que les gens attendent de la vraie violence comme avec le MMA, c’est sinistre. Je regrette

le temps du simulacre de la vio lence, plus humain et poétique. À l'époque, on n’insistait pas sur l’aspect chiqué. Personne n’était dupe bien sûr mais un mystère planait au-dessus de tout ça. On a hélas trop dit que c'était du flan, en oubliant toute la prépa ration physique, la performance sportive, pourtant c’était un sa cré spectacle ! Propos recueillis par Julien Damien

Kitsch catch, l'âge d'or franco-belge Bruxelles, jusqu’au 15.01.2023, Botanique mer > dim : 12h- 20h, 3/2€, botanique.be (festival Photo / Brut Bxl)

À visiter / confusion.space

À lire / La version longue de cette interview sur lm-magazine.com

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© Collection Barnabé Mons Anonyme, Tête de siamois, ivoire, collection privée © Photo : Julien Damien

LES FABRIQUES DU CŒUR ET LEUR USAGE

L'art de l'histoire

Le MACS a 20 ans. Comment célébrer l'événement ? Une rétrospec tive eût été trop convenue. Denis Gielen, l'actuel directeur, a préféré solliciter Laurent Busine, le fondateur du Musée des arts contemporains sis au Grand-Hornu. En résulte une exposition au titre éminemment poétique, Les Fabriques du cœur et leur usage. Rassemblant les œuvres d'artistes de divers horizons et époques, ce parcours décou pé en chapitres illustre parfaitement l'essence du lieu : raconter de bonnes histoires. •••

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exposi t i o n
Roni Horn, Dead Owl, v. 2, 2009 © Photo : Julien Damien

Le premier chef-d'œuvre qui s'offre aux yeux du visiteur, c'est le musée lui-même. Inauguré en 2002, le MACS est situé dans l'ancien charbonnage du Grand-Hornu. Ce joyau industriel du xixe siècle à l'architecture néogothique prend la forme d'un espace circulaire tout en briques et arcades. Il fut inscrit il y a pile 10 ans au Patrimoine mondial de l’Unesco. « C'est un musée qui ne ressemble à aucun autre, et même un endroit assez métaphysique, avec son ouverture vers le ciel, appuie son directeur, Denis Gielen. C'est d'ailleurs une source d'inspiration pour les artistes que nous accueillons ». Parmi les noms exposés ici, citons bien sûr le re gretté Christian Boltanski, dont Les Registres du Grand-Hornu reste la première pièce produite et acquise pour la collection du MACS. Longue de près de 40 mètres, cette installation constituée de boîtes métal liques empilées rend hommage aux travailleurs qui ont péri dans les mines de charbon locales. Une pièce symbolique de l'institution wallonne, jadis lieu de souffrance et désormais écrin culturel.

observe Denis Gielen. Une confi guration propice à tous les bons conteurs d'histoire. C'est justement le cas de Laurent Busine qui a choisi, pour marquer cet anniversaire, de narrer celle de l'humanité. Son exposition est ainsi organisée en 12 chapitres, illustrant chacun un thème universel, de la genèse au paradis, en passant par la solitude, la maison, la nudité, le trépas...

Par la grâce de Dieu

Fresque existentielle L'autre particularité du MACS, c'est la physionomie de son parcours, constitué d'espaces immenses, de petites cachettes et de passages en dénivelé reliés par des escaliers. Surtout, « ce trajet est linéaire, donc narratif, avec un début et une fin »,

Au fil de ces contes tantôt étranges ou émouvants, on trouve des œuvres de Giuseppe Penone, James Ensor, Louise Bourgeois, Lewis Carroll, Luc Tuymans... et puis quelques curiosités, comme ce tableau d'un peintre amateur. « Je l'ai déniché dans un vieux marché, explique le commissaire. Cette petite toile représente assez maladroitement un bout de ciel et un morceau de montagne, mais demeure trou blante car signée "Dieu", un nom courant dans le Borinage, certes, mais trouver une esquisse de la création du monde avec ce nom, ça l'est moins ! ». Une affaire de cœur, donc. « Ce mot est important pour le musée, c'est la marque de fabrique de nos expos, souligne Denis Gielen. On a toujours été plus sensible à la dimension affective qu'au concept. Il y a des sentiments ici ». Et pas mal de rebondissements. Julien Damien Hornu, jusqu'au 19.03.2023, MACS mar > dim : 10h-18h, 10 > 2€ (gratuit -6 ans) mac-s.be

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Giuseppe Penone, Procedere in verticale © Photo : Julien Damien Louise Bourgeois, Spider, 1994 © Photo : Julien Damien

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2. Jesper Eriksson - Stool 018, Anthracite Coal – 2018 © Jesper Eriksson

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4. Senscommon + Unchino - 2019 © DR

Maarten Baas - Smoke' Red Blue chair – 2010
©
Centraal Museum Utrecht / Adriaan van Dam Studio Khorram-Ricatte - Lueur © Photo Jean-Michel Andre
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AU CHARBON !

L'autre plan carbone

Il fut le moteur de la révolution industrielle, et donc du progrès. Désormais, il mine la planète. Trois siècles après sa découverte, le charbon reste la deuxième ressource énergétique de l’humanité, et surtout l'une des principales causes d'émission de CO2. Au Grand-Hornu, cette exposition imagine un design "post-carbone" et un autre destin à cet "or noir".

Tout un symbole. Au CID, le visiteur est accueilli par... une chaise calcinée. Pas n'importe laquelle. Il s'agit de la Red Blue Chair, façonnée en 1918 par Gerrit Rietveld. L'objet, qui marqua l'histoire du mobilier, a donc été brûlé, en l'occurrence par le Néerlandais Maarten Baas (en 2010). Un geste ico noclaste, comme s'il fallait tirer un trait sur le passé, et une réflexion sur la vulnérabilité de nos ressources naturelles. Voilà résumé tout le propos de cette exposition : comment rompre avec l'exploitation mortifère du charbon pour lui inventer une autre utilisation, plus respectueuse, à l'instar des créations de Jesper Eriksson. Le Suédois s'en sert en effet comme d'un matériau brut pour sculpter des meubles à la beauté anthracite.

Et la lumière fut Car oui, le charbon a aussi des vertus, notamment purificatrices, par exemple mises en valeur par Senscommon. Ce label hollandais a signé une collection de vêtements incorporant de fines particules de la roche sédimentaire, éliminant ainsi la moisissure et les odeurs. Inspirante, cette exposition ne remet bien sûr pas en cause l'urgence de la situation, mais nous donne des raisons d’espérer, parfois de manière très poétique. À l’image de ce photophore reprenant la forme de la lampe du mineur et conçue par les Lillois du Studio Khorram Ricatte. Lorsque la bougie est allumée, le noir disparaît pour laisser place au blanc et à la lumière... Julien Damien Hornu, jusqu'au 08.01.2023, Centre d'innovation et de design, mar > dim : 10h-18h 10 > 2€ (gratuit -6 ans), cid-grand-hornu.be

69 expositi o n

FLAGS

L'art en étendard

Après les cartes, la Fondation Boghossian explore la place et l'uti lisation du drapeau dans l’histoire de l’art, du xxe siècle à nos jours. Baptisée Flags, cette exposition bruxelloise révèle des œuvres jouant avec les formes, les couleurs et les symboles. En filigrane, elle nous invite à réfléchir aux nationalismes d'hier et d'aujourd'hui.

Objet éminemment graphique, mais aussi symbolique, le drapeau occupe une place de choix dans l’histoire de l’art, et nombre de créateurs se sont emparés de ce bout de tissu lourd de sens. À la Fondation Boghossian, Flags réunit ainsi de grands noms, de Pablo Picasso à Andy Warhol, de Daniel Buren à Jasper Johns. Surtout, ce parcours évoque avec grâce des notions plus que jamais actuelles, comme l'identité ou le désir de revendication, à l'image de To Breathe-Zone of Nowhere de la SudCoréenne Kimsooja. Suspendue au plafond, cette installation revisite les couleurs et formes d'une centaine de drapeaux nationaux. Elle crée ainsi de nouveaux emblèmes et formule une utopie : celle d'une coexistence pacifique entre les pays, sans nationalisme exacerbé. Soit la parfaite illustration de la vocation de la Fondation Boghossian, qui vise à rap procher les cultures à travers l’art. Un message fièrement brandi avant même l’entrée de l’exposition. Sur la façade, Yara Said, réfugiée syrienne, a posé une bannière orange et noire, figurant les teintes du gilet de sau vetage porté durant sa traversée de la Méditerranée... Un symbole fort, transformant ce lieu en ambassade poétique et politique. Camille Baton Bruxelles, jusqu'au 22.01.2023, Fondation Boghossian mar > dim : 11h - 18h, 10 > 4€ (gratuit -12 ans), villaempain.com

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To Breathe-Zone of Nowhere © Kimsooja
Louis-Léopold Boilly© Franck Boucourt Réalisation communication Ville de Tourcoing Septembre 2022 www.muba-tourcoing.fr
KALEIDO SCOPE 18 Nov. 2022 > 12 Fév. 2023
Musée des Beaux-Arts

CHERCHER L’OR DU TEMPS

Regards croisés

Le surréalisme et l’art brut illustrent une même quête : celle d’un état "natif " de la création, détaché de tout académisme – cette « asphyxiante culture », pour citer Jean Dubuffet. Pourtant, ces deux mouvements firent rarement l’objet d’une lecture croisée. À Villeneuve d’Ascq, le LaM ausculte à travers près de 400 œuvres leurs points de convergence.

« À quoi rêvez-vous la nuit ? ». Voilà la question que posait André Breton aux soldats traumatisés revenus du front, en 1916, alors qu’il était encore un jeune médecin. On le voit, le père du surréalisme s’intéressa très tôt à une forme de création inconsciente. Soit bien avant sa rencontre (puis sa brouille) avec Jean Dubuffet, théoricien de l’art brut, et qui passa sa vie à rassembler les productions de marginaux ou de malades mentaux, lesquels dessinaient, peignaient ou sculptaient instinctivement, sans aucune formation. Au fil de ces 12 chapitres agencés comme un vaste cabinet de curiosités sont ainsi scrutées les connexions (ou divergences) entre ces deux courants. Se côtoient ici des œuvres signées par Salvador Dalí, Joan Miró, Man Ray, Aloïse Corbaz… mais aussi d’illustres inconnus, à l’instar de ces photographies de "navets anthropoïdes" sculptés par un psychopathe. Des expériences de création automatique de Max Ernst aux peintres spirites guidés par des voix de l’au-delà, en passant par le Palais idéal érigé par le Facteur Cheval, cette exposition témoigne d’un art libéré des modes et des influences, mais ô combien inspirant. Julien Damien Villeneuve d'Ascq, jusqu'au 29.01.2023, LaM, mar > dim : 10h-18h 10/7€ (gratuit -12 ans), musee-lam.fr

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Le Boqueteau, maquette, Jean Dubuffet, 1969 © Julien Damien

BIEN CONSERVÉS !

Secrets d'histoire naturelle

C’est l’une des plus anciennes adresses de la capitale des Flandres. Inauguré en 1822, le Musée d’histoire naturelle de Lille souffle ses 200 bougies... mais reste bien conservé ! Pour marquer cet anniversaire, l'institution sise rue Gosselet sort le grand jeu et nous invite dans ses réserves, reconstituées le temps de cette exposition. Ça n'a rien d'anodin, car celles-ci renferment 97 % des trésors du MHN... soit 450 000 objets ! Certes, tout n'est pas révélé (tâche impossible), mais au fil de ce parcours immersif on découvre quelques raretés, entre fragments de météorite, crânes humains, fossiles de plante datant de 300 millions d'années, mais aussi statuettes en ivoire et même... une sirène à ondes, soit une étrange machine permettant d'étudier les sons, au xixe siècle. Si les collections relatives à la zoologie et à la géologie sont les plus connues, le musée possède en effet deux autres fonds moins exposés, l'un dédié à l’ethno graphie et l’autre aux sciences et techniques. Voici donc une belle occa sion de les mettre en lumière, en attendant la transformation du lieu, d'ici l'automne 2025, en Musée de l’homme, de la nature et des civilisations. J.D. Lille, jusqu'au 03.07.2023, Musée d'histoire naturelle, lun, mer, jeu, ven : 9h30 > 17h sam & dim : 10h-18h, 5/3,50€ (gratuit -12 ans), mhn.lille.fr

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© Ville de Lille

Natterer, Meine Augen zur Zeit der Erscheinungen (Mes yeux au temps des apparitions) (détail), avant 1921. Collection Prinzhorn, Heidelberg. N° inv. 166. D. R. Photo © Sammlung Prinzhorn, HeidelbergDesign graphique Les produits de l’épicerie

exposition 14 OCT. ———29 JAN. 20 22 20 23 VILLENEUVE D’ASCQ musee-lam.fr Le LaM est un Établissement Public de Coopération Culturelle dont les membres sont la Métropole Européenne de Lille, la Ville de Villeneuve d’Ascq et l’État. August
SURRÉALISME CHERCHER ART NATUREL ART BRUT ART MAGIQUE L'OR DU TEMPS

De Versailles à Amiens

C’est un échange de bons procédés. Le Musée de Picardie prête à Versailles la série des "chasses exotiques" de Louis XV et accueille en retour six chefs-d'œuvre de la chambre du Roi-Soleil. Il s’agit des quatre Évangélistes ( Saint Matthieu, Saint Luc, Saint Jean et Saint Marc ), du Denier de César peint par Valentin de Boulogne, mais aussi d'Agar et l’ange de Giovanni Lanfranco. Habituellement présentées à plus de dix mètres du sol, ces toiles sont ici dévoilées sous un angle inédit : à portée de regard.

Amiens, jusqu’au 26.02.2023, Musée de Picardie, mar > ven : 9h30-18h • sam & dim : 11h-18h, 7/4€ (grat. -26 ans), amiens.fr

Picasso & abstraction

Cette exposition décrypte pour la pre mière fois les relations entre l'Espa gnol et l'art abstrait. S'il se défendait farouchement d'appartenir à ce mou vement, il en est sans doute le précur seur. Auscultant quelque 140 de ses créations, ce parcours montre comment l'artiste a dessiné les contours de l'abstraction et joué avec ses codes tout au long de sa carrière, de ses premières expérimentations cubistes (en marge des Demoiselles d'Avignon) jusqu'à son flirt avec l'action painting. Bruxelles, jusqu'au 12.02.2023 Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique lun > ven : 10h-17h • sam & dim : 11h-18h, 17 > 5€ (gratuit -18 ans), fine-arts-museum.be

Lecoanet Hemant : les orientalistes de la haute couture

Fondée en 1981, à Paris, par Didier Lecoanet et Hemant Sagar, la mai son Lecoanet Hemant s'est rendue célèbre en mariant haute couture à la française et esprit oriental. C'est ainsi la seule marque de mode internatio nale à concevoir ses modèles en Inde. Robes du soir somptueuses, manteaux opulents, tailleurs structurés ou pièces créées à partir de plumes jalonnent cette exposition. Où l'on partira, entre autres, sur la route de la soie, à la découverte de l'India Pop ou des mysté rieux jardins de Shalimar... Calais, jusqu’au 31.12, Cité de la dentelle et de la mode, tlj sauf mar : 10h-17h 4/3€ (grat. -5 ans)

Lisette Model

« Photographiez avec vos tripes ! », clamait Lisette Model auprès de ses élèves – dont une certaine Diane Arbus. Non, l'Américaine n'avait peur de rien. Surtout pas de s'approcher de ses modèles, qu'elle saisissait par surprise, en gros plan et recourant au flash si nécessaire, un peu à la manière d'un Weegee, la poésie en plus. Il en résulte de sublimes portraits de "freaks" (ces prostituées ou clochards) ou scènes satiriques (la bourgeoisie sur la promenade des Anglais à Nice). Une œuvre culte, ici retracée en 150 images. Charleroi, jusqu'au 22.01.2023, Musée de la Photographie, mar > dim : 10h-18h

4€ (gratuit -12 ans), museephoto.be

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© Alice Sidoli - Musée de Picardie
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Les 40 ans du Frac Grand Large

C’est une grande maison dédiée à l’art d'aujourd'hui, et ouverte aux quatre vents. Le Frac Grand Large-Hauts-de-France a 40 ans, et demeure des plus fringants. Derrière cet acronyme, et au sein d’un écrin de verre et de béton, on trouve l’une des plus belles collections de la ré gion. Installations, peintures, vidéos, sculptures… soit autant de trésors révélés lors de multiples expositions. Une bonne raison de mettre le cap sur Dunkerque ! Dunkerque, jusqu'au 23.04.2023, Frac Grand Large mer > ven : 14h-18h • sam & dim : 10h-18h, 4/2€ (gratuit tous les dimanches et -18 ans), fracgrandlarge-hdf.fr

Sempé. Infiniment vôtre

Disparu en août dernier à l'âge de 89 ans, Jean-Jacques Sempé a écrit l'une des plus belles histoires d'humour de notre temps. Au fil de 40 albums, d'illustrations ou de des sins de presse publiés partout dans le monde, le Girondin a su croquer l'époque, mais aussi l'instant, comme peu d'autres : avec tendresse, simpli cité, espièglerie. À La Hulpe, la Fon dation Folon rend hommage au père du Petit Nicolas à travers une exposi tion inédite au pays d'Hergé, révélant quelque 120 œuvres originales. La Hulpe, jusqu'au 15.01.2023, Fondation Folon mar > ven : 9h-17h • sam & dim : 10h-18h 15 > 5€ (gratuit -6 ans), fondationfolon.be

Champollion, la voie des hiéroglyphes

Rentrée en fanfare pour le LouvreLens, qui célèbre un double anniver saire : le sien tout d'abord, puisque le musée a désormais dix ans, et puis un second, des plus vertigineux. Il y a pile deux siècles, un certain Jean-François Champollion perçait le secret des hiéroglyphes, donnant du même coup naissance à l'égyptologie. Réunissant près de 350 pièces, cette exposition nous plonge en plein XIXe siècle, sur les traces de cette découverte majeure qui rendit leur voix aux pharaons...

Lens, jusqu'au 16.01.2023, Louvre-Lens tous les jrs sauf mar : 10h-18h 11/ 6€ (gratuit -18 ans), louvrelens.fr

Combo Carré

L'Espace Le Carré reçoit l'association Combo Combo, initiatrice (entre autres) d'un festival d'arts graphiques dans la métropole lilloise. Cette collaboration donne lieu à une exposition rassemblant les œuvres de neuf artistes, et pas des moindres. On trouve ici la signature de l'Américain Sol LeWitt, précurseur de l’art conceptuel. Citons aussi le plasticien Raphaël Zarka, docteur ès skateboard, ou encore l'autrice Marion Bataille, dont les livres pop-up sont désormais connus dans le monde entier. Lille, jusqu'au 18.12, Espace La Carré, mer > sam : 14h-19h • dim : 10h-13h & 15h-18h, gratuit, lille.fr

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: A. Mole
La Nef des fous , 2022, Frac Grand Large — Hauts-de-France, Dunkerque (France) © Design Museum Gent Photo
Joan 08 oct 22 08 jan ©SuccessióMiró SabamBelgium2022 bam.mons.be GR UI EC GRATISMET LE FONDS EUROPÉEN DE DÉVELOPPEMENT RÉGIONAL ET LA WALLONIE INVESTISSENT DANS VOTRE AVENIR L’essence des choses passées et présentes 37e Salon desAntiquaires et Galeries d’Art HIPPODROME DU 9 AU 12 DÉCEMBRE 2022 PLUS DE 7000 OBJETS D’ART AUTHENTIQUES ET CERTIFIÉS EXPOSITION - VENTE PRÉSENCE D’EXPERTS Hippodrome Serge Charles - 137, bd Clemenceau De 10h à 20h / nocturne de 20h à 22h le vendredi 9

Joan Miró

Après avoir ausculté la religiosité d'Andy Warhol ou le rôle du Borinage dans la vocation de Van Gogh, le BAM se penche sur le parcours de Joan Miró. Soustitrée "l'essence des choses passées et présentes", cette exposition (la première consacrée au Catalan en Belgique depuis 1956) rassemble des œuvres issues des quatre coins du monde. Surtout, elle démontre comment cet artiste, souvent rangé dans ce grand fourre-tout qu'est le surréalisme, s'est inspiré de nombreux courants pour affirmer son style. Mons, jusqu'au 08.01.2023, BAM mar > dim : 10h-18h, 16/12€ (gratuit -12 ans), bam.mons.be

Égypte, éternelle passion

Le saviez-vous ? Le Musée royal de Mariemont possède la plus grande collection égyptienne de Wallonie - la seconde du Royaume. De Morlanwelz aux secrets des pharaons, il n'y a donc qu'un pas... et peut-être encore moins. Plus qu'un simple retour en arrière, cette exposition observe en effet comment l'Égypte antique irrigue notre quotidien. Des jouets à notre architec ture, en passant par la pop culture, ce parcours est conçu comme un véritable miroir de la société contemporaine. Morlanwelz, jusqu'au 16.04.2023 Musée royal de Mariemont mar > dim : 10h-17h 8 > 3€ (gratuit -18 ans), musee-mariemont.be

Kaléidoscope

La collection du MUba ne manque pas de couleurs. C'est justement cette thématique que le musée tourquen nois explore dans sa nouvelle expo sition, qui réunit des œuvres datant du xvii e siècle à nos jours. Du lys blanc de L’Annonciation de Maurice Denis au teint verdâtre du Portrait de ma concierge de Jean Fautrier (en pas sant, évidemment, par toute la palette d'Eugène Leroy) ce parcours offre une balade tout en nuances dans l'histoire de l'art.

Tourcoing, jusqu'au 12.02.2023, MUba Eugène Leroy, tous les jours sf mar : 13h-18h 5,50/3€ (gratuit -18 ans), muba-tourcoing.fr

Panorama 24

Vitrine d'un savoir-faire unique en France, l'ex position annuelle des étudiants du Fresnoy est toujours plus impressionnante. En témoigne cette 24e édition de Panorama, mariant comme à son habitude haute technologie et créativité débridée, pour un voyage entre passé et futur, rêve et réalité. Plongées dans une lumière en clair-obscur, 50 œuvres inédites (installations et vidéos) nous emmènent de "l'autre côté" du monde, mais pour mieux en révéler les enjeux, qu'ils soient politiques ou philosophiques. Tourcoing, jusqu'au 31.12, Le Fresnoy, mer > dim : 14h-19h 4/3€ (gratuit -18 ans), lefresnoy.net

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Charline Dally, Dickinsonia , 2022 Production Le Fresnoy-Studio national
Pour un design post carbone EXPOSITION 25.09 22 > 08.01 23
| www.cid-grand-hornu.be
Rue
Site du Grand-Hornu
82,
Sainte-Louise 7301 Hornu - Belgique
Der Lauf © Lena Politowski

LES MULTIPISTES

Dérapages contrôlés

C'est le moment idéal pour faire un pas de côté. Le cirque est une nou velle fois à l’honneur entre Arras et Douai. Initié par le Tandem, ce festival célèbre une discipline en mouvement perpétuel. Où l’on jonglera entre arts numériques, musique, danse et performances de haut vol – dans tous les sens du terme.

On l’avait découverte au Théâtre d’Arras l’an passé, avec Ombres portées, allégorie d’une humanité en plein doute. Raphaëlle Boitel investit cette fois l’Hippodrome de Douai avec le tout aussi spectaculaire (et crépusculaire) Cycle de l’absurde. Inspirée des écrits d’Albert Camus, la pièce met en scène 12 acrobates dans une scénographie en clair-obscur, où chacun via son agrès de prédilection cherche un sens à la vie. Soit une belle façon de marier performance physique ET métaphysique. Dans la même veine existentielle, Der Lauf présente un drôle de numéro. La tête dans un seau, un homme jongle avec des assiettes, avant de connaître un enchaînement d’événements inattendus. Il nous livre ainsi une tordante illustration de l’imprévisibilité propre à notre humaine condition.

Savant équilibre

On l’aura compris, cette programmation fait la part belle au corps comme à l’esprit. Et ce n’est pas avec Tangled drop qu’on redescendra sur Terre. Créé par le jongleur allemand Jörg Müller et la plasticienne japonaise Tabaimo, le spectacle brouille la frontière entre réalité et fantasmago rie, mêlant images animées et objets bien réels – à moins que ce ne soit l’inverse… Pendant ce temps-là, les Australiens de Gravity & Other Myths défient toujours plus les lois de la pesanteur. Entre pyramides humaines et sauts périlleux, Backbone ("colonne vertébrale") interroge le rôle de l’individu dans le collectif – le fameux "je" du cirque ? Julien Damien Arras & Douai, 29.11 > 25.01.2023, Théâtre d'Arras, Citadelle et Hippodrome de Douai 1 spectacle : 22 > 5€, tandem-arrasdouai.eu

Sélection / 29.11 > 04.12 : Le Cycle de l'absurde // 03 > 09.12 : Semilla // 07 & 08.12 : Tangled Drop 09 > 11.12 : Dans l'espace // 13 & 14.12 : Der Lauf // 24 & 25.01.2023 : Backbone

83 théât re & d a n s e

NOËL AU BALCON

Les fêtes de fin d'année offrent l'occasion de se retrouver en famille. Et pourquoi pas au théâtre ? Entre conte, cirque ou cabaret (bien barré), voici une sélection de spectacles taillés pour petits et grands. Où l'on croisera un clown dans la boue, une éblouissante troupe de travestis, des géants trop gloutons ou la réincarnation de Molière... J.D.

FESTIVAL OCYTÔ

Concocté par la compagnie Zapoï et le Phénix de Valenciennes, ce festi val est destiné au jeune public... dès 12 mois ! Théâtre d'objets, danse ou musique : durant une semaine, ces spectacles émerveillent les tout-petits de moult façons. Dans le Rossignol et l'empereur Yeung Faï réactive par exemple une tradition ancestrale. Ce maître chinois de la marionnette à gaine adapte le conte d’Andersen, accompagné par le guitariste virtuose Jan Vanek. Tandis que Phia Ménard organise un ballet aérien avec des sacs en plastique, Camille Dewaele enflamme le dancefloor en mêlant electro et hip-hop – histoire de prendre de bonnes habitudes rapidement. Valenciennes, 05 > 10.12, Le Phénix, 1 spectacle : 10 / 5€, www.lephenix.fr Programme / 06 & 07.12 : Yeung Faï - Le Rossignol et l'empereur // 07.12 : Cie Zapoï - Zèbres 08 > 10.12 : Phia Ménard - L’Après-midi d’un foehn // 10.12 : Cie Zapoï - Baby pop

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Le Rossignol et l'empereur © Simon Gosselin

DICKLOVE

Que définit le sexe ? Que déter mine-t-il ? Peut-on le choisir ? Autant de questions ô combien actuelles ici soulevées dans le spectacle de Sandrine Juglair. Accompagnée par un musicien, la voilà seule au centre de la piste, à côté d'une barre de pole dance qui pourrait aussi bien être un mât chinois. Quelque part entre le cabaret et l’acrobatie, l'artiste jongle avec les représentations, se trans forme en homme désirant être une femme, et vice-versa, tordant le cou à toutes les théories - mais pas pour faire genre. Lille, 06.12, Le Prato, 20h, 15 > 5€, leprato.fr

GADOUE

Quoi de plus drôle que de jouer dans la gadoue ? C'est tout le principe de ce solo imaginé par Luna Rousseau et Nathan Israël. Sur une scène couverte de boue débarque un jongleur habillé d'un complet-veston. Son objectif ? Ten ter les figures les plus complexes sans faire tomber sa balle... et en évitant de glisser et de se salir ! À chaque geste, il risque le dérapage. Comment rester agile en se débat tant avec de l'argile ? Évidemment, notre clown-acrobate ne parvien dra pas à rester debout, mais il élè vera la chute au rang d'art... Dunkerque, 07 & 10.12, Le Bateau Feu, 15h, 6€

LA BELLE AU BOIS DORMANT

Après le flamboyant Sonoma , mené tambour battant avec neufs danseuses de sa troupe, Marcos Morau s'associe au Ballet de l’Opéra de Lyon pour revisiter le chef-d’œuvre de Tchaïkovski. Le Catalan met ici en scène 15 performeurs vir tuoses et imagine une princesse Aurore, héroïne de La Belle au bois dormant, sortant de son long sommeil... à notre époque. Mêlant danse, théâtre et musique, la pièce s'apprécie comme une allé gorie du passage à l'âge adulte, de notre rapport au temps et nous réveille avec panache. Lille, 07 > 10.12, Opéra, 20h (sauf sam : 18h), 36>5€, opera-lille.fr

© Fabien Buring
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© Christophe Raynaud de Lage © Jean-Louis Fernandez

NOËL AU BALCON NOËL AU BALCON

LA REVUE DES GALERIES

À l'heure où l'actualité s'assombrit toujours plus, cette revue réchauffe les fêtes de fin d'année. Entre caricatures, chansons et sketches politiques, ce spectacle passe la "une" de nos journaux à la moulinette. Mieux, il compte un nouvel invité de marque : Molière ! À l'occasion des 400 ans de sa naissance, la joyeuse troupe em menée par Alexis Goslain imagine les réactions et commentaires du plus grand des dramaturges s'il était projeté à notre époque – oui, ça promet.

Bruxelles, 07.12 > 22.01.2023, Théâtre royal des Galeries, mar > sam : 20h15 • dim : 15h 30 > 12€, trg.be

DU BOUT DES DOIGTS

Gabriella Iacono et Grégory Grosjean revisitent l'histoire de la danse et de l'humanité... avec leurs mains. Du ballet au hip-hop, du rock aux comédies musicales, les deux inter prètes arpentent du bout de leurs doigts les allées de Broadway ou les ruelles de Harlem. Ils retracent ici la montée du nazisme, là les premiers pas de l’Homme sur la lune. Séquen cées en douze tableaux, leurs chorégraphies sont jouées au sein de décors miniatures, filmées et proje tées en direct sur grand écran. Des jeux de mains vraiment pas vilains. Douchy-les-Mines, 09.12, L'Imaginaire, 20h, 5€ gymnase-cdcn.com // Dunkerque, 18 & 19.12 Le Bateau Feu, dim : 17h • lun : 19h, 9€

LE CABARET DE MADAME ARTHUR

Dans l’antre de Madame Arthur, la chanson s’enca naille. Les divas portent la barbe avec panache et la fantaisie fait loi. Installé depuis 75 ans à Pigalle, le célèbre cabaret transformiste pose ses valises pleines de strass et de plumes par chez nous, le temps d’un show burlesque. Puisant dans le répertoire des Rita Mitsouko, d'Alain Bashung ou de Mylène Farmer, Tony Blanquette, Patachtouille ou Charly Voodoo incarnent une douzaine de personnages sensuels, drôles et extravagants. Dunkerque, 07 > 10.12, Le Bateau Feu, mer & ven : 20h jeu & sam : 19h, 9€ // Arras, 06 & 07.01.2023, Théâtre, complet !

© Saskya Bonnet © Isabelle De Beir / Kim Leleux
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© Julien Lambert
Spectacle vivant pour les nouvelles générations OBJ ECTI F 2023 ! Scène Conventionnée d'Intérêt National Art, Enfance et Jeunesse legrandbleu.com 03 20 09 88 44 36 avenue Marx Dormoy - Lille Design graphique Les produits de l’épicerie Photo Charly DesoubryLicences de spectacles L-R-20-1977 L-R-20-1978 L-R-20-1979

NOËL AU BALCON NOËL AU BALCON

SCOOOOOTCH !

Dingue tout ce qu'on peut faire avec du scotch : réparer un tas de choses bien sûr, mais aussi s'enturbanner, se coller à ses amis... Dans cette pièce signée Amélie Poirier, trois co médiennes déroulent des mètres de ruban adhésif pour construire une maison. Empêtré dans cette cho régraphie de rouleaux, notre joyeux trio se laisse déborder par l'imprévi sibilité et surtout les possibilités infinies de cette matière collante – et sacrément tordante.

Tourcoing, 14.12, L'Idéal, 10h & 16h30, 9/6€ theatredunord.fr // Calais, 17 > 19.02.2023

Le Channel, ven & dim : 10h30 • sam : 10h30 & 16h, 3,50€, lechannel.fr

OH BOY !

C'est l'histoire de Bart, un jeune homosexuel de 26 ans... qui se retrouve du jour au lendemain à la tête d'une tribu d'orphelins. Le juge des tutelles lui apprend qu’il a un demi-frère de 14 ans et deux demisœurs âgées de 11 et 5 ans, tous bien décidés à se faire adopter.... Sur scène, un seul acteur porte le récit, à la fois héros et narrateur de cette histoire abordant les thèmes les plus durs avec humour et sen sibilité.

Lille, 15 > 17.12, Le Grand Bleu jeu & ven : 10h & 14h30 • sam : 19h, 13 > 5€ legrandbleu.com

GÉANTS

Depuis près de 10 ans, Karine Birgé et Marie Delhaye revisitent de grands classiques sur un petit plateau en mêlant théâtre d'objets et jeu d'acteur. Après Les Misérables ou Frankenstein, les Bruxelloises s'attaquent à l'œuvre de Rabelais. Devant une petite table, deux interprètes incarnent de voraces géants. Le roi et la reine s'empiffrent tandis qu'autour d'eux transpirent leurs minuscules sujets. Le petit peuple trime, mais la colère monte... Une satire sociale sur l'avidité pour (tout) petits et (très) grands.

Bruxelles, 29 & 30.12, Théâtre les Tanneurs, jeu : 16h ven : 14h, 12 > 6€ // Bruxelles, 20 > 28.01.2023, Théâtre Varia mer : 19h • jeu & ven : 20h30 • sam : 18h • dim : 15h, 30 > 10€

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© Antoine Blanquart © Frederic Iovino © Christophe Raynaud de Lage
PINOCCHIO SAMEDI 14 JANVIER LES SEA GIRLS JEUDI 2 FÉVRIER ANDRÉ MANOUKIAN Les voix du levant -5tet + Balkanes JEUDI 9 FÉVRIER BARBARA HENDRICKS SAMEDI 4 MARS UNE SITUATION DÉLICATE MERCREDI 8 MARS ROCH VOISINE VENDREDI 10 MARS CES FEMMES QUI ONT RÉVEILLÉ LA FRANCE DIMANCHE 26 MARS ENTRE NOUS BY D’PENDANSE VENDREDI 28 AVRIL À NOËL OFFREZ-VOUS DES ÉMOTIONS ©Photos Cosimo HD ©Mattias Edwall ©Solene Renault ©Bernard-Richebe ©Photo©les 2 Belges Productions © Stephane Kerrad KBStudios © Alexandre Eustach eDesign yocity.fr HEM À10MIN DE LILLE (PARKING GRATUIT À PROXIMITÉ) RESTEZ CONNECTÉ ET SUIVEZ-NOUS SUR FACEBOOK INSTAGRAM

DECEMBER DANCE

Le sens du rythme

Éclectique et électrique : ainsi s’annonce la quinzième édition du plus grand festival de danse de Belgique. Durant l'hiver, December Dance transforme Bruges en cœur battant de la scène contemporaine et, telle une boîte composée des meilleurs chocolats, nous invite à piocher parmi une belle variété de formes. Jugez plutôt.

Nouvelle programmatrice du rendez-vous, Sigrid Janssens se dit attentive « aux artistes qui inventent de nouveaux langages ». Si aucune thé matique ne borne sa sélec tion, cette année, nombre de pièces soulignent la connivence entre musique et chorégraphie. Soit le reflet « d’une libération joyeuse et d’un besoin de partage ». Aina Alegre explore ainsi les relations entre corps, rythme et voix. La Catalane invite des instruments à vent à prendre part à une cho régraphie, mettant en scène l’air comme une matière première. On retient aussi The Köln Concert de Trajal Harrell, où le New-yorkais fait délicatement dialoguer le piano de Keith Jarett, la voix de Joni Mitchell et la danse voguing. En contraste, déchaînement d’énergie garanti avec le concert rock dansé signé Lisbeth Gruwez ! La Flamande réunit trois musiciens punk et quatre interprètes pour une performance (forcément) débridée. Parmi les immanquables, citons enfin l'impressionnant Carcass (voir page 92). Marco da Silva Ferreira concasse danses urbaines et folk loriques dans une fresque ultra dynamique, à savourer dès l’ouverture –histoire de partir du bon pied. Marie Pons Bruges, 08 > 18.12, divers lieux, 1 spectacle : 44 > 6€, concertgebouw.be Sélection / 08.12 : Marco da Silva Ferreira – Carcass // 09.12 : Aina Alegre – THIS IS NOT « an act of love & resistance // 10.12 : Jan Martens – Any attempt will end in crushed bodies and shattered bones // 11.12 : Christian Rizzo – miramar // 13.12 : Trajal Harrell – The Köln Concert 15.12 : Lisbeth Gruwez & Maarten Van Cauwenberghe – Into the Open

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Any attempt will end… © Phile Deprez
| 09 71 00 5678 | tandem-arrasdouai.eu
COPRODUCTION DANS L’ESPACE Un Loup pour l’Homme 9, 10 & 11 décembre → Arras Chapiteau Parking de la citadelle Multipistes
©Valérie Frossard

CARCASS

L'esprit collectif

Marco da Silva Ferreira est l’étoile montante de la scène contemporaine. Sa nouvelle pièce a fait l’unanimité lors du Next Festival. Préoccupé par les questions sociétales, le chorégraphe portugais allie danses traditionnelles et urbaines. Dans Carcass, le sens du collectif et la solidarité s’affirment sur un ton joyeux mais engagé.

Sur scène, dix danseurs à l’énergie communicative sont accompagnés par deux musiciens. Dans une salle brumeuse, ils évoluent au son d'une batterie sur un carré de linoléum qui capte la lumière et imprime littérale ment les pas. La danse folklorique du Portugal rencontre le clubbing. Les tenues sportives aux grandes lignes colorées sont signées Aleksandar Protic, styliste serbe installé à Lisbonne. Tout est allègrement détourné. Des jupettes habillent les hommes, une femme avance torse-nue, les duos se mélangent. Le programme est intense : traversées, jeux de jambes complexes, battements de pieds et de mains... Les baskets sont bien utiles ! Puis le dispositif scénique se transforme. Un mur apparaît. La mu sique désormais stridente et oppressante évoque un état d’urgence. Des voix s’élèvent et encouragent un danseur aux mouvements incertains. Une chanson issue de la Révolution des Œillets fait davantage basculer la pièce. Des phrases s’affichent pour dénoncer les inégalités. Marco da Silva Ferreira considère Carcass comme un manifeste féministe et anti fasciste. Quand le mur tombe, les jeux de jambes reprennent leur rythme trépidant sur une bande-son electro, tel un nouvel éveil. Fatma Alilate Bruges, 08.12, Concertgebouw, 20h, 44>13€, concertgebouw.be (Festival December Dance)

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© José Caldeira
TRIPTYCH THE MISSING DOOR THE LOST ROOM AND THE HIDDEN FLOOR PEEPING TOM CESTCENTRAL.BE toute la saison ↓ 27, 28.01 LE THÉÂTRE LA LOUVIÈRE c’estCentral SAIS N6 SAIS N6 CESTCENTRAL.BE toute la saison ↓ 18.02 LE THÉÂTRE LA LOUVIÈRE c’estCentral THIERRY LHERMITTE FLEURS DE SOLEIL

HARVEY

Le coup du lapin

Issu d’un monde bourgeois, où s’enchaînent les soirées mondaines, Elwood P. Dowd est un quinquagénaire quelque peu original. Pour cause, son meilleur ami, Harvey... est un lapin blanc de deux mètres, que lui seul peut voir. Cela ne l'empêche par de l'emmener partout et de le présenter à tout le monde, au grand dam de sa sœur. Lassée de "l’imagination" débordante de son petit frère, celle-ci décide de le faire interner. Mais tout ne se passe pas comme prévu... car c'est elle qu'on enferme ! Écrite en 1944 par l'Américaine Mary Chase, cette comédie un brin absurde (qui valut à son autrice le prix Pulitzer) interroge notre rapport à la normalité, avec une légère touche enfantine magnifiquement portée par Jacques Gamblin – récompensé d'un Molière pour son interprétation d'Elwood. Jouée sur un plateau mobile, dans un décor délicieusement désuet, la pièce oscille entre rêve et réalité, mais aussi cruauté et bienveillance. « C’est du théâtre de boulevard américain beaucoup plus profond qu’il en a l'air », résume Laurent Pelly, le metteur en scène de cette première adaptation française à rebrousse-poil. Camille Baton Dunkerque, 13 & 14.12, Le Bateau Feu, mar : 20h • mer : 19h, 9€, www.lebateaufeu.com

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© Polo Garat

MAMAN

Jeanne, emmitouflée dans un manteau de fourrure, attend son taxi. Un jeune homme la croise et la confond avec une prostituée. La quinquagénaire est touchée par sa naïveté. Ce garçon un peu paumé a l'âge du fils qu'elle a perdu il y a 25 ans. Elle décide alors de le prendre sous son aile, instaurant un drôle de ménage avec son mari... Signée Samuel Benchetrit, cette comédie sensible sur la ma ternité offre à Vanessa Paradis son premier rôle au théâtre. J.D.

Roubaix, 06 & 07.12, Le Colisée 20h, 49 > 15€, coliseeroubaix.com Arras, 08.12, Le Casino, 20h, 65>44€

LE SON D'ALEX

Des vannes et des tubes. Ce spec tacle est tout simplement le pre mier stand-up musical. Armé d'un sampler, Alex Jaffray nous raconte une tordante et véritable histoire sonore de l'humanité. De la première mélodie obtenue en souf flant dans une patte de vautour rôti jusqu'aux emprunts de Dr. Dre à Charles Aznavour (!), ce grand mé lomane détricote minutieusement la pop mondiale. Et nous invite, cerise sur le gâteau, à composer notre propre hit ! J.D.

Bruxelles, 20 > 22.12, Théâtre de la Toison d'Or, mardi : 20h30, mer & jeu : complet ! 26 > 10€, ttotheatre.com

JE SUIS UNE FILLE SANS HISTOIRE

À l'heure des fake news, raconter des histoires n'a rien d'anodin. C'est justement le métier d'Alice Zeniter. Dans cette conférence théâtrale, la romancière démonte les rouages de la fabrique du récit, soulignant l'influence des fic tions dans nos vies depuis l'Antiquité. Devant un grand tableau à feuilles mobiles, elle pointe aussi une inégalité : les hommes ont toujours le beau rôle. Si les mots façonnent le monde, alors ils peuvent aussi en inventer d'autres... J.D. Armentières, 06.12, Le Vivat, 20h, 18 > 2€, levivat.net

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© Simon Gosselin © JB Mondino © Vincent Calvet

DES GALERIES

Bernard Lefrancq Angélique Leleux

Pierre Pigeolet

Marie-Sylvie Hubot Gauthier Bourgois

Natasha Henry Denis Carpentier Frédéric Celini Max Stofkooper et Bénédicte Philippon

Mise en scène : Alexis Goslain

Décor : Francesco Deleo

Costumes : Fabienne Miessen et Maria Spada

Lumières : Laurent Comiant

Chorégraphies : Kylian Campbell

Réalisation musicale : Bernard Wrincq

En coproduction avec La Coop asbl et Shelter Prod avec le soutien de taxshelter.be, ING et du tax-shelter du gouvernement fédéral belge

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Du
décembre 2022 au 22 janvier 2023
 www.trg.be 02 512 04 07
Théâtre Royal des Galeries Directeur : David Michels
LA
REVUE
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WWW.MUSEEPHOTO.BE +32 (0)71 43 58 10 LISETTE MODEL © Lisette Model avec l’aimable autorisation de Baudoin Lebon et Avi Keitelman Avec la complicité de la galerie baudoin lebon et Avi Keitelman Avec le soutien de la Loterie Nationale et l’Ambassade des Etats-Unis @MUSEEPHOTOCHARLEROI MUSÉE DE LA PHOTOGRAPHIE CHARLEROI > 22.1.2023

Les Fabriques du

et leur usage

23.10.22 > 19.03.23 © SABAM Belgium 2022 Site du Grand-Hornu, 82 rue Sainte-Louise, B-7301 Hornu Musée des Arts Contemporains au Grand-Hornu EXPOSITION ANNIVERSAIRE
cœur